Attentat d’Orlando: Attention, une victime peut en cacher une autre ! (After Orlando shooting, British male homosexual couple traveling with adopted son on Emirati airline falls victim to South African child protection regulations)

22 juin, 2016
The Blessed Virgin Chastising The Christ Child Before Three Witnesses: Andre Breton, Paul Eluard and The Painter (Max Ernst, 1926)
The Eiffel Tower in Paris, France, shines in the colors of a rainbow to honor victims of Sunday's mass shooting at an Orlando gay club, Monday, June 13, 2016. People brought banners, flags and candles to the Place Trocadero in front of the Paris landmark. (AP Photo/Martin Meissner)Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Mon père m’a battue et m’a dit que si je n’épousais pas cet homme, je serais violée et personne dans ce pays ne m’aiderait. J’ai supplié mon père, ma mère, ma tante : rien n’y a fait. (….) Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me frappait et m’entraînait dans la chambre à coucher. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je pleurais tout le temps. Il me faisait des choses désagréables. Je courais de pièce en pièce, mais il arrivait à me rattraper. Ensuite, il faisait ce qu’il voulait. Noyoud Ali (Yéménite, 8 ans)
L’âge de la puberté est de quinze ans pour les garçons et de neuf ans pour les filles. Le mariage d’une fille qui se marie pour la première fois est conditionné à la permission du père ou du tuteur ou d’un grand-père … Le mariage avant l’âge de la puberté est interdit, toutefois les contrats de mariage décidés par le père ou le tuteur des fillettes avant cet âge sont validés si les intérêts de la personne sous tutelle sont respectés. Le mariage temporaire est légal pour une durée variant de une heure à quatre-vingt-dix-neuf ans. L’homme peut contracter autant de mariages temporaires simultanés qu’il le désire. Il peut cesser le contrat quand il le veut. La femme ne le peut pas. Constitution de la République islamique (articles 1210, 1041 et 1075)
Oui, le Prophète (…) est tombé amoureux d’Aïcha, la fille de son meilleur ami, quand elle avait 9 ans et a refusé d’attendre qu’elle ait atteint la puberté. Le Prophète a demandé la main de la petite fille à 6 ans et le mariage a été consommé quand elle a eu 9 ans: dans nos sociétés occidentales, c’est ce qu’on appelle un pédophile. Cela ne relève pas seulement de l’Histoire: aujourd’hui encore, des musulmans veulent épouser des petites filles en prenant exemple sur le Prophète, ce modèle de moralité. Il est légal d’épouser une petite fille de 9 ans en Iran. Au Pakistan, cela arrive tout le temps. En 2001, le gouvernement marocain a demandé aux autorités néerlandaises d’abaisser l’âge du mariage, pour les filles, de 18 à 15 ans pour être conforme au droit islamique. Ayaan Hirsi Ali
Si vous prenez par exemple la question des droits des femmes, vous seriez surpris de découvrir à quel point Mahomet était loin d’être un prophète plus sexiste que certains pères de l’église. Mahomet a vécu plus tard que les deux précédents prophètes, il était entouré de femmes à fort caractère, comme sa première femme khadija ou sa très jeune femme Aïcha, et il s’est plutôt battu pour certaines avancées dans ce domaine. Caroline Fourest (conférence, Rimini, le 29 octobre 2006)
L’islam n’est pas incompatible avec les valeurs républicaines, pas plus que n’importe quelle autre religion. (…) Quand j’ai lu le Coran, pour les besoins de mes recherches, j’ai souvent été surprise de son contenu souvent plutôt progressiste. Mahomet s’est battu pour que les femmes héritent (au moins la moitié des hommes), que l’excision soit modérée, il a refusé que l’on marie une fille de force, sans son consentement. Bien sûr, il y a aussi des passages très durs, mais comme dans tous les textes sacrés. Ce sont aux hommes de faire le tri et de garder le meilleur. L’islam ne pose en soi aucun problème. Seul l’intégrisme menace les libertés et le vivre ensemble. Caroline Fourest
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Sauf exception – les couples d’homoparents ne sont pas infertiles. Au nom de quoi alors leur refuser la médecine de confort que l’on propose aux couples classiques? Rapport Terra Nova
Aucun maire ne pourra se soustraire à son devoir de célébrer un mariage homosexuel.  C’est juridiquement impossible. (…) Il ne s’agit pas de faire plaisir à telle ou telle catégorie de Français, il s’agit d’offrir à l’ensemble des Français l’accès à un même droit sans discrimination liée à l’orientation sexuelle. Najat Vallaud-Belkacem (ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement)
Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous. Marisol Touraine (ministre de la santé)
La disparition de la paternité risque de générer des situations extrêmement complexes pour tous les époux, de même sexe ou non. Le texte ne dit mot par exemple de ce que devient la présomption de paternité, actuellement fondée sur l’obligation de fidélité des époux. Il en résulte une présomption que les enfants mis au monde par la femme sont les enfants du mari. Mais, comme il est possible que ce ne soit pas le cas, cette présomption peut être combattue et renversée par la preuve que le mari n’est pas le père. Dans le cas d’un conjoint du même sexe, parler de « présomption de parenté » est un non-sens juridique car il y a juste désignation. Comment le juge va-t-il départager un éventuel « conflit de parenté » entre le père et la conjointe de la mère, ou bien entre la conjointe et l’amante de la mère? (…) c’est le mot même de filiation qui change de sens. Les mots mariage et parents sont employés comme si de rien n’était alors qu’ils ne peuvent plus désigner ce que sont les époux et les parents. Pour désigner les parents, on introduit l’arbitraire avec le choix dicté par l’ordre alphabétique entre les noms des adoptants. Aude Mirkovic (maître de conférences en droit privé, Université d’Evry)
Aucune indication, en revanche, sur la refonte inévitable des livrets de famille, dans lesquels le générique de « parents » ne pourra exister: il faudra nécessairement indiquer « parent 1 » et « parent 2 ». Ce qui ouvre là encore une foule de questions symboliques et juridiques: qui décidera comment les numéros seront attribués? La Vie
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est au nom de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la modernité et de la bien-pensance dominante qu’il nous est demandé d’accepter la mise en cause de l’un des fondements de notre société. (…) Ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’ils ont systématiquement le droit de se marier. Des règles strictes délimitent et continueront de délimiter les alliances interdites au mariage. Un homme ne peut pas se marier avec une femme déjà mariée, même s’ils s’aiment. De même, une femme ne peut pas se marier avec deux hommes. (…) « le mariage pour tous est uniquement un slogan car l’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit. (…) L’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet (…)  c’est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. C’est l’institution d’une famille, c’est-à-dire d’une cellule qui crée une relation de filiation directe entre ses membres. C’est un acte fondamental dans la construction et dans la stabilité tant des individus que de la société. (…) résumer le lien parental aux facettes affectives et éducatives, c’est méconnaître que le lien de filiation est un vecteur psychique et qu’il est fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant. (…) l’enfant ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose d’abord qu’il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu’il est issu de l’amour et de l’union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents. (…) Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit. Gilles Bernheim
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:  les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité;  le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit; les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. Gilles Bernheim (Grand rabbin de France)
Il y a, dans la création, une volonté de différenciation des sexes». «Le “mélange” n’est pas biblique, il y a un certain “ordre” des choses, qu’on le veuille ou non. Et il y a bel et bien une différence. Prôner l’égalité à tout prix va à l’encontre de cette volonté de différenciation entre l’homme et la femme. Or, sans différenciation, il n’y a pas de ”vis-à-vis“, pas de dialogue, pas de construction. Le mariage pour tous est donc une fausse égalité.  Claude Baty (président de la Fédération protestante de France)
Le projet du gouvernement est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté gay. Contrairement à ce qu’affirment les médias, cette revendication n’est pas majoritaire chez les homosexuels. La plupart s’en moquent, mais l’influence des associations LGBT [lesbiennes, gay, bi et trans, NDLR] est telle que beaucoup n’osent pas le dire. (…)  Je crois qu’elles étaient à cours de revendications et qu’il leur fallait en trouver une. (…) Je pense que ces associations sont dans une logique de surenchère permanente. (…)  Dès lors que vous êtes contre le mariage, contre l’adoption, les militants LGBT jugent que vous êtes réactionnaire, voire fasciste, et forcément homophobe – ce qui, dans mon cas, est pour le moins paradoxal ! En revanche, ceux qui me connaissent me disent “C’est très bien ce que tu fais” mais ils n’osent pas encore franchir le pas. Beaucoup redoutent de perdre des amis. Ils ont peur de parler. (…)  j’avais l’impression que le gouvernement se servait de ce projet comme d’un paravent, qu’il cherchait à détourner l’attention de l’opinion. Ce qui s’est passé ces derniers jours le prouve : Christiane Taubira en a reparlé juste après l’intervention télévisée de François Hollande et l’annonce de milliards d’euros d’impôts supplémentaires. Je trouve cela choquant. (…) Il est important de faire monter sur scène des personnes qui sont contre ce projet mais qui n’osent pas encore le dire. Actuellement, seuls ses partisans ont accès aux médias audiovisuels. Qu’il y ait des pour, des contre, mais surtout, qu’il y ait un débat ! Xavier Bongibault
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
Remettre en cause la différence des sexes reviendrait ainsi à faire vivre l’enfant dans un monde où  » tout  » serait possible : que les hommes soient des  » papas  » et aussi des  » mamans « , les femmes des  » mamans  » et aussi des  » papas « . Un monde comme celui de la toute-puissance magique où chacun, armé de sa baguette magique, pourrait abolir les limites. Dans la préface qu’elle a écrite pour le livre d’Eric Dubreuil, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, tenante de l’adoption, écrit ainsi :  » Dans les familles homoparentales, l’enfant devrait en ce sens pouvoir fantasmer de façon positive sur le coparent, l’autre personne qui a participé à sa naissance, comme un personnage “en plus” à la manière d’un “oncle d’Amérique” ou d’une “bonne fée Morgane”.  » Le coparent (« mère porteuse » grâce auquel un homme peut devenir « mère » de l’enfant de son compagnon ou « père donneur de sperme » grâce auquel une femme peut devenir « père » de l’enfant de sa compagne) est donc clairement situé comme la fée de la toute-puissance. Etrange déclaration quand on sait à quel point la toute-puissance est invalidante pour les enfants et à quel point elle les empêche d’accéder à une  » vraie puissance « . Pourquoi se fatiguerait-on à écouter la maîtresse et à apprendre à lire dans un monde où les baguettes magiques existent ? Il est donc clair que si, en permettant son adoption par un couple homosexuel, on faisait de l’enfant l’otage du fantasme de ses « adoptants », si on le mettait en position d’être la preuve vivante que le « tout » dont ils rêvent est possible, on hypothéquerait sa construction et ce, d’autant plus que ce fantasme du « tout » serait, dans le cadre d’une procédure, ratifié par la loi. Claude Halmos
Si la différence des sexes est essentielle à l’enfant en tant que repère symbolique, elle ne peut cependant remplir totalement sa fonction si elle reste un repère abstrait. Pour servir au développement de l’enfant, la différence des sexes doit en effet s’incarner, prendre corps… dans des corps. L’enfant ne se construit pas par rapport à des entités abstraites – homme, femme, masculin, féminin – et il ne se construit pas non plus en référence à n’importe quel autre. Il se construit, par rapport à ces deux premiers  » autres  » que sont ses parents par rapport à leur conscient, leur inconscient, leur corps. Dès les premières heures de sa vie, il ressent avec sa tête et avec son corps ce que ressentent les têtes et les corps de ses parents et tout ce qui circule entre eux (désir, rejet, tendresse, violence…). Devenu adulte, il retrouve parfois, sur le divan de l’analyste, cette mémoire enfouie à la fois dans son inconscient et dans son corps, pour découvrir qu’elle a modelé son rapport aux autres, au monde et surtout à la sexualité. Cette dimension de la construction de l’être humain, dans un  » nouage  » entre le corps et le psychisme, les tenants de l’adoption la nient parce qu’ils oublient le corps. L’univers qu’ils décrivent est un univers de  » fonctions  » abstraites et parfaitement désincarnées. Point n’est besoin, selon eux, d’un corps sexué de femme pour  » faire  » la mère ou d’un corps sexué d’homme pour  » faire  » le père :  » On oublie toujours que les hommes peuvent se comporter en véritables femmes (éducatrices) et les femmes en hommes (gestionnaires) « , déclare dans “l’Evénement”, François Dagognet, philosophe et professeur à Paris III. Et d’ajouter :  » Ne nous arrêtons pas à la première apparence. La transsexualité devrait ici nous ouvrir les yeux et nous éveiller à des définitions plus souples.  » Notons au passage cette notion de  » souplesse  » que l’on retrouve, quasiment élevée au rang de concept tout au long des écrits des partisans de l’adoption, mais remarquons surtout que l’argument de François Dagognet est des plus curieux. Il invoque en effet l’exemple des transsexuels pour justifier que n’importe qui puisse indifféremment  » faire  » l’homme ou la femme alors même que le transsexuel, par sa souffrance, dit exactement le contraire. Il (ou elle) atteste en effet dans la douleur de la nécessité que l’identité sexuelle  » dans la tête  » soit identique à celle que l’anatomie a inscrite dans le corps. Face à ces fonctions parentales réduites à des rôles sans corps, les tenants de l’adoption posent un enfant qui construirait son identité sexuelle lui aussi abstraitement,  » par la tête  » et sans passer par le corps. Pour devenir homme ou femme, il suffirait, à les entendre, de rencontrer des hommes et des femmes et d’imiter ces  » modèles « . Claude Halmos
Aucune famille hétérosexuelle n’est idéale et l’hétérosexualité des parents n’a jamais été, en tant que telle, une garantie de bien-être pour les enfants. Il s’agit seulement que les enfants adoptés aient les mêmes chances (et les mêmes malchances) que ceux qui sont élevés par leurs parents biologiques. Le  » droit à l’indifférence  » que réclament, à juste titre, les homosexuels n’a de sens que s’il n’est pas entendu comme un  « droit à l’indifférenciation ». Claude Halmos
Le mariage pour tous, une lutte démocratique contre la discrimination et les inégalités ? Il s’agit plutôt d’annuler la différence des sexes dans les livrets de famille et dans le code civil. La naissance de tous les enfants s’en trouvera bouleversée. En lieu et place du mariage, c’est la question de l’enfant qui est posée, la suppression de sa naissance sexuée à la base de la filiation. Toutes les filiations du monde reposent sur la pensée de la naissance à partir d’un couple sexué permettant à l’enfant d’accréditer une origine raisonnable quel que soit son mode de procréation (naturelle, adoptive, procréatique). Au nom de quelle  » modernité  » le priverait-on de la moitié de sa construction identitaire, le projetterait-on dans une origine impossible car impensable – une imposture – ? Tous les enfants du monde ont droit aux différences parentales sexuées, leur conférant ainsi une origine psychique fondatrice de leur individualité. Collectif
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
Although Swedes are shocked that many immigrant girls are subjected to female genital mutilation (FGM), the Swedish government plans to allow hospitals to cut away the perfectly healthy genitals of children who believe they belong to the opposite sex. In 2011, a Swedish study done by Karolinska Institutet showed that the suicide rate among post-op transgender people is far higher than that of the general population. Other studies show that 70%-80% of kids suffering from gender dysphoria lose these feelings after a few years. Yet despite loud protests against this cruel and un-Swedish practice, the government seems to be planning to legislate in favor of another kind of genital mutilation of children: Sex-change operations, or to use a more politically correct term « gender reassignment surgery » (GRS). Ingrid Carlqvist
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte. Jean-Sébastien Herpin (EELV)
Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT. Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite. Owen Jones
Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable. Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des Africains, des Européens, des asiatiques, des Américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse. L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine. L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. (sic) L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance. C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres. Nicolas Rividi (militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT)
« Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ». Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe. (…) Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. (…) A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ». Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre. (…) Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps. Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ». Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir. Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur. Marine Le Breton
Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà. Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation. Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange. Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. (…) Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. » (…) Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être. (…) Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Patric Jean
On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions. Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe. En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts. (…) On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels. Gilles-William Goldnadel
Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez virils» pour «défendre la Nation». Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite. Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales. Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable. Damien Le Guay
Nous étions très heureux de faire ce long voyage pour la première fois avec notre fils Kieran et tout a effectivement été gâché par le personnel d’Emirates. Lee Charlton
Depuis le 1er juin 2015, conformément à la réglementation sud-africaine, toute personne se rendant dans le pays avec un mineur de moins de 18 ans doit prouver sa paternité ou sa tutelle de l’enfant avec lequel elle voyage – tandis que les adultes voyageant seuls avec leurs enfants ont besoin de montrer qu’ils ont le consentement de leur partenaire qui ne voyage pas. Comme toutes les compagnies aériennes, nous devons nous conformer aux lois de chaque pays dans lequel nous opérons, responsabilité que nous partageons avec les passagers qui sont tenus de détenir des documents de voyage valables pour tous les pays inclus sur leur itinéraire. Nous notons que la famille Charlton a poursuivi son voyage à Durban sur le vol Emirates EK 775, conformément à leur réservation. Nous regrettons tout inconvénient que cet incident aurait pu causer, mais devons rappeler que le respect des lois internationales concernant la protection des enfants ne saurait être compromis. Porte-parole d’Emirates

Attention: une victime peut en cacher une autre !

En ces temps décidément étranges de mariage et d’enfant pour tous …

Où la relation ou le mariage d’un homme et d’une femme sont devenus relation ou mariage « hétérosexuels » …

Où la naissance d’un enfant n’est plus le fruit de l’accouplement d’un homme et d’une femme …

Où tout en se mobilisant contre la mutilation génitale ou le mariage forcé des petites filles, on propose d’autoriser dès l’âge de douze voire sept ans les opérations de changement de sexe pour les enfants …

Où les djihadistes (pardon: « terroristes » entre guillemets s’il vous plait !) ne sont qu’un « tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris » …

Où alors que sous la menace djihadiste nos rues et nos vies s’israélisent à vue d’oeil, un seul pays qui la subit depuis des décennies ne semble jamais avoir ses couleurs nationales illuminées sur les monuments du monde …

Et où sur fond de bataille des toilettes, un attentat terroriste par un tueur se réclamant de l’islam n’est plus qu’un acte homophobe ou la faute de la Manif pour tous ou du lobby des armes à feu

Comment ne pas voir …

Le véritable scandale de ce couple d’hommes homosexuels britanniques voyageant avec leur fils adoptif de Dubai à Durban …

Harcelé par une compagnie aérienne émiratie …

Au nom – tenez vous bien ! – de la réglementation sud-africaine… pour la protection de l’enfant ?

Patric Jean Devenez fan Auteur et réalisateur, son dernier livre questionne « Les hommes veulent-ils l’égalité? », dans la continuité de son film « La domination masculine ».
Orlando, l’arbre qui cache la forêt homophobe
Patric Jean
The Huffington Post
13/06/2016

Le massacre d’Orlando traîne à être reconnu comme un acte homophobe. Même si la législation de certains pays occidentaux a évolué, la haine des gays, lesbiennes, bi et transexuels reste un phénomène largement répandu, dans les trois religions monothéistes et bien au-delà.

Au procès de Nuremberg, aucune mention ne fut faite du meurtre de masse des « triangles roses », les homosexuels. Et pour cause. Les vainqueurs qui organisaient le procès des Nazis poursuivaient dans leur propre pays des politiques hautement homophobes. Le sujet fut passé sous silence et n’apparut dans aucun mémorial ni sur aucun monument aux morts. Les déportés survivants ne purent obtenir ni reconnaissance, ni indemnisation.

Le soir du drame d’Orlando, le journal de France 2 annonçait une tuerie dont le mobile n’était « pas connu », après avoir précisé qu’il avait été perpétré dans une boîte « gay » par un homme clamant aux journalistes son dégoût pour un baiser entre deux hommes… Même négation de l’évidence qui dérange.

Qu’un intégriste religieux ait perpétré la tuerie d’Orlando n’est donc malheureusement pas une surprise. Juifs, Chrétiens et Musulmans comptent dans leurs rangs des propagandistes de la haine homophobe radicale. Récemment, en France, le Grand Rabbin Sitruk affirmait: « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité » et considérait la Gay Pride de Tel Aviv comme une « tentative d’extermination morale » des Juifs. Invitant au passage à l’acte, il complétait façon Daech: « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ».

Du côté de l’Islam, la plupart des pays à majorité musulmane continuent de condamner l’homosexualité (parfois de mort) dans leur code pénal. Quant à l’église, elle reste traversée par de violents courants homophobes, telle la « Manif pour tous ». On se souvient aussi des sorties du cardinal Barbarin, primat des Gaules: « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. »

Dans les trois entités religieuses, des voix contradictoires se font entendre depuis longtemps: l’association Homosexuels Musulmans de France (HM2F créée en 2010), David & Jonathan, mouvement homosexuel chrétien (depuis 1972), et Beit Haverim, groupe juif des homosexuels de France (depuis 1977).

Des intellectuels de toutes ces confessions ont signé des appels contre l’homophobie et la transphobie, comme celui rassemblant le philosophe protestant Olivier Abel, l’essayiste catholique Jean-Claude Guillebaud, le théologien musulman Tareq Oubrou et le rabbin Rivon Krygier, « inquiets des discriminations, des violences et des humiliations dont les homosexuels et transsexuels continuent à être l’objet ». Ils précisaient: « nous avons le sentiment que dans chaque famille religieuse se trouvent des expressions qui appellent au refus de ces violences et de ces humiliations, et d’autres au contraire qui y incitent.

Que Daech s’empare de cette haine ne peut donc nous surprendre. Mais il serait dramatique que l’organisation terroriste serve d’arbre qui dissimule la forêt homophobe. Ainsi, la loi du Mississipi vient d’être modifiée, permettant à un fonctionnaire ou un commerçant de ne pas servir les homosexuels si ses convictions religieuses le lui interdisent. La Caroline du Nord lui a emboîté le pas en mars 2016 et d’autres états suivront peut-être.

Dans la très catholique Pologne, il ne fait pas bon être homosexuel et des représentants de l’église n’hésitent pas à appeler à la ségrégation à l’emploi contre les homosexuels considérés comme déviants. En Russie, le président Poutine a fait voter une loi interdisant toute propagande homosexuelle et de nombreux témoignages démontrent qu’il est toujours extrêmement dangereux de s’afficher publiquement dans ce pays.

Il faut d’ailleurs observer que, parmi les chefs d’Etats qui étaient très « Charlie » le 11 janvier à Paris suite au massacre de 11 personnes, la moitié ne pourrait être autant « Orlando » pour les 50 victimes américaines, car leurs lois ou coutumes nationales le leur interdiraient…

Et il ne faut pas voyager hors de nos frontières pour observer la culture homophobe, même en dehors des religions. Il ne s’agit évidemment pas de massacres comme à Orlando et pourtant… En France, les homosexuel-le-s de moins de 25 ans tentent de se suicider 13 fois plus que les hétérosexuels de leur âge. Ces jeunes adultes souvent rejetés par leurs propres parents sont loin de tous appartenir à des familles intégristes…

Le silence de Nuremberg sur le massacre des homosexuels n’était que le prélude à l’actuelle hypocrisie dans laquelle baignent toujours nos pays. Par la honte que leur impose une culture patriarcale, hétéronormée et androcentrée, des homos, bis et transsexuels tombent par milliers: meurtres, suicides, autodestruction. Combien sont-ils et elles à se cacher parce que leur milieu familial, social ou professionnel ne permet pas un coming-out?

Notre société a besoin d’un grand nettoyage culturel contre la haine des lesbiennes, gays, bis et transexuel-le-s.

Nous, hétéros cis-genre, qu’Orlando ne nous détourne pas de notre responsabilité et nous serve d’avertissement.

Voir aussi:

Nicolas Rividi Militant LGBT, ex porte-parole de l’Inter-LGBT
À Orlando, les racines de la haine
Nicolas Rividi

the HuffPost

13/06/2016

Hier matin j’ai découvert le Pulse vers 10h, via une notification de CNN sur l’écran de mon smartphone. Je n’avais jamais entendu parler de ce club gay d’Orlando, la ville m’était d’ailleurs presque inconnue. Le ciel gris qui accompagnait ce 12 juin 2016 à Paris ajoutait un peu plus à la sensation d’isolement qui vous atteint en pareilles circonstances.

CNN balançait à la chaine de nombreuses images. Elles avaient le bruit de celles du 13 novembre 2015 à Paris. Et puis rapidement les témoignages des premiers rescapés nous sont parvenus, glaçants. Un samedi soir, une fête latinos, la musique et puis les balles. Un témoin raconte que leur rythme suivait au début celui de la musique. Une autre, mère de l’un des clients du club cherche des renseignements, elle sait que le petit ami de son fils a été évacué en ambulance mais pas la moindre nouvelle de son fils. Un autre encore, raconte comment en rampant il a pu s’extraire du night club sous le sifflement des projectiles mortels fendant l’air à la recherche d’une victime.

Pas une tuerie, un massacre homophobe

Le pulse est un club gay. Il était fréquenté ce soir là par des gays, des lesbiennes, des bi.e.s, des trans, des hétéros et sans doute plein de personnes qui ne se reconnaissent pas vraiment dans ces étiquettes que je viens de lister. C’est dans un club gay donc, qu’un homme mue par une haine inouïe des LGBT, a décidé de venir lourdement armé pour tuer. Efficace, méthodique et déterminé il s’est, trois heures durant, appliqué à massacrer froidement les gens qui se trouvaient là. Comment ne pas s’étonner alors du silence des médias français qui ont cru bon d’attendre la fin de la journée pour faire état d’un lien possible entre le lieu et l’attaque, entre l’homophobie et le massacre. Comment ne pas s’insurger contre l’incapacité d’une classe politique à utiliser le terme « homophobie »? Et que dire aujourd’hui des titres de la presse nationale qui omettent, à l’exception du journal Sud-Ouest, de mentionner le terme « gay » ou l’expression « club gay » dans les titres de leurs Unes ? Pourtant c’est bien la communauté LGBT de la ville qui a été visée, et au delà toutes les personnes LGBT. Finalement, il demeure l’impression que les médias français traitent l’attentat comme les tueries survenues aux Etats-Unis, sans questionner plus avant ni les faits, ni leurs causes, avec une désinvolture coupable.

Il ne s’agit pas ici de plaider pour la concurrence victimaire mais de souligner que la société ne se déshonore pas quand elle reconnait aussi les victimes de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie. Minimiser ce fait n’est pas un exercice anodin, il est le fruit d’une vision sociétale qui peine encore à s’émanciper d’un ancrage culturel profond. Parmi les victimes de ces attentats trop nombreux, il y a des journalistes, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des africains, des européens, des asiatiques, des américains mais aussi des lesbiennes, des gays, des bi.e.s et des trans. La violence dont nous sommes les témoins, démontre que la haine homophobe et transphobe peut être aussi un prélude aux massacres de masse.

L’invisibilisation de la motivation homophobe de l’attentat, dénoncée par ailleurs dans d’autres tribunes parues aujourd’hui, permet aux plus fervents ennemis des personnes LGBT comme Christine Boutin, Robert Menard, la Manif Pour Tous – et j’en passe – de se parer d’une émotion de circonstance. Bouffis d’hypocrisie, ces dangereux pyromanes semblent marquer une distance avec les assassins qu’ils contribuent à créer. Les tenants de l’ordre moral religieux, qui depuis des siècles font des LGBT des créatures contre-nature, fournissent le terreau idéologique dans lequel les auteurs d’actes LGBT-phobes puisent leur haine.

Les institutions religieuses doivent enfin évoluer sur les sujets LGBT

L’état islamique s’est empressé de revendiquer le massacre d’Orlando, qualifiant le tireur de soldat du khalifa. L’enquête dira bien assez vite quels liens entretenaient le tueur présumé avec l’organisation terroriste mais une chose est certaine : le massacre répond à l’idéologie prônée par l’état islamique. Depuis plusieurs mois des alertes existent, comme ces hommes balancés depuis les toits des immeubles de Raqqa et présentés comme homosexuels. Les personnes LGBT ne sont d’ailleurs qu’une partie des cibles, l’état islamique massacre aveuglement toutes celles et ceux qui vivent selon des règles qui ne sont pas les leurs. Des règles inspirées d’une vision fantasmée, de la religion. Le fanatisme qui en découle touche toutes les religions sans distinction. Toutefois, si les fanatiques peuvent s’inspirer des religions pour promouvoir leur idéologie destructrice c’est bien parce que les religions, dans leur référentiel de valeur, le permettent. Les trois religions structurent la société depuis des siècles, et depuis des siècles leurs dogmes appellent au meurtre des homosexuels. Durant, le débat sur le mariage pour tous, le fait était pourtant évident, peu l’on dénoncé publiquement. De la prière du 15 aout 2013, rédigée par la conférence des évêques de France pour défendre le couple homme/femme comme seul modèle acceptable, à la lettre du Rabin Gilles Bernheim qui faisait état « du préjudice que la loi causerait à l’ensemble de la société », en passant par les propos de Dalil Boubaker, recteur de la Grande Mosquée de Paris qui déclarait sur Europe 1 : « Nous condamnons l’homosexualité, mais nous ne voulons pas être homophobes », tout aura été fait pour humilier les personnes LGBT. La violence des propos, maquillée en débat démocratique légitime n’était finalement que la transposition limpide du dogme. Comment s’étonner alors de la haine dont sont victimes les personnes LGBT quand on sait que les écrits religieux de référence regorgent d’appels au meurtres de celles et ceux dont la sexualité et au mieux considérée comme une abominable déviance.

C’est pourquoi les institutions religieuses doivent aussi prendre la pleine mesure de la responsabilité qu’elles portent, siècles après siècles dans la discrimination institutionnalisée de millions de personnes. Il est trop facile d’adopter une posture bienveillante par l’intermédiaire d’un tweet de soutien et d’amour quand on n’a de cesse par ailleurs d’attiser les haines qui conduisent à de tels massacres.

Les larmes et le combat

Ainsi donc nous pleurons à nouveau les disparu.e.s. Nous nous réfugions dans le silence le temps de nous remémorer les souvenirs heureux. Le deuil passé nous rejoindrons la grande cohorte des vivants. Avec elle nous continuerons d’honorer la mémoire des victimes. Avec elle nous prendrons possession des rues, avec elle nous battrons fièrement le pavé. Nous ne cèderons pas face l’obscurantisme, nous aurons l’audace de vivre encore.

Voir également:

Pourquoi la tuerie d’Orlando restera un acte terroriste homophobe plus qu’islamiste
Marine Le Breton

Le HuffPost

13/06/2016

TUERIE D’ORLANDO – « Pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis », « tuerie en Floride », « Tuerie de masse dans une boite de nuit en Floride ». Ce lundi 13 juin dans la presse française et internationale, un mot semblait manquer à l’appel pour décrire l’attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés: « homophobie ».

Comme l’ont fait remarquer plusieurs médias, seul Sud Ouest, en France, parlait sur sa Une de « massacre homophobe ». Aux Etats-Unis aussi, la presse titrait beaucoup sur les victimes ou le tueur, précisant que l’attaque a eu lieu dans un club gay, mais sans forcément la qualifier d’homophobe.

Un journaliste du Guardian, Owen Jones, a quitté dimanche soir en direct le plateau de Sky News, alors qu’il tentait d’expliquer depuis plusieurs minutes pourquoi cette attaque n’était pas seulement, comme le soulignait le présentateur, « contre des êtres humains », mais « contre des personnes LGBT ». « Orlando était à la fois une attaque terroriste et une attaque homophobe contre des personnes LGBT », écrit-il au lendemain de l’interview. « Si un terroriste avec des antécédents de haine et de dégoût des Juifs était entré dans une synagogue et avait tué 50 personnes, nous aurions justement décrit cette attaque comme terroriste et antisémite », poursuit-il.

Si les motivations d’Omar Mateen, l’auteur de la tuerie, restent encore à préciser, notamment sur ses liens exacts avec l’Etat islamique, une chose est certaine: sa cible, c’était des gays. Le lieu de son attaque, c’était un club gay. Même s’il s’agit d’une attaque revendiquée par Daech, la tuerie d’Orlando, la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, restera pourtant certainement dans les esprits comme un acte terroriste homophobe plutôt qu’islamiste. Pourquoi?

Un club gay emblématique

Le lieu, tout d’abord, n’a pas été choisi par Omar Mateen au hasard. Ce n’est pas « n’importe quel club gay », titre le site USA Today. Le Pulse est une boîte de nuit emblématique pour les personnes LGBT en Floride. Réputé pour ses spectacles de drag queen, faisant la promotion des prochains Gay Games qui doivent se tenir à Paris en 2018, le Pulse est un club apprécié de la communauté, un « safe space » dans lequel gays, trans, bi, peuvent se retrouver sans se soucier du regard extérieur, sans avoir peur de se faire insulter ou agresser.

La date de la tuerie n’est pas non plus anodine. Le mois de juin est celui de toutes les pride (les marches des fiertés en France). Le lendemain de la tuerie avait d’ailleurs lieu celle de Los Angeles où une attaque a été évitée de justesse.

A travers cet acte, Omar Mateen n’a donc pas simplement attaqué un peuple ou un pays, mais bien une communauté.

Des liens avec l’Etat islamique à préciser

Les intentions exactes d’Omar Mateen restent à préciser mais l’homophobie qui le motivait ne fait aucun doute, alors que ses liens avec le terrorisme islamique organisé sont, eux, encore flous.

Daech a bien, quelques heures après l’attaque, revendiqué l’acte, qualifiant encore ce lundi l’homme de « soldat du califat en Amérique ». On sait aussi qu’il avait déjà été interrogé, à deux reprises, par la police fédérale. Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes, souligne aussi que l’EI ne le qualifierait pas ainsi s’il n’était pas « sûr de son cas ». D’ailleurs, pour le massacre de San Bernardino, qui a eu lieu en décembre 2015, le couple d’auteurs de l’attaque n’avait été qualifié « que » de « sympathisant » et Daech n’avait pas directement revendiqué le massacre.

Mais pour Alain Bauer, professeur de criminologie interrogé par France Info, la communauté homosexuelle apparaît plutôt « comme une cible du tueur qu’une cible de l’Etat islamique ». Pour le FBI, qui a ouvert une enquête pour « terrorisme », cet Américain d’origine afghane aurait pu prêter « allégeance » à l’EI au dernier moment, quelques instants avant le massacre.

A l’heure actuelle, il semblerait qu’Omar Mateen soit un « loup solitaire », étant certes inspiré par l’idéologie de Daech mais sans avoir suivi leurs instructions pour mener cette attaque. Barack Obama a affirmé lundi en fin d’après-midi qu’il n’existait pas à ce stade de « preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger. et qu’il était possible que « le tireur ait été inspiré par diverses sources d’information extrémistes sur Internet ».

Énervé par deux hommes s’embrassant

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’Omar Mateen était capable de se mettre en colère rien qu’à la vue de deux hommes s’embrassant. C’est ce que son père a raconté à NBC: « Nous étions dans le centre-ville de Miami (…). Et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et son enfant, et il est devenu très énervé », a-t-il confié à la chaîne. « Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: ‘Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça' », a-t-il ajouté, assurant que la fusillade de dimanche n’avait « rien à voir avec la religion ». Très clairement, c’est l’homophobie, plutôt que la religion, qui est à l’origine de ce massacre.

Solidarité envers la communauté LGBT

Au final, comme l’expliquait Owen Jones, cet attentat terroriste est certainement à la fois homophobe et islamiste. C’est aussi ce que souligne le site de CNN, pour lequel la tuerie a pu être « motivée par l’homophobie et l’Islamisme radical » en même temps.

Par contre, la perception de cette tuerie, ce que nous en retiendrons, est certainement que c’est une attaque homophobe, ayant visé délibérément des personnes LGBT, dans un lieu LGBT. Après les premières Une de presse focalisées sur le caractère terroriste de l’attaque, c’est en tout cas le tournant que semble prendre l’opinion. François Hollande l’a lui-même qualifiée de « tuerie homophobe ».

Sur les réseaux sociaux, l’image la plus partagée, parmi bien des visuels arc-en-ciel, est celle d’un ruban aux couleurs du drapeau LGBT et des Etats-Unis:

Aux quatre coins du monde, ce sont bien les couleurs de l’arc-en-ciel qui sont affichées, que ce soit sur la Mairie de Paris, le World Trace Center, la grande roue d’Orlando, la Sky Tower d’Auckland, la mairie de Tel-Aviv ou encore la Tour Eiffel ce lundi soir.

Preuve s’il en est que quelque soit le mot final de cette affaire, c’est bien la communauté ciblée par l’attaque, plutôt que les liens de son auteur avec l’EI, qui resteront dans les annales. D’autant plus que, même si les Etats-Unis ne découvrent pas les actes de violence envers les personnes LGBT, c’est la première tuerie homophobe de cette ampleur.

Voir encore:

The sexualities of those murdered in Orlando shouldn’t be glossed over. This was the worst mass killing of LGBT people in the west since the Holocaust

Orlando was both a terrorist attack and a homophobic attack on LGBT people. It was both the worst mass shooting in US history, and the worst targeted mass killing of LGBT people in the western world since the Holocaust. It is possible for an atrocity to be more than one thing at the same time. You are not compelled to select one option or the other. Life – with both its horrors and its joys – is incredibly complicated, and we have a rich language able to capture its complexities.

I am reluctant to dwell too much on my appearance on Sky News last night, because this isn’t about me, so let’s just use it as a case study. In sum, I walked off in disgust during a discussion about the massacre: it was an instinctive reaction to an unpleasant and untenable situation. The presenter continually and repeatedly refused to accept that this was an attack on LGBT people. This was an attack “against human beings”, he said, and “the freedom of all people to try to enjoy themselves”. He not only refused to accept it as an attack on LGBT people, but was increasingly agitated that I – as a gay man – would claim it as such.

If a terrorist with a track record of expressing hatred of and disgust at Jewish people had walked into a synagogue and murdered 50 Jewish people, we would rightly describe it as both terrorism and an antisemitic attack. If a Jewish guest on television had tried to describe it as such, it would be disgraceful if they were not only contradicted, but shouted down as they did so. But this is what happened on Sky News with a gay man talking about the mass murder of LGBT people.

This isn’t about LGBT people taking ownership of the pain and anguish. People of all sexual orientations have wept over this massacre, and all communities should unite in grief. It is highly likely that straight people died in the atrocity. When the neo-Nazi terrorist David Copeland detonated a nail bomb in the Admiral Duncan gay pub in 1999, one of the fatalities was a straight pregnant woman, having a drink with her husband and her gay friends. LGBT people are part of the wider community, and LGBT people and their straight friends party together in LGBT venues. But this was a deliberate attack on a LGBT venue and LGBT people. According to Omar Mateen’s father, the reportedly Islamic State-supporting terrorist had expressed revulsion at the sight of two men kissing. His co-workers have described his anti-gay comments. Omar Mateen could have chosen many clubs, full of people laughing and living, but he chose a LGBT venue. This was homophobia as well as terrorism. It is not enough to simply condemn violence: we have to understand what it is and why it happened.

It wasn’t only Sky News at fault. In the New York Times’ original reporting, it didn’t even point out that a gay club had been targeted. The Daily Mail didn’t bother to put the atrocity – the worst terrorist attack on US soil since 9/11 – on its front page, instead opting to stir up xenophobia over Turkish immigrants and publicising an offer of “free pearl and white sapphire earrings”. This is erasure of LGBT people – pure and simple – after their community was horrifically targeted.

LGBT people are varied, and have different experiences: the life experiences of a young working-class gay black woman and a gay white male multi-millionaire CEO are very different. But we all grow up in a society that still treats us as if we are inferior: we have all repeatedly encountered homophobic abuse, the stress of coming out repeatedly, or the fear of holding hands with a partner in public. To imagine LGBT people who may have endured distress and internalised prejudice – just because of who they are – spending their last moments in terror as a homophobic terrorist hunted them down is just unbearable.

Today, the “we only care about LGBT rights if Muslims are involved” brigade are out in force. As a gay man, I am proud to live in a city represented by a Muslim mayor who has faced death threats for supporting and voting for LGBT people to have the same rights as everybody else. The bigots must not be allowed to hijack this atrocity.

Tonight at 7pm in Old Compton Street – in the heart of London’s LGBT community – LGBT people and straight people will link arms in memory of what happened in Orlando. Let it be a show of solidarity – and defiance against those who hate.

Voir par ailleurs:

Comment l’amalgame entre l’attentat dans une boîte gay d’Orlando et la Manif pour Tous évite de se pencher sur les liens entre l’islam et la haine des homosexuels
En réaction à la tuerie d’Orlando dans un club homosexuel en Floride dimanche 12 juin, beaucoup ont tenté de faire le lien entre l’acte du tueur et les mouvements de contestation du mariage pour tous en France en 2013.

Atlantico

14 juin 2016

Atlantico : « La différence entre la Manif pour tous et Orlando ? Le passage à l’acte« , tweetait lundi matin Jean-Sébastien Herpin, secrétaire général d’EELV de la région Centre, faisant ainsi un parallèle entre le mouvement d’opposition à la loi Taubira de 2013 et le meurtre de 50 homosexuels américains par un terroriste islamiste. Dans quelle mesure peut-on considérer que l’Etat islamique ne fait que mettre en pratique ce que théoriserait la droite conservatrice, notamment française, alors que la Manif Pour Tous a exprimé comme tout le monde son horreur et sa solidarité avec les proches des victimes ?

Gilles-William Goldnadel : On se trouve dans l’abîme vertigineux de la sottise islamo-gauchiste dont les Verts français sont les représentants les plus emblématiques. Déjà Clémentine Autain, qui est en principe une féministe intransigeante, avait essayé au moment des révélations de Cologne (quand des femmes allemandes avaient été agressées par des migrants islamiques) de se lancer dans des considérations oiseuses sur la manière dont les femmes avaient été traitées, violées, lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle était tellement préoccupée par le fait de ne pas insister sur la dimension machiste des hommes d’Orient qu’il lui fallait absolument puiser dans un événement de l’histoire pour généraliser. Comme si une situation de guerre pouvait être équivalente avec ce qu’il se passe en temps de paix ; oubliant par ailleurs que lors des viols de masse des femmes siciliennes (plaie toujours vive en Sicile), les goumiers marocains n’étaient pas les derniers à commettre des exactions.

Ceci posé, on est toujours dans la même stupidité aberrante lorsque l’on compare un massacre horrible avec des manifestations tout à fait licites. Et il faut rajouter que l’on peut considérer que le mariage homosexuel n’est pas une avancée en soi, que la norme conjugale doit se situer dans le cadre de la procréation naturelle entre un homme et une femme sans être pour le moins du monde homophobe.

En conséquence, considérer que tous ceux qui ont participé à la Manif pour Tous sont homophobes, c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit qui n’étonnera pas ceux qui connaissent bien les Verts.

A partir de telles déclarations, il ne faut pas s’étonner que ce parti soit à la dérive. Sans oublier que ceux qui se font les défenseurs les plus vertueux du politiquement correct ne sont pas ceux qui l’appliquent le plus correctement dans la vie de tous les jours. Un récent fait divers illustre assez bien mon propos.

Cette tuerie a été commise par un musulman ayant prêté allégeance à l’Etat islamique, qui se vante par ailleurs de martyriser les homosexuels en Irak et en Syrie. Mais nombre de commentateurs français ont immédiatement fait un lien avec « les catholiques », voire « les religions monothéistes », qui seraient par essence « homophobes » (bien qu’aucun catholique ni aucun juif n’ait été condamné pour acte homophobe en France). Comment expliquer ces amalgames ?

On peut parfaitement et valablement dire que de manière générale, les religions regardaient, et pour certaines regardent encore, l’homosexualité comme un vice. Il est vrai que certains dignitaires juifs ou catholiques ne sont pas en reste de condamnation morale. J’ajoute qu’il n’y a pas si longtemps, les freudiens eux-mêmes considéraient l’homosexualité comme une perversion. Ceci fermement posé, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de tuer des homosexuels ? Qu’est-ce que cela a à voir avec la déclaration de l’imam d’Orlando, trois mois avant l’attentat, quand lui aussi déclarait que les homosexuels méritaient la mort ? Qu’est-ce que cela a à voir avec les lois qui sont en vigueur dans la quasi-totalité des pays islamiques, et qui emprisonnent les homosexuels quand ils ne pratiquent pas la peine de mort contre eux ? Lorsqu’on pratique un amalgame aussi grossier, c’est bien évidemment, encore une fois, pour tenter de disculper les criminels.

Le lien entre islam radical et haine des homosexuels semble gêner certains activistes LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). Pourtant, le Front National a obtenu des résultats record chez les homosexuels aux dernières élections régionales. Faut-il y voir un décalage croissant entre les homosexuels et les associations qui s’expriment en leur nom sur ce sujet ?

Cela n’est pas nouveau que de constater le décalage entre les prétendues élites parisiennes et le peuple. Bien entendu, ce mot étant évidemment mal connoté dans ce genre d’aéropages.

Voir aussi:

Orlando, homophobie, islamisme : la grande confusion intellectuelle
Damien Le Guay
Le Figaro

15/06/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE – Après le massacre d’Orlando, les commentaires et les mises en accusation se sont succédé. Mouvements conservateurs et religions monothéistes ont été pointés du doigt. Damien Le Guay considère que l’islamisme est passé au second plan.

Damien Le Guay, philosophe, président du comité national d’éthique du funéraire, membre du comité scientifique de la SFAP, enseignant à l’espace éthique de l’AP-HP, vient de faire paraître un livre: Le fin mot de la vie – contre le mal mourir en France, aux éditions du Cerf.

Une horreur est une horreur. Ce qui est advenu à Orlando est une horreur. Une horreur de masse perpétrée par un fou se réclamant d’une idéologie islamiste terroriste. Et il importe tout autant de condamner ces crimes, de désigner l’adversaire, de manifester sa solidarité vis-à-vis des victimes que de ne pas ajouter de la confusion de sens à la confusion des mots. Deux évidences s’imposent: ces crimes furent faits au nom de l’Etat Islamique ; les victimes américaines sont des homosexuels.

Quel ne fut pas mon étonnement, lundi 13 juin au matin, d’entendre, sur une radio du service public (France Culture), tout un débat non pas pour dénoncer un acte terroriste et compatir au sort de victimes particulières, mais pour défendre l’idéologie LGBT et incriminer toutes «les postures religieuses patriarcales», dont la chrétienne, qui seraient le terreau de l’homophobie. Caroline Fourest nous a expliqué qu’aux Etats-Unis «le magistère d’homophobie était exercé par les chrétiens intégristes» (alors que le terroriste se réclamait de l’Etat Islamique) tandis que Serge Hefez, doctement, indiquait que la «haine des homophobes» était provoquée par les remises en cause, par l’homosexualité, «des questions de genre et de l’ordre patriarcal». Pour la première, ce que fit d’Omar Mateen avait une différence de degrés et non de nature avec les convictions religieuses chrétiennes. Dans cette lignée Jean-Sebastien Herpin, secrétaire régional EELV, s’est cru autorité à tweeter lundi 13 juin: «la différence entre la manif pour tous et Orlando? Le passage à l’acte». Pour le second, l’homosexualité en tant que telle provoque un ébranlement radical des stéréotypes anthropologiques habituels qui forceraient les petits garçons «à devenir des garçons virils, combatifs et dominants» et les petites filles «à devenir douce, dociles et soumises à l’ordre patriarcal et masculin» L’homophobie serait alors, avant tout, une peur ancestrale que «les hommes ne soient plus assez viril» pour «défendre la Nation».

Le problème avec ce genre d’interventions est qu’elles font de ces cinquante victimes des membres de «la communauté LGBT» avant que d’être des personnes et des citoyens américains. D’où, un peu partout, sur la tour Eiffel ou en Australie, des marques de sympathie aux couleurs du drapeau de l’internationale LGBT et non du drapeau américain. Comme si notre compassion, devait, avant que de se manifester, approuver l’idéologie LGBT et abandonner toutes convictions religieuses. Comme si on devait accepter l’idée que ces cinquante personnes auraient été victime de toutes les homophobies religieuses – et dont celle des islamistes serait simplement la moins hypocrite.

Nous assistons-là, dans ce genre de débat fermé, à trois types de confusions intellectuelles – qui se retrouvent à l’œuvre dans bien des situations autour des questions de genre ou d’homosexualité. D’une part une extension, au-delà du raisonnable, de «l’homophobie», au point d’incriminer tous les chrétiens à l’occasion du crime horrible d’un fou-furieux islamiste aux Etats-Unis. Tant que le terme «d’homophobie» ne sera pas rigoureusement défini, nous constaterons ces dérives injurieuses. Tant qu’il ne sera pas distingué de la haine meurtrière intolérable ou des possibles et respectables (je le crois!) remises en cause de l’impérialisme de la théorie du genre, toute discussion commune sera impossible. Seconde confusion: une manière de criminaliser tous ceux qui défendraient «l’ordre patriarcal» – bien qu’il soit la chose du monde la mieux partagée sur terre, hormis dans les pays occidentaux – et qui serait, par nature, une incitation, plus ou moins explicite, au meurtre ou à la persécution des homosexuels. Cet amalgame permet d’envoyer les contradicteurs dans l’enfer haineux de ceux qui refuseraient la nécessaire diversité multiculturelle. Nous avions vu cette même posture lors du débat sur le «mariage pour tous». Troisième confusion: celle entre l’homosexualité comme une liberté personnelle, et qui est à préserver, et l’idéologie LGBT qui elle, via la théorie du genre, doit s’imposer à tous et désaffilier les genres et ouvrir le champ des sexualités possibles. Les idéologues LGBT, dont les représentants ont tous leurs rond de serviette dans l’audiovisuel public, ne défendent pas une liberté d’indifférence (celles des sexualités de chacun) mais prônent, volontairement, des révolutions anthropologiques radicales.

Ces trois confusions volontaires, conduisent à un coup force permanent, une constante violence intellectuelle dans tous ces débats. Celui qui remet en cause l’un ou l’autre de ces jeux de mikado des sexualités flottantes autant qu’indéterminées est jugé «homophobe». Celui qui garde une conviction religieuse est d’une manière ou d’une autre «homophobe». Celui qui dirait sa solidarité vis-à-vis des victimes d’Orlando et qui serait contre «le mariage pour tous» est un complice du meurtrier. Et plutôt que de renvoyer les sexualités dans la sphère privée, il est toujours et encore question «d’avancées» nouvelles et de visibilités accrues, pour lutter contre les «discriminations». Que nous promet-on maintenant, pour demain? La légalisation du «troisième genre» comme en Allemagne? Une «bataille des toilettes», comme aux Etats-Unis où il est permis, dans certains Etats, pour des personnes transgenres d’aller dans les toilettes de leurs choix? Une crainte apparait alors: une dérive accélérée des continents anthropologiques entre l’Occident et le reste du monde. On préfère ici lutter contre les «assignations sexuelles» plutôt que de lutter, ailleurs, et surtout dans les pays musulmans, contre l’oppression bien réelle des homosexuels et des femmes, leurs humiliations, leurs condamnation à l’invisibilité sociale. Le multiculturalisme est aussi une guerre de civilisation, une manière de rendre l’entente impossible et la réconciliation improbable.

Voir aussi:

Gay couple left ‘humiliated’ after Emirates airline staff ask if they are brothers
Lee Charlton says staff laughed at him and partner Jason when they said they were couple
Gabriel Samuels
The Independent

16 June 2016

“We were very excited to travel long distance for the first time with our son Kieran and it was effectively spoilt by the staff from Emirates.

“I came out as gay aged 16 and I have never encountered this kind of behaviour towards my sexuality in the 26 years since.

“The Emirates manager looked at our documents and then said we may not be allowed to travel. He said ‘It’s South Africa, not us’.

“Without a doubt we were treated in an aggressive and demeaning way, and I just don’t understand why Emirates, a huge international corporation, doesn’t give cultural training to its staff overcome these kinds of prejudices.

« I am really not one of these people to jump on a political correctness bandwagon, but I felt I had to say something. »

Mr Charlton filed a lengthy letter of complaint to Emirates last Thursday and is yet to receive any reply from the airline.

He then posted the complaint on his Facebook page, which can be seen below.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FEmirates%2Fposts%2F896572567119160&width=500

Mr Charlton continued: “The most annoying thing about this is that I have to travel to South Africa a lot for work meetings – and I am forced to fly with Emirates.

“The whole thing has really left a sour taste in my mouth and I’d think twice about visiting Dubai again in the future.”

Homosexuality is illegal in Dubai and gay people have been handed jail sentences of up to two years in the past.

An Emirates spokesperson said in a statement: « At Emirates we do our best to provide our passengers with the very best customer service and travel advice and we’re sorry to hear about Mr Charlton’s complaint.

« Since 1 June 2015, according to South African regulations, anyone travelling to the country with a minor under 18 needs to prove parenthood or guardianship – while adults travelling alone with their children need to show that they have the consent of their non-travelling partner.

« Like all airlines, we must comply with the laws of every country in which we operate and this is a shared responsibility with passengers, who are required to hold valid travel documents for all countries on their itinerary.

« We note that the Charlton family continued on Emirates flight EK 775 to Durban, as booked.  We regret any inconvenience caused, however, compliance with international laws concerning child protection will not be compromised. »

Voir par ailleurs:

Suède : changement de sexe pour les enfants

Les Observateurs
03.11.2015

Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans.

Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle.

Le rapport officiel rédigé par le comité « on the Age Limit for Approval of a Change of Gender » et commandé par le gouvernement propose que :

  • les personnes de 15 ans soient autorisées à décider de leur changement juridique de genre,
  • les personnes de 15 ans soient autorisées à se faire opérer pour changer de sexe, avec le consentement des parents (ou l’un des deux, en cas de conflits),
  • les personnes de 12 ans soient autorisées à changer juridiquement de genre, avec le consentement des parents.

Selon Paul R. McHugh, éminent professeur en psychiatrie, dans un article du Wall Street Journal : « Lorsque les enfants qui ont signalé des ressentis transgenres ont été suivis sans aucun traitement médical ou chirurgical, 70 % à 80 % d’entre eux ont abandonné spontanément ces sentiments. »

Voir de même:

Voir enfin:

Un couple homosexuel britannique privé d’hôtel à Marrakech?

COUAC – Un hôtel à Marrakech aurait refusé d’accorder une chambre à un couple homosexuel britannique a rapporté le Daily Mail le mardi 5 mai.

Un épisode désagréable pour Morgan Hughes et Lloyd Innes, âgés de 23 et de 28 ans, qui avaient prévu de passer leurs premières vacances en amoureux dans la ville ocre.

Un mois après avoir réservé leur chambre auprès de l’hôtel Eden Andalou Aquapark et Spa de Marrakech, un coup de fil retentit. C’est la British Airways, compagnie auprès de laquelle le couple a booké sa réservation dans l’hôtel, qui les prévient qu’ils ne peuvent pas loger dans la même chambre et qu’ils doivent, s’ils veulent maintenir leur séjour à l’hôtel quatre étoiles, prendre des chambres séparées.

« On n’a pas reçu la moindre excuse de British Airways et l’hôtel ne nous a pas parlé directement », regrette le couple.

Mais l’hôtel présente une autre version des faits le lendemain, mercredi 6 mai. Il assure dans un communiqué relayé par le site d’information H24 qu' »il n’a jamais posé de questions concernant la sexualité de ses clients ni de leur religion » et nie « tout contact direct avec la British Airways ».

L’hôtel avance que la réservation aurait été faite via « HotelBeds » en Espagne le 17 mars 2015 et annulée par… « HotelBeds » le 9 avril 2015 « sans donner aucun motif ».

Que dit la loi?

L’article 489 du code pénal marocain stipule qu' »est puni de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

 

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Bac 2016: Avez-vous déjà giflé un mort ? (Exquisite corpses in the closet: How French students learn to let the dead bury their dead)

19 juin, 2016
CadavreCadavre2"Un cadavre " le document original Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. Jésus (Matthieu 8: 22)
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  André Malraux (1956)
Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture ; à la limite le tombeau c’est le premier et le seul symbole culturel. René Girard
There are many cumbersome ways to kill a man. You can make him carry a plank of wood to the top of a hill and nail him to it. To do this properly you require a crowd of people wearing sandals, a cock that crows, a cloak to dissect, a sponge, some vinegar and one man to hammer the nails home. (…) Simpler, direct, and much more neat is to see that he is living somewhere in the middle of the twentieth century, and leave him there. Edwin Brock (1990)
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros, de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Balzac est l’auteur de nombreux romans réunis sous le titre deComédie humaine, somme de ses observations sur l’ensemble de la société de son temps.M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n’est pas le lieu de dire ici tout ce qu’était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse 1 Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui est l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moment, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, l’auteur de cette œuvreimmense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l’illusion, aux autres l’espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque. Il fouille le vice, il dissèque la passion. Il creuse et sonde l’homme, l’âme, le cœur, les entrailles, le cerveau, l’abîme que chacun a en soi. Et, par un don de sa libre et vigoureuse nature, par un privilège des intelligences de notre temps qui, ayant vu de près les révolutions, aperçoivent mieux la fin de 2 3 l’humanité et comprennent mieux la providence , Balzac se dégage souriant et serein de ces redoutables études qui produisaient la mélancolie chez Molière et la misanthropie chez Rousseau. Voilà ce qu’il a fait parmi nous.Voilà l’œuvre qu’il nous laisse, œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument, œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. Sa mort a frappé Paris de stupeur. Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère. Sa vie a été courte, mais pleine ; plus remplie d’œuvres que de jours. Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et dans le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées qui sont sur nos têtes, parmi les étoiles de la patrie ! Victor Hugo (Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 29 août 1850)
Maupassant est un écrivain français né en 1850 et mort en 1893. MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il ydix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le a revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et franche, sortait un air de gaîté si heureuse, de vie si brave, que nous l’aimions tous, pour cette bonne odeur de santé qu’il nous apportait. Il adorait les exercices violents ; des légendes de prouesses surprenantes couraient déjà sur lui. L’idée ne nous venait pas qu’il pût avoir un jour du talent. Et puis éclataBoule-de-Suif, ce chef-d’œuvre, cette œuvre parfaite de tendresse, d’ironie et de vaillance. Du premier coup, il donnait l’œuvre décisive, il se classait parmi les maîtres. Ce fut une de nos grandes joies ; car il devint notre frère, à nous tous qui l’avions vu grandir sans soupçonner son génie. Et, à partir de ce jour, il ne cessa plus de produire, avec une abondance, une sécurité, une force magistrale, qui nous émerveillaient. Il collaborait à plusieurs journaux. Les contes, les nouvelles se succédaient, d’une variété infinie, tous d’une perfection admirable, apportant chacun une petite comédie, un petit drame complet, ouvrant une brusque fenêtre sur la vie. On riait et l’on pleurait, et l’on pensait, à le lire. Je pourrais citer tels de ces courts récits qui contiennent, en quelques pages, la moelle même de ces gros livres que d’autres romanciers auraient écrits certainement. Mais il me faudrait tous les citer, et certains ne sont-ils pas déjà classiques, comme une fable de La Fontaine ou un conte de Voltaire ? Maupassant voulut élargir son cadre, pour répondre à ceux qui le spécialisaient, en l’enfermant dans la nouvelle; et, avec cette énergie tranquille, cette aisance de belle santé qui le caractérisait, il écrivit des romans superbes, où toutes les qualités du conteur se retrouvaient comme agrandies, affinées par la passion de la vie. Le souffle lui était venu, ce grand souffle humain qui fait les œuvres passionnantes et vivantes. DepuisUne viejusqu’àNotre Cœur, en passant parBel-Ami, parLa Maison Tellier etFort comme la Mort, c’est toujours la même vision forte et simple de l’existence, une analyse impeccable, une façon tranquille de tout dire, une sorte de franchise saine et généreuse qui conquiert tous les cœurs. Et je veux même faire une place à part àPierre et Jean, qui est, selon moi, la merveille, le joyau rare, l’œuvre de vérité et de grandeur qui ne peut être dépassée. Émile Zola (Discours prononcé aux obsèques de Guy de Maupassant, 7 juillet 1893)
Messieurs, Rendant à Émile Zola au nom de ses amis les honneurs qui lui sont dus, je ferai taire ma douleur et la leur. Ce n’est pas par des plaintes et des lamentations qu’il convient de célébrer ceux qui laissent une grande mémoire, c’est par de mâles louanges et par la sincère image de leur œuvre et de leur vie.L’œuvre littéraire de Zola est immense.Vous venez d’entendre le président de la Société des gens de lettres en définir le caractère avec une admirable précision. Vous avez entendu le ministre de l’Instruction publique en développer éloquemment le sens intellectuel et moral. Permettez qu’à mon tour je la considère un moment devant vous.Messieurs, lorsqu’on la voyait s’élever pierre par pierre, cette œuvre, on en mesurait la grandeur avec surprise. On admirait, on s’étonnait, on louait, on blâmait. Louanges et blâmes 1 étaient poussés avec une égale véhémence . On fit parfois au puissant écrivainje le sais par 2 3 moi-même des reproches sincères, et pourtant injustes. Les invectives et les apologies s’entremêlaient. Et l’œuvre allait grandissant.Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale, on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la candeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. Anatole France (Éloge funèbre d’Émile Zola, 5 octobre 1902)
Robert Desnos, lui, n’aura connu votre pays que pour y mourir. Et ceci nous rapproche encore plus de vous. Jusqu’à la mort, Desnos a lutté pour la liberté. Tout au long de ses poèmes, l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues.Il y a eu en Robert Desnos deux hommes, aussi dignes d’admiration l’un que l’autre : un homme honnête, conscient, fort de ses droits et de ses devoirs et un pirate tendre et fou, fidèle comme pas un à ses amours, à ses amis, et à tous les êtres de chair et de sang dont il ressent violemment le bonheur et le malheur, les petites misères et les petits plaisirs.Desnos a donné sa vie pour ce qu’il avait à dire. Et il avait tant à dire. Il a montré que rien ne pouvait le faire taire. Il a été sur la place publique, sans se soucier des reproches que lui adressaient, de leur tour d’ivoire, les poètes intéressés à ce que la poésie ne soit pas ce 1 fermentde révolte, de vie entière, de liberté qui exalte les hommes quand ils veulent rompre les barrières de l’esclavage et de la mort. Paul Éluard (Allocution prononcée à la légation de Tchécoslovaquie à l’occasion du retour des cendres de Robert Desnos, 15 octobre 1945)
Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel. (…) On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus. Philippe Soupault
Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas. (…) Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ? Paul Eluard
La France est morte ? Vive la France. (…) Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ? (…) Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine. C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ? Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là. (…) Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles. Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux. Pierre Drieu La Rochelle
ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité. Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles ! Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte. On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares ! Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil… Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre ! (…) Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres… Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison… En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux… C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable… (…)  Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie. Anatole France est mort ! Joseph Delteil
REFUS D’INHUMER Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière. André Breton
AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ? (…) Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on. Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs. Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. Louis Aragon
 Quelles sont les qualités des écrivains célébrés dans les textes du corpus ? (…) Vous commenterez le discours d’Anatole France (…) Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? (…) A l’occasion d’une commémoration, vous prononcez un discours élogieux à propos d’un écrivain dont vous admirez l’œuvre. Ce discours pourra réutiliser les procédés, à vos yeux les plus efficaces, mis en œuvre par les auteurs du corpus. Sujets bac français 2016 (ES-S)
Exemple de bonne copie pour le sujet dissertation : « Les écrivains ont-ils pour mission essentielle de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain ? ». Pour le Figaro Etudiant, « le devoir est guidé par la problématique inaugurale, chaque partie de la dissertation contribue à y répondre efficacement ». Cela peut donc aboutir à ce type de plan : I/ Oui, les écrivains ont pour mission de célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain (Ils chantent la gloire des hommes, ils célèbrent la beauté, l’amour. II/ Mais non, ce n’est pas leur mission essentielle (Leur mission est parfois de dénoncer, les écrivains sont des artistes avant tout, ils recherchent le beau). III/ Ils ne célèbrent pas la grandeur de l’être humain : ils rendent compte de l’âme humaine telle qu’elle est. Corrigé du bac de français S et ES

Et si la littérature, ça servait aussi à faire la guerre ?

‘Il ne faut plus que mort, cet homme fasse de la poussière », « Avez-vous déjà giflé un mort ? », « médiocrité dorée », « policier », « servilité humaine », « ruse », « traditionalisme », « patriotisme », « opportunisme », « scepticisme », « manque de cœur », « inertie souriante », « immondice humaine » …

A l’heure où après l’antisionisme et la folie des hauteurs, nos lycéens sont invités, à l’instar des grands maitres du passé Hugo, Zola, France et Eluard, à écrire leurs propre éloge funèbre d’écrivain …

Et à se demander si la mission essentielle des écrivains serait de « célébrer ce qui fait la grandeur de l’être humain » …

Comment ne pas s’étonner …

De cette apparente affinité des épreuves du baccalauréat pour les occasions manquées et la neutralisation de tout ce qu’elles touchent …

Et notamment pour la formidable violence que peut contenir le monde en apparence si feutré de la vie littéraire …

Comme aurait pu le suggérer peut-être la simple évocation …

De ces fameux cadavres  (exquis ou non) dans le placard que furent, en forme justement de contre-éloges funèbres, deux des premiers manifestes collectifs du surréalisme …

D’abord pour démolir, comme punition de ses funérailles nationales et aux frais de Drieu la Rochelle et sans compter la participation du même compagnon de route Eluard qui fera plus tard l’éloge en Tchécoslovaquie de son petit camarade Desnos …

Le prix Nobel de littérature dreyfusard, co-fondateur de la Ligue des droits de l’homme et dénonciateur du génocide arménien qu’avait été Anatole France …

Puis, avec le contre-contre pamphlet des exclus suivant leur excommunication, pour célèbrer …

La mort souhaitée du pape du surréalisme et apologue de la violence aveugle lui-même …

Présenté en couverture sous une couronne d’épines ?

UN CADAVRE

Il était devenu si hideux, qu’en passant sa main sur son visage il sentit sa laideur.

  1. FRANCE (Thaïs)

L’ERREUR

Anatole France n’est pas mort ; il ne mourra jamais. Quelques braves écrivains dans une dizaine d’années auront inventé un nouvel Anatole. Il y a des gens qui ne peuvent pas se passer de ce personnage comique, le « plus grand homme du siècle » ou « un maître écrivain ». On recueille ses moindres mots, on étudie à la loupe ses moindres phrases et puis on bêle : « Comme c’est beau…, mais c’est magnifique, c’est splendide ! » Le maître éternel.

Celui qui vient de disparaître n’était pourtant pas très sympathique. Il n’a jamais songé qu’à son petit intérêt, à sa petite santé. Il attendait la mort, paraît-il. C’est une jolie solution. Mais à part cela, sérieusement qu’a-t-il fait, à quoi a-t-il pensé ? Puisqu’il ne s’agit aujourd’hui que de déposer une palme sur un cercueil, qu’elle soit aussi lourde que possible et qu’on étouffe ce souvenir.

Un peu de dignité, Messieurs de la famille ! Pleurez toutes les larmes de votre corps. Anatole a rendu ce qu’on appelait son âme. Vous n’avez rien à attendre de cette mémoire molle et sèche. C’est fini !

La nuit descend déjà. On reste étonné, lorsqu’on a le courage de parcourir les articles nécrologiques, de la pauvreté des éloges décernés à feu France. Quelles tristes couronnes en simili-celluloïd ! On rapporte régulièrement le mot de Barrès : « C’était un mainteneur ». Quelle cruauté ! le mainteneur de la langue française : cela fait penser à un adjudant ou à un maître d’école très pédant. Je pense que c’est une singulière idée que de perdre quelques minutes à adresser des adieux à un cadavre dont on a retiré le cerveau ! Puisqu’enfin tout est fini, n’en parlons plus.

J’ai assisté aujourd’hui à de bien jolis spectacles. Des croque-morts qui se disputaient en marchant devant un cercueil. J’ai vu aussi une femme en deuil, voilée de crêpes, aller à l’hôpital tailler une bavette avec son moribond de mari et lui montrer les beaux habits tout neufs qu’elle avait achetés le matin en attendant sa mort.

Philippe Soupault

UN VIEILLARD COMME LES AUTRES

Le visage de la gloire, le visage de la mort, celui d’Anatole France vivant ou mort. Tes semblables, cadavre, nous ne les aimons pas. Que de bonnes raisons, pourtant, ils ont de durer, comme la beauté et l’harmonie qui les remplissent d’aise, qui leur mettent aux lèvres un bon sourire, un sourire de père de famille. La beauté, cadavre, nous la connaissons bien et si nous nous y prêtons, c’est qu’elle ne nous donne pas précisément à sourire. Nous n’aimons le feu et l’eau que depuis que nous avons envie de nous y jeter. L’harmonie, ah ! l’harmonie, le noeud de ta cravate, mon cher cadavre, et ta cervelle à l’écart, bien rangée dans le cercueil et les larmes qui sont si douces, n’est-ce pas.

Ce que je ne puis plus imaginer sans avoir les larmes aux yeux, la Vie, elle apparaît encore aujourd’hui dans de petites choses dérisoires auxquelles la tendresse seule sert maintenant de soutien. Le scepticisme, l’ironie, la lâcheté, France, l’esprit français, qu’est-ce ? Un grand souffle d’oubli me traîne loin de tout cela. Peut-être n’ai-je jamais rien lu, rien vu, de ce qui déshonore la Vie ?

Paul Eluard

NE NOUS LA FAITES PAS A L’OSEILLE

La France est morte ? Vive la France. La France vient encore de mourir en Touraine : une maison ferme à jamais ses persiennes, comme tant d’autres, dans ces campagnes qui font entendre partout le même claquement funèbre : les vieux s’enfouissent dans la terre, les jeunes, quand il y en a, s’en vont quelques années de reste, traîner des noms fanés sur le bitume.

Mais ce n’est qu’une France qui vient de mourir, il y en a plusieurs, il y en a qui naissent, étranges et terribles. Dans le siècle : une France comme un Far-West brut, pleine d’étrangers inquiétants, de mines de fer, d’autos et d’avions, avec des millions de nègres et un avenir de Byzance battue et fortifiée par la barbarie – hors du siècle : une poésie française qui éclate dans la peinture, qui gronde inentendue depuis cinquante ans, dans plusieurs livres téméraires, merveilleux, austères.

Et par là-dessus, il y a une France éternelle, qui a été et qui sera, comme une amoureuse qu’on n’oublie pas, même si, éventrée, crevée par une invasion, elle expire son âme personnelle, mais nous ne la connaissons pas, et personne n’a le droit d’en appeler parmi nous, que nous soyons vivants ou morts, car si depuis toujours sa figure fut tracée tout entière d’un trait foudroyant, nous ne sommes qu’un des imperceptibles siècles dont elle est tissue, et seules les étoiles contemplent cette figure dans la touchante corbeille des visages humains.

Est-ce pour ces raisons astronomiques que nous avons un peu envie de soulever nos épaules aujourd’hui quand le croque-mort vient nous dire avec des airs satisfaits : « Je vous l’avais bien dit, voilà encore la France morte. Quelle perte, mes enfants. Cette France-là, c’était la vraie, la seule, celle qu’on montre aux étrangers, et celle dont nous nous congratulons confortablement depuis quelques années que nous avons pris si claire conscience de notre clair génie. Je vous plains, mes enfants, d’avoir perdu un tel arrière-grand-père. Je vous plains pour l’avenir qui vous attend : je vous vois gentiment aplatis sous l’énorme et délicat héritage de ce grand vieux homme. Mon métier m’a amené à visiter toutes les maisons où, à la flamme louche des cierges, s’allume la gloire, la vraie, la posthume – eh bien ! de tant de chuchotements dans l’ombre j’ai appris que cet Anatole France était le seul écrivain qui ait su écrire en français, dans tout un siècle de perdition – mais écrire, ce qui s’appelle écrire, avec une table, de l’encre, des livres, et des ciseaux » ?

Mais nous n’écoutons pas les larbins. Nous savons ce que nous avons perdu, nous qui – jeunes encore – avons tant perdu de divers côtés, et par exemple des amis de notre âge qui tiendraient peut-être mieux que nous la place.

Bien sûr : Anatole France nous a sauvés. Il a sauvé les meubles. Victor Hugo écrivait bien en prose, vous savez ! Choses vues, mais après lui, en attendant Barrès ? Eh bien ! oui ! il y a eu Anatole France. Il a sauvé les mots… non, pas les mots, Dieu sait que les mots ne se sont jamais si bien portés qu’au XIXe… mais pourtant certains mots, comme sur la langue la saveur essentielle du pain et du sel… mais il a maintenu cette présence, cette vigilance, cette prudence qui fait que les mots vivent ensemble comme une nation unie et forte : cela s’appelle la syntaxe, cela peut être comme l’amour entre les citoyens. Chez lui, c’était comme le gouvernement de la France de ce temps, de ce temps-ci encore : une régence méfiante, sèche, peureuse avec, pourtant, cet air de bonhomie républicaine.

C’est le grand-père qui a fait des économies : mais il nous lègue une maligne fortune d’avare. Si nous n’avions eu que lui pour vivre, pour vivre et pour mourir ?

Encore un qui a vécu en cet âge d’or, d’avant la guerre, à quoi nous ne comprenons rien. C’est même le Français par excellence de cet âge-là, cette France-là.

Mais vous vous apercevez que toute notre piété est tournée d’un autre côté, puisqu’elle n’est pas disponible pour ce trépas douillet, pour ces funérailles abondantes qui durent depuis deux ans – que de pleureuses, à barbe.

Non, notre piété est restée à ceux qui sont morts jeunes, à qui la parole ne fut pas laissée dans la bouche comme un antique morceau de sucre, mais à qui on l’a arrachée dans le sang et l’écume. Et je vous le demande – et cette question faite, toute mon excuse pour ce ton qu’il faut bien prendre ici pour qu’on n’entende pas en Europe que des gens qui se mouchent et qui peut seul s’accorder à cette pensée fondamentale que France mort, vit la France, vivent des Frances nombreuses que d’aucuns voudraient étouffer aujourd’hui sous ce catafalque, des Frances mystiques, crédules, obscures, brutales, merveilleusement insolites dans un décor vieilli, – je vous le demande, ces enfants-là, de quel secours leur fut ce grand-père ?

Drôle de grand-père qui ressemble à beaucoup trop de grands-pères français : sans Dieu, sans amour touchant, sans désespoir insupportable, sans colère magnifique, sans défaites définitives, sans victoires complètes.

Ignorance totale de Dieu – nous nous entendons, n’est-ce pas, ô poètes éperdus dans le vide. Maigre, maigre philosophie : vous comprenez que le Jardin d’Epicure nous a fait bayer d’une inanition trop creuse, pour que l’écho n’en arrive pas jusqu’aujourd’hui. Et la politique, l’allure nationale : il nous a bien laissé tomber entre la République du boudoir de l’Histoire contemporaine, la Révolution sournoisement trahie des Dieux ont soif et le bolchevisme qui l’a peloté comme un banquier anglais. Maurras ! ce n’est pas généreux d’avoir aussi flatté cet historien-là !

Et l’amour ? les amours, à la française. Le pauvre amour du Lys Rouge. Je demande pardon aux femmes. Et l’art, la littérature ! Ce grand-père a ignoré ou bafoué tous ceux que nous aimons parmi nos pères ou nos oncles.

Non, nous ne pouvons pas oublier tout cela, si nous nous rappelons que pourtant nous lui devons l’outil qui nous fait travailler et vivre et qui peut-être se cassera dans nos mains épaissies sur la crosse du fusil ou sur le volant. Il nous a donné la vie, mais il a manqué nous tuer. Alors quoi ?

Nous ne pouvons pas oublier qu’à quatorze ans on nous faisait adorer ces vieux bonshommes : Bergeret, Coignard, Bonnard. Vieux marcheurs, vieux pions habiles.

Notre amour est ailleurs, et notre espoir, ô métamorphoses, mais notre amertume est de ce côté. Il est bon qu’on la sente dans les larmes des crocodiles qui vont ramper sur l’avenue du Bois, religieux.

Pierre Drieu La Rochelle

ANATOLE FRANCE OU LA MEDIOCRITE DOREE

Eh bien non, je ne peux pas, je ne veux pas le nommer : Maître ! Il y a dans cette appellation quelque chose de haut et de grave à quoi cet esprit bas n’a jamais atteint. Et lorsque je dis esprit bas, j’entends : à l’étiage de la foule. Il y a entre A. France et un calicot une différence de quantité et non pas de qualité. Eh bien, je n’aime, je ne respecte que la qualité.

Oui, je sais, tous les tempéraments femelles se pâment devant sa prose : mais les mâles !

Cet homme médiocre a réussi à étendre les limites du médiocre. Cet écrivain de talent a poussé son talent jusqu’à la porte du génie. Mais il est resté à la porte.

On raconte qu’un jour, à M. Léopold Kahn lui disant : « Vous êtes le meilleur des hommes ! » Anatole France répondit : « Je crois être, au moins, un civilisé. » Ah !combien prophétique parole, et qu’il me plaît de lui appliquer dans son sens le plus moche, des reliures de veau, de l’esprit, une tasse de thé à la main, un civilisé, oui mon cher, un civilisé ! – Nous, nous avons besoin de barbares !

Poli ! Cet homme a été pleinement, infiniment poli, dans sa personne et dans son style. Poli comme une perle ! Mais le moindre grain de mil…

Nous avons soif et nous avons faim. Anatole France, c’est le régime des hors-d’oeuvre !

Vraiment, il ne m’intéresse pas, il ne nous intéresse pas. C’est de l’indifférence absolue. Il ne jouait aucun rôle dans notre vie, dans nos recherches, dans nos combats. Il vivait solitaire, hermétiquement clos. Chez lui, pas la moindre trace de curiosité pour l’ardente jeunesse, pas un cri, pas un geste. Oui, nous nous intéressons aussi peu à lui qu’il s’est intéressé à nous. – N’est-ce pas notre droit ?

Il a été notre Voltaire, qu’ils disent ! Oui, Voltaire, et rien que Voltaire. Or ce n’est pas de Voltaires que nous avons besoin (cela pullule, les petits Voltaires, les Voltaires au petit pied), nous avons besoin de Rousseaux, de Bonapartes, de Robespierres…

Et que son titre de communiste ne nous en impose point ! Là où manquent les actes, la parole est stérilité. Blanqui passa quarante ans en prison. Je n’admets les communistes qu’en prison…

En réalité, Anatole France dut beaucoup aux salons. Parbleu, c’est le salonnard-type, ou si vous préférez, le salonneux…

C’est un vase – vide. Ce bibelot peut amuser l’oeil un instant, mais il ne saurait prendre l’homme jusqu’aux entrailles. Cette perfection formelle manque de profondeur et de jus. Vide ! Tout est vide en lui et autour de lui. Ses livres coulent entre les doigts comme du sable. Son oeuvre est bâtie sur le sable…

C’est une surface plane – une seule dimension. Aujourd’hui, ce côté dubitatif, négatif de son intelligence, cela nous paraît si facile ! C’est vraiment trop simple !

Seule la mémoire fonctionne dans son univers. Des réminiscences rassemblées avec goût. Et certes je ne nie pas le goût. Je ne nie pas la grâce, l’agilité d’esprit, les heureuses manières, la limpidité de la langue, l’harmonie et le miel ; mais je dis que dépourvues de substance et de moelle, isolées et stériles, toutes ces vertus, je m’en fous !

Ce sceptique, cet aimable sceptique me laisse froid. C’est pour la passion que je me passionne. C’est d’optimisme, de foi, d’ardeur et de sang que je raffole. J’aime la vie, et mon coeur ne bat que pour la vie.

Anatole France est mort !

Joseph Delteil

REFUS D’INHUMER

Si, de son vivant, il était déjà trop tard pour parler d’Anatole France, bornons-nous à jeter un regard de reconnaissance sur le journal qui l’emporte, le méchant quotidien qui l’avait amené. Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonhommes : l’idiot, le traître et le policier. Ayons, je ne m’y oppose pas, pour le troisième, un mot de mépris particulier. Avec France, c’est un peu de la servilité humaine qui s’en va. Que ce soit fête le jour où l’on enterre la ruse, le traditionnalisme, le patriotisme, l’opportunisme, le scepticisme, le réalisme et le manque de coeur ! Songeons que les plus vils comédiens de ce temps ont eu Anatole France pour compère et ne lui pardonnons jamais d’avoir paré des couleurs de la Révolution son inertie souriante. Pour y enfermer son cadavre, qu’on vide si l’on veut une boîte des quais de ces vieux livres « qu’il aimait tant » et qu’on jette le tout à la Seine. Il ne faut plus que mort cet homme fasse de la poussière.

André Breton

AVEZ-VOUS DEJA GIFLE UN MORT ?

La colère me prend si, par quelque lassitude machinale, je consulte parfois les journaux des hommes. C’est qu’en eux se manifeste un peu de cette pensée commune, autour de laquelle, vaille que vaille, un beau jour ils tombent d’accord. Leur existence est fondée sur une croyance en cet accord, c’est là tout ce qu’ils exaltent, et il faut pour qu’un homme recueille enfin leurs suffrages, pour qu’aussi un homme recueille les suffrages des derniers des hommes, qu’il soit une figure évidente, une matérialisation de cette croyance.

Les conseils municipaux de localités à mes yeux indistinctes s’émeuvent aujourd’hui d’une mort, posent au fronton de leurs écoles des plaques où se lit un nom. Cela devrait suffire à dépeindre celui qui vient de disparaître, car l’on n’imagine pas Baudelaire, par exemple, ou tout autre qui se soit tenu à cet extrême de l’esprit qui seul défie la mort, Baudelaire célébré par la presse et ses contemporains comme un vulgaire Anatole France. Qu’avait-il, ce dernier, qui réussisse à émouvoir tous ceux qui sont la négation même de l’émotion et de la grandeur ? Un style précaire, et que tout le monde se croit autorisé à juger par le voeu même de son possesseur ; un langage universellement vanté quand le langage pourtant n’existe qu’au-delà, en dehors des appréciations vulgaires. Il écrivait bien mal, je vous jure, l’homme de l’ironie et du bon sens, le piètre escompteur de la peur du ridicule. Et c’est encore très peu que de bien écrire, que d’écrire, auprès de ce qui mérite un seul regard. Tout le médiocre de l’homme, le limité, le peureux, le conciliateur à tout prix, la spéculation à la manque, la complaisance dans la défaite, le genre satisfait, prudhomme, niais, roseau pensant, se retrouvent, les mains frottées, dans ce Bergeret dont on me fera vainement valoir la douceur. Merci, je n’irai pas finir sous ce climat facile une vie qui ne se soucie pas des excuses et du qu’en dira-t-on.

Je tiens tout admirateur d’Anatole France pour un être dégradé. Il me plaît que le littérateur que saluent à la fois aujourd’hui le tapir Maurras et Moscou la gâteuse, et par une incroyable duperie Paul Painlevé lui-même, ait écrit pour battre monnaie d’un instinct tout abject, la plus déshonorante des préfaces à un conte de Sade, lequel a passé sa vie en prison pour recevoir à la fin le coup de pied de cet âne officiel. Ce qui vous flatte en lui, ce qui le rend sacré, qu’on me laisse la paix, ce n’est pas même le talent, si discutable, mais la bassesse, qui permet à la première gouape venue de s’écrier : « Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ! » Exécrable histrion de l’esprit, fallait-il qu’il répondît vraiment à l’ignominie française pour que ce peuple obscur fût à ce point heureux de lui avoir prêté son nom ! Balbutiez donc à votre aise sur cette chose pourrissante, pour ce ver qu’à son tour les vers vont posséder, râclures de l’humanité, gens de partout, boutiquiers et bavards, domestiques d’état, domestiques du ventre, individus vautrés dans la crasse et l’argent, vous tous, qui venez de perdre un si bon serviteur de la compromission souveraine, déesse de vos foyers et de vos gentils bonheurs.

Je me tiens aujourd’hui au centre de cette moisissure, Paris, où le soleil est pâle, où le vent confie aux cheminées une épouvante et sa langueur. Autour de moi, se fait le remuement immonde et misérable, le train de l’univers où toute grandeur est devenue l’objet de la dérision. L’haleine de mon interlocuteur est empoisonnée par l’ignorance. En France, à ce qu’on dit, tout finit en chansons. Que donc celui qui vient de crever au coeur de la béatitude générale, s’en aille à son tour en fumée ! Il reste peu de choses d’un homme : il est encore révoltant d’imaginer de celui-ci, que de toute façon il a été. Certains jours j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine.

Louis Aragon

A LA PROCHAINE OCCASION IL Y AURA UN NOUVEAU CADAVRE (1)

Voir aussi:

Five Ways To Kill A Man
Edwin Brock (1990)

There are many cumbersome ways to kill a man.
You can make him carry a plank of wood
to the top of a hill and nail him to it. To do this
properly you require a crowd of people
wearing sandals, a cock that crows, a cloak
to dissect, a sponge, some vinegar and one
man to hammer the nails home.

Or you can take a length of steel,
shaped and chased in a traditional way,
and attempt to pierce the metal cage he wears.
But for this you need white horses,
English trees, men with bows and arrows,
at least two flags, a prince, and a
castle to hold your banquet in.

Dispensing with nobility, you may, if the wind
allows, blow gas at him. But then you need
a mile of mud sliced through with ditches,
not to mention black boots, bomb craters,
more mud, a plague of rats, a dozen songs
and some round hats made of steel.

In an age of aeroplanes, you may fly
miles above your victim and dispose of him by
pressing one small switch. All you then
require is an ocean to separate you, two
systems of government, a nation’s scientists,
several factories, a psychopath and
land that no-one needs for several years.

These are, as I began, cumbersome ways
to kill a man. Simpler, direct, and much more neat
is to see that he is living somewhere in the middle
of the twentieth century, and leave him there.


Bac 2016: L’architecture, ça sert d’abord à faire la guerre (Medieval Manhattan redux: Look what they’ve done to my sky, ma)

18 juin, 2016

MedievalManhattandarkshadowsNYFutureskylineAccidentalSkylineRacetothetopNYSupertallNYLongShadowsnyc-shadows

Stand-Against-the-Shadow
UmbrellaDemo
terreform-smart-city-farm
Ritz the ritz towerQue ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent! Pierre (Actes 8: 20)
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. Jésus (Matthieu 6: 19-21)
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres (….) Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume. Jésus (Matthieu 24: 6-7)
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16: 2-3)
Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. René Girard
Few tourists dining in the restaurants of San Gimignano enjoying the wines and cuisine of Tuscany know the dark history behind the many towers that loom over the town. These early Medieval skyscrapers rose above streets that were far meaner than anything we have today. Every north Italian city once bristled with these towers, hundreds of them. Bologna still has a few left. You can find the stumps of these towers in every northern Italian city if you look for them. Florence is filled with the remains of these towers. They are everywhere if you know what to look for. (…) Northern Italy was the only place in Western Europe where urban life survived the collapse of the Roman Empire. It was the most densely populated part of Europe at a time when large areas of Western Europe were becoming depopulated and reverting back to wilderness. (…) These towers were fortresses. They belonged to families that had their own private armies, and frequently waged war on each other. These military noble families made their fortunes through extortion, by shaking down merchants and shopkeepers, by blocking roads and charging tolls, through collecting protection money from the surrounding inhabitants. They constantly fought with each other over turf. When the fighting became fierce, these families and their soldiers would retreat into these towers and pull up the ladders for protection. Families kept their precious possessions in these towers, and used the towers to announce to the rest of the city who ruled in a particular neighborhood. (…) The other inhabitants of the city lived at the mercy of these feuding families. They lived in crowded tenements along very narrow winding alleys. (…) Whereas the noble families lived in towers of stone and had their own wells, everyone else lived in half-timber wattle and daub structures vulnerable to fire and flooding. For water, most of the inhabitants depended on the local river. The dark narrow streets were filthy, full of garbage, raw sewage, and animals, dangerous and crime-ridden. Disputes and criminal offenses were usually settled by vendetta, leading to generations-long pointless warfare between families and clans. Long before the first outbreak of the Plague, diseases such as typhus and cholera cut through these tenements like a scythe every summer. Due to the constant warfare between clans over turf, one day’s safe area would be another day’s no-man’s-land. To find anything similar today, we would have to travel to places like Somalia, southern Yemen, or the eastern Congo. Counterlight’s peculiars
After their initial appearance in Ireland, Scotland, Basque Country and England during the High Middle Ages, tower houses were also built in other parts of western Europe as early as the late 14th century, especially in parts of France and Italy. In Italian medieval communes, tower houses were increasingly built by the local barons as powerhouses during the inner strifes. Wikipedia
In 1199, the city made itself independent from the bishops of Volterra and established a podestà, and set about enriching the commune, with churches and public buildings. However, the peace of the town was disturbed for the next two centuries by conflict between Guelphs and Ghibellines, and family rivalries.This resulted in families building tower houses of increasing height. Towards the end of the Medieval period they were 72 in number and up to 70 metres (230 feet) tall. The rivalry was finally restrained when it was ordained by the council that no tower was to be taller than that adjacent to the Palazzo Comunale. Wikipedia
Eddie avoided the Harlem River—it was overcrowded and overfished, even more so than the Hudson, littered with oystering boats. Several bridges had recently been built across the waters, disturbing the marsh birds. He knew it wouldn’t be long before the countryside disappeared, as it had in Chelsea, where there was pavement everywhere. (…) Past the area of Washington Heights was Hudson Heights, the highest altitude in Manhattan, at 265 feet above sea level. There was the pastoral village of Inwood, and although the subway ran this far, this section of north Manhattan was still dotted with small farms, including a house once owned by the Audubon family. Eddie joined the hermit in his agitation over the constant building in Manhattan. Apartment buildings were rising everywhere. Alice Hoffman (The Museum of Extraordinary Things, 2014)
By 1927, the commanding apartment buildings along Park Avenue were not just tall; they were immensely tall, true towers, the first skyscrapers built for permanent living. The tallest of them was the Ritz Tower, shooting up from the pavement at the corner 1 of Fifty-seventh Street and Park Avenue. Built for blue-bloodsand tycoons by Emery Roth, […] it opened in October 1926 and was one of the first residential buildings in 2 New York constructed in sympathy with the city’s landmark zoning law of 1916. Concerned about diminishing sunlight and fresh air in the canyonlike streets created by the closely massed skyscrapers of lower Manhattan, the city placed a limit on the maximum height and bulk of tall buildings. Height limits were based upon the width of the street a building faced; if a developer proposed to exceed the legal limit, the stories above it had to be set back, roughly one foot for each four feet of additional height. […] Forced to work within the confines of the so-called zoning envelope, architects began constructing “set-back” skyscrapers, with sections of the buildings set back further and further as they rose from their bases into the island’s sky. “Wedding cake” architecture, some New Yorkers called it […]. The Ritz Tower […] was forty-one stories high. The tallest inhabited building in the world, it dominated the skyline of Midtown Manhattan as the Woolworth Building did that of lower Manhattan. Residents of its upper stories had unobstructed views in all directions for a distance of twenty-five miles on clear days, “panorama[s] unexcelled in all New York,” Emery Roth boasted. It was a new way of living for the rich. They became sky dwellers, their “mansions in the clouds” higher than anyone had ever lived. In its architectural aspirations alone, the Ritz Tower expressed the shoot-for-the-moon spirit of the Jazz Age. Sculpted in rusticated limestone , it rose from its base “like a telescope,” up through its set-back terraces to a square tower crowned by a glistening copper roof. Donald L. Miller (Supreme City: How Jazz Age Manhattan Gave Birth to Modern America, 2014)
In this document, nature and the urban city are working as one. The document portrays a city that is thriving because they harness nature. The message is that making NYC greener will allow not only a more harmonious urbanization but it will also be artistic in nature. (…) In document 1, Eddie and Beck view the industrialization period to be negative progress, as New York is losing its farms and wildlife to the new bustling city life. Document 2 is founded on the roaring 20s outlook, where bigger is better. Document two shows that skyscrapers were a progressive movement. In document 3, we see a combination of both document 1 and 2. There is the value of nature and urbanization. Progress in this document is one where urbanization and nature become circular and live harmoniously. Corrigé bac anglais 2016
More than 100 years ago, New York pioneered zoning codes designed to bring light and air (if not Central Park views) to even its most disadvantaged residents. In 1879, the city introduced a “tenement law” that required small apartment buildings for the lower-classes to include airshafts; in 1901, the law was revised to call for large-scale courtyards. Around the same time, titans of industry were building skyscrapers in midtown and the Financial District. (In those days, large commercial enterprises were confined to a few neighbourhoods, a kind of segregation that no longer exists.) Some of the structures, particularly the Equitable Building at 120 Broadway, completed in 1915, with more than one million square-feet of space on a one-acre site, were so overpowering that, in 1916, the city began requiring setbacks at various heights, to make sure light and air reached the street. The setback requirements, generally ensuring large reductions in floor area above the 10th storey, and further reductions higher up, led to one of the most distinctive building types of the 20th century: the wedding-cake tower, with the striations required by law inspiring jazz-age architects to greatness. (The Empire State and Chrysler Buildings are elongated examples of the form; the setback laws allowed for towers of any height so long as they were less than a quarter of the area of the building lot below.) But in 1961 the city revised the zoning laws again, making the wedding-cake towers period pieces. Instead, entranced by Mies van der Rohe’s Seagram Building on Park Avenue, a masterpiece of bronze metal set back in a handsome plaza, officials switched to a zoning code that encourages standalone towers. In exchange for ceding open space to the public, developers could build straight up (the permissible height was governed by a calculation called “floor area ratio”, or FAR). The problem: not every architect is as good as Mies, or every client as generous as Seagram. The city was overtaken by banal, sheer towers set in plazas that offered very little to the public and, given the height of the new buildings, were often in shadow. But that was a time of a rising middle class, when affordable housing was being built all over the city, and residents commuted to jobs in blocky office buildings (increasingly, commercial tenants wanted large floor plates). Only the World Trade Center, 1,368 feet high, overtook the Empire State Building in height. But the 110-storey Twin Towers, anchoring their own downtown skyline and set in a giant plaza (called a “superblock”), were a special case. Otherwise, buildings of 40-60 storeys were the norm. No one, it seems, was anticipating the current wave of pencil-thin, supertall towers. The technology they depend on has been around for decades — “mass dampers”, which prevent thin towers from swaying uncomfortably, are nothing new. So has the structural know-how that allows them to rise safely even from tiny bases. One of the buildings, 432 Park Avenue, has recently topped out at 1,396 feet, from a site of just 90 feet square. The real generator of form now is the winner-take-all economy — and with it, the demand for sky-high condos at sky-high prices. Virtually all of the new buildings are condominiums with just one unit to a floor, which means they can get by with very few elevators. And that, in turns, mean they can be built even on very narrow lots. In other words, the demand for $20m to $100m condos, with views in all directions and no next-door neighbours, has given rise to a new building type – making the revised skyline the physical manifestation of New York’s income disparities. Amazingly, none of the towers required city permission (although they did require clearance from the Federal Aviation Administration, given Manhattan’s proximity to three airports). The city doesn’t limit height, just floor area ratio, and developers, can buy “air rights” from adjacent buildings, letting them go supertall “as of right”. (…) Not only are these new towers casting long shadows on Central Park; they are turning the New York skyline, for most of the 20th century a kind of ziggurat with the Empire State Building as its peak, into a jumble. As for life below? The buildings are making the city less pleasant for anyone who cannot afford one of the condos in the sky. Think of it as the new Upstairs, Downstairs, but on an urban scale. The Guardian
These buildings are transforming the streetscape of Midtown and Lower Manhattan, and they are transforming the skyline even more. Two new luxury apartment towers in the super-tall category are going up in Tribeca, at least so far. But the biggest impact has been in Midtown, in the blocks between 53rd and 60th Streets, where seven of the new condominiums are either under construction or planned. Four of them are on 57th Street alone, which day by day is becoming less of a boulevard defined by elegant shopping and more like a canyon lined by high walls. (And that’s just the buildings that have been announced. There are others rumored to be in the planning stages, including one that would replace the venerable Rizzoli bookstore, also on West 57th Street.) If there is any saving grace to this tsunami of towers, it is in their very slenderness. From a distance they read as needles more than as boxes; what they take away from the street they give back to a skyline that has been robbed of much of its classic romantic form by the bulky, flat-topped office towers that have filled so much of Midtown and Lower Manhattan. These new buildings will not exactly turn Manhattan into a sleek glass version of San Gimignano—“the city of beautiful towers”—but thin buildings at least make for a striking skyline, and they cast thinner shadows as well. Those shadows are no casual matter, since all of the new buildings are relatively close to Central Park, and they are arranged in an arc that extends from the southeast to the southwest corner of the park, not so different from the arc of the daily path of the sun. (…) The even more troubling shadow these buildings cast, however, is a social and economic one. If you seek a symbol of income inequality, look no farther than 57th Street. These new buildings are so expensive, even by New York standards, because they are built mainly for the global super-rich, people who live in the Middle East or China or Latin America and travel between London and Shanghai and São Paulo and Moscow as if they were going from Brooklyn to Manhattan. There have always been some people like that, at least since the dawn of the jet age, but it’s only in the last decade that developers have put up buildings specifically with these buyers in mind. The Time Warner Center, at Columbus Circle, finished in 2004, was New York’s trial run, so to speak, at targeting this new market for condominiums with spectacular views at exceptionally high prices. But it’s a global phenomenon, with buildings such as One Hyde Park, in London, and the Cullinan and the Opus, in Hong Kong. The new 57th Street may be New York’s way of playing with the big boys as far as global cities are concerned, but it comes at the price of making Midtown feel ever more like Shanghai or Hong Kong: a place not for its full-time residents but for the top 1 percent of the 1 percent to touch down in when the mood strikes. (…) Even before the new wave of super-tall buildings, the condominium market in New York had become much more design-sensitive, and putting the names of well-known architects like Richard Meier, Jacques Herzog and Pierre de Meuron, Frank Gehry, Jean Nouvel, or Robert A. M. Stern on buildings has become a marketing advantage. In fact, at these prices it’s now gotten to be something of a necessity, the same way some women will only spend $3,000 or $4,000 on a dress if it has a famous designer’s name on it. Unfortunately, sometimes the result seems more like the architectural equivalent of a fancy label sewn into an ordinary garment.  (…) They are places in which to park your cash as well as yourself and maintain your privacy in the bargain. Fueling the market still more is the fact that New York real estate has been seen for a while as both safer and more reasonably priced than real estate in much of the rest of the world. However irrational the prices of the new wave of super-luxury condominiums look to New Yorkers, these properties are cheaper than their counterparts in Hong Kong and London, which have sold for as much as $221 million. Not for nothing did Jonathan J. Miller of the real-estate appraisal firm Miller Samuel call the new condominiums “the equivalent of bank safe deposit boxes in the sky that buyers can put all their valuables in and rarely visit.” (…) If the size of the 432 Park Avenue tower, which replaces the old Drake Hotel, seems out of scale with its surroundings—which it is—it’s worth noting that it’s not the first residential building in the neighborhood to have that problem. Diagonally across the street is the building that might be considered the true first super-tall, super-thin residential tower, the Ritz Tower. It was built in 1925 to the designs of Emery Roth and Carrere & Hastings, and it rose 41 stories to 541 feet, a height that seemed every bit as outrageous in the 1920s as 1,396 feet does now. Ayn Rand was almost surely referring to the ornate Ritz Tower in The Fountainhead when she wrote disdainfully of “a Renaissance palace made of rubber and stretched to the height of forty stories.” These buildings have already given the 21st-century skyline the same kind of shock that the Ritz Tower gave it in the 1920s, when living 40 stories into the sky seemed brazen. Whatever impact all of this has on the cityscape, it will also have an effect on the handful of people who will live in these buildings, many of whom probably see these aeries as a chance to distract themselves from the ordinary woes that mere mortals suffer on the ground. Can height buy happiness? A few years after the Ritz Tower opened, the Waldorf Towers climbed even higher. Cole Porter maintained an apartment there for years. Could that be why he wrote a song that ended with the words “down in the depths of the ninetieth floor”? Vanity Fair
Twenty-six years ago this month, a coalition of New Yorkers led by Jacqueline Kennedy Onassis won a historic victory for Central Park. At issue was a planned building on Columbus Circle by the developer Mortimer B. Zuckerman with 58- and 68-story towers that would cast long shadows on the park. After a lawsuit by opponents of the plan and a rally in Central Park at which over 800 New Yorkers with umbrellas formed a line to simulate the building’s shadow, Mr. Zuckerman relented and agreed to scale down his design, which eventually became known as the Time Warner Center. “One would hope that the city would act as protector of sun and light and clean air and space and parkland,” Mrs. Onassis said at the time. “Those elements are essential to combat the stress of urban life.” Today, as the city becomes denser and green space ever more precious, New Yorkers’ access to sunlight and blue skies above Central Park is under assault in ways that make Mr. Zuckerman’s original plans look benign. Fueled by lax zoning laws, cheap capital and the rise of a global elite with millions to spend on pieds-à-terre, seven towers — two of them nearly as tall as the Empire State Building — have recently been announced or are already under way near the south side of the park. This so-called Billionaires’ Row, with structures rising as high as 1,424 feet, will form a fence of steel and glass that will block significant swaths of the park’s southern exposure, especially in months when the sun stays low in the sky. (…) Despite the likely impact these buildings would have on the park, there has been remarkably little public discussion, let alone dissent, about the plans. Part of this is because few people seem aware of what’s coming. Many of the buildings are so-called as-of-right developments that do not require the public filing of shadow assessments, which can ignite opposition with their eye-popping renderings of the impact shadows will have on surrounding areas. (…) There are few New Yorkers around today with the gravitas and magnetism of Jacqueline Onassis to focus public attention on planning issues the way she did for Grand Central Terminal and Columbus Circle. That means New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own, by picking up their umbrellas once again and by contacting community boards, politicians, city agencies and the developers themselves, to demand immediate height restrictions south of the park. And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.” Warren St. John
Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park. Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. (…) Je ne suis pas contre l’érection de tours, et personne ne l’est à New York. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes [fréquentation annuelle de Central Park, ndlr] de soleil ? Warren St. John
Business du pénis (…) Il y a de cela. Mais c’est aussi un choix économique et marketing très rationnel. La force de New York, et son objet, est de changer et d’évoluer en permanence. La différence entre elle et les autres villes du monde, c’est que l’on n’a rien eu à demander à personne. Rafael Viñoly (architecte uruguayen du « 432 Park »)
New York est une ville de gratte-ciel. Il n’y a aucune raison qu’ils ne soient pas là. Harry Macklowe
300, 400 et même plus de 500 mètres… La folie des hauteurs sévit plus que jamais chez les milliardaires. Dans le quartier de Midtown, à Manhattan, sept nouveaux gratte-ciel sont en construction. Prouesses technologiques, ils promettent une vue imprenable sur Central Park. Quitte à lui faire de l’ombre. (…) Depuis quelque temps, le quartier de Midtown à Manhattan est le théâtre d’une nouvelle extravagance : pas moins de sept gratte-ciel résidentiels sont en construction, la plupart sur la 57e Rue, désormais surnommée « la rue des milliardaires ». C’est à qui construira le plus haut, le plus mince, le plus luxueux. (…) Personne, à New York, n’avait réalisé que sept nouveaux gratte-ciel allaient changer l’horizon de Manhattan et, du même coup, la vie des riverains. Jusqu’à cet après-midi d’octobre 2013. L’auteur et journaliste Warren St. John est au parc avec sa fille de 3 ans, lorsque, tout à coup, le soleil disparaît. Il lève les yeux à la recherche du nuage fautif, avant de réaliser qu’il s’agit de la tour One57 en construction. Contrarié, il épluche les pages « immobilier » des journaux, et découvre, ébahi, qu’elle ne sera pas la seule à voiler la partie sud du parc. Sans attendre, il écrit un éditorial dans le New York Times, qui met le feu aux poudres. Les associations s’en emparent et les riverains se fâchent. Lors de la réunion d’information organisée en février 2014 à la bibliothèque publique, 500 personnes se bousculent pour faire part de leurs inquiétudes. Trop tard. Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. Ils peuvent construire aussi haut qu’ils le souhaitent, à condition toutefois d’acquérir les « droits aériens » des immeubles adjacents. A chaque parcelle est attribué un nombre maximal de mètres carrés constructibles, par conséquent, si l’on veut construire plus grand, et donc plus haut, il faut racheter les parts non utilisées des voisins. « Cela faisait plus de dix ans que, très discrètement, Gary Barnett amassait les mètres carrés en rachetant les droits aériens des parcelles limitrophes aux siennes », a fini par découvrir Margaret Newman, directrice exécutive du Municipal Art Society de New York. Cet organisme à but non lucratif, qui se bat pour préserver la « vitalité » de la ville, notamment par l’urbanisme, a produit une étude sur l’impact de ces gratte-ciel sur Central Park. Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. « Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park, redoute Warren St. John. Avant d’ajouter : Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. » Et pour cause. « Il y a dix ans, c’était impossible », explique l’architecte Rafael Viñoly. Testée à maintes reprises dans un laboratoire du Canada (simulation des vents, d’un tremblement de terre, de tornades…), la Tour 432 est une véritable prouesse technique. Tous les 12 étages, il y a une rupture de deux étages vides, sans fenêtres, afin de laisser circuler l’air. Une nécessité. Sans cela, elle se casserait. « Même si les gens n’aiment pas en entendre parler, la vérité c’est que la tour bouge, et beaucoup », raconte Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Quant à la tour Steinway, elle sera dotée, sur son toit, d’une boule d’acier de 800 tonnes afin de faire contrepoids. Les promoteurs ne donnent pas seulement dans la surenchère de silhouettes élancées, mais aussi de luxe. Piscine, restaurant et salle de cinéma privés, chef étoilé à disposition, terrasses haut perchées, spas pour chiens (!), salle de fitness suréquipée, espace de jeux pour les enfants, chambres aux étages inférieurs (sans la vue donc) pour loger le petit personnel… Ils redoublent d’imagination pour appâter leur richissime clientèle. Certains vont même jusqu’à installer des systèmes de trottoirs chauffants devant l’entrée afin qu’en hiver ces dames en talons aiguilles ne soient pas incommodées par la neige. Dans un petit film promotionnel kitschissime, Macklowe Properties met en scène « la vie de château dans les nuages » : de jolies femmes en décolleté sirotent leur champagne à 400 mètres de haut aux côtés de messieurs très chics, une danseuse de ballet fait ses pointes devant une baie vitrée dominant Manhattan, une femme est alanguie dans un bain de diamants, une sculpture de Giacometti profite sereinement de la vue… « Ce n’est pas une vidéo typique, convient le vice-président Richard Wallgren. C’est un pitch de vente plus subtil, qui parle d’art de vivre et d’esthétique de l’immeuble. » (…) Un salon et des fenêtres XXL, des salles de bains en marbre blanc, une hauteur sous plafond de 4 mètres… 70 % des appartements du 432 Park Avenue sont déjà vendus, alors même que la tour ne sera entièrement achevée que dans un an. « Et le reste sera vendu d’ici deux mois », Harry Macklowe n’en doute pas. « La demande pour ce type de logement est énorme. Tout le monde veut en faire un investissement. » Les très riches uniquement. Et beaucoup sont russes, chinois, brésiliens, en quête d’une résidence secondaire (qui sera vide la majeure partie de l’année) et, surtout, d’un bon placement. Certains parlent de ces appartements comme des nouveaux comptes en banque suisses. « Sauf que ça paie mieux qu’une banque suisse et c’est plus discret, se félicite Michael Stern, de JDS. Il n’existe pas d’endroit plus sûr où placer son argent. » Et pas seulement pour les riches étrangers. « Deux tiers des acheteurs sont américains », affirme Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Côté One57, « 50 % des acheteurs sont américains », assure Jeannie Woodbray, la responsable commerciale, exemples à l’appui : un patron de mode, un vendeur de vitamines de l’Idaho, un concessionnaire automobile du Minnesota, un propriétaire d’une ferme de cochons dans le Midwest… Harvey Sandler, à la tête d’un fonds d’investissement, vient de racheter un appartement du 58e étage à 34 millions de dollars à Enterprise SSO, qui l’avait acquis en mai dernier pour 30,55 millions de dollars. Soit une culbute de plus de 3 millions de dollars en quelques mois. Selon Noble Black, de l’agence immobilière Corcoran, intermédiaire de cette juteuse transaction, « le marché du résidentiel superluxe est devenu tellement dingue, que certains attendent déjà les prochaines tours, plus neuves, plus hautes… ». Et les avantages fiscaux qui vont avec. Consentis aux promoteurs (en principe contre l’obligation de construire des logements à prix modérés) comme aux acquéreurs, ces faveurs n’ont pas été remises en cause par Bill de Blasio, le nouveau maire démocrate de New York, élu en novembre 2013. Pendant sa campagne pourtant, en partie financée par des promoteurs immobiliers comme Gary Barnett ou Michael Stern, il avait fait de la réduction des inégalités son cheval de bataille. Aujourd’hui, la frénésie est telle que même Lower Manhattan s’y met. Livrée en 2011 et s’élevant à 270 mètres, la « 8 Spruce Street », ou « tour Gehry », comme l’appellent les New-Yorkais, avait amorcé la tendance en devenant à l’époque la tour résidentielle la plus haute de New York. Bientôt, la cascade de demeures individuelles de la « Lego Tower » de TriBeCa, sur Leonard Street, atteindra 250 mètres. Quant à JDS Developpement, elle a déjà les plans d’une tour à Brooklyn. Louise Couvelaire

Quand Manhattan se prend pour San Gimignano …

Hauteurs de 300, 400 et même plus de 500 mètres, surenchère de minceur entrainant la condamnation forcée d’étages entiers pour raisons de sécurité,  appartements à près de 100 millions de dollars qui s’arrachent comme des petits pains, milliardaires russes, chinois ou brésiliens prêts à débourser des fortunes pour ces véritables « coffre-forts du ciel » à salon et fenêtres XXL, salles de bains en marbre blanc et hauteur sous plafond de 4 mètres qu’ils n’occuperont que quelques jours par an, vue imprenable sur Central Park condamnant à l’ombre des dizaines de millions de visiteurs dudit parc chaque année, associations de riverains découvrant quand il est trop tard le système d’avantages fiscaux et de revente de « droits aériens » des immeubles adjacents permettant ces nouvelles folies …

A l’heure où entre l’argent facile de Wall street et, mondialisation oblige, la continuation de la guerre par d’autres moyens qu’est devenue l’économie …

New York semble être repartie pour un tour de folie des hauteurs

Jusqu’à priver de soleil et faire disparaitre le ciel même pour toujours plus d’usagers de Central Park

Et où après la prestigieuse Oxford Union, la victime d’un crime d’honneur et les tigres bleus

C’est un nouveau sujet en or qu’assassine la cuvée du bac d’anglais 2016

Comment ne pas être frappé par l’étrange ressemblance …

Avec les fameuses tours-maisons-forteresses du petit Manhattan médiéval

Qui sur fond d’interminables vendettas entre familles rivales (les fameux guelfes papistes et les ghibellins impérialistes) …

Avaient défrayé en leur temps la chronique de la Toscane des XIII-XVe siècles ?

Guelfes et Gibelins
Jacques Heers
Ancien professeur de l’ université Paris IV-Sorbonne († 2013)

Avril 2002

L’affrontement des Guelfes et des Gibelins atteste de la puissance économique, politique et militaire de l’aristocratie italienne au Moyen Âge et de ses divisions. Nous avons demandé à Jacques Heers auteur notamment de La ville au Moyen Âge en Occident (Fayard, 1990), de Machiavel (Fayard,1985) et du Clan familial au Moyen Âge (Quadrige, 1993) de replacer son histoire dans le contexte de la lutte pour le pouvoir dans les cités du nord et du centre de l’Italie.

Familles, clans et factions

Dans les années 1100, les villes d’Italie du Nord et du Centre se sont affranchies de l’empereur et de leurs évêques. Pourtant, les mots de « communes » et de « républiques marchandes » que nous employons volontiers ne tiennent pas compte des réalités. Ces communes ne faisaient jamais appel à de larges consultations des citadins. Les grands marchands étaient, en fait, des nobles, seigneurs de quartiers entiers dans la cité et de fiefs seigneuriaux dans les campagnes, capables de réunir sous leurs bannières des troupes de clients et de vassaux armés. Tout le pouvoir fut, en tous temps, aux mains de cette aristocratie qui se réservait les plus hautes charges et plaçait ses fidèles aux postes d’exécution. Elle n’a jamais rien cédé et les cités n’ont pas connu de conflits nés d’une opposition sociale, riches contre pauvres par exemple, mais ont sans cesse souffert des affrontements entre familles, clans et factions au sein de cette noblesse. La conquête du pouvoir, la course aux offices furent responsables de guerres civiles atroces. Ni quartier, ni partage : deux seuls partis, jamais plus, l’un au gouvernement, l’autre, vaincu, qui subit ou s’enfuit, laisse la place. En plusieurs villes, à Florence et à Sienne et à Pise notamment, ces partis furent d’abord les Guelfes et les Gibelins, les mots faisant référence à deux lignages princiers d’Allemagne, les Welfs de Bavière et les Hohenstaufen de Souabe qui se disputaient l’empire. Dans Florence, les clans ennemis se sont déclarés pour l’un et pour l’autre. Par la suite, l’une des factions, les Guelfes, eut l’appui du pape, l’autre, les Gibelins, celui de l’empereur. À vrai dire, les auteurs de l’époque parlent rarement de parte ; ils disent plus volontiers brigate, ou setta, mot qui n’a ici rien de péjoratif, et insistent surtout sur le groupe parental, sur la famille. Giovanni Villani (1280-1348), le plus fin analyste de ces conflits, n’emploie jamais le mot de parte mais écrit, ne trouvant rien de mieux, quelli della casa di… : « ceux de la maison des ». À Bologne, c’étaient les Geremei et les Lambertazzi, deux clans familiaux, naturellement ennemis à mort. Tous comptes faits, Guelfes et Gibelins font plutôt figure d’exception. On prenait des noms de couleurs : ainsi les Blancs et les Noirs à Florence, lorsque les Guelfes, vainqueurs, se sont partagés en deux factions acharnées à se détruire. Ailleurs, on désignait l’ennemi par un surnom, souvent malséant, rappel d’une mésaventure, d’une déconvenue, d’une disgrâce physique des chefs même : à Orvieto, les Malcorini « les sans paroles » et les Beffati – « ceux dont on se moque » – ; à Pise, les Raspanti qui, maîtres du gouvernement, pouvaient raspare – « gratter » et les Bergolini –« trompés, privés de tout ».

Des affrontements constants

Ces villes « marchandes », merveilleux foyers de création artistique, présentées comme des havres de paix, étaient en réalité des cités guerrières, en luttes continuelles. Chaque parti comptait ses hommes de main, ses masnadieri, et ses seguaci. Opposer le château du seigneur rural à la ville de ces marchands est une erreur. Chaque grande famille se faisait construire une haute tour, refuge et base d’attaque. Aujourd’hui, Florence, Bologne et même San Gimignano ne donnent qu’une pauvre idée de ce qu’étaient ces cités hérissées de donjons dressés parfois à cent mètres de hauteur. À Bologne, de 1266 à 1299, plus de deux cents actes notariés authentiques ont permis d’identifier cent quatre-vingt-quatorze tours et de connaître exactement les mesures de cinquante-quatre d’entre elles. Florence, comptait, ces années-là, plus de deux cents tours ; cent soixante-quinze sont situées sur le plan. Pour Gênes, un registre fiscal du XVe siècle, à une époque où de nombreuses tours étaient en ruines, en cite encore soixante debout, dont douze dans l’étroit périmètre de la petite place de San Giorgio.La guerre naissait d’un rien, d’un défi lors d’un bal ou des funérailles d’un chef, lors du passage d’une cavalcade, ou pour de sordides querelles de voisinage. Plus souvent, de propos délibéré, pour prendre la place du parti nanti. Les chroniqueurs du temps ne cessent de parler des mutazioni, des rumori, des bollori di popolo, toujours du fait des partis : « des rumeurs et grandes nouveautés que connut la cité de Pise à cause des sectes des citadins », ou : « Florence étant dans une grande effervescence à cause des sectes et des inimitiés… ».Guerres inexpiables dont on ne peut imaginer la sauvagerie ! Ni héros ni sens de l’honneur ; seulement la haine, la surprise et la ruse. Les chefs entraînaient le petit peuple à piller et à brûler. À Vicence, « il y eut un grand feu qui dura six jours, si bien que le quart de la cité fut brûlé » et Villani intitule l’un de ses chapitres « Comment il y eut un nouveau feu à Florence et se brûla une bonne partie de la cité ». Massacres et tueries ; exterminer les vaincus allait de soi, ainsi à Brescia : « et il fut donné licence à la parte guelfa et, pour trois jours, ils pourraient tailler en pièces le parti des Gibelins ». Au soir des combats, la ville était livrée aux passions et aux raffinements de cruauté. À Spolète en 1319, les Gibelins vainqueurs jetèrent les Guelfes en une prison où ils mirent aussitôt le feu et les firent tous périr. À Rieti, en 1320, les Guelfes noyèrent plus de cinq cents Gibelins dans le fleuve qui fut tout teinté de sang. On parle de cadavres des chefs traînés dans les rues, livrés à des troupes d’enfants qui les dépècent, jouent pendant des heures aux boules avec les têtes ; « il y en eut de si cruels et animés d’une telle fureur bestiale qu’ils mangeaient de la chair crue ». On refusait des funérailles chrétiennes aux morts ; on les enterrait hors de l’enceinte urbaine, afin qu’ils ne risquent de rendre la cité impure.

Rien ne pouvait apaiser ces haines, cette soif de pouvoir et de vengeance. Pourtant, l’Église ne cessait de prêcher la réconciliation et de réunir les chefs pour qu’ils jurent de s’entendre et de soumettre leurs querelles à un arbitrage. À Gênes, en 1169, l’archevêque fit sonner les cloches et appeler tous les citoyens à un parlement sur la place publique ; les deux factions, Avogati et della Volta, jurèrent, sur les reliques de saint Jean-Baptiste, de respecter la paix. Le 4 août 1279, à Bologne, le légat et neveu du pape fit prêter serment sur l’Évangile aux cinquante premiers membres de chaque parti. Quelques années, quelques mois de répit, pas plus… Vaines aussi les prédications et solennelles processions des moines mendiants et des « mouvements de paix », les Flagellants, le Grand Alleluia de Spolète, les chevaliers gaudenti de Bologne qui, à Padoue, firent construire la chapelle des Scrovegni, décorée par Giotto en 1304-1305.

Des représailles terribles

Les guerres civiles ne pouvaient connaître qu’une seule fin : ni accord, ni compromis ou apaisement mais l’anéantissement complet de l’autre. Les vainqueurs célébraient leur retour au pouvoir par un grand triomphe. En 1267, les Guelfes de Florence, déjà assurés de leur succès, ont attendu le jour de Noël pour faire leur entrée dans la cité, armes et bannières déployées, et fêtèrent ensemble, de la même façon, par des processions et des actions de grâces, la victoire de leur parte et la naissance du Christ. Le Palazzo della Parte Guelfa, devint un second palais communal.

Pour les malheureux vaincus, injuriés, traités de lupi rapaci, la mort, la ruine, l’exil. En 1249, à tous les nobles guelfes de Florence, emmenés prisonniers à la suite des armées impériales, « on fit arracher les yeux puis on les assomma et on les jeta dans la mer ». Dix ans plus tard, ce fut au tour des Gibelins d’être exécutés, décapités sur la place publique. Partout, dans les bourgs modestes mêmes, des mesures de bannissement parfaitement orchestrées frappaient non seulement les nobles mais les artisans, les boutiquiers, partisans vrais ou supposés. C’étaient les banditi mis au ban de la Commune, rebelles, que l’on appelait simplement, les « gens du dehors », les usciti ou estrinsei, de la parte di fuori, évidemment parti des conjurés, que l’on opposait aux intrinse de la parte di dentro.

Les proscrits couraient d’hasardeuses fortunes. Né en 1265, d’une famille noble de Florence mais peu fortunée, Dante Alighieri, avait pris parti pour les Blancs. En 1301, chargé d’une mission à Rome, il apprend que sa ville est aux mains des Noirs et ne rentre pas. Condamné à une forte amende et à l’exil puis au bûcher, il se réfugie, poète errant, chantre de la vengeance, chez les princes, à Vérone, chez les Malaspina de Lunigiana, puis à Ravenne où il meurt en 1321. La Divine Comédie, commencée en 1304, chant de partisan, est toute imprégnée de la passion vengeresse qui animait les clans et les partis et de sa peine : « c’est l’eau de l’Arno qui m’a désaltéré dans ma tendre enfance, et j’aime Florence d’un si grand amour qu’à cause de cet amour même, je souffre d’un injuste exil » (De Vulgari Eloquentia). Les nobles, chefs de guerre déjà dans leur cité, n’ont survécu que par le métier des armes, ou condottieri ou pirates de haut bord. Les Gibelins de Gênes, en 1267, prirent la fuite à la tête d’une flotte armée en hâte, firent pendant des mois le blocus de la cité puis allèrent faire la course jusqu’en mer Noire. Les vainqueurs tenaient scrupuleusement registre des bannis et les assignaient à résidence, pour un temps déterminé, dans telle ou telle ville, où des sbires appointés donnaient régulièrement de leurs nouvelles. Dans la seule année 1382, à Florence, ce livre fait état de vingt-cinq lieux d’exil, à travers toute l’Italie, de Naples et Barletta à Gênes et Trévise.

Les palais échappés aux pillages et aux incendies furent systématiquement mis à bas pour effacer jusqu’au souvenir même de la faction dite rebelle et ces destructions prirent d’effarantes ampleurs. Revenus vainqueurs en 1267, les Guelfes de Florence firent estimer la valeur de leurs biens mobiliers perdus : au total, cent trois palais, cinq cent quatre-vingt maisons, quatre-vingt-cinq tours. À Bologne, en 1280, ce furent deux cent quatre-vingt maisons des Lambertazzi qui, encore debout au soir des batailles, sont rasées jusqu’au sol, avec interdiction d’y reconstruire quoi que ce soit. Les comptes de la Commune de Sienne, en 1322, enregistrent une somme de plus de trois cents livres payées aux « maîtres et ouvriers qui ont détruit les biens des traîtres, rasé les maisons et les palais, taillé les pieds de vigne ».

Ruinés et humiliés : les vaincus, « ennemis de la Commune, du peuple et de Dieu », étaient voués à la vindicte publique et le souvenir de leurs méfaits ne devait jamais s’effacer. Magistrats et conseillers firent de larges emplois aux figures et scènes infamantes, peintes sur les façades ou sur les murs des salles des palais publics, scènes dont le Mauvais gouvernement de Sienne offre l’un des plus beaux exemples. Ce fut, dans toute l’Italie, une véritable industrie ; une trentaine de cités en faisaient usage de façon toute ordinaire. À Bologne, l’on peut compter, entre 1274 et 1303, très exactement cent douze figures d’« ennemis du peuple » appliquées, légendes ignominieuses à l’appui, sur les murs des édifices de la Commune.

 Voir aussi:

Vertige ascensionnel

Ils se dressent à plus de 300, 400, voire 500 m sur l’île de Manhattan. Ces gratte-ciel pour milliardaires redessinent la skyline. Et plongent Central Park dans l’obscurité.

Louise Couvelaire

M le magazine du Monde

31.10.2014

300, 400 et même plus de 500 mètres… La folie des hauteurs sévit plus que jamais chez les milliardaires. Dans le quartier de Midtown, à Manhattan, sept nouveaux gratte-ciel sont en construction. Prouesses technologiques, ils promettent une vue imprenable sur Central Park. Quitte à lui faire de l’ombre.

Il est là, petit bonhomme aux cheveux gris, dans ses bureaux d’un blanc immaculé, presque aveuglant ; heureux, pressé, survolté. Entre le savon qu’il passe à son assistante (il est furieux de ne pas retrouver l’itinéraire de son voyage, le départ est prévu dans l’heure) et la pile de documents qu’il signe à toute berzingue, Harry Macklowe trouve le temps de faire quelques petits pas de danse en chantant Kansas City, de la comédie musicale Oklahoma !.

Le choix est à l’image de l’interprète du jour, aussi décalé et surprenant qu’idoine : le couplet qu’il fredonne fait l’apologie des gratte-ciel comme symboles du progrès. Quelques heures plus tôt, le patron de Macklowe Properties a grimpé au sommet de la tour 432, « sa » tour, celle dont il rêvait depuis plus de dix ans, dont le dernier étage vient tout juste d’être achevé.

UN PANORAMA À 360 DEGRÉS SUR NEW YORK

Située au numéro 432 de la très huppée Park Avenue, entre la 56e Rue et la 57e Rue, c’est désormais le plus haut gratte-ciel résidentiel des Etats-Unis, aussi fin qu’une aiguille : il tutoie les étoiles à 425 mètres. Offrant un panorama à 360 degrés sur New York, de l’Hudson à l’East River, du Bronx à Brooklyn et de Central Park à l’océan Atlantique. Une vue à 95 millions de dollars (près de 75 millions d’euros) ! C’est le prix de l’appartement de 760 mètres carrés perché au 96e et dernier étage, vendu l’an dernier. A un acheteur inconnu. A ce tarif, on partage peu son palier. Les étages sont occupés par deux propriétaires au maximum.

Du haut de ses 77 ans, Harry Macklowe contemple Manhattan, fier de l’empreinte qu’il laissera sur la ville. Ironie, de la fenêtre de son bureau, logé au 21e étage de la tour General Motors, au coin de Central Park et de la 5e Avenue, il ne peut apercevoir sa nouvelle œuvre, située de l’autre côté de l’immeuble. En revanche, il a le nez sur la tour One57 (57e Rue), celle de son concurrent, Gary Barnett, à la tête d’Extell Development. Plus petite (300 mètres), signée de l’architecte français Christian de Portzamparc, elle est le premier de ces nouveaux gratte-ciel longilignes pour ultrariches à ouvrir ses portes. Les propriétaires commencent à emménager. La « 432 » la dépasse, mais pas pour longtemps.

Non loin de là, la tour Steinway prend déjà de la hauteur : elle culminera à 426 mètres. Et elle sera vite détrônée par la suivante, à quelques encablures : momentanément baptisée « Nordstrom » (du nom du grand magasin qui s’installera au pied de l’immeuble), cet autre projet d’Extell atteindra 520 mètres de haut. Soit la tour d’habitations la plus élevée au monde, devant la tour World One de Mumbai, et juste derrière le gratte-ciel de bureaux le plus haut des Etats-Unis, la Tour One du World Trade Center.

Sur la très huppée Park Avenue, la tour 432, le plus haut gratte-ciel résidentiel des Etas-Unis, tutoie les étoiles à 425 mètres. Et offre une vue à 95 millions de dollars.
Depuis quelque temps, le quartier de Midtown à Manhattan est le théâtre d’une nouvelle extravagance : pas moins de sept gratte-ciel résidentiels sont en construction, la plupart sur la 57e Rue, désormais surnommée « la rue des milliardaires ». C’est à qui construira le plus haut, le plus mince, le plus luxueux.

Dans les couloirs de Macklowe Properties, des emblèmes de voitures en argent, Pontiac, Ford ou encore Mercury, trônent sur des petits piliers blancs le long d’une galerie de photos « d’icônes » telles que The Babe (George Herman Ruth, joueur de base-ball), Truman Capote, King Kong et le Chrysler building. « Les mascottes d’automobiles incarnent la fierté de la possession, explique Richard Wallgren, vice-président en charge des ventes et du marketing de Macklowe Properties. Quant aux clichés, ce sont ceux des hommes, des femmes et des lieux qui ont fait New York, et l’Amérique. » Voilà qui situe les ambitions du patron.

L’architecte uruguayen Rafael Viñoly, qui a signé l’immeuble du « 432 Park », compare avec humour la dernière folie des promoteurs immobiliers de la ville à « un business du pénis ». »Il y a de cela, sourit-il. Mais c’est aussi un choix économique et marketing très rationnel. La force de New York, et son objet, est de changer et d’évoluer en permanence. La différence entre elle et les autres villes du monde, c’est que l’on n’a rien eu à demander à personne. » C’est là que le bât blesse.

L’UNE DES VUE LES PLUS CONVOITÉES AU MONDE

Si la 57e Rue est si prisée, c’est qu’elle offre une vue unique sur Central Park. « L’une des plus convoitées au monde, se félicite Michael Stern, directeur associé de JDS Development Group, à l’origine du projet de la nouvelle tour Steinway (60 appartements répartis sur 77 étages, NDLR). Central Park, c’est le centre de l’univers. » Quitte à lui faire de l’ombre.

Personne, à New York, n’avait réalisé que sept nouveaux gratte-ciel allaient changer l’horizon de Manhattan et, du même coup, la vie des riverains. Jusqu’à cet après-midi d’octobre 2013.

L’auteur et journaliste Warren St. John est au parc avec sa fille de 3 ans, lorsque, tout à coup, le soleil disparaît. Il lève les yeux à la recherche du nuage fautif, avant de réaliser qu’il s’agit de la tour One57 en construction. Contrarié, il épluche les pages « immobilier » des journaux, et découvre, ébahi, qu’elle ne sera pas la seule à voiler la partie sud du parc. Sans attendre, il écrit un éditorial dans le New York Times, qui met le feu aux poudres. Les associations s’en emparent et les riverains se fâchent. Lors de la réunion d’information organisée en février 2014 à la bibliothèque publique, 500 personnes se bousculent pour faire part de leurs inquiétudes. Trop tard.

Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur. Ils peuvent construire aussi haut qu’ils le souhaitent, à condition toutefois d’acquérir les « droits aériens » des immeubles adjacents.

A chaque parcelle est attribué un nombre maximal de mètres carrés constructibles, par conséquent, si l’on veut construire plus grand, et donc plus haut, il faut racheter les parts non utilisées des voisins.

« Cela faisait plus de dix ans que, très discrètement, Gary Barnett amassait les mètres carrés en rachetant les droits aériens des parcelles limitrophes aux siennes », a fini par découvrir Margaret Newman, directrice exécutive du Municipal Art Society de New York. Cet organisme à but non lucratif, qui se bat pour préserver la « vitalité » de la ville, notamment par l’urbanisme, a produit une étude sur l’impact de ces gratte-ciel sur Central Park.

Les promoteurs n’ont jamais eu à consulter ni à demander la permission à qui que ce soit : dans cette partie de Midtown, il n’existe aucune restriction de hauteur.
« Lorsque la Ville décidera de s’en soucier, il n’y aura déjà plus de soleil sur Central Park, redoute Warren St. John. Avant d’ajouter : Si personne ne s’est préoccupé de changer les lois concernant l’aménagement du territoire, c’est aussi parce que personne n’avait imaginé que des tours aussi hautes pourraient être bâties sur des terrains aussi petits. » Et pour cause. « Il y a dix ans, c’était impossible », explique l’architecte Rafael Viñoly.

Testée à maintes reprises dans un laboratoire du Canada (simulation des vents, d’un tremblement de terre, de tornades…), la Tour 432 est une véritable prouesse technique. Tous les 12 étages, il y a une rupture de deux étages vides, sans fenêtres, afin de laisser circuler l’air. Une nécessité. Sans cela, elle se casserait. « Même si les gens n’aiment pas en entendre parler, la vérité c’est que la tour bouge, et beaucoup », raconte Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Quant à la tour Steinway, elle sera dotée, sur son toit, d’une boule d’acier de 800 tonnes afin de faire contrepoids.

Les promoteurs ne donnent pas seulement dans la surenchère de silhouettes élancées, mais aussi de luxe. Piscine, restaurant et salle de cinéma privés, chef étoilé à disposition, terrasses haut perchées, spas pour chiens (!), salle de fitness suréquipée, espace de jeux pour les enfants, chambres aux étages inférieurs (sans la vue donc) pour loger le petit personnel… Ils redoublent d’imagination pour appâter leur richissime clientèle. Certains vont même jusqu’à installer des systèmes de trottoirs chauffants devant l’entrée afin qu’en hiver ces dames en talons aiguilles ne soient pas incommodées par la neige.

Dans un petit film promotionnel kitschissime, Macklowe Properties met en scène « la vie de château dans les nuages » : de jolies femmes en décolleté sirotent leur champagne à 400 mètres de haut aux côtés de messieurs très chics, une danseuse de ballet fait ses pointes devant une baie vitrée dominant Manhattan, une femme est alanguie dans un bain de diamants, une sculpture de Giacometti profite sereinement de la vue… « Ce n’est pas une vidéo typique, convient le vice-président Richard Wallgren. C’est un pitch de vente plus subtil, qui parle d’art de vivre et d’esthétique de l’immeuble. »

Si Harry Macklowe est particulièrement content du design de « sa » tour, il n’en est pas moins fier de son intérieur. C’est d’ailleurs par là que tout a commencé, lorsque, il y a plus de dix ans, il s’est mis en tête de dessiner les plans de « l’appartement parfait ».

RUSSES, CHINOIS, BRÉSILIENS, EN QUÊTE D’UNE RÉSIDENCE SECONDAIRE

Un salon et des fenêtres XXL, des salles de bains en marbre blanc, une hauteur sous plafond de 4 mètres… 70 % des appartements du 432 Park Avenue sont déjà vendus, alors même que la tour ne sera entièrement achevée que dans un an. « Et le reste sera vendu d’ici deux mois », Harry Macklowe n’en doute pas. « La demande pour ce type de logement est énorme. Tout le monde veut en faire un investissement. » Les très riches uniquement. Et beaucoup sont russes, chinois, brésiliens, en quête d’une résidence secondaire (qui sera vide la majeure partie de l’année) et, surtout, d’un bon placement.

« Je ne suis pas contre l’érection de tours, et personne ne l’est à New York, insiste Warren St. John. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes [fréquentation annuelle de Central Park, ndlr] de soleil ? »

Certains parlent de ces appartements comme des nouveaux comptes en banque suisses. « Sauf que ça paie mieux qu’une banque suisse et c’est plus discret, se félicite Michael Stern, de JDS. Il n’existe pas d’endroit plus sûr où placer son argent. » Et pas seulement pour les riches étrangers.

Je ne suis pas contre l’érection de tours. Mais est-ce que quelques coffres-forts dans le ciel pour oligarques valent la peine de priver 42 millions de personnes de soleil? Warren St. John, Journaliste, opposant aux nouvelles tours
« Deux tiers des acheteurs sont américains », affirme Richard Wallgren, de Macklowe Properties. Côté One57, « 50 % des acheteurs sont américains », assure Jeannie Woodbray, la responsable commerciale, exemples à l’appui : un patron de mode, un vendeur de vitamines de l’Idaho, un concessionnaire automobile du Minnesota, un propriétaire d’une ferme de cochons dans le Midwest… Harvey Sandler, à la tête d’un fonds d’investissement, vient de racheter un appartement du 58e étage à 34 millions de dollars à Enterprise SSO, qui l’avait acquis en mai dernier pour 30,55 millions de dollars. Soit une culbute de plus de 3 millions de dollars en quelques mois.

Selon Noble Black, de l’agence immobilière Corcoran, intermédiaire de cette juteuse transaction, « le marché du résidentiel superluxe est devenu tellement dingue, que certains attendent déjà les prochaines tours, plus neuves, plus hautes… ». Et les avantages fiscaux qui vont avec. Consentis aux promoteurs (en principe contre l’obligation de construire des logements à prix modérés) comme aux acquéreurs, ces faveurs n’ont pas été remises en cause par Bill de Blasio, le nouveau maire démocrate de New York, élu en novembre 2013. Pendant sa campagne pourtant, en partie financée par des promoteurs immobiliers comme Gary Barnett ou Michael Stern, il avait fait de la réduction des inégalités son cheval de bataille.

Aujourd’hui, la frénésie est telle que même Lower Manhattan s’y met. Livrée en 2011 et s’élevant à 270 mètres, la « 8 Spruce Street », ou « tour Gehry », comme l’appellent les New-Yorkais, avait amorcé la tendance en devenant à l’époque la tour résidentielle la plus haute de New York. Bientôt, la cascade de demeures individuelles de la « Lego Tower » de TriBeCa, sur Leonard Street, atteindra 250 mètres. Quant à JDS Developpement, elle a déjà les plans d’une tour à Brooklyn. « New York est une ville de gratte-ciel, résume Harry Macklowe. Il n’y a aucune raison qu’ils ne soient pas là. »

Voir également:

Too Rich, Too Thin, Too Tall?
Ever taller, ever thinner, the new condo towers racing skyward in Midtown Manhattan are breaking records for everything, including price. Sold for $95 million, the 96th floor of 432 Park Avenue will be the highest residence in the Western world. As shadows creep across Central Park, Paul Goldberger looks at the construction, architecture, and marketing of these super-luxury aeries, gauging their effect on the city’s future.
Paul Goldberger

Vanity Fair
April 9, 2014

These days, it is not just a woman who can never be too rich or too thin. You can say almost exactly the same thing about skyscrapers, or at least about the latest residential ones now going up in New York City, which are much taller, much thinner, and much, much more expensive than their predecessors. And almost every one of them seems built to be taller, thinner, and pricier than the one that came before. Few people are inclined to mourn the end of the age of the luxury apartment building as a boxy slab. But what is replacing it, which you might call the latest way of housing the rich, is an entirely new kind of tower, pencil-thin and super-tall—so tall, in fact, that one of the new buildings now rising in Manhattan, the 96-story concrete tower at the corner of 56th Street and Park Avenue, 432 Park Avenue, will be 150 feet higher than the Empire State Building when it is finished, and taller than the highest occupied floor of the new 1 World Trade Center. And construction on an even taller super-luxury building, 225 West 57th Street, is scheduled to begin next year, so 432 Park’s reign as the city’s tallest residence and second-tallest skyscraper will be short-lived.

These buildings are transforming the streetscape of Midtown and Lower Manhattan, and they are transforming the skyline even more. Two new luxury apartment towers in the super-tall category are going up in Tribeca, at least so far. But the biggest impact has been in Midtown, in the blocks between 53rd and 60th Streets, where seven of the new condominiums are either under construction or planned. Four of them are on 57th Street alone, which day by day is becoming less of a boulevard defined by elegant shopping and more like a canyon lined by high walls. (And that’s just the buildings that have been announced. There are others rumored to be in the planning stages, including one that would replace the venerable Rizzoli bookstore, also on West 57th Street.)

Shadowlands

If there is any saving grace to this tsunami of towers, it is in their very slenderness. From a distance they read as needles more than as boxes; what they take away from the street they give back to a skyline that has been robbed of much of its classic romantic form by the bulky, flat-topped office towers that have filled so much of Midtown and Lower Manhattan. These new buildings will not exactly turn Manhattan into a sleek glass version of San Gimignano—“the city of beautiful towers”—but thin buildings at least make for a striking skyline, and they cast thinner shadows as well.

Those shadows are no casual matter, since all of the new buildings are relatively close to Central Park, and they are arranged in an arc that extends from the southeast to the southwest corner of the park, not so different from the arc of the daily path of the sun. The impact will vary from season to season, but there is little doubt that the southern portion of the park will be in more shadow than it is today. Given the slenderness of the new towers, it might be more accurate to say that the southern end of the park is someday going to look striped.

The even more troubling shadow these buildings cast, however, is a social and economic one. If you seek a symbol of income inequality, look no farther than 57th Street. These new buildings are so expensive, even by New York standards, because they are built mainly for the global super-rich, people who live in the Middle East or China or Latin America and travel between London and Shanghai and São Paulo and Moscow as if they were going from Brooklyn to Manhattan. There have always been some people like that, at least since the dawn of the jet age, but it’s only in the last decade that developers have put up buildings specifically with these buyers in mind. The Time Warner Center, at Columbus Circle, finished in 2004, was New York’s trial run, so to speak, at targeting this new market for condominiums with spectacular views at exceptionally high prices. But it’s a global phenomenon, with buildings such as One Hyde Park, in London, and the Cullinan and the Opus, in Hong Kong. The new 57th Street may be New York’s way of playing with the big boys as far as global cities are concerned, but it comes at the price of making Midtown feel ever more like Shanghai or Hong Kong: a place not for its full-time residents but for the top 1 percent of the 1 percent to touch down in when the mood strikes.

And yet, in other ways, these buildings are absolutely characteristic of New York, which has a long and honorable tradition of skinny towers: the Flatiron Building (completed in 1902), the now demolished Singer Building (1908), the Metropolitan Life tower (1909), and the Woolworth Building (1913). In those days, skyscrapers couldn’t be too bulky, because you couldn’t be that far from a window. Then fluorescent lighting, air-conditioning, sealed windows, and a preference for big, horizontal office floors took over.

Until now, that is. Today, there is more money to be made from housing people in the sky than ever before in New York City. In part, this is because a building full of apartments requires far fewer elevators than an office building with its armies of workers. Add to that the facts that people are willing to pay dearly for views, particularly of Central Park, and that they will pay an even greater premium for an apartment that occupies an entire floor—well, if you pile a lot of full-floor or half-floor apartments on top of one another and try to give all of them a park view, you pretty much end up with a very thin, very tall tower within a couple of blocks of Central Park.

“The super-tall, super-slender towers are a new form of skyscraper,” Carol Willis, the founder and director of the Skyscraper Museum, in Lower Manhattan, told me. At 432 Park Avenue, which was designed by the architect Rafael Viñoly for the developers Harry Macklowe and the CIM Group, each of the 104 apartments will occupy either a full floor or a half-floor, and the loftiest of them, a full-floor unit on the 96th floor, will be the highest residence in the Western Hemisphere, at least until the building at 225 West 57th Street goes ahead. Viñoly’s penthouse has already sold for $95 million to an unidentified buyer, which is close to $11,500 a square foot; the average asking price in the building was close to $7,000 a square foot, almost three times the average for Manhattan luxury condominiums last year. In exchange for parting with this kind of cash, the residents at 432 Park will be able to look down on the Chrysler Building and just about everything else in Midtown, including their neighbors at One57, the 90-story blue glass tower at 157 West 57th Street, which will be completed later this year (although a number of units are already occupied). One57 was the first of this new generation of super-tall, super-thin, super-expensive buildings, and it is astonishing to think that its height of 1,004 feet, just 42 feet shorter than the Chrysler Building, will make it the tallest residential building in the city for a few months only, until 432 Park is finished, probably next year.

One57 attracted a lot of attention for the sale of one of its two largest apartments for the then unheard-of price of more than $90 million (to an investor group headed by the financier Bill Ackman)—and a lot more attention for the fact that its crane assembly broke loose and dangled ominously over the street during Hurricane Sandy, in 2012, requiring the evacuation of seven square blocks around the building. Its developer, Gary Barnett, of Extell, spent about 10 years assembling the site, and in 2005 asked the French architect Christian de Portzamparc to come up with a design. Even before the new wave of super-tall buildings, the condominium market in New York had become much more design-sensitive, and putting the names of well-known architects like Richard Meier, Jacques Herzog and Pierre de Meuron, Frank Gehry, Jean Nouvel, or Robert A. M. Stern on buildings has become a marketing advantage. In fact, at these prices it’s now gotten to be something of a necessity, the same way some women will only spend $3,000 or $4,000 on a dress if it has a famous designer’s name on it.

Unfortunately, sometimes the result seems more like the architectural equivalent of a fancy label sewn into an ordinary garment. De Portzamparc—whose first building in New York, the sculpted glass LVMH tower, on East 57th Street, was widely acclaimed—first envisioned One57 as a slender glass structure with a few setbacks marked by curving roofs; he hoped that the overall effect of the design would resemble a cascading waterfall. Once he had been through the meat grinder of the New York City development process, not much of a sense of cascading water remained, and the final version of the building turned out to be a flattened composition in various shades of blue and silver glass, striped on some sides and speckled on others. If the tower’s slender height made it appropriate to New York, its garish glass made it look more like a tall refugee from Las Vegas.

Inside, however, the feeling is more luxurious, perhaps because, as Frank Lloyd Wright allegedly said about the Gothic-style Harkness Tower at Yale, the building’s interior is the one place from which you can’t see it. What you do see is Central Park and the city, spread out before you. Barnett, the developer, took me to the topmost penthouse on an exceptionally cold, clear day early this year, and the view of the park was nothing like what I was used to from windows 30 or 40 floors up in other buildings. From the 90th floor, you feel as connected to the sky as to the ground. The city is laid out like a map, and the enormous windows are less like frames for the view than wide-open portals to it. And inside, the high ceilings and large rooms make the place feel even less like a conventional apartment. The layout leaves an open vista through the apartment, so you can see north to the Tappan Zee Bridge and south to the new 1 World Trade Center tower.

High Rollers

De Portzamparc had completed the initial versions of his plans when the recession of 2008 began and real-estate development in New York ground to a halt. Barnett, a former diamond dealer whose quiet, understated manner masks a gambler’s instinct, was certain that the market would come back, and that when it did, most other developers would be caught with nothing to sell. If he could manage to start his building when things still looked bleak, Barnett thought, he would be ahead of the curve, the only developer ready with brand-new, super-luxury apartments when the next wave began. “We had a hole in the ground—what else could we do?” Barnett said to me as a way of justifying his decision to move forward. Still, his reasoning was counter-intuitive, since real estate usually lags economic recoveries rather than leads them. At a time when the best apartments in the city were going begging, the notion of adding a slew of new ones at higher prices than the apartments going unsold seemed nothing short of madness.

But Barnett knew he wasn’t building for conventional buyers who were subject to normal economic cycles. Like Nick and Christian Candy, the brothers in London who built the absurdly expensive One Hyde Park Tower, or Arthur and William Lie Zeckendorf, another pair of siblings in the development business, who finished 15 Central Park West just before the last downturn, Barnett had no illusion that he was building homes for people to actually live in. He knew that most of the apartments at One57 would be commodities for investment, sold to limited-liability companies that had been created to shield the identities of their rich owners, people from around the world who would spend, at most, a few weeks a year there. From time to time, Barnett figured, he would sell an apartment to a couple or a family who actually cared about what the place would feel like to wake up in every morning and to commute to work and take their children to school from, but these people, the ones for whom One57 would be a primary residence, were relatively few.

Until recently, high-end residential real estate in New York meant venerable old cooperative apartment buildings on Fifth and Park Avenues and Central Park West. How could a new building without the history and solid, dignified aura of, say, 1040 Fifth Avenue sell for prices that were even higher? But co-op buildings are strange animals, since you aren’t technically buying an apartment in them but rather shares of stock in a tenant-controlled corporation that owns the building, and every buyer is required to submit to a complex process of interviews, financial disclosures, and board approvals. In a co-op, you can’t hide your identity by buying your apartment in the name of a limited-liability corporation, but L.L.C.’s are an everyday occurrence in the New York City condominium market. Everything about the city’s co-op buildings, on the other hand, is structured to make it impossible to treat them as commodities.

That, however, is precisely what the new condominiums are: tradable commodities, perfect for the speculatively inclined. They are places in which to park your cash as well as yourself and maintain your privacy in the bargain. Fueling the market still more is the fact that New York real estate has been seen for a while as both safer and more reasonably priced than real estate in much of the rest of the world. However irrational the prices of the new wave of super-luxury condominiums look to New Yorkers, these properties are cheaper than their counterparts in Hong Kong and London, which have sold for as much as $221 million. Not for nothing did Jonathan J. Miller of the real-estate appraisal firm Miller Samuel call the new condominiums “the equivalent of bank safe deposit boxes in the sky that buyers can put all their valuables in and rarely visit.”

Barnett’s financing partners accepted his rationale that, since the apartments in his building were going to be bought by people who were largely insulated from the effects of the recession, there was no reason to wait until the economy had fully revived to get the project started. Mere confidence that the world was not going to collapse altogether was enough. He started foundation work on One57 in 2010, when the rest of the real-estate industry, which was putting up buildings not as commodities but as places for people to live or work, was still in the dumps. De Portzamparc, in an unhappy concession to tighter economic circumstances, simplified his design, making the building’s façades flatter. The design compromises were not matched by price concessions, however. One57’s initial prices averaged $5,889 per square foot, and sales moved at such a fast clip that Extell raised the prices several times as the building was going up.

Barnett famously refused to negotiate with interested parties, and they were not permitted into the building as it was going up. They could see nothing except plans and full-scale mock-ups of kitchens, bathrooms, and views in a sales center that Extell constructed in an office building two blocks away, its rooms lined with the same marble that was being used in the actual building. The center was intended to set a tone of such elegance that haggling over price would feel unseemly. A visit began with a 45-second film of flowing water that gradually took the shape of the building, an allusion to de Portzamparc’s idea of cascading water. From there a potential buyer would move into a room with a six-foot-high model of the building at its center, and then, if inclined to get serious, go through another series of doors into the mock-ups of kitchens and bathrooms. The notion was to capture the imagination and to move, step by step, from mood setting to reality.

It was enough to bring in a number of early buyers, including a Chinese mother who bought a modest ($6.5 million) unit for her two-year-old daughter; two investors, one from Hong Kong and one from Montreal, who are behind the financial success of the Michael Kors and Tommy Hilfiger labels and who each spent around $50 million on a full-floor unit; and Ackman, who put together a consortium of investors to buy an enormous six-bedroom duplex with a glass-enclosed “winter garden” at one of the building’s highest setbacks, on the 75th and 76th floors. They are presumably counting on the possibility that in a few years the apartment will be worth several times the $90 million they paid for it.

Barnett’s success with One57 left other developers to play catch-up. He himself has been so emboldened by One57 that he decided to try to do it again only a block away, in a building at 225 West 57th Street that will have a Nordstrom department store at its base. (One57 will have a Park Hyatt hotel on its lower floors.) The Nordstrom tower, which is being designed by the Chicago architects Adrian Smith and Gordon Gill, will also be of glass, but more angular in shape than One57. And Steven Roth, of Vornado, another of the city’s most active developers, has hired Robert A. M. Stern, the apostle of traditional architecture who designed 15 Central Park West, to do a super-tall tower at 220 Central Park South, just north of Barnett’s Nordstrom tower. The early renderings for the Vornado tower show a thinner, more elongated version of his Central Park West building, mimicking the style of the past but recasting it into a shape that is very much of the present.

The Vornado project and the new Extell project almost prevented each other from happening. In a sequence of events that makes clear how much New York real estate is part blood sport, part chess game, and part absurdist farce, Barnett had begun assembling the site for his building in 2005, the same year that Roth purchased an old rental apartment building at 220 Central Park South as a future development site. Barnett realized that if Roth put up a tall building on his Central Park South site it would block the all-important park views from his own site immediately to the south. So Barnett managed, without Roth’s knowledge, to purchase the lease for the Vornado building’s parking garage along with a small parcel in the middle of the larger development site. For more than seven years he refused to give them up, preventing Roth from redeveloping the site even after he had bought out the apartment tenants and cleared the building to prepare for its demolition. Roth sued Barnett to try to evict him from the garage, to no avail.

The deadlock lasted until last fall, when, unwilling to sacrifice the vast profits that each was preventing the other from realizing, the men made a deal under which Vornado paid Extell $194 million for its parcel and some additional development rights and agreed to shift the site of the Stern-designed tower to the western edge of the Central Park South site. In exchange, Barnett agreed to push his tower slightly to the east, giving it a more or less open view to the park. One catch: the shift meant that the Extell tower would now be cantilevered over one of the city’s most distinguished landmarks, the Art Students League. The Art Students League, which was designed in 1892 by Henry J. Hardenbergh, the architect of the Dakota and the Plaza hotel, is a city landmark, which means that the New York City Landmarks Preservation Commission had the right to pass judgment on the design. The commission decided that having a 1,400-foot structure looming over the League building would not negatively impact the landmark. Michael Kimmelman, the architecture critic of The New York Times, likened the relationship between the two buildings to “a giant with one foot raised, poised to squash a poodle.”

Keeping Up Appearances

Because One57 is the first super-tall, super-thin building, it has become a lightning rod for criticism, and Barnett, who until now has been one of the city’s more publicity-averse developers, has assumed the role of lead public defender of the new super-tall towers. He was the only developer who appeared on the panel at a public forum about the new buildings last February, where he walked into a lion’s den of 425 people, most of whom seemed to view the towers with feelings ranging from dismay to outrage. He followed up his appearance with a piece in The New York Observer in which he claimed that One57 “will generate more than $1 billion in real estate, sales, hotel occupancy and other taxes” over the next two decades.

It is easy to think of the super-tall, ultra-luxury towers as a story more about money than about design, and to a certain degree it is. But if the first two buildings, One57 and 432 Park Avenue, are any indication, the interiors, at least, are designed to an exacting standard, with extremely high ceilings and expansive rooms to go with the awesome views, as if the developers realized that at prices upwards of $8,000 a square foot they couldn’t get away with the mean little rooms and cheap finishes that they might peddle elsewhere. As Barnett said to me, “They’re getting something for their $40 or $50 million.” (Well, yes, you’d hope.) He added, “These people don’t want to get squeezed into a small box.” Both buildings have elegant bathrooms that are more in line with what you would expect to find in a custom, one-of-a-kind interior than a developer-supplied one. And both buildings have spectacular kitchens, which will in all likelihood prove once again the maxim that in New York the better equipped an apartment kitchen is, the less cooking goes on within it.

Despite the garishness of One57’s exterior, I’m not ready to write off the entire super-thin, super-tall building type as incompatible with serious architecture. Viñoly’s 432 Park, on the outside, is as sophisticated as One57 is glitzy. Its façade is a flat, minimalist grid of smoothly finished concrete. As one looks at the building it’s hard not to think of Tadao Ando, the Japanese architect who is famous for making concrete feel more sensual and luxurious than marble. To some people, concrete is still concrete, no matter how refined its finish, so you have to give Macklowe some credit for not pandering to the lowest common denominator of moneyed taste. Macklowe’s own apartment, in the Plaza, was designed by the late Charles Gwathmey, who did a great deal to shape the developer’s taste and gave him an obsession for detail that is more characteristic of an architect than a profit-driven builder. In the case of 432 Park, Macklowe seems not to have cut any corners; his philosophy has been to spend as much as it takes and figure he’ll get it back by charging sky-high prices, like the $74.5 million he is asking for the full-floor apartment on the 87th floor, or the $30.75 million he wants for a three-bedroom apartment down on the 64th floor.

The tower is an essay in pure geometric form: it is a perfect square in plan, and rises straight up, without a single setback; all four façades are identical, made up of a grid of windows, every one of which is roughly 10 feet square. No windows are bigger, and no windows are smaller. If the windows didn’t have glass in them, the whole building would look like one of Sol LeWitt’s tower sculptures from the 1980s.

Macklowe is trying to sell restraint and opulence at the same time, which is not an easy task. To do it, he revved up a marketing campaign that is even more elaborate than the One57 effort, with a huge sales office in the General Motors Building that, like the one for One57, replicates finishes, kitchens, and bathrooms of the apartments, which were designed by Deborah Berke, not Viñoly. There is also a hardcover book, a special magazine, and a Web site (with text in English, Russian, Portuguese, Chinese, French, and Italian) that allows you to see virtual images of finished apartments and photographs of the actual views from five selected heights. The climactic moment in the sales center comes when you see the mood-setting film, produced by the design agency dBox, that shows images of luxury—think British country houses, private jets—that morph into images of 432 Park, all to the background music of Mama Cass singing “Dream a Little Dream of Me.” Never has austerity seemed so alluringly posh, not to say decadent.

If the size of the 432 Park Avenue tower, which replaces the old Drake Hotel, seems out of scale with its surroundings—which it is—it’s worth noting that it’s not the first residential building in the neighborhood to have that problem. Diagonally across the street is the building that might be considered the true first super-tall, super-thin residential tower, the Ritz Tower. It was built in 1925 to the designs of Emery Roth and Carrere & Hastings, and it rose 41 stories to 541 feet, a height that seemed every bit as outrageous in the 1920s as 1,396 feet does now. Ayn Rand was almost surely referring to the ornate Ritz Tower in The Fountainhead when she wrote disdainfully of “a Renaissance palace made of rubber and stretched to the height of forty stories.”

Two other new towers in the 57th Street area have to be considered as architectural efforts at least as serious as 432 Park. The first, 53 West 53rd Street, the tapered tower beside the Museum of Modern Art, was designed by Jean Nouvel several years ago for the Hines development firm but has been delayed since 2009. The tallest tower that is not on a wide street or avenue, it has gained some notoriety because of MoMA’s plans to expand into its lower floors and in the process demolish a small architectural gem, the former American Folk Art Museum, built in 2001.

On the Up-and-Up

And then there is 111 West 57th Street, designed by the architectural firm SHoP, which will be the thinnest tower of all, and quite possibly the most elegant: 1,397 feet, balanced on a base only 60 feet wide. The builders of 111 West 57th are Kevin Maloney of Property Markets Group and Michael Stern, the head of JDS Development Group. Stern broke into the Manhattan luxury market just recently by converting an old Art Deco telephone-exchange building on West 18th Street into the exceptionally sophisticated—and exceptionally successful—Walker Tower. Stern is a passionate enthusiast of New York architectural history (he named the 18th Street building for its original architect, Ralph Walker), and he seems genuinely eager to add to that history.

His tower, which will be sheathed mostly in glass on its north and south sides and will have supporting walls covered in bronze and terra-cotta on the east and west, will be slipped beside, and rise above, another landmark, the handsome, limestone-clad office building that houses Steinway Hall, the ornate piano showroom, at its base. SHoP’s design partners, Gregg Pasquarelli and Vishaan Chakrabarti, said that what they wanted most of all was to design a building that would feel as if it belonged in New York and no other place—that “has the DNA of New York, so you will know it wasn’t plucked off the skyline of Shanghai or Hong Kong,” as Pasquarelli said to me. The building will rise straight up on its northern side, facing the park, but on the south it will gently set back in a series of steps so that the north-south dimension of the tower gradually gets thinner and thinner until it has no depth at all at the top and becomes just a glass wall at the building’s crown. It is a subtle and graceful re-interpretation in modern form of the stepped-back, “wedding cake” towers of New York’s past, seasoned by a sprinkling of a classic New York material, terra-cotta, all put together in a way that makes deft use of today’s technology. Of all the new towers, it is the only one that gets ever more delicate as it rises, ending not with a climactic crown but by almost disappearing into the sky.

These buildings have already given the 21st-century skyline the same kind of shock that the Ritz Tower gave it in the 1920s, when living 40 stories into the sky seemed brazen. Whatever impact all of this has on the cityscape, it will also have an effect on the handful of people who will live in these buildings, many of whom probably see these aeries as a chance to distract themselves from the ordinary woes that mere mortals suffer on the ground.

Can height buy happiness? A few years after the Ritz Tower opened, the Waldorf Towers climbed even higher. Cole Porter maintained an apartment there for years. Could that be why he wrote a song that ended with the words “down in the depths of the ninetieth floor”?

The exhibit “SKY HIGH & the logic of luxury,” which examines the rise of Manhattan’s super-slim and ultra-modern towers, is open at the Skyscraper Museum through April 2014.

The Long, Dark Shadows of Plutocracy

Bill Moyers
November 28, 2014

Some people say inequality doesn’t matter. They are wrong. All we have to do to see its effects is to realize that all across America millions of people of ordinary means can’t afford decent housing.

As wealthy investors and buyers drive up real estate values, the middle class is being squeezed further and the working poor are being shoved deeper into squalor — in places as disparate as Silicon Valley and New York City.

This week Bill points to the changing skyline of Manhattan as the physical embodiment of how money and power impact the lives and neighborhoods of every day people. Soaring towers being built at the south end of Central Park, climbing higher than ever with apartments selling from $30 million to $90 million, are beginning to block the light on the park below. Many of the apartments are being sold at those sky high prices to the international super rich, many of whom will only live in Manhattan part-time – if at all — and often pay little or no city income or property taxes, thanks to the political clout of real estate developers.

“The real estate industry here in New York City is like the oil industry in Texas,” affordable housing advocate Jaron Benjamin says, “They outspend everybody… They often have a much better relationship with elected officials than everyday New Yorkers do.” Meanwhile, fewer and fewer middle and working class people can afford to live in New York City. As Benjamin puts it, “Forget about the Statue of Liberty. Forget about Ellis Island. Forget about the idea of everybody being welcome here in New York City. This will be a city only for rich people.”

At the end of the show Bill says: “Tell us if you’ve seen some of these forces eroding the common ground where you live. Perhaps, like some of the people in our story, you’re making your own voice heard. Share these experiences at our website, BillMoyers.com.” Please use the comments section below to do so.

Voir encore:

They have 35 million reasons to be angry. Hundreds of protesters — peeved over tax breaks for luxury developers — marched outside the ultra-posh Midtown high-rise One57 Wednesday.The W. 57th St. skyscraper, where the penthouse sold for $100 million, scored a tax break for $35 million. »It’s insane, » said Skipp Roseboro, 69, a Vietnam veteran and retiree who lives in Bedford-Stuyvesant, Brooklyn.“You have homeless people here. You have veterans who are homeless, who are struggling. You have all sorts of people who are in need. How do you take from folks who are struggling living day-to-day and give to it a fancy pool with underwater music?”The protest comes amid a growing push to end the 421-a tax abatement program, which is set to expire this year unless it’s renewed by Albany pols.The program, which dates back to the late 1970s, was designed to encourage construction — but it’s now assailed by critics as a giveaway to billionaire developers.

« It’s outrageous that working people pay for this,” said Leandra Requena, 60, of the nonprofit Make The Road New York.

“Instead of the benefit coming to us, they spend on rich people. They subsidize their properties. That’s an injustice that makes me angry. The people in my neighborhood, in all five boroughs, need affordable housing.”

The feds are probing how One57 scored its tax break. The ritzy residential tower was thrust back into the spotlight Tuesday after it was featured in the Daily News as a symbol of the city’s growing divide between rich and poor.

Deputy Manhattan Borough President Aldrin Bonilla called One57 an “egregious example of our taxpayer money being squandered.”

“We’re not getting bang for our buck in terms of affordable housing,” added Bonilla.

“There’s no transparency. This program is misguided. Any developer who says without the program they can’t build, they can take luxury housing to Newark, N.J.”

Voir de plus:

Finish
Darkness visible
Spring 2015: Public/Private (Volume 18 no. 1)
Renée Loth

Architects

Shadows cast by tall buildings aren’t physical; sometimes they aren’t even visible. But they can still constitute a private intrusion onto public space. This idea animated more than 800 protesters in New York City on a brilliant October day in 1987. Brandishing black umbrellas, they opposed the redevelopment plan for what was then the New York Coliseum, claiming the proposed towers would cast shadows across Central Park. On cue, the protesters opened their black umbrellas, mimicking the towers’ encroachment.

The demonstration, organized by New York’s Municipal Arts Society, was peppered with boldfaced names, including Paul Newman, Jacqueline Kennedy Onassis, Henry Kissinger, and journalist Bill Moyers. Central Park, said Moyers, “is the people’s park, the last great preserve of democracy in the city. It does not belong to the highest bidder.” Developer Mort Zuckerman tried to renegotiate. But the Municipal Arts Society sued, and won, over improperly granted zoning rights, and the project stalled until 2000. Today it is the substantially redesigned Time Warner Center.

Advocates in the umbrella brigade had won a reprieve, but there is a sad coda to the tale. Today at least seven glitzy new towers are planned for the edge of Central Park, some of them predicted to rise 1,400 feet. Tall and thin, they will cast a series of long, straight shadows, rather like prison bars, across the people’s park.

Voir de même:

Supersizing Manhattan: New Yorkers rage against the dying of the light
‘Supertall’ buildings are sprouting like beanstalks in central New York, costing its citizens precious sunshine and air, and turning the city’s skyline into a jumble
Fred A Bernstein in New York
The Guardian

16 January 2015

On his terrace overlooking Central Park, a friend who is a wealthy tutoring entrepreneur is pointing. “The Nordstrom Tower – we think that’s going to be the one,” he says, indicating the site at 225 West 57th Street, where a condo tower is rising to a height of 1770 feet. He means the one that will finally block his view of the Empire State Building, the most famous skyscraper in the world.

It’s hard to feel sorry for a millionaire losing a bauble in a jewelled necklace of lights. But all New Yorkers are losing familiar vistas, and some are losing light and air, as supertall buildings sprout like beanstalks in midtown Manhattan. There are a dozen such “supertalls” – buildings of 1,000 feet or higher – in the construction or planning stages. And the buildings are not, as in Dubai or Shanghai’s Pudong district, being constructed where nothing else had stood. They are, instead, crowding into already dense neighbourhoods where light and air are at a premium, and quality-of-life issues are on the minds of everyone except, perhaps, the billionaires buying the cloud-hung condos as investment properties.

The construction of towers surrounding the Empire State Building is just one part of the problem. For 85 years, the Empire State has been a symbol of the city – New York’s incomparable logo – and a wayfinding device par excellence. Lost in Manhattan? Swivel until you see that famous mast, the one that King Kong clung to, and you have your bearings. Without the tallest point in a hierarchical skyline, the city will be disorienting, to residents and visitors alike.

And more of the city will be in shadow. In 2013, Warren St John, a writer who lives near Central Park, began campaigning for a moratorium on new skyscrapers immediately south of the park; his concern was that playgrounds and ballfields would increasingly be in shadow. The city’s outgoing mayor Michael Bloomberg, a billionaire, wasn’t about to block construction of condos for his plutocratic peers; more surprisingly, the city’s new mayor, Bill de Blasio, a populist, hasn’t addressed the issue either. By all accounts, he needs developers on his side if they are going to build the subsidised housing he hopes to make a part of his legacy. Whatever the reason, De Blasio “has signalled no interest in curtailing development in any way”, says a disappointed St John.

If so, the mayor is turning his back on a history of reining in development for the sake of the many. More than 100 years ago, New York pioneered zoning codes designed to bring light and air (if not Central Park views) to even its most disadvantaged residents. In 1879, the city introduced a “tenement law” that required small apartment buildings for the lower-classes to include airshafts; in 1901, the law was revised to call for large-scale courtyards.

Around the same time, titans of industry were building skyscrapers in midtown and the Financial District. (In those days, large commercial enterprises were confined to a few neighbourhoods, a kind of segregation that no longer exists.) Some of the structures, particularly the Equitable Building at 120 Broadway, completed in 1915, with more than one million square-feet of space on a one-acre site, were so overpowering that, in 1916, the city began requiring setbacks at various heights, to make sure light and air reached the street.

The setback requirements, generally ensuring large reductions in floor area above the 10th storey, and further reductions higher up, led to one of the most distinctive building types of the 20th century: the wedding-cake tower, with the striations required by law inspiring jazz-age architects to greatness. (The Empire State and Chrysler Buildings are elongated examples of the form; the setback laws allowed for towers of any height so long as they were less than a quarter of the area of the building lot below.)

But in 1961 the city revised the zoning laws again, making the wedding-cake towers period pieces. Instead, entranced by Mies van der Rohe’s Seagram Building on Park Avenue, a masterpiece of bronze metal set back in a handsome plaza, officials switched to a zoning code that encourages standalone towers. In exchange for ceding open space to the public, developers could build straight up (the permissible height was governed by a calculation called “floor area ratio”, or FAR). The problem: not every architect is as good as Mies, or every client as generous as Seagram. The city was overtaken by banal, sheer towers set in plazas that offered very little to the public and, given the height of the new buildings, were often in shadow.

But that was a time of a rising middle class, when affordable housing was being built all over the city, and residents commuted to jobs in blocky office buildings (increasingly, commercial tenants wanted large floor plates). Only the World Trade Center, 1,368 feet high, overtook the Empire State Building in height. But the 110-storey Twin Towers, anchoring their own downtown skyline and set in a giant plaza (called a “superblock”), were a special case. Otherwise, buildings of 40-60 storeys were the norm.

No one, it seems, was anticipating the current wave of pencil-thin, supertall towers. The technology they depend on has been around for decades — “mass dampers”, which prevent thin towers from swaying uncomfortably, are nothing new. So has the structural know-how that allows them to rise safely even from tiny bases. One of the buildings, 432 Park Avenue, has recently topped out at 1,396 feet, from a site of just 90 feet square.

The real generator of form now is the winner-take-all economy — and with it, the demand for sky-high condos at sky-high prices. Virtually all of the new buildings are condominiums with just one unit to a floor, which means they can get by with very few elevators. And that, in turns, mean they can be built even on very narrow lots. In other words, the demand for $20m to $100m condos, with views in all directions and no next-door neighbours, has given rise to a new building type – making the revised skyline the physical manifestation of New York’s income disparities.

Site for the Nordstrom Tower, next to the Art Students League on West 57th Street. Photograph: Richard Levine/Demotix/Corbis
Amazingly, none of the towers required city permission (although they did require clearance from the Federal Aviation Administration, given Manhattan’s proximity to three airports). The city doesn’t limit height, just floor area ratio, and developers, can buy “air rights” from adjacent buildings, letting them go supertall “as of right”. The developer of the Nordstrom Tower, named for the department store at its base, bought air rights from the neighbouring Art Students League, paying the venerable school (which had no plans to enlarge its handsome, 1892 building) some $30m.

Things are very different in the City of London, where the size and shape of every building is negotiated with planning officials – nothing is built “as of right”. Yet neither system is perfect: Rafael Vinoly, the architect who created 432 Park Avenue – which has become the focus of New Yorkers’ enmity – also designed London’s Walkie-Talkie. Officially named 20 Fenchurch Street, the Walkie-Talkie is reviled, but at least it was intended to provide public amenities.

The same can’t be said for 432 Park Avenue, or the other condo buildings going up around it. Not only are these new towers casting long shadows on Central Park; they are turning the New York skyline, for most of the 20th century a kind of ziggurat with the Empire State Building as its peak, into a jumble.

As for life below? The buildings are making the city less pleasant for anyone who cannot afford one of the condos in the sky. Think of it as the new Upstairs, Downstairs, but on an urban scale.

Voir aussi:

New Yorkers Protest Long Shadows Cast By New Skyscrapers
Heard on All Things Considered
Margot Adler
NPR
April 23, 2014

Skyscrapers are a hallmark of large cities. Modern engineering makes it possible to erect something as tall as the Empire State Building on a very small footprint. Although developers love these buildings, in New York — the city of skyscrapers — residents have been upset at the shadows they cast over public spaces like Central Park.Journalist Warren St. John first noticed the shadows when he took his daughter to a playground near Central Park’s southern border on sunny, blue-skied fall day. All of a sudden, though, it became chilly. He remembers the parents zipped up their kids’ jackets and hurried off. He looked up, « and that’s when I realized the sun was behind this new building I’d never paid much attention to, » St. John says. « But what really got me was that about six months later, I was at a playground a mile north of here and the exact same thing happened. I looked up, and it was the same building. »

On a recent afternoon, St. John again gets caught in the chill in the shadow of another tall, thin building still under construction. It’s One57, the tallest building south of the park. And, he says, « it will soon be dwarfed by another building, 30 percent taller. » As the sun goes behind the tower, St. John notes, « it’s a little chillier. »

At a community meeting held to address the rise of supertowers and the reach of their shadows into the park, City Councilman Corey Johnson said that most of these apartments « are being sold to foreign investors, who have tens, if not hundreds of millions of dollars, who are not making this their primary home. »

Extell Development, the developer of One57, braved the hostile audience at the community meeting.

« The shadows cast by tall, slender buildings, which is what most of the buildings going up are, are very brief — maybe they’re 10 minutes in any one place — and cause no negative effect on the flora or fauna of the park, » said Gary Barnett, president of Extell Development. What’s more, Barnett says, the buildings are creating many permanent jobs in retail, hospitality and construction. « And these are not minimum-wage jobs, » Barnett says. « Many of the union construction jobs compensate between $100,000 and $200,000 a year. Upon salaries like this our fellow New Yorkers can build a better life. »

St. John responds that each of these buildings might have 100 apartments, but 40 million people use the park. To wit, in the shadow of One57, he points to a row of empty benches in the shade. « Nobody is sitting on these benches, but over there where the sun is, people are sitting, » he says. « They’re having a snack. »

Moving on to another area of Central Park, older buildings throw shorter shadows right next an open area filled with constant sunlight. He points to buds on the trees in the sunlit area, « but if you look just to the trees beyond them, there are no buds on those trees because that is where the shadows begin to fall from these buildings. »

If it was just that one building, St. John says, you could kind of shrug it off. But he ticks off six or seven buildings that are going up right in this area. Central Park is landmarked and protected from development, but there is nothing to protect it from shadows cast by buildings outside the park.

Landscape architect Michael Van Valkenburgh designed the tiny teardrop park near the World Trade Center. Surrounded by tall buildings, he wondered, would there be enough sunlight for a lawn? « Sunlight is the joy of what a park is, » he says.

Experts analyzed how much sunlight would be necessary, and one of the architects actually lowered part of a building under construction « so enough sunlight came in, » Van Valkenburgh says. « But everything was within inches of not working. »

As to whether the shadows will stress trees and plants, he says, they will probably die slowly — over five years.  » ‘Oh, why are the trees dying?’  » he predicts people will say.  » ‘It must be related to global warming.’  »

Van Valkenburgh believes there should be rules in New York about the right to sunlight in public spaces as there are in the zoning laws of some other communities.

As for St. John, he’s peeved that there was never any public debate about the supertowers. They just happened. « Maybe at the end of that public debate the public consensus might have been the economic activity generated by these buildings makes it worth it, but we just never had the debate, » St. John says.

And at least for these buildings it’s probably too late.

 Voir également:
Life above 800 feet in a city relentlessly on the rise.
The New York Times magazine
06/05/2016
A city on an island, teeming with cash and ego, has nowhere to go but up. And up. And up. Imagine the Manhattan skyline in a time-lapse filmstrip, starting around 1890 — when the New York World Building crested above the 284-foot spire of Trinity Church — and culminating in the present day: it is a series of continual skyward propulsions, each new proud round overshadowing the last.Perhaps much of this history has been driven by crude competition — the fierce battle between the Chrysler Building and the Bank of Manhattan Trust Building (40 Wall Street), for instance, to be the World’s Tallest Building, a fight the Chrysler won by a stunning coup de grâce: the last-minute addition of its secretly constructed spire, which nudged New York’s altitude record up to 1,046 feet for 11 precious months until the Empire State Building topped out. But the city’s architectural history cannot be reduced to gamesmanship. Something else is going on. Manhattan builds up because it cannot build out and because it cannot sit still. Those of its inhabitants who can afford to do so will seek to climb to higher ground.We are currently in the midst of another clambering epoch. The city has 21 buildings with roof heights above 800 feet; seven of them have been completed in the past 15 years (and three of those the past 36 months). In this special New York Issue, we explore the high-altitude archipelago that spreads among the top floors of these 21 giants. It totals about 34 million square feet in all, encompassing lavish living spaces, vertiginous work environments (during construction and after), elite gathering places. Visually, the experience of this new altitude feels different in kind from its predecessors, the peak uplifts of previous booms that topped out at 400, 500 or 600 feet. At 800 and above, you feel something unusual in a city defined by the smelly bustle of its sidewalks and the jammed waiting and inching and zooming of its avenues — a kind of Alpine loneliness. Every New Yorker knows the pleasant private solitude that can be found at street level, among anonymous crowds. This is something different: an austere sense of apartness inspired by achieving a perspective seemingly not meant for human eyes.In 10 years, the views captured in the following pages might seem quaint, even inferior. But today they provide an uncommon glimpse into the city’s rarefied new neighborhood in the sky.

Jake Silverstein♦

Jake Silverstein is editor in chief of the magazine.

Voir encore:

The vertical frontier

New York has always stood above the rest. Now it’s reaching even higher — with economic, architectural and social consequences that will once again redefine the most famous skyline in the world.
Michael Kimmelman
The New York Times magazine

06/05/2016

Alysia Mattson, who works near the top of 1 World Trade, likens the experience above 800 feet to “being in a giant snow globe. Everything is calm.” We were standing at the window, looking down at a ferry inching across the Hudson. “You focus on things like boat traffic,” she said. “You don’t feel you are really in the city.” At that height, the earth-binding sounds of city life evaporate, along with close-up details. Perspective flattens. Cars and people on the street appear to crawl.

“Would you really feel any pity if one of those dots stopped moving forever?” Harry Lime asked on the Ferris wheel in “The Third Man.”

Jimmy Park, whose office is also on the 85th floor and who is a mountain climber in his spare time, put it another way: “You’re looking down on something you’re not in, and you feel you’re a long way from where you need to be if you need to be safe. At the same time, there’s something therapeutic about seeing great distances. It happens on planes, on mountains, on beaches. I’ll have a meeting with a new client, and we’ll gaze out the window and have this comfortable silence.

“It’s analogous,” he went on, “to the ‘overview effect’ that astronauts feel, which created the whole environmental movement. You realize how small you are and how big the world is.”

The Old Testament declared every valley shall be exalted and every mountain and hill shall be made low, in keeping with classical beliefs about proportion and balance. By the 18th century, awe, terror and exultation, previously reserved for God, passed over to geological phenomena like mountains and experiences like conquering peaks. Kant called it “the terrifying sublime.” In the 19th, with new technology and the growth of cities, nature was rivaled by the man-made. The sublime became reachable by climbing to the top of a tall building.

In this spirit, Richard Morris Hunt designed New York’s Tribune Building, built in 1875, with its clock tower at 260 feet, competing with the spire of Trinity Church to be the tallest structure in the city. A quarter-century later, Daniel Burnham’s Flatiron Building, at 285 feet, established a new ideal of tall and skinny, soon dwarfed by the 700-foot-tall Metropolitan Life Insurance Tower, just across Madison Square Park, which was itself outdone, in 1913, by Cass Gilbert’s Woolworth Building, at 792 feet.

The New York skyline found its Platonic ideal less than two decades later with the Chrysler and Empire State buildings. The Empire State’s 204-foot mooring mast for passenger dirigibles, which never actually docked there, represented the mercantile equivalent of Trinity’s steeple. As E.B. White wrote, the city skyline was “to the nation what the white church spire is to the village — the visible symbol of aspiration and faith, the white plume saying that the way is up.”

With its dips and peaks, New York’s skyline became a civic signature, the postcard picture and classic movie image of the American century, its contours a reflection of what was happening below. White’s notion depended on a vital street life, on how the towers met the sidewalk and the curb. In recent decades, aspirant cities have built buildings taller than New York’s without ever quite supplanting Manhattan, in part because skylines are just stage sets of urbanism if they don’t arise from real, bustling neighborhoods.

It was exclusivity of neighborhood, more than sheer height, that connoted status in Manhattan half a century ago: a 20th-floor penthouse on Park Avenue still signified the pinnacle of the social pyramid. Back then, real nosebleed altitudes, like 800 feet, belonged primarily to commercial, not residential, buildings. Skyscrapers advertised companies. Apartments alone couldn’t cover the extraordinary cost of construction at such heights.

Half a century ago, a 20th-floor penthouse on Park Avenue still signified the pinnacle of the social pyramid in Manhattan.

That changed only during the last decade or so, once apartments in luxury buildings like 15 Central Park West fetched $3,000 a square foot and more. Suddenly, a very tall, very slender project on 57th Street, with a floor plate just big enough for one apartment, or maybe two, and needing far fewer space-hogging elevators than a commercial tower, seemed profitable to aggressive developers. Big-name architects were enlisted. As Carol Willis, the founding director of the Skyscraper Museum in Lower Manhattan, likes to put it, form follows finance.

Height suddenly substituted for neighborhood as a signifier of status, partly because zoning regulations steered sky-high construction toward less restricted, mixed-use parts of the city, like 57th Street, which also offered money shots of Central Park, and partly because a target clientele of South Asian copper-mining industrialists and Russian oligarchs had little intention of living in their apartments. In any case, they didn’t actually want neighbors. They wanted views. Developers promoted these buildings as de facto country estates, where the chances of encountering someone who isn’t a paid employee of the building are vanishingly slim, and in-house restaurants serve only tenants, so that even eating out won’t require actually going out.

Many New Yorkers, infuriated by tax breaks given to these skyscraping potentates, picture themselves toiling in the long, skinny shadows the new towers will cast. But shadows aside, that’s not entirely fair to the supertalls. Some people may not like their scale, but a handful of apartments in mostly nonresidential blocks of Midtown or near Wall Street are hardly the cause of gentrification and displacement. And there may be just a little xenophobia in the anti-supertall phenomenon. It’s a good bet that more than a few wealthy Chinese, Indians and Arabs, like Jews before them, facing an impossible vetting process from co-op boards on the Upper East Side, elected instead to look down on them.

In any case, 57th Street is now dubbed Billionaire’s Row, and wealth has reached new altitudes. Advances in skyscraper technology have much to do with this. William F. Baker, who helped engineer the Burj Khalifa in Dubai, at 2,717 feet the world’s tallest tower, recently explained the engineering behind life above 800 feet. Engineers, he said, who long ago figured out how to make sure skyscrapers won’t topple over, are focused more and more these days on the trickier problem of making people inside feel secure. It’s a challenge because very tall, very slim buildings are designed, like airplane wings, to bend not break. An average person starts worrying about movement in a high-rise long before there’s anything approaching a threat to safety. Mild jostling that you take for granted in a car or train can provoke panic at 100 stories, even if you’re still safer in the building than in the car.

Incredible efforts now go into mitigating those effects. Today’s superslender towers are outfitted with sophisticated counterweights, or dampers, and other movement-tempering devices, as they are also outfitted with elevators that speed tenants to their aeries but not so swiftly that you will perceive any troubling G-forces. Something around 30 feet per second seems to be an ideal velocity, suggesting there may be an ultimate height for luxury towers — not because we can’t engineer a mile-high building but because rich tenants won’t abide elevators that take several minutes to reach apartments for which they paid the annual expenditures of the Republic of Palau.

Exceptional engineering requirements are said to account for a hefty portion of the cost of apartments in the supertalls, like 432 Park Avenue, presently the tallest apartment tower in Midtown Manhattan, and one of the costliest. Its exterior is a grid of concrete and glass, like an extruded Sol LeWitt, or a distended Josef Hoffmann vase (or a middle finger stuck up at the city, depending on your perspective). Giant twin dampers near the roof, the size of locomotive engines — with their own spectacular double-height views over the city — act like shock absorbers, providing ballast and discouraging chandeliers from tinkling and Champagne glasses from toppling over.

If the twin towers and the Empire State Building used to define south and north in Manhattan, the poles of the city skyline, now the compass points include 1 World Trade, 432 Park and, just a few blocks west, One57. The last, with its clunky curves and pox of tinted windows, steers Midtown Manhattan more toward Vegas or Shanghai. A mile or so away, the vast tabula rasa development called Hudson Yards threatens to become a mini-Singapore on the West Side.

But taste is tricky to legislate. Critics greeted the Chrysler Building with horror when it was finished, then held it up as a model of what skyscrapers should look like when a modern generation of glass and steel towers reshaped the postwar skyline and provoked fresh outrage. Looking back, we can see that 1950s landmarks like Lever House, by SOM’s Gordon Bunshaft, and the Seagram Building, by Mies van der Rohe, are as beautiful and refined as any architecture in America, although in the following decades they spawned a million mediocre imitations, cluttering Manhattan and obscuring the originals’ genius. This was the era of white flight and suburban sprawl, when Roland Barthes described New York as a vertical metropolis “from which man is absent by his accumulation,” and America’s so-called towers in the park — those often unjustly maligned housing projects of clustered high-rises in poor neighborhoods, many on the margins of the city — were left to ruin. The ugliest skyscraper in town, long known as the Verizon Building, at 375 Pearl Street, a seemingly windowless behemoth, still looms over the Brooklyn Bridge. It went up in 1976, just after the twin towers, by Minoru Yamasaki, which New Yorkers loved to hate — until many came to regard them differently, and not just because of what happened on Sept. 11. At dawn and dusk, the sculpted corners of the towers captured sunlight, making orange and silver ribbons float in the ether. Now, 1 World Trade has risen from their ashes. The classic modernist skyscraper is fashionable again. Taste, like the New York skyline, remains an endless work in progress.

Of the new buildings, I like 432, designed by Rafael Viñoly, and the studied jumble of 56 Leonard, downtown (Herzog & de Meuron are the architects). They’re designed with finesse, punctuating the skyline. Other buildings going up, like Jean Nouvel’s 53 West 53rd, beside the Museum of Modern Art, and 111 57th Street, by SHoP Architects, promise to help tip the scales back toward an older ideal of the sophisticated, attenuated tower, crowded out by those decades of plug-and-play boxes.

There are still those who fret about scores of tycoon palaces overrunning the city. They may take solace in the fact that the supertall-apartment phenomenon has always been a game of fiscal musical chairs. New federal rules devised to thwart shell companies and money laundering now require that cash buyers of luxury residences disclose the true names of their owners. Roughly half of real estate purchases in Manhattan, it turns out, are made in cash, with overseas buyers accounting for a third of all new Midtown condo acquisitions. Combined with sagging oil prices and a fluctuating yuan, the new rules seem to be having an effect. For the moment, the market for apartments above 800 feet continues to soften. Some supertall apartment towers on the drawing board may be postponed.

And corporate chieftains are no longer clamoring for glitzy new company towers. They’re more in tune with millennials, who prefer repurposed buildings, street life and live-work neighborhoods. The architect Bjarke Ingels has recently envisioned a couple of New York towers that feature enormous, sky-high terraces, to bring something of the pleasures of being on the street into the ether.

If the twin towers and the Empire State Building used to define the poles of the city skyline, now the compass points include 1 World Trade, 432 Park and One57.

“The tendency has been to create a hermetic experience, with floor-to-ceiling windows, so you’re incarcerated in a box,” Ingels said. “Outdoor space used to be considered a nuisance, which didn’t contribute to the building’s value, but I believe that’s changing. I am starting to hear leasing people say they want outdoor space. That’s true in residential as well as commercial properties. I think the future at 800 feet is more likely to be engaged with the outside and less an escape from it.”

Maybe. In New York, it can get pretty windy and cold up there. For ages, my aunt has rented a studio apartment, a bit lower down, on the 16th floor of a building in Greenwich Village, with a terrace looking toward Washington Square Park and Lower Manhattan, although mostly the view consists of a jumble of low-rise buildings, black-tar rooftops and fire escapes. The terrace has a sun-bleached, green-and-white canvas awning that can be rolled out for shade. Voices and car horns waft up from the street. Rain splatters on the terra-cotta floor. Spring blows in on breezes from the river. I feel like the luckiest man in New York when I’m there, above the city and in the middle of it.

Everyone’s sweet spot is different. I stood with Jimmy Park at his window in 1 World Trade, 1,000 feet up. He was extolling the view of Brooklyn and Queens. The roof of 7 World Trade, a neighboring 743-foot glass office tower, cleverly conceived by David Childs, was several hundred feet directly below us. We could just make out the mechanicals. Someone standing up there would have been one of Harry Lime’s dots.

I asked Park how tall he thought it was. He scrunched his forehead. He hadn’t really thought about it, he said. ♦

Michael Kimmelman is the architecture critic for The New York Times. He last wrote for the magazine about Manhattan’s secret pools and gardens.

Matthew Pillsbury is a photographer. His work will be shown at the Benrubi Gallery in New York in 2017.

 Voir de même:
Do We Have a Legal Right to Light?
Kelsey Campbell-Dollaghan
With supertall towers popping up along Central Park’s southern edge like wildly expensive luxury mushrooms, Manhattan’s largest park is about to be cast into shadow—some as long as half a mile. The real estate boom is stirring up a debate: Do we have a « right to light »?

Not in America. But there are plenty of laws in other countries that protect homeowners’ right to natural light—most of them stemming from around the time of the labor rights movement at the turn of the century, when dark, dingy tenements across Northern Europe and the US were replaced by neat, orderly public housing.

In Denmark, for example, there’s a law that determines exactly how much direct sunlight an apartment must receive—it’s even changed the way that many windows are designed. In England, a law called « ancient lights, » or « right to light, » protects any building that has received natural light for more than 20 years from future developments.

But, in the U.S., things are a bit more shady. A number of court cases here have attempted to block developments based on light, going as far back as 1959, when two Florida hotels duked it out over a bit of blocked sunshine. That case set the precedent for many others: The judge held that there is « no legal right to air and sunlight. »

In New York City, we have air rights—a concept that dates back to a law from Roman times: For whoever owns the soil, it is theirs up to Heaven and down to Hell. Modern air rights were spurred by the birth of air travel in the early 20th century, when New York City was the booming skyscraper capital of the world.

Clarification: A previous version of this post poorly explained modern air rights in NYC. The Skyscraper Museum offers up a better description in its 2013 exhibition, SKY HIGH & The Logic of Luxury, in which it explains that modern air rights in NYC emerged in the early 1960s with new zoning laws that regulated building with something called floor area ratio, or FAR—defined as square footage multiplied by a number determined by the zone to which the building belongs—that limits how much structure can be built on a particular lot and encourages developers to create public spaces on the street level. They also allow developers to buy the air rights from nearby buildings and apply them to their own lots, the Museum’s director and curator Carol Willis explains in the exhibition’s online home:

The formula for FAR and the ability to purchase and pile up additional air rights has created an invisible Monopoly game in Manhattan real estate in which developers often work for years to acquire adjacent properties that could be collected into an « as or right » tall tower.

It’s crucial to note, at the Skyscraper Museum does, that the buildings whose FAR has been purchased by a nearby tall building can never be developed higher. Still, the spate of new construction projects along Central Park (what Gothamist calls « Billionaire’s Row ») has some people arguing for a law that protects the average New Yorker’s right to light further. In an op-ed in the New York Times this week, Warren St. John sounds the alarm about the danger of letting towers rise along the park:

New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own… And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.”

After all, as St. John points out, people who are willing to fight for public spaces are disappearing quickly, while organizations that have traditionally critiqued developers are now run by them.But will shadows be enough to spur rage amongst New Yorkers? Or will we distract ourselves with pumpkin-flavored treats and complaining about Banksy until, one day, we wake up and realize that the single window in our terrible railroad apartment is blocked by the servant’s entrance to a $100 million palace? And besides: Isn’t it NYC’s prerogative to build higher, faster, and stronger? We’ve never been a city to turn down new development—we’re not Paris.

But I think there’s something else that irks me about these new towers. After all, New Yorkers willingly suffer for their city on a daily basis—in fact, it’s a source of civic pride. As Justin Davidson pointed out in arecent review of one massive West 57th street tower: These buildings aren’t awe-inspiring in the way the Empire State Building or Chrysler Building—or even Renzo Piano’s New York Times building—are.

And it’s important that they’re not office towers like the rest of the city’s supertalls. These new buildings will become the tallest residential architecture in the country, populated by roughly a few hundred astronomically wealthy people. Non-billionaires will be relegated to the streets below, as oligarchs shuttle to-and-fro in helicopters and armored cars. Most of these condos will probably be empty, most of the time.

So maybe it’s not that these shadows are ruining New Yorkers’ sunbathing. It’s that they’re escaping the fundamental reality of Manhattan—that regardless of income, all of us suffer the same basic indignities: The trash, the traffic, the pollution, the small kitchens.

But, like the rich in Neill Blomkamp’s Elysium, the owners in these super-tall, super-luxury towers will be citizens of a literal super-city, one located above us all, hovering in a part of the atmosphere inaccessible to mere earthlings, only detectable through the shadows it casts. [Studio-X NYC]

Voir de plus:

The 800 club

In a city obsessed with wealth and status, living at supertall altitude is a privilege that only a few dozen New Yorkers enjoy — at least for now.
Jon Ronson
The New York Times magazine
06/05/2016

“This is the skyline people talk about.” It was a Wednesday evening in late May, and Warren Estis, a real estate litigator, was showing me the views from his penthouse apartment at Trump World Tower, at 47th Street and First Avenue. We were on the 86th floor, which, according to the building’s management, meant we were 810 feet above the ground. “You can see water planes landing on the East River,” he said. “I love the seaplanes when they come zooming in.”He led me north into the home theater, from which you could see all the way up and across town to the George Washington Bridge and where the deep leather chairs reclined into divans at the touch of a button. Then he led me south, through a lavish open-plan living room, where his partner, Tatyana Enkin, was preparing tea. The two are collectors of glass art, and the living room was dense with it: crystal swans and obelisks and lilac-and-purple baubles of various abstract shapes. LED strip lighting in the ceiling made the room glow blue, then red. “Look at the World Trade Center,” Estis said, pointing downtown. Finally, he led me west.Trump World Tower is a sleek black slab of a building that looms over the far eastern edge of Midtown Manhattan, and the view back across the island is truly remarkable. “Here you’re sitting in a chair, and you turn and you see everything,” he said. “All the iconic buildings in the city. And it’s different at night. Everything’s lit.”But as he looked out the window his eyes flickered, a little irritated, at two new supertall condo buildings that tower above his, slightly blighting his west-facing view. To the right in the middle distance was One57, a blandly luxurious gray-blue monolith that rises to 1,004 feet and casts a significant shadow over the south side of Central Park; just to the right of that stood the even loftier 432 Park Avenue, pencil-thin and still unfinished. The design of 432 Park is more attractive than One57’s — it resembles a neat stack of pale Rubik’s Cubes — and its rapid rise has made it perhaps Manhattan’s most noticeable skyscraper. When Estis moved into Trump World Tower in 2002, his year-old home was the world’s tallest residential building. Now 432 Park dwarfs it.Tatyana Enkin in the 86th-floor Trump World Tower apartment she shares with her partner, Warren Estis. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times

Estis shot its penthouse — which is, at 1,396 feet, currently the highest condominium in the world — a derisive glance. “At a certain point, you’re too high,” he said. “You don’t want to be higher than this,” he added, meaning his own apartment. “Up there you lose the effect. You have to walk to the window to look down.”“It’s like when you go to an art gallery,” Enkin said. “The painting has to be on eye level.”“What’s the good of being above it all?” Estis said. “You’re missing out on the beauty of the city and the various structures. Here you have the flavor.”Estis is, much like the man who built Trump World Tower, thickset, restless, plain speaking and motivated by a desire to win. He grew up in Little Neck, Queens, his mother a legal secretary and his father a lawyer for the Veteran’s Administration. At school, they asked him what he wanted to be when he grew up. “Rich,” Estis replied. He was 6. While in college, he rented an ice-cream truck and drove it around on an aggressive schedule — eight months out of the year. Soon after he graduated from law school he had enough money saved to buy his first piece of property: a two-family home in Bay Terrace, Queens. Now 57, he owns approximately 65 apartments and houses throughout Manhattan and Queens, and heads a 79-lawyer law firm.‘At a certain point, you’re too high. You don’t want to be higher than this.’Enkin, like Trump’s first and third wives, is an ex-model who grew up in the Eastern bloc. She was raised in Soviet Ukraine and worked as a hydrologist in the Siberian gulags before moving to the United States to become a model for the Elite agency and Marc Jacobs. Now 40, she works as an artist’s agent.

By living above 800 feet, Estis and Enkin are two members of an unexpectedly exclusive group in Manhattan. In my estimation, no more than 40 people currently live above that line, scattered among just three buildings (Trump World Tower, One57 and 8 Spruce Street, a Frank Gehry building downtown). But they’re just the vanguard. The city is in the midst of another building boom, one unlike any that has come before. In the past, Manhattan’s tallest buildings were filled with corporate offices; now, the most imposing skyscrapers are built as homes for some of the wealthiest people on the planet. By 2020 there are expected to be at least 14 residential skyscrapers in New York City. Many of them will block out the light for a great expanse of Central Park. A small city is being built in the sky — but for whom? I was curious to learn about them, so I set out to meet as many as I could.

Stellan Parr in his 453-square-foot studio apartment on the penthouse floor of 8 Spruce Street. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Estis and Enkin were the first I got in touch with, and the most hospitable. I lingered around their apartment for hours, until the sun was setting over the Hudson. The spires of the Empire State Building and the Chrysler Building suddenly illuminated, bathing the apartment in their light.

“When you’re up there,” Estis said, meaning the 432 Park penthouse, “you’re missing this. You’ll see lights. But not at this level. You never want to be level with, or looking down on, rooftops. There’s no advantage.”

“Apparently that penthouse sold for $95 million,” I said. The buyer has been reported to be the Saudi Arabian retail and real estate giant Fawaz Alhokair (432 Park’s representatives declined to comment). He made his $1.37 billion fortune by bringing outlets of Western retail chains — Topshop, Banana Republic, Zara and Gap — to the Middle East, North Africa, Central Asia and the Caucasus.

Estis shrugged, unimpressed. “They get bragging rights,” he said. Then he affected the smug tone of a 432 Park penthouse purchaser and added: “I paid more money than anyone else in the building. But I may not have the best view.”

The view may not matter in the end. According to Forbes, Alhokair lives primarily in Riyadh, so presumably 432 Park’s penthouse will become just a pied-à-terre for him — or perhaps simply an investment property, destined to remain pristinely and forever empty.

The precise number of people living above 800 feet is impossible to calculate because of the secrecy that now veils so many real estate transactions in New York. This is especially true at One57, where eight of nine condos above the 800-foot-mark have already sold. Buyers protect their identities fastidiously over there, purchasing their condos through shell corporations with impenetrable names that exist solely to mask their identities.

The top floor of 28 Liberty, a 60-story office tower, is home to free Tuesday yoga classes for those who work there. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Tracking down the owners was a drawn-out process. I would make a trip to the New York City Registry to fetch the names and addresses of the limited-liability companies that made the purchases and try to contact them that way. For example, the top two floors of One57 make up a single duplex, Apartment 90, which sold for $100.5 million to an L.L.C. named, unhelpfully, P89-90 LLC. (It remains Manhattan’s most expensive single residence.) The lawyer representing the L.L.C., Andrea Riina, emailed me, “Your request was forwarded to the client and declined.”

I had slightly better luck with Apartment 90’s downstairs neighbor, the owner of Apartment 88. In April 2015, it was sold for $47.3 million to Pac Wholly Own L.L.C., which is associated with a Chinese airline, Pacific American. The airline is owned by the HNA Group, which is in turn owned by the billionaire Chen brothers, Feng and Guoqing. After correctly predicting in the early 1990s that Hainan, a balmy island south of Beijing, would become a kind of Chinese Riviera, they started an airline to take passengers there. Soon, they amassed a fortune. According to a 2014 Bloomberg profile, Chen Feng is a “rigorously private” man; apparently his brother is, too. I emailed Guoqing Chen’s assistant several times before she finally responded: “One57 is a company investment program, and Mr. Chen doesn’t live in One57 right now. So, I am afraid Mr. Chen can’t take the interview. Thank you so much for your consideration.” The rebuff knocked out Apartment 86 too. The L.L.C. that purchased it, One57 86 L.L.C., is registered to the same small downtown Manhattan office suite that houses Pacific American airlines.

Apartment 83 is unsold, and the owners of Apartments 85 and 82 — the billionaire retailers and business partners Lawrence Stroll and Silas Chou, respectively — “prefer not to be included in the article,” their assistant wrote. Stroll, who made his money by investing early in Tommy Hilfiger, is Canadian but a resident of Geneva, according to Forbes. Chou — an early investor in Michael Kors — lives in Hong Kong.

I had a good feeling about Apartment 81 (which lies slightly below 800 feet, but I felt I’d earned it). For a start, there was a chance its owner actually lived there. The apartment cost $55.5 million and — according to The Times’s real estate pages from the week of the sale — boasts a “galvanizing 75-foot-long entrance gallery,” a “grand salon,” four bedrooms, a “one-ton bathtub carved from a single marble slab,” “head-on views of the park to the north” and a concierge who can organize everything from “helicopter service to the Hamptons” to use of a quartz stone bed at a spa on a lower floor that has, apparently, certain healing properties. These apartments are marketed in grandiose ways. As Michael Graves, a real estate agent with Douglas Elliman, told The Times in November 2015, “Living on a full floor at One57 is probably the closest thing to being a king in the 21st century.” (To be pedantic, the world’s 15 actual kings are closer to being kings than the residents of One57 are, though there might conceivably be some overlap.)

The purchaser of Apartment 81 turned out to be a Texan named Becky Moores. Unlike her neighbors, she didn’t conceal her identity. She bought it in her own name — well, in the name of the Rebecca Ann Moores Family Trust. She married her childhood sweetheart, John, in 1963. Forty-five years later she filed for divorce, hinting at infidelity. The divorce was messy and public and the payout vast enough to afford her not only Apartment 81 but a $34.3 million apartment on One57’s 54th floor too. The settlement proved less fortuitous for fans of the San Diego Padres. John Moores was the team’s owner, and to pay the settlement he had to sell his majority share. In the process, the payroll plummeted, and the star players Jake Peavy and Adrian Gonzalez were traded off to save money. “Ultimately, the team collapsed,” says Tom Krasovic, a sports reporter at The San Diego Union-Tribune who covered the Padres for years. He seemed confident that Becky Moores would grant me an interview. “I always found her to be a very nice lady,” he told me over the telephone. “She’s very well liked and very approachable with a lot of the media.”

“Bad news,” emailed my contact for Moores. “Rebecca Moores isn’t interested in participating in your story.”

Todd Stone in his artist’s studio on the 67th floor of 4 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
Sorting out who lives above 800 feet in Trump World Tower is slightly easier, thanks both to the tabloids and to the fact that it was built before this vogue for secrecy really took hold. Beyoncé and Jay-Z used to live up there. They rented an apartment a few floors above Estis and Enkin for a year, paying a reported $65,000 per month. The former Yankees shortstop Derek Jeter lived there, too. He sold his 5,500-square-foot apartment on the 89th floor, identical in shape and size to Estis and Enkin’s, for $15.5 million in 2012. Nowadays, their neighbors include the widow of a Delta Air Lines pilot who made a fortune in the stock market, a human rights advocate from South Africa who specializes in health care projects for the developing world, the chairman of Assist America (a global medical-emergency service) and a mysterious Asian businessman who purchased the three remaining apartments all at once, paying in cash, according to Enkin. “He’s Japanese,” she said, “but I don’t know exactly what he does.” (According to a resident and city records, his name is Chinh Chu. Chu works in finance and he is, in fact, from Vietnam. He didn’t respond to a request for comment.)

8 Spruce Street stands out among these new buildings because it’s rental-only — none of the units are for sale. Only the top three floors sit above the 800-foot line. The resident of Penthouse South, on the very top floor, agreed to meet me.

Penthouse South is tiny — so tiny it looks as if there has been some mistake. Its 453 square feet are inclusive of literally everything. It’s so incongruous amid the huge penthouses it abuts that it feels almost magical, like the secret railway platform from which the wizards take the train to Hogwarts. It was designed to be a guest or nanny’s room for one of the other penthouses, but building management rented it instead to Stellan Parr — 33, tattooed, soft-spoken and studying to be a physician assistant. He pays rent “in the low thousands.” He is a unique man: perhaps the only person of (somewhat) modest means who lives at such heights in New York. We sat at his kitchen/living room/bedroom table and admired his view, which takes in the Statue of Liberty, the curve of the East River, 1 World Trade Center and the 9/11 Memorial pools. He opened his window a fraction, and we both suddenly experienced debilitating vertigo. He closed it, and the feeling immediately dissipated.

Sometimes, Parr told me, he leaves his room to surprised glances from his neighbors — they have included a basketball player with the Brooklyn Nets and a European who used the $45,000-a-month apartment as a crash pad for the rare occasions he was in town. They have said to Parr, “I didn’t know anyone lived there.”

On a clear day in early May, I was given permission to stand on the 95th floor of 432 Park — which is, at 1,271 feet, the building’s second-highest floor, directly below the $95 million condominium. 432 Park is still partly under construction, and it took much haggling with the building’s owners before they granted me access. The two apartments that make up this floor are currently filled with dust and construction equipment, but once completed they will go on the market at around $40 million each. (This makes them roughly four times the price of, and 25 percent smaller than, Estis and Enkin’s apartment.)

I could see Trump World Tower easily from here, and I recalled Estis’s frequent assertions that his views were better. Now I had the chance to assess his claim. Looking south I could see all the way to the Atlantic. I could see how Manhattan tapered to a point at its southernmost end. Still, from this side of the building, I had to agree with Estis: The 95th floor is too high. There’s too much sky. You do have to walk up to the windows to look down.

But then I walked to a north-facing window and gazed out upon the most expensive view in the world — the view that someone was willing to pay $95 million for. (It really is the view that sells these places. The apartments aren’t that big.) I could see, at once, the whole of Central Park. But I could also see everything happening in it: children playing baseball, picnickers lying on the grass, a sea lion jumping from a rock into the water at the zoo. I could even see the splash. It was overwhelming, awe-inspiring. I felt like Gatsby — removed and superior. And then it was time for me to leave.

Workers at the ‘‘top of the house’’ — the current pinnacle of construction — at 3 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
As my elevator descended and my ears popped, it occurred to me that I would almost certainly never take in such a view again. And in fact, maybe nobody will, if these apartments wind up becoming empty investments.

A few weeks later, via email, I received an enormous surprise. For the first time ever, a purchaser of an apartment above 800 feet in one of the mysterious new supertall condo buildings had agreed to speak with a journalist about his purchase. I was to meet him in his Fifth Avenue office on Thursday at 4 p.m.

Howard Lorber is a 67-year-old New Yorker, balding, gregarious, instantly likable. He stood at his 52nd-floor office window, which looks out over — or, I suppose, under — his future home. His apartment will be on the 67th floor, he told me, 850 feet above the ground.

“I point it out to everyone who comes in here,” he said.

I mentioned my calculation that only a few dozen people currently live above 800 feet in the city. Lorber, who works in real estate, did his own calculation and said, “Once 432 Park is filled, there’ll be 40 more.”

On his mantelpiece were photographs of him with Donald, Ivanka and Melania Trump. “I think Donald is fantastic, and he’s going to beat Hillary and be the next president,” he said. There was also a photograph of him with Mitt Romney. “I should take that one down,” he said.

Lorber grew up in the Bronx. His father was an electrical engineer, and Lorber entered the work force by the time he was 13, “flipping pizzas, pumping gas.” He went to college but hated it, so he became a sociology major because someone told him it was the easiest way to graduate. Out in the world, he wasn’t satisfied with the sort of work he could find with a sociology degree, so he went back to college and learned accounting. He became a stockbroker, then moved into insurance. Eventually, he made enough money to buy Nathan’s Famous, the hot-dog company. He’s currently chairman of the real estate firm Douglas Elliman, the very same firm that is now selling the condos at 432 Park — hence, perhaps, his willingness to be interviewed. From time to time during our conversation, he lapsed into a kind of marketing autopilot: “432 Park is an unbelievably striking building, it’s like a masterpiece, it has to be the most talked-about and revered building in New York City. … ” But I didn’t mind the spiel because — given his expertise — he provided insightful answers to my lingering questions about the supertall boom.

“How come Trump World Tower is so much less expensive than 432 Park?” I asked.

A dentist’s office on the 69th floor of the Chrysler Building. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
“By New York standards it’s already an older building,” he said. “First Avenue in the 40s doesn’t command the same price as Park Avenue in the 50s. It just doesn’t. Everyone wants to live in the middle, as opposed to the ends. I guess Central Park is the equivalent of living on the water in the Hamptons. Then there are the ceiling heights, the amenities. … ” (432 Park will have a restaurant, a fitness center and several floors of studios that the owners of the larger apartments can purchase as offices or for staff accommodation. When I walked into Lorber’s office, he was complaining to one of his associates about the price of these studios. “Seven hundred feet for $3 million, to house your staff?” he was saying. “I don’t think it’s such a good idea.” Still, he has reserved one for himself.)

I recounted to him my lack of success at One57, how I was impeded in part by the impenetrable L.L.C. names. “People do it for privacy,” he said.

“Well,” I said, “it worked.”

“If you’re wealthy,” he said, “with the world as it is, with ISIS saying they want to go after billionaires, there’s really almost no reason not to buy in an L.L.C.”

I asked him about all the emptiness up there. Will those apartments purchased as investments by foreign billionaires really remain forever vacant?

‘Seven hundred feet for $3 million, to house your staff? I don’t think it’s such a good idea.’

“It depends on the people,” he replied. “Some foreigners just want to get their money out of the countries they’re in. They may or may not rent them, but it’s not about making money. It’s more a matter of wanting stability, to be in a safe haven, which they believe New York City is. Look around the world. Look at all the turmoil. Argentina’s bankrupt, Brazil’s in trouble. In China the prices probably went down 20 to 30 percent last year.” But this, he added, was more an issue for One57 than for 432 Park. “One57 is geared more to foreigners; 432 Park is mostly domestic.”

“How come?” I asked.

“It ended up that way,” he said. “One57 has a hotel in it. 432 Park doesn’t. I think the foreigners like the idea of having a hotel. The locals like the privacy and the security of not having a hotel. And also, in fairness, One57 was on the market first. So they had the first shot at those people.”

This last statement made me realize just how tiny a group this is — these foreign billionaires happy to spend tens of millions on New York City apartments they may never visit. It’s a very small community, the superrich. In fact, when Lorber asked me who else I had interviewed for the story, and I mentioned Warren Estis, he broke into a huge smile and said: “I know Warren very well! He’s a client of the company! He’s a fun guy!”

Servcorp, a work space on the 85th floor of 1 World Trade Center. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
It’s no surprise that Donald Trump seems to loom over life at 800 feet. Years before he coasted to the Republican nomination on a tide of populist anger, he was the first to give the superrich the chance to purchase these aloof Manhattan palaces in the sky, these physical embodiments of how the extremely wealthy operate at a remove from society. And now, in a way, his campaign is exploiting the rage this divergence has caused.

When I was at Estis and Enkin’s apartment we got to talking about Trump and the hostility that follows him around. Trump World Tower was itself constructed amid much acrimony and division — a chaotic and upsetting experience for some neighbors and a bonanza for others. Taking advantage of the city’s idiosyncratic “air rights” process, Trump quietly bought rights from the owners of several low-rise neighboring buildings — a church and a Japanese cultural center among them — until he had enough to build one gigantic tower. He undertook his maneuver with such stealth that none of the other neighbors, not even Walter Cronkite, knew what was unfolding in their backyards. When Trump’s plans were finally revealed, Cronkite made an emotional petition to the city appeals board, calling the design “demeaning” to the United Nations. “How can we allow an institution as important to the world and New York as the U.N. to be forever dwarfed by this outsize and illegal tower?”

A Trump executive, Abraham Wallach, responded by reminding the media that Cronkite himself lived in a 50-story high-rise at U.N. Plaza. “People who live in glass houses shouldn’t throw stones,” he said.

Before setting off for Trump World Tower, I emailed the Rev. Robert J. Robbins, formerly of the Church of the Holy Family, to ask what the church did with its unexpected $10 million air-rights windfall from Trump. He declined my interview request, citing “Mr. Trump’s present high profile” as the reason. One of Estis and Enkin’s neighbors refused to let The Times photograph their apartment because they didn’t want their name associated with Trump’s in the current climate. For that reason, I felt concerned about mentioning his name to Estis and Enkin. But I needn’t have worried. They are huge fans of his and intend to vote for him.

“He’s truly impressive,” said Estis. “He gives off an aura of presence and he usually has very positive things to say to the individual he’s talking to. He makes you feel good about yourself. He’ll praise you.”

“How has he praised you?” I asked.

Looking east from 56 Leonard Street, currently under construction. Christopher Anderson/Magnum, for The New York Times
“One time I ran into him at the U.S. Open, and he was with a well-known name in New York real estate,” Estis said. “We shake hands, and he turns to the builder-developer and says, ‘Warren’s probably one of the best lawyers in New York City.’ ” Estis beamed. “As I said, it makes you feel good.”

Trump does like to say things that make people feel good, though the question of their veracity is often tricky. Trump World Tower’s public-relations agency repeatedly assured The Times that Estis’s apartment lay 810 feet above the ground. But then I called Marshall Gerometta, an expert in skyscraper heights at the Council on Tall Buildings and Urban Habitat.

“Only the top residential unit is above 800 feet,” he said. That’s the 90th-floor penthouse, four floors above Estis and Enkin. His figure, he told me, came from a 3-D image of the building on Google Earth. When I raised doubts about his methods, he said that he had “checked dozens of buildings this way against the actual blueprints, and it’s usually within a couple of feet of accuracy. I’m kind of the go-to guy on this.” (This is true: The Council on Tall Buildings is a respected source.)

“Is Trump known for exaggerating his buildings’ heights?” I asked.

Gerometta replied that he didn’t know about that, but he did know this: Trump was probably one of the first builders to skip floor numbers in order to inflate the total count. “What he markets as the 90th floor is often actually the 72nd floor, just to make it sound more impressive.”

“The Donald,” Gerometta said, laughing, “likes to exaggerate.” (Trump World Tower continues to dispute Gerometta’s figures but has not produced blueprints or other evidence to the contrary.)

For Estis and Enkin, the precise altitude of their apartment is ultimately immaterial. At sunset we sat at a west-facing window. The evening light filled the room, and Enkin had opened a bottle of Champagne. I suddenly remembered recent demonstrations at various Trump-owned skyscrapers across New York City.

“Was there an anti-Trump protest outside this building a couple of weeks ago?” I asked them.

Enkin smiled. Then she shrugged and said, “You only see the top of their heads.” ♦

Jon Ronson is the author, most recently, of “So You’ve Been Publicly Shamed.” He last wrote for the magazine about social-media public shaming.

Christopher Anderson is a Magnum photographer and a recipient of a Robert Capa Gold Medal Award.

 Voir encore:
Winging it
Manhattan’s airspace may look empty, but it teems with life.
Helen Macdonald
The New York Times magazine
06/05/2016
Dusk is falling over Midtown on a chilly evening in early May. I Google the weather forecast once again on my phone — it’s still north-northeasterly winds and clear skies — then pull on my coat and walk down Fifth Avenue toward the Empire State Building. The line for the observation deck snakes around the block, and I’m the only person in it wearing a pair of binoculars around my neck, which makes me a little self-conscious. For an hour I inch forward, up escalators, through marble halls, past walls of soft gold wallpaper, before squeezing into a crowded elevator and emerging on the 86th floor. At over a thousand feet above the city, there’s a strong breeze and a spectacular sea of lights spilling out far below. It’s so astonishing a view I almost forget to breathe.Behind the tourists pressed against the perimeter fence, there’s a man leaning back against the wall. Above him the stars and stripes flap languidly in the night air. I can’t see his face in the gloom, but I know this is the man I’ve come to meet because he’s holding a pair of binoculars that look far better than mine, and his face is upturned to sky. There’s an urgency to the way he stands that reminds me of people I’ve seen at skeet shoots waiting for the trap to fire the next target. He’s tense with anticipation.This is Andrew Farnsworth, a soft-spoken 43-year-old researcher at the Cornell Lab of Ornithology, and I’m joining him here in hope of seeing a wildlife phenomenon that twice a year sweeps almost unseen above the city: the seasonal night flights of migrating birds. I can’t help thinking this is an absurdly incongruous place for a nature-viewing expedition. Apart from the familiar exceptions — pigeons, rats, mice, sparrows — we tend to think of wild creatures as living far from the city’s margins, and nature as the city’s polar opposite. It’s easy to see why. The only natural things visible from this height are a faint scatter of stars above and the livid bruise of the Hudson running through the clutter of lights below. Everything else is us: the flash of aircraft, the tilt of bright smartphones, the illuminated grids of windows and streets.Skyscrapers are at their most perfect at night, full-fledged dreams of modernity that erase nature and replace it with a new landscape wrought of artifice, a cartography of steel and glass and light. But people live in them for the same reason that they travel to wild places: to escape the city. The highest buildings raise you above the mess and chaos of life at street level; they also raise you into something else. The sky may seem like an empty place, just as we once thought the deep ocean to be a lifeless void. But like the ocean, this is a vast habitat full of life — bats and birds, flying insects, spiders, windblown seeds, microbes, drifting spores. The more I stare at the city across miles of dusty, uplit air, the more I begin to think of these supertall buildings as machines that work like deep-sea submersibles, transporting us to inaccessible realms we cannot otherwise explore. Inside them, the air is calm and clean and temperate. Outside is a tumultuous world teeming with unexpected biological abundance, and we are standing in its midst.Above us, LED bulbs around the base of the spire cast a soft halo of pale light up into the darkness. An incandescent blur of white skips across it. Through binoculars it resolves into a noctuid moth, wings flapping as it climbs vertically toward the tower. No one fully understands how moths like these orient themselves while migrating; there’s speculation that they might navigate by sensing Earth’s magnetic fields. This one is flying upward in search of the right airflow that will allow it to travel where it wants to go.Wind-borne migration is an arthropod specialty, allowing creatures like aphids, wasps, lacewings, beetles, moths and tiny spiders hoisted on strands of electrostatically charged silk to travel distances ranging from tens to hundreds of miles. These drifting creatures are colonizers, pioneers looking for new places to live, and they’ll make a home wherever they find one. Place a rose bush out on the arid environment of a top-floor balcony and soon wind-borne sap-sucking aphids will cluster on its stems, followed by the tiny wasps that parasitize them.

Insects travel above us in extraordinary numbers. In Britain, the research scientist Jason Chapman uses radar systems aimed into the atmosphere to study their high-altitude movements. Over seven and a half billion can pass over a square mile of English farmland in a single month — about 5,500 pounds of biomass. Chapman thinks the number passing over New York City may be even higher, because this is a gateway to a continent, not a small island surrounded by cold seas, and summers here are generally hotter. Once you get above 650 feet, he says, you’re lofted into a realm where the distinction between city and countryside has little or no meaning at all.

During the day, chimney swifts feast on these vast drifts of life; during the night, so do the city’s resident and migrating bats, and nighthawks with white-flagged wings. On days with northwest winds in late summer and early fall, birds, bats and migrant dragonflies all feed on rich concentrations of insects caused by powerful downdrafts and eddies around the city’s high-rise buildings, just as fish swarm to feed where currents congregate plankton in the ocean.

It’s not just insects up there. The tallest buildings, like the Empire State, 1 World Trade Center and other new supertowers, project into airspace that birds have used for millenniums. The city lies on the Atlantic flyway, the route used by hundreds of millions of birds to fly north every spring to their breeding grounds and back again in the fall. Most small songbirds tend to travel between 3,000 and 4,000 feet from the ground, but they vary their altitude depending on the weather. Larger birds fly higher, and some, like shorebirds, may well pass over the city at 10,000 to 12,000 feet. Up here we’ll be able to see only a fraction of what is moving past us: Even the tallest buildings dip into only the shallows of the sky.

Though you can see migrating raptors soaring at altitudes well over 800 feet over the city during the day, most species of diurnal birds migrate after nightfall. It’s safer. Temperatures are cooler, and there are fewer predators around. Fewer, not none. Just before I arrived, Farnsworth saw a peregrine falcon drifting ominously around the building. Peregrines frequently hunt at night here. From high-rise lookout perches, they launch flights out into the darkness to grab birds and bats. In more natural habitats, falcons cache the bodies of birds they’ve killed among crevices in cliffs. The ones here tuck their kills into ledges on high-rises, including the Empire State. For a falcon, a skyscraper is simply a cliff: It brings the same prospects, the same high winds, the same opportunities to stash a takeout meal.

We stare out into the dark, willing life into view. Minutes pass. Farnsworth points. “There!” he says. High above us is a suspicion of movement, right at the edge of vision where the sky dissolves into dusty chaos. I swing my binoculars up to my eyes. Three pale pairs of beating wings, flying north-northeast in close formation. Black-crowned night herons. I’ve seen them only ever hunched on branches or crouched low by lakes and ponds, and it’s astounding to see them wrenched so far from their familiar context. I wonder how high they are. “Those are pretty large,” Farnsworth says. “When you look up into the light, everything looks bigger than it is, and closer than it is.” He estimates that the herons are about 300 feet above us: nearly 1,500 feet in the air. We watch them vanish into darkness.

I feel less like a naturalist and more like an amateur astronomer waiting for a meteor shower, squinting expectantly into the darkness. I try a new tactic: focusing my binoculars on infinity and pointing them straight up. Through the lenses, birds invisible to the naked eye swim into view, and there are birds above them, and birds higher still. It strikes me that we are seeing a lot of birds. An awful lot of birds.

Even the tallest buildings dip into only the shallows of the sky.

For every larger bird I see, 30 or more songbirds pass over. They are very small. Watching their passage is almost too moving to bear. They resemble stars, embers, slow tracer fire. Even through binoculars those at higher altitudes are tiny, ghostly points of light. I know that they have loose-clenched toes tucked to their chests, bright eyes, thin bones and a will to fly north that pulls them onward night after night. Most of them spent yesterday in central or southern New Jersey before ascending into darkness. Larger birds keep flying until dawn. The warblers tend to come earlier to earth, dropping like stones into patches of habitat farther north to rest and feed over the following day. Some, like yellow-rumped warblers, began their long journeys in the southeastern states. Others, like rose-breasted grosbeaks, have made their way up from Central America.

Something tugs at my heart. I’ll never see any of these birds again. If I weren’t this high, and the birds weren’t briefly illuminated by this column of light cast by a building thrown up through the Depression years to celebrate earthly power and capital confidence, I’d never have seen them at all.

Farnsworth pulls out a smartphone. Unlike everyone else holding screens up here, he’s looking at radar images from Fort Dix, in New Jersey, part of a National Weather Service radar network that provides near-continuous coverage of airspace over the continental U.S.A. “It’s definitely a heavy migration night tonight,” he says. “When you see those kinds of patterns on radar, in particular, those greens,” he explains, “you’re talking about 1,000 to 2,000 birds per cubic mile potentially, which is almost as dense as it gets. So it’s a big night.” After days of bad weather for birds wanting to fly north, with low cloud and winds in the wrong direction, a bottleneck of migrants built up, and now the sky is full of them. I watch the pixellation blossom on the animated radar map, a blue-and-green dendritic flower billowing out over the whole East Coast. “This is biological stuff that’s up in the atmosphere,” Farnsworth says, pointing one finger to the screen. “It’s all biology.”

Meteorologists have long known that you can detect animal life by radar. Just after World War II, British radar scientists and Royal Air Force technicians puzzled over mysterious plots and patterns that appeared on their screens. They knew they weren’t aircraft and christened them “angels” before finally concluding that they were flocks of moving birds. “That was their contamination, right?” Farnsworth says of radar meteorologists. “They wanted to filter all that stuff out. Now the biologists want to do the reverse.” Farnsworth is one pioneer of a new multidisciplinary science, fit for an era in which weather radar has become so sensitive it can detect a single bumblebee over 30 miles away. It’s called aeroecology, and it uses sophisticated remote-sensing technologies like radar, acoustics and tracking devices to study ecological patterns and relationships in the skies. “The whole notion of the aerosphere and airspace as habitat is not something that has come into the collective psyche until recently,” Farnsworth says. And this new science is helping us understand how climate change, skyscrapers, wind turbines, light pollution and aviation affect the creatures that live and move above us.

At 10 o’clock, cirrus clouds slide overhead like oil poured on water. Ten minutes later, the sky is clear again, and the birds are still flying. We move to the east side of the observation deck. A saxophonist begins to play, and in concert with this unlikely soundtrack we begin to see birds far closer than before. One in particular. Though it is overexposed in the light, we detect a smear of black at its chest and a distinctive pattern on its tail: a male yellow-rumped warbler. It flickers past and disappears around the corner of the building. A little while later, we see another flying the same way. Then another. It dawns on us that it this is the same bird, circling. Another one joins it, both now drawn helplessly toward and around the light, reeling about the spire as if caught on invisible strings. Watching them dampens our exuberant mood. The spire is lit with pulsing rivulets of climbing color like a candle tonight to mark the building’s 85th anniversary. And these birds have been attracted to it, pulled off course, their exquisite navigational machinery overwhelmed by light, leaving them confused and in considerable danger. After being mesmerized in this way, some birds drag themselves free and continue their journey. Others don’t.

New York is among the brightest cities in the world after Las Vegas, only one node in a flood of artificial illumination that runs from Boston down to Washington. We cherish our cities for their appearance at night, but it takes a terrible toll on migrating songbirds: You can find them dead or exhausted at the foot of high-rise buildings all over America. Disoriented by light and reflections on glass, they crash into obstacles, fly into windows, spiral down to the ground. More than 100,000 die each year in New York City alone. Thomas King, of the New York pest-control company M&M Environmental, has had calls from residents of high-rise buildings asking him to deal with the birds colliding with their windows during migration season. He tells them that there’s no solution, but they can talk to their building manager about turning the lights off. It helps. Programs like the New York City Audubon’s Lights Out New York have encouraged many high-rise owners to do the same, saving both energy and avian lives.

We cherish our cities for their appearance at night, but it takes a terrible toll on migrating songbirds.

Every year the “Tribute in Light” shines twin blue beams into the Manhattan night as a memorial to the lives lost on Sept. 11. They rise four miles into the air and are visible 60 miles from the city. On peak migration nights songbirds spiral down toward them, calling, pulled from the sky, so many circling in the light they look like glittering, whirling specks of paper caught in the wind. On one night last year, so many were caught in the beams that the few pixels representing the “Tribute” site glowed superbright on the radar maps. Farnsworth was there with the Audubon team that got the lights shut off intermittently to prevent casualties. They switched off the “Tribute” eight times that night for about 20 minutes at a time, releasing the trapped birds to return to their journey. Each time the lights went back on, a new sweep of birds was drawn in — the twin towers made ghosts of light visited over and over by winged travelers intermittently freed into darkness before a crowd rushed in to take their place. Farnsworth is a lead scientist in BirdCast, a project that combines a variety of methods — weather data, flight calls, radar, observers on the ground — to predict the movements of migrating birds throughout the continental United States and forecast big nights like this that might require emergency lights-out action.

The flow of birds over the observation deck continues, but it’s getting late. I make my farewell, take the elevator back down the building and wander uphill to my apartment. Though it’s long past midnight, I’m wide-awake. Part of what high-rise buildings are designed to do is change the way we see. To bring us different views of the world, views intimately linked with prospect and power — to make the invisible visible. The birds I saw were mostly unidentifiable streaks of light, like thin retinal scratches or splashes of luminous paint on a dark ground. As I look up from street level, the blank sky above seems a very different place, deep and coursing with life.

Two days later, I decide to walk in Central Park, and find it full of newer migrants that arrived here at night and stayed to rest and feed. A black-and-white warbler tacking along a slanted tree trunk deep in the Ramble, a yellow-rumped warbler sallying forth into the bright spring air to grab flies, a black-throated blue warbler so neat and spry he looks like a folded pocket handkerchief. These songbirds are familiar creatures with familiar meanings. It’s hard to reconcile them with the remote lights I witnessed in the sky.

Living in a high-rise building bars you from certain ways of interacting with the natural world. You can’t put out feeders to watch robins and chickadees in your garden. But you are set in another part of their habitual world, a nocturne of ice crystals and cloud and wind and darkness. High-rise buildings, symbols of mastery over nature, can work as bridges toward a more complete understanding of the natural world — stitching the sky to the ground, nature to the city.

For days afterward, my dreams are full of songbirds, the familiar ones from woods and back lots, but also points of moving light, little astronauts, travelers using the stars to navigate, having fallen to earth for a little while before picking themselves up and moving on. ♦

Helen Macdonald is the author of “H Is for Hawk” and a contributing writer for the magazine.

Brian Rea is an illustrator and artist based in Los Angeles.

 Voir aussi:
Air assault
The violent physics that transpire just outside every skyscraper window.
Gareth Cook
The New York Times magazine
06/05/2016

A winter gale enjoys an easy approach to Manhattan from the north-northeast. As the wind moves over the Hudson River, the waves put up a weak fight against the air at altitude. Coming off the water, though, the wind hits the trees and buildings of Hudson Heights, and the mounting obstacles create huge vortices of air that join the increasingly turbulent flow. At West 110th Street, the wind tumbles into Central Park and then, skimming over oak and beech trees, it picks up speed while some of the great gyres it conveys spin down and vanish. Yet when the wind leaves the park at West 59th Street, it still contains tumultuous traces of its history, of the trees, the buildings and water it has traversed. The wind, it can be said, has memory.At last, the wind happens upon one of the supertall towers south of the park and reveals a far more wicked talent. It strikes the building’s face and rushes for the edges, whipping off the corners and spiraling tightly, creating a columnar vortex that sucks at the tower’s side and goes careering downwind. If air is moving quickly, these vortices form to a beat, pulling first one way, then the other. The gale is coming out of the north, but this force acts on the perpendicular, along the east-west axis, rocking the structure. Specialists call this the crosswind effect, and in certain circumstances, the rocking hits a building’s “natural frequency.” Imagine, says Derek Kelly, an engineer, that the hand of God were to reach down and gently pluck one of the skyline’s spires: The skyscraper would vibrate back and forth, like a guitar string. That is a building’s natural frequency. If it matches the crosswind tugs, the two are in resonance; the oscillations grow, like a child kicking on a swing. East then west, east then west. When a gale rolls in, a supertall will lean back, but it’s nothing compared with the potential power of the crosswind effect.Today’s engineers have conquered gravity: With enough structural steel and high-performance concrete, a tower will soar. The more dogged foe is wind. While gravity pulls down, wind can come from any compass point. It can apply pressure or suction, or alternate between the two. The wind, unlike gravity, changes from city to city, from season to season. Most harrowing of all is the wind’s dynamism. It is changed by everything it touches, and the wind even shapes itself, with every current pulling on all its neighbors. Gravity is plodding and obvious, but give wind a chance, and it will gather itself together and riot.When Citicorp Center, with its slanted top, was completed in 1977, it didn’t look as if it should be able to stand. At 915 feet, the structure was supported entirely by four nine-story columns, leaving an impressive hollow at its base. The structural engineer William LeMessurier was hailed, but the next year an engineering student pointed out that the building (now called 601 Lexington) might indeed fall — in a strong-enough wind. Welders rushed to make emergency reinforcements and, with Hurricane Ella threatening, the city contemplated evacuating the area. Ella turned out to sea, though, and Midtown was spared.In the world of tall buildings, a novel kind of specialist has come to prominence: the wind engineer. As towers grow taller, they climb into more powerful winds, and lighter construction techniques can leave them more vulnerable. Developers have begun putting up very slender skyscrapers, like 432 Park Avenue in New York, and these are particularly sensitive to the aerial environment. When a wind engineer like Kelly looks at such a building, he understands that it is airborne, with one end pinned to underlying bedrock, the rest riding the winds of Manhattan.Kelly is a principal at RWDI, one of North America’s top wind consultants. The company’s client list includes 432 Park Avenue and 111 West 57th Street, a 1,428-foot skyscraper set to be among the slimmest in the world. (Imagine a one-foot ruler, stood on end and stretched to roughly twice its height.) When testing shows too much sway in an initial design, a near certainty with slender supertalls, RWDI offers a “shaping workshop.” The architect, developer and engineer make the trek from their home metropolis to the company’s headquarters in Guelph, Ontario, with dibs for the day on a wind-test tunnel and a cadre of model makers so that ideas can be tried in the tunnel and improved upon. The goal is to find ways that the building might, as these specialists say, “confuse the wind.” Designers of airplane wings want a smooth rush of air, to generate lift; designers of buildings want to divide the wind and leave it in disarray.

Dubai’s Burj Khalifa, at 2,717 feet the planet’s tallest man-made structure, is asymmetrical, winding down from the top in a series of steps, like an expanding spiral staircase. The crosswind effect depends on a building’s width, and so at each level on the Burj, the wind beats at a different frequency: confused and frustrated, like a toddler kicking wildly on a swing that won’t get going. Another favorite weapon of wind confusion, seen on many skyscrapers, is cut corners, which disrupt suction forces along the side. Pinnacles and antennas are subjected to the kind of scrutiny given America’s Cup yachts. In the case of 432 Park Avenue, the design team used five gap layers, each two floors in height, where the facade opens to allow air to pass through, sapping vortices. These horizontal bands give the tower a visual rhythm, but they are there because of the wind. In the natural world, wind sculpts sand dunes and cuts the snow, carving rings where it has whipped around a tree. It leaves its marks on buildings too.

In February 2014, the white-haired Uruguayan architect Rafael Viñoly delivered a lecture, sponsored by the Skyscraper Museum, on 432 Park Avenue. A tall building can be made eminently safe, capable of withstanding hurricanes and earthquakes, but no amount of beefing up its steel and concrete skeleton can force it to hold still. Which raises the question: For a penthouse in the $100 million range, how much sway is too much? Viñoly described a project-team trip, arranged by RWDI, to a facility in St. John’s, Newfoundland, that houses a marine simulator, a covered platform on six hydraulic jacks mocked up as a ship’s bridge. Now they would simulate a penthouse: Out with the ship’s controls, in with chairs, a sofa and a coffee table. Through the windows, rolling North Sea waves were replaced with a 360-degree vantage of the city from a suitably astonishing height. As Viñoly described the feel of the building behaving badly, before final engineering, he rocked the lectern. “If you’re standing here, your cup of tea moves,” he said. “And if you are tacky enough to have a chandelier, your chandelier also moves.”

If shaping and structural tweaks reach their limit, engineers can reduce motion further by installing “tuned mass dampers” near the apex. One version consists of an enormous mass on a suspension system with pistons that resist the mass’s movement. The damper acts as a pendulum, but set just off the building’s natural frequency, meaning that whenever the tower lurches, the mass drags, out of sync, steadying it. The 1,667-foot Taipei 101 is damped with a 728-ton ball that does double duty as a tourist attraction. From the observation deck, the ball appears to swing in heavy winds, though actually the tourists are also in motion.

Hidden at 432 Park Avenue, some 1,300 tons of combined mass stroke away on two dampers. The building’s engineer, Silvian Marcus, the U.S.A. director of building structures at WSP/Parsons Brinckerhoff, visited one of the top floors with a group and asked if anyone felt anything. No, they said. He rested a laser pointer on the floor, aimed it up and stood back. The dot wandered as the tower flexed. “They said, ‘It’s unbelievable; we feel nothing,’ ” Marcus told me. With high-end damping, most people will not sense motion in normal weather. For supertall residential skyscrapers, tuned mass dampers are the rare luxury amenities that go unseen.

Very tall buildings are a recent invention, and the public has not yet developed an intuitive sense for them. “We still have this innate understanding that a building we enter will remain stationary,” says Melissa Burton, the global head of civil structures for BMT Fluid Mechanics. “It scares us when it moves.” You can choose to make a home in the clouds, comfortably isolated from the elements, but you can never escape the wind. The walls, and everything they contain, will always be in motion. Most of the time, this will fall beneath your notice. Yet someday a storm will come, the wind will riot and you will feel its touch. ♦

Gareth Cook is a contributing writer for the magazine and a Pulitzer Prize-winning journalist.

 Voir encore:
NYT

Oct. 28, 2013

TWENTY-SIX years ago this month, a coalition of New Yorkers led by Jacqueline Kennedy Onassis won a historic victory for Central Park. At issue was a planned building on Columbus Circle by the developer Mortimer B. Zuckerman with 58- and 68-story towers that would cast long shadows on the park. After a lawsuit by opponents of the plan and a rally in Central Park at which over 800 New Yorkers with umbrellas formed a line to simulate the building’s shadow, Mr. Zuckerman relented and agreed to scale down his design, which eventually became known as the Time Warner Center.

“One would hope that the city would act as protector of sun and light and clean air and space and parkland,” Mrs. Onassis said at the time. “Those elements are essential to combat the stress of urban life.” Today, as the city becomes denser and green space ever more precious, New Yorkers’ access to sunlight and blue skies above Central Park is under assault in ways that make Mr. Zuckerman’s original plans look benign.

Fueled by lax zoning laws, cheap capital and the rise of a global elite with millions to spend on pieds-à-terre, seven towers — two of them nearly as tall as the Empire State Building — have recently been announced or are already under way near the south side of the park. This so-called Billionaires’ Row, with structures rising as high as 1,424 feet, will form a fence of steel and glass that will block significant swaths of the park’s southern exposure, especially in months when the sun stays low in the sky.

At New York’s latitude, explained Michael Kwartler, the president of the Environmental Simulation Center, a New York City nonprofit that creates shadow assessments, buildings cast substantial northerly shadows throughout the day in colder months. At noon on the winter solstice, for example, those shadows reach twice a building’s height and fall due north before stretching to 4.2 times its height in a northeasterly direction, 90 minutes before sunset.

That means the shadows of the larger of these planned buildings would jut half a mile into the park at midday on the solstice and elongate to around a mile in length as they angled across the park toward the Upper East Side, darkening playgrounds and ball fields, as well as paths and green space like Sheep Meadow that are enjoyed by 38 million visitors each year.

“The cumulative effect of these shadows will be to make the park less usable and less pleasant to be in,” Mr. Kwartler said.

Some damage has already been done. In cooler months, when direct sunlight can make all the difference for children playing outside, visitors to the amazing Heckscher Playground on the south end of Central Park can find themselves cut off from the sun in midafternoon by Extell’s One57, where earlier this year a penthouse apartment reportedly sold for $90 million to a group of investors.

Despite the likely impact these buildings would have on the park, there has been remarkably little public discussion, let alone dissent, about the plans. Part of this is because few people seem aware of what’s coming. Many of the buildings are so-called as-of-right developments that do not require the public filing of shadow assessments, which can ignite opposition with their eye-popping renderings of the impact shadows will have on surrounding areas.

But New York City has also lost a kind of rabble-rousing infrastructure that once stood up to overzealous developers.

Opposition to Mr. Zuckerman’s plans, for example, was spearheaded by the Municipal Art Society, a watchdog on issues of urban design that today is a comparatively acquiescent organization — with developers on its board. The Landmarks Preservation Commission, which approved plans for two of the towers this month, has also ignored the issue of shadows on the park in favor of a narrow concern with the aesthetics of the structures themselves. The Central Park Conservancy has also remained silent, contending, when asked, that its focus should remain within the park’s borders — never mind that this is exactly where the shadows in question would fall.

There are few New Yorkers around today with the gravitas and magnetism of Jacqueline Onassis to focus public attention on planning issues the way she did for Grand Central Terminal and Columbus Circle. That means New Yorkers who want to protect Central Park will have to do it on their own, by picking up their umbrellas once again and by contacting community boards, politicians, city agencies and the developers themselves, to demand immediate height restrictions south of the park. And they need to hurry, before the sun sets permanently on a space the park designer Frederick Law Olmsted envisioned as “a democratic development of the highest significance.”

Warren St. John is a former reporter for The New York Times and the author of « Outcasts United: An American Town, a Refugee Team and One Woman’s Quest to Make a Difference.”

Voir par ailleurs:

Bookshelf

Book Review: ‘Supreme City’ by Donald L. Miller
Jazz Age Manhattan was an electric vessel into which the hopes and desires of a nation were distilled.

David Freeland
WSJ
May 9, 2014A.J. Liebling, the great 20th-century chronicler of eccentricity and misfits, once described the challenges of being a native New Yorker: « People I know in New York are incessantly on the point of going back where they came from to write a book, or of staying on and writing a book about back where they came from. . . . It is all pretty hard on me because I have no place to go back to. I was born in an apartment house at Ninety-third Street and Lexington Avenue, about three miles from where I now live. »Liebling represented something of a minority: New York, and particularly its epicenter of Manhattan, was largely invented by people who came from other places. It was where old identities were thrown off and new ones created, where a Canadian farmer’s daughter transformed herself into the cosmetics queen Elizabeth Arden, where the child of a Belarusian shtetl became David Sarnoff, the media titan who pioneered television.
Supreme CityBy Donald L. Miller
Simon & Schuster, 762 pages, $37.50

Donald L. Miller’s sweeping « Supreme City: How Jazz Age Manhattan Gave Birth to Modern America » is filled with an epic’s worth of such figures: people born elsewhere who transformed the city that had first transformed them. Mr. Miller’s arena is the Midtown Manhattan of the 1920s, which was being torn down and redeveloped at an unprecedented pace. The author identifies the 1913 opening of Grand Central Terminal on 42nd Street as the spur to Midtown’s rise as a business and entertainment district. By the late 1920s, he writes, the « new Midtown » had been transformed into a showcase for the skyscraper, « a characteristically New York creation, an expression of the city’s vaulting ambition, its taste for size and spectacle, and its passion for land grabbing. »Through the course of a long and enjoyable text, we meet such characters as Fred F. French, the real-estate king who pummeled his sales staff with feel-good directives (« stand before your bathroom mirror and practice smiling for ten minutes in the morning and at night »); Joseph Patterson, a one-time socialist who founded the Daily News and became New York’s tabloid king; and Tex Rickard, the fight promoter who built a new Madison Square Garden and drew the ermine-and-pearl crowd into the sanguinary world of boxing.

As these examples suggest, it is Mr. Miller’s emphasis on influential « lesser-knowns » that gives « Supreme City » its particular interest. Harold Ross, the founder of the New Yorker, to which Liebling and so many other talented writers would contribute, is given his due, but so is staff reporter Lois Long, who wrote the night-life column— »Tables for Two » —and became the magazine’s first fashion editor. Her sartorial style (bobbed hair, thin strands of pearls) and adventurous sexual behavior influenced 1920s conceptions of the « New Woman »: well-educated, intrepid and more than capable of holding her own in a journalistic realm dominated by men. Long, who « smoked and drank prodigiously, told racy jokes, and threw all-night parties, » would often stumble to the office « around noon on the day her column was due. » But she « never failed to meet her deadline, » and her efforts to popularize ready-to-wear fashion were instrumental in attracting the retail advertisers that made the New Yorker a success.

Mr. Miller shows how the magazine’s success built upon the popularity of Midtown Manhattan as a stylish place of residence. The « largest concentration of regular subscribers, » he writes, lived in districts such as Park Avenue and Sutton Place, within walking distance of the restaurants, nightclubs and theaters the magazine described with such panache. We are reminded, in these sections, how Manhattan’s unique character during the 20th century was informed by a « work and play » model that combined discrete spheres of home, office and recreation. Manhattan dwellers were no longer just New Yorkers; they were « Metropolitanites. » Mr. Miller quotes the editors of Fortune, who coined the term: « [Metropolitanites] cannot imagine living in any U.S. city except New York. They like its swift tempo because they are hurrying to absorb more than anyone in a lifetime could touch, let alone understand. »

Of course, this dream city did not come into existence by itself. The book’s most gripping section deals with the men who literally built the Midtown skyline. Working « a fifth of a mile above the pavement, without handholds or safety supports of any kind, » these gangs of riveters (composed in part of a « heater » who forged the rivets and partnered a « catcher ») faced the prospect of death on an hourly basis:

Using long tongs, the heater pulled a cherry-red rivet—a small steel cylinder with no threads and one round head—out of the portable oven. He then tossed it underhand, « in a glowing arc, » to the catcher, standing as far as seventy feet away, and sometimes on a floor above. . . . If the catcher missed a blazing rivet, it either hit him or fell below, a malevolent missile capable of driving a steaming hole into a person’s skull.

« In the 1920s, » Mr. Miller writes, « ironworkers suffered one violent death, on average, for every thirty-three hours on the job, with falls accounting for most fatalities and serious injuries. » Such were the costs of the glamorous skyscraper city.

Others took risks in less visibly dramatic ways, working themselves to the point of exhaustion or collapse. The aforementioned Fred French, for whom « hard, persistent labor was the secret to success, » died of a heart attack at age 53. Clifford Holland, the Massachusetts-born designer of the tunnel that bears his name, suffered a nervous breakdown and died in a sanitarium before he could see the opening of his great project, which featured a groundbreaking ventilation system still in use today.

Mr. Miller has done a fine job of piecing together his multiplicity of stories into a unified whole. There are spots where the author seems uncertain of which elements of his narrative he wishes to emphasize: a chapter on Patterson and the Daily News contains a long, gruesome and unnecessary account of the execution of convicted husband-killer Ruth Snyder, while another chapter about showman and movie-palace builder Samuel « Roxy » Rothafel ends inexplicably with a section on the historical development of Times Square as an entertainment center, consigning the denouement of Roxy’s own tale to a footnote. (The creator of the Rockettes found his shows out of date by the mid-1930s and died « heartbroken. ») But such inconsistencies are surely unavoidable in a work that deals with so many diverse facets of New York in one of its most fervid decades. It was a time of rampant enterprise marked by faith in the American system, when few were able to foresee Depression and war just around the corner.

New York is often seen as a rarefied place unreflective of the experiences and aesthetics of the rest of the country— »New York, of course, » Liebling wrote, « just isn’t America. » But in the 1920s, one of the city’s greatest periods of influence, the truth was essentially the opposite. New York was the United States intensified, an electric vessel into which the hopes and desires of a nation were distilled. As Mr. Miller’s vivid and exhaustive chronicle demonstrates, Jazz Age Manhattan was the progenitor of cultural movements—individualized fusions of art and commerce—that came to symbolize the American way of life.

—Mr. Freeland is the author of « Automats, Taxi Dances and Vaudeville: Excavating Manhattan’s Lost Places of Leisure. »

Voir enfin:
Books
‘The Museum of Extraordinary Things’ Is Extra Ordinary
In her latest novel, Alice Hoffman renders the brutal world of Lower East Side immigrants in the romantic hues her readers expect
Adam Kirsch
Tablet
February 13, 2014

Today, the building at 23 Washington Place in Manhattan, just off Washington Square, is known as the Brown Building, and it is part of NYU’s ever-growing Greenwich Village empire. But in 1911, it was called the Asch Building, and its eighth, ninth, and 10th floors were occupied by a sweatshop called the Triangle Shirtwaist Factory, where some 500 workers, mostly young Jewish and Italian girls, produced women’s blouses. When fire broke out there on March 25 of that year, nearly 150 workers died, in part because their bosses had locked the exit doors from the outside. The Triangle Shirtwaist Fire was the deadliest disaster in New York City until the collapse of the World Trade Center 90 years later.

The Triangle Shirtwaist Fire was not the only great conflagration to shake New York City in 1911, however. Just two months later, on May 27, the Coney Island amusement park Dreamland caught fire and burned to the ground, after workmen preparing for the summer opening accidentally knocked over a pail of boiling tar. This blaze, while big enough to incinerate blocks of Coney Island and call out firemen from all over Brooklyn, claimed no human victims, which is why it is so little remembered today. Instead, it killed the dozens of wild animals who were part of Dreamland’s menagerie, including a lion and an elephant. One of the strangest exhibits at the park was a demonstration of incubators for premature babies, then a new invention; happily, all the babies were rescued.

None of the extraordinary things in The Museum of Extraordinary Things, the new novel by Alice Hoffman, beats the true stories of those two fires. Set in New York in the first half of 1911, with flashbacks to the previous decades, Hoffman’s novel is bookended by vivid set-piece descriptions of the disasters. A New Yorker herself, she describes the Triangle Shirtwaist Fire using images that invoke the iconography of Sept. 11. The parallel is doubtful in some ways—Sept. 11 was an attack, not an accident, and the casualties were worse by several orders of magnitude—but the vision of falling bodies is something both disasters had in common:

Girls had begun to leap from the windows of the ninth floor, some embracing so they might spend their last moments on earth in each other’s arms rather than face their fates alone. Some jumped with their eyes closed, others with their hair and clothes already burning. At first, the falling girls had seemed like birds. Bright cardinals, bone-white doves, swooping blackbirds in velvet-collared coats. But when they hit the cement, the terrible truth of the matter was revealed. Their bodies were broken, dashed to their deaths right before those who stood by helpless.
There is an uneasy tension in this passage between the bird image, with its soothing prettiness, and the reality of falling bodies, which Hoffman also captures—pointing out, for instance, how the jumpers broke through the life-nets stretched out for them and crashed through the sidewalk, ending up in the basements underneath. That same tension, between the desire to capture a brutal world and to render it in the hues of romance and make-believe, pervades The Museum of Extraordinary Things. Hoffman is a prolific and popular writer—her best-known novel, Practical Magic, was turned into a movie; another book was an Oprah’s Book Club choice—and she uses the formulas of popular fiction skillfully. But that skill often means giving readers what they want, even at the expense of probability and realism. Even as her story is built around murder, sexual abuse, exploitation, and misery, she fills it with reassuring coincidences and consolations. No matter how many people suffer along the way, we know from the first that the hero and heroine are guaranteed a happy ending.

Before they get there, however, Hoffman offers an impressively disillusioned account of one of the most sentimentalized parts of American Jewish history: the life of immigrants on the Lower East Side around the turn of the 20th century. Her own ancestors, Hoffman writes in an author’s note, were part of that immigrant world—“one began his working life in a pie factory at the age of twelve”—but she does not see it as the beginning of a great American adventure, or as a homey place full of tradition and community.

Instead, we see the Jewish Lower East Side through the eyes of Eddie Cohen, who barely survives a childhood of Dickensian poverty. After losing his mother in a pogrom in the Ukraine, Eddie—originally called Ezekiel—and his father make their way to America, where they are barely better off. The defining episode of Eddie’s young life comes when his father, laid off from a sweatshop, jumps into the Hudson River rather than keep on struggling. He survives, but from that moment Eddie despises him, and the boy decides that success in America requires looking out for number one, whatever it takes.

“After that I avoided people in our neighborhood,” Eddie recalls in one of the first-person chapters interspersed through the book. “I no longer considered myself Orthodox, and I left my hat under the bed whenever I went out alone. … I had become someone else, but who was that someone?” As it turns out, Eddie becomes an assistant to a neighborhood con man named Hochman, and then an apprentice to a kindly photographer, Moses Levy. It is as a news photographer that he is called to the scene of the Triangle Shirtwaist Fire, becoming the reader’s eyes and ears on the tragedy: “Eddie did his job, but as he photographed the fallen he had the sense that he was standing at the end of creation.”

To be an immigrant in America, Hoffman suggests, especially a Jewish immigrant fleeing persecution, means struggling to create a new identity while leaving behind a piece of one’s soul. Hardened by his experiences, Eddie becomes a kind of Humphrey Bogart hero, sullen but sensitive, clearly in need of redemption by a good woman. When the father of a girl who disappeared in the Triangle fire hires Eddie to find out her fate—did she die in the blaze, or escape, or fall victim to foul play?—the resemblance to Philip Marlowe becomes even closer.

Happily, the other narrator whose voice we hear in The Museum of Extraordinary Things is a good woman waiting for a rescuer. Coralie Sardie lives in the dark shadows of another frequently idealized part of New York, Coney Island in its heyday. She has grown up on the grounds of the titular museum, which is actually a boardwalk freakshow, featuring wolfmen, butterfly girls, and fetuses in jars. Her father, a sinister tyrant known as the Professor, even forces Coralie to perform as a mermaid, inspired by the fact that she was born with webbed fingers. As she gets older, her act in a water tank becomes something more like a sex show—an experience that humiliates Coralie and fits in with Hoffman’s portrait of 1911 New York as a giant theater of female exploitation, from the girls in the Triangle Shirtwaist Factory to the prostitutes on the street.

Fearing competition from Dreamland, which threatens to put his small-time attraction out of business, the Professor comes up with a new scheme. He forces Coralie to swim around Manhattan dressed as a sea creature, in order to drum up newspaper reports of a local monster. In Hoffman’s telling, these swims reveal Coralie’s spiritual affinity for the water and give her a taste of freedom: “I fell in love with the Hudson; because of the nights I swam there, I no longer was forced to perform, and so I began to think of the river as my savior.”

On one of these trips, she stumbles across the corpse of a young woman, which the Professor quickly confiscates. His plan is to turn the dead body into a half-human, half-fish through horrible surgeries, then display it as the rumored sea-monster. But Coralie, appalled by the idea, begins to rebel against her father’s iron discipline, to the point of invading his workshop and reading his secret diary. There she discovers that everything she knows about her past is a lie, and that the Professor is, if possible, even worse than he appears.

In time, the novel confirms what the reader has already figured out, that the dead girl Eddie is looking for and the dead girl Coralie finds are one and the same. In this way, their paths finally cross, and each finds in the other the freedom they seek: Coralie’s liberaton from her father and the sordid world of the freakshow, Eddie’s liberation from loneliness and alienation and resentment. But will they be able to overcome the opposition of the ruthless Professor? Will Eddie solve the mystery of the girl’s death, and get revenge on whoever caused it? Will Eddie’s loyal pitbull Mitts survive the Dreamland fire, which is the climax of the novel? The answers will not surprise the reader used to the conventions of popular fiction, or Hollywood movies. But The Museum of Extraordinary Things offers a picturesque journey, and sometimes even a disturbing one, on the way to its foreordained happy ending.

 Sunday Book Review
Girlfish
Alice Hoffman’s ‘Museum of Extraordinary Things’
Katharine Weber
The NYT

Feb. 28, 2014

Alice Hoffman has always celebrated the marvelousness of what’s real in the world, even as she creates the distinctive atmosphere of uncanniness and magical potential that looms over her fiction. Her devoted readers expect melodramatic stories imbued with the atmosphere of folk tales. Omens and portents are her stock in trade. Feminist themes and generous amounts of Renaissance Faire-style potted history make her storytelling all the more suggestive. Eerie and powerful acts of nature signify undercurrents of mood the way irregular minor chords in the background music tell us how to feel during ominous scenes at the movies. Lost in a dark forest of one kind or another, Hoffman’s characters have a heightened awareness of the hidden meanings that surround them as they struggle toward the light.

“The Museum of Extraordinary Things” will not disappoint readers longing to be swept up by a lavish tale about strange yet sympathetic people, haunted by the past and living in bizarre circumstances. But those who have admired Hoffman’s best and most gracefully literary novels (“At Risk,” “Seventh Heaven,” “Turtle Moon,” “Second Nature,” “Practical Magic,” “The River King”) will be less enchanted, unable to ignore the hackneyed and thinly sketched writing that diminishes many scenes in these pages.

The museum of the novel’s title is a Coney Island boardwalk attraction presided over by Professor Sardie, part mad scientist and part shrewd magician. Adjacent to Luna Park, the Steeplechase and the soon-to-open Dreamland, this showcase of “living wonders” has at various times over the years included the Wolfman, the Butterfly Girl, the Goat Boy, the Bird Woman, the Bee Woman and the Siamese Twins, along with a menagerie of frogs, vipers, lizards, hummingbirds, a 100-year-old tortoise — and Sardie’s daughter, ­Coralie, who has, from the age of 10, spent hours suspended in a tank of water playing the Human Mermaid for paying customers. (As she grows older, her sinister father compels her to perform lewd after-hours displays for a select audience of patrons willing to pay a premium.)

Coralie, who narrates parts of the story in an elegiac tone, has a freakish affinity for water. Her father has trained her from girlhood to swim extraordinary distances, even in the icy November Atlantic, most often at night. Before she reaches adolescence, she can swim five miles from Coney Island, and she’s at home in the tidal currents of the Hudson River. Her conditioning regimen is extreme: “My father believed that we took on the attributes of our diet, and he made certain I ate a meal of fish every day so my constitution might echo the abilities of these creatures. We bathed in ice water. . . . My father had a breathing tube constructed so that I could remain soaking underwater in the claw-foot tub, and soon my baths lasted an hour or more. I had only to take a puff of air in order to remain beneath the surface. I felt comfortable in this element, a sort of girlfish, and soon I didn’t feel the cold as others did, becoming more and more accustomed to temperatures that would chill others to the bone.”

Coralie has a secret shame. “My father insisted I wear white cotton gloves in the summer and a creamy kid leather pair when the chill set in.” Her bare hands are displayed only when she is the Human Mermaid, and then they’re dyed blue to match her silk-covered bamboo tail. She was born with webbed fingers.

Coralie seems to accept her oddness, and she’s even seen hopefully searching her own throat for signs of gills, although Hoffman tells us “she despised herself because of this single flaw.” Once she tried to cut through the webbing, but, as Hoffman explains, fairy-tale style, “Beads of blood began to fall onto her lap after she nicked the first bit of skin. Each drop was so brightly crimson, she had startled and quickly dropped the knife.” Accompanying her father on his rounds of whorehouses and morgues in his ceaseless search for living freaks, and for the human and animal body parts he can fashion into grotesque exhibits for his museum, Coralie often carries “the same knife she had used to draw blood when she cut through the webbing on her hands” — only now it’s to protect herself from men who might pay her unwelcome attention.

Professor Sardie’s plan for his museum’s renewal is set in motion at the start of 1911, when there are repeated sightings of a sea monster in the Hudson, a silvery, scaled creature, “a being that was dark and unfathomable, almost human in its countenance, with fleet, watery movements.” This apparition is, of course, the now-18-year-old Coralie, who swims through the night, “keeping pace alongside the striped bass that spawned upriver, certain of herself even in uncertain tides.” The newspapers are filled with stories about the so-called Hudson Mystery. “All she had done was show a glimpse of what might be possible, a waterlogged and furtive river-fiend that had drifted out of nightmares and into the waterways of the city of New York.” If the Museum of Extraordinary Things can display the captured Hudson Mystery, the crowds that have been lost to newer, gaudier entertainments will return and the professor’s faltering business will survive.

As Coralie emerges from the river one evening, she catches a glimpse of a reclusive photographer named Ezekiel Cohen, who likes to take nocturnal walks with his dog in the woods of northern Manhattan. An Orthodox Jewish immigrant who has abandoned his faith and his community, he has changed his name to Eddie. He’s a boy of the streets straight out of a Horatio Alger story, and he’s also a witness to the horror of the Triangle shirtwaist factory fire. The photographs he takes on that terrible day lead him to a mission — solving the mystery of a young woman’s disappearance.
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Hoffman’s depiction of the Triangle fire only vaguely conveys the pathos and urgency of that historic disaster, which took the lives of 146 garment workers in a matter of minutes. Her treatment, later in the novel, of the Dreamland conflagration, which occurred almost exactly two months later, is more authentic and vivid, perhaps because it’s less familiar, allowing Hoffman to be more imaginative as she incorporates it into her plot.

Once Coralie and Eddie discover each other, their profound, mystical attraction and mutual obsession become forces of their own, driving the story forward. Despite the novel’s heavy-handed passages about the rights of children, women and workers, and despite its lapses in historic tone and ambience (Eddie’s habit, for example, of saying things like “no problem”), a big, entertaining tale emerges.

“The Museum of Extraordinary Things” is, in a way, a museum of Alice Hoffman’s bag of plot tricks: girls with unusual talents, love at first sight, mysterious parents, addiction and alcoholism, orphans raised by unsuitable people. Does it rank with the best of her work? In the words of Professor Sardie: “Our creature will be whatever people imagine it to be. For what men believe in, they will pay to see.”

THE MUSEUM OF EXTRAORDINARY THINGS

By Alice Hoffman

368 pp. Scribner. $27.99.

Katharine Weber, the author of five novels and a memoir, is the Richard L. Thomas Visiting Professor of Creative Writing at Kenyon College.

The Museum of Extraordinary Things By Alice Hoffman – book review: ‘A tale of star-crossed lovers, freak shows, murder and mystery’

Lucy Scholes
The Independent

3 June 2014

With a cast that includes a host of impossible beings and wondrous creatures, set among the surreal wonderment of Dreamland, Coney Island’s now long since destroyed freak show-cum-amusement park, Alice Hoffman’s The Museum of Extraordinary Things is teetering on the edge of magical realism even before she throws in such fairytale elements as love at first sight, an abusive parent and beads of bright crimson fresh blood.

Coralie Sardie lives in the Museum of Extraordinary Things, a boardwalk freak show in Coney Island in 1911. Her father, the proprietor, Professor Sardie, may well be « a tailor of the marvellous, a creator of dreams, » but he’s also a demanding man who treats his employees mercilessly, including his daughter. Coralie was born with webbed fingers, and with a keen eye for exploitability, the Professor quickly set about transforming the rest of her into something equally aquatic. She can hold her breath underwater for very long stretches, and, wearing a blue silk tail, she spends her days among the museum’s living exhibits as the Human Mermaid – performances that, now she’s matured into a young woman, include mortifying after-hours shows for gentlemen cherry-picked by her father for their deep pockets and lecherous appetites. She’s only at peace during her nightly swims in the Hudson River, years of exercise having left her oblivious to the bone-chilling cold and the currents that would drown most who braved them.

Emerging from the water one night she stumbles across a young photographer, and in the flare of a flash bulb falls in love with him. He goes by the name of Eddie Cohen, a Jewish immigrant from Russia who has rejected the orthodoxy of his upbringing and the father who brought him to New York. After Eddie photographs the horrific, and now infamous, Triangle Shirtwaist Factory fire – during which 146 employees, locked in their workrooms died – he finds himself enmeshed in the mystery of a missing girl, the search for whom eventually leads to Professor Sardie’s gruesome laboratory.

The Museum of Extraordinary Things is a tale of star-crossed lovers set against a creepy gothic backdrop of freak shows, murder and mystery. When dealing in these elements, Hoffman excels, but the historical specificity of the period – clumsy explications of the lack of rights for women, workers and children, the rise of unions and ambitions of early feminism – are the weeds in which she becomes entangled. Look closely at this novel and, as with many of Sardie’s « freaks », the artifice becomes all too visible.

Credits: PI, Mitchell Joachim Team: Melanie Fessel, Nurhan Gokturk, Maria Aiolova, Oliver Medvedik. Research Fellows: Amanda O’Keefe, Royal Aaron, Kiril Bejoulev, Lafayette Compton, Emmanuelle Emmel, Lila Faria, Daniella Garcia, Dan Gehr, Nick Gervasi, Marcos Gonzalez-Bode, Jesslyn Guntur, Hugo Husnu, Michelle Lavin, Jorge Lopez, Estefania Maldonado, Anna Murnane, Dilan Ozka, Michelle Qu, Matt Solomon, Allie Sutherland, Eda Yetim, Peter Zhang, Jennifer Zhao, Rayne Holm, Kristopher Menos, Ivy Feibig, Swati Mamgain Consultant: Pablo Berger Photos: Micaela Rossato Carbon output from cities is embedded in everyday life, directly affecting climate change and rising sea levels everywhere in the world. New York City’s sea level rise is projected to reach a high estimate of 11 inches by the 2020s and 31 inches by the 2050s. Instead of only investing in mitigation efforts and building for resiliency, what if we let the East and Hudson River submerge parts of Manhattan and rebuild the new city in its surrounding rivers? We accept the inevitable and prepare for the aftermath by imagining the Post Carbon City- State, a future Manhattan cleansed through the physical and spatial inversion of the East and Hudson River. New bulk/use zoning envelopes maximize solar exposure, regulate population size, and optimize resources. Zoning occupies more area that extends into both the Hudson River and East River. It is a bold combination of plans for the East River redirection and drainage by T. Kennard Thomson (Really Greater New York) and the Hudson River infill strategy by William Zeckendorf (New York City’s Dream Airport). Grafting Manhattan to physically join with New Jersey, Brooklyn, Queens and Governors Island is the definitive advancement structure for the whole city. This is not a unique idea, Battery Park City, for example, increased a massive portion of the city about .2 miles out into the River—using earth that was excavated from the construction of the World Trade Center’s foundation. Upcycled car tire patterns represent the embedded post carbon materials that are the building blocks of the new city. We imagine the void that was once Manhattan as an algae production plant for sequestering carbon and supplying amino acids for food production and biomass for energy generation capable of reformative growth. New York has, over the last few centuries, become one of the world’s most densely packed cities. But what if you could redraw the city’s map – and build it from scratch? If we were designing New York today, how different would it look? The new New York City would balance the relationship between the information networks that the metropolis depends on and Earth’s finite resources. All vital components of life would be monitored and attuned to the needs of every organism, not just humans. Supplies of food and water, our energy and waste and even our air would be sensibly scrutinised. Thanks to masses of miniaturised low-cost electronic components deployed across the city, communication becomes far easier. New York will grow and adapt to millions of new minds entering it everyday. The city would make sure every need is provided for within its borders. How we provide nutrients, transports, and shelter would be updated. Dilapidated buildings would be replaced with vertical agriculture and new kinds of housing would join cleaner, greener ways to get around the city. What were once streets become snaking arteries of livable spaces, embedded with renewable energy sources, low-tech, green vehicles for mobility and productive nutrient zones. The former street grid could provide the foundation for new flexible networks. By reengineering the obsolete streets, we can create robust and ecologically active pathways. While all this may sound optimistic, some of this city of tomorrow is already taking shape. The Highline is a perfect case of adaptive reuse. This former elevated railway was converted into a public promenade and restorative ecological spine for the city. The raised streetscape helps retain rainwater, over 200 plant species, recreational green space; the freight trains are gone, replaced by people walking and cycling. The Lowline, meanwhile, is a strategy to position state-of-the-art solar equipment to illuminate a discarded underground trolley station on the Lower East Side of NYC. This concept is to create an appealing underground common space, delivering an attractive ecological space within the heart of this crowded metropolitan environment. Then there is Vision 42. This enterprise re-imagines an upgraded light rail transport at Midtown Manhattan as an alternative to traffic congestion. It’s designed as a crosstown, low-floor moderate speed train line traversing river-to-river at 42nd Street. Alongside is a landscaped tree-lined pedestrian street path. Vision 42 is a prototype for an entire network of walkable streets, greenways, and smart transports throughout a future New York. Brooklyn Navy Yard (BNY) is a national model for sustainable industrial parks and green development, and home to companies that aim to be socially responsible and tech-driven, such as Terreform. The BNY is a former military industrial complex, converted into a clean technology and local manufacturing site; something that will be of utmost importance in any future metropolis. This future city will still have traffic fumes as long as there are gas- guzzling vehicles plying its streets. But improving technology will enable the populace to steer clear of the most polluted zones. NYC Breathe is a wireless pollution sensor that keeps track of urban contaminants. These sensors are added to trucks, taxis, and automobiles and thus accumulate comprehensive pollution data in real- time – all of which is conveniently displayed as a detailed map. But steps are already being taken to make the city help cleans its air. Million Trees NYC has a goal of increasing its cosmopolitan woodland by planting many more trees. Street trees, park trees, and trees on public, private and commercial land are highly valuable. By planting a million trees, we can increase New York’s urban forest by an overwhelming 20%, while accomplishing the numerous quality-of-life advantages that come with them. The City of New York will plant 70% of trees in parks and other public spaces. The other 30% will come from private organisations, homeowners, and community organisations. And what of food? Vertical Aquaponics can yield up to 800% more produce than traditional land farming in an equivalent space, while consuming 90-95% less water and power. Farms will be constructed in stacks, rising into the air. By assembling aquaponic farms vertically, it multiplies the power of its food-growing equipment, possibly yielding far more food than conventional farming – and all the time using a fraction of the space and energy. But revisioning Manhattan is more than just an academic exercise, and needs more than what is on the drawing board now. The climate is skewed and cities are partly responsible. We need to act now to observe action later. Many advocates of sustainability encourage operations to achieve the bare minimum or zero impact. These efforts try to do no further harm, but do not try to heal. We need to elevate subsistence-based systems to approaches that not only have a positive impact but are abundant throughout the city. Calculating an ecological footprint is suitable for endurance living. Reversing the effects of pollution is better still. If Manhattan was restructured to be proactive in resetting the climate, other cites may follow. How can we do this? This next version of New York is dependent on planning and preparation. This next version of New York is dependent on us.

Battle of Montaperti: 13th Century Violence on the Italian ‘Hill of Death’

History net

6/12/2006

The 13th century was arguably the darkest period of Italian history, marked by bloody struggles between rival political factions. The 15th century (the so-called Age of Warlords) was likewise replete with unscrupulous Italian despots who ruled with a refined cruelty, from Giangaleazzo Visconti to Cesare Borgia, but at least it was also a time of great creative achievement — the Renaissance.

In contrast, the 13th century was generally a time of unmitigated violence. Entire families were expunged in escalating blood feuds reminiscent of vendettas among the Mafia families in more recent times. The tragedy of Romeo Montecchi and Juliet Capuleti (made famous by William Shakespeare’s play in 1595) took place in that time.

The game of power made every northern Italian town a theater of civil wars. A family backing a particular political party often controlled a neighborhood adjacent to one controlled by a family belonging to a rival party. The year 1198 saw the beginning of two such political parties–the Guelphs and Ghibellines. (The Montecchis were Ghibellines; the Capuletis were Guelphs.) The names are of German origin. At that time, German emperors also reigned over Italy, through a parallel kingdom built up by the Unrochingi, which by 888 was the first dynasty of the world whose rulers wore crowns considered holy by the Church.

The Guelphs became the upholders of papal supremacy, while the Ghibellines supported the political claims of German emperors and kings of Italy. Later, the Guelphs split into two factions: the Blacks (extreme Guelphs) and the Whites (moderate Guelphs). Ghibellines came to be regarded as the party of noblemen, Black Guelphs the faction of the upper middle class, and White Guelphs the faction of the lower middle class. The truth, however, was that all of those parties and factions steadily degenerated into gangs without any ideology who fought for the hegemonic ambitions of their own bosses to control local businesses and rackets.

In the middle of the 13th century, northern Italy, the so-called kingdom of Italy, was a myriad of independent city-states–more than 60, not counting smaller villages and excluding the independent republic of Venice. Central Italy was made up of the Papal States, from which the popes vied for rule over European Christendom with the Holy Roman Empire.

Southern Italy and the island of Sicily made up the kingdom of Sicily, whose ruling Norman Altavilla dynasty was replaced in 1194 by the Swabian dynasty–officially through a joyful marriage, but also by killing all the upholders of the Altavillas who did not agree with the change. As a child, William III, the last offspring of the Altavillas, was maimed by the Swabian thugs and then disappeared (it seems he died in what is now western Austria). An unusual fiefdom within the Sicilian domain was the town of Lucera, which was an autonomous Islamic republic allied with the Swabians.

In 1258, King Manfredi I ruled over southern Italy and also in northern Italy, where he was regarded as the chief of the Ghibelline Party. In Italy, his allies included Ezzelino da Romano, the powerful tyrant of Venetia, called the ‘Son of the Devil’ because of his violent temperament. Ezzelino, who married into the Swabians, ruled over a large territory and threatened all of his neighbors. Moreover, as a Ghibelline he controlled the strategic road to Germany. Manfredi, who controlled a kingdom that was supposed to have been ruled by his nephew Conradino (Little Conrad), had stolen the crown. He then set his ambitions on becoming ruler over Germany and northern Italy. Manfredi was heavy-handed when it came to domestic politics; in southern Italy, he defended his power by sweeping away all opposition. His foreign politics were just as unscrupulous. Hoping to improve relations with the papacy (the popes hated the Swabians), he supported Pope Alexander IV when the latter decided to eliminate the tyrant Ezzelino, who was Manfredi’s brother-in-law. The Guelphs’ crusade against Ezzelino, who they represented as a tyrant who scorned God and all human beings, was made up of the Papacy, Venice, Milan, Ferrara, Padua, Mantua and Cremona. At the Battle of Cassano d’Adda, fought on September 19, 1259, Ezzelino was wounded, defeated and arrested. He died in the prison of Soncino a few days later. His entire family was subsequently killed.

After Cassano d’Adda, the relationship between the papacy and Manfredi did not permanently improve. The struggles also continued between the Guelphs and Ghibellines, especially in Tuscany, where the hatred between Florence (Guelph) and Siena (Ghibelline) escalated. Both towns wanted hegemony over Tuscany.

The Sienese, who knew that the Florentines wanted to destroy their town, asked Manfredi for help. In December 1259, Manfredi sent a force of 800 German knights and some Muslim noblemen from Lucera, led by his brother, Giordano d’Anglona.

In April 1260, Florence organized a great coalition to smash the Sienese. Jacopino Rangoni, the mayor of Florence, soon had 12 generals and nearly 35,000 soldiers at his disposal. All of the males of Florence aged 15 through 70 took up arms, and they were joined by troops from Genoa, Piacenza, Bologna, Lucca, Pistoia, Prato, Arezzo, Volterra, San Gimignano and the papal towns of Perugia and Orvieto. From smaller towns and from Germany, upholders of Conradino also came to fight. There were even Sienese fighting–exiled Guelphs who wanted to take power in their own town.

On the other side, Siena got additional support from Pisa (a traditional enemy of both Genoa and Florence), Cortona, and the Ghibellines of Florence (the most prominent of whom were Guido Novello and Farinata degli Uberti), who were trying to regain power in the town after 10 years in exile. In sum, the Sienese commander in chief, Aldobrandino di Santa Fiora, had about 20,000 soldiers.

September 4, 1260, a Saturday, would be the bloodiest day of the Italian Middle Ages. The ‘eternal peace’ signed by Florence and Siena on July 31, 1255, was only a memory, and the ongoing duel between those two towns, which had begun in 1140, was about to reach its gory climax. Near Montaperti (the ‘hill of death’), a handful of houses within sight of Siena, civilians prayed in churches for victory.

The Sienese were the first to attack. Both sides concentrated their efforts on conquering the Carroccio of the enemy–the holy wagon that always accompanied medieval Italian armies, where a priest celebrated mass during the battle.

The battle lasted from dawn until sunset. Although the Ghibellines were not as numerous as the Guelphs, they were more aggressive, and Manfredi’s German knights were selected troops. When sunset came and the last attempt of the Guelphs to conquer the Sienese Carroccio failed, some things occurred that finally decided the battle. First, the Count of Arras, a Ghibelline, launched an attack from Monselvoli. Then, a Florentine Ghibelline named Bocca degli Abati betrayed his own army. With his sword, he cut off the hand of the ensign-bearer of the Florentine cavalry, Jacopo dei Pazzi. The Guelphs were taken aback by that betrayal at the critical point of the battle, and while Abati and his allies (hundreds of whom had been waiting for the right moment) were attacking their former comrades-in-arms, the Ghibellines launched their final offensive.

For Florence and her allies, the Battle of Montaperti turned into a disaster. The Guelphs began to flee, and the Ghibellines, made crazy by their success, killed without restraint, including enemies who were ready to surrender. The Arbia Creek became red with Florentine blood. When night fell, 10,000 men lay dead in the field and 4,000 were missing. The Sienese and their allies took 15,000 prisoners and, of course, the Florentine Carroccio.

More than 700 years later, a cippus (monument) at Montaperti reminds passers-by of the tragedy that took place.

The Battle of Montaperti was a short-lived victory. In the short run, Florence became Ghibelline, and Manfredi’s influence over Tuscany grew. But the new pope, Urban IV, called for help from Charles of Anjou, brother of the king of France, a man thirsty for power. Landing in Italy, Charles became chief of the Guelphs and, after his coronation as king of Sicily, he went from Rome to southern Italy to destroy the Swabian dynasty–once and for all.

The big battle took place at Benevento on February 26, 1266. The Anjou cavalry, helped by traitors among the Swabian troops, destroyed Manfredi’s army. The Swabian regime collapsed within a few days of that defeat. The lords of manors who hitherto had always been pro-Swabian, became, as if by magic, pro-Anjou!

Manfredi was killed during the battle, and to this day the location of his tomb is still a mystery. His wife, Queen Elena, was arrested in Trani and died as a prisoner in a castle in Nocera six years later. Her children, separated from their mother, were swallowed up by the Anjou prisons. A new Pope, Clement IV, had called them ‘progeny of snakes.’

Two years later, in 1268, Conradino, the last of the Swabian family, was taken prisoner by the Anjous and was beheaded in Naples, the new capital of southern Italy. Under the Anjou dynasty, southern Italy sank into the darkest feudalism. There was no place for Swabian allies: 34 years after the Battle of Benevento, the Islamic Republic of Lucera was destroyed.

The pitiless end of the Swabian dynasty had other famous consequences. In Florence and in Siena, the Guelphs regained power and started a fierce persecution of the Ghibellines. Also in Florence, the Guelphs split into Whites and Blacks under the Cerchi and the Donati families, respectively. Supported by Pope Boniface VIII, the extreme faction, the Blacks, under Corso Donati, ultimately won out. Among the Whites who felt Donati’s wrath was the writer Dante Alighieri, author of The Divine Comedy. Dante, who hated the Blacks, was condemned to death by burning at the stake on March 10, 1302, but he was later able to escape before the sentence was carried out. It is a small consolation, perhaps, that the casualties in Italy’s shameful era of civil strife did not include the ‘father of the modern Italian language.’


Disparition de Mohamed Ali: Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer ? (When dignity turns to tragedy: What better cautionary tale about what this supposed sport can do to a man ?)

6 juin, 2016
AliYAliXStMuhammedAliOù est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
On devine grâce aux rais de lumière la présence d’un velum tiré sur les gradins de l’amphithéâtre afin de protéger les spectateurs du soleil. Il est légitime, de ce fait, de se demander si nous n’assistons pas aux fameux jeux de midi, jeux les plus cruels, d’après les auteurs latins qui en ont été les témoins et qui avaient lieu à l’heure où le soleil, à son zénith, rendait nécessaire le déploiement du velum. Le goût du sensationnel de Gérome et des peintres pompiers en général, s’y prêterait assez bien. (…) Comme à son habitude, Gérome nous offre un tableau historique très bien documenté en ce qui concerne les types et équipements des gladiateurs, l’architecture et la disposition de l’amphithéâtre (velum, tribune impériale, vomitoria), les vêtements de l’époque, le nombre de Vestales et les prérogatives qui étaient les leurs, etc. Mais à cette recherche de réalisme se mêle un goût prononcé pour le sensationnel et le spectaculaire. Ainsi, le choix du récit de Prudence, dont il s’est largement inspiré pour représenter des Vestales en furie, n’est pas anodin. De plus, Gérome réécrit l’Histoire en inventant le geste du pouce baissé (Pollice verso) qui connaîtra par la suite la fortune que l’on sait. R. Delord
Les Anciens étaient unanimes à dire que l’origine des combats de gladiateurs se trouvait chez les Étrusques3, qui avaient pour coutume de faire des victimes expiatoires parmi les ennemis vaincus, en les faisant s’entre-tuer pour honorer les mânes d’un défunt illustre. Nicolas de Damas affirme que « les Romains ont reçu des Thyrénniens l’usage d’organiser des combats singuliers non seulement à l’occasion des fêtes mais aussi en guise de divertissement. ». Les spécialistes modernes n’interprètent plus cette phrase pour appuyer l’hypothèse de l’origine étrusque, qui n’est pas corroborée par l’archéologie : pour la plupart d’entre eux, suivant en cela l’archéologue Georges Villes5, c’est en Italie du sud, en Campanie et chez les Lucaniens, que ces combats sont nés. Les plus anciennes représentations de combats rituels en Italie ont été retrouvées en Campanie dans des tombes lucaniennes à Paestum, datées entre 380 et 320 av. J.-C.6. Le caractère funéraire de ces scènes ne fait aucun doute et les joutes de ces « prégladiateurs » sont représentées à côté d’autres jeux tels que des combats de boxe ou des courses de char. Elles ont lieu en présence d’un arbitre et on peut constater, sans autre précision, que le sang coule et qu’un des deux combattants s’est écroulé. Le mot latin munus (pluriel : munera) qui désigne le combat de gladiateurs signifie à l’origine « don » et s’inscrit parfaitement dans ce cadre funéraire. Quoi qu’il en soit, l’origine de la gladiature semble bien se trouver dans une forme adoucie de sacrifice humain accompagnant les funérailles d’un grand personnage, comme cela se passe dans le chant XXIII de l’Iliade, Homère y racontant qu’après l’incinération de Patrocle, Achille organise des jeux funéraires en son honneur qui comporte une hoplomachie (combat en armes), disputée par Diomède et Ajax. À Rome, les combats de gladiateurs (munera) perdirent progressivement le caractère funéraire et religieux et cette proto-gladiature devint ambivalente, comme les autres spectacles, le munus sacré devenant un jeu (ludus) profane. La désacralisation des munera conduisit à la professionnalisation de la gladiature : aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., on vit ainsi apparaître une gladiature ethnique, où s’affrontent des prisonniers de guerre portant leurs armes nationales (d’abord des Samnites, puis des Gaulois et enfin des Thraces) puis, à partir de 73 (date de la guerre de Spartacus à partir de laquelle les autorités romaines réalisent qu’il est trop dangereux de composer une gladiature avec des esclaves hyper-entraînés) une gladiature technique, où s’affrontent des volontaires constituant de nouvelles catégories de gladiateurs (armaturæ) : secutor, rétiaire, mirmillon, etc. On exerça un contrôle rigoureux pour le munus annuel que donnaient les préteurs afin de limiter le montant des sommes engagées. Il fut interdit d’organiser un munus sans autorisation préalable du sénat, d’en donner plus de deux fois par an, ou de faire paraître plus de 120 gladiateurs au cours d’un même spectacle. Les combats de gladiateurs privés passèrent sous le contrôle exclusif de l’État. Seul l’empereur put dépasser les limites fixées. Ainsi Auguste engagea-t-il sous son règne environ 10 000 gladiateurs, soit dix fois le maximum autorisé. Dès la fin du règne d’Auguste, le spectacle de chasse mettant en scène des animaux sauvages (venatio) se trouva associé aux combats de gladiateurs de façon très étroite, et l’on assista désormais à des spectacles complets, appelés munera legitima ou justa (combats réguliers) qui comprenaient des chasses et des combats d’animaux le matin, un intermède à la mi-journée et des combats de gladiateurs l’après-midi : l’intermède de mi-journée, qui correspond au moment des repas, était le moment où des condamnés étaient forcés de combattre des fauves, dépourvus de toute arme ; certains condamnés devaient également s’entretuer. De midi aux heures les plus chaudes de la journée se déroulaient aussi les exécutions des condamnés à mort, le plus souvent accompagnées d’une mise en scène évoquant un mythe ; pour le mythe d’Icare par exemple, on collait au prisonnier des ailes avec de la cire et on le lâchait dans le vide depuis une construction prévue à cet effet. (…) L’onomastique latine traditionnelle (prénom, nom, surnom) sert rarement pour désigner les gladiateurs : ils sont nommés, le plus souvent, par un sobriquet familier à tous les amateurs de munera. Ces noms d’arène font référence aux divinités et aux héros de la mythologie — Hermès, Astyanax, Persée, Cupidon, Ajax, Patrocle, Bellérophon — ou mettent l’accent sur les qualités physiques du gladiateur, la force : Héracléa (« le Costaud »), Ursius (« Fort comme un ours »), la vivacité : Fulgur (« la Foudre »), Polydromos, Okus, Callidromos (« le Rapide »). D’autres évoquent la chance : Faustus (« Le Veinard »), Félix (« L’Heureux »), Victor ou Nicéphoros (« La Victoire »), ou le souvenir d’anciens gladiateurs vedettes, tel Columbus de Nîmes, qui portait le nom d’un héros de l’arène sous le règne de Caligula. D’autres, enfin, doivent leur sobriquet à leur prestance : Ametystus, Beryllus (« brillant », « d’un éclat précieux »), « Narcissos » ou « Callimorphos » (« Le Bien Bâti »). Le gladiateur surnommé Astyanax était un poursuivant (secutor). Il existe une mosaïque datant du IVe siècle qui le montre, entre autres scènes, combattant durant l’entraînement contre un rétiaire du nom de Kalendio. Le plus célèbre des gladiateurs, Spartacus, ne semble pas avoir porté de surnom : Spartacus est simplement la forme latinisée d’un nom thrace que l’on connaît sous plusieurs formes : Spartokos ou Spardokos. (…) Les gladiateurs les plus talentueux jouissaient d’une immense popularité : un thrace surnommé Suspirium Puellarum, « le soupir des jeunes filles » mettait en transe les femmes de Pompéi. Les nombreux graffitis qui mettent en scène les acteurs de l’arène témoignent aussi de cet engouement. Dans l’une de ses Satires, le poète Juvénal a raillé ces passions incontrôlées : Epia, une épouse de sénateur, abandonna son notable de mari pour suivre un aventurier, Sergiolus, un gladiateur charismatique, malgré son bras tailladé, son nez cassé et son œil poché et l’accompagna jusqu’en Égypte. Wikipedia
1er octobre 326 : Constantin Ier prend la première mesure contre la gladiature par l’édit de Béryte. Par cette mesure, qui n’était sans doute applicable que dans la partie orientale de l’Empire, l’empereur prescrit que des criminels condamnés à devenir gladiateurs soient désormais envoyés travailler dans les mines.
399 : Sous la pression chrétienne, fermeture des écoles de gladiateurs à Rome. Ce « sport-spectacle » romain est honni par les chrétiens qui ne parviennent toutefois pas à en interdire la pratique, surtout à Rome.
404 : L’empereur Honorius interdit les combats de gladiateurs à la suite d’une rixe dans le Colisée
418 : Derniers combats de gladiateurs à Rome, soit près d’un siècle après l’interdiction promulguée par l’empereur Constantin. Wikipedia
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique. Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix. Jean Lambert
Les arts ne sont jamais que la reproduction de cette crise-là, de ce dénouement-là, sous une forme plus ou moins voilée.Tout commence toujours par des affrontements symétriques finalement résolus dans des rondes victimaires. René Girard
Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication. (…) Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ».  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
La loi mosaïque prescrit la lapidation des condamnés à mort. J’interprète ce mode d’exécution, bien entendu, comme l’imitation rituelle d’un meurtre fondateur, c’est-à-dire d’une première lapidation qui, dans un passé lointain, a réconcilité la communauté. C’est parce que la communauté s’est réconciliée qu’elle a fait de cette violence unanime un modèle rituel, un modèle d’unanimité. Tout le monde doit jeter des pierres. C’est ainsi, de toute évidence, que la thèse mimétique doit expliquer l’existence d’une lapidation institutionnelle, telle qu’on la trouve beaucoup plus tard codifiée dans le Lévitique. La lapidation n’était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècle de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévère. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. Il est soupçonné de mépriser la Loi. S’il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S’il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. A plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans les scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meutre fondateur ne peut manquer d’intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui. Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable « bien en vue », ils ne l’exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l’adultère. Ils veulent pousser jusqu’à son terme fatal l’emballement mimétique qu’ils ont déclenché. Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d’un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu’il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d’écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge. Ce n’est pas dans le dessein d’écrire que Jésus se penche, c’est parce qu’il s’est penché qu’il écrit. Il s’est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c’est son propre regard, son propre défi qu’elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L’affrontement mènerait tout droit à la violence, c’est-à-dire à la mort de la victime qu’il s’agit de sauver. Jésus évite jusqu’à l’ombre d’une provocation. Et enfin, il parle : « Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’afir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une l’autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. » René Girard
‘Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ?’ Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons. Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous. Nous. Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts… … nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort. Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ? Michel Serres
Sugar Ray Robinson boxed as though he were playing a violin. Barney Nagler (sportswriter)
Central to his life, relationships, and career was deception. Randy Roberts and Johnny Smith
For nearly four years, the period that witnessed Clay’s rise from light-heavyweight Olympic gold to heavyweight title, the public had known him as a benign clown, the Little Richard of sports. He fought in an unorthodox and rococo style, hands held low as he pranced around opponents; Clay’s chief preoccupation seemed to be to avoid blemish to my pretty face. Eschewing the Joe Louis model for black athletes, of quiet humility before white audiences, Clay proclaimed himself The Greatest, spouted amateurish poetry, tagged his opponents with derisive nicknames, and predicted, often accurately, the round in which he would dispense with them. The sporting press had never seen anything like it. Yet even they overlooked the practical advantage the clown act derived from misdirection. Broadening the action beyond the ring lulled Clay’s opponents into complacency about his lethality inside it; focus on the Louisville Lip’s clowning obscured his speed of hand and foot, his gifts for spatial relations and evasion, his ability to take a punch. Only under such circumstances could members of the boxing press express surprise, when Liston and Clay finally met at ring center, that the challenger stood two inches taller than the champion. In political terms, however, the act was harmless. Whenever sportswriters pitched him questions about the civil-rights movement, Clay cannily recoiled from controversy, steering the conversation back to his greatness, his prettiness, the big red Cadillac he would drive when he became champion; in this he showed the same agility, the same circular backpedaling, he had displayed on the streets of Louisville and when sparring for real. (…) Clay was dyslexic and a slow reader, but his mind was fiercely instinctual and finely calibrated: He knew rhyming boasts would boost ticket sales but talk of the Black Muslims would flatten them. So Clay effectively hid his association with the Nation until he had secured the goal he had harbored since the age of twelve: the heavyweight championship. Only then did he put his loquacity to work on behalf of his religious fervor — starting, as history records, with his change of name to Muhammad Ali. (…)  the authors make no attempt to connect Ali’s immersion in the NOI — which persisted to the end of his boxing career, with Elijah’s son Herbert Muhammad as Ali’s omnipotent manager — to the boxer’s ultimate fate: fighting too long, taking too many blows to the head, and having his mouth and movement, once his hallmarks, cruelly stilled by Parkinson’s syndrome. Are we to assume that Ali was receiving sound advice from Herbert Muhammad when the ex-champ, bloated at 38 and coming off a two-year layoff, signed to fight Larry Holmes? Was Ali at that point being driven solely by his own boredom and ego, or by financial straits worsened by the untold sums he had been compelled to fork over to the NOI? Here is the ultimate evidence that Malcolm X failed to instill in Ali a capacity for judging the motivations of those around him. Ali’s doctors stress that his condition is one of motor function, not cognition. His brain functions as it always has; the Louisville Lip simply has no ability to verbalize his thoughts. Thus it is, sadly, as true today as in February 1964, when Malcolm X marveled at the singularity of his friend, that no one knows the quality of the mind Muhammad Ali has got in there. James Rosen
The master of the Ali Shuffle was about to enter the extreme danger zone. “Is there any question as to why he fell apart?” asked Pacheco. “Not if you were around looking at him. Not if you saw him every day talking slower, walking slower, moving slower, punching less. You could see him falling apart.” True to his word, Holmes attempted to take Ali out quickly, to spare him an ongoing bludgeoning. But the Ali who withstood all those trials by fire from Joe Frazier and Foreman refused to yield, so round after round Holmes looked imploringly to referee Richard Green, begging him with his eyes to stop the madness. Except that Green also remembered the Ali who could come back from the brink, and maybe believed there was enough time for him to do so again. It was left to trainer Angelo Dundee, who remained with Ali well past his expiration point as a great fighter, to step in, as Frazier’s trainer, Eddie Futch, did before the 15th round of the “Thrilla in Manila.” He told Green it was his call as chief second to end it, and he was making that call. (…) The ghost of Ali faded further still until the night of Dec. 11, 1981, when he lost a unanimous, 10-round decision to Trevor Berbick in the Bahamas. Three years after that he was diagnosed with Parkinson’s Syndrome. Might Ali have avoided Parkinson’s had he retired after his conquest of Foreman? After the epic third battle with Frazier? Was there still time to save him from himself had he not been enticed to sign for the inevitable beatdown by Holmes? The Sweet science

Attention: un martyre peut en cacher un autre !

A l’heure où pleuvent les louanges de rigueur sur le plus grand boxeur de l’histoire …

Et au lendemain d’un nouveau weekend de Labor Day américain et son désormais rituel tribut en victimes de fusillades …

Pendant qu’en Europe se multiplient lors des manifestations publiques les accusations de viols collectifs …

Comment à la vue des dernières et terribles photos que nous en livre le  Sun ce matin …

Ne pas repenser à l’étrangement prophétique image de supplicié que nous en avait donné le magazine américain Esquire …

Et à la terrible responsabilité de tous ceux d’entre nous, promoteurs, journalistes et public, qui avons rendu possible pendant si longtemps …

Tant la poursuite du terrible supplice que les terribles stigmates dont témoignent lesdites photos ?

Mais surtout ne pas voir …

L’incroyable mystère …

Derrière les appellations ronflantes de « douce science » (d’où les célèbres sobriquets de nos Sugar Ray Robinson ou Sugar Ray Leonard) ou « noble art » …

De cette dernière survivance des sacrifices humains et funéraires puis de ces fameux jeux du cirque condamnés dès le IVe siècle par l’empereur chrétien Constantin avant d’être spécifiquement interdit pour son extrême brutalité par l’empereur César Auguste en 393 …

Et qui, après sa résurgence anglaise au XVIIe siècle, nécessite aujourd’hui pour sa pratique normale la présence légale d’un anesthésiste et de deux équipes de secouristes ?

Why Boxing is Called the Sweet Science

Depending on the viewer, boxing can be seen as a violent, barbaric sport or a beautiful and artistic display of athleticism. Many spectators are unable to see past boxing’s physical and aggressive nature, and they close their eyes to the boxers’ incredible abilities. An onlooker with an in-depth understanding of the sport, however, appreciates the sheer display of expertise displayed by two talented fighters. Indeed, boxing is violent, but it’s also a skillful craft that involves strategy and forethought – much like a chess match. This guide focuses on the phrase “Sweet Science” as it pertains to the sport of boxing.
The Origins

Pierce Egan was a British journalist and sportswriter in the early 1800s. He wrote about a variety of sports, but most of his articles concern bare-knuckle boxing and horse racing.

Egan is best known for his five volumes of boxing articles titled Boxiana. The first volume was published in 1813 and the series was completed in 1828. Within his articles, he often refers to boxing as the “Sweet Science of Bruising,” a phrase that acknowledges boxers as both methodical and tough. Boxiana experienced tremendous success in the early 19th century, for it combined luminous illustrations with knowledgeable writing concerning the most popular illegal sport of the time.

A Different Era

Although Egan’s articles were well-respected, the phrase “sweet science” generally fell out of use until the middle of the 20th century when author AJ Libeling brought it back. Libeling was a writer for the The New Yorker who wrote a collection of boxing articles from 1951 to 1955. He titled his collection The Sweet Science in homage to Pierce Egan, and he published the collection as a book in 1956. In 2002, Sports Illustrated magazine rated it “the greatest sports book of all time.”

Within The Sweet Science, Libeling covers popular boxers and bouts of the day, providing precise observations throughout. Some of the most successful fighters of the time included Ray Robinson, Rocky Marciano, and Jake Lamotta.

Sugar Ray Robinson and Sugar Ray Leonard both received their nicknames from the phrase “sweet science.” Both fighters used technical, adroit strategies to outclass opponents. Ray Robinson’s trainer, George Gainford, gave Robinson the nickname when he was an amateur. Gainford said Robinson was “sweet as sugar.” The nickname stuck and was subsequently used to describe the other Ray (Leonard) when he arrived on the boxing scene.

Modern Usage

Boxing’s popularity has fallen in the last several decades, but the skills and heart displayed by the best in the world remain the same. The most successful boxers are tactical, yet tough. No other phrase depicts this image better than the term coined by Egan in the early 19th century, “The Sweet Science of Bruising.”

Voir aussi:

Presenting The Second Best Boxing Doc Of All Time
Bernard Fernandez
The Sweet science
October 24, 2009

Boxing movies are like movies in general: Some are very, very good –Raging Bull, Rocky, The Set-Up, the original Body and Soul and some are very, very bad – Honeyboy, Goldie and the Boxer and the no-semblance-to-the-1947-classic remake of Body and Soul, starring the clueless Leon Isaac Kennedy in place of the great John Garfield.

The same might be said of boxing documentaries, slices of real life that might not always match the reel-life entertainment value of feature films, but in a way are more compelling because the faces and voices belong to actual persons and not actors.

There have been some praiseworthy documentaries about fights and fighters in recent years. I thought 2007’s Triumph and Tragedy: The Ray Mancini Story  and 2005’s Ring of Fire: The Emile Griffith Story were well-done. But the gold standard for such projects remains 1996’s When We Were Kings, which won an Academy Award as Best Documentary.

When We Were Kings dealt with the mesmerizing “Rumble in the Jungle” between a supposedly past-his-prime Muhammad Ali and the seemingly invincible heavyweight champion, George Foreman, which took place in the early morning hours of Oct. 30, 1974, in Kinshasa, Zaire. Ali, of course, shocked the world – again – and his charisma, cunning and ability to overcome even the most daunting odds were captured on film for the world to cherish and, we should all hope, always remember.

Now comes the counter-point to When We Were Kings, and, to my way of thinking, the second-best boxing documentary ever made. Muhammad and Larry, which premieres on ESPN at 8 p.m. EST next Tuesday, is a cautionary tale that should remind us, if we didn’t already know, that nothing lasts forever, particularly within the harsh confines of the prize ring.

Directed by Albert Maysles and Bradley Kaplan, Muhammad and Larry is the same sad tale we have seen time and again with legendary fighters who believed that the natural laws of diminishing returns did not apply to them, that the force of their will somehow trumped the erosion of their skill. It is easy to imagine a similar documentary about Sugar Ray Leonard’s brutal dual loss to Father Time and Terry Norris, of Joe Louis coming out of retirement for a payday to erase part of his tax debt to the IRS and being knocked unconscious by the young, strong Rocky Marciano. Perhaps some documentarian with vision, like Maysles and Kaplan, will preserve for posterity the final descent down boxing’s slippery slope for the loser of the early-2010 rematch of fortysomething icons Bernard Hopkins and Roy Jones Jr.

But no other fighter before or since could routinely dial up miracles like Ali, who defied the odds so often that he came to believe in his own ability to make magic, like the card tricks he loved to perform before adoring audiences. The world came to believe, too, which is why millions convinced themselves that on Oct. 2, 1980, the old, fat man attempting to whip his body into fighting trim one more time somehow could turn back the calendar and rediscover lost glory.

Ali was so much more than a boxer then, as he is now. Twenty-nine years ago, though, he wasn’t so widely viewed as a tragic figure brought down by the ravaging effects of Parkinson’s Syndrome. He was an idea, an inspiration, a self-made creation who backed up his braggadocio with blinding combinations when he was young and sleek, with determination and heart as he aged and that marvelous physique softened. Regardless of which stage of his career he found himself in at any given moment, Ali never failed to hold the public in his thrall.

After Holmes – a one-time Ali sparring partner who understood the emotional tug his former boss had retained on fans who led with their hearts and not their eyes _ had so battered “The Greatest” that trainer Angelo Dundee would not let his man come out for the 11th round, Jerry Izenberg, the venerable sports columnist for The Star-Ledger in Newark, N.J., sought some answer to why so many had dared to believe their hero again could again make possible what should have been impossible. He got the most telling response from a sextegenarian black wash-room attendant at Caesars Palace in Las Vegas, where the mismatch had taken place.

Izenberg asked the man why he had wagered his hard-earned money on Ali, even when common sense dictated that it was a losing proposition.

“He said, `Because (Ali) gave me my dignity,’” Izenberg recalled. “I never forgot that.”

Izenberg is one of several sports writers who were at ringside that fateful night 29 years ago, all of whom knew what was going to happen but were hoping it wouldn’t be quite as bad as it turned out to be. They reconvened, at the filmmakers’ request, for a sort of round-table discussion of what had gone down and recalled how Ali had taken off so much weight (30 pounds or so), how he was still pretty (he called himself “Dark Gable” because of the mustache he grew during training) and how he could still spout bad poetry as if he were Laurence Olivier reciting a scene from Hamlet.

“He ain’t nothing but a clown with my crown” and “His behind shall be mine in Round 9,” Ali chirped, recalling the days before his Feb. 25, 1964, first meeting with Sonny Liston when he predicted spectators would see “a total eclipse of the Sonny.”

But that Ali, still known as Cassius Clay then, was 21 and this Ali, with extraordinarily high mileage on his boxing odometer, was 37 and a ghost of what he had been. All anyone had to do was to look upon the man dispassionately and without favorable bias, which, of course, was difficult for his legion of true believers.

Ferdie Pacheco, who had recused himself from Ali’s inner circle after the Oct. 1, 1975, “Thrilla in Manila” rubber match with Joe Frazier because he did not want to see him take any more punishment, mused about Ali’s penchant for being roughly handled in sparring at his Deer Lake, Pa., training camp. Ali, who had not fought since his title-reclaiming Sept. 15, 1978, rematch with Leon Spinks, said it was because he needed to “toughen up,” to become reaccustomed to taking hard body shots.

“You don’t toughen up kidneys,” said Pacheco, who served as Ali’s personal physician for 15 years. “Kidneys don’t believe in toughening up because they’re delicate, delicate organs. That’s one of the reasons why (Ali) fell apart” on fight night.

The straight man in this tragi-comedy was Holmes, a good man and an excellent champion whose legacy is forever destined to be overshadowed because his rise coincided with Ali’s fall, and because his star power could never match that which Ali generated with such casual ease.

“For all his life, all he heard was he was a shadow of Ali,” Pacheco said, empathizing with the victor who nonetheless left the arena as something of a victim.

“Holmes deserved to be the next champion after Ali. But he’s not what you would call the successor to Muhammad Ali. He’s just the next guy around. He’s not the next great guy around; he’s just the next guy around.”

There are three reasons why retired fighters return to their brutal trade. They do so because they need another payday, or the adulation that only comes from being active, or because they don’t know how to do anything else.

A profligate spender and generous to a fault with those who pledged their fealty to him, Ali probably was in need of some fast cash. But although he probably still was the most famous individual on the planet, his ego required the sort of constant stroking that only another successful comeback could provide.

With millions of dollars to be made by both fighters, Ali and Holmes agreed to square off because it was financially prudent to do so. Not that Holmes didn’t have second thoughts, however. Like most everyone else, he held Ali in high regard and did not want to see him further damaged.

“I got nothing bad to say about him,” Holmes, an Ali sparring partner from 1971 to ’75, said during the lead-up to the big event. “After I knock him out, he’ll still be my friend.”

Whether Ali was as generous in his assessment of Holmes is a matter of conjecture. An opponent was to be beaten down, even in sparring. Friendship ended the moment someone stood in the other corner.

“He was always good to me,” Holmes said of Ali. “Those things you don’t forget. But I’m going to lay it out. Ali was a great guy. But when it comes down to Ali doing his thing, he wanted to be here (Holmes held his hand up high) and you down there. As long as you’re down there and he’s up here, you’re the greatest thing in the world to him.

“You get in that ring, you got your mother there, your brother there, your sister there, he gonna kick your ass. He ain’t gonna play with you.”

Holmes, no longer anyone’s apprentice, decided he could not play with Ali either. Sure, the “Easton Assassin” knew he was the better fighter then. But what if Ali somehow convinced himself he was impervious to the aging process? Better to go for the quick knockout, Holmes decided, rather than to allow Ali to sway the judges and the audience by hanging around and giving them a reason to believe another miracle was in the making.

Back in Deer Lake, Ali was busy psyching himself into the belief that it somehow was 10 or 15 years earlier and he again was the absolute master of his domain. Could he reach into his trick bag and pull out another rabbit? Become heavyweight champion of the world for an unprecedented fourth time? Well, why not? He was still Muhammad Ali, wasn’t he?

“He can’t move his head,” Ali told a group of sycophants as he watched a tape of the classic June 9, 1978, fight between Holmes and Ken Norton. “He don’t duck, he don’t weave, he don’t crouch. He’s a stand-up-straight fighter. I’ll have no trouble with him. I’ll eat him up.”

Perhaps Ali should have watched more updated tapes of himself instead. “Dark Gable” was shuffling, all right, but not as a part of any preconceived strategy. The master of the Ali Shuffle was about to enter the extreme danger zone.

“Is there any question as to why he fell apart?” asked Pacheco. “Not if you were around looking at him. Not if you saw him every day talking slower, walking slower, moving slower, punching less. You could see him falling apart.”

True to his word, Holmes attempted to take Ali out quickly, to spare him an ongoing bludgeoning. But the Ali who withstood all those trials by fire from Joe Frazier and Foreman refused to yield, so round after round Holmes looked imploringly to referee Richard Green, begging him with his eyes to stop the madness. Except that Green also remembered the Ali who could come back from the brink, and maybe believed there was enough time for him to do so again.

It was left to trainer Angelo Dundee, who remained with Ali well past his expiration point as a great fighter, to step in, as Frazier’s trainer, Eddie Futch, did before the 15th round of the “Thrilla in Manila.” He told Green it was his call as chief second to end it, and he was making that call.

Victory was bittersweet for Holmes, who believes to this day he could have beaten Ali prime-on-prime. But public perception is a fickle thing, and there is no way his thrashing of a legend enabled him to take for himself a measure of that legend’s incredible popularity.

“A lady came up to me in Las Vegas and said, `I hate you,’” Holmes said. “I said `Why?’ And she said, `Because you beat up Muhammad Ali.’”

The ghost of Ali faded further still until the night of Dec. 11, 1981, when he lost a unanimous, 10-round decision to Trevor Berbick in the Bahamas. Three years after that he was diagnosed with Parkinson’s Syndrome.

Might Ali have avoided Parkinson’s had he retired after his conquest of Foreman? After the epic third battle with Frazier? Was there still time to save him from himself had he not been enticed to sign for the inevitable beatdown by Holmes?

So many questions, so few answers. All that remains is the memory of a man who boasted that he was “The Greatest” and, for a large chunk of his boxing life, was just that.

Voir également:

History of London Boxing
Gary Holland
BBC
05/12/2007

A guide to the early history of boxing from ancient times to the Roman equivalent.

Origins of Boxing

Boxing was originally nothing more than bare fist fighting between two willing and sometimes unwilling competitors. As a sport, fighting has been around for thousands of years where it first arose in parts of Africa and Egypt before spreading to parts of Southern Europe. The Ancient Greeks, who held the belief that fighting was a game played by the Gods on Olympus, made fighting a part of the Olympic Games in 688BC.

The Romans

The Romans had a keen interest in the sport and fighting soon became a common spectator sport. In order for the fighters to protect themselves against their opponents they wrapped leather thongs around their fists. Eventually harder leather was used and the thong soon became a weapon. The Romans even introduced metal studs to the thongs to make the cestus which then led to a more sinister weapon called the myrmex (‘limb piercer’).

The Roman form of boxing was often a fight until death to please the spectators who gathered at such events. Often slaves were used against one another in a circle marked on the floor. This is where the term ring came from.

In 393AD, during the Roman gladiator period, boxing was abolished due to excessive brutality. It was not until the late 17th century where boxing re-surfaced in London.

http://www.bbc.co.uk/london/content/articles/2007/11/13/boxing_london_revival_feature.shtml

History of London Boxing
A London Revival
The story of how London re-introduced boxing in the 17th Century.
Gary Holland
13/11/2007

A London newspaper, the Protestant Mercury, referred to a boxing match back in 1681 and the Royal Theatre in London often held scheduled fights in 1698. Boxing matches around this time were bareknuckle and also a mix of boxing and wrestling.

James Figg

It was not until James Figg became a boxer in 1719 that skill was brought into the game. Figg, an expert fencer, held the title until 1730 until he retired unbeaten. He would challenge all comers to bouts of boxing at his booth at Southwark Fair and he also set up a Boxing Academy, the first of its kind.

James Figg died in 1734 after nearly 300 fights. During this time boxing still had no rules or regulations and were often quite vicious affairs. Having said that, boxing did regain some status and respectability due to the fact that King George was an avid fan along with many noblemen. King George also set up a ring at Hyde Park, London in 1723.

John ‘Jack’ Broughton, known as the father of English boxing, was champion from 1729 until 1750 and was a pupil of James Figg.

Daniel Mendoza

Another London fighter, Daniel Mendoza, had a significant effect on the style of fighting. Mendoza, a small Jewish fighter from the East End, set up the Mendoza School after receiving severe punishment in his first win against a much larger, heavier opponent.

Footwork, sparring and counter punches helped changed boxing from the sluggish brutal bouts to the more sophisticated fight game. He held the title from 1791 to 1795.

Bob Fitzsimmons

The 1800s saw many English fighters claim the World Championship including Jem Belcher, Tom Cribb, James Burke and Jem Mace.

The Queensbury Rules

During this period the Queensbury Rules of 1867 were invented to include three minute rounds, no wrestling or hugging, a ten second count and gloves to be worn for the first time. The rules, introduced by the Marquis of Queensberry, John Sholto Douglas, and John G. Chambers are still used today.

By the end of the 1800s British Champions were starting to lose their hold on the sport and the American legend John L.Sullivan held the title for 10 years and invoked the popularity of the sport in America.

1899 saw the first and last British Heavyweight Champion, Bob Fitzsimmons, for nearly 100 years.

http://www.bbc.co.uk/london/content/articles/2007/11/13/boxing_jack_broughton_feature.shtml

History of London Boxing
The Father of English Boxing
The story of Jack Broughton – England’s Champion Prizefighter.
Gary Holland

John ‘Jack’ Broughton, known as the father of English boxing, was champion from 1729 until 1750 and was a pupil of James Figg.

Broughton made his first appearance at George Taylor’s booth at the Adam and Eve in Tottenham Court Road. He then went on to teach boxing at his arena known as Broughton’s Amphitheatre in Oxford Road near to Oxford Street.

The theatre was opened in March 1743 and in the same year Broughton introduced the first rules of boxing.

Broughton’s Rules introduced a 3-foot square in the centre of the ring, breaks when a fighter was knocked down and gloves used but only for practice.

The introduction of these rules happened after Broughton injured an opponent in the ring after which the man died. Broughton’s Rules were used until 1838 when the London Prize Ring Rules were developed by the Pugilistic Society.

He died in January 1789, aged 86, at Walcot Place in Lambeth. Many references have been made that state Broughton is buried at Lambeth Church.

However BBC London visited Westminster Abbey where he was a Yeoman of the Guard and found that he is buried in the West Cloister along with his wife Elizabeth.

http://www.bbc.co.uk/london/content/articles/2007/11/13/boxing_modern_history_feature.shtml

History of London Boxing
Boxing through the 1900s and a look at some of the top fighters of that era.
Gary Holland

John H Stracey

The early 1900s saw America dominate the sport but there were a handful of British fighters who made an impact on the boxing world.

London produced several world champions including George ‘Digger’ Stanley (World Bantamweight Champion 1910), Bill Ladbury (World Flyweight Champion 1913) and Teddy Baldock (World Bantamweight Champion 1927). In 1956 East London boxer Terry Spinks won the flyweight gold in Melbourne.

1960 was the year Cassius Clay, later Muhammad Ali, had his first professional fight and became the world’s most famous boxer and sportsman. The United States held many of the boxing titles during the latter part of the 20th Century but several London fighters did claim world titles. They included;

Terry Downes, Middleweight  1961
John H. Stracey, Welterweight 1975-76
Charlie Magri, Flyweight 1983
Lloyd Honeyghan, Welterweight 1986
Terry Marsh, Light-Welterweight  1987
Duke McKenzie, Fly, Bantam & Super Bantamweight 1988-93
Nigel Benn, Middleweight 1990, 1992-96
Chris Eubank, Middleweight 1990-91, 1991-95
Frank Bruno, Heavyweight  1995-1996
Lennox Lewis, Heavyweight 1993-1994, 1997-2001, 2001-2004
David Haye, Cruiserweight 2007

One of the greatest English fighters of the early 1900s was Ted ‘Kid’ Lewis from London’s East End. Lewis, who was born Gershon Mendeloff, had his first fight at fourteen and went on to win the World Welterweight Championship in 1915 when he beat American Jack Britton – the first of twenty epic fights between them. ‘Kid’ Lewis had a total of 279 bouts and was the first Britain to make an impact in America. He also won many more British, European, Empire and World titles.

Henry Cooper

The 1900s were particularly bleak for the British Heavyweight division but one fighter came very close to making an impact on the American domination.

At Wembley Stadium on June 18 1963, toward the end of the fourth round, Henry Cooper hit Cassius Clay with one of the best left hooks seen at the famous stadium. Clay went down but managed to get up and back to his corner as the bell sounded for the end of the round. Clay was given extra time to recover after a split glove needed attention and he then went on to win in the fifth. The title rematch at Highbury in 1966 also saw Cooper retire with cuts in the sixth round.

Heavyweights

It took until 1993 for Britain to win a World Heavyweight title when London born Lennox Lewis won the WBC Heavyweight Championship where he defeated Tony Tucker in Las Vegas. Lewis was in fact awarded the belt before this fight but this was his first fight as Champion.

Lewis defended his title three times before losing it to Oliver McCall in September 1994. He regained heavyweight titles in 1997, 1998 and beat Evander Holyfield in 1999 after their first bout was controversially called a draw. He went on to beat Mike Tyson and is regarded as one of the best heavyweight boxers of his time.

Other British champions during the 20th Century were Frank Bruno (WBC champion, 1995-1996) who won the title from Oliver McCall in 1995 to fulfil his dream of becoming world champion, Henry Akinwande (WBO champion, 1996-1997) and Herbie Hide (WBO champion, 1994-1995, 1997-1999).
Safety

In 2000 the British Boxing Board of Control (BBBC) introduced new safety measures including a requirement to have an anaesthetist and two teams of paramedics at the ringside. The safety measures followed the Michael Watson and Chris Eubank fight in 1991 where the fight nearly cost Watson his life. Michael Watson won his court case after claiming the BBBC were liable for his injuries.

Voir enfin:

The Champ and Mr. X

James Rosen

National review

February 20, 2016

Blood Brothers: The Fatal Friendship between Muhammad Ali and Malcolm X, by Randy Roberts and Johnny Smith (Basic, 392 pp., $28.99)

‘Not many people,” Malcolm X told the writer George Plimpton in 1964, “know the quality of the mind he’s got in there.” The fiery minister for the Nation of Islam (NOI), head of its Harlem mosque and the sect’s most prominent spokesman, was talking about Cassius Marcellus Clay Jr., the strikingly pretty and unrelentingly loquacious 22-year-old boxer from Louisville who was soon to dethrone Sonny Liston, thuggish and frightful, an 8-to-1 betting favorite, as heavyweight champion of the world. For nearly four years, the period that witnessed Clay’s rise from light-heavyweight Olympic gold to heavyweight title, the public had known him as a benign clown, the Little Richard of sports. He fought in an unorthodox and rococo style, hands held low as he pranced around opponents; Clay’s chief preoccupation seemed to be to avoid blemish to my pretty face. Eschewing the Joe Louis model for black athletes, of quiet humility before white audiences, Clay proclaimed himself The Greatest, spouted amateurish poetry, tagged his opponents with derisive nicknames, and predicted, often accurately, the round in which he would dispense with them. The sporting press had never seen anything like it. Yet even they overlooked the practical advantage the clown act derived from misdirection. Broadening the action beyond the ring lulled Clay’s opponents into complacency about his lethality inside it; focus on the Louisville Lip’s clowning obscured his speed of hand and foot, his gifts for spatial relations and evasion, his ability to take a punch. Only under such circumstances could members of the boxing press express surprise, when Liston and Clay finally met at ring center, that the challenger stood two inches taller than the champion. In political terms, however, the act was harmless. Whenever sportswriters pitched him questions about the civil-rights movement, Clay cannily recoiled from controversy, steering the conversation back to his greatness, his prettiness, the big red Cadillac he would drive when he became champion; in this he showed the same agility, the same circular backpedaling, he had displayed on the streets of Louisville and when sparring for real. As Randy Roberts and Johnny Smith demonstrate in Blood Brothers, Clay’s use of misdirection advanced still another objective. Not until the last weeks before the Liston fight in February 1964, when Malcolm X — freshly excommunicated from the Nation of Islam by its vengeful leader, Elijah Muhammad — started showing up at Clay’s training camp, did the public, prodded by a newly aroused press, awaken to the boxer’s membership for the past two years in the NOI, the era’s most controversial religious sect. Clay was dyslexic and a slow reader, but his mind was fiercely instinctual and finely calibrated: He knew rhyming boasts would boost ticket sales but talk of the Black Muslims would flatten them. So Clay effectively hid his association with the Nation until he had secured the goal he had harbored since the age of twelve: the heavyweight championship. Only then did he put his loquacity to work on behalf of his religious fervor — starting, as history records, with his change of name to Muhammad Ali. “Central to his life, relationships, and career,” the authors write, “was deception.” Exhaustively researched and tautly written, Blood Brothers marks a milestone in the biographical literature of Malcolm X and Muhammad Ali, an invaluable addition to our understanding of America in the 1960s. In all it touches — the far-flung but interconnected worlds of race, religion, politics, sports, cities, organized crime, and the news media — this sober and detailed book, a dual biography that alternates between protagonists like a suspense novel, renders profound service. The authors unearth reams of new evidence, shine light on long-overlooked episodes, and hack away at the barnacles of mythology, thereby giving us the finest portrait yet of the doomed relationship that transformed Cassius Clay into Muhammad Ali. History professors at Purdue and Georgia Tech, respectively, Roberts and Smith draw on an impressive array of sources: NOI telegrams contained in Malcolm X’s papers; FBI documents chronicling the Bureau’s surveillance of Elijah Muhammad and Malcolm; Louisville police records and declassified State Department files; the private papers of Ali’s previous biographers, stored in locations as distant as the University of Oregon; the business correspondence of the Louisville Sponsoring Group, Clay’s original management firm; the archives of the NAACP, deposited at the Library of Congress; the contemporaneous reporting of mainstream newspapers and magazines, as well as black outlets, including the Amsterdam News and Muhammad Speaks; obscure TV and radio broadcasts; congressional-hearing transcripts and court affidavits; and a handful of original interviews. Flashing their power early on, the authors show in the introduction how the late Alex Haley, ghostwriter of the bestselling The Autobiography of Malcolm X (1965) and celebrated author of the 1976 novel Roots, a touchstone of American culture, misled Malcolm X — and subsequently the readers of the Autobiography — about an important matter. Tucked away in Haley’s papers at the New York Public Library’s Schomburg Center for Research in Black Culture was evidence, in Haley’s own hand, that he withheld from Malcolm the fact that, while the new heavyweight champion intended to abide by Elijah Muhammad’s edict barring all NOI members from contact with the excommunicated Malcolm, Ali also told Haley that Malcolm was “still my brother, my friend.” Instead, Haley conveyed the opposite message, both to Malcolm and to subsequent readers, using a sterner quote from Ali that Haley represented as having come from his own interview with the champ, but that Haley had in fact lifted from a recent issue of Ebony. This misapprehension Malcolm took to his grave. Haley manipulated Malcolm’s broken relationship with Ali in order to present a more sensational historical account. He selected and excluded events according to whether they fit into his agenda. In some cases, he tampered with the facts. But the truth was more complex than Haley let on. This alone — the takedown of a major writer such as Haley — should guarantee Blood Brothers a wide audience, but there is much more that commends this transfixing book. Armed with near-total comprehension of the daily whereabouts and activities of their two protagonists for a period of years, the authors chronicle in greater detail than ever before how Cassius Clay, elder son of a placid Baptist mother and a volatile Methodist father, gravitated to the self-help separatism of the Black Muslims; and how Malcolm Little, the career criminal who vaulted from a state penitentiary to the lieutenancy of Elijah Muhammad’s empire, slowly came to realize the unlimited potential that Clay, as both a boxer and a leader of black youth, held as an international ambassador for the NOI. For Clay, the attraction germinated long before he met Malcolm: As early as October 1958, the FBI observed the 16-year-old Golden Gloves contender, on one of his earliest trips out of Louisville, conversing with NOI members outside their Atlanta mosque. The following year, a high-school teacher rebuked Clay for submitting an essay on the NOI, an early lesson in the need for him to conceal his affinity for the Black Muslims. Witnesses to the Malcolm–Clay bond recognized it as unmistakably fraternal. Malcolm played the sage older brother, solemnly instructing Clay in NOI doctrines that only validated the rants that the Clay brothers, Cassius and Rudy, had grown up hearing about the evils of the white man from their father, Cassius Clay Sr. And Clay was the exuberant junior partner, bringing smiles to the face of the tightly wound minister as his daughters bounced on the boxer’s lap. “In general,” Malcolm told Haley, “I taught [Clay] that 90 percent of success would depend upon how alert and knowledgeable he became to the true natures and motives of all the people who flocked around him.” By that measure, both men failed, for the arc of Ali’s whole career — his mismanaged finances, his susceptibility to those who encouraged him to fight long past when he should have stopped — testified to the champ’s woeful incapacity for discerning well-intentioned voices. As Ali’s longtime friend and photographer, Howard Bingham, told authorized biographer Thomas Hauser in Muhammad Ali: His Life and Times (1991): “Ali still lets people take advantage of him and doesn’t always listen to the right people.” Paramount among those who advised Ali with jaundiced motives — indeed, controlled him — was Elijah Muhammad himself. Born to a sharecropper–turned–Baptist preacher in 1897, the seventh of 13 children, Elijah Poole left school in rural Georgia by the fourth grade. He migrated to Detroit in the 1920s and there came under the tutelage of NOI founder Wallace D. Fard, an ex-convict and door-to-door salesman whose home-brewed Islamic theology blended sensible prescriptions for clean living and black pride with sci-fi beliefs about spaceships and evil scientists raising armies of white devils on remote islands. When Fard disappeared — amid charges he had ordered a human sacrifice — Elijah Muhammad, as Fard had renamed Poole, assumed leadership of the NOI and proclaimed himself the one true Messenger of Allah. NOI membership nearly evaporated during the four years Muhammad spent in prison in the World War II era, following his conviction on charges of sedition and draft evasion, but by the mid 1950s some 50 NOI temples were operating in 22 states. Each contributed soldiers to the Fruit of Islam (FOI), the vanguard of security officers and enforcers who kept congregants in line by administering brutal beatings to renegade members. While the mainstream press portrayed the NOI as a hate group, citing its separatist rhetoric and vague talk of armed resistance, the reality was that it functioned more like a criminal syndicate, with revenues from temple dues, sales of Muhammad Speaks, and other compulsory enterprises keeping Elijah Muhammad in style while covering up his infidelities and punishing defectors. Sports were of little interest to the Messenger, simply another manifestation of whites’ exploitation of blacks. When he learned that Jeremiah X, minister for the Atlanta mosque and chief recruiter in the Deep South, was cultivating a relationship with Cassius and Rudy Clay, both boxers, Elijah Muhammad reprimanded Jeremiah, reminding him to make converts, “not fool around with fighters.” It so happened that the blossoming of the Malcolm X–Cassius Clay friendship, starting in early 1962, coincided with Clay’s swiftest period of ascent through the heavyweight ranks and with Elijah Muhammad’s rising displeasure with Malcolm’s penchant for publicity — which grew most acute after Malcolm, then the leader of Temple No. 7 in Harlem, greeted the assassination of President Kennedy with a statement describing it as “the chickens coming home to roost.” Elijah also learned that Malcolm had become aware of the Messenger’s extramarital affairs and the children that those liaisons had produced; Elijah suspended Malcolm from the NOI before he could further probe those scandals. The sum total of these triangulated dynamics was that Elijah Muhammad discovered the value in having Cassius Clay around at more or less the same time he recognized the need to banish Malcolm X. For a time, Malcolm and Clay ignored Muhammad’s edict forbidding their association and continued their daily rap sessions with reporters as Clay readied for Liston in Miami Beach. For Malcolm, it was a calculated gambit, an attempt at leveraging Clay’s celebrity to bolster his own standing within the NOI and perhaps to use the fighter as a human shield against FOI assassins. Here, as the Sixties came sharply into focus, Malcolm X — the shrewd tactician behind NOI’s expansion in the previous decade — miscalculated. In the authors’ words: “In a moment of weakness, he exploited his friendship with Clay, manipulating him and withholding the truth about his [own] future in the Nation. In a desperate attempt to prove his value to Elijah, he offered to deliver Clay to Chicago after the [Liston] fight, treating Cassius like some prize that could be bartered or traded. But Elijah did not have to buy Clay’s loyalty. He already owned it.” Indeed, after capturing the title — at a time when he knew Malcolm X had been marked for death — Ali coldly turned his back. “Muhammad taught Malcolm X everything he knows,” the champ said in March 1964. “So I couldn’t go with the child, I go with the daddy.” Ali “understood the choice he had to make,” write Roberts and Smith: “And as he had so often before, he chose the less dangerous path. . . . Ali was not innocent. He had joined the chorus of violent ringleaders who raged about punishing Malcolm. . . . Without throwing a punch or raising his hand, Ali managed to hound the man he had once called his brother.” “He’s just a boy,” Malcolm said of his ex-friend. “He doesn’t know what he’s doing. He’s being used.” Any chance at reconciliation ended, of course, with the assassination of Malcolm X — almost certainly on the orders, or in line with the wishes, of Elijah Muhammad — by a squad of FOI enforcers inside Harlem’s Audubon Ballroom in February 1965. In time — specifically, in April 1969, when Ali’s conscientious objection to the Vietnam War had resulted in his being stripped of his title belt and license to box, and when, as the authors note, he “could not raise money or generate good publicity for the Nation” — he, too, fell prey to Elijah’s sanction and was suspended from the NOI. The nominal transgression was Ali’s statement to Howard Cosell, on ABC’s Wide World of Sports, that he would return to boxing if the money was right — a seeming contradiction of Ali’s original stand on religious principle. Unlike Malcolm X, however, Ali received an unspoken pardon and was permitted to rejoin NOI around the time his boxing career resumed. Journalists who covered Ali for extended periods, as well as others who knew him well — or as well as a figure of so many faces and guises could be known — have attested to the manifest fear of the Black Muslims that guided the fighter’s actions for years to come. One example: In Sound and Fury: Two Powerful Lives, One Fateful Friendship (2006), the brilliant and nuanced portrait of the Ali–Cosell relationship by Dave Kindred, the Louisville Courier-Journal sportswriter whose residency aboard the Ali bandwagon dated back to 1966, the fighter was quoted as whispering to the reporter in November 1974, shortly after recapturing the heavyweight crown from George Foreman: “I would have gotten out of [the NOI] a long time ago. But you saw what they did to Malcolm X. I ain’t gonna end up like Malcolm X.” This raises the chief problem with Blood Brothers, self-inflicted and wholly unnecessary in a book of such strength and value: namely, the pejorative claims its authors make vis-à-vis their predecessors on the subject of Malcolm and Ali, even as Roberts and Smith time and again acknowledge, in their main text and footnotes, their reliance on earlier writers and works. “Historians and biographers have misread the complicated relationship between them,” write Roberts and Smith. “Their respective biographers have neglected to show that Ali and Malcolm were much more important to each other than previously acknowledged.” Not really. Did Manning Marable, whose 608-page Malcolm X: A Life of Reinvention (2011) was hailed as the definitive biography, fail to grasp the centrality of Ali in Malcolm’s life, or the elusiveness of the boxer’s psyche, when he wrote, “Few men would play such an outsized role in Malcolm’s life as this enigmatic, irrepressible figure”? Nor does Blood Brothers’ depiction of Ali’s being “exploited” by the NOI, of Elijah Muhammad’s privately disparaging his boxing ability, of Ali’s fearing the brutality of the NOI after Malcolm’s murder, differ so markedly from the accounts of Dave Kindred, quoted in Blood Brothers on the point, or of Mark Kram, the late Sports Illustrated writer and author of Ghosts of Manila: The Fateful Blood Feud between Muhammad Ali and Joe Frazier (2001): Clay rushed toward the Muslims like an orphan, while the sect saw no utility in him, no gain, despite Malcolm X’s interest. . . . The Muslim hierarchy barely knew who Clay was, while the troops in Miami filled his head with dogma and privately laughed at the idea of Clay beating Liston. . . . [Malcolm X’s] murder would jolt Ali, drive home a point that he had given no thought; the Muslims played for keeps. Roberts and Smith are hardly the first authors to overstate their analytic innovation; but Blood Brothers otherwise stands so tall as a testament to the value of real facts, of research and documentation, that the authors’ deviation from their own code, presumably for marketing purposes, appears all the more glaring. Also, their ending feels rushed. While Ali’s regrets about his treatment of Malcolm X, articulated in a book of “reflections” he co-authored with his daughter in 2003, are duly recorded here, the disposition of the paternity lawsuits filed against Elijah Muhammad before his death, in February 1975, so central to Elijah’s split with Malcolm X, goes unreported. Similarly, very little space is devoted to Ali’s conversion, following Elijah’s death, to Sunni Islam, and none at all to his conversion, three decades later, to Sufi Islam. And the authors make no attempt to connect Ali’s immersion in the NOI — which persisted to the end of his boxing career, with Elijah’s son Herbert Muhammad as Ali’s omnipotent manager — to the boxer’s ultimate fate: fighting too long, taking too many blows to the head, and having his mouth and movement, once his hallmarks, cruelly stilled by Parkinson’s syndrome. Are we to assume that Ali was receiving sound advice from Herbert Muhammad when the ex-champ, bloated at 38 and coming off a two-year layoff, signed to fight Larry Holmes? Was Ali at that point being driven solely by his own boredom and ego, or by financial straits worsened by the untold sums he had been compelled to fork over to the NOI? Here is the ultimate evidence that Malcolm X failed to instill in Ali a capacity for judging the motivations of those around him. Ali’s doctors stress that his condition is one of motor function, not cognition. His brain functions as it always has; the Louisville Lip simply has no ability to verbalize his thoughts. Thus it is, sadly, as true today as in February 1964, when Malcolm X marveled at the singularity of his friend, that no one knows the quality of the mind Muhammad Ali has got in there. – Mr. Rosen is the chief Washington correspondent of Fox News and the author of Cheney One on One: A Candid Conversation with America’s Most Controversial Statesman.

 


Nuit debout: Les carnavals ne coûtent pas cher (Always concerned: Five years after OWS, Paris’s indignants discover the heady pleasures of falling in love with yourself)

20 avril, 2016
OWS
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Hijabforaday
La dictature, c’est « ferme ta gueule », et la démocratie, c’est « cause toujours ». Woody Allen
Je hais la réalité mais c’est quand même le meilleur endroit où se faire servir un bon steak. Woody Allen
Lorsque des corps se rassemblent pour manifester leur indignation et affirmer leur existence plurielle dans l’espace public, ils expriment aussi des demandes plus vastes. Ils demandent à être reconnus et valorisés ; ils revendiquent le droit d’apparaître et d’exercer leur liberté ; ils réclament une vie vivable. Judith Butler
On sait (…) que, en mai-juin 1968 comme durant l’année 1968 elle-même, des manifestations ont lieu aussi aux États-Unis, en Belgique, en RFA, en Italie, en Grande-Bretagne, en Suède, aux Pays-Bas, etc. Celles-ci posent la question des interactions activistes et idéologiques internationales, centrale pour penser la structuration des espaces militants et des logiques de crise à cette autre échelle pertinente qu’est l’échelle occidentale. Mais nous manquons à ce jour d’études circonstanciées qui auraient permis d’en apercevoir les mécanismes concrets, empiriquement constatables et théoriquement problématisables. Le repérage des familiarités idéologiques et des voyages militants d’un territoire à l’autre, moins encore la simple juxtaposition panoramique, très courante, des luttes et des mouvements, ne sauraient suffire à éclairer le problème du comparatisme entre des contextes très différents, d’autant que celui-ci, déjà crucial en ce qui concerne l’Occident, se complexifie avec l’irruption de mobilisations au Japon, dans l’Espagne franquiste, en Yougoslavie, au Sénégal, en Europe de l’Est, au Brésil, au Mexique, dans toute l’Amérique latine. Le choix de la France se justifie aussi par sa spécificité : nous ne trouvons pas ailleurs une telle synchronisation des crises étudiante et ouvrière, une telle extension à l’ensemble du salariat, un tel vacillement du régime. Boris Gobille
Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensable : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. Stéphane Hessel (2010)
Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. Stéphane Hessel
Prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Stéphane Hessel
Si je peux oser une comparaison sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art. Stéphane Hessel
Vous avez peur d’être culturellement minoritaires. Mais ça va se passer. Ça va se passer. Ça s’appelle une mutation. L’Europe va muter. Elle a déjà muté. Il ne faut pas avoir peur. Cette transformation est peut-être effrayante pour certains, mais ils ne seront plus là pour en voir l’aboutissement. Leonora Miano (Prix Femina 2013)
Le bobo naît du croisement entre l’aspiration bourgeoise à une vie confortable et l’abandon bohème des exigences du devoir pour les élans du désir, de la durée pour l’intensité, des tenues et des postures rigides, enfin pour une décontraction ostentatoire. Le bobo veut jouer sur les deux tableaux : être pleinement adulte et prolonger son adolescence à n’en plus finir.  Alain Finkielkraut
« Bobo », j’en suis un. Je mentirais en disant que je regarde de l’extérieur cette tentative de synthèse entre le bourgeois classique et l’artiste ou, si l’on préfère, le bohème. D’autant que c’est une création de la génération de 68. Ce que je reproche à certains bobos, c’est de se payer de mots. Ainsi vantent-ils sans cesse les vertus du métissage et vivent-ils dans des immeubles ultra-protégés, plaçant leurs enfants dans des établissements socialement et même ethniquement homogènes. Alain Finkielkraut
Si toi aussi tu penses que toutes les femmes devraient avoir le droit de se vêtir comme elles le souhaitent et d’être respectées dans leur choix (..) alors rejoins-nous ! Collectif Hijab day de Sciences Po
Dans le contexte actuel, ce n’était pas la meilleure des idées. Mais cela signifie «Dieu est le plus grand». Un combattant brésilien avait «Jésus» inscrit sur son short et on n’en a pas fait tout un plat. Quant aux autres propos, si un énergumène tatoué de croix gammées confond «Salam aleykoum» avec les prénoms des deux terroristes en question, on ne peut rien y faire. Jean-François Collet (organisateur de combats de boxe suisse)
Contrairement à ce que nous aimerions croire, il n’existe pas de collectif dépourvu de structure. Quelle que soit leur nature, les groupes humains finissent toujours par se structurer. Leur organisation peut s’avérer plus ou moins souple, varier dans le temps et distribuer les tâches, les ressources et le pouvoir de façon plus ou moins égale. Mais elle se cimente indépendamment des compétences, de la personnalité ou des intentions des personnes impliquées : il s’agit d’un phénomène inévitable dès lors que nous sommes des individus aux talents, prédispositions et parcours variés. L’absence de structure requerrait que nous refusions d’entrer en contact les uns avec les autres ; un non-sens pour des groupes humains. L’espoir de créer des groupes dépourvus de structure ressemble donc à celui de disposer d’une information objective (…) ou d’évoluer dans une économie libre ; l’idée d’un groupe fonctionnant sur la base du « laisser-faire » semble aussi réaliste que celle d’une société organisée autour du même principe. L’ambition offre, dans les faits, un écran de fumée derrière lequel les puissants et les chanceux imposent leur hégémonie, que nul n’interroge. Cette domination prend d’autant plus facilement racine que l’ambition formelle de se départir des structures n’empêche pas leur apparition de manière informelle. De la même façon, la philosophie du « laisser-faire » n’interdit pas aux secteurs dominants de l’économie de contrôler les salaires, les prix et la distribution : elle se contente de priver l’Etat de la possibilité de le faire. L’absence de structure cache le pouvoir et, dans le mouvement féministe, l’idée séduit en particulier les personnes les mieux placées pour en profiter (qu’elles en soient conscientes ou non). Pour que chacun puisse avoir la possibilité de s’impliquer dans un groupe (…) les règles de prise de décision doivent être transparentes, et cela n’est possible que si elles ont été formalisées. (…) La question n’est donc pas de choisir entre structure et absence de structure, mais entre structure formelle et structure informelle. Joreen Freeman
No wise politician should invest in the bunch like those rampaging in Oakland. Their nocturnal frolics are a long way from Woody Guthrie’s Deportee, the Hobos’ « Big Rock Candy Mountain, » and the world John Steinbeck fictionalized. It is the angst of the wannabe class, overeducated and underemployed, which chooses to live not in Akron or Fowler, but in tony places like the Bay Area or New York, where annual rents are far more than a down payment on a starter house in the Midwest. Being educated, but broke and in proximity to the wealthy of like upbringing and background, are ingredients for riot. (…) Apparently, most middle-class and upper-middle class liberals—many of them (at least from videos) young and white—are angry at the “system.” And so they are occupying (at least until it gets really cold and wet) financial districts, downtowns, and other areas of commerce across the well-reported urban landscape. As yet there is no definable grievance other than anger that others are doing too well, and the protestors themselves are not doing at all well, and the one has something to do with the other. I am not suggesting union members and the unemployed poor are not present, only that the tip of the spear seems to be furious young middle class kids of college age and bearing, who mope around stunned, as in “what went wrong? » Then there is a wider, global phenomenon of the angry college student. In the Middle East, much of the unrest, whether Islamist, liberal, or hard-core leftist, is fueled by young unemployed college graduates. Ditto Europe in general, and Greece in particular: The state subsidizes college loans and the popular culture accepts an even longer period between adolescence and adulthood, say between 18 and 30 something. Students emerge “aware,” but poorly educated, highly politicized, and with unreal expectations about their market worth in an ossifying society, often highly regulated and statist. (…) Students with such high opinions of themselves are angry that others less aware—young bond traders, computer geeks, even skilled truck drivers—make far more money. Does a music degree from Brown, a sociology BA in progress from San Francisco State, two years of anthropology at UC Riverside count for anything? They are angry at themselves and furious at their own like class that they think betrayed them. After all, if a man knows about the construction of gender or a young woman has read Rigoberta Menchu, or both have formed opinions about Hiroshima, the so-called Native American genocide, and gay history, why is that not rewarded in a way that derivatives or root canal work surely are? Victor Davis  Hanson
The autumn protests, which had some resonance with the American people who were burned by Wall Street and resent its bailouts and mega-bonuses that weren’t performance based, have degenerated into a wintery vagrancy and sixties-style street carnival. It wasn’t ever a movement that could translate directly into political advantage the way the Tea Party led to the near-historic 2010 midterm upheavals, given its incoherence. For who exactly were the culpable 1 percent on Wall Street — liberal former governor Jon Corzine, under whose leadership MF Global’s speculation led to bankruptcy and a missing $600 million? Clintonite Jamie Gorelick, who took $26 million from a bankrupt Fannie Mae for her financial brilliance? The banking expert Rahm Emanuel who went in and out of the financial world rather quickly for his $16 million? Peter Orszag, who went through the revolving door from OMB to Citigroup in a wink? Franklin Rains, Chris Dodd (of Countrywide fame), Jim Johnson, or the profit-minded Pelosis? Perhaps George Soros, whose currency speculations nearly broke the Bank of England? What about Barack Obama, the largest recipient of Wall Street cash in history, a bounty that in part allowed him to be the first candidate in over 30 years to renounce public campaign financing? (…) So the protesters never had clear targets, inasmuch as Wall Street money in 2008 went heavily for Obama, an expert in garnering Goldman Sachs and BP cash. Otherwise, its peripheral messages were incoherent or anarchic, and turned off rather than won over most Americans. Occupy Wall Street did, however, raise one important issue: that of higher education and its role in increasing tuition and little commensurate education. So much of the angst in video clips and op-eds was voiced by a youthful upper middle class who went to the university, majored either in social science or liberal arts, piled up debt, faced almost no employment choices commensurate with their class and their educational brand — and thus were furious at the more profit-minded members of a like class for abandoning them. Revolutionary movements throughout history are so often sparked by the anger, envy, and disappointments of an upper-middle cohort, highly educated, but ill-suited for material success in the existing traditional landscape. Victor Davis  Hanson
How did the « Occupy » movement acquire such immunity from the laws that the rest of us are expected to obey? Simply by shouting politically correct slogans and calling themselves representatives of the 99 percent against the 1 percent. (…) Democracy does not mean mob rule. (…) In San Francisco, when the mob smashed the plate-glass window of a small business shop, the owner put up some plywood to replace the glass, and the mob wrote graffiti on his plywood. The consequences? None for the mob, but a citation for the shop owner for not removing the graffiti. When trespassers blocking other people at the University of California, Davis refused to disperse, and locked their arms with one another to prevent the police from being able to physically remove them, the police finally resorted to pepper spray to break up this human logjam. The result? The police have been strongly criticized for enforcing the law. (…) If we (…) refuse to enforce the law, the steady erosion of Constitutional protections will ultimately render it meaningless. Everything will just become a question of whose ox is gored and what is the political expediency of the moment. There has been much concern, rightly expressed, about the rusting of bridges around the country, and the crumbling and corrosion of other parts of the physical infrastructure. But the crumbling of the moral infrastructure is no less deadly. The police cannot maintain law and order, even if the political authorities do not tie their hands in advance or undermine them with second-guessing after the fact. The police are the last line of defense against barbarism, but they are equipped only to handle that minority who are not stopped by the first lines of defense, beginning with the moral principles taught at home and upheld by families, schools, and communities. But if everyone takes the path of least resistance — if politicians pander to particular constituencies and judges give only wrist slaps to particular groups or mobs who are currently in vogue, and educators indoctrinate their students with « non-judgmental » attitudes — then the moral infrastructure corrodes and crumbles. The moral infrastructure is one of the intangibles, without which the tangibles don’t work. Like the physical infrastructure, its neglect in the short run invites disaster in the long run. Thomas Sowell
Depuis le 30 mars la Place de la République est occupée par un mouvement brownien, Nuit Debout. En parfaite autogestion, la jeunesse et ses alliés donnent à la Place des airs de jungle de Calais avec un soupçon de Place Tahrir. Les médias adorent ce peuple en convergence de lutte, les AG interminables, les petites idées inscrites au feutre sur de grandes feuilles blanches, leur cantine et leur détermination. Des jeunes journalistes tendent le micro aux jeunes Nuits Debout : « ils exigent le retrait pur et simple de la loi El Khomri. » En marge, c’est toujours en marge que ça se passe et que ça casse, des cagoulés par centaines attaquent la police et des agences bancaires. Cinq ou six sont interpellés. Les Nuits Debout, affairés à ranger des idées vintage sur les présentoirs de leur pop-up store, nient tout lien avec les petits casseurs. Ils ne cherchent même pas à savoir comment, dans le nouveau monde qu’ils prétendent esquisser, on pourrait gérer cette violence qui se retournera un jour contre eux. Les pacifistes de la Place de la République, debout aux côtés d’un monument aux morts improvisé aux prémices d’une guerre mal assumée, se couchent devant les tueurs sauvages qui nous guettent. Ça commence en octobre 2000. En marge, c’est toujours en marge, d’une manifestation pro-palestinienne provoquée par la mise en scène de la « mort du petit Mohamed al Dura » on crie « mort aux Juifs ». La police ne bouge pas. Les MRAP et autres antiracistes ne se retirent pas. L’important c’est d’inscrire au sein du mouvement le message « Israël criminel » et si quelques Juifs devaient payer le prix fort par la suite tant pis, le peuple aura parlé. Les pacifistes de 2003 s’en prennent aux Juifs pour mieux exprimer leur opposition à l’ « invasion » de l’Irak par ces maudits Américains. Et ainsi de suite : bon an mal an les citoyens se sont habitués aux manifestations de haine humaniste, de violence pacifiste, des incontrôlés fidèles au poste, aux jours de colère, aux morts aux Juifs et à la mort des Juifs. Ici, en France. Et bien entendu là-bas en Israël comme ça se mérite. Jusqu’au comble de l’enthousiasme en 2014 où on fête le 13 juillet en assiégeant des fidèles dans une synagogue parisienne. S’affichant sans pudeur pro-Hamas, les Gaza-Mon-Amour se foutent des interdictions de manifester, cassent du flic, sèment la destruction à Barbès, pourchassent des Juifs dans le Marais et brûlent leurs commerces à Sarcelles … Le 26 juillet le drapeau noir du djihad flotte aux pieds de Marianne, Place de la République. Six mois plus tard les djihadistes frappent la France : Charlie Hebdo, Montrouge, Hyper Cacher. Le peuple se redresse. Ils sont des millions dans toute la France. Debout. Le mot djihad entre enfin dans le vocabulaire et les esprits. On pense avoir vu le pire mais le pire reste à venir. L’exploit Charlie n’est qu’une mise en bouche. Des djihadistes, quelle surprise, reviennent du califat niché dans les rangs des migrants conquérants. D’autres, restés en Europe, répondent aux consignes des donneurs d’ordre en Syrie. Tout ce petit monde s’organise, s’équipe et se rue sur des Parisiens aux terrasses des cafés et au Bataclan, tout près de la Place de la République. Malgré le ratage au Stade de France—ce sera pour une prochaine fois—ils ont tué 130 personnes, en ont mutilé des dizaines, blessé des centaines. Et c’est là, à côté du mémorial artisanal orné de bougies /fleurs/ messages d’amour et de chagrin, que les Nuits Debout proclament leur innocence. Ils sont contre la loi El Khomri, pour l’embauche, contre les patrons ; pour le droit au logement, contre le capital; pour les allocations, contre l’Etat ; contre les OGM et les émissions de CO2, pour la musique techno sans entraves… Zadistes, ils sont sans défense contre le djihad. (…) L’état d’urgence est trop brutal pour les tendres esprits des Nuits Debout qui occupent le devant de la scène depuis deux semaines déjà. Quid des attentats à venir. Plus vite qu’on ne pense et en plus grand. Comme des enfants qui jouent dans la boue d’un camp de réfugiés, ils s’amusent, ils font des bêtises, on est indulgent car leur innocence nous touche. Ecran de fumée, ils cachent l’impuissance d’un Etat incapable d’assumer ses responsabilités envers le peuple et les forces de l’ordre chargées de nous protéger. Nidra Poller
Pacifique le mouvement? Chaque nuit ou presque apporte son lot de dégradations et d’attaques contre des personnes. Quand ce ne sont pas des commerces, c’est du mobilier urbain qui est détruit, quand ce ne sont pas des voitures électriques Autolib qui sont endommagées, c’est une antenne de Pôle emploi. Pas d’amalgame des casseurs avec Nuit Debout? Mais au sein du mouvement, en assemblée générale, certains justifient les violences «qui arrangent bien le mouvement pour qu’on parle de nous»: «il nous faut assumer ces heurts avec la police, c’est comme cela qu’on progresse dans la lutte. Il faut aussi faire peur». Sans parler des bannières du Hamas et des militants boycotteurs d’Israël du BDS qui circulent naturellement. Il y a quelques semaines, c’est sur la même place que l’on flétrissait le terrorisme, et que l’on honorait les victimes et les flics…Antiraciste le mouvement? Sans doute à l’instar de cet inénarrable: «groupe de réflexions non mixité racisée», qui ne tolère que les paroles «non blanches». Comme le note Marie-Estelle Pech dans le même article, «seules les minorités, c’est-à-dire les femmes, les lesbiennes, transsexuelles et homosexuelles sont admises pour prendre la parole. En revanche, les «cisgenres», comprenez les hommes hétérosexuels, par trop «dominants» dans la société française sont bannis des discussions. Tolérant le mouvement? Une sorte de Hyde Park corner improvisé? Mais samedi soir, on a craché sur un philosophe qui veut rester debout et français et qui venait simplement s’informer. Consolons-nous comme nous pouvons, sous ces pavés de faux-semblants, sous l’emprise du virtuel idéologisé, la plage de vérité: la preuve est rapportée de l’insigne faiblesse de la gauche à la dérive devant les menées de la gauche gauchisante et de l’islamo-gauchisme. Sa résistance de façade n’est qu’une tartufferie. Malgré les massacres de 2015, malgré l’état d’urgence, malgré la mobilisation nécessaire de la police, la maire de Paris tolère les dégradations et le ministre de l’intérieur et son préfet ne réservent toujours leurs coups de matraque qu’aux opposants non-violents de l’autre camp. La place de la République est devenue la place de la dictature des rebelles en papier-bavard. Gilles William Goldnadel
L’étonnant est que la jeunesse ne se soit pas révoltée plus tôt, d’une manière ou d’une autre. Angoissée par le chômage de masse, frappée par la précarité, elle avait bien plus de raisons objectives de se rebeller qu’en mai 1968. C’est dire si l’éclosion du mouvement «Nuit Debout» était attendue, ou redoutée, par nombre d’observateurs ou d’acteurs politiques. L’absence jusqu’à présent, en France, de mouvements analogues à celui des «Indignés» en Espagne a pu s’expliquer de différentes manières. La crise économique a frappé ici moins durement les populations que de l’autre côté des Pyrénées. Or le projet de loi dit El Khomri a précisément donné à certains jeunes le sentiment que l’ère des protections sociales était désormais révolue. L’autre raison, et sans doute la principale, du retard de la jeunesse française à se mettre en mouvement tient à l’importance spécifique du champ politique dans ce pays. Les espoirs placés dans l’alternance de l’équipe au pouvoir et l’habitude d’attendre beaucoup (trop) de l’Etat ne militaient pas en faveur du surgissement de la société sur la scène publique. Le moins qu’on puisse dire est que François Hollande a fortement contribué à déniaiser la jeunesse française. Preuve a été spectaculairement administrée que les changements de couleur au sommet de l’Etat ne changeaient pas grand chose aux politiques effectivement conduites. Le terrain était ainsi déblayé pour qu’apparaisse enfin en France un mouvement de protestation rappelant, plus ou moins, les précédents américain d’«Occupy Wall Street» (2011) et espagnol des «Indignados» (2011-2012). Pour l’heure, «Nuit Debout» n’a cependant pas du tout la même ampleur que ce dernier phénomène. On ne peut qu’être frappé par le contraste qui existe entre l’ample traitement médiatique du mouvement et sa relative modestie sur le terrain. «J’ai l’impression que les journalistes en font quelque chose de plus gros que ça n’est pour le moment», reconnaît honnêtement Johanna Silva, militante de Nuit Debout qui travaille au journal Fakir de François Ruffin. (…) Le dévoiement de la démocratie représentative a atteint un tel degré qu’il est logique que la démocratie directe soit particulièrement attractive pour de jeunes citoyens en phase de politisation. Comment croire encore aux joutes électorales droite-gauche lorsqu’un ministre éminent lance son propre mouvement politique en précisant que celui-ci peut accueillir à la fois des membres du PS et de LR? Pour autant, il est un peu étrange que soit proposé en AG de revoter, par  quelques centaines de participants, des projets de lois en discussion au Parlement. Les libres prises de parole de Nuit Debout tiennent, au demeurant, souvent plus de l’expression de préoccupations diverses que de l’effort de définir un intérêt commun. Un orateur défenseur des animaux est suivi par un militant avocat des migrants. Curieusement, alors qu’il est entendu que personne ne doit intervenir au nom d’une organisation, nombreux sont ceux qui prennent la parole uniquement pour défendre la cause qui leur tient à cœur. D’autres se contentent d’exprimer leur ressenti personnel dans la droite ligne de l’individualisme ambiant. Si beaucoup de prises de paroles sont souvent émouvantes et rafraîchissantes, il est dommage que la méfiance de principe à l’égard des responsables de tous poils interdise à Nuit Debout d’être irrigué par de solides expériences militantes. Des syndicalistes auraient beaucoup de choses à dire aux jeunes rassemblés. Jean-Baptiste Eyraud regrette à raison qu’ils ne soient «pas forcément très appréciés» dans ces assemblées. Le principal risque auquel s’expose Nuit Debout, pointé un soir par Ruffin lui-même, est celui de «l’entre soi». Par l’énergie qu’il exige simplement pour se constituer et se structurer, ce genre de mouvement innovant est menacé de devenir sa propre fin. On a pu entendre, place de la République, un militant en appeler au civisme de chacun au motif que Nuit Debout devait constituer «une mini-société parfaite». C’est là se fixer un objectif à la fois trop ambitieux –la perfection n’étant pas de l’ordre du social– et trop modeste –le but devant être plutôt de changer la société dans son ensemble. Dans le même esprit, un participant à une «assemblée constituante» explique: «On s’entraîne à écrire la Constitution, simplement pour se rendre compte qu’on peut le faire nous-même». L’étroitesse sociologique de Nuit Debout est, au stade actuel, criante. Le public rassemblé à Paris, blanc et surtout jeune, ne brille guère par sa «diversité». «Pour le moment, il faut bien l’admettre, la Nuit Debout reste un mouvement animé par des individus qui n’appartiennent pas aux couches sociales les plus défavorisées, auxquels s’adjoignent, au mieux, quelques précaires (qui sont le plus souvent des intellectuels précaires», constate le sociologue Albert Ogien. Ruffin s’inquiète, lui aussi, de sa capacité à «toucher des milieux populaires»: «Le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites», prévient-il. Le mouvement Nuit Debout ne passera à la vitesse supérieure que s’il est capable d’un décentrement assez radical. Il ne pourra être le lieu d’une «convergence des luttes» s’il tient à l’écart ceux qui les portent effectivement et s’il se limite à juxtaposer les revendications les plus diverses. L’expérience malheureuse de «Occupy Wall Street» devrait lui être utile. Ce mouvement était «tombé amoureux de lui-même», ce qui avait fini par signer son arrêt de mort. Eric Dupin
Le philosophe Slavoj Žižek avait mis en garde les campeurs de Zuccotti Park en octobre 2011 : « Ne tombez pas amoureux de vous-mêmes. Nous passons un moment agréable ici. Mais, rappelez-vous, les carnavals ne coûtent pas cher. Ce qui compte, c’est le jour d’après, quand nous devrons reprendre nos vies ordinaires. Est-ce que quelque chose aura changé ? » (…) Depuis, une avalanche de productions éditoriales a submergé les étals des libraires, des discours prononcés sur les campements aux analyses journalistiques en passant par les témoignages de militants. Ces ouvrages tombent presque tous dans le panneau évoqué par Žižek. Leurs auteurs sont profondément, désespérément amoureux d’OWS. Chacun prend pour acquis que les campeurs anti-Wall Street ont fait trembler les puissants de ce monde et suffoquer d’admiration tous les réprouvés de la planète. (…) Dans Jours de destruction, jours de révolte, l’ancien journaliste du New York Times compare OWS aux révolutions de 1989 en Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie et en Roumanie. Les protestataires new-yorkais, écrit-il, « étaient d’abord désorganisés, pas très sûrs de ce qu’ils devaient faire, pas même convaincus d’avoir accompli quoi que ce soit de méritoire. L’air de rien, ils ont pourtant déclenché un mouvement de résistance global qui a résonné à travers tout le pays et jusque dans les capitales européennes. Le statu quo précaire imposé par les élites durant des décennies a volé en éclats. Un autre récit a pris forme. La révolution a commencé. »(…) Mesuré en nombre de mots par mètre carré de pelouse occupée, Zuccotti Park constitue sans aucun doute l’un des lieux les plus scrutés de l’histoire du journalisme. La grande épopée fut pourtant de courte durée. Les campeurs ont été évacués deux mois après leur installation. Hormis quelques groupes résiduels ici et là, animés par des militants chevronnés, le mouvement OWS s’est désagrégé. La tempête médiatique qui s’était engouffrée dans les tentes de Zuccotti Park est repartie souffler ailleurs. Faisons une pause et comparons le bilan d’OWS avec celui de son vilain jumeau, le Tea Party, et du renouveau de la droite ultraréactionnaire dont celui-ci est le fer de lance. Grâce à ces bénévoles de la surenchère, le Parti républicain est redevenu majoritaire à la Chambre des représentants ; dans les législatures d’Etat, il a pris six cents sièges aux démocrates. Le Tea Party a même réussi à propulser l’un des siens, M. Paul Ryan, à la candidature pour la vice-présidence des Etats-Unis. La question à laquelle les thuriféraires d’OWS consacrent des cogitations passionnées est la suivante : quelle est la formule magique qui a permis au mouvement de rencontrer un tel succès ? Or c’est la question diamétralement inverse qu’ils devraient se poser : pourquoi un tel échec ? Comment les efforts les plus louables en sont-ils venus à s’embourber dans le marécage de la glose académique et des postures antihiérarchiques ? Les choses avaient pourtant commencé très fort. Dès les premiers jours d’occupation de Zuccotti Park, la cause d’OWS était devenue incroyablement populaire. De fait, comme le souligne Todd Gitlin, jamais depuis les années 1930 un thème progressiste n’avait autant fédéré la société américaine que la détestation de Wall Street. Les témoignages de sympathie pleuvaient par milliers, les chèques de soutien aussi, les gens faisaient la queue pour donner des livres et de la nourriture aux campeurs. Des célébrités vinrent se montrer à Zuccotti et les médias commencèrent à couvrir l’occupation avec une attention qu’ils n’accordent pas souvent aux mouvements sociaux estampillés de gauche. Mais les commentateurs ont interprété à tort le soutien à la cause d’OWS comme un soutien à ses modalités d’action. Les tentes plantées dans le parc, la préparation de la tambouille pour des légions de campeurs, la recherche sans fin du consensus, les affrontements avec la police… voilà, aux yeux des exégètes, ce qui a fait la force et la singularité d’OWS ; voilà ce que le public a soif de connaître. Ce qui se tramait à Wall Street, pendant ce temps-là, a suscité un intérêt moins vif. Dans Occupying Wall Street, un recueil de textes rédigés par des écrivains ayant participé au mouvement, la question des prêts bancaires usuraires n’apparaît qu’à titre de citation dans la bouche d’un policier. Et n’espérez pas découvrir comment les militants de Zuccotti comptaient contrarier le pouvoir des banques. Non parce que ce serait mission impossible, mais parce que la manière dont la campagne d’OWS est présentée dans ces ouvrages donne l’impression qu’elle n’avait rien d’autre à proposer que la construction de « communautés » dans l’espace public et l’exemple donné au genre humain par le noble refus d’élire des porte-parole. Malheureusement, un tel programme ne suffit pas. Bâtir une culture de lutte démocratique est certes utile pour les cercles militants, mais ce n’est qu’un point de départ. OWS n’est jamais allé plus loin ; il n’a pas déclenché une grève, ni bloqué un centre de recrutement, ni même occupé le bureau d’un doyen d’université. Pour ses militants, la culture horizontale représente le stade suprême de la lutte : « Le processus est le message », entonnaient en chœur les protestataires. On pourra objecter que la question de présenter ou non des revendications fut âprement débattue par les militants lorsqu’ils occupaient effectivement quelque chose. Mais, pour qui feuillette tous ces ouvrages un an plus tard, ce débat paraît d’un autre monde. Presque aucun ne s’est hasardé à reconnaître que le refus de formuler des propositions a constitué une grave erreur tactique. Au contraire, Occupying Wall Street, le compte rendu quasi officiel de l’aventure, assimile toute velléité programmatique à un fétiche conçu pour maintenir le peuple dans l’aliénation de la hiérarchie et de la servilité. Hedges ne dit pas autre chose lorsqu’il explique que « seules les élites dominantes et leurs relais médiatiques » exhortaient OWS à faire connaître ses demandes. Présenter des revendications serait admettre la légitimité de son adversaire, à savoir l’Etat américain et ses amis les banquiers. En somme, un mouvement de protestation qui ne formule aucune exigence serait le chef-d’œuvre ultime de la vertu démocratique… D’où la contradiction fondamentale de cette campagne. De toute évidence, protester contre Wall Street en 2011 impliquait de protester aussi contre les tripatouillages financiers qui nous avaient précipités dans la grande récession ; contre le pouvoir politique qui avait sauvé les banques ; contre la pratique délirante des primes et des bonus qui avait métamorphosé les forces productives en tiroir-caisse pour les 1 % les plus riches. Toutes ces calamités tirent leur origine de la dérégulation et des baisses d’impôts — autrement dit, d’une philosophie de l’émancipation individuelle qui, au moins dans sa rhétorique, n’est pas contraire aux pratiques libertaires d’OWS. Inutile d’avoir suivi des cours de « post-structuralisme menant à l’anarchisme » pour comprendre comment inverser la tendance : en reconstruisant un Etat régulateur compétent. Souvenez-vous de ce que disaient durant ces fameux premiers jours de septembre 2011 les militants d’OWS : réintroduisons la loi Glass-Steagall de 1933, qui séparait les banques de dépôt et les banques d’investissement. Vive l’« Etat obèse » ! Vive la sécurité ! Mais ce n’est pas ainsi que l’on enflamme l’imagination de ses contemporains. Comment animer un carnaval lorsqu’on rêve secrètement d’experts-comptables et d’administration fiscale ? En remettant les choses à plus tard. En évitant de réclamer des mesures concrètes. Réclamer, c’est admettre que les adultes guindés et sans humour ont repris la barre et que la récréation est finie. Ce choix tactique a remarquablement fonctionné au début, mais il a aussi fixé une date de péremption à tout le mouvement. En s’interdisant d’exiger quoi que ce soit, OWS s’est enfermé dans ce que Christopher Lasch appelait — en 1973 — le « culte de la participation ». Autant dire dans une protestation dont le contenu se résume à la satisfaction d’avoir protesté. Dans leurs déclarations d’intention, les campeurs de Zuccotti Park célébraient haut et fort la vox populi. Dans la pratique, pourtant, leur centre de gravité penchait d’un seul côté, celui du petit monde universitaire. (…) Cet échec s’explique peut-être par la surreprésentation en son sein d’une profession dont le mode opératoire est délibérément abscons, ultrahiérarchisé, verbeux et professoral, peu propice à une démarche fédératrice. Ou peut-être résulte-t-il de la persistance à gauche d’un mépris envers l’homme de la rue, surtout quand on peut lui reprocher d’avoir mal voté ou commis quelque péché politique. Ou peut-être encore est-ce l’effondrement de l’appareil industriel qui rend les mouvements sociaux obsolètes. Ce n’est pas dans les ouvrages sur OWS que l’on trouvera la moindre réponse. Les activistes anti-Wall Street n’aiment pas, c’est clair, leurs homologues du Tea Party. Dans leur esprit, apparemment, ils ne sont pas tout à fait de vraies gens, comme si d’autres principes biologiques s’appliquaient à leur espèce. (…) Pourtant, les deux mouvements présentent quelques ressemblances. Ils partagent par exemple la même aversion obsessionnelle pour les plans de sauvetage de 2008, qualifiés par les deux camps de « capitalisme de connivences ». L’un et l’autre s’expriment en occupant des espaces publics ; l’un et l’autre ont accordé une place importante aux partisans de M. Ron Paul, le chef de file du courant « libertarien » du Parti républicain. Même le masque d’Anonymous (à l’effigie de Guy Fawkes, le vengeur solitaire du film V comme Vendetta) a circulé dans les deux camps. Sur le plan tactique aussi les analogies existent. OWS et le Tea Party sont restés pareillement flous dans leurs revendications, afin de ratisser plus large. Les deux groupes se sont appesantis avec la même emphase sur les persécutions dont ils s’estimaient victimes. (…) L’absence de dirigeants est un autre point commun aux deux camps. (…) Une dernière similitude. L’astuce idéologique du Tea Party a consisté, bien sûr, à détourner la colère populaire qui s’était déchaînée contre Wall Street pour la reporter sur l’Etat. OWS a fait de même, mais de façon plus abstraite et théorique. On s’en aperçoit, par exemple, en déchiffrant l’argumentaire de l’anthropologue Jeffrey Juris : « Les occupations ont remis en question le pouvoir souverain de l’Etat de réguler et contrôler la distribution des corps dans l’espace, (…) notamment par l’appropriation d’espaces urbains particuliers tels que les parcs publics et les squares et par leur requalification en lieux d’assemblée publique et d’expression démocratique. » Ce type de rhétorique illustre un point de convergence entre OWS et la gauche universitaire : la mise en accusation de l’Etat et de son pouvoir de tout « réguler », « contrôler », même si, dans le cas de Wall Street, le problème vient plutôt du fait qu’il ne régule et ne contrôle à peu près rien. A quelques corrections mineures près, le texte pourrait se lire comme un pamphlet libertarien contre les espaces verts. (…) La raison pour laquelle OWS et le Tea Party paraissent parfois si semblables tient au fait qu’ils empruntent tous deux à ce libertarisme un peu paresseux et narcissique qui imprègne désormais notre vision de la contestation, depuis les adolescents de Disney Channel en quête d’eux-mêmes jusqu’aux pseudo-anarchistes qui vandalisent un Starbuck’s. Tous imaginent qu’ils se rebellent contre « l’Etat ». C’est dans le génome de notre époque, semble-t-il. Le succès venant, le Tea Party a remisé au placard ses discours bravaches sur l’organisation horizontale. Autant de boniments dont la principale vocation était d’appâter le client. Ce mouvement n’avait pas de penseurs poststructuralistes, mais il disposait d’argent, de réseaux et de l’appui d’une grande chaîne de télévision (Fox News). Aussi n’a-t-il pas tardé à produire des dirigeants, des revendications et un alignement fructueux sur le Parti républicain. Occuper Wall Street n’a pas pris ce chemin-là. L’horizontalité, il y croyait vraiment. Après avoir connu un succès foudroyant, il s’est donc disloqué en vol. Les élections présidentielles et législatives de novembre 2012 sont maintenant terminées : M. Obama a été reconduit à la Maison Blanche, M. Ryan a conservé son siège à la Chambre des représentants, la guerre contre les travailleurs continue — dans le Michighan, notamment — et Wall Street dirige toujours le monde. Certes, la ploutocratie n’est pas parvenue à convaincre la population qu’elle était sa meilleure amie, mais l’ordre ancien perdure et il apparaît de plus en plus évident que seul un mouvement social de masse, solidement ancré à gauche, pourra mettre fin à l’ère néolibérale. Malheureusement, OWS n’en fut pas un. Thomas Franck

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

Au lendemain du 3e anniversaire des attentats du Boston où un autre boxeur d’origine tchéchène salue, sur un ring suisse et avec les Allahu akbar de rigueur, les auteurs des récents attentats de France et de Belgique …

Qui eux-mêmes avaient donné lieu, comme encore hier en Palestine pour celui de Jérusalem comme vient de le rappeler le ministre de l’intérieur belge, aux réjouissances que l’on sait …

Et à l’heure où nos services de renseignement nous confirme le retour depuis longtemps annoncé de combattants de l’Etat islamique …

Pendant qu’en Amérique les acteurs d’une nouvelle série télé trans se voient honteusement privés de toilettes séparées et qu’après avoir si courageusement fait des enfants avec deux pères ou deux mères, l’on se réjouit en France d’avoir échappé à l’abomination de la suppression de l’accent circonflexe tout en s’initiant dans les meilleures écoles aux joies du hijab

Comment ne pas se sentir rassuré de savoir que sur la place de la République et qu’entre un appel à la révolution et une petite destruction de mobilier urbain ou de vitrine veillent nos écholaliques et mangeurs de compote enfants de Stéphane Hessel ?

Et ne par repenser, avec le politologue américain Thomas Franck …

 A un autre mouvement lui aussi inspiré de l’expérience il y a cinq ans des indignés de Madrid

Et qui avait lui aussi en son temps occupé les manchettes de journaux depuis sa place de Manhattan

Avant, « tombé amoureux de lui-même », de mourir de sa belle mort ?

Le piège d’une contestation sans revendications

Occuper Wall Street, un mouvement tombé amoureux de lui-même
Tout oppose le Tea Party, soucieux de baisser le niveau de la fiscalité, et le mouvement Occuper Wall Street, révolté par le creusement des inégalités. Mais, alors que le premier continue à peser dans la société et sur les institutions, le second a (provisoirement ?) levé le camp sans avoir obtenu grand-chose. L’auteur de « Pourquoi les pauvres votent à droite » tire de ce dénouement quelques leçons cruelles de stratégie politique. Elles résonnent au-delà du cas américain.
Thomas Frank
Le Monde diplomatique
Janvier 2013

Une scène me revient en mémoire à chaque fois que je tente de retrouver l’effet grisant que le mouvement Occuper Wall Street (OWS) a produit sur moi au temps où il semblait promis à un grand avenir. Je me trouvais dans le métro de Washington, en train de lire un article sur les protestataires rassemblés à Zuccotti Park, au cœur de Manhattan. C’était trois ans après la remise à flot de Wall Street ; deux ans après que toutes mes fréquentations eurent abandonné l’espoir de voir le président Barack Obama faire preuve d’audace ; deux mois après que les amis républicains des banquiers eurent conduit le pays au bord du défaut de paiement en engageant un bras de fer budgétaire avec la Maison Blanche. Comme tout le monde, j’en avais assez.

Près de moi se tenait un voyageur parfaitement habillé, certainement un cadre supérieur revenant de quelque salon commercial, à en juger par le slogan folâtre imprimé sur le sac qu’il portait en bandoulière. Ce slogan indiquait comment optimiser ses placements boursiers, ou peut-être pourquoi le luxe est un bienfait, ou à quel point c’est magnifique d’être un gagnant. L’homme paraissait extrêmement mal à l’aise. Je savourais la situation : récemment encore, j’aurais rougi d’exhiber la couverture de mon journal dans une rame de métro surpeuplée ; aujourd’hui, c’étaient les gens comme lui qui rasaient les murs.

Quelques jours plus tard, je visionnais une vidéo sur Internet montrant un groupe de militants d’OWS en train de débattre dans une librairie. A un moment du film, un intervenant s’interroge sur l’insistance de ses camarades à prétendre qu’ils ne s’expriment que « pour eux-mêmes », au lieu d’assumer leur appartenance à un collectif. Un autre lui réplique alors : « Chacun ne peut parler que pour soi-même, en même temps le “soi-même” pourrait bien se dissoudre dans sa propre remise en question, comme nous y invite toute pensée poststructuraliste menant à l’anarchisme. (…) “Je ne peux seulement parler que pour moi-même” : c’est le “seulement” qui compte ici, et bien sûr ce sont là autant d’espaces qui s’ouvrent. »

En entendant ce charabia pseudo-intellectuel, j’ai compris que les carottes étaient cuites. Le philosophe Slavoj Žižek avait mis en garde les campeurs de Zuccotti Park en octobre 2011 : « Ne tombez pas amoureux de vous-mêmes. Nous passons un moment agréable ici. Mais, rappelez-vous, les carnavals ne coûtent pas cher. Ce qui compte, c’est le jour d’après, quand nous devrons reprendre nos vies ordinaires. Est-ce que quelque chose aura changé ? »

L’avertissement de Žižek figure dans l’ouvrage Occupy : Scenes from Occupied America Occuper. Scènes de l’Amérique occupée », Verso, 2011), le premier livre consacré au phénomène protestataire de l’année dernière. Depuis, une avalanche de productions éditoriales a submergé les étals des libraires, des discours prononcés sur les campements aux analyses journalistiques en passant par les témoignages de militants.

Ces ouvrages tombent presque tous dans le panneau évoqué par Žižek. Leurs auteurs sont profondément, désespérément amoureux d’OWS. Chacun prend pour acquis que les campeurs anti-Wall Street ont fait trembler les puissants de ce monde et suffoquer d’admiration tous les réprouvés de la planète. Cette vision béate s’exprime souvent dans le titre même du livre : « Cela change tout : Occuper Wall Street et le mouvement des 99 % » (1), par exemple. Les superlatifs s’entrechoquent sans retenue ni précaution. « Les 99 % se sont éveillés. Le paysage politique américain ne sera plus jamais le même », annonce l’auteur de Voices From the 99 Percent (2). Une prophétie presque tiède comparée à l’enthousiasme péremptoire de Chris Hedges. Dans Jours de destruction, jours de révolte (3), l’ancien journaliste du New York Times compare OWS aux révolutions de 1989 en Allemagne de l’Est, en Tchécoslovaquie et en Roumanie. Les protestataires new-yorkais, écrit-il, « étaient d’abord désorganisés, pas très sûrs de ce qu’ils devaient faire, pas même convaincus d’avoir accompli quoi que ce soit de méritoire. L’air de rien, ils ont pourtant déclenché un mouvement de résistance global qui a résonné à travers tout le pays et jusque dans les capitales européennes. Le statu quo précaire imposé par les élites durant des décennies a volé en éclats. Un autre récit a pris forme. La révolution a commencé. »

Ce qui rend ces livres très ennuyeux, c’est qu’à quelques exceptions près ils se ressemblent tous, racontent les mêmes anecdotes, citent les mêmes communiqués, déroulent les mêmes interprétations historiques, s’attardent sur les mêmes broutilles. Comment le joueur de djembé a empêché tout le monde de dormir, ce qui s’est vraiment passé sur le pont de Brooklyn, pourquoi et comment Untel s’est retrouvé là, qui a eu l’idée en premier de tenir des assemblées générales, comment chacun a nettoyé le parc durant une nuit d’affolement pour éviter de s’en faire expulser le lendemain, etc. Mesuré en nombre de mots par mètre carré de pelouse occupée, Zuccotti Park constitue sans aucun doute l’un des lieux les plus scrutés de l’histoire du journalisme.

La grande épopée fut pourtant de courte durée. Les campeurs ont été évacués deux mois après leur installation. Hormis quelques groupes résiduels ici et là, animés par des militants chevronnés, le mouvement OWS s’est désagrégé. La tempête médiatique qui s’était engouffrée dans les tentes de Zuccotti Park est repartie souffler ailleurs. Faisons une pause et comparons le bilan d’OWS avec celui de son vilain jumeau, le Tea Party, et du renouveau de la droite ultraréactionnaire dont celui-ci est le fer de lance (4). Grâce à ces bénévoles de la surenchère, le Parti républicain est redevenu majoritaire à la Chambre des représentants ; dans les législatures d’Etat, il a pris six cents sièges aux démocrates. Le Tea Party a même réussi à propulser l’un des siens, M. Paul Ryan, à la candidature pour la vice-présidence des Etats-Unis.

La question à laquelle les thuriféraires d’OWS consacrent des cogitations passionnées est la suivante : quelle est la formule magique qui a permis au mouvement de rencontrer un tel succès ? Or c’est la question diamétralement inverse qu’ils devraient se poser : pourquoi un tel échec ? Comment les efforts les plus louables en sont-ils venus à s’embourber dans le marécage de la glose académique et des postures antihiérarchiques ?

Les choses avaient pourtant commencé très fort. Dès les premiers jours d’occupation de Zuccotti Park, la cause d’OWS était devenue incroyablement populaire. De fait, comme le souligne Todd Gitlin (5), jamais depuis les années 1930 un thème progressiste n’avait autant fédéré la société américaine que la détestation de Wall Street. Les témoignages de sympathie pleuvaient par milliers, les chèques de soutien aussi, les gens faisaient la queue pour donner des livres et de la nourriture aux campeurs. Des célébrités vinrent se montrer à Zuccotti et les médias commencèrent à couvrir l’occupation avec une attention qu’ils n’accordent pas souvent aux mouvements sociaux estampillés de gauche.

Mais les commentateurs ont interprété à tort le soutien à la cause d’OWS comme un soutien à ses modalités d’action. Les tentes plantées dans le parc, la préparation de la tambouille pour des légions de campeurs, la recherche sans fin du consensus, les affrontements avec la police… voilà, aux yeux des exégètes, ce qui a fait la force et la singularité d’OWS ; voilà ce que le public a soif de connaître.

Ce qui se tramait à Wall Street, pendant ce temps-là, a suscité un intérêt moins vif. Dans Occupying Wall Street, un recueil de textes rédigés par des écrivains ayant participé au mouvement (6), la question des prêts bancaires usuraires n’apparaît qu’à titre de citation dans la bouche d’un policier. Et n’espérez pas découvrir comment les militants de Zuccotti comptaient contrarier le pouvoir des banques. Non parce que ce serait mission impossible, mais parce que la manière dont la campagne d’OWS est présentée dans ces ouvrages donne l’impression qu’elle n’avait rien d’autre à proposer que la construction de « communautés » dans l’espace public et l’exemple donné au genre humain par le noble refus d’élire des porte-parole.

Culte de la participation

Malheureusement, un tel programme ne suffit pas. Bâtir une culture de lutte démocratique est certes utile pour les cercles militants, mais ce n’est qu’un point de départ. OWS n’est jamais allé plus loin ; il n’a pas déclenché une grève, ni bloqué un centre de recrutement, ni même occupé le bureau d’un doyen d’université. Pour ses militants, la culture horizontale représente le stade suprême de la lutte : « Le processus est le message », entonnaient en chœur les protestataires.

On pourra objecter que la question de présenter ou non des revendications fut âprement débattue par les militants lorsqu’ils occupaient effectivement quelque chose. Mais, pour qui feuillette tous ces ouvrages un an plus tard, ce débat paraît d’un autre monde. Presque aucun ne s’est hasardé à reconnaître que le refus de formuler des propositions a constitué une grave erreur tactique. Au contraire, Occupying Wall Street, le compte rendu quasi officiel de l’aventure, assimile toute velléité programmatique à un fétiche conçu pour maintenir le peuple dans l’aliénation de la hiérarchie et de la servilité. Hedges ne dit pas autre chose lorsqu’il explique que « seules les élites dominantes et leurs relais médiatiques » exhortaient OWS à faire connaître ses demandes. Présenter des revendications serait admettre la légitimité de son adversaire, à savoir l’Etat américain et ses amis les banquiers. En somme, un mouvement de protestation qui ne formule aucune exigence serait le chef-d’œuvre ultime de la vertu démocratique…

D’où la contradiction fondamentale de cette campagne. De toute évidence, protester contre Wall Street en 2011 impliquait de protester aussi contre les tripatouillages financiers qui nous avaient précipités dans la grande récession ; contre le pouvoir politique qui avait sauvé les banques ; contre la pratique délirante des primes et des bonus qui avait métamorphosé les forces productives en tiroir-caisse pour les 1 % les plus riches. Toutes ces calamités tirent leur origine de la dérégulation et des baisses d’impôts — autrement dit, d’une philosophie de l’émancipation individuelle qui, au moins dans sa rhétorique, n’est pas contraire aux pratiques libertaires d’OWS.

Inutile d’avoir suivi des cours de « post-structuralisme menant à l’anarchisme » pour comprendre comment inverser la tendance : en reconstruisant un Etat régulateur compétent. Souvenez-vous de ce que disaient durant ces fameux premiers jours de septembre 2011 les militants d’OWS : réintroduisons la loi Glass-Steagall de 1933, qui séparait les banques de dépôt et les banques d’investissement. Vive l’« Etat obèse » ! Vive la sécurité !

Mais ce n’est pas ainsi que l’on enflamme l’imagination de ses contemporains. Comment animer un carnaval lorsqu’on rêve secrètement d’experts-comptables et d’administration fiscale ? En remettant les choses à plus tard. En évitant de réclamer des mesures concrètes. Réclamer, c’est admettre que les adultes guindés et sans humour ont repris la barre et que la récréation est finie. Ce choix tactique a remarquablement fonctionné au début, mais il a aussi fixé une date de péremption à tout le mouvement. En s’interdisant d’exiger quoi que ce soit, OWS s’est enfermé dans ce que Christopher Lasch appelait — en 1973 — le « culte de la participation ». Autant dire dans une protestation dont le contenu se résume à la satisfaction d’avoir protesté.

Le galimatias des militants

Dans leurs déclarations d’intention, les campeurs de Zuccotti Park célébraient haut et fort la vox populi. Dans la pratique, pourtant, leur centre de gravité penchait d’un seul côté, celui du petit monde universitaire. Les militants cités dans les livres ne dévoilent pas toujours leur identité socioprofessionnelle, mais, lorsqu’ils le font, ils se révèlent soit étudiants, soit ex-étudiants récemment diplômés, soit enseignants.

On ne peut que saluer la mobilisation du monde universitaire. La société a besoin d’entendre cette voix-là. Quand les frais de scolarité grimpent à des pics vertigineux, que l’endettement des diplômés débarquant sur le marché du travail atteint facilement les 100 000 dollars, que des doctorants se retrouvent exploités sans vergogne, les personnes concernées ont parfaitement raison de protester (7). Elles devraient s’attaquer au système, exiger un contrôle strict des frais de scolarité. Que l’on songe aux manifestations qui ont ébranlé le Québec au printemps dernier, quand une partie importante de la population est venue soutenir dans la rue l’exigence estudiantine d’une éducation accessible à tous : là-bas, le mouvement a gagné. Les étudiants ont obtenu presque tout ce qu’ils demandaient. La protestation sociale a fait valser les portes de l’université.

Mais c’est quand l’inverse se produit, quand la discussion académique de haute culture devient un modèle de lutte sociale, que le problème surgit. Pourquoi OWS inspire-t-il aussi souvent à ses admirateurs le besoin de s’exprimer dans un jargon inintelligible ? Pourquoi tant de militants ont-ils éprouvé le besoin de quitter leur poste pour participer à des débats de salon entre érudits (8) ? Pourquoi d’autres ont-ils choisi de réserver leurs témoignages à des revues confidentielles comme American Ethnologist ou Journal of Critical Globalisation Studies ? Pourquoi un pamphlet conçu pour galvaniser les troupes d’OWS est-il rempli de déclarations amphigouriques du genre : « Notre point d’attaque se situe dans les formes de subjectivité dominantes produites dans le contexte des crises sociales et politiques actuelles. Nous nous adressons à quatre figures subjectives — l’endetté, le médiatisé, le sécurisé et le représenté —, qui sont toutes en voie d’appauvrissement et dont le pouvoir d’action sociale est masqué ou mystifié. Nous pensons que les mouvements de révolte et de rébellion nous donnent les moyens non seulement de refuser les régimes répressifs dont souffrent ces figures subjectives, mais aussi d’inverser ces subjectivités face au pouvoir (9) » ? Et pourquoi, quelques mois seulement après avoir occupé Zuccotti Park, plusieurs militants ont-ils jugé indispensable de créer leur propre revue universitaire à prétention théorisante, Occupy Theory, destinée bien sûr à accueillir des essais impénétrables visant à démontrer la futilité de toute théorisation ? Est-ce ainsi qu’on bâtit un mouvement de masse ? En s’obstinant à parler un langage que personne ne comprend ?

La réponse est connue : avant qu’une protestation s’élargisse en mouvement social de grande ampleur, ses protagonistes doivent d’abord réfléchir, analyser, théoriser. Le fait est que, de ce point de vue, OWS a fourni assez de matière pour alimenter un demi-siècle de luttes — sans réussir pour autant à mener la sienne ailleurs que dans une impasse.

Occuper Wall Street a réalisé d’excellentes choses. Il a su trouver un bon slogan, identifier le bon ennemi et capter l’imagination du public. Il a donné forme à une culture protestataire démocratique. Il a établi des liens avec les syndicats de travailleurs, un pas crucial dans la bonne direction. Il a redonné vigueur à la notion de solidarité, vertu cardinale de la gauche. Mais les réflexes universitaires ont vite pris une place écrasante, transformant OWS en un laboratoire où ses forts en thème venaient valider leurs théories. Car les campements n’accueillaient pas seulement des militants soucieux de changer le monde : ils ont aussi servi d’arène à la promotion individuelle de quelques carriéristes.

Et c’est une façon encore trop optimiste de présenter les choses. La manière pessimiste consisterait à ouvrir le dernier livre de Michael Kazin, American Dreamers (Knopf, New York, 2011), et à convenir avec lui que, depuis la guerre du Vietnam et le combat pour les droits civiques dans les années 1960, aucun mouvement progressiste n’a opéré la jonction avec le grand public américain — à l’exception de la campagne anti-apartheid des années 1980. Il est vrai qu’au temps du Vietnam le pays fourmillait de militants de gauche, surtout dans les universités. Mais, depuis, étudier la « résistance » a constitué un moyen éprouvé d’améliorer ses perspectives de carrière, quand ce n’est pas la matière même de certaines disciplines annexes. Toutefois, aussi érudite soit-elle sur le plan intellectuel, la gauche continue d’aller de défaite en défaite. Elle ne parvient plus à faire cause commune avec le peuple.

Cet échec s’explique peut-être par la surreprésentation en son sein d’une profession dont le mode opératoire est délibérément abscons, ultrahiérarchisé, verbeux et professoral, peu propice à une démarche fédératrice. Ou peut-être résulte-t-il de la persistance à gauche d’un mépris envers l’homme de la rue, surtout quand on peut lui reprocher d’avoir mal voté ou commis quelque péché politique. Ou peut-être encore est-ce l’effondrement de l’appareil industriel qui rend les mouvements sociaux obsolètes. Ce n’est pas dans les ouvrages sur OWS que l’on trouvera la moindre réponse.

Les activistes anti-Wall Street n’aiment pas, c’est clair, leurs homologues du Tea Party. Dans leur esprit, apparemment, ils ne sont pas tout à fait de vraies gens, comme si d’autres principes biologiques s’appliquaient à leur espèce. La philosophe Judith Butler, professeur à l’université de Columbia, évoque avec répugnance une réunion du Tea Party au cours de laquelle des individus se seraient réjouis de la mort prochaine de plusieurs malades dépourvus d’assurance-maladie. « Sous quelles conditions économiques et politiques de telles formes de cruauté joyeuse émergent-elles ? », s’interroge-t-elle.

C’est une bonne question. Deux paragraphes plus loin, pourtant, Butler change de sujet pour louer l’admirable décision d’OWS de ne rien réclamer, ce qui lui fournit l’occasion d’esquisser une théorie de haut vol : une foule qui proteste est spontanément et intrinsèquement libérationniste. « Lorsque des corps se rassemblent pour manifester leur indignation et affirmer leur existence plurielle dans l’espace public, ils expriment aussi des demandes plus vastes, écrit-elle. Ils demandent à être reconnus et valorisés ; ils revendiquent le droit d’apparaître et d’exercer leur liberté ; ils réclament une vie vivable (10). » C’est réglé comme du papier à musique : les mécontents qui descendent dans la rue le font nécessairement pour affirmer l’existence plurielle de leurs corps, partout et toujours — sauf s’ils appartiennent au groupe mentionné deux paragraphes plus haut…

Pourtant, les deux mouvements présentent quelques ressemblances. Ils partagent par exemple la même aversion obsessionnelle pour les plans de sauvetage de 2008, qualifiés par les deux camps de « capitalisme de connivences ». L’un et l’autre s’expriment en occupant des espaces publics ; l’un et l’autre ont accordé une place importante aux partisans de M. Ron Paul, le chef de file du courant « libertarien » du Parti républicain. Même le masque d’Anonymous (à l’effigie de Guy Fawkes, le vengeur solitaire du film V comme Vendetta) a circulé dans les deux camps.

Sur le plan tactique aussi les analogies existent. OWS et le Tea Party sont restés pareillement flous dans leurs revendications, afin de ratisser plus large. Les deux groupes se sont appesantis avec la même emphase sur les persécutions dont ils s’estimaient victimes. Côté campeurs, on insistait sur les brutalités policières. Dans un récit de quarante-cinq pages (11), Will Bunch narre en détail la répression aveugle et l’arrestation de masse d’une manifestation sur le pont de Brooklyn. Côté Tea Party, c’est le supplice infligé par les « médias de gauche » et leurs accusations de racisme qui nourrit la martyrologie collective (12).

L’absence de dirigeants est un autre point commun aux deux camps. Dans le manifeste du Tea Party rédigé en 2010 par M. Richard (« Dick ») Armey, ancien parlementaire républicain du Texas, figure même un chapitre intitulé « Nous sommes un mouvement d’idées, pas de leaders ». Le raisonnement livré ici ne dépareillerait pas chez les théoriciens d’OWS : « S’ils [nos adversaires] savaient qui tire les ficelles, ils pourraient s’en prendre à lui ou à elle. Ils pourraient écraser l’opposition gênante du Tea Party. »

Si l’on se plonge dans les références littéraires du Tea Party, on peut également y déceler des traces de la philosophie d’OWS relative au refus de toute revendication. Voyons ce qu’en dit la philosophe Ayn Rand, dont les théories « objectivistes » ont servi de socle moral à la dérégulation capitaliste (13). Dans La Grève, sa grande œuvre romanesque parue en 1957, vendue à sept millions d’exemplaires aux Etats-Unis, les « revendications » sont assimilées au monde nuisible du pouvoir politique, qui les formule au nom de ses administrés forcément fainéants et improductifs. Les hommes d’affaires, en revanche, négocient des contrats : ils agissent dans l’harmonie des liens consensuels établis par le libre marché. Le morceau de bravoure se situe au moment où le personnage de John Galt, qui s’est mis en grève contre le fléau de l’égalitarisme, adresse ce discours au gouvernement américain : « Nous n’avons aucune revendication à vous présenter, aucune disposition à marchander, aucun compromis à atteindre. Vous n’avez rien à nous offrir. Nous n’avons pas besoin de vous. »

Faire grève sans rien réclamer ? Oui, car demander quelque chose à l’Etat serait reconnaître sa légitimité. Pour définir cette attitude, Rand a forgé une expression sophistiquée : la « légitimation de la victime ». Engagé dans la réalisation de son potentiel personnel, le grand patron — la « victime », dans la pittoresque vision du monde de l’auteure — refuse la bénédiction d’une société qui le tyrannise à coups d’impôts et de règlements. Le milliardaire éclairé ne veut rien avoir à faire avec les pillards et les parasites qui peuplent une société nivelée par le bas.

Comment ces précurseurs du « 1 % » vont-ils s’y prendre pour l’emporter ? En bâtissant une communauté modèle au cœur même du vieux monde. Toutefois, les milliardaires meurtris imaginés par Rand n’organisent pas des assemblées générales dans les jardins publics, mais se retirent dans une vallée déserte du Colorado, où ils créent un capitalisme paradisiaque, non coercitif, dont la monnaie, un étalon-or fait maison, ne doit rien à l’Etat.

Comment appâter le client ?

Une dernière similitude. L’astuce idéologique du Tea Party a consisté, bien sûr, à détourner la colère populaire qui s’était déchaînée contre Wall Street pour la reporter sur l’Etat (14). OWS a fait de même, mais de façon plus abstraite et théorique. On s’en aperçoit, par exemple, en déchiffrant l’argumentaire de l’anthropologue Jeffrey Juris : « Les occupations ont remis en question le pouvoir souverain de l’Etat de réguler et contrôler la distribution des corps dans l’espace, (…) notamment par l’appropriation d’espaces urbains particuliers tels que les parcs publics et les squares et par leur requalification en lieux d’assemblée publique et d’expression démocratique (15). » Ce type de rhétorique illustre un point de convergence entre OWS et la gauche universitaire : la mise en accusation de l’Etat et de son pouvoir de tout « réguler », « contrôler », même si, dans le cas de Wall Street, le problème vient plutôt du fait qu’il ne régule et ne contrôle à peu près rien. A quelques corrections mineures près, le texte pourrait se lire comme un pamphlet libertarien contre les espaces verts.

Puisque aucun des livres cités ici n’a prêté attention à ces concordances, on ne risque pas d’y trouver une théorie susceptible de les expliquer. Qu’on me permette donc de proposer la mienne.

La raison pour laquelle OWS et le Tea Party paraissent parfois si semblables tient au fait qu’ils empruntent tous deux à ce libertarisme un peu paresseux et narcissique qui imprègne désormais notre vision de la contestation, depuis les adolescents de Disney Channel en quête d’eux-mêmes jusqu’aux pseudo-anarchistes qui vandalisent un Starbuck’s. Tous imaginent qu’ils se rebellent contre « l’Etat ». C’est dans le génome de notre époque, semble-t-il.

Le succès venant, le Tea Party a remisé au placard ses discours bravaches sur l’organisation horizontale. Autant de boniments dont la principale vocation était d’appâter le client. Ce mouvement n’avait pas de penseurs poststructuralistes, mais il disposait d’argent, de réseaux et de l’appui d’une grande chaîne de télévision (Fox News). Aussi n’a-t-il pas tardé à produire des dirigeants, des revendications et un alignement fructueux sur le Parti républicain. Occuper Wall Street n’a pas pris ce chemin-là. L’horizontalité, il y croyait vraiment. Après avoir connu un succès foudroyant, il s’est donc disloqué en vol.

Les élections présidentielles et législatives de novembre 2012 sont maintenant terminées : M. Obama a été reconduit à la Maison Blanche, M. Ryan a conservé son siège à la Chambre des représentants, la guerre contre les travailleurs continue — dans le Michighan, notamment — et Wall Street dirige toujours le monde. Certes, la ploutocratie n’est pas parvenue à convaincre la population qu’elle était sa meilleure amie, mais l’ordre ancien perdure et il apparaît de plus en plus évident que seul un mouvement social de masse, solidement ancré à gauche, pourra mettre fin à l’ère néolibérale. Malheureusement, OWS n’en fut pas un.

Thomas Frank

Journaliste à Harper’s Magazine et fondateur de la revue The Baffler, où fut publiée la version originale de cet article (no 21, novembre-décembre 2012). Auteur de Pourquoi les pauvres votent à droite, Agone, Marseille, 2004.

(1) Sarah Van Gelder et l’équipe de Yes ! Magazine, This Changes Everything : Occupy Wall Street and the 99 % Movement, Berrett-Koehler, San Francisco, 2012.

(2) Lenny Flank, Voices From the 99 Percent : An Oral History of the Occupy Wall Street Movement, Red Black & Publishers, St Petersburg (Floride), 2011.

(3) Chris Hedges et Joe Sacco, Jours de destruction, jours de révolte, Futuropolis, Paris, 2012.

(4) Lire Robert Zaretsky, « Au Texas, le Tea Party impose son style », Le Monde diplomatique, novembre 2010.

(5) Todd Gitlin, Occupy Nation : The Roots, the Spirit, and the Promise of Occupy Wall Street, It Books, New York, 2012.

(6) Collectif Writers for the 99 %, Occupying Wall Street : The Inside Story of an Action that Changed America, Haymarket Books, Chicago, 2012.

(7) Lire Christopher Newfield, « La dette étudiante, une bombe à retardement », Le Monde diplomatique, septembre 2012.

(8) Une situation qu’on observe aussi ailleurs. Lire Pierre Rimbert, « La pensée critique dans l’enclos universitaire », Le Monde diplomatique, janvier 2011.

(9) Antonio Negri et Michael Hardt, « Declaration », repris par Jacobin sous le titre « Take up the baton ».

(10) Judith Butler, « From and against precarity », décembre 2011.

(11) Will Bunch, October 1st, 2011 : The Battle of the Brooklyn Bridge, Kindle Singles, Seattle, 2012.

(12) Par exemple, Michael Graham, That’s No Angry Mob, That’s My Mom : Team Obama’s Assault on Tea-Party, Talk-Radio Americans, Regnery Publishing, Washington, DC, 2010.

(13) Lire François Flahault, « La philosophe du Tea Party », Manière de voir, n°125, « Où va l’Amérique ? », octobre-novembre 2012.

(14) Lire Thomas Frank, « Et la droite américaine a détourné la colère populaire », Le Monde diplomatique, janvier 2012.

(15) Jeffrey S. Juris, « Reflections on #Occupy everywhere : Social media, public space, and emerging logics of aggregation », American Ethnologist, vol. 39, n°2, Davis (Californie), mai 2012.

Voir aussi:

Nuit Debout: les limites d’un mouvement sympathique

Le rassemblement nocturne qui dure depuis la fin du mois de mars devra surmonter les difficultés de la démocratie directe et la tentation de l’entre soi.

L’étonnant est que la jeunesse ne se soit pas révoltée plus tôt, d’une manière ou d’une autre. Angoissée par le chômage de masse, frappée par la précarité, elle avait bien plus de raisons objectives de se rebeller qu’en mai 1968. C’est dire si l’éclosion du mouvement «Nuit Debout» était attendue, ou redoutée, par nombre d’observateurs ou d’acteurs politiques.

Déniaisement politique

L’absence jusqu’à présent, en France, de mouvements analogues à celui des «Indignés» en Espagne a pu s’expliquer de différentes manières. La crise économique a frappé ici moins durement les populations que de l’autre côté des Pyrénées. Or le projet de loi dit El Khomri a précisément donné à certains jeunes le sentiment que l’ère des protections sociales était désormais révolue.

L’autre raison, et sans doute la principale, du retard de la jeunesse française à se mettre en mouvement tient à l’importance spécifique du champ politique dans ce pays. Les espoirs placés dans l’alternance de l’équipe au pouvoir et l’habitude d’attendre beaucoup (trop) de l’Etat ne militaient pas en faveur du surgissement de la société sur la scène publique.

Le moins qu’on puisse dire est que François Hollande a fortement contribué à déniaiser la jeunesse française. Preuve a été spectaculairement administrée que les changements de couleur au sommet de l’Etat ne changeaient pas grand chose aux politiques effectivement conduites.

Un mouvement à déplafonner

Le terrain était ainsi déblayé pour qu’apparaisse enfin en France un mouvement de protestation rappelant, plus ou moins, les précédents américain d’«Occupy Wall Street» (2011) et espagnol des «Indignados» (2011-2012). Pour l’heure, «Nuit Debout» n’a cependant pas du tout la même ampleur que ce dernier phénomène.

On ne peut qu’être frappé par le contraste qui existe entre l’ample traitement médiatique du mouvement et sa relative modestie sur le terrain. «J’ai l’impression que les journalistes en font quelque chose de plus gros que ça n’est pour le moment», reconnaît honnêtement Johanna Silva, militante de Nuit Debout qui travaille au journal Fakir de François Ruffin.

Les centaines de personnes qui se rassemblent, chaque soir, sur une partie de la place de la République ne font guère boule de neige malgré l’important écho médiatique. «Là pour l’instant on peut dire qu’on plafonne, il y a une stabilité, il n’y a pas plus de monde chaque jour», observe Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement qui participe à Nuit Debout. La multiplication d’opérations du même type dans les régions ne résout pas la question de son élargissement.

Limites de la spontanéité

Avec ses longues assemblées générales et ses multiples commissions, Nuit Debout passe plus de temps à s’organiser qu’à se fixer des objectifs précis.

Pour grandir, le mouvement devra vraisemblablement surmonter une série de difficultés qui pèsent sur la mobilisation. La première tient aux limites de la spontanéité.

Ruffin, dont les initiatives sont à l’origine première de cet événement, rappelle une évidence:  «Il ne faudrait surtout pas croire que Nuit Debout est un mouvement spontané, né comme par miracle de la somme de désirs communs». Au contraire, «il a fallu organiser tout ça, canaliser ces actions disparates et ce besoin d’action».

Le rédacteur en chef de Fakir s’est cependant mis en retrait, laissant à de plus jeunes le soin d’organiser ce mouvement. Ce respect de l’autonomie d’une nouvelle génération est louable mais se paie d’inévitables tâtonnements. Avec ses longues assemblées générales et ses multiples commissions, Nuit Debout passe beaucoup plus de temps à s’organiser qu’à se fixer des objectifs précis.

Limites de la démocratie directe

Le dévoiement de la démocratie représentative a atteint un tel degré qu’il est logique que la démocratie directe soit particulièrement attractive pour de jeunes citoyens en phase de politisation. Comment croire encore aux joutes électorales droite-gauche lorsqu’un ministre éminent lance son propre mouvement politique en précisant que celui-ci peut accueillir à la fois des membres du PS et de LR?

Pour autant, il est un peu étrange que soit proposé en AG de revoter, par  quelques centaines de participants, des projets de lois en discussion au Parlement. Les libres prises de parole de Nuit Debout tiennent, au demeurant, souvent plus de l’expression de préoccupations diverses que de l’effort de définir un intérêt commun.

Un orateur défenseur des animaux est suivi par un militant avocat des migrants. Curieusement, alors qu’il est entendu que personne ne doit intervenir au nom d’une organisation, nombreux sont ceux qui prennent la parole uniquement pour défendre la cause qui leur tient à cœur. D’autres se contentent d’exprimer leur ressenti personnel dans la droite ligne de l’individualisme ambiant.

Si beaucoup de prises de paroles sont souvent émouvantes et rafraîchissantes, il est dommage que la méfiance de principe à l’égard des responsables de tous poils interdise à Nuit Debout d’être irrigué par de solides expériences militantes. Des syndicalistes auraient beaucoup de choses à dire aux jeunes rassemblés. Jean-Baptiste Eyraud regrette à raison qu’ils ne soient «pas forcément très appréciés» dans ces assemblées.

Le risque de l’entre soi

Le principal risque auquel s’expose Nuit Debout, pointé un soir par Ruffin lui-même, est celui de «l’entre soi». Par l’énergie qu’il exige simplement pour se constituer et se structurer, ce genre de mouvement innovant est menacé de devenir sa propre fin.

Le mouvement «Occupy Wall Street» était «tombé amoureux de lui-même», ce qui avait fini par signer son arrêt de mort.

On a pu entendre, place de la République, un militant en appeler au civisme de chacun au motif que Nuit Debout devait constituer «une mini-société parfaite». C’est là se fixer un objectif à la fois trop ambitieux –la perfection n’étant pas de l’ordre du social– et trop modeste –le but devant être plutôt de changer la société dans son ensemble. Dans le même esprit, un participant à une «assemblée constituante» explique: «On s’entraîne à écrire la Constitution, simplement pour se rendre compte qu’on peut le faire nous-même».

L’étroitesse sociologique de Nuit Debout est, au stade actuel, criante. Le public rassemblé à Paris, blanc et surtout jeune, ne brille guère par sa «diversité». «Pour le moment, il faut bien l’admettre, la Nuit Debout reste un mouvement animé par des individus qui n’appartiennent pas aux couches sociales les plus défavorisées, auxquels s’adjoignent, au mieux, quelques précaires (qui sont le plus souvent des intellectuels précaires», constate le sociologue Albert Ogien.

Ruffin s’inquiète, lui aussi, de sa capacité à «toucher des milieux populaires»: «Le mouvement doit dépasser les seuls centres urbains et essaimer à la périphérie, dans les banlieues, les zones rurales et industrielles, sinon il trouvera vite ses limites», prévient-il.

Le mouvement Nuit Debout ne passera à la vitesse supérieure que s’il est capable d’un décentrement assez radical. Il ne pourra être le lieu d’une «convergence des luttes» s’il tient à l’écart ceux qui les portent effectivement et s’il se limite à juxtaposer les revendications les plus diverses. L’expérience malheureuse de «Occupy Wall Street» devrait lui être utile. Ce mouvement était «tombé amoureux de lui-même», ce qui avait fini par signer son arrêt de mort.

Voir également:

Nuit debout : comment dépasser l’expérience citoyenne dans un projet politique ?

Laura Raïm

Regards

9 avril 2016

Occupy Wall Street a montré les risques de dispersion qui menacent les mouvements sociaux quand le formalisme démocratique l’emporte sur la formulation d’objectifs politiques. La Nuit debout devra trouver les moyens d’aller au-delà de l’occupation…

Délocaliser ou pas la cuisine de la cantine, telle est la question qui accapare une bonne vingtaine de minutes l’Assemblée générale de la quatrième Nuit debout, dimanche 3 avril, Place de la République. Pour des raisons d’hygiène, il serait préférable de préparer la nourriture dans de vraies cuisines équipées. Oui mais alors le cuisinier, à l’écart, ne pourrait plus participer aux discussions de la place. Le débat glisse ensuite vers une question plus profonde : est-il vraiment indispensable de faire débattre et voter, là maintenant, le millier de personnes présentes en AG sur la délocalisation de la cuisine ? Les membres de la « commission cantine » ne pourraient-ils pas, tout simplement, décider entre eux du lieu où ils veulent faire à manger ?

« Nous n’occupons pas pour occuper. Nous occupons pour atteindre des objectifs politiques. » Frédéric Lordon

Savoir ce que l’on dit aux profiteurs qui se nourrissent tous les jours à l’œil à la cantine où le prix est libre est important. Décider ce que l’on fait des gens ivres sur la place aussi. « Mais il ne faut pas que tout ça nous fasse perdre le sens de ce que nous faisons ici. » Le recadrage émane de Frédéric Lordon, qui a demandé à prendre la parole au bout d’une heure de discussions logistiques. L’économiste, soutien depuis le début du mouvement, n’est pas là pour parler intendance. « Nous n’occupons pas pour occuper. Nous occupons pour atteindre des objectifs politiques. » Et de plaider d’une part pour la « convergence des luttes » avec les agriculteurs, les chauffeurs de taxi etc, et d’autre part pour l’écriture d’une « constitution de la république sociale pour nous libérer de la propriété privée du capital ».

La perte de vue des objectifs politiques constitue-t-elle un écueil possible pour le mouvement qui a émergé après la manifestation du 31 mars 2016 contre la loi El Khomri ? À voir la pancarte « Ni capitaliste ni anticapitaliste, citoyen », on peut penser qu’une partie des jeunes « nuitdeboutistes » ont même une aversion à élaborer le moindre projet politique. « Mon père est de droite, je veux pouvoir lui dire de venir car ici ce n’est ni de gauche ni de droite », se réjouit une jeune femme, suscitant une réaction mitigée dans l’agora.

Pour certains d’entre eux, la réappropriation de l’espace public et l’expérimentation concrète de la démocratie directe et participative sont des fins en soi. Et de fait, il y a de quoi se réjouir. Beaucoup de jeunes n’avaient jamais manifesté avant. Maintenant ils sont là, ils parlent pendant des heures de valeurs collectives, du sens du travail, de distribution des richesses, d’accueil des réfugiés, de violence policière, bref, de politique, et c’est énorme. Est-ce suffisant ?

« Bâtir une culture de lutte démocratique est certes utile pour les cercles militants, mais ce n’est qu’un point de départ. Occupy Wall Street n’est jamais allé plus loin. » Thomas Franck

Dans un article du Monde diplomatique intitulé « Le piège d’une contestation sans revendications : Occuper Wall Street, un mouvement tombé amoureux de lui-même », le journaliste américain Thomas Franck affirme que « le refus de formuler des propositions a constitué une grave erreur tactique ». « Bâtir une culture de lutte démocratique est certes utile pour les cercles militants, mais ce n’est qu’un point de départ. OWS n’est jamais allé plus loin. (…) Pour ses militants, la culture horizontale représente le stade suprême de la lutte : « Le processus est le message », entonnaient en chœur les protestataires ».

Comment auraient-ils dû procéder ? Pour Thomas Franck, lutter contre Wall Street en 2011 impliquait, très prosaïquement, de se battre pour reréguler la finance par des lois et reconstruire « un État régulateur compétent ». « Mais ce n’est pas ainsi que l’on enflamme l’imagination de ses contemporains. Comment animer un carnaval lorsqu’on rêve secrètement d’experts-comptables et d’administration fiscale ? En remettant les choses à plus tard. En évitant de réclamer des mesures concrètes. Réclamer, c’est admettre que les adultes guindés et sans humour ont repris la barre et que la récréation est finie. Ce choix tactique a remarquablement fonctionné au début, mais il a aussi fixé une date de péremption à tout le mouvement. »

Le campement à Zuccotti Park a été évacué au bout de deux mois. On pourrait objecter à Thomas Franck que la dispersion d’Occupy n’est pas synonyme d’échec. Comme le fait souvent remarquer notamment Naomi Klein, le mouvement a fait resurgir le sentiment de la possibilité d’une transformation sociale, et une fois rentrés chez eux, les militants ont poursuivi de plus belle la lutte, que ce soit dans la restauration rapide en faveur des 15 dollars de l’heure ou dans la campagne Black Lives Matter contre les violences policières. Surtout, le mouvement a produit une chose que l’on ne pensait pas voir de sitôt aux États-Unis : un candidat socialiste aux primaires des présidentielles. Bernie Sanders a été porté par la génération Occupy. On peut en dire autant de Jeremy Corbyn aux Royaume-Uni ou de Syriza en Grèce, deux pays qui ont vu des mouvements importants d’occupation des places.

« S’il y a bien une chose qui n’a que faire de tout principe arithmétique de majorité, ce sont bien les insurrections. » Le Comité invisible

La critique de Thomas Franck fait écho, pour des raisons pourtant diamétralement opposées, à celle du Comité invisible sur le « fétichisme de l’assemblée générale » dans À nos amis. À Placa Catalunya à Barcelone, « chacun a pu alors constater que, lorsque l’on est aussi nombreux, il n’y a plus aucune différence entre démocratie directe et démocratie représentative. L’assemblée est le lieu où l’on est contraint d’écouter des conneries sans pouvoir répliquer, exactement comme devant la télé ».

À Oakland, on en vint à « considérer que l’assemblée n’avait aucun titre à valider ce que tel ou tel groupe pouvait ou voulait faire, qu’elle était un lieu d’échange et non de décision ». Car de toute façon, « s’il y a bien une chose qui n’a que faire de tout principe arithmétique de majorité, ce sont bien les insurrections, dont la victoire dépend de critères qualitatifs — de détermination, de courage, de confiance en soi, de sens stratégique, d’énergie collective ». Les auteurs évoquent quasiment une pathologie démocratique : « Si l’insurrection a d’abord trait à la colère, puis à la joie, la démocratie directe, dans son formalisme, est d’abord une affaire d’angoissés. Que rien ne se passe qui ne soit déterminé par une procédure prévisible. Qu’aucun événement ne nous excède ».

Il est en effet tentant de sourire devant les procédures que s’imposent depuis une quinzaine d’années les altermondialistes, Occupy et autres indignés pour maintenir la sacro sainte horizontalité. « Le Comité invisible mise tout sur la densité des relations et la confiance qui naît du fait d’habiter et de manger ensemble, de s’auto-organiser. Il n’empêche que les règles qu’ils ridiculisent ont leur utilité, affirme le philosophe Manuel Cervera-Marzal. Le système du tour de parole, par exemple, permet aux gens timides de s’inscrire et d’oser s’exprimer. Sans ça, c’est celui qui a l’habitude et qui crie le plus fort qui est entendu ».

Pour l’auteur de Désobéir en démocratie, les mouvements sociaux désireux de s’affranchir des structures hiérarchiques associées aux partis traditionnels auraient même, dans certains cas, intérêt à se doter de plus de règles. « Le problème, quand on part du principe qu’il n’y a pas de chef, c’est qu’on est aveugle face à celui qui émerge de manière informelle, par exemple sous l’effet des médias qui repèrent le « bon client ». Comme on ne le voit pas, on ne se donne pas les moyens de le contrôler par des élections et des mandats bien définis ».

« Non, la démocratie ne signifie pas donner la parole à tout le monde, et surtout pas aux fachos. Globalement, il y a un gros travail d’éducation populaire à faire pour politiser les AG. » Lise, une des initiatrices de la Nuit debout

C’était tout le propos de Joreen Freeman, lors de sa conférence sur « la tyrannie de l’absence de structure », prononcée en mai 1970. La militante féministe américaine comparait l’approche spontanéiste qui se méfie de tout protocole à la doctrine du « laisser-faire » qui « n’interdit pas aux secteurs dominants de l’économie de contrôler les salaires, les prix et la distribution » mais qui « se contente de priver l’État de la possibilité de le faire. L’absence de structure cache le pouvoir et, dans le mouvement féministe, l’idée séduit en particulier les personnes les mieux placées pour en profiter (qu’elles en soient conscientes ou non). Pour que chacun puisse avoir la possibilité de s’impliquer dans un groupe (…) les règles de prise de décision doivent être transparentes, et cela n’est possible que si elles ont été formalisées. (…) La question n’est donc pas de choisir entre structure et absence de structure, mais entre structure formelle et structure informelle. »

Sur place, le petit groupe d’organisateurs de la Nuit debout, constitué fin février autour du film Merci Patron de François Ruffin, ont eux-mêmes été confrontés à une certaine méfiance de la part des jeunes qui rejoignent le mouvement et qui rejettent toute structure : « Ils s’imaginent souvent que tout s’est mis en place spontanément, alors qu’on a fait un gros travail d’organisation en amont et que c’est grâce au soutien d’associations comme le Droit au logement, Attac et Solidaires que l’on a pu s’installer ici, avoir une sono, etc. », explique Lise, instit, membre du noyau dur d’initiateurs.

Les « anciens » comme elle essaient progressivement de passer la main mais « restent comme un Conseil de sages, pour éviter que ça parte dans tous les sens politiquement ». Elle explique : « Car non, la démocratie, ça ne signifie pas donner la parole à tout le monde, et surtout pas aux fachos. Pour les petites choses logistiques, il faut arrêter de perdre du temps et de l’énergie à les faire voter en AG. En revanche, il y a des questions beaucoup plus importantes, comme la rédaction des communiqués de presse, qui ne doivent pas se faire sans contrôle. Globalement, il y a un gros travail d’éducation populaire à faire pour politiser les AG. Il faut que d’autres camarades intellectuels rejoignent Frédéric Lordon et aident à faire passer le message qu’on n’est pas là juste pour « être citoyen » mais pour porter un projet politique, pour défendre un certain nombre de valeurs et d’idées. »

Voir par ailleurs:

Occupy Wall Street follows three years of sloppy presidential name-calling — “millionaires and billionaires,” slurs about Las Vegas and the Super Bowl, profit-mad, limb-lopping doctors, introspection that now is not the time for profits and at some point we should cease making money, spread the wealth, punish our enemies, and all the old Obama boilerplate. Someone finally got the message about the evil 1%.

When Ms. Pelosi and President Obama voice support for the protestors, we enter 1984. Does that mean that the Pelosis now pull their millions out of Wall Street, that the First Family eschews the 1% at Martha’s Vineyard and Vail? That Obama turns his back on Wall Street cash, and, for once, accepts public funding for his 2012 campaign? Postmodern class warfare is an insidious business, and hinges on its advocates not looking in the mirror.

No wise politician should invest in the bunch like those rampaging in Oakland. Their nocturnal frolics are a long way from Woody Guthrie’s Deportee, the Hobos’ « Big Rock Candy Mountain, » and the world John Steinbeck fictionalized. It is the angst of the wannabe class, overeducated and underemployed, which chooses to live not in Akron or Fowler, but in tony places like the Bay Area or New York, where annual rents are far more than a down payment on a starter house in the Midwest. Being educated, but broke and in proximity to the wealthy of like upbringing and background, are ingredients for riot.

I saw videos of youths burning things in Oakland, but was told that it “was a small minority” and atypical of the protest. Not long ago I saw no clips of anyone spitting at black congresspeople wading into the Tea-Party demonstration, but was told they did and that it was typical of tens of thousands of racialists on the Mall.

But Some Are Less Equal Than Others

I don’t think the protests are really much over the Goldman Sachs bailout, or jerks like revolving-door Budget Director Peter Orszag starting back up at Citigroup, or Solyndra crony capitalism. Apparently, most middle-class and upper-middle class liberals—many of them (at least from videos) young and white—are angry at the “system.” And so they are occupying (at least until it gets really cold and wet) financial districts, downtowns, and other areas of commerce across the well-reported urban landscape. As yet there is no definable grievance other than anger that others are doing too well, and the protestors themselves are not doing at all well, and the one has something to do with the other. I am not suggesting union members and the unemployed poor are not present, only that the tip of the spear seems to be furious young middle class kids of college age and bearing, who mope around stunned, as in “what went wrong?”

Then there is a wider, global phenomenon of the angry college student. In the Middle East, much of the unrest, whether Islamist, liberal, or hard-core leftist, is fueled by young unemployed college graduates. Ditto Europe in general, and Greece in particular: The state subsidizes college loans and the popular culture accepts an even longer period between adolescence and adulthood, say between 18 and 30 something. Students emerge “aware,” but poorly educated, highly politicized, and with unreal expectations about their market worth in an ossifying society, often highly regulated and statist.

The decision has been made long ago not to marry at 23, have two or three kids by 27, and go to work in the private sector in hopes of moving up the ladder by 30. Perhaps at 35, a European expects that a job opens up in the Ministry of Culture or the elderly occupant of a coveted rent-controlled flat dies.

Students rarely graduate in four years, but scrape together parental support and, in the bargain, often bed, laundry, and breakfast, federal and state loans and grants, and part-time minimum wage jobs to “go to college.” By traditional rubrics—living at home, having the car insurance paid by dad and mom, meals cooked by someone else—many are still youths. But by our new standards—sexually active, familiar with drugs or alcohol, widely traveled and experienced—many are said to be adults.

Debt mounts. Jobs are few. For the vast majority who are not business majors, engineers, or vocational technicians, there are few jobs or opportunities other than more debt in grad or law school. In the old days, an English or history degree was a certificate of inductive thinking, broad knowledge, writing skills, and a good background for business, teaching, or professionalism. Not now. The watered down curriculum and politically-correct instruction ensure a certain glibness without real skills, thought, or judgment. Most employers are no longer impressed.

Students with such high opinions of themselves are angry that others less aware—young bond traders, computer geeks, even skilled truck drivers—make far more money. Does a music degree from Brown, a sociology BA in progress from San Francisco State, two years of anthropology at UC Riverside count for anything? They are angry at themselves and furious at their own like class that they think betrayed them. After all, if a man knows about the construction of gender or a young woman has read Rigoberta Menchu, or both have formed opinions about Hiroshima, the so-called Native American genocide, and gay history, why is that not rewarded in a way that derivatives or root canal work surely are?

Voir encore:

Victor Davis Hanson
November 11, 2011
Tuberculosis, Zuccotti lung, rape, murder, and assault — the various Occupy Wall Street protests nationwide have now seen almost everything. The autumn protests, which had some resonance with the American people who were burned by Wall Street and resent its bailouts and mega-bonuses that weren’t performance based, have degenerated into a wintery vagrancy and sixties-style street carnival.
It wasn’t ever a movement that could translate directly into political advantage the way the Tea Party led to the near-historic 2010 midterm upheavals, given its incoherence. For who exactly were the culpable 1 percent on Wall Street — liberal former governor Jon Corzine, under whose leadership MF Global’s speculation led to bankruptcy and a missing $600 million? Clintonite Jamie Gorelick, who took $26 million from a bankrupt Fannie Mae for her financial brilliance? The banking expert Rahm Emanuel who went in and out of the financial world rather quickly for his $16 million? Peter Orszag, who went through the revolving door from OMB to Citigroup in a wink? Franklin Rains, Chris Dodd (of Countrywide fame), Jim Johnson, or the profit-minded Pelosis? Perhaps George Soros, whose currency speculations nearly broke the Bank of England? What about Barack Obama, the largest recipient of Wall Street cash in history, a bounty that in part allowed him to be the first candidate in over 30 years to renounce public campaign financing?
Wall Street is insidious in ways that transcend the 401(k) plans of the middle classes. It is deeply embedded within the Washington–New York nexus, the Ivy League, and both the liberal and conservative political apparat. So the protesters never had clear targets, inasmuch as Wall Street money in 2008 went heavily for Obama, an expert in garnering Goldman Sachs and BP cash. Otherwise, its peripheral messages were incoherent or anarchic, and turned off rather than won over most Americans.
Occupy Wall Street did, however, raise one important issue: that of higher education and its role in increasing tuition and little commensurate education. So much of the angst in video clips and op-eds was voiced by a youthful upper middle class who went to the university, majored either in social science or liberal arts, piled up debt, faced almost no employment choices commensurate with their class and their educational brand — and thus were furious at the more profit-minded members of a like class for abandoning them.
Revolutionary movements throughout history are so often sparked by the anger, envy, and disappointments of an upper-middle cohort, highly educated, but ill-suited for material success in the existing traditional landscape.
Voir de plus:

The unwillingness of authorities to put a stop to their organized disruptions of other people’s lives, their trespassing, vandalism and violence is a de facto suspension, if not repeal, of the 14th Amendment’s requirement that the government provide « equal protection of the laws » to all its citizens.

How did the « Occupy » movement acquire such immunity from the laws that the rest of us are expected to obey? Simply by shouting politically correct slogans and calling themselves representatives of the 99 percent against the 1 percent.

But just when did the 99 percent elect them as their representatives? If in fact 99 percent of the people in the country were like these « Occupy » mobs, we would not have a country. We would have anarchy.

Democracy does not mean mob rule. It means majority rule. If the « Occupy » movement, or any other mob, actually represents a majority, then they already have the votes to accomplish legally whatever they are trying to accomplish by illegal means.

Mob rule means imposing what the mob wants, regardless of what the majority of voters want. It is the antithesis of democracy.

In San Francisco, when the mob smashed the plate-glass window of a small business shop, the owner put up some plywood to replace the glass, and the mob wrote graffiti on his plywood. The consequences? None for the mob, but a citation for the shop owner for not removing the graffiti.

When trespassers blocking other people at the University of California, Davis refused to disperse, and locked their arms with one another to prevent the police from being able to physically remove them, the police finally resorted to pepper spray to break up this human logjam.

The result? The police have been strongly criticized for enforcing the law. Apparently pepper spray is unpleasant, and people who break the law are not supposed to have unpleasant things done to them. Which is to say, we need to take the « enforcement » out of « law enforcement. »

Everybody is not given these exemptions from paying the consequences of their own illegal acts. Only people who are currently in vogue with the elites of the left — in the media, in politics and in academia.

The 14th Amendment? What is the Constitution or the laws when it comes to ideological soul mates, especially young soul mates who remind the aging 1960s radicals of their youth?

Neither in this or any other issue can the Constitution protect us if we don’t protect the Constitution. When all is said and done, the Constitution is a document, a piece of paper.

If we don’t vote out of office, or impeach, those who violate the Constitution, or who refuse to enforce the law, the steady erosion of Constitutional protections will ultimately render it meaningless. Everything will just become a question of whose ox is gored and what is the political expediency of the moment.

There has been much concern, rightly expressed, about the rusting of bridges around the country, and the crumbling and corrosion of other parts of the physical infrastructure. But the crumbling of the moral infrastructure is no less deadly.

The police cannot maintain law and order, even if the political authorities do not tie their hands in advance or undermine them with second-guessing after the fact.

The police are the last line of defense against barbarism, but they are equipped only to handle that minority who are not stopped by the first lines of defense, beginning with the moral principles taught at home and upheld by families, schools, and communities.

But if everyone takes the path of least resistance — if politicians pander to particular constituencies and judges give only wrist slaps to particular groups or mobs who are currently in vogue, and educators indoctrinate their students with « non-judgmental » attitudes — then the moral infrastructure corrodes and crumbles.

The moral infrastructure is one of the intangibles, without which the tangibles don’t work. Like the physical infrastructure, its neglect in the short run invites disaster in the long run.

Voir de même:

Playing baseball games without keeping score. Parents not allowed to cheer for one side or the other at basketball games. Refusing to use red ink to grade tests because it’s too jarring. No dodgeball. Participation trophies. Telling kids, « You’re special, » without their doing anything to show they’re special.

Newsflash: You may be special to God, your mommy, and your teacher just because you were born, but the rest of us aren’t impressed.

The world doesn’t owe you a living, a promotion, or any special consideration at all. The people who tell you otherwise are doing it because they think you’re stupid, easy to manipulate, and they want to use you for their own purposes.

Oh, but what about the lucky ones, you say? The lazy, good-for-nothing punk kids who just happened to be born in the right family and live a life of luxury as a result?

What about them? There’s always a little bit of randomness in life. The woman who does everything right and gets hit by a bus before she ever gets her payoff or the guy who does everything wrong and seems to get every break. So what? Is the idea supposed to be that you should have everything you want in life handed to you on a silver platter even though you’re lazy and good-for-nothing because the Kennedy family exists?

Wait, wait, I forgot; you’re not lazy and good-for-nothing. Your teacher told you that you are special and so did your mommy.

I hate to break this to you, but they may have told you a lie. Think back; what did you actually do that was so special? Were you an all-state quarterback? Did you carry your team to victory on your shoulders in a HI IQ Bowl competition? Did you set a state record for selling chocolate bars to support the school band? Those are the sort of achievements that should build self-esteem. That’s because the right way to build self-esteem is by finding something you want to do, becoming better at it than most other people, realizing it, and then feeling a sense of specialness as a result of your accomplishments.

Instead, what we call « building self-esteem » has become nothing more than giving children a false sense of confidence. Oh, little Johnnie, you were born in America! That means the world is your oyster! Oh, you graduated from high school; that’s great! Then you graduated from college? With a degree in Art History? Wow, that’s really amazing! Just stand there long enough and your reward is sure to fall from the sky, wrapped in a bow, right into your waiting hands!

The « American Dream » used to be getting married, getting a white house with a picket fence, having 2.5 kids, and living a reasonably comfortable life. Tens of millions of working people have made good and happy lives for themselves and their families living that dream. However, now we have man-children going $50,000 in debt for a philosophy degree who are starting to realize that they’re not actually going to make $100,000 a year as a community organizer or licking stamps for some left-wing foundation. Even worse yet in their minds, they can’t afford a 50 inch TV, a Kindle, an IPod, an iPhone, a new car, nice clothes, a Playstation 3, and everything else their parents accumulated over a lifetime – which, of course, they want at 25 while working 40 hours a week at a job they like.

That is not the real world. That has never been the real world.

The « Greatest Generation » suffered through the Great Depression, which makes every bad economy we’ve had since then look like a tea party with the queen. Afterwards, they went overseas, fought the Nazis and the Japanese, and the ones that lived came back home and started to build a life while they stood up for freedom across the world against the Soviet Union. They did make one mistake though; they had it so brutally hard in their own lives that they eased up too much on their own kids. That was the heart of a generation speaking. What they missed was that the struggles that they had to endure were what shaped their character and carved them into such an extraordinary group of people. Because they had to fight so hard for everything they had, not only did they grab every opportunity that came their way with both hands, they appreciated just being given the opportunity to work their butts off to have a chance to succeed.

The same certainly can’t be said about the Baby Boomers. As a group, they were inferior to their parents in almost every way that mattered. They were less Godly, less moral, less charitable, less patriotic, less industrious, less ambitious, lazier….but they would certainly never admit that to themselves. So, they looked at the very, very limited subset of things that they did better than their parents and they created a pseudo-morality based on tolerance, diversity, and “not being mean. » That’s an extraordinarily thin group of minimally important virtues for any group of people to hang their hat on, but it’s what they had to work with.

The problem with this pseudo-morality is that it has now been taken to its natural conclusion and it’s doing more harm than good. We’re creating a nation full of man-children because every stupidity and immorality you can think of is now being tolerated. Build your house on a flood plain so dangerous you can’t even insure it? No problem; somebody will pay for it. Have 15 kids with 3 different men? No problem; somebody will pay for it. Ride your bike down a trail you weren’t supposed to when it was icy and fall? No problem; somebody will pay for it. Make a really dumb deal on a house and get underwater on your mortgage? No problem; somebody will help pay for it. We’ve got a lot of people dedicated to proving that they’re « tolerant » and « not mean » who really should be asking whether or not they are being stupid.

Of course, this mentality has shaped outlooks on life, too. If you’re a woman and failing, the patriarchy must be keeping you down. If you’re black and behind, the white man must be holding you back. If you’re an illegal alien, the problem isn’t that you broke the law; it must be that racists don’t like you. If you have minimal skills and a gaggle of illegitimate kids, the state must not be doing enough to help you. Can’t pay your mortgage? The bank must have ripped you off. If you’re poor, some rich guy must be taking money that was somehow meant for you. The only good thing about the way losers blame everybody but themselves for their own failures is that it warns the rest of us that they’re losers.

It’s gotten so bad that treating adults like small children isn’t enough. Now, we’ve actually gotten to the point where we have to make phony excuses for why the mediocrities aren’t as successful as the people who’re talented, smart, and work hard. Suddenly, the guy who worked 70 hours a week for decades, saved all his money, and invested it or started his own business — he’s the bad guy. It didn’t used to be that way. We used to hold people like that up as an example and encourage people to learn from them. Now, we have to try to tear people down because their success is a living rebuke to the sort of selfish, lazy, morally bankrupt man-children who are failing at life despite the fact that they think they’re so « special. »

If people really think bankers and CEOs have it easy, why not become a banker or a CEO? Oh yeah, that would mean no neck tattoos, wearing a suit and tie, celebrating success, and working seventy hours a week for a few decades without a surefire guarantee that you could outperform other hard-driven achievers in a competitive field. It’s a whole lot easier to go to the park, lay back like a big baby, complain about how hard you’ve got it, and demand to be given a portion of somebody else’s success that you don’t even remotely deserve.

We have people who mock God, scoff at tradition, scorn hard work, show disdain for men of honor, embrace hedonism, and wallow in their own selfishness and victimhood while they demand pity because they’ve got it hard as a result of the irresponsible way they live their lives. Let me tell you what a lot of people really think, but don’t want to say because it’s not politically correct. Stop complaining that the people who are paying your share, their share, and a dozen other people’s share aren’t doing enough while you camp out in Zuccotti Park and eat donated food. There are few things worse than arrogant beggars. So, get off your lazy butt, stop looking for hand-outs, take baths, apply for jobs on Wall Street instead of protesting it, and start contributing to society instead of leeching off of it. The problem with society isn’t the people paying taxes and creating jobs; it’s the non-contributors with a huge sense of entitlement who think they should be able to make a good living off the sweat of someone else’s brow. Your envy, your endless excuses, and your embrace of victimhood are sickening and unmanly. Grow up.

1) If you’re serious about going after Wall Street, it’s hard to see how you could vote for Barack Obama who ladled out billions in taxpayer dollars to Wall Street corporations. « Wall Street (also) donated twice as much money to Barack Obama’s presidential campaign in 2008 as it did to John McCain’s. » How much sense does it make to protest Wall Street and then vote for the guy who is doing more to help Wall Street at America’s expense than anyone else in the country?

2) The Tea Partiers have been called racist because there aren’t a lot of minorities who show up at the protests. Yet, judging by the pictures, there aren’t any more minorities at Occupy Wall Street. Does that mean they’re racist? In fact, given that black Americans vote Democratic 9-to-1 and Hispanic Americans vote Democratic 2-to-1, shouldn’t there be a lot more minorities at Occupy Wall Street than at a Tea Party?

3) If you « occupy a job, » you don’t have time to spend weeks « Occupying Wall Street. » If you don’t « occupy a job, » it would make more sense to put in resumes with Wall Street firms than protest them. If you don’t have the skills to get a job on Wall Street or anywhere else, you should « occupy » a university or a training class to build some marketable skills, rather than sleeping in the park like a hobo and blocking the Brooklyn Bridge so that working people can’t get home.

4) Liberals have claimed that Tea Parties are violent mobs, but there have been more arrests, violence, and attacks on police in just the Occupy Wall Street protest in New York City than in every Tea Party combined nationwide. Also, if reports are to be believed, I’m pretty sure there have been more people relieving themselves in alleyways and on police cars, too.

5) Although the reasons behind the Occupy Wall Street protests are extremely fuzzy, which is pretty weird if you think about it, the most common theme that has come up is a complaint about the bank bailouts. First of all, it’s worth noting that unlike many of the Republicans in D.C., much of the conservative base was opposed to the bank bailouts right from the start. In fact, back in September of 2008, 71% of conservative bloggers were opposed to the bailout. Additionally, the economic collapse that led to the bailout was caused by the government, not the banks. The government bent the banks over a barrel, forced them to make risky loans, and then when those loans eventually went bad, the same people who created the problem pretended they had nothing to do with it. So, you can protest Wall Street all day long, but the real culprits are in D.C.

6) The word « astroturf » keeps falsely being applied to Tea Party protests by liberals. Meanwhile, there are actually ads on Craigslist offering to pay people to go out and protest at Occupy Wall Street.

7) There are a lot of college students protesting that they have huge student loans to pay off, but they can’t find a job that pays enough to do it. For some people, this may be a short term problem. Know where my first post-college job was in a crummy economy? Wal-Mart Portrait Studios. What a wonderful use of my four year degree that was. That being said, if you ran up $60,000 in debt so you could get a degree in philosophy or lesbian studies at a private school, whose fault is that? Certainly not Wall Street. If you rack up huge amounts of debt so you can get a degree that qualifies you to spend the next 30 years as a convenience store clerk, that was YOUR dumb decision and how you take care of it should be YOUR problem.

8) As more Democrats like Nancy Pelosi start to associate themselves with Occupy Wall Street, it seems fair to ask these politicians to answer two basic questions. Will they give back the campaign contributions they’ve already received from Wall Street? Will they continue to take campaign contributions from Wall Street?

9) Nobody, not even the Occupy Wall Street protesters, knows exactly why they’re protesting or what they’re trying to accomplish, but the general idea seems to be that the people who aren’t paying income taxes are complaining that the people who are paying taxes aren’t handing over enough of their money. Apparently, the phrase, « The world doesn’t owe you a living » needs to make a comeback in homes across America.

10) As Herman Cain said, « You can demonstrate all you want on Wall Street. The problem is 1600 Pennsylvania Avenue! » The solutions to America’s problems aren’t going to be found in punishing corporations, the rich, or the successful. They’ll be found in shrinking the government, giving more power to the people, and getting more Americans to form corporations, become rich, and become successful.

Why are so many liberals obsessing about inequality? Why does the president keep talking about rich people as part of his re-election campaign?

Two things to remember about the pundits: (1) the chattering class has to chatter about something and (2) the worst thing for a professional chatterer is to be ignored. One thing to remember about the president: he desperately wants to be re-elected.

Here’s the overall problem: The political left has no solutions to our most pressing problems. Whether the issue is economic growth or runaway entitlement spending or non-performing public schools, left-of-center solutions were tried and found wanting here and abroad during the last century.  Further, the only solutions that seem to work today are right-of-center — requiring privatization, individual empowerment and free markets.

For Barack Obama the problem is even worse. If the election is about the economy or government regulation of the economy, or whether bigger government or smaller government is the solution to what ails the economy, the president is almost certain to lose.

So what to do? Make up a problem whose only solution appears to be higher taxes and bigger government. That’s where inequality comes in. It’s a way to change the subject. It’s a way to find a scapegoat to blame (explicitly or implicitly) for the problems at hand. It’s a way to distract attention away from the fact that the president is not solving our problems (and even making them worse!) toward people who are not generally loved. It’s also a way to justify a more active role for government.

There is nothing new about any of this. The tactic of finding a scapegoat to blame for our problems and using the argument to justify more government power is as old as politics itself.

During the Great Depression, people were in misery everywhere and political leaders had no idea what to do about it. In Germany, Hitler made a scapegoat of the Jews and blamed them for Germany’s economic problems. In the United States, racist politicians in the South and Midwest blamed economic bad times on blacks, other minorities and immigrants. At the national level, Franklin Roosevelt did the same thing with the wealthy. In fact, his administration launched an attack on 60 wealthy families — calling them “plutocrats” and blaming them for prolonging the Depression and preventing economic recovery.

Granted, Roosevelt didn’t put wealthy individuals in concentration camps. He didn’t burn crosses on anyone’s front lawn. But he definitely violated the civil liberties of our most successful citizens and their families, and he skillfully used the politics of division and envy to distract voters from real problems and real solutions. As Amity Shlaes reports in The Forgotten Man, Roosevelt got the IRS to delve into their tax returns; he got the Justice Department to pursue criminal investigations and prosecutions — even when there was no obvious crime; and he got the Securities and Exchange Commission to publish the salaries of utility executives in order to publicly shame them.

Roosevelt had tax commissioner Guy Helvering give out the names of 67 “large wealthy taxpayers (Pierre du Pont included), who by taking assets out of their personal boxes and transferring them to incorporated pocketbooks have avoided paying their full share of taxes.” He referred to the wealthy as “princes of property,” even though he was wealthy himself. His Interior Secretary, Harold Ickes, railed about an “irreconcilable conflict” that “must be fought — until plutocracy or democracy, until America’s 60 families or America’s 120,000,000 people — win.”

Barack Obama has obviously learned from that experience. High gasoline prices are a political problem? Blame the oil companies. Families are hurting? Blame the rich. People are not successful finding a job? Blame the most successful 1%.

What is surprising about the current era is the willingness of respectable economists to become pawns in this scheme. On “Morning Joe,” Harvard economist Jeffrey Sachs complains about rich people “sucking up all the income.” Paul Krugman frequently implies that the gains of the rich have come at the expense of the non-rich. But no economist has actually come out and said that the top 1% are the cause of our failure to recover from the Great Recession.

Until now. In yesterday’s New York Times column Paul Krugman finally goes over the top. Resurrecting the Roosevelt term “plutocracy,” he blames the failure of economic recovery on the country’s billionaires. “Money buys power,” he writes, “and the increasing wealth of a tiny minority has effectively bought the allegiance of one of our two major political parties [guess which one?], in the process destroying any prospect for cooperation.”

There’s more:

And the takeover of half our political spectrum by the 0.01 percent is, I’d argue, also responsible for the degradation of our economic discourse, which has made any sensible discussion of what we should be doing impossible.

You have to wonder, who does Krugman think is attending those $35,000-a-person dinners to support the president’s re-election campaign? Is he really unaware that Obama receives far more funding than any Republican from Hollywood, Silicon Valley and Wall Street? Does he really not know that almost all of the largest foundations have fallen into the hands of liberals? Or that worthless heirs are hugely in the Obama camp?

Go figure.

Yesterday we learned that the SEIU, a union with heavy ties to President Obama, is paying $4,000 per month for office space in downtown Washington D.C. What is the office space for? Occupiers to organize and meet. President Obama supports Occupy Wall Street. So yesterday, I decided to take a trip down to the Occupy offices and check it out for myself. The office is located on 16th and L and is on the 6th floor.

I walked up to the door, took a picture of it and asked if there was someone in there I could talk to. I was then brought into the front room of the office where I was greeted with a « Jesus Christ! » when I told them I was a reporter. I received the same reaction when they found out I was a conservative. Regardless, they seemed willing to talk. I was taken into another smaller room, where the conversation began. I noticed an Apple corporation computer on the desk to the left and a Dell corporation computer to my right. « Ironic » I thought, considering Occupy claims to hate corporations, but whatever. In case you’re wondering, people in the office looked clean, a step up from their hygiene level back at the park.

The Occupiers were upset and felt « betrayed » by a Washington Examiner article about their new space, calling it unprofessional and inaccurate. They said SEIU is paying for their office space, but that they are in no way working for President Obama or the unions and that they absolutely refuse to be co-opted. Karina Stenquist, editor of the newspaper D.C. Mic Check, said it was unethical for Examiner reporter Aubrey Whelan to bring the SEIU’s connection to President Obama into a story about their new office space, making the argument that the SEIU’s connection to Obama in an election year is irrelevant. Occupiers also argued that the space lease ending on just after election day 2012 is irrelevant when I asked if they felt they would be used as political pawns.

Anyway, moving on. I talked the most with Johnny Mandracchia, who describes himself as an anarchist and anarcho-syndicalist (don’t ask me what that means, just Google it.) He agreed to say on an audio recording, that violence is not smashing Starbucks’ windows, « because Starbucks isn’t a private business it’s a corporation » or burning cop cars, but is instead simply vandalism.

Dictionary definition of violence:

vi·o·lence [vahy-uh-luhns] noun
1. swift and intense force: the violence of a storm.
2. rough or injurious physical force, action, or treatment: to die by violence.
3. an unjust or unwarranted exertion of force or power, as against rights or laws: to take over a government by violence.
4. a violent  act or proceeding.
5. rough or immoderate vehemence, as of feeling or language: the violence of his hatred.

Mandracchia admitted off the recording during our conversation that as long as their isn’t a cop in the car, burning cop cars is okay. Regardless, Occupiers from Occupy D.C. (and around the country for that matter) haven’t had any problem assaulting police officers in the past. A few months ago a police officer was smashed in the face by an occupier with a brick. Mandracchia did say he had no plans to smash windows, but also had no issue with others doing so, « That’s their decision. » Another woman in the room, who described her name as « someone who occupies » after admitting she has « at least six names » she uses, agreed with the violence argument.

Mandracchia also told me that he has no plans to vote because voting « doesn’t matter. » When I asked him what he and other occupiers were going to do instead to get their needs met he responded with, « whatever we want. » Keep in mind, voting is a substitute for violence. I also asked Mandracchia if he would denounce Occupy rapes across the country, specifically close to D.C. in Baltimore and he said, « I’m not aware of any rapes in Baltimore. »

Justine Tunney has caused quite an uproar within what remains of the dying Occupy movement for a couple of reasons. First, Occupy prided itself as being a “horizontal,” leaderless movement, not a top-down organization directed by a leader like Tunney. The anonymous masses displaying their Guy Fawkes masks want the illusion that Occupy was spontaneously started by the working class (“the 99 percent”), idealistically how a Marxist utopian communist revolution should emerge; they don’t want to admit it was a movement directed by any bourgeois leader. Secondly, Tunney is now a software engineer at Google, embodying big business and the corporate world, practically the antithesis of the Occupy movement which despises corporate America. In December, Occupiers attempted to block buses from large tech companies like Google and Apple from picking up their workers.

Tunney is not interested in working with the mainstream left. Blowing off the Democrat Party – the closest connection the Occupy movement ever had to power – makes it pretty unlikely Occupy will ever accomplish much. Tunney bragged last week about the negative relationship the clueless anarchist amateurs who started Occupy have with Democrats, “That’s why Liberal Elite™ has always fought so hard to destroy Occupy. It’s why they spread lies about us. Because we’re #winning.”

At the same time Occupy has been imploding, the angry extreme left has resorted to using the Twitter hashtag #RWNJ, which stands for Right Wing Nut Jobs. What is revealing about this is it acknowledges that the left has given up on trying to work with the right wing; instead, they would rather block them and bash them. Resorting to angry tactics like that says a lot about their inability to debate and work through issues. A typical tweet from that channel: “It is always so much easier to block #RWNJ trolls than trying to reason with them.”

This attitude is emblematic of where the far left is today. They would rather cut off debate entirely than actually debate the right. No longer are they are interested in the civilized kind of political debates this country was founded on and has relied upon for years, epitomized by the Lincoln-Douglas debates of 1858. The left would rather silence the right to win.

Their language is full of hate towards the right, which is hypocritical considering they claim to be against hate with their No Hate gay campaign. One tweeted, “If you want to see an illogical and crazy these #Kochsucker, check out this #RWNJ = @CapitaLiszt #psycothic #loser #liar #nutjob #suckup.” Much of the language is so foul it cannot be repeated here.

Even more amusing, the far left cannot stop bragging about themselves while avoiding genuine debate with the right. One lefty tweeted, “You know why I pick on #RWNJs? Because I feel I have a gift I must share with the world!” One prolific contributor to the channel has a grandiose username of “princessomuch.” Another has a blank website entitled liberalbadass.com. His ostensibly credentialed background is enjoying wine and supporting lefty causes. One can’t help but wonder what is wrong with these people to brag this much about nothing.

Many of those who contribute to #RWNJ have profiles that say “I am awesome” and are all about explaining how they – in all their importance – have come to their viewpoints. The vast majority haven’t accomplished much in their life, but boy do they brag about their opinions. Who is reading these thousands of narcissistic profiles, tweets and blog posts? There are so many now like this, it is mind-boggling.

The anger combined with the constant bragging makes one wonder what is wrong with them. Are they taking out personal issues in the political realm in order to mask them as simply anger over partisan politics? What is clear is that they’ve lost the intellectual debate. Refusing to debate issues anymore is a sign the left admits they no longer have any arguments left to refute the right; they’ve let emotionalism take over.

Voir encore:

Nuit debout: du plaisir de manger de la compote!
Immersion place de la République
Ludovic Fillols

Causeur

19 avril 2016

Malgré les limites de Nuit debout et la bêtise des plus sectaires de ses participants, il y a un plaisir à s’asseoir une demi-heure place de la République pour écouter des gens dire un peu tout et n’importe quoi.

On arrive à Nuit debout comme au milieu de la fête de l’Huma. Des arabes glabres vendent des sandwiches halal, on fait la queue pour retirer de l’argent au distributeur le plus proche, des médecins parlent de leur condition précaire sans que personne ne les écoute, des skateboarders glissent sur la place de la République, une cantine végétarienne à prix libre campe au milieu de la place et l’on peut inhaler d’occasionnels effluves de cannabis. Le printemps est de retour, après huit mois de dur labeur, la véritable année, qui commence en avril et finit en septembre, peut démarrer. Le mouvement social du moment fait déplacer les foules.

Antispécisme et prépubères en keffieh
Avec un tant soit peu de mauvaise foi (et même sans mauvais foi), on peut trouver de quoi dégonfler la baudruche Nuit debout. Des jeunes capricieux, avec des dreadlocks, ramassent des bouts de joints usagés pour les casser et en rouler de nouveaux, des prépubères en keffieh agitent des panneaux défendant l’antispécisme (et donc l’abolition de toute différence entre l’homme et l’animal, ce qui est en somme tout un programme, à des années-lumière du très démodé antiracisme), des vieillards à la peau dégommée par l’alcool houspillent dans tous les sens et puis un bruit de basse assourdissant en fond sonore s’annonce en prévision de la soirée qui commencera quand tout le monde aura assez bu et fumé. Sans parler du reste, quelque chose semble avoir échappé à nos amis debout : ce monde a besoin de tout sauf de bruit supplémentaire.

On a tout de même envie de rester un peu. On ne crache pas sur la fraîcheur printanière d’un vendredi soir place de la République. On prend sa place au milieu des gens assis tendant l’oreille en agitant passagèrement les bras au-dessus de leur tête.

68, c’était hier…
Pendant l’Assemblée générale, un certain nombre de codes se mettent en place. On n’applaudit pas en tapant dans ses mains. Il ne faut pas interrompre les gens. Le silence reste salutairement gardé pendant que les gens parlent. Défilent alors toutes sortes de personnes. Un type au crâne rasé enthousiaste et revendicateur qui dit qu’il ne faut pas lâcher, que tout ça doit durer, qu’il faut faire attention aux récupérateurs comme le leader de Podemos Pablo Iglesias. Une femme rappelle le souvenir chéri de 68 arrêté en plein vol. On vit « un moment historique » nous dit-elle. Il ne faut pas se le faire voler. Un ouvrier Renault raconte avec émotion les dessous de tractations entre l’Etat et des bailleurs privés pour exclure les travailleurs des logements sociaux. Tous n’ont qu’un mot à la bouche : pas de recours à la violence. Ou plutôt, pas encore. Les policiers, qui surveillent et qui vident la place tous les matins à 5h00, pourront bientôt s’amuser un peu. Un autre jeune homme vient qui dit qu’il n’est pas révolté, qu’il n’a guère de raisons de l’être. Mais il est « un rêveur ». Et le monde de demain, il le voit ! Ce monde-là n’est pas aux mains du capital. Ce monde-là n’est pas un monde en guerre. Il insiste sur l’importance de la spiritualité. Qu’elle soit laïque ou religieuse, elle fait le ciment de la communauté. Nuit debout est en flagrant délit d’occulto-socialisme : ce sourd désir de fusion généralisée qui habite l’humanité depuis le XIXème siècle de Philippe Muray. Et, comme pour lui donner raison, lui qui regarde tout ça de là où il est avec un œil distrait, on amène une petite fille blonde à la tribune. « Les parents, quand ils travaillent, ils ne s’occupent pas de nous. Nous, on veut qu’ils travaillent moins ». Tonnerre d’applaudissements. Mains qui claquent à tout rompre. Bien évidemment. Infanthéisme quand tu nous tiens…

Il faut montrer patte blanche
Un dernier homme vient à la tribune avant la diffusion d’un film sur une toile que l’on est en train d’élever. Il veut faire un exposé en trois points. Il assure qu’il est solidaire du mouvement. Il insiste bien, il le répète.  Chez Causeur, on appelle ça « mettre une capote ». Pour éviter toute interprétation tendancieuse de ses propos, on montre patte blanche, on met de la nuance, on protège son discours pour le faire rentrer en douceur. Ses deux premiers points ne sont pourtant pas très irrespectueux. Evitons la violence. Ne nous avachissons pas dans la révolte stérile et sans vision. En troisième lieu, il déclare qu’il faut lire des livres. Et que ça tombe bien parce qu’il veut nous parler d’un livre qui est paru « aux Belles lettres ». Mon oreille se dresse. Depuis 10 minutes qu’il nous parle, ayant fait exploser le temps de parole imparti à chacun, le public commence à se faire impatient. Et, alors qu’il s’apprête à dire le nom de ce livre et de son auteur, le micro lui est repris. Je trépigne. « Les Belles lettres c’est bien, ok, mais enfin c’est juste des connards élitistes » me glisse un type avec un bonnet rouge de skateboarder et une barbe bien taillée assis juste devant moi. Je suis un peu déçu. Le lendemain, j’apprends qu’Alain Finkielkraut, victime d’une image médiatique réductrice et peu reluisante aux yeux des étudiants en révolution qui peuplent la place de la République, a payé de son éviction sans la moindre délicatesse le prix de cet antiélitisme béat et bêta.

Rêve rafraîchissant
Pourtant, en se levant, on ne peut pas s’empêcher d’être charmé. Alors qu’on passe son temps à courir, à sauter de métro en métro, à faire un travail sans intérêt, auquel on ne croit pas, dont les conséquences nous déplaisent et sont en contradiction avec le plus élémentaire bon sens, il y a un plaisir à s’asseoir une demi-heure pour écouter des gens dire un peu tout et n’importe quoi. Le réel s’est dissous, ils ne seront pas ceux qui le feront réapparaître. Cela, personne ne le peut. Mais, comme dirait Pierre Gattaz à propos de l’initiative macronienne En marche : « C’est rafraîchissant ». Alors, quand, avant de s’en aller, on passe au stand de la cantine à prix libre où il ne reste plus rien sauf une grande toupine de compote de pommes, poires, kiwis et bananes, on n’a pas envie de partir en donnant 10 centimes. Alors, on vide bien ses poches, on donne une somme décente et on s’en va, gobelet en plastique à la main. On n’est pas mécontent. Et on repart, rêvant à ces deux vers de Muray : « J’aime ce qui achoppe et j’aime ce qui rate/ Les projets qu’on remballe dans la plus grande hâte. »

Banlieue debout?
Ces associatifs qui veulent reprendre le terrain laissé aux islamistes
Laurent Gayard

Causeur

19 avril 2016

Tandis que les désolants Nuit debout ont décidé de chasser de la place de la République ceux qui ne leur plaisent pas à coups d’insultes et de crachats, d’autres mènent un combat moins médiatisé et plus quotidien pour tenter d’abattre les murs plutôt que de dresser des cordons sanitaires autour de leurs idées. A 17 kilomètres au nord-est de Paris, dans le parc forestier de la Poudrerie de Sevran-Livry, une centaine de personnes se sont réunies dimanche 17 avril à l’occasion de la Fête de la fraternité et d’un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. La rencontre ne s’est pas limitée aux hommages et aux formules généreuses mais a permis de partager expériences de lutte, témoignages et projets d’action pour faire tomber le mur du silence qui entoure encore largement en 2016 ce qu’un collectif d’enseignants appelait il y a près de quinze ans « les territoires perdus de la République ». Beaucoup de ceux qui participent ce dimanche à cette grande réunion aux airs de pique-nique printanier se connaissent déjà : représentants associatifs, travailleurs sociaux, habitants et habitantes de communes de la Seine-Saint-Denis, ou quelquefois de plus loin. Nombreux sont aussi ceux et celles qui se rencontrent pour la première fois et mesurent la proximité des luttes partagées à distance depuis des années.

On vient d’un peu partout en effet : Sevran bien sûr, et le quartier des Beaudottes, ou des communes avoisinantes, comme Saint-Denis, Aubervilliers ou La Courneuve, mais aussi de Tours, comme François Norelle ou Yamina Mahboubi, respectivement représentant et présidente de l’association Je suis France, créée après les attentats de janvier 2015 dans le but de lutter contre la radicalisation dans les quartiers, sans bénéficier d’ailleurs du soutien enthousiaste des élus. Aucune subvention, aucune aide n’est perçue par l’association qui ne se sent pas vraiment encouragée : « Ils considèrent que nous les mettons en porte-à-faux puisque nous dénonçons une situation qui est la rançon de la politique menée depuis des années. » L’association met donc en place comme elle le peut rencontres et ateliers à destination des plus jeunes notamment. « Il s’agit de regagner le terrain pris par les islamistes et nous devons les battre en utilisant la stratégie qu’ils emploient, celle de la proximité. » Terrain stratégique dans des zones où l’autorité publique, aux yeux des habitants, n’intervient plus et a laissé le champ libre aux fondamentalistes, aidés quelquefois par la complaisance des élus. Ceux-là ont ainsi trouvé un moyen d’acheter la paix civile ou de tirer un profit électoral en donnant de l’argent à n’importe qui et quelquefois aux plus extrémistes.

La complaisance ancienne des élus locaux
« Les trois quarts des salles de prière en France sont gérées par des associations culturelles de statut loi 1901, à but non lucratif, qui permet d’obtenir des subventions publiques. (…) Nombre de lieux de culte musulman jouent sur les deux registres, partant du fait qu’une mosquée n’est pas qu’un lieu de prière », rappelait L’Express en… 2002. La conséquence principale étant que les collectivités locales peuvent accorder de généreuses subventions à des lieux de prières qui passent pour des lieux culturels plutôt que des lieux de culte grâce à la présence d’une bibliothèque ou d’une médiathèque. Le financement controversé de la grande mosquée de Bordeaux, la polémique autour de celle de Marseille ou le rôle décrié du Conseil français du culte musulman et ses liens troubles avec l’Union des organisations islamiques de France ont été en fait les grands arbres cachant la forêt touffue des subventions locales aux associations religieuses.

En arrière-plan il y a bien sûr la situation sociale des villes où l’extrémisme et la radicalisation prolifèrent le plus. Depuis 2014 et la fondation de la Brigade des mères, Nadia Remadna, sa présidente, habitante de Sevran et travailleuse sociale, ne cesse de dénoncer cette situation. En point de mire, la complaisance des élus locaux et des pouvoirs publics qui ont délaissé les quartiers jusqu’à la conclusion tragique des attentats de Paris et de Bruxelles, au point que les grands médias se demandent aujourd’hui s’ils ne sont pas susceptibles de produire des Molenbeek à la française. « La ville de Sevran est pour la Brigades des mères un lieu symbolique. C’est ici, en 2014, que, face à la montée de l’intégrisme et au sentiment d’abandon, nous avons voulu réagir. » Mégaphone en main, juchée sur une chaise face à la petite buvette du parc, Nadia Remadna en impose à l’assemblée. Beaucoup lui sont reconnaissants d’avoir fait parler de leur combat au-delà des murs de la banlieue. Le contexte y est pour quelque chose, bien sûr, mais la personnalité de celle qui avait pris d’assaut il y a quelques semaines la place de la République avec ses « brigadières »  – avant que les Nuit debout ne s’y installent – n’est pas faite pour desservir sa cause. « En 5 minutes chez Taddéi, elle a réussi à déconcerter quelqu’un comme Houria Bouteldja (la porte-parole du Parti des indigènes de la République, ndlr) qui avait semble-t-il oublié que les militantes de terrain savent de quoi elles parlent », assène Soad Baba-Aissa, représentante de l’association Femmes solidaires. Avec un certain amusement, Ahmed Meguini, président du réseau LaïcART, évoque aussi « l’effet de sidération » provoqué par Nadia Remadna qui recadrait sévèrement il y a quelques mois Laurent Joffrin ou Thomas Guénolé sur la question des « imams républicains » au cours du premier colloque du Comité Orwell organisé à Paris.

Les intervenants se succèdent au mégaphone qui sert de micro. Autour des petites tables de jardin sur lesquelles on pique-nique, les langues se délient. Chacun parle des problèmes de sa ville, de son quartier, de ses actions ou simplement de ce qu’il voit ou subit en tant que riverain, parent ou habitant. Sofia, une Femen volubile, propose de lancer une « Nuit debout des femmes » le week-end suivant à Clichy-sous-Bois. Je lui demande si elle était présente lorsque le salon salafiste de Cergy-Pontoise avait été perturbé par son mouvement : « Oui bien sûr ! C’était un sacré coup ça ! » A côté d’elle, deux représentantes du Mouvement mondial des mères m’expliquent que leur association, fondée en 1947, possède désormais un statut consultatif à l’ONU et elles plaident pour un renouvellement de la pensée féministe : « Le féminisme a regardé la maternité comme un frein pendant des années. A l’inverse, dans d’autres pays, les femmes ne sont considérées que comme mères. Il y a certainement un hiatus à résoudre. »

La France veut-elle vraiment savoir ?
Parmi les invités de ce dimanche à Sevran, la présence de Véronique Roy, la mère de Quentin, jeune homme de 23 ans mort en Syrie en janvier dernier, était également remarquée. Invitée le 14 avril de l’émission Dialogues citoyens en présence de François Hollande, elle regrette l’ambiguïté vis-à-vis du salafisme d’un président se réfugiant dans la tergiversation, ce qui aura été, pourrait-on ajouter, la marque de fabrique de son mandat présidentiel. Véronique Roy est aussi habitante de Sevran, où son fils a peu à peu embrassé la cause de l’islam radical. Face aux intervieweurs, elle martèle encore en ce dimanche, trois jours après son face-à-face avec le chef de l’Etat, que tout cela « aurait pu être évité et peut encore être évité. Aujourd’hui on peut endiguer l’hémorragie », tout en regrettant que le message ne soit pas encore assez bien reçu dans notre pays : « J’ai été contacté par une association libanaise après la mort de Quentin. J’ai eu l’impression d’être plus entendue là-bas qu’en France. »

Ce constat est très largement partagé par celles et ceux qui sont présents ce dimanche au parc de la Poudrerie. Et force est de constater également qu’une absence flagrante crève les yeux ce jour-là : celle des élus locaux. Pas un seul n’a fait le déplacement. Pas de Stéphane Gatignon, maire de Sevran, ni aucun autre politique en vue. Parmi la foule disparate de représentants du monde associatif et de la société civile qui sont venus rappeler aujourd’hui que certaines ou certains « tirent la sonnette d’alarme depuis plus de dix ans », cette absence est peut-être finalement ce qui se voit le plus. Et si l’on met en relation cette très concrète absence du politique avec les grandes déclarations d’intention de la communication gouvernementale et élyséenne en ce qui concerne la résurrection nécessaire de l’esprit citoyen, on ne peut que conclure que l’élu est par nature tout autant que par nécessité « bavard pendant la campagne, avare pendant son mandat… »

L’effet de cette maxime est renforcé par une dérive de la pratique politique sur le plan local qui semble ne plus se soucier que de préserver des micro-baronnies électorales au point de délaisser en grande partie les administrés quand ils ne sont plus vus comme des électeurs, ou de consentir à une alliance avec le diable au prix de quelques voix supplémentaires. « Les gouvernements, écrit Tocqueville, périssent ordinairement par impuissance ou par tyrannie. » Puisque le politique confie ainsi son impuissance, ou son indifférence, à un niveau où sa probité et sa présence sont pourtant les plus requises, la société civile a-t-elle le pouvoir de faire passer au politique le goût de l’inaction avant qu’on ne lui impose un autre pouvoir, celui de la tyrannie ? Tandis qu’on regarde s’envoler quelques dizaines de ballons dans le ciel, la petite foule présente entonne la Marseillaise, en hommage aux victimes des attentats. Comme l’écrivait encore Tocqueville : « La démocratie ne vaut que par la qualité des citoyens. »

«Allah Akbar» sur le ring: l’organisateur se défend
Lors d’une soirée d’arts martiaux, l’attitude d’un combattant a choqué la salle. Le responsable de la soirée donne sa version.

Mirko Martino

20 minutes

19 avril 2016

Samedi, un incident a marqué la Fight Night, un événement d’arts martiaux mixtes (MMA) à Montreux. A la fin du quatrième des neuf combats prévus, le lutteur français d’origine tchétchène Magomed Guekhaiev a scandé plusieurs fois «Allah Akbar», provoquant de nombreux sifflets parmi les 1200 spectateurs. Il a ensuite pris le micro des mains du présentateur. «Après avoir remercié son entraîneur, il a dédié sa victoire à ses frères de Toulouse et dans le monde, à Salah et à Mohamed, raconte Julien, un spectateur. Je suis persuadé que c’était une référence aux terroristes Salah Abdeslam et Mohamed Merah.»

Sécurité lacunaire
Des spectateurs ont fait part de leur surprise de ne pas avoir été fouillés. «Ce n’est pas ma première manifestation de ce genre, explique l’un d’eux. J’ai toujours été minutieusement contrôlé. Là, pas du tout.» D’autres affirment avoir vu des débuts de bagarres. «Les fouilles n’étaient peut-être pas systématique, admet Jean-François Collet. Mais il n’y a pas eu de problème de sécurité. Nous n’avons pas eu à intervenir, ni à appeler la police.» Deux combats annulés
«Comme tout le monde, je venais pour Ronny Markes, la tête d’affiche, explique un spectateur. Son combat a été annulé. Avec des billets allant de de 59 à 250 fr., c’est honteux.» Deux lutteurs ont refusé de combattre, arguant que leurs adversaires n’avaient pas de certificats sanguins (ndlr: en raison du risque d’infections par le sang, comme le HIV). «Nous les avions fourni numériquement, se défend l’organisateur. Ils ont attendu le dernier moment pour demander les originaux sur papier.» Aucun remboursement n’est envisagé. D’autres témoignages parlent de propagande islamiste et d’appels au jihad. Des accusations que balaie l’organisateur, Jean-François Collet. «Dans le contexte actuel, ce n’était pas la meilleure des idées, reconnaît l’ex-président du FC Lausanne-Sport. Mais cela signifie «Dieu est le plus grand». Un combattant brésilien avait «Jésus» inscrit sur son short et on n’en a pas fait tout un plat. Quant aux autres propos, si un énergumène tatoué de croix gammées confond «Salam aleykoum» (ndlr: «Que la paix soit sur vous») avec les prénoms des deux terroristes en question, on ne peut rien y faire.»

La vidéo de l’événement montre en effet que le Franco-Tchétchène ne fait que remercier son équipe et son entourage.

Voir de plus:

J’ai fait un (mauvais) rêve

Une nuit entière prisonnier du politiquement correct

Franck Crudo
Journaliste. Il a notamment participé au lancement de 20 Minutes.

Causeur

20 avril 2016

La nuit dernière, j’ai fait un rêve bizarre. Le genre de rêve qui fout vraiment les jetons. J’étais prisonnier d’un monde total(itair)ement politiquement correct. Une sorte de dystopie orwellienne, en pire. Massacre à la tronçonneuse ou Vendredi 13 à côté, c’est presque un conte pour enfants… Je vous raconte.

C’est le jour de Noël. J’allume la radio et me rends compte que seul France Inter émet, au moment même où Patrick Cohen passe la main à Nicolas Demorand. Bizarre. Du coup je mets en marche ma télé. Toutes les chaînes sont payantes et cryptées, hormis celles du service public, iTélé et Arte. Le journal de 13 h de France 2 est présenté par Noël Mamère, lequel a arrêté la politique après ses 0,3 % à la dernière présidentielle pour se consacrer de nouveau au journalisme.

J’apprends ainsi que le pays est gouverné par un Comité de bien-pensance publique dirigé par Edwy Plenel et composé de six hommes et six femmes, mixité oblige. Parmi ses membres figurent Clémentine AutainJean-Louis BiancoAymeric CaronCaroline de HaasEva Joly, Gérard Filoche, Gérard Miller ou encore Alain Juppé. Une goutte de sueur perle sur mon front. J’apprends également que Michel Houellebecq vient d’être retrouvé mort à son domicile. De source officielle, il se serait suicidé d’un coup de poignard dans le dos.

Mamère lance ensuite un reportage sur la prison du Temple, apparemment restaurée, où sont enfermés Eric ZemmourElisabeth BadinterAlain Finkielkraut et Malek Boutih, tous inculpés pour « islamophobie ». Michel Onfray a, lui, été condamné par contumace car il s’est réfugié à Cuba. Par curiosité, je zappe sur iTélé et tombe sur Claude Askolovitch qui regarde dans les yeux la caméra en disant « Pas de stigmatisation, pas d’amalgame ». Un quatrième attentat a eu lieu cette semaine en Belgique. Déprimant.

Je tente ma chance sur France 3 où une naine unijambiste et borgne présente la météo régionale. Vu sa coupe de cheveux et son accoutrement, je me demande si elle n’est pas lesbienne. Mais je n’en suis pas certain. Bon, j’enfile mon manteau et décide de faire un tour au jardin du Luxembourg. En sortant, je croise mon nouveau voisin pakistanais. Un homme charmant, même si l’on a du mal à se comprendre tous les deux.

A chacun son wagon camarade !

J’arrive près de ma station de métro. C’est étrange, car je me rends compte que je n’ai vu aucune déco de Noël dans la rue. Je croise une jeune femme bien roulée en mini-jupe et ne peux m’empêcher — c’est hélas instinctif, voire darwinien — de me retourner. Là, une policière m’interpelle et me fait payer une amende de 22 euros. Elle me rappelle qu’en vertu de la loi du 18 fructose, pardon fructidor, qui vise à lutter contre les manifestations d’oppression masculine, il est désormais interdit de reluquer de façon trop marquée une silhouette féminine. Si mes calculs sont bons, je serai verbalisé à 14 reprises pendant mon rêve.

La rame de métro arrive. Je pénètre dans un wagon particulièrement cosy et parfaitement chauffé. Un détail m’étonne néanmoins : assis sur des fauteuils confortables, tout le monde feuillette Le Nouvel obs ou Libé. Un jeune binoclard aux faux airs de hipster me murmure que je suis obligé de monter dans le wagon d’à côté, car je n’ai rien en main. Comme les regards sont pesants, je ne me fais pas prier et m’exécute. Dans l’autre wagon, pas de fauteuil molletonné, mais des banquettes austères, placées sous un immense panneau : « REACTIONNAIRES ! » Il fait froid. Je m’enquiers de ce qui se passe auprès de mon voisin, lequel m’explique que l’on n’a pas à se plaindre car dans le troisième wagon, réservé aux lecteurs du Figaro et de Causeur, il n’y a même pas de banquettes pour s’assoir !

J’arrive enfin devant le Jardin du Luxembourg. Je ne reconnais pas du tout les alentours ! On se croirait dans le 13e arrondissement. Des tours ont remplacé les immeubles haussmanniens. Je croise une vieille dame que promène son chien et lui pose des questions. J’apprends ainsi qu’en vertu de la loi du 14 prairial sur le vivre ensemble et la mixité sociale, chaque immeuble doit contenir une moitié de locataires « issus de la diversité ». Tout propriétaire d’un logement de plus de 50 m2 doit en outre héberger un migrant pendant un an, trois s’il habite le 16ème arrondissement. C’est la raison pour laquelle on a été obligé de lancer un vaste programme de construction.

J’apprends également que le calendrier grégorien ayant été jugé discriminant à l’égard des autres religions, le calendrier républicain a été rétabli. La vieille dame me révèle par ailleurs que, pour les mêmes raisons, Noël a été remplacé par la Fête de la Diversité. Je lui demande pourquoi certaines personnes portent un bracelet électronique dans la rue. Elle m’explique que seuls les mâles blancs, hétéros et chrétiens ou athées ont l’obligation d’en porter. Je ne comprends pas non plus pourquoi les couloirs de bus sont saturés alors que les voies classiques roulent parfaitement. La vieille dame me confie qu’en raison des embouteillages dans Paris, les voies réservées au bus et aux taxis ont été ouvertes aux femmes et aux minorités ethniques au nom de la discrimination positive. Mais que du coup, ce sont ces voies qui sont désormais saturées. Je note au passage qu’on roule maintenant à gauche dans la capitale.

Le grand roque du vocabulaire

Dans le Jardin du Luxembourg, je m’approche de l’endroit où pullulent des joueurs d’échecs, l’une de mes passions. Et là, je pige que dalle. J’interpelle un joueur.
– Excusez-moi, mais vous savez que ce ne sont pas les noirs qui commencent la partie normalement…
– De quelle planète venez-vous monsieur ? La Commissaire à l’Egalité réelle a modifié les règles il y a longtemps. En vertu de la loi du 3 ventôse, ce sont les pièces « de couleurs », et non les « noirs » comme vous dîtes trivialement, qui commencent la partie…
– Et le roi ?
– Vous voulez parler du « tyran » ? On ne dit plus le « roi », symbole de l’oppression. De même, les « pions » s’appellent désormais les « surveillants » et doivent protéger la « dame » à la place du « tyran »…

Je m’enfuis et cours pendant de longues minutes, une cavalcade seulement interrompue par les amendes de 22 euros que je dois débourser, ici ou là. J’ai l’impression de vivre un cauchemar ce qui, ironie de l’histoire, est le cas. Je passe devant la vitrine d’une librairie où est mis en exergue un best-seller d’Agatha Christie intitulé A la fin, il ne reste plus personne. J’entre intrigué et confesse au vendeur que je ne savais pas que la romancière anglaise avait écrit ce livre. Mon interlocuteur m’informe qu’il s’agit en fait de la version rebaptisée des Dix petits nègres. Stupéfait, j’apprends également que Tintin au Congo se vend sous le manteau et que la version originale des Mémoires du général de Gaulle est interdite, tout comme Les Aventures de Babar, suspecté de défendre en creux (comme dirait l’autre) des idées colonialistes.
– C’est une blague ?
– Sûrement pas, les blagues sont interdites en public !
– Quoi ?
– Le Comité a remarqué que la plupart des histoires drôles étaient tendancieuses, car trop souvent à caractère homophobe, sexiste, antisémite ou raciste… Seules les blagues Carambar et les charades sont autorisées.
– Et dans votre monde, on a le droit de baiser au moins ?
– Cela dépend ?
– Comment ça cela dépend ?
– La sexualité est encadrée par la loi du 11 prairial. En vertu de l’égalité femme-homme, la durée de la fellation ne doit excéder celle du cunnilingus. Il n’y a que trois positions autorisées, les autres étant jugées potentiellement dégradantes pour les femmes : le « missionnaire », la « balançoire » et « l’herboriste ». La « levrette » est passible d’une peine d’intérêt général. Quand à la s…
– C’est bon, j’ai compris.

Je sors du magasin abasourdi et suis aussitôt abordé par un homme hirsute, vêtu d’un imperméable beige. Il me demande de le suivre jusqu’à une petite ruelle. Là, il entrouvre furtivement son imper et me propose un CD de Michel Sardou, un livre de Sacha Guitry et un DVD de La Petite maison dans la prairie. Sardou et Guitry, je vois à peu près pourquoi, mais La Petite maison dans la prairie ? Le clone de Columbo m’explique que cette série est prohibée car elle contient des passages controversés sur les Indiens d’Amérique.

J’arrive enfin au seuil de ma porte, où règne une odeur appétissante de cheese nan. Mais aucun bruit. Parce que le bruit et les odeurs, plus un voisin pakistanais, ça sort illico du cadre du politiquement correct. Je mets le journal de 20 heures, présenté par Bruno Masure. J’apprends qu’une technicienne de surface en surcharge pondérale non-voyante et malentendante a été « l’auteure » (sic) d’un homicide envers son mari, un ancien exploitant agricole demandeur d’emploi et issu de la minorité visible. Traduire : une femme de ménage obèse, sourde et aveugle a étranglé son mari, un paysan maghrébin au chômage.

Avant de clôturer son journal sur un dicton (« A la Saint-Valentin, elle me tient la main. Vivement la Sainte-Marguerite »), Bruno Masure évoque le titre de champion de France de foot remporté par l’OM. Les nouvelles règles, qui stipulent qu’au nom de l’égalité les matchs nuls valent 3 points et les victoires 1 seul point, ont semble-t-il avantagé le club marseillais.

C’est à y perdre son gaulois…

Je zappe sur iTélé. J’entends à peine Olivier Ravanello dire « Pas de stigmatisation, pas d’amalgame » que je bascule sur France 5, où je découvre une pub avec la poupée Barbie, habillée en plombier, à côté de Ken, vêtu d’un simple tablier de cuisine… Sur France 4, un dessin animé. Astérix « l’Européen » (anciennement Astérix « le Gaulois ») dévore un sanglier avec son ami Obélix, qui a étrangement la peau noire. J’ignore quelle loi est à l’origine de cette teinture. Je jette un œil au programme : après Astérix, France 4 doit diffuser Blanche-Neige et les sept personnes de petite taille, suivi de La Belle et le SDF.

Sur Arte, je tombe sur une speakerine bègue qui annonce une soirée James Bond : tous les 007 seront diffusés successivement, sauf deux. Je me dis qu’il faudrait au moins deux jours entiers pour les voir tous, mais je comprends vite mon erreur. Expurgé de ses scènes jugées violentes et sexistes, la durée de chaque James Bond n’excède guère dix minutes. Les diamants sont éternels, où les méchants sont joués par un couple d’homosexuels, n’est pas diffusé. Tout comme Vivre et laisser mourir, où Roger Moore combat un homme de couleur, Mr Big. Un cliché honteusement raciste.

Sur France 3, une fois n’est pas coutume, pas d’énième rediffusion du Père Noël est une ordure, mais un pot-pourri des meilleurs spectacles de Guy Bedos et Stéphane Guillon. Du coup, je repasse sur France 2 où David Pujadas anime « Des paroles et des actes », émission qui a pour thème : « Comment combattre le terrorisme ». Pour analyser et trouver des réponses à ce délicat problème, l’animateur, pardon le journaliste a invité Joey Starr, l’ex-footballeur Vikash Dhorasoo, le psychotérapeuthe Christophe André et le moine bouddhiste Matthieu Ricard. Karim Rissouli fait son apparition pour évoquer le débat qui a eu lieu en début d’émission entre Edwy Plenel et Alain Finkielkraut, lequel avait obtenu une permission temporaire de sortie. Rissouli explique que les réseaux sociaux ont été bien davantage convaincus par le président du Comité de bien-pensance publique que par le « pseudo philosophe », selon ses termes.

La soirée se poursuit avec l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », diffusée désormais quatre fois par jour sur le service public. Un nouveau concept. L’animateur précise que pour respecter la pluralité des opinions, il y aura désormais un invité plutôt centriste, voire de droite, parmi la dizaine de personnalités autour de la table. Le téléphone sonne tout d’un coup. Je me réveille d’un bond, en nage. Tout ceci n’était en fait qu’un interminable cauchemar ! Que ça fait du bien, parfois, de retrouver le monde réel…

Voir enfin:

L’événement Mai 68 Pour une sociohistoire du temps court

Boris Gobille

Université de Lyon, ENS – LSH, CNRS – UMR Triangle

Annales

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Durant plusieurs décennies, les événements de mai 1968 en France ont été « plus commémorés qu’historicisés [1] ». Des travaux de sciences sociales venus déconstruire cette emprise mémorielle [2], on peut retenir au moins le constat que les interprétations successives de « l’esprit de Mai », qu’il s’agisse de le célébrer ou de le dénoncer, ont en commun une méthode : interpréter l’événement à l’aune de ses conséquences supposées – l’individualisme contemporain, le relativisme des valeurs, l’opportunisme d’une « génération 68 », dite « libérale-libertaire », parvenue ensuite à des positions de pouvoir médiatiques et politiques, etc. – en se passant de l’épreuve et de la reconstitution des faits, en opérant des montées en généralité hasardeuses à partir de quelques slogans ou de quelques trajectoires ultérieures d’anciens « leaders » de Mai, et en réduisant la complexité de la crise au périmètre étroit du seul mois de mai 1968, de la seule géographie parisienne, et des seuls étudiants. Ces interprétations disent ainsi beaucoup sur les positions d’énonciations et sur les intérêts politiques qui les sous-tendent, mais rien ou si peu sur l’événement lui-même, avec lequel elles n’entretiennent qu’un rapport, au mieux, d’« exemplification faible » dirait Jean-Claude Passeron, au pire, d’imputation erronée. L’anachronisme, l’absence de construction de l’objet, l’usage incontrôlé du schéma de la « ruse de l’histoire », permettant de prêter à l’événement des propriétés qu’il n’avait pas, et l’oubli de l’empirie comportent a contrario une leçon de méthode, au demeurant banale mais qu’il faut malheureusement rappeler : « l’histoire est un récit d’événements vrais » et « un fait doit remplir une seule condition pour avoir la dignité de l’histoire, avoir réellement eu lieu » [3]. Autrement dit, les topiques et la logique « démonstrative » de la mémoire dominante de mai 1968 attestent à nouveau, s’il le fallait, de ce que la « prétention à dire le monde historique sans référence à l’empirique » est « irrecevable [4] » et de ce que seul le « parti pris du réalisme [5] » permet d’éviter le travestissement de l’histoire. Mais cette emprise mémorielle, qui fait écran, s’est trouvée d’une certaine façon redoublée dans son principe par l’optique que retient à son tour l’entreprise des « lieux de mémoire ». Pour celle-ci en effet, la logique mémorielle serait la vérité même de l’événement-68 : « Pas de révolution, rien même de tangible et palpable, mais, en dépit des acteurs, à leur corps défendant, la remontée incoercible et le festival flamboyant du légendaire complet de toutes les révolutions. […] Les soixante-huitards voulaient agir, ils n’ont fait que célébrer, dans un ultime festival et une reviviscence mimétique, la fin de la Révolution [6] ». Il ne se serait au fond rien passé en mai-juin 1968, qui reçoive la dignité de l’histoire, avec ou sans majuscule, sinon, déjà, une mémoire en acte du panthéon révolutionnaire. De sorte qu’il n’y aurait à en faire qu’une « histoire de second degré […], histoire spéculaire, attentive non pas à restituer le passé, mais qui trouve sa fin dans l’établissement d’une distance critique avec les modalités sociales de sa muséification [7] ».

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Or, l’accumulation des travaux d’histoire et de sciences sociales sur mai 1968 depuis une vingtaine d’années, en particulier leurs développements récents, autorise que nous fassions ici le pari, inverse, d’une restitution raisonnée de l’événement. Ce qui suppose de se défaire non seulement des impasses de sa circulation mémorielle ultérieure, mais aussi des insuffisances associées à « l’illusion étiologique » qui est souvent de mise dans l’étude des crises politiques et des phénomènes de radicalisation. Michel Dobry entend par « illusion étiologique » la posture qui clôt l’explication des crises dès lors qu’en sont (parfois prétendument) découverts les « déterminants », « sources historiques » et « causes ». Outre la tentation du catalogue des « facteurs » à laquelle elle expose toujours, la focalisation sur les conditions de possibilité tend à considérer la dynamique de crise comme transparente à ses origines et sans grand intérêt analytique. Évitement de l’événement lui-même, qui pousse à méconnaître « les enchaînements causaux internes aux processus de crise [8] ». On ne reviendra donc pas sur la discussion qui entoure les tentatives menées en 1969 par Raymond Boudon autour du schème de la « crise des débouchés [9] », puis en 1984 par Pierre Bourdieu autour du « déclassement » et de la « déqualification structurale des diplômes » [10], pour expliquer les racines de la révolte étudiante, ni sur le détail de tout ce qui les oppose au-delà de certaines similarités. Si elles ont pour intérêt de rompre avec les analyses, trop générales pour être vérifiables, qui prévalaient auparavant, notamment les analyses en terme « générationnel », rappelons simplement que d’une part leur pertinence statistique a été contestée [11] et que d’autre part le schème du déclassement est difficile à manier en raison de la prise qu’il offre à des lectures disqualifiantes ne voulant voir de la contestation que l’effet du ressentiment d’« intellectuels frustrés » – lectures dont Roger Chartier a souligné la récurrence historique et la parenté avec un imaginaire réactionnaire [12]. De plus, l’explication par la frustration relative éprouvée par des acteurs incertains de trouver un avenir à la hauteur de leurs attentes est toujours menacée non seulement par une forme de légitimisme [13] mais aussi par un raisonnement circulaire [14]. Mais surtout, et cela nous importe plus ici, ces analyses méconnaissent qu’il y a loin du mécontentement à la mobilisation [15] : nombre de mécontentements se gèrent par la fuite, l’adaptation patiente et la révision à la baisse des aspirations, ou bien se vivent sur le mode de la fatalité ou d’une révolte individuelle enclose dans le silence du for intérieur, de sorte que la prise de parole n’est qu’un des devenirs possibles de l’insatisfaction, loyalisme et défection en étant les pendants muets. Qui plus est, ce qui est passé sous silence – hormis, d’une certaine façon, dans le modèle de P. Bourdieu, nous y reviendrons –, c’est la dynamique même de l’événement, son irréductibilité relative à ses « causes », les logiques de désectorisation qui étendent la crise de l’univers étudiant au monde ouvrier, à des pans entiers du salariat et à l’arène politique institutionnelle, ainsi que les subjectivations dissidentes qui se font jour pendant et par l’événement [16].

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Il convient donc de rompre avec ce double évitement de l’événement par le privilège accordé à ses racines ou par l’interprétation de ses conséquences supposées, et de faire retour sur la crise elle-même et sur ce qui fait son énigme propre : la dynamique de désectorisation et de radicalisation des luttes, la resectorisation et la normalisation du jeu politique, ainsi que les résistances qui lui sont opposées. On défendra l’idée que l’attention aux particularités du temps court permet de rouvrir à nouveaux frais le « dossier des origines » en identifiant ce qui du passé reste opératoire ou ne l’est plus dans le présent de la crise. Le « présent de l’histoire [17] » en conjoncture de crise est ainsi justiciable d’une sociohistoire du temps court, dont l’enjeu est de penser ensemble l’irréductibilité des temporalités critiques et le travail continué du passé dans les mobilisations multisectorielles et la fluidité politique. Les grèves ouvrières seront privilégiées, non seulement en raison du refoulement dont elles ont été longtemps l’objet dans la mémoire officielle, mais aussi parce que d’importantes avancées historiographiques récentes autorisent à les réinscrire à la place qui leur revient dans l’événement-68 [18].

Revenir à l’événement : émergences symboliques et réemplois du passé

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Revenir à l’événement n’a rien d’une réhabilitation de l’histoire événementielle et ne se soutient que d’une reproblématisation de la notion même d’événement. Constatant que « l’événement ne va pas de soi pour les sciences sociales », Alban Bensa et Éric Fassin proposent de le reconsidérer non plus sous l’angle de l’accident empirique, mais sous le rapport de la « rupture d’intelligibilité » qu’il ouvre : l’événement, en effet, « ce n’est pas qu’il se passe quelque chose, quelque important que soit ce fait, mais plutôt que quelque chose se passe – un devenir [19] ». Il rompt les régimes ordinaires d’intelligibilité du monde social, « l’évidence habituelle de la compréhension ». À la suite de Gilles Deleuze, les auteurs évoquent le fait que « le mode de l’événement, c’est le problématique » : « l’événement par lui-même est problématique et problématisant ». Il sépare un présent où le sens est brusquement devenu incertain, d’un passé où les grilles de lecture du monde semblaient solidement assises et pertinentes. Cette conception emporte une première conséquence. Les acteurs plongés dans l’événement font d’abord face à l’incertitude sur le sens de ce qui se passe. Les crises sont donc des moments où s’intensifient les activités de définition de la situation [20]. Si, comme le remarque l’« analyse des cadres » en sociologie de l’action collective, ces activités se rencontrent dans toute mobilisation [21], même « ordinaire », le travail de la signification[22] auquel se livrent les acteurs s’aiguise dès lors qu’il s’inscrit dans des situations problématiques [23] où la scène du commun se désinstitutionnalise, où le monde social se désobjective et où la définition sectorisée des enjeux se fragilise. Bascule alors dans les faits, c’est-à-dire dans ce que la recherche doit découvrir et analyser, l’ensemble du travail symbolique des acteurs plongés dans la crise. Il ne s’agit évidemment pas de sacrifier à un quelconque « tournant linguistique », mais de considérer que l’énonciation de l’événement par ceux qui sont en train de le vivre – telle qu’elle apparaît dans les déclarations publiques et les archives consignant les tracts produits dans le cours même de l’action – est constitutive de l’événement lui-même [24] : la façon dont les acteurs interprètent ce qui se passe est déterminante dans leurs anticipations, leurs calculs et leurs actions, c’est-à-dire aussi dans les coups qu’ils échangent et dans les interdépendances qui les lient et qui façonnent pas à pas la conjoncture. Or, l’expérience vécue des situations de crise est d’abord une expérience de l’incertitude. Il faut donc prendre au sérieux l’indétermination du sens éprouvée par les acteurs et l’énigme qu’ils vivent, ce qui suppose d’« explorer la signification de leur expérience [25] », et d’étudier la combinaison problématique de savoir et d’ignorance dans laquelle ils sont immergés, puisque pendant l’événement, « nous savons qu’il se passe quelque chose, mais nous ne savons pas exactement ce qui se passe, nous ne pouvons pas vraiment qualifier l’événement [26] ». Autrement dit, « le travail des sciences sociales rejoint l’expérience des acteurs, au moins dans un premier temps [27] » : de la même manière que les acteurs ignorent largement en situation, même s’ils s’attachent à les anticiper, la suite de la dynamique de crise et a fortiori sa conclusion, les sciences sociales doivent d’abord « mettre entre parenthèses le résultat [28] » si elles veulent analyser au plus près les logiques mêmes de la conjoncture. Condition nécessaire, en particulier, à la compréhension des crises comme moments où les subjectivités des acteurs sont prises dans un dépassement plus ou moins grand des limites héritées de leur socialisation et objectivées dans leur position sociale. Condition nécessaire, en somme, pour saisir ce que Timothy Tackett appelle le « devenir révolutionnaire [29] ». Le phénomène de la radicalisation est ainsi un phénomène situé, un processus, et c’est pourquoi il faut « accepter de le suivre avant de vouloir l’expliquer [30] ».

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C’est donc en restituant au plus près les intrigues du temps court de l’événement, dans leur dimension inséparablement tactique et symbolique, que l’on se donne un premier outil d’analyse des logiques qui président à la désectorisation de la crise étudiante à d’autres mondes professionnels : dans chacun des champs, la situation ouverte par la contestation incite un certain nombre d’acteurs à saisir l’ouverture du possible pour inscrire sur l’agenda critique leurs propres doléances en les retraduisant, la plupart du temps, dans le langage même de la révolte étudiante, notamment en critiquant les autorités et tutelles auxquelles ils sont soumis. Le travail de la signification en situation, c’est-à-dire la façon dont les groupes travaillent les significations et dont les significations travaillent les groupes, est au cœur des mécanismes d’extension sociale de la crise. Il importe cependant d’y voir autre chose qu’un accord idéologique [31]. Si la tentation, courante dans les interprétations dominantes, de dire ce qu’est l’idéologie de mai 1968 – ou son « sens », son « esprit », son « imaginaire totalitaire », etc. – est vaine, c’est à plus d’un titre. D’une part, ces interprétations se heurtent aux conditions sociales qui rendent peu vraisemblable l’unisson idéologique de groupes aux traditions, aux histoires et aux visions du monde très différentes. D’autre part, elles ne peuvent esquiver le problème et sauver le principe d’une idéologie de mai 1968 qu’au prix d’un certain nombre d’opérations contestables : homogénéiser des activités symboliques marquées au contraire par une extrême diversité et une absence de coordination, réifier les groupes autour des productions discursives de leurs dirigeants – ce qui est d’autant moins opératoire en mai-juin 1968 que, précisément, le principe et la pratique de la délégation aux dirigeants sont remis en cause –, évacuer de l’analyse les acteurs paraissant entrer le moins facilement dans le moule commun, comme les ouvriers, et privilégier, comme par hasard, ceux des acteurs entre lesquels circule de longue date un certain nombre de schèmes, c’est-à-dire les étudiants et les intellectuels critiques érigés en prescripteurs de « l’esprit de Mai », voire d’une « pensée 68 ». C’est dire, au demeurant, l’écueil de l’ethnocentrisme lettré qui conduit à constituer en acteurs centraux ceux qui, comme les interprètes, sont habités par un modèle lettré et le plus disposés à formuler et formaliser leurs visions du monde.

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Le travail symbolique en conjoncture de crise est, plus encore peut-être que dans les mobilisations « ordinaires », un processus. C’est en situation que se découvre la « transférabilité » de certaines visions du monde hors de leur milieu d’incubation, que les visions du monde s’hybrident, et que les groupes eux-mêmes œuvrent à élargir leurs cadrages des causes et des injustices, pour les rendre aptes à des appropriations diverses de la part d’autres acteurs dont le soutien est recherché, appropriations, bricolages et braconnages [32] pouvant aller jusqu’à l’entente dans le malentendu. Aussi est-ce bien souvent les schèmes les plus souples qui circulent le mieux [33], à l’image de la critique anti-autoritaire en mai-juin 1968, qui peut être considérée, à condition de ne pas la fossiliser en « idéologie », comme le cadre global (master frame) assurant la connexion la plus grande entre secteurs en lutte. Cette force sociale du flou tient au fait que sa plasticité permet à la critique antiautoritaire de faire écho à des intérêts préconstitués auxquels elle donne un sens et une audience plus larges, et d’entrer en résonance avec des vécus, ce que l’analyse des cadres appelle le « phenomenological life world [34] ». Par exemple, on ne peut rendre compte des jonctions étudiants-ouvriers en mai-juin 1968, limitées au niveau des groupes « réifiés » mais bien réelles au niveau des acteurs individuels ou des groupes labiles constitués en situation, qu’en décrivant finement, souvent à l’échelle locale, non seulement les effectives proximités idéologiques qui se font jour ici et là – comme on verra plus loin dans le cas des jonctions ouvriers-étudiants-paysans à Nantes – mais aussi la façon dont la critique anti-autoritaire et la revendication d’autonomie, très présentes dans des pans entiers du mouvement étudiant, rencontrent chez certains ouvriers un refus de l’autoritarisme d’entreprise, voire de l’encadrement syndical déterminé en grande partie par leur refus de l’ordre usinier [35]. Et si ces appropriations sont possibles, c’est bien parce que la critique antiautoritaire mêle, jusque dans les secteurs lettrés, critique artiste et critique sociale [36] : loin de s’opposer radicalement, comme la dissociation analytique des révoltes étudiante et ouvrière voudrait le faire croire, la revendication d’autonomie de l’individu fait signe vers la dénonciation de l’aliénation productiviste, et la contestation de l’autorité se fait toujours, en mai-juin, au nom de l’égalité [37]. Si le schème anti-autoritaire concourt à la désectorisation de la crise, c’est d’une part parce qu’il travaille les acteurs en offrant un cadre interprétatif renouvelé à leurs luttes contre la domination, et d’autre part parce que, dans le même temps, les acteurs travaillent à l’ajuster au plus près des propriétés spécifiques de la conflictualité sociale dans laquelle ils sont inscrits.

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On pourrait durcir le modèle. P. Bourdieu suggère que la diffusion de la crise est le produit « des solidarités fondées sur les homologies structurales entre les occupants de positions dominées dans des champs différents » : « du fait que tout champ tend à s’organiser autour de l’opposition entre des positions dominantes et des positions dominées, il existe toujours un rapport sous lequel les agents d’un champ déterminé peuvent s’agréger ou être agrégés à des agents occupant une position homologue dans un autre champ, pour éloignée dans l’espace social que soit cette position et pour si différentes que puissent être les conditions d’existence qu’elle offre à ses occupants et, du même coup, les habitus dont ils sont dotés ». Qu’ils se reconnaissent à tort (allodoxia) ou à raison dans le mouvement critique, les individus et les groupes occupant des positions subalternes dans leurs champs respectifs et partageant l’expérience de la domination sont ainsi portés à investir le moment critique ou, tout simplement, à « saisir l’occasion créée par la rupture critique de l’ordre ordinaire pour faire avancer leurs revendications ou défendre leurs intérêts » [38]. M. Dobry souligne le poids de ce facteur : « Toutes les fois que ces champs sociaux différenciés se rapprochent de configurations structurelles homologues et, dans le cas plus particulier de configurations dualistes, rendent ainsi parfaitement visibles les clivages entre dominants et dominés dans chaque champ, on a affaire à un puissant facteur de coordination tacite en cas d’émergence de mobilisations multisectorielles en leur sein [39]. » Cette coordination tacite, bien loin de l’accord idéologique conscient, apparaît comme un ressort privilégié de la désectorisation des luttes, signale la force mobilisatrice du symbolique et des alignements de cadres interprétatifs dans les conjonctures marquées par la vitesse des événements et l’incertitude sur le sens de ce qui se passe, dessine un contexte qui fait sens et qui fait agir, et se situe à la rencontre entre des émergences symboliques en situation et des états structurels de conflictualité qu’elles redéfinissent et coalisent.

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Pourtant, cette circulation des enjeux critiques à travers les frontières sociales ne saurait expliquer à elle seule les mécanismes d’extension de la crise dont elle est, en retour, très largement le produit. La critique anti-autoritaire, cheminant de longue date dans les cercles intellectuels et étudiants du marxisme hétérodoxe, de l’anarchisme et de la critique artiste du capitalisme, n’acquiert pas immédiatement, et pour ainsi dire comme par elle-même, sa force d’enrôlement et de cadrage des mobilisations non étudiantes, ni, parmi celles-ci, des mobilisations de certaines organisations d’extrême gauche. Après tout, dans leur grande majorité, les grèves ouvrières ne commencent que le 13 mai, de même que celles qui touchent d’autres univers professionnels ne débutent qu’après le 15, voire le 20 mai. C’est donc bien que quelque chose se passe dans les événements, qui en assure soudainement le relais. Aussi faut-il porter l’attention sur les « saillances situationnelles [40] » qui font converger les anticipations tactiques et les définitions de la situation des protagonistes. Sans leur prise en compte, on ne saurait mesurer combien l’accidentel peut, en conjoncture de fluidité politique, faire franchir un seuil de radicalisation à la dynamique des mobilisations.

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Afin de rompre avec le privilège causal attribué aux facteurs structurels (économiques, sociaux, politiques et culturels), dont elle constate qu’ils se retrouvent ailleurs sans avoir eu les mêmes conséquences, Ingrid Gilcher-Holtey reprend à nouveaux frais la notion d’« événement critique » proposée par P. Bourdieu, qui permet de penser ensemble histoire structurelle et histoire événementielle [41]. Elle en démontre la fécondité à partir de ce moment particulier que représente la première « nuit des barricades » rue Gay-Lussac et alentour, dans la nuit du 10 au 11 mai. Événement et mode d’action sans commune mesure avec les revendications étudiantes restreintes jusqu’alors à la réouverture de la Sorbonne, la libération des étudiants arrêtés et condamnés, et le retrait de la police du quartier Latin. Elle analyse ce passage de seuil comme le fruit du télescopage entre, d’une part, des imaginaires insurrectionnels et des dispositions à agir, et, d’autre part, une part accidentelle liée à la coïncidence de petites décisions non coordonnées, d’anticipations hasardeuses et d’hésitations du côté des manifestants comme du côté des autorités. La confusion créée au sommet de l’État par l’absence du Premier ministre Georges Pompidou, en visite en Iran et en Afghanistan, et par le silence ombrageux de de Gaulle est telle que le ministre de l’Éducation nationale, Alain Peyrefitte, et le Premier ministre par intérim, Louis Joxe, négocient séparément avec les manifestants. Ce flottement encourage les étudiants, bien qu’ils hésitent encore et s’opposent quant à ce qu’il convient de faire une fois rassemblés aux abords de la Sorbonne. La première barricade est érigée sans que personne n’en donne la consigne. Le rôle des médias est capital dans la dramatisation et la nationalisation ce qui se passe alors : les voitures-radio d’Europe 1 et de RTL retransmettent les événements toute la nuit, contribuent « à la circulation de l’information à l’intérieur même du mouvement », relient « les acteurs agissant dispersés dans des rues différentes et favorisent le sentiment d’adhésion à la situation ». C’est même depuis l’une de ces voitures que s’effectue et est diffusé l’entretien entre Alain Geismar et le recteur de l’académie de Paris, publicité qui rompt avec les tentatives du gouvernement de négocier discrètement, et qui pousse les manifestants à la fermeté. Les pourparlers sont suspendus à 1 heure 50, et l’assaut policier commence vingt minutes après, le préfet de police ayant fait valoir en haut lieu que ses hommes, mobilisés toute la journée, commençaient à fatiguer et qu’il fallait intervenir sans plus attendre. La « stéréophonie totale » permet alors à des millions de Français de suivre le déroulement des heurts qui durent jusqu’à 5 h 30. Dramatisée par sa publicisation, la répression solidarise « l’opinion publique », dont la mesure cependant fait défaut, et les syndicats ouvriers avec les étudiants. G. Pompidou, de retour en France le lendemain, cédant aux trois revendications étudiantes, donne le sentiment que la radicalisation paie. Un seuil est franchi : la contestation quitte le strict site universitaire et gagne le monde ouvrier, l’événement critique brise l’isolement des champs d’action, précipite des crises sectorielles latentes dues à des facteurs structurels, et les synchronise en les liant ensemble dans les faits et dans les représentations. Par un enchaînement contingent d’événements, on entre alors pleinement dans le « moment critique ». La dénonciation de la répression gaulliste devient ainsi la forme par laquelle les centrales syndicales s’approprient la critique anti-autoritaire, en la reformulant dans leurs registres propres et en l’ajustant avec leur agenda spécifique.

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L’événement critique est donc bien un facteur déterminant de la solidarisation des mouvements étudiant et ouvrier contre la répression et le gouvernement. Le seuil de désectorisation qu’il fait franchir à la dynamique de crise ne renvoie donc pas aux métaphores habituelles de la « tâche d’huile » et de la « contagion », qui n’expliquent rien. Il ne s’analyse qu’en rapport avec les mécanismes empiriques précis d’enchaînement des événements. Il ouvre un moment de convergence dans la concurrence entre les organisations de la classe ouvrière et le mouvement étudiant, malgré l’hostilité affichée très tôt par la CGT et le PCF à l’égard des « gauchistes ». La journée d’action et de grève générale du 13 mai en est la traduction, même si les discussions entre les uns et les autres à propos de l’itinéraire et de la place des défilés sont âpres. Semblable analyse permet de rendre compte des autres seuils de radicalisation. Déjà le 3 mai, c’est la rupture du « contrat » passé entre les forces de l’ordre et les quelques centaines de militants regroupés dans la cour de la Sorbonne – évacuation contre non-arrestation – qui fait basculer les événements et débouche sur les premiers affrontements violents d’ampleur dans le quartier Latin, débordant de loin les seuls militants « gauchistes » mobilisés ce jour-là. La solidarisation des étudiants présents autour du boulevard Saint-Michel et de la rue des Écoles est ainsi l’effet de la rencontre entre, d’un côté, une sensibilité de crise déjà perceptible [42], une politisation silencieuse hors des cadres organisationnels de l’extrême gauche, et, de l’autre, la répression disproportionnée qui s’abat alors jusque sur des passants. Le maintien de l’ordre constituera au demeurant à plusieurs reprises un levier involontaire de radicalisation de la situation, comme on le verra à propos des résistances à la reprise du travail, au point qu’il devient « l’événement dans l’Événement [43] ». D’autres seuils de radicalisation paraissent en comparaison moins déterminants. Ils jouent pourtant un grand rôle. Le débat sur les examens le 15 mai, la décision de les boycotter le 16, et finalement leur report, alors même qu’ailleurs les grèves et occupations ouvrières se multiplient, semblent a priori sans poids significatif dans l’évolution de la conjoncture, alors qu’en réalité, en débarrassant les étudiants de cette préoccupation immédiate quant à leur avenir, ils les rendent plus disponibles pour l’action [44]. De même, aussi folklorique qu’elle ait pu paraître après-coup à certains commentateurs, l’occupation du théâtre de l’Odéon le 15 mai par des éléments du Mouvement du 22 mars, entre autres, et la libération de la parole qui s’ensuit, ont elles aussi contribué à l’élargissement de la crise aux secteurs culturels : aucune institution culturelle, aucun « monstre sacré » – Jean-Louis Barrault, Jean Vilar, Maurice Béjart l’apprennent à leurs dépens – ne peut plus se considérer protégé. Aucune autorité symbolique n’est désormais à l’abri de la critique antiautoritaire, anti-bureaucratique, anti-institutionnelle. Les intellectuels ne peuvent plus témoigner de leur soutien ex cathedra – par exemple sous la forme de la pétition –, mais sont invités à créer eux-mêmes des comités d’action, si du moins ils entendent témoigner de leurs aspirations « révolutionnaires ». Les directeurs de centres dramatiques et de maisons de la culture se réunissent à Villeurbanne le 21 mai pour reconsidérer les politiques de décentralisation et de démocratisation culturelles sous l’angle du « non-public » et des liens entre création culturelle et politisation. D’autres professions, au même moment, s’alignent sur la critique antiautoritaire – sous les deux formes qu’elle prend alors, la critique de la division verticale du travail qui institue hiérarchies et dominations, et la critique de la division sociale horizontale qui segmente les mondes sociaux et limite les métissages trans-sectoriels – pour réinterroger leurs idéologies, pratiques et fonctionnements professionnels [45]. Et le jeu ouvert par les occupations d’usines, si contrôlées qu’elles soient majoritairement par les directions syndicales, travaille lui aussi à la désectorisation en autorisant des rencontres sociales improbables, que ce soit entre ouvriers et militants gauchistes, dans de rares cas entre ouvriers et étudiants, ou encore entre ouvriers, d’un côté, ingénieurs et cadres de l’autre. Sur ce dernier point, pour divisé et (auto)limité que soit le « mai 1968 des cadres », il donne lieu à des transgressions de frontières qui marquent les esprits, à l’image de ce qu’exprime un ingénieur CFDT du secteur automobile : « Ils [les cadres de la fabrication] connaissent parfaitement les réactions de l’ouvrier à son poste de travail, mais l’ouvrier redevenu un homme, ils ne savent pas ce que c’est. Finalement, comme ont dit les copains du CG [comité de grève], ‘les ingénieurs et cadres ont découvert cet animal qu’on appelait jusqu’à maintenant l’ouvrier’. À noter d’ailleurs qu’au comité de grève, les ouvriers ont découvert cet animal qu’ils appelaient jusque-là ingénieur ou cadre [46] ! »

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Il reste, comme on l’a laissé entendre, que la dynamique de désectorisation n’est pas davantage séparable de facteurs structurels qu’elle ne l’est de facteurs situationnels. « L’événement ne signifie pas dans un vide [47]. » Si tout n’est pas déjà joué avant la crise, tout néanmoins ne se joue pas en lui. C’est parce que l’événement critique rencontre des crises sectorielles latentes qu’il a le pouvoir d’ouvrir une crise générale. Si l’événement est une « rupture d’intelligibilité », c’est aussi parce qu’il donne à voir, à l’état explicite, des mutations antérieures qui sans lui seraient restées sourdes et silencieuses [48]. Une sociohistoire du temps court a donc pour vocation de penser ensemble les spécificités du présent de la crise et les « séries dans lesquelles l’événement prend sens [49] », celles-ci n’étant pas tributaires d’une chronologie et d’une logique uniques, mais s’ouvrant et se fermant, durant « les années 68 » [50], selon des temporalités et des mécanismes différenciés. De nombreuses mobilisations en mai-juin 1968, des architectes des Beaux-Arts [51] aux écrivains [52], des médecins [53] aux magistrats [54], des contestations dans le champ religieux [55] jusqu’aux footballeurs [56], en passant par une multitude de microgroupes ou associations, permettraient d’illustrer que le présent de l’histoire en situation de crise généralisée est un processus dans lequel se rencontrent, d’un côté, une grammaire générale de la contestation qui émerge en situation, et de l’autre, des prédispositions à s’en emparer pour rejouer, grandir, élargir et radicaliser des causes et des conflits déjà là. On voudrait le détailler à propos des grèves ouvrières.

La désectorisation du monde ouvrier : une généralisation par le bas

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Le mot d’ordre de grève lancé par les directions syndicales pour le 13 mai est de fait inséparable de la rencontre entre l’événement critique de la première « nuit des barricades » et des « dispositions à agir collectivement qui trouvent leur principe dans la tradition du mouvement ouvrier français [57] ». C’est en effet parce que le répertoire de la grève unitaire existait dans la tradition syndicale, malgré sa fréquence relative, que les directions des organisations syndicales ont pu un moment lire la synchronisation des crises sectorielles comme une forme de continuation, contrôlable, de l’existant. Mais la grève du 13 mai n’était pas « reconductible ». Comment expliquer, dès lors, cette énigme propre à mai 1968 : la généralisation des grèves sans mot d’ordre de « grève générale » – ce que la CGT elle-même reconnaît le 16 mai, à sa manière (c’est-à-dire en en revendiquant le contrôle), par la voix de Georges Séguy : « Pour le moment, notre tactique et notre stratégie, c’est d’étendre la grève ‘par en bas’ [58] » ? L’éclatement des scènes et la multiplicité des sites de confrontation partout en France incitent évidemment à la prudence analytique : les logiques spécifiques à l’usine, au local et au régional, se mêlent à l’intrigue nationale selon des modalités chaque fois différentes. Cette généralisation sans chef d’orchestre n’en est pas moins intelligible, si du moins l’on accepte ce qu’il reste de points aveugles dans un récit abandonnant la poursuite vaine d’un principe organisateur unique de la texture infinie du réel en crise, et procédant par coups de sonde et par nœuds problématiques.

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Le cadre global de mobilisation et de sens créé par la conjoncture le 13 mai pousse à rejouer, en situation, des revendications antérieures qui avaient échoué au niveau local et qui paraissent désormais à portée de satisfaction, y compris dans de petites unités de production. Xavier Vigna a ainsi montré que c’est dès le 13 mai au soir, avant les grosses usines, que, par exemple, des usines modestes comme les Papeteries La Chapelle à Saint-Étienne-du-Rouvray ou la filature Dollfus Mieg à Loos-les-Lille cessent le travail, et ce jusqu’au 4 juin [59]. La conjoncture donne aussi droit de cité à des cadres de perception échappant à l’ordre syndical dominant. L’occupation de l’usine Sud-Aviation à Bouguenais près de Nantes, le 14 mai, s’entend comme le produit à la fois du précédent créé par la révolte étudiante et la mobilisation du 13 mai, d’un côté, des grèves tournantes initiées quelques semaines auparavant et d’une tradition anarcho-syndicaliste fortement présente [60], de l’autre. Et l’effet d’entraînement ainsi créé s’analyse lui-même comme le télescopage de conflits antérieurs et de la dynamique de l’événement, à laquelle, parfois, la surdité du patronat aux revendications n’est pas non plus étrangère. De même, dans l’usine Renault de Cléon, le lendemain, ce qui au départ est une journée d’action pour l’abrogation des ordonnances sur la Sécurité sociale change de sens et, face au refus de la direction de recevoir les délégués du personnel l’après-midi, se transforme en occupation de l’usine et en quasi-séquestration de la direction. La grève « sauvage » à Renault-Cléon est ainsi initiée par la conjonction de la conflictualité spécifique à cette usine et du précédent créé, ailleurs, par les Sud-Aviation nantais, en même temps qu’elle renforce à son tour la dynamique de contestation dans les autres usines Renault qui entrent en grève le lendemain. Ce pouvoir de levée de censure et d’entraînement est plus patent encore à l’échelle locale. À Nantes, si l’occupation de Sud-Aviation le 14 mai contribue à précipiter nombre d’usines, d’institutions et de syndicats locaux dans la mobilisation, c’est qu’en élargissant l’espace des possibles, elle rend légitime et crédible la reprise et la radicalisation de revendications antérieures. Il se produit alors des synergies qui, à ce degré, n’étaient pas envisageables quelques jours auparavant : on discute d’autogestion à Sud-Aviation, dans des entreprises de presse, dans les caisses d’allocations familiales; surtout, un comité central de grève est mis en place le 24 mai, qui pallie la paralysie de la ville en organisant, en relation avec les comités de grève et les comités de quartier, certaines tâches ordinairement dévolues à la municipalité, au point qu’on a pu parler de « Commune de Nantes [61] ». Ce comité central de grève, sous l’égide des centrales ouvrières, associe les paysans, et même quelques étudiants. Or, ce décloisonnement pratique et idéologique des causes, impensable à ce degré sans la dynamique même de la crise, est aussi inséparable de facteurs locaux de plus longue durée. Ainsi, le rapprochement des syndicats ouvriers et paysans est déjà à l’œuvre lors de la journée d’action du 8 mai, décidée le 13 mars, qui touche seize villes de Bretagne et des Pays de Loire. Et les raisons en sont à chercher à la fois dans la situation dramatique de l’emploi dans ces régions, et dans un certain nombre de mutations syndicales vieilles d’une dizaine d’années : les minorités anarcho-syndicalistes et trotskistes sont très actives à Nantes chez les étudiants, les ouvriers et les paysans; les jeunes paysans formés à la JAC qui prennent le contrôle du syndicalisme agricole départemental à la fin des années 1950, avec pour objectif de moderniser les relations sociales et non pas seulement les exploitations, entrent en relation, par l’intermédiaire de la CFTC, avec la JOC, la CGT et l’UD FO dirigée localement par l’anarcho-syndicaliste Alexandre Hébert, ce qui se traduit par des actions communes tout au long des années 1960 et par la signature, le 13 mars 1968, d’un « programme d’action des organisations syndicales ouvrières et agricoles de l’Ouest » réclamant, notamment, « la mise sous responsabilité publique, et leur gestion démocratique, des secteurs clés de l’industrie, de la banque et des crédits d’investissement ». Le terrain est donc déjà préparé à la jonction des luttes en mai 1968, qui voit des paysans participer auprès des étudiants aux combats de rue le 24 mai au soir, qui voit également Bernard Lambert pour la FDSEA, Jean Cadiot pour le CDJA, appeler à « l’union nécessaire étudiants-paysans » et à l’alliance des paysans avec « les ouvriers, les enseignants, les étudiants en lutte » [62]. Le signal lancé par les Sud-Aviation le 14 mai au soir et la dynamique de la contestation dans les semaines suivantes s’enracinent donc dans un passé local qui se rejoue en mai 1968 sous une forme radicalisée, et qui aura pour conséquence l’éclatement de l’unité du syndicalisme agricole sous l’effet d’un courant révolutionnaire dont le nom de B. Lambert est le plus emblématique. Semblables passerelles entre mondes sociaux et professionnels, semblables articulations entre conjoncture critique et mutations sociales, économiques, idéologiques et syndicales antérieures, s’observent dans d’autres sites, comme à Angers [63] : là aussi, mai 1968 radicalise les tendances au décloisonnement des causes, au renouvellement des modes d’action, aux convergences syndicales et à l’engagement dans les mobilisations multisectorielles de secteurs ordinairement plus corporatistes comme le secteur agricole, et de mondes traditionnellement en retrait comme l’Église (l’évêque avertit les fidèles, le 26 mai, que le produit de la quête ira au soutien des grévistes du département), la CFDT jouant ici le rôle de pivot dans l’unification des luttes, la grève illimitée des cheminots à partir du 18 mai celui de signal fort dans le passage à l’action des autres entreprises.

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Les mécanismes de l’extension de la grève au sein du monde ouvrier sont donc à analyser selon trois échelles à la fois interdépendantes et relativement autonomes : les spécificités locales, le jeu du passé et du présent, et bien sûr l’intrigue nationale. Comme l’écrit X. Vigna, « les grévistes suivent les faits qui se déroulent ailleurs : dans les usines à proximité, dans la ville ou le bassin d’emploi, et surtout à Paris [64] ». Le travail de mobilisation des syndicats joue ainsi un rôle important : s’ils ne sont pas à l’initiative des grèves spontanées qui lancent le mouvement dans les grosses unités de production, ils tentent rapidement de les encadrer, de leur donner un cadre revendicatif clair, et de susciter d’autres arrêts de travail. Le jeu est donc subtil, et souvent convergent, entre ce qui leur échappe et ce qui leur revient. Des phénomènes de solidarité contribuent aussi à l’élargissement de la contestation : que ce soit localement ou nationalement, il devient coûteux de ne pas suivre et intéressant de suivre le mouvement général dès lors que celui-ci, à partir du 20 mai, a atteint une ampleur sans rapport avec les grèves pour l’emploi des années précédentes [65]. Il faudrait, pour se convaincre de cet effet d’opportunité, multiplier les monographies d’usines et y saisir les pressions qui s’exercent pour ne pas être en reste du mouvement général, à l’image des tournées organisées dans les communes rurales où certains ouvriers se sont retirés durant la grève, comme à Sochaux, et où ils sont allés travailler pour se faire un pécule, comme dans le Cambraisis [66]. Les pressions relèvent aussi, et ce n’est pas anecdotique, des difficultés matérielles qui s’accumulent et qui empêchent de se rendre au travail : la grève gagne en effet les premiers dépôts SNCF et RATP le 17 mai, l’ensemble de ces deux entreprises les deux jours suivants et jusqu’au 5 juin, et l’essence commence à manquer le 19. Le cas de la SNCF est au demeurant important pour notre propos. La grève y est essentiellement corporative [67], mais la position stratégique des transports en fait un seuil dans la généralisation de la crise à l’échelle nationale.

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D’autre part, l’extension du mouvement ne se réduit pas à la multiplication des arrêts de travail, mais renvoie aussi à la radicalisation des revendications et des modes d’action, et sur ce plan encore, l’interaction entre passé et présent est déterminante. Les grèves syndicales sont certes majoritaires en mai-juin 1968. Elles caractérisent surtout la grande industrie et sont fortement encadrées par des syndicats, principalement la CGT et FO, qui s’empressent de saisir l’opportunité offerte par la situation de crise pour faire aboutir des revendications anciennes et traditionnelles, par exemple en matière de salaires. Il s’agit aussi, dans certains cas, de « grèves d’émancipation » qui aboutissent pour l’essentiel à la création de sections syndicales et qui prennent place dans des entreprises où la représentation syndicale, en raison de politiques du personnel répressives ou paternalistes et en raison d’une organisation du travail très cloisonnée, est avant la crise soit inexistante, soit le fait d’organisations « indépendantes » peu représentatives. Les grèves plus novatrices, mettant en cause le système des relations professionnelles, sont minoritaires, qu’elles demandent la participation ou la cogestion de l’entreprise par les ouvriers, notamment pour limiter l’arbitraire de l’encadrement, comme dans les entreprises nationalisées, ou qu’elles mettent en question plus radicalement les rapports sociaux au sein de l’entreprise, l’autoritarisme, et exigent le « contrôle ouvrier », voire l’autogestion [68]. Or, pour minoritaires qu’elles soient, ces grèves marquent les esprits : elles questionnent le principe de la délégation syndicale et paraissent préfigurer à l’échelle de l’usine, voire de l’atelier, ce que pourrait être une société future fondée sur l’autonomie des travailleurs. Elles sont le produit, là aussi, de logiques structurelles et de logiques situationnelles. Le communiqué de la CFDT du 16 mai 1968, qui appelle à substituer à la « monarchie industrielle et administrative » des « structures démocratiques à base d’autogestion » et « le droit des travailleurs à la gestion de l’économie et de leur entreprise », joue un rôle non négligeable dans la mesure où il est relayé par les syndicats CFDT selon leur poids dans les entreprises et la nature de leur alliance avec la CGT. Si le thème de l’autogestion chemine alors depuis une dizaine d’années dans les cercles intellectuels de la Nouvelle Gauche et dans certaines fractions de la CFDT déconfessionnalisée, comme les fédérations Chimie et Hacuitex, ce n’est que parce que la situation paraît l’accréditer, avec les premières grèves spontanées des 14-15 mai et leurs revendications « qualitatives » en faveur du « pouvoir ouvrier », qu’il est repris officiellement et au niveau national par la CFDT, qui en fera ensuite le socle de sa réflexion [69]. Et si le thème de l’autogestion, et plus généralement l’exigence d’une expression autonome des travailleurs, rencontrent un écho certain dans le mouvement, c’est également dans la mesure où ils entrent en résonance avec un contexte inédit de « prise de parole [70] » et de revendication d’autonomie, dans lequel ils s’insèrent et qui lui donnent sens, et qu’ils contribuent à renforcer en retour. Or, ce contexte renvoie lui-même à deux dimensions qu’il faut examiner tour à tour : les jonctions ouvriers-étudiants et le refus de l’ordre usinier.

Jonctions étudiants-ouvriers

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On a beaucoup glosé sur le « rendez-vous manqué » entre ouvriers et étudiants en mai-juin 1968, rendez-vous manqué qu’accréditerait l’image, devenue image d’Épinal, des étudiants marchant sur la forteresse ouvrière de Renault-Billancourt et y trouvant portes closes comme l’avait annoncé la CGT. Mais si le constat se vérifie assez largement au niveau des groupes réifiés (« le mouvement ouvrier », « le mouvement étudiant »), il méconnaît les nombreux cas où ces rencontres ont bien lieu. Et l’on ne peut s’en apercevoir que si l’on prend toute la mesure de ce qu’appelle l’analyse des situations de crise : la dé-réification des groupes, toujours pluriels et plus encore dans les conjonctures critiques, la suspension de l’identification des ouvriers au « mouvement ouvrier » ou aux « organisations ouvrières » [71], et la variation des échelles d’observation qui suppose une attention très grande à la pluralité des situations d’usines [72] en mai-juin 1968 et à l’existence de ces métissages sociaux [73] entre acteurs et groupes qui constituent une des spécificités des crises. Les monographies et les synthèses existantes sur les mobilisations ouvrières, notamment dans leurs insertions locales, attestent du fait que ces rencontres entre étudiants et ouvriers ont bien eu lieu, que ce soit à Nantes et à Angers, comme on l’a vu, mais aussi à Caen, aux usines Renault de Billancourt et Flins, Citroën de Javel et Nanterre, Thomson-Houston de Gennevilliers, ainsi que dans de nombreuses villes universitaires [74]. Or, ces rencontres ne sont pas compréhensibles en dehors de l’opportunité que leur ouvre la conjoncture de crise. Si les crises constituent des moments de désectorisation de l’espace social, c’est plus vrai encore de celle de mai-juin 1968 dans la mesure où la critique de la division sociale du travail et des cloisonnements sociaux y est explicite, recherchée et érigée en modèle de société future, dans la mesure également où la libération de la parole, revendiquée et pratiquée par les comités d’action étudiants, est précisément rendue possible dans le monde ouvrier par la cessation du travail et y fait parfois écho au désir de ne plus déléguer aux représentants syndicaux l’expression des souffrances associées à la servitude laborieuse. Le comité central de grève de l’usine Rhône-Poulenc de Vitry écrit ainsi dans un tract du 28 mai 1968 : « Alors que l’on nous avait toujours refusé la parole, nous l’avons prise, nous avons appris à parler et cela est irréversible [75]. »

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Mais ces rencontres, qui se poursuivent en partie après mai aussi bien à l’échelle individuelle qu’au niveau collectif, comme l’illustre le cas des groupes Medvedkine dans la région de Sochaux [76], doivent aussi beaucoup à des éléments antérieurs à la crise elle-même. L’histoire propre des syndicats, en premier lieu. Si tendanciellement la CFDT soutient la jonction ouvriers-étudiants quand la CGT s’en méfie, c’est évidemment en raison de deux traditions très différentes : la CGT, dont la position est liée à celle du Parti communiste et travaillée par une identité ouvriériste peu ouverte aux « jeunes bourgeois » gauchistes, s’adresse d’abord aux ouvriers professionnels de la grande industrie syndiqués depuis longtemps; la CFDT, attentive aux nouveaux acteurs ouvriers, notamment les jeunes OS, et aux revendications « qualitatives » sur les relations sociales au sein des entreprises, se reconnaît plus volontiers dans la remise en cause anti-autoritaire contenue dans la prise de parole étudiante. Mais ce qui vaut en tendance ne vaut pas partout, là encore pour des raisons historiques : dans les houillères en grève, une section CGT d’Oignies se démarque de la méfiance de G. Séguy à l’endroit des étudiants et se fait fort de rappeler que c’est « un honneur de ne jamais oublier » que ceux-ci avaient précocement soutenu la grève des mineurs de 1963 [77]. Le poids de l’histoire, notamment des histoires locales, est donc déterminant dans l’ensemble des facteurs qui autorisent ou au contraire empêchent que soit saisie la possibilité, ouverte ou renforcée par la crise, de rencontrer le dehors de l’usine. L’exemple des jonctions ouvriers-étudiants à Caen est à cet égard emblématique. L’unité d’action entre la CFDT et l’UNEF, auxquelles la CGT, réticente, s’associe parfois, se matérialise par une manifestation unitaire le 10 mai et des défilés communs le 13, et se prolonge par la création d’une commission luttes étudiantes-luttes ouvrières, par des discussions entre ouvriers et étudiants à l’université ou aux portes de Moulinex et de Citroën, par des actions communes le 24 mai, notamment la mise à sac du local du parti gaulliste, et par une manifestation commune le 31 contre la riposte gaulliste de la veille. Mais la rencontre caennaise entre étudiants et ouvriers en mai-juin 1968 trouve en fait ses racines dans le soutien explicite qu’apporte l’UNEF aux grévistes de la SAVIEM, brutalement réprimés le 24 janvier, et dans les heurts qui opposent les jours suivants ouvriers et étudiants d’un côté, police de l’autre. Et ces racines renvoient elles-mêmes aux luttes menées en commun par la CFTC, la CGT, la FEN et l’UNEF contre la guerre d’Algérie au début des années 1960. Les convergences qui se dessinent alors sont relayées les années suivantes par de multiples contacts entre une UNEF conquise en 1965 par les ESU, les étudiants du PSU, et une CFDT abritant elle-même une forte proportion de militants du PSU. Une commune socialisation au syndicalisme chrétien (Action catholique ouvrière ou Jeunesse étudiante chrétienne), la jeunesse partagée des étudiants et des ouvriers – les usines locales emploient une forte majorité de moins de trente ans –, des idéologies convergeant en particulier sur le problème de jeunes OS d’origine rurale massivement recrutés lors de la décentralisation industrielle, assurent dès lors la continuité d’un front commun qui se rejoue et s’affermit encore en mai-juin 1968, et permettent sa focalisation, non seulement sur la question des salaires et de l’emploi, mais aussi, plus radicalement, sur la dénonciation du taylorisme et la défense de la dignité ouvrière [78].

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Il importe de souligner ce dernier aspect : le refus de l’ordre usinier, à bien des égards plus radical et non-négociable que les revendications quantitatives classiques, s’exprime de façon aiguë jusque dans des grèves n’exigeant pourtant pas explicitement le « pouvoir ouvrier » et l’autogestion; il détermine en partie la longévité des luttes, leur extension, leurs modes d’action parfois illégaux comme les séquestrations de dirigeants ou de cadres d’entreprise et l’affrontement violent avec les forces de l’ordre, l’entrée en scène de nouveaux acteurs ouvriers comme les jeunes OS, la formation d’un langage commun avec les étudiants, fait de prise de parole hors délégation syndicale, de revendications d’autonomie et de dignité, et d’aspirations publiques à en finir avec l’aliénation quotidienne du productivisme; il met en jeu ce qui vient du passé et ce que réarticule et radicalise la crise, en ce sens qu’il traduit une contestation embryonnaire du modèle fordiste que la crise manifeste au grand jour et qui devient, dans l’après-Mai, le point focal de bien des manifestations de l’insubordination ouvrière comme des innovations managériales par lesquelles les entreprises tenteront d’en tenir compte tout en en éliminant la charge subversive [79]. En cela, le refus de l’ordre usinier représente un prisme crucial pour une sociohistoire du temps court de la crise. Et d’autant plus qu’il constitue un élément central des résistances à la reprise du travail en juin 1968, alors que l’intrigue nationale est à la resectorisation et à la normalisation du jeu politique.

Résistances à la reprise du travail et refus de l’ordre usinier

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À la fin du mois de mai et au début du mois de juin 1968, les éléments qui poussent à la reprise du travail sont nombreux, mais interviennent dans un climat instable. L’échec de l’annonce d’un référendum sur la participation par le général de Gaulle le 24 mai, la seconde nuit des barricades parisiennes dans les heures qui suivent, le refus du constat de Grenelle par les ouvriers de Renault-Billancourt le matin du 27, le meeting commun de l’UNEF, du PSU, de la CFDT au stade Charléty le soir même, la conférence de presse de François Mitterrand le 28, le souhait d’un gouvernement populaire d’union démocratique à forte participation communiste plusieurs fois réitéré par le PCF, les manifestations massives de la CGT le 29 mai à Paris, la « disparition » de de Gaulle à Baden-Baden le même jour, la poursuite des grèves et des occupations un peu partout en France, tout ceci pousse le flottement politique et la fluidité de la situation à leur comble. Certes, l’allocution du général de Gaulle le 30 mai, annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue d’élections législatives anticipées à la fin du mois de juin, appuyée par la manifestation de masse de la droite deux heures après à Paris, paraît réordonner le jeu politique institutionnel autour de la perspective électorale, d’autant plus que la FGDS et le PCF s’y rallient très rapidement. Mais contrairement à ce qu’ont pu faire accroire les reconstructions rétrospectives, fortes de leur connaissance du fin mot de l’histoire – la tenue des élections et le retour à l’ordre –, contrairement aussi à la vision promue par une certaine histoire politique, plus attentive à l’histoire institutionnelle qu’à l’histoire sociale et à la sociologie des crises, et pénétrée d’une disposition scolastique lettrée, sinon empathique, cherchant dans la « magie gaullienne du verbe » le levier unique d’un retournement héroïque de la situation [80], l’instabilité prévaut encore et conduit aux anticipations les plus contradictoires. La CGT appelle certes, dès la fin des négociations de Grenelle et dans les jours suivants, à la reprise du travail, mais très prudemment, la CFDT ne s’y employant à son tour que le 4 juin, et encore, avec des nuances notables selon les entreprises et les usines.

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Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que, même après le 30 mai, nombre de grèves et d’occupations se durcissent et s’éternisent, certaines jusqu’au début du mois de juillet, et que d’autres, qui plus est, s’enclenchent après Grenelle, comme dans de petits établissements restés jusqu’alors à l’écart, en Isère, en Haute-Loire, dans l’Eure, en Vendée, en Haute-Saône ou dans la région de Dunkerque [81]. Au demeurant, la sociologie des crises politiques met bien en évidence que les « dérapages tendent à survenir dans des contextes où certains acteurs dotés de ressources importantes ont tenté de stabiliser une situation qui semblait leur échapper et ont pu être fondés à croire […] y être parvenus [82] », mais en vain, comme c’est le cas le 27 mai après le refus du constat de Grenelle à Renault-Billancourt. De sorte que là encore, l’irréductibilité ouvrière n’est intelligible qu’en associant facteurs situationnels et facteurs structurels, spécificités locales et intrigue nationale. Se télescopent alors à la fois une radicalité ouvrière débordant bien souvent les syndicats, des pressions pour le retour à l’ordre exercées par les autorités, un décalage entre les solutions proposées et les attentes, et des facteurs « accidentels » qui vont contribuer aux heurts violents observés aux portes de certaines usines.

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Maints indices attestent de cette radicalité ouvrière. Dès le 13 mai au soir en province, de multiples refus de dispersion, barrages, barricades, sit-in prolongés, assauts de préfectures, et affrontements sont observés, notamment dans l’Ouest et à Clermont-Ferrand [83]. Le constat de Grenelle est accueilli avec hostilité dans de nombreux départements, des grèves se durcissent en Haute-Marne, dans les Vosges, l’Hérault, le Loiret, le Calvados, et des responsables syndicaux sont chahutés dans le Valenciennois [84]. Les modes d’action sortent parfois du répertoire ouvrier classique, à l’image, on l’a dit, des séquestrations de dirigeants d’entreprises et de cadres, qui se multiplient à partir du 16 mai [85]. Des syndicalistes CGT enlèvent même quatre cadres le 2 juin aux usines Ducellier situées en zone rurale aux confins de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme [86]. Dans certaines usines occupées, comme à Citroën-Javel à Paris, des ouvriers radicaux s’associent à des militants « gauchistes » et organisent leur propre occupation, à l’écart des militants syndicaux chevronnés [87].

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De l’autre côté, circulaires ministérielles et rapports préfectoraux témoignent de la volonté des autorités, immédiatement après le discours de de Gaulle le 30 mai, d’employer les moyens nécessaires pour forcer la reprise et ramener l’ordre. Consigne est donnée aux préfets et aux forces de l’ordre, plus encore après que Raymond Marcellin a succédé à Christian Fouchet le 5 juin (symptôme, en lui-même, d’un durcissement du pouvoir), de multiplier si besoin les interventions policières pour expulser les ouvriers occupant les usines et permettre l’accès des non-grévistes aux ateliers [88]. L’État mobilise aussi les moyens du maintien de l’ordre symbolique. Michelle Zancarini-Fournel note ainsi l’insistance avec laquelle la télévision, relayée par la presse dans sa grande majorité, évoque les reprises du travail là où elles ont lieu et tait les refus, façon performative de prescrire en « décrivant », d’annoncer en énonçant, qui délégitime par avance toute résistance et impose l’idée générale que la tendance, sinon la règle, est à la fin des grèves [89]. Cette disqualification symbolique, associée au sentiment donné à son camp par le général de Gaulle, dans son discours du 30 mai, que la reprise en main est en marche, encourage des initiatives violentes contre les grévistes irréductibles : attaques de piquets de grève, agressions de militants, saccages de sièges syndicaux [90].

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Les évacuations musclées de grévistes occupant leurs usines débutent les 5 et 6 juin, chez Lockeed à Beauvais, dans le Nord, et surtout, à Renault-Flins en région parisienne et à Peugeot-Sochaux. Ces deux derniers cas condensent le jeu des facteurs mis en évidence précédemment. À Peugeot-Sochaux, dans un contexte de tensions entre la direction et les syndicats, de votes ambigus et contestés sur la question de la reprise, et de division progressive du front syndical, de jeunes grévistes soutenus par des syndicalistes CFDT appellent à relancer l’occupation de l’usine le 10 juin. L’intervention des forces de l’ordre le lendemain est d’une brutalité inouïe : elles s’en prennent aussi bien aux grévistes qu’aux non-grévistes arrivés par cars pour reprendre le travail, ce qui provoque la solidarisation des uns et des autres; les CRS tirent et tuent un ouvrier, Pierre Beylot; les combats durent toute la journée, blessant de nombreux ouvriers et en tuant un autre, Henri Blanchet. Si ce déchaînement a sans doute partie liée avec les modalités concrètes de maintien de l’ordre sur le terrain, jamais totalement contrôlables par la hiérarchie [91], il s’entend aussi comme la conjonction des consignes de fermeté lancées par des autorités politiques, attentives à ne pas voir se prolonger une grève avec occupation dans un secteur automobile symboliquement et stratégiquement déterminant, de la résistance que leur opposent les ouvriers, et de l’incertitude qui règne sur l’état du rapport de force : un nombre en effet peu élevé de travailleurs a participé à l’occupation de l’usine depuis le 20 mai et aux votes relatifs à la reprise du travail, de sorte que nul ne peut anticiper, ni les syndicats, ni la direction, ni les autorités, ce qu’il en est de leur combativité. Incertitude typique des situations de crise, qui en l’espèce pousse la direction à parier sur la passivité des absents. Pari erroné. C’est donc bien dans le rapport distant à l’usine de ces « attentistes » que réside la clef du dérapage, comme le montre Nicolas Hatzfeld [92]. Ils sont en effet la « grande inconnue du conflit » : ils suivent la grève de loin, se retirent dans leur famille, mais ce qui a pu apparaître pour de l’indifférence n’est en réalité qu’une attitude « symptomatique d’un certain fatalisme des classes populaires et inhérente aux logiques de délégation [93] ». Cette modalité particulière – défection provisoire, mise à distance – de refus de l’ordre usinier traduit en réalité ce qu’on retrouve dans bien des cas en mai-juin 1968 : la moindre « usinisation » qui caractérise un groupe ouvrier alors en pleine transformation [94]. C’est bien ce qui est en jeu dans le cas de Peugeot-Sochaux. La croissance de l’entreprise a en effet conduit depuis le milieu des années 1950 à des recrutements massifs qui déstabilisent l’ordre usinier : on recrute des ouvriers-paysans, des travailleurs immigrés en contrats temporaires, des jeunes souvent venus d’autres régions, au point que « manœuvres et OS constituent les trois quarts de l’effectif [95] ». Ces nouveaux ouvriers cantonnés aux tâches parcellisées, adhérant peu au « métier », à l’encadrement syndical, ainsi qu’à l’« esprit Peugeot », en particulier les jeunes, sont ceux qui, déjà en 1960 et 1961, recourent à de nouvelles façons de lutter comme les grèves sauvages et les occupations de bureaux, et subissent la répression de la direction. Ils sont aussi ceux qui, en mai-juin 1968, mettent en cause « l’autorité des responsables syndicaux », se montrent sensibles aux discours plus radicaux des militants trotskistes de la CFDT, et, pourtant distants à l’usine, déploient une combativité inattendue le 11 juin. De sorte que si, ce jour-là, « la résistance ouvrière a été aussi massive et énergique, au point de rester maîtresse du terrain, c’est qu’elle réagit au télescopage de toutes les dominations : celle du travail dans l’entreprise et de ses contraintes, celle de l’entreprise sur la vie hors usine, celle de l’État, par ses troupes policières au service de la même entreprise [96] ». Quelque chose de cet ordre se joue aussi à Flins entre le 6 et le 10 juin, où des affrontements violents ont lieu autour de l’usine Renault, culminant avec la mort d’un lycéen maoïste, Gilles Tautin, qui se noie dans la Seine en tentant d’échapper aux forces de l’ordre. La dimension supplémentaire étant ici l’alliance, approuvée par la section CFDT, qui se noue entre jeunes ouvriers et étudiants venus par centaines appuyer les grévistes contre la reprise de l’usine par la police le 6 juin.

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L’apparition de revendications irréductibles à l’agenda syndical classique, comme la mise en cause des relations d’autorité et de pouvoir dans les entreprises, la critique des responsables syndicaux, la radicalité des modes d’action, le refus du constat de Grenelle, les résistances parfois violentes à la reprise du travail, tout ceci traduit un refus de l’ordre usinier qui vient s’exprimer de façon inédite en mai-juin 1968, mais qui est inséparable des modifications du recrutement ouvrier induites par la décentralisation industrielle depuis les années 1950. Anciens et nouveaux ouvriers coexistent désormais, souvent dans les mêmes établissements [97], et les femmes, les jeunes ouvriers, les ouvriers ruraux, les travailleurs étrangers, aussi différents soient-ils, partagent au moins une distance très nette à l’endroit du modèle de l’ouvrier professionnel de la grande industrie, masculin, d’âge moyen, syndiqué, dont la CGT a fait son cœur de cible. Et s’ils ne se reconnaissent pas dans le constat de Grenelle, c’est bien que ce compromis fordiste, où s’échangent satisfactions salariales et maintien de l’organisation du travail, ne répond pas à leur rapport à l’usine ni à leur refus de la servitude laborieuse, du travail parcellaire et aliénant, de l’autoritarisme de la maîtrise ou du paternalisme des dirigeants. En butte au syndicalisme classique, qui continue à « mastiquer les mêmes mots ou les mêmes slogans, nos traitements, nos pensions, nos retraites [98] », ces ouvriers, dont certains sont pourtant syndiqués depuis longtemps, notamment à la CGT, expriment leur désir d’une démocratisation dans l’entreprise, d’une transformation des rapports de pouvoir, et d’un contrôle ouvrier sur l’organisation du travail. Ils le font parfois, en mai-juin, dans le cadre de comités de base. Si la plupart sont aux mains des délégués syndicaux, certains réservent un poids important à la base dont la parole est ainsi libérée des traductions qu’en opère le plus souvent les porte-parole syndicaux. Ils exigent un droit de regard sur les cadences, l’attribution des postes de travail, le chronométrage, les conditions sanitaires du travail, à l’image de cette jeune femme des usines Wonder de Saint-Ouen, filmée par une équipe d’étudiants de l’IDHEC, que l’on voit opposer au délégué CGT, appelant début juin à reprendre le travail, son refus de « remettre les pieds dans cette taule dégueulasse ». Ces revendications, ignorées tant par Grenelle que par la plupart des accords de branche qui suivent, sont au cœur de l’irréductibilité ouvrière du mois de juin.

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S’ouvre alors, comme l’a montré X. Vigna [99], une période post-68 marquée par le développement d’une insubordination ouvrière qui met en crise le compromis fordiste prévalant depuis la Libération. Cette insubordination se traduit par la politisation de questions d’usine liées à l’organisation du travail ou aux relations sociales internes aux entreprises (cotation par poste, salaire au rendement, augmentation des cadences, rotations de postes, pénibilité, mise en danger de la santé des travailleurs, autoritarisme des chefs), elle se traduit aussi par la multiplication des foyers de conflictualité jusque dans des périphéries récemment industrialisées et sans tradition de lutte, jusque dans des entreprises de taille modeste et des départements conservateurs, elle se traduit enfin par l’amplification de modes d’action radicaux (grèves de la faim, grèves d’atelier, grèves productives) et de répertoires illégaux (occupations, séquestrations des dirigeants, sabotages et dégradations).

Le « retour à la normale »

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Et pourtant, la reprise du travail, bon an mal an, a bien eu lieu, les manifestations ont cessé, les élections législatives se sont bien tenues, remportées de manière écrasante par la droite. La normalisation de la conjoncture politique interroge à nouveau les rapports entre le passé et le présent dans les situations de crise. Les reprises du travail, qui se multiplient au cours du mois de juin, doivent bien sûr à la répression en cours, mais aussi au réenclavement des espaces de confrontation : les acteurs politiques institutionnels se concentrent sur l’arène électorale; les étudiants encore mobilisés s’interrogent sur la « stratégie » à suivre et se trouvent progressivement canalisés vers un tête-à-tête avec le ministère de l’Intérieur qui culmine le 12 juin avec la dissolution des organisations d’extrême gauche et l’interdiction des manifestations; on négocie désormais au niveau des branches ou des entreprises; et la CGT – conformément à la volonté du PCF d’aller dans l’ordre aux élections pour éviter d’accréditer l’épouvantail du « communisme totalitaire » agité par de Gaulle – fait pression sur les ouvriers pour qu’ils regagnent les ateliers. Il devient dès lors difficile pour les syndicats CFDT, dans les nombreux sites où ils sont minoritaires, de poursuivre seuls la grève et l’occupation, et la désagrégation progressive des luttes, la répression et les désalignements imposés par une conjoncture moins porteuse renforcent les coûts des mobilisations. Et parce qu’elle délégitime la ténacité et la radicalité des actions protestataires, la convergence des anticipations des acteurs institutionnels, syndicats et partis, vers la solution législative est un élément pivot du retour à la normale. Celui-ci est ainsi le produit complexe des interdépendances conjoncturelles qui replacent progressivement les acteurs partisans au centre du jeu, et des transactions plus routinières, à la fois collusives et concurrentielles, qui lient les partis dans une commune reconnaissance du jeu électoral, c’est-à-dire d’un jeu dont ils connaissent les règles et dont ils pensent pouvoir tirer parti. Autrement dit, dans un contexte de dissipation de la lisibilité du monde social et de la pertinence des calculs ordinaires, propice aux anticipations erronées, la resectorisation et le resserrement du jeu politique apparaissent comme le résultat, certes advenu mais non nécessaire, d’une interdépendance tactique élargie, de coups ratés ou réussis, de transferts dans la crise de schèmes d’interprétation et d’action forgés antérieurement ou réajustés en situation, et de réemplois de technologies institutionnelles ayant fait leurs preuves en temps ordinaire.

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Il importe donc, pour penser la normalisation, de revenir sur les tactiques déployées par les protagonistes politiques « classiques ». Confrontés à une situation inédite qui brise les routines d’action et d’interprétation des jeux sociaux et politiques ordinaires, les acteurs politiques ont certes à s’adapter dans l’urgence à un système d’action élargi qui échappe au fonctionnement ordinaire du régime parlementaire, mais peuvent être tentés de s’en remettre, pour se déterminer dans une situation indéterminée, à ce qu’ils croient savoir et à ce qu’ils croient savoir faire, et ce d’autant plus que les dispositions intériorisées sont dotées d’une inertie plus grande que les rapports sociaux institutionnalisés ou les représentations objectivées du monde social [100]. Cette oscillation entre adaptation au régime de crise et « confiance dans l’habitus [101] » est un produit presque nécessaire de la fluidité politique, mais les acteurs et les groupes y répondent de façons différentes en fonction de leur histoire, de leur position dans le jeu, de leur perception de la situation et des ajustements qu’ils déploient pour en tirer profit ou en réduire les coûts. Si l’on regarde les différentes tactiques employées par la présidence, le Premier ministre et les partis d’opposition, la solution législative n’a rien d’une évidence. Elle ne s’impose que sur le tard, au terme d’un processus qui a vu chacun des protagonistes poursuivre, pour reprendre Erving Goffman, une « carrière morale » incertaine et recourir à des coups d’une autre nature. Elle ne fait converger les calculs qu’après que les autres options envisagées, moins conformes aux règles institutionnelles, ont échoué ou perdu leur saillance. À cet égard, il n’est pas certain que, même en conjoncture de crise, les solutions exceptionnelles – et la dissolution de l’Assemblée nationale n’en est pas une, puisqu’elle est prévue par la Constitution et qu’elle a déjà été employée en 1962 – soient les plus performantes.

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La solution référendaire voulue par de Gaulle est un symptôme patent du caractère inopérant que peuvent revêtir les coups héroïques que paraît pourtant appeler, aux yeux de leurs auteurs, le caractère exceptionnel de la crise. Le référendum, dont la Constitution en son article 11 limite l’usage, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de passer en force, n’a pas à cette époque, faut-il le rappeler, de légitimité, son emploi en 1962 ayant soulevé l’opposition des partis de gauche, de nombreux constitutionnalistes et du Sénat. Il se heurte, en mai 1968, tant à des limites techniques – différents services ministériels ayant fait valoir qu’il ne pouvait être organisé dans les temps – qu’à l’opposition du mouvement étudiant, de la gauche parlementaire, de G. Pompidou, de fractions importantes de la majorité parlementaire auxquelles il n’offre rien de tangible, et même du patronat (le référendum portant sur la participation). Prisonnier d’une stratégie charismatique, qui a antérieurement fait ses preuves mais qui perd déjà ses soutiens jusque dans le camp gaulliste, rejouant le 13 mai 1958, voire le 18 juin 1940, de Gaulle rate bel et bien la spécificité de ce qui se déroule sous ses yeux rendus distants par la cage interprétative que sa longue carrière a forgée. Quant à la gauche parlementaire, sa « carrière » dans la crise est pour le moins marquée par une tension entre solutions exceptionnelles et solutions routinières. Après avoir dénoncé les étudiants, puis appelé à une grève de solidarité le 13 mai, déposé une motion de censure, tenté de réguler les grèves « sauvages », accepté les négociations de Grenelle, envisagé de former un gouvernement populaire nécessairement illégal puisqu’il ne pouvait obtenir le consentement du Président qui, seul, en avait constitutionnellement le pouvoir, le PCF se replie finalement sur l’option législative, plus conforme, au fond, à ses grilles de lecture traditionnelles, à sa stratégie de conquête du pouvoir par les urnes, la courte victoire de la droite aux législatives de 1967 accréditant l’idée, qui plus est, qu’il y a à ce moment-là un coup à jouer. Le cheminement de la FGDS est similaire, à ceci près qu’elle a à faire avec ses divisions internes, et avec la tactique de « l’homme providentiel » adopté par le représentant d’un de ses courants, F. Mitterrand, dans sa conférence de presse du 28 mai, dans laquelle il appelle à la fois à la formation d’un gouvernement provisoire de gestion et annonce qu’il sera candidat à l’élection présidentielle en cas de « non » au référendum et de départ du général de Gaulle. Captifs de leur stratégie électorale de rapprochement décidée antérieurement à la crise, et de leurs grilles de lecture largement hostiles aux étudiants et à leur illégalisme, mais tentés eux-mêmes ou le paraissant, un bref instant, par le coup de force, PCF et FGDS échouent sur les deux tableaux du renversement du régime et de la bataille législative.

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En comparaison, la constance avec laquelle G. Pompidou prend le parti du jeu politique classique – refus d’évacuer la Sorbonne par la force mi-mai, négociations sociales avec les syndicats, division des fronts et marginalisation des étudiants, et solution législative arrachée à grand-peine à de Gaulle – paraît à première vue à contre-emploi : les crises ont en effet pour caractéristique de radicaliser les antagonismes, de fragiliser les compromis et de déligitimer les positions modérées [102]. Elle réussit pourtant, preuve supplémentaire que les produits des conjonctures critiques ne sont jamais écrits à l’avance. Mais l’on aurait tort d’y voir une lucidité à toute épreuve et une intelligence infaillible de la situation. C’est là encore au terme de sa carrière dans la crise et des enseignements qu’il en tire que G. Pompidou se résout à l’option électorale. Il a, en effet, échoué à comprendre à temps ce qu’il faut faire lorsqu’il a, le 11 mai, satisfait aux premières revendications étudiantes, alors que la première nuit des barricades les rendait de facto caduques. Il n’a pas obtenu non plus, du moins au moment où la dissolution de l’Assemblée nationale est envisagée, les résultats escomptés des négociations de Grenelle. De sorte que c’est, là encore, parce que toutes les alternatives ont été épuisées que la solution législative apparaît comme la moins mauvaise dans un contexte où lui non plus ne peut anticiper de façon claire les résultats qui en sortiront. Et si sens du jeu il y a malgré tout dans cette tactique, c’est dans l’ajustement à la recomposition des alliances en cours au sein de la majorité parlementaire qu’il se situe. Attentif aux premiers signes de rupture d’allégeance des députés indépendants à l’autorité gaullienne, à la marginalisation des soutiens de de Gaulle – il n’y a plus guère alors que les gaullistes de gauche et les proches conseillers du Président qui fondent les CDR (comités de défense de la République) – à la délégitimation de la figure du fondateur de la Ve République, G. Pompidou offre, avec une bataille législative qui ne peut être menée qu’en nom collectif contrairement au référendum-plébiscite, la possibilité au camp gaulliste de se réorganiser en soldant les comptes de l’ancien gaullisme charismatique attaché à la personne même de de Gaulle au profit d’un gaullisme partisan dont le capital politique est désormais collectif [103]. En cela, le retour à la normale n’est pas un retour inchangé au passé.

Le présent de l’histoire

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L’analyse des facteurs présidant à la désectorisation et à la resectorisation de la conjoncture en mai-juin 1968 fait apparaître combien l’objet crise politique, l’événement au sens fort, permet de revisiter des enjeux méthodologiques déterminants des sciences sociales en mettant celles-ci à l’épreuve de ces situations où leurs modes routiniers d’analyse sont mis au défi de saisir ensemble la singularité historique et le travail continué des facteurs structurels. Autrement dit, l’événement est ce qui leur impose de penser à la fois les logiques complexes par lesquelles, comme en temps ordinaire, « le mort saisit le vif » – les institutions saisissant les individus et prédéterminant les contextes d’action –, et les logiques critiques au travers desquelles, au contraire, les acteurs et leurs actions contribuent à faire et défaire les institutions, au travers desquelles, donc, le vif saisit le mort. Le présent de la crise condense donc le passé en même temps qu’il le déplace et le reconfigure selon des logiques nouvelles. Il se passe au fond, dans le temps accéléré et radicalisé du moment critique, ce qui passe en temps ordinaire de façon plus invisible et plus lente : comme l’écrit Bernard Lepetit, « le temps historique se réalise au présent », « le passé […] est un présent en glissement », et le présent des sociétés est fait de « réemplois du passé », par lesquels « les groupes requalifient, pour de nouveaux emplois, les objets, les institutions et les règles qui dessinent ensemble l’espace d’expérience dont ils disposent » [104]. La spécificité de la crise réside en ceci qu’elle met à nu ces glissements, réemplois et reconfigurations du passé dans le présent. Elle réside dans l’accélération qu’elle imprime aux façons dont le présent s’envole du passé où il prend son origine, aux façons dont il fabrique des possibles à partir de ceux dessinés en amont, dont il brise l’évidence du sens pratique et du sens tout court inscrits dans une matrice du passé qui continue néanmoins de peser dans cet effarement même, et dont il fait émerger de déterminations préalables un irréductible. La vitesse des événements, la démultiplication des interactions et des causalités, l’évaporation des orchestrations ordinaires participent de cette déconventionnalisation brutale de l’ordre tacite des choses par laquelle surgissent un nouveau cours et une nouvelle perception de ce cours. Mais l’intérêt d’une sociohistoire du temps court, comme rupture avec les « risques symétriques de la tyrannie des héritages et de la liberté des usages [105] », c’est aussi de montrer comment, du fait que les propriétés de la fluidité politique les requalifie soudain comme pertinentes, les solutions institutionnelles, c’est-à-dire un code constitutionnel pensé dans un passé sans rapport avec le présent, peuvent contribuer en partie à la déflation critique, sans que pour autant le retour à la normale, si féroces que soient les manières de l’imposer, de le relégitimer, de le rendre évident et de l’administrer, soit un pur et simple retour au passé comme si, précisément, rien ne s’était passé ni n’avait passé.

 

[1]

Michelle ZANCARINI-FOURNEL, « 1968 : histoire, mémoires et commémoration », Espaces-Temps, 59-60-61,1995, p. 152.

[2]

Jean-Pierre RIOUX, « À propos des célébrations décennales du Mai français », Vingtième siècle, 23,1989, p. 49-58; Isabelle SOMMIER, « Mai 68 : sous les pavés d’une page officielle », Sociétés Contemporaines, 20,1994, p. 63-79; M. ZANCARINI-FOURNEL, « 1968 : histoire… », art. cit.; Bernard LACROIX, « D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet », Scalpel, 4-5,1999, en ligne : hhttp :// www. gap-nanterre. org/ article.php3 ?id_article=44]; Boris GOBILLE, « Excès de mémoire, déficit d’histoire. Mai 68 et ses interprétations », in J. MICHEL (dir.), Mémoires et histoires. Des identités personnelles aux politiques de reconnaissance, Rennes, PUR, 2005; Kristin ROSS, Mai 68 et ses vies ultérieures, Bruxelles/Paris, Éd. Complexe/Le Monde diplomatique, 2005.

[3]

Paul VEYNE, Comment on écrit l’histoire, Paris, Éd. du Seuil, 1971, p. 23.

[4]

Bernard LEPETIT, « Une logique du raisonnement historique », Annales ESC, 48-5, 1993, p. 17, traduit ainsi la méfiance dont témoigne, à l’égard de l’herméneutique, Jean-Claude PASSERON, Le raisonnement sociologique. L’espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, 1991.

[5]

Bernard LACROIX, « À contre-courant : le parti pris du réalisme », Pouvoirs, 39,1986, p. 117-127.

[6]

Toutes ces citations sont extraites de Pierre NORA, « L’ère de la commémoration », in P. NORA (dir.), Les lieux de mémoire, Les France, Paris, Gallimard, [1984] 1997, t. 3, p. 4688-4690.

[7]

Comme l’écrit Bernard Lepetit à propos (implicitement) de l’entreprise des « lieux de mémoire » : Bernard LEPETIT, « Le présent de l’histoire », in B. LEPETIT (dir.), Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995, p. 298.

[8]

Michel DOBRY, Sociologie des crises politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles, Paris, Presses de la FNSP, 1986, p. 52 (nous soulignons). Sur « l’illusion étiologique », ibid., p. 48-60.

[9]

Raymond BOUDON, « La crise universitaire française : essai de diagnostic socio-logique », Annales ESC, 24-3,1969, p. 738-764.

[10]

Pierre BOURDIEU, Homo Academicus, Paris, Éd. de Minuit, 1984, « Le moment critique », p. 207-250.

[11]

Louis GRUEL, La rébellion de 68. Une relecture sociologique, Rennes, PUR, 2004, p. 23-66.

[12]

Roger CHARTIER, « Espace social et imaginaire social : les intellectuels frustrés au XVIIe siècle », Annales ESC, 37-2,1982, p. 389-400.

[13]

Sur le légitimisme consistant à analyser une révolte contre les institutions et l’ordre existant comme le produit d’une impossibilité à y réussir, à prêter aux « dominés » le désir d’être et d’avoir ce que les dominants sont et ont, et à lire toute hétérodoxie comme une orthodoxie contrariée, voir Boris GOBILLE, « Crise politique et incertitude : régimes de problématisation et logiques de mobilisation des écrivains en mai 1968 », thèse pour le doctorat de sciences sociales, EHESS, 2003, chap. 1.

[14]

Raisonnement circulaire bien mis en évidence par la sociologie de l’action collective et qui consiste à « prouver » la frustration par le surgissement de la mobilisation et à expliquer en retour celle-ci par l’existence de frustrations préalables. Vois Érik NEVEU, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La Découverte, 2005, p. 43, et M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 55-56.

[15]

Albert O. HIRSCHMAN, Défection et prise de parole : théorie et applications, Paris, Fayard, [1970] 1995.

[16]

Pour une discussion des racines de la crise étudiante et du devenir dissident, voir Boris GOBILLE, « La vocation d’hétérodoxie », in D. DAMAMME et al., (dir.), Mai-juin 68, Paris, Éd. de l’Atelier, 2008, p. 274-291.

[17]

B. LEPETIT, « Le présent de l’histoire », art. cit., p. 273-298.

[18]

Nous avons choisi de centrer l’analyse sur le seul cas français. On sait pourtant que, en mai-juin 1968 comme durant l’année 1968 elle-même, des manifestations ont lieu aussi aux États-Unis, en Belgique, en RFA, en Italie, en Grande-Bretagne, en Suède, aux Pays-Bas, etc. Celles-ci posent la question des interactions activistes et idéologiques internationales, centrale pour penser la structuration des espaces militants et des logiques de crise à cette autre échelle pertinente qu’est l’échelle occidentale. Mais nous manquons à ce jour d’études circonstanciées qui auraient permis d’en apercevoir les mécanismes concrets, empiriquement constatables et théoriquement problématisables. Le repérage des familiarités idéologiques et des voyages militants d’un territoire à l’autre, moins encore la simple juxtaposition panoramique, très courante, des luttes et des mouvements, ne sauraient suffire à éclairer le problème du comparatisme entre des contextes très différents, d’autant que celui-ci, déjà crucial en ce qui concerne l’Occident, se complexifie avec l’irruption de mobilisations au Japon, dans l’Espagne franquiste, en Yougoslavie, au Sénégal, en Europe de l’Est, au Brésil, au Mexique, dans toute l’Amérique latine. Le choix de la France se justifie aussi par sa spécificité : nous ne trouvons pas ailleurs une telle synchronisation des crises étudiante et ouvrière, une telle extension à l’ensemble du salariat, un tel vacillement du régime.

[19]

Alban BENSA et Éric FASSIN, « Les sciences sociales face à l’événement », Terrain, 38,2002, p. 8.

[20]

M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 201-210.

[21]

David A. SNOW, « Le legs de l’École de Chicago à la théorie de l’action collective », entretien avec Daniel Cefaï et Dany Trom, Politix, 50,2000, p. 157.

[22]

Voir « Présentation », in D. CEFAÏ et D. TROM (dir.), Les formes de l’action collective. Mobilisations dans des arènes publiques, Paris, Éd. de l’EHESS, 2001, p. 12. Voir aussi Daniel CEFAÏ, « Les cadres de l’action collective. Définitions et problèmes », ibid., p. 51-97.

[23]

D. CEFAÏ, « Les cadres de l’action collective… », art. cit., p. 56 et 60.

[24]

Alain DEWERPE, Charonne 8 février 1962. Anthropologie d’un massacre d’État, Paris, Gallimard, 2006, montre ainsi que l’attention à « la textualité de l’archive, à l’énonciation et à la narration » appartient au travail propre de l’historien (p. 19).

[25]

Timothy TACKETT, « Par la volonté du peuple ». Comment les députés de 1789 sont devenus révolutionnaires, Paris, Albin Michel, [1996] 1997, p. 20.

[26]

Érik NEVEU et Louis QUÉRÉ, « Présentation », dossier « Le temps de l’événement I », Réseaux, 75,1996, p. 13.

[27]

A. BENSA et É. FASSIN, « Les sciences sociales face à l’événement », art. cit., p. 10.

[28]

Michel DOBRY, « ‘Penser = classer ?’Entretien avec André Loez, Gérard Noiriel et Philippe Olivera », Genèses, 59,2005, p. 121-155, ici p. 158.

[29]

T. TACKETT, « Par la volonté du peuple »…, op. cit., p. 20. Sur le poids respectif des facteurs structurels et situationnels, comme l’idéologie, l’antagonisme social, l’apprentissage politique et la dynamique de groupe chez les députés des États généraux et de l’Assemblée constituante en 1789, voir aussi Timothy TACKETT, « Le processus de radicalisation au début de la Révolution française », in A. COLLOVALD et B. GAÏTI (dir.), La démocratie aux extrêmes. Sur la radicalisation politique, Paris, La Dispute, 2006, p. 47-66.

[30]

Annie COLLOVALD et Brigitte GAÏTI, « Questions sur la radicalisation politique », in A. COLLOVALD et B. GAÏTI (dir.), La démocratie aux extrêmes…, op. cit., p. 30.

[31]

Sur la relativisation du poids de l’idéologie dans la radicalisation révolutionnaire des députés des États généraux en 1789, voir T. TACKETT, « Le processus de radicalisation… », art. cit.

[32]

Michel DE CERTEAU, L’invention du quotidien. 1. Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, chap. 12.

[33]

Robert D. BENFORD et David A. SNOW, « Framing processes and social movements : An overview and assessment », Annual Review of Sociology, 26,2000, p. 611-639, ici p. 618 : « Hypothetically, the more inclusive and flexible collective action frames are, the more likely they are to function as or evolve into ‘master frames’. »

[34]

Robert D. BENFORD et David A. SNOW, « Ideology, frame resonance, and participant mobilization », International Social Movement Research, 1,1988, p. 197-217, ici p. 207-211.

[35]

Xavier VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007, p. 37-41. Dans certains cas aussi, l’expérience antérieure de la guerre d’Algérie et de la hiérarchie militaire est au principe d’un rapport indocile à l’autoritarisme de la maîtrise dans les ateliers. À propos de la grève à la Rhodiaceta de Besançon en 1967, voir Cédric LOMBA et Nicolas HATZFELD, « La grève de Rhodiaceta en 1967 », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 108.

[36]

Sur la critique artiste du capitalisme, Luc BOLTANSKI et Ève CHIAPELLO, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999, p. 83-86,244-249 et 501-576; Ève CHIAPELLO, Artistes versus managers. Le management culturel face à la critique artiste, Paris, Éd. Métailié, 1998, p. 13-64.

[37]

Michelle ZANCARINI-FOURNEL, « Conclusion », in G. DREYFUS-ARMAND et al. (dir.), Les Années 68. Le temps de la contestation, Éd. Complexe/ IHTP, Paris, 2000, p. 502.

[38]

Sur la « synchronisation », voir P. BOURDIEU, Homo Academicus, op. cit., p. 226-233.

[39]

M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 100.

[40]

Ibid., p. 198-201.

[41]

Ingrid GILCHER-HOLTEY, « ‘La nuit des barricades’», Sociétés & Représentations, 4, 1997, p. 165-184.

[42]

Sur la « crise de sensibilité » et la « sensibilité de crise » des étudiants dans les années 1960, inséparables des mutations de l’appareil scolaire, voir Bernard PUDAL, « Ordre symbolique et système scolaire dans les années 1960 », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 62-74.

[43]

Patrick BRUNETEAUX, Maintenir l’ordre. Les transformations de la violence d’État en régime démocratique, Paris, Presses de la FNSP, 1996, p. 203.

[44]

M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 168.

[45]

Pour une synthèse, Boris GOBILLE, Mai 1968, Paris, La Découverte, 2008, p. 61-74.

[46]

Renaud DULONG, « Les cadres et le mouvement ouvrier », in P. DUBOIS et al., Grèves revendicatives ou grèves politiques ? Acteurs, pratiques et sens du mouvement de mai, Paris, Éd. Anthropos, 1971, p. 215.

[47]

A. BENSA et É. FASSIN, « Les sciences sociales face à l’événement », art. cit., p. 8.

[48]

Georges DUBY, Le dimanche de Bouvines, 27 juillet 1214, Paris, Gallimard, [1973] 1985, p. 9, rappelait déjà que la valeur de l’événement historique tient à ce que « brusquement, il éclaire. Par ses effets de résonance, par tout ce dont son explosion provoque la remontée depuis les profondeurs du non-dit, par ce qu’il révèle à l’historien des latences ».

[49]

A. BENSA et É. FASSIN, « Les sciences sociales face à l’événement », art. cit., p. 15.

[50]

Notion proposée par les historiens du temps présent : G. DREYFUS-ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit.

[51]

Jean-Louis VIOLEAU, « Les architectes et le mythe de mai 1968 », in G. DREYFUS – ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit., p. 239-258.

[52]

Boris GOBILLE, « Les mobilisations de l’avant-garde littéraire française en mai 1968. Capital politique, capital littéraire et conjoncture de crise », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 158,2005, p. 30-53.

[53]

Voir le tract du Centre national des jeunes médecins, « Médecine et répression », cité dans Pierre VIDAL-NAQUET et Alain SCHNAPP (éd.), Journal de la Commune étudiante, textes et documents, novembre 1967-juin 1968, Paris, Éd. du Seuil, [1969] 1988, p. 827-829; Comité d’action santé, Médecine, Paris, Maspero, 1968; et le témoignage de Jean CARPENTIER, Journal d’un médecin de ville. Médecine et politique, 1950-2005, Nice, Éd. du Losange, 2005.

[54]

Anne DEVILLÉ, « L’inscription du Syndicat de la magistrature dans la culture politique des années 68 », Lettre d’information, 28,1998, Institut d’Histoire du Temps Présent : http ://irice.cnrs.fr/IMG/pdf/Lettre_d_info_68_no28_12-01-98.pdf.

[55]

Voir Étienne FOUILLOUX, « Des chrétiens dans le mouvement du printemps 68 ? », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 2, Acteurs, Paris, L’Harmattan, 1992, p. 247-268; Grégory BARRAU, Le mai 68 des catholiques, Paris, Éd. de l’Atelier, 1998; Denis PELLETIER, La crise catholique. Religion, société, politique en France, 1965-1978, Paris, Payot, 2002; Hervé SERRY, « Église catholique, autorité ecclésiale et politique dans les années 1960 », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 47-61.

[56]

Alfred WAHL, « Le mai 68 des footballeurs français », Vingtième siècle, 26,1990, p. 73-82.

[57]

I. GILCHER-HOLTEY, « ‘La nuit des barricades’», art. cit., p. 177.

[58]

Cité par X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 29.

[59]

Ibid., p. 128.

[60]

Ibid., p. 28 et 56.

[61]

Yannick GUIN, La Commune de Nantes, Paris, Maspero, 1969. Le point reste cependant discuté : René BOURRIGAUD, « Les paysans et mai 1968 : l’exemple nantais », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 237, conteste le terme de « Commune », dans la mesure où il n’y a pas eu d’élections d’institutions révolutionnaires.

[62]

Sur tous ces éléments, ibid., p. 238-239.

[63]

Marc BERGÈRE, « Les grèves en France : le cas du Maine-et-Loire », in G. DREYFUS – ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit., p. 313-327.

[64]

X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 31.

[65]

Sami DASSA, « Le mouvement de mai et le système de relations professionnelles », no spécial « Le mouvement ouvrier en mai 1968 », Sociologie du Travail, 3,1970, p. 244-261, ici p. 245.

[66]

Nicolas Hatzfeld, cité par X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 41.

[67]

Georges RIBEILL, « SNCF : une grève dans la tradition de la corporation du rail », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 119-140.

[68]

Sur ces différents types de grève, S. DASSA, « Le mouvement de mai et le système de relations professionnelles », art. cit.

[69]

Frank GEORGI, « La CFDT en mai-juin 68 », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 2, Acteurs, op. cit., p. 35-56, et « ‘Vivre demain dans nos luttes d’aujourd’hui’. Le syndicat, la grève et l’autogestion en France (1968-1988) », in G. DREYFUS-ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit., p. 399-413.

[70]

Michel DE CERTEAU, La prise de parole et autres écrits politiques, Paris, Éd. du Seuil, [1968] 1994.

[71]

Bernard PUDAL et Jean-Noël RETIÈRE, « Les grèves ouvrières de 68, un mouvement social sans lendemain mémoriel », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 207-221; Xavier VIGNA, « La figure ouvrière à Flins (1968-1973) », in G. DREYFUS-ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit., p. 329-343.

[72]

X. VIGNA, « La figure ouvrière à Flins (1968-1973) », art. cit., p. 330, et Nicolas HATZFELD, « Les ouvriers de l’automobile : des vitrines sociales à la condition des OS, le changement des regards », in G. DREYFUS-ARMAND et al. (dir.), Les années 68…, op. cit., p. 346.

[73]

B. PUDAL et J.-N. RETIÈRE, « Les grèves ouvrières de 68… », art. cit.

[74]

X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 49.

[75]

Ibid., p. 48.

[76]

Bruno MUEL et Francine MUEL-DREYFUS, « Week-ends à Sochaux (1968-1974) », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 329-343.

[77]

Olivier KOURCHID et Cornelia ECKERT, « Les mineurs des houillères en grève : l’insertion dans un mouvement national », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 91.

[78]

Gérard LANGE, « La liaison étudiants-ouvriers à Caen », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 217-236.

[79]

L. BOLTANSKI et È. CHIAPELLO, Le nouvel esprit du capitalisme, op. cit.

[80]

René RÉMOND, Notre siècle. 1918-1991, Paris, Fayard, 1991, p. 689, écrit ainsi : « De cette intervention l’effet est foudroyant. Rarement renversement de situation s’est accompli en si peu de temps. Jean Lacouture a excellement exprimé le ressaisissement de l’initiative : ‘En l’espace de cinq minutes, la France changea de maître, de régime et de siècle. Avant 16 h 30, on était à Cuba. Après 16 h 35, c’était presque la Restauration’. »

[81]

X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 32.

[82]

M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 151.

[83]

Danielle TARTAKOWSKY, « Les manifestations de mai-juin 68 en province », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 148-150.

[84]

X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 32 et 58.

[85]

Voir, pour de nombreux exemples, ibid., p. 38-39.

[86]

Ibid., p. 39-40.

[87]

Patrick HASSENTEUFEL, « Citroën-Paris : Une ‘grève d’émancipation’», in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 35-50.

[88]

X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 33-34.

[89]

Ibid., p. 35.

[90]

Ibid.

[91]

P. BRUNETEAUX, « Les enseignements de mai 1968 », Maintenir l’ordre…, op. cit., p. 197-244.

[92]

Nicolas HATZFELD, « Peugeot-Sochaux : de l’entreprise dans la crise à la crise dans l’entreprise », in R. MOURIAUX et al. (dir.), 1968. Exploration du Mai français, t. 1, Terrains, op. cit., p. 51-72.

[93]

B. PUDAL et J.-N. RETIÈRE, « Les grèves ouvrières de 68… », art. cit., p. 218.

[94]

Pierre BOURDIEU, « La grève et l’action politique », Questions de sociologie, Paris, Éd. de Minuit, 1984, p. 253, désigne par le terme « usinisation », sur le modèle du concept d’asilisation d’Erving Goffman, « le processus par lequel les travailleurs s’approprient leur entreprise, et sont appropriés par elle, s’approprient leur instrument de travail et sont appropriés par lui, s’approprient leurs traditions ouvrières et sont appropriés par elles, s’approprient leur syndicat et sont appropriés par lui, etc. ».

[95]

N. HATZFELD, « Peugeot-Sochaux : de l’entreprise dans la crise à la crise dans l’entreprise », art. cit., p. 63.

[96]

Ibid., p. 59-60.

[97]

Xavier VIGNA, « L’insubordination ouvrière dans l’après-68 », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 320.

[98]

Ouvrier de Citroën, syndiqué depuis 20 ans à la CGT, cité par X. VIGNA, L’insubordination ouvrière dans les années 68…, op. cit., p. 65.

[99]

X. VIGNA, « L’insubordination ouvrière dans l’après-68 », art. cit., p. 319-328.

[100]

M. DOBRY, Sociologie des crises politiques…, op. cit., p. 245.

[101]

Ibid., p. 250.

[102]

P. BOURDIEU, Homo Academicus, op. cit., p. 235 : « la crise tend à substituer la division en camps clairement distincts […] à la distribution continue entre deux pôles et à toutes les appartenances multiples, partiellement contradictoires, que la séparation des espaces et des temps permet de concilier ». Voir aussi les remarques d’A. COLLOVALD et B. GAÏTI, « Questions sur la radicalisation politique », art. cit., p. 26-28.

[103]

Brigitte GAÏTI, « Le charisme en partage : mai-juin 68 chez les gaullistes », in D. DAMAMME et al. (dir.), Mai-juin 68, op. cit., p. 259-273.

[104]

B. LEPETIT, « Le présent de l’histoire », art. cit., p. 296.

[105]

Ibid., p. 290.

 

Français

La crise de mai-juin 1968 en France a fait l’objet de multiples interprétations qui tendent à en privilégier les conséquences supposées ou les origines. Contre ce double évitement de l’événement, il convient de revenir à la conjoncture elle-même et à ce qui en constitue l’énigme : la désectorisation et la synchronisation des mobilisations, notamment étudiantes et ouvrières. Les acquis de l’historiographie, des sciences sociales et de la sociologie des crises politiques invitent à reconsidérer le poids des logiques de situation dans les phénomènes de radicalisation et les effets qu’exerce un contexte instable et incertain sur les acteurs mobilisés. Il reste que l’événement n’est pas arraché à l’histoire et que le présent de la crise est aussi fait de réemplois du passé. Aussi une sociohistoire du temps court a-t-elle vocation à penser ensemble histoire événementielle et histoire structurelle. La désectorisation puis la normalisation du jeu politique apparaissent dès lors comme le produit complexe, advenu mais non nécessaire, de jeux d’échelle multiples liant propriétés de la fluidité politique et mutations antérieures, intrigue nationale et intrigues locales.

English

The May ’68 event: A sociohistorical approach to short-term temporality The crisis of May-June 1968 in France has been variously interpreted, but many analyses tend to focus upon its alleged causes or consequences. In contrast with this doubly evasive approach overshadowing the event itself, we aim to revert to the ‘conjunctural’dimension of the crisis and its most puzzling aspect: the synchronization of students’ and workers’ mobilizations. Achievements in the fields of historiography, social sciences and the sociology of political crises, induce us to re-examine the weight of the logic of situations behind phases of radicalisation, and the effects of an unstable and uncertain context on the actors involved in the uprising. The fact remains that the event cannot be abstracted from its historical background and that the current state of a crisis may also be viewed – to some extent – as re-activation of the past. A sociohistorical account of short-term crises is therefore designed to help construe – and conceive as forming a united whole – the history of events and the history of structures. The synchronization of mobilizations as well as the political normalisation then appear to be the complex – actual though unnecessary – outcome of a multilayered interplay between political lability and previous structural changes, and of intermingled national and local intrigues.

 

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Agressions de Cologne: Attention, une violence peut en cacher une autre (Guess why there were no New Year’s eve mass sex attacks in Paris)

21 février, 2016
plainte-contre-Fox-NewsBayonneSignS’il faut un village pour élever une femme, il faut aussi un village pour en abuser une. Faux proverbe africain
Turbans of the mind are disallowing and disavowing proper intellectual engagement with Islam. Aldous Huxley once defined an intellectual as someone who had found something in life more important than sex: a witty but inadequate definition, since it would make all impotent men and frigid women intellectuals. A better definition would be a freethinker, not in the narrow sense of someone who does not accept the dogmas of traditional religion, but in the wider sense of someone who has the will to find out, who exhibits rational doubt about prevailing intellectual fashions, and who is unafraid to apply critical thought to any subject. If the intellectual is really committed to the notion of truth and free inquiry, then he or she cannot stop the inquiring mind at the gates of any religion — let alone Islam. And yet, that is precisely what has happened with Islam, criticism of which in our present intellectual climate is taboo. (…) Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. But the first duty of the intellectual is to tell the truth. Truth is not much in fashion in this postmodern age when continental charlatans have infected Anglo-American intellectuals with the thought that objective knowledge is not only undesirable but unobtainable. I believe that to abandon the idea of truth not only leads to political fascism, but stops dead all intellectual inquiry. To give up the notion of truth means forsaking the goal of acquiring knowledge. But man, as Aristotle put it, by nature strives to know. Truth, science, intellectual inquiry and rationality are inextricably bound together. Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori . For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
Nous avons toute la nuit pour violer vos femmes et les enfants, boire votre sang. Même si vous nous échappez aujourd’hui, nous reviendrons demain pour vous finir ! Nous sommes ici pour vous renvoyer à votre Dieu ! Islamiste algérien (cité par Nesroullah Yous, survivant du massacre de Bentalha, 1997)
Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… » Paris Match
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. Kamel Daoud
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans. (…) Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. (…) Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation. (…) Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant. (…) C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes. Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud. Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. (…) Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Da