Théorie du genre: Attention, un angélisme peut en cacher un autre (No sex differences, please, we’re socialists)

18 février, 2014
https://i0.wp.com/awhitecarousel.com/wp-content/uploads/2010/12/Botticelli-Nativity-783x1024.jpghttps://i2.wp.com/www.scientificamerican.com/sciam/cache/file/FE1E5E58-463F-4EBE-96F1A6CF2AF8F6B9_article.jpgA la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux. Jésus (Marc 12: 25)
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle Tu as fondé ta gloire, pour confondre tes adversaires, Pour imposer silence à l’ennemi et au vindicatif. Psaumes 8:2
N’avez-vous jamais lu ces paroles: Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle? Jesus (Matthieu 21:16)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’esprit des Lumières a récupéré le Salut pour le transformer en progrès en le laïcisant. En ce sens, il a repris le christianisme, mais il l’a perverti en le dépouillant de la transcendance, ce qui change tout : le processus devient impatient et matérialiste. Mais on ne peut certainement pas dire que l’esprit des Lumières a évincé le christianisme en l’avalant. Les seules Lumières qui aient tenté d’évincer la religion sont les Lumières françaises (ni les Lumières américaines, ni les Lumières écossaises, n’en ont fait autant, au contraire). Ensuite parce qu’après les déceptions de la première modernité, on aperçoit clairement que le progrès est corrélé à l’espérance, ou alors n’est plus. Privées de transcendance, les Lumières françaises cessent de croire au progrès et se résignent au temps circulaire : c’est-à-dire qu’elles s’éteignent. Nous sauverons les libertés démocratiques si nous cessons de transformer l’émancipation des Lumières en religion intolérante et inquisitoriale. Pour l’instant, la folie du consensus traduit un despotisme technocratique. Chantal Delsol
À l’époque, et notamment aux États-Unis, on lit ce texte comme un pamphlet anti-stalinien et un roman désenchanté sur les dérives inéluctables de la révolution. Or, il est tout à fait intéressant de voir qu’Orwell conteste très explicitement cette lecture, qui est encore largement répandue aujourd’hui. Le propos du livre, précise-t-il, consiste avant tout à mettre en lumière ce fait inattendu que les idées totalitaires naissent très souvent chez des intellectuels. 1984, c’est, au fond, le rêve secret des intellectuels de gauche britanniques !… (…) Quand on pense à 1984,  on pense d’abord à Big Brother, au télécran, aux procédures de contrôle – et c’est, bien entendu, parfaitement légitime. Mais le cœur du livre, ce sont avant tout les mécanismes intellectuels à l’œuvre dans ces procédures. (…) Bref, le totalitarisme, selon Orwell, ce n’est pas seulement la police et le contrôle, c’est d’abord l’ambition de former les consciences et de façonner les corps. Et ce fantasme est bien, selon lui, un fantasme d’intellectuel. (…) Ceux que dénonce Orwell, ce sont les intellectuels cyniques ou ceux qu’on appelle les « compagnons de route », tous ceux qui, par fascination du pouvoir, trahissent leur fonction consistant d’abord à réfléchir à partir des faits qu’on a sous les yeux. (…) Si Winston s’accroche à des vérités apparemment insignifiantes comme « 2+2=4 » ou « L’eau est mouillée », c’est parce que le totalitarisme vise justement à couper les individus de cette expérience ordinaire, de ce qu’on peut vérifier par soi-même, et qui constitue le socle de notre rapport au monde et aux autres. Ce que visent les mécanismes totalitaires, c’est l’introduction d’un écran de mots et d’images entre les individus et cette expérience du sens commun. Et il s’agit bien là d’un projet qui mobilise des intellectuels. (…) C’est aussi pourquoi je pense qu’on a tort de rabattre le propos de 1984 sur celui tenu, par exemple, par Huxley dans Le Meilleur des mondes, où il s’agit essentiellement d’une dénonciation des risques que nous font courir le progrès des technologies. Il me semble que ce que dit Orwell, c’est que les progrès technologiques ne suffisent pas pour établir un régime policier. Un tel régime suppose aussi certains mécanismes qui sont très souvent pensés et voulus par des intellectuels. (…) Parce qu’en traitant les faits de manière désinvolte on supprime toute forme d’expérience personnelle sur laquelle s’appuyer ; et on laisse alors libre cours aux purs rapports de forces et de langage, ce qui est l’assurance de voir les plus puissants et les plus habiles triompher au détriment de tous les autres. Jean-Jacques Rosat
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. Déclaration universelle des droits de l‘homme (Article 2, 1948)
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. Constitution de la république française (Article 1, 1958)
L’inscription du terme « race », dans l’article même qui dispose des valeurs fondamentales de la République, est inadmissible même dans une « phrase qui a pour objet de lui dénier toute portée ». Proposition de loi du groupe socialiste (Assemblée nationale, nov. 2004)
Oui [je suis favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes], je l’ai dit. Aux conditions d’âge bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA. François Hollande (Têtu, 27 février 2012)
Le Parti socialiste s’engage pour garantir l’égalité des droits et construire l’égalité réelle, sans discrimination de genre ou d’orientation sexuelle, • Tous les citoyennes et c itoyens, tous les couples, toutes les familles, doivent pouvoir avoir accès aux même droits, êtres reconnus et protégés par les mêmes institutions. Il s’agit de défendre nos principes républicains et de garantir l’égalité au sein de notre société • Nous ouvrirons le mariage à tous les couples et renforcerons le Pacs (concernant notamment les congés pour évènements familiaux, la protection sociale complémentaire, le droit au séjour, l’enregistrement à la mairie). • Nous ouvrirons l’adoption aux couples de même sexe et l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes , sans condition de couple ou d’infertilité. • Nous reconnaîtrons aux homosexuels le droit de donner leur sang. • Nous affirmons qu’il revient à chaque personne de déterminer son identité de genre . • Nous formerons tous les acteurs éducatifs pour éviter les stéréotypes et les assignations de genre. Tract du parti socialiste
Les questions dites « de société » sont pour moi tout aussi importantes que les questions économiques ou sociales. Elles mettent en lumière les valeurs que nous portons (la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, etc.) et les réponses que nous y apportons doivent donner du sens au « vivre ensemble » apaisé et optimiste que nous appelons de nos voeux. Le thème principal de ma campagne est clair : donner une priorité à la jeunesse. Or, cette jeunesse pour laquelle je souhaite mobiliser l’action publique est aussi celle qui aborde le plus simplement et avec la plus grande ouverture les questions de genre parmi lesquelles se trouvent les questions LGBT. Pour en venir au fond de votre demande et avant d’entrer dans le détail des propositions qui sont déjà très largement intégrées au projet du Parti socialiste (notamment grâce aux amendements portés par votre association), je vais m’attacher à vous indiquer la méthode de travail qui sera la mienne et le planning de mise en œuvre de ces propositions. En préambule, je ne cacherai pas que j’ai un réel désaccord avec l’une d’elles : l’autorisation encadrée de la gestation pour autrui (GPA). De nombreuses associations féministes s’opposent à cette légalisation de la GPA et leurs arguments portant sur la marchandisation et l’instrumentalisation du corps humain m’ont convaincu. S’agissant de vos autres propositions, celles-ci se décomposent, me semble-t- il, en deux groupes : celles qui relèvent d’une évolution législative et celles qui nécessitent de simples changements réglementaires ou la mise en œuvre de politiques publiques. Pour ce qui est des évolutions législatives, sur le fondement des propositions de loi déposées par le groupe socialiste dès 2006 (et dont j’étais le premier signataire au nom de tous les socialistes), plusieurs textes seront proposés au 5 vote du Parlement dans le courant de l’année 2012. Ces textes permettront, notamment, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la possibilité d’adopter pour tous. Ils seront complétés par l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à toutes les femmes. Un dernier ensemble de dispositions viendront traduire notre vision moderne et ouverte de la famille en re – connaissant le statut des beaux-parents. Quant au PaCS, il sera amélioré. Un autre texte sera présenté dans le courant de l’année 2013 pour faciliter le parcours de vie des personnes trans. Enfin, après avoir évalué l’efficacité et la pertinence du dispositif actuel de « Défenseur des droits », nous mettrons en place une Autorité indépendante chargée de lutter contre les discriminations et de promouvoir l’égalité. François Hollande
Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes 190 Proposition UMP. Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées. Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé. Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes. Tract UMP
Je n’ai jamais défendu la théorie du genre. Nous avons, en 2009, revu l’organisation et le contenu des programmes, notamment de SVT, et nous avons effectivement travaillé sur l’égalité hommes-femmes. C’était la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui. Luc Chatel
Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter. Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise. Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012. Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble. Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas. Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité. Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies. Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique « outils pédagogiques » du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie « littérature jeunesse ». Le Lab Europe 1
« Tous à poil » ou « Papa porte une robe », ne relèvent pas de l’imaginaire et du fantasmatique mais du « modèle identificatoire » proche, c’est-à-dire du personnage réel, auquel l’enfant peut s’identifier et ces livres sont justement conçus pour que le phénomène du « modèle identificatoire » y soit puissant, sous couvert de rigolade bien entendu. Les objectifs sous-jacents sont bien sûr l’abattage de la barrière des générations, donc la négation d’une certaine forme d’autorité honnie du gauchiste libéral, dans le fait de se retrouver tous à poil. Mais au second degré, figure aussi une forme de « sexualité » dont les enfants ne seraient pas exclus puisqu’eux aussi sont « à poil », ce qui relève de ce qu’on appelle « l’implicite » et dans lequel l’enfant est poussé à imaginer qu’il « est » ce qu’il n’est pas et qu’il « fait » ce qu’il ne fait pas en réalité. (…) Et quand « papa » porte une robe, c’est bien de manière possible dans la tête de l’enfant, c’est « mon » papa et peut-être que ce sera moi aussi quand je serai grand : je porterai une robe. Ou même, « mais alors, si je grandis, je risque moi aussi de porter une robe », d’où le trouble. L’implicite est dans l’incertitude créée dans l’idée que l’on se fait de devenir un garçon ou une fille et surtout la conviction d’avoir le choix de devenir un garçon ou une fille, choix que nous n’avons pas en réalité. (…) Ces livres ne sont évidemment que l’un des aspects de l’offensive libérale-libertaire, il ne faut pas les brûler puisque ce faisant ce serait la dictature politico-policière classique bien connue, qui ne vaut pas mieux que l’autre, mais on n’est pas obligé de les acheter et de les lire à ses enfants. Pierre Duriot
Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. » Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature. On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine. Elisabeth Montfort
« Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite. Ainsies petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février. Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution. Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique. Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère. AFP
Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros. Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…) Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…) Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance. (…) Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné. Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. Lise Eliot
Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. Charlotte Faurie
La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine. À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents. Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. Michel Raymond
Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que « l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique ». Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui « cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution ». Peggy Sastre

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre deux concubinats et interviews à Têtu, notre Marieur pour tous en chef en oublie jusqu’à ses (premières) promesses de campagne en faveur de la PMA …

Et où, après avoir projeté d’introduire la théorie du genre en maternelle puis l’avoir effectivement introduite au lycée avec la controverse que l’on a déjà oubliée, le précédent gouvernement sarkozyste se défend un peu trop fort d’avoir lancé « la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui » …

Pendant qu’après avoir appelé ses recteurs à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités » via au besoin l’intervention à l’école d’associations homosexuelles ou même prôné la dépenalisation du cannabis,  l’actuel ministre de l’Education annonce contre toute évidence qu’un livre appelant à mettre à poil la maitresse et d’autres représentants de l’autorité ne figure pas sur les listes de son ministère …

Que, du côté de la recherche, le lait même dès le sein maternel et la bouche des enfants crie la vérité de la différentiation sexuelle …

Et que, sous prétexte de mauvaises fréquentations supposées avec la sociobiologie et l’antiféminisme, la psychologie évolutionnaire, c’est-à-dire  l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains, a tant de mal à se faire accepter en France …

Comment ne pas voir …

Derrière ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les « images stéréotypées » …

Et à l’instar de ces idées chrétiennes devenues folles contre lesquelles nous avait averti dès avant Orwell l’un des plus grands prophètes de notre monde moderne …

Le totalitarisme bien-pensant de nos nouveaux faiseurs d’anges …

Qui après avoir nié les différences raciales (pardon: ethniques jusque dans la… Constitution !) et l’antisémitisme (voire la présence juive !) en France …

Voudraient à présent faire ici-bas pour les différences sexuelles ce qu’un plus prudent christianisme avait réservé au ciel ?

Les neurones ont-ils un sexe ?

Sophie Roquelle

Le Figaro

20/08/2011

Les meilleurs extraits du livre événement de la neurobiologiste Lise Eliot , Cerveau rose, cerveau bleu (Robert Laffont).

1/5

Garçons et filles sont différents. Cette donnée, évidente pour toutes les générations qui nous ont précédés, fait aujourd’hui l’effet d’une révélation étonnante à de nombreux parents. Nous qui avons été élevés dans l’idée de l’égalité des sexes, nous considérons ou nous espérons, à tout le moins, que les différences entre les sexes ne sont pas innées, mais fabriquées par la société. Nous nous côtoyons sans difficulté entre personnes des deux sexes, nous échangeons nos points de vue aussi bien sur le sport que sur la cuisine et nous sommes joyeusement en compétition les uns avec les autres sur nos lieux de travail en faisant constamment semblant de considérer qu’hommes et femmes sont plus ou moins identiques. Jusqu’à ce que nous ayons à notre tour des enfants et que les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer! (…)

Oui, garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d’intérêt différents, des niveaux d’activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes ! Les différences ne sont pas quantitativement très importantes et, dans de nombreux cas, bien plus modestes que celles, parfois énormes, qui existent entre hommes et femmes adultes. Les petits garçons pleurent, les petites filles tapent et donnent des coups de pied. Mais les différences s’additionnent -et c’est cela qui provoque l’apparition de certaines statistiques alarmantes qui influencent notre façon de penser l’éducation des enfants. (…) Ces différences entre les sexes ont de réelles conséquences et posent d’énormes défis aux parents. Comment soutenir aussi bien nos fils que nos filles, les protéger et continuer de les traiter de manière équitable, alors que leurs besoins sont manifestement si différents?

Déjà, dans le ventre de la mère…

Les tests de grossesse vendus dans le commerce sont excellents, mais ils ne sont pas encore capables d’annoncer le sexe du futur bébé. Cette limitation est en partie due au fait que plus on est tôt dans la grossesse, moins il est possible de différencier les fœtus. Les bébés des deux sexes sont identiques pendant les six premières semaines de leur développement intra-utérin. Le processus de différenciation sexuelle s’enclenche vers le milieu du premier trimestre, mais il n’apparaît pas clairement à l’échographie avant la fin du troisième mois (au plus tôt). Les fœtus prennent leur temps pour révéler leurs organes génitaux au monde extérieur. Et à l’intérieur de leurs toutes petites têtes, la différenciation est encore plus lente.

Cependant, il y a des différences qui s’impriment dans le cerveau, et sans doute dans l’esprit, avant la naissance. Vous ne pouvez ni les voir à l’échographie ni les entendre dans les battements de cœur du fœtus, mais elles sont bien là: garçons et filles sont influencés dans l’utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres. (…)

Parmi toutes ces influences, celle que les chercheurs connaissent le mieux est celle de la testostérone, la célébrissime hormone stéroïde contre laquelle les mères adorent se lamenter quand elles surprennent leurs fils à se pourchasser à travers la maison ou à se bagarrer trop près de la table basse du salon.

Les parents, en général, ne savent pas à quel point la testostérone intervient tôt dans le développement de leur enfant. La première poussée de testotérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu’au moment de la naissance, le niveau de testostrérone des garçons n’est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s’étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. (…)

Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros.

Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…)

Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…)

Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance.

A la naissance: si semblables… et si différents

Comme les chatons, les nouveau-nés se ressemblent à peu près tous. (…). N’empêche, il existe quelques différences entre les sexes, constantes et fiables, qui influencent sans doute réellement le démarrage de chaque garçon et de chaque fille dans la vie. Les bébés filles devancent les garçons par le nombre de gestes qu’elles produisent. En moyenne, elles commencent quelques semaines avant eux à pointer du doigt, à saluer de la main et à lever les bras vers les adultes pour être soulevées. Mais là encore, leur avantage est assez réduit: dans une importante étude suédoise, il est apparu que les filles de 18 mois produisaient… 5% de gestes en plus que les garçons. D’un autre côté, les gestes ne sont pas tout à fait les mêmes. Certains des gestes des bébés sont déjà marqués sexuellement: les filles de 8 à 16 mois ont davantage tendance à imiter les comportements parentaux (par exemple, elles étreignent ou bercent leurs poupées); les garçons de la même tranche d’âge font le geste de lire un journal, de conduire une voiture ou de donner des coups de marteau.

Après les gestes vient la prononciation des mots, premiers outils d’expression verbale des bébés. Les filles conservent leur modeste avancée, tout au long de la petite enfance, pour produire en moyenne trois cents mots à l’âge de 22 mois, tandis que les garçons atteignent ce seuil à 23 ou 24 mois.

Passé l’âge de 2 ans, les enfants commencent à parler pour de bon. Ils se mettent à associer les mots en petites phrases simples telles que Maman maison, Encore lait ou Aller parc. Là encore, les filles prennent la tête: huit mots consécutifs d’un souffle, à deux ans et demi, contre environ six mots pour les garçons. Et à l’émergence des phrases grammaticalement justes, celles des filles sont plus longues et plus complexes que celles des garçons – une différence qui se maintient durant toute la période préscolaire. (…)

Les écarts entre garçons et filles se creusent énormément entre 2 et 6 ans -et certains sont plus marqués à cette période qu’à aucun autre moment de la vie. Les coupables ne sont pas les hormones, puisque les gonades des enfants se sont calmées et resteront tranquilles jusqu’à la puberté. Mais il est vrai, comme nous l’avons vu, que certaines influences génétiques et hormonales pré et postnatales ont projeté les enfants sur des trajectoires légèrement différentes. Longtemps avant qu’ils n’entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement. Et une fois le processus amorcé, ils s’épanouissent selon un modèle rose ou bleu qui caractérisera de bien des façons la suite de leur développement. (…)

Jouets: Barbie vs camion-benne

La plupart des parents ont des récits (…) sur les activités ludiques «typiques de leur sexe» de leurs très jeunes enfants. Et les recherches confirment que cette différence est remarquablement universelle. Qu’ils grandissent aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et probablement n’importe où dans le monde, les garçons de 2 à 5 ans choisissent à une écrasante majorité le camion, la petite voiture, le ballon ou tout autre jouet « masculin » quand on leur offre le choix entre ces objets et une poupée. Les fillettes du même âge sélectionnent la poupée, les ustensiles de cuisine ou le nécessaire à maquillage (surtout si l’un de ces jouets est rose). (…) «Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y!» Voilà comment de nombreux parents expliquent le fait indéniable, universel. (…)

Bien sûr, ni les camions ni les poupées n’existaient il y a cent mille ans, quand le génome humain s’est stabilisé sur la séquence qu’il a aujourd’hui. Mais il ne paraît pas absurde de croire que certaines propriétés intrinsèques des jouets «garçons» et des jouets «filles» séduisent profondément, et différemment, les garçons et les filles.

L’argument contraire, c’est que non, non, trois fois non, il n’y a strictement rien d’inné à tout cela. C’est nous, les parents, qui imbibons les enfants de ces préférences à travers les choix que nous faisons très consciemment quand nous leur achetons des jouets et à travers les présupposés inconscients sur les garçons et les filles. Cette théorie de la prééminence de l’acquis sur l’inné, des facteurs culturels sur la nature, n’a plus autant la cote qu’il y a quelques décennies, notamment parce qu’elle est contredite par les tentatives des parents pour intéresser leurs fils aux poupées et leurs filles aux camions. Mais la vérité est quelque part entre les deux idées: les préférences des garçons et des filles pour telle ou telle sorte de jouets sont clairement biaisées par certaines tendances innées, mais elles sont amplifiées par divers facteurs sociaux au premier chef desquels la prise de conscience qui s’impose à l’enfant qu’il est un garçon ou une fille. (…)

Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné.

Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. (…)

L’école: elles écrivent, ils comptent

S’ils insistent parfois pour porter des robes bien roses ou des jeans bien bleus pour l’école, ils ont beaucoup de choses en commun une fois en classe. Oui, les filles sont plus précoces sur le plan verbal. Mais en réalité, il s’agit là d’une des différences entre les sexes les moins importantes: elle se traduit par un simple écart de deux points de QI avant 6 ans et elle diminue beaucoup au cours des premières années du primaire (sans aucun doute parce que les enfants se mettent tous à parler énormément une fois qu’ils sont scolarisés). En d’autres termes, il y a des tas de petits garçons très loquaces. Et s’il est vrai que davantage de garçons que de filles ont des difficultés à apprendre à lire, il ne faut pas en conclure que tous les garçons peineront dans ce domaine ou, pis, qu’aucune fille n’a besoin d’aide supplémentaire pour apprendre à s’exprimer ou à lire. En outre, les filles ne sont pas en avance dans toutes les mesures de l’aptitude verbale. Pour le vocabulaire, en particulier, on n’observe pas de différence entre les sexes à partir de l’âge de 6 ans, en tout cas, et pendant toutes les années qui suivent.

Les garçons ont l’avantage dans d’autres domaines. Dès le primaire, ils ont des résultats un peu supérieurs aux tests d’aptitudes visio-spatiales et ils distancent de plus en plus les filles tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Ils sont également tout aussi bons, sinon meilleurs qu’elles en maths. (…) En maths et en sciences, à vrai dire, les filles démarrent tout à fait du bon pied. Au début du primaire, elles connaissent leurs nombres et savent compter aussi bien que les garçons. Les filles et les femmes sont même meilleures que les garçons et les hommes en calcul mental. Au bout du compte, pourtant, ce sont les garçons qui obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des examens de mathématiques, dont ceux de géométrie, de mesures, de probabilités et pour les très redoutés «problèmes».

Considérons les données des tests d’évaluation passés par des centaines de milliers d’élèves américains. Les filles ont des résultats inférieurs à ceux des garçons, en maths comme en sciences, dans les classes de CM1 et de quatrième quoique la différence (deux à trois points) soit considérablement moindre que la différence, au désavantage des garçons, relevée aux tests de lecture et d’écriture. Les filles sont encore un peu plus en retard en terminale. A cet âge, cependant, il est encourageant de constater que les écarts se sont réduits presque de moitié par rapport à ce qu’ils étaient il y a dix ou vingt ans.

Ne pleure pas, mon fils!

A vrai dire (…), les garçons seraient plutôt plus émotifs que les filles: les nouveau-nés sont plus irritables, ils pleurent plus tôt s’ils ont un problème et ils sont moins faciles à consoler que les nouveau-nées. Les choses s’égalisent assez vite, mais, comme le savent tous les parents de garçons, ceux-ci manifestent beaucoup, beaucoup leurs émotions. Pour eux comme pour les filles, le début de la vie est un méli-mélo de périodes de bonne humeur et de chutes dans la déprime la plus noire, de crises de colère et de sourires exubérants, sans oublier les poignantes déclarations d’amour qu’ils adressent à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs animaux domestiques. Les visages des garçons, comme ceux des filles, sont très, très expressifs (voilà pourquoi les parents aiment tellement les photographier). Arrivés à l’âge de 4 ou 5 ans, les garçons pleurent peut-être un peu moins que les filles, mais ils versent encore bien assez de larmes pour vous donner envie de les prendre dans vos bras, de les bercer et de faire tout votre possible pour les réconforter.

Si les garçons éprouvent sans l’ombre d’un doute les mêmes émotions que les filles, ils apprennent cependant bien vite à ne pas les montrer. Le cliché du mâle stoïque est assez juste – en apparence, du moins. Les hommes adultes manifestent effectivement moins d’expressions faciales, ils pleurent moins et, de manière générale, ils dissimulent leurs sentiments davantage que les femmes. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne ressentent rien, bien au contraire! Dans les études en laboratoire, les hommes réagissent d’ailleurs plus intensément que les femmes aux stimuli émotionnels frappants comme le visionnage d’un film violent ou la peur de recevoir une décharge électrique. Le truc, c’est que leurs réactions sont essentiellement internes: dans les situations émotionnellement troublantes, ils connaissent de plus fortes accélérations de leur rythme cardiaque, de plus fortes élévations de leur pression artérielle et davantage de suées que les femmes. Mais leurs émotions, même si elles sont moins visibles en surface, sont tout aussi puissantes que celles des femmes.» (…)

Les intertitres sont de la rédaction.

Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe?, de Lise Eliot, Robert Laffont, 504p., 22€.

Voir aussi:

Pourquoi la théorie de l’évolution de Darwin est-elle autant détestée ?

Peggy Sastre

Le Nouvel Observateur

12-06-2012

LE PLUS. Les comportements des femmes sont-ils différents de ceux des hommes pour des raisons génétiques ? Le décryptage de la vie humaine par Darwin est bien une révolution, selon Peggy Sastre, auteur de « No Sex » et « Ex utero ». Ceux qui la critiquent peuvent aussi mal comprendre ou sous-estimer son importance.

Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

La théorie darwinienne de l’évolution est l’une des plus importantes découvertes de tous les temps et peut se résumer en quatre propositions fondamentales :

1. Il existe une compétition entre les individus car les ressources de leur environnement sont limitées et les organismes produisent en général plus d’individus qu’il ne peut en survivre.

2. Il existe une variabilité interindividuelle au sein de chaque population. Certaines de ces variations sont héréditaires.

3. Il existe, dans un environnement donné, un avantage adaptatif (« fitness ») associé à certaines variations, certains individus étant en conséquence plus efficaces (« fittest ») que d’autres dans la lutte pour la survie et la reproduction.

4. En vertu des deux premières propositions, les individus porteurs de traits avantageux se reproduisent plus que les autres et transmettent leurs traits héritables à leur descendance. La population se trouve donc graduellement modifiée au fil des générations. Ce processus est appelé sélection naturelle, l’adaptation en est la conséquence.

À côté d’autres révolutions scientifiques (Copernic, Galilée, Newton ou Einstein), la force de Darwin est double : d’une part, c’est la vie et l’homme qu’il décrypte, pas des lois abstraites d’organisation de la matière et, d’autre part, sa théorie répond d’un seul mouvement à la question du « pourquoi » (l’adaptation) et à celle du « comment » (la sélection).

Mais l’idée darwinienne est peut-être l’un des paradigmes scientifiques les plus détestés de tous les temps, ne serait-ce que par tout le mal qu’elle fait et a fait aux religions. En France, tout particulièrement, elle est aussi l’une des plus sous-estimées, mal connues et mal comprises. Je ne compte plus les fois où, en essayant de l’exposer et de l’utiliser, on m’a répondu des trucs du genre « ce n’est qu’une théorie, rien ne la prouve », « on ne peut pas l’appliquer aux humains », « c’est juste un gros délire anglo-saxon », « en voilà des idées odieuses qui justifient l’extermination des plus faibles, on va tous finir dans un stade avec un numéro sur le bras à ce rythme-là ! », etc.

Le royaume pourri de Darwin ?

Dernièrement, je suis ainsi tombée sur trois articles qui, bien que très différents dans leur forme comme dans leurs attendus, véhiculaient, globalement, le message selon lequel il y aurait quelque chose de fondamentalement pourri au royaume de Darwin :

– Le premier (le plus « sérieux »), publié sur un jeune blog qui se donne comme mission, somme toute honorable, d’être une sorte d’observatoire critique de la vulgarisation scientifique, mettait en garde contre les travers supposés de la « psychologie évolutionniste », « discipline idéologiquement suspecte du fait de ses accointances avec la sociobiologie et l’antiféminisme » [1] ;

– Le second, rédigé par Mona Chollet en réponse au dernier livre de Nancy Huston (sur lequel je reviendrai bientôt), voyait dans l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains en général, et sexuels en particulier, des « thèses réactionnaires et indigentes » ;

– Enfin, le troisième, écrit par Agnès Giard, n’y allait pas par quatre chemins : pour elle, toutes ces histoires ne sont qu’une « théorie douteuse, voire foireuse ». On aura bien saisi : avant même de tenter de le comprendre, le dangereux Darwin, il faut s’en méfier, voire s’en détourner.

Un peu lasse d’avoir à combattre ces idées reçues (pour parler poliment) avec mes petits bras d’autodidacte, j’ai voulu m’entretenir avec quelques spécialistes estampillés « officiels » pour voir si la situation était réellement aussi désespérée qu’elle m’en avait l’air, ou si c’était, encore une fois, mon esprit malade qui me jouait des tours.

Pour couper l’herbe sous le pied de ceux pour qui la théorie de l’évolution et la France sont incompatibles (j’en suis parfois, je l’avoue, quand je suis très très énervée), je me suis orientée vers Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, responsable d’une équipe de recherche en biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier [2]. Au sein de son laboratoire, j’ai aussi posé quelques questions à Charlotte Faurie, spécialiste, entre autres, de l’évolution de la latéralité dans les populations humaines.

Pour eux, la situation commence tout juste à se débloquer, en particulier depuis 2009, la fameuse « année Darwin », qui célébrait les deux cents ans de sa naissance et les cent cinquante ans de la première édition de « De l’origine des espèces ».

Mais pour autant, m’ont-ils expliqué, « les mécanismes qui sous-tendent l’évolution sont généralement mal connus, peu enseignés, et mal vulgarisés. Souvent caricaturé, le principe de la sélection naturelle est aussi parfois rejeté pour des raisons idéologiques. Il est pourtant nécessaire de s’accommoder des règles qui régissent le monde, puisque nos opinions ne les changeront pas. Ainsi, si l’on projette d’aller sur la Lune, quelles que soient nos opinions personnelles, il est prudent de ne pas s’inventer sa propre la loi de la gravité. Il en est de même en biologie. La compréhension du monde vivant passe par la connaissance des règles de l’évolution, et la sélection naturelle est l’une d’elles, la seule qui puisse rendre compte des adaptations du vivant et de l’existence d’organes complexes. »

Et l’espèce humaine ? Elle n’y échappe évidemment pas : « la culture humaine ne fait pas sortir notre espèce du large champ de l’évolution », poursuivent Faurie et Raymond. Certes, « l’espèce humaine a des spécificités, comme un langage extrêmement développé et une culture complexe », mais « de nombreuses espèces animales possèdent une culture, parfois pas si rudimentaire que cela et, là encore, la sélection naturelle est indispensable pour en comprendre l’évolution ».

Des blocages idéologiques et institutionnels

C’est pourtant ce genre de mantra – que l’humain super complexe échappe à l’évolution, d’aucuns disent même que l’humain n’évolue plus – qu’on se ressasse ici ou là, et en particulier dans les articles mentionnés ci-dessus. Pour Faurie et Raymond, cela s’explique par des « blocages, d’ordre idéologique et institutionnel. Les sciences sociales, au XXe siècle, ont défendu et construit des paradigmes scientifiques fondés essentiellement sur des déterminants purement environnementaux. Les effets biologiques dans les comportements étaient inconcevables (et restent inconcevables pour certains). Évidemment, la position opposée – tout s’explique biologiquement – est aussi extrême et fausse. »

Selon les chercheurs, « le véritable problème est que la culture humaine est étudiée dans nos institutions comme une particularité qui échappe aux règles du vivant, particulièrement en France : les universités de sciences humaines ont des campus séparés des autres, cette séparation se retrouve également au sein du CNRS… Comme un dualisme conforté de façon institutionnelle. Mais rien ne vient appuyer scientifiquement une telle séparation. Au contraire, on sait maintenant que ce sont les interactions entre la biologie et la culture qui ont façonné ce que nous sommes, des interactions très fortes : chaque changement d’un côté modifiant les sélections de l’autre, qui en retour change la trajectoire initiale, et ainsi de suite. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Avec cette coupure institutionnelle, on est mal équipé pour aborder sereinement ce genre d’interaction. »

Blocage d’entre les blocages : les différences sexuelles. Pour Charlotte Faurie, ce sujet fait même « l’objet d’un obscurantisme ahurissant » :

« Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. »

Ce que Michel Raymond confirme :

« La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine.

À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents.

Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. »

Comment pourrait-on s’en sortir ?

Encore, et toujours, les meilleurs ennemis de l’obscurantisme sont l’éducation et l’information. Pour Charlotte Faurie, la vulgarisation doit être mise avant tout entre les mains des chercheurs, qui devraient « être incités à une implication dans des actions de vulgarisation, par une valorisation de ce travail par le CNRS et les universités (actuellement c’est plutôt considéré comme un loisir et/ou une perte de temps, qui doit être fait en dehors du temps de travail) ».

Quant aux journalistes, c’est en étroite collaboration avec les universitaires qu’ils devraient travailler, sans se contenter de « passer un coup de fil de dix minutes à un chercheur avant d’écrire à la va-vite et de publier sans relecture un article sur une question scientifique ».

Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que « l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique ». Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui « cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution ».

Il ne reste plus qu’à mettre tout cela en œuvre. Est-ce vraiment difficile ?

—-

[1] C’est ici une spécialité française et très signifiante que de souvent choisir des suffixes (-isme, -iste) marquant une couleur idéologique et politique (parle-t-on de physique quantiste?) pour mentionner les disciplines scientifiques nées avec Darwin. Pour ma part, j’insisterai toujours pour l’emploi de formules neutres comme « évolutionnaire » (la traduction est d’ailleurs plus fidèle à l’anglais « evolutionary ») ou « évolutif ».

[2] Auteur, entre autres, de deux ouvrages de vulgarisation bien malins dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.

Voir également:

Le lait maternel s’adapte au sexe du bébé

Les Echos

15/02/14

Les mères produisent un lait différent selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, selon une étude britannique.

Il n’est pas rose ou bleu en fonction du sexe, mais sa constitution diffère : le lait des mères n’est pas le même selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, révèle une recherche publiée vendredi. « Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite.

Ainsi les petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février.

Accélerer le développement

Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution.

Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique.

Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère.

Améliorer le lait maternisé

Une étude de Katie Hinde publiée la semaine dernière montre que le sexe du foetus influence la production de lait des vaches longtemps après la séparation de leurs veaux, le plus souvent dans les heures après avoir mis bas. Cette recherche menée sur 1,49 million de vaches a montré qu’au cours de deux cycles de lactation de 305 jours, elles ont produite en moyenne 445 kilos en plus de lait quand elles donnaient naissances à des femelles comparativement à des mâles. Ces chercheurs n’ont pas non plus constaté de différences dans le contenu de protéines ou de graisse dans le lait produit pour une progéniture femelle ou mâle.

Comprendre les différences dans le lait maternel humain et l’impact sur le développement de l’enfant pourrait aider à améliorer les formules de lait pour enfant destinées aux mères n’allaitant pas. « Si la valeur nutritionnelle du lait maternel est bien reproduite dans les formules, les facteurs favorisant l’immunité du nourrisson ainsi que les signaux hormonaux sont absents », a expliqué la chercheuse.

Pouvoir mieux comprendre comment le lait est « personnalisé » selon chaque enfant permettrait également d’aider les hôpitaux à trouver du lait provenant du sein donné pour aider à mieux nourrir des enfants malades et nés prématurément, a-t-elle ajouté.

source AFP

Voir encore:

La subversion de l’identité

Elizabeth Montfort

Valeurs actuelles

03 février 2011

Avec la théorie du gender, une véritable déferlante s’abat sur la France et l’Europe, dans une indifférence quasi générale. En juin dernier, l’IEP de Paris annonçait un enseignement obligatoire sur les gender studies pour septembre 2011. Début janvier, l’IUFM de Nice organisait un colloque sur “Filles et garçons au sein de l’institution scolaire” avec une place de choix pour ces études.

Cette théorie née aux États-Unis s’est développée dans les années 1990. Mais c’est vraiment la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’Onu en 1995, qui a imposé ce concept dans le vocabulaire international, largement relayé au Parlement européen. Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. Ce mouvement succède à deux courants féministes : l’égalitarisme où la femme prend comme modèle l’homme pour s’affranchir de sa domination, et le différentialisme qui exalte les différences entre les sexes au mépris de ce qui est commun, c’est la revendication des droits de la femme et la guerre des sexes. Ces deux courants avaient encore un aspect pratique car leur but était d’obtenir par la loi l’égalité des droits (droit de vote, égalité salariale…).

Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.

Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. »

Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature.

On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine.

Il est urgent de réagir. C’est la mission que s’est donnée l’Alliance pour un nouveau féminisme européen : analyser et informer pour construire une société pacifiée, fondée sur le respect et la coopération plutôt que sur la rivalité et la compétition. Il s’agit bien de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, égaux en droits et d’une égale dignité.

Elizabeth Montfort, ancien député européen, présidente de l’Alliance pour un nouveau féminisme européen

Voir par ailleurs:

Boys and Girls May Get Different Breast Milk

Milk composition differs based on a baby’s sex and a mother’s wealth

Marissa Fessenden

Scientific American

Nov 13, 2012

mother with babies, breast milk, breastfeeding

Thomas Fuchs

Mother’s milk may be the first food, but it is not created equal. In humans and other mammals, researchers have found that milk composition changes depending on the infant’s gender and on whether conditions are good or bad. Understanding those differences can give scientists insights into human evolution.

Researchers at Michigan State University and other institutions found that among 72 mothers in rural Kenya, women with sons generally gave richer milk (2.8 percent fat compared with 0.6 percent for daughters).* Poor women, however, favored daughters with creamier milk (2.6 versus 2.3 percent). These findings, published in the American Journal of Physical Anthropology in September, echo previous work that showed milk composition varying with infant gender in gray seals and red deer and with infant gender and the mother’s condition in rhesus macaques. The new study also follows findings that affluent, well-nourished moms in Massachusetts produced more energy-dense milk for male infants.

Together the studies provide support for a 40-year-old theory in evolutionary biology. The Trivers-Willard hypothesis states that natural selection favors parental investment in daughters when times are hard and in sons when times are easy. The imbalance should be greatest in polygamous societies, in which men can father offspring with multiple wives, such as the Kenyan villages. In those societies, a son can grow to be a strong, popular male with many wives and children, or he can end up with neither. Well-off parents who can afford to invest in sons should do so because their gamble could give them many grandchildren. Conversely, poor parents should not heavily invest in sons because it is unlikely to pay off—their offspring start at the bottom of the socioeconomic ladder. For those families, daughters are a safer bet because as long as they survive to adulthood, they are likely to produce young.

The new study is “exciting and enthralling,” says Robert Trivers, an evolutionary biologist at Rutgers University and co-author of the hypothesis, who was not involved in the recent work. “It is a Trivers-Willard effect I wouldn’t have the guts to predict.”

Even beyond fat and protein, other milk components might vary in humans, says Katie Hinde, an assistant professor in human evolutionary biology at Harvard University. She has found higher levels of cortisol, a hormone that regulates metabolism, in rhesus macaque milk for male infants. Her work shows that milk differences could change infant behavior and might affect growth and development. “Only half the story is what the mom’s producing,” Hinde says. “The other [half] is how the infant uses the milk.” These findings could have implications for formula, which could be tweaked to optimize development for both boys and girls.

Voir aussi:

Le livre jeunesse « Tous à poil » est-il recommandé aux enseignants ? La présentation tronquée de Vincent Peillon

Delphine Legouté

Le Lab/Europe 1

10/02/14

Il le soutient mais ne veut pas en endosser la responsabilité. Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter.

Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise.

Le ministre de l’Education nationale prend en effet toutes ses distances avec Tous à poil en le décrivant ainsi :

Il y a un livre recommandé par une association de lecture de la Drôme et de l’Ardèche, dans une liste d’une centaine d’ouvrages pour enfants qui existe depuis des années. (…)

Il y a beaucoup de parents dans cette association. (…)

Ce sont des associations qui justement cherchent à développer la lecture, font un travail avec les enfants et les parents et recommandent un certain nombre d’ouvrages.

Ces livres sont des livres d’éditeur dont on peut faire un usage pédagogique, ensuite c’est au libre choix des enseignants de le faire ou pas.

Et ajoute :

Si on commence à faire ça sur l’ensemble de ce que les associations de parents ou de lectures peuvent faire en France, on va partir dans une inquisition qui sera tout à fait regrettable.

Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012.

Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble.

Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas.

Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité.

Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies.

Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique « outils pédagogiques » du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie « littérature jeunesse ».

Notons que, le nom de domaine ayant migré, le lien n’est plus valide sur le site officiel. Voici la nouvelle adresse de la bibliographie qui se présente ainsi :

Bref, comme le relève Le Monde, Tous à poil n’est présent sur aucune liste de livres officiellement proposés aux enseignants et la constitution de la liste est particulièrement singulière puisqu’elle a été réalisée par les parents d’élève d’une association. En revanche, l’ouvrage a bien été promu sur un site institutionnel national à la faveur des ABCD de l’égalité.

Interrogé à ce sujet par le Lab ce 10 février, Vincent Peillon n’a pas caché la promotion par les ABCD de l’égalité de cette liste d’une « association de lecture dans la Drôme et l’Ardèche ».

Il a tenu à préciser que ces programmes n’étaient pas nouveaux et que les remettre en question serait néfaste pour le travail sur les stéréotypes :

– Le Lab : Reconnaissez-vous que cet ouvrage est recommandé, parmi d’autres, par le site des ABCD de l’égalité ?

– Vincent Peillon : Absolument. C’était d’ailleurs en 2009 déjà une recommandation des personnes qui travaillent à la lutte contre les stéréotypes.

Il ne faudrait pas que l’on mette en question– car c’est ce qui se cache derrière tout ça – la nécessité de faire un travail entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas nier les différences mais au contraire les reconnaître et considérer qu’elles ne doivent pas empêcher certains d’avoir accès à un certain nombre de métiers.

Sans rentrer dans le débat sur le contenu de l’ouvrage (en quoi montrer des dessins de personnes se déshabillant à des enfants est-il un problème, en fait ?), l’information donnée par Jean-François Copé le 9 février sur RTL n’est donc pas factuellement inexacte. Amplifiée mais pas inexacte. Tous à poil fait bien partie des livres que les ABCD de l’égalité voient d’un bon œil et conseillent aux enseignants qui seraient intéressés.

Une première pour l’UMP qui multiplie depuis quelques jours les fausses rumeurs telle que l’existence d’un document promouvant la théorie du genre que le gouvernement voudrait cacher (document pourtant diffusé dans un premier temps par l’UMP au pouvoir) ou la diffusion de films à des enfants de primaire montrant des scènes de sexe entre personnes homosexuelles, affirmation intégralement fausse.

Voir enfin:

François Hollande à TÊTU: « Les libertés, elles s’arrachent toujours »

ÉVÉNEMENT. A une semaine du second tout de l’élection présidentielle, TÊTU.com* publie l’nterview accordée par François Hollande au magazine TÊTU le mois dernier.

Propos recueillis pour le numéro d’avril du magazine TÊTU, mis en vente le 21 mars 2012.

TÊTU : Le 23 février dernier, un auditeur de France Inter vous a interpellé pour savoir s’il pourrait se marier avec son compagnon d’ici à la fin de l’année. Quel sera votre calendrier concernant l’ouverture aux homosexuels du mariage et de l’adoption ?

Au plus tard au printemps 2013. _ Pourquoi cette date  ? Parce que je sais que les premiers mois de la session parlementaire vont être essentiellement consacrés aux éléments de programmation financière, donc je préfère être honnête  : si on veut un bon débat, mieux vaut qu’il puisse commencer au début de l’année 2013 et se terminer au printemps. Le printemps, ce n’est pas une mauvaise saison pour se marier  ! [Sourire.]

Lors des primaires socialistes, vous aviez confié «  en off  » lors d’une interview à Libération  : «  Attention, ce ne sera pas simple de faire passer ces textes.  »

Oui, et je continue de le dire. Vous avez vu ce qu’a dit le candidat sortant dans Le Figaro Magazine  ?

Si l’on songe que la droite n’a jamais accepté le pacs durant de nombreuses années…

Concevoir qu’elle accepte maintenant facilement le mariage pour les homosexuels, c’est une vue de l’esprit.

Aucune loi de conquête n’a été arrachée sans combat parlementaire mais aussi citoyen, et c’est bien qu’il en soit ainsi. Les libertés, elles s’arrachent toujours.

Vous escomptez donc que ce projet rassemble au-delà d’une majorité de gauche  ?

Je le souhaite  ! Pour le pacs, à part quelques parlementaires courageux, dont madame Bachelot, nous n’avions eu guère de soutien.

Après, des regrets ont été exprimés, y compris de la part de Nicolas Sarkozy, qui en a fait le reproche à ses propres amis. Je n’ai pas le sentiment qu’il soit aujourd’hui dans la même philosophie…

La droite est très offensive sur le sujet, mais en même temps 63 % des Français soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. On peut se demander si ce ne sont pas les responsables politiques qui sont en retard par rapport aux évolutions de la société…

Ça peut arriver que la politique soit en retard par rapport à la société. L’inverse aussi. Mais il y a des minorités qui sont très agissantes.

Il y a des forces culturelles, spirituelles, qui vont également se mettre en mouvement.

Regardez ce qui se passe en Espagne avec la volonté du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de revenir sur la loi du gouvernement Zapatero qui a ouvert le mariage.

Mais je ne redoute rien, dès lors qu’il y a une volonté, la nôtre, et une compréhension affichée par une majorité de Français.

C’est un droit reconnu par de nombreux pays européens, nous ferons donc cette évolution tranquillement. Avec le souci de convaincre et de faire avancer la société française.

Nicolas Sarkozy justifie son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au nom, dit-il, des « valeurs », et il expliquait dans Le Figaro

Magazine que  : « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale qu’est le mariage.  » Que vous inspirent ces propos  ?

Le mariage, au contraire, sera consacré s’il est ouvert à tous. Il sera même renforcé  ! Ceux qui sont attachés au mariage doivent se féliciter de voir que des couples homosexuels comme hétérosexuels se battent pour qu’il soit ouvert à tous.

Actuellement à l’Assemblée nationale, il n’y a qu’un seul député ouvertement gay, Franck Riester, de l’UMP, qui a fait son coming out récemment. On n’en compte aucun dans les rangs de gauche. Comment l’expliquez-vous  ?

Bertrand Delanoë avait fait ce choix avant sa première candidature à la mairie de Paris…

Mais Bertrand Delanoë reste un peu seul…

Je me souviens aussi qu’André Labarrère [ancien maire de Pau, décédé en 2006] l’avait fait, et avec quel fracas  ! [Sourire.] Après, c’est une affaire personnelle.

C’est une décision personnelle, mais ne dépend-elle pas, aussi, du climat dans lequel les élus ou les militants évoluent dans leur famille politique  ?

Oui, mais au PS, cette question n’a jamais fait débat… Et n’a jamais conduit à préférer une candidature plutôt qu’une autre.

Globalement, ne trouvez-vous pas que les partis politiques français ont des difficultés pour intégrer les minorités, les différences  ?

Cela a pu être vrai. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui.

À gauche, les partis sont tout à fait conscients que la société est diverse et que c’est un facteur de richesse.

Au sujet des débats sur le pacs puis le mariage, beaucoup de militants se sont mobilisés qui n’étaient pas homosexuels, et c’est très bien.

De la même manière, le combat pour le pacs est venu de groupes réunis au nom de l’idée républicaine d’égalité.

Il ne faut surtout pas réduire le mariage ouvert à tous à une revendication portée par les seuls homosexuels.

Plusieurs enquêtes montrent que jusqu’à 20 % des gays et lesbiennes seraient prêts à voter pour Marine Le Pen…

Cette intention peut surprendre. Mais cela vaut pour tous les citoyens. Pourquoi y a-t-il des Français qui ont le sentiment d’être abandonnés, délaissés, méprisés, stigmatisés, discriminés, et qui ont envie d’un cri de colère en le poussant de la pire des façons à mes yeux  ?

Et ne pensez-vous pas que certains partis réactionnaires développent des discours démagogiques et clivants en direction des gays et des lesbiennes, en agitant notamment la peur de l’islam  ?

En Europe du Nord, la crainte d’un islam fondamentaliste ouvertement hostile aux libertés a pu conduire certains vers des votes extrémistes.

Il y a eu cette instrumentalisation.

Aux homosexuels qui, ici, peuvent avoir la même crainte, je dis que c’est la laïcité qui les protégera. Je fais de la laïcité un élément majeur de mon projet.

La laïcité, c’est à la fois la liberté de conscience, la liberté religieuse et la garantie de la liberté  : liberté de vie personnelle, égalité homme-femme et orientation sexuelle pleinement assumée.

Je ne lâcherai rien là-dessus. Sinon, cela ferait effectivement le jeu d’une extrême droite qui a toujours stigmatisé les homosexuels, une extrême droite qui les a moqués, les a parfois pourchassés. Ce serait un comble que, pour être protégé d’une dérive fondamentaliste, on se réfugie dans une dérive antirépublicaine.

Êtes-vous favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes  ?

Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental.

Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger  ?

Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…

Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Sur un autre point important, concernant le droit des personnes trans, quelles sont vos propositions ?

Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés. Il faut également lutter contre cette discrimination-là.

Je suis pour la rectification de l’état civil lorsqu’il y a eu changement de sexe. Et également pour l’accès aux soins.

C’est-à-dire forcément une chirurgie  ?

Pas nécessairement. C’est un processus qui peut, dans certaines hypothèses, être distinct du parcours médical accompagnant la transition vers l’autre sexe. C’est le sens des recommandations du Conseil de l’Europe notamment.

Et des expertises psychologiques  ?

Oui. Ensuite, sur l’accès aux soins – car beaucoup de trans s’engagent dans un parcours médicalisé –, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il conviendra de la corriger.

Êtes-vous pour un remboursement par la Sécurité sociale ?

Pour partie. Il n’y a pas de raison de donner une gratuité totale à ce qui est un choix individuel.

Quelles sont, au-delà des incantations, vos propositions concrètes pour lutter contre l’homophobie  ?

Les grands principes comptent, déjà. D’abord commençons par l’école, car c’est là aussi que beaucoup se joue et que des personnes homosexuelles peuvent toute leur vie durant porter un fardeau fait d’humiliations, de mépris, de méconnaissances.

À quel âge pensez-vous que cela doit commencer  ?

Au collège, parce que c’est à ce moment-là que ces questions se posent pour les adolescents.

Le dessin animé Le Baiser de la Lune, qui mettait en scène une histoire d’amour entre deux poissons de même sexe et était destiné aux classes de primaire, avait déclenché une polémique…

Oui, je me souviens. Je veux rétablir la formation des enseignants.

C’est très important qu’ils puissent savoir, aussi bien en primaire qu’au second degré, ce qu’il est possible de dire aux enfants.

On ne parle pas de la même manière à un enfant en primaire, où la connotation sexuelle n’est pas du tout présente, qu’en secondaire, où elle commence à apparaître.

C’est une forme à la fois d’enseignement de la réalité, et en même temps de pédagogie qui appelle de la sensibilité.

Les clichés, les insultes homophobes commencent très jeune, bien avant la sexualité…

Oui, c’est vrai. La lutte contre les clichés peut commencer très vite.

Il y aussi la situation dans le monde du travail qui doit être améliorée.

Le rôle des syndicats, des assistantes sociales et des médecins du travail, est très important.

Face à la polémique menée par la Droite populaire et des associations catholiques contre l’introduction des questions de genre dans les manuels scolaires de classe de première, le ministre Luc Chatel a tenu bon.

C’est bien qu’il ait tenu. C’était une offensive très idéologique, car elle niait même le fait qu’il existe des genres  ! Donc, poursuivons ce mouvement de sensibilisation avec tous les moyens utiles.

Vous avez fait de la jeunesse un des axes centraux de votre campagne. Que proposez-vous pour améliorer l’autonomie des jeunes adultes  ?

Des enquêtes ont démontré une surreprésentation des jeunes LGBT dans les populations en errance…

Effectivement, parfois des ruptures familiales peuvent avoir lieu beaucoup plus tôt encore que pour d’autres jeunes.

Et la recherche de logement devient la première préoccupation, car c’est une difficulté de plus pour une personne seule ou vivant en couple homosexuel.

Je suis favorable à un système de mutualisation des cautions, de façon que de plus en plus de jeunes ne puissent pas être empêchés de fonder un couple ou d’accéder à l’autonomie.

Deuxièmement, je souhaite que les jeunes puissent rentrer plus tôt dans l’emploi, c’est mon idée de «  contrat de génération  ».

Qu’il puisse y avoir, entre un senior et un jeune, une transmission d’expérience, et un soutien à l’employeur qui permettra à un jeune de rentrer dans le monde du travail en bénéficiant d’un CDI.

Enfin, je suis pour des parcours d’insertion, des systèmes de bourse, des contrats d’autonomie, qui puissent ouvrir des formations à ces jeunes.

Enfin, je suis très préoccupé par la déscolarisation de certains qui partent très tôt de chez leurs parents.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris l’engagement qu’aucun jeune entre 16 et 18 ans ne se retrouve sans solution.

Le service civique peut en fournir une, par exemple. Que les jeunes ne se retrouvent pas dans la rue et dans la désespérance.

L’éducation sexuelle reste focalisée sur la reproduction. N’est-ce pas réducteur ?

L’éducation aux risques est une absolue nécessité. Elle a été relâchée ces dernières années. Le sida se diffuse encore, notamment chez les homosexuels. Malheureusement, l’idée que le fléau a été enrayé fait qu’il y a plus d’imprudences. Nous devons donner les éléments qui permettent à chacun d’avoir sa sexualité sans se faire contaminer un jour. Il y a toujours eu une réticence des pouvoirs publics en France à faire des campagnes de prévention VIH ciblées sur les populations homos… Je ne partage pas cette réticence qui peut être fondée sur de bons motifs de non discrimination… Mais dès lors que le risque est plus grand dans les populations homosexuelles masculines, mieux vaut le dire, parce que des jeunes peuvent l’ignorer encore.

Est-ce que vous imposeriez aux médecins généralistes l’utilisation des tests de dépistage rapides  ? Que prévoyez-vous concernant une possible généralisation de ces tests, comme en Espagne dans les pharmacies  ? Et troisièmement, allez-vous appliquer le «  plan sida  » proposé par Roselyne Bachelot, qui a promis un financement de 1,08 milliard d’euros, vu les circonstances budgétaires ?

En matière de prévention, le rôle des associations est déterminant. Je veux saluer ici tout ce qu’engagent Act Up, Aides, Sida Info Service…

Car ce sont elles qui permettent aujourd’hui de diffuser le dépistage, de donner l’information et d’accueillir. Le dépistage doit être généralisé. J’ai participé à une opération de cars de dépistage – c’était Aides qui l’organisait –, qui se rendaient au plus près de la vie des Français pour leur proposer ce test qui est très simple. À chaque fois qu’il y a une inquiétude, mieux vaut aller faire le test que de continuer à porter cette interrogation. Enfin, je suis attentif à certaines populations qui sont plus exposées, les personnes dans les prisons, où il est nécessaire de renforcer les dispositifs de dépistage, et les populations migrantes, notamment les sans-papiers qui, par crainte de se faire connaître, peuvent ne pas se faire dépister ou soigner. Je suis pour le retour de l’aide médicale d’État, l’AME, qui nous permettra, nous citoyens français ou résidents réguliers, d’être protégés plutôt que d’être exposés.

La situation aux Antilles vous paraît-elle préoccupante  ? Oui, à plus d’un titre  : 60 % des jeunes au chômage, vie chère, violence qui s’est aggravée dans les régions d’outre-mer, et encore des préjugés nombreux par rapport aux orientations sexuelles.

Vous évoquez l’AME, quelles seront vos priorités concernant la politique de santé  ? Comptez-vous abolir les franchises médicales  ? Je suis conscient que nous devons maîtriser les comptes publics et sociaux, et en même temps, l’hôpital public doit être renforcé dans ses missions. La médecine de ville doit mieux travailler à la fois avec l’hôpital et avec les autres professions de santé. Il est légitime de mieux rémunérer les médecins. Sur les franchises, nous en discuterons car nous avons plusieurs problèmes à régler  : problèmes de dépassement d’honoraires, les mutuelles qui ont été taxées, les franchises, le prix des médicaments…

Au niveau international, quels sont vos engagements pour faciliter l’accès aux traitements dans les pays pauvres ?

Je suis favorable aux médicaments génériques. Nous avons besoin d’une politique internationale sur ce sujet.

Nous sommes tous concernés, quand un virus se développe dans une partie de la planète, nous finissons par être touchés.

Autre point important, la dépénalisation de l’homosexualité dans tous les pays du monde, c’est un enjeu essentiel en matière des droits de la personne.

Que pensez-vous de la proposition du Premier ministre britannique David Cameron de conditionner l’aide au développement au respect de tous les droits humains, y compris le respect des minorités LGBT  ?

C’est un bon principe. Là encore, ça dépasse les frontières nationales et idéologiques.

Sans mettre en cause les règles de chacun de ces pays, car en définitive, nous ne leur demandons rien d’autre que de lever une pénalisation qui est tout à fait inadmissible puisqu’elle est fondée sur la négation d’une liberté. Nous devons être fermes sur ce principe-là.

Y aura-t-il une action diplomatique à l’ONU, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Rama Yade  ?

Nous n’aurons pas de mal à aller plus loin que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Ce qu’il a commencé et pas terminé, nous l’amplifierons et j’espère que nous l’achèverons jusqu’à essayer de faire voter une résolution.

Au printemps dernier, Arnaud Montebourg nous expliquait qu’il ne faisait pas «  de l’identification des questions sociétales l’enjeu majeur de l’élection présidentielle  », sa priorité étant «  d’apporter de nouvelles propositions pour transformer l’économie  ». Séparer ces enjeux n’est-ce pas en réalité une erreur  ?

Moi, je suis pour le progrès. Pour qu’une élection présidentielle puisse faire avancer la France. Puisque nous sommes confrontés à un choix, que cela soit celui qui nous donne la fierté de vivre ensemble, c’est mon ambition.

Qu’au bout de cinq ans, nous soyons encore plus fiers d’être Français que nous ne le sommes aujourd’hui.

Comment y parvenir  ? D’abord en permettant à tous nos concitoyens de travailler, d’être autonomes, de pouvoir accéder à de meilleures conditions au logement, d’être mieux soignés.

Et le progrès, c’est aussi vivre en plus grande liberté, en plus grande sécurité, en plus grande sûreté, en harmonie. Et parmi ces progrès, il y a la reconnaissance de droits qui peuvent être une meilleure protection à l’égard d’un certain nombre de risques, que cela soit des risques sanitaires ou de violence. Je disais combien la laïcité et la liberté devaient être protégées, ce qui suppose de lutter contre toutes violences.

Une société avance globalement. Les plus belles périodes de notre histoire sont celles où les conquêtes ont été multiples  : économiques, sociales, sociétales.

Je veux remettre le pays en mouvement pour que chacun se sente partie prenante. Les Français n’accepteront pas tout ce que je proposerai, mais dès lors qu’ils verront le but, qui est l’harmonie, la réconciliation, le rassemblement, ils y participeront.

* Têtu, le site du magazine gay ( sic).

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier.

En librairie à partir du 8 septembre.


Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

8 février, 2014
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Le futur est déjà là – il est juste encore inégalement réparti. William Gibson
J’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir… La meilleure chose à faire avec la science aujourd’hui, c’est de l’utiliser pour explorer le présent. La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. William Gibson
Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles. William Gibson
What we call technology in our science is almost always emergent technology. … They don’t mean the technology we’ve had for 50 years, which has already changed us more than we’re capable of knowing. When I say technology, I’m sort of thinking of the whole anthill we’ve been heaping up since we came out of the caves, really. So we’re living on top of a quite randomly constructed heap of technologies that were once new, and that now we don’t even think of as technology. « People think technology is something we bring home in a box from some kind of future shop.(…) When I watch my work sort of travel down the timeline of the real future, I just see it acquiring that beautiful, absolutely standard patina of wacky quaintness that any imaginary future will always acquire. That’s where your flying car and your food pills all live — and all the other stuff they promised our parents. (…) I’ve been writing stuff set in the 21st century since 1981. Now that I’ve actually arrived into the 21st century the hard way, the real 21st century is so much wackier and more perverse than anything I’ve been able to make up. I wake up in the morning, look at the newsfeed on my computer and away I go. William Gibson
Il est temps de rétablir ce grand principe qu’on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Danton (1793)
https://i2.wp.com/www.lepoint.fr/images/2014/02/04/2402221-tweet-gorafi-1-jpg_2064367.jpgDepuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. (…)Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. (…) Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. (…) Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. (…)Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin. (…) Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires. Jean-Jacques Salomon
Nous voulons nous assurer que chaque électeur qui se rendra aux urnes sache précisément ce que Barack Obama fera pour imposer un changement fondamental en tant que président. Bill Burton (porte-parole du candidat Obama, 29.10.08)
After decades of broken politics in Washington, and eight years of failed policies from George W. Bush, and 21 months of a campaign that’s taken us from the rocky coast of Maine to the sunshine of California, we are five days away from fundamentally transforming the United States of America. In five days, you can turn the page on policies that put greed and irresponsibility on Wall Street before the hard work and sacrifice of folks on Main Street. In five days, you can choose policies that invest in our middle class, and create new jobs, and grow this economy, so that everyone has a chance to succeed, not just the CEO, but the secretary and janitor, not just the factory owner, but the men and women on the factory floor. Barack Obama (Columbia, Missouri, October 30, 2008)
I don’t think we have to fundamentally transform the nation. (…) I think that what we have to do is make sure that here in America, if you work hard, you can get ahead. Bill, you and I benefited from this incredible country of ours, in part, because there were good jobs out there that paid a good wage, because you had public schools that functioned well, that we could get scholarships if we didn’t come from a wealthy family, in order to go to college. (…) That, you know, if you worked hard, not only did you have a good job, but you also had decent benefits, decent health care… (…) and for a lot of folks, we don’t have that. We’ve got to make sure that we’re doing everything we can to expand the middle class… (…) — and work hard and people who are working hard can get into the middle class. Barack Obama (February 2, 2014)
Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restauré. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. Michael Glatze
Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complétement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation. Alain Finkielkraut
Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé. (…) Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants. (…)  c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » (…) Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.  » (…) Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. Le Nouvel Observateur
Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek. Le Monde
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le PACS est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes physiques du même sexe, quel que soit leur sexe, puissent se marier. (…) Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est bien plus que cela. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. La famille c’est aussi la promesse et la venue de l’enfant. Celui-ci nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et qui ne se terminera pas avec nous. (…) Un enfant a droit à un père et une mère. Ce droit de l’enfant ne doit pas dépendre du statut juridique du couple de ses parents. (…) Enfin certains ajoutent encore une menace: le pacte ne serait qu’une première étape vers le droit à la filiation pour les couples homosexuels ! Ceux qui le prétendent sont libres d’exprimer leur opinion personnelle. Ils n’engagent qu’eux-mêmes. Le gouvernement a voulu, je l’ai dit, et c’est un choix réfléchi et déterminé, que le pacte ne concerne pas la famille. Comment pourrait-il avoir un effet sur la filiation ? Sur ce sujet je veux être parfaitement claire : Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. Un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’a pas de droit à avoir un enfant en dehors de la procréation naturelle qui, elle, implique nécessairement un homme et une femme. Les lois récentes sur la procréation médicalement assistée ont été l’occasion de tracer les limites du droit à l’enfant comme source de bonheur individualiste. Elles ont clairement indiqué, et je partage ce point de vue, que les procréations médicalement assistées ont pour but de remédier à l’infertilité pathologique d’un couple composé d’un homme et d’une femme. Elles n’ont pas pour but de permettre des procréations de convenance sur la base d’un hypothétique droit à l’enfant. (…) Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut, ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes. Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant et du sens de cette identité ; c’est-à-dire qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin pour sa structuration psychique, sociale et relationnelle d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. Un enfant adopté, déjà privé de sa famille d’origine, a d’autant plus besoin de stabilité sans que l’on crée pour lui, en vertu de la loi, une difficulté supplémentaire liée à son milieu d’adoption. Mon refus de l’adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l’intérêt de l’enfant et sur ses droits à avoir un milieu familial où il puisse épanouir sa personnalité. C’est ce point de vue que je prends en considération et non le point de vue des couples qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Je n’ignore pas les procès d’intention sur un éventuel  » après  » de cette proposition de loi qui prépareraient des évolutions plus fondamentales de notre droit. Ce texte serait  » une valise à double fond « . Je m’élève avec la plus grande énergie contre de telles insinuations. Les mots ont un sens. Ce vocabulaire de contrebande, qui fait croire que ce texte cacherait autre chose et que vos rapporteurs et le Gouvernement exerceraient une fraude à la loi, est inacceptable. Elisabeth Guigou (Assemblée nationale, 1998)
A l’époque, l’important était de faire passer le pacs. Il y avait une résistance farouche au pacs à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le pacs du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique. En 1998, il n’était pas possible de mettre sur la table la question du mariage homosexuel, même au sein du gouvernement, il a fallu que j’insiste. A l’époque c’était quelque chose qui était beaucoup moins admis dans la société, vous ne trouverez plus personne opposé au pacs aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai évolué sur le mariage, j’ai considéré, en parlant avec les associations que, dès lors qu’il s’agissait de consentement mutuel entre deux adultes, il n’était pas possible de refuser une égalité des droits. La société a beaucoup évolué, moi même je garde mes interrogations sur l’adoption ; il faut trouver comment écrire dans le code civil comment s’organise la filiation d’un enfant qui est adopté par un couple homo. Elisabeth Guigou (2012)
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d »émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon (« La Révolution française n’est pas terminée », 2008)
Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer. Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres. Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. (…) Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. (…) La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité. Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. (…) Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac. Chantal Delsol
La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. (…) L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel. Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République. Christine Boutin (16.12.12)

Et si c’était la « Jeanne d’Arc de la famille » qui avait raison ?

Juge révoquée pour avoir refusé au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant le prénom de « Messie » à un bébé du Tennessee, traitements hormonaux permettant aux enfants victimes de troubles de l’identité sexuelle de bloquer leur puberté  avant plus tard une éventuelle opération chirurgicale, fondateur d’un magazine homosexuel fustigé par des militants suite à sa conversion et à son changement d’orientation sexuelle, jupes pour hommes pour les remises de diplôme de Cambridge comme d’Oxford …

A l’heure où à la tête du Monde libre, un président-girouette qui après avoir tant critiqué la politique de son prédécesseur a intensifié tant les éliminations ciblées que la surveillance, jeux compris, des conversations téléphoniques de millions de gens ordinaires à travers le monde, nous annonce  l’abandon de son rêve de « changement fondamental » de son pays …

Pendant qu’en ces temps de retour à la police de la pensée où on va bientôt se faire trainer devant les tribunaux pour avoir osé parler de « Français de souche »

Et qu’après avoir multiplié tant les déclaration que les ouvrages sur la nécessité de « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités » et d’avoir appelé à l’intervention de militants homosexuels dans les écoles, les apprentis-sorciers de ce côté-ci de l’Atlantique nous assurent à présent que la théorie du genre n’existe tout simplement pas et que  la procréation médicalement assistée n’avait jamais été envisagée dans la loi sur la famille qu’ils renoncent désormais, sous la pression de la rue comme il y a trente ans pour l’école libre, à présenter au Parlement …

A l’instar d’un Parlement européen qui après avoir fait voter une feuille de route anti-homophobie nous assure avoir renoncé aux amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres qui proposaient d’étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents …

Comment alors que se vérifie, derrière ce nouveau catéchisme, énième quête de l‘Homme nouveau et véritable dérive totalitaire voire carrément théocratique de l’État, la prédiction de ses opposants qui avaient vu dans le Pacs le cheval de troie du mariage pour tous

Ne pas voir ce futur déjà là mais juste encore inégalement réparti du célèbre auteur américain de cyberfiction

Où l’on se bat pour les toilettes transgenres et où les enfants appellent leur mère papa ?

Christine Boutin : ce que j’ai appris du débat sur le Pacs

Alors que les partisans du mariage pour tous seront ce dimanche dans les rues, Christine Boutin, présidente du parti Chrétien-Démocrate et opposante du projet de loi, estime qu’il faut être prudent afin de ne pas heurter les sensibilités.

Atlantico

16 décembre 2012

Atlantico : En 1999, vous faisiez déjà partie des opposants aux Pacs, aujourd’hui vous êtes contre le mariage pour tous. Quelles sont les leçons que vous avez tiré du débat sur le Pacs ?

Christine Boutin : La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

Je n’ai pas l’impression d’avoir à l’époque eu des propos insultants à l’égard des homosexuels parce que c’est contraire à mon choix personnel. Le fait de m’être opposée au Pacs m’a valu d’être qualifiée d’homophobe par les militants minoritaires de la cause homosexuelle, je l’entends, mais je ne suis pas homophobe.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le mariage pour tous ? Avez-vous choisi d’aborder le débat différemment ?

Il y a en effet eu dans l’hémicycle des propos inacceptables vis-à-vis des homosexuels, mais je ne les ai pas prononcés.

Le débat sur le Pacs m’a fait prendre conscience qu’il y avait une sensibilité très grande des personnes homosexuelles vis-à-vis du regard que l’on peut porter sur eux.

Le jour du Pacs, à 5 heures du matin des homosexuels sont venus hurler à mon portail : « Les pédés sont chez toi ». Le terme de pédé, je ne l’ai personnellement jamais utilisé parce que ce terme est pour moi choquant et blessant. Que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, il est toujours difficile de s’exprimer en étant certain de ne pas blesser l’autre.

Pour des personnes qui ont une hyper-sensibilité – je ne parle pas uniquement des homosexuels – il faut être d’autant plus attentif.

Par ailleurs, comment éviter les amalgames entre opposition au mariage pour tous et homophobie ?

L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel.

Serez-vous à la manifestation le 13 janvier et pourquoi ?

Bien sûr, j’irai manifester le 13 janvier. Je ne suis pas allée à la précédente manifestation car je suis tellement identifiée sur cette cause, je ne voulais pas que la mobilisation soit ramenée à ma personne. Ainsi, les personnes présentes n’ont aucunement pu être instrumentalisées.

Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République.

Voir aussi:

Shéhérazade Semsar: « Les États-Unis sont confrontés à l’absurdité des revendications sur le genre »

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

04/02/2014

INTERVIEW – Les universités américaines doivent accorder une place toujours plus importante aux minorités sexuelles.

Chef d’entreprise, franco-iranienne, Shéhérazade Semsar a fait ses études supérieures aux États-Unis. Depuis juillet 2013, elle siège au conseil d’administration de l’université de Georgetown (Washington D.C.) après avoir occupé diverses fonctions au sein de ses instances dirigeantes.

LE FIGARO. – Quelle place occupe la question du «genre» aux États-Unis?

Shéhérazade Semsar. – Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: «If you identify yourself as a boy, this is your toilet» («Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes»). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre.

Qu’en est-il à l’université?

La totalité des universités est obligée d’accueillir un LGBTQ Center (un centre lesbien, gay, bisexuel, transsexuel, queer), de la plus connue, Harvard, à une petite faculté du fond de l’Ohio. Une université qui s’y refuserait verrait une partie de ses subventions fédérales coupées. C’est à la fin des années 1980 que des centres lesbiens-gays ont commencé à être institués. Puis, au cours de la décennie suivante, plusieurs procès ont été gagnés en ce sens. Quant au «Q» – pour «queer» – qu’on peut traduire par «ceux qui ne savent pas» ou aussi par «les tordus» – il a été ajouté dans les années 2000. Le «queer» s’oppose aux normes qu’il considère imposées par la majorité hétérosexuelle, il s’appuie sur l’exception pour définir les règles sociales.

Quel est le poids de ces LGBTQ Centers dans la vie universitaire?

Ces centres ont une vocation associative. Ils doivent permettre aux personnes se sentant appartenir aux communautés lesbienne, gay, etc., d’avoir un endroit pour être ensemble et discuter. Mais ils s’assurent aussi que ces catégories sont bien protégées et représentées au sein des différentes entités de l’université et de ses instances dirigeantes. Dans toutes les réunions de direction, il y a toujours un volet LGBTQ. Récemment Harvard a même dû accepter que la catégorie «sado-maso» soit aussi représentée sur son campus sous la dénomination «kinky» (pervers). Désormais, certains militent pour ajouter encore un «I» pour «intersexué» et un «A» pour «asexuel». C’est sans fin… Mais on commence à réaliser l’absurdité de ces revendications qui ne relèvent que de la pratique de la sexualité. Un mouvement, notamment universitaire, qui a pourtant soutenu les «gender studies», trouve que les choses vont trop loin et qu’on est en train de tomber dans un «nationalisme gay». Des associations de défense des droits des homosexuels ont même créé le «no homonationalism».

Rien de commun, selon vous, entre la volonté d’assurer l’égalité hommes-femmes et les revendications de ces minorités sexuelles?

On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. Cependant, une génération de jeunes a désormais vécu dans cet environnement. On commence à avoir le recul nécessaire pour mesurer ses conséquences.

Ces questions suscitent-elles la polémique aux États-Unis?

Dans l’enseignement, non. Car il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de «rejuger» les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de «réécrire» l’Histoire et de réinterpréter les contes.

Pour certains, la question du genre prolonge la lutte contre l’homophobie.

Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique «un homme peut aimer un homme» à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature.

Quelle est la puissance de ces associations?

En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements.

Voir également:

Wilfrid est devenu Chloë : papa est une fille

Doan Bui

Le Nouvel observateur

15-08-2013

En octobre 2012, la cour d’appel de Rennes a validé le changement d’identité d’une transsexuelle mariée et père de trois enfants.

(Article publié dans « le Nouvel Observateur » du 1er novembre 2012)

Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé.

Pendant quarante ans, j’ai vécu enfermée par erreur dans un corps d’homme que je haïssais. J’ai l’impression d’une seconde naissance. « 

Chloé est une transsexuelle, comme on dit, même si elle déteste ce mot, lui préférant le terme « transidentitaire ».

Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants.

« Je me suis toujours sentie fille. Je détestais ce corps »

Chloé. C’était le nom qu’elle s’était donné dans son coeur. « Je me suis toujours sentie fille. La puberté, ce fut un déchirement. Je détestais ce corps qui s’éloignait de plus en plus de ce que je voulais être. » Elevé par une mère aimante, un beau-père présent – « les trans ne sont pas forcément des enfants délaissés ! » -, Wilfrid-Chloé est un jeune garçon efféminé, mal dans sa peau, fan de David Bowie et de Boy George, pour leur allure androgyne. A la fois obsédé par les filles, parce qu’il veut être comme elles et… qu’il est attiré par elles.

« Je ne rentrais dans aucune case. Un jour, j’ai appelé un numéro d’aide pour les ados homosexuels. La personne m’a dit : ‘Désolé, je ne peux rien pour vous.’ Moi, je voulais être une fille, c’est vrai, mais je n’ai jamais été attiré par les garçons. C’est ce que j’ai dit à ma mère, qui s’inquiétait, pensant que je niais mon homosexualité. »

« Des filles au masculin »

Les personnes dont Wilfrid tombe amoureux sont « toujours des filles au masculin, comme dans la chanson d’Indochine. Mon complément, en quelque sorte », dit-il. Quand, à 22 ans, il rencontre Marie, cheveux courts, garçon manqué, ils se trouvent tout de suite et tombent amoureux. Même si, dans l’intime, comme le confie pudiquement Chloé aujourd’hui, la fille égarée dans un corps de garçon reste dégoûtée par ses attributs d’homme et par l’acte sexuel : « Mais je voulais surmonter ce blocage pour Marie. J’avais trop peur de la perdre. »

Ils s’installent ensemble. Wilfrid travaille dur et réussit le concours de l’Ecole nationale de l’Aviation civile : « Pour moi, les trans étaient des gens qui se prostituaient au bois ou qu’on enfermait à l’asile. C’était une angoisse terrible pour moi d’avouer ce que j’étais. Je n’avais qu’une obsession : me construire une place stable dans la société. »

Détresse identitaire

Wilfrid-Chloé croit qu’il va pouvoir « oublier » tout cela. D’autant que Marie est enceinte. Il a 25 ans. « C’était un immense bonheur. Et en même temps, j’aurais tellement voulu porter cet enfant moi-même. Quel piège ! Je devais désormais m’interdire de penser à devenir une femme. Comment assumer tout cela avec un enfant ? » Alors Wilfrid enfouit tout. Avec Marie, ils ont un deuxième enfant. Puis un troisième. Ils déménagent dans la petite ville de Landerneau, dans le Finistère. Mais Wilfrid part à la dérive, rongé par cette détresse identitaire, soufrant de cette allure efféminée qui lui vaut d’être traité de « tarlouze » ou de « pédé ».

« J’hésitais à faire mon coming-out. J’avais si peur qu’on m’enferme dans un hôpital psychiatrique, qu’on me retire les enfants. Et puis, en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé que les troubles identitaires ne seraient plus considérés comme des maladies mentales. Le décret est passé l’année d’après. J’étais mûr. »

« Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon »

Ce 16 janvier 2010, c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » Cette fois Wilfrid est décidé. Il devient Chloé.

De cet « après-coming-out », Chloé garde le souvenir d’une période en apesanteur. « Je m’attendais à tout perdre. Ma famille, mon job. Mais, Marie m’a beaucoup soutenue. Ma mère aussi. » « C’était un soulagement. Je savais enfin pourquoi Chloé allait si mal pendant toutes ces années », dit la mère. Et elle ajoute : « Oui, j’ai eu un fils et maintenant c’est une fille, mais je m’en fiche, c’est mon enfant, et il est encore en vie, alors que j’ai pensé le perdre. »

« J’aurais préféré être un père comme les autres »

Et les enfants de Wilfrid-Chloé, ces trois garçons chéris qui ont à l’époque 13, 11 et 6 ans, comment ont-ils vécu cette transformation ? « Les pédopsychiatres nous ont assuré que tant qu’on les entourait, ça irait… On ne le croyait pas, mais pourtant, c’est ce qui s’est passé. Quand j’ai commencé à me faire pousser les ongles, mon aîné l’a remarqué. J’étais gênée, je lui ai dit que je commençais la guitare. Il m’a dit : ‘Arrête papa, on ne me la fait pas.’ Bien sûr, j’aurais préféré être pour eux un père comme les autres. Mais que vaut-il mieux ? Un père qui se suicide, ou un père qui devient une femme ? »

Et quand Marie et Wilfrid-Chloé expliquent la situation au principal du collège privé catholique où est scolarisé Théo, ce sont eux qui tombent de leur chaise. Celui-ci leur annonce qu’un élève du même âge que Théo connaît une situation familiale identique : son père vient de se faire opérer pour devenir une femme… Et, l’an dernier au lycée, un garçon a vécu la même expérience.

« Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait »

Au travail, à Brest, Wilfrid a en revanche eu du mal à faire admettre qu’il s’appellerait désormais Chloé. « Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait, d’autres qu’ils refuseraient de me serrer la main. » Elle a donc été mutée à Paris en mars 2012. Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.

« Je suis devenue une femme, certes, mais pas la femme que Marie avait choisie. C’est compliqué de faire le deuil de la personne qu’on a connue et aimée. Marie a eu besoin d’aller voir ailleurs, au début, j’ai eu un pincement au coeur, mais j’étais heureuse pour elle. » Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. « Marie, je la protégerai toute ma vie. On est liées pour toujours. Sans elle, je me serais flinguée. Elle m’a donné une famille, mes enfants. Et ça, nous nous battrons pour le préserver. »

Voir encore:

« La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale »

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir par ailleurs:

Cette théorie relève d’une idéologie sectaire

Chantal Delsol (Philosophe, historienne des idées politiques)

Le Monde

30.01.2014

Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer.

Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres.

Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. Les textes concernant le genre, du même acabit, voudraient nous précipiter dans une société surréelle, mélange de George Orwell et de Nicolae Ceaucescu, où rien n’est à sa place, où rien n’a aucune place, puisque c’est le pouvoir, et les gardiens de l’orthodoxie régnante, qui décident de l’ordre du monde. Cela est si invraisemblable, si farfelu et si grotesque, que sans nul doute les humoristes vont s’y mettre. En lisant ces textes, certains peuvent avoir l’impression bien fondée qu’à partir de là, n’importe quoi peut être dit sans porter préjudice au bon sens. Comme on le sait, tout ce qui est excessif est insignifiant, et l’insignifiance fait rire, il n’y a plus que cela pour desceller des projets à la fois illuminés et pompeux. Voyez de quoi les Femen sont capables.

Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. Et les familles ne sont peut-être pas versées dans la métaphysique des sphères, mais pour autant elles ne sont pas idiotes, et lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles sont déterminées pour refuser qu’on leur fasse avaler des pantalonnades pareilles.

ET CE SONT LES FILLES QUI EN FONT TOUJOURS LES FRAIS

La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité.

Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. Couvrir la terre de déchets qui la stérilisent et nier la masculinité, c’est le même comportement, qui consiste à récuser jusqu’à la révolte un ordre que nous n’avons pas nous-mêmes programmé. Dans notre mythe originel, l’ange du mal n’avait rien fait d’autre.

L’IDÉAL D’ÉMANCIPATION

Cette idéologie, qui s’avance comme un destin irrémédiable ou comme l’esprit d’Hegel, de quoi est-elle le nom ? Elle répond à l’idéal d’émancipation qui habite la culture européenne depuis les origines, et dont les concrétisations parsèment notre histoire et la façonnent. Seule culture dans laquelle on peut trouver des oeuvres comme L’Asservissement des femmes de Stuart Mill, ou Une chambre à soi de Virginia Woolf, avec toutes les mesures politico-sociales que cela entraîne.

Pourtant, il est regrettable de voir cette belle histoire d’émancipation s’enrayer dans l’extrémisme et le fanatisme. Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac.

Voir encore:

La feuille de route anti-homophobie de l’UE qui affole la « Manif pour tous »

Mathilde Gérard

Le Monde

04.02.2014

Dimanche 2 février, dans les cortèges de la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, beaucoup s’inquiétaient d’un texte qui vient d’être voté au Parlement européen, mardi 4 février : le « rapport Lunacek », initiative de la députée autrichienne écologiste Ulrike Lunacek, qui propose une « feuille de route » contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Le document a été adopté par 394 voix pour et 176 voix contre et 72 abstentions. Les opposants au mariage homosexuel dénoncent un texte élaboré par le « lobby LGBT » avec pour objectif d’imposer, selon eux, l’agenda gay aux législations des vingt-huit Etats membres. Sur le site CitizenGo, une pétition contre cette feuille de route, lancée par La Manif pour tous, a recueilli plus de 200 000 signatures. Le point sur ce texte qui suscite un grand nombre de fantasmes.

Que propose le « rapport Lunacek » ?

Ce document est un « rapport d’initiative », c’est à dire, dans le jargon européen, qu’il s’agit d’un « rapport d’opinion » qui n’a pas de valeur contraignante. Il propose à la Commission européenne d’adopter une stratégie globale afin de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. « A dix reprises depuis 2010, le Parlement européen a demandé à la Commission d’établir une feuille de route, comme il en existe déjà au sujet des discriminations contre les Roms ou contre les personnes souffrant de handicap, mais Viviane Reding [la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté] ne s’est jamais emparée du sujet de l’homophobie, explique au Monde l’eurodéputée Ulrike Lunacek. Nous avons donc pris l’initiative en obligeant la Commission, par cette feuille de route, à tenir compte des discriminations liées à l’orientation sexuelle. »

Le document proposé par Ulrike Lunacek, qui a fait l’objet d’un consensus entre cinq grands partis européens – Parti populaire européen (PPE), Socialistes et démocrates (S&D), Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), Verts et Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL) – « condamne fermement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et « demande à la Commission de faire un usage le plus large possible de ses compétences, y compris en facilitant l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres ».

Le texte reste très général, mais parmi les mesures plus concrètes proposées dans cette « stratégie », le texte encourage la Commission « à recueillir régulièrement des données pertinentes et comparables sur la situation des personnes LGBTI [lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et intersexe] dans l’Union européenne », à « promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations dans l’ensemble de ses programmes destinés à la jeunesse » et à « favoriser la formation des professionnels ».

Le rapport Lunacek imposera-t-il de légiférer sur la PMA ou le mariage homosexuel ?

Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek.

De même, des opposants au texte avancent que suite à l’adoption de la feuille de route, le droit au mariage homosexuel sera imposé à tous les Etats membres, mais le rapport Lunacek se contente de demander que lorsque des familles voyagent au sein de l’Union européenne, leur existence juridique soit reconnue d’un Etat à un autre.

Mais la confusion est grande. Mardi, le député UMP Laurent Wauquiez assurait à l’Agence France Presse que le rapport Lunacek porte « sur la théorie du genre, les techniques de PMA, et sur le fait pour un enfant d’avoir plus de deux parents », confondant le document de base et les amendements votés par la commission des droits de la femme, qu’Ulrike Lunacek n’a pas repris.

Y a-t-il un objectif financier adossé à ce rapport ?

C’est un autre reproche adressé par les signataires de la pétition au rapport Lunacek : « Alors que ILGA Europe [l’organisation européenne LGBT] a été financée à hauteur de 1,408 million d’euros en 2012, ce rapport conduira à un financement encore bien plus important. » Pourtant, le document ne fait à aucun moment mention d’un financement des associations de gays et lesbiennes.

Quel est le lien entre le rapport Lunacek et le rapport Estrela ?

Il n’y en a pas : le premier entend lutter contre l’homophobie, le second, rejeté en décembre par le Parlement européen, portait sur la santé sexuelle et proposait de faire de l’avortement un droit reconnu par l’Union européenne. Ils traitent donc chacun de thèmes bien différents. Pourtant, ces deux initiatives rassemblent les mêmes opposants qui y ont vu des attaques contre un prétendu modèle familial. « Faisant fi du rejet du rapport Estrela, les lobbies, soutenus par un certain nombre de parlementaires européens, persistent à vouloir imposer leur idéologie délétère », écrit par exemple l’eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch.

Le débat préliminaire au vote parlementaire a-t-il été tronqué ?

Certains eurodéputés opposés au texte, comme Bruno Gollnisch, assurent que « l’ordre du jour [de la session plénière du Parlement européen] a été modifié » pour que le « débat soit volontairement tronqué ». Le débat préliminaire à l’examen du texte a en fait bien eu lieu lundi, en fin de journée et a duré une vingtaine de minutes (voir la vidéo). « En session plénière, il est habituel que les débats aient lieu la veille des votes », plaide Ulrike Lunacek. Et l’agenda serré des sessions plénières du Parlement européen atteste que les débats de vingt minutes, y compris sur des sujets complexes, sont légion.

Quelles conséquences pour le projet de loi sur la famille dont l’examen a été ajourné par le gouvernement français ?

« On est en train de faire entrer par la porte ce qu’on a fait sortir par la fenêtre », déplore Laurent Wauquiez (UMP), au lendemain de l’annonce par le gouvernement que le projet de loi sur la famille ne serait pas examiné avant 2015. « On voit l’hypocrisie et l’ambiguïté de la majorité qui sous la pression feint de reculer à Paris pour avancer camouflé en Europe », dénonce le député UMP, qui demande une « clarification » de la position des eurodéputés socialistes sur ce texte, mais oublie par la même occasion que sa famille politique européenne, le PPE, s’est elle-même divisée sur ce texte (70 députés PPE ont voté pour, 130 contre). Les eurodéputés PPE français ont tous rejeté le texte, en expliquant leur choix dans un communiqué : la délégation française UMP-UDI] « ne peut s’associer à ce que l’on demande à un Etat membre de reconnaître les actes civils tels que le mariage homosexuel contractés dans un autre Etat membre, alors même qu’il ne le reconnaît pas au sein de sa propre législation » et estime que de tels sujets doivent être laissés à « l’appréciation de chaque Etat conformément au principe de subsidiarité ».

Voir également:

Transgender kids: Painful quest to be who they are

Madison Park

CNN

September 27, 2011

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Berkeley, California (CNN) — One of the first things Thomas Lobel told his parents was that they were wrong.

The 3-year-old had learned sign language because he had apraxia, a speech impediment that hindered his ability to talk. The toddler pointed to himself and signed, « I am a girl. »

« Oh look, he’s confused, » his parents said. Maybe he mixed up the signs for boy and girl. So they signed back. « No, no. Thomas is a boy. »

But the toddler shook his head. « I am a girl, » he signed back emphatically.

Regardless of the fact he was physically male, Thomas has always maintained that he is a girl. When teased at school about being quiet and liking dolls, Thomas would repeat his simple response, « I am a girl. »

Thomas, now 11, goes by the name of Tammy, wears dresses to school and lives as a girl.

Her parents have been accused by family, friends and others of being reckless, causing their youngest child permanent damage by allowing her to live as a girl.

When children insist that their gender doesn’t match their body, it can trigger a confusing, painful odyssey for the family. And most of the time, these families face isolating experiences trying to decide what is best for their kids, especially because transgender issues are viewed as mysterious, and loaded with stigma and judgment.

Transgender children experience a disconnect between their sex, which is anatomy, and their gender, which includes behaviors, roles and activities. In Thomas’ case, he has a male body, but he prefers female things likes skirts and dolls, rather than pants and trucks.

Gender identity often gets confused with sexual orientation. The difference is « gender identity is who you are and sexual orientation is who you want to have sex with, » said Dr. Johanna Olson, professor of clinical pediatrics at University of Southern California, who treats transgender children.

When talking about young kids around age 3, they’re probably not interested in sexual orientation, she said. But experts say some children look like they will be transgender in early childhood, and turn out gay, lesbian or bisexual.

Gender nonconformity is not a disorder, group says

There is little consistent advice for parents, because robust data and studies about transgender children are rare. The rates of people who are transgender vary from 1 in 30,000 to 1 in 1,000, depending on various international studies.

Like Tammy, some children as young as 3, show early signs of gender dysphoria or gender identity disorder, mental health experts who work with transgender children estimate. These children are not intersex — they do no have a physical disorder or malformation of their sexual organs. The gender issue exists in the brain, though whether it’s psychological or physiological is debated by experts.

One of the most recognizable transgender celebrities is Chaz Bono, who currently competes on « Dancing with the Stars. » Born female to entertainers Sonny and Cher, Bono underwent a transition to become a man in his 40s. He wrote in his book « Transition » that even in his childhood, he had been « aware of a part of me that did not fit. »

Many transgender kids report feeling discomfort with their gender as early as they can remember.

Proud to be ‘Born This Way’

Mario, a 14-year-old Californian who asked his full name not be used, was born female. He dresses and acts like a boy, because, he said, since he was 2 years old, he never genuinely felt like a girl.

« I feel uncomfortable in female clothes, » said Mario. « I feel like why should I wear this when it’s not who I am? Why should I be this fake person? »

But when a child starts identifying with the opposite gender, there is no way to determine whether it’s temporary or likely to become permanent.

« It’s important to acknowledge the signs of gender dysphoria, especially for children, » said Eli Coleman, who chaired a committee to update treatment guidelines for the World Professional Association for Transgender Health, an international medical group meeting this week in Atlanta, Georgia. « By not addressing it, it could be really more damaging for the child than not. »

« It’s a very difficult area and there are a lot of children who have gender nonconformity. They will simply grow out of that. Many of them later on identify as gay or lesbian, rather than transgender. »

The American Psychological Association warns that « It is not helpful to force the child to act in a more gender-conforming way. » When they’re forced to conform, some children spiral into depression, behavioral problems and even suicidal thoughts.

Do kids know who they are?

The journey of gender The journey of gender

Thomas Lobel’s metamorphosis can be told in pictures.

After his parents, Pauline Moreno and Debra Lobel, adopted Thomas at age 2, they observed that he was aloof. Shy and freckle-faced, he usually sat in a corner reading a book.

Unlike his two older brothers who were boisterous, athletic and masculine, Thomas was unusually quiet. Because of his speech impediment, he had to go to special education. Despite developing better speech skills, he didn’t want to engage in conversation or socialize.

« He seemed so depressed and unhappy all the time, » Lobel said. « He didn’t enjoy playing. He sat there all the time, not interacting with anybody. He seemed really lonely. »

In photos, Thomas appears small with a clenched smile and a glazed and distant look in his eyes.

Throughout his childhood, Thomas wanted to read Wonder Woman comics rather than Superman, wear rhinestone-studded hairbands instead of baseball caps and play with dolls rather than action figures. And, his parents said, he kept insisting he was a girl.

His personality changed from a very sad kid who sat still… to a very happy little girl who was thrilled to be alive.

His situation worsened when Thomas told his parents he wanted to cut off his penis. His parents tried to rationalize with him, warning him that he could bleed to death. But his request was a signal to them that this was serious and required professional help.

After seeing therapists and psychiatrists, the mental health specialists confirmed what Thomas had been saying all along. At age 7, he had gender identity disorder.

The diagnosis was hard for Moreno and Lobel to accept.

« The fact that she’s transgender gives her a harder road ahead, an absolute harder road, » Moreno said.

They have been accused of terrible parenting by friends, family and others, that « we’re pushing her to do this. I’m a lesbian. My partner is a lesbian. That suddenly falls into the fold: ‘Oh, you want her to be part of the lifestyle you guys live,’  » Moreno said.

But that couldn’t be further from the truth, they said. People don’t understand how a hurting child can break a parent’s heart.

« No parent wants to be in this situation, » said Lisa Kenney, managing director of Gender Spectrum, a conference for families of gender nonconforming children. « Nobody had a child and imagined this was what would happen. »

Transgender kids do not come from lax parenting where adults « roll over » to their kids’ whims, said Olson, who treats transgender children.

« The parents are tortured by it, » she said. « These are not easy decisions. Parents go through a long process going through this. »

Moreno and Lobel allowed their child pick his own clothes at age 8. Thomas chose girl’s clothing and also picked four bras. Then, Thomas wanted to change his name to Tammy and use a female pronoun. This is called social transitioning and can include new hairstyles, wardrobe. Aside from mental health therapy, this stage involves no medical interventions. Social transitioning is completely reversible, said Olson, a gender identity specialist.

Every step of the way, her parents told Tammy, « If at any time you want to go back to your boy’s clothes, you can go back to Thomas. It’s OK. » Tammy has declined every time.

She continues to see therapists.

Tammy’s room is painted bright golden yellow, decorated with stuffed animals and cluttered with pink glittery tennis shoes. At home, Tammy dances through the hallway, twirling in her pink flower dress.

« As soon as we let him put on a dress, his personality changed from a very sad kid who sat still, didn’t do much of anything to a very happy little girl who was thrilled to be alive, » Moreno said.

The hormone question

This summer, Tammy began the next phase of transition, taking hormone-blocking drugs. This controversial medical treatment prevents children from experiencing puberty.

Girls who feel more like boys take hormone-suppressing medications so they will not develop breasts and start menstruating. Boys who identify as girls can take blockers to avoid developing broad shoulders, deep voice and facial hair. The drugs put their puberty on pause, so they can figure out whether to transition genders.

The hormone blockers are also reversible, because once a child stops taking the drugs, the natural puberty begins, said Dr. Stephen Rosenthal, pediatric endocrinologist at UC San Francisco.

But if the child wants to transition to the other gender, he or she can take testosterone or estrogen hormone treatment to go through the puberty of the opposite gender.

This transgender hormone therapy for children is relatively new in the United States after a gender clinic opened in Boston in 2007. Programs for transgender children exist in cities including Los Angeles, Seattle and San Francisco. The kids are treated by pediatric endocrinologists after long evaluations by mental health professionals.

No statistics exist on the number of transgender children taking such medical treatments.

Medical practitioners have to be careful with children with gender identity issues, said Dr. Kenneth Zucker, head of the Gender Identity Service in the Child, Youth, and Family Program and professor at the University of Toronto. Giving children hormone blockers to kids before the age of 13 is too early, he said.

Zucker conducted a study following 109 boys who had gender identity disorder between the ages of 3 and 12. Researchers followed up at the mean age of 20 and found 12% of these boys continued to want to change genders.

« The vast majority of children lose their desire to be of the other gender later, » he said. « So what that means is that one should be very cautious in assuming say that a 6-year-old who has strong desire to be of the other gender will feel that way 10 years later. »

All of this leads to unsettling answers for families trying to understand their children. No one knows whether a child’s gender dysphoria will continue forever or if it is temporary.

The unsatisfying answer repeated by experts is that only time will tell.

Despite the murky science and social stigma that confound adults, Mario, who has lived as a boy since fourth grade, has a simple answer.

« Don’t change for nobody else, » he said. « Just be you and be happy. »

Voir également:

The little boy who started a sex change aged eight because he (and his lesbian parents) knew he always wanted to be a girl

Parents say it’s better for Thomas to have sex change before he is adult

Daily Mail Reporter

The Daily Mail

30 September 2011

The lesbian parents of an 11-year-old boy who is undergoing the process of becoming a girl last night defended the decision, claiming it was better for a child to have a sex change when young.

Thomas Lobel, who now calls himself Tammy, is undergoing controversial hormone blocking treatment in Berkeley, California to stop him going through puberty as a boy.

But Pauline Moreno and Debra Lobel warn that children with gender identity disorder forced to postpone transitioning could face a higher risk of suicide.

The mothers say that one of the first things Thomas told them when he learned sign language aged three – because of a speech impediment – was, ‘I am a girl’.

At age seven, after threatening genital mutilation on himself, psychiatrists diagnosed Thomas with gender identity disorder. By the age of eight, he began transitioning.

This summer, he started taking hormone-blocking drugs, which will stop him from experiencing puberty.

Was this 14 year-old executed in the U.S. for the murder of two white girls innocent?

The hormone-suppressant, implanted in his upper left arm, will postpone the 11-year-old developing broad shoulders, deep voice and facial hair.

The couple faced intense criticism from friends and family as a result, Ms Moreno told MailOnline.

‘Everybody was angry with us. « How could you be doing this? You might be ruining his whole life! »

Citing a statistic from the Youth Suicide Prevention Program, Ms Moreno noted over 50 per cent of transgender youth will have had at least one suicide attempt by their 20th birthday.

PROUD MOM: Two photos of Tammy from one of Pauline’s Facebook albums called ‘My Sweet Sweet Princess’

Tammy favours headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear

And ignoring their son’s incessant pleas, she said, simply was not worth the risk.

‘What is so frightening to me is that you would be willing to say « no » just because you don’t like it – even though your child could lose their life?’

Her son’s adolescent transition, she hopes, will help him have a less conflicted adulthood.

‘The whole idea now is let’s stop creating a third (gender) that is neither one thing or the other, so we transitioned her,’ said Ms Moreno.

‘The protocol now is to transition these children as soon as you can make a diagnosis, because otherwise they end up being not one thing or the other… because they experienced puberty.’

HOW HORMONE BLOCKING WORKS:

Tammy Lobel’s hormones are being blocked by an implant on the inside of the 11-year-old’s upper left arm, which must be replaced once a year.

Ms Moreno explained: ‘In other words, she will stay as a pre-pubescent boy until she decides and we feel that she can make this decision about surgery.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

By age 14 or 15 the device will need to be removed so that Tammy can go through puberty, Ms Moreno said.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

Ms Moreno recalled the first step of Thomas’ transition to becoming female by letting him pick his own clothes.

He favoured headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear. And the change in his personality, Ms Moreno says, was instant.

‘He was in his own world just completely detached and that was a problem we always had was getting Thomas to participate in life,’ she said. ‘What we saw emerge when Tammy was allowed to be Tammy is, « Whoa! »… It was an immediate transformation. She was so giggly and she was now interacting she was now making it a point to defend herself.’

The diagnosis has been hard to accept for Tammy’s parents.

The couple were married in 1990 by a rabbi and have two older sons and grandchildren. But they insist their sexuality has nothing to do with it.

‘It was odd to us,’ she said. ‘Even though she has lesbians as parents, this is all new to us in every possible way. We know what it’s like to feel different – we’ve got that one. But to feel like you’re not in the right body was just something we could not put our heads around.’

Fortunately, the family has a vast support system. The couple credits Tammy’s teachers and officials at Children’s Learning Center in Alameda, California, and their religious community, for being open-minded about their son’s decision.

‘We live in the Bay area where lots of alternative lifestyles are in place… and we belong to a religious community that was incredibly supportive. They make it a point when we’re in synagogue to come over and tell Tammy, « Oh, you look so pretty today,’ Ms Moreno said, adding, ‘There’s never going to be enough gratitude for them.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

San Francisco, right by Berkeley, is one of four cities in the United States with a hospital that has a program for transgender children.

The University of California San Francisco is home to the Center of Excellence for Transgender Health.

Children are seen at length by mental health professionals and then treated by pediatric endocrinologists.

Others cities with youth programs are Boston, Seattle and Los Angeles.

Watch the video report:

Voir également:

The battle for the bathroom

Lee Thomas

The Brunswickan

October 2, 2013

In June of 2013, the United States Supreme Court ruled that the homophobic Defense of Marriage Act was unconstitutional.

Macklemore and Ryan Lewis’s hit song Same Love, featuring Mary Lambert, has more than 81 million views on YouTube.

These instances, and many more, show how far LGBTQ rights have come, and how widespread the acceptance of lesbian, gay, bisexual, queer, and transgender people is.

But is it, though?

In September 2011, in the Canadian House of Commons, Bill C279 was introduced by NDP MP Randall Garrison. Bill C279 would entrench “gender expression and gender identity” into the Canadian Human Rights Act, which currently has explicit protections against discrimination on the basis of sexual orientation, gender, race and religion, among others.

The infamously dubbed “bathroom bill” soon gained national attention as Conservative MP Rob Anders insisted that the ruling would allow sexual predators to access women’s washrooms under the guise of being transgender. The bill had passed in the House and was in its third reading in the Senate — on the verge of becoming a law — but was not voted on before they broke for summer.

Because of Stephen Harper’s recent announcement to prorogue Parliament, the bill will be set back to the first Senate reading again. Harper and most of his front-row MPs voted against Bill C279, by the way.

So what’s the big deal?

Well, while everyone is celebrating that gays across the border can now marry, transgender people at home are struggling for the right to pee.

Alex Banks* is a transgender student in her second year at UNB.

“When I first started transitioning it was so uncomfortable going into the bathrooms. People gave me such dirty looks. If I had to pee I would hold it until all of my classes were done — a total of about six hours,” she said in an email interview.

“I would try to sneak into the staff washrooms which were single [stall], but that rarely worked.”

Dylan Samson and Bowen Xu, the executive director and executive officer of Spectrum, respectively, said concerns over the lack of gender-neutral washroom availability at UNB has arisen during meetings.

“From my experience, there aren’t enough gender-neutral or single-stall washrooms on campus, and even the ones that are [available] are not publicized,” said Samson.

It’s experiences like Banks’s which prompted LGBTQ allies at Dalhousie University to create a list of single-stall washrooms on campus, which is published on the university website.

“We were getting stories that some [transgender and genderqueer] people were not feeling comfortable using the washrooms,” said Clement Mehlman, a founding member of the Dal Allies project, which publicizes a list of more than 180 Dalhousie University staff who are explicitly supportive of the LGBTQ community.

“It’s important to have students feel like they’re safe, and not being judged on their presentation of themselves, and not being harmed,” said Mehlman. “It’s about safety and privacy.”

The initiative now has an agreement with the Dalhousie University that new buildings will all be built with single-stall provisions, such as their new Grad House which has two single-stall facilities simply labeled “washroom.”

Shirley Cleave, UNB’s associate vice president academic, said that the university ensures the construction of single-stall washrooms in all new “major renovations.” Currently, she said, there are about 17 washrooms on campus that fit this description. However, none of them have explicitly transgender- or genderqueer-inclusive signage.

“We haven’t done any differentiating signs, except to indicate that they’re available to anyone by putting up both genders. Some might be labeled just ‘accessible’ instead of male or female,” she said.

Shane Gunter, who is the coordinator of the Safe Spaces program on the UNB Fredericton campus, said that publicizing a list of gender-neutral washrooms, as well as creating more of these spaces, will be a main initiative of Safe Spaces this year.

“Our goal is to get a sign, in addition to [the wheelchair glyph], that says ‘gender-neutral,’ ” said Gunter.

“People don’t really understand what’s going on with gender identity because there’s not much awareness about it. At UNB we don’t have a huge transgender population, but it’s still a population that’s here and relevant.”

Gunter added that because of the small population, it’s important for there to be extra support for the transgender and gender-variant community at UNB.

Samson agreed that extra support is required, and pointed out that transphobic attitudes readily contribute to higher rates of mental health problems among LGBTQ people, especially LGBTQ youth.

“A lot of students who are non-binary have a lot of trouble going to the bathroom because they feel the stigma of walking into the wrong one,” Samson explained. “That causes a lot of confusion, and it can cause depression and a lot of psychological problems as well, which is a big concern especially since [the university is] supposed to tailor to the needs of every student possible.”

Banks echoed this sentiment, and said, “The fact that you can’t use the bathroom without getting dirty looks delivers quite a hit to your self-esteem and makes you feel really insecure.”

Indeed, Statistics Canada states that “an individual’s level of self-confidence can . . . be a measure of their mental health.”

According to an Ontario student of transsexual, transgender, and gender-variant people aged 16-24, 47 per cent reported having “seriously considered suicide in the previous year,” and one fifth attempted suicide, significantly above the national average for that age group.

“In an ideal world, I’d like to see the fact that you can go into the bathroom of their identity without concern. But unfortunately it’s not like that at this point in time,” said Samson, who occasionally dresses in drag as part of his gender expression.

Xu said to envision the struggle of transgender people, put yourself in their shoes.

“Imagine you have to hold your pee, or whatever your biological needs are. To walk a few buildings over just because there is no washroom for you,” she said.

Banks believes that the provision of gender-neutral washrooms would play an important role in making transgender students feel included and valued at UNB.

“The lack of gender-neutral washrooms makes me feel as though the university doesn’t notice the issues that transgender people have to live through every day. Or they notice and simply don’t care,” Banks said.

This is reflected in a 2011 study of LGBTQ youth by Statistics Canada, where 69 per cent of transgender youth and 45 per cent of LGB youth disagreed with the statement “I feel like a real part of my school,” compared to only 25 per cent of their non-LGBTQ peers.

“It makes you feel unsafe because you can never predict how people will treat you in those scenarios,” added Banks.

Toilets2

In a 1997 San Francisco survey of transgender men and women, 84 per cent of the individuals “reported verbal abuse because of their gender identity or gender presentation,” and more than 30 per cent reported experiencing physical abuse.

The National Coalition of Anti-Violence Programs released a 2011 report that demonstrated that transgender individuals, particularly women, people of colour, and youth are at “a disproportionately high risk” of being victims of hate violence. They noted that there has been an upward trend in anti-LGBTQH – the “H” stands for HIV-positive – murders in the US over the past 3 years, and 45 per cent of those hate murder victims were transgender women.

Initiatives such as Safe Spaces try to tackle these issues head-on.

“We want to ensure that UNB is a safe and welcoming space for all students, faculty, and staff — regardless of sexual orientation or gender identification,” said Gunter.

Banks said that in addition to preventing awkwardness and possible gender identity-based violence, gender-neutral washroom signage would help transgender people to simply “be able to live their lives without worrying about that they may encounter in daily tasks that should be simple — like using the bathroom.”

The practical application of a gender-neutral washroom initiative, particularly in older buildings such as those at UNB, is a complex undertaking. However Mehlman points out that single-stall washrooms meet the need of many students, including any students who prefer a private bathroom space for medical or religious reasons.

“There are still a lot of male/female washroom spaces,” said Mehlman, “but having even one [single stall bathroom] within the building is helpful.”

Although most UNB residences have single-stall or fully gender-neutral washroom facilities, the campus is still lacking single-stall or gender-neutral bathrooms in many significant buildings, including the Student Union Building and McConnell Hall.

“There should be one in every building, especially here in the SUB. I mean, it’s the Student Union Building. It’s where every single student comes to get things. So the fact that they would have to leave to go to a bathroom in — where’s the closest one, Tilley? — that’s just preposterous,” said Samson.

“If you cannot go to the bathroom, it infringes on your basic human needs. And by not allowing a student to go to the bathroom, because they’re not comfortable — and by not addressing that fact — is a huge problem.”

Cleave said that no one had raised concerns about genderqueer-inclusive washrooms on campus prior to The Brunswickan’s call, but said that it would be “worth considering” to look into gender-neutral washrooms in buildings like the SUB.

“I think that as we continue to make our spaces more accessible in all sorts of ways, both physically and based on gender, we’ll continue to pay attention to making sure we have facilities that are available to anyone,” she said.

Xu added, “Not everybody knows about this issue, so we need to raise awareness. We don’t think about this every day because it’s not a daily concern. But for some people, it is.”

“I think the university does what it can with what it has,” said Samson. “But it’s not enough.”

The university’s Declaration of Rights and Responsibilities states that “the University of New Brunswick is committed to providing a positive learning and working environment, one in which all members of its community are respectful and respected as individuals. We strive to foster a welcoming and supportive community, where every person feels empowered to contribute.”

With gender-neutral washrooms, the university may be one step closer to fulfilling that mandate.

*Editor’s note: Alex Banks’s name was fabricated in order to protect the identity of the quoted individual.

Voir également:

Michael Glatze, ancienne « icône » gay se convertit et se marie

Paul Ohlott

Evangelium-vitae

31-01-2014

L’information est passée inaperçue en France, et pour cause ! Elle ne plaît guère aux lobbys LGBT qui réclament une tolérance qu’ils sont totalement incapables de manifester…

Michael Glatze – véritable icône du milieu gay – s’est marié le 26 octobre 2013 avec une femme prénommée Rebekah. En 2007, quelques années avant cet heureux événement, il avait quitté le magazine homosexuel « Young Gay America » – qu’il avait co-fondé et pour lequel il occupait le poste de Rédacteur-en-Chef -, en raison de sa conversion au Christianisme. En effet, au grand dam des lobbys LGBT, Michael Glatze est devenu un «born again», autrement dit : un chrétien «né de nouveau», en référence aux paroles du Christ, lors de son rdv avec Nicodème.

«L’homosexualité, c’est la mort»

C’est par une «note sur son bureau» qu’il avait démissionné du magazine en 2007. Sur cette note, on pouvait lire : «l’homosexualité c’est la mort, et je choisis la vie». Par la suite, il avait expliqué plus en détail sa transformation : «Le ‘programme’ homosexuel exclut que quelqu’un puisse simplement penser qu’un changement d’orientation pourrait être viable. De même, personne ne devrait se poser la question de l’efficacité éventuelle des thérapies. Ce que j’ai vécu me permet de dire que la libération de l’influence de ce ‘programme’ homosexuel a été l’expérience la plus libératrice, la plus belle et la plus étonnante que j’ai jamais vécue».

Son changement et ses déclarations lui ont valu d’être «violemment attaqué par le mouvement homosexuel». Et son mariage avec Rebekah a ravivé la haine des activistes homosexuels. Le déferlement de haine a été si important qu’il a été contraint, par souci de sécurité, de publier un article sur le site américain WorldNetDaily pour supplier ses anciens amis de le laisser tranquille. Dans cet article, il s’est notamment écrié : «S’il vous plaît, respectez ma décision !». Une décision qu’il a longuement détaillée : «Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restaurée. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. (…)»

Sources

Voir encore:

Dress Code: Cambridge autorise les jupes pour les hommes

Assma Maad

Le Figaro

06/09/2013

La prestigieuse université britannique a renoncé à la tenue traditionnelle, pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes, lors de la remise de diplôme. Une victoire pour l’association des transsexuels de Cambridge.

L’université de Cambridge fait sa mini-révolution. Réputé pour son règlement strict, l’établissement va mettre en place un code vestimentaire neutre pour sa cérémonie de remise de diplôme. Pantalon pour les femmes ou jupes pour les hommes, les étudiants seront désormais libres de porter les vêtements de leur choix. «Après consultation et avec l’accord des hautes autorités de l’université, cet amendement remplace la référence au costume masculin par une description à présent neutre», a officiellement confirmé un porte-parole de l’université. Une décision qui permet avant tout aux étudiants transgenre de choisir leur tenue en toute liberté. Le nouveau code devrait entrer en vigueur en octobre, rapporte The Telegraph.

Selon les anciennes règles, les hommes devaient porter un costume sombre avec une chemise et un nœud papillon blanc. Aux pieds, chaussures et chaussettes noires étaient obligatoires. Quant aux femmes, elles étaient tenues d’assortir une jupe noire avec une chemise blanche, ou pouvaient opter pour une robe noire. Si un étudiant venait à enfreindre ces règles, il pouvait ne pas obtenir son diplôme.

Si le genre est balayé, le sérieux reste de mise. Les couleurs vives sont toujours bannies pour la cérémonie de remise de diplômes. Le blanc et le noir sont encore les deux seules autorisées. Au-dessus de leurs nouvelles tenues, les vêtements seront toujours surmontés de la traditionnelle robe universitaire et sa capuche de couleur blanc. Une règle encore stricte, qui peut entraîner un renvoi en cas de non respect.

Un an après Oxford

Cette décision est le fruit d’une intense campagne menée par les associations de lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) de Cambridge. «La facilité avec laquelle nous avons pu nous faire entendre montre à quel point l’université est censée», se félicite Charlie Bell, président de l’Union des étudiants LGBT .«Je suis ravi que cela ait changé, et fier de faire partie d’une université qui voit l’importance de ces questions», ajoute ce diplômé en médecine âgé de 24 ans. Pour, Sarah Gibson, autre représentante LGBT, cette décision était attendue depuis longtemps. «Nous espérons que Cambridge nous aidera à dissiper les mythes et la désinformation qui entourent les personnes transgenres», espère-t-elle.

En modifiant son code vestimentaire, Cambridge s’aligne sur son éternelle rivale, Oxford. Selon le nouveau règlement adopté en 2012 ,les étudiants ne sont plus contraints de porter des vêtements spécifiques à leur sexe, à la demande des associations LGBT qui estimaient ces anciennes lois, «injustes pour les élèves transgenres».

Voir enfin:

La fabrique de l’homme nouveau

Jean-Jacques Salomon*

Cairn info

Je suis un philosophe et un historien des sciences qui a fort mal tourné et si je me définissais aujourd’hui, ce serait en politologue, par conséquent très éloigné de ces débats. Mais il se trouve que je réfléchis, travaille et publie sur les problèmes que soulèvent les développements scientifiques, et en particulier ceux des sciences biomédicales, dans des livres qu’il m’arrive de publier et je crois que c’est la raison pour laquelle on a cru bon de m’inviter. Je remercie les organisateurs d’autant plus qu’hier, en particulier dans l’après-midi, j’ai été très frappé par l’opposition manifeste entre l’exposé remarquable de Catherine Labrusse-Riou et celui, non moins remarquable, de Maître Henri Leclerc, opposition très claire qui ne résout d’aucune façon les questions que nous nous posons sur le bien-fondé de l’arrêt Perruche. L’enjeu de cet arrêt n’est pas le problème de l’avortement, pas davantage le problème de l’indemnité assurée aux parents pour faute médicale éventuelle, c’est le fait que l’on indemnise un enfant pour finalement considérer qu’il y a illégitimité de sa vie. Là, je me tournerai vers le grand-rabbin pour lui dire que, dans le dialogue de Job avec Dieu, jamais on ne voit Job attendre de Dieu une indemnité. Job appartient à une société traditionnelle et j’insisterai beaucoup sur le fait que nos sociétés industrielles ou post-industrielles ont un rapport à la légitimité et à l’illégitimité de l’enfant très différent des sociétés traditionnelles. Comme Catherine Labrusse-Riou nous l’a montré hier, il y a de toute évidence de l’eugénisme – refoulé d’une manière ou d’une autre – dans les pratiques biomédicales de reproduction, et le problème tout comme l’enjeu de l’arrêt Perruche renvoient tout simplement à l’obsession de la santé et de la vie parfaite, dont Lucien Sfez a très bien montré les fantasmes auxquels elle peut conduire. J’ai prolongé l’analyse de cette obsession caractéristique des sociétés occidentales dans mon dernier livre, Survivre à la science, qui est un titre évidemment provocateur, en montrant que cette obsession tient essentiellement au culte du progrès et à la fascination qu’exerce l’instrument sur lequel s’appuie ce culte, la science expérimentale, les conquêtes qu’elle assure et l’idéologie positiviste ou scientiste qu’elle fonde. Catherine Labrusse-Riou parlait du désir d’exclusion pour rendre conforme à une norme qui s’exprime dans les pratiques eugénistes qui ne disent pas leur nom. Mais il y a aussi chez le biologiste, parfois chez le médecin, tout simplement le désir de création de la vie, et je ne parle pas en l’air. Je cite un de mes bons amis, biologiste, qui se trouve être juif aussi, l’un des meilleurs en France, et qui, parlant précisément du problème du clonage reproductif, m’a répondu : mais je ne comprends pas où est le problème. Nous créons la vie ! Ce n’est pas du tout, évidemment, l’interprétation rabbinique. Nous sommes d’accord. Ce désir de création de la vie, pour être à l’égal de Dieu éventuellement, s’exprime dans les pratiques du clonage tout comme dans le discours des chercheurs qui se consacrent au décryptage du génome humain ; je vous renvoie sur ce point à la littérature, et en particulier, pardonnez-moi, au chapitre de mon dernier livre qui analyse les discours, les fantasmes, les pratiques auxquelles renvoient justement certains développements de la biologie moléculaire aujourd’hui. Le numéro de Futurible de mai 2001 nous parle déjà de la jeune économie dans un article d’un économiste américain qui évalue très sérieusement le marché du clonage et des interventions sur l’embryon humain à l’horizon de cinq à dix ans, avec de nombreuses retombées bien sûr sur la productivité grâce à la sélection des élites. Le titre de cet article est aussi révélateur que drôle, en anglais : « The business of playing God ». Moi, je traduirais par « La bonne affaire de jouer à Dieu ». L’arrêt Perruche, nous a encore dit Catherine Labrusse-Riou, est le signe de notre impuissance. Le progrès est irrésistible et le droit n’a plus qu’à s’adapter aux transgressions qu’il impose. Je crains qu’elle n’ait raison. Et c’est pourquoi je vais me mettre du côté d’un point de vue qui n’est absolument pas le mien, je voudrais me faire l’avocat du diable, un point de vue qui va dans le sens des fantasmes de la science, celui de l’irrésistible manipulation du vivant qui conduira au clonage humain, non pas seulement thérapeutique, mais reproductif. Et, entre parenthèses, les formules françaises, par opposition aux formules anglo-saxonnes, sont évidemment joyeuses par leur capacité à refouler la vérité. Nous parlons de thérapeutique, d’avortement thérapeutique ou de clonage thérapeutique, là où les Anglo-Saxons, quand même plus honnêtes et plus réalistes, disent tout simplement : avortement sélectif ou clonage sélectif. C’est très révélateur de notre propre hypocrisie religieuse. Le Monde, en date du 18 août 2000, a affiché en première page le titre suivant : « L’an 1 du clonage humain », en réponse au fait qu’en Angleterre on accepte désormais la possibilité du clonage humain non pas encore reproductif, mais thérapeutique, de façon à utiliser l’embryon artificiellement créé par non-reproduction sexuée à des fins de recherches médicales. Au bout d’un certain nombre de cellules, on s’arrête pour ne pas entrer dans un processus de reproduction. Sur ce point, même nos amis anglais en sont encore à réfléchir et à hésiter. Mais, et là je pose la question aux juristes, aux psychanalystes, aux théologiens, quelle est la frontière entre clonage reproductif et clonage thérapeutique ? À quel moment, lorsqu’on s’arrête en passant du clonage thérapeutique, en n’allant pas au clonage reproductif, à quel moment y a-t-il meurtre ? Où s’arrête l’embryon et où commence le fœtus ? Bonne question pour discuter du sexe des anges entre théologiens. Face aux délires et aux fantasmes que soulèvent certains développements de la science et de la technologie, pas seulement les biotechnologies, mais également les sciences de l’information, la seule réplique cohérente est de s’en remettre apparemment à des principes et à des valeurs sur lesquels nos démocraties ne peuvent transiger ; de ne pas lâcher, si je puis dire, le socle de ce que nous tenons pour essentiel à la définition même de l’humanité en nous.

De fait, il y a dans le domaine de la science, et d’abord dans le domaine de la littérature aussi (pensez à Houellebecq en particulier), des gens qui fantasment à partir des progrès les plus récents de la biologie et pour lesquels il n’y a très exactement aucune limite au progrès, et qui, avec une sorte de jubilation, voient la civilisation de demain réaliser enfin le meilleur des mondes. Aucune limite. Cela signifie que tout malheur est finalement un préjudice. Il faut partir de là. Et là est la différence fondamentale entre une société traditionnelle, un monde où Job n’est pas en mesure de réclamer de Dieu une indemnité, et les sociétés modernes, qui sont des sociétés de l’État-providence. Je vous rappellerai que le malheureux, le pauvre, le handicapé, le fou, dans une société traditionnelle, n’était pas exclu (cf. Michel Foucault, L’histoire de la folie à l’âge classique). En revanche, dans les sociétés contemporaines, on a inventé l’État providence pour précisément passer de l’aumône à l’indemnité au nom de la solidarité. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nos sociétés, pour des raisons qui tiennent au progrès de la connaissance, au progrès du savoir, au progrès des techniques, considèrent comme illégitimes tout malheur. C’est exactement l’inverse. Une vie illégitime, c’est une vie qui n’est pas conforme à un canon. Et n’être pas conforme, aujourd’hui, c’est tout simplement ne pas ressembler au modèle dont le système capitaliste marchand nous nourrit du matin au soir à travers la publicité. Il vaut mieux être beau plutôt que laid, maigre plutôt que gros, avec des cheveux, être ingambe plutôt que nain, etc. À Rome, on pouvait détruire l’enfant incomplet. En Chine, on continue de détruire les filles. Le modèle du corps parfait est celui que définissent et dɶeloppent les sociétés qui sont les nôtres aujourd’hui et, quand il n’est pas parfait, il faut bien que la science y pourvoie. Il faut rajeunir, embellir, ne pas vieillir et si possible ne pas mourir. Nous ne sommes pas seulement entrés dans la civilisation du troisième âge, nous entrons dans celle du quatrième et du cinquième.

Je vais commencer par un propos qui peut apparaître comme provocateur, qui n’est certes pas ce que je pense et encore moins ce que je souhaite, mais qui correspond à mes yeux à une tendance irrésistible. Depuis la création par clonage de la brebis Dolly, il me paraît évident qu’il y aura du clonage humain, et pas seulement à des fins thérapeutiques. Il n’y a aucune raison de s’arrêter, aucune ! Quelles que soient les interdictions de certaines religions, pas toutes, de certaines institutions, pas toutes, de certains pays, pas tous. On ne va pas s’arrêter là. On se dirige effectivement vers une reproduction clonée de l’homme. Et c’est bien le point sur lequel je suis tout à fait d’accord avec le philosophe allemand Slotterdijk. Ses conclusions méritent quand même qu’on y réfléchisse. Slotterdijk a raison, je le crains, de conclure ses conférences – qui ont fait tant de bruit, publiées par Le Monde des débats, en annonçant que nous allons tout droit vers la sélection génétique des élites, la mise à l’écart des handicapés, et une médecine prédictive qui revient à une police préventive. L’eugénisme n’a pas seulement été un des grands fantasmes du xixe et du xxe siècles. Il a inspiré et précédé la catastrophe historique du nazisme, suscitant des pratiques abominables de recherches réalisées au nom de la science par certains médecins, que le grand-rabbin a rappelées, mais je dois ajouter : les uns nazis, les autres pas nazis du tout, et on comptait même quelques médecins et psychiatres juifs qui se sont répandus hors d’Allemagne. Or, voici que les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. Une petite remarque maintenant, d’ordre épistémologique, petite mais essentielle. Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. Si l’on parle aujourd’hui de la nécessité de réviser la loi de bioéthique en y introduisant la possibilité du clonage thérapeutique, c’est en raison de la concurrence, bien sûr, des pharmacies et des industries. En ce sens, le livre d’Erwin Schrödinger, Qu’est-ce que la vie ?, offre une clé assurément fondamentale pour comprendre les développements et les répercussions des recherches dans ces domaines. C’est la clé du bricolage dont parle François Jacob, du bricolage Meccano, en ce sens où finalement tout est réductible aux éléments, aux petits éléments qui, comme les virus, ne sauraient intervenir dans les textes talmudiques, puisqu’ils sont trop petits. Que dit Schrödinger ? Il dit que la science ne peut interpréter le vivant qu’en termes physico-chimiques. Par conséquent, entre l’organisme et la machine, il y a des liens de plus en plus étroits, et tout ce qui se passe actuellement, c’est précisément le triomphe d’une forme de scientisme qui tend à réduire le vivant en mécanique et réciproquement aussi, et c’est la grande nouveauté : la mécanique en vivant. Schrödinger n’avait pas de réponse à la question : qu’est-ce que la vie ? Mais il avait une réponse très précise sur les pouvoirs de la science. La maîtrise du vivant passe par la physico-chimie. Il faut voir que les liens entre la biologie moléculaire, les quantas, les nanotechnologies, les technologies de l’information et la robotisation sont de plus en plus étroits, de sorte que la machine peut faire du vivant et le vivant peut faire de la machine, sans que les frontières entre l’un et l’autre soient tracées à l’avance, ni surtout tracées rigoureusement pour séparer deux mondes qu’on professait jusque-là, sauf la métrie, comme différents par nature. Du coup Slotterdijk a parfaitement raison, dans sa conférence, de nous dire que le grand problème de demain, c’est précisément le rapprochement entre l’organisme et la machine. Et, du même coup, l’extinction de l’humanisme. Les rêves de la cybernétique de Wiener et des premiers cybernéticiens étaient bien ceux-là. Essayer de gouverner au sens platonicien du terme de la cybernétique, l’évolution de l’homme et de la société, grâce aux robots. Je tiens à évoquer un texte dont on a beaucoup moins parlé que de celui de Slotterdijk, qui est assurément un bon philosophe et qui se réclame de la tradition cynique de Diogène ; c’est le texte d’un très grand informaticien, qui est à la fois chercheur et grand industriel, le vice-président et scientifique en chef de Sun-icrosystems, auteur du langage Java, qui est à la source de toutes les procédures d’Internet, qui a coprésidé, aux États-Unis, la commission présidentielle sur l’avenir de la recherche dans les technologies de l’information. L’été dernier, cet Américain a soudain été pris de scrupules. Son texte est apparu en extrait dans le supplément informatique du Monde, et en extrait dans le même numéro que j’ai cité de la revue Futurible du mois de mai. Il a pour titre : « L’avenir n’a pas besoin de nous ». Il avait été jusqu’alors un brillantissime chercheur qui allait de l’avant sans trop se poser de questions. Mais soudain, des collègues l’ont alerté sur les progrès des nanotechnologies, qui rendent possibles les robots capables de se répliquer et, du coup, il s’inquiète. Où va l’humanité si le robot est vraiment capable de se comporter en vivant ? C’est à la lumière de ces développements que l’enjeu du clonage n’est manifestement pas dissociable de l’avenir des robots. Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. Et on trouve la même mise en garde que chez Slotterdijk, à savoir que nous risquons de perdre le contrôle des machines vivantes que nous créons. Bill Join insiste sur le fait que les trois grandes aventures du siècle à venir, le pouvoir de la génétique, celui des nanotechnologies et celui de la robotique, les gnr comme il dit, vont peut-être permettre la création de technologies qui aboutiront à remplacer notre espèce. C’est en ce sens que l’avenir n’aurait pas besoin de nous. Je ne vais pas résumer la conférence de Slotterdijk parce que ce serait entrer dans trop d’arcanes philosophiques, et c’est bien inutile, ni trop situer Slotterdijk, qui est un philosophe assez ambigu, quels que soient ses talents qui sont tout à fait éblouissants, ni insister sur le fait qu’il se réclame effectivement de la tradition cynique. Je ne vais pas le résumer, mais je vais simplement rappeler que, dans sa première partie, il insiste sur le fait que le progrès même des technologies de l’information nous apprend que le rapport au livre, qui instituait une amitié entre les auteurs et les lecteurs, est appelé à disparaître. Adieu, à partir de là, à l’humanisme, adieu à la littérature, adieu aux belles lettres. L’humanisme, nous dit Slotterdjeik, c’était la lecture des Anciens dont nous nous deshabituons et qui nourrissait l’éducation des élites. Une éducation qui néanmoins revenait à de l’asservissement ; ce vieux thème nietzschéen ou gauchiste, on le trouve chez Deleuze, on le trouve aussi chez Foucault, et bien sûr on le trouve chez Freud : éducation=répression. Au total, l’humanisme, c’était quoi ? C’était le refus de la barbarie. Et l’éducation, c’était quoi ? L’effort intellectuel pour élever l’homme à un peu plus que l’animal en lui. Donc cette première partie de la conférence de Slotterdijk donne exactement la définition du cadre dans lequel il se situe, qui est celui de la contestation, de la rébellion, sur lequel je vais insister tout à l’heure.

La deuxième partie de cette conférence est en un sens plus sérieuse. S’appuyant sur le politique de Platon, où l’on essaie de dresser le portait de l’homme d’État idéal, le roi ou le chef d’État idéal, qu’il faut pouvoir précisément, par l’éducation philosophique, élever et faire sortir du troupeau, Slotterdijk nous parle du troupeau qu’évoque Platon comme d’un zoo. Ce n’est pas la même chose, le zoo et le troupeau. Et encore moins donner comme titre à sa conférence : « Règles pour le parc humain ». Le parc humain, Platon n’en a pas parlé dans ces termes, plutôt concentrationnaires. Il est vrai que l’industrialisation et la science expérimentale n’étaient pas encore passées par là. Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. Scandale en Allemagne pour des raisons évidentes, parce que trois générations ne suffisent pas à effacer la mémoire et l’embarras de grands-parents et de parents qui ont fait le salut hitlérien et contribué aux massacres de toute sorte à travers l’Europe. Il est vrai que Slotterdjeik appartient à la génération – il est né en 1947 – de ceux qui n’ont pas participé à la catastrophe. Il le sait d’autant plus qu’il s’en prend à la philosophie critique, à l’école de Francfort, Adorno, Horkheimer, Marcuse, et surtout à Habermas, qu’il accuse d’avoir orchestré la campagne que les Allemands ont menée contre lui. Un peu le reproche que l’on faisait en France à ce qu’on appelait naguère la pensée unique, mais dans un contexte de contentieux très différent. Slotterdijk, en deux mots, est le philosophe de l’après-Habermas, comme Schröder est le politique de l’après-Kohl. Retour à Berlin, c’est-à-dire retour à la maison, comme l’a dit un éditorial du Spiegel de mai 1998. Une Allemagne en quête d’un rapport normalisé avec son passé, mais héritière néanmoins d’une histoire qui ne peut pas se libérer de la routine de la culpabilisation. Et cette routine, c’est précisément tout ce à quoi tendent certaines réflexions dans la philosophie allemande d’aujourd’hui. Dans cette réflexion, rien n’est réservé au rôle que peuvent et doivent jouer les institutions démocratiques dans la régulation indispensable des changements techniques. Je voudrais insister sur ce point maintenant. Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires, et c’est ce qui me permet de conclure.

En rejoignant les débats d’hier et de ce matin autour de l’arrêt Perruche, la perspective du clonage reproductif est effectivement celle d’un eugénisme conçu comme l’organisation de la sélection des personnes, d’une organisation certes fondée sur des choix individuels, mais qui serait en même temps une organisation collective dans le style d’un « meilleur des mondes » parfaitement réalisable. Dès lors, la question à poser est la même à mes yeux que celle que l’arrêt Perruche conduit à poser, et je laisse aux juristes, aux psychiatres, aux psychanalystes et aux théologiens ici présents le soin de s’y attaquer pour tenter d’y répondre : l’enfant cloné sans handicap à la naissance pourra-t-il ester en justice et chercher réparation, soit de n’avoir pas été le produit d’une relation sexuelle dite naturelle, soit surtout d’avoir été retenu parmi d’autres embryons possibles pour accéder à un droit à la vie dont il ne voudrait pas ? Et, plutôt que de parler, comme l’a fait hier fort brillamment l’avocate québécoise, de grossesse-préjudice, l’enfant cloné, c’est-à-dire, comme l’a fort bien formulé quelqu’un qui lui est très proche, l’enfant qui vient du froid, ne serait-il pas en droit de dénoncer une naissance-préjudice au sens où, précisément, sa venue au monde serait le résultat non plus de l’autonomie de la reproduction, mais des stricts processus physico-chimiques, plus ou moins robotisés, répondant aux interventions des biologistes et des médecins ? Aux juristes, aux théologiens, aux psychanalystes de répondre, s’il y a matière à réparation.

Débat après l’intervention de Jean-Jacques Salomon

Thierry Jean : Les débats que nous avons depuis hier posent tout le temps la théorie du sujet et votre intervention me semble être un écho à cette question qui a été, là aussi, récurrente : Quid de la vie psychique du petit Nicolas ? Alors peut-être serait-il scandaleux de considérer que la vie psychique du petit Nicolas n’est pas le problème. La question et la représentation sociale que nous en avons est que l’homme nouveau, tel qu’on le projette, c’est vrai pour le roman de Houellebecq, est quelqu’un qui ne se constitue pas comme un sujet, c’est-à-dire qu’il vient là éviter la question de la castration, il n’est pas divisé, puisque dans le roman de Houellebecq, le scénario se constitue sur le mode d’un double, donc de deux frères, où celui qui, finalement, survit est celui issu de la science ou, en tout cas, celui qui va se consacrer comme un moine à la science et à la reproduction à condition bien évidemment qu’il ait pu, dans ses travaux scientifiques, maîtriser absolument toutes les possibilités mutatives d’une fraction simplifiée d’adn. C’est-à-dire, et je rejoins là ce que disait Marcel Czermak, nous sommes dans une évolution où la question du contingent et de l’aléatoire se doit absolument d’être exclue. Donc, n’est-ce pas une mutation où, à la Providence, se substitue maintenant la lutte contre la fatalité ?

Marc Caumel de Sauvejunte : J’ai bien compris que le malheur n’était plus béni des dieux et que peut-être Dieu n’était plus ni malin ni honnête, comme le disait Einstein. Par contre, je renverserais la formule de Mme Labrusse-Riou en disant que l’eugénisme consacre l’arrêt d’une logique ancestrale et que c’est peut-être là-dessus que nous sommes en difficulté, car l’eugénisme, comme l’a bien dit M. Salomon, est en route et nous ne pourrons rien faire contre cela, si ce n’est que nous avons peut-être à dire combien il est problématique de rester sur une extension de la notion de handicap en tant qu’elle est le symptôme du défaut. Je pense que nous ne devons pas rester simplement à une lecture de la question des handicapés comme étant celle de certaines personnes, elle concerne chacun de nous. Cette logique ancestrale est une logique où l’enfant était inscrit dans les générations. Il n’est plus, il ne sera plus le produit de deux parents, parce qu’il est depuis un certain temps évident qu’il est devenu un objet externalisé en tant qu’objet de la science et du droit. Je dis objet externalisé puisque les personnes de la pma disent que le grand mouvement, pour eux, le grand moment de changement, c’est quand ils ont sorti l’ovule du corps. Donc, ce sont des enfants qui ne vont plus se référer au désir ou qui n’auront pas de référence naturelle au désir de leurs parents, même si ce désir n’est pas toujours sympathique. C’est-à-dire que nous allons bientôt pouvoir acheter des enfants au marché. Donc, ce qui est exclu, c’est le défaut. Ça, c’est une certitude et je crois que notre jeunesse, et moi je crois que c’est le souci que nous avons, incarne aujourd’hui ce défaut, et Monsieur le rabbin m’a permis de comprendre pourquoi nous avions affaire à des murs de lamentations dans toutes les cités de nos villes qui sont maintenant taguées de tous les côtés. Alors je me pose la question suivante, puisque les enfants sont devenus des objets de consommation et que nous pouvons même considérer que l’anorexie est peut-être un symptôme moderne à cause de cela : puisque l’époque qui s’annonce, c’est quand même, comme dit Churchill, une vallée de larmes, est-ce que nous devons simplement rester les gardiens de notre savoir ancestral, ou est-ce que nous pourrions un peu plus savoir où et sur quoi nous avons à dire non ? Ça, c’est la première question. Qu’est-ce qu’il faudra donc traiter chez ces sujets nouveaux ? Au politologue, je poserai la question suivante : est-ce que la politique est encore en mesure d’inventer une autre politique, et laquelle ?

Jean-Jacques Salomon : Superbe question ! En principe, j’aimerais bien répondre de manière positive. Je crois effectivement que la politique peut inventer une manière de préserver ce à quoi l’on tient, ce qui définit le respect de la dignité humaine et un fonctionnement démocratique. J’aimerais bien, mais je ne suis pas sûr que cet espoir puisse être vraiment préservé parce que, d’un côté, le marché, les forces du marché dans notre système économique, pour des raisons bonnes ou mauvaises, peu importe, et l’extraordinaire pression exercée par les scientifiques pour aller de l’avant, quoi qu’il en soit, sont telles que le droit me semble devoir être de plus en plus précédé par les faits. Non plus seulement par les mœurs, mais par les faits scientifiques, et, par conséquent, nous serons de plus en plus désarmés, sans autre repère que les repères traditionnels, soit les religions, soit tout simplement les institutions, qui reconnaissent qu’il y a des transgressions. Or, honnêtement, aujourd’hui, je ne vois plus beaucoup d’institutions, en dehors de l’Église et de la psychanalyse.

La question a été posée à Freud il y a fort longtemps, il a répondu par un article sur ce qu’il appelait la représentation du monde, pour bien présenter la psychanalyse comme une technique d’investigation, et non pas comme une représentation du monde. Il en avait une jusqu’en 1914 et il écrivait à ce moment-là à Ferenczi, croyant avoir tout compris : hors du monde, nous ne pourrons pas tomber. C’était une citation du marchand de pierres. La guerre de 14 lui avait permis de se rendre compte qu’il avait été bien ambitieux ou bien sot, comme il le disait lui-même, et qu’une représentation du monde, c’est justement ce qui échappe, pour un vrai scientifique.

Jean-Jacques Salomon*

Notes

[ *] Professeur au cnam.

Voir enfin:

The ‘spooky’ worlds of William Gibson
Todd Leopold
CNN

September 11, 2007

(CNN) — It’s an illusion, William Gibson says. A trick. Fiction is a construct that plays with your mind, creating a world within.

William Gibson’s recent books take place in a murky, techno-infused present.

« A high-res realism, » the author calls it. « It’s a trick, but I love it. »

That shared illusion of author and reader fascinates him.

« One human being sits down and makes black marks on white paper, and somewhere on the other side of the world someone sits down and interprets black marks on white paper. … It’s an amazing thing, » he says in a phone interview. « It’s like the movies without the projector. It’s like the movies without the screen. And it’s kind of immortal in some weird way. You can sit down and get the … experience direct from Charles Dickens. »

* * * * *

Like Dickens, Gibson is an author-magician in the world-creating business. He first gained renown for « Neuromancer » in which he coined the word « cyberspace, » later with « Mona Lisa Overdrive, » « All Tomorrow’s Parties » and « Pattern Recognition. » His latest is « Spook Country » (Putnam).

« Spook Country » primarily revolves around three characters: Hollis Henry, a journalist and former member of a cult rock band; Tito, a Chinese-Cuban tech specialist who becomes involved with a small family of smugglers; and Milgrim, a junkie translator working for alleged government agent Brown. The three characters’ stories converge in the pursuit of a mysterious shipping container.

Gibson is big on technological and pop cultural details, and he drops them into « Spook Country » like silicon chips into a murky stream.

Hollis tries on a virtual-reality helmet that shows the death scenes of notables. IPods carry encrypted knowledge. Milgrim is hooked on a drug called Rize, usually — if not readily — supplied by Brown. Hubertus Bigend, the tycoon from « Pattern Recognition, » is back, offering rides in Volkswagen Phaetons and sleep on maglev beds.

It’s all shadowy, conspiratorial, Thomas Pynchonesque. The Los Angeles Times compared Hollis to Pynchon’s Oedipa Maas, from « The Crying of Lot 49″; the Guardian offers the same assessment.

Gibson says he doesn’t mind.

« I had a decade or more of being called Chandleresque, » he says, referring to hard-boiled detective writer Raymond. « I think I prefer Pynchonesque any day. »

* * * * *

Gibson’s subject matter has often involved technology and its impact on humans. Inevitably, humanity gets lost in technology — or perhaps it’s the other way around.

He notes that it’s always been so. Television changed us; so did radio before that, and the telegraph before that, and transportation improvements and agriculture and running water.

« What we call technology in our science is almost always emergent technology. … They don’t mean the technology we’ve had for 50 years, which has already changed us more than we’re capable of knowing, » he says. « When I say technology, I’m sort of thinking of the whole anthill we’ve been heaping up since we came out of the caves, really.

« So we’re living on top of a quite randomly constructed heap of technologies that were once new, and that now we don’t even think of as technology, » he continues. « People think technology is something we bring home in a box from some kind of future shop. »

* * * * *

He calls himself a technology « agnostic. » Whatever the innovation, it’s generally morally neutral, he says, « until we do something with [it]. »

Sometimes, that human action ends up changing — or at least amplifying — his own opinions. « I don’t write books to express any political philosophy I might have. Partly, I write them to discover what I do think about things. … I don’t want people to believe what I believe, but I love it if I’m encouraging people to ask questions and find their own answers. »

* * * * *

Who is William Gibson? He was born in coastal South Carolina, according to the bio page on his Web site. His father was in construction and moved the family from suburb to suburb. He died when Gibson was 6; his mother took William back to her small hometown in Virginia. She died suddenly when he was 18. Gibson evaded the draft, relocated to Toronto, Ontario, and later moved to Vancouver, British Columbia, where he lives today.

He started writing in the late ’70s and hasn’t stopped. Neither have the misconceptions. « Google me and you can learn that I do it all on a manual typewriter, something that hasn’t been true since 1985, » he writes. « I did avoid the Internet, but only until the advent of the Web turned it into such a magnificent opportunity to waste time that I could no longer resist. »

He loves his fans, but he keeps his distance. « I do have an e-mail address, yes, but, no, I won’t give it to you. I am one and you are many, and even if you are, say, 27 in grand global total, that’s still too many. Because I need to have a life and waste time and write. »

He takes neither himself nor his celebrity seriously. He sees no need to tinker with the voluminous Wikipedia pages devoted to his work.

« I think of Oscar Wilde’s remark that cats and mirrors are both inherently unhealthy to spend too much time with. I would include one’s Wikipedia entry and one’s most rabid fans [in that], » he says.

* * * * *

Gibson recently gave a reading in Second Life, uniting emergent technology with old-fashioned storytelling.

« That was very strange, » he says. Because of limits with Second Life servers, his immediate audience was limited to 50 people. Audience members’ avatars flew around the room. Questions came in via instant messaging.

But Gibson, in the end, was unfazed.

« I think what struck me most about it was how normal it felt. I was expecting it to be memorably weird, and it wasn’t, » he says. « It was just another way of doing a reading. »

* * * * *

« Pattern Recognition » and « Spook Country » are set in the present. Gibson’s previous books were set in the future. But they’re all about today, of course; the best science fiction usually is. He doesn’t mind watching reality outstrip his futures.

« When I watch my work sort of travel down the timeline of the real future, I just see it acquiring that beautiful, absolutely standard patina of wacky quaintness that any imaginary future will always acquire, » he says. « That’s where your flying car and your food pills all live — and all the other stuff they promised our parents, » he chuckles.

Gibson speaks with a voice of wonder, as if he’s continually surprised at what emerges from his brain — and, for that matter, the raw material with which the world supplies him.

« I’ve been writing stuff set in the 21st century since 1981. Now that I’ve actually arrived into the 21st century the hard way, the real 21st century is so much wackier and more perverse than anything I’ve been able to make up. I wake up in the morning, look at the newsfeed on my computer and away I go. »

In the case of « Spook Country, » he even surprised himself. Gibson admits he had no idea what was in the container until he was well into the novel. He made lists; he played with ideas.

In the end, he says, « I feel like I found the punch line. » The reader in him was pleased by the trick.

« It came as kind of a surprise for me and I actually enjoyed it, » he says. « I usually don’t enjoy writing the ending of a book as much as I enjoyed writing the end of this one. »


Inégalités: Attention, une inégalité peut en cacher une autre ! (Inequality and happiness: are Europeans and Americans different?)

29 janvier, 2014
https://i1.wp.com/th01.deviantart.net/fs70/PRE/i/2011/269/c/9/harrison_bergeron_colored_by_randomdrawerchic-d4b1lpg.jpgOn donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Matthieu 25: 29)
L’effet Matthieu (Matthew Effect) désigne, de manière très générale, les mécanismes par lesquels les plus favorisés tendent à accroître leur avantage sur les autres. Cette appellation fait référence à une phrase de l’évangile selon saint Matthieu : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. ». Le terme est dû au sociologue américain Robert K. Merton. Celui-ci, dans un article publié en 1968, cherchait à montrer comment les scientifiques et les universités les plus reconnus tendaient à entretenir leur domination sur le monde de la recherche. D’autres chercheurs ont par la suite réutilisé la formule d’effet Matthieu dans d’autres contextes, notamment dans des études montrant pourquoi, lors d’un processus d’apprentissage, les meilleurs tendent à accroître leur avance. Wikipedia
C’était l’année 2081, et tout le monde était enfin égal. Ils n’étaient pas seulement égaux devant Dieu et la Loi. Ils étaient égaux dans tous les sens du terme. Personne n’était plus intelligent que les autres. Personne n’était plu beau que les autres. Personne n’était plus fort ou plus rapide que les autres. Toute cette égalité était due aux 211e, 212e et 213e amendements à la Constitution et à la vigilance incessante des agents du Handicapeur général des Etats-Unis. Kurt Vonnegut (« Harrison Bergeron », 1961)
Pauvre Surhomme (titre original : Harrison Bergeron) est une nouvelle dystopienne de science-fiction écrite par Kurt Vonnegut, Jr. et publiée pour la première fois en octobre 1961. (…)  Tout au long de l’histoire, Vonnegut utilise la satire, et l’histoire elle-même peut être classée en tant que satire. (…) L’égalité sociale a enfin pu être atteinte en handicapant les plus intelligents, les plus athlétiques ou les plus beaux des membres de la société pour les ramener au niveau le plus bas des compétences communes. Ce processus est au cœur du système social, conçu de manière à ce que nul ne se sente inférieur à quiconque. Le maintien de ce handicap dans la population est supervisé par la « Handicapeur Général des États-Unis », Diana Moon Glampers. Harrison Bergeron, le protagoniste de l’histoire, a une intelligence, une force et une beauté exceptionnelles, et doit donc supporter d’énormes handicaps : poids attachés à son corps, écouteurs et lunettes lui donnant des maux de tête, grimage grotesque. Malgré ces handicaps, il parvient à envahir une station de télévision et à se déclarer empereur, choisissant une ballerine pour impératrice. Ils sont tués tous les deux par l’impitoyable Diana Moon Glampers. Toute l’histoire est racontée du point de vue des parents de Harrison qui suivent l’incident à la télévision, mais qui, à cause de leurs handicaps, ne peuvent pas se concentrer suffisamment pour apprécier ce qui se passe ni s’en souvenir. Wikipedia
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Beaucoup de gens s’imaginent que cet instinct secret qui porte chez nous les classes inférieures à écarter autant qu’elles le peuvent les supérieures de la direction des affaires ne se découvre qu’en France. C’est une erreur. L’instinct dont je parle n’est pas français. Il est démocratique. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
La justice sociale n’est pas de ce monde mais les peuples la réclament. À en juger par les élections récentes dans des pays aussi divers que l’Allemagne, le Chili et la Corée, cette exigence de justice et d’égalité l’emporte actuellement sur celle de la croissance. Angela Merkel a fait campagne sur le thème de l’égalité sociale et pour gouverner s’est alliée aux Socio-démocrates qui ont obtenu l’instauration d’un salaire minimum national. Quoique de droite, la présidente coréenne, Park Geun-hye, surenchérit dans l’égalitarisme et diabolise les grandes entreprises, moteurs du succès économique de son pays. Au Chili, Michelle Bachelet vient d’être réélue sur des promesses d’inspiration socialiste, tournant le dos à vingt-cinq ans de dynamisme libéral. Rappelons enfin la diatribe récente du Pape François, évoquée dans ces pages le 8 décembre, contre l’économie de marché qui n’engendrerait que l’injustice. Ces événements dessinent un air du temps qui ne relève pas que de l’idéologie : il est avéré que, même dans les phases de croissance, depuis trente ans, les inégalités de revenus s’accroissent dans toutes les économies de marché. Les salaires de la classe moyenne stagnent, tandis que les revenus des plus riches atteignent des sommets. À cette différenciation croissante des revenus, on envisagera deux explications majeures : la qualification technique et scientifique des plus diplômés leur garantit une surprime sur le marché de l’emploi tandis que ceux qui travaillent sur le marché mondial gagnent des sommes à l’échelle de ce marché, sans commune mesure avec ceux qui restent confinés dans des frontières locales ou nationales. Mais, expliquer ne satisfait pas les exigences populaires. Que pourrait-on proposer, comme discours électoral ou pratique politique, qui rendraient les écarts de revenus plus acceptables, sans briser le dynamisme du marché, seul garant de la croissance ? À gauche, de tradition, l’égalitarisme passe par le salaire minimum en bas et, en haut, par la confiscation des revenus. Guy Sorman
C’était en 2019 et enfin, les Américains étaient sur le chemin de l’égalité réelle. Non seulement l’égalité aux yeux de Dieu ou devant la loi ou l’égalité des chances. Ils allaient être égaux dans tous les sens du terme. Toute cette égalité résultait d’une audacieuse nouvelle politique du gouvernement. Il y avait la Loi sur le salaire décent de 2017, qui avait fixé le salaire minimum par rappor au salaire horaire moyen (ajusté à l’inflation) de 2016. Il y avait la NEW – AMT, fixant un taux d’impôt fédéral minimum de 55 % pour les revenus individuels de plus de 150 000 $ (soit 80 % pour les revenus supérieurs à 500 000 $). Il y avait la loi de l’assurance‑chômage pour toujours de 2018. Il y avait la loi De Blasio-Waxman sur les salaires des PDG de 2018, imposant un ratio de 9 à 1 entre le plus haut et plus bas salaire dans n’importe quelle entreprise. Heureusement, rien de tout cela n’avait nui le moins du monde à l’économie. Le salaire minimum plus élevé n’a « aucun effet perceptible sur l’emploi » (Schmitt, 2013). Les taux marginaux d’imposition élevés n’ont aucun effet sur la productivité et la création d’es entreprises (Piketty-Saez, 2011). Préserver les prestations chômage met l’argent dans les mains des consommateurs et ainsi stimule l’économie (Zandi, comme d’habitude). En ce qui concerne le ratio des salaires de 9 à 1  — c’est tout simplement l’équité, n’est-ce pas ? Les nouvelles règles sur le revenu n’étaient pas le seul moyen que l’Amérique réalisait l’égalité. Grâce aux efforts du Procureur général Thomas Perez, les poursuites pour disparité de parcours avaient transformé la culture publique du pays de façon inattendue. Par exemple, la hauteur moyenne des joueurs de la NBA pour la saison 2007 – 08  était un peu moins de 6 pieds 7 pouces. Le mâle américain moyen fait de 5 pieds 9 pouces. Manifestement inégal, manifestement injuste. M. Perez a exigé que la NBA établisse une règle pour la hauteur moyenne qui obligerait chaque équipe à compenser les plus grands joueurs avec des plus courts. Les Américains se sont rapidement adaptés à la règle dite du Monstre-nain, comme on l’appelait affectueusement, cependant les alley-oops n’étaient jamais plus tout à fait les mêmes. Une autre industrie, transformée par les nouvelles règles a été Hollywood. Pour « l’équilibre-Bourne »,  Matt Damon revenait pour le rôle-titre de Jason Bourne, un ancien Super-Assassin maintenant totalement en paix avec lui-même et le monde. Pour ses efforts, il a été payé 330 000 $ (ou 130 000 $ après les taxes fédéral, d’état et locales), ce qui est encore neuf fois le salaire du seconde-assistant machiniste. C’était bien loin de la somme de 20 millions $ qu’il avai été payé pour le « Bourne Ultimatum » de 2007, mais, comme il dit, « ça valait totalement la peine » parce qu’il n’avait maintenant plus d’autre choix que d’envoyer ses enfants à l’école publique. La mode aussi a changé. Les mannequins de Victoria’s secret  devaient désormais défiler le visage recouvert d’un horrible masque à l’image d’économistes de Princeton barbus. Fox News, lui,  s’en était tiré en présentant une équipe de présentateurs composée exclusivement d’hommes bedonnants d’une cinquantaine d’années. Bret Stephens
Nous avons trouvé que les personnes ont une tendance plus faible à se déclarer heureuses lorsque l’inégalité est élevée (…) L’effet, cependant, est plus précisément défini statistiquement en Europe qu’aux États-Unis. En outre, nous avons trouvé des différences frappantes entre les groupes. En Europe, les pauvres et les personnes situées sur la gauche de l’échiquier politique se plaignent de l’inégalité ; alors qu’aux États-Unis, le bonheur des pauvres et des gens de gauche est non corrélé avec l’inégalité. Fait intéressant, aux États-Unis, les riches sont gênés par l’inégalité. En comparant à travers les continents, nous trouvons que les gens de gauche en Europe sont plus gênés par l’inégalité qu’aux États-Unis. Et les pauvres en Europe sont plus préoccupés par l’inégalité que les pauvres en Amérique, un effet qui est important en termes de taille, mais n’est significatif qu’au niveau de 10 %. Nous croyons que ces résultats sont en accord avec la perception (et pas nécessairement la réalité) que les Américains vivent dans une société mobile, où l’effort individuel peut déplacer les gens dans l’échelle des revenus, tandis que les Européens croient qu’ils vivent dans des sociétés moins mobiles.
Les pays diffèrent considérablement dans le degré d’inégalité de revenu qu’ils tolèrent, même à des stades semblables de développement. Les observateurs européens dénoncent l’inégalité plus grande (et, pour une grande partie des dernières décennies, de plus en plus grande) aux États-Unis. les commentateurs américains affirment que l » obsession » de l’inégalité a société européenne étouffe la créativité et crée un cercle vicieux de dépendance des pauvres à la protection sociale. Ces divergences d’opinions reflètent-elles simplement des préférences différentes sur les mérites de l’égalité des deux côtés de l’Atlantique ? En outre, une préférence pour l’égalité est-elle juste une question de  » goût  », ou faut-il tenir compte d’autre éléments dans la société, tels que le niveau de mobilité sociale ? Nous utilisons les réponses à une question de bien-être simple. Nous avons simplement établi une corrélation entre les réponses à la question de bien-être à des milliers de personnes en Europe et en Amérique depuis de nombreuses années avec les niveaux mesurés de l’inégalité. (…) Nos résultats montrent que, tenant compte de caractéristiques personnelles des répondants, États / pays des effets et des effets de l’année, les individus ont tendance à déclarer des niveaux inférieurs de bonheur lorsque l’inégalité se trouve être élevée. L’effet en Amérique semble être moins précisément estimé qu’en Europe, même si la différence globale n’est pas statistiquement significative. Puis, nous étudions les différences entre revenu et groupes idéologiques. Nous constatons que les riches et les gens de droite en Europe ne sont pas pour la plupart gênés par l’inégalité. Au lieu de cela, nous identifions des effets négatifs forts d’inégalité sur le bonheur des pauvres et des gens de gauche européens. Aux États-Unis, les pauvres et les gens de gauche ne sont pas affectés par l’inégalité, alors que l’effet sur les riches est négatif et bien défini. En comparant ces groupes à travers les continents, nous trouvons que la gauche européenne est plus touchée par l’inégalité que la gauche américaine. La différence semble être de grande taille et très bien définie statistiquement. Il n’y a aucune différence entre la droite américaine et la droite européenne. En ce qui concerne les catégories de revenu, il n’y a aucune différence entre les Américains riches et les Européens riches en termes de comment l’inégalité affecte les niveaux de leur bonheur signalés. Les pauvres en Europe, cependant, sont plus touchés par l’inégalité que les pauvres américains. La différence est très grande en termes de taille, bien que seulement statistiquement significatif au seuil de 10 %. Ceci suggère que l’aversion des Européenne à l’inégalité ne provient pas des préférences différentes en Europe et aux Etats-Unis. Supposons que  » l’égalité  » soit un bien de luxe dont la demande augmente plus que proportionnellement avec le revenu, ou même un bien normal. Alors, nous devrions trouver que les riches Européens détestent l’inégalité plus que les pauvres européens, comme aux États-Unis. Une interprétation plus raisonnable est que les possibilités de mobilité sont (ou semblent être) plus élevées aux États-Unis qu’en Europe. Alberto Alesinaa, *, Rafael Di Tellab, Robert MacCullochc

Après le mariage pour tous,… le chômage pour tous !

A l’heure où, après les mesures sociétales les plus démagogiques et les promesses non tenues, nos Handicapeurs en chef  multiplient des deux côtés de l’Atlantique les annonces et les gesticulations devant la notoire obstination des faits économiques …

Jusqu’à, face à l’envie de quenelle ou des avoirs de l’autre, s’en prendre en France à la liberté d’expression et aux Etats-Unis à la liberté d’entreprendre

Comment ne pas repenser, avec le chroniqueur du WSJ, à la célèbre nouvelle de Kurt Vonnegut (« Harrison Bergeron »: Pauvre surhomme » en France) où pour assurer une égalité enfin parfaite l’Etat se voyait contraint de multiplier les handicaps pour les plus favorisés ?

Mais aussi comment ne pas s’étonner, avec l’étude d’une équipe d’économistes de Princeton il y a dix ans, de cette étrange inégalité de réaction d’une classe ouvrière américaine …

Qui, sous prétexte d’une prétendue mobilité plus grande et contre l’avis même à la fois de leurs exploiteurs américains et de leurs homologues pauvres européens ainsi que de leurs soutiens de gauche, continuent à refuser de condamner l’inégalité pourtant croissante des revenus que connait leur pays depuis maintenant des décennies ?

Kurt Vonnegut’s State of the Union

Updating a story about government-mandated absolute equality.

The WSJ

Jan. 27, 2014

The year was 2081, and everybody was finally equal. They weren’t only equal before God and the law. They were equal every which way. Nobody was smarter than anybody else. Nobody was better looking than anybody else. Nobody was stronger or quicker than anybody else. All this equality was due to the 211th, 212th, and 213th Amendments to the Constitution, and to the unceasing vigilance of agents of the United States Handicapper General.

—From  » Harrison Bergeron  » (1961), a short story by Kurt Vonnegut

The year was 2019 and Americans were finally on their way toward real equality. Not just equality in God’s eyes, or before the law, or in opportunity.

They were going to be equal every which way.

All this equality was due to bold new government action. There was the Decent Wage Act of 2017, which pegged the minimum wage to the (inflation-adjusted) average hourly wage of 2016. There was the NEW- AMT, which set a 55% minimum federal tax rate on individual income over $150,000 (or 80% for incomes above $500,000). There was the Unemployment Insurance Is Forever Act of 2018. There was the 2018 De Blasio-Waxman CEO Pay Act, which mandated a 9-to-1 ratio between the highest and lowest paid person in any enterprise.

Happily, none of this harmed the economy in the slightest. Higher minimum wages have « no discernible effect on employment » ( Schmitt, 2013). High marginal tax rates have no effect on productivity and business creation (Piketty-Saez, 2011). Preserving jobless benefits puts money into the hands of consumers and thus stimulates the economy (Zandi, as usual). As for the 9-to-1 pay ratio—that’s just plain fairness, OK?

New rules on income weren’t the only way America was achieving equality. Thanks to the efforts of Attorney General Thomas Perez, disparate outcome lawsuits were changing the country’s public culture in unexpected ways.

For example, the average height of NBA players for the 2007- 08 season was just under 6 feet 7 inches. The average American male is 5 feet 9 inches. Patently unequal, patently unfair. Mr. Perez demanded that the NBA establish an average-height rule that would require each team to offset taller players with shorter ones.

Americans quickly adapted to the Midget-Monster rule, as it was lovingly known, though alley-oops were never quite the same.

Another industry transformed by the new rules was Hollywood. For « The Bourne Equilibrium, » Matt Damon returned to the title role of Jason Bourne, a former super-assassin now entirely at peace with himself and the world. For his efforts he was paid $330,000 (or $130,000 after federal, state and local taxes), which is still nine times the salary of the second-assistant key grip. It was a far cry from the $20 million he was paid for the 2007 « Bourne Ultimatum » but, as he said, « it was totally worth it » because he now has no choice but to send his children to public school.

Fashion also changed. Victoria’s Secret models were henceforth required to parade down catwalks wearing horrible masks resembling bearded Princeton economists. Fox News came out with a roster of all- male, paunchy middle-aged anchors.

And what about Republicans? Though most conservatives were resistant to the Equality Movement, some found the new political environment congenial to their anti-elitist aims.

There was the Grassley-Amash De-Tenure Act of 2016, which abolished the « monstrous inequality » of college-faculty tenure. That was soon followed by the Amash-Grassley Graduate Student Liberation Act of 2017, ending the « master-slave » relationship between professors and their teaching and research assistants.

More controversial was the Grassley-Gowdy De-Ivy Act of 2018, requiring all four-year colleges, public or private, to accept students by lottery. Besides its stated goal of « ending elitism and extending the promise of equality to tertiary education, » many conservatives saw it as a backdoor method of eliminating affirmative action. Liberals countered that it had precisely the opposite effect.

Still, it was not enough for Americans to promote equality within America. Also necessary was to seek equality with other nations. In 2017, Sen. Rand Paul joined with Oakland Rep. Barbara Lee to cap defense spending at no more than 2% of gross domestic product. « Brazil only spends 1.5% of their GDP on defense, and they’ve never been invaded, » said Mr. Paul. « Canada spends about 1.2%, and they’ve only been invaded by us. Maybe the lesson is that a big military makes us less secure, not more. »

In the summer of 2018, a software engineer at Los Alamos uploaded detailed blueprints of a Trident missile warhead to the Internet. Mr. Paul praised the engineer, who fled to Ecuador, as « civil disobedient, » like Martin Luther King Jr., and noted that many scholars believe nuclear proliferation—or nuclear equality—makes the world a safer place.

Of course, not everyone was happy with the emerging utopia. From his yacht 100 miles off the coast of Marin County, hedge- fund billionaire Tom Perkins wrote bilious letters to The Wall Street Journal, which, mysteriously, the Journal saw fit to publish. Fortunately, investigative ace David Brock was able to establish that Mr. Perkins’s real name is Emmanuel Goldstein, and promptly created a Two Minutes Hate program on Media Matters for America, which was very popular.

And then came the State of the Union speech. From the hushed chamber of the House of Representatives, a young Texas congressman named Harrison Bergeron yelled « You lie! » as the president spoke about the joy Americans felt as the promise of equality was finally realized.

Wolfers, J., 2002. Is business cycle volatility costly? Evidence from surveys of subjective wellbeing, Stanford Business School Research Paper No. 1751.

Wu, X., Perloff, J., Golan, A., 2002. Effects of government policies on income distribution and welfare, UC Berkeley working paper, iirwps-086-02.

Voir aussi:

Pour en finir avec les inégalités

Guy Sorman

Le futur, c’est tout de suite

19.12.2013

La justice sociale n’est pas de ce monde mais les peuples la réclament. À en juger par les élections récentes dans des pays aussi divers que l’Allemagne, le Chili et la Corée, cette exigence de justice et d’égalité l’emporte actuellement sur celle de la croissance. Angela Merkel a fait campagne sur le thème de l’égalité sociale et pour gouverner s’est alliée aux Socio-démocrates qui ont obtenu l’instauration d’un salaire minimum national. Quoique de droite, la présidente coréenne, Park Geun-hye, surenchérit dans l’égalitarisme et diabolise les grandes entreprises, moteurs du succès économique de son pays. Au Chili, Michelle Bachelet vient d’être réélue sur des promesses d’inspiration socialiste, tournant le dos à vingt-cinq ans de dynamisme libéral. Rappelons enfin la diatribe récente du Pape François, évoquée dans ces pages le 8 décembre, contre l’économie de marché qui n’engendrerait que l’injustice.

Ces événements dessinent un air du temps qui ne relève pas que de l’idéologie : il est avéré que, même dans les phases de croissance, depuis trente ans, les inégalités de revenus s’accroissent dans toutes les économies de marché. Les salaires de la classe moyenne stagnent, tandis que les revenus des plus riches atteignent des sommets. À cette différenciation croissante des revenus, on envisagera deux explications majeures : la qualification technique et scientifique des plus diplômés leur garantit une surprime sur le marché de l’emploi tandis que ceux qui travaillent sur le marché mondial gagnent des sommes à l’échelle de ce marché, sans commune mesure avec ceux qui restent confinés dans des frontières locales ou nationales.

Mais, expliquer ne satisfait pas les exigences populaires. Que pourrait-on proposer, comme discours électoral ou pratique politique, qui rendraient les écarts de revenus plus acceptables, sans briser le dynamisme du marché, seul garant de la croissance ? À gauche, de tradition, l’égalitarisme passe par le salaire minimum en bas et, en haut, par la confiscation des revenus.

Mais cette mécanique égalitaire produit en réalité plus d’effets pervers que de justice sociale : le salaire minimum légal, s’il dépasse les salaires effectifs, exclut du marché du travail les moins qualifiés. C’est le cas de la France où il a été montré que toute augmentation du salaire minimum accroissait le chômage des jeunes non qualifiés. Aux États-Unis, à l’inverse, la faiblesse du salaire minimum fédéral – ou des salaires minimums d’Etat là où il existe – accélère le retour au travail en fin de crise économique : pour l’instant, car le Président Obama fait campagne pour relever fortement ce minimum fédéral. Quant à l’impôt progressif sur le revenu ou sur le capital, il produit partout la fuite des capitaux et des entrepreneurs.

À droite, la réponse à la question lancinante de l’inégalité est, d’ordinaire, une amélioration des qualifications scolaires. Mais celle-ci est plus facile à invoquer qu’à organiser et de toute manière, les effets en sont lents. Les plus classiques s’en tiennent au laisser-faire : le marché crée de la richesse et la redistribue, mais voici qui est devenu relativement inexact.

On souhaitera donc que la gauche renonce à l’égalitarisme mécanique et la droite à l’égalitarisme béat pour que les uns et les autres proposent une réponse neuve à une situation inédite. C’est possible. Dans la panoplie des économistes, un instrument au moins n’a jamais été utilisé, peut-être parce qu’il n’est ni de droite ni de gauche: l’impôt négatif sur le revenu, aussi appelé revenu minimum universel. Selon le modèle initial tel qu’il fut proposé par Milton Friedman, il y a 50 ans, tout citoyen ou résident légal devrait payer un impôt sur le revenu à partir d’un certain seuil correspondant à une vie décente, et en-dessous du seuil, il serait payé de manière à remonter jusqu’à ce seuil.

Ce revenu minimum par l’État remplacerait toutes les aides et subventions, chacun étant considéré comme capable d’utiliser de manière responsable ce qui lui est garanti. Le revenu minimum universel est un choix éthique – les citoyens sont responsables et pas dépendants – et économique – l’État n’interfère pas avec le marché. Le revenu minimum universel est une solution de rechange aux États Providence essoufflés et une réponse à la question de l’inégalité. Seule manque l’audace politique pour le soumettre aux suffrages.

Voir enfin:

Inequality and happiness: are Europeans and Americans different?

Alberto Alesinaa, Rafael Di Tellab, Robert MacCullochc

Journal of Public Economics 88 (2004)

30 July 2003

Abstract

We study the effect of the level of inequality in society on individual well-being using a total of 123,668 answers to a survey question about ‘‘happiness’’. We find that individuals have a lower tendency to report themselves happy when inequality is high, even after controlling for individual income, a large set of personal characteristics, and year and country (or, in the case of the US, state) dummies. The effect, however, is more precisely defined statistically in Europe than in the US. In addition, we find striking differences across groups. In Europe, the poor and those on the left of the political spectrum are unhappy about inequality; whereas in the US the happiness of the poor and of those on the left is uncorrelated with inequality. Interestingly, in the US, the rich are bothered by inequality. Comparing across continents, we find that left-wingers in Europe are more hurt by inequality than left-wingers in the US. And the poor in Europe are more concerned with inequality than the poor in America, an effect that is large in terms of size but is only significant at the 10% level. We argue that these findings are consistent with the perception (not necessarily the reality) that Americans have been living in a mobile society, where individual effort can move people up and down the income ladder, while Europeans believe that they live in less mobile societies.

1. Introduction

Most governments redistribute income, using both direct and indirect means. Even though this role of the public sector has increased vastly in the last few decades in all industrial countries, European governments are more heavily involved with redistribution than that of the United States. European fiscal systems are more progressive than in the United States and the welfare state is more generous in Europe, where the share of government in the economy is substantially larger than in the United States. For instance, in 2000 the share of total government spending (excluding interest payments) over GDP was about 30% in the US, versus 45% in Continental Europe. The share of transfers over GDP was about 11% in the US and about 18% in Europe, and more than 20 in Germany, Sweden and other northern European countries.1 At the end of the 19th century, the share of transfers over GDP was less than 1% both in Europe and the US. It was about 6% of GDP in the US, and about 10% of GDP in Europe in 1960. The growth of transfers explains almost all of the increase in the size of government and the difference in the size of government between Europe and the US.2

If democratic governments redistribute so much, it must mean that a large fraction of the population favors these programs that are meant to reduce inequality. For a start, the ‘‘poor’’ should be in favor of redistribution, since they gain from it on net. However, this preference is mitigated by the fact that the poor of today may become the rich of tomorrow and they do not want to be the ones who will have to support redistributive schemes. Conversely the rich should oppose redistributions, but if they fear to become poor they may see redistributive policies as an insurance against future potential misfortunes. Therefore, social mobility should influence how forward looking individuals value redistributive polices.3

Beyond self-interest, however, inequality (which is often associated with high poverty rates) may be perceived as a social evil. That is, at least up to a point, even the net losers from redistributive schemes may favor them because they perceive poverty and inequality as social harms. In part, this may also be motivated indirectly by self-interest, to the extent that inequality breeds crime and threats to property rights. But, even beyond that, the observation (or perception) of poverty may negatively affect the welfare of the rich and their sense of fairness. The bottom line is that inequality must be perceived as a social evil especially in those countries with large redistributive programs.

In this paper, we explore whether and why inequality negatively affects individual utility even after controlling for individual income. We measure ‘‘utility’’ in terms of survey answers about ‘‘happiness’’. Some readers may feel uncomfortable using such a vague question like ‘‘are you happy?’’ for any useful statistical investigation. As we discuss below, however, a growing literature both in psychology and in economics successfully uses it, and the patterns observed in the answers to this question are reasonable and quite similar across countries. This gives us confidence in the significance of using such data to study inequality.

We find some intriguing results. First, Europeans and Americans report themselves less happy when inequality is high; however, the effect of inequality on happiness is more precisely estimated for Europe.4 Second, aversion to inequality is concentrated amongst different ideological and income groups across the two regions. There is no clear ideological divide in the US concerning the effect of inequality on happiness. In contrast, those who define themselves leftist show a strong distaste for inequality in Europe, while those who define themselves rightists are unaffected by it. The breakdown of rich versus poor also shows some differences between Europe and the US. In Europe, the happiness of the poor is strongly negatively affected by inequality, while the effect on the rich is smaller in size and statistically insignificant. In the US, one finds the opposite pattern, namely that the group whose happiness seems to be most adversely affected by inequality is the rich. A striking result is that the US poor seem totally unaffected by inequality. Any significance of the inequality coefficient in the US population is mainly driven by the rich.

We argue that these results are due to different perceptions of the degree of social mobility in the US and Europe. Americans believe that their society is mobile so the poor feel that they can move up and the rich fear falling behind. In Europe, a perception of a more immobile society makes the poor dislike inequality since they feel ‘‘stuck’’.5 Alesina et al. (2001) provide different evidence that this is indeed the case. For instance, according to the World Values survey less than 30% of Americans believe that poor are trapped in poverty while 60% of Europeans have this belief. Americans definitively believe that society is mobile and one can escape poverty with hard work. When asked about poverty, in fact about 60% of Americans believe that the poor are lazy while less than 30% of Europeans have the same beliefs. The same authors point out the large mismatch between these strong beliefs and available measures of actual mobility in Europe and US, but for our purposes what matters are individuals’ beliefs.

Given that European citizens seem so averse to inequality, and believe that the poor are stuck in poverty and worthy of help, they should favor redistributive policies, i.e. the welfare state. Broadly speaking this is the message of Boeri et al. (2000). In a survey conducted in three European countries they find that Germans, Italians and Spaniards are reluctant to favor cuts in welfare programs, even though they show a lack of clear understanding of the costs associated with them namely, they tend to understate the costs. Di Tella and MacCulloch (1996) find a desire for higher unemployment benefits in five out of six European countries (the exception being Norway) and a desire for lower or equal unemployment benefits in the United States and Australia.

The present paper is at the crossroads of two lines of research. One is the study of the determinants of ‘‘happiness’’. The economic literature started with Easterlin (1974), who documented stagnant average happiness levels in the US in the face of large increases in income, a question recently taken up by Blanchflower and Oswald (2000) and Inglehart (1996).6 A number of subsequent papers have focused on micro-economic aspects; including the role of being unemployed on self reported well-being (Clark and Oswald, 1994; Winkelmann and Winkelmann, 1998). Di Tella et al. (1997) show that the country- level ‘‘micro-happiness’’ regressions display a very similar structure across 12 OECD countries. That paper also takes a macro-perspective by including aggregate unemploy- ment and a measure of the generosity of the welfare state in these happiness regressions. Other work has used happiness data to study the role of democratic institutions (Granato et al., 1996; Frey and Stutzer, 1999), the inflation–unemployment trade-off (Di Tella et al., 2001; Wolfers, 2002), the role of partisanship in politics (Di Tella and MacCulloch, 1998) and the role of social norms (Stutzer and Lalive, 2000). An early paper by Morawetz et al. (1977) discusses how average happiness varies across two communities in Israel that have different levels of inequality.7

The second line of research is the literature on the determinants of preferences for redistribution. On the theoretical side, some of the key papers are Romer (1975) and Meltzer and Richards (1981) on inequality and redistributions, and Piketty (1995) and Benabou and Ok (2001) on social mobility. Recent empirical work on the demand for redistribution includes Alesina and La Ferrara (2000), Ravallion and Lokshin (2000), Corneo (2000) and Corneo and Gruner (2000). These papers find, looking at the data from the US, Europe and in one case, Russia, that social mobility does affect the preference for redistribution.

This paper is organized as follows. Section 2 describes our data set. Section 3 presents results for the US. Section 4 present results for European countries. In Section 5, we compare results for the US and Europe. The last section concludes.

2. Data and empirical strategy

2.1. Description

The analysis examines US happiness data from the United States General Social Survey (1972–1997) (see Davis and Smith, 1994). We use the happiness question that reads ‘‘Taken all together, how would you say things are these days—would you say that you are very happy, pretty happy, or not too happy?’’ (small ‘‘Don’t know’’ and ‘‘No answer’’ categories are not studied here). This was asked in each of 25 years. In the main analysis, data limitations on state-level inequality data force us to restrict attention to the 19,895 answers that are available for the period 1981–1996.

For Europe, the source of happiness data is the Euro-barometer Survey Series (1975– 1992), which interviews a random sample of Europeans in each year and asked two questions, amongst others, that interest us (see Inglehart et al., 1994). The first is ‘‘Taking all things together, how would you say things are these days—would you say you’re very happy, fairly happy, or not too happy these days?’’ (small ‘‘Don’t know’’ and ‘‘No answer’’ categories are not studied here). The surveys also report the answers of a large number of individuals over 18 years of age to a ‘‘life satisfaction’’ question. This question is: ‘‘On the whole, are you very satisfied, fairly satisfied, not very satisfied or not at all satisfied with the life you lead?’’ (the small ‘‘Don’t know’’ and ‘‘No answer’’ categories are not studied here). We focus on life satisfaction data because they are available for a longer period of time—from 1975 to 1992 instead of just 1975–1986. ‘‘Happiness’’ and ‘‘life satisfaction’’ are highly correlated.

Because we are interested in comparing our results for Europe with those for the US, we coded the European data into similar categories. Since we have three categories for the US and four for Europe, we collapsed European responses that fell into the two bottom categories (not very satisfied and not at all satisfied) into one. In any case, very similar results obtain when the four categories are used for Europe. Appendix A describes both the US General Social Survey and the Euro-barometer Survey Series in greater detail.

For the United States, we take Gini coefficients of per state per year for the period 1981–1996 from Wu et al. (2002). They use income data from the Current Population Survey (CPS) March Supplement. Beginning in 1981, the CPS includes information on the value of government transfers, tax liability and credit for each family. Wu et al. then collect data from the American Housing Survey, the Income Survey Development Program and the Internal Revenue Service and combine them with the CPS data to create simulations of taxes paid, number of tax filing units, adjusted gross income, and other characteristics for the March CPS. Based on the augmented series, the authors construct the after-transfer, after-tax monetary income by adding the CPS income with the corresponding value of food stamps, tax payments or credits for each family. Based on these data, they create what to our knowledge is one of the best series of inequality measures at the state level for the US that we have available today. For more description of these data, see Wu et al. (2002).

For Europe, we use Gini coefficients from the Deininger and Squire (1996) data set. We use only part of their ‘‘high quality’’ data. These data satisfy three minimum standards of quality: they are based on household surveys, the population covered is representative of the entire country and the measure of income (or expenditure) used is comprehensive including income from self-employment, non-wage earnings as well as nonmonetary income. The data set is normally considered the best available for cross-country comparison and it is widely used. However, it is not without its drawbacks, as discussed by Atkinson and Brandolini (1999). The problems concern the fact that the Gini coefficients for different countries have not all been calculated using the same methods. For example, some are based on gross income, while others use net (disposable) income. In our sample, three observations for Denmark, three observations for France and four observations for Germany are based on gross income whereas the rest are based on net income. In addition, although the Deininger and Squire (1996) data set is largely based on the household as the choice of reference unit, some measurements are based at the individual level. Another difference between the country time series of Gini coefficients is that some use expenditure whereas others use income. In order to minimise problems caused by the differences in definitions and sources, we use only consistent time series of their ‘‘high quality’’ data within each country. The remaining differences in the bases used to estimate inequality across countries are at least partially controlled for by including country dummies. The definitions and sources of other variables used in the paper are described in Appendix A.

Tables A-US, B-US, A-Eur and B-Eur report some basic statistics for our US and European samples. Concerning ‘‘happiness’’, the patterns across Europe and the US seem similar, which is somewhat reassuring that the question is interpreted similarly in the two places. For a start, the breakdown between different levels of happiness in the sample is fairly similar in Europe and the US. For instance, about 57% in the US and 54% in Europe are in the intermediate category. Patterns of happiness and marital status are similar. Interestingly, looking across the columns denoting different income quartiles, personal income seems to have a stronger effect in the US than in Europe, an observation consistent with a larger share of public consumption and more progressive taxation in Europe than in the US.

(…)

6. Conclusion

Countries differ greatly in the degree of income inequality that they tolerate, even at similar stages of development. European observers object to the higher (and, for much of the past few decades, growing) inequality in the US. American commentators argue that European society’s ‘‘obsession’’ with inequality stifles creativity and creates a vicious circle of welfare addiction of the poor. Do these differences of opinion simply reflect different preferences about the merits of equality in the two sides of the Atlantic? Furthermore, is a preference for equality just a matter of ‘‘taste,’’ or does it reflect something else in society, such as the level of social mobility?

We use the answers to a simple well-being question. We simply correlate the answers to the well-being question asked to thousands of individuals in Europe and America over many years with measured levels of inequality. All that this method requires is an individual’s ability to introspect and evaluate his or her own happiness.

Our results show that, controlling for personal characteristics of the respondents, state/ country effects and year effects, individuals tend to declare lower happiness levels when inequality happens to be high. The effect in America seems to be less precisely estimated than in Europe, although the overall difference is not statistically significant. We then investigate differences across income and ideological groups. We find that the rich and the right-wingers in Europe are largely unaffected by inequality. Instead, we identify strong negative effects of inequality on the happiness of the European poor and leftists. In the US, the poor and the left-wingers are not affected by inequality, whereas the effect on the rich is negative and well defined. Comparing these groups across continents, we find that the European left is more affected by inequality than the American left. The difference appears to be large in size and very well defined statistically. There are no differences across the American right and the European right. In terms of income groups, there are no differences between the American rich and the European rich in terms of how inequality affects their reported happiness levels. The poor in Europe, however, are more affected by inequality than the American poor. The difference is very large in terms of size, although only statistically significant at the 10% level.

This suggests that European aversion to inequality does not originate in different preferences in the US and Europe. Suppose that ‘‘equality’’ is a luxury good, the demand for which rises with income more than proportionally, or even a normal good. Then we should find that the European rich dislike inequality more than the European poor, like in the US. A more reasonable interpretation is that opportunities for mobility are (or are perceived to be) higher in the US than in Europe.

Acknowledgements

We thank Eliana La Ferrara, Norman Loayza, Andrew Oswald, Thomas Piketty, three anonymous referees and participants in many seminars for their discussions and comments. We are very grateful to Rebecca Blank, Eliana La Ferrara, Jeff Perloff and Ximing Wu for their generous help with data. Min Shi provided excellent research assistance. Alesina gratefully acknowledges financial support form the NSF through the NBER.

1 For historical data on the growth of redistributive programs in industrial countries, see Tanzi and Schuknecht (2000). For a comparison of redistributive policies in the US and in Europe, see Alesina et al. (2001). 2 See Alesina et al. (2001) for a discussion and comparison of the evolution of European versus American welfare states.

3 See Benabou and Ok (2001) for a precise theoretical formulation of this idea and Alesina and La Ferrara

(2000) for empirical tests.

4 Given the lack of an established source in the literature, we experimented with different inequality data for the US. The data we use in this version of the paper are probably the most accurate. However, it is worth mentioning that with other data the effect of inequality on well-being in the US is even weaker and not statistically significant. For more discussion of this point, see the working paper version of this article.

5 Unfortunately, data problems make conclusive tests of this hypothesis concerning social mobility in the two sides of the Atlantic almost impossible, as noted by Atkinson et al. (1992). However, in an interesting comparison, Checchi et al. (1999) find that social mobility is higher in the US than in Italy. Bjorklund and Janiti (1997) find inconclusive results in their comparison of Sweden and the US.

6 There is, to be sure, a large literature in psychology using self reported measures of well-being (see Diener et al., 1999; Kahneman et al., 1999).

7 Our paper, and we believe much of the happiness literature, can be understood as an application of experienced utility, a concept that emphasises the pleasures derived from consumption (discussed in Kahneman and Thaler, 1991). It argues, in essence, that there are circumstances where measures of experienced utility can be derived (such as happiness responses) that are reasonable substitutes to observing individual choices. Ng (1996) discusses the theoretical structure of subjective well-being responses while Kahneman et al. (1997) propose a formal axiomatic defense of experienced utility (see also Tinbergen, 1991; van Praag, 1991).

8 Inglehart (1990) looks at the cross section. He finds some evidence of a positive correlation and offers some arguments explaining why the correlation may be spurious.

9 The ordered logit regressions are implemented using the Generalized Estimating Equation (GEE) setup developed by Liang and Zeger (1986). GEE allows for an unrestricted correlation structure within clusters and can be used for nonlinear models. It is GEE standard errors that are produced by the STATA cluster command. The operating characteristic of alternative cluster adjustments is an active area for current research. For further discussion, see Angrist and Lavy (2002), and for Monte Carlo evidence of alternative adjustment procedures, see for example, Agurzky and Schmidt (2001), Bertrand et al. (2001), Braun and Feng (2001) and Thornquist and Anderson (1992).

10 Stutzer and Frey (2003) use panel evidence from Germany to establish whether married people are happier, or whether happiness is a good predictor of getting married.

11 See Di Tella et al. (1997) for comparisons of happiness equations across individual OECD countries.

12 In the working paper version of this paper, we found no correlation between inequality and happiness in the US using inequality data (as measured by the Gini coefficient) at the state level from the 1979 and 1989 census. Even when we incorporate the 1969 census the coefficient on inequality in a US happiness regression remains insignificant. We also experimented using state inequality measures (the 80/20 ratio) created by the Economic Policy Institute with Current Population Survey data, averaged for 3 years every 10 years (i.e. 1978 – 1980, 1988 – 1990 and 1998 – 2000). Again the coefficient on inequality was insignificant in a US happiness regression. Finally, we used a measure of inequality (the 50/10) ratio presented in Blank (2001), calculated from annual wage data from the Outgoing Rotation Group (ORG) data of the monthly CPS, with similarly insignificant results.

13 For ordered logit, the conversion from coefficients to probability effects is calculated using the formula: DProbability(Person being in top happiness category)=1􏰀1/(1+exp(score+coefficient􏰁DX􏰀_b[_cut2]))􏰀 (1􏰀1/(1+exp(score􏰀_b[_cut2]))) where DX is the change in the explanatory variable, _b[_cut2] is the top cut point and score refers to the predicted value of the underling continuous variable.

14 Note that although our inequality measure has been calculated using equivalent income, the measure of income used in the US tables is measured at the household level. We ran all the identical regressions but dividing household income by the square root of family size (estimated using the available data we have on number of children). This gives a measure of equivalent income similar to those used to calculate our inequality data. The results remain almost identical.

15 States where inequality fell and happiness did not rise include Arkansas where between 1986 and 1994 the post-tax Gini fell from 0.38 to 0.33 and average happiness of the people there dropped over this time period (from 2.3 to 2.1 averaged over a cardinal 1 – 3 scale). Another example is Missouri where between 1983 and 1996 the Gini fell from 0.35 to 0.32 and average happiness also went down (from 2.4 to 2.2 averaged over a 1–3 scale).

16 In a regression of state inequality on state unemployment rates, controlling for country and year fixed effects, the coefficient on the unemployment rate is 0.457, significant at the 1% level (t-stat = 4.6).

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Winkelmann, L., Winkelmann, R., 1998. Why are the unemployed so unhappy? Evidence from panel data. Economica 65 (257), 1–15.

Voir enfin:

The Great Divide
Inequality Is a Choice
Joseph E. Stiglitz
Oinionator
October 13, 2013
The Great Divide is a series about inequality.

It’s well known by now that income and wealth inequality in most rich countries, especially the United States, have soared in recent decades and, tragically, worsened even more since the Great Recession. But what about the rest of the world? Is the gap between countries narrowing, as rising economic powers like China and India have lifted hundreds of millions of people from poverty? And within poor and middle-income countries, is inequality getting worse or better? Are we moving toward a more fair world, or a more unjust one?

These are complex questions, and new research by a World Bank economist named Branko Milanovic, along with other scholars, points the way to some answers.

Starting in the 18th century, the industrial revolution produced giant wealth for Europe and North America. Of course, inequality within these countries was appalling — think of the textile mills of Liverpool and Manchester, England, in the 1820s, and the tenements of the Lower East Side of Manhattan and the South Side of Chicago in the 1890s — but the gap between the rich and the rest, as a global phenomenon, widened even more, right up through about World War II. To this day, inequality between countries is far greater than inequality within countries.

But starting around the fall of Communism in the late 1980s, economic globalization accelerated and the gap between nations began to shrink. The period from 1988 to 2008 “might have witnessed the first decline in global inequality between world citizens since the Industrial Revolution,” Mr. Milanovic, who was born in the former Yugoslavia and is the author of “The Haves and the Have-Nots: A Brief and Idiosyncratic History of Global Inequality,” wrote in a paper published last November. While the gap between some regions has markedly narrowed — namely, between Asia and the advanced economies of the West — huge gaps remain. Average global incomes, by country, have moved closer together over the last several decades, particularly on the strength of the growth of China and India. But overall equality across humanity, considered as individuals, has improved very little. (The Gini coefficient, a measurement of inequality, improved by just 1.4 points from 2002 to 2008.)

So while nations in Asia, the Middle East and Latin America, as a whole, might be catching up with the West, the poor everywhere are left behind, even in places like China where they’ve benefited somewhat from rising living standards.

From 1988 to 2008, Mr. Milanovic found, people in the world’s top 1 percent saw their incomes increase by 60 percent, while those in the bottom 5 percent had no change in their income. And while median incomes have greatly improved in recent decades, there are still enormous imbalances: 8 percent of humanity takes home 50 percent of global income; the top 1 percent alone takes home 15 percent. Income gains have been greatest among the global elite — financial and corporate executives in rich countries — and the great “emerging middle classes” of China, India, Indonesia and Brazil. Who lost out? Africans, some Latin Americans, and people in post-Communist Eastern Europe and the former Soviet Union, Mr. Milanovic found.

The United States provides a particularly grim example for the world. And because, in so many ways, America often “leads the world,” if others follow America’s example, it does not portend well for the future.

On the one hand, widening income and wealth inequality in America is part of a trend seen across the Western world. A 2011 study by the Organization for Economic Cooperation and Development found that income inequality first started to rise in the late ’70s and early ’80s in America and Britain (and also in Israel). The trend became more widespread starting in the late ’80s. Within the last decade, income inequality grew even in traditionally egalitarian countries like Germany, Sweden and Denmark. With a few exceptions — France, Japan, Spain — the top 10 percent of earners in most advanced economies raced ahead, while the bottom 10 percent fell further behind.

But the trend was not universal, or inevitable. Over these same years, countries like Chile, Mexico, Greece, Turkey and Hungary managed to reduce (in some cases very high) income inequality significantly, suggesting that inequality is a product of political and not merely macroeconomic forces. It is not true that inequality is an inevitable byproduct of globalization, the free movement of labor, capital, goods and services, and technological change that favors better-skilled and better-educated employees.

Of the advanced economies, America has some of the worst disparities in incomes and opportunities, with devastating macroeconomic consequences. The gross domestic product of the United States has more than quadrupled in the last 40 years and nearly doubled in the last 25, but as is now well known, the benefits have gone to the top — and increasingly to the very, very top.

Last year, the top 1 percent of Americans took home 22 percent of the nation’s income; the top 0.1 percent, 11 percent. Ninety-five percent of all income gains since 2009 have gone to the top 1 percent. Recently released census figures show that median income in America hasn’t budged in almost a quarter-century. The typical American man makes less than he did 45 years ago (after adjusting for inflation); men who graduated from high school but don’t have four-year college degrees make almost 40 percent less than they did four decades ago.

American inequality began its upswing 30 years ago, along with tax decreases for the rich and the easing of regulations on the financial sector. That’s no coincidence. It has worsened as we have under-invested in our infrastructure, education and health care systems, and social safety nets. Rising inequality reinforces itself by corroding our political system and our democratic governance.

And Europe seems all too eager to follow America’s bad example. The embrace of austerity, from Britain to Germany, is leading to high unemployment, falling wages and increasing inequality. Officials like Angela Merkel, the newly re-elected German chancellor, and Mario Draghi, president of the European Central Bank, argue that Europe’s problems are a result of a bloated welfare spending. But that line of thinking has only taken Europe into recession (and even depression). That things may have bottomed out — that the recession may be “officially” over — is little comfort to the 27 million out of a job in the E.U. On both sides of the Atlantic, the austerity fanatics say, march on: these are the bitter pills that we need to take to achieve prosperity. But prosperity for whom?

Excessive financialization — which helps explain Britain’s dubious status as the second-most-unequal country, after the United States, among the world’s most advanced economies — also helps explain the soaring inequality. In many countries, weak corporate governance and eroding social cohesion have led to increasing gaps between the pay of chief executives and that of ordinary workers — not yet approaching the 500-to-1 level for America’s biggest companies (as estimated by the International Labor Organization) but still greater than pre-recession levels. (Japan, which has curbed executive pay, is a notable exception.) American innovations in rent-seeking — enriching oneself not by making the size of the economic pie bigger but by manipulating the system to seize a larger slice — have gone global.

Asymmetric globalization has also exerted its toll around the globe. Mobile capital has demanded that workers make wage concessions and governments make tax concessions. The result is a race to the bottom. Wages and working conditions are being threatened. Pioneering firms like Apple, whose work relies on enormous advances in science and technology, many of them financed by government, have also shown great dexterity in avoiding taxes. They are willing to take, but not to give back.

Inequality and poverty among children are a special moral disgrace. They flout right-wing suggestions that poverty is a result of laziness and poor choices; children can’t choose their parents. In America, nearly one in four children lives in poverty; in Spain and Greece, about one in six; in Australia, Britain and Canada, more than one in 10. None of this is inevitable. Some countries have made the choice to create more equitable economies: South Korea, where a half-century ago just one in 10 people attained a college degree, today has one of the world’s highest university completion rates.

For these reasons, I see us entering a world divided not just between the haves and have-nots, but also between those countries that do nothing about it, and those that do. Some countries will be successful in creating shared prosperity — the only kind of prosperity that I believe is truly sustainable. Others will let inequality run amok. In these divided societies, the rich will hunker in gated communities, almost completely separated from the poor, whose lives will be almost unfathomable to them, and vice versa. I’ve visited societies that seem to have chosen this path. They are not places in which most of us would want to live, whether in their cloistered enclaves or their desperate shantytowns.


Martin Luther King/85e: Cachez cette religion que ne saurai voir ! (No religion please, we’re Americans!)

20 janvier, 2014
St MLKhttp://dwellingintheword.files.wordpress.com/2012/04/amos-5-24-2.jpghttps://i0.wp.com/www.amdoc.org/projects/truelives/pressroom/mayalin/images/03_mayalin.jpghttps://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/40/Westminster_Abbey_C20th_martyrs.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/01/28676-libertybellatlibertymiddle.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/01/a6560-freeatlast.pngMoïse monta des plaines de Moab sur le mont Nebo, au sommet du Pisga, vis-à-vis de Jéricho. Et l’Éternel lui fit voir tout le pays (…) L’Éternel lui dit: C’est là le pays que j’ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant: Je le donnerai à ta postérité. Je te l’ai fait voir de tes yeux; mais tu n’y entreras point. Moïse, serviteur de l’Éternel, mourut là, dans le pays de Moab, selon l’ordre de l’Éternel. (…) Les enfants d’Israël pleurèrent Moïse pendant trente jours, dans les plaines de Moab (…) Il n’a plus paru en Israël de prophète semblable à Moïse, que l’Éternel connaissait face à face. Nul ne peut lui être comparé pour tous les signes et les miracles que Dieu l’envoya faire au pays d’Égypte contre Pharaon, contre ses serviteurs et contre tout son pays, et pour tous les prodiges de terreur que Moïse accomplit à main forte sous les yeux de tout Israël. Deutéronome 34 : 1-12
Comme tout le monde, j’aimerais vivre une longue vie. La longévité est importante mais je ne suis pas concerné par ça maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a autorisé à grimper sur la montagne! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Martin Luther King (extrait de son sermon à la veille de son assassinat)
Que la droiture soit comme un courant d’eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. Amos 5: 24
Que toute vallée soit exhaussée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées! Que les coteaux se changent en plaines, Et les défilés étroits en vallons! Alors la gloire de l’Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra. Esaïe 40: 4-5
Et nous sommes déterminés ici à Montgomery, de travailler et de nous battre jusqu’à ce que la justice jaillisse comme l’eau et le droit comme un torrent intarissable. Martin Luther King (Montgomery, 1955)
Nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable. (…) Je rêve qu’un jour toute vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair. Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud. Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Martin Luther King (Washington, 1963)
Vous proclamerez la liberté dans le pays pour tous ses habitants. Lévitique 25: 10
Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! Mon pays, c’est toi que je chante (ancien hymne national américain)
Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres !  Negro spiritual
Hold the same fight that made Martin Luther the King, I ain’t usin’ it for the right thing, In between Lean and the fiens, hustle and the schemes, I put together pieces of a Dream I still have one …The world waitin’ for me to yell « I Have a Dream … Common
Now, the main thing, Martin Luther King wanted not to be a deity. He wanted to be just an ordinary man. He did not want to be a saint or viewed as a saint. He was just a human being, capable of becoming and producing and leading his people out of the wilderness of segregation into the promise land, saying to me, privately, long before he said it from the Memphis pulpit, « Ralph, I may not get there, but I have been to the mountain top. » « Take my people on across this Jordan to the land of Canaan », « And I want freedom for all Americans. » And he freed many white people and poor people who were black, American Indians, the native people of this country and he was just a marvelous and fantastic leader and I am surprised that they would center on four pages and I didn’t ever say that he had sex with anybody. I said that when I was awakened, he was coming out of the room with this lady and maybe, I don’t know what they did, he never told me he had sex with that lady. He may have been in there discussing and debating and trying to get her to go along with the movement, I don’t know, the sanitation workers track. I did not say that later that when we arrived at the motel, the Lorraine Motel, that he engaged in sex. I merely said that this Kentucky Legislator was there and when I discovered that he was in good hands, I took off and went to bed because it was about 1:30 to 2 in the morning. I did not try to dodge the issue. Ralph Abernathy (39:50-42:43)
Il y a, cependant, des considérations pratiques occasionnelles qui justifient les tergiversations, voire la répression. Au cours de la l’hystérie médiatique Monica Lewinsky, Bill Clinton a été neutralisé, incapable de mener à bien les tâches qui étaient les siennes avec le cafouillage sur les taches des robes bleues et la configuration exacte du pénis présidentiel. Il aurait pu être  désastreusement distrayant si, pendant la crise des missiles cubains, on avait appris que les frères Kennedy se faisaient Marilyn Monroe à tour de rôle. Les grandes affaires du monde sont plus importantes que ces anecdotes. La vision de MLK n’a pas encore été entièrement accomplie: jusqu’à qu’elle le soit, son héritage doit être protégé, comme l’a été la réputation publique des Kennedy en leur temps. Tant pis si cela requiert une dose d’aseptisation, la lutte continue pour les droits civiques n’est pas chose futile. Néanmoins, je préférerais de beaucoup voir le film de Greengrass que celui de Spielberg, pas vous? John Sutherland (The Guardian)
Du rififi à Montgomery Les studios Universal ont décidé de lâcher Memphis, un projet de film sur Martin Luther King porté par le réalisateur Paul Greengrass (Bloody Sunday, United 93, Green Zone, la série des Jason Bourne…), qu’ils prévoyaient de sortir à l’occasion du prochain Martin Luther King Day, en janvier 2012. La raison officielle est qu’ils craignent que le film ne puisse pas être prêt à temps, mais il existe une raison officieuse, selon le site Deadline, qui a révélé l’information: «Les héritiers King se montraient très critiques envers le projet et ont exercé des pressions sur le studio pour qu’il l’abandonne. […] La famille aurait fait savoir qu’elle pourrait manifester publiquement son déplaisir concernant le scénario de Greengrass.» (…) «Il devait se concentrer sur les derniers moments controversés de Martin Luther King en mars-avril 68, de son combat pour les droits des éboueurs de Memphis à ses relations enflammées avec le président Johnson en raison de leur désaccord sur le Vietnam, en passant par sa vision du Black Power et de la classe ouvrière. Le film devait aussi s’attarder sur sa vie personnelle, alors qu’à l’époque sa tabagie s’intensifiait, son mariage s’effondrait et qu’il consommait des quantités déraisonnables de nourriture et d’alcool.»Un ami et confident de King, Andrew Young, ancien maire d’Atlanta, s’en est lui pris au projet dans les colonnes du quotidien britannique The Independent on Sunday: «Ce scénario était fondé sur des informations fausses. Des gens ont témoigné devant le Congrès du fait que le FBI avait fabriqué certaines informations, comme celle selon laquelle Martin et Coretta songeaient au divorce. […] C’est une histoire trop grandiose pour s’attarder sur des balivernes. […] Je veux que quelqu’un fasse pour Martin Luther King ce que Sir Richard Attenborough a fait pour Gandhi.» Deadline estime que cette attitude pourrait également s’expliquer par l’existence d’un autre projet porté par le scénariste Ronald Harwood (Le Pianiste de Polanski) et les studios Dreamworks de Steven Spielberg, qui ont payé les droits pour pouvoir utiliser les discours du leader des droits civiques. Un troisième projet sur Martin Luther King, Selma, du réalisateur Lee Daniels, a lui échoué à se lancer. Revenant sur cette affaire et sur celle de la mini-série sur les Kennedy tournée puis refusée par une chaîne américaine, le chroniqueur John Sutherland livre un point de vue ambigu dans The Guardian, en estimant qu’un certain degré de réécriture de l’Histoire peut encore se justifier: « La vision de MLK n’a pas encore été entièrement accomplie: jusqu’à qu’elle le soit, son héritage doit être protégé, comme l’a été la réputation publique des Kennedy en leur temps. Tant pis si cela requiert une dose d’aseptisation, la lutte continue pour les droits civiques n’est pas chose futile. Néanmoins, je préférerais de beaucoup voir le film de Greengrass que celui de Spielberg, pas vous? » Slate
Oliver Stone         @TheOliverStone Follow
Sad news. My MLK project involvement has ended. I did an extensive rewrite of the script, but the producers won’t go with it.
10:04 PM – 17 Jan 2014
Oliver Stone         @TheOliverStone Follow
The script dealt w/ issues of adultery, conflicts within the movement, and King’s spiritual transformation into a higher, more radical being
10:13 PM – 17 Jan 2014
Oliver Stone         @TheOliverStone Follow
I’m told the estate & the ‘respectable’ black community that guard King’s reputation won’t approve it. They suffocate the man & the truth.
10:21 PM – 17 Jan 2014
Oliver Stone         @TheOliverStone Follow
I wish you could see the film I would’ve made. I fear if ‘they’ ever make it, it’ll be just another commemoration of the March on Washington
10:30 PM – 17 Jan 2014
Oliver Stone         @TheOliverStone Follow
Martin, I grieve for you. You are still a great inspiration for your fellow Americans—but, thank God, not a saint.
10:39 PM – 17 Jan 2014
Oliver Stone has run smack into the same wall on a Dr. Martin Luther King Jr biopic that director Paul Greengrass hit when Universal kicked his MLK project Memphis to the curb two years back. Stone took to his Twitter account today to say that DreamWorks and Warner Bros rejected his script rewrite and that he was done with the movie that also had Jamie Foxx attached. It came down to the studios — which are in lockstep with the MLK estate that brought them the right to use his famous copyrighted speeches — rejecting Stone’s characterization of long-running rumors that King Jr. engaged in extramarital affairs. “I’m told the estate & the ‘respectable’ black community that guard King’s reputation won’t approve it. They suffocate the man & the truth,” Stone tweeted. He also added a message directly to MLK: ‘I wish you could see the film I would’ve made. I fear if ‘they’ ever make it, it’ll be just another commemoration of the March on Washington.” This is almost a carbon copy of what happened two years ago with Memphis, the superb script that Captain Phillips helmer Greengrass wrote and set at Universal with producer Scott Rudin. The project stopped in its tracks after a version of the script found its way to the King family, and Ambassador Andrew Young, who was one of Dr. King’s closest confidants during the turbulent Civil Rights movement of the ’60s. While Universal was never really clear on why it halted the movie, blaming scheduling, it is clear that a film disowned by MLK’s family might hurt its audience appeal. (…) I read the script for Memphis – which juxtaposed MLK’s final days, haunted by Hoover’s FBI, whose agents were then thrust into a ticking-clock thriller to find his killer — and found it to be exceptionally good, and the depiction of Dr. King with a woman who wasn’t his wife was presented in matter-of-fact fashion and wasn’t a focus of the story at all. It was just there. (…) I suggested that when films canonize subjects, audiences can sense it, and that is why good biopics mix reverence with warts-and-all treatment. (…) Stone had no choice to move off the project, which has to be blessed by Dr. King’s heirs. Greengrass has no such shackles. When I interviewed Greengrass recently, he promised that he will make the film. He just wants to do something else beforehand as he takes his time to find the right actor to play the Civil Rights leader. Here are the comments he made, right after the death of Nelson Mandela, whose recently released biopic Mandela: Long Walk To Freedom showed the former South African leader in a less than flattering light that included extramarital affairs. By the way, it didn’t undermine Mandela’s evolution and heroism. (…) Greengrass told me recently. “I don’t think it will be next. I didn’t want Memphis to come out when it was all about the King of ‘I have a dream.’ There’s an arc to that very great life, somewhat the reverse of Mandela’s life. 1963 was a moment of transcendent oratorical achievement that in the following year ushered in busing rights and other civil rights acts. I was more interested in the King of ’68, very late in his life, when I think he was having a crisis of faith. That felt real to me. My family, on my father’s side, is strict Baptist. I understand the valleys and the mountains of growing up with that, in a British context. The way I see it is, any time between now and four or five years’ time it will be time to make that movie. I also need to meet the actor who’ll play him.” (…)  Even though there are pitfalls, fact-based films are often the most satisfying and enduring films Hollywood makes. But DreamWorks and Warner Bros are in a bind here. Stone is right, the forgettable biopics are the ones that are too reverent to their subject. “Martin, I grieve for you,” Stone wrote. “You are still a great inspiration for your fellow Americans–but thank God, not a saint.” Mike Fleming jr.
Nous ne rendons pas service à Martin Luther King et au pays qu’il a contribué à changer quand nous enjolivons l’image du tumulte social et politique déclenché par le mouvement pour les droits civiques, mouvement extrêmement controversé qui s’est heurté à une opposition acharnée. Tout comme King lui-même. On ne se souvient qu’imparfaitement de Martin Luther King, réduit à quelques fragments de rhétorique dans les gentils sermons du dimanche et à une silhouette de teinte sépia dans les parades scolaires. Si vous vous imaginez que King était un homme paisible et modéré sur le plan politique, passionné mais jamais provocateur, vous ne savez rien de lui. Vous avez fait d’une personnalité complexe une caricature. Il était bien plus que sa célèbre formule « Je fais un rêve ». Les archives historiques montrent que King était rejeté comme un communiste – un traître – par une grande partie des citoyens américains, et non des moindres, tel le directeur du FBI de l’époque, J. Edgar Hoover. Alors que King incitait ses partisans à n’opposer aux chiens policiers et aux lances à incendie que des têtes baissées, on l’accusait de fomenter des violences.(…) Si King louait généreusement les responsables religieux blancs, juifs et catholiques compris, qui soutenaient le mouvement pour les droits civiques, il critiquait aussi férocement les hommes d’Eglise blancs qui ne le faisaient pas. Dans un entretien accordé en 1965 au magazine Playboy, il expliquait : « L’Eglise blanche m’a considérablement déçu. Alors que l’homme noir lutte contre une terrible injustice, la plupart des religieux blancs n’ont à offrir que de pieuses absurdités et de sentencieuses bêtises. Les paroissiens blancs, qui tiennent tant à se dire chrétiens, pratiquent la ségrégation dans la maison de Dieu avec la même rigidité que dans les salles de cinéma. Les croyants blancs sont bien trop nombreux à se montrer timides et inefficaces, et certains sont hystériques dans leur défense du racisme et des préjugés. » Une des déclarations publiques les plus controversées de Martin Luther King a été sa dénonciation de la guerre du Vietnam, en 1967, lors d’un discours prononcé dans l’église de Riverside, à New York. Outre ses critiques à l’encontre de la guerre elle-même, il s’en est pris vertement au recours à la force de l’Amérique : « Je sais que jamais je ne pourrai de nouveau m’élever contre la violence dont font l’objet les opprimés dans les ghettos sans m’être d’abord exprimé sans ambiguïté à propos du plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd’hui, mon propre gouvernement. » Les Vietnamiens « nous regardent empoisonner leur eau, détruire leurs récoltes par millions d’hectares. Jusqu’à présent, peut-être avons-nous tué 1 million d’entre eux, des enfants pour la plupart », avait-il déclaré. Cynthia Tucker
“It was a good speech,” says Clarence Jones, writer of the final draft. “Substantively it was not his greatest speech. But it was the power of delivery and the power of the circumstances. The crowd, the march, the Lincoln Memorial, the beautiful day. So many intangible things came together … It was a perfect storm.” A great speech is both timely and timeless. First and foremost it must touch and move its immediate audience. It needs to encapsulate the mood of a moment, reflect, and then amplify it. But it must also simultaneously reach over the heads of the assembled toward posterity. There are many excellent speeches so narrowly tailored to the needs of their particular purpose that their lasting relevance is limited. The “I Have a Dream” speech qualified on both counts. It was delivered in a year that started with Alabama governor George Wallace standing on the steps of the state capitol in hickory-striped pants and a cutaway coat declaring, “Segregation now, segregation tomorrow, segregation forever,” and ended with President Kennedy’s assassination. The march was held just ten weeks after Wallace stood in a schoolhouse doorway to prevent black students from going to college, and little more than two weeks before four black girls were bombed to death in Birmingham, Alabama, during Sunday school. So it came at a turning point for both the civil rights movement and the country. The speech starts, both literally and metaphorically, in the shadow of Lincoln (King spoke at the Lincoln Memorial), ends with a quote from a Negro spiritual, and in between quotes the song “My Country ’Tis of Thee” while evoking “a dream rooted in the American dream” and drawing references from the Bible and the Constitution. (…) It speaks, in the vernacular of the black church, with clarity and conviction to African Americans’ historical plight and looks forward to a time when that plight will be eliminated (« We can never be satisfied as long as our children are stripped of their selfhood and robbed of their dignity by signs stating ‘for whites only’. No, no, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until justice rolls down like waters, and righteousness like a mighty stream »). Its nod to all that is sacred in American political culture, from the founding fathers to the American dream, makes it patriotic (« I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed, ‘We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal.' »). It sets bigotry against colour-blindness while prescribing no route map for how we get from one to the other. (« I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists… little black boys and little black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers. ») Gary Younge
These green bars represent familiar songs and hymns and scriptures throughout the piece. These words were sacred to the audience because they’d read and sung them together. The orange bars are references to political documents like the Constitution and the Declaration of independence. … Now let’s look at that amazing climax of the speech … there’s a lot of green … Green, remember, is the spiritual songs and hymns …   the first batch of green is a scripture from the prophetic book of Isaiah making the audience fill as if they are fulfilling scripture. The second batch of green is a patriotic song « My countrys t’is of thee » … The fourth batch of green is the very famous negro spiritual « Free at last ». This serves as a powerful ending to his new bliss. What Dr. King did is he reached into the hearts of his audience. He identified things that were already there and resonated deeply with those things and utilized them throughout his speech to persuade the audience to work towards equality for all men. Nancy Duarte
The Memorial has generated some controversy, first for the choice of a Chinese sculptor. It’s also been pointed out that one of the engraved quotations is broadly paraphrased rather than quoted exactly, and another, though spoken by King, was originally from a sermon given a century earlier by Theodore Parker. Be all that as it may, the sculpture, “The Stone of Hope,” (…) the concept derives from a line in King’s famous “I Have a Dream” speech, delivered 48 years ago tomorrow, from the steps of the Lincoln Memorial. King said that with faith in the dream, “we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope.” Yixin has shown King himself as a kind of stone of hope emerging out of the marble block. King’s language here, as so often, is deeply biblical. My uncle, Carl Scovel, a Unitarian minister, attended the March on Washington in 1963 and heard King and others speak. He said to me it was striking how biblical King’s rhetoric sounded, far more so than any of the other speakers. Hewing stone comes up a lot in the King James Bible. King may not be thinking of any particular passage, but there are several that he might have had in mind. Moses is commanded by God to hew two tables of stone that will become the Ten Commandments (Exodus 34:1-4), for instance. And Jesus is buried in a tomb hewn out of the rock, with a stone rolled in front of it (Matthew 27:59-60). The Temple in Jerusalem is built by the workers of David and Solomon hewing stones out of the mountain (1 Chronicles 22, 2 Chronicles 2). One of the inscriptions on the walls of MLK memorial contains a passage from the prophet Amos that obviously spoke to King: he used it often, including during the 1955 Montgomery Bus Boycott, and later in the “I Have Dream” speech. The wording on the memorial is from the Montgomery speech: “We are determined here in Montgomery to work and fight until justice runs ‘down like water, and righteousness like a mighty stream.’” In 1963, King modified the words slightly: “No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until ‘justice rolls down like waters, and righteousness like a mighty stream.’” The quoted verse is from Amos 5:24 and the language is that of the KJV, with the single exception of the word “justice.” The KJV translators chose “judgment” instead, but the word was altered to “justice” in the American Standard Version (1901), which King may have been remembering as well. (He could also have known the Revised Standard Version of 1952, which also has “justice,” but it changes “mighty stream” to “ever-flowing stream,” so King wasn’t remembering this translation.) The language of the King James Bible, its word choices, its rhythms and patterns of speech, have been a part of American public oratory for the country’s entire history, especially, though not exclusively, among African Americans. (Lincoln’s speeches were highly biblical.) Appropriately, at the inauguration of American’s first African American president, Barack Obama, the Rev. Joseph Lowry repeated the verse from Amos’s prophecy that was so important to Martin Luther King. In his benediction, Lowry looked forward, as King had done, to the time “when justice will roll down like waters and righteousness as a mighty stream.” Hannibal Hamlin
Four days after police arrested Rosa Parks for refusing to surrender her seat to a white man on a Montgomery, Ala., bus, the young Rev. Martin Luther King Jr. explained the Christian foundation of the civil rights movement he was about to lead. « I want to say that we are not here advocating violence, » King said in a Dec. 5, 1955, speech at the Holt Street Baptist Church. « I want it to be known throughout Montgomery and throughout this nation that we are Christian people, » King said. « We believe in the Christian religion. We believe in the teachings of Jesus. The only weapon that we have in our hands this evening is the weapon of protest. » King, a Baptist minister and American patriot whose organization would be called the Southern Christian Leadership Conference, wanted the nation to know that the civil rights movement was rooted in fidelity to Judeo-Christian morality and to America’s founding documents. « And we are determined here in Montgomery, » King said that day in 1955, « to work and fight until justice ‘runs down like water and righteousness like a mighty stream.' » In these last words, King was quoting from the Bible — Amos 5:24. A visitor to the new Martin Luther King Jr. Memorial in Washington, D.C., will find 16 statements from King carved in granite there. One is from his 1955 Montgomery speech. In its entirety, it reads: « We are determined here in Montgomery to work and fight until justice runs ‘down like water, and righteousness like a mighty stream.' » This is as close as the memorial gets to acknowledging that King was a Christian clergyman who passionately argued that discrimination was wrong because it violated God’s law. The words « God, » « Jesus » and « Lord » — ever-present in King’s speeches and sermons — are carved nowhere in the stones of the memorial dedicated in his name. King’s name is repeatedly carved into the memorial. But none of these carvings refer to him as the Rev. Martin Luther King Jr. In all cases, he is called simply « Martin Luther King Jr. » (…) Near the close of his « I Have a Dream » speech » — delivered at the Lincoln Memorial on Aug. 28, 1963 — King cites Isaiah 40:4-5. « I have a dream, » said King, « that one day every valley shall be exalted, and every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight ‘and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.’ « This is our hope, and this is the faith that I go back to the South with, » King said. « With this faith, we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope » On the right side of the granite statue of King at the memorial, the last half of this last sentence is carved in stone: « Out of the mountain of despair a stone of hope. » The first half of the sentence — « With this faith, we will be able to hew » — is missing. Yes, the « faith » is missing. Just a few feet from this statue of King where the word « faith » has been edited from the passage of his « I Have a Dream » speech, there is a similarly secular quote from a sermon reprinted in King’s book, « Strength to Love. » At the end of that sermon, King said: « Jesus is eternally right. History is replete with the bleached bones of nations that refused to listen to him. » The Rev. Martin Luther King was a Christian clergyman who became an American hero by standing up for the God-given rights our nation was founded to protect. It is a shame the name of God cannot be found at his memorial. Terence P. Jeffrey

Attention: un tabou peut en cacher un autre !

Au lendemain de la véritable overdose de panégyriques qui a suivi la mort d’autre grand saint laïque qui, à quelques arrangements près avec son passé de terroriste repenti a eu, lui, droit à plusieurs films …

Et en ce 85e anniversaire du pasteur baptiste et véritable apôtre (républicain, s’il vous plait!) de la lutte pour les droits civiques américain Martin Luther King (né Michael King) …

Comment ne pas s’étonner, 46 ans après sa mort-martyre, que l‘équivalent le plus proche de ce que les Américains puissent avoir d’un saint laïque n’ait toujours pas eu droit, malgré plusieurs récentes tentatives (les nombreux plagiats et les tout aussi multiples liaisons ne semblent décidément pas passer, du moins pour la famille King qui interdit aussi pour des raisons de droits la reproduction du fameux discours de 1963, la rampe de l’histoire ou en tout cas du cinéma grand public ?) , à aucun film ?

Mais surtout, contre toute vérité historique, que les divers monuments qui ont depuis été construits en son honneur aient pu à ce point gommer ce qui faisait justement la force et la résonance proprement prophétiques de ses discours et de son action …

A savoir non seulement les célébrissimes cadences mais la parole vive de la Bible elle-même ?

Missing From Martin Luther King Jr. Memorial: God

Terence P. Jeffrey

CNS news

January 18, 2012

Four days after police arrested Rosa Parks for refusing to surrender her seat to a white man on a Montgomery, Ala., bus, the young Rev. Martin Luther King Jr. explained the Christian foundation of the civil rights movement he was about to lead.

« I want to say that we are not here advocating violence, » King said in a Dec. 5, 1955, speech at the Holt Street Baptist Church.

« I want it to be known throughout Montgomery and throughout this nation that we are Christian people, » King said. « We believe in the Christian religion. We believe in the teachings of Jesus. The only weapon that we have in our hands this evening is the weapon of protest. »

King, a Baptist minister and American patriot whose organization would be called the Southern Christian Leadership Conference, wanted the nation to know that the civil rights movement was rooted in fidelity to Judeo-Christian morality and to America’s founding documents.

« And we are determined here in Montgomery, » King said that day in 1955, « to work and fight until justice ‘runs down like water and righteousness like a mighty stream.' »

In these last words, King was quoting from the Bible — Amos 5:24.

A visitor to the new Martin Luther King Jr. Memorial in Washington, D.C., will find 16 statements from King carved in granite there. One is from his 1955 Montgomery speech. In its entirety, it reads: « We are determined here in Montgomery to work and fight until justice runs ‘down like water, and righteousness like a mighty stream.' »

This is as close as the memorial gets to acknowledging that King was a Christian clergyman who passionately argued that discrimination was wrong because it violated God’s law.

The words « God, » « Jesus » and « Lord » — ever-present in King’s speeches and sermons — are carved nowhere in the stones of the memorial dedicated in his name.

King’s name is repeatedly carved into the memorial. But none of these carvings refer to him as the Rev. Martin Luther King Jr. In all cases, he is called simply « Martin Luther King Jr. »

How important was King’s Christian ministry to him? When he was thrown in the Birmingham jail for marching without a permit on Good Friday 1963, King wrote an open letter expressing disappointment with fellow clergymen who criticized the nonviolent movement to desegregate that city.

« I say it as a minister of the gospel, who loves the church; who was nurtured in its bosom; who has been sustained by its spiritual blessings and who will remain true to it as long as the cord of life shall lengthen, » said King.

In the same letter, King explained again how the civil rights movement was rooted in traditional Christian morality.

« A just law is a manmade code that squares with the moral law or the law of God, » King said. « An unjust law is a code that is out of harmony with the moral law. »

In this letter, King also again argued that the God-given moral law that demanded equal rights for African Americans was the same God-given moral law on which America was founded.

« We will win our freedom because the sacred heritage of our nation and the eternal will of God are embodied in our echoing demands, » said King.

« One day the South will know that when these disinherited children of God sat down at lunch counters they were in reality standing up for the best in the American dream and the most sacred values in our Judeo-Christian heritage, and thus carrying our whole nation back to great wells of democracy which were dug deep by the Founding Fathers in the formulation of the Constitution and the Declaration of Independence, » said King.

The granite slabs at the memorial do quote from this famous letter. But they steer clear of King’s invocation of God’s law, the Declaration and the Constitution. Instead they use these words: « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere. We are caught in an inescapable network of mutuality, tied in a single garment of destiny. Whatever effects one directly, affects all indirectly. »

Near the close of his « I Have a Dream » speech » — delivered at the Lincoln Memorial on Aug. 28, 1963 — King cites Isaiah 40:4-5.

« I have a dream, » said King, « that one day every valley shall be exalted, and every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight ‘and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.’

« This is our hope, and this is the faith that I go back to the South with, » King said. « With this faith, we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope »

On the right side of the granite statue of King at the memorial, the last half of this last sentence is carved in stone: « Out of the mountain of despair a stone of hope. » The first half of the sentence — « With this faith, we will be able to hew » — is missing.

Yes, the « faith » is missing.

Just a few feet from this statue of King where the word « faith » has been edited from the passage of his « I Have a Dream » speech, there is a similarly secular quote from a sermon reprinted in King’s book, « Strength to Love. »

At the end of that sermon, King said: « Jesus is eternally right. History is replete with the bleached bones of nations that refused to listen to him. »

The Rev. Martin Luther King was a Christian clergyman who became an American hero by standing up for the God-given rights our nation was founded to protect. It is a shame the name of God cannot be found at his memorial.

Voir aussi:

Martin Luther King and the King James Bible

Hannibal Hamlin

Manifold greatness

Tomorrow (August 28) was to have been the day for officially opening the new and long-awaited Martin Luther King Memorial in Washington, DC. Hurricane Irene delayed these plans along with so much else. (Check the Memorial’s website for updates on the ceremony plans for the future.) August 28 remains, of course, the anniversary of King’s famous “I have a dream” speech from the March on Washington on August 28, 1963.

For the past week, the site on the Tidal Basin, on a direct line between the Lincoln and Jefferson Memorials, has been open to visitors, though, who could view the impressive sculpture by Lei Yixin and the many quotations from King’s speeches and writings engraved around the site. The Memorial has generated some controversy, first for the choice of a Chinese sculptor. It’s also been pointed out that one of the engraved quotations is broadly paraphrased rather than quoted exactly, and another, though spoken by King, was originally from a sermon given a century earlier by Theodore Parker.

Be all that as it may, the sculpture, “The Stone of Hope,” looks impressive, though I’ve as yet seen it only in photos. The concept derives from a line in King’s famous “I Have a Dream” speech, delivered 48 years ago tomorrow, from the steps of the Lincoln Memorial. King said that with faith in the dream, “we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope.” Yixin has shown King himself as a kind of stone of hope emerging out of the marble block. King’s language here, as so often, is deeply biblical. My uncle, Carl Scovel, a Unitarian minister, attended the March on Washington in 1963 and heard King and others speak. He said to me it was striking how biblical King’s rhetoric sounded, far more so than any of the other speakers. Hewing stone comes up a lot in the King James Bible. King may not be thinking of any particular passage, but there are several that he might have had in mind. Moses is commanded by God to hew two tables of stone that will become the Ten Commandments (Exodus 34:1-4), for instance. And Jesus is buried in a tomb hewn out of the rock, with a stone rolled in front of it (Matthew 27:59-60). The Temple in Jerusalem is built by the workers of David and Solomon hewing stones out of the mountain (1 Chronicles 22, 2 Chronicles 2).

One of the inscriptions on the walls of MLK memorial contains a passage from the prophet Amos that obviously spoke to King: he used it often, including during the 1955 Montgomery Bus Boycott, and later in the “I Have Dream” speech. The wording on the memorial is from the Montgomery speech: “We are determined here in Montgomery to work and fight until justice runs ‘down like water, and righteousness like a mighty stream.’” In 1963, King modified the words slightly: “No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until ‘justice rolls down like waters, and righteousness like a mighty stream.’” The quoted verse is from Amos 5:24 and the language is that of the KJV, with the single exception of the word “justice.” The KJV translators chose “judgment” instead, but the word was altered to “justice” in the American Standard Version (1901), which King may have been remembering as well. (He could also have known the Revised Standard Version of 1952, which also has “justice,” but it changes “mighty stream” to “ever-flowing stream,” so King wasn’t remembering this translation.)

The language of the King James Bible, its word choices, its rhythms and patterns of speech, have been a part of American public oratory for the country’s entire history, especially, though not exclusively, among African Americans. (Lincoln’s speeches were highly biblical.) Appropriately, at the inauguration of American’s first African American president, Barack Obama, the Rev. Joseph Lowry repeated the verse from Amos’s prophecy that was so important to Martin Luther King. In his benediction, Lowry looked forward, as King had done, to the time “when justice will roll down like waters and righteousness as a mighty stream.” That final time of Justice might not yet have arrived, but Lowry must have been thinking that at least some of those waters had rolled down since 1963. King had looked down the Mall toward the Capitol as he shared his dream of racial equality, but Lowry, and Obama, looked back the opposite way from the steps of the Capitol itself.

Hannibal Hamlin, associate professor of English at The Ohio State University, is co-curator of the Manifold Greatness exhibition at the Folger Shakespeare Library.

Voir encore:

On Eve Of MLK Day, Will Adultery Keep Epic Dr. King Movie Off The Big Screen?

Mike Fleming

January 17, 2014

Oliver Stone has run smack into the same wall on a Dr. Martin Luther King Jr biopic that director Paul Greengrass hit when Universal kicked his MLK project Memphis to the curb two years back. Stone took to his Twitter account today to say that DreamWorks and Warner Bros rejected his script rewrite and that he was done with the movie that also had Jamie Foxx attached. It came down to the studios — which are in lockstep with the MLK estate that brought them the right to use his famous copyrighted speeches — rejecting Stone’s characterization of long-running rumors that King Jr. engaged in extramarital affairs. “I’m told the estate & the ‘respectable’ black community that guard King’s reputation won’t approve it. They suffocate the man & the truth,” Stone tweeted. He also added a message directly to MLK: ‘I wish you could see the film I would’ve made. I fear if ‘they’ ever make it, it’ll be just another commemoration of the March on Washington.”

This is almost a carbon copy of what happened two years ago with Memphis, the superb script that Captain Phillips helmer Greengrass wrote and set at Universal with producer Scott Rudin. The project stopped in its tracks after a version of the script found its way to the King family, and Ambassador Andrew Young, who was one of Dr. King’s closest confidants during the turbulent Civil Rights movement of the ’60s. While Universal was never really clear on why it halted the movie, blaming scheduling, it is clear that a film disowned by MLK’s family might hurt its audience appeal. This is an incredibly difficult and emotional situation because it depicts flaws in a man whose message of tolerance and equality and nonviolence still means so much to so many and has made him one of the most galvanizing figures of the 20th Century.

I read the script for Memphis – which juxtaposed MLK’s final days, haunted by Hoover’s FBI, whose agents were then thrust into a ticking-clock thriller to find his killer — and found it to be exceptionally good, and the depiction of Dr. King with a woman who wasn’t his wife was presented in matter-of-fact fashion and wasn’t a focus of the story at all. It was just there. Young understandably felt differently. “There is testimony in congressional hearings that a lot of that information was manufactured by the FBI and wasn’t true,” Young told me. “The FBI testified to that. I was saying simply, why make up a story when the true story is so great? My only concern here is honoring the message of Martin Luther King’s life, and how you can change the world without killing anybody. You’ve seen glimpses of that in the fall of the Berlin Wall, in Poland, South Africa, in a movement in Egypt that began with prayers, where even mercenaries and the most brutal soldiers have trouble shooting someone on their knees. These regimes crumbled before nonviolent demonstrations, and that is a message the world needs.”

I suggested that when films canonize subjects, audiences can sense it, and that is why good biopics mix reverence with warts-and-all treatment. Young said: “It’s not wrong if the warts are there. But we had the most powerful and understanding wives in history: Coretta, my wife Jean, and Ralph Abernathy’s wife Juanita. These women were more dedicated and enthusiastic in pushing us into these struggles than anybody, and the inference Coretta might have been upset about Martin being gone so much or them having marital troubles, it’s just not true. Maybe I’m piqued because nobody read my book, and I tried to be honest, and I was there. We were struggling with history that we didn’t even understand, but somehow by the grace of God it came out right. We were trying to change the world — not by any means necessary, but by being dedicated to loving our enemies and praying for those who persecuted us. That’s hard to believe in this day and age. But I can remember when everybody had guns in the South, and after Martin’s house was bombed, they all came. He sent them home. Time after time, our nonviolent commitment was put the test, but that was one test we passed, even in extremely difficult circumstances.” Young said he offered input on Memphis but hasn’t heard back. “I said I would pay my own way to LA to sit with the writers, tell what really went on, and give them names, but nobody took me up on it,” he said.

Stone had no choice to move off the project, which has to be blessed by Dr. King’s heirs. Greengrass has no such shackles. When I interviewed Greengrass recently, he promised that he will make the film. He just wants to do something else beforehand as he takes his time to find the right actor to play the Civil Rights leader. Here are the comments he made, right after the death of Nelson Mandela, whose recently released biopic Mandela: Long Walk To Freedom showed the former South African leader in a less than flattering light that included extramarital affairs. By the way, it didn’t undermine Mandela’s evolution and heroism.

You’ll definitely see it, I’m just not quite ready to do it yet,” Greengrass told me recently. “I don’t think it will be next. I didn’t want Memphis to come out when it was all about the King of ‘I have a dream.’ There’s an arc to that very great life, somewhat the reverse of Mandela’s life. 1963 was a moment of transcendent oratorical achievement that in the following year ushered in busing rights and other civil rights acts. I was more interested in the King of ’68, very late in his life, when I think he was having a crisis of faith. That felt real to me. My family, on my father’s side, is strict Baptist. I understand the valleys and the mountains of growing up with that, in a British context. The way I see it is, any time between now and four or five years’ time it will be time to make that movie. I also need to meet the actor who’ll play him.”

These fact-based films continue to present creative quandaries, the latest of which is The Wolf Of Wall Street, which got a haul of Oscar nominations this week including Best Picture. It was among five fact-based stories that got Best Picture noms. Even though there are pitfalls, fact-based films are often the most satisfying and enduring films Hollywood makes. But DreamWorks and Warner Bros are in a bind here. Stone is right, the forgettable biopics are the ones that are too reverent to their subject. “Martin, I grieve for you,” Stone wrote. “You are still a great inspiration for your fellow Americans–but thank God, not a saint.”

Voir par ailleurs:

« I have a dream » : il y a 50 ans, Martin Luther King a failli ne pas prononcer ce discours

Béatrice Toulon

journaliste formatrice

Le Nouvel observateur

28-08-2013

LE PLUS. « I have a dream » est l’un des discours les plus célèbres du monde. Prononcés par Martin Luther King le 28 août 1963, ces mots fêtent leurs 50 ans. Mais ce jour-là, le pasteur a failli rater son rendez-vous avec l’histoire… Retour sur les coulisses avec Béatrice Toulon, formatrice spécialiste de la prise de parole en public.

« I have a dream » aurait pu rester dans les mémoires sous le nom « Let Freedom Ring » ou « Go back ». Il aurait pu ne pas avoir de nom du tout, car aujourd’hui, il serait oublié.

« I have a dream », le discours prononcé par Martin Luther King il y a juste 50 ans, le 28 août 1963, a failli être amputé de la partie du rêve éveillé qui lui a donné son statut de chef d’œuvre de rhétorique aux USA et dans le reste du monde.

Le 27 au soir, le leader du Mouvement des droits civiques est dans un hôtel de Washington, avec ses conseillers. Ils parlent du discours qu’il doit prononcer le lendemain. Le 28, on célèbre les 100 ans de l’abolition de l’esclavage. Ce sera le point d’arrivée de la grande marche « Justice et emploi » qui mobilise des dizaines de milliers de personnes qui réclament l’abolition de la ségrégation encore en vigueur dans les États du sud. 100.000 personnes sont attendues, les télévisions ont fait le déplacement.

« Ne mets pas ‘le rêve' »

Les discours, c’est son job. Martin Luther King est pasteur, un de ces prêcheurs du Sud qui changent les messes en kermesses. Il s’est aussi rodé au discours politique à force de meetings. Mais là, c’est différent. Il ne s’adresse pas à ses paroissiens, ni au militants des droits civiques, il s’adresse à toute l’Amérique, il doit lui faire comprendre qu’elle perd son âme en acceptant la ségrégation. Et qu’elle peut encore gagner son ciel.

Les conseillers se disputent pas mal sur le contenu du discours. Wyatt Walker, l’un de ses proches, est sûr d’une chose:

« Ne mets pas ‘le rêve’. C’est trop banal, trop cliché. »

Il parle de « I have a dream ». Ce rêve éveillé d’un monde meilleur, Martin Luther King le place systématiquement dans ses discours depuis quelques temps. Il aime cette idée de décrire une Jérusalem céleste sur Terre. Cela correspond bien à sa double personnalité d’homme d’Église et d’homme d’action.

La semaine précédente, son rêve a eu un beau succès dans son discours à Chicago. Walker insiste :

« Je t’assure, tu l’as trop utilisé. »

Martin Luther King travaille toute la nuit à son discours. Il dira plus tard qu’il a aussi beaucoup dialogué avec Dieu, pour l’inspiration. Le lendemain matin, il descend dans le hall muni et donne son texte à un assistant pour impression. Le rêve n’y figure pas.

« Dis-leur ton rêve, Martin ! »

Martin Luther King est le dernier intervenant de la journée, juste avant la bénédiction. La foule compte 250.000 personnes, du jamais vu. Mais l’ambiance est un peu molle. Les orateurs se sont succédé toute la journée, l’assistance est un peu fatiguée. Le rabbin Prinz évoque l’Allemagne sous Hitler, « un grand peuple devenu muet, simple spectateur » et exhorte les Américains à « ne plus rester muets ». Puis il passe la parole à Martin Luther King.

Orateur aguerri, King est stressé. Il lit son texte, trop. Ceux qui le connaissaient bien diront qu’il n’était pas à son meilleur. Peu à peu, il prend de l’assurance, lève les bras, se met à vibrer à la lecture des mots scandés comme dans les poésies :

« Go back to Mississipi, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana… »

La fin du discours approche. Son conseiller Clarence Jones racontera plu tard qu’à ce moment-là, Mahalia Jackson, la chanteuse et amie très chère du pasteur, lui lance depuis l’arrière de l’estrade :

« Dis leur ton rêve, Martin ! Le rêve… »

King poursuit encore son texte puis lève le nez, met son texte de côté et lance :

« Même si nous affrontons des difficultés, je fais un rêve… »

Clarence Jones entendit Walker s’écrier :

« Oh, merde ! Le rêve… »

Son public : toute l’Amérique

Il ne faut pas toujours écouter les conseillers. Ce que Walker n’avait pas compris c’est que jusqu’à présent, seuls les paroissiens et les partisans avaient entendu les discours/prêches de King.

Son public, cette fois, c’était toute l’Amérique. Il pouvait lui décrive avec son éloquence de génie qu’elle était devenue l’enfer sur terre mais qu’elle pouvait, si elle le voulait, devenir le paradis. Pour cela, il fallait lui faire prendre de la hauteur, une hauteur vertigineuse même, là-haut où les peurs s’effacent devant la beauté de la promesse.

Toute la partie précédente, solide, explicative, puissante n’arriverait pas assez haut sans l’offre d’un rêve, d’une utopie partagée. Martin Luther King expliquera plus tard qu’il avait senti qu’il fallait qu’il ajoute « I have a dream ». Il ne risquait rien, ce n’était pas vraiment une improvisation. Les témoins parleront d’une foule électrisée. L’année suivante toutes les lois raciales étaient abolies.

Pour le racisme, c’est une autre histoire…

Voir enfin:

I Have a Dream

Martin Luther King

Lincoln Memorial, Washington D.C.

28 August 1963

I am happy to join with you today in what will go down in history as the greatest demonstration for freedom in the history of our nation.

Five score years ago, a great American, in whose symbolic shadow we stand today, signed the Emancipation Proclamation. This momentous decree came as a great beacon light of hope to millions of Negro slaves who had been seared in the flames of withering injustice. It came as a joyous daybreak to end the long night of their captivity.

But one hundred years later, the Negro still is not free. One hundred years later, the life of the Negro is still sadly crippled by the manacles of segregation and the chains of discrimination. One hundred years later, the Negro lives on a lonely island of poverty in the midst of a vast ocean of material prosperity. One hundred years later, the Negro is still languished in the corners of American society and finds himself an exile in his own land. And so we’ve come here today to dramatize a shameful condition.

In a sense we’ve come to our nation’s capital to cash a check. When the architects of our republic wrote the magnificent words of the Constitution and the Declaration of Independence, they were signing a promissory note to which every American was to fall heir. This note was a promise that all men, yes, black men as well as white men, would be guaranteed the « unalienable Rights » of « Life, Liberty and the pursuit of Happiness. » It is obvious today that America has defaulted on this promissory note, insofar as her citizens of color are concerned. Instead of honoring this sacred obligation, America has given the Negro people a bad check, a check which has come back marked « insufficient funds. »

But we refuse to believe that the bank of justice is bankrupt. We refuse to believe that there are insufficient funds in the great vaults of opportunity of this nation. And so, we’ve come to cash this check, a check that will give us upon demand the riches of freedom and the security of justice.

We have also come to this hallowed spot to remind America of the fierce urgency of Now. This is no time to engage in the luxury of cooling off or to take the tranquilizing drug of gradualism. Now is the time to make real the promises of democracy. Now is the time to rise from the dark and desolate valley of segregation to the sunlit path of racial justice. Now is the time to lift our nation from the quicksands of racial injustice to the solid rock of brotherhood. Now is the time to make justice a reality for all of God’s children.

It would be fatal for the nation to overlook the urgency of the moment. This sweltering summer of the Negro’s legitimate discontent will not pass until there is an invigorating autumn of freedom and equality. Nineteen sixty-three is not an end, but a beginning. And those who hope that the Negro needed to blow off steam and will now be content will have a rude awakening if the nation returns to business as usual. And there will be neither rest nor tranquility in America until the Negro is granted his citizenship rights. The whirlwinds of revolt will continue to shake the foundations of our nation until the bright day of justice emerges.

But there is something that I must say to my people, who stand on the warm threshold which leads into the palace of justice: In the process of gaining our rightful place, we must not be guilty of wrongful deeds. Let us not seek to satisfy our thirst for freedom by drinking from the cup of bitterness and hatred. We must forever conduct our struggle on the high plane of dignity and discipline. We must not allow our creative protest to degenerate into physical violence. Again and again, we must rise to the majestic heights of meeting physical force with soul force.

The marvelous new militancy which has engulfed the Negro community must not lead us to a distrust of all white people, for many of our white brothers, as evidenced by their presence here today, have come to realize that their destiny is tied up with our destiny. And they have come to realize that their freedom is inextricably bound to our freedom.

We cannot walk alone.

And as we walk, we must make the pledge that we shall always march ahead.

We cannot turn back.

There are those who are asking the devotees of civil rights, « When will you be satisfied? » We can never be satisfied as long as the Negro is the victim of the unspeakable horrors of police brutality. We can never be satisfied as long as our bodies, heavy with the fatigue of travel, cannot gain lodging in the motels of the highways and the hotels of the cities. We cannot be satisfied as long as the negro’s basic mobility is from a smaller ghetto to a larger one. We can never be satisfied as long as our children are stripped of their self-hood and robbed of their dignity by signs stating: « For Whites Only. » We cannot be satisfied as long as a Negro in Mississippi cannot vote and a Negro in New York believes he has nothing for which to vote. No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until « justice rolls down like waters, and righteousness like a mighty stream.« ¹

I am not unmindful that some of you have come here out of great trials and tribulations. Some of you have come fresh from narrow jail cells. And some of you have come from areas where your quest — quest for freedom left you battered by the storms of persecution and staggered by the winds of police brutality. You have been the veterans of creative suffering. Continue to work with the faith that unearned suffering is redemptive. Go back to Mississippi, go back to Alabama, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana, go back to the slums and ghettos of our northern cities, knowing that somehow this situation can and will be changed.

Let us not wallow in the valley of despair, I say to you today, my friends.

And so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: « We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal. »

I have a dream that one day on the red hills of Georgia, the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.

I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.

I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.

I have a dream today!

I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of « interposition » and « nullification » — one day right there in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.

I have a dream today!

I have a dream that one day every valley shall be exalted, and every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight; « and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.« 2

This is our hope, and this is the faith that I go back to the South with.

With this faith, we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith, we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith, we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.

And this will be the day — this will be the day when all of God’s children will be able to sing with new meaning:

My country ’tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing.

Land where my fathers died, land of the Pilgrim’s pride,

From every mountainside, let freedom ring!

And if America is to be a great nation, this must become true.

And so let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire.

Let freedom ring from the mighty mountains of New York.

Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania.

Let freedom ring from the snow-capped Rockies of Colorado.

Let freedom ring from the curvaceous slopes of California.

But not only that:

Let freedom ring from Stone Mountain of Georgia.

Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee.

Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi.

From every mountainside, let freedom ring.

And when this happens, and when we allow freedom ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God’s children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual:

Free at last! Free at last!

Thank God Almighty, we are free at last!3

¹ Amos 5:24 (rendered precisely in The American Standard Version of the Holy Bible)

2 Isaiah 40:4-5 (King James Version of the Holy Bible). Quotation marks are excluded from part of this moment in the text because King’s rendering of Isaiah 40:4 does not precisely follow the KJV version from which he quotes (e.g., « hill » and « mountain » are reversed in the KJV). King’s rendering of Isaiah 40:5, however, is precisely quoted from the KJV.

3 At: http://www.negrospirituals.com/news-song/free_at_last_from.htm

Also in this database: Martin Luther King, Jr: A Time to Break Silence

Audio Source: Linked directly to: http://www.archive.org/details/MLKDream

External Link: http://www.thekingcenter.org/

JE REVE

(traduction en français)

Jeune Afrique

« Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation.

Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité.

Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays.

C’est pourquoi nous sommes venus ici aujourd’hui dénoncer une condition humaine honteuse. En un certain sens, nous sommes venus dans notre capitale nationale pour encaisser un chèque. Quand les architectes de notre République ont magnifiquement rédigé notre Constitution de la Déclaration d’Indépendance, ils signaient un chèque dont tout Américain devait hériter. Ce chèque était une promesse qu’à tous les hommes, oui, aux Noirs comme aux Blancs, seraient garantis les droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur.

Il est évident aujourd’hui que l’Amérique a manqué à ses promesses à l’égard de ses citoyens de couleur. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Amérique a délivré au peuple Noir un chèque en bois, qui est revenu avec l’inscription “ provisions insuffisantes ”. Mais nous refusons de croire qu’il n’y a pas de quoi honorer ce chèque dans les vastes coffres de la chance, en notre pays. Aussi, sommes-nous venus encaisser ce chèque, un chèque qui nous donnera sur simple présentation les richesses de la liberté et la sécurité de la justice.

Nous sommes également venus en ce lieu sacré pour rappeler à l’Amérique les exigeantes urgences de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvant de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu. Il serait fatal pour la nation de fermer les yeux sur l’urgence du moment. Cet étouffant été du légitime mécontentement des Noirs ne se terminera pas sans qu’advienne un automne vivifiant de liberté et d’égalité.

1963 n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que le Noir avait seulement besoin de se défouler et qu’il se montrera désormais satisfait, auront un rude réveil, si la nation retourne à son train-train habituel.

Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Amérique jusqu’à ce qu’on ait accordé au peuple Noir ses droits de citoyen. Les tourbillons de la révolte ne cesseront d’ébranler les fondations de notre nation jusqu’à ce que le jour éclatant de la justice apparaisse.

Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, debout sur le seuil accueillant qui donne accès au palais de la justice : en procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique.

Le merveilleux esprit militant qui a saisi la communauté noire ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les Blancs, car beaucoup de nos frères blancs, leur présence ici aujourd’hui en est la preuve, ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. L’assaut que nous avons monté ensemble pour emporter les remparts de l’injustice doit être mené par une armée bi-raciale. Nous ne pouvons marcher tout seul au combat. Et au cours de notre progression il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble. Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Il y a des gens qui demandent aux militants des Droits Civiques : “ Quand serez-vous enfin satisfaits ? ” Nous ne serons jamais satisfaits aussi longtemps que le Noir sera la victime d’indicibles horreurs de la brutalité policière. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos corps, lourds de la fatigue des voyages, ne trouveront pas un abri dans les motels des grandes routes ou les hôtels des villes.

Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que la liberté de mouvement du Noir ne lui permettra guère que d’aller d’un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps que nos enfants, même devenus grands, ne seront pas traités en adultes et verront leur dignité bafouée par les panneaux “ Réservé aux Blancs ”. Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Je n’ignore pas que certains d’entre vous ont été conduis ici par un excès d’épreuves et de tribulations. D’aucuns sortent à peine d’étroites cellules de prison. D’autres viennent de régions où leur quête de liberté leur a valu d’être battus par les orages de la persécution et secoués par les bourrasques de la brutalité policière. Vous avez été les héros de la souffrance créatrice. Continuez à travailler avec la certitude que la souffrance imméritée vous sera rédemptrice.

Retournez dans le Mississippi, retournez en Alabama, retournez en Caroline du Sud, retournez en Georgie, retournez en Louisiane, retournez dans les taudis et les ghettos des villes du Nord, sachant que de quelque manière que ce soit cette situation peut et va changer. Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour toute vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair.

Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud.

Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité.

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens : “ Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté ! ” Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New-York !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado !

Que la cloche de la liberté sonne depuis les pentes harmonieuses de la Californie !

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Georgie !

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee !

Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi ! Du flanc de chaque montagne, que sonne le cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres ! ”. »

Voir par ailleurs:

And the Walls Came Tumbling Down

by Rev. Ralph David Abernathy

Booknotes

October 29, 1989

BRIAN LAMB: Reverend Ralph David Abernathy, author of the book, « And the Walls Came Tumbling Down, » when did you first think that you wanted to write your autobiography?

ABERNATHY: Oh, about four or five years ago. I decided that I would write my autobiography and I have been working on it ever since then. Not straight out but for given periods, I would write and I would leave it, you know, and go back to it, and come back to it, and so I wanted to write this book.

LAMB: Are you happy about it?

ABERNATHY: Yes, I am very, very happy about it. I am so pleased that it is a good looking book and it is a good book and it is more than 600 pages of my life story. I am the son of a farmer and I grew up in Linden, Alabama — Meringo County, the heart of the black belt. My grandfather and my grandmother were born slaves and I just wanted to tell my story and to show the youth of America, the children of America, that you may be locked in poverty and you may have a difficult time surviving but you can be, what my dear friend, Martin Luther King, often quoted: « If you can’t be a pine on the top of the hill, be a scrub in the valley but be the best little scrub by the side of the hill…be a bush if you can’t be a tree. » So you can be something and somebody if you do not lose your sense of worth and dignity and somebody-ness.

LAMB: I want to start with the last part of the book first, the epilogue. In there you describe that in 1980 you supported Ronald Reagan for the presidency. Why did you do that?

ABERNATHY: Well, I did it for the simple reason first. I did not believe President Carter could lead the nation forward at that particular juncture. He is a good man but I just did not feel that you could run the country as he had ran the state of Georgia and he did not have, around him, the staff, that was able to do that. Secondly, I supported Ronald Reagan because he was talking about jobs and income and I went on with that side of my political life and thirdly, I believe that young black people should participate in both parties. The Republican Party has too long ignored us and the Democratic Party has taken us for granted and so since all of my colleges and the latter in various places across the country were supporting the Democratic Party, I felt that I should support Ronald Reagan.

I understood very, very clearly that it is a policy in politics, according to President Gerald Ford, that you reward your friends but you punish your enemies, so I thought that I would launch a job program and get help from Mr. Reagan and from the private sector as well as the public sector. The Republicans have most of the money in the country and I thought that I would get that type of help but he’d soon forgotten what I had sought to do to him, or I cannot get through. And one distinguished journalist, just happened to have been connected with my congregation and I had to do the grandmother’s funeral and she told me, « Dr. Abernathy, what you really should do to get to Mr. Reagan is get to Mrs. Reagan and maybe like that you can get through. » But Ed Meese and the people surrounded him. I just felt that they never let my calls through and never gave me ample time to explain fully the meaning of the foundation of economic enterprises development.

LAMB: Let’s go back. I did not mean to interrupt, but I want to go back so that the audience understands the context. You were asked to come and do public, hold up the hands and endorse President Reagan back during the 1980 campaign, and you did that. Do remember the city in which you did that?

ABERNATHY: Yes, in Detroit, Michigan.

LAMB: And you flew up there to do it and when you got there you had a meeting with the President. And then you walked out and found some of your other friends were there with you?

ABERNATHY: Yes, I found that other persons, including Jose Williams, former staff member of mine, at the Southern Christian Leadership Conference, had come to join me in endorsing Mr. Reagan. But I had a private conference with Mr. Reagan because I wanted to get the guarantee from him that he wanted me to endorse him and that he would be accessible to me, because I didn’t want to just be endorsing a man that I was unable to talk to.

LAMB: After you endorsed him, the election is over, you tried to reach President Reagan, what happened?

ABERNATHY: Well, I could not get any farther than Ed Meese. I went out to Palm Springs to see President Gerald Ford and he was most sympathetic, most kind and he called the White House while I was there and he …

LAMB: This was in 1981, right in the first year?

ABERNATHY: Yes, and he said, « Well, hey Meese, I want you to arrange a meeting with the President and Ralph Abernathy has suffered greatly. » — Because my colleagues didn’t like that, you know. They tried to dry up my resources and everything. — And he said, « Well, I want him to be able to talk to the President. » And he said, « Well, I will arrange the meeting and you can be assured. » I was in his office at that particular time. I had set up the foundation for Economic Enterprises Development, was fully tax deductible and I had gone through this ordeal of my friend James Peterson had worked with me and he was the executive vice-president of the organization and finally the meeting was arranged. It was just about a five minute, ten minute meeting.

LAMB: With the President?

ABERNATHY: Yes.

LAMB: Was he interested?

ABERNATHY: No, Mr. Meese had told me that he was not interested. He, Mr. Ford, thought that he could call to the White House, some millionaires, about one hundred of them, and they could give the money that was necessary — $100,000 each to the Foundation and take care of one who had suffered so much because I endorsed the President. Mr. Meese said that he could not call anybody to come to the White House and there were no private sector funds available and he told me that the public sector writes proposals. And we wrote a proposal, and finally, the Department of Transportation — finally we received a small grant from the Department of Labor, and that is all that we received and that was not enough to sustain that Foundation. So the Foundation now has no address to receive contributions but I am working still with the Foundation and James Peterson is working still with the Foundation and hopefully we will get it back operating.

LAMB: What did you do in 1984, did you endorse President Reagan for a second term?

ABERNATHY: No, I decided to go with my friend, Jesse L. Jackson. Jesse Jackson had expressed the hope and the dream of receiving the nomination of the Democrats. So, naturally, he was my former employee and my friend, and so I went to — I guess it was somewhere in North Carolina — and when he announced his candidacy I supported him all the way. He preached at my church and spoke at my church and we were able to give him more than $10,000 in offering for his candidacy. And we were proud to. And he has carried us closer as black people to the White House than any other person. Jesse Jackson is a good man. He is very, very articulate. He has his faults and failures as all of us have them and he has a big ego, but I do not know a President of the United States that has not had a big ego. I guess it takes a big ego to become the President.

LAMB: In the epilogue, again, you write about the illnesses that you had and you talk about the strokes. How many strokes have you had?

ABERNATHY: I have had two small strokes, never a massive stroke. I have had brain surgery, one of the carotid arteries was clogged and I went to Johns Hopkins Hospital. My wife took me there and I had a carotid artery and that artery supplies the blood flow to the brain — there are two — and I became the 51st person to undergo that microscopic surgery and it takes about 12 hours. I could not speak too clearly because of it being clogged. So, consequently, when the anesthesiologist came to me and gave me lessons and said, « Dr. Abernathy…, » — they call me « Dr. A. » — « Dr. A., when you wake up, I want you to wake up talking and when we ask you to move your right hand, don’t move your left hand and you have to prove to us that you understand when we ask, who is the President of the United States, we want you to say, ‘Ronald Reagan' ».

So, consequently, Mr. Reagan did call me and wish me success in everything and so when I finished with the surgery and the anesthesiologist called me, « Dr. A., wake up…, » I knew and I heard them the first time, but I knew that I would have to spend the rest of my life, from my meager earnings and savings, paying them for such an operation, so I just caused them some anxiety.

They had to call me the second time. « Dr. A., wake up… » and I said, « I love Jesus, I love Jesus, I love Jesus. » And they said, « Dr. A., don’t say another word, because you are running your blood pressure off the cuff. » What I was thought to be did not happen. I was to have a black eye and I was to have to be kept in intensive care for five to six days. But the next morning I was awakened and I had a full breakfast — bacon and eggs, juice and coffee and they said, « Now we are going to get you out of here, because you are doing fine. » And I called my wife over at the Hopkins Inn and she said, « Oh, Ralph, why are you — are you still perking and kicking…? » And I said, « I am back in my room at Johns Hopkins Hospital. » And she said, « I cannot believe it, they said that you would be there four to five days in intensive care. » But God was good to me and God be the Glory, he is due all the praise and people across this nation had fasted and prayed for me and my family and Juanita is a very, very, lovely wife and I am proud that she is the mother of my four, lovely children. She is a great woman and she is a woman of great intellect. And she is just — I love her.

LAMB: In the book, we have a picture here that the audience will see of your family, when was this taken?

ABERNATHY: Oh, that was taken, I guess, a couple of years ago.

LAMB: Can you tell us who is your daughter here?

ABERNATHY: Oh, that is Donzalae. Donzalae Abernathy is married to George Bosley and George Bosley is a high school — not high school — but college school mate, who majored in the movie industry also. Donzalae is an actress. She maintains her name Abernathy. She is married to a young white man but she is dedicated to the family. She is the second of our two daughters.

LAMB: This daughter right here?

ABERNATHY: That is Donzalae.

LAMB: And you say that she is married to a white man?

ABERNATHY: Yes, uh huh…

LAMB: Would you tell us the story that you tell in the book about the marriage itself?

ABERNATHY: Well, it is just a very, very comical thing. The church holds about 2,500 people and the marriage was scheduled for 11 o’clock and it was thought that George’s mother had a heart attack the previous evening and it turned out that she just had some gas pains or something like that but she was in the hospital. George was to go by and let her check him out and see his tuxedo, and he neglected — as young people will do — to call the church and be in contact with me and I thought that he might have stood up my daughter.

LAMB: How late was he?

ABERNATHY: He was about 45 minutes late.

LAMB: So you had a church full of 2,500 people?

ABERNATHY: Yes, yes and they were waiting and Father Jim Nickie from Chicago, Illinois, the Chaplain of the O’Hare Airport, had been invited to assist me in marrying my daughter and I was to marry her, but certainly he was to assist me and I had him go out and assure the people that George was running late and finally, George came. What a relief it was for me.

LAMB: All right, in this picture, in addition to Donzalae you have another daughter and let’s see on the screen please … Who is this daughter?

ABERNATHY: This daughter is Wandalynn. Wandalynn is our oldest daughter. She lives in West Germany as she is an opera singer. She sang at the wedding of Donzalae. She is not married. I chided recently about being able to see one of my grandchildren before passing on to the other side, my new home. And she said, « Oh, daddy, I am not married. » And I said, « I would like to see some of my grandchildren. » And she said, « Well, what about a surrogate, grandchild? » And I said, « Oh, no, no, I want the real thing. I want a real Abernathy. »

LAMB: You have more children here in this picture, two sons, right here. Who are they?

ABERNATHY: Yes, that is Quamaylatuli, an 18-year-old student Williams College in Massachusetts now and Ralph David Abernathy III. He is a member of the State Legislature in Georgia.

LAMB: Ralph David Abernathy, our guest and the name of the book is « And the Walls Came Tumbling Down. » Where did you get the title?

ABERNATHY: Well, I just thought about it and finally concluded to use the old spiritual .. the battle is Jericho, Jericho. « And the Walls Came Tumbling Down. »

LAMB: Did you write this yourself or did you have help?

ABERNATHY: No, no, I wrote it myself. Naturally, I had editorial assistance, suggestions and I had research person who checked out the dates for accuracy and assisted me in reading and grammar and spelling of words and so forth but it is my writing, my story, my words. »And the Walls Came Tumbling Down ».

LAMB: How did you write it? Did you write it on a typewriter, long hand or a computer, or how?

ABERNATHY: Sometimes I wrote it on a legal pad, in long hand and I used to talk into a tape recording machine and the secretary would lift it from there and I would use various means. No I cannot operate a computer. I was not blessed with any such skills. I had to deal with the talking into a tape recorder or writing it in long hand. And I have my own type of short hand. You know, you have to write when you feel like writing, are inspired to write. I have to write my sermons like that So often my wife says to me, « You know, Ralph, if you complete your sermon and then we can go out to a party or visit some friends but you don’t write. » I don’t write like that. I have to wait for the moment of inspiration to come. And I can work, work and work and work and work long hours way until the wee hours of the morning. Often I sit up all night long.

LAMB: Did you write totally from memory or had you kept notes over the years?

ABERNATHY: I had kept notes over the years but mainly memory. As I acknowledged in the introduction, the Bible was written by many, many inspired men of God. But the life of Jesus is recorded in what is referred to as the Gospels — Matthew, Mark, Luke and John. And they give the life, the verse, the crucifixion, and the resurrection and the ascension of our Lord and Savior Jesus Christ. But they all tell it in a different day and I wrote it from my perspective. And I told it to the best of my ability. And memory sometimes fail. But I had a person to check me on accurate dates, especially the New York Times.

LAMB: There are 638 pages including the index in this book. And as you well know, three pages out of this book have been the focus of attention. The night before Martin Luther King was murdered. Are you surprised that only those three pages have been the subject of all the attention for this book?

ABERNATHY: Greatly surprised and disappointed.

LAMB: Why?

ABERNATHY: Because to me it is only jealousy. I didn’t ask anybody if I could write my autobiography. It is my story. The story of my life. And you would believe it was the story of the life of my dearest buddy and friend Dr. Martin Luther King, Jr. And so it is not his story, but it is my story. And the second reason why I am surprised — they took these four pages and created a controversy. And they sent me a telegram and tried to get me to retract, falsely accused me of not having written the book, and demanding that I withdraw. Tell the publisher « repudiate this book. » And I said to her, « I cannot do that. » And I went to Memphis on my first tour in promoting the book. And so when I got there, upon arrival at the Peabody Hotel, this young man from the commercial appeal on the newspaper …

LAMB: In Memphis?

ABERNATHY: … in Memphis, was there. And he was a black young man and he said, « Dr. Abernathy I need to see you and ask you some questions. » And naturally I didn’t want to talk to him but he said, « It’s very, very urgent. » And I went up and checked in and went up to the room and came back to talk with him and he told me that the Associated Press had received a telegram and that had been sent to me from The Martin Luther King Center for Non-Violent Social Change. I thought that was very, very unfortunate because The Martin Luther King Center for Non-Violent Social Change is being very, very violent.

These people had not come to see me at all. Only the Chairman of the Board, Mr. Jesse Hill, had come to see me. And he came not reaching me, keeping me standing all day that Saturday and all day that Sunday. And on the Sunday brought a dear friend of mine who signed the telegram and he just left on the message box of my wife’s telephone that I should look under the door because they had left a message for me, the copy that of the telegram that I would be receiving. And so I didn’t. It was piercing and strong –telling me to repudiate it and I talked to Dr. Kilgore and to him the next morning and Dr. Kilgore was in very, very unique position because he had enough love for me and my family and enough love for Dr. King Jr. and his family. He loved and supported both of us. He was now in North Carolina and Jesse Hill hooked me into Dr. King, Dr. Kilgore, and we talked, we talked, we talked and we prayed, and we prayed, and we prayed and I agreed to receive calls from Lerome Bennett and from Bob Johnson, the editor of Jet magazine in Chicago and the editor of Ebony magazine, since they were learned in that field of publication.

And the next time I heard from Mr. Hill he was telling me or telling my wife that he had received a message that I was supposed to answer that I was supposed to give in response to. And Lerome Bennett never called me. Bob Johnson never called me. And I didn’t dignify what they were trying to say to me. If they wanted to reach me my telephone is listed. The only black leader, national black leader in the country. I have a listed telephone and you can look in the telephone directory and see the Reverend Ralph David Abernathy and you can look in the telephone book under the Mary Kay Cosmetic Section, Business Section and my wife’s telephone is listed, Mrs. Juanita Odessa Jones Abernathy. And so, I have always had the burning desire to be accessible to the poor people of this country and the poor people of this land.

LAMB: Why do you think that your friends, and there are a lot of people that are well known — Jesse Jackson was in that — I assumed signed that telegram and others. Why do they feel that strongly about you publishing what you say is the truth about Martin Luther King?

ABERNATHY: Well, I don’t know you would have to ask them. I cannot answer that question.

LAMB: They help sales. Are you selling more books because of all of the controversy?

ABERNATHY: No, I don’t know, I have not been in contact with the Harper & Row. I just heard that they have ordered some more books, but I do not know how the sales of the books are going and whether they are helping or hurting. I just don’t know.

LAMB: What do you think of the way that the media has treated you, the interviews that you have they been fair?

ABERNATHY: No, a lot of people ask me the same old questions, there it goes again, the same question, over and over again. And Bryant Gumble from NBC, my brother, who is my hero, March Arden, long for him to have the host of the Today Show, and he, one week prior to my appearance on NBC, had come to Atlanta and taped in the interview with me and had not even mentioned anything about Martin Luther King womanizing or anything but he wanted me to come to New York last Friday and I went to New York and I told him, you know, « Why come to Atlanta and ask me nothing about these pages? » And nobody had to ask me anything about Martin Luther King’s womanizing and if they had been true, most people that read a book and buy a book, especially in the black community, they stop long before 435 pages. They don’t read that far but they created a controversy.

LAMB: Why did you fly all the way to New York to sit down with Bryant Gumble on the Today Show? Did he tell you what he was going to do, that he wanted to ask you about those pages before you flew up there?

ABERNATHY: No, he did not tell me that. I was scheduled to go to New York and to sign books and promote the book for Harper & Row. When I got there, just as I am in Washington today, I was invited to appear on your show, and so I was invited to appear on Phil Donahue’s Show. My wife and I were both on the show and bell hooks was on that show, Roy Ennis was on that show with us and the four of us dealt with Mr. Donahue the same day. And Jose Williams was invited and I understand that he had called me the Judas of the movement, and Jose Williams had always supported me across the years and he had brought 30 pieces of silver and Judas sold out Jesus for 30 pieces of silver.

Now, the main thing, Martin Luther King wanted not to be a deity. He wanted to be just an ordinary man. He did not want to be a saint or viewed as a saint. He was just a human being, capable of becoming and producing and leading his people out of the wilderness of segregation into the promise land, saying to me, privately, long before he said it from the Memphis pulpit, « Ralph, I may not get there, but I have been to the mountain top. » « Take my people on across this Jordan to the land of Canaan », « And I want freedom for all Americans. » And he freed many white people and poor people who were black, American Indians, the native people of this country and he was just a marvelous and fantastic leader and I am surprised that they would center on four pages and I didn’t ever say that he had sex with anybody. I said that when I was awakened, he was coming out of the room with this lady and maybe, I don’t know what they did, he never told me he had sex with that lady. He may have been in there discussing and debating and trying to get her to go along with the movement, I don’t know, the sanitation workers track. I did not say that later that when we arrived at the motel, the Lorraine Motel, that he engaged in sex. I merely said that this Kentucky Legislator was there and when I discovered that he was in good hands, I took off and went to bed because it was about 1:30 to 2 in the morning. I did not try to dodge the issue.

I wanted to tell the story, where my book would have validity and not be thrown out by historians because they would say that he has been dishonest in not talking about the life of Martin Luther King to it’s fullest extent, so if he lies about one thing, looks over one side of the picture, the book is no good. I wanted it to be an honest and truthful book and I told nothing but the truth, so help me God. I am not a criminal and I challenge anybody to prove that the things that I said was not true in that book.

LAMB: Right after this book was published and right after the Memphis appeal reporter and the AP and all started writing about that four pages, the first thing that we read was that you had a couple of strokes and had brain surgery and that something was wrong — and that was why you put it in here, and did not quite know what you were doing. And then after another series of stories, we read that Bernard Lee, who was written about as the only other man with you that night, I believe, before. Is that correct?

ABERNATHY: Yes …

LAMB: Bernard Lee is out here in Lorton Prison as a chaplain …

ABERNATHY: Yes, that is right.

LAMB: …but then you hear Bernard Lee being quoted as saying that you were intoxicated that night.

ABERNATHY: Well, Bernard Lee is quoted as saying that he is the assistant pastor of the West 100th Street Baptist Church …

LAMB: Where you were?

ABERNATHY: And I, where I am today and Bernard Lee has never assisted me as pastor of the West 100th Street Baptist Church, so he told an untruth. I have never been a drinking man. I have never desired even a strong — a Coca-Cola is too strong for me and it burns my throat and I have never needed caffeine to wake me up. I have never been a smoker and I have never been a coffee drinker, even if it is decaffeinated coffee. They said that I have had two massive strokes and I have had brain surgery, but thanks be to God, you can ask me any question about what happened in the Movement. I was there and they were not there. I was there and I can give you an accurate account of what happened because I was there and I was alive and I was awake and I have never been drunk.

LAMB: One last question on this particular thing — Why have your former friends, or you may call them still your friends, worked so hard at trying to discredit you? What will be — after the dust clears on this — what is the effect of trying to discredit you?

ABERNATHY: Well, I really don’t know, for my so-called friends. First they are so-called friends because they didn’t come to see me out of the 25-30 people that signed that telegram. Many of them I do not even know and, consequently, only, I guess two people came to see me while I had these so called massive strokes. Now, I am not paralyzed. A massive stroke leaves an individual paralyzed or the mouth disfigured, or something like that. I have all of my thinking faculties and my memory. I talk slow and I am not — the wear and tear of the 63 years of my life has taken it’s toll on me — but I have been on this show.You told me when I came in that I came in here with the understanding that I was to talk to you for 45 minutes and you told me an hour and I am going an hour and I can go two hours, because I am an honest man and if you expect me to talk to you an hour, I will talk to you two hours if necessary.

Jesus says that when any man requires of you to walk one mile with him, walk two miles with him and that meant in my estimation, the one mile is required, but when you start walking the second mile, he is embarrassed and he starts loving you and being kind to you. And Jesus was a non-violent personality, but Jesus became violent on one occasion when he ran the people out of the temple because they were misusing his house. Martin Luther King shoved a woman across the bed the next day because he lost his temper. People are just people, human beings are mortal feeble beings and the apostle Paul had a thorn in his flesh of which he spoke about.

I could call you a list of people. I am staying at the Jefferson Hotel, but Thomas Jefferson had made some mistakes also. The father of our nation, George Washington had made mistakes, the slave girls talked about his affairs. And Franklin Delano Roosevelt — I don’t propose to know and be able to talk about these people and I do not speak of them in this book but I do speak of my friend, Martin Luther King Jr. and he would want me to tell it like it is and be honest and truthful and I am not trying to hurt Mrs. King because she knows it is public knowledge.

J. Edgar Hoover had revealed Martin Luther King’s lifestyle and in the book I tell of visits that I had made on his behalf and I am not trying to tell the children, his lovely children, of anything about that day because I love those children and they call me Uncle Ralph and they cited to me in the telegram that the Uncle Ralph I know would not do this. Yet, they do all kinds of things, including sending me mail to my house where they invite not my wife to the birthday celebration of Mahatma Ghandi. They are just always trying to ignore and re-write history.

If you go to the King’s Center on the marches and demonstrations and if you go to the Atlanta Hartsfield International Airport, you will see pictures of me and Martin marching together and that somebody has cropped me off. They have decided that I am not going to fill my rightful place in history and, if they have the power to broad out my having been there by the side of Martin Luther King, they are willing. They have my permission to try to block me out because I came as Jesus came to preach the gospel to the poor, to heal the broken hearted, to free the captives to set liberty to those of the blues and to proclaim the acceptable year of the law. I have been talking to you all this time and have not even taken a drink of water from this lovely cup that I am going to take and put in a loftily place, signifying that I was here today.

LAMB: Let me ask you, and we are about out of time. Your chapter headings are Atlanta, Albany, Birmingham, St. Augustine, Selma, Chicago, Memphis, Charleston, Martin Luther King Jr., and then you have a chapter heading Jesse Jackson. Now let me read to you the last paragraph that you wrote about Jesse Jackson in this chapter. »Yet I have supported him twice in his bid for Presidency… » – I assume that is 1984 and 1988?

ABERNATHY: That is right.

LAMB: « … And I suspect that I will support him again if he chooses to run. Over the years I have come to love and admire Jesse in part because he has matured into a great leader, in part because he has been so supportive of me. » You go on to write though in the book, or you wrote before that in the book, about the night that Martin Luther King was killed and the story that we have looked at many times since then — was Jesse Jackson there and did he cradle Martin Luther King his arms? And you talk about how close you were to him, and that Jesse Jackson. — I haven’t got the quotes here right in front of me — was nowhere around right after the shot was fired. How much admiration is there from Jesse Jackson to you? And after this episode, where he has denounced you in what you said here, do you think that you will still support him the next time that he runs for President?

ABERNATHY: Jesse Jackson is a good man and he has shown amazing growth in his maturity as we all. He was young then but he did not cradle Martin Luther King. He was down in the Courtyard and his first reaction was to call Mrs. King and notify her that he had been shot. But I rushed to the side of Martin Luther King and I cradled him in my arms and Bernard Lee, I want you to ask him — didn’t I and he commit civil disobedience and stay in the operating room and the doctor came over and said to me that it would be an act of mercy if God took him because he would be a vegetable. He would be paralyzed from his neck down. And I want you to ask Jose Williams, where did Jesse Jackson get that blood from — the man that called me the Jesus and the man that has supported me all of these years. And I have never done anything but try to tell the truth and try to be with Martin Luther King in all of his efforts while he was alive and lived in Resurrection City, right here in Washington D.C. and built the Resurrection City and stayed in the Movement — trying to keep Martin Luther King’s dream alive of exposing poverty in this nation.

LAMB: What is your favorite chapter, we just have a minute left, of all the chapters?

ABERNATHY: Oh, my favorite chapter is the chapter Little David, the first chapter in the book, because I just love, I just love my daddy. Upon birth when I was delivered by my maternal grandmother, Ellen Bell, he came home and made my name Little David and I regret that fact that my sister later added Ralph, because Ralph does not have much meaning but I love the name David. I was a Little David, like the goal I faced and I was able to do much, much to help Martin Luther King realize his dreams and my dreams and the dreams of all black people in this country.

LAMB: Our guest for the last hour has been Ralph David Abernathy and this is the book. « And the Walls Came Tumbling Down, » an autobiography. Thank you for being with us.

ABERNATHY: Thank you so very, very kindly.

Voir aussi:

I have a Deram or Dream

By IHaveaDERam

CNN (unvetted)

August 2, 2009

Forty years after his death, the popularity of Martin Luther King remains extraordinary. He is perhaps the single most praised person in American history, and millions adore him as a hero and almost a saint. The federal government has made space available on the Mall in Washington for a national monument for King, not far from Lincoln’s. Only four men in American history have national monuments: Washington, Jefferson, Lincoln, Franklin Roosevelt; and now King will make five.

King is the only American who enjoys the nation’s highest honor of having a national holiday on his birthday. There are other days of remembrance such as Presidents’ Day, but no one else but Jesus Christ is recognized with a similar holiday. Does King deserve such honors? Much that has been known to scholars for years—but largely unknown to most Americans—suggests otherwise.

Plagiarism

As a young man, King started plagiarizing the work of others and he continued this practice throughout his career.

At Crozer Theological Seminary in Chester, Pennsylvania, where he received a bachelor of divinity degree in 1951, many of his papers contained material lifted verbatim and without acknowledgement from published sources. An extensive project started at Stanford University in 1984 to publish all of King’s papers tracked down the original sources for these early papers and concluded that his academic writings are “tragically flawed by numerous instances of plagiarism.” Journalist Theodore Pappas, who has also reviewed the collection, found one paper showing “verbatim theft” in 20 of a total of 24 paragraphs. He writes:

“King’s plagiarisms are easy to detect because their style rises above the level of his pedestrian student prose. In general, if the sentences are eloquent, witty, insightful, or pithy, or contain allusions, analogies, metaphors, or similes, it is safe to assume that the section has been purloined.”

King also plagiarized himself, recycling old term papers as new ones. Some of his professors complained about sloppy references, but they seem to have had no idea how extensively he was stealing material, and his habits were well established by the time he entered the PhD program at Boston University. King plagiarized one-third of his 343-page dissertation, the book-length project required to earn a PhD, leading some to say he should be stripped of his doctoral degree. Mr. Pappas explains that King’s plagiarism was a lifelong habit:

“King’s Nobel Prize Lecture was plagiarized extensively from works by Florida minister J. Wallace Hamilton; the sections on Gandhi and nonviolence in his ‘Pilgrimage’ speech were taken virtually verbatim from Harris Wofford’s speech on the same topic; the frequently replayed climax to the ‘I Have a Dream’ speech—the ‘from every mountainside, let freedom ring’ portion—came from a 1952 address to the Republican National Convention by a black preacher named Archibald Carey; and the 1968 sermon in which King prophesied his martyrdom was based on works by J. Wallace Hamilton and Methodist minister Harold Bosley.”

Perhaps King had no choice but to use the words of others. Mr. Pappas has found that on the Graduate Record Exam, King “scored in the second-lowest quartile in English and vocabulary, in the lowest ten percent in quantitative analysis, and in the lowest third on his advanced test in philosophy.”

Adultery

King lived a double life. During the day, he would speak to large crowds, quoting Scripture and invoking God’s will, and at night he frequently had sex with women from the audience. “King’s habits of sexual adventure had been well established by the time he was married,” says Michael Eric Dyson of Georgetown University, a King admirer. He notes that King often “told lewd jokes,” “shared women with friends,” and was “sexually reckless.” According to King biographer Taylor Branch, during a long party on the night of January 6 and 7, 1964, an FBI bugging device recorded King’s “distinctive voice ring out above others with pulsating abandon, saying, ‘I’m f***ing for God!’”

Sex with single and married women continued after King married, and on the night before his death, King had two adulterous trysts. His first rendezvous was at a woman’s house, the second in a hotel room. The source for this was his best friend and second-in-command, Ralph Abernathy, who noted that the second woman was “a member of the Kentucky legislature,” now known to be Georgia Davis Powers.

Abernathy went on to say that a third woman was also looking for King that same night, but found his bed empty. She knew his habits and was angry when they met later that morning. In response, writes Abernathy, King “lost his temper” and “knocked her across the bed. … She leapt up to fight back, and for a moment they were engaged in a full-blown fight, with [King] clearly winning.” A few hours later, King ate lunch with Abernathy and discussed the importance of nonviolence for their movement.

To other colleagues, King justified his adultery this way: “I’m away from home twenty-five to twenty-seven days a month. F***ing’s a form of anxiety reduction.” King had many one-night stands but also grew close to one of his girlfriends in a relationship that became, according to Pulitzer Prize-winning biographer David Garrow, “the emotional centerpiece of King’s life.” Still, sex with other women remained “a commonplace of King’s travels.”

In private, King could be extremely crude. On one FBI recording, King said to Abernathy in what was no doubt a teasing remark, “Come on over here, you big black motherf***er, and let me suck your d**k.” FBI sources told Taylor Branch about a surveillance tape of King watching a televised rerun of the Kennedy funeral. When he saw the famous moment when Jacqueline Kennedy knelt with her children before her dead husband’s coffin, King reportedly sneered, “Look at her. Sucking him off one last time.”

Despite his obsession with sex and his betrayal of his own wife and children, and despite Christianity’s call for fidelity, King continued to claim the moral authority of a Baptist minister.

Whites

King stated that the “vast majority of white Americans are racist” and that they refused to share power. His solution was to redistribute wealth and power through reparations for slavery and racial quotas:

“No amount of gold could provide an adequate compensation for the exploitation and humiliation of the Negro in America down through the centuries. Not all the wealth of this affluent society could meet the bill. Yet a price can be placed on unpaid wages. … The payment should be in the form of a massive program by the government of special, compensatory measures which could be regarded as a settlement.” Continued King, “Moral justification for such measures for Negroes is rooted in the robberies inherent in the institution of slavery.” He named his plan the Bill of Rights for the Disadvantaged. Some poor whites would also receive compensation because they were “derivative victims of slavery,” but the welfare of blacks was his central focus.

King has been praised, even by conservatives, as the great advocate of color-blindness. They focus too narrowly on one sentence in his “I Have a Dream” speech, in which he said he wanted to live in a nation “where [my children] will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.” The truth is that King wanted quotas for blacks. “[I]f a city has a 30 percent Negro population,” King reasoned, “then it is logical to assume that Negroes should have at least 30 percent of the jobs in any particular company, and jobs in all categories rather than only in menial areas.”

One of King’s greatest achievements is said to have been passage of the Civil Rights Act of 1964. At the signing ceremony on July 2, he stood directly behind President Lyndon Johnson as a key guest. The federal agency created by the act, the Equal Employment Opportunity Commission, now monitors hiring practices and ensures that King’s desires for racial preferences are met.

Like liberals today, King denied racial differences. In a reply to an interviewer who told him many Southern whites thought racial differences were a biological fact, he replied:

“This utterly ignorant fallacy has been so thoroughly refuted by the social scientists, as well as by medical science, that any individual who goes on believing it is standing in an absolutely misguided and diminishing circle. The American Anthropological Association has unanimously adopted a resolution repudiating statements that Negroes are biologically, in innate mental ability or in any other way inferior to whites.”

The conclusions to be drawn from his belief in across-the-board equality were clear: failure by blacks to achieve at the level of whites could be explained only by white oppression. As King explained in one interview, “I think we have to honestly admit that the problems in the world today, as they relate to the question of race, must be blamed on the whole doctrine of white supremacy, the whole doctrine of racism, and these doctrines came into being through the white race and the exploitation of the colored peoples of the world.” King predicted that “if the white world” does not stop this racism and oppression, “then we can end up in the world with a kind of race war.”

Communism

In his public speeches, King never called himself a communist, instead claiming to stand for a synthesis of capitalism and communism: “[C]apitalism fails to realize that life is social. Communism fails to realize that life is individual. Truth is found neither in the rugged individualism of capitalism nor in the impersonal collectivism of communism. The Kingdom of God is found in a synthesis that combines the truths of these two opposites.”

However, David Garrow found that in private King “made it clear to close friends that economically speaking he considered himself what he termed a Marxist.” Mr. Garrow passes along an account of a conversation C.L.R. James, a Marxist intellectual, had with King: “King leaned over to me saying, ‘I don’t say such things from the pulpit, James, but that is what I really believe.’… King wanted me to know that he understood and accepted, and in fact agreed with, the ideas that I was putting forward—ideas which were fundamentally Marxist-Leninist. … I saw him as a man whose ideas were as advanced as any of us on the Left, but who, as he actually said to me, could not say such things from the pulpit. … King was a man with clear ideas, but whose position as a churchman, etc. imposed on him the necessity of reserve.” J. Pius Barbour, a close friend of King’s at seminary, agreed that he “was economically a Marxist.”

Some of King’s most influential advisors were Communists with direct ties to the Soviet Union. One was Stanley Levison, whom Mr. Garrow called King’s “most important political counselor” and “at Martin Luther King’s elbow.” He organized fundraisers for King, counseled him on tax issues and political strategy, wrote fundraising letters and his United Packinghouse Workers Convention speech, edited parts of his books, advised him on his first major national address, and prepped King for questions from the media. Coretta Scott King said of Levison that he was “[a]lways working in the background, his contribution has been indispensable,” and Mr. Garrow says the association with Levison was “without a doubt King’s closest friendship with a white person.”

What were Levison’s political views? John Barron is the author of Operation SOLO, which is about “the most vital intelligence operation the FBI ever had sustained against the Soviet Union.” Part of its work was to track Levison who, according to Mr. Barron, “gained admission into the inner circle of the communist underground” in the US. Mr. Garrow, a strong defender of King, admits that Levison was “one of the two top financiers” of the Communist Party of the United States (CPUSA), which received about one million dollars a year from the Soviet Union. Mr. Garrow found that Levison was “directly involved in the Communist Party’s most sensitive financial dealings,” and acknowledged there was first-hand evidence of Levison’s “financial link to the Soviet Union.”

Hunter Pitts O’Dell, who was elected in 1959 to the national committee, the governing body for the CPUSA, was another party member who worked for King. According to FBI reports, Levison installed O’Dell as the head of King’s New York office, and later recommended that O’Dell be made King’s executive assistant in Atlanta.

King knew his associates were Communists. President Kennedy himself gave an “explicit personal order” to King advising against his “shocking association with Stanley Levison.” Once when he was walking privately with King in the White House Rose Garden, Kennedy also named O’Dell and said to King: “They’re Communists. You’ve got to get rid of them.”

The Communist connections help explain why Attorney General Robert F. Kennedy authorized the FBI to wiretap King’s home and office telephones in October 1963. Kennedy, like his brother John, was deeply sympathetic to King but also aware of the threat of communism.

Mr. Garrow tried to exonerate King of the charge of being a fellow traveler by arguing that Levison broke with the CPUSA while he worked for King, that is, from the time he met King in the summer of 1956 until King’s death in 1968. However, as historian Samuel Francis has pointed out, an official break with the CPUSA does not necessarily mean a break with the goals of communism or with the Soviet Union.

John Barron argues that if Levison had defected from the CPUSA and renounced communism, he would not have associated with former comrades, such as CP officials Lem Harris, Hunter Pitts O’Dell, and Roy Bennett (Levison’s twin brother who had changed his last name). He was also close to the highly placed KGB officer Victor Lessiovsky, who was an assistant to the head of the United Nations, U Thant.

Mr. Barron asks why Lessiovsky would “fritter away his time and risk his career … by repeatedly indulging himself in idle lunches or amusing cocktail conversation with an undistinguished lawyer [Levison] … who had nothing to offer the KGB, or with someone who had deserted the party and its discipline, or with someone about whom the KGB knew nothing? … And why would an ordinary American lawyer … meet, again and again, with a Soviet assistant to the boss of the United Nations?”

Other Communists who worked with King included Aubrey Williams, James Dombrowski, Carl Braden, William Melish, Ella J. Baker, Bayard Rustin, and Benjamin Smith. King also “associated and cooperated with a number of groups known to be CPUSA front organizations or to be heavily penetrated and influenced by members of the Communist Party”—for example, the Southern Conference Educational Fund; Committee to Secure Justice for Morton Sobell; the United Electrical, Radio and Machine Workers of America; the National Lawyers Guild; and the Highlander Folk School.

The CPUSA clearly tried to influence King and his movement. An FBI report of May 6, 1960 from Jack Childs, one of the FBI’s most accomplished spies and a winner of the Presidential Medal of Freedom for Intelligence, said that the CP “feels that it is definitely to the Party’s advantage to assign outstanding Party members to work with the [Martin] Luther King group. CP policy at the moment is to concentrate upon Martin Luther King.”

As Republican Senator Jesse Helms of North Carolina concluded in a Senate speech written by Francis, King’s alliance with Communists was evidence of “identified Communists … planning the influencing and manipulation of King for their own purposes.” At the same time, King relied on them for speech writing, fundraising, and raising public awareness. They, in turn, used his stature and fame to their own benefit. Senator Helms cited Congressman John M. Ashbrook, a ranking member of the House Committee on Un-American Activities, who said: “King has consistently worked with Communists and has helped give them a respectability they do not deserve. I believe he has done more for the Communist Party than any other person of this decade.”

Christianity

King strongly doubted several core beliefs of Christianity. “I was ordained to the Christian ministry,” he claimed, but Stanford University’s online repository includes King’s seminary writings in which he disputed the full divinity of Jesus, the Virgin Birth, and the Resurrection, suggesting that we “strip them of their literal interpretation.”

Regarding the divine nature of Jesus, King wrote that Jesus was godlike, but not God. People called Jesus divine because they “found God in him” like a divinely inspired teacher, not because he literally was God, as Jesus himself claimed. On the Virgin Birth, King wrote:

“First we must admit that the evidence for the tenability of this doctrine is to [sic] shallow to convince any objective thinker. How then did this doctrine arise? A clue to this inquiry may be found in a sentence from St. Justin’s First Apology. Here Justin states that the birth of Jesus is quite similar to the birth of the sons of Zeus. It was believed in Greek thought that an extraordinary person could only be explained by saying that he had a father who was more than human. It is probable that this Greek idea influenced Christian thought.”

Concerning the Resurrection, King wrote: “In fact the external evidence for the authenticity of this doctrine is found wanting.” The early church, he says, formulated this doctrine because it “had been captivated by the magnetic power of his [Jesus’] personality. This basic experience led to the faith that he could never die. And so in the pre-scientific thought pattern of the first century, this inner faith took outward form.” Thus, in this view, Jesus’ body never rose from the dead, even though according to Scripture, “And if Christ has not been raised, your faith is futile.”

Two other essays show how King watered down Christianity. In one, he wrote that contemporary mystery religions influenced New Testament writers: “[A]fter being in contact with these surrounding religions and hearing certain doctrines expressed, it was only natural for some of these views to become part of their subconscious minds. … That Christianity did copy and borrow from Mithraism cannot be denied, but it was generally a natural and unconscious process rather than a deliberate plan of action.” In another essay, King wrote that liberal theology “was an attempt to bring religion up intellectually,” and the introduction to the paper at the Stanford website says that King was “scornful of fundamentalism.” King wrote that in fundamentalism the Trinity, the Atonement, and the Second Coming are “quite prominent,” but again, these are defining beliefs of Christianity.

Known and unknown

King is both known and unknown. Millions worldwide see him as a moral messiah, and American schools teach young children to praise him. In the United States there are no fewer than 777 streets named for him. But King is also unknown because only a few people are aware of the unsavory aspects of his life. The image most people have of King is therefore cropped and incomplete.

In the minds of many, King towers above other Americans as a distinguished orator and writer, but this short, 5’6½ » man often stole the words of others. People believe he was a Christian, but he doubted some of the fundamentals of the faith. Our country honors King, but he worked closely with Communists who aimed to destroy it. He denied racial differences, but fought for racial favoritism in the form of quotas. He claimed to be for freedom, but he wanted to force people to associate with each other and he promoted the redistribution of wealth in the form of reparations for slavery. He quoted the ringing words of the Bible and claimed, as a preacher, to be striving to be more like Jesus, but his colleagues knew better.

Perhaps he, too, knew better. His closest political advisor, Stanley Levison, said King was “an intensely guilt-ridden man” and his wife Coretta also called him “a guilt-ridden man.” Levison said that the praise heaped upon King was “a continual series of blows to his conscience” because he was such a humble man. If King was guilt-ridden might it have been because he knew better than anyone the wide gap between his popular image and his true character?

The FBI surveillance files could throw considerable light on his true character, but they will not be made public until 2027. On January 31, 1977, as a result of lawsuits by King’s allies against the FBI, a US district judge ordered the files sealed for 50 years. There are reportedly 56 feet of records — tapes, transcripts, and logs — in the custody of the National Archives and Record Service.

Meanwhile, for those who seek to know the real identity of this nearly untouchable icon, there is still plenty of evidence with which to answer the question: Was Martin Luther King, Jr. America’s best and greatest man?

COMPLEMENT:

Why ‘I have a dream’ was and still is an exceptionally good speech

by JC Durbant

As a biographer of Martin Luther King’s famous 1963 speech recently said, a great speech is a speech that is “both timely and timeless”, that is a speech that is both adapted to the occasion and its immediate audience but also a speech that will stand the test of time. And ‘I have a dream’ obviously qualifies on both counts.

Timely because it appealed to and had a message for all the different types of audience that were then present, the over 200, 000 thousands who were physically there on Washington’s Mall and the probably millions who were listening in or watching at home on their radios or televisions. To the ordinary blacks who needed encouragement for the present and hope for the future (“we are not be satisfied”, “go back to Mississippi”) and the militant blacks who were tempted by the violent ways of Malcom X and the Black panthers (“discipline”, “dignity”). But also to the average whites and the largely white authorities who needed to understand the black population’s unacceptable condition and their responsibility in it as well as the white supremacists who needed to be shown blacks were just as American as they were and not the savages they portrayed them to be (“police brutality”, “lodging in motels and hotels”, “For Whites only signs”, the northern “ghettoes”, the “vote” question).

And timeless because it appealed to all that was then and still is sacred to all Americans. First by placing itself literally in the shadow of US history’s most respected president (the majestic Lincoln memorial but also the centennial of his Emancipation Proclamation which offered freedom to the South’s slaves willing to fight for it). But also by profusely and patriotically quoting from the founding texts of the nation: the Declaration of Independence and the Constitution (”unalienable rights of life, liberty and the pursuit of Happiness”, “we hold these truths to be self-evident that all men are created equal”) as well as the old national anthem (“America, my country ‘tis of thee”) and the Liberty bell’s biblical motto (“proclaim liberty throughout the land”). And of course, not to mention the Gettysburg Address reference (“five score years ago”), the naming of all the major states and a Shakespeare half quote (“summer of discontent” from the opening of Richard III), from the Bible itself – King never let you forget he was a pastor – both directly (“justice rolls down like waters”, “every valley shall be exalted”) and through an old Negro spiritual (“Free at last”).

But both timely and timeless by the way Dr. King and his speechwriters so effectively made use of all the riches of eloquence and rhetoric. From the easy-to-remember anaphora and epistrophe (the famous “I have a dream” – which is also “deeply rooted” in the quintessential American dream – repeated no less than eight times, “now is the time”, “satisfied”, “let freedom ring”, “free at last”, “together”) to the biblical cadences and parallelisms. From the analogies, comparisons and metaphors to the alliterations, rhymes and rhetorical questions, not to mention the humor and irony (“bad check”, perhaps the only direct reference to the March’s original goal of jobs). And of course from King himself, the deep, powerful voice to inspire, build up emotion and win over both heads and hearts. Then, as the crowd’s cheering amply shows in the recording but also as the civil rights legislation and his Nobel prize proved the following year or just more recently his own national holiday and memorial in the nation’s capital. And still, fifty-one years later – and not just to Americans – under an African-American president, today.

I Have A Dream

Common, 2006

(I am happy…I Have a Dream) I got a Dream

(That One Day ) Were gonna work it out out out

(I Have a Dream) I got a Dream

(That One Day) That one day

(That One Day) I’ma look deep within myself

(I Have a Dream) I gotta find a way…

My Dream Is To Be Free

In search of brighter days, I ride through the maze of the madness,

Struggle is my address, where pain and crack lives,

Gunshots comin’ from sounds of Blackness,

Given this game with no time to practice,

Born on the Black list, told I’m below average,

A life with no cabbage,

That’s no money if you from where I’m from,

Funny, I just want some of your sun

Dark clouds seem to follow me,

Alcohol that my pops swallowed bottled me,

No apology, I walk with a boulder on my shoulder,

It’s a Cold War – I’m a colder soldier,

Hold the same fight that made Martin Luther the King,

I ain’t usin’ it for the right thing,

In between Lean and the fiens, hustle and the schemes,

I put together pieces of a Dream

I still have one

Chorus

The world’s seen me lookin’ in the mirror,

Images of me, gettin’ much clearer,

Dear Self, I wrote a letter just to better my soul,

If I don’t express it then forever I’ll hold, inside

I’m from a side where we out of control,

Rap music in the ‘hood played a fatherly role,

My story’s like yours, yo it gotta be told,

Tryna make it from a gangsta to a godlier role,

Read scrolls and stow slaves,

And Jewish people in cold cage,

Hate has no color or age, flip the page,

Now my rage became freedom,

Writin’ dreams in the dark, they far but I can see ’em,

I believe in Heaven more than Hell,

Blessings more than jail,

In the ghetto let love prevail,

With a story to tell, my eyes see the glory and well,

The world waitin’ for me to yell « I Have a Dream


Rockers dépendants: faut-il les prendre chez soi ? (Aging rockers: How far can you take youthful rebellion and age denial when you’re way past your expiration date and qualify for senior discounts?)

20 janvier, 2014
https://fbcdn-sphotos-f-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn1/t1/q71/1604780_10151906148861219_1924074961_n.jpgHope I die before I get old. (…) Why don’t you all fade away ? The Who
Please join me and all our brothers and sisters in global civil society in proclaiming our rejection of Apartheid in Israel and occupied Palestine, by pledging not to perform or exhibit in Israel or accept any award or funding from any institution linked to the government of Israel, until such time as Israel complies with international law and universal principles of human rights. Roger Waters
I have absolutely one rule, right? Until I see an Arab country, a Muslim country, with a democracy, I won’t understand how anyone can have a problem with how they [the Palestinians] are treated.  Johnny « Rotten » Lydon
We’ve arrived at this happy situation for several reasons, among them the growing realization, as articulated by John Lydon, that there is something absurd about boycotting Israel when the states that surround it engage in egregious human rights violations. Waters won’t play in Israel, but he was quite happy to play in Dubai in 2007 – an Arab city almost entirely built by slave labor imported from Muslim countries like Pakistan and Bangladesh. If other stars grasp the appalling hypocrisy this represents, then having Roger Waters indulge his hatred of Israel at every opportunity is a price worth paying. Ben Cohen
It’s like hearing that your grandparents still have sex: bully for them, but spare us the details. (…) After 40, it’s time to lose the sequins, unless you’re Liberace. The NYT
I hate the idea of attending a show just for the morbidity factor: ‘This guy is so old /so ill we might not see him again.’ Marianne
I will donate $1,000 to #121212Concert if Roger Daltry  buttons his shirt. Alan Zweibel (comedy writer, 62)
Rock stars, after all, face the same battles with crow’s feet and sagging jowls that everyone else eventually does. But their visible aging happens under the microscope, and seems somehow more tragic since they toil in a business built on youthful rebellion, and contrasts so sharply with our shared cultural images of them, frozen in youthful glory. The issue takes on added relevance for graying fans from the baby boom and Generation X who grew up taking style cues from these rock heroes (and continue to make geriatric acts like Bruce Springsteen and Roger Waters some of the biggest draws in the concert business). If rock immortals can’t accept with a certain grace the ravages of time, what does this portend for the rest of us? Perhaps this is why so many of the concert’s 19 million American viewers turned into fashion critics during the show, zapping the rockers on blogs and Twitter not just for looking old, but for their occasionally clumsy efforts to appear young. The quickest route to ridicule, it seems, is for aging rockers to proceed as if nothing has changed. The truth is, years have passed, and to deny this is a form of visual dishonesty. With his shirt thrown open during a rousing rendition of “Baba O’Riley” Mr. Daltrey — a specimen for his age, to be sure — unfortunately invited comparisons to his groupie-magnet self from the “Tommy” era. In doing so, he violated an obvious dictum for seniors: keep your clothes on in public. But he is not the only offender. At 65, Iggy Pop still takes the stage wearing no shirt, just jeans, as if it’s 1972. It’s not that his body is not freakishly impressive for a man his age. Aside from a few sags and bulging veins, his torso generally looks as lithe as a Joffrey dancer’s. The problem is not the image itself, so much as the image suggested, as if these aging sex symbols are still attracting hordes of groupies to the cozy confines of their tour buses. That may well be true, of course, but when these flesh-baring rockers are men of Viagra-taking age, that’s a visual most people could do without. It’s like hearing that your grandparents still have sex: bully for them, but spare us the details. Hair is complicated for seemingly anyone over 40 — to dye or not to dye, that is question. But it is a tougher call for rock stars like Mr. Bon Jovi, whose hair has always been a key element of his brand. If, one day, the pop-metal crooner were to appear singing “Lay Your Hands on Me” sporting a professor emeritus shock of white hair, as the fellow “12-12-12” performer Mr. Waters of Pink Floyd did, would anyone heed his siren call? (I guess we should be grateful that Mr. Bon Jovi hasn’t gone the route of Roy Orbison, who maintained his jet-black coif well into his 50s, giving him the unfortunate look of an aging blackjack dealer at a lesser Vegas casino.) Given the raised eyebrows that Mr. Jagger and Mr. McCartney attract with their ever-chocolate locks (though at least Mr. Jagger’s wrinkled magnificence suggested his face had been untouched by a surgeon’s blade), it is no wonder the new tonsorial compromise of choice for aging rockers is strategic baldness. A close-cropped buzz cut or shaven head simply erases all visible evidence of follicular aging, as well as lending them a vague bouncerish tough guy appeal. It works for Phil Collins, Moby and Seal. With his shaved head, Paul Shaffer, the David Letterman foil, looked nearly as age-ambiguous playing piano behind Adam Sandler on the comedian’s “Hallelujah” parody during the “12-12-12” as he did playing in the “Saturday Night Live” house band in the late ’70s. It would have worked for Michael Stipe, too, if he hadn’t chosen to tarnish the effect with a silver Robert E. Lee beard. Ultimately, there is little to be done about graying temples or sagging jowls (short of medical intervention, anyway). This leaves clothing as the prime area for rock stars to experiment with age denial, without looking plastic. Most fading rock gods seem to intuit that overly sexualized stage outfits turn into clown costumes after a certain age. David Lee Roth, who scissor-kicked his way through the ’80s in skintight tiger-stripe jumpsuits, took the stage on a recent Van Halen tour dressed more like a groom atop a biker wedding cake: black leather pants, shiny blue shirt, black pinstripe vest. Take a lesson from Eric Clapton and his well-fitting suits: after 40, it’s time to lose the sequins, unless you’re Liberace. Sometimes, though, even a keen fashion sense is not enough to ward off the jibes. At the “12-12-12” concert, Mick Jagger took the stage in a subtly snazzy gray python jacket, a Bordeaux taffeta shirt and black jeans. The jacket and shirt, designed by his longtime companion L’Wren Scott, were a far cry from his sequined jumpsuits of the ’70s, but that did not stop the wisecracks. “Mick Jagger looks like your aunt trying to be cool at a wedding,” tweeted Gregg Hughes, known as “Opie,” the SiriusXM radio shock-jock. But Mr. Jagger, who at 69 still bounds and gyrates through unimaginably athletic, 2 1/2-hour sets, has a built-in response at the ready. As he put it long ago, “Anything worth doing is worth overdoing.” The NYT
Unlike the bluntly bluesy garage-band sound of the Stones, Mr. Fagen’s music is a rich-textured, harmonically oblique amalgam of rock, jazz and soul. It is, in a word, music for grown-ups—with lyrics to match. What is especially interesting about Mr. Fagen, though, is that unlike most of his contemporaries, he has always made music for grown-ups. Steely Dan, the group that he co-founded with Walter Becker in 1972, never did go in for kid stuff, and doesn’t now. Jazz heavies like Wayne Shorter and Phil Woods have long popped up from time to time on Steely Dan’s albums, playing solos that don’t sound even slightly out of place. Needless to say, musical complexity is not the same thing as maturity. What makes Mr. Fagen’s music stand out is its coolly detached point of view. He knows full well that the narrator of « Slinky Thing » is a comic figure and deserves to be. Nor does he lapse into the breast-baring confessionalism that is the blight of second-rate singer-songwriters. He’s a portrait artist, and even when the subject is himself, he wields a razor-sharp brush. Mr. Fagen, who turns 65 on Thursday, is about the same age as the 69-year-old Mr. Jagger. The difference is that he acts his age. Wall Street Journal contributor Marc Myers put it well when he wrote on JazzWax, his blog, that Mr. Fagen’s music « fully embraces the male aging process, which is what makes him cool. » The WSJ
Does the music of protest have to be accompanied by bounding across the stage, gyrations and age-denying cosmetic interventions? This is not a remote issue: the “You are My Sunshine” days of sing-along music activities in long-term care settings are coming to an end. We need to think about how the next wave may want to spend their time enjoying music in groups when they are not listening to iPods or rock wall climbing. (…) Let me introduce the concept of “trait transformation” as a proposed solution that allows aging boomers to rock on without engaging in age denial. This finding in developmental psychology helps to explain how people develop and get more complex, but stay the same person. Trait transformation is the process that takes place as a result of development and maturation when a lifelong trait changes how it appears in a person’s behavior. For example, infants who were very good at following a moving picture of a human face were superior socializers at three months, but then they didn’t seem to want to follow the picture anymore. They had moved on; the trait that was being measured had transformed from tracking a picture to interacting with a human being. The Experience Corps is full of retirees who use their traits to help others although they no longer work in their old jobs. If the music boomers grew up on is still meaningful, then enjoying its essence—its many meanings—as we age will have to be available without the distractions of age-denying cosmetic overlays that the stars use. Rockers can get old and still rock on, and that will be the “new normal.” The message of the ’60s and ’70s was not about only about sexual revolution and protest, it also was about protesting the status quo that limits the diversity of individual expression of who we were and what we could become, aging rockers have much to contribute to how boomers will experience aging. If they would only accept that they don’t have to deny their aging to be relevant. For many of their aging fans, the next era of life will depart from the conformity that an ageist, declinist approach to aging dictates. You won’t need to take off your shirt or dye your hair to be an icon of cool aging or to sing songs about what was (and is) important. Because what’s cool looks different as a person ages, but cool remains a trait. Judah L. Ronch
All those matey thumbs-up gestures and ghastly peace signs. All that dated slang and frankly feeble inter-song patter. There’s an argument for saying that Paul was always that way. But the difference was that back in the Sixties that gawky lack of street cred seemed puppyishly charming. Now it looks lame and desperate – a sixtyish man trying unsuccessfully to show he’s still one of the lads. What you also notice – and this annoyance is by no means confined to Macca – is how very different the song you’re hearing sounds from the one on your old LPs. As a diehard fan – and you wouldn’t be there if you weren’t a diehard fan – you want your favourite hits to be played exactly as they are on the record. Yet the ageing rocker gives you anything but. First, he can’t hit the high notes like he once could. Second, he has played this song so many times before that he finds it demeaning and boring to do it in the old-fashioned way. Instead, he wants to show you how adventurous and inventive he still is 30 or 40 years on. And if you don’t like it – well, tough, because he’s the star and you’re not, and you should be damn grateful he’s playing it at all. Bob Dylan is a particular master of this art. I remember watching him play a set of classics including Lay, Lady, Lay, Like A Rolling Stone, and Mr Tambourine Man – and the only reason I discovered which songs they were was because I asked the person next to me. (…) But what it does mean is that the version we’ll always have in our heads is the pristine studio version from the original album, recorded when Robert Plant was a snake-hipped, leather-larynxed rock god of 23. What we don’t want to hear is the version he sang on Monday at the age of 59, when the Valkyrie shrieking of yore sounded more like a rutting bull moose. And lyrics such as « If there’s a bustle in your hedgerow don’t be alarmed now – it’s just a spring clean for the May Queen » sound a little undignified for a man well on the way to his free bus pass. It’s a cliche that rock ‘n’ roll is a young man’s game. But it’s a cliche because it’s true. Try, if you can, to think of a single rock act which has made a half-way decent album past the age of 35. I can think of only one, Johnny Cash, who actually got better the more he began resembling the Old Testament prophet he was so clearly born to be. For the majority of rock acts – harsh but true – by far the more sensible course of action if you want to be viewed kindly by posterity is to get yourself killed tragically young. (…) « Ah, but what of the Rolling Stones? » some will ask. Aren’t they still going strong after all these years? Well, up to point. But the reason we queue to see them today has less to do with their continued greatness than the extraordinary freak-show value that a band with the combined age of Methuselah can yet go on performing without the aid of respirators and cardiac nurses. Pete Townshend had it right, of course, when in 1965 he wrote « Hope I die before I get old » – lines he has lived increasingly to regret the older he has grown. Perhaps it would be too much to ask for an official culling system to be introduced, in the manner of the science fiction film Logan’s Run, where all rock stars are quietly exterminated at the age of 30. But surely they owe it to their fans and their own sense of dignity to realise when enough is enough? It’s not as though they got a particularly raw deal in life. Long before middle age, they have earned more money and enjoyed more sex than most of us could manage in several lifetimes. In return, they should accept that part of the package includes early retirement. The Daily Mail

A l’heure où, entre deux concerts anti-Israël, nos rockers viellissants ont du mal à s’assumer seuls, la question de les accueillir à notre domicile peut se poser.

Mais attention, il faut y être prêt.

Quelques conseils glanés dans la presse anglo-saxonne …

God save us from ageing rockers!

The Daily Mail

Led Zeppelin were the greatest rock band in the universe: so loud, raunchy and virile they made the Rolling Stones look like Trappist monks; so epic, majestic and inventive they made The Beatles sound like choirboys.

They were so rich, extravagant and outrageous with their private jets and TVs-chucked-from-hotel-bedrooms that they made the meanest gangsta rappers look like Steptoe and Son.

But note that use of the past tense. Led Zeppelin were the greatest rock band in the world.

But they’re not any more. Not by a mile – as the more honest among the 20,000 punters who saw them perform at London’s O2 Arena on Monday night ought surely now to have the good sense to admit.

No matter how proficient Robert Plant, Jimmy Page and John Paul Jones, the three survivors of the Seventies’ heyday, played, no matter how good it is to see them back on stage still breathing and vaguely compos mentis, there is something deeply sad and unedifying about rockers who go on rocking past their natural sell-by date.

It was something I noticed a few years ago, seeing Paul McCartney trotting through his old hits at the Glastonbury festival.

Your immediate response is pure jubilation: « I’m standing here watching Eleanor Rigby and Penny Lane being performed by the actual Beatle who wrote them! » you think.

It isn’t long, though, before the niggling doubts creep in.

You notice, for example, how painfully and embarrassingly uncool this alleged rock legend is.

All those matey thumbs-up gestures and ghastly peace signs. All that dated slang and frankly feeble inter-song patter.

There’s an argument for saying that Paul was always that way. But the difference was that back in the Sixties that gawky lack of street cred seemed puppyishly charming.

Now it looks lame and desperate – a sixtyish man trying unsuccessfully to show he’s still one of the lads.

What you also notice – and this annoyance is by no means confined to Macca – is how very different the song you’re hearing sounds from the one on your old LPs.

As a diehard fan – and you wouldn’t be there if you weren’t a diehard fan – you want your favourite hits to be played exactly as they are on the record.

Yet the ageing rocker gives you anything but. First, he can’t hit the high notes like he once could.

Second, he has played this song so many times before that he finds it demeaning and boring to do it in the old-fashioned way.

Instead, he wants to show you how adventurous and inventive he still is 30 or 40 years on.

And if you don’t like it – well, tough, because he’s the star and you’re not, and you should be damn grateful he’s playing it at all.

Bob Dylan is a particular master of this art. I remember watching him play a set of classics including Lay, Lady, Lay, Like A Rolling Stone, and Mr Tambourine Man – and the only reason I discovered which songs they were was because I asked the person next to me.

If you’re really unlucky, your ageing rock band will have a new record to promote – as The Eagles had recently with their flabby, eco-breast-beating, sublimely awful Long Road Out Of Eden.

For every song you want to hear, there’ll be another introduced by those dread words « and here’s one from the new album ».

And you have to listen politely, and applaud enthusiastically at the end, when all you’re really thinking throughout is: « Oh, for Heaven’s sake! Get on and play Ziggy Stardust/Hotel California/Sympathy For The Devil/Stairway To Heaven will you? »

Ah yes, Led Zeppelin’s Stairway To Heaven. Let us suppose, as many think, that it really is the greatest rock song ever written.

Is that sufficient justification for its three surviving originators – one now looking like an accountant, one like a Muppet in a white fright wig, one like the Cowardly Lion from The Wizard Of Oz – to creak back on stage and play it not quite as excitingly as they could in 1971, 1972 or 1973 for an audience of mostly staid, pot-bellied, middle-aged men in a smokeless environment named after a mobile phone company?

And if they insist on doing so, shouldn’t it be renamed Stannah Stairlift To Heaven?

The only proper place for Stairway To Heaven to be played live by Led Zeppelin today is in the fond, addled memories of ageing hippies.

This might seem harsh on people such as me, too young to have caught Led Zep in their heyday.

But what it does mean is that the version we’ll always have in our heads is the pristine studio version from the original album, recorded when Robert Plant was a snake-hipped, leather-larynxed rock god of 23.

What we don’t want to hear is the version he sang on Monday at the age of 59, when the Valkyrie shrieking of yore sounded more like a rutting bull moose.

And lyrics such as « If there’s a bustle in your hedgerow don’t be alarmed now – it’s just a spring clean for the May Queen » sound a little undignified for a man well on the way to his free bus pass.

It’s a cliche that rock ‘n’ roll is a young man’s game. But it’s a cliche because it’s true.

Try, if you can, to think of a single rock act which has made a half-way decent album past the age of 35.

I can think of only one, Johnny Cash, who actually got better the more he began resembling the Old Testament prophet he was so clearly born to be.

For the majority of rock acts – harsh but true – by far the more sensible course of action if you want to be viewed kindly by posterity is to get yourself killed tragically young.

Would we revere Marc Bolan nearly so much if he hadn’t driven into that tree? Would we Hell. As it was, he could barely play three chords.

« Ah, but what of the Rolling Stones? » some will ask. Aren’t they still going strong after all these years?

Well, up to point. But the reason we queue to see them today has less to do with their continued greatness than the extraordinary freak-show value that a band with the combined age of Methuselah can yet go on performing without the aid of respirators and cardiac nurses.

Pete Townshend had it right, of course, when in 1965 he wrote « Hope I die before I get old » – lines he has lived increasingly to regret the older he has grown.

Perhaps it would be too much to ask for an official culling system to be introduced, in the manner of the science fiction film Logan’s Run, where all rock stars are quietly exterminated at the age of 30.

But surely they owe it to their fans and their own sense of dignity to realise when enough is enough? It’s not as though they got a particularly raw deal in life.

Long before middle age, they have earned more money and enjoyed more sex than most of us could manage in several lifetimes. In return, they should accept that part of the package includes early retirement.

Voir aussi:

The Music Is Timeless, but About the Rockers …

Alex Williams

The New York Times

December 19, 2012

THERE was Roger Daltrey, 68, with his open shirt revealing a Palm Beach perma-tan, and abs so snare-tight that they immediately raised suspicion. (“Implants!” charged a few skeptical members of the Twittersphere.)

There was Jon Bon Jovi, 50, with his flowing mane now a shade of coppery gold that only a hairdresser could love.

There was Paul McCartney, 70, with his unlined face retaining an eerie degree of his Beatlemania-era boyishness.

Last week’s star-studded “12-12-12” concert — a showcase of retirement-age rock icons like the Rolling Stones, the Who and Eric Clapton — not only raised millions to benefit victims of Hurricane Sandy, but as the “the largest collection of old English musicians ever assembled in Madison Square Garden,” as Mick Jagger joked onstage, it also inspired viewer debate about whether is it possible to look cool and rebellious after 50 without looking foolish?

Rock stars, after all, face the same battles with crow’s feet and sagging jowls that everyone else eventually does. But their visible aging happens under the microscope, and seems somehow more tragic since they toil in a business built on youthful rebellion, and contrasts so sharply with our shared cultural images of them, frozen in youthful glory.

The issue takes on added relevance for graying fans from the baby boom and Generation X who grew up taking style cues from these rock heroes (and continue to make geriatric acts like Bruce Springsteen and Roger Waters some of the biggest draws in the concert business). If rock immortals can’t accept with a certain grace the ravages of time, what does this portend for the rest of us?

Perhaps this is why so many of the concert’s 19 million American viewers turned into fashion critics during the show, zapping the rockers on blogs and Twitter not just for looking old, but for their occasionally clumsy efforts to appear young.

“I want to re-knight Sir Paul for those next-level dad jeans,” tweeted Julieanne Smolinski, 29, a New York writer, in reference to Sir Paul’s crisp, pre-faded dungarees, which looked like Gap deadstock from 1991.

“I will donate $1,000 to #121212Concert if Roger Daltry buttons his shirt,” tweeted Alan Zweibel, 62, a comedy writer.

The quickest route to ridicule, it seems, is for aging rockers to proceed as if nothing has changed. The truth is, years have passed, and to deny this is a form of visual dishonesty. With his shirt thrown open during a rousing rendition of “Baba O’Riley” Mr. Daltrey — a specimen for his age, to be sure — unfortunately invited comparisons to his groupie-magnet self from the “Tommy” era. In doing so, he violated an obvious dictum for seniors: keep your clothes on in public.

But he is not the only offender. At 65, Iggy Pop still takes the stage wearing no shirt, just jeans, as if it’s 1972. It’s not that his body is not freakishly impressive for a man his age. Aside from a few sags and bulging veins, his torso generally looks as lithe as a Joffrey dancer’s.

The problem is not the image itself, so much as the image suggested, as if these aging sex symbols are still attracting hordes of groupies to the cozy confines of their tour buses.

That may well be true, of course, but when these flesh-baring rockers are men of Viagra-taking age, that’s a visual most people could do without. It’s like hearing that your grandparents still have sex: bully for them, but spare us the details.

Hair is complicated for seemingly anyone over 40 — to dye or not to dye, that is question. But it is a tougher call for rock stars like Mr. Bon Jovi, whose hair has always been a key element of his brand. If, one day, the pop-metal crooner were to appear singing “Lay Your Hands on Me” sporting a professor emeritus shock of white hair, as the fellow “12-12-12” performer Mr. Waters of Pink Floyd did, would anyone heed his siren call? (I guess we should be grateful that Mr. Bon Jovi hasn’t gone the route of Roy Orbison, who maintained his jet-black coif well into his 50s, giving him the unfortunate look of an aging blackjack dealer at a lesser Vegas casino.)

Given the raised eyebrows that Mr. Jagger and Mr. McCartney attract with their ever-chocolate locks (though at least Mr. Jagger’s wrinkled magnificence suggested his face had been untouched by a surgeon’s blade), it is no wonder the new tonsorial compromise of choice for aging rockers is strategic baldness. A close-cropped buzz cut or shaven head simply erases all visible evidence of follicular aging, as well as lending them a vague bouncerish tough guy appeal. It works for Phil Collins, Moby and Seal. With his shaved head, Paul Shaffer, the David Letterman foil, looked nearly as age-ambiguous playing piano behind Adam Sandler on the comedian’s “Hallelujah” parody during the “12-12-12” as he did playing in the “Saturday Night Live” house band in the late ’70s. It would have worked for Michael Stipe, too, if he hadn’t chosen to tarnish the effect with a silver Robert E. Lee beard. Ultimately, there is little to be done about graying temples or sagging jowls (short of medical intervention, anyway). This leaves clothing as the prime area for rock stars to experiment with age denial, without looking plastic.

Most fading rock gods seem to intuit that overly sexualized stage outfits turn into clown costumes after a certain age. David Lee Roth, who scissor-kicked his way through the ’80s in skintight tiger-stripe jumpsuits, took the stage on a recent Van Halen tour dressed more like a groom atop a biker wedding cake: black leather pants, shiny blue shirt, black pinstripe vest.

Take a lesson from Eric Clapton and his well-fitting suits: after 40, it’s time to lose the sequins, unless you’re Liberace.

Sometimes, though, even a keen fashion sense is not enough to ward off the jibes.

At the “12-12-12” concert, Mick Jagger took the stage in a subtly snazzy gray python jacket, a Bordeaux taffeta shirt and black jeans. The jacket and shirt, designed by his longtime companion L’Wren Scott, were a far cry from his sequined jumpsuits of the ’70s, but that did not stop the wisecracks. “Mick Jagger looks like your aunt trying to be cool at a wedding,” tweeted Gregg Hughes, known as “Opie,” the SiriusXM radio shock-jock.

But Mr. Jagger, who at 69 still bounds and gyrates through unimaginably athletic, 2 1/2-hour sets, has a built-in response at the ready. As he put it long ago, “Anything worth doing is worth overdoing.”

Voir également:

Should aging rockers ever stop?

Joanna Weiss

Boston.com

June 20, 2013

So maybe getting old isn’t a drag after all. Last week, the Rolling Stones swung through the TD Garden on their « Fifty and Counting » tour, kicking off a Boston summer filled with what might be called vintage rock. Sir Paul McCartney is playing Fenway Park next month. The Rascals, Zombies, and Monkees are coming to town. Steven Tyler, 65, is making noise about a solo album.

On the occasion of the Stones show, Globe columnist Scot Lehigh mused on aging rockers and the people who will spend $600 per ticket to see them. At a time when 70 is clearly the new 50, long careers are something to celebrate. But does age change expectations? Does a certain kind of performance — say, Mick Jagger’s feral prance — feel different when a rocker qualifies for senior discounts? Or should rockers flaunt what they’ve got for as long as they can? Below are some thoughts on the Stones and other rockers with longevity. Add yours to the comments below, or tweet at the hashtag #stillrocking.

This could be the last time?

Lehigh mug.jpgA self-proclaimed goodbye tour is a time-tested audience-enhancer for flagging bands, but that doesn’t describe the Stones. They aren’t talking about calling it a day — not openly, at least. Their last real album, “A Bigger Bang,” was their best in years. Their recent performances have gotten deservedly strong reviews. But the-end-is-near fear hangs palpably over the band’s 50th anniversary expedition. It’s not that Mick and Keith, both 69, are old. Not by today’s standards…. Rather, it’s that they are pressing hard against our expectations for rock musicians. You can’t be skipping around the stage singing “Sympathy for the Devil” at 75, at 80…can you?

Scot Lehigh, Globe columnist

‘Swan Song Angst,’ June 19, 2013

In the Senate, they’d be in their prime

IMG_2212.JPGDianne Feinstein is 80 years old as of Saturday. But in the United States Senate, where she was just elected to another six-year-term, she’s more powerful than ever, and every bit as active. Indeed, senators are presumed to be on top of their game in their 70s, with John McCain (77 in August) leading the charge on immigration reform while crisscrossing the world on military issues. John Kerry, who just took over as Secretary of State, turns 70 in December – a week before Keith Richards, as it turns out. But Richards is the only one getting flak for continuing to work. Actually, rock stars who keep up a full touring schedule, replete with gyrating dance moves and soaring vocals, are doing everyone else a favor. They’re demonstrating that people who keep on working in their 70s aren’t in denial about their declining abilities; they’re fully engaged and just as inspired as when they were younger.

Peter Canellos, Editorial Page Editor

The Boston Globe

Unstoppable

Be kind to your fans

IMG_2213.JPGYes, the Rolling Stones should quit touring — if only as a humane gesture to their loyal fans. It’s not that the band can’t still put on a show: last week’s concerts at the TD Garden proved that. But their relationship with concert-goers has become exploitative. Scot Lehigh wrote that he went to the Stones concert partly because the band members are now so old: seeing Mick and Keith strut around on stage made the fantasy of postponing the inevitable seem feasible. Lehigh probably wasn’t the only fan who felt that way. But that turns the twilight of the band’s career into a sad spectacle — a kind of Baby Boomer coping ritual, a group rage against the dying of the light. Surely, the Stones have harvested enough money from the Boomers already that they could stop cashing in on their angst.

Alan Wirzbicki

Globe editorial writer

Don’t go for the ‘morbidity factor’

geoff edgers mug.jpgLike any true hypocrite, I’ll go see the Rascals and Zombies this summer out of curiosity. But you won’t see me at the TD Garden this week throwing down $600 plus to shuffle to “One More Shot.” Been there, done that. [My friend] Marianne wrote: “I hate the idea of attending a show just for the morbidity factor: ‘This guy is so old /so ill we might not see him again.’ ” On this one, I’m with you.

Geoff Edgers, Globe arts writer

The Stones still have it

James Reed mug.jpgTo answer the questions you no doubt have: Yes, Mick sounded great, strutted like a feral alley cat, and he’s still skinnier than you and I will ever be. Yes, Keith Richards is the most unbelievable pirate guitarist who ever lived. Yes, Ronnie Wood looks like he’s having more fun than anyone else on stage. And yes, Charlie Watts remains the underrated statesman of the band, keeping the beat and regal in a polo shirt while his cohorts looked every inch the rock stars they are.

James Reed, Globe music critic

Concert review, June 13, 2013

Voir encore:

How to Be an Aging Rocker

Terry Teachout

The WSJ

Jan. 3, 2013

What does it mean to say that a work of art is « dated »? I know people who sincerely believe that Shakespeare’s plays are dated because of the way in which they portray women, a point of view that says far more about the complainants in question than it does about Shakespeare. On the other hand, countless once-popular artists were so desperate to stay up to the minute that their art barely outlived them. An artist, however talented, who goes out of his way to be « with it » is foreordained to end up looking blush-makingly quaint sooner or later, usually sooner.

Consider, if it doesn’t embarrass you too much to do so, the rock music of the 1960s and ’70s. How much of it holds up today? I was raised on rock and took it with supreme seriousness, but most of the albums with which my high-school playlist was clotted now strike me as jejune at best, horrendous at worst. I don’t know about anybody else, but I haven’t been able to listen to Crosby, Stills & Nash or Jefferson Airplane for decades.

One of the reasons why so much first- and second-generation rock ‘n’ roll has aged so badly is that most of it was created by young people for consumption by even younger people. And what’s wrong with that? Nothing—if you’re a teenager. But if you’re not, why would you want to listen to it now? And what has happened to its makers now that they’re over the demographic hill? Have they anything new to say to us, or are they simply going through the motions?

The Rolling Stones, who recently embarked on their 50th-anniversary tour, can still play up a storm—but so what? When not recycling the hits of their long-lost youth, Sir Mick Jagger and his venerable colleagues trot out « new » songs that sound as though they’d been written in 1962.

Compare these two lyrics:

« Everybody’s talking / Showing off their wit / The moon is yellow but I’m not Jell-O / Staring down your tits. »

« We went to a party / Everybody stood around / Thinkin': Hey what’s she doin’ / With a burned-out hippie clown. »

The first quatrain is from « Oh No, Not You Again, » written by Mr. Jagger and Keith Richards and recorded by the Stones on « A Bigger Bang, » their most recent album, released in 2005. The second is from « Slinky Thing, » the first track on « Sunken Condos, » Donald Fagen’s new solo album, which came out in October. It’s a sly, ironic portrait of a Goethe-quoting 60-something gent who is dating a considerably younger woman, much to the sardonic amusement of her friends. And which song sounds fresher? « Slinky Thing, » by the longest of long shots.

Unlike the bluntly bluesy garage-band sound of the Stones, Mr. Fagen’s music is a rich-textured, harmonically oblique amalgam of rock, jazz and soul. It is, in a word, music for grown-ups—with lyrics to match. What is especially interesting about Mr. Fagen, though, is that unlike most of his contemporaries, he has always made music for grown-ups. Steely Dan, the group that he co-founded with Walter Becker in 1972, never did go in for kid stuff, and doesn’t now. Jazz heavies like Wayne Shorter and Phil Woods have long popped up from time to time on Steely Dan’s albums, playing solos that don’t sound even slightly out of place.

Needless to say, musical complexity is not the same thing as maturity. What makes Mr. Fagen’s music stand out is its coolly detached point of view. He knows full well that the narrator of « Slinky Thing » is a comic figure and deserves to be. Nor does he lapse into the breast-baring confessionalism that is the blight of second-rate singer-songwriters. He’s a portrait artist, and even when the subject is himself, he wields a razor-sharp brush. Mr. Fagen, who turns 65 on Thursday, is about the same age as the 69-year-old Mr. Jagger. The difference is that he acts his age. Wall Street Journal contributor Marc Myers put it well when he wrote on JazzWax, his blog, that Mr. Fagen’s music « fully embraces the male aging process, which is what makes him cool. »

The British author V.S. Pritchett, who was as good a critic as he was a short-story writer, had a particular affinity for the works of novelists « who are not driven back by life, who are not shattered by the discovery that it is a thing bounded by unsought limits, by interests as well as by hopes, and that it ripens under restriction. Such writers accept. They think that acceptance is the duty of a man. » No doubt it would have surprised him to hear his words applied to a gray-haired rocker, but they couldn’t be more relevant to the music of Donald Fagen. Not only does he accept life’s limits, but he smiles wryly at them—and when he does, so do we.

—Mr. Teachout, the Journal’s drama critic, writes « Sightings » every` other Friday. He is the author of « Pops: A Life of Louis Armstrong. » Write to him at tteachout@wsj.com.

Voir de plus:

Aging well or just aging: The rockers of my youth

Judah L. Ronch, PhD

Itlmagazine

January 2, 2013

I was one of the estimated 50 million people who watched the “12-12-12” concert for Hurricane Sandy relief and I had two reactions. The first was that event was especially poignant because, as the New York Times reported, more than 40% of the fatalities of this storm were people over age 65. Many drowned in their homes or died when help couldn’t reach them in time to get medical care. (I think this is really a comment about aging in community vs. aging in place.) But, this is an issue beyond my ken to solve. I am not a politician or a policy person. What I am, though, is a “child who’s grown old” with rock and roll music as the soundtrack of my life, and I saw this in stark detail during the broadcast.

An article by Alex Williams headlined: The music is timeless, but about the rockers… was the second thing I reacted to. Here were the groups that helped me get through the turbulence of the 1960s and ’70s. They were largely, as Mick Jagger so aptly quipped, “…the largest collection of old English musicians ever assembled in Madison Square Garden.” (Springsteen, Bon Jovi and Billy Joel were there too, and while they are younger they were termed “geriatric” in the article.)

The old English musicians were about my age or younger! Williams’ article looked at the critical issue of whether it is “possible to look cool and rebellious after 50 without looking foolish.” In other words, do those aging rock stars who dyed their hair and bared their bellies have to fade away when they no longer have the youthful images that are the calling card of youthful rebellion?

There was much reaction to Roger Daltrey showing his midriff during The Who’s energetic set of classics (remember their hit “My Generation,” with the line “Hope I die before I get old.”?), and of the color of Bon Jovi’s and Paul McCartney’s hair. These and other icons were reported to have been the subjects of snarky Tweets. And Jagger still struts like he did when he was in his twenties, but it looked odd to me doing it at almost 70. So why do some aging rockers have to use age denial to perpetuate their rebellious bona fides?

Does the music of protest have to be accompanied by bounding across the stage, gyrations and age-denying cosmetic interventions? This is not a remote issue: the “You are My Sunshine” days of sing-along music activities in long-term care settings are coming to an end. We need to think about how the next wave may want to spend their time enjoying music in groups when they are not listening to iPods or rock wall climbing.

Let me introduce the concept of “trait transformation” as a proposed solution that allows aging boomers to rock on without engaging in age denial. This finding in developmental psychology helps to explain how people develop and get more complex, but stay the same person. Trait transformation is the process that takes place as a result of development and maturation when a lifelong trait changes how it appears in a person’s behavior. For example, infants who were very good at following a moving picture of a human face were superior socializers at three months, but then they didn’t seem to want to follow the picture anymore. They had moved on; the trait that was being measured had transformed from tracking a picture to interacting with a human being. The Experience Corps is full of retirees who use their traits to help others although they no longer work in their old jobs.

If the music boomers grew up on is still meaningful, then enjoying its essence—its many meanings—as we age will have to be available without the distractions of age-denying cosmetic overlays that the stars use. Rockers can get old and still rock on, and that will be the “new normal.”

The message of the ’60s and ’70s was not about only about sexual revolution and protest, it also was about protesting the status quo that limits the diversity of individual expression of who we were and what we could become, aging rockers have much to contribute to how boomers will experience aging. If they would only accept that they don’t have to deny their aging to be relevant.

For many of their aging fans, the next era of life will depart from the conformity that an ageist, declinist approach to aging dictates. You won’t need to take off your shirt or dye your hair to be an icon of cool aging or to sing songs about what was (and is) important. Because what’s cool looks different as a person ages, but cool remains a trait.

Thanks to McCartney, Jagger and the old English musicians, the beat went on. That’s the soundtrack of the boomers’ lives. What will the music in your setting be in 2030, and what timeless music will people singing along with? I expect that people will still agree with Mick: “I know it’s only rock and roll but I like it.”

Voir aussi:

Neil Young Stuns With a Spellbinding Carnegie Hall Show

The marathon set featured a wealth of Seventies classics

Rolling stone

January 7, 2014

When Neil Young walked onstage for the first of his four-night stand at Carnegie Hall, nobody in the audience had any idea what sort of show he was about to present. His previous theater tour in 2010 was a bizarre (and ultimately unsatisfying) mixture of solo acoustic and solo electric tunes, concentrating on hits and selections from his then-unreleased LP Le Noise. The last time he launched a solo acoustic tour was eleven years ago in Europe, and those crowds heard a complete performance of his rock opera Greendale, which wouldn’t hit shelves for another four months. More recently, he played a set at Farm Aid last year that consisted almost entirely of other people’s songs. If the man’s anything, he’s unpredictable.

Thankfully, Neil Young had no such surprises for the capacity crowd at Carnegie Hall. Instead, he treated them to an absolutely jaw-dropping two hour and 20-minute show that focused largely on his golden period of 1966 to 1978. He only deviated from that era for two songs from 1992’s Harvest Moon, the 1989 obscurity « Someday » and a pair of covers by Phil Ochs and Bert Jansch. The opening notes of classics « Harvest, » « A Man Needs a Maid » and « On the Way Home » sent shockwaves of recognition and joy through the crowd, who then listened to them in near silence. It was, without a doubt, one of the greatest Neil Young shows of the past decade, at least when he wasn’t playing with Crazy Horse.

The first time Young played Carnegie Hall was a two-night stand in late 1970, capping off an incredible year where he recorded Deja Vu with Crosby, Stills, Nash & Young as well as his solo album After the Gold Rush. « I was pretty jacked up [that night], » he said early on last night. « People started yelling out and doing all kinds of things. I said, ‘Listen, I know what I’m doing here. I’ve been dying to get into this place. I planned it out. I know exactly what I’m going to play and nothing you’re going to say is going to change my mind.’ Then I was playing this Buffalo Springfield song ‘Nowadays Clancy Can’t Even Sing’ and somebody yelled out from the audience and I stopped and said, ‘Shit, I lost my concentration.’ Then I left. There wasn’t going to be an intermission, but there was. Tonight I planned on an intermission. I’m much more mellow now. »

It would be tough to be less mellow than Neil Young circa 1970, but there were no outbursts last night (though Carnegie Hall’s incredible acoustics made every knucklehead’s commentary perfectly audible to the entire auditorium). « You guys finished? » he asked calmly after a group of guys refused to stop demanding loudly that he play the extreme rarity « Don’t Be Denied. » « You paid real money to get in here, so you should be able to listen to each other. I hear a little voice, ‘Be nice, be nice.’ Thank you, sweetheart. »

Much like his stellar 1999 solo acoustic tour, there was a chair in the center of the stage surrounded by about eight acoustic guitars and a banjo. There were also two pianos and a pump organ, and sometimes between songs Young would wander around, pick up a guitar, briefly contemplate using it, and then opt for another. He was also in a chatty mood, sharing stories behind many of the instruments, including the legendary guitar that once belonged to Hank Williams.

But the night was largely devoted to classics from Young’s commercial peak in the early Seventies. It’s been years since he crammed this many hits into a set, playing over half the songs on Harvest (« Heart of Gold, » « Are You Ready for the Country, » « Old Man, » « The Needle and the Damage Done, » « A Man Needs A Maid » and « Harvest »), along with « Ohio, » « After the Gold Rush, » « Only Love Can Break Your Heart, » « Comes a Time, » « Long May You Run » and his first performance of « Southern Man » in nearly a decade.

Midway through the second set he broke out Bert Jansch’s 1965 classic « Needle of Death. » Young has claimed he lifted the chords of « Ambulance Blues » from the tune, and he emphasized the similarities between the two during the intro. He followed it up with the thematically similar « Needle and the Damage Done, » showing just how influential this single tune was on his songwriting.

Some of the best moments of the night came when he resurrected material from the Buffalo Springfield catalog. « On the Way Home » was absolutely spellbinding, and he proved why « Flying on the Ground Is Wrong » is one of his most under-appreciated masterpieces when he played it on the upright piano. But the most radically rearranged song of the night was « Mr. Soul, » which he played on the pump organ.

Other highlights included a banjo rendition of the Tonight’s the Night gem « Mellow My Mind, » a rollicking « Are You Ready for the Country? » and a climactic « After the Gold Rush, » both on the standup piano. The only real complaint is that he played so many early Seventies classics that he neglected all other eras of his long career. Not a single note of music was played from the past 22 years, nor did he go near anything from 1978 to 1989. The late Sixties and the Seventies were obviously the period when he produced his best work, but there’s been a lot of amazing stuff since then, and it would have been nice to hear just a little more of it.

It’s incredible to think that in the past five months, Young has played ridiculously loud, feedback-drenched marathon concerts with Crazy Horse all over Europe, reunited with Crosby, Stills, Nash and Young at the Bridge School Benefit and put together this gentle, nostalgic Carnegie Hall show. At age 68, his voice has lost only a bit of its range, and his guitar playing sounds just like it did the first time he played Carnegie Hall.

It’s unclear if he’s going to perform this show outside of Carnegie Hall and his four « Honor the Treaties » gigs in Canada later this month, but Neil Young fans should make every possible effort to see it while they can. This is the show they’ve been waiting to see for years and years.

Voir enfin:

Aging Rocker’s Failed Anti-Israel Crusade

Sarcasm aside, this is anti-Semitism of the ugliest, most primitive kind.

Ben Cohen

August 29th, 2013

Back in 1976, when the burgeoning punk movement began transforming the rock’n’roll landscapes of London and New York, a young punk rocker named John Lydon scrawled the words “I Hate…” on his Pink Floyd t-shirt.

With this one stroke, Lydon, aka Johnny Rotten, demarcated the past from the future: eschewing the lengthy and ponderous compositions of Pink Floyd frontman Roger Waters, Rotten and his mates set about delivering sharp, angry tunes in a compact three-minute format. Almost 40 years later, popular music has undergone numerous other transformations, but Rotten (who now calls himself Lydon again) and Waters have remained polar opposites. And as Israelis know better than most, that’s true both inside and outside the recording studio.

Back in 2010, Lydon rounded on critics of his decision to play a gig in Tel Aviv by telling them, “I have absolutely one rule, right? Until I see an Arab country, a Muslim country, with a democracy, I won’t understand how anyone can have a problem with how they [the Palestinians] are treated.”

By contrast, Waters, outwardly, a much more refined and eloquent fellow, has firmly hitched himself to the movement pressing for a campaign of Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) against Israel. Waters’s support for BDS is thought to be the reason that his scheduled appearance at the 92nd Sreet Y in New York City was canceled back in April, while more recently he tussled with the Simon Wiesenthal Center over an accusation of anti-Semitism that stemmed from a feature of his live show, in which a Star of David is projected onto a flying inflatable pig.

In his response to the Wiesenthal Center, Waters denied he was an anti-Semite, coming out with the standard response that hating Zionism and hating Jews are completely distinct. But a subsequent letter written in August to “My Colleagues in Rock’n’Roll” – his legendary pomposity remains unaltered – is certain to revive the charge. This time, it’s hard to see how Waters can wriggle around it.

The letter begins by citing another British musician, the violinist Nigel Kennedy, who slammed Israeli “apartheid” during a recent concert that was recorded by the BBC. “Nothing unusual there you might think,” Waters wrote, “[but] then one Baroness Deech, (nee Fraenkel) disputed the fact that Israel is an apartheid state and prevailed upon the BBC to censor Kennedy’s performance by removing his statement.”

Why did Waters think it necessary to point out the maiden name of Baroness Ruth Deech, a noted academic and lawyer? The answer is obvious: before she was Deech, a name that resonates with English respectability, she was Fraenkel, a name that sounds positively, well, Jewish. And much as she might try to hide her origins, the intrepid Waters is determined to out her, along with her nefarious Jewish –sorry, I mean, Zionist – agenda.

Sarcasm aside, this is anti-Semitism of the ugliest, most primitive kind. Appropriately, Waters’s letter appeared first on the website of the Electronic Intifada, a U.S.-based outfit that has emerged as one of the prime organizing platforms of the BDS movement.

The Waters letter ends as follows: “Please join me and all our brothers and sisters in global civil society in proclaiming our rejection of Apartheid in Israel and occupied Palestine, by pledging not to perform or exhibit in Israel or accept any award or funding from any institution linked to the government of Israel, until such time as Israel complies with international law and universal principles of human rights.”

In case it’s not clear, in the BDS movement, such elaborate formulations are code for “until such time as the state of Israel, which was born in a state of original sin, is finally eliminated.”

Here’s the rub, though: ten years ago, when the BDS movement was a relatively new phenomenon, statements like these would have set off a minor panic in the Jewish world. These days, we’re far more sanguine, and we’ve learned that Israel can survive and flourish no matter how many graying prog-rockers like Waters dedicate their lives to removing the world’s only Jewish state from the map.

As unpalatable as this may be for Waters’s digestion, the plain truth is that the BDS movement has failed. Its original aim was to replicate the massive outcry against South African apartheid during the 1980s, when songs like “Free Nelson Mandela” and “(I Ain’t Gonna Play) Sun City” ruled the airwaves. Instead, it has remained a fringe movement, a minor irritant that has had precious little impact on Israel’s economic life and garners media attention only when someone like Waters decides to shoot his mouth off.

We’ve arrived at this happy situation for several reasons, among them the growing realization, as articulated by John Lydon, that there is something absurd about boycotting Israel when the states that surround it engage in egregious human rights violations. Waters won’t play in Israel, but he was quite happy to play in Dubai in 2007 – an Arab city almost entirely built by slave labor imported from Muslim countries like Pakistan and Bangladesh. If other stars grasp the appalling hypocrisy this represents, then having Roger Waters indulge his hatred of Israel at every opportunity is a price worth paying.

About the Author: Ben Cohen is the Shillman Analyst for JNS.org. His writings on Jewish affairs and Middle Eastern politics have been published in Commentary, the New York Post, Haaretz, Jewish Ideas Daily and many other publications.


Mimétisme: Attention, un triangle peut en cacher bien d’autres ! (From Venitian vanitas and Venus in sackcloth to NSFW, nude yoga and pubic hair mannequins: the long road to the domestication of the male gaze)

19 janvier, 2014
Debate: Shoppers have had mixed reactions to the window display, with some agreeing that it' a positive move for feminism and others believing it is too graphichttps://i0.wp.com/medias.unifrance.org/medias/170/200/116906/format_page/belle-comme-la-femme-d-un-autre.jpghttps://pbs.twimg.com/media/BeBb3GJIIAAbIWR.jpgTu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Deutéronome 5: 21
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnait lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Monsieur le président, mesdames les ministres, cet amendement concerne l’article 206 du code civil. J’évoquais tout à l’heure Jaurès. Je souhaite maintenant convoquer les mânes de Courteline, Feydeau, Labiche et Guitry. Pourquoi ? Parce qu’en transformant l’article 206, mes chers collègues, vous supprimez la belle-mère ! Vous supprimez un personnage essentiel de leur théâtre ! Vous portez un coup terrible au théâtre de boulevard ! La belle-mère disparaît ! Marc Le Fur (député UMP, débat parlementaire sur la suppression des mots « père » et « mère », 05.02.13)
Je vous jure, Monseigneur, qu’il n’existe pas d’homme perspicace qui ne la prenne pour une femme en chair et en os. Il n’existe pas d’homme assez usé par les ans, ni d’homme aux sens assez endormis, pour ne pas se sentir réchauffé, attendri et ému dans tout son être. Ludovico Dolce
Les toiles de Titien et les Sonnets luxurieux de l’Arétin ont la même raison – érotique – d’être. Mais, à la différence de ces sonnets, les nus de Titien peuvent sembler répondre à l’exigence du Livre du Courtisan de Baldassar Castiglione, livre de chevet de l’empereur Charles Quint, livre qui régit les convenances de toutes les cours : « Pour donc fuir le tourment de cette passion et jouir de la beauté sans passion, il faut que le Courtisan, avec l’aide de la raison, détourne entièrement le désir du corps pour le diriger vers la beauté seule, et, autant qu’il le peut, qu’il la contemple en elle-même, simple et pure, et que dans son imagination il la rende séparée de toute matière, et ainsi fasse d’elle l’amie chérie de son âme. Pascal Bonafoux
Le système de l’amour du prochain est une chimère que nous devons au christianisme et non pas à la nature. Sade
Il me semblait même que mes yeux me sortaient de la tête comme s’ils étaient érectiles à force d’horreur. Georges Bataille
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. (Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
Vous nous avez fait faire tout ce chemin pour nous montrer quoi: un triangle à la française ? Eglinton (Ulysse, James Joyce)
Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
Les sorties de l’Elysée en direction d’un souterrain où l’attendaient un scooter et un casque intégral, les séjours rue du Cirque (cela ne s’invente pas) semblent sortir d’une comédie de boulevard ou d’un vaudeville. La France est passée en quatre décennies d’un Président qui sortait de l’Elysée en petite voiture discrète pour aller voir ses maîtresses, et qui pouvait heurter le camion du laitier à l’aurore à un Président polygame entretenant sa deuxième famille aux frais du contribuable, avant que vienne le célèbre monsieur « trois minutes douche comprise ». Elle a échappé au priapique du Sofitel de New York pour avoir le premier Président non marié et acteur burlesque à ses heures, dans le rôle « je trompe ma femme, mais elle ne le sait pas, d’ailleurs ce n’est pas ma femme ». Ce Président a voulu le mariage pour les homosexuels, mais surtout pas pour lui-même. Guy Millière
L’éventail proposé dans Benefits Street est large : il y a la mère de famille polonaise qui élève seule ses deux enfants et tente de trouver un boulot, un couple de 22 et 23 ans avec deux enfants qui ne travaille pas, une famille de 14 Roumains, récemment installés, qui inspectent les poubelles pour trouver du métal afin de le revendre, le vieil alcoolique revendiqué qui explique fièrement «être la vedette du programme et avoir inventé le titre» et affirme utiliser ses allocations pour nourrir son chien et acheter ses bouteilles. Bref, on plonge droit dans le cliché complet de ce que certaines critiques – et elles sont nombreuses – ont qualifié de « pornographie de la pauvreté ». Libération

Après le mariage, le vaudeville pour tous !

A l’heure où, oubliant le double accident qui entre le rejet de Sarkozy et la défection de DSK l’avait fait, l’actuel maitre de la synthèse qui nous tient actuellement lieu de président vient de rappeler au monde l’une des plus grandes contributions du pays de Sade et de Bataille à la compréhension de la nature humaine, à savoir le fameux « French triangle »  de nos célébrissimes pièces de boulevard …

Et en ces temps du tout est permis où le terme de pornographie ne peut plus guère qualifier que le rappel de la pauvreté …

Pendant que, du yoga nu aux mannequins aux poils pubiens, nos cousins américains rivalisent d’ingéniosité pour contourner les nouveaux interdits du « male gaze » des féministes et du NSFW de leurs employeurs …

Comment ne pas voir derrière les efforts titienesques de nos premiers grands peintres il y a quelque 500 ans pour tenter de légitimer, entre vénus et marie-madeleines, leur célébration du corps humain et surtout féminin …

Et, du voyeurisme (autre importante contribution lexicale française au monde) au contrepoids proustien ou à la pulsion scopique freudienne ou au miroir lacanien, derrière les efforts non moins titanesques de nos romanciers et de nos cliniciens  …

La vérité, longtemps oubliée depuis l’avertissement multimillénaire du dixième commandement mais retrouvée et théorisée récemment par René Girard, de la nature intrinsèquement triangulaire du désir humain  …

Autrement dit, comme le rappelle si efficacement, le titre morandien d’un film (français) qui vient de sortir sur nos écrans, qu’aucune femme n’est jamais aussi belle que la femme d’un autre ?

To NSFW or not to NSFW? (now SFW)

Roger Ebert

October 31, 2010

This entry is safe for work.

I hesitated just a moment before including Miss June 1975 in my piece about Hugh Hefner. I wondered if some readers would find the nude photograph objectionable. Then I smiled at myself. Here I was, writing an article in praise of Hefner’s healthy influence on American society, and I didn’t know if I should show a Playmate of the Month. Wasn’t I being a hypocrite? I waited to see what the reaction would be.

The Sun-Times doesn’t publish nudes on its site, but my page occupies a sort of netherland: I own it in cooperation with the newspaper, but control its contents. If anyone complains, I thought, it will be the paper, and if they do I’ll take it down.

You dance with the one that brung you. But no one at the newspaper said a word, even though they certainly saw the page because the same article also appeared in the Friday paper. Hefner was in town for the weekend for a nostalgic visit to his childhood home, and a screening at the Siskel Film Center of the new documentary about his life . He’s a local boy who made good.

At first no one at all objected to the photo, even though the entry was getting thousands of hits. It went online early on Sunday afternoon. But Monday was a workday, and a reader asked if it had occurred to me to label it NSFW (« not suitable for work »). The thought may have crossed my mind, but come on, would anybody be surprised to find a nude somewhere during a 2,200-word piece on Hef? It wasn’t like I was devoting a whole page to it; I embedded it at a prudent 300 pixels. Like this:

Sorry. After learning that the mere presence of this photograph could get you fired and my blog put on a restricted list, I have removed the « prudent 300 pixels » and linked the photograph here.

Then other readers started wondering about a NSFW warning. They weren’t objecting to the photo; indeed, no one ever did, even some readers who felt Hefner had been a pernicious influence on the world. Feminist readers, some well known and respected by me, spoke of his objectification of the female body, his misuse of the Male Gaze, and so on. But no one objected to the photo itself. No, they explained that they read the column at work (« during lunch break, » of course) and were afraid a supervisor or co-worker might see a nude on their monitor. I asked one of these readers if his co-workers were adults. Snark.

As a writer, it would have offended me to preface my article with a NSFW warning. It was unsightly — a typographical offense. It would contradict the point I was making. But others wrote me about strict rules at their companies. They faced discipline or dismissal. Co-workers seeing an offensive picture on their monitor might complain of sexual harassment, and so on. But what about the context of the photo? I wondered. Context didn’t matter. A nude was a nude. The assumption was that some people might be offended by all nudes.

This was a tiny version of this photograph. When will we grow up?

I heard what they were saying. I went in and resized the photo, reducing it by 2/3, so that it was postage-stamp 100 pixel size (above) and no passer-by was likely to notice it. This created a stylistic abomination on the page, but no matter. I had acted prudently. Then I realized: I’d still left it possible for the photo to be enlarged by clicking! An unsuspecting reader might suddenly find Miss June 1975 regarding him from his entire monitor! I jumped in again and disabled that command.

This left me feeling more responsible, but less idealistic. I knew there might be people offended by the sight of a Playmate. I disagreed with them. I understood that there were places where a nude photo was inappropriate, and indeed agree that porn has no place in the workplace. But I didn’t consider the photograph pornographic. Having grown up in an America of repression and fanatic sin-mongering, I believe that Hefner’s influence was largely healthy and positive. In Europe, billboards and advertisements heedlessly show nipples. There are not « topless beaches » so much as beaches everywhere where bathers remove swimsuits to get an even tan.

At Cannes you see this on the public beach, and pedestrians nearby on the Croisette don’t even stop to notice. Ironically, the only time you see a mob of paparazzi is when some starlet (on the Carlton Hotel pier say), is making a show of removing her clothes. Then you have a sort of meta-event, where paparazzi are photographing other paparazzi photographing this event. It’s all a ritual. The clothes come off, the photographers have a scrum, everyone understands it’s over, and the paparazzi leave, sometimes while the starlet is still standing there unadorned. In Europe, people know what the human body looks like, and are rather pleased that it does.

America has a historical Puritan streak, and is currently in the midst of another upheaval of zeal from radical religionists. They know what is bad for us. They would prefer to burn us at a metaphorical stake, but make do with bizarre imprecations about the dire consequences of our sin. Let me be clear: I am not speaking of sexual behavior that is obviously evil and deserves legal attention. But definitions differ. Much of their wrath is aimed at gays. I consider homosexuality an ancient, universal and irrefutable fact of human nature. Some radicals actually blamed it for 9/11. For them the ideal society must be Saudi Arabia’s, which I consider pathologically sick.

When we were making « Beyond the Valley of the Dolls, » I got to know Cynthia Myers and Dolly Read (above), the two Playmates in the film, and have followed them through the years. They have good memories of the experience. I am in touch with Marcia McBroom, the actress who played the third of the movie’s rock band members. She is a social activist, loves the memory of her Hollywood adventure, and recently sponsored a benefit showing of BVD for her Africa-oriented charity, the For Our Children’s Sake Foundation. These women looked great in the 1970s and they look great today, and let me tell you something I am very sure of: We all want to look as great as we can.

Now back to the woman in the photograph. Her name is Azizi Johari. She went on after her centerfold to have some small success in motion pictures, most notably in John Cassavetes’ « The Killing of a Chinese Bookie. » Today she would be in her 50s and I hope is pleased that such a beautiful portrait of her was taken. A reader sent me a link to Titian’s 16th century painting « Venus of Urbino » (below), and suggested to me that this was art and Miss Johari’s photograph was not. I studied them side by side. Both women are unclothed, and regard the viewer from similar reclining postures on carefully-draped divans. I looked at them with the Male Gaze, which I gather that (as a male) is my default Gaze. I want to be as honest as I can be about how these two representations affect me.

Let us assume that the purpose of both artworks is to depict the female form attractively. Both the photographer and the painter worked from live models. Titian required great skill and technique in his artistry. So did the photographer, Ken Marcus, because neither of these portraits pretends to realism. Great attention went to the lighting, art direction and composition of the photograph, and makeup was possibly used to accent the glowing sheen of Miss Johari’s skin. I would argue that both artworks are largely the expressions of imagination.

For me, Miss Johari is more beautiful than Venus. She strikes me as more human. She looks at me. Her full lips are open as if just having said something. Her skin is lustrous and warm. Venus, on the other hand, seems to have her attention directed inward. She is self-satisfied. She seems narcissistic, passive, different. Johari is present. She seems quietly pleased to suggest, « Here I am. This is me. » Wisely she avoids the inviting smile I find so artificial in « pin up » photography. She is full of her beauty, aware of it, it is a fact we share. Venus is filled by her beauty, cooled by it, indifferent to our Gaze. If you were to ask me which is the better representation of the fullness of life, I would choose Johari.

Of course abstract artistic qualities are not the point of either work. The pictures intend to inspire a response among their viewers. For men, I assume that is erotic feeling. Women readers will inform me of the responses they feel. Homosexuals of both sexes may respond differently. They will tell me.

For me? Miss June is immediately erotic. I regard first of all her face, her eyes, her full lips and then her breasts, for I am a man and that is my nature. I prefer full lips in women, and hers are wonderful. I admire full breasts. Hers are generous but manifestly natural. The female breast is one of the most pleasing forms in all of nature, no doubt because of our earliest associations. I dislike surgical enhancements. As my friend Russ Meyer complained in the early days of silicone, « It misses the whole principle of the matter. »

Miss Johari’s arms and legs are long and healthy, she is trim but not skinny, she is not necessarily posing with her left arm but perhaps adjusting a strand of hair. I find the dark hue of her skin beautiful. Photographs like this (she was the fifth African-American Playmate) helped men of all races to understand that Black is Beautiful at a time when that phrase came as news to a lot of people. In a blog about her, I find she was « the first black Playmate to have distinctly African features. » Another entry could be written about that sentence.

As for Venus of Urbino, she has no mystery at all. I look at her and feel I know everything, and she thinks she does too. She gives no hint of pleasure or camaraderie. If you tickled her with a feather, she would be annoyed. Miss Johari, I imagine, would burst into laughter and slap the feather. I can see myself having dinner with her. To have dinner with Venus would be a torment. My parting words would be, « This bill is outrageous! I wouldn’t pay it if I were you! »

Of course these are all fantasies. I know nothing about either model. That is what we do with visual representations of humans; we bring our imaginations to them. It’s the same with movies. The meaning is a collaboration between the object and the viewer. That is how we look at pictures, and how we should. If it seems impertinent of my to compare the photograph with the painting, the best I can do i quote e. e. cummings:

mr youse needn’t be so spry

concernin questions arty

each has his tastes but as for i i likes a certain party

gimme the he-man’s solid bliss for youse ideas i’ll match youse

a pretty girl who naked is is worth a million statues

Now as to the problem of the workplace. I understand there will be pictures on a computer screen that will be offensive. I get that. Why will they be offensive? Perhaps because they foreground a worker’s sexual desires, and imply similar thoughts about co-workers. Is that what’s happening with the blog entry on Hefner? Is anyone reading it for sexual gratification? I doubt it. That’s what bothers me about so many of the New Puritans. They think I have a dirty mind, but I think I have a healthy mind. It takes a dirty mind to see one, which is why so many of these types are valued as censors or online police.

The wrong photographs on a screen might also suggest a blanket rejection of the values of the company. Some corporations require an adherence to company standards that is almost military. Sex has a way of slicing through all the layers of protocol and custom and revealing us as human beings. But lip service must be paid to convention.

We now learn that the recent Wall Street debacle was fueled in part by millions spent on prostitution and drugs. We have seen one sanctimonious politician and preacher after another exposed as a secret adulterer or homosexual. I don’t have to ask, because I guess I know: If an employee in the office of one of those bankers, ministers or congressman had Azizi Johari on his screen, he would be hustled off to the HR people.

I haven’t worked in an office for awhile. Is there a danger of porn surfing in the workplace? Somehow I doubt it. There is a greater danger, perhaps, of singling out workers for punishment based on the zeal of the enforcers. And of course there is always this: Supervisors of employee web use, like all employees, must be seen performing their jobs in order to keep them.

There is also this: Perfectly reasonable people, well-adjusted in every respect, might justifiably object to an erotic photograph on the computer monitor of a coworker. A degree of aggression might be sensed. It violates the decorum of the workplace. (So does online gaming, but never mind.) You have the right to look at anything on your computer that can be legally looked at, but give me a break! I don’t want to know! I also understand that the threat of discipline or dismissal is real and frightening.

I’ve made it through two years on the blog with only this single NSFW incident. In the future I will avoid NSFW content in general, and label it when appropriate. What a long way around I’ve taken to say I apologize.

Voir aussi:

Behind the mask

Jonathan Jones

The Guardian

04 January 2003

Very little is recorded of the life of the great Renaissance artist Titian. What we do know of his personality and his turbulent sexuality is laid bare in his painting

He could not help looking. It was an accident – well, all right, an accident combined with curiosity. But what was a man to do? Actaeon, the story goes, was out hunting with his friends in the woods when he got lost. That was his only mistake, really – that and looking at a naked goddess. « There is nothing sinful in losing one’s way, » points out the ancient Roman poet Ovid, who tells the story of Actaeon in his fabulist poem Metamorphoses, written 2,000 years ago.

The grandson of Cadmus had hunted all morning with his friends, and their nets and swords were dripping with blood, when Actaeon suggested they call it a day and enjoy the noon heat. He himself wandered off from the sweaty mob into a thickly overgrown valley, and found a cave. It was a beautiful and refreshing place, entered via a graceful arch, and inside there was cold, clear water, flowing from a spring into a deep pool where Diana, goddess of the hunt, liked to come to cool off when she was tired from shooting her bow and hurling her javelin. Here she was, accompanied by her nymphs, who took her weapons and her clothes so that, naked, unencumbered, she could bathe. And that was when Actaeon blundered in.

Did his eyes fix on her breasts, her thighs? Or did he try not to look? Diana didn’t care if he was guilty or innocent. She was a modest goddess. She hadn’t got her bow, so instead she threw water – magic water – in the young fool’s face, yelling at him, « Now go and tell everyone you saw Diana naked – if you can! » Actaeon was growing antlers, his face was turning furry. Diana turned him into a stag – a dumb male animal, his phallic antlers useless when what he needed, and no longer had, was a voice to tell his hunting dogs it was him, their master, Actaeon, that they were hunting down.

In Titian’s painting The Death Of Actaeon, the dogs have just caught up with their hapless master. They are good, zealous dogs, doing what they were trained to do. In a line of energy, they fly at him – the three pack leaders are already on him. In Titian’s version, some details of Ovid’s story are changed in a way that brilliantly simplifies and intensifies the action, and heightens its emotion. Titian’s Actaeon has the body of a burly man; only his head has changed into that of a very stupid-looking stag, like a dead, stuffed trophy fixed on to his shoulders. The strangest thing about Actaeon’s head is that you can barely see his eye on the profile facing us; Titian – who painted the reflective depths of eyes as well as anyone in history – has chosen here to blind Actaeon in a painterly equivalent to Ovid’s robbing him of speech.

Titian’s painting has humour – it’s a blackly comic tale of voyeurism punished, and Titian relishes Diana’s mighty presence in a way that’s joyous and celebratory – but it is also heartfelt, sombre, magnificently piteous. The tragedy is in the trees. They are yellow and brown and seared and autumnal; these are not the fresh, green trees of youth, but the tired woods of age, decay; it is as if Actaeon’s youth has sped into senescence as the life not lived flashes in front of him. And yet those trees are lovely; the matted texture of them is so deliberately thick and rough that you can feel it on your skin, on your face. You can feel the stormy air, too, the chill breeze before the storm that those roiling clouds and that terrific sky – eerily turning from grey to yellow – promise.

It was said that Tiziano Vecellio was 104 years old when he died in 1576. This was probably an exaggeration, but an understandable one – 500 years ago, living beyond your 30s was an achievement. The one rival to Titian’s crown as the supreme genius of Renaissance Venice – the romantic, turbulent Giorgione – died of plague as a young man in 1510, after less than a decade’s work. Titian outlived him, and the average life span, by 10, 20, 30 . . . eventually, in that world, you lost count. He was probably born in the 1480s, making him between 86 and 96 when he died. Which means that Titian was at least in his 60s when he wrote to Philip II of Spain in June 1559, telling him he had « two poesie already under way: one of Europa on the Bull, the other of Actaeon torn apart by his own hounds ».

Actaeon never got to Spain; it never joined the collection commissioned by Philip II from Titian, illustrating myths from Ovid. Instead, it seems to have stayed in his studio, possibly until his death. It is a chromatically muted painting – very different from the erotic, visual banquets of Titian’s other poesie; some say that it is unfinished, that it would have eventually looked much brighter. But I think the lack of finish is telling. The Death Of Actaeon seems to me a fearsomely personal work. It is one of those paintings in which Titian speaks about himself: he is Actaeon. An Actaeon grown old, a frenzied animal at the mad mercy of his eye, his roving, incredible eye.

About his greatness there has never been any doubt – not since he painted his astonishing altarpiece of the Assumption in the church of Santa Maria Gloriosa dei Frari in Venice as an up-and-coming contender in 1516-18. The Frari is a gothic church, high and bare, its glory a tall, semicircular network of arched windows that turns its south-west wall into a broken dazzle of sunlight. Insanely, the ambitious Titian accepted a commission to make an altar painting to stand in front of this wall of light – a painting that was doomed to be cast into a deep shadow, to seem a mere eccentric, dull daub against the sun that shone above and around it.

Titian’s painting meets the sun on equal terms. It is so bright, the gold heaven towards which the Virgin Mary is raised on a cloud borne by putti is so luminous, that instead of being overpowered by the sunlight streaming above, it seems that the sun is paying its compliments to Titian. Look more closely, and it turns out that Titian has tricked the eye by mimicking the contrast of light and shade that threatens to dull his painting. Down at the bottom of the seven metre tall panel, at our level, the disciples – as we do – look up at the ascending Virgin; they are in shade in a dowdy space. At the very centre of the earthbound crowd is a black hole. Up above, the heavenly gold light Mary enters is a shining circle, its circumference clearly defined by angels’ faces, and it gets whiter towards the centre: it is a depiction of the sun. Seeing how this light outshines the cooler colours below, we somehow accept that this painted sun is as powerful as the real one. Titian is a magician, and this is his most jaw-dropping sleight of hand.

No one has ever questioned that this is one of the world’s indispensable works of art; and no one has ever questioned Titian’s stature. He is the painter’s painter, and he is also the prince’s painter (not to mention, as he was nicknamed, the Prince of Painters); he is the expert’s painter and the people’s painter; he has never gone out of fashion, not in his lifetime, not ever. His art is endlessly fresh and generative. Even when they parodied him – Manet’s Olympia is a travesty of Titian’s Venus Of Urbino – artists learned from him, studied him, were inspired by him.

The three most influential post-Renaissance painters, Velázquez, Rubens and Rembrandt, were devoted to Titian – Rembrandt modelled one of his own self-portraits on Titian’s Portrait Of A Man (with a blue sleeve) in the National Gallery; Velázquez learned his luxurious style from Titians in the Spanish royal collection; Rubens copied many of his paintings. More than anyone else, Titian shaped our idea of painting – what it is, what it is capable of.

When he was young, oil painting was a new idea, and it was used with a raw excitement, as if every painting were a scientific discovery – the first time a landscape was depicted in convincing perspective, the first accurate painting of a reflection. When Titian died, oil painting had grown up – it had at its command an incredible array of techniques, an empire of the visual. It was Titian who created this empire. It was Titian who demonstrated the full range of powers specific to painting on canvas – to be at once a convincing imitation of appearances and also something else, something abstract. At the same time he displayed painting’s sensuality: when the American artist Willem de Kooning said oil paint was invented to depict flesh, it must have been Titian (and his disciple, Rubens) he was thinking of. Today, it is possible to argue that Titian was the most influential painter in history. And because his painterliness has an abstract quality, he has continued to influence modern artists. In the 19th century, Delacroix took Titian’s colour into realms of romantic madness – his Death Of Sardanapalus is a psychotic riff on Titian – and Degas took up his cult of the flesh. Even today, the best living painters, Gerhard Richter (who has done versions of Titians) and Lucian Freud, echo different aspects of Titian.

Titian is part of a triumvirate, with Leonardo da Vinci and Michelangelo Buonarroti, who invented the very idea of the modern artist. Da Vinci and Michelangelo, in their refusal to complete commissions and, in Michelangelo’s case, his stroppiness, established the image of the self-pleasing, wilful genius; Titian, partly because of his long career, but mostly through his dominance of a Europe-wide art market in which kings and princes collected his work for decades, established the authority of painting. He once dropped his brush in the presence of Emperor Charles V, and it was the Emperor who insisted on picking it up in deference to Titian.

And yet, he wears a mask. He lived for perhaps 90 years, in the most sophisticated city in the world, and he was famous from his 20s onwards. He was by all accounts an articulate, courtly, sociable man, a close friend of the writers Ariosto and Aretino, bright enough to be sent on diplomatic missions on behalf of the Venetian Republic, refined enough to become the companion of kings. And yet behind the screen of constant, smooth success, his life is practically unknown. His work, because of that, retains an enigmatic distance. The Frari altarpiece is Venice’s answer to Michelangelo’s Sistine Chapel; and yet it’s nothing like as touristed because Titian doesn’t have the charisma of Michelangelo, his Florentine contemporary. Titian’s personality doesn’t burst out of the past like Michelangelo’s.

Titian never said anything quotable, but Michelangelo said something quotably mean about Titian. In the 1540s, Titian worked for a while in Rome. There, Michelangelo visited his studio. Titian had just finished his painting of Danaë – illustrating another tale from ancient mythology, in which the god Jupiter takes the form of a shower of gold to make love to Danaë. He did several versions of the painting – but the one Michelangelo saw is the best (part of the Capodimonte Museum exhibit in Naples, it is coming to the National Gallery’s Titian exhibition). It is the erotic pendant to Titian’s Frari altarpiece; just as he creates his own blazing sun in the Frari, here he makes flesh and gold merge in an uncanny, inexplicable bit of magic – a painting that is at once sensual and mystical, or rather, that is mystical about the senses.

As in the Frari, it is the play of light and darkness that weaves a spell. On her bed, the naked Danaë is warmed by subtly golden light. Titian captures the richness rather than the vulgarity of gold: that is also true of the almost bronze cloud, flecked with coins, that looms above Danaë in a dark, dense interior. The void of darkness at the centre makes the scene incomplete, luring the viewer to complete it; the imagination does this by abstracting and fusing the colours of skin and gold, that hang in memory as a dream, a vision of desire beyond verbal expression.

After seeing this incredible painting, Michelangelo praised the painting to Titian’s face. When he left the studio, however, he commented that it was very nice, its colouring was very nice – but it was a pity that Titian couldn’t draw.

Michelangelo’s put-down is the most celebrated expression of the fundamental difference between Florentine and Venetian art: while Tuscan Renaissance artists believed that line came first, Venetian painting defines space by colour, and it is in his colours that Titian’s personality will be found, in the texture of his paint. Titian’s paintings are not designed, then filled in; they exist in total spontaneity, in the brushing that Titian makes visible. His paintings are not smooth; he paints on rough canvas in which paint catches; and he pursues the same emotive, personal themes across his long career. Titian was a high-class kind of guy; his friend, the poet Aretino, commented on how Titian always knew how to speak to a lady, kissing hands, making courtly jests. And there’s a pleasure in civilised restraint – or, perhaps, a need for it – that distinguishes his art. This comes out most profoundly in his love of genre.

Titian, I think, enjoyed the discipline of objective rules – for example the conventions of portraiture – which he could then stretch, challenge, reinvent. His incredibly lifelike Portrait Of A Man (with a blue sleeve), painted in 1512, which may be a self-portrait, is an example of this. Titian’s joy as an artist in this painting is purely technical; he reinvents the repertoire of poses available to painters. Doing something stylish, Titian communicates something personal – the deeply felt presence of this unnamed 16th-century man.

Titian’s most accomplished genre of all is the one he himself invented or helped to invent – that of erotic mythology. There had been classical mythological paintings in Italy since the 15th century, but the kind of narrative, Ovidian art for which Titian is famous was new; it was his genre, the « poesie », as he called his paintings for Philip II. If genre is a discipline, and literary subject matter is an objective constraint, what Titian gave himself when he developed his unique kind of narrative painting was a way of both restraining and at the same time releasing – in a stylised, mediated way – his own sexuality. It is as if he was so obsessed with eroticism, so obsessed with women – like Picasso in his sometimes loving, sometimes hateful portraits – that he had to invent a new art of organised fantasy, of civilised eroticism.

Because the fantasies that Titian painted, from early on, are not just the lovingly painted, perhaps slightly complacent images of bountiful, sexually generous women, such as his Venus Of Urbino in the Uffizi – a painting that strikes you as pure body, openly desired by the artist. Or his dreamlike Le Concert Champêtre in the Louvre, once attributed to Giorgione, in which the same woman – depicted twice, including from behind, as if Titian wanted to record her entire physical presence – is the unashamedly naked attendant, the sexy yet docile companion, of two fully dressed men (this is a another picture Manet parodied – Le Déjeuner Sur L’Herbe).

Titian loved women – this has to be the least debatable statement in the history of art. This wasn’t just sex. He painted women as heroic and strong social actors – his portrait known as La Schiavona in the National Gallery stands above a marble relief of her own face, making her resemble a proud Roman matron, and she’s a big, forceful character. And the most brilliant of all Titian’s portraits, the most lovingly alive, is his dignified picture of a two-year-old girl, Clarissa Strozzi.

Titian’s emotional life pervades his paintings. Far from coming easily, the civilised tone of his art seems hard-won – violence, rage, terror are frothing in his brushwork. His overriding eroticism is not something worked up for patrons – although there was obviously a market for paintings like « the nude lady », as the man who commissioned it called the Venus Of Urbino – but something in him which painting allows him to project, simultaneously to enjoy and control.

Through his career, he is drawn to fierce and violent images. In his very first major public commission, a series of frescoes in Padua, he includes a scene of shocking brutality: the story of a jealous husband who murdered his wife. She begs for mercy while he prepares to stab her a second time. Later, Titian did several paintings of The Rape Of Lucretia, including a late, expressionistic work comparable to The Death Of Actaeon.

None of this is to say that Titian’s paintings are misogynist, hateful or hypocritical – on the contrary. There is a stale view of paintings such as the Venus Of Urbino, which arises from their popularity in the 19th century, as mildly saucy soft porn. In reality, and this is the source of his power, Titian’s sexuality is complicated, emotional, tortured and alive; his paintings embody the desires and terrors of a man who was capable of acute jealousy, anger, and a kind of religious worship of women.

Titian’s paintings of women are personal in another way. The same models recur in many of his pictures. One group of paintings seems to depict a woman who – a flower she holds suggests – may have been called Violante. It used to be said she was his lover and the pictorial evidence makes that romantic Victorian idea very plausible. The woman who posed as Flora, Titian’s most iconic beauty, is also in his painting Sacred And Profane Love. Flora is interpreted in all kinds of ways – as the goddess Flora, as a Venetian courtesan, as an image of correct sexual behaviour in a Venetian marriage – but the intimacy and warmth and passion of this painting (which is coming to the National Gallery from the Uffizi in Florence) might actually be Titian’s, and her, secret. Many of his most erotic paintings may be games in which Titian paints monuments to his lovers under the guise of heady mythological and pastoral art. It has even been suggested that Flora is Titian’s mistress Cecilia, whom he finally married in 1525 to legitimise their children.

Titian, so quiet about himself and so organised in his professional career, is in reality a powder keg of emotion, artfully channelled but never suppressed; his art is profoundly confessional. The Death Of Actaeon is a confession. And at the end of his life, Titian movingly drops all his elaborate strategies, takes off his Venetian mask and addresses us – and his God – directly in one of the most unguarded paintings anywhere. Only a master of irony could make such a total confession; only a master of colour could make a painting that is so denuded of it: Titian’s Pietà in the Accademia in Venice was painted as an ex-voto offering, a prayer, when Titian was very old and when Venice, the city he adored, was being devastated by plague. Titian’s Pietà pleads (the text is on a painted tablet) for mercy for Titian himself and for his son, Orazio. Titian puts himself in the painting, an almost naked, bearded old man, pathetically and hopelessly touching the hand of the dead Christ. Light has almost gone from the world – apart from a dull glow on the mosaic above Christ’s dimly shining corpse, the painting sinks into reveries of shadow, of death. If you look, you will eventually see what you fear, and in this last painting Titian sees death, his own death. Titian’s offering failed; neither he nor Orazio outlived the plague epidemic.

What is striking is that Titian, in his 80s, or 90s, or – who knows? – at the age of 104, so obviously wanted more life, more colour, more flesh. And looking at his paintings, so do we

· Titian is at the National Gallery, London WC2 (020-7747 5898), from February 19-May 18, 2003.

Voir également:

Italy’s Most Mysterious Paintings: Titian’s Sacred and Profane Love

Walks of Italy

November 29, 2012

Titian’s Sacred and Profane Love… a beautiful, and mysterious, painting in Italy!

Titian’s Sacred and Profane Love is the gem of Rome’s Borghese gallery… and one of the most famous paintings of Renaissance Italy. It’s so beloved, in fact, that in 1899, the Rothschild family offered to pay the Borghese Gallery 4 million lira for the piece—even though the gallery’s entire collection, and the grounds, were valued at only 3.6 million lira!

Perhaps the painting is so famous simply because of its beauty and because it’s a masterpiece by the Renaissance great Titian.

Or perhaps people have fallen in love with it because of its hidden secrets and symbolism—much of which art historians still don’t completely understand!

There’s a lot of mysterious stuff going on here.

At first glance, the painting might just look like another portrait of two lovely ladies, with a pastoral background behind them.

Look again.

First of all, there are the women themselves. One is clothed, bejeweled, and—seemingly—made up with cosmetics. She’s wearing gloves, and holding a plant of some kind. The other is (almost) stark naked, holding just a torch.

The church and pasture in Sacred and Profane Love

Then look at what they’re sitting on. That’s no carved-marble bench… that’s a sarcophagus. In other words, a coffin, of the type the ancient Romans used.

And it’s a strange sarcophagus, because it appears to be filled with water, which a cherubic baby is swirling.

Look even closer, and you can see a spout in the sarcophagus’ front, which the water is pouring out of and, seemingly, watering a growing plant below.

In the background, meanwhile, you have some other strange things going on: On our left, a horse and rider race up a mountaintop to a looming fortress, while two hares appear to be playing (or chasing each other); on our right, shepherds herd sheep in a pasture in front of a picturesque church, while a dog chases a hare.

Nothing that’s here is here by mistake. So what does it all mean?

We’re not sure. We have to rely on our knowledge of the painting’s symbols and hidden meanings to find out. And that’s because…

We don’t even know the real title of one of the most famous paintings in Europe

Although the piece is called Sacred and Profane Love, that’s not its original name. In fact, we don’t know what its original name was.

Here’s what we do know: Titian painted the piece in 1513-1514, at the age of just 25. And it was commissioned to celebrate the marriage of Niccoló Aurelio, a secretary to the Council of Venice, to Laura Bagarotto. No name is listed in the records for the painting, but in 1693, almost 200 years after it was painted, it showed up in the Borghese Gallery’s inventory under the name Amor Divino e Amor Profano (“divine love and profane love”).

…or what it’s supposed to show.

Sacred—or profane?

For a long time, art historians thought that the painting was supposed to show two different kinds of love: the sacred, and the profane.

It’s definitely safe to say the painting is about love. Symbols of love are scattered throughout, from the roses on the sarcophagus to the myrtle the woman on our left clasps (more on that later!). And, of course, the painting was a marriage gift, which would make this focus highly appropriate.

But does it show sacred and profane love? Well, if so, that might explain the background. The fortress, symbol of war and humanity, could symbolize the profane (or worldly); the church would, obviously, symbolize the sacred.

And it could explain the two women. Perhaps one is meant to be a Venus showing what worldly love looks like; the other, a Venus showing us sacred love.

But the interesting question is:

If this is true, then which of the two women represents sacred love, and which is the profane?

Is nudity actually a sign of the sacred? (Maybe!)

At first glance, you might think the woman on our left represents sacred love. After all, she’s clothed! The other, naked one would, of course, represent worldly, amorous love.

Some aspects of each woman’s costume do back up that theory, because there are so many hidden symbols here! For example, the clothed woman’s belt was generally considered a symbol of marital ties; and the myrtle in her hand symbolized the lasting happiness of marriage. On the other hand, the nude woman’s flame symbolized earthly lust.

But look again, and you see just as much symbolism pointing us in the opposite direction. For one thing, the clothed woman is seated, and therefore below—and closer to the earth than—her nude counterpart. She’s wearing gloves for falconry, or hunting, and holding a case of jewels, both signs of worldly pursuits. And she’s dressed very sumptuously (and not all that modestly!), with rich fabrics and even a touch of cosmetics.

But heavenly beauty doesn’t need any worldly adornment. The nude woman, therefore, might be sacred.

The key could be Cupid, mixing the waters in the sarcophagus…

Water swirls in the sarcophagus… and waters a growing plant?

Of course, that’s no baby between the two depictions of love (in this interpretation, two versions of Venus, goddess of love, herself): It’s Cupid. By mixing the waters in the well/sarcophagus, he might be suggesting that the ideal love is, in fact, a mix of these two kinds.

But this painting might not even be about sacred and profane love.

In the 20th century, art historian Walter Friedländer argued that the painting wasn’t about these two types of love at all. He thought it showed Polia and Venere, two characters in Francesco Colonna’s popular 1499 romance Hypnerotomachia Poliphili (don’t worry, there won’t be a test on that name!).

Another interpretation that’s much more simple… and makes a lot of sense? The painting could show the bride, Laura Bagarotto, herself, dressed in virginal white on the left. And the nude woman on the right? She might be Venus, initiating Laura into what love is like—complete with showing her the passion that’s necessary to make a marriage work (the torch).

But no one is sure what this painting really means. There’s a lot going on here, that’s for sure. And it’s kept art historians interested—and arguing!—for centuries.

Voir encore:

Titien ou l’art plus fort que la nature : être Apelle

Pascal Bonafoux

Ecrivain et critique d’art. Professeur d’histoire de l’art à l’université.

Clio

Le 5 janvier 1857 dans son Journal, Delacroix note : « Si l’on vivait cent vingt ans, on préférerait Titien à tout. » Cézanne affirme quant à lui : « La peinture, ce qui s’appelle la peinture, ne naît qu’avec les Vénitiens. » Cézanne songe à Titien comme il songe à Tintoret et à Véronèse. Peu lui importe que Titien ait près de trente ans, trente ans peut-être, lorsque naît Tintoret, qu’il ait dix ans de plus lorsque naît Véronèse en 1528. Ces regards de peintres sont essentiels. Parce qu’ils savent ce que « regarder », ce que « voir » veut dire. Parce qu’ils savent ce que « peindre » veut dire. Or la peinture est la seule vérité de Titien. Pour le reste…

Plus jeune en sa jeunesse, plus âgé en son vieil âge

Le 1er août 1571, Titien écrit à Philippe II pour réclamer des sommes qui lui sont dues. Il se dit dans cette lettre « serviteur du roi, maintenant‚ âgé de quatre-vingt-quinze ans ». Un émissaire espagnol, un certain Garcia Hernandez, dans un rapport daté du 15 octobre 1564, assure que Titien a près de quatre-vingt-dix ans. Raffaello Borghini écrit, quelques années après la mort du peintre, qu’il mourut en 1576 « à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ou quatre-vingt-dix-neuf ans ». Ce qui confirme à peu près la même date… Titien serait né en 1477…

Dans le registre de la paroisse de San Canciano où meurt Titien le 27 août 1576, on inscrit son âge : cent trois ans. Titien serait né en 1473… Dans une lettre du 6 décembre 1567, Thomas de Cornoça, consul d’Espagne à Venise, affirme alors au roi que Titien a « quatre-vingt-cinq ans ». Titien serait né en 1482… Lorsqu’il lui rend visite en 1566, Vasari note que Titien a alors « environ soixante-seize ans ». Titien serait né en 1490… Dans le Dialogo della Pittura qu’il publie à Venise en 1557, Lodovico Dolce, qui est de ses amis, assure que lorsqu’il entreprit de peindre les fresques du Fondaco dei Tedeschi auprès de Giorgione en 1508, il « n’avait pas encore vingt ans ». Titien serait donc né en 1488…

1477, 1473, 1482, 1488, 1490 ?… Jeune, longtemps Titien a sans doute laissé entendre qu’il était plus jeune encore. Pour que l’on ne doute pas de sa précocité. Âgé, Titien n’a vu aucun inconvénient à ce qu’on le crut plus vieux qu’il n’était. Pour que l’on rende hommage aux prodiges dont il ne cessait pas d’être capable en dépit de son âge.

Prouver qu’il est Titien

Regarder la peinture de Titien, c’est devoir songer à une lettre de Pietro Aretino – l’Arétin – qui regarde la nuit tomber sur Venise. « Vers certains côtés apparaissait un vert-bleu, vers d’autres un bleu-vert, des tons vraiment composés par un caprice de la nature, maîtresse des maîtres. À l’aide des clairs et des obscurs, elle donnait de la profondeur ou du relief à ce qu’elle voulait faire avancer ou reculer; et moi qui connais votre pinceau comme son inspirateur, je m’exclamai trois ou quatre fois : Ô Titien, où êtes-vous donc ? » Posée en mai 1544, la question reste sans réponse… Ou, plus exactement, les seules réponses qui vaillent sont celles de la légende, de la fable et du mythe. Parce que, grevées de soupçons, elles s’accordent aux silences qui bruissent de sens qui sont ceux de ses toiles.

Les lettres de Titien, celle adressée en 1513 au Conseil des Dix de la Sérénissime République de Venise, celle écrite en 1530 à Frédéric de Gonzague, duc de Mantoue, celle qu’il fait écrire en 1544 par Giovanni della Casa au cardinal Alessandro Farnese, celle encore qu’il adresse en 1545 à Sa Très Sainte Majesté Césarienne, Charles Quint, l’assurance qu’il donne en 1562 à Philippe II : « J’emploierai tout le temps de vie qui me reste pour faire le plus souvent possible à Votre Majesté Catholique la révérence de quelque nouvelle peinture, travaillant pour que mon pinceau lui apporte cette satisfaction que je désire et que mérite la grandeur d’un si haut roi », toutes ces lettres sont celles d’un peintre qui semble n’avoir d’autre ambition que de servir. Maldonne. Titien n’est, n’a jamais été fidèle qu’à Titien. Titien ne sert, n’a servi, que Titien.

Et tous les moyens lui auront été bons. Récit de Vasari : « À ses débuts, quand il commença à peindre dans la manière de Giorgione, à dix-huit ans à peine, fit le portrait d’un gentilhomme de la famille Barbarigo, son ami… on le jugea si bien peint et avec tant d’habileté que, si Titien n’y avait mis son nom dans une ombre, on l’aurait pris pour une œuvre de Giorgione. » Titien ne laisse pas longtemps son nom dans l’ombre… Il n’a voulu qu’on le confonde avec Giorgione, emporté par la peste en 1510, que parce que cette confusion le sert lorsqu’il n’a pas vingt ans encore. Lorsque les « faux » Giorgione qu’il a peints lui ont acquis la renommée qu’il estime devoir lui revenir, il n’a plus d’autre ambition que de prouver qu’il est Titien. Donc incomparable.

Le 5 octobre 1545, Titien lui-même écrit à Charles Quint : « Très Sainte Majesté Césarienne, j’ai remis au Seigneur Don Diego de Mendoza les deux portraits de la Sérénissime Impératrice, pour lesquels j’ai été aussi vigilant que possible. J’aurai voulu les apporter moi-même, mais la longueur du voyage et mon âge ne me le permettent pas. Je prie Votre Majesté de me faire dire les erreurs et les manquements, en me les renvoyant afin que je les corrige ; et que Votre Majesté ne permette pas qu’un autre y touche. » Nouvelle lettre impatiente, le 7 décembre 1545 : « Très Sainte Majesté Césarienne, j’ai envoyé il y a quelques mois à Votre Majesté par les mains du Seigneur Don Diego votre ambassadeur le portrait de la sainte mémoire de l’Impératrice votre épouse, fait de ma main, avec cet autre qui me fut donné par elle comme modèle. J’attends avec un infini dévouement de savoir si mon œuvre Vous est parvenue et si elle Vous a plu ou non. Car si je savais qu’elle vous a plu, je sentirais dans l’âme un contentement que je ne suis pas capable d’exprimer… » On raconte que devant ce portrait peint en 1545 de sa femme Isabelle de Portugal morte le 1er mai 1539, l’empereur pleura. Titien peut ne plus douter de la puissance de sa peinture. Qu’il peigne une impératrice morte ou une déesse, son pouvoir est le même.

« L’art plus puissant que la nature »

En 1554, quelques mois avant qu’une toile dont le Livre X des Métamorphoses d’Ovide a tenu lieu de modèle, quelques mois avant que la toile, récit de l’amour que porte Venus à Adonis, jeune mortel, ne soit expédiée à Madrid, Ludovico Dolce décrit l’œuvre découverte dans l’atelier de Titien : « Je vous jure, Monseigneur, qu’il n’existe pas d’homme perspicace qui ne la prenne pour une femme en chair et en os. Il n’existe pas d’homme assez usé par les ans, ni d’homme aux sens assez endormis, pour ne pas se sentir réchauffé, attendri et ému dans tout son être. » Les toiles de Titien et les Sonnets luxurieux de l’Arétin ont la même raison – érotique – d’être. Mais, à la différence de ces sonnets, les nus de Titien peuvent sembler répondre à l’exigence du Livre du Courtisan de Baldassar Castiglione, livre de chevet de l’empereur Charles Quint, livre qui régit les convenances de toutes les cours : « Pour donc fuir le tourment de cette passion et jouir de la beauté sans passion, il faut que le Courtisan, avec l’aide de la raison, détourne entièrement le désir du corps pour le diriger vers la beauté seule, et, autant qu’il le peut, qu’il la contemple en elle-même, simple et pure, et que dans son imagination il la rende séparée de toute matière, et ainsi fasse d’elle l’amie chérie de son âme. »

Le 10 mai 1533, Charles Quint nomme Titien comte du Palazzo Laterrano, du Consiglio Aulico et du Consistoro. Il lui accorde encore le titre de comte palatin et de chevalier « dello Sperone ». Titien a libre accès à la cour. Enfin l’empereur reconnaît à ses fils, auxquels il concède le titre de « Nobles de l’Empereur », les mêmes privilèges qu’à ceux qui portent un pareil titre depuis quatre générations. La devise que se choisit Titien est NATURA POTENTIOR ARS – l’art est plus puissant que la nature. Elle s’accorde à celle de Charles Quint, « Plus oultre ». Même volonté. Même orgueil.

Apelle, mythe et modèle

Au monastère de San Yuste où il se retire après avoir, rongé par la goutte, abdiqué à Bruxelles, le 28 août 1556, comme aucun empereur ne l’a fait depuis Dioclétien quelque douze siècles plus tôt, Charles Quint emporte plusieurs tableaux de Titien. Titien n’a peut-être pas eu d’autre ambition que d’être l’Apelle de cet empereur. D’Apelle, mort vers 300 avant J.-C., il ne reste rien. Il ne reste qu’un nom que rapportent quelques fragments de textes anciens, il ne reste que quelques anecdotes… Reste un mythe. C’est à ce mythe que Titien s’identifie.

On rapporte qu’Apelle datait des œuvres à l’imparfait. Le légat du pape à Venise commande à Titien un polyptyque. Lorsqu’il l’achève en 1520, il le signe et le date TICIANUS FACIEBAT MDXXII. À l’imparfait. Comme Apelle. Description par Ovide de l’œuvre la plus célèbre d’Apelle : « L’on voit Vénus ruisselante séchant avec ses doigts sa chevelure humide, toute couverte des eaux où elle vient de naître. » En 1520 peut-être, Titien peint une pareille Vénus qui essuie ses cheveux. Comme Apelle.

Pline assure : « Il n’y a de gloire que pour les artistes qui ont peint des tableaux. Il n’y avait aucune peinture à fresque d’Apelle. » Titien ne peint que de rares fresques. Après 1523, il n’en peint plus aucune. Comme Apelle. Alexandre, rapporte encore Pline, « avait interdit par ordonnance qu’aucun autre peintre fit son portrait. »

Charles Quint ne commande plus son portrait qu’à Titien qu’il dit en 1536 être son « Premier peintre ». Titien a auprès de Charles Quint la place qui fut, auprès d’Alexandre, celle d’Apelle. Titien est Apelle. Presque. Un geste de Charles Quint est nécessaire encore. Roger de Piles rapporte en 1708 : « Titien donna tant de jalousie aux courtisans de Charles Quint, qui se plaisait dans la conversation de ce peintre, que cet empereur fut contraint de leur dire qu’il ne manquerait jamais de courtisans, mais qu’il n’aurait pas toujours un Titien. On sait encore que ce peintre ayant un jour laissé tomber un pinceau en faisant le portrait de Charles Quint, cet empereur le ramassa, et que sur le remerciement et l’excuse de Titien lui en faisait, il dit ces paroles : Titien mérite d’être servi par César. » Par ce geste qui fut celui d’Alexandre qui, raconte-t-on, se baissa pour ramasser le pinceau d’Apelle, Charles Quint fait de Titien un nouvel Apelle – comme il se sacre lui-même l’égal d’Alexandre le Grand.

Voir enfin:

How long for France’s accidental president?

Konrad Yakabuski

The Globe and Mail

Jan. 16 2014

The narrow Paris laneway where French President François Hollande allegedly conducted his trysts, in a rented apartment tied to the Corsican mafia, is called Rue du Cirque – Circus Street, owing to its history as the site of a 19th-century summer carnival. And the no-drama nerd who promised to restore decorum to the presidency after the bling and histrionics of Nicolas Sarkozy has certainly ended up creating a circus worthy of his media-baiting predecessor.

In choosing not to marry his companion when he entered the Élysée Palace, Mr. Hollande was supposed to be making an honest break from the French tradition of presidents who had sexless wives for official functions but sexy mistresses for fun or love. Mr. Hollande was the modern man, finding his soulmate and satisfying protocol in his common-law relationship with journalist Valérie Trierweiler.

Ms. Trierweiler (pronounced Tree-air-vay-lair) became France’s first unmarried first lady, with her own Elysée office, staff, state schedule and web page. Allegations that Mr. Hollande has been having an affair with a younger actress have thrown Ms. Trierweiler’s official status up in the air and left the Socialist Mr. Hollande’s carefully constructed 2014 agenda in tatters. His own ministers see him as a millstone and his ability to govern his fractured nation is in doubt.

To be clear, the French don’t give a flying steak-frites about whom their presidents sleep with. But they do prize elegance. Mr. Sarkozy was an affront to both, with his messy marital breakup, his remarriage to a tipsy model, his new-money friends and his flashy presence. If Mr. Sarkozy’s private life was an open book, it was a cheesy Harlequin the French had no desire to read.

François Mitterrand had elegance. Three decades ago, he could maintain a second family without the media making a fuss or questioning the first-lady status of wife Danielle. Both wife and mistress attended his 1996 burial, which, while noted, was hardly big news.

Mr. Hollande’s mistake was to believe his after-hours dalliances would be treated with similar discretion by the mainstream media. The presidency is no longer held in much reverence by the French. Today, not even Mr. Mitterrand could get away with living a double life, especially if seen to be interfering with his job or contradicting the image he was seeking to project.

But what the French find most galling about Mr. Hollande’s alleged affair, which he has not denied, is his sloppiness. The photos of the helmet-wearing President sneaking out on the back of a scooter, with minimal security detail following him, raise serious questions about whether those protecting this G-7 head of state are plain incompetent or just out to undermine their boss.

Didn’t the Groupe de securité de la présidence de la République, France’s secret service, know of paparazzi snapping photos from a building adjacent to where Mr. Hollande allegedly met actress Julie Gayet? Didn’t it know that the apartment was rented by a Gayet acquaintance whose two previous partners (one of whom was murdered just this year) had possible ties to the Corsican mafia?

This is not just tabloid fodder. Even Le Monde is playing the conspiracy card, asking whether Mr. Sarkozy’s aim of recapturing power had something to do with a gossip magazine’s publication of the compromising photos just four days before Mr. Hollande was set to give a critical speech. “At the Elysée, those loyal to [Mr. Sarkozy] are still in place, particularly in the GSPR,” Le Monde wrote in Monday’s edition.

Mr. Hollande’s Tuesday speech came after a disastrous year economically in France. In pledging tax and spending cuts, Mr. Hollande aimed to make headlines with new pro-business policies and a goal to spread French influence globally. But those ambitions now look laughable, as steamier headlines crowd out Mr. Hollande’s desired narrative.

All this makes the otherwise jovial Mr. Hollande a tragicomic figure. He became president by accident; voters did not so much choose him as reject Mr. Sarkozy. But he has been true to his nickname (Flanby, after a jiggly French custard dessert). In office, he’s had the consistency of Jell-O, with ambiguous policies that please no one in his factionalized party or the broader electorate.

All he had going for him was the appearance of normalcy at home. Now, that’s gone. How long before he is, too?


Andrea Bocelli: Attention, un miracle peut en cacher bien d’autres (We talk about beauty, but we all keep score)

12 janvier, 2014
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Si Dieu chantait, sa voix ressemblerait à celle d’Andrea Bocelli. Céline Dion
Because of my personal convictions as a devout Catholic, I am not only fighting against something, I am fighting for something – and I am for life. … A young pregnant wife was hospitalized for a simple attack of appendicitis. The doctors had to apply some ice on her stomach and when the treatments ended the doctors suggested that she abort the child. They told her it was the best solution because the baby would be born with some disability. But the young brave wife decided not to abort, and the child was born. That woman was my mother, and I was the child. Maybe I’m partisan, but I can say that it was the right choice. … I hope this could encourage many mothers that sometimes find themselves in difficult situations – in those moments when life is complicated but want to save the life of their baby. Andrea Bocelli
Les gens n’aiment pas que l’on explique des choses qu’ils veulent garder  » absolues « . Moi, je trouve qu’il vaut mieux savoir. C’est très bizarre que l’on supporte si mal le réalisme. Dans le fond, la sociologie est très proche de ce qu’on appelle la sagesse. Elle apprend à se méfier des mystifications. Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m’émerveiller des vrais  » miracles « . En sachant qu’ils sont précieux parce qu’ils sont fragiles.  (…) Le succès de la pilule Viagra n’est que l’attestation visible de ce qui se sait depuis longtemps dans les cabinets médicaux ou psychanalytiques. Les hommes, surtout, pourraient se simplifier la vie. Le rôle masculin m’est très insupportable depuis très longtemps dans son côté faiseur, bluffeur, m’as-tu-vu, exhibitionniste. Si les rapports masculins/féminins (qui se reproduisent aussi chez les homosexuels) étaient dépouillés de ce devoir d’exhibition, on respirerait mieux. Les numéros d’hommes, c’est tuant! Pierre Bourdieu
Je crois que la culture dans nos sociétés est un des lieux du sacré : la religion culturelle est devenue pour certaines catégories sociales – dont les intellectuels – le lieu des convictions les plus profondes, des engagements les plus profonds. Par exemple, la honte de la gaffe culturelle est devenue l’équivalent du péché. Je pense que l’analogie avec la religion peut-être poussée très loin. Alors qu’aujourd’hui, une analyse de sociologie religieuse peut être poussée très loin, comme celle sur les évêques ; elle ne touche personne même pas les évêques. … La sociologie de la culture se heurte à des résistances fantastiques. Et le travail d’objectivation qui a été fait sur la religion : personne ne peut contester qu’il y a une certaine corrélation entre la religion que l’on a acquise dans sa famille et la religion que l’on professe ; on ne peut pas nier qu’il y ait une transmission de père en fils des convictions religieuses, que quand cette transmission disparaît, la religion disparaît. Bon, quand on le dit sur la culture, on enlève à l’homme cultivé un des fondements du charme de la culture, à savoir l’illusion de l’innéité, l’illusion charismatique : c’est à dire j’ai acquis ça par moi-même, à la naissance comme une espèce de miracle. Pierre Bourdieu
Les miracles, ce sont les situations dans lesquelles les lois ordinaires sont suspendues. Il y a l’amor fati. C’est un truc que j’ai dit à propos de la Kabylie et du Béarn : c’est terrible, les gens aiment vraiment ceux qu’ils ont des chances socialement définies d’aimer. Quand on dit : « Il a épousé sa promise », on le dit très clairement. Dans les milieux que j’ai étudiés — les paysans kabyles ou béarnais —, pour chaque garçon, il y a trois filles possibles. Et il se trouve qu’il aime une de celles-là. Sauf accident, il y a des mésalliances… C’est assez désespérant. Parmi toutes les lois sociales, une des plus terribles est la loi de l’homogamie. Or ces lois sont vraies à grande échelle ; et quand on raffine, c’est pire. Quand on prend l’espace social tel qu’il est décrit dans La Distinction, plus on découpe petit, plus l’homogamie se renforce. J’avais fait une toute petite note dans La Noblesse d’Etat sur l’homogamie des normaliens. Ça fait froid dans le dos. Mais ce qui se passe dans le cercle homogame peut être vécu comme miraculeux : les rapports de violence, de domination peuvent être suspendus. Pierre Bourdieu
Le goût « pur » et l’esthétique qui en fait la théorie trouvent leur principe dans le refus du goût « impur » et de l’aïs­thèsis [« sensation » en grec, ce qui a donné « esthétique »] forme simple et primitive du plaisir sensible réduit à un plaisir des sens, comme dans ce que Kant appelle « le goût de la langue, du palais et du gosier », abandon à la sensation immédiate […]. On pourrait montrer que tout le langage de l’esthé­tique est enfermé dans un refus principiel du facile, entendu dans tous les sens que l’éthique et l’esthé­tique bourgeoises donnent à ce mot. (… Comme le disent les mots employés pour les dénoncer, « facile » ou « léger » bien sûr, mais aussi « frivole », « futile », « tape-à-l’oeil », « supericiel », « racoleur » … ou dans, dans le registre des satisfactions orales, « sirupeux », « douceâtre », « à l’eau de rose », « écoeurant », les oeuvres vulgaires ne sont pas seulement une une sorte d’insulte au raffinement des raffinés, une manière d’offense au public « difficile » qui n’entend pas qu’on lui offre des choses « faciles » (on aime à dire des atistes, et en particulier des chefs d’orchestre, qu’ils se respectent et qu’ils respectent leur public); elles suscitent le malaise et le dégoût par les méthodes de séduction, ordinairement dénoncées comme « basses », « dégradantes », « avilissantes » qu’elles mettent en oeuvre, donnant au spectateur le sentiment d’être traité comme le premier venu, qu’on peut séduire avec des charmes de pacotille, l’invitant à régressser vers les formes les plus primitives et les plus élémentaires du plaisir. Pierre Bourdieu
La musique la plus légitime fait l’objet, avec le disque et la radio, d’usages non moins passifs et intermittents que les musiques « populaires » sans être pour autant discréditée et sans qu’on lui impute les effets aliénants qu’on attribue à la musique populaire. Quant au caractère répétitif de la forme, il atteint un maximum dans le chant grégorien (pourtant hautement valorisé) ou dans nombre de musiques médiévales aujourd’hui cultivées et dans tant de musiques de divertissement du 17e et du 18e siècles, d’ailleurs conçues à l’origine pour être ainsi consommées « en fond sonore ». Pierre Bourdieu
There are occasional miracles…but such blockbusters are rare. . . . They have to be seen as special, almost freak occurrences. Decca senior vice president
There are simply so many other options competing for our scarce leisure time and our ever-rising disposable income. A hundred years ago, we didn’t have TV. Fifty years ago, there was no Internet. Twenty-five years ago, the $10 billion video game industry was in its infancy. As the entertainment market offers an ever-increasing number of options, classical music’s fight for our attention has become more competitive and makes the classical audience look small, even as it holds on to its share. If Lizst had to vie with the Matrix Reloaded or video games such as Grand Theft Auto III, would he have captured the public’s imagination? …Some argue that classical music has more intrinsic value than other forms of entertainment because of its significance for our musical tradition and its intellectual complexity. But whether this makes it more valuable depend on why one listens to music. We may admire the musical facility in Mozart or be challenged by the expansive musical canvas in Mahler, but be more profoundly moved by “Amazing Grace” on a lone bagpipe. Still, classical music’s prevailing culture and conventions do feel increasingly out of sync with contemporary experience. As most people will tell you, a modern classical music concert is an entirely somber, serious affair for performers and audiences alike. It is predictable and almost lifelessly professional. No classical music stage today would tolerate the onstage shenanigans of Vladimir de Pachmann, a world-famous nineteenth-century pianist who earned millions touring and was known to dip each finger in brandy before a recital. Although the dress code has relaxed somewhat in recent years—much to the horror of the old guard—some rules are strictly observed, such as no applause between movements. These conventions may seem unnecessarily restrictive for those who have known only dress-casual workplaces. This widening gap between the conventions of classical music and the rest of society tends to reinforce classical music’s image as music for the economic elite. And yet this image is not entirely borne out by the facts. According to the National Endowment for the Arts, the classical music concert audience is no richer than audiences for jazz or musical plays. This survey shows that the level of participation in all arts rises with income. It is not simply that classical music audiences tend to be richer than other audiences, but that all audiences tend to be richer than average. Moreover, both rich and poor share similar preferences. For example, musical plays are more popular than classical music at each income level, with similar relative participation rates. Perhaps more worrisome is the cultural elitism of many people in the classical music community. The fact that there are 276 versions of Beethoven’s 5th, already tends to foster an atmosphere where someone who can’t tell one from the other is made to feel less than welcome. Even those in the business end, “encouraged the attitude that you have to be able to spell Tchaikovsky backwards to be qualified to buy something,” noted the President of EMI Classics back in 1990. And some classical music proponents criticize any attempt to reach a wider audience as “dumbing down.” They view the enormous popularity of The Three Tenors and other crossover albums as a phenomenon that degrades or reduces the status of classical music. In the words of essayist Joseph Epstein: “The bloody snobbish truth is, I prefer not to think myself part of this crowd [his fellow audience at a Pops concert]. I think myself…much better—intellectually superior, musically more sophisticated, even though I haven’t any musical training whatsoever and cannot follow a score.” This attitude, albeit half-joking, may hurt classical music’s ability to reinvent itself and adapt to the modern audience and the modern world. On the contrary, to emotionally connect to today’s audiences and capture their imaginations will take vision and innovation. But there are examples out there. One of the most unlikely successes on Broadway last year was a production of Puccini’s La Bohème, the 1896 opera about a doomed love between Mimi, a Parisian seamstress, and Rodolfo, a starving poet. While the music is exactly as Puccini wrote it and the characters sing in Italian, Baz Luhrmann, the director of Strictly Ballroom and Moulin Rouge, reimagined the story set in 1957. More importantly, he ignored the usual opera conventions and hired singers who looked and acted the parts. Although purists criticized the quality of the singing and objected to the use of microphones, Luhrmann’s experiment shows that there is an enthusiastic new audience for classical music if classical music is made relevant. Even in tradition-bound solo recitals, old customs are loosening up. At the end of a recent recital, Maxim Vengerov, a rising twenty-something violinist, picked up a microphone and talked to the audience for 20 minutes. On a stage where the only thing usually uttered by the soloist is the announcement of the encores, his entertaining anecdotes and sincere answers to questions left the audience more connected to both the music and the musician. Is it possible to make money in today’s classical recordings business without blockbuster crossovers? Absolutely, says Naxos, the world’s bestselling budget label, with 15 percent of classical CD sales in the U.K., 25 percent in Canada, and more than 5 percent in the U.S. While the major labels pursued blockbusters, Naxos, founded in 1987, focused on producing the standard repertory cheaply. “My ambition was to make classical recordings available on CD at a price comparable to that of LPs,” states Klaus Heymann, founder and chairman. Think of Naxos as the Southwest Airlines of classical CDs. It delivers classical music without frills and at rock-bottom prices. It hires young or unknown recording artists, many from Eastern Europe, and pays them a flat fee with no added royalties. It keeps one recording of each work in its catalog, limiting the catalog to about 2,500 titles and eliminating duplication of repertoire. It doesn’t waste a lot of money on expensive promotions. That way, it can sell its CDs for $6.98, not $16.98. And it sells a lot of CDs. Enough to be profitable in spite of budget prices. The other successful strategy focuses on niche markets and nonstandard repertory. Hyperion, a British label founded in 1980, and others have taken this approach. “I didn’t see the point in doing the 103rd version of the New World Symphony, so I went for the more neglected areas, but not so neglected that nobody would buy them,” said Hyperion founder Ted Perry. The label’s first hit was an album of Latin hymns by Hildegard von Bingen (1098-1179), which sold over 150,000 copies. Along with Nonesuch, which released Górecki’s Third Symphony and the works of other contemporary composers, Hyperion has shown that record companies can be profitable by exploiting a niche market that has been neglected in the catalogs of the major labels. Boston Fed
I believe Andrea’s voice is similar to the way people sang bel canto at the time bel canto was written. It was a chest voice admittedly up to G, maybe A-flat. Everything after that, basically from A-flat or A on, goes into a mixed voice. It’s half head, half chest. Andrea can get to a G, maybe an A-flat, in that full voice. After that, which was bel canto tradition, they turned it into, if not a real falsetto, a mixed voice. If you look at some of these old Donizetti things, written up to high Bs, by the time they were singing that high, they were singing in a falsetto. Andrea has always had this sort of half voice. Now, if you’re trying to sing B-flat and Cs, which opera singers like the Marcello Giordanis of the world do, well, they’re singing those high notes in full voice. And when they sing over an orchestra, they cut glass. In other words, it gets really exciting. Whereas Andrea’s voice, amplified, is just fine. Singing that stuff on stage unamplified is where the issue is. Andrea’s voice comes originally from the pop side. It comes from the pop side so it speaks clearly. And so when he sings opera in that style it doesn’t sound overly mannered. Now that has pros and cons. This is where the big battle comes. Because the opera purist will say, ‘Well, that’s not really an opera voice. Because he can’t do what the so-called real opera singers do on stage. He can’t do those high notes. They don’t grow and get bigger.’ But therefore he’s less histrionic. So people who are coming from a non-opera background will say, ‘Oh, isn’t it nice to hear that?’ Because Andrea doesn’t sound like he’s exaggerating, he sounds like he’s just singing in a nice lyrical way. So it’s easy for people to approach that without feeling like they’re hearing somebody barking in that exaggerated operatic way. People who don’t know how to approach opera. But people can get to opera by liking Andrea’s pop stuff. And when he sings opera or classical stuff, since it’s all amplified, and recorded, and he’s singing in that nice lyric way, they won’t feel put-off. That’s a big point of contention for the real opera fan or the real opera critic. They’re saying that’s not real. That’s a recording studio or an amplified reality. What happens to the poor opera singer who lives day in and day out, who’s screaming their guts out, trying to cut over an orchestra? Of course they’re going to sound more histrionic, even on recording, because that’s the way they sing. Likewise, that’s why a lot of opera singers, when they sing pop music, tend to sound exaggerated. Because they learn what the Italians call l’impostazione, a way of placing the voice in this way to cut glass over the second row, and they don’t know how to turn that off. Steven Mercurio
Pavarotti’s great career therefore ended with a virtual performance, something sad but inevitable. It would have been too dangerous for him, because of his physical condition, to risk a live performance before a global audience. First I recorded a number of versions of the orchestra playing the aria, then [I] took the tapes to the small studio at Pavarotti’s house in Modena. He selected the right version before I directed him alone as he sang along, while being recorded. He found the force to repeat it until he was completely satisfied. Then he collapsed on his wheelchair and closed his eyes, exhausted. (…)  The orchestra pretended to play for the audience, I pretended to conduct and Luciano pretended to sing. The effect was wonderful. Leone Magiera
Beginning with the premise that a listener always wants the most beauty possible, it would have been interesting to offer ticket buyers in Modena this choice: ripe Pavarotti, U.S.D.A.-inspected, guaranteed and pretested; or Pavarotti as a gamble on the unknown — and given the lack of rehearsal time a bad gamble at that. It was going to be his voice either way. Everyone, of course, would reject the simulation to see what happened. The explanation they would no doubt give is that live sound is better than recorded sound. But I think the real reason would be something else. It’s the time factor. People don’t want to be two-timed. Everything we do in life is geared to cause and effect, and when Mr. Pavarotti opens his mouth, we insist on not knowing what will come out. Public performance is more of a sporting event than we like to admit. We talk about beauty, but we all keep score. Picture a soccer match on television. Diego Maradona is outwitting defenders and speeding toward the enemy goal. Now picture Mr. Pavarotti and the Modena concert’s producer, Tibor Rudas, in the telecast booth. « Maradona looks off balance, » they say to themselves. « This isn’t going to be a very beautiful kick. But wait. Remember that great goal by Di Stefano for Real Madrid 35 years ago. We have that right here, queued up on tape. Our fans deserve the most beautiful football we can give them, so let’s cut from Maradona and show them this instead. » How could soccer fans possibly complain? The substitute is going to have just about the same look: two-dimensional and shrunk to the scale of a television screen. And it is more beautiful. But of course they are going to complain. Soccer fans are being denied the link of action to consequence, the motion of time, the chunk of data that connects the past (Maradona’s approach) and the future (the result of his kick). If anyone was cheated by Mr. Pavarotti, it was the good citizens of Modena, the ones who were in attendance when it happened. They had the great man in front of them, sharing the same space, the same moment. They had their right to the present and to the unknown. For BBC listeners who could not see the Pavarotti lips moving out of whack with the music, ignorance may have been bliss and the sounds divine. When broadcasters record « live » events for future transmission (which they frequently do), the margin for complaint narrows even more. Here the thrill of the moment was never theirs to begin with. Frozen on tape, a firsthand experience is now secondhand. Mr. Pavarotti’s tactic would change the process to a thirdhand experience of a secondhand event. The difference isn’t all that dramatic. The Maradona analogy reminds us of the two kinds of listening going on in music these days: what is about to happen versus what has already happened. The dichotomy, which actually predates electronics by a generation or two, began with the marketing of eternal masterpieces, unmovable and omnipresent. Here, you get to know the music so well that, after bar 50, bar 51 is scarcely a surprise. Recordings — the kind Mr. Pavarotti lip-synced to — have simply reinforced the syndrome. You not only know exactly what, but exactly how. This is the little self-deception we exercise every time we play a favorite record or tune in a « Live From Lincoln Center » repeat. If we don’t already know the results, we at least know that if the performance had been a disaster, it wouldn’t be there for us to hear in the first place. Maybe Mr. Pavarotti wasn’t fooling his listeners any more than they have consented to fool themselves. Bernard Holland
Audiences have changed. People who go and hear Bocelli hear opera in soundbites – just one aria from Boheme or Tosca, like you would hear a pop song. … It’s more that I have such respect for what it takes to be a great jazz or pop artist that I know how few opera singers can really do that. To be Ella Fitzgerald, who to me is one of the greatest singers ever, you have to improvise, you have to be raw, you need to be able to lose that trained style that can sound so mannered. Collette
Compared with sopranos, tenors are a rare breed, partly because the way in which they sing is unnatural. The natural male voice is a baritone. With training, some voices have the ability to go down and become bass or bass baritone, fewer have the ability to go up and become tenors. But if the voice is forced, it can be ruined, as has happened to many great tenors with short careers. And there is no magic formula in terms of a teaching method. Each voice is unique and determined by factors such as nationality, which will influence the sound the larynx can produce – in some countries, the language spoken produces a more open sound than others. Who you like is also very much a question of personal taste. John Cargher
Bocelli has gone about it the other way round, beginning his career as a recording artist before attempting to earn credibility in staged productions. The reason for this is obvious: Bocelli’s blindness is a serious obstacle, not only in terms of the dramatic interaction with fellow cast members but in terms of his relationship with the conductor. In the 19th century, conductors followed singers when it came to tempo, these days it’s the other way round. But there is no way that Bocelli can follow a conductor he can’t see. The result is that his limited appearances in opera productions have been treated with derision by unforgiving critics. At one stage Bocelli’s management, it’s rumoured, offered several opera companies around the world the opportunity to use the star in a fundraising concert in exchange for casting him in an operatic production. All of them declined. Kevin Berger
Bocelli is, plain and simple, a San Remo smoocher who was snapped up by desperate classical labels as a marketing gimmick – it’s the blind leading the deaf. He is rarely in tune and never in tempo. Listen to his recording of the Verdi Requiem and blush. The conductor, Valery Gergiev, only tolerated him because he was assured that it would multiply sales and it did, but no person of discrimination would keep it in the house. Norman Lebrech
It’s more that I have such respect for what it takes to be a great jazz or pop artist that I know how few opera singers can really do that. To be Ella Fitzgerald, who to me is one of the greatest singers ever, you have to improvise, you have to be raw, you need to be able to lose that trained style that can sound so mannered. These days it is the fashion, and indeed universally expected, for tenors to take high notes at full volume, but this was not always the case. Until the 1850s, top Cs were sung falsetto. Audiences now would feel cheated if deprived of the thrill of anticipating whether or not a singer will clear the bar of the last note in the first act of La Boheme. And today we also expect our tenors to be true romantic leads, as in the case of the suavely handsome Roberto Alagna. These days what’s expected of a singer is that he has to have all the vocal ability plus he has to have the acting talents and presence of a theatre actor or a Hollywood star. Record companies and opera management know that’s what audiences want. … The concept exploited unique opportunities to build a global crossover audience of people who might never feel comfortable in the supposedly starchy atmosphere of an opera house, but wanted to hum along to Nessun Dorma. It was a logical, irresistible opportunity: the association with sport enabled opera to score a goal with an added oomph of virility. The Sydney Morning Herald
La technique d’enseignement des conservatoires de musique a tendance à polariser les élèves entre deux solutions extrêmes, la professionnalisation et l’échec, aux dépends de l’amateurisme actif, qui se trouve de fait peu encouragé par la pratique normale du conservatoire, par sa fermeture sur lui-même et l’exclusivité de son répertoire. Antoine Hennion, Françoise Martinat, Jean-Pierre Vignole
Si la musique commence lorsque la formation est terminée, cela implique que les élèves n’ayant pas atteint le niveau requis pour devenir virtuose ne seront jamais musiciens. Il en résulte, en France, un malentendu qui jalonne l’histoire de l’inscription sociale de la musique, où la place et le statut de l’amateur dans la société n’a pas été pensée, car elle n’est tout simplement pas pensable dans un tel contexte. La figure du musicien virtuose, telle qu’elle est si parfaitement incarnée par le violoniste Morel de Marcel Proust, chasse toute possibilité d’envisager l’amateurisme, lequel ne se conçoit alors que de manière négative : l’amateur est celui qui a échoué à devenir musicien, qui n’a pas atteint la perfection ; qui ne jouera donc jamais de musique. Le nageur qui reste sur son tabouret n’est pas un nageur, le musicien qui ne joue pas de musique n’est pas un musicien. Noémi Lefebvre
 Si les publications sur ce qu’on appellera par commodité « le rock », et ses publics, sont aujourd’hui bien répandues, le grand absent des travaux sur les musiques populaires est incontestablement ce qu’on range sous la catégorie « musique de variété ». La raison principale en est sans doute que, alors que le rock à la suite du jazz a acquis ses lettres de noblesse au fur et à mesure qu’il cessait de devenir l’expression de la rébellion postadolescente et que les politiques publiques le consacraient comme nouveau territoire légitime d’intervention, la variété reste considérée comme le vilain petit canard de la portée : au mieux, une musique à faire pleurer à bon compte dans les chaumières, une sorte d’équivalent du roman à l’eau de rose pour ménagères rêvant d’évasion ; au pire, la version la plus aboutie et donc idéologiquement la moins défendable de l’industrie musicale, une machine à vendre du disque et à asséner des tubes sur les radios, des tubes forcément simplistes qui puissent plaire au plus grand nombre. Cette légitimité inexistante de la variété est probablement accentuée par le fait que les valeurs qu’elle met en scène – dans les textes des chansons autant que par certains arrangements « dégoulinants » – sont l’expression d’un certain romantisme, valeur que la division sexuelle des loisirs a pendant longtemps et sans doute encore aujourd’hui attribué préférentiellement aux femmes (alors que le rock est plutôt du côté des pratiques et des représentations masculines). Philippe Le Guern

Attention: un miracle peut en cacher bien d’autres !

En ces temps où, avec les progrès de la médecine, l’oreille absolue sera bientôt à la portée du premier venu …

Mais où les exigences et les cadences infernales tant de l’opéra moderne que des grand messes sportives contraignent les chanteurs contre-nature que sont les ténors à la retraite précoce ou à la tricherie du playback

Pendant que, comme vient de le redémontrer le Washington Post, la beauté semble plus que jamais dans l’oreille de celui qui écoute …

Et qu’en France, un enseignement de la musique centré sur la virtuosité technique ne laisse aucune place au simple amateur …

Comment ne pas voir, de sa condamnation médicale dès la naissance à sa perte ultérieure de la vue (le privant largement du contact indispensable avec le chef d’orchestre) et,  sans compter une église qui en lui refusant le remariage le contraint au concubinage, son rejet actuel par les professionnels de l’opéra toujours plus guindés …

Le véritable miracle de la consécration désormais planétaire de l’ancien chanteur de piano-concert devenu ténor lyrique Andrea Bocelli (plus de 40 millions de disque vendus) ?

Beyond the criticism: Deconstructing Andrea Bocelli’s voice

Kevin Berger

The Los Angeles Times

December 8, 2010

Steven Mercurio knows Andrea Bocelli well. The dynamic New York-based conductor has guided some of the world’s best singers, including Luciano Pavarotti and Plácido Domingo, on celebrated opera stages. Because of his passionate approach to all styles of music, and his natural talents as a teacher, Mercurio was called upon to school Bocelli through his first starring performance in an opera, Rodolfo in « La Boheme, » in 1998. Since then Mercurio has conducted Bocelli in countless stage performances and recordings, arranged many of his songs, and been his good friend.

I didn’t want to devote my Los Angeles Times profile of Bocelli, who’s appearing Friday at Staples Center, to retreading the timeworn critical controversy over his voice. But I did want to hear from the straight-shooting Mercurio, whose infectious energy is matched by his musical intelligence. I asked him to explain, if he didn’t mind, Bocelli’s vocal range to me. He didn’t mind at all.

« I believe Andrea’s voice is similar to the way people sang bel canto at the time bel canto was written, » Mercurio said. « It was a chest voice admittedly up to G, maybe A-flat. Everything after that, basically from A-flat or A on, goes into a mixed voice. It’s half head, half chest. Andrea can get to a G, maybe an A-flat, in that full voice. After that, which was bel canto tradition, they turned it into, if not a real falsetto, a mixed voice. If you look at some of these old Donizetti things, written up to high Bs, by the time they were singing that high, they were singing in a falsetto. Andrea has always had this sort of half voice.

« Now, if you’re trying to sing B-flat and Cs, which opera singers like the Marcello Giordanis of the world do, well, they’re singing those high notes in full voice. And when they sing over an orchestra, they cut glass. In other words, it gets really exciting. Whereas Andrea’s voice, amplified, is just fine. Singing that stuff on stage unamplified is where the issue is. »

How would he explain Bocelli’s popularity?

« Andrea’s voice comes originally from the pop side, » Mercurio said. « It comes from the pop side so it speaks clearly. And so when he sings opera in that style it doesn’t sound overly mannered. Now that has pros and cons. This is where the big battle comes. Because the opera purist will say, ‘Well, that’s not really an opera voice. Because he can’t do what the so-called real opera singers do on stage. He can’t do those high notes. They don’t grow and get bigger.’ But therefore he’s less histrionic.

« So people who are coming from a non-opera background will say, ‘Oh, isn’t it nice to hear that?’ Because Andrea doesn’t sound like he’s exaggerating, he sounds like he’s just singing in a nice lyrical way. So it’s easy for people to approach that without feeling like they’re hearing somebody barking in that exaggerated operatic way. People who don’t know how to approach opera.

« But people can get to opera by liking Andrea’s pop stuff. And when he sings opera or classical stuff, since it’s all amplified, and recorded, and he’s singing in that nice lyric way, they won’t feel put-off. That’s a big point of contention for the real opera fan or the real opera critic. They’re saying that’s not real. That’s a recording studio or an amplified reality. What happens to the poor opera singer who lives day in and day out, who’s screaming their guts out, trying to cut over an orchestra? Of course they’re going to sound more histrionic, even on recording, because that’s the way they sing. Likewise, that’s why a lot of opera singers, when they sing pop music, tend to sound exaggerated. Because they learn what the Italians call l’impostazione, a way of placing the voice in this way to cut glass over the second row, and they don’t know how to turn that off. »

Voir aussi:

Andrea Bocelli worked hard to become a big draw

With a concert tour stop at Staples Center, he is a long way from the days of singing classic pop covers in piano bars. He looks back at his time as a struggling singer with fondness.

Kevin Berger

The Los Angeles Times

December 9, 2010

Reporting from New York

Friday evening, as Christmas lights glittered outside the window of his Central Park hotel suite, Andrea Bocelli was doing his best to explain himself in English. At his side was gracious Italian translator Maria Galetta, ready to help out. But the singer remained determined to find the right words himself.

Ten years ago, at a peak of his international stardom, Bocelli wrote an ingratiating memoir. He frankly described his blindness, the pains and prejudices he confronted as a kid, and the years he scraped by as a piano singer in bars and clubs in his native Tuscany. Why had he called his book « The Music of Silence »?

Bocelli, 52, furrowed his brow and leaned forward. He was unshaven and wearing a white-knit sweater, open at the neck. He had a day off from his Christmas tour, which arrives Friday at Staples Center, and had the look of a perennial performer glad to be free for a moment from his tailored suits and image. A seriousness took hold.

« First, silence is part of music, » he said slowly in English. « In the scores, the pauses are very important. Second, because in our society, what we really miss is the silence. We live in a society full of big sounds, big confusion, big mess, you know? Everywhere there is music, in the elevator, in the restaurant, in the cars, at theaters. Cars, they make noise, the engines. There’s no place where we can feel the peace of silence. For this reason I discovered that silence is music for me. »

A gentle lyricism and warm tone animate Bocelli’s singing voice. His hugely popular repertoire glides from the classic Neapolitan songs of Enrico Caruso to swooning pop duets with Celine Dion, or, as the case will be at Staples Center, Heather Headley, best known for her marquee Broadway roles in « The Lion King » and « Aida. »

Bocelli’s forays into opera have enchanted fans — though seldom critics, who argue he doesn’t have the vocal prowess and range of a classically trained tenor. Steven Mercurio, who has worked with Bocelli on stage and in the studio more often than any other conductor, agreed.

But, said Mercurio in a phone interview — he is busy conducting the Royal Philharmonic Orchestra on tour with Sting — Bocelli’s voice is « expressive and lyrical. » When Bocelli stays true to his range, Mercurio added, « he sounds beautiful. »

Given Bocelli’s romantic mystique, it’s surprising, and refreshing, to revisit his memoir. He wanted to explain his life to his sons (Amos, 15, and Matteo, 13), he said, and composed his book like a novel. « It’s easier to do it telling a story, » he said. « Because otherwise you end up writing an essay. Nobody’s interested in an essay. »

Did he also want to set the record straight, given so many others had written about him? « No. Because honestly I read probably 1% of the things that people write about me. »

As Bocelli acknowledged, the book has been poorly translated from Italian into English, which may explain why it quickly disappeared in the U.S. after being published in 2002. Still, it lays bare a little hellion — his parents called him Terremoto (earthquake) — behind the international hits.

Bocelli was born with congenital glaucoma and had partial sight until he was 12. He attended a school for the blind and one day, while playing goalie in a soccer game, was struck in the face by a ball.

The ball had a special metal plate in it so the kids could hear it when kicked. The plate caught Bocelli in the eye that had allowed him to see light and colors.

At the hospital, doctors attempted to stop the hemorrhage. They placed leeches between Bocelli’s eye and temple to suck out the blood. The treatments failed. From that point on, Bocelli would have to learn to live with complete blindness, like one learns to live « with sadness and pain, » he wrote.

Bocelli soon forged an internal fortitude about his blindness. As he wrote, referring to himself in third person, « He felt himself capable of doing everything that other boys his own age did, and claimed the right to be treated and judged by the same standards as everyone else. »

Bocelli has never veered from that attitude. Mercurio recalled that after their performances of the Jules Massenet opera « Werther » at the Detroit Opera House in 2000, he would drive Bocelli to the Detroit Athletic Club and teach him to play basketball. « I’d put him on the foul line and stand under the basket and say, ‘No, shoot a foot higher,’  » Mercurio said. « When it went in and he heard the swish he went out of his mind. »

Bocelli hates to talk publicly about his blindness. Journalists are warned by his publicist that he may end the interview if they bring it up. In private it’s a different story. « With friends he’ll say anything, » Mercurio said.

Given Bocelli’s lavish fame — spotlighted by his massive concerts at the Statute of Liberty, St. Peter’s Basilica, Leicester Square — it’s hard not to ask him to reflect on the nights in the1980s when he sang over clinking glasses, through clouds of cigarette smoke, in Italian clubs.

He fondly remembered one club that was part disco, part bar.

Patrons would meander between thumping disco music in one room and him playing the piano in another. What songs did he sing?

« Classic pop music like Frank Sinatra, Charles Aznavour, Stevie Wonder. the Beatles, » Bocelli said. He started singing in a jarringly flawless American voice, « Don’t go changing to try and please me, you never let me down…. » He laughed.

Reminded that he called that period of his life « dissolute, » Bocelli let slip a sly grin. « I had many friends, some girlfriends, » he said.

Galetta, the translator, conferred with him in Italian. « In Italian, female friends and girlfriends can easily be confused, » she said.

Bocelli assured her he meant « girlfriends. »

One summer night in an open-air club in the town of Chianni, a 17-year-old fan, Enrica Cenzatti, introduced herself to Bocelli. The two fell in love and married when Bocelli got his first big break — an endorsement from Luciano Pavarotti, who had heard and liked one of Bocelli’s demos.

Bocelli, Cenzatti and their boys moved to the coastal commune of Forte dei Marmi. The marriage unraveled in 2002; today Bocelli lives with his girlfriend and manager, Veronica Berti, in a villa near his wife, whom he hasn’t divorced, and their kids.

Talking about his carefree nights as the piano man seemed to put Bocelli in a slightly melancholic mood. « When I played in the piano bar I was very comfortable, much more than now, » he said. « Because now I have many responsibilities. Many people come to my concerts just for me. And often the tickets are very expensive. And I am sorry for this. At that time I spent my time very easy. Now it’s much more difficult. But I feel a big affection from the people. »

Indeed, it must feel like he’s come a long way from singing « Strangers in the Night » to 30 people, toasting him with shot glasses of grappa? This time he responded without hesitation. « Many, many kilometers. »

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The king of popera

The Sydney Morning Herald

August 28, 2004

He may be a hit with the masses, but tenor Andrea Bocelli has few fans within opera’s establishment, writes Caroline Baum.

It’s no accident that IMG, the global entertainment management company that represents the world’s biggest sporting stars (Tiger Woods, the Williams sisters, Michael Schumacher) also has a few of the world’s top tenors in its stable. Tenors are the elite athletes of the opera world, the Olympians of track and field: they need the stamina of the marathon runner, the quick reflexes of the sprinter and the vocal and physical agility of the hurdler.

The late Mark McCormack, IMG’s founder, understood that, blessed with natural gifts and sometimes freakish talents, tenors could be as profitable as champions. So it’s no coincidence that these days you are as likely to hear a tenor in a sporting arena as you are in an opera house.

No one embodies the new « popera » genre more than Andrea Bocelli, the 46-year-old Italian tenor who has sold more than 40 million albums worldwide since 1997.

A love of sport had tragic consequences in Bocelli’s life, when he was blinded in an accident during a soccer game at home in Tuscany.

But that disability has also contributed to his success, creating an aura of sympathy and pathos around him. In other ways, he has been blessed, with several lucky breaks leading to a career no one could have envisaged for a lawyer who sang Sinatra songs in piano bars to pay for his musical tuition.

Bocelli’s big chance came when Luciano Pavarotti heard him singing a song by U2’s Bono on an audition tape. Pavarotti later invited Bocelli to sing a duet with him at a concert. The audience went wild and has been doing so ever since.

Yet when Bocelli comes to Sydney, he’ll be performing at the SuperDome at Sydney Olympic Park, not at the Opera House, singing to a capacity crowd of 18,000 each night. And thanks to amplification and giant-screen technology, everyone will be able to hear and see him as if they had the best seat in the house, something you can’t always guarantee in a conventional theatre.

But it is the very use of such technology that helps, at least in part, to explain the sniffy attitude that means Bocelli is not taken seriously by true opera lovers. The fact that he sings into a microphone disguises the inherent lack of power in his voice, they contend.

For purists, the power of a tenor’s voice is very much part of the thrill. The microphone is to opera what illicit drugs are to sport.

Not that Bocelli is the first, or the only operatic tenor to resort to such aids. Pavarotti’s former manager, Herbert Breslin, reveals in a new kiss-and-tell book to be published later this year that the legendary tenor would occasionally lip-synch during concerts if he was tired.

It’s a claim never before made in the world of opera, but common in pop, which relies completely on amplification and its many tricks to boost vocal effect.

As Opera Australia’s managing director Adrian Collette explains: « Amplification doesn’t just augment the voice, it can cover up a lot of mistakes.

« Bocelli, for example, has a small voice and sings out of tune from time to time, but the amplification reverb helps cover that up. It can also extend notes so they sound like they’re being held longer. »

Without the phenomenal success of the Three Tenors (Pavarotti, Placido Domingo and Jose Carerras), there would have been no precedent for the Bocelli phenomenon. It was they, and their canny managers, who embraced the notion of arena performances.

In a stroke of marketing genius, impresarios such as Mario Dradi, who staged the first Three Tenors concert in Rome in 1990, and Tibor Rudas, who managed several of Pavarotti’s outdoor concerts, brought together the three most charismatic male voices of the second half of the 20th century.

The concept exploited unique opportunities to build a global crossover audience of people who might never feel comfortable in the supposedly starchy atmosphere of an opera house, but wanted to hum along to Nessun Dorma. The Three Tenors brand (a registered trademark) played on the trio’s shared passion for football, making their first performance at a soccer World Cup.

It was a logical, irresistible opportunity: the association with sport enabled opera to score a goal with an added oomph of virility.

Of course, it helped that on their own, each of the Three Tenors possessed prodigious talents, enormous reputations, undoubted charisma and a devoted following, but were sufficiently different in style and temperament to make the mystique of the tenor an elusive quality.

In the case of Pavarotti it is the sweet natural beauty of his voice and an unmistakable presence; in the case of Domingo, the darker timbre of the voice plus a dramatic intensity; and in Carreras, a matinee idol persona heightened by a sense of tragedy (he overcame life-threatening leukaemia with a bone marrow transplant).

Enrico Caruso, considered by many the greatest tenor of all time, defined a great tenor as, « a big chest, a big mouth, 90 per cent memory, 10 per cent intelligence, lots of hard work and something in the heart ».

What he could not foresee as being equally crucial was the power of management and marketing, although he took part in the beginning of the era of mass communication as the first tenor to make a recording, thereby guaranteeing himself the largest operatic audience in the world at that time.

Mario Lanza, to whom Bocelli is sometimes compared, made the transition from opera singer to crossover artist by starring in several Hollywood movies, in the process tarnishing his operatic credibility and reducing him to the status of schmalzy crooner at a time when the synergy between film, considered a lowbrow medium, and opera, a highbrow medium, had not been fully understood. It was something that Domingo, a consummate actor, seized on to great success in films like Tosca and La Traviata.

Breslin, a veteran of the opera world who once also represented Joan Sutherland, says: « Several things have changed: first of all, there are very few great tenors around, so of course the public is hungry for what they can get and are prepared to settle for second best. When Pavarotti began his career, there were a dozen brilliant tenors singing around the world, which kept standards very high.

« Secondly, audiences have changed. People who go and hear Bocelli hear opera in soundbites – just one aria from Boheme or Tosca, like you would hear a pop song. »

Pavarotti, Domingo and Carreras had already earned themselves impeccable credentials as the finest tenors of the age inside opera’s inner sanctum, performing the traditional repertoire to critical acclaim in the most august houses on the circuit, such as La Scala, Covent Garden and the Metropolitan.

Bocelli has gone about it the other way round, beginning his career as a recording artist before attempting to earn credibility in staged productions.

The reason for this is obvious: Bocelli’s blindness is a serious obstacle, not only in terms of the dramatic interaction with fellow cast members but in terms of his relationship with the conductor. In the 19th century, conductors followed singers when it came to tempo, these days it’s the other way round. But there is no way that Bocelli can follow a conductor he can’t see.

The result is that his limited appearances in opera productions have been treated with derision by unforgiving critics. At one stage Bocelli’s management, it’s rumoured, offered several opera companies around the world the opportunity to use the star in a fundraising concert in exchange for casting him in an operatic production. All of them declined.

Opera Australia’s Collette, who has only heard Bocelli on recordings, describes his voice as « pretty, light, with a very individual colour and timbre – he’s got a unique sound ». He insists that he’s not a snob about singers who attempt to crack the highly lucrative crossover market, singing popular tunes by Rodgers and Hammerstein, Andrew Lloyd Weber or the Beatles along with a bit of Puccini and Verdi.

« It’s more that I have such respect for what it takes to be a great jazz or pop artist that I know how few opera singers can really do that. To be Ella Fitzgerald, who to me is one of the greatest singers ever, you have to improvise, you have to be raw, you need to be able to lose that trained style that can sound so mannered.

« If you’re Domingo, you’re not Hugh Jackman. There’s only one tenor in Australia who has had real success as a crossover artist and that’s David Hobson, whose voice suits the lighter repertoire in opera as well as musicals. »

Breslin is reluctant to call Bocelli an opera singer, but recognises that he is a great entertainer « who sings pretty songs in a nice voice, a bit like Engelbert Humperdinck ».

Compared with sopranos, tenors are a rare breed, partly because the way in which they sing is unnatural, as John Cargher, the doyen of opera connoisseurs explains.

« The natural male voice is a baritone. With training, some voices have the ability to go down and become bass or bass baritone, fewer have the ability to go up and become tenors. But if the voice is forced, it can be ruined, as has happened to many great tenors with short careers. And there is no magic formula in terms of a teaching method. Each voice is unique and determined by factors such as nationality, which will influence the sound the larynx can produce – in some countries, the language spoken produces a more open sound than others. Who you like is also very much a question of personal taste. »

And, like wine (which Bocelli’s father produces at the family vineyard, under the label of Chianti Bocelli), some voices mature better than others.

These days it is the fashion, and indeed universally expected, for tenors to take high notes at full volume, but this was not always the case. Until the 1850s, top Cs were sung falsetto. Audiences now would feel cheated if deprived of the thrill of anticipating whether or not a singer will clear the bar of the last note in the first act of La Boheme. And today we also expect our tenors to be true romantic leads, as in the case of the suavely handsome Roberto Alagna.

Pavarotti was the exception to the rule, simply because the quality of his voice meant audiences made allowances for him. « He was an irresistible force, » says Collette, who, having heard the singer live, calls him « one of the two or three greatest ever ».

« These days what’s expected of a singer is that he has to have all the vocal ability plus he has to have the acting talents and presence of a theatre actor or a Hollywood star, » Collette says. « Record companies and opera management know that’s what audiences want. For the OA, the bottom line is if you can’t sing it, no matter how well you act or look, you won’t get the role. »

Among the current batch of homegrown tenors singing with Opera Australia, Collette singles out Stuart Skelton as « the one to watch ». Cargher also mentions Skelton, together with three other Australian tenors building a reputation with their performances in European opera houses: Steve Davislim, Julian Gavin and Glen Winslade.

But no one is suggesting that any of these singers is going to fill a sports stadium. And despite the best efforts of Alan Jones and friends, former shoe repair man Peter Brocklehurst, featured recently on the ABC’s Australian Story program and in Good Weekend magazine pursuing his dream of becoming a tenor at the age of 44, is not, according to the opera world’s sharpest ears, a contender.

London opera critic Norman Lebrecht, who has written several books on the classical music world, sees the triumph of Bocelli as a cynical exercise on the part of a recording industry facing diminishing audiences.

« Bocelli is, plain and simple, a San Remo smoocher who was snapped up by desperate classical labels as a marketing gimmick – it’s the blind leading the deaf. He is rarely in tune and never in tempo.

« Listen to his recording of the Verdi Requiem and blush. The conductor, Valery Gergiev, only tolerated him because he was assured that it would multiply sales and it did, but no person of discrimination would keep it in the house. »

Of course, such criticism is unlikely to deter his hundreds of thousands of (mostly female) fans around the world. They’ll keep buying his CDs, pelting him with red roses and begging for encores of French and Italian love songs, swooning in the aisles over Bocelli’s potent combination of vulnerability, intensity and good looks.

For them, the future looks rosy: Bocelli, could have another 20 years as a successful recording artist and arena performer ahead of him. Perhaps the shrewdest assessment that IMG’s Mark McCormack made is that, unlike athletes, whose peak performance period usually spans a brief time, tenors can go the distance for far longer than any marathon man.

Andrea Bocelli performs with the Sydney Symphony Orchestra at the SuperDome on September 17 and 18.

A fistful of top tenors

Roberto Alagna, Franco-Italian

Is married to star soprano Angela Gheorghiu; as opera’s royal couple, they appear in many productions together.

Ramon Vargas, Mexican

A glamorous lyrical tenor, suited to the romantic repertoire.

Juan Diego Florez, Peruvian

Brilliant in ornamental, florid repertoire, such as Rossini.

Josef Calleja, Maltese

Tipped by some as the next Pavarotti.

Ben Heppner, Canadian

Heroic tenor particularly suited to big Wagnerian roles.

Jose Cura, Argentinian

Like Domingo, is also pursuing a career as a conductor.

Marcello Alvarez, Argentinian

Quit his job in a furniture factory to pursue an operatic career at 30.

Salvatore Licitra, Italian

Replaced Pavarotti to debut at the Metropolitan Opera in New York.

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Critic’s Notebook; Pavarotti Lip-Syncs, And the Echoes Are Far-Reaching

Bernard Holland

The New York Times

October 27, 1992

The BBC, by all reports, is not happy with Luciano Pavarotti. The British broadcasters bought the rights to a Sept. 27 concert in Modena, Italy, and discovered that the Italian tenor had silently moved his mouth (inexpertly, some of those present said) to recorded music. Mr. Pavarotti’s part in this two-hour event was small, but the BBC paid for the real thing and wants some of its money back. Mr. Pavarotti says he did it because he had had no time to rehearse.

Deciding what the term « real thing » means has not been so easy since music first started using electrical current. Once upon a simpler time, a musician made a noise and someone else’s ears received it. Now there are an awful lot of wires in between. There is nothing artificial about them. They have become part of the music.

Sound engineers possess little boxes that can make the inside of a small recording studio sound like a cathedral, and vice versa. And can we call Mr. Pavarotti’s little subterfuge fraudulent when Frank Sinatra’s voice in concert is being reconstituted by microphones, amplifiers and loudspeakers on its way to paying customers?

The Sinatra transaction and the Pavarotti caper aren’t the same, but the confusions between live and electronic are. Modena is different mainly in the time gap between the original « real thing » and the synthesized « real thing. » Maybe the BBC ought to be glad it caught Mr. Pavarotti in such good voice, even if it wasn’t the one he had on Sept. 27.

Beginning with the premise that a listener always wants the most beauty possible, it would have been interesting to offer ticket buyers in Modena this choice: ripe Pavarotti, U.S.D.A.-inspected, guaranteed and pretested; or Pavarotti as a gamble on the unknown — and given the lack of rehearsal time a bad gamble at that. It was going to be his voice either way.

Everyone, of course, would reject the simulation to see what happened. The explanation they would no doubt give is that live sound is better than recorded sound. But I think the real reason would be something else. It’s the time factor. People don’t want to be two-timed. Everything we do in life is geared to cause and effect, and when Mr. Pavarotti opens his mouth, we insist on not knowing what will come out. Public performance is more of a sporting event than we like to admit. We talk about beauty, but we all keep score.

Picture a soccer match on television. Diego Maradona is outwitting defenders and speeding toward the enemy goal. Now picture Mr. Pavarotti and the Modena concert’s producer, Tibor Rudas, in the telecast booth. « Maradona looks off balance, » they say to themselves. « This isn’t going to be a very beautiful kick. But wait. Remember that great goal by Di Stefano for Real Madrid 35 years ago. We have that right here, queued up on tape. Our fans deserve the most beautiful football we can give them, so let’s cut from Maradona and show them this instead. »

How could soccer fans possibly complain? The substitute is going to have just about the same look: two-dimensional and shrunk to the scale of a television screen. And it is more beautiful.

But of course they are going to complain. Soccer fans are being denied the link of action to consequence, the motion of time, the chunk of data that connects the past (Maradona’s approach) and the future (the result of his kick).

If anyone was cheated by Mr. Pavarotti, it was the good citizens of Modena, the ones who were in attendance when it happened. They had the great man in front of them, sharing the same space, the same moment. They had their right to the present and to the unknown. For BBC listeners who could not see the Pavarotti lips moving out of whack with the music, ignorance may have been bliss and the sounds divine.

When broadcasters record « live » events for future transmission (which they frequently do), the margin for complaint narrows even more. Here the thrill of the moment was never theirs to begin with. Frozen on tape, a firsthand experience is now secondhand. Mr. Pavarotti’s tactic would change the process to a thirdhand experience of a secondhand event. The difference isn’t all that dramatic.

The Maradona analogy reminds us of the two kinds of listening going on in music these days: what is about to happen versus what has already happened. The dichotomy, which actually predates electronics by a generation or two, began with the marketing of eternal masterpieces, unmovable and omnipresent. Here, you get to know the music so well that, after bar 50, bar 51 is scarcely a surprise. Recordings — the kind Mr. Pavarotti lip-synced to — have simply reinforced the syndrome. You not only know exactly what, but exactly how.

This is the little self-deception we exercise every time we play a favorite record or tune in a « Live From Lincoln Center » repeat. If we don’t already know the results, we at least know that if the performance had been a disaster, it wouldn’t be there for us to hear in the first place. Maybe Mr. Pavarotti wasn’t fooling his listeners any more than they have consented to fool themselves.

Voir de plus:

Pavarotti mimed at final performance

· Millions watched tenor’s opening of Olympics

· Star’s conductor Leone Magiera reveals secret

Tom Kington in Rome

Monday 7 April 2008 00.04 BST

On a freezing February night in 2006, an ailing Luciano Pavarotti rose from his wheelchair at the opening of the Turin Winter Olympics to give a resounding rendition of the aria Nessun Dorma, his final public performance before he died of cancer last September.

Details have emerged of how the opera singer was unsure of his weakening voice and faked the live appearance in front of a TV audience of millions, using video trickery, careful lipsynching and a compliant orchestra that pre-recorded its backing days earlier.

« Pavarotti’s great career therefore ended with a virtual performance, something sad but inevitable, » said Leone Magiera, the star’s longtime pianist and conductor, who has revealed the ploy in a book. « It would have been too dangerous for him, because of his physical condition, to risk a live performance before a global audience. »

Magiera said that the trick took days to set up. « First I recorded a number of versions of the orchestra playing the aria, then [I] took the tapes to the small studio at Pavarotti’s house in Modena, » he said.

« He selected the right version before I directed him alone as he sang along, while being recorded. »

In the book, Pavarotti Visto da Vicino, or Pavarotti Seen from up Close, Magiera says: « He found the force to repeat it until he was completely satisfied. Then he collapsed on his wheelchair and closed his eyes, exhausted. »

Less than a week later, just before the Olympics ceremony, Pavarotti was filmed on stage miming to the recordings as the orchestra pretended to play behind him.

On the big night, that video was played for TV audiences along with the pre-recorded music, while crowds in the stadium heard the music and saw conductor, singer and orchestra faking it for a second time.

« The orchestra pretended to play for the audience, I pretended to conduct and Luciano pretended to sing. The effect was wonderful, » Magiera wrote in the book.

The effect was good enough for one fan who wrote on YouTube after watching the video: « Knowing when to cut off that final high note to match a tape would be next to impossible … It’s live, it’s him. »

Looking back, Magiera said he preferred to recall another performance given by Pavarotti in the 1990s, this time to a deserted opera house in the Amazon jungle. Built in 1896 for rubber barons, the opulent Amazon Theatre featured in the film Fitzcarraldo.

« He was determined to sing at the old opera house in Manaus, where he was convinced Caruso had once sung, » he said.

« We went up there by boat, located a piano but found the theatre out of use. Nevertheless, we went in and he sang two arias from Tosca, E lucevan le stelle and Recondita armonia to an audience of about five. »

Magiera’s memoir details Pavarotti’s struggle to work, even as he succumbed to pancreatic cancer. While giving lessons to young singers, he would drift off, whereupon his Peruvian assistant would ring him on his mobile phone. Jerked awake, Pavarotti « would immediately make a more or less relevant observation about the performance he had only partly listened to ».

At the end, even his legendary appetite deserted him, Magiera writes. When he could not eat the plate of rigatoni he had asked for, « he looked at me with a sad smile and said ‘That’s a bad sign for me if I prefer mashed potato to macheroni’. »

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Andrea Bocelli Miracle Birth Gave Us Music

Fool’s gold today

In 1958 a pregnant mother went to the hospital with severe abdominal pain. A diagnosis of acute appendicitis was made and surgery was the obvious best option.

It can be a formidable challenge to anesthetize and do surgery on a pregnant patient, especially non-obstetric surgery. Every time I face such a case, I am well aware that I must take care of two patients, and their lives and well-being are equally important to me. The stakes are increased not only because there are two individuals under my care, but because pregnancy increases the anesthetic risk for the mother significantly.

Imagine how much more difficult this situation was in 1958, when surgical and anesthetic technique was not nearly as developed as today!

At the time of surgery, the young mother-to-be was advised to abort her baby due to the risk of developmental defects as a result of surgery and anesthesia. But contrary to medical advice, the mom trusted God and decided to keep the baby in the hopes things will work out alright.

She gave birth to a boy who had congenital glaucoma, but who was otherwise healthy. He had decreased vision, and following some trauma during a football game he lost his vision at age 12.

But this boy was special for a different reason. He was blessed with an unbelievable talent. He had and continues to have the voice of an angel.

During a concert he thanked his mother, Edi, who made the right decision to allow him to live so he can bless the world with the common grace of beautiful music. He ended up selling over 70 million records, and his music is well-loved throughout the world.

That musician’s name is Andrea Bocelli.

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Andrea Bocelli : une voix et un coeur.

Un chanteur lyrique qui flirte avec la variété et dont le grand Al Jarreau a dit qu’il avait « la plus belle voix au monde » : portrait.

Andrea Bocelli est né le 22 Septembre 1958 dans la ferme familiale Lajatico (Toscane). Il devient aveugle à l’âge de 12 ans à la suite d’un glaucome congénital aggravé par un diabète chronique. Il apprend le braille dans une école spécialisée de Reggio Emilia où la beauté de sa voix lui permet de devenir soliste dans le choeur. Selon ses propres termes, il ne se souvient pas avoir vécu sans passion pour la musique, et il a poursuivi très tôt le rêve de devenir chanteur d’opéra. Durant l’adolescence, il gagne nombre de concours de chant mais choisit par prudence de passer un diplôme de Droit à l’Université de Pise tout en faisant quelques apparitions remarquées dans les bars musicaux de la ville dans un répertoire allant d’Aznavour à Sinatra. Le réel tournant dans sa vie d’artiste est sa rencontre avec le légendaire ténor Franco Corelli qui accepte de prendre comme élève celui qu’il surnomme « l’ange aveugle ». Fini le Droit et les cafés-concerts…

En 1992, la rock-star italienne Zucchero Fornaciari, qui avait besoin d’un ténor de doublure pour lui donner la réplique dans la préparation du duo « Miserere » à chanter avec Luciano Pavarotti, recrute Andrea Bocelli. Pavarotti est enchanté. Le jeune débutant est ensuite approché par la maison de disque Sugar Label dont la présidente l’a entendu chanter le fameux « Nessun dorma » du Turandot de Puccini lors d’une soirée privée. La maison de disque fait en sorte de faire inviter son protégé au Festival de San Remo où il obtient le succès escompté et une révélation au public italien. Le reste du monde le découvre à l’occasion de la sortie du tube planétaire « Con te partirò », numéro 1 en France pendant six semaines et meilleure vente de disques de tous les temps en Allemagne…

En 1994, Luciano Pavarotti invite personnellement Andrea Bocelli au festival Pavarotti de Modène où il chante en duo avec le Maestro (qui l’a désigné comme son successeur) mais aussi avec Bryan Adams, Andreas Vollenveider et Nancy Gustavsson. « Le ténor qui voit avec le coeur » passe même la veillée de Noël aux côtés du Pape! L’année suivante, il fait une tournée télévisée triomphale en Europe où il partage la vedette avec Al Jarreau, Bryan Ferry, Roger Hodgson (Supertramp) et John Miles. Depuis, il a chanté sur les scènes les plus prestigieuses avec la plupart des stars mondiales.

Ses grands débuts sur une scène d’opéra se font en 1998 à Cagliari (Sicile) dans une production de la Bohème de Puccini, où il tient le rôle de Rodolphe. Malheureusement, sa voix rencontre des difficultés à « passer la fosse d’orchestre », pour employer l’expression des critiques lyriques : Bocelli ne réussit pas à cette occasion à être reconnu par la presse et les « aficionados » comme le grand ténor capable d’enflammer le public des salles d’opéra. A la scène, c’est donc vers la carrière de chanteur de variétés qu’il s’oriente, tout en poursuivant son travail de ténor pour le disque, enregistrant les arias les plus célèbres du répertoire et quelques intégrales lyriques à destination du grand public. Marié en 1993, Andrea Bocelli est le père de deux garçons. Il a, dit- il, fait sienne la devise du Petit Prince de Saint- Exupéry : « On ne voit qu’avec le coeur; l’essentiel est invisible pour les yeux »…

Voir encore:

A Requiem for Classical Music?

Julie Lee

Boston Fed

Regional ReviewQuarter 2, 2003

A man stands surrounded by women. He is tall and handsome with long, flowing hair; the women are worshipful, kneeling at his feet. There is one particularly zealous admirer with large scissors, ready to cut a lock of his hair. If it weren’t for the corsets and bustles, this could be a scene of a rock star being hounded by hysterical female fans. Yet, this is a caricature from 1876 depicting Franz Lizst and admirers after one of his concerts.

A lot has changed since then. Today, such an enthusiastic reception is reserved for teen pop idols and movie stars. Even as overall sales of music grew steadily until the late 1990s, the sales of classical music CDs hovered at a scant 3 to 4 percent of the total. Record companies such as BMG Classics are slashing the number of new classical releases or, like CRI (a not-for-profit label which has recorded 42 Pulitzer Prize-winning composers), closing altogether. Classical music stations have disappeared in many cities; one-third of the nation’s top 100 radio markets do not have a classical station. After 63 years, ChevronTexaco’s radio broadcast from the Metropolitan Opera House will be off the air next year. Many symphony orchestras are cutting back programs and suffering financial difficulties. The Pittsburgh Symphony is selling its concert hall. A sign of the times: the “Death of Classical Music Archive” on ArtsJournal.com contains more than 50 recent articles on the topic.

At the same time, it is easier than ever to buy any classical CD one might desire. A recent search on Amazon.com for Beethoven’s Symphony No. 5 yielded a staggering 874 options, including 276 different recordings of a complete performance of all four movements. The choices included every imaginable compilation (from Beethoven: Greatest Hits to Beethoven: Super Hits) and every possible price point (from $2.98 for a performance by an unnamed orchestra to $101.98 for a boxed set with famed conductor Herbert von Karajan). Previously hard-to- find works are also more readily available. As a piano student 20 years ago, I had trouble locating Debussy’s “Children’s Corner” (a suite of miniatures for piano) performed by Walter Gieseking—but Amazon instantly offered up two choices.

Moreover, attendance at classical concerts appears to be rising slightly. According to a 1997 survey commissioned by the National Endowment for the Arts, more than 15 percent of respondents attended a classical music event the previous year, a 3 percentage point increase from five years earlier. And while classical’s share of CDs is not large, it appears to have held steady over the past 20 years.

So, is classical music dying? Or are the reports of its demise simply exaggerated?

A STAR IS BORN:

A SHORT HISTORY OF THE CLASSICAL MUSIC BUSINESS

Everybody knows classical music when they hear it. It’s old. It’s serious. It’s stuffy. Yet, classical music is an imprecise term, generally referring to Western music from medieval times to the present day. Most of what is commonly called classical music is indeed old, dating back to the sixth century when church chants were first written down and codified. However, much new classical music is being written right now, and much more is still to be written. During the 2002-2003 season alone, 207 works were premiered worldwide.

It is often assumed that all classical music is serious and is written with artistic merit as its purpose. But that is not the case. Classical music can be complex, deep, and intellectually meaty (like Beethoven or Brahms symphonies), but it also can be light, irreverent, and frivolous (like Strauss waltzes). And while knowledge and familiarity can enhance one’s enjoyment of classical music, they are not required, much in the way one needn’t be an Elizabethan scholar to enjoy Shakespeare or a film studies major to enjoy movies. Many people enjoy classical music with little or no formal training.

Whatever its pretensions, artistic or otherwise, until the 19th century the classical music business was relatively prosaic. The composer was a staff function within the machinery of social organizations like the royal court, which employed musicians to sing and play for worship in the cathedral and for entertainment at the palace. Many prominent composers, including Monteverdi, Haydn, and Mozart, held such positions. These hired composers/conductors/music directors generally worked at the whim of their employers, who were not always interested in music. Haydn is said to have composed the “Surprise” symphony to wake dozing patrons after a big meal and the “Farewell” symphony to send his employer a message that it was time to cut short a stay in the country because the musicians were homesick.

Consequently, many famous works in classical music were composed because they were in the job description. For example, J.S. Bach (1685-1750) wrote his cycle of cantatas so that his choir would have a piece to perform each Sunday. And he dedicated the Brandenburg Concertos to a potential employer, as a job application of sorts. By all accounts, Bach was a methodical and industrious employee, “in the business of holding jobs.” He did not set out to create masterpieces of artistic importance; those turned out to be fortunate by-products.

The rise of the bourgeois class by the eighteenth century set the stage for change, including the appearance of freelance composers, star performers, and the modern market for music. As music moved out of the salons of aristocracy to the concert halls of the middle class, it became a public commercial activity in which the professional musicians performed for the paying audience. By the nineteenth century, many of the principles governing the classical music business today were already in place. The new system of an organized market for mass consumption of music required two key elements: star performers to attract an audience, and the supporting business apparatus to deliver the star and the music to the public efficiently. There were tickets to sell, seats to fill, and stars to manufacture and market.

Which bring us back to Franz Lizst (1811-1886), a Hungarian- born composer-pianist and, along with Nicolò Paganini, the first modern virtuoso and international superstar. First and foremost, there was his brilliant technique. In the words of Felix Mendelssohn, “Lizst has a certain suppleness and versatility in his fingers, as well as a thoroughly musical feeling, which may nowhere find its equal.” But Lizst was also a showman. He heightened the effect of his technique by performing from memory (a requirement on today’s stage) and by refusing to share the stage with other musicians (before him, there were no solo recitals and no instrumentalist gave a concert without others). And not unlike today’s rock stars, his extra-musical activities and scandalous love affairs were integral to his mystique. Although critics and detractors considered him cheap and flashy, those very qualities made him a star. He gave his audience what they wanted.

The twentieth century brought additional ways to consume music and new ways to promote star performers. Recordings, radio, television, and eventually the Internet further increased the potential audience for classical music. Tenor Enrico Caruso was the first recording star. His 1904 performance from the opera I Pagliacci became the first record to sell one million copies; and several other artists had top ten hits in the years between 1900 and 1920. Superstar conductors like Arturo Toscanini, Eugene Ormandy, and Leopold Stokowski were successful enough to become household names. Although accurate sales figures are hard to come by, Ormandy and Toscanini are reported to have sold more than 20 million records each over the course of their careers. And Stokowski shook hands with twentieth-century pop icon, Mickey Mouse, in Disney’s 1940 movie, Fantasia.

WHERE’S THE MONEY?

THE CASE OF THE RECORDING INDUSTRY

In spite of the commercial success of its biggest stars, classical music recordings were not traditionally expected to make much of a profit, at least not a quick one. The typical recording sold at a relatively slow rate, two or three thousand on first release, but steadily over a longer period. Walter Legge, arguably the best-known record producer in the history of classical music, said that he wanted to make records that would sell for 20 or 30 years—and 40 years later, many still do. But this also meant that many recordings (especially those by large orchestras) wouldn’t make a profit until they were reissued as part of a midprice or budget series.

For the most part, record companies seemed content with the prestige and comparatively small profit margins of their classical recordings or were willing to subsidize them with profits from their pop divisions. They kept their focus on “documenting” star performances. “The major labels all operated on the principle that the best way to make money was to record prominent names in standard repertory. . . [and they] signed exclusive contracts with the biggest artists they could find,” wrote music critic Terry Teachout in Commentary. Under this regime, Leonard Bernstein, Leontyne Price, Artur Rubinstein, and other big names continued to sell records into the 1960s and 1970s. Bernstein, in particular, brought classical music into millions of homes during the 1960s with his television series introducing classical music to young people.

But cracks were appearing in the traditional business model. The market for classical music and its star performers began to shrink if not in absolute sales, at least relative to the alternatives: Elvis, the Beatles, and Michael Jackson. The explosion of other entertainment options such as television, movies, and later videogames only intensified the competition for the audience’s time and pocketbook.

Moreover, this stars-and-standard repertory approach also resulted in market saturation of the core product, the Bach-Beethoven-Brahms fare constituting the canon. Since a “new” product meant a recording of an old piece by a young performer or a second recording by a veteran, the number of recordings of a relatively small number of pieces eventually proliferated. The result was a catalog consisting of tens of thousands of titles—the majority concentrated in the standard repertory—which was expensive for labels and retailers to maintain and potentially confusing to fans.

The industry also underwent several periods of consolidation including, a particularly intense round of mergers in the late 1980s and early 1990s. For example, Decca, a British label founded in 1929, merged with Polygram in 1980 (which itself was formed by a merger of Deutsche Grammophon and Philips in 1972) and then was incorporated into Universal Music after its purchase in 1998. Similarly, RCA (Toscanini’s label) is now part of Bertelsmann, a German conglomerate, and Columbia Records (Vladimir Horowitz’s label) is part of Sony. As a division within a multinational conglomerate, these labels now competed directly with the more lucrative popular music divisions, and faced increasing pressure to maximize profits.

THE THREE TENORS

It was under these circumstances, that classical music experienced its most unprecedented commercial triumph. The phenomenal success of the Three Tenors in the early 1990s changed expectations and set a new standard for the industry. “Gone were the days when it was acceptable for classical music sales to chug along at a few hundred per year. Now they were expected to perform like popular music divisions,” observed Ian Lace in BBC Music Magazine.

José Carreras, Placido Domingo, and Luciano Pavarotti, the three tenors of world renown, first sang together as a trio for the 1990 World Cup in Rome. What nobody could have imagined was the extraordinary success of this venture. About 800 million people worldwide saw the television broadcasts, and the recording, The Three Tenors in Concert, became by far the bestselling classical album of all time, with sales exceeding 10 million. The Three Tenors became both a franchise and a marketing concept. They went on to sing at subsequent World Cups (Los Angeles in 1994, Paris in 1998, and Yokohama in 2002), and spawned imitators like the Three Sopranos and even the Three Chinese Tenors.

In addition to making the singers extremely rich, The Three Tenors in Concert had an enormous effect on the business. It demonstrated that a classical CD can sell in the millions. In the way that Star Wars changed the movie industry, The Three Tenors instigated the industry’s relentless search for the next blockbuster that would immediately sell millions. Marketing became more expensive and sophisticated as companies worked to amplify small successes into hits. And some predicted this would help build a new, larger audience for classical music.

Such efforts have been successful to a point, leading to a string of highly popular crossover albums that topped pop charts. A 1992 recording of Henryk Górecki’s Third Symphony, a mournful work for soprano and orchestra by the contemporary Polish composer—previously more cult figure than superstar —sold more than 1 million CDs. Even more successful was Chant, recorded by Benedictine monks in northern Spain. Originally promoted by EMI Spain as an antidote to stress, the company undertook a U.S. marketing campaign after sales began to rise that included reducing the two-CD recording to one disc, shortening the title from Las Mejores Obras del Canto Gregoriano (The Best of Gregorian Chants) to the snappier Chant, commissioning an eye-catching new cover, and even shooting a video clip to accompany “Alleluia, beatus vir qui suffert.” Sales, in excess of 4 million, probably amount to more copies than all other Gregorian chant CDs combined.

Yet, a business strategy based on crossover blockbusters has turned out to be unreliable. Just as nobody had imagined the extraordinary success of The Three Tenors, finding and marketing the next classical mega-hit has been difficult and unpredictable, with little guidance from the three very different hits mentioned above: The Three Tenors is a crowd-pleasing medley of songs including the greatest hits of the opera repertory sung by the reigning tenors of the day; Chant consists of simple, unaccompanied melodies from the very beginning of Western music; and Górecki’s Third Symphony is a somber piece in the minimalist tradition by a modern composer. Notes then senior vice president at Decca (the record label responsible for The Three Tenors): “There are occasional miracles…but such blockbusters are rare. . . . They have to be seen as special, almost freak occurrences.”

Moreover, if Amazon’s “customers also bought” links are any indication, such one-time hits don’t appear to have spilled over into increased sales in the standard repertoire. Customers who purchased The Three Tenors have also bought other crossover CDs, like Pavarotti’s Greatest Hits or The #1 Opera Album, but don’t appear to have ventured into traditional opera CDs, like Pavarotti’s Turandot or La Bohème.

While the major recording companies pursued the seductive but elusive lure of mega-hits, a number of companies have been quite successful—commercially and artistically—by taking other approaches. The label Naxos, for example, records new versions of the standard repertory without star performers to keep costs reasonable; Hyperion and others specialize in recording and releasing less often heard, more adventurous works. (See sidebar.) The success of these firms suggests that classical music may still have some life in it yet.

REVERENCE VS. RELEVANCE:

THE CASE FOR EXPANDING THE AUDIENCE

It is worth noting that concerns about the health of classical music have popped up fairly regularly. In 1980, a New York Times article announced a “classical crisis” in the recording industry. In 1971, another New York Times piece noted a decline in classical radio stations going back to 1967; in 1949, articles in other publications complained of similar circumstances.

Yet, a closer look suggests that the demand for classical music seems to have held fairly steady, at least over the past 20 years. During that time, the share of classical recordings has remained relatively stable at about 3 to 5 percent. (The figure briefly reached an unusually high 7 to 8 percent in the late 1980s as classical music buffs replaced their LPs with CDs.) Moreover, according to the National Endowment for the Arts, 30 million adults (16 percent) had attended a classical music event in the previous 12 months—on par with the rates for jazz concerts and plays but smaller than for watching TV (96 percent) or going to the movies (66 percent). However, in reviewing all the evidence for an article published by the Symphony Orchestra Institute, Professor Douglas Dempster, of the Eastman School of Music concluded, “Classical music is more widely heard and available, performed at a higher level of preparation and artistry,

So, what is the source of the evident concern? One reason may be that there are simply so many other options competing for our scarce leisure time and our ever-rising disposable income. A hundred years ago, we didn’t have TV. Fifty years ago, there was no Internet. Twenty-five years ago, the $10 billion video game industry was in its infancy. As the entertainment market offers an ever-increasing number of options, classical music’s fight for our attention has become more competitive and makes the classical audience look small, even as it holds on to its share. If Lizst had to vie with the Matrix Reloaded or video games such as Grand Theft Auto III, would he have captured the public’s imagination?

Some argue that classical music has more intrinsic value than other forms of entertainment because of its significance for our musical tradition and its intellectual complexity. But whether this makes it more valuable depend on why one listens to music. We may admire the musical facility in Mozart or be challenged by the expansive musical canvas in Mahler, but be more profoundly moved by “Amazing Grace” on a lone bagpipe.

Still, classical music’s prevailing culture and conventions do feel increasingly out of sync with contemporary experience. As most people will tell you, a modern classical music concert is an entirely somber, serious affair for performers and audiences alike. It is predictable and almost lifelessly professional. No classical music stage today would tolerate the onstage shenanigans of Vladimir de Pachmann, a world-famous nineteenth-century pianist who earned millions touring and was known to dip each finger in brandy before a recital. Although the dress code has relaxed somewhat in recent years—much to the horror of the old guard—some rules are strictly observed, such as no applause between movements. These conventions may seem unnecessarily restrictive for those who have known only dress-casual workplaces.

This widening gap between the conventions of classical music and the rest of society tends to reinforce classical music’s image as music for the economic elite. And yet this image is not entirely borne out by the facts. According to the National Endowment for the Arts, the classical music concert audience is no richer than audiences for jazz or musical plays. (See sidebar in full-text PDF.) This survey shows that the level of participation in all arts rises with income. It is not simply that classical music audiences tend to be richer than other audiences, but that all audiences tend to be richer than average. Moreover, both rich and poor share similar preferences. For example, musical plays are more popular than classical music at each income level, with similar relative participation rates.

Perhaps more worrisome is the cultural elitism of many people in the classical music community. The fact that there are 276 versions of Beethoven’s 5th, already tends to foster an atmosphere where someone who can’t tell one from the other is made to feel less than welcome. Even those in the business end, “encouraged the attitude that you have to be able to spell Tchaikovsky backwards to be qualified to buy something,” noted the President of EMI Classics back in 1990. And some classical music proponents criticize any attempt to reach a wider audience as “dumbing down.” They view the enormous popularity of The Three Tenors and other crossover albums as a phenomenon that degrades or reduces the status of classical music. In the words of essayist Joseph Epstein: “The bloody snobbish truth is, I prefer not to think myself part of this crowd [his fellow audience at a Pops concert]. I think myself…much better—intellectually superior, musically more sophisticated, even though I haven’t any musical training whatsoever and cannot follow a score.” This attitude, albeit half-joking, may hurt classical music’s ability to reinvent itself and adapt to the modern audience and the modern world.

On the contrary, to emotionally connect to today’s audiences and capture their imaginations will take vision and innovation. But there are examples out there. One of the most unlikely successes on Broadway last year was a production of Puccini’s La Bohéme, the 1896 opera about a doomed love between Mimi, a Parisian seamstress, and Rodolfo, a starving poet. While the music is exactly as Puccini wrote it and the characters sing in Italian, Baz Luhrmann, the director of Strictly Ballroom and Moulin Rouge, reimagined the story set in 1957. More importantly, he ignored the usual opera conventions and hired singers who looked and acted the parts. Although purists criticized the quality of the singing and objected to the use of microphones, Luhrmann’s experiment shows that there is an enthusiastic new audience for classical music if classical music is made relevant.

Even in tradition-bound solo recitals, old customs are loosening up. At the end of a recent recital, Maxim Vengerov, a rising twenty-something violinist, picked up a microphone and talked to the audience for 20 minutes. On a stage where the only thing usually uttered by the soloist is the announcement of the encores, his entertaining anecdotes and sincere answers to questions left the audience more connected to both the music and the musician.

REPRISE

Classical music may never be the most popular music. And changes are afoot in the industry—and not only in classical music —as the Internet and other technological advancements roil the landscape and challenge traditional ways of doing business. For example, the initial success of Apple’s iTunes Music Store suggests there may be new and viable ways of buying recorded music over the Internet. These developments may change the ways in which we consume and experience classical music. But that does not necessarily signal its demise.

However, both artists and business people need to think hard about who their future audience is going to be and how to make classical music exciting and relevant to that audience. Whether by delivering neglected repertory, or offering fresh interpretations of old favorites to a small but dedicated audience, or by shedding antiquated conventions and trying to expand into new territory, in the end, successful strategies will need to make people care about the music. These experiments may mean the death of the classical music business as we know it, but also may provide an opportunity for rebirth and renewal.

Indie Classical (sidebar)

Is it possible to make money in today’s classical recordings business without blockbuster crossovers? Absolutely, says Naxos, the world’s bestselling budget label, with 15 percent of classical CD sales in the U.K., 25 percent in Canada, and more than 5 percent in the U.S. While the major labels pursued blockbusters, Naxos, founded in 1987, focused on producing the standard repertory cheaply. “My ambition was to make classical recordings available on CD at a price comparable to that of LPs,” states Klaus Heymann, founder and chairman.

Think of Naxos as the Southwest Airlines of classical CDs. It delivers classical music without frills and at rock-bottom prices. It hires young or unknown recording artists, many from Eastern Europe, and pays them a flat fee with no added royalties. It keeps one recording of each work in its catalog, limiting the catalog to about 2,500 titles and eliminating duplication of repertoire. It doesn’t waste a lot of money on expensive promotions. That way, it can sell its CDs for $6.98, not $16.98. And it sells a lot of CDs. Enough to be profitable in spite of budget prices.

The other successful strategy focuses on niche markets and nonstandard repertory. Hyperion, a British label founded in 1980, and others have taken this approach. “I didn’t see the point in doing the 103rd version of the New World Symphony, so I went for the more neglected areas, but not so neglected that nobody would buy them,” said Hyperion founder Ted Perry. The label’s first hit was an album of Latin hymns by Hildegard von Bingen (1098-1179), which sold over 150,000 copies. Along with Nonesuch, which released Górecki’s Third Symphony and the works of other contemporary composers, Hyperion has shown that record companies can be profitable by exploiting a niche market that has been neglected in the catalogs of the major labels.

Julie Lee is a health economist. After years of piano lessons, she is more comfortable as a fan of classical music than as a performer.

Voir enfin:

Pierre Bourdieu : Les aventuriers de l’île enchantée

entretien avec Catherine Portevin et Jean-Philippe Pisanias

Télérama n°2536

19/08/98

Conclusion naturelle de notre série d’entretiens avec le sociologue avant la sortie en librairie, le 26 août, de son livre, La Domination masculine (éd. du Seuil) et l’amour ? Quelle place a-t-il dans ces rapports de force que sont les relations entre les hommes et les femmes ?

Souvent, en lisant Bourdieu, on s’était posé cette question. À nous qui nous croyions des individus libres et indépendants, toute son oeuvre ne cessait de révéler nos déterminismes sociaux. Nos choix professionnels, affectifs, esthétiques, nos fragilités, nos souffrances ou nos assurances, nos ascensions sociales ou nos ruptures, nos façons de parler ou de penser, nos adhésions conscientes ou inconscientes répondent à des logiques sociales, selon nos origines, nos généalogies, le  » champ  » auquel nous appartenons… Dans tout ça, peut-il seulement exister un sentiment pur, un amour vrai, irréductible au social et qui soit un des moteurs les plus puissants de l’existence?

C’est la première fois, à notre connaissance, que Pierre Bourdieu répond à cette question. Et par l’affirmative; un oui à la fois enflammé et prudent, enthousiaste et sage.

TELERAMA: Vous dessinez, en conclusion de votre livre, un  » amour pur « , seul  » îlot enchanté  » ou peuvent s’annihiler les rapports de domination entre les sexes. Qu’est-ce, en la circonstance, que la pureté?

PIERRE BOURDIEU : Pur, cela veut dire indépendant du marché, indépendant des intérêts. L’amour pur, c’est l’art pour l’art de l’amour, l’amour qui n’a pas d’autre fin que lui-même. L’amour de l’art et l’amour pur sont des constructions sociales nées ensemble au XIXe siècle. On dit toujours que l’amour remonte au siècle des troubadours, ce n’est pas faux. Mais l’amour romanesque, tel que nous le connaissons, est vraiment une invention de la vie de bohème, et c’est entièrement le sujet de L’Education sentimentale, de Flaubert : la confrontation entre l’amour pur et l’amour  » normal « ,…

TRA : C’est quoi, l’amour normal ?

P.B. : C’est l’amour socialement sanctionné. L’amour pur s’invente chez les artistes, chez les gens qui peuvent investir dans une relation amoureuse du capital littéraire, du discours, de la parole… Tout ce que Flaubert a mis dans son roman. Les trois femmes qu’il met en scène sont chacune une des représentations de l’amour et se définissent les unes contre les autres. Mme Dambreuse est l’incarnation de l’amour bourgeois, Mme Amoult de l’amour pur et Rosanette, de l’amour vénal et mercenaire. Et l’amour pur se définit à la fois contre l’amour bourgeois qui a pour objectif la carrière, et contre l’amour vénal qui a pour objectif l’argent. Les deux étant en fait des amours mercenaires.

TRA Est-ce que, dès lors, cet amour pur est forcément une transgression sociale ?

P.B. : Oui, dans la mesure où il est en rupture avec l’ordre social qui demande d’autres gages. L’amour pur, c’est l’amour fou ; l’amour social convenable est un amour subordonné aux impératifs de la reproduction pas seulement biologique mais sociale.

TRA : Il peut tout de même y avoir de l’amour, là-dedans aussi ?

P.B. : Evidemment, c’est aussi de l’amour. Mais pas de l’amour fou. C’est de l’amour conforme, de l’amour du destin social, l’amor fati. On aime sa  » promise « . Ces constats de la sociologie désespèrent beaucoup en général. Or, quand on étudie statistiquement les mariages, on observe qu’ils unissent des hommes et des femmes de même milieu. Autrefois, cette homogamie était garantie et aménagée par les familles ; c’était le mariage de raison, de raison sociale. Aujourd’hui, les garçons et les filles se rencontrent de manière apparemment libre, et l’homogamie fonctionne toujours. Dans le Béarn, j’ai étudié les effets de ce passage des mariages arrangés aux mariages libres, le bal devenant le  » marché  » où se nouaient les unions d’où sortiront les mariages. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ne sont le produit ni d’un choix ni de l’intervention d’une instance supérieure (la famille) ; ils sont le produit de dispositions sociales qu’on appelle amour…

Peut-être, d’ailleurs, avons-nous un taux de divorce élevé parce que nous investissons dans le mariage des attentes démesurées. C’est lié, en particulier, aux femmes qui dépendent plus des valeurs d’amour que les hommes. Pour – j’insiste encore – des raisons uniquement sociologiques qui n’ont rien à voir avec la supposée  » nature  » féminine. On dit souvent que les femmes sont romanesques, et c’est vrai, dans tous les milieux, à tous les niveaux, comme l’atteste le fait que les femmes ont partie liée avec la lecture et la littérature.

TRA L’amour pur serait alors I’ exception, forcément éphémère. Et il ne semble pouvoir exister qu’hors du monde. N’est- il pas possible cependant que, même en se colletant au monde, aux contraintes sociales, il reste le plus fort?

P.B. : Cela arrive. La littérature est remplie des triomphes de l’amour pur. Dans la réalité, cette île enchantée sans violence, sans domination, est vulnérable en diable. Ce n’est pas raisonnable, raisonnable voulant dire conforme aux réalités sociales. C’est  » miraculeux « , avec beaucoup de guillemets, miraculeux sociologiquement : c’est peu probable, cela peut arriver, mais cela a une chance sur mille. La réciprocité parfaite, l’émerveillement réciproque, c’est voué au dépérissement… ne serait-ce que sous l’effet de la routine.

Les gens n’aiment pas que l’on explique des choses qu’ils veulent garder  » absolues « . Moi, je trouve qu’il vaut mieux savoir. C’est très bizarre que l’on supporte si mal le réalisme. Dans le fond, la sociologie est très proche de ce qu’on appelle la sagesse. Elle apprend à se méfier des mystifications. Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m’émerveiller des vrais  » miracles « . En sachant qu’ils sont précieux parce qu’ils sont fragiles.

TRA : Et si on chassait toutes les marques de la domination masculine, quelle serait la part possible, entre les hommes et les femmes, de la séduction (dont vous dîtes qu’elle est une reconnaissance implicite de la domination sexuelle), du jeu entre les êtres, voire du charme?

P.B. : Certains intellectuels défendent la tradition française de la courtoisie, en s’inquiétant de la voir mise en péril par ce désenchantement actuel de la relation hommes/femmes. Ce genre d’attitude, qui va souvent de pair avec la méfiance à l’égard du féminisme, m’est très antipathique parce que c’est une manière moderne de s’en rapporter à de vieilles lunes. Ce n’est pas intéressant et puis c’est faux. Est-ce que la lucidité sur les rapports entre les sexes, ou sur les rapports sexuels en général, pourrait détruire tout enchantement? Je n’en suis pas sûr.

Cela débarrasserait au contraire les relations de ce qui les encombre, de la mauvaise foi (au sens sartrien de  » mensonge à soi-même « ), de la tricherie, des malentendus.

Dieu sait si je ne suis pas très optimiste mais, sur certains terrains, l’analyse des effets de domination symbolique a une vertu clinique. Cela détruit les contraintes que les gens s’imposent parce qu’ils sont dans des rôles pré-constitués, dans des  » programmes  » sociaux. L’un pour faire l’homme, l’autre pour faire la femme.

TRA : Quand on voit le succès de la pilule Viagra, on se dit que ce n’est pas demain la veille, tant la virilité reste une valeur et une angoisse…

P.B. : Une angoisse parce qu’une valeur. Le succès de la pilule Viagra n’est que l’attestation visible de ce qui se sait depuis longtemps dans les cabinets médicaux ou psychanalytiques.

Les hommes, surtout, pourraient se simplifier la vie. Le rôle masculin m’est très insupportable depuis très longtemps dans son côté faiseur, bluffeur, m’as-tu-vu, exhibitionniste. Si les rapports masculins/féminins (qui se reproduisent aussi chez les homosexuels) étaient dépouillés de ce devoir d’exhibition, on respirerait mieux. Les numéros d’hommes, c’est tuant!


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