Armes à feu: Quand Hollywood dénonce la violence qu’il a lui-même semée (Who needs the NRA when you’ve got Hollywood ?)

30 octobre, 2015
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Puisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête. Osée 8: 7
Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
I’m not too proud of Hollywood these days with the immorality that is shown in pictures, and the vulgarity. I just have a feeling that maybe Hollywood needs some outsiders to bring back decency and good taste to some of the pictures that are being made. Ronald Reagan (1989)
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes dans la mesure où ceux qui les ont vues éprouvent de sensations, des émotions et des états du corps difficiles à maîtriser et donc angoissants, et qu’ils sont donc particulièrement tentés d’adopter les repères que leur propose leur groupe d’appartenance, voire le leader de ce groupe (…) et rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Un des jeunes tueurs de Littleton, Eric Harris, avait passé une centaine d’heures à reprogrammer le jeu vidéo Doom pour que tout corresponde plus ou moins à son école (…) [jusqu’à] « incorporer le plan du rez-de-chaussée du lycée Columbine dans son jeu. En outre, il l’avait reprogrammé pour fonctionner « en mode Dieu », où le joueur est invincible. (…) Le 1er décembre 1997, à Paducah (Kentucky), Michael Carneal, alors âgé de 14 ans et armé de six pistolets, avait attendu la fin de la session quotidienne de prière à l’école pour tuer trois fillettes (…) et d’en blesser cinq autres. Lorsque la police a saisi son ordinateur, on a découvert qu’il en était un usager assidu, recherchant souvent sur Internet les films obscènes et violents. Parmi ses favoris, Basketball Diaries et Tueurs nés, film qui a influencé aussi les tueurs de Littleton. (…) En examinant l’ordinateur de Michael Carneal, la police a également découvert qu’il était un passionné de Doom, le fameux jeu qui consiste pour l’essentiel à passer rapidement d’une cible à l’autre et à tirer sur ses « ennemis » en visant surtout la tête. Le jeune Carneal, qui n’avait jamais utilisé d’arme auparavant, a réussi à toucher huit personnes, cinq à la tête, trois à la poitrine, avec seulement huit balles – un exploit considérable même pour un tireur bien entraîné. (…) Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, est un témoin-expert dans ce procès. Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procurés une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats.  Helga Zepp-LaRouche
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse.( …) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (« Minimanuel de guerilla urbaine », 1969)
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
The reality of the job (…) is far less glamorous. (…) As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up. (…) And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games. The Economist
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation « Ungdomshuset » se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch
Why manufacture guns that go off when you drop them?. Kids play with guns. We put childproof safety caps on aspirin bottles because if kids take too many aspirin, they get sick. You could blame the parents for gun accidents but, as with aspirin, manufacturers could help. It’s very easy to make childproof guns. »The gun-control debate often makes it look like there are only two options: either take away people’s guns, or not. That’s not it at all. This is more like a harm-reduction strategy. Recognize that there are a lot of guns out there, and that reasonable gun policies can minimize the harm that comes from them. (…) It’s not as if a 19-year-old in the United States is more evil than a 19-year-old in Australia— there’s no evidence for that. But a 19-year-old in America can very easily get a pistol. That’s very hard to do in Australia. So when there’s a bar fight in Australia, somebody gets punched out or hit with a beer bottle. Here, they get shot. (…) What guns do is make crimes lethal. They also make suicide attempts lethal: about 60 percent of suicides in America involve guns. If you try to kill yourself with drugs, there’s a 2 to 3 percent chance of dying. With guns, the chance is 90 percent. (…) In Wyoming it’s hard to have big gang fights. Do you call up the other gang and drive 30 miles to meet up? (…) Handguns are the crime guns. They are the ones you can conceal, the guns you take to go rob somebody. You don’t mug people at rifle-point. (…) We have done four surveys on self-defense gun use. And one thing we know for sure is that there’s a lot more criminal gun use than self-defense gun use. And even when people say they pulled their gun in ‘self-defense,’ it usually turns out that there was just an escalating argument —at some point, people feel afraid and draw guns. (…) How often might you appropriately use a gun in self-defense?.  Answer: zero to once in a lifetime. How about inappropriately —because you were tired, afraid, or drunk in a confrontational situation? There are lots and lots of chances. When your anger takes over, it’s nice not to have guns lying around. (…)  « A determined criminal will always get a gun » (…) Yes, but a lot of people aren’t that determined. I’m sure there are some determined yacht buyers out there, but when you raise the price high enough, a lot of them stop buying yachts. (…)  « You can go to a gun show, flea market, the Internet, or classified ads and buy a gun— no questions asked. (…) For decades, there were no plaintiff victories beyond the appellate level » in the tobacco litigation. Reasonable suits might allege things that the manufacturers could do to make guns safer. (…) People say, ‘Teach kids not to pull the trigger,’ but kids will do it. (…)  You could make it hard to remove a serial number. You won’t eliminate the problem, but you can decrease it. (…) You can arrest speeders, but you can also put speed bumps or chicanes [curved, alternating-side curb extensions] into residential areas where children play….Just as…you can revoke the license of bad doctors, but also build [a medical] environment in which it’s harder to make an error, and the mistakes made are not serious or fatal. (…) We know what works. We know that speed kills, so if you raise speed limits, expect to see more highway deaths. Motorcycle helmets work; seat belts work. Car inspections and driver education have no effect. Right-on-red laws mean more pedestrians hit by cars. (…) The goal at home and abroad is to make sure the guns we have are safe, and that people use them properly. We’d like to create a world where it’s hard to make mistakes with guns— and when you do make a mistake, it’s not a terrible thing.  David Hemenway (Harvard)
On est des Arabes et des Noirs, faut qu’on se soutienne. (…) Les juifs sont les rois car ils bouffent l’argent de l’Etat et, moi, comme je suis noir, je suis considéré comme un esclave par l’Etat. Yousouf Fofana (février 2006)
On est en guerre contre ce pays (…) Ce pays, on le quittera quand il nous rendra ce qu’on nous doit. Tribu Ka (novembre 2006)
Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés. Quentin Tarantino
When I see murders, I do not stand by. … I have to call a murder a murder, and I have to call the murderers the murderers. Tarantino
Monsieur Tarantino gagne bien sa vie grâce à ses films, diffusant de la violence dans la société, et montrant du respect pour des criminels. Et maintenant, on se rend compte qu’il déteste les flics. La rhétorique haineuse déshumanise la police et encourage les attaques à notre encontre.  Philadelphia Fraternal Order of Police Lodge 5
Le réalisateur Quentin Tarantino a pris part d’une façon irresponsable et totalement inacceptable à ce qui s’est passé le week-end dernier à New York en assimilant les policiers à des meutriers. Los Angeles Police Protective League
Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers. Les officiers de police que Quentin Tarantino appelle des “meurtriers” ne vivent pas dans l’une de ses fictions dépravées conçues pour le grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie, afin de protéger les communautés des vrais crimes. Patrick Lynch (syndicaliste policier de New York)
Les syndicats de policiers de New York et de Los Angeles s’insurgent contre les propos tenus par le réalisateur hollywoodien lors d’une récente manifestation contre les violences policières. “Le plus grand syndicat de police de Los Angeles soutient l’appel au boycott des films de Quentin Tarantino lancé par le NYPD [le département de police de New York]”, rapporte le Los Angeles Times. Lors d’une manifestation contre les violences policières organisée samedi 24 octobre dans la Grosse Pomme, le réalisateur a en effet déclaré : “Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés.” Cette phrase, prononcée quelques jours seulement “après la mort d’un officier de police du NYPD lors d’une course-poursuite d’un suspect dans le quartier de East Harlem” a mis le feu aux poudres, souligne le quotidien de Los Angeles. Courrier international
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que[ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Every time a Quentin Tarantino film comes out, his critics attack him with a vehemence as vivid as his on-screen carnage. Sure, he’s a cinematic virtuoso, but that only fuels their rancor. He’s so talented; now will he please grow up? We hope not. So much of today’s entertainment is either infantile or geriatric: the comedies about farts and body parts (the cult of Adam Sandler) and the pensive portraits of sensitive misfits (the curse of Sundance). In this dank atmosphere, Tarantino’s teen-boy fixations — men with gigantic guns, beautiful gals with mean mouths — are a real tonic. At 42, he still has a movie love as convulsive as a schoolboy’s crush, still has a young man’s bravado. He’ll attempt anything, from the ricocheting narratives of Pulp Fiction to the single-plot, two-part Kill Bill. And since he’s got gifts to match his guts, he can pull off these cool stunts. Who else even tries? Some of the best people, actually, all of whom have benefited from Tarantino’s trailblazing. Screenwriter Charlie Kaufman’s movies are as depressive as Tarantino’s are manic, but he shares Q.T.’s fondness for subverting structure and for dialogue as ornate as an aria. Kevin Smith (Clerks, Dogma) brandishes a Tarantinish expertise in trash culture. Robert Rodriguez, a frequent collaborator, has paid lavish homage to Pulp Fiction in his three-story Sin City, part of which Q.T. directed. The bad news with Tarantino is that each successive film takes longer (two years, three, six) to produce — and that he’s threatened to retire before he’s 60. « I’m not going to be this old guy that keeps cranking them out, » he has said. In that case, Q.T., crank ’em out faster, right now. The world needs lots more movies from this incorrigible, irreplaceable adolescent. Richard Corliss (Time)
Quentin Tarantino has been named the most-studied director in the UK. A survey of 17 academics by the recently-relaunched PureMovies.co.uk film website found that the controversial director had been referenced more than any other in the essays and dissertations marked over the last five years. (…) Head of Film Studies at Uxbridge College Dr Garth Twa said: « It’s no surprise. Tarantino is visceral, accessible, and students new to film studies have an immediate handle on visual pleasure. What is great about Tarantino is that he can serve as a gateway to appreciate everything from the French New Wave to genre studies to gender representation in film. Digital spy
Tarantino’s films have garnered both critical and commercial success. He has received many industry awards, including two Academy Awards, two Golden Globe Awards, two BAFTA Awards and the Palme d’Or, and has been nominated for an Emmy and a Grammy. He was named one of the 100 Most Influential People in the World by Time in 2005. Filmmaker and historian Peter Bogdanovich has called him « the single most influential director of his generation ». Wikipedia
I think it’s absolutely not only appropriate, but overdue, to have a dialogue » about violence on screen When I was driving along the street the other day in L.A., I saw two billboards where guns were featured prominently … with a pleasant, happy-looking young couple…. My thought was: ‘Does my industry think guns will help sell tickets? Robert Redford
Reservoir Dogs est un film de gangsters américain réalisé par Quentin Tarantino et sorti en 1992. Il décrit une bande de truands et les événements qui surviennent avant et après un braquage raté. (…) Dans la planque, Pink et White discutent ensuite du comportement de psychopathe de Blonde, qui a tué plusieurs civils. Pink s’oppose ensuite à la volonté de White d’emmener Orange à l’hôpital et les deux hommes, à bout de nerfs, finissent par se braquer mutuellement, Blonde faisant son apparition à ce moment-là. Il les informe qu’Eddie Cabot est en route pour les rejoindre, puis qu’il a réussi à capturer un policier. (…) Tandis que les trois hommes interrogent le policier, Eddie Cabot arrive et, persuadé que personne ne les a balancés, s’emporte contre les gangsters et demande à White et à Pink de le suivre jusqu’à l’endroit où ce dernier a caché les diamants, laissant Blonde avec le policier et Orange, évanoui et se vidant de son sang. (…)  Blonde met la radio et, dansant sur Stuck in the Middle with You de Stealers Wheel, se met à torturer le policier pour le plaisir : il lui coupe une oreille au rasoir, l’asperge d’essence et s’apprête à le faire brûler vif quand Orange, sorti de sa torpeur, dégaine son pistolet et vide son chargeur sur Blonde. Wikipedia
The thing that I am really proud of in the torture scene in Dogs with Mr. Blonde, Michael Madsen, is the fact that it’s truly funny up until the point that he cuts the cop’s ear off. While he’s up there doing that little dance to “Stuck in the Middle With You,” I pretty much defy anybody to watch and not enjoy it. He’s enjoyable at it, you know? He’s cool. And then when he starts cutting the ear off, that’s not played for laughs. The cop’s pain is not played like one big joke, it’s played for real. And then after that when he makes a joke, when he starts talking in the ear, that gets you laughing again. So now you’ve got his coolness and his dance, the joke of talking into the ear and the cop’s pain, they’re all tied up together. And that’s why I think that scene caused such a sensation, because you don’t know how you’re supposed to feel when you see it. Quentin Tarentino
I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. Tarantino
What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show. So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it. (…) Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. (…) The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. (…)There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. (…) There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. (…) I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. (…) The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. Quentin Tarantino
I just think you know there’s violence in the world, tragedies happen, blame the playmakers. It’s a western. Give me a break. Quentin Tarantino
Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. Quentin Tarantino
Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? Quentin Tarantino
J’avais envie que Django Unchained traite du voyage initiatique de mon personnage et que l’esclavagisme n’apparaisse qu’en toile de fond. Pour moi, l’histoire avait plus de sens, était plus puissante, si elle était présentée à travers un genre comme le western spaghetti qui permet l’aventure et une forme d’excitation absente des films historiques. Quentin Tarantino
Due to the terrible tragedy in Newtown, Connecticut, and out of honour and respect for the families of the victims whose lives were senselessly taken, we are postponing the Pittsburgh premiere of Jack Reacher. Our hearts go out to all those who lost loved ones. Reacher, which stars Tom Cruise, features a sniper attack. Spokesman for Paramount Pictures
Ainsi que le veut le genre du western, souvent comparé à la tragédie grecque, les grands sentiments sont là – l’amour et la haine –, mais le mélange est saugrenu, exorbitant, selon les principes de l’esthétique kitsch postmoderne, qui offre toutes les émotions possibles juxtaposées, comme les produits variés dans un supermarché. Car la signature de Tarantino promet une violence excessive, « gratuite », comme elle a été souvent définie, conjuguée à une ambition morale qui se pare d’amoralité (ou vice versa) : les bons sentiments politiquement corrects et les mauvais sentiments politiquement incorrects sont malaxés dans l’effervescence des images, de l’intrigue, des dialogues. Et, comme dans le style postmoderne, les passions tragiques et le sentimentalisme mélodramatique sont combinés au plaisir de la comédie et de la farce : la caricature des personnages méprisables – tel le propriétaire de Candyland (!), Calvin, homme cruel et sanguinaire, passionné de lutte Mandingo – provoque le rire plus que l’indignation, et une ironie délicieuse émane de l’adorable docteur Schultz (Christoph Waltz), chasseur de primes, anti-esclavagiste convaincu, qui fait le mal pour le bien. Quant aux mauvais sentiments, au langage obscène, à la profusion du terme « nigger », ils correspondent à ce que Tarantino adore et ce sur quoi on n’arrête pas de l’interroger : une brutalité extrême qui indique que, pour lui, le cinéma n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du monde et de ses malheurs, mais avec l’infinie réalité des images filmiques, inséparables des armes à feu, assaisonnées de conversations qui attrapent au vol des débris de discours politico-sociaux contemporains, que ce soit la misère des non-salariés, comme dans la conversation initiale de « Reservoir Dogs » (1992), ou le nazisme dans « Inglorious Basterds » (2009), ou le racisme américain dans ce dernier film. Le mixage des émotions ne fait qu’exalter l’impureté caractéristique des arts et du cinéma en particulier, où règnent l’adaptation, l’inspiration, la citation, le remake, l’hommage à une œuvre du passé, voire le pillage. Sans parler du va-et-vient le plus composite entre l’image filmique et la bande-son, cher à ces réalisateurs qui, depuis les années 1960, sont imbus de musique pop. (…) Un bric-à-brac de genres, sous-genres et contre-genres chante la gloire des œuvres populaires, dans le bruit des lames de couteau et des armes à feu, où l’on tue comme on mange des cacahuètes, dans le rythme vertigineux de l’action et des dialogues interminables, dans la filiation des « Trois Mousquetaires », œuvre qui orne la bibliothèque de Calvin Candie. On comprend la différence entre le cinéphile et le geek : le populaire absolu du western de Tarantino sorti en France en janvier 2013, contrairement aux « westerns » urbains de Scorsese dans les années 1970 ou au western mystique « Dead Man » (1995) de Jim Jarmusch, n’est pas profond. Mais, divertissement, pure surface, il surfe sur les choses et les idées, comme les accents — allemand ou du Sud — colorent les voix des acteurs, ou les effets spéciaux, les décors et les gros plans style télé de « Django Unchained » frappent les yeux et les esprits le temps d’un éclair. On peut regretter la pensée de la caméra et la cruelle intensité existentielle de « Reservoir Dogs », mais on a du plaisir et on est gagné par le bonheur des acteurs et du metteur en scène s’adonnant à fond à cette activité inépuisable chez les êtres humains : faire semblant. Patrizia Lombardo (Professeur de littérature et de cinéma)
Tarantino a définitivement fait taire les accusations à l’encontre de ses films jugés fun, cool, mais vides et inconséquents, en s’engageant dans ce qu’il nomme « une trilogie politique et historique sur l’oppression », commencée en 2009 avec « Inglourious Basterds ». L’accusation d’esthétisation de la violence, devenue un objet de spectacle gratuit, décontextualisé de toute mise en perspective morale ou politique, semble certes tomber en désuétude derrière le choix récent de sujets politiques sensibles – les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale et l’esclavage afro-américain. Mais, le tournant en apparence politique que prend le cinéma de Tarantino cache une violence tout autant injustifiée qui mérite d’être réinterrogée. (…) Depuis « Kill Bill », on peut résumer l’ensemble des films de Tarantino à des récits de vengeance, thème de prédilection du cinéaste. Chacun des films use d’un processus de justification souvent simpliste et conservateur (..) Que la vengeance relève de motivations personnelles ou plus universelles, elle semble ainsi perdre de son caractère gratuit, sous couvert d’un argumentaire en surface politisant bien rodé. Le premier volet de la « trilogie de l’oppression », « Inglourious Basterds », vient à première vue satisfaire un fantasme de revanche contre les plus grands méchants désignés par l’histoire de l’humanité. La violence contre les nazis serait ici une juste rétribution. Eli Roth, réalisateur ultra-violent de la série « Hostel », décrit ainsi le film comme du « porno kasher » : « ça relève presque d’une satisfaction sexuelle profonde de vouloir tuer des nazis, d’un orgasme presque. Mon personnage tue des nazis. Je peux regarder ça en boucle ». Lawrence Bender, le producteur, déclare à Tarantino : « en tant que membre de la communauté juive, je te remercie, parce que ce film est un putain de rêve pour les juifs ». Pour défendre la violence de son film, le cinéaste explique lui-même avoir voulu rompre avec les traditions politiquement correctes (…) Ce choix esthétique met le sujet historique au second plan et vient prouver implicitement qu’il n’a aucune perspective morale – ceci expliquant les nombreuses accusations de révisionnisme à l’encontre du film. Lorsqu’un journaliste lui fait d’ailleurs remarquer que la violence excessive contre les nazis puisse offenser certains spectateurs, Tarantino lui répond avec une désinvolture déconcertante : « Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? ». « Django Unchained » est donc une réponse évidente à « Inglourious Basterds ». À nouveau, le sujet politique de fond, l’esclavage américain, semble évincé, bien qu’étant présenté comme l’argument promotionnel premier des discours de Tarantino qui répète sans hésiter qu’il a la capacité et la légitimité de faire un film sur ce sujet. (…)  Tarantino pense pourtant réaliser le film sur l’esclavage « que l’Amérique n’a jamais voulu faire parce qu’elle en a honte ». Dans le fond, l’idéologie et la réflexion politique intéresse peu Tarantino. L’esclavage est une nouvelle configuration de ses récits de vengeance, une nouvelle exploration d’un genre cinématographique, ici le western spaghetti.  À nouveau l’argument du fun, de l’excitation, vient secondariser le sujet politique. Tarantino préfère dédramatiser son propos au risque de le décontextualiser. La vengeance de Django ne semble d’ailleurs pas animée de motivations politiques. Il fait preuve de cruauté aussi bien en massacrant les oppresseurs blancs, qu’en humiliant d’autres esclaves noirs. Le film se termine sur la mort sadique par Django du traitre noir, devenu une caricature de l’oncle Tom, ami des blancs. Devenu à son tour l’opprimé oppresseur, Django s’enfuit victorieux du massacre final, paradoxalement en endossant fièrement le costume de M. Candie, le négrier monstrueux qu’il a sévèrement corrigé. L’usage de la violence était déjà tout autant problématique à la fin d’ »Inglourious Basterds ». Durant l’Opération Kino, les nazis nous sont d’abord présentés comme un public extatique devant la violence des images de leur film de propagande. Mais dans un effet de renversement, c’est ensuite les Basterds et Shoshanna qui nous sont présentés dans le même rôle du public jouissant de la violence du spectacle. Les « Basterds » transforment d’ailleurs rapidement leur croisade, non en leçon morale d’humanité, mais plutôt en spectacle trivial, se moquant sans impunité des soldats allemands. En décontextualisant idéologiquement les sujets politiques de fond, Tarantino facilite en un sens la consommation de son cinéma, au profit d’un plaisir plus immédiat avec ses spectateurs, dénué de toute moralisation. Mais il propose dans le même temps une vision réductrice, fétichisée, simplifiant souvent l’Histoire à l’histoire du cinéma. Cela peut paraître cool de citer des discours transgressifs sur la violence mais, sur le mode de la fétichisation, Tarantino occulte tout l’arrière-plan historique. Célia Sauvage
One reason slave owners wouldn’t have pitted their slaves against each other in such a way is strictly economic. Slavery was built upon money, and the fortune to be made for owners was in buying, selling, and working them, not in sending them out to fight at the risk of death. David Blight (Yale)
Slaves were sometimes sent to fight for their owners; it just wasn’t to the death. Tom Molineaux was a Virginia slave who won his freedom—and, for his owner, $100,000—after winning a match against another slave. He went on to become the first black American to compete for the heavyweight championship when he fought the white champion Tom Cribb in England in 1810. (He lost.) According to Frederick Douglass, wrestling and boxing for sport, like festivals around holidays, were “among the most effective means in the hands of the slaveholder in keeping down the spirit of insurrection.” Aisha Harris
My area of expertise is slavery, Civil War, and reconstruction and I have never encountered something like that. It was rumored to have occurred. I don’t know that it was called Mandingo Fighting, however, but there were all sorts of things going on in the South pitting people against one another. To the death, I’ve never encountered anything like that, no. That doesn’t mean that it didn’t happen in some backwater area, but I’ve never seen any evidence of it. (…) It’s a stretch because enslaved people are property, and people don’t want to lose their property unless they’re being reimbursed for it. It would seem odd to me that someone would allow his enslaved laborer to fight to the death because someone like that would cost them a lot of money. But then it’s a gambling enterprise so maybe someone would be willing to do that. I’ve looked at slave narratives and I’ve never seen something like that in slave narratives. Edna Greene Medford (Howard University)
It’s the “new sadism” in cinema – the wave of films in which violence is graphic, bloody but always underpinned by irony or gallows humour. There is something disconcerting about sitting in a crowded cinema as an audience guffaws at the latest garroting or falls about in hysterics as someone is beheaded or has a limb lopped off. Many recent movies squeeze the comedy out of what would normally seem like horrific acts of bloodletting. (…)  In Quentin Tarantino’s films, the violence, torture and bloodletting sit side by side with wisecracking dialogue and moments of slapstick. His latest, Django Unchained, features whippings, brutal wrestling matches and one scene in which dogs rip a slave to pieces. We know, though, that Tarantino’s tongue is in his cheek. Scenes that would be very hard to stomach in a conventional drama are lapped up by spectators who know all about the director’s love of genre and delight in pastiching old spaghetti Westerns. A certain sadism has always defined crime movies. (…) Nor is there anything new in making very dry comedy out of violence and death. (…) What has changed now is that genre lines have become very blurred. (…) Ideas that might have previously been confined to exploitation pics have spilled into the mainstream. In the era of computer games like Call of Duty and Assassin’s Creed, death isn’t taken very seriously. Film-makers with no direct experience of war beyond what they’ve seen in other movies regard staging killings as just another part of cinematic rhetoric. At the same time, state-of-the art make-up and digital effects enable violence to be shown in far greater and bloodier detail than ever before. Tarantino turns to heavy political and historical topics (the Holocaust in Inglourious Basterds, slavery in Django Unchained) but tips us the wink as he does so. One problem he and others face is the literal quality of film. When a slave is being flayed or a police officer is having his ear cut off, it isn’t always possible to put inverted commas round the scene and let the audience know that this horrific moment is stylised and shouldn’t be taken too seriously. (…) Acts of killing define the new sadism in cinema. The challenge now for film-makers is jolting audiences who’ve already seen death portrayed so many times on screen before. When they get it right, they can create scenes of extraordinary power and beauty – and they can use humour to distance themselves from the charge that they are being exploitative. Even so, the film-makers themselves sometimes appear just a little bashful about the enormous body counts in their work. The US premiere of Django Unchained was postponed after the Connecticut school massacre in mid December. The real-life incident in which a lone gunman killed 20 school children made it seem perverse and tasteless to celebrate Tarantino’s comic-book violence. (…) Even so, what’s often startling about the new sadism in cinema is the disregard for the victims, who are treated as walk-on props, there to be dispensed with in the most humorous, bloody and imaginative way possible. In 1989, Danny Boyle produced (and conceived) Alan Clarke’s Elephant – a TV movie set at the height of the Troubles in Northern Ireland. This was an essay about killing. Eighteen random murders were shown. Viewers learnt nothing at all about the killers or the victims. The film-makers were reminding us how desensitised we had become to sectarian violence in Northern Ireland. A quarter of a century on, that casual detachment about death has become a staple of mainstream cinema. Geoffrey Mcnab
The most confusing moment in Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained , comes in the final credits. The viewer sees an assurance from the American Humane Association that no animals were harmed in the film’s making. In this movie, set in the south before the US civil war, slaves get tied to trees and whipped. A naked black wrestler is ordered to bash another’s head in with a very big hammer. Dogs chew a runaway slave to pieces. This is to set the stage for an exuberant massacre of white men and women at the close. Mr Tarantino lingers over his victims as they writhe, gasp and scream in agony. One walks out of Django worried less about Mr Tarantino’s attitude towards animals than about his attitude towards people. A.O. Scott, The New York Times critic, calls it a “troubling and important movie about slavery and racism”. He is wrong. (…) The period detail sometimes seems accurate (slaveholders may have flung the word “nigger” around as often as Mr Tarantino’s characters do), and sometimes does not (there never was any such thing as “Mandingo fighting”). Of course, we must not mistake a feature film for a public television documentary – Mr Tarantino’s purpose is to entertain, not to enlighten. But this is why the film is neither important nor troubling, except as a cultural symptom. Django uses slavery the way a pornographic film might use a nurses’ convention: as a pretext for what is really meant to entertain us. What is really meant to entertain us in Django is violence. Mr Scott writes that “vengeance in the American imagination has been the virtually exclusive prerogative of white men”. Cinematically, black people should get to partake in “regenerative violence” the way white people have for so long. He adds: “Think about that when the hand-wringing starts about Django Unchained and ask yourself why the violence in this movie will suddenly seem so much more problematic, so much more regrettable, than what passes without comment in Jack Reacher or Taken 2.” But this now-the-shoe’s-on-the-other-foot argument is disingenuous. In no major US film do white people exact racial vengeance of the sort Django does. And Mr Tarantino’s love of violence is not “suddenly” problematic. It is the sole pleasure anyone could possibly take in his first film, the appalling Reservoir Dogs.Pulp Fiction and Jackie Brown, for all their situational irony and madcap humour, also have memorable scenes of horrific violence. But Mr Tarantino’s last two films have taken a strange turn. He has not just shown cruelty but tried to politicise and ennoble it. Inglourious Basterds features a gang of American Jews who travel around Germany scalping Nazis and smashing their heads with baseball bats. It ends with a torture scene (one of our heroes carves a swastika into a Nazi’s head) that we are surely meant to enjoy. Nazis and slaveholders, of course, are stock villains of political correctness. Film-makers have been killing them off for decades. What is novel about Mr Tarantino is his fussy, lawyerly setting of ground rules to broaden the circumstances in which one can kill with joy and impunity. Scalping is OK because “a Nazi ain’t got no humanity”. Django can kneecap the plantation major-domo Stephen (Samuel L. Jackson) because he has stipulated at the start of the film that there is “nothing lower than a head house-nigger”. Of course, Stephen is more the slave system’s victim than its representative. He is a slave. The indignities visited on various slaves (“After this we’ll see if you break eggs again!” hollers one brute as he gets ready to whip a young woman) serve to make us comfortable with the final racial retribution, even though Django’s vengeance claims white people (hillbillies and jailers) who have no more control over the system than Stephen. (…) Where Mr Tarantino sees a solidarity with the victims of the past, others might see a contemporary white American eager to believe that, given the opportunity, other peoples of yesteryear would have behaved as shabbily as his own people did.  Christopher Caldwell
The American film industry is the second great pillar of the gun culture. And it’s not just Clint Eastwood’s Smith & Wesson from Dirty Harry, which, as everyone who lived through the 1970s knows, was then “the most powerful handgun in the world,” able to “blow your head clean off.” Hollywood’s cameras adore weapons of any kind, and pay them loving heed in movies of every political persuasion. Think of the close-up on Rambo’s machine gun as it spasms its way through an ammo belt in the 1985 installment of the series, or the shell casings tinkling delicately on the floor as cops die by the dozens in The Matrix (1999), or the heroic slo-mo of Sean Penn’s tommy gun in Gangster Squad (2013), or the really special Soviet submachine gun that everyone lusts after in Jack Abramoff’s 1989 action movie Red Scorpion. It’s the mother of all product placements, and as far as we know it doesn’t cost the arms makers a dime. Even more delectable is the effect that guns have on human flesh, a phenomenon so titillating for moviemakers that it often surpasses the pleasures of plot and dialogue. Discussing the many, many graphic shootings in his recent Django Unchained, for example, director Quentin Tarantino identifies screen violence as the reason most viewers go to his movies in the first place. “That’s fun, and that’s cool, and that’s really enjoyable,” he told NPR. “And kind of what you’re waiting for. » (…)  In Tarantino’s pseudohistorical revenge fantasies, humans are oversize water balloons just waiting to be popped, so that they can spurt their exciting red contents over walls and bystanders. The role of the star is relatively simple: he or she must make those human piñatas give up their payload. Yes, there are plots along the way, clever ones wherein Tarantino burnishes his controversial image by daring to take on such sacred cows as Nazis and slave owners. But the nonstars in his movies mainly exist to beg for their lives and then be orgasmically deprived of them, spouting blood like so many harpooned porpoises. Okay, I got carried away there. Let me catch my breath and admit it: Tarantino would never show someone harpooning a porpoise. After all, a line in the credits for Django Unchained declares that “no horses were harmed in the making of this movie.” But harpooning a human? After having first blasted off the human’s balls and played a sunny pop song from the Seventies while the human begged for mercy in the background? No problem. The movies I describe here are essentially advertisements for mass murder. You can also read them in dozens of other ways, I know. You can talk about Tarantino’s clever and encyclopedically allusive command of genre, or about how the latest Batman movie advances the “franchise,” or about the inky shady shadowiness of, well, nearly everything the industry cranks out nowadays. And to give them their due, most of the movies I’ve mentioned take pains to clarify that what they depict are good-guy-on-bad-guy murders — which makes homicide okay, maybe even wholesome. In decades past, let’s recall, there was a fashion for viewing the gangster film as a delicate metaphor, interesting mainly for the dark existentialism it spotlighted in our souls. But today, as I absorb the blunt aesthetic blows of one ultraviolent film after another, all I can make of it is that Hollywood, for reasons of its own, is hopelessly enamored of homicide. The plot is barely there anymore. Good guys and bad guys are hopelessly jumbled, their motives as vague as those of the Sandy Hook shooter, Adam Lanza. A movie like The Dark Knight Rises (2012) is nearly impossible to make sense of; only its many murders hold it together. All the rest shrinks, but the act of homicide expands, ramifies, multiplies madly. And what can we read in this act itself? Well, most obviously, that ordinary humans are weak and worth little, that they achieve beauty only when they are brought to efflorescence by the discharge of a star’s sidearm. Also: killers are glamorous creatures. And lastly: society and law are futile exercises. Whether we’re dealing with vigilantes, hit men, or a World War II torture squad, nobody can shield us from the power of an armed man. (Except, of course, another armed man, as Wayne LaPierre and Hollywood never tire of informing us.) For the industry itself, meanwhile, so many things come together in the act of murder — audience pleasure, actor coolness, the appearance of art — that everything else is essentially secondary. Hence the basic principles of Hollywood’s antisocial faith. A man isn’t really a man if he can’t use a shotgun to change the seat of another man’s soul into so much garbage. Or if he doesn’t know how to fire a pistol sideways, signifying that thuggish disregard for who or what gets caught in the spray of bullets. [*] Yet few of them complained about Tarantino’s 2009 slice of war porn, Inglourious Basterds, since the people being tortured so graphically and so hilariously by a U.S. Army hit squad were Nazis. At times, my erudite liberal colleagues have no problem understanding this. They’re quick to characterize Zero Dark Thirty (2012) as an advertisement for torture and other Bush-era outrages.[*] It’s sadism!, they cry. But the larger sadism that is obviously the film industry’s truest muse . . . that they don’t want to discuss. Bring that up and the conversation is immediately suspended in favor of legal arguments about censorship, free speech, and the definition of “incitement.” Movies can’t be said to have caused mass murders, they correctly point out. Not even Natural Born Killers (1994) — a movie that insists on the complicity of the media in romanticizing murderers, that itself proceeds to romanticize murderers, and that has been duly shadowed by a long string of alleged copycat murders, including the Columbine massacre. No, these are works of art. And art is, you know, all edgy and defiant and shit. Not surprisingly, Quentin Tarantino has lately become the focus for this sort of criticism. The fact that Django Unchained arrived in theaters right around the time of the Sandy Hook massacre didn’t help. Yet he has refused to give an inch in discussing the link between movie violence and real life. “Obviously I don’t think one has to do with the other,” he told an NPR interviewer. “Movies are about make-believe. It’s about imagination. Part of the thing is we’re trying to create a realistic experience, but we are faking it.” Is it possible that anyone in our cynical world credits a self-serving sophistry like this? Of course an industry under fire will claim that its hands are clean, just as the NRA has done — and of course a favorite son, be it Tarantino or LaPierre, can be counted on to make the claim louder than anyone else. But do they really believe that imaginative expression is without consequence? One might as well claim that advertising itself has no effect — because the spokesmen aren’t really enjoying that Sprite, you know, only pretending to. Or that TV speeches don’t matter, since the politician’s words are strung together for dramatic effect, and are not themselves a show of official force. To insist on a full, pristine separation of the dramatic imagination from the way humans actually behave is to fly in the face of nearly everything we know about cultural history. For centuries, people misinterpreted the reign of Richard III because of a play by Shakespeare. The revival of the Ku Klux Klan in the 1920s was advanced by D. W. Griffith’s Birth of a Nation. In our own era, millions of Americans believe in the righteous innocence of businessmen because of a novel by Ayn Rand. And here is why I personally will never believe it when the film industry claims its products have no effect on human behavior. Like every American, I carry around in my head a collection of sights and sounds that I will never be able to erase, no matter what I think about Hollywood. To this day, those bits of dialogue and those filmed images affect the way I do everything from answering the phone to pruning my roses. I can’t get on my Honda scooter without recalling Steve McQueen in The Great Escape, or look out an airplane window without remembering The Best Years of Our Lives. When I shot at paper targets in the Boy Scouts, I thought of Sergeant York, and should I ever become an L.A. cop I will probably mimic the mannerisms of Ryan Gosling in Gangster Squad. I doubt very much that we will see effective gun control enacted this time around. (…) The political arm of the gun culture, headquartered at the big NRA building in northern Virginia, is still powerful enough to block any meaningful change. However, the other pillar of the gun culture — the propaganda bureau relaxing in the Los Angeles sun — is much more vulnerable. Its continued well-being depends to a real degree on the approbation and collaboration of critics. Which is to say that my colleagues in journalism are, in part, responsible for this monster. We have fostered it with puff pieces and softball interviews and a thousand “press junkets” — the free vacations for journalists that secure avalanches of praise for a movie before anyone has seen it. This refusal on the part of critics to criticize is what has allowed Quentin Tarantino to be crowned a cinematic genius of our time.  It is time for the boot-licking to end. Mick LaSalle, film critic for the San Francisco Chronicle, recently recalled how he self-censored a review of The Dark Knight Rises, declining to say in print that he found it to be “a wallow in nonstop cruelty and destruction.” But in the wake of the Connecticut school massacre, LaSalle explained, he had come around to a new understanding of critical responsibility. “If movies are cruel and nihilistic, say so,” he wrote. “Say it explicitly. Don’t run from that observation.” It’s a lesson that every one of us in journalism ought to be taking to heart these days. It is our job to say it explicitly — to tell the world what god-awful heaps of cliché and fake profundity and commercialized sadism this industry produces. The fake blood spilled by Hollywood cries out for it. Thomas Frank

Attention: une NRA peut en cacher une autre !

Fascination malsaine pour la violence, stylisation et magnification de l’extrême violence, désamorçage de toute réflexion par l’ironie et la parodie, décontextualisation totale de sujets politiques ou historiques aussi problématiques que la Shoah ou l’esclavage aux Etats-Unis, extrême amoralité, recherche du plaisir immédiat pour le spectateur, virtuosité gratuite et tapageuse, systématisation de la citation jusqu’au pillage, mélange vertigineux de genres et de sous-genres, hypersurficialité, réduction de l’Histoire à  l’histoire du cinéma, multipliation des invraisemblances (quel intérêt pour un propriétaire d’esclaves – comme d’ailleurs dans « 12 years a slave » – de maltraiter une force de travail extrêmement coûteuse ?) et des anachronismes (pas de Ku Klu Klan avant la Guerre de succession) …

En ces temps décidément étranges où l’on célèbre, sur fond de culture de l’excuse généralisée et stèles et noms de rues compris, les explosions communauaires de violence ….

Et à l’heure où, non contents de prôner le contrôle des armes et de dénoncer les brutalités policières aux Etats-Unis …

Un Hollywood qui, avec Spike Lee et Quentin Tarentino nous avait déjà valu des scènes d’une rare cruauté notamment contre les policiers, sort deux nouvelles odes à la violence

Se permet à présent d’accuser les policiers de meurtres et de prendre le parti de ceux qui les tuent …

Comment ne pas voir avec les quelques critiques qui osent braver la permissivité ambiante …

Non seulement l’incroyable mauvaise foi d’une industrie qui inspire tant les criminels que les policiers eux-mêmes …

Mais l’inquiétante escalade de violence que peuvent générer, dans la profession elle-même et au-delà dans la société en général, des réalisateurs aussi brillants et influents qu’un Quentin Tarantino

Dans un flot continu de jeux vidéos toujours plus réalistes, de véritable snuff videos djihadistes et de médias toujours plus demandeurs

Mais aussi, au niveau national comme international et sans compter une circulation des armes exponentielle, de revendications identitaires toujours plus exacerbées ?

Et surtout comment ne pas presque physiquement ressentir, quand pour ses deux derniers films, ils choisit de traiter des questions historiques aussi majeures que l’esclavage aux Etats-Unis ou le nazisme …

Le plus grand mépris dont il fait montre tant pour la réalité historique que pour la vie humaine ?

Blood Sport
Thomas Frank
Harper’s

March 2013

For a time in December, it looked as though the nation was finally ready to take on the gun culture. Perhaps you recall the moment: twenty grade-schoolers, along with their teachers and their principal, had been added to the roster of 30,000 people killed by guns in America each year. The details of the massacre were at once terrible and familiar — indeed, you could have guessed them as soon as you heard the first sketchy news bulletins. A murderer lost in some sanguinary fantasy. High-capacity magazines. In the starring role, one of our society’s prized slaughtering machines: an AR-15 assault rifle. And for the families of the six- and seven-year-olds whose bodies were blown apart, there would be teddy bears, support groups, wooden messages from the secretary of education.

On December 21, a week after the shooting, began the second obligatory chapter in this oft-told tale. Wayne LaPierre, the lavishly compensated face of the National Rifle Association, stepped up to a podium at the Willard Hotel in Washington and twisted his features into an expression meant to indicate sorrow. What came gurgling from LaPierre’s throat, though, was righteous accusation mixed with a heavy dollop of class resentment. It was the assembled men and women of the press who were somehow to blame, droned this million-dollar-a-year man who had apparently not bothered to read his script in advance. Gun owners were victims, you see, who had been demonized by the media and the “political class here in Washington.” Oh, pity the man with a MAC-10!

Next came the other parts of the traditional catechism. America’s leaders were soft on crime, unwilling “to prosecute dangerous criminals.” They gave too much money away in foreign aid. They miscategorized certain weapons as Thing A when they were obviously Thing B. Each of these grievances you could have heard, almost word for word, back in the 1970s. They are specimens of a chronic paranoia that never dissipates, no matter how many millions we imprison or how respectfully journalists learn to speak of the M16 and the sexy SIG Sauer.

But this time around, these bullet points were missing something. Matters had gone too far, and the NRA was desperate to escape the blame. But how? Well, if you are a prominent conservative lobbyist and one day there’s a catastrophe that stems pretty directly from your cherished policy initiatives, what do you do? You insist that the world hasn’t gone far enough in implementing your demands. So the solution to the massacre culture must obviously be more guns in more places than ever before: universities, churches, strip clubs, hospitals, tanning salons, bowling alleys.

And should something go wrong in this weapon-saturated world — for example, should someone use one of those weapons in precisely the way it was designed to be used — we may seek answers only within the narrow parameters of the ideologically permissible. Which is to say: We must meet every fresh mass murder with the conclusion that the United States, already home to some 300 million firearms, isn’t weapon-saturated enough. The task before us is to arm not only the guards in our elementary schools but also the teachers, the custodians, the cafeteria workers, the hall monitors. And on and on until the arms race is the preeminent logic of civilian life. Only then will the streets of Dodge City be safe.

I worry that I have not made sufficiently clear where I stand on this issue. For the record: gun control works. It seems obvious to me that, when considering the towering difference in murder statistics between the United States and other industrialized lands, the most relevant factor is the ready availability of certain kinds of firearms. I believe that the ideology of libertarianism, with its twin gods Market and Magnum, is not just bankrupting us; it is killing us. And I believe that Wayne LaPierre bears a certain moral responsibility for the massacre culture, regardless of his intentions or his exalted stature in Washington.

The reason I want to be clear about this is that I also think Wayne LaPierre got something right. In his Willard Hotel address, he tried to get the assembled media types to acknowledge their own culpability for our pandemic violence. “Media conglomerates,” he intoned, “compete with one another to shock, violate, and offend every standard of civilized society by bringing an ever more toxic mix of reckless behavior and criminal cruelty into our homes — every minute of every day of every month of every year.”

Coming from the NRA, of course, this was pretty base hypocrisy. It doesn’t take much skill with a remote to confirm that some of the most sadistic entertainment ever filmed follows the line of none other than the National Rifle Association. Over and over, we are shown spineless liberals with a soft spot for the murderers and rapists in our midst, who leave society’s dirty work to the big man with the big gun. Indeed, Wayne LaPierre basically gave the genre a shout-out when he reasoned, all too cinematically, that “the only thing that stops a bad guy with a gun is a good guy with a gun.”

But as a description of the world we live in, what LaPierre said was . . . well, correct. Media companies obviously do compete to project violence into our homes. And why is that? Because the American film industry is the second great pillar of the gun culture.

And it’s not just Clint Eastwood’s Smith & Wesson from Dirty Harry, which, as everyone who lived through the 1970s knows, was then “the most powerful handgun in the world,” able to “blow your head clean off.” Hollywood’s cameras adore weapons of any kind, and pay them loving heed in movies of every political persuasion. Think of the close-up on Rambo’s machine gun as it spasms its way through an ammo belt in the 1985 installment of the series, or the shell casings tinkling delicately on the floor as cops die by the dozens in The Matrix (1999), or the heroic slo-mo of Sean Penn’s tommy gun in Gangster Squad (2013), or the really special Soviet submachine gun that everyone lusts after in Jack Abramoff’s 1989 action movie Red Scorpion. It’s the mother of all product placements, and as far as we know it doesn’t cost the arms makers a dime.

Even more delectable is the effect that guns have on human flesh, a phenomenon so titillating for moviemakers that it often surpasses the pleasures of plot and dialogue. Discussing the many, many graphic shootings in his recent Django Unchained, for example, director Quentin Tarantino identifies screen violence as the reason most viewers go to his movies in the first place. “That’s fun, and that’s cool, and that’s really enjoyable,” he told NPR. “And kind of what you’re waiting for.”

In Tarantino’s pseudohistorical revenge fantasies, humans are oversize water balloons just waiting to be popped, so that they can spurt their exciting red contents over walls and bystanders. The role of the star is relatively simple: he or she must make those human piñatas give up their payload. Yes, there are plots along the way, clever ones wherein Tarantino burnishes his controversial image by daring to take on such sacred cows as Nazis and slave owners. But the nonstars in his movies mainly exist to beg for their lives and then be orgasmically deprived of them, spouting blood like so many harpooned porpoises.

Okay, I got carried away there. Let me catch my breath and admit it: Tarantino would never show someone harpooning a porpoise. After all, a line in the credits for Django Unchained declares that “no horses were harmed in the making of this movie.” But harpooning a human? After having first blasted off the human’s balls and played a sunny pop song from the Seventies while the human begged for mercy in the background? No problem.

The movies I describe here are essentially advertisements for mass murder. You can also read them in dozens of other ways, I know. You can talk about Tarantino’s clever and encyclopedically allusive command of genre, or about how the latest Batman movie advances the “franchise,” or about the inky shady shadowiness of, well, nearly everything the industry cranks out nowadays. And to give them their due, most of the movies I’ve mentioned take pains to clarify that what they depict are good-guy-on-bad-guy murders — which makes homicide okay, maybe even wholesome.

In decades past, let’s recall, there was a fashion for viewing the gangster film as a delicate metaphor, interesting mainly for the dark existentialism it spotlighted in our souls. But today, as I absorb the blunt aesthetic blows of one ultraviolent film after another, all I can make of it is that Hollywood, for reasons of its own, is hopelessly enamored of homicide. The plot is barely there anymore. Good guys and bad guys are hopelessly jumbled, their motives as vague as those of the Sandy Hook shooter, Adam Lanza. A movie like The Dark Knight Rises (2012) is nearly impossible to make sense of; only its many murders hold it together. All the rest shrinks, but the act of homicide expands, ramifies, multiplies madly.

And what can we read in this act itself? Well, most obviously, that ordinary humans are weak and worth little, that they achieve beauty only when they are brought to efflorescence by the discharge of a star’s sidearm. Also: killers are glamorous creatures. And lastly: society and law are futile exercises. Whether we’re dealing with vigilantes, hit men, or a World War II torture squad, nobody can shield us from the power of an armed man. (Except, of course, another armed man, as Wayne LaPierre and Hollywood never tire of informing us.)

For the industry itself, meanwhile, so many things come together in the act of murder — audience pleasure, actor coolness, the appearance of art — that everything else is essentially secondary. Hence the basic principles of Hollywood’s antisocial faith. A man isn’t really a man if he can’t use a shotgun to change the seat of another man’s soul into so much garbage. Or if he doesn’t know how to fire a pistol sideways, signifying that thuggish disregard for who or what gets caught in the spray of bullets.

At times, my erudite liberal colleagues have no problem understanding this. They’re quick to characterize Zero Dark Thirty (2012) as an advertisement for torture and other Bush-era outrages.[*] It’s sadism!, they cry. But the larger sadism that is obviously the film industry’s truest muse . . . that they don’t want to discuss. Bring that up and the conversation is immediately suspended in favor of legal arguments about censorship, free speech, and the definition of “incitement.” Movies can’t be said to have caused mass murders, they correctly point out. Not even Natural Born Killers (1994) — a movie that insists on the complicity of the media in romanticizing murderers, that itself proceeds to romanticize murderers, and that has been duly shadowed by a long string of alleged copycat murders, including the Columbine massacre. No, these are works of art. And art is, you know, all edgy and defiant and shit.

Not surprisingly, Quentin Tarantino has lately become the focus for this sort of criticism. The fact that Django Unchained arrived in theaters right around the time of the Sandy Hook massacre didn’t help. Yet he has refused to give an inch in discussing the link between movie violence and real life. “Obviously I don’t think one has to do with the other,” he told an NPR interviewer. “Movies are about make-believe. It’s about imagination. Part of the thing is we’re trying to create a realistic experience, but we are faking it.”

Is it possible that anyone in our cynical world credits a self-serving sophistry like this? Of course an industry under fire will claim that its hands are clean, just as the NRA has done — and of course a favorite son, be it Tarantino or LaPierre, can be counted on to make the claim louder than anyone else. But do they really believe that imaginative expression is without consequence? One might as well claim that advertising itself has no effect — because the spokesmen aren’t really enjoying that Sprite, you know, only pretending to. Or that TV speeches don’t matter, since the politician’s words are strung together for dramatic effect, and are not themselves a show of official force.

To insist on a full, pristine separation of the dramatic imagination from the way humans actually behave is to fly in the face of nearly everything we know about cultural history. For centuries, people misinterpreted the reign of Richard III because of a play by Shakespeare. The revival of the Ku Klux Klan in the 1920s was advanced by D. W. Griffith’s Birth of a Nation. In our own era, millions of Americans believe in the righteous innocence of businessmen because of a novel by Ayn Rand.

And here is why I personally will never believe it when the film industry claims its products have no effect on human behavior. Like every American, I carry around in my head a collection of sights and sounds that I will never be able to erase, no matter what I think about Hollywood. To this day, those bits of dialogue and those filmed images affect the way I do everything from answering the phone to pruning my roses. I can’t get on my Honda scooter without recalling Steve McQueen in The Great Escape, or look out an airplane window without remembering The Best Years of Our Lives. When I shot at paper targets in the Boy Scouts, I thought of Sergeant York, and should I ever become an L.A. cop I will probably mimic the mannerisms of Ryan Gosling in Gangster Squad.

I doubt very much that we will see effective gun control enacted this time around. Oh, the rules have already been tightened in New York, and the president will gamely joust with the House of Representatives over renewing the ban on assault weapons. But it won’t go much further. The political arm of the gun culture, headquartered at the big NRA building in northern Virginia, is still powerful enough to block any meaningful change.

However, the other pillar of the gun culture — the propaganda bureau relaxing in the Los Angeles sun — is much more vulnerable. Its continued well-being depends to a real degree on the approbation and collaboration of critics.

Which is to say that my colleagues in journalism are, in part, responsible for this monster. We have fostered it with puff pieces and softball interviews and a thousand “press junkets” — the free vacations for journalists that secure avalanches of praise for a movie before anyone has seen it. This refusal on the part of critics to criticize is what has allowed Quentin Tarantino to be crowned a cinematic genius of our time. (When a journalist refuses to grovel, however, Tarantino gets awfully peevish. “This is a commercial for the movie, make no mistake,” he recently told an interviewer bold enough to ask him an uncomfortable question.)

It is time for the boot-licking to end. Mick LaSalle, film critic for the San Francisco Chronicle, recently recalled how he self-censored a review of The Dark Knight Rises, declining to say in print that he found it to be “a wallow in nonstop cruelty and destruction.” But in the wake of the Connecticut school massacre, LaSalle explained, he had come around to a new understanding of critical responsibility. “If movies are cruel and nihilistic, say so,” he wrote. “Say it explicitly. Don’t run from that observation.”

It’s a lesson that every one of us in journalism ought to be taking to heart these days. It is our job to say it explicitly — to tell the world what god-awful heaps of cliché and fake profundity and commercialized sadism this industry produces. The fake blood spilled by Hollywood cries out for it.

[*] Yet few of them complained about Tarantino’s 2009 slice of war porn, Inglourious Basterds, since the people being tortured so graphically and so hilariously by a U.S. Army hit squad were Nazis.

 Voir aussi:

Django Unchained and the ‘new sadism’ in cinema
Quentin Tarantino’s new film is the latest where killing is seen as comical. Geoffrey Macnab wonders why people fall about laughing at disembowelment and garroting on screen?
Geoffrey Macnab
The Independent
12 January 2013

It’s the “new sadism” in cinema – the wave of films in which violence is graphic, bloody but always underpinned by irony or gallows humour. There is something disconcerting about sitting in a crowded cinema as an audience guffaws at the latest garroting or falls about in hysterics as someone is beheaded or has a limb lopped off.

Many recent movies squeeze the comedy out of what would normally seem like horrific acts of bloodletting. Martin McDonagh’s Seven Psychopaths has barely started when we see two assassins who are planning a killing being blithely murdered by a passer-by themselves. The film features throats being cut and many characters being shot to pieces but is played for laughs.

However, the violence isn’t immediately signalled as comic. Seven Psychopaths isn’t like Monty Python and the Holy Grail (1975), with its self-consciously farcical scenes of the Black Knight refusing to concede in battle in spite of having had all his limbs cut off.

Ben Wheatley’s recent Grand Guignol camper-van comedy Sightseers shows two British tourists wreaking murderous havoc across the British countryside. When a rambler complains about their dog fouling a field, they bludgeon him to death. “He’s not a person, Tina, he’s a Daily Mail reader,” Chris (Steve Oram) reassures his girlfriend when she expresses some slight misgivings about killing innocent people. Tina (Alice Lowe) has form of her own, throwing a bride-to-be off a cliff after a hen night in which the woman flirts with Steve.

In Quentin Tarantino’s films, the violence, torture and bloodletting sit side by side with wisecracking dialogue and moments of slapstick. His latest, Django Unchained, features whippings, brutal wrestling matches and one scene in which dogs rip a slave to pieces. We know, though, that Tarantino’s tongue is in his cheek. Scenes that would be very hard to stomach in a conventional drama are lapped up by spectators who know all about the director’s love of genre and delight in pastiching old spaghetti Westerns.

A certain sadism has always defined crime movies. Whether it was Lee Marvin scalding Gloria Grahame with the coffee in The Big Heat (1953) or James Cagney’s Cody blithely shooting innocent train drivers in White Heat (1949), audiences watched the antics of gangsters with appalled fascination. From Edwin S Porter’s The Great Train Robbery (1903) to Sam Peckinpah’s blistering, slow-motion shoot-outs in The Wild Bunch (1969), film-makers have always looked to violence for dramatic effect.  Well-choreographed shoot-outs and fist fights will always be intensely cinematic.

Sadism and slapstick likewise go hand in hand. Whether silent comedians slapping and hitting one another, pulling one another’s ears and twisting noses or Farrelly brothers films with their  grotesque set-pieces, comedy movies have always traded in humiliation.

Nor is there anything new in making very dry comedy out of violence and death. Robert Hamer’s Kind Hearts and Coronets (1949) is a supremely elegant and witty film about a serial killer who murders off his own family members just as quickly as Chris and Tina dispose of National Trust-loving tourists in Sightseers. Frank Capra’s Arsenic and Old Lace (1944) features very charming old ladies whose pet hobby is murdering lonely old men. Howard Hawks’s His Girl Friday (1940) turns the plight of a convicted murderer facing execution into the stuff of screwball farce.

What has changed now is that genre lines have become very blurred. Young directors like Edgar Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz) and Wheatley draw on horror movie conventions even as they make very British comedies. Ideas that might have previously been confined to exploitation pics have spilled into the mainstream. In the era of computer games like Call of Duty and Assassin’s Creed, death isn’t taken very seriously. Film-makers with no direct experience of war beyond what they’ve seen in other movies regard staging killings as just another part of cinematic rhetoric. At the same time, state-of-the art make-up and digital effects enable violence to be shown in far greater and bloodier detail than ever before.

Tarantino turns to heavy political and historical topics (the Holocaust in Inglourious Basterds, slavery in Django Unchained) but tips us the wink as he does so. One problem he and others face is the literal quality of film. When a slave is being flayed or a police officer is having his ear cut off, it isn’t always possible to put inverted commas round the scene and let the audience know that this horrific moment is stylised and shouldn’t be taken too seriously.

As a counterpoint to latest films from Wheatley, Tarantino and McDonagh, it is instructive to watch Joshua Oppenheimer’s grim and startling recent documentary, The Act of Killing. Oppenheimer’s doc follows various real-life killers who murdered thousands of “communists” in Indonesia in the mid 1960s. They’ve never faced punishment for what they did and still openly brag about their part in a genocide. Oppenheimer invites them to re-create some of their grisly deeds as pastiche Hollywood movies. We see these aging hoodlums dress in drag for Vincente Minnelli-like musical scenes or coming on like bad Method actors in gangster pic spoofs or even portraying cowboys in mock spaghetti Westerns. Whatever the genre they choose, there is no escaping the bloodcurdling nature of the deeds they are celebrating.

Acts of killing define the new sadism in cinema. The challenge now for film-makers is jolting audiences who’ve already seen death portrayed so many times on screen before. When they get it right, they can create scenes of extraordinary power and beauty – and they can use humour to distance themselves from the charge that they are being exploitative.

Even so, the film-makers themselves sometimes appear just a little bashful about the enormous body counts in their work. The US premiere of Django Unchained was postponed after the Connecticut school massacre in mid December. The real-life incident in which a lone gunman killed 20 school children made it seem perverse and tasteless to celebrate Tarantino’s comic-book violence.

The Motion Picture Association of America (MPAA) introduced a “code” in 1930 (not strictly enforced until 1934) partly to clamp down on gangster films felt to glamorize violence. Ever since, the debates about guns, Hollywood and violence have gone round in wearisome circles. Every time there is a real-life atrocity as in Connecticut, films are held up as being in some way to blame, generally by commentators who haven’t actually seen them. Meanwhile, cultural critics are  always quick to point out that violence and art go back thousands of years before the birth of cinema.

Even so, what’s often startling about the new sadism in cinema is the disregard for the victims, who are treated as walk-on props, there to be dispensed with in the most humorous, bloody and imaginative way possible. In 1989, Danny Boyle produced (and conceived) Alan Clarke’s Elephant – a TV movie set at the height of the Troubles in Northern Ireland. This was an essay about killing. Eighteen random murders were shown. Viewers learnt nothing at all about the killers or the victims. The film-makers were reminding us how desensitised we had become to sectarian violence in Northern Ireland. A quarter of a century on, that casual detachment about death has become a staple of mainstream cinema.

‘Django Unchained’ is released on  18 January

Voir également:

Tarantino’s crusade to ennoble violence
Christopher Caldwell

The Financial Times

January 4, 2013

The director uses slavery the way a porn film might use a nurses’ convention

The most confusing moment in Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained , comes in the final credits. The viewer sees an assurance from the American Humane Association that no animals were harmed in the film’s making. In this movie, set in the south before the US civil war, slaves get tied to trees and whipped. A naked black wrestler is ordered to bash another’s head in with a very big hammer. Dogs chew a runaway slave to pieces. This is to set the stage for an exuberant massacre of white men and women at the close. Mr Tarantino lingers over his victims as they writhe, gasp and scream in agony. One walks out of Django worried less about Mr Tarantino’s attitude towards animals than about his attitude towards people.
A.O. Scott, The New York Times critic, calls it a “troubling and important movie about slavery and racism”. He is wrong. A German-born bounty hunter (Christoph Waltz) liberates the slave Django (Jamie Foxx), hoping he can identify a murderous gang of overseers. The two try to free Django’s wife from the plantation where she has been brought by the sybaritic Monsieur Candie (Leonardo DiCaprio). The period detail sometimes seems accurate (slaveholders may have flung the word “nigger” around as often as Mr Tarantino’s characters do), and sometimes does not (there never was any such thing as “Mandingo fighting”).

Of course, we must not mistake a feature film for a public television documentary – Mr Tarantino’s purpose is to entertain, not to enlighten. But this is why the film is neither important nor troubling, except as a cultural symptom. Django uses slavery the way a pornographic film might use a nurses’ convention: as a pretext for what is really meant to entertain us. What is really meant to entertain us in Django is violence.

Mr Scott writes that “vengeance in the American imagination has been the virtually exclusive prerogative of white men”. Cinematically, black people should get to partake in “regenerative violence” the way white people have for so long. He adds: “Think about that when the hand-wringing starts about Django Unchained and ask yourself why the violence in this movie will suddenly seem so much more problematic, so much more regrettable, than what passes without comment in Jack Reacher or Taken 2.” But this now-the-shoe’s-on-the-other-foot argument is disingenuous. In no major US film do white people exact racial vengeance of the sort Django does.

And Mr Tarantino’s love of violence is not “suddenly” problematic. It is the sole pleasure anyone could possibly take in his first film, the appalling Reservoir Dogs.Pulp Fiction and Jackie Brown, for all their situational irony and madcap humour, also have memorable scenes of horrific violence. But Mr Tarantino’s last two films have taken a strange turn. He has not just shown cruelty but tried to politicise and ennoble it. Inglourious Basterds features a gang of American Jews who travel around Germany scalping Nazis and smashing their heads with baseball bats. It ends with a torture scene (one of our heroes carves a swastika into a Nazi’s head) that we are surely meant to enjoy.

Nazis and slaveholders, of course, are stock villains of political correctness. Film-makers have been killing them off for decades. What is novel about Mr Tarantino is his fussy, lawyerly setting of ground rules to broaden the circumstances in which one can kill with joy and impunity. Scalping is OK because “a Nazi ain’t got no humanity”. Django can kneecap the plantation major-domo Stephen (Samuel L. Jackson) because he has stipulated at the start of the film that there is “nothing lower than a head house-nigger”. Of course, Stephen is more the slave system’s victim than its representative. He is a slave. The indignities visited on various slaves (“After this we’ll see if you break eggs again!” hollers one brute as he gets ready to whip a young woman) serve to make us comfortable with the final racial retribution, even though Django’s vengeance claims white people (hillbillies and jailers) who have no more control over the system than Stephen.

The film-maker Spike Lee has called this film “disrespectful to my ancestors”. The remark has puzzled people but it should not. Monsieur Candie reminisces, “surrounded by black faces, day in, day out, I had one question: Why don’t they kill us?” It is an excellent question.
However you answer it, the fact is, they didn’t. In the eyes of history, antebellum blacks retain an honour that their white oppressors will forever be denied. Maybe Mr Lee objects to a failure to see that honour. Where Mr Tarantino sees a solidarity with the victims of the past, others might see a contemporary white American eager to believe that, given the opportunity, other peoples of yesteryear would have behaved as shabbily as his own people did.

The writer is a senior editor at The Weekly Standard

Voir encore:

Was There Really “Mandingo Fighting,” Like in Django Unchained?
Much of Django Unchained, Quentin Tarantino’s blaxploitation Western about an ex-slave’s revenge against plantation owners, centers on a practice called “Mandingo fighting.” Slaves are forced to fight to the death for their owners’ wealth and entertainment. Did the U.S. have anything like this form of gladiatorial combat?
Aisha Harris

Slate
Dec. 24 2012

No. While slaves could be called upon to perform for their owners with other forms of entertainment, such as singing and dancing, no slavery historian we spoke with had ever come across anything that closely resembled this human version of cock fighting. As David Blight, the director of Yale’s center for the study of slavery, told me: One reason slave owners wouldn’t have pitted their slaves against each other in such a way is strictly economic. Slavery was built upon money, and the fortune to be made for owners was in buying, selling, and working them, not in sending them out to fight at the risk of death.

While there’s no historical record of black gladiator fights in the U.S., this hasn’t stopped the sport from appearing again and again in popular culture. The 1975 blaxploitation film Mandingo, which Tarantino has cited as “one of [his] favorite movies,” is about a slave named Mede who is trained by his owner to fight to the death in bare-knuckle boxing against other slaves. That film was inspired by the book of the same name by dog-breeder-turned-novelist Kyle Onstott. (The term Mandingo itself comes from the name of a cultural and ethnic group in West Africa, who speak the Manding languages.) There is at least one other cinematic example of the fighting, in Mandingo’s sequel, Drum. (The scene starts at about 10:45 in the video below.)

Slaves were sometimes sent to fight for their owners; it just wasn’t to the death. Tom Molineaux was a Virginia slave who won his freedom—and, for his owner, $100,000—after winning a match against another slave. He went on to become the first black American to compete for the heavyweight championship when he fought the white champion Tom Cribb in England in 1810. (He lost.) According to Frederick Douglass, wrestling and boxing for sport, like festivals around holidays, were “among the most effective means in the hands of the slaveholder in keeping down the spirit of insurrection.”

It’s also true that, as embodied by the fictional “Mandingo fighting,” there has long been a fascination with the supposed physical prowess of the black body. The rise of prizefighting in the 19th century saw black men such as Peter Jackson and George Dixon making a show of their manliness to white and black audiences. Ralph Ellison’s “Battle Royal” scene in Invisible Man—in which the narrator must spar other black men in order to obtain a scholarship to a black college—uses a less sensationalistic approach to portray the fetishization of black men fighting. “This is a vital part of behavior patterns in the South, which both Negroes and whites thoughtlessly accept,” Ellison once said. “It is a ritual in preservation of caste lines, a keeping of taboo to appease the gods and ward off bad luck. It is also the initiation ritual to which all greenhorns are subjected.”

Thanks to David Blight of Yale University.

Voir de même:

Django’ Unexplained: Was Mandingo Fighting a Real Thing?
Max Evry

Nextmovie

Dec 25, 2012

One of the most gruesome scenes in Quentin Tarantino’s new blaxploitation western « Django Unchained » involves blackhearted plantation owner Calvin Candie (Leonardo DiCaprio) presiding over a Roman-style bare-handed battle to the death between his hulking champion slave Samson (Jordon Michael Corbin) and a much less fortunate slave opponent.

After all the eye gauging and head hammering was through, we wondered if this betting « sport, » known within the movie as « Mandingo Fighting, » was based on true accounts of pre-Civil War Mississippi or if Tarantino made it up out of whole cloth.

This is, after all, the same Tarantino who let Eli Roth machine gun Hitler in the face for « Inglourious Basterds, » so the level of historical accuracy is about on par with what we’d expect from a guy who didn’t graduate from high school. That’s not meant as a dig on the auteur, of course, as the man has perhaps one of the most thorough knowledge bases of both black culture and film history among any director in Hollywood, but he’s definitely less interested in realism than he is in f**king people’s shit up.

So was Mandingo Fighting real? Probably not.

We talked to Edna Greene Medford, Professor and chairperson of the history department at Howard University in Washington, D.C., about whether there’s any basis in non-Tarantinized fact.

« My area of expertise is slavery, Civil War, and reconstruction and I have never encountered something like that, » said Professor Medford. « It was rumored to have occurred. I don’t know that it was called Mandingo Fighting, however, but there were all sorts of things going on in the South pitting people against one another. To the death, I’ve never encountered anything like that, no. That doesn’t mean that it didn’t happen in some backwater area, but I’ve never seen any evidence of it. »

This was the wild, wild South, after all, so « anything goes » tended to rule the day, but the main reason Medford thinks the idea of Mandingo Fighting is preposterous comes down to one thing: Simple economics.

« It’s a stretch because enslaved people are property, and people don’t want to lose their property unless they’re being reimbursed for it, » she said. « It would seem odd to me that someone would allow his enslaved laborer to fight to the death because someone like that would cost them a lot of money. But then it’s a gambling enterprise so maybe someone would be willing to do that. I’ve looked at slave narratives and I’ve never seen something like that in slave narratives. »

Paramount

As for the etymology of the term « Mandingo, » it comes from a West African ethnic group called the Mandinka, but was popularized in the late ’50s with the racy novel by Kyle Onstott that also became a 1975 movie called « Mandingo, » which Tarantino has praised alongside « Showgirls » as one of the few big budget exploitation pictures made by a studio.

The subject of the film? A slave trained to fight other slaves. « Mandingo, the pride of his masters! Mandingo, the strongest and the bravest! »

« The term has been used to refer to that ethnic group, » clarified Medford, « but it has also come to personify the very powerful enslaved man who’s rather ferocious. It’s equivalent to ‘the big black buck,’ it’s more of a recent term. »

Even though none of what takes place in « Django Unchained » is true-blue history, it still manages to be « yeehaw! » entertaining while shedding light on something that most Americans try to forget happened so they can go on happily with their Christmas shopping. It’s also not Tarantino’s first use of black bounty hunters or « Mandingo » either, as he combined both into one of Samuel L. Jackson’s more memorably un-PC lines from 1997’s « Jackie Brown » in reference to Robert Forster’s prisoner retriever Winston (Tommy ‘Tiny’ Lister): « Who’s that big, Mandingo-looking n****r you got up there on that picture with you? »

Voir par ailleurs:

« Django Unchained », un réservoir d’émotions postmodernes à la sauce TarantinoPatrizia LombardoProfesseur de littérature et de cinéma
Le Nouvel Obs
 21-01-2013

LE PLUS. Un western-spaghetti qui dénonce l’esclavage et où la vengeance est le personnage principal, tel est le pitch du dernier film de Tarantino. Mais en quoi « Django Unchained » porte-t-il la signature du réalisateur américain ? Réponse de Patrizia Lombardo, professeure de littérature et de cinéma et auteur de l’article « La signature au cinéma ». Attention SPOILERS !

Un désert rocheux, des landes désolées, retravaillées par les effets spéciaux, la marche des esclaves noirs enchaînés, le froid de la nuit qui s’empare du spectateur : le dernier film de Tarantino, « Django Unchained », s’ouvre sur des plans spectaculaires, dignes des westerns, pour présenter une fable d’amour et de vengeance, aux États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession.

L’odyssée des deux protagonistes, l’esclave noir Django et le docteur Schultz, à travers le Texas et le Mississippi, se terminera par l’affranchissement de Django (Jamie Foxx) et ses retrouvailles avec sa femme Broomhilda (Kerry Washington). La scène finale, après un feu d’artifice de balles et de sang, montre un incendie dévastateur, comme à la fin de « Rebecca » d’Hitchcock (1940). Les deux amoureux, enfin réunis et saufs, contemplent l’immense bâtisse de style néoclassique typique de l’architecture du Sud, la demeure du propriétaire de la plantation, Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), à laquelle Django a mis le feu – dernier acte de représailles contre les blancs et contre le traître noir Stephen (Samuel L. Jackson).

Esthétique kitsch postmoderne

Ainsi que le veut le genre du western, souvent comparé à la tragédie grecque, les grands sentiments sont là – l’amour et la haine –, mais le mélange est saugrenu, exorbitant, selon les principes de l’esthétique kitsch postmoderne, qui offre toutes les émotions possibles juxtaposées, comme les produits variés dans un supermarché. Car la signature de Tarantino promet une violence excessive, « gratuite », comme elle a été souvent définie, conjuguée à une ambition morale qui se pare d’amoralité (ou vice versa) : les bons sentiments politiquement corrects et les mauvais sentiments politiquement incorrects sont malaxés dans l’effervescence des images, de l’intrigue, des dialogues.

Et, comme dans le style postmoderne, les passions tragiques et le sentimentalisme mélodramatique sont combinés au plaisir de la comédie et de la farce : la caricature des personnages méprisables – tel le propriétaire de Candyland (!), Calvin, homme cruel et sanguinaire, passionné de lutte Mandingo – provoque le rire plus que l’indignation, et une ironie délicieuse émane de l’adorable docteur Schultz (Christoph Waltz), chasseur de primes, anti-esclavagiste convaincu, qui fait le mal pour le bien.

Quant aux mauvais sentiments, au langage obscène, à la profusion du terme « nigger », ils correspondent à ce que Tarantino adore et ce sur quoi on n’arrête pas de l’interroger : une brutalité extrême qui indique que, pour lui, le cinéma n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du monde et de ses malheurs, mais avec l’infinie réalité des images filmiques, inséparables des armes à feu, assaisonnées de conversations qui attrapent au vol des débris de discours politico-sociaux contemporains, que ce soit la misère des non-salariés, comme dans la conversation initiale de « Reservoir Dogs » (1992), ou le nazisme dans « Inglorious Basterds » (2009), ou le racisme américain dans ce dernier film.

À la gloire des œuvres populaires

Le mixage des émotions ne fait qu’exalter l’impureté caractéristique des arts et du cinéma en particulier, où règnent l’adaptation, l’inspiration, la citation, le remake, l’hommage à une œuvre du passé, voire le pillage. Sans parler du va-et-vient le plus composite entre l’image filmique et la bande-son, cher à ces réalisateurs qui, depuis les années 1960, sont imbus de musique pop.

Chez Tarantino, dévoreur d’images et de musique, forgé par maintes formes de culture populaire américaine, l’amalgame des références est époustouflant. Son chef-d’œuvre « Reservoir Dogs », qui montrait sa passion pour la Nouvelle Vague, était inspiré par « The Killing » de Stanley Kubrick (1956) et « City on Fire » (1987) de Ringo Lam Ling-Tung. « Pulp Fiction » (1994) reprenait les histoires des magazines bon marché.

« Django Unchained » puise non seulement dans les premiers westerns, mais aussi dans les séries télévisées des années 1950 et 1960, telles « Bonanza » et « Rawhide », non sans passer par les décors de la série récente sur la fièvre de l’or, « Deadwood » (2004-2006). Tarantino est épris surtout des westerns-spaghetti de Sergio Leone et de Sergio Corbucci, auteur de « Django » (1966), auquel il rend hommage en reprenant le nom du personnage et le thème musical de Luis Bacalov.

Bric-à-brac vertigineux tout en surface

Un bric-à-brac de genres, sous-genres et contre-genres chante la gloire des œuvres populaires, dans le bruit des lames de couteau et des armes à feu, où l’on tue comme on mange des cacahuètes, dans le rythme vertigineux de l’action et des dialogues interminables, dans la filiation des « Trois Mousquetaires », œuvre qui orne la bibliothèque de Calvin Candie.

On comprend la différence entre le cinéphile et le geek : le populaire absolu du western de Tarantino sorti en France en janvier 2013, contrairement aux « westerns » urbains de Scorsese dans les années 1970 ou au western mystique « Dead Man » (1995) de Jim Jarmusch, n’est pas profond. Mais, divertissement, pure surface, il surfe sur les choses et les idées, comme les accents — allemand ou du Sud — colorent les voix des acteurs, ou les effets spéciaux, les décors et les gros plans style télé de « Django Unchained » frappent les yeux et les esprits le temps d’un éclair.

On peut regretter la pensée de la caméra et la cruelle intensité existentielle de « Reservoir Dogs », mais on a du plaisir et on est gagné par le bonheur des acteurs et du metteur en scène s’adonnant à fond à cette activité inépuisable chez les êtres humains : faire semblant.

À lire aussi sur CinéObs :

– « Django Unchained » : le Tarantino de la maturité ? par Pascal Mérigeau

– Quentin Tarantino : « Au cinéma, la vengeance, ça ne craint rien », interview par Olivier Bonnard

Voir de plus:

« Django Unchained » ou l’ambiguïté de la violence dans les films de Tarantino

Célia Sauvage

Chargée d’enseignement à Paris III
Le Nouvel Obs
20-01-2013

LE PLUS. « Django Unchained » est un hommage au western spaghetti et en particulier à celui de Sergio Corbucci, « Django ». Après « Inglourious Basterds », le film se veut le deuxième épisode de Tarantino d’une trilogie sur l’oppression. Mais la représentation de la violence par le réalisateur est problématique pour Célia Sauvage, auteur de « Critiquer Quentin Tarantino est-il raisonnable ? » (en librairies le 15 février, éd. Vrin). (SPOILERS).

Alors que « Django Unchained », dernier film de Quentin Tarantino, sort aux États-Unis, le pays est encore sévèrement secoué après la tuerie de Newtown – le massacre relançant le débat sur l’influence de la violence dans les médias. Inévitablement, la réception de « Django Unchained » a été recentrée, moins sur le sujet de l’esclavage américain, que sur la violence des films du réalisateur.

Une trilogie sur l’oppression 

Pas peu fier de cultiver l’art de la polémique, le cinéaste s’est ainsi exprimé violemment contre un journaliste britannique, tentant de réinscrire ses films dans l’actualité médiatique. Tarantino refuse alors férocement de s’expliquer à nouveau sur l’absence de rapports entre le goût pour les films violents et pour la violence réelle : « Je ne mords pas à l’hameçon. Je refuse votre question. Je ne suis pas votre esclave et vous n’êtes pas mon maître. Je ne suis pas votre singe. Je réitère, je ne répondrai pas. »

Tarantino a définitivement fait taire les accusations à l’encontre de ses films jugés fun, cool, mais vides et inconséquents, en s’engageant dans ce qu’il nomme « une trilogie politique et historique sur l’oppression« , commencée en 2009 avec « Inglourious Basterds« .

L’accusation d’esthétisation de la violence, devenue un objet de spectacle gratuit, décontextualisé de toute mise en perspective morale ou politique, semble certes tomber en désuétude derrière le choix récent de sujets politiques sensibles – les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale et l’esclavage afro-américain. Mais, le tournant en apparence politique que prend le cinéma de Tarantino cache une violence tout autant injustifiée qui mérite d’être réinterrogée.

Un argumentaire politisant et bien rôdé

Depuis « Kill Bill », on peut résumer l’ensemble des films de Tarantino à des récits de vengeance, thème de prédilection du cinéaste. Chacun des films use d’un processus de justification souvent simpliste et conservateur :

– La Mariée venge, dans un premier temps, son honneur de femme bafouée, puis, tue pour sauver son enfant : « Kill Bill » ;

– Un groupe de cascadeuses prend sa revanche sur un pervers misogyne qui tue des pauvres innocentes pour sa propre jouissance : « Boulevard de la mort » ;

– Une juive et un groupe de soldats américains partent en croisade pour corriger l’ennemi nazi : « Inglourious Basterds » ;

– Un esclave afro-américain sauve sa femme de propriétaires blancs abusifs et sadiques : « Django Unchained ».

Que la vengeance relève de motivations personnelles ou plus universelles, elle semble ainsi perdre de son caractère gratuit, sous couvert d’un argumentaire en surface politisant bien rodé.

Le premier volet de la « trilogie de l’oppression », « Inglourious Basterds », vient à première vue satisfaire un fantasme de revanche contre les plus grands méchants désignés par l’histoire de l’humanité. La violence contre les nazis serait ici une juste rétribution. Eli Roth, réalisateur ultra-violent de la série « Hostel », décrit ainsi le film comme du « porno kasher » : « ça relève presque d’une satisfaction sexuelle profonde de vouloir tuer des nazis, d’un orgasme presque. Mon personnage tue des nazis. Je peux regarder ça en boucle ». Lawrence Bender, le producteur, déclare à Tarantino : « en tant que membre de la communauté juive, je te remercie, parce que ce film est un putain de rêve pour les juifs ».

Rompre avec le politiquement correct

Pour défendre la violence de son film, le cinéaste explique lui-même avoir voulu rompre avec les traditions politiquement correctes : « Les films traitant de l’Holocauste représentent toujours les juifs comme des victimes. Je connais cette histoire. Je veux voir quelque chose de différent. Je veux voir des Allemands qui craignent les juifs. Ne tombons pas dans le misérabilisme et faisons plutôt un film d’action fun. »

Ce choix esthétique met le sujet historique au second plan et vient prouver implicitement qu’il n’a aucune perspective morale – ceci expliquant les nombreuses accusations de révisionnisme à l’encontre du film. Lorsqu’un journaliste lui fait d’ailleurs remarquer que la violence excessive contre les nazis puisse offenser certains spectateurs, Tarantino lui répond avec une désinvolture déconcertante : « Pourquoi me condamnerait-on ? Parce que j’étais trop brutal avec les nazis ? ».

« Django Unchained » est donc une réponse évidente à « Inglourious Basterds ». À nouveau, le sujet politique de fond, l’esclavage américain, semble évincé, bien qu’étant présenté comme l’argument promotionnel premier des discours de Tarantino qui répète sans hésiter qu’il a la capacité et la légitimité de faire un film sur ce sujet. Il n’hésite pas à affirmer, par une pirouette mystique, qu’il a été, dans une vie antérieure, « un esclave noir américain. Je pense même que j’ai trois vies. […] C’est juste un pressentiment. Un truc que je sais ».

Cette anecdote a été mal reçue par la communauté afro-américaine car, non seulement Tarantino réitérait une énième fois être « black inside » mais s’appropriait cette fois l’événement le plus important de l’histoire afro-américaine comme si un blanc pouvait comprendre sans difficulté ce dont la communauté afro-américaine avait pourtant mis des siècles à assimiler.

Le réalisateur afro-américain, Spike Lee, de longue date en conflit avec Tarantino, n’a d’ailleurs pas hésité à exprimer son désaccord avec ce film jugé « irrespectueux pour ses ancêtres ». Tarantino pense pourtant réaliser le film sur l’esclavage « que l’Amérique n’a jamais voulu faire parce qu’elle en a honte ».

Une nouvelle manière d’évoquer la vengeance

Dans le fond, l’idéologie et la réflexion politique intéresse peu Tarantino. L’esclavage est une nouvelle configuration de ses récits de vengeance, une nouvelle exploration d’un genre cinématographique, ici le western spaghetti. Il le dit lui-même : « J’avais envie que Django Unchained traite du voyage initiatique de mon personnage et que l’esclavagisme n’apparaisse qu’en toile de fond. Pour moi, l’histoire avait plus de sens, était plus puissante, si elle était présentée à travers un genre comme le western spaghetti qui permet l’aventure et une forme d’excitation absente des films historiques. »

À nouveau l’argument du fun, de l’excitation, vient secondariser le sujet politique. Tarantino préfère dédramatiser son propos au risque de le décontextualiser. La vengeance de Django ne semble d’ailleurs pas animée de motivations politiques. Il fait preuve de cruauté aussi bien en massacrant les oppresseurs blancs, qu’en humiliant d’autres esclaves noirs. Le film se termine sur la mort sadique par Django du traitre noir, devenu une caricature de l’oncle Tom, ami des blancs. Devenu à son tour l’opprimé oppresseur, Django s’enfuit victorieux du massacre final, paradoxalement en endossant fièrement le costume de M. Candie, le négrier monstrueux qu’il a sévèrement corrigé.

L’usage de la violence était déjà tout autant problématique à la fin d’ »Inglourious Basterds ». Durant l’Opération Kino, les nazis nous sont d’abord présentés comme un public extatique devant la violence des images de leur film de propagande. Mais dans un effet de renversement, c’est ensuite les Basterds et Shoshanna qui nous sont présentés dans le même rôle du public jouissant de la violence du spectacle. Les « Basterds » transforment d’ailleurs rapidement leur croisade, non en leçon morale d’humanité, mais plutôt en spectacle trivial, se moquant sans impunité des soldats allemands.

En décontextualisant idéologiquement les sujets politiques de fond, Tarantino facilite en un sens la consommation de son cinéma, au profit d’un plaisir plus immédiat avec ses spectateurs, dénué de toute moralisation. Mais il propose dans le même temps une vision réductrice, fétichisée, simplifiant souvent l’Histoire à l’histoire du cinéma. Cela peut paraître cool de citer des discours transgressifs sur la violence mais, sur le mode de la fétichisation, Tarantino occulte tout l’arrière-plan historique

Voir aussi:

‘Give me a break’ – Tarantino tires of defending ultra-violent films after Sandy Hook massacre
The Django Unchained director spoke at a press conference in New York a day after Friday’s Connecticut massacre
Matilda Battersby
The Independant
18 December 2012

In the wake of Friday’s shootings at a school in Connecticut which left 26 dead, arts events across America were cancelled.

But director of ultra-violent film Django Unchained went ahead with a press junket on Saturday, and went on to remark that he is tired of defending his films every time America is rocked by gun violence.

Speaking in New York Quentin Tarantino said: “I just think you know there’s violence in the world, tragedies happen, blame the playmakers. It’s a western. Give me a break. »

The Oscar-nominated director of Inglourious Basterds and the Palme d’Or winning Pulp Fiction, said blame for violence should remain squarely with the perpetrators.

At the weekend both the Jack Reacher and Parental Guidance film premieres were cancelled in response to Friday’s massacre.

Reacher, which stars Tom Cruise, features a sniper attack. A spokesman for Paramount Pictures said: « Due to the terrible tragedy in Newtown, Connecticut, and out of honour and respect for the families of the victims whose lives were senselessly taken, we are postponing the Pittsburgh premiere of Jack Reacher. Our hearts go out to all those who lost loved ones. »

Speaking of the cancelled red carpet premiere and party for Parental Guidance, which stars Billy Crystal, Bette Midler and Marisa Tomei, a Fox spokesman said: « In light of the horrific tragedy in Newtown, Connecticut we are cancelling the red carpet event and the after party for the Parental Guidance premiere, scheduled today in downtown Los Angeles. The hearts of all involved with this film go out to the victims, their families, their community, and our entire nation in mourning.”

Fox TV screened repeats of comedy series Family Guy and American Dad last night instead of the scheduled Christmas specials, both of which are said to have featured school children and were deemed potentially insensitive.

Twenty children and six women died in the attack at Sandy Hook school by a gunman who shot himself dead at the scene.

Voir également:

Etats-Unis. La police veut boycotter les films de Tarantino
Courrier international
29/10/2015

Les syndicats de policiers de New York et de Los Angeles s’insurgent contre les propos tenus par le réalisateur hollywoodien lors d’une récente manifestation contre les violences policières.

“Le plus grand syndicat de police de Los Angeles soutient l’appel au boycott des films de Quentin Tarantino lancé par le NYPD [le département de police de New York]”, rapporte le Los Angeles Times.

Lors d’une manifestation contre les violences policières organisée samedi 24 octobre dans la Grosse Pomme, le réalisateur a en effet déclaré : “Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés.”

Cette phrase, prononcée quelques jours seulement “après la mort d’un officier de police du NYPD lors d’une course-poursuite d’un suspect dans le quartier de East Harlem” a mis le feu aux poudres, souligne le quotidien de Los Angeles.

Dans un communiqué publié le 27 octobre, la Los Angeles Police Protective League, le principal syndicat de police de Los Angeles, a dénoncé les “propos incendiaires” du réalisateur. “Nous sommes en faveur d’un dialogue constructif sur la façon dont la police interagit avec les citoyens de ce pays, peut-on y lire, mais il n’y a pas place pour les propos incendiaires qui font des policiers des cibles de choix.”

Le prochain film de Quentin Tarantino, un western intitulé The Hateful Eight (Les Huit Salopards), doit sortir sur les écrans américains le jour de Noël, le 6 janvier en France.

Voir encore:

Violences policières
Les policiers américains toujours en colère contre Tarantino

Caroline Besse
Télérama

30/10/2015

Le réalisateur avait participé à un rassemblement à New York dénonçant la mort de plusieurs personnes noires à la suite d’interpellations violentes. Les syndicats des forces de l’ordre l’accusent de jeter de l’huile sur le feu.
Quentin Tarantino ne se doutait certainement pas que sa participation au rassemblement du 24 octobre contre les violences « et la terreur » policières, à laquelle il a participé le week-end dernier à New York, provoquerait une telle ire de la part de la police. Après ceux de New York et de Los Angeles, le syndicat de police de Philadelphie a en effet appelé au boycott des films du réalisateur de Pulp Fiction après sa participation à la manifestation. Baptisé « Rise up October », ce rassemblement était organisé pour dénoncer la mort de plusieurs personnes noires après de violentes interpellations policières — récemment, Michael Brown à Ferguson, Christian Taylor au Texas ou Freddie Gray à Baltimore… Des morts qui avaient ensuite provoqué des émeutes.

 « Monsieur Tarantino gagne bien sa vie grâce à ses films, diffusant de la violence dans la société, et montrant du respect pour des criminels. Et maintenant, on se rend compte qu’il déteste les flics », a notamment déclaré le Philadelphia Fraternal Order of Police Lodge 5. « La rhétorique haineuse déshumanise la police et encourage les attaques à notre encontre », a-t-il ajouté. « Le réalisateur Quentin Tarantino a pris part d’une façon irresponsable et totalement inacceptable à ce qui s’est passé le week-end dernier à New York en assimilant les policiers à des meutriers », a dit de son côté la Los Angeles Police Protective League.

« Je suis un être humain avec une conscience… Si vous pensez qu’un meurtre est en train d’être perpétré, vous devez intervenir. Je suis ici pour dire que je suis du côté des victimes », avait notamment déclaré le réalisateur devant la foule présente. « Je dois appeler un meutre un meurtre, et des meutriers des meurtriers. »

Selon le New York Post, certains manifestants portaient des badges où il était inscrit : « Réagissez ! Stop à la terreur policière ! » ou encore : « Un meurtre commis par quelqu’un qui porte un insigne est toujours un meurtre. » A l’issue du rassemblement, onze personnes avaient d’ailleurs été arrêtées.

“C’est un mauvais timing.”
« Honte à lui, particulièrement au moment où nous portons le deuil, après le meurtre d’un policier new-yorkais », avait déclaré le chef de la police de la ville, Bill Bratton. Le rassemblement avait en effet eu lieu quatre jours après le meurtre d’un policier, l’agent du NYPD Randolph Holder, tué d’une balle dans le front alors qu’il poursuivait un homme armé dans Harlem. Interrogé sur ces fâcheuses circonstances, Tarantino avait répondu : « C’est comme ça. C’est un mauvais timing. Mais nous avons demandé à toutes ces familles de venir, et de raconter leur histoire. Ce flic tué, c’est aussi une tragédie. »

Alors que Quentin Tarantino est depuis silencieux, Carl Dix, l’un des organisateurs du mouvement Rising October, a comparé l’appel au boycott des films par la police à l’attitude qu’aurait pu avoir la mafia : « Surtout, ne vous aventurez pas à critiquer la police qui tue des gens, ou il vous sera impossible de travailler dans la ville. » Selon lui, le message de la police est une menace qui ne vise pas seulement le réalisateur, mais toutes les voix qui comptent dans la société.

Voir de même:

Quentin Tarantino : la police de New York appelle au boycott de ses films
Metro

26-10-2015

TRUE STORY – Quentin Tarantino est la cible des policiers new-yorkais. La raison ? Le réalisateur a fait le déplacement depuis Los Angeles pour participer à une manifestation ce samedi dans les rues de la Grande Pomme contre les violences policières. Un engagement qui n’est pas du tout du goût des forces de l’ordre…

Le réalisateur de Pulp Fiction n’est pas prêt de voir les policiers new-yorkais assister à la projection de son prochain film. Un froid qui survient après la participation de Quentin Tarantino au rassemblement « Rise Up October », soit une manifestation de trois jours organisée à New York pour mettre fin à la violence policière et réclamer une réforme du système judiciaire.

Les participants ont prononcé les noms des 250 victimes non armées tuées par des agents de police depuis 1990. Dont celui de Michael Brown, 18 ans, un adolescent afro-américain abattu par la police à Ferguson (Missouri) en août 2014, un décès qui avait provoqué des émeutes dans tous les États-Unis, ou encore celui de Tamir Rice, 12 ans, tué par les forces de l’ordre alors qu’il jouait avec un pistolet en plastique en novembre 2014 à Cleveland (Ohio). Les manifestants brandissaient des pancartes ou des photos de leurs proches victimes d’abus de la police.

C’est un timing maladroit qui a provoqué la colère de la police

Une réunion anti « terreur policière » pour laquelle Quentin Tarantino a prononcé quelques mots : « Quand je vois des meurtres, je ne reste pas là sans rien faire… Il faut appeler les meurtriers des meurtriers ». Malheureusement, quelques jours plus tôt un agent de la police de New-York tombait, tué d’une balle dans la tête par un suspect récidiviste, dans l’exercice de son travail.

Déjà quatre policiers New-yorkais sont morts depuis moins d’un an à New-York. De tristes chiffres qui restent le fruit des lois sur les armes à feu des États-Unis, où les forces de l’ordre sont forcément plus exposées au risque d’être confrontées à des suspects armés qu’en Europe par exemple.

Patrick Lynch, président d’une association d’agents des forces de l’ordre de New York, n’a pas pu se taire face à la présence de Quentin Tarantino à ces journées de protestations : « Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers » a-t-il déclaré au New-York Post, avant d’ajouter : « Les officiers de police que Tarantino appelle des meurtriers ne vivent pas dans une de ses fictions dépravées sur grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie afin de protéger les communautés des vrais crimes. (…) Il est temps de boycotter les films de Quentin Tarantino”.

Les 8 Salopards, prévu pour une sortie le 6 janvier 2016 ne risque pas d’attirer beaucoup d’agents de la Grande Pomme en salles…

Voir aussi:

Police union calls for Tarantino boycott after anti-cop rally
By Dana Sauchelli, Priscilla DeGregory, Daniel Prendergast, Tom Wilson and Larry Celona
The New York Post

October 25, 2015

The city’s police union is calling for a boycott of Quentin Tarantino films after the “Pulp Fiction’’ director took part in an anti-cop rally less than a week after an officer was killed on the job.

“When I see murders, I do not stand by . . . I have to call the murderers the murderers,” the director — notorious for his violent movies — told a crowd of protesters in Washington Square Park on Saturday, adding that cops are too often “murderers.”

Patrick Lynch, president of the Patrolmen’s Benevolent Association, lashed out against the “Reservoir Dogs” auteur Sunday.

“It’s no surprise that someone who makes a living glorifying crime and violence is a cop-hater, too,” Lynch said in a statement.

“The police officers that Quentin Tarantino calls ‘murderers’ aren’t living in one of his depraved big-screen fantasies — they’re risking and sometimes sacrificing their lives to protect communities from real crime and mayhem.

“New Yorkers need to send a message to this purveyor of degeneracy that he has no business coming to our city to peddle his slanderous ‘Cop Fiction.’ ”

Tarantino acknowledged Saturday that the timing of the rally was “unfortunate.” But he said people had already traveled to be a part of the gathering.

Relatives of Police Officer Randolph Holder, who was killed in East Harlem Tuesday night, were far from appeased.

“I think it’s very disrespectful,” his cousin Shauntel Abrams, 27, said of the protest as she and other relatives gathered at the Church of the Nazarene in Far Rockaway ahead of Holder’s funeral Wednesday.

“Everyone forgets that behind the uniform is a person.”

Meanwhile, retired Police Officer John Mangan, who used to work at PSA 5, where Holder had been stationed, took to the streets on Sunday with a sign reading, “God bless the NYPD,” for a one-man march.

He walked the 7¹/₂ miles from the East Harlem station house to City Hall in a show of support for the fallen cop.

Voir de plus:

LAPD union joins NYPD in call to boycott Quentin Tarantino films

Director Quentin Tarantino participates in a rally to protest police brutality in New York.

James Queally

LA Times (Associated Press)

October 25, 2015

The Los Angeles Police Department’s largest union has thrown its support behind the NYPD’s call for a boycott of Quentin Tarantino’s films after the « Pulp Fiction » director referred to some police officers as murderers during a rally in New York City over the weekend.

Los Angeles Police Protective League President Craig Lally said comments like Tarantino’s encourage attacks on officers and said the union would support the call for a boycott of his films.

Tarantino flew from California to New York City to take part in a protest against police brutality on Saturday, and comments he made during the march quickly drew the ire of the New York Police Department’s Patrolmen’s Benevolent Assn.

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« I’m a human being with a conscience, » Tarantino said, according to the Associated Press. « And if you believe there’s murder going on then you need to rise up and stand up against it. I’m here to say I’m on the side of the murdered. »

Ambushes of police are rising again at a difficult time for law enforcement
The comments, which came just days after New York police Officer Randolph Holder was shot and killed while chasing a suspect in East Harlem, prompted furious reactions from NYPD union President Pat Lynch and Police Commissioner William Bratton.

“We fully support constructive dialogue about how police interact with citizens. But there is no place for inflammatory rhetoric that makes police officers even bigger targets than we already are, » Lally said in a statement this week. « Film director Quentin Tarantino took irresponsibility to a new and completely unacceptable level this past weekend by referring to police as murderers during an anti-police march in New York. »

Tarantino’s films are notoriously violent, something critics were quick to harp on. While one of the director’s most iconic scenes involved the torture and eventual murder of a police officer in « Reservoir Dogs,” scores of gangsters, soldiers and other characters have found themselves decapitated or otherwise killed in gruesome fashion in a Tarantino film.

« The Hateful Eight, » a western directed by Tarantino, is set to premiere on Christmas Day.

Voir également:

Tarantino On ‘Django,’ Violence And Catharsis
NPR Staff
December 28, 2012

Transcript

Director Quentin Tarantino has not shied away from painful parts of history. He handled World War II in Inglourious Basterds and now delves into slavery in Django Unchained.

In Quentin Tarantino’s new film, Django Unchained, Jamie Foxx plays the title character, a freed slave turned bounty hunter searching for his wife and their plantation tormentors.

As is the case with all of Tarantino’s films, Django Unchained is incredibly violent. We spoke to the director before the school shootings in Newtown, Conn., and before critics had taken him to task for the film’s brutality. The film also is being debated for the way it brings humor to the story of slavery.

Yet Tarantino insisted then — as he does now — that his new film has a good heart. It’s a love story, he says. And, as with his previous film Inglourious Basterds, it’s also a brand of revisionist history he hopes Americans will find cathartic.

Tarantino speaks with All Things Considered host Audie Cornish about the touchy topics of the film and what he hopes the audience will bring away from it.

Interview Highlights

On making a traditionally somber topic the subject of an action movie

« I do think it’s a cultural catharsis, and it’s a cinematic catharsis. Even — it can even be good for the soul, actually. I mean, not to sound like a brute, but one of the things though that I actually think can be a drag for a whole lot of people about watching a movie about, either dealing with slavery or dealing with the Holocaust, is just, it’s just going to be pain, pain and more pain. And at some point, all those Holocaust TV movies — it’s like, ‘God, I just can’t watch another one of these.’ But to actually take an action story and put it in that kind of backdrop where slavery or the pain of World War II is the backdrop of an exciting adventure story — that can be something else. And then in my adventure story, I can have the people who are historically portrayed as the victims be the victors and the avengers. »

On walking the line between entertainment and exploitation

« I’m not coming from an exploitive place. If you shoot sex like an artist, it’s an artistic representation. If you shoot sex like a pornographer, then it looks like pornography. I want you to see America in 1858 in Chickasaw County [Miss.], and I think we need to see that. You know, it might be one of those things. At the very end of the day, who knows? We’ll find out — court of public opinion will say. But it might be one of those things where, God, you know, maybe it is actually too rough, too painful for a lot of black folks of this generation. But there’s the next generation coming out, and they’re going to live in a world where Django Unchained already exists. »

On why he thinks Hollywood is afraid to approach the subject matter the way he does

« You know, there’s not this big demand for, you know, movies that deal with the darkest part of America’s history, and the part that we’re still paying for to this day. They’re scared of how white audiences are going to feel about it; they’re scared about how black audiences are going to feel about it. And if you tell the story and … you mess it up, you’ve really messed it up.

Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), a slave owner, holds Django’s wife captive.
Andrew Cooper/The Weinstein Company
« To tell you the truth, a couple of white Southern actors were offended by it. No black actors that I know of were offended. And I never heard any black actors say an unequivocal ‘No.’ « 

On the idea that white audience members will have a hard time connecting with the subject

« If you have a white audience member sitting there watching the movie, and they’re sitting there and they’re thinking, ‘Well, I didn’t do this. My family didn’t make money off of this, so I have nothing to do with this, nor does anybody in my family have anything to do with this,’ that’s actually a completely fair statement, you know. People don’t have to feel personally guilty about stuff that happened a hundred years ago, but what I expect those people to do is go and see the movie and completely identify with Django 100 percent. And his triumph is their triumph. And they’re going to be cheering him along all the way, and maybe even sometimes, every once in a while, even a little louder. »

Voir par ailleurs:

Quentin Tarantino, ‘Unchained’ And Unruly
NPR

January 02, 2013

Transcript

Quentin Tarantino’s film Django Unchained is a spaghetti western-inspired revenge film set in the antebellum South; it’s about a former slave who teams up with a bounty hunter to target the plantation owner who owns his wife.

The cinematic violence that has come to characterize Tarantino’s work as a screenwriter and director — from Reservoir Dogs at the start of his career in 1992 to 2009’s Inglourious Basterds — is front and center again in Django. And he’s making no apologies.

« What happened during slavery times is a thousand times worse than [what] I show, » he says. « So if I were to show it a thousand times worse, to me, that wouldn’t be exploitative, that would just be how it is. If you can’t take it, you can’t take it.

« Now, I wasn’t trying to do a Schindler’s List you-are-there-under-the-barbed-wire-of-Auschwitz. I wanted the film to be more entertaining than that. … But there’s two types of violence in this film: There’s the brutal reality that slaves lived under for … 245 years, and then there’s the violence of Django’s retribution. And that’s movie violence, and that’s fun and that’s cool, and that’s really enjoyable and kind of what you’re waiting for. »

That said, Tarantino is clear about what — for him — is acceptable violence in a movie and what crosses a line.

« The only thing that I’ve ever watched in a movie that I wished I’d never seen is real-life animal death or real-life insect death in a movie. That’s absolutely, positively where I draw the line. And a lot of European and Asian movies do that, and we even did that in America for a little bit of time. … I don’t like seeing animals murdered on screen. Movies are about make-believe. … I don’t think there’s any place in a movie for real death. »

In the case of Django, Tarantino tells Fresh Air host Terry Gross that he was much more uncomfortable with the prospect of writing the language of white supremacists and directing African-Americans in scenes depicting slavery on American soil than he was about any physical violence being portrayed. His anxiety about directing the slavery scenes was so great, in fact, that he considered shooting abroad.

« I actually went out after I finished the script … with Sidney Poitier for dinner, » he says. « And was telling him about my story, and then telling him about my trepidation and my little plan of how I was going to get past it, and he said, … ‘Quentin, I don’t think you should do that. … What you’re just telling me is you’re a little afraid of your own movie, and you just need to get over that. If you’re going to tell this story, you need to not be afraid of it. You need to do it. Everyone gets it. Everyone knows what’s going on. We’re making a movie. They get it.' »

Interview Highlights
On the catchphrase ‘The D is silent’

« I thought everyone would know how to say the name ‘Django.’ Even if it wasn’t from the spaghetti westerns, at least from Django Reinhardt you would know how to say it. And people would read the script [and say], ‘Oh! D-jango Unchained. OK! » And people would say it all the time. Frankly, I considered it an intelligence test. If you say D-jango you’re definitely going down in my book. »

On conventional slave narratives on screen

There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically.
« There haven’t been that many slave narratives in the last 40 years of cinema, and usually when there are, they’re usually done on television, and for the most part … they’re historical movies, like history with a capital H. Basically, ‘This happened, then this happened, then that happened, then this happened.’ And that can be fine, well enough, but for the most part they keep you at arm’s length dramatically. Because also there is this kind of level of good taste that they’re trying to deal with … and frankly oftentimes they just feel like dusty textbooks just barely dramatized. »

On giving an enslaved character a heroic journey

« I like the idea of telling these stories and taking stories that oftentimes — if played out in the way that they’re normally played out — just end up becoming soul-deadening, because you’re just watching victimization all the time. And now you get a chance to put a spin on it and actually take a slave character and give him a heroic journey, make him heroic, make him give his payback, and actually show this epic journey and give it the kind of folkloric tale that it deserves — the kind of grand-opera stage it deserves. »

On how Westerns from different decades reflect the concerns of their times

« One of the things that’s interesting about Westerns in particular is [that] there’s no other genre that reflects the decade that they were made or the morals and the feelings of Americans during that decade [more] than Westerns. Westerns are always a magnifying glass as far as that’s concerned.

« The Westerns of the ’50s definitely have an Eisenhower, birth of suburbia and plentiful times aspect to them. America started little by little catching up with its racist past by the ’50s, at the very, very beginning of [that decade], and that started being reflected in Westerns. Consequently, the late ’60s have a very Vietnam vibe to the Westerns, leading into the ’70s. And by the mid-’70s, you know, most of the Westerns literally could be called ‘Watergate Westerns,’ because it was about disillusionment and tearing down the myths that we have spent so much time building up. »

On his early introductions to African-American culture

« [My mother’s] boyfriends would come over, and they’d … take me to blaxploitation movies, trying to, you know, get me to like them and buy me footballs and stuff, and … my mom and her friends would take me to cool bars and stuff, where they’d be playing cool, live rhythm-and-blues music … and I’d be drinking … Shirley Temples — I think I called them James Bond because I didn’t like the name Shirley Temples — and eat Mexican food … while Jimmy Soul and a cool band would be, you know, playing in some lava lounge-y kind of ’70s cocktail lounge. It was really cool. It made me grow up in a real big way. When I would hang around with kids I’d think they were really childish. I used to hang around with really groovy adults. »

Voir encore:

Le prochain Tarantino s’appellera « Les Huit Salopards » en version française
Le Parisien

16 Sept. 2015

« The Hateful Eight »- « Les Huit Salopards » sortira dans les salles obscures début 2016. All Rights Reserved
Le distributeur du 8e long-métrage de Quentin Tarantino, SND, vient d’annoncer le titre français du film « The Hateful Eight ».

La décision est en grande partie celle du réalisateur lui-même qui souhaite renouer avec les racines du western américain.

 Aussi, le film a été tourné dans un format aujourd’hui disparu, le 70mm Panavision, et  la musique est signée par Ennio Morricone, le compositeur italien connu pour avoir imaginé les bandes originales de « Pour une poignée de dollars », « Le Bon, la Brute, et le Truand » ou encore « Il était une fois dans l’Ouest ».

« Les Huit Salopards » fait référence au film « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich, et « Les Sept Salopards » de Bruno Fontana.

Il s’agit du deuxième western du cinéaste, trois ans après « Django Unchained ». « The Hateful Eight » plante son décor dans le désert enneigé du Wyoming juste après la guerre civile américaine (1861-1865). Huit personnes sont coincées dans un relais de diligence en raison d’une tempête de neige qui empêche la progression de leur diligence. Samuel L. Jackson sera Warren, alias « The Bounty Hunter ». Kurt Russel incarnera « The Gunman » John Ruth. Seule femme de la bande, « The Prisoner » Daisy Domergue sera campée par Jennifer Jason Leigh. « The Sherif » Chris Mannix sera interprété par Walton Goggins. Demian Bichir héritera du rôle de Bob « The Mexican ». Tim Roth sera Oswaldo Mobray « The Little Man ». Michael Madsen prêtera ses traits à Joe Gage « The Cow Puncher » et Bruce Dern interprétera « The Confederate » Sandy Smithers.

« The Hateful Eight » ou « Les Huit Salopards » sortira le 8 janvier 2016 aux États-Unis, en attendant une date française.

Voir enfin:

Chiraq de Spike Lee suscite la polémique à Chicago
Jérôme Lachasse
Le Figaro

01/06/2015

Le titre du nouveau long métrage du réalisateur de Malcolm X, en référence à la violence par armes à feu, irrite les habitants de la ville des vents, où le tournage vient de commencer.

Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage.

Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que[ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu».

Pour le moment, Spike Lee n’a pas confirmé publiquement le sens de son titre. Chiraq, toujours selon le New York Times, pourrait ainsi être une réécriture de la pièce d’Aristophane Lysistrata, où les femmes entament une grève du sexe pour contraindre les hommes à arrêter la guerre du Péloponnèse. Le réalisateur de Malcolm X (1992) a néanmoins posté le 28 mai sur son compte Instagram une image du clap de tournage. Sur celui-ci est écrit «Peace».

Un temps annoncé au casting, Kanye West a dû annuler sa participation en raison de son emploi du temps chargé. Il pourrait cependant contribuer à la bande originale. John Cusack, Jennifer Hudson, Jeremy Piven, Samuel L. Jackson et Common sont, eux, à l’affiche de ce long métrage produit et distribué par Amazon Studios. La date de sortie n’est pas encore connue.

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Histoire des idées: Quand le cannibalisme devient une affaire de goût (Tupi or not tupi, that is the question: Guess where Brazil’s most Brazilian artist discovered her Brazilianness)

29 octobre, 2015
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Syrian refugees carry their children as they jump off an overcrowded dinghy upon arriving on a beach on the Greek island of Kos, after crossing a part of the Aegean sea from Turkey, August 9, 2015. United Nations refugee agency (UNHCR) called on Greece to take control of the "total chaos" on Mediterranean islands, where thousands of migrants have landed. About 124,000 have arrived this year by sea, many via Turkey, according to Vincent Cochetel, UNHCR director for Europe. REUTERS/Yannis Behrakis TPX IMAGES OF THE DAY - RTX1NN3R

Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne (1580)
Tupi or not Tupi, that is the question. Oswald de Andrade (1928)
Paris a laissé une trace dans mon intellect. Ce fut comme créer en moi une nouvelle nature, et mon amour pour l’Europe a transformé mon amour de la vie en amour de tout ce qui est civilisé. Et en tant que civilisé, j’ai commencé à connaître mon pays. Emiliano Di Cavalcanti
J’ai retrouvé les couleurs que j’avais adorées enfant et qu’on m’avait enseigné plus tard à considérer comme laides et frustes. Tarsila do Amal
 Je me sens de plus en plus brésilienne : je veux être la peintre de mon pays. Ô combien je suis reconnaissante d’avoir passé toute mon enfance à la campagne, dans l’exploitation familiale. Les réminiscences de cette époque deviennent précieuses pour moi. Dans l’art, je veux être la campagnarde de São Bernardo, qui joue avec les poupées en paille, comme dans le dernier tableau que je peins en ce moment. Ne croyez pas que cette tendance soit mal perçue ici. C’est tout le contraire. Ce que l’on veut, c’est que chacun apporte la contribution de son propre pays. C’est ainsi que l’on explique les succès des ballets russes, des gravures japonaises et de la musique noire. Paris en a assez de l’art parisien. Tarsila do Amal
Ma très chère amie Tarsila/Faites attention ! Emplissez-vous bien des théories, des excuses et des choses vues à Paris. Lorsque vous serez de retour, nous allons nous bagarrer, pour sûr. Dès maintenant je vous lance le défi, vous tous ensemble, Tarsila, Osvaldo et Sergio, d’une discussion formidable. Vous êtes parti à Paris en bourgeois. Vous êtes épatés. Et vous êtes devenus des futuristes ! Hi, hi, hi ! Je pleure de jalousie ! Aïe, aïe, aïe ! Quelle pédale ! Mais, c’est vrai que je vous considère, vous tous, comme des paysans de Paris. Vous n’êtes devenus des Parisiens qu’en surface. C’est horrible, Tarsila ! Tarsila, reviens vers toi-même. Laisse tomber Gris et Lhote, patrons de criticismes dégénérés et d’esthésies d’ardents ! Quitte Paris, Tarsila ! Tarsila, reviens dans la forêt vierge, où il n’y a pas d’art nègre, où il n’y a pas de torrent gentil. Il y a la FORÊT VIERGE. J’ai créé le forêtviergisme. Je suis forêtviergiste. C’est de ça que le monde, l’art, le Brésil et ma très chère Tarsila ont besoin. Mário de Andrade
Abaporu (from Tupi-Guaraní language ‘aba’, ‘pora’, and ‘u’, « the man that eats people ») is an oil painting on canvas by the Brazilian painter Tarsila do Amaral, executed in 1928 as a birthday present to the writer Oswald de Andrade, her husband at the time. It is considered the most valuable painting by a Brazilian artist, having reached the value of $1.4 million, paid by the Argentine collector Eduardo Costantini in an auction in 1995. It is currently displayed at the Latin American Art Museum of Buenos Aires (Spanish: Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires, MALBA) in Buenos Aires, Argentina. The composition: one man, the sun and a cactus – inspired Oswald de Andrade to write the Anthropophagite Manifesto and consequently create Anthropophagic Movement, intended to « swallow » European culture and turn it into something culturally very Brazilian. The style of Abaporu can be traced back to the French modernists, specially Fernand Léger, who taught Tarsila in Paris in 1924. However, the closest resemblance of Abaporu can be found in the Spanish Surrealists, Pablo Picasso and Joan Miró, who also painted a figure with an oversized foot in 1924… Wikipedia
The Manifesto Antropófago (Cannibal Manifesto in English) was published in 1928 by the Brazilian poet and polemicist Oswald de Andrade. The essay was translated to English in 1991 by Leslie Bary; this is the most widely used version. Its argument is that Brazil’s history of « cannibalizing » other cultures is its greatest strength, while playing on the modernists’ primitivist interest in cannibalism as an alleged tribal rite. Cannibalism becomes a way for Brazil to assert itself against European post-colonial cultural domination. The Manifesto’s iconic line is « Tupi or not Tupi: that is the question. » The line is simultaneously a celebration of the Tupi, who practiced certain forms of ritual cannibalism (as detailed in the 16th century writings of André Thévet, Hans Staden, and Jean de Léry), and a metaphorical instance of cannibalism: it eats Shakespeare. Wikipedia
Etrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. (…) Peut-être cette sympathie fondamentale, indispensable pour le sérieux même du travail de l’ethnographe, celui-ci n’a-t-il aucun mal à l’acquérir. Il souffre plutôt d’un défaut symétrique de l’hostilité vulgaire que je relevais il y a un instant. Dès le début, Hérodote n’est pas avare d’éloges pour les Scythes, ni Tacite pour les Germains, dont il oppose complaisamment les vertus à la corruption impériale. Quoique évoque du Chiapas, Las Casas me semble plus occupé à défendre les Indiens qu’à les convertir. Il compare leur civilisation avec celle de l’antiquité gréco-latine et lui donne l’avantage. Les idoles, selon lui, résultent de l’obligation de recourir à des symboles communs à tous les fidèles. Quant aux sacrifices humains, explique-t-il, il ne convient pas de s’y opposer par la force, car ils témoignent de la grande et sincère piété des Mexicains qui, dans l’ignorance où ils se trouvent de la crucifixion du Sauveur, sont bien obligés de lui inventer un équivalent qui n’en soit pas indigne. Je ne pense pas que l’esprit missionnaire explique entièrement un parti-pris de compréhension, que rien ne rebute. La croyance au bon sauvage est peut-être congénitale de l’ethnologie. (…) Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béate d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants. (…) Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent. (…) Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès. Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres. Roger Caillois (1974)
J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent « Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste ». Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes. Claude Lévi-Strauss
Si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance des règlements (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions); revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses; et pas de femmes. (…) En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants. (…) Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane … Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques)
J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. Claude Lévi-Strauss (Magazine littéraire, 2003)
Si intentionnellement, nous en arrivions à négliger les faibles et les sans défenses, cela ne pourrait être que pour un bénéfice incertain, au prix d’un crime actuel accablant . Nous devons donc accepter les effets, sans aucun doute néfaste, de la survie et de la propagation des faibles. (…) Bien que la lutte pour l’existence ait été et est toujours importante,  il y a, en ce qui concerne les parties les plus hautes de la nature humaine d’autres forces à l’oeuvre plus importante. En effet    les qualités morales progressent, de manière directe ou indirecte, beaucoup plus à travers les effets des coutumes, de la raison, de l’instruction, de la religion, etc., qu’à travers la sélection naturelle. Darwin (1871)
Dans nos sociétés occidentales, nous éloignons les indésirables, tandis que dans d’autres sociétés, on les ingère! Lévi-Strauss va très loin dans le relativisme culturel. Roland Pourtier (géographe)
Notre démocratie extrême, qui enjoint le respect absolu des « identités », rejoint le fondamentalisme qui punit de mort l’apostat. Il n’y a plus de changement légitime, parce qu’il n’y a plus de préférence légitime. Sous le flash de son unité proclamée, l’humanité s’immobilise par une liturgie continuelle et interminable d’adoration de soi. Pierre Manent
L’inauguration majestueuse de l’ère “post-chrétienne” est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en “radicalisant” le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et “radicalise” le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Le passage du sacrifice humain au sacrifice animal (…) représente un progrès immense (…) que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament  se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans  Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de  Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux. (…) Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. (…) Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). (…) Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle. (…) On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître  que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs. (…)  ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème !  (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…) Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. René Girard
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, mars 2008)
Les pays européens qui ont transformé la Méditerranée en un cimetière de migrants partagent la responsabilité de chaque réfugié mort. Erdogan
Mr. Kurdi brought his family to Turkey three years ago after fleeing fighting first in Damascus, where he worked as a barber, then in Aleppo, then Kobani. His Facebook page shows pictures of the family in Istanbul crossing the Bosporus and feeding pigeons next to the famous Yeni Cami, or new mosque. From his hospital bed on Wednesday, Mr. Kurdi told a Syrian radio station that he had worked on construction sites for 50 Turkish lira (roughly $17) a day, but it wasn’t enough to live on. He said they depended on his sister, Tima Kurdi, who lived in Canada, for help paying the rent. Ms. Kurdi, speaking Thursday in a Vancouver suburb, said that their father, still in Syria, had suggested Abdullah go to Europe to get his damaged teeth fixed and find a way to help his family leave Turkey. She said she began wiring her brother money three weeks ago, in €1,000 ($1,100) amounts, to help pay for the trip. Shortly after, she said her brother called her and said he wanted to bring his whole family to Europe, as his wife wasn’t able to support their two boys alone in Istanbul. “If we go, we go all of us,” Ms. Kurdi recounted him telling her. She said she spoke to his wife last week, who told her she was scared of the water and couldn’t swim. “I said to her, ‘I cannot push you to go. If you don’t want to go, don’t go,’” she said. “But I guess they all decided they wanted to do it all together.” At the morgue, Mr. Kurdi described what happened after they set off from the deserted beach, under cover of darkness. “We went into the sea for four minutes and then the captain saw that the waves are so high, so he steered the boat and we were hit immediately. He panicked and dived into the sea and fled. I took over and started steering, the waves were so high the boat flipped. I took my wife in my arms and I realized they were all dead.” Mr. Kurdi gave different accounts of what happened next. In one interview, he said he swam ashore and walked to the hospital. In another, he said he was rescued by the coast guard. In Canada, Ms. Kurdi said her brother had sent her a text message around 3 a.m. Turkish time Wednesday confirming they had set off. (…) “He said, ‘I did everything in my power to save them, but I couldn’t,’” she said. “My brother said to me, ‘My kids have to be the wake-up call for the whole world.’” WSJ
Personne ne dit que ce n’est pas raisonnable de partir de Turquie avec deux enfants en bas âge sur une mer agitée dans un frêle esquife. Arno Klarsfeld
Non, Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! C’est aussi ce que les musulmans murmurent à l’oreille des nouveaux nés…  Libération
L’islamophobie est une vilaine maladie. Mais elle se soigne. Et le remède – résultats garantis – se trouve dans Libération. Ce journal est en pointe dans la recherche visant à éradiquer l’islamophobie. C’est pourquoi dans sa rubrique « Desintox » en partenariat avec Arte (son et image) il a consacré plusieurs minutes à cette terrible maladie dont on sait qu’elle est dangereusement contagieuse. Pasteur avait découvert le vaccin contre la rage. Libération a trouvé le vaccin contre l’islamophobie. Et c’est titré : « Non Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Nous, intoxiqués que nous étions, on ne savait pas. Le poison était dans nos veines. Quand les égorgeurs de Daesh tranchaient la gorge de leurs prisonniers nous avions entendus sur leurs vidéos : « Allahou Akbar ! ». Les mêmes mots avaient accompagnés dans leur travail Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche, les frères Kouachi, Coulibaly. On avait entendu « Alahou Akbar ! » quand les guerriers de Boko Haram convertissaient de force les jeunes chrétiennes qu’ils avaient enlevées. C’est, nous avait-il semblé, en criant « Allahou Akbar ! » que les chébabs somaliens avaient démembrés des enfants (non musulmans) dans un hôtel de Nairobi. Et telles furent les derniers mots, nous avait-on dit, de ceux qui écrasèrent leurs avions le 11 Septembre 2001 sur les Twin Towers. Des dizaines d’autres exemples nous sont fournis par les radios et les télés, toutes apparemment islamophobes. Comment n’aurions-nous pas été intoxiqués ? Heureusement, Libération est là pour nous expliquer qu’en dépit de ces très fâcheuses coïncidences, que « Allahou Akbar n’est pas un cri de guerre ! ». Des détails nous sont donnés pas le journal. Un musulman voyant son équipe marquer un but lors d’un match de foot manifestera sa joie par « Allahou Akbar ! ». Et les premiers mots qu’un musulman murmure à l’oreille de son nouveau-né c’est aussi « Allahou Akbar ! ». Rien que de la joie et de la tendresse. Le zèle de Libération a quelque chose de pathétique. Que ne ferait-on pas pour recouvrir d’un voile épais une mare de sang ? Il faut maintenant aller plus loin et arrêter avec Daesh et consorts. Libération a certainement assez d’influence pour exiger de Canal + la retransmission intégrale des matchs de foot des équipes du Golfe avec les « Allahou Akbar ! » des supporters. Il parait indispensable que les chaines de télé diffusent les images touchantes des papas musulmans chuchotant « Allahou Akbar ! » dans l’oreille de leur nouveau-né. Comme ça on pourra oublier que c’est également ce que chuchotent les hommes de Daesh dans les oreilles des filles yazidis avant de les violer… Atlantico
Les Blancs, ça n’existe pas, mais il y en a trop partout – à l’Assemblée, dans l’entreprise et, bien entendu, à la télé. Cet heureux oxymore qui constitue le cœur du credo antiraciste vient d’être illustré spectaculairement par le CSA. Quelques jours après que toute la France convenable s’était étranglée de rage parce que Nadine Morano avait parlé de « race blanche », le « gendarme de l’audiovisuel » – qui ne traque rien d’autre que de supposés dérapages langagiers – tance la télévision française, coupable de ne montrer que 14 % de « personnes perçues comme non blanches » – non, je n’invente rien, c’est la terminologie employée par nos supposés sages. Et en prime de ne pas montrer sous un assez bon jour les perçus-comme-non-blancs, plutôt délinquants que médecins, plus souvent seconds rôles que héros. La madame Diversité du CSA, Mémona Hintermann, a donc fait la tournée des popotes médiatiques pour déplorer que les télés aient « peur de montrer des Noirs et des Arabes » – elle doit être très colère, Mémona, pour oublier de faire usage des périphrases stupides dictées par les bonnes manières progressistes. Quant à madame Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévisions, elle annonçait le Grand soir multiculturel il y a un mois : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. » Mais pour l’instant, il semble qu’elle ait exclusivement recruté des mâles blancs. Il est vrai qu’ils sont jeunes et de gauche, ce qui efface un peu la pâleur de leur teint. (…) Le plus intéressant, en l’occurrence, c’est la contradiction évidente qu’il y a à dénoncer Morano tout en applaudissant le CSA. (…) En clair, on ne peut voir la diversité ethnique que pour l’exalter. Dans ces conditions,  le CSA a le droit et même le devoir de compter les Blancs et les Noirs. (…) En conséquence, on a le droit de distinguer les Blancs des autres mais pour claironner que les uns sont trop nombreux et les autres pas assez. Ainsi, personne n’aurait embêté madame Morano si elle avait dit, par exemple, que la France devait cesser d’être un pays de race blanche. Du reste, il est très tendance de compter les Blancs pour s’endormir : ainsi a-t-on appris ces jours-ci par un édifiant article du Monde que les théâtres français étaient eux aussi « trop blancs ». Curieusement, on n’imagine pas un de nos innombrables « sages » se plaindre de l’hégémonie « non-blanche » dans le rap ou le R&B. Elisabeth Lévy
On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change. Delphine Ernotte (France Télévisions)
En France, nous parlons beaucoup, nous faisons beaucoup de rapports, beaucoup de réunions, nous nous gargarisons de la diversité mais à l’arrivée qu’est-ce qu’on fait? Très peu! Il suffit de regarder les écrans. La diversité de la population, on la croise dans les transports, dans les hôpitaux, dans les écoles. Il faut qu’on la croise aussi à la télévision ou à la radio. La diversité doit se distiller à travers les chaînes! Si la télévision publique donne le la, les autres ne pourront pas rester à l’écart. Mais je crois qu’ils n’ont pas envie de prendre ce qu’ils estiment être des risques. Qu’ils aillent dans les écoles, qu’ils aillent dans les universités, qu’ils aillent dans les hôpitaux, ils verront qu’il y a bien des médecins avec des gueules d’Arabes, ou des gueules de Noirs ou de Réunionnais! Il y a vraiment urgence…(…) Ce que j’attends de la télévision, ce sont d’abord des programmes qui nous rassemblent. A la télévision allemande, vous avez une présentatrice d’origine turque avec un co-présentateur de culture hébraïque. Les Allemands parlent beaucoup moins de la diversité que nous, mais qu’est-ce qu’ils font comme boulot! Mémona Hintermann (CSA)
Les résultats de la vague 2015 du baromètre de la diversité ne progressent pas sur le critère de l’origine par rapport à ceux de 2014 avec 14% de personnes perçues comme « non-blanches » présentes à l’antenne. L’étude montre, si l’on croise l’origine avec les données relatives à la catégorie socio-professionnelle, que le taux de personnes perçues comme non-blanches est à 17% pour les CSP- alors qu’il est à 11% pour les CSP+. Quand on évoque les activités marginales ou illégales, le taux de personnes perçues comme non-blanches est de 37%. Ainsi, plus on représente une catégorie sociale élevée moins la part des personnes perçues comme non-blanches est importante. En combinant le critère de l’âge avec l’origine perçue, on peut notamment remarquer que les personnes perçues comme « non-blanches » sont nettement plus représentées chez les moins de 20 ans (18%) qu’au sein de la tranche d’âge « 65 ans et plus » (4%). L’étude du baromètre montre que les personnes perçues comme « non-blanches » sont plus représentées par des hommes (16%) que par des femmes (13%). En termes de rôles, si le taux de personnes perçues comme « non-blanches » est de 21% pour les figurants, il n’est que de 9% pour les héros. De la même manière, s’agissant des attitudes, celles qui sont négatives sont incarnées à 29% par des personnes perçues comme « non-blanches » alors que les attitudes positives ne le sont qu’à 12% pour les personnes perçues comme « non-blanches ». Enfin, le taux de personnes perçues comme handicapées demeure particulièrement faible (0,4% des personnages indexés avec pondération). Baromètre du Conseil supérieur de l’audiovisuel
Ils étaient les témoins d’une autre époque. Chaque fois qu’une personne âgée meurt, c’est une bibliothèque qui disparait. En effet, c’est une partie de notre mémoire collective qui s’est éteinte. Patricia Raichini (maire de Petit-Palais)
En Afrique, chaque fois qu’un vieillard traditionaliste meurt, c’est une bibliothèque inexploitée qui brûle. Amadou Hampâté Bâ (UNESCO, 1960)
Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poètes ! Amadou Hampâté Bâ (1985)
A l’évidence, la montée du Front National dans les espaces ruraux angoisse les hommes politiques.Se mobiliser pour l’accident de Puisseguin offre aussi la possibilité de s’associer à une peine qui touche d’autres groupes que les agriculteurs, ici un groupe important et des résidents ruraux, les personnes âgées, un groupe consensuel car peu politisé en tant que tel. Les villages français sont pour beaucoup des villages de retraités, souvent en difficulté. (…) Le mondes ouvriers ruraux ont historiquement été moins encadrés par les partis de gauche et des franges plus significatives votent aujourd’hui, partout sur le territoire, pour le Front National à mesure de difficultés croissantes sur le marché de l’emploi. Le deuxième groupe singulier concerne les agriculteurs. Ils sont clairement à droite depuis longtemps, avec d’abord une adhésion très forte pour Jacques Chirac (depuis son passage au Ministère de l’Agriculture en pleine période de croissance), un effondrement notoire sous Sarkozy, et, depuis quelques années, une percée nouvelle du Front National. Cette percée touche les jeunes et les plus petits agriculteurs, les perdants du système, alors même que l’agriculture a depuis toujours puisé dans l’immigration et les fonds européens pour tirer sa force contemporaine. A de quelques exceptions géographiques près, l’électorat agricole vote peu à gauche. A l’inverse, les classes supérieures résident peu à la campagne, ou alors sur un mode temporaire ou secondaire. Mais elles incarnent une campagne récréative, patrimoniale, paysagère et écologique, goûtée par la bourgeoisie diplômée et urbaine qui elle vote pour les partis de gouvernement, qui en quelque sorte angoisse les classes populaires et les petits entrepreneurs des mondes ruraux qui souhaitent avant tout développer les usages productifs des campagnes. Chaque création de parc naturel ou chaque hectare perdu pour un grand projet (ligne TGV, stade, piste cyclable…) est vécu comme une violence de la ville sur la campagne. (…) Particulièrement pour les classes populaires, les enjeux politiques spécifiques aux mondes ruraux concernent avant tout les questions de l’accès aux marchés de l’emploi et aux services (santé, éducation, commerce) incarnés par la ville. Liée à ces enjeux, la question des transports, de l’accès à internet, est essentielle. Pour le groupe agricole, bien sûr, le débat est centré sur la place de l’Europe et la réduction à venir des subventions, mais plus encore, sur le tournant écologique de l’agriculture après des décennies particulièrement réussies de productivisme. Cette réorientation des politiques agricoles occasionne là, un divorce entre les élus et les groupes agricoles qui avancent vers cette échéance à reculons. Gilles Lafferté
En cette période d’anniversaire et à l’approche de la Toussaint, je voudrais combler un oubli de notre gouvernement. Bien involontaire, à n’en pas douter. Je voudrais rappeler le souvenir des deux vraies victimes. Je veux parler de Jean-Jacques le Chenadec et de Jean-Claude Irvoas. Qui sont-ils? Si vous les avez oubliés, vous avez des excuses, parce que ce sont les morts oubliés de ces événements, pire qu’oubliés, tus, escamotés, gommés. Alors pour rappel, Jean-Jacques le Chenadec, est cet homme âgé de 61 ans qui, à Stains, était descendu  en bas de son immeuble  parce que des jeunes mettaient le feu à des poubelles. Ils l’ont tué. Le meurtrier a été condamné à cinq ans de prison; il doit être libre à l’heure qu’il est. Jean-Claude Irvoas, 56 ans, a voulu prendre en photo du mobilier urbain, à Epinay-sur-Seine. Des trafiquants de drogue, croyant qu’il les prenait en photo, l’ont agressé. M. Irvoas, selon l’un des agresseurs,  a prétendu être officier de police. Les quatre dealers l’ont achevé. A Clichy-sous-bois, on inaugure aujourd’hui une allée qui porte le nom des deux jeunes morts dans le transformateur. Il n’y aura pas de plaques commémoratives pour Jean-Jacques le Chenadec et Jean-Claude Irvoas. Une pensée pour les familles de ces deux hommes morts deux fois,  de l’incurie de l’Etat et de son silence. On préfère commémorer la jeunesse qui met la France à feu et à sang. Riposte Laïque
Nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. Jeannette Bougrab
Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques. (…) Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. André Bercoff
Les Jeux mondiaux des peuples autochtones, (Jogos Mundiais dos Povos Indígenas), est une compétition sportive pour promouvoir la culture des peuples autochtones à travers le sport. L’idée d’une compétition sportive destinée exclusivement aux peuples autochtones, est née en 1975, dans l’esprit de Carlos Terena, un indien Terena. Il raconte qu’il était dans son hamac, et tout en rêvant, il a eu une vision, il a vu de nombreux peuples danser sur un terrain de football. Pendant près de 20 ans, il a cherché à concrétiser son projet, sans succès, jusqu’à sa rencontre dans les années 1990, avec la légende du football, Pelé, alors ministre des sports du Brésil. De cette collaboration, les jeux nationaux des peuples autochtones ont vu le jour en 1996, dans la ville de Goiânia, et connaîtront par la suite plusieurs autres éditions. Puis, devant le succès de ces jeux au Brésil, est apparue l’envie d’internationaliser cette compétition, en intégrant d’autres peuples autochtones, d’autres pays. Outre le sport, cette manifestation a aussi comme vocation de présenter un caractère spirituel à l’évènement. La première édition des jeux mondiaux des peuples autochtones, a lieu à Palmas, dans la capitale de l’État de Tocantins, au Brésil, du 20 octobre au 1er novembre 2015, moins d’un an avant les Jeux olympiques d’été de 2016, qui auront lieu à Rio de Janeiro. Deux mille athlètes, issus de quarante-six ethnies, de vingt pays, s’affronteront à travers des sports connus, tel que le football et l’athlétisme, mais pour l’essentiel, sur des sports traditionnels indigènes. Wikipedia
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. (…) Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves. Gaëlle Beaujean (commissaire de l’exposition)
Guezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
Les chefs traditionnels n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage. Shehu Sani (président du Congrès des droits civiques nigérian)
Curieusement, c’est au fil des années 1920, avec le long séjour de nombreux artistes brésiliens à Paris, partis pour y perfectionner leur formation, que ces derniers commencèrent à s’intéresser aux particularités de la culture brésilienne. En 1921, Antônio Gomide et Victor Brecheret débarquèrent à Paris, où se trouvait déjà Vicente do Rego Monteiro, suivis en 1923 de Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade, Anita Malfatti, Di Cavalcanti et Celso Antônio, parmi beaucoup d’autres artistes (…). C’est à Paris que Di Cavalcanti réalisa ses premiers dessins de mulâtres. Ce sujet fut ensuite associé de façon emblématique à son œuvre et il le revisita tout au long de sa vie. (…) Tarsila do Amaral est peut-être celle qui exprima le mieux cette transformation subite de langage, de thématique et de conscience. En 1921, inscrite à l’Académie Julian, elle s’exerçait à faire des nus postimpressionnistes ; en 1923, élève de Fernand Léger, elle réalisa l’une de ses créations les plus emblématiques, A negra (1923, São Paulo, Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo), considérée comme l’œuvre « pionnière d’un style moderniste brésilien ». Dans une lettre adressée à sa famille, la peintre constatait l’intérêt que les cultures exogènes suscitaient dans les milieux intellectuels français. (…) Ainsi, le voyage de Tarsila do Amaral est considéré comme l’archétype du séjour d’artiste, un cas « paradigmatique du rapport entre une condition sociale aisée, l’acculturation française et l’alignement moderniste ». Mariée au poète moderniste Oswald de Andrade et héritière comme lui d’une fortune considérable issue du café et du capital immobilier, Tarsila do Amaral réussit à intégrer les cercles internationaux de l’avant-garde établis à Paris grâce à de nombreuses stratégies, notamment son inscription en tant qu’élève dans les ateliers déjà célèbres d’Albert Gleizes, d’André Lhote et de Fernand Léger ; la formation d’une collection audacieuse d’œuvres modernistes grâce aux liens directs qu’elle entretenait avec les artistes eux-mêmes ou avec leurs galeristes, comme Léonce Rosenberg ; et le soin avec lequel elle construisit sa propre image de peintre pleinement moderne, comme l’atteste son autoportrait de 1923 (Rio de Janeiro, Museu Nacional de Belas Artes), dans lequel elle porte un manteau de Paul Poiret, dont la réputation de couturier élégant, moderne et « exotique » conférait à ses créations un capital symbolique exploité ici par l’artiste (…). À cette insertion stratégique de la peintre dans l’avant-garde cubiste française s’ajoute un autre élément, plebiscité également par l’intelligentsia brésilienne : la création d’une série d’œuvres modernes en dialogue avec les avant-gardes internationales de son temps mais construite à partir d’éléments considérés comme « nationaux ». Cette « phase Pau-Brasil », comme elle fut nommée, caractérise les productions de Tarsila do Amaral des années 1920. Dans une lettre que lui écrivit Mário de Andrade, chef de file intellectuel du groupe moderniste pauliste, insista sur l’importance pour les artistes brésiliens de rester fidèles à leur mission, à savoir celle de représenter leur pays. Ana Paula Cavalcanti Simioni
L’anthropophagie est une pratique caractéristique des Indiens Tupi vivant au Brésil avant la Conquête. En réactivant ce concept, Oswald de Andrade affirme avec provocation la singularité de la culture brésilienne par rapport à la culture européenne. Suely Rolnik revient quant à elle sur cette notion dans un contexte contemporain mondialisé. Elle pointe ainsi un aspect négatif de l’expérience anthropophage en créant le concept de « subjectivité flexible ». Cette nouvelle subjectivité renvoie à l’hyper-adaptabilité du sujet contemporain aux mondes prêts-à-porter que propose le capitalisme. Cependant, l’anthropophagie peut également être réactivée de manière positive pour construire une expérience critique du monde dans lequel nous évoluons. Monument de la littérature, le Manifeste anthropophage est l’un des textes fondateurs du modermisme brésilien. Son auteur, Oswald de Andrade, est connu pour son œuvre aussi diverse qu’iconoclaste et polémique. Le Manifeste anthropophage est, avec le Manifeste de la poésie Bois Brésil, l’un de ses écrits les plus radicaux. (…) Manger la culture colonisatrice, telle est la revendication du Manifeste anthropophage écrit au Brésil, en 1928. À travers cette poésie savoureuse, Oswald de Andrade prône la dégustation symbolique du colonisateur, affirmant la modernité brésilienne dans un processus de dévoration esthétique et politique qui consiste non pas à singer la modernité européenne mais à la manger, à l’assimiler pour en forger une déclinaison singulière. De Andrade offre ainsi une alternative originale au nivellement culturel et à la fascination pour une culture dominatrice. Dans Anthropophagie zombie, Suely Rolnik revient sur la tradition anthropophage brésilienne, mais note que cette tradition a pris une connotation négative avec l’avènement du capitalisme financier. En effet, si historiquement l’anthropophagie s’affirme comme un concept positif, les troubles d’une « guerre esthétique planétaire » ont dévoilé la face cachée d’une anthropophagie dévoyée. Inspirée par la philosophie de Gilles Deleuze et par son travail avec Félix Guattari, Suely Rolnik montre comment les structures de la subjectivité sont attaquées par le capitalisme financier, l’expérience anthropophage donnant naissance à la subjectivité d’un « peuple de zombies hyperactifs ». Comment réinvestir une anthropophagie positive et émanciper les subjectivités singulières ? Comment remettre le monde à l’œuvre ? L’élaboration critique de l’expérience anthropophage brésilienne pourrait-elle contribuer à problématiser la subjectivité contemporaine propre au régime du capitalisme financier ? Plus spécifiquement : pourrait-elle contribuer à problématiser la politique des relations à l’autre, tout comme le destin des puissances de création, inhérentes à cette nouvelle figure de la subjectivité ? En dernière instance, l’expérience anthropophage pourrait-elle contribuer à « soigner » l’actuelle fascination aveugle devant la flexibilité et la liberté d’hybridation récemment acquises ? Presses du réel

Devinez où la plus brésilienne des artistes a découvert sa brésilianité !

En ces temps décidément étranges …

Où à deux mois d’élections annoncées catastrophiques pour le parti au pouvoir, un tragique accident de la circulation se voit transmué en véritable 11 septembre national …

Où la mort de  personnes âgées qu’on avait laissées mourir par dizaine de milliers lors d’une canicule certes historique se voit dorénavant, reprenant la phrase célèbre d’un écrivain africain tentant de revaloriser les traditions orales d’un continent alors largement arriéré il y a quelques cinquante ans, qualifiée de bibliothèque qui disparait

Où, pour apaiser la fureur de nos chères têtes blondes qui en trois semaines d’émeutes il y a tout juste dix ans ont fait passer par le feu quelques 300 bâtiments publics et 10 000 voitures mais aussi laissé sur le carreau deux hommes un peu trop blancs, nos plus hautes autorités inaugurent en grande pompe, entre BEP de hip hop ou de street art, une stèle et une rue en l’honneur de deux jeunes imprudents qui s’étaient électrocutés eux-mêmes en fuyant dans un transformateur les policiers qui les poursuivaient …

Où, entre la course à l’adoption et l’allaitement de bébés africains, nos stars les plus célébrées du cinéma ou de la chanson se dévouent corps et âme, rivalisant de générosité pour apaiser des caméras et des médias toujours plus insatiables…

Où, pour apaiser une culpabilité toujours plus inexpiable, une Europe qui n’ose plus évoquer ses propres racines et n’arrive même plus à assurer sa propre reproduction ou même à intégrer ses minorités extra-européenes, s’offre littéralement à l’invasion de millions de damnés de la terre qui, entre boucliers humains et chantage à l’émotion et au nom d’une religion et une idéologie toujours plus violente et intolérante, n’hésitent pas à sacrifier leurs enfants …

Où, pour avoir tenté d’avertir leurs concitoyens contre la catastrophe que nos gouvernants nous préparent, nos lanceurs d’alerte voient leurs paroles, dirigeants, partis ou pays affublés du statut infamant de fascistes et de racistes …

Pendant qu’en un pays où le comptage ethnique est toujours interdit par la loi et toute tentative de mesurer l’étendue des problèmes immédiatement dénoncée comme raciste, l’on peut en revanche décompter les membres de la seule race blanche à condition bien sûr de dire qu’il y en a trop ou même des « personnes perçues comme non-blanches » à condition cette fois de dire qu’il n’y en pas assez

Où, sous prétexte qu’il n’est pas blanc, un président américain et chef supposé du Monde libre qui danse avec les tyrans et abandonne des peuples entiers aux pires massacres et exactions tout en multipliant dans la plus grande opacité et indifférence les exécutions extra-judiciaires, se voit traiter, prix Nobel de la paix compris, en véritable messie …

Où, pour préserver les prétendus droits d’une idéologie hégémonique et d’une religion proprement génocidaire et entre attaques au couteau de boucher et résolutions onusiennes, un  pays d’à peine 20 000 km2 et 8 millions d’habitants sur un ensemble de quelque 7 millions de km2 et plus de 400 millions d’habitants se voit interdit de prier sur ses propres lieux saints et mis au ban des nations

Et à l’heure où après avoir célébré l’art nègre et l’art négrier, le Pays autoproclamé des droits de l’homme réouvre son deuxième musée ethnographique

Et où, avec une cinquantaine d’ethnies originaires de 23 pays représentées, le Brésil inaugure les premiers Jeux mondiaux des peuples indigènes

Comment ne pas repenser …

A ce manifeste fondateur du mouvement moderniste brésilien des années 20  qui, comme son titre l’indique et selon le retournement désormais devenu classique du stigmate en mot d’ordre à la Black is beautiful …

Réactivait, derrière le titre provocateur, la pratique alors condamnée du cannibalisme des Indiens Tupi d’avant la conquête coloniale pour imposer la singularité de la culture brésilienne en ne revendiquant rien de moins que la dévoration de la culture européenne ?

Mais comment ne pas aussi se rappeler sa plus célèbre protagoniste et inspiratrice, la peintre brésilienne et épouse de l’auteur dudit manifeste Tarsila do Amaral

Qui, dans son célèbre tableau Abaporu et une lettre à sa famille, en révélait le ressort caché …

A savoir derrière le détournement iconoclaste tant de la célèbre formule de Shakespeare que de la fameuse sculpture de Rodin …

La redécouverte, par ses maitres parisiens après Montaigne et dans le musée même que l’on réouvre à grande pompe aujourd’hui, d’une primitivité jusque-là dénigrée …

Et considérée depuis, dans un de ces renversements radicaux dont notre époque s’est fait la spécialité et dont on peut constater chaque jour un peu plus les effets, comme le nec plus ultra de la modernité  ?

Le modernisme brésilien, entre consécration et contestation

Ana Paula Cavalcanti Simioni
Traduction de Carlos Spilak
p. 325-342
Résumé
Au Brésil, les créations artistiques de ce qu’on a appelé le premier modernisme brésilien (aux environs de 1920-1940) ont acquis une réelle consécration. Ce sont plus que des objets esthétiques, on leur attribue des valeurs symboliques. Le présent article prétend analyser le processus social qui a élaboré cette consécration en considérant trois moments. Le premier se caractérise par l’émergence de l’histoire de l’art moderne au Brésil, fondée sur les actions et les discours divulgués par les protagonistes du mouvement eux-mêmes. Le deuxième se réfère à l’institutionnalisation de la valeur des œuvres et des artistes. Un processus qui impliqua divers autres agents comme les interventions du milieu universitaire, les acquisitions officielles de fonds réalisées par le régime autoritaire du Brésil et les stratégies du marché de l’art entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970. Pour finir, du milieu des années 1970 à nos jours encore, se manifeste un révisionnisme critique des limites formelles, politiques et historiques de ce mouvement. À la fois objet de dévotion et de rejet, le modernisme brésilien se présente comme un fait culturel d’une importance sans pareille pour le domaine artistique brésilien.

Cet article est une traduction de : Modernismo brasileiro: entre a consagração e a contestação

1En 1995, le collectionneur argentin Eduardo Constantini fit l’acquisition, chez Christie’s à New York, de la toile Abaporu de Tarsila do Amaral, achevée en 1928. S’agissant du prix le plus élevé jamais atteint par une peinture brésilienne sur le marché international (1,3 million de dollars), cette transaction acquit un statut emblématique, renforcée par l’émoi qu’elle suscita au Brésil. L’exposition actuelle du tableau dans l’important Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires (MALBA), à l’ombre d’œuvres d’artistes consacrés tels que Frida Kahlo, Wilfredo Lam, Xul Solar et Antonio Berni, n’a pas suffi à apaiser le sentiment que la vente du tableau à l’étranger représentait une perte pour la culture nationale. L’importance de cet épisode met en évidence la valeur paradigmatique de cette œuvre, aux côtés d’autres peintures et sculptures réalisées par les artistes désignés comme les « modernistes » brésiliens. En effet, le modernisme brésilien, dont la première phase de production artistique s’étend des années 1920 aux années 1940, s’est consolidé en prenant une place unique dans l’histoire culturelle du Brésil. Ses œuvres principales furent alors perçues, et le sont encore, comme des artefacts matériels susceptibles de cristalliser symboliquement une culture nationale de portée internationale. Elles se virent attribuer non seulement des qualités artistiques, mais aussi des valeurs culturelles et politiques plus larges, devenant ainsi des symboles identitaires.

2La glorification du modernisme brésilien est un processus qui traverse tout le xxe siècle et qui implique un ensemble d’acteurs – critiques, historiens, commissaires d’expositions – ainsi que diverses pratiques sociales, y compris le marché de l’art, les acquisitions effectuées par les musées et même, parfois, des politiques culturelles explicites mises en œuvre par l’État au niveau national ou régional. Ce processus peut être sommairement divisé en trois grandes phases. La première, qui s’étend de 1917 aux années 1940, est marquée par la construction d’une histoire de l’art moderne au Brésil qui donne la parole aux participants mêmes du mouvement. Une deuxième période, des années 1940 à la fin des années 1970, est celle de la consécration institutionnelle du modernisme en tant que valeur de l’art moderne au Brésil, un développement favorisé par la publication de travaux universitaires et par l’acquisition officielle de fonds reconnus ayant appartenu à des modernistes. À la fin des années 1970, enfin, s’ouvre une phase de révision critique marquée par l’émergence de contestations portant sur le caractère moderne du modernisme brésilien, mettant en évidence les limites formelles de ce mouvement ainsi que la place centrale occupée par certains groupes et certaines régions du pays dans cette construction discursive et canonique, tandis que des tentatives furent engagées pour repenser, de façon plus nuancée, la portée et la spécificité de ces productions au Brésil.

Les premiers temps du modernisme
1  Le Brésil est composé de vingt-six États et du district fédéral (ou se trouve Brasília, la capitale (…)
3Les origines du modernisme au Brésil demeurent un sujet de désaccord. Les différends que suscite cette question révèlent non seulement des dichotomies entre des modes d’interprétation et de définition du terme même de modernisme, mais aussi des clivages régionaux qui divisent des groupes d’intellectuels, des universités – dont le prestige est hiérarchiquement différencié –, des musées, des galeries et des collectionneurs brésiliens1.
2  L’idée de la Semaine de Deauville comme modèle pour la Semaine d’art moderne de 1922 a été proposé (…)
4Toutefois, selon le point de vue le plus répandu, le déclenchement du mouvement moderniste peut être situé en 1922, à São Paulo. Au mois de février de cette année, une série de manifestations littéraires, musicales et artistiques, appelée la Semaine d’art moderne (en référence à des modèles étrangers, notamment la Semaine de Deauville)2, se déroula au Théâtre municipal de São Paulo, une institution phare de l’élite locale conservatrice, inaugurée en 1914. Pour beaucoup d’auteurs, cet épisode est considéré comme le moment d’éclosion du modernisme national et un jalon majeur de l’histoire de l’art brésilien. En effet, la conception du modernisme comme un produit éminemment pauliste, promu initialement par les protagonistes du mouvement, fut reprise et réaffirmée dans les études publiées dans les années 1970 (Amaral, 1970 ; Brito, [1958] 1974 ; Almeida, [1961] 1976).
3  Anita Malfatti étudia la peinture à Berlin sous Fritz Burger et Lovis Corinth de 1910 à 1914, puis (…)
5L’adoption de la « Semaine de 22 » comme point de départ reflète le processus de construction de la mémoire du modernisme brésilien, nourrie initialement par des textes diffusés par les intellectuels et artistes qui appartenaient eux-mêmes au cercle moderniste. L’identification d’un groupe en tant que tel remonte cependant à 1917, année où Anita Malfatti, artiste pauliste revenue au Brésil après avoir effectué des études en Allemagne et aux États-Unis3, exposa des œuvres qui choquèrent la société locale. Ses nus vigoureux au fusain et, en particulier, ses peintures expressionnistes, qui présentent un chromatisme libre et des sujets humains inhabituels – des immigrés (O Japonês, 1915-1916, São Paulo, Instituto de Estudos Brasileiros), des fous (A boba, 1915-1916, Museu da Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo) – furent fort mal reçus par un public habitué aux esthétiques naturalistes et postimpressionnistes dominantes.
4  Monteiro Lobato, « A Propósito da Exposição Malfatti », dans O Estado de S. Paulo, 20 décembre 191 (…)
5  « […] em termos concretos, toda a vida intelectual era dominada pela grande imprensa, que constitu (…)
6  Plusieurs des premiers articles des modernistes ont été publiés dans les livres de Marta R. Batist (…)
6La même année, en réaction à l’exposition au Théâtre municipalMarcela Mastrocola2014-09-29T11:43:00, le critique le plus important de São Paulo, Monteiro Lobato, publia un article dont la question centrale, « Paranoïa ou mystification ? », exprimait son rejet des avant-gardes, entendu globalement comme un courant opposé à la figuration naturaliste4 (voir Chiarelli, 1995). La critique sévère déployée par Lobato contre le travail de Malfatti – il considérait les déformations comme du mauvais goût – interpella plusieurs jeunes écrivains et artistes, dont Oswald de Andrade, Menotti del Picchia et Emiliano Di Cavalcanti, qui se mirent à défendre Malfatti dans les journaux. Ce faisant, ces intellectuels et artistes commencèrent à se reconnaître et à agir en tant que groupe, soutenu principalement par la grande presse. São Paulo, bien qu’elle fût la ville la plus riche du Brésil – grâce aux capitaux cumulés par les exportations de café, à un processus de modernisation accéléré par l’arrivée récente de nombreux immigrés et à un développement d’industrialisation embryonnaire – possédait alors relativement peu d’institutions culturelles. Parmi celles qui existaient, on peut citer la faculté de droit (Faculdade de Direito) ; le Museu Paulista, fondé en 1895 et rattaché plus tard à l’Universidade de São Paulo ; la Pinacoteca do Estado de São Paulo, inaugurée en 1905 (l’unique musée de la ville consacré exclusivement aux beaux-arts) ; et le Liceu de Artes e Ofícios, un centre de formation d’artistes dédié plus aux arts appliqués qu’aux beaux-arts. Ainsi que le souligne le sociologue Sergio Miceli, pendant cette période « toute la vie intellectuelle était dominée par la grande presse, qui constituait la principale instance de production culturelle de l’époque et qui concédait la plupart des récompenses et des positions intellectuelles »5. Les journaux et les magazines illustrés constituaient donc le lieu où ces intellectuels se retrouvaient, exposaient leurs travaux et diffusaient leurs idéaux. Grâce aux organes de presse de la ville, la première génération de modernistes s’imposa donc localement, peu à peu. Plusieurs relevaient ainsi le défi des critiques lancées par Lobato contre Malfatti : au plaidoyer publié par Oswald de Andrade dans le Jornal do Commercio en 1918 s’ajoutèrent les textes de Menotti Del Picchia, parus dans le Correio Paulistano en 1920, et de Mário de Andrade, diffusés dans le Jornal de Debates en 19216.

7Bien que ces écrivains ne se soient pas rassemblés autour de principes cohérents pouvant donner lieu à des manifestes, ils se voyaient et étaient perçus par leurs adversaires comme des « futuristes », en référence au célèbre Manifeste du futurisme (1909) de l’Italien Filippo Tommaso Marinetti. Soucieux de dépasser tout ce qu’ils considéraient comme rétrograde dans la culture brésilienne – non seulement les traditions agraire, régionale, populaire, mais aussi celles académique et parnassienne –, ils cherchaient à être en phase avec le cosmopolitisme rayonnant des avant-gardes européennes. Dans cette optique, ils développèrent à travers leurs œuvres une image de São Paulo ouverte à la modernisation, en constante mutation, libérée du passé et dirigée toujours vers l’avenir. Dans ce désir de transformation immédiate, cette ville émergeait comme « un mythe technicisé » (Fabris, 1994a), lieu de destruction des traditions, aspirant à des innovations en tout genre, réceptive à de nouveaux langages artistiques et à des transformations sociales, politiques et culturelles dans le sillon des vagues d’immigration. Même si cette image d’un São Paulo moderne reflétait plus les souhaits des « futuristes » que l’expérience au quotidien des habitants de la métropole, de telles images sont, encore aujourd’hui, ancrées dans un imaginaire qui conçoit la ville comme porte-flambeau de la nation.

8Orientée vers cet idéal, la production des « futuristes » ne revendiquait pas alors les particularités de la culture brésilienne ; bien au contraire, elle aspirait à élever la culture nationale, perçue comme arriérée, au niveau des expériences internationales, considérées comme cosmopolites et progressistes. Cette ambition se trouve notamment exprimée dans le roman de Mário de Andrade Pauliceia desvairada (1922) et dans l’album Fantoches da meia-noite (1921) de Di Cavalcanti. En effet, les œuvres exposées pendant la « Semaine de 22 » – à l’exception de celles envoyées par Anita Malfatti et John Graz – ne furent perçues ni comme radicalement modernes au vu des esthétiques postimpressionnistes et néocoloniales régnantes, ni comme empreintes d’un esprit nationaliste (Amaral, 1970).

7  « […] Paris pôs uma marca na minha inteligência. Foi como criar em mim uma nova natureza e o meu a (…)
9Curieusement, c’est au fil des années 1920, avec le long séjour de nombreux artistes brésiliens à Paris, partis pour y perfectionner leur formation, que ces derniers commencèrent à s’intéresser aux particularités de la culture brésilienne. En 1921, Antônio Gomide et Victor Brecheret débarquèrent à Paris, où se trouvait déjà Vicente do Rego Monteiro, suivis en 1923 de Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade, Anita Malfatti, Di Cavalcanti et Celso Antônio, parmi beaucoup d’autres artistes (Batista, 2012). C’est à Paris que Di Cavalcanti réalisa ses premiers dessins de mulâtres. Ce sujet fut ensuite associé de façon emblématique à son œuvre et il le revisita tout au long de sa vie. Dans son autobiographie, Di Cavalcanti explique : « Paris a laissé une trace dans mon intellect. Ce fut comme créer en moi une nouvelle nature, et mon amour pour l’Europe a transformé mon amour de la vie en amour de tout ce qui est civilisé. Et en tant que civilisé, j’ai commencé à connaître mon pays »7.
8  « […] pioneira de um estilo modernista brasileiro » (Amaral, [1975] 2003, p. 97).
9  « […] Sinto-me cada vez mais brasileira: quero ser a pintora de minha terra, Como agradeço por t (…)
10Tarsila do Amaral est peut-être celle qui exprima le mieux cette transformation subite de langage, de thématique et de conscience. En 1921, inscrite à l’Académie Julian, elle s’exerçait à faire des nus postimpressionnistes ; en 1923, élève de Fernand Léger, elle réalisa l’une de ses créations les plus emblématiques, A negra (1923, São Paulo, Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo), considérée comme l’œuvre « pionnière d’un style moderniste brésilien »8. Dans une lettre adressée à sa famille, la peintre constatait l’intérêt que les cultures exogènes suscitaient dans les milieux intellectuels français : « Je me sens de plus en plus brésilienne : je veux être la peintre de mon pays. Ô combien je suis reconnaissante d’avoir passé toute mon enfance à la campagne, dans l’exploitation familiale. Les réminiscences de cette époque deviennent précieuses pour moi. Dans l’art, je veux être la campagnarde de São Bernardo, qui joue avec les poupées en paille, comme dans le dernier tableau que je peins en ce moment. Ne croyez pas que cette tendance soit mal perçue ici. C’est tout le contraire. Ce que l’on veut, c’est que chacun apporte la contribution de son propre pays. C’est ainsi que l’on explique les succès des ballets russes, des gravures japonaises et de la musique noire. Paris en a assez de l’art parisien »9.
10  « […] paradigmático da relação entre condição abastada, aculturação francesa e alinhamento moderni (…)
11Ainsi, le voyage de Tarsila do Amaral est considéré comme l’archétype du séjour d’artiste, un cas « paradigmatique du rapport entre une condition sociale aisée, l’acculturation française et l’alignement moderniste »10. Mariée au poète moderniste Oswald de Andrade et héritière comme lui d’une fortune considérable issue du café et du capital immobilier, Tarsila do Amaral réussit à intégrer les cercles internationaux de l’avant-garde établis à Paris grâce à de nombreuses stratégies, notamment son inscription en tant qu’élève dans les ateliers déjà célèbres d’Albert Gleizes, d’André Lhote et de Fernand Léger ; la formation d’une collection audacieuse d’œuvres modernistes grâce aux liens directs qu’elle entretenait avec les artistes eux-mêmes ou avec leurs galeristes, comme Léonce Rosenberg ; et le soin avec lequel elle construisit sa propre image de peintre pleinement moderne, comme l’atteste son autoportrait de 1923 (Rio de Janeiro, Museu Nacional de Belas Artes), dans lequel elle porte un manteau de Paul Poiret, dont la réputation de couturier élégant, moderne et « exotique » conférait à ses créations un capital symbolique exploité ici par l’artiste (Miceli, 2003).
11  Le pau-brasil, ou bois-brésil, une espèce végétale qui était abondante au moment de l’arrivée des (…)
12  En français dans le texte.
13  « Tarsila, minha querida amiga/Cuidado! Fortifiquem-se bem de teorias e desculpas e coisas vistas (…)
12À cette insertion stratégique de la peintre dans l’avant-garde cubiste française s’ajoute un autre élément, plebiscité également par l’intelligentsia brésilienne : la création d’une série d’œuvres modernes en dialogue avec les avant-gardes internationales de son temps mais construite à partir d’éléments considérés comme « nationaux ». Cette « phase Pau-Brasil »11, comme elle fut nommée, caractérise les productions de Tarsila do Amaral des années 1920. Dans une lettre que lui écrivit Mário de Andrade, chef de file intellectuel du groupe moderniste pauliste, insista sur l’importance pour les artistes brésiliens de rester fidèles à leur mission, à savoir celle de représenter leur pays : « Ma très chère amie Tarsila/Faites attention ! Emplissez-vous bien des théories, des excuses et des choses vues à Paris. Lorsque vous serez de retour, nous allons nous bagarrer, pour sûr. Dès maintenant je vous lance le défi, vous tous ensemble, Tarsila, Osvaldo et Sergio, d’une discussion formidable. Vous êtes parti à Paris en bourgeois. Vous êtes épatés12. Et vous êtes devenus des futuristes ! Hi, hi, hi ! Je pleure de jalousie ! Aïe, aïe, aïe ! Quelle pédale ! Mais, c’est vrai que je vous considère, vous tous, comme des paysans de Paris. Vous n’êtes devenus des Parisiens qu’en surface. C’est horrible, Tarsila ! Tarsila, reviens vers toi-même. Laisse tomber Gris et Lhote, patrons de criticismes dégénérés et d’esthésies d’ardents ! Quitte Paris, Tarsila ! Tarsila, reviens dans la forêt vierge, où il n’y a pas d’art nègre, où il n’y a pas de torrent gentil. Il y a la FORÊT VIERGE. J’ai créé le forêtviergisme. Je suis forêtviergiste. C’est de ça que le monde, l’art, le Brésil et ma très chère Tarsila ont besoin. […] Je t’embrasse très amicalement, Mário »13.
13Tout au long des années 1920, cette vision du modernisme comme un mouvement de valeur nationale et internationale dont le point de départ serait la « Semaine de 22 » se constitua comme un dogme, grâce, comme nous l’avons vu, à la place occupée par ses membres dans la presse de l’époque, devenue une sorte d’arène permettant la propagation des idéaux du groupe. Menotti del Picchia, l’un de ses plus ardents défenseurs, détenait une colonne quotidienne dans le Correio Paulistano, tandis qu’Oswald de Andrade possédait une liberté totale d’écrire dans le Jornal do Commercio, tout comme dans l’éminente revue O Pirralho, dont il était propriétaire. Ce n’est pas un hasard si la plus importante manifestation des modernistes en tant que groupe fut la parution, à l’issue de la « Semaine de 22 », de la revue Klaxon, vitrine de leur production littéraire, plastique et intellectuelle, en circulation de 1922 à 1923 (Moraes, 2011, p. 163-167).

14Hissé au statut de premier mouvement considéré comme authentiquement brésilien, assimilé à un cri de la conscience nationale, le modernisme brésilien a investi certains groupes et certains acteurs du mouvement d’un statut de grande importance ; ils sont ainsi devenus des symboles culturels – et politiques – des pouvoirs de transformation issus des nations « périphériques ». Andrea Giunta analyse la force des stratégies périphériques qui permirent à plusieurs artistes latino-américains, et en particulier ceux du mouvement Pau-Brasil né avec Tarsila do Amaral et Oswald de Andrade, de s’approprier des structures formelles primitives, en déplaçant le sens de « l’altérité » vers le centre du discours des avant-gardes. Ce faisant, les modernes contribuaient activement à développer le discours universalisant de la modernité (Giunta, 2011, p. 300). Discours qui, dans le cas des « modernités périphériques » (Sarlo, 1988), semblaient posséder la force d’une action libératrice. Les périphéries participent enfin à des mouvements culturels centraux mais à partir de valeurs et de stratégies qui leur étaient propres.

14  Feijoada est un plat traditionnel des esclaves au Brésil composé de haricots et de morceaux de via (…)
15Si les années 1920 furent une décennie d’effervescence du modernisme en devenir, les années 1930 s’annoncèrent comme une période de maturation et d’institutionnalisation. Le gouvernement de Getúlio Vargas (1937-1945), pour s’opposer au libéralisme et au régionalisme qui avaient caractérisé la Première République, mena une politique centralisatrice qui avait pour but de créer un « nouvel homme brésilien ». Dès lors, la culture et l’éducation devinrent prioritaires, nécessaires pour modeler l’« âme de la nation » (Schwarztman, 1984). Une série de politiques culturelles furent instaurées dans le but de promouvoir l’intégration nationale au moyen de symboles qui, aujourd’hui encore, sont des emblèmes de « brésilianité », comme la feijoada14 ; la capoeira et la samba, pratiques auparavant combattues car associées au passé esclavagiste, sont maintenant considérées comme des signes de convivialité pacifique entre races et cultures qui permettent de célébrer le « métissage » comme un élément national d’assimilation (Schwarcz, 1995).
15  En français dans le texte.
16  Pierre calcaire blanche utilisée pour la statuaire et les travaux d’architecture. Elle sert aussi (…)
16Dans le domaine des arts et de l’architecture, le ministère dirigé par Gustavo Capanema prit la décision de faire du domaine de la culture une affaire d’État en lui attribuant des subventions qui permettaient la réalisation de commandes et en créant une intelligentsia, un corps techniquement qualifié pour assurer leur mise en œuvre (Miceli, [2001] 2005). On inaugura un champ fructueux de possibilités pour les intellectuels, les artistes et les architectes, dont plusieurs d’orientation moderniste, qui furent appelés à participer à un régime clairement autoritaire. Le cas le plus emblématique en est le siège du ministère de l’Éducation et de la Santé, dont la construction devait matérialiser les discours sur la nation. À la suite d’un concours officiel, l’architecte néocolonial Archimedes Memória fut retenu, ce qui déplut au ministre, désireux d’un langage plus moderne. Capanema annula le concours et choisit pour concevoir le nouveau siège l’architecte urbaniste d’orientation moderniste Lúcio Costa, dont le projet avait été initialement refusé. Se forma alors une équipe composée d’Affonso Reidy, de Carlos Leão, de Jorge Moreira et d’Oscar Niemeyer, auxquels il faut ajouter l’aide précieuse de Le Corbusier, l’architecte moderniste franco-suisse qui jouissait alors d’une relative renommée internationale. L’édifice constitue une parfaite synthèse visuelle du modernisme brésilien. D’un côté, il intègre des éléments du paradigme international défendu par Le Corbusier – l’utilisation de pilotis pour libérer le rez-de-chaussée, d’une façade vitrée, d’un plan libre et de brise-soleil15, facteurs associés à un discours progressiste destiné à la célébration du futur. De l’autre, il relit et réinsère une supposée « tradition » architecturale brésilienne, dans la mesure où il utilise des matériaux comme les azulejos blancs et bleus, conçus par le peintre le plus célèbre de l’époque, Candido Portinari, pour recouvrir les murs extérieurs de l’édifice ; les bois nobles nationaux (comme le sucupira) pour confectionner le plancher ; le lioz16 portugais pour revêtir les étages nobles et le gneiss carioca pour les parois latérales, deux pierres qui étaient très employées par les sculpteurs baroques. Constitué d’éléments qui matérialisent la récupération imaginaire d’un certain passé lié au baroque, cet édifice réunit le futur et le passé (Williams, 2001 ; Cavalcanti, 2006).
17À l’intérieur se détache l’ensemble des peintures commandées à Candido Portinari, qui avait remporté un succès en 1934 avec la composition O Mestiço (1934, São Paulo, Pinacoteca do Estado de São Paulo), qui montrait sa capacité à rendre héroïques des figures de Noirs et de métis issus des classes populaires. Son appréhension visuelle des questions raciales concordait avec le discours alors en vigueur dans les milieux intellectuels nationaux, et son art rencontra vite l’approbation de l’Estado Novo, dont il rejoignait les idéaux. Portinari réalisa dix panneaux pour le ministère, chacun figurant un des moments spécifiques des divers cycles économiques qui constituent la trajectoire de la nation : Bois-Brésil, Caoutchouc, Sucre, Café, etc. En combinant les éléments classiques et modernes et en jouant de la déformation anatomique et des éléments expressionnistes, l’artiste créait des tensions non seulement entre les plans de la composition, mais aussi entre l’idéologie travailliste et raciale propagée par le gouvernement d’une part et la représentation particulière de l’héroïsme élaborée dans la série d’autre part. Le peintre osait représenter les Noirs et les Métis comme les protagonistes de l’histoire du pays : hommes et femmes anonymes, force de travail expropriée et martyrisée (Fabris, 1996).

17  Le complexe de la Pampulha, situé au bord d’un lac artificiel, à 18 kilomètres de Belo Horizonte, (…)
18Avec l’Estado Novo, le modernisme prit un relief considérable. Après le ministère de l’Éducation et de la Santé, le Conjunto da Pampulha, construit entre 1942 et 194317, rassembla également des noms importants de l’architecture et des beaux-arts. Réalisé à Belo Horizonte, le projet consacra définitivement Niemeyer et Portinari en tant que représentants respectivement de l’architecture et de la peinture moderniste brésilienne. D’autres commandes importantes suivirent, comme le parc d’Ibirapuera à São Paulo, inauguré en 1954, et la ville de Brasília, construite entre 1956 et 1960. Le modernisme devint l’image de marque du pays.
18  Portinari of Brazil, (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1940), New York, 1940 ; Braz (…)
19Pendant l’Estado Novo, une série d’événements visant à construire une image positive du Brésil fut organisée dans l’optique d’une politique de rapprochement entre les États-Unis et l’Amérique latine. En 1940, l’exposition Portinari of Brazil eut lieu au Museum of Modern Art (MoMA) à New York, suivie en 1943 de la très importante Brazil Builds, également au MoMA18. Conçue par le directeur de l’institution, Philip Goodwin, elle fut accompagnée d’un catalogue qui devint une référence internationale concernant l’architecture brésilienne, représentée tant par les édifices baroques que par des créations modernistes. Il ne faut pas non plus oublier la présence du Brésil à l’Exposition universelle de New York en 1939-1940, dont le pavillon a été dessiné par Costa et Niemeyer. Dans la décennie suivante, la renommée internationale de Niemeyer et de Portinari fut définitivement confirmée par leur collaboration à la construction du siège des Nations Unies à New York entre 1947 et 1953 : l’architecte carioca était l’un des co-auteurs du projet architectural, et le peintre pauliste réalisa deux immenses panneaux représentant la Guerre et la Paix. La bataille pour étendre et consolider le modernisme brésilien était gagnée.
20Le modernisme s’imposa comme canon national incontestable jusqu’à l’arrivée, dans les années 1950, des langages constructivistes. L’introduction des courants abstraits, en particulier avec l’inauguration de la Bienal de São Paulo en 1951, remit en cause la dominance des langages figuratifs constitutifs du programme type moderniste qui s’était propagé au Brésil depuis les années 1920. Au fil des années 1950, on assista à l’ascension de l’abstraction géométrique (plus connue au Brésil sous le nom de concrétisme) comme une nouvelle avant-garde nationale (Brito, 1985 ; Couto, 2004). La montée de l’art abstrait entraîna la dépréciation de la production des générations précédentes et, par conséquent, une certaine marginalisation des œuvres et des artistes modernistes.

La consécration historique du modernisme
19  La première partie de l’article a d’abord été publiée en 1953, dans un magazine allemand intitulé (…)
20  « […] libertação de uma série de recalques históricos, sociais, étnicos, que são trazidos triunfal (…)
21  « […] o mulato e no negro são definitivamente incorporados como temas de estudo, inspiração, exemp (…)
21En 1952, l’année du trentième anniversaire de la « Semaine de 1922 », il y avait donc peu de choses à célébrer. Cependant, au moment même où le modernisme commençait à s’essouffler, un processus visant à inscrire ce mouvement dans l’histoire se mit en marche. L’origine de cette consécration historique n’est pas à chercher dans le domaine artistique, dominé par les concrétistes, mais dans le milieu universitaire. En 1953, Antonio Candido de Mello e Souza, l’un des intellectuels brésiliens les plus respectés – marié à Gilda de Mello e Souza, critique et professeur d’esthétique, cousine de Mário de Andrade – développa, dans un essai intitulé « Literatura e cultura de 1900 a 1945 », une idée déjà présente dans les écrits de Mário de Andrade. Ce dernier, prônant une mise en valeur de la culture locale, avait renoué notamment avec certaines prémisses du romantisme brésilien, une sorte d’esthétique officielle du Second Empire brésilien (1840-1889). Pour Antonio Candido de Mello e Souza, la dialectique entre le localisme et le cosmopolitisme soulevée par Mário de Andrade était un paradigme persistant qui avait constitué la « loi d’évolution de notre vie spirituelle » (Souza, [1965] 2000, p. 101)19. L’intellectuel identifiait le romantisme et le modernisme comme les deux moments où ce processus avait atteint son sommet. Cependant, alors que le romantisme brésilien n’avait pu rompre complètement avec le modèle européen, le modernisme avait promu d’après lui une réelle autonomie culturelle en encourageant la « libération d’une série de refoulés historiques, sociaux, ethniques, qui remontent triomphalement à la surface de la conscience littéraire. Ce sentiment de triomphe, qui marque la fin de la position d’infériorité dans le dialogue séculaire avec le Portugal – et qui ne le prend même plus en compte – définit l’originalité spécifique du modernisme dans la dialectique de l’universel et du particulier »20. Cette transformation, selon lui, avait trouvé son impulsion dans la réinterprétation d’un héritage historique – éloigné en tout de l’Europe et difficile à dépasser – marqué par l’esclavage, le métissage et le rapport à la nature et au paysage. Selon l’auteur, c’est avec le modernisme que « les handicaps, supposés ou réels, sont réinterprétés comme des atouts » et, enfin, « le mulâtre et le noir sont définitivement intégrés comme des sujets d’études, d’inspiration, d’exemple. Le primitivisme devient désormais une source du beau et non plus une entrave à l’élaboration de la culture. Et cela dans la littérature, la peinture, la musique et les sciences de l’homme »21.
22En raison de son importance littéraire, esthétique et également politique, la publication d’Antonio Candido de Mello e Souza joua un rôle fondamental dans la diffusion de l’idée du modernisme comme un modèle canonique pour le Brésil. La position qu’il occupait dans la culture brésilienne y a également contribué : professeur de grande renommée à l’Universidade de São Paulo, il forma des générations d’enseignants, de chercheurs et de critiques toujours en exercice aujourd’hui dans les domaines artistiques et littéraires. Comme nous avons pu le remarquer, il existait une continuité intellectuelle entre la pensée de la génération moderniste des années 1920 et les analyses de Candido Mello e Souza, ou encore celles d’autres intellectuels qui se réunirent dès les années 1940 autour de la revue Clima (Pontes, 1998 ; Passiani, 2003). Le fait que plusieurs représentants de premier plan de la revue, y compris Candido, Gilda de Mello e Souza, Paulo Emilio Sales Gomes et Décio de Almeida Prado, aient été professeurs à l’Universidade de São Paulo, l’une des plus importantes du pays, rendit possible la réalisation de ce que Pierre Bourdieu appelle « l’imposition de la consécration des producteurs et des produits » du champ littéraire et artistique (Bourdieu, [1992] 1996, p. 253). Leurs publications, réalisées à l’intérieur du système universitaire et perçues comme des référents de qualité, de rigueur et d’érudition, bénéficiaient du sceau de l’autorité concrète et symbolique concédée par l’institution.

23À la suite de l’article d’Antonio Candido de Mello e Souza parurent quantité d’ouvrages de nature semblable, dans lesquels on peut identifier des thématiques récurrentes telles que la place centrale de l’intelligentsia pauliste dans la diffusion du modernisme à l’échelle nationale ; la « Semaine de 1922 » comme événement fondateur ; et la capacité du mouvement à synchroniser la production culturelle brésilienne à celle des plus importants centres de son époque, permettant ainsi de dépasser le retard historique supposé du Brésil tout en exaltant les particularités locales, populaires et métisses, liées à la prétendue reconquête de la culture nationale.

24Au-delà de ces éléments plus substantiels, un autre aspect commun est le caractère téléologique de ces récits, qui ont eu tendance à relier différents faits historiques de façon chronologique en vue d’établir un enchaînement logique entre la constitution du groupe moderniste en 1917, la « Semaine de 22 » et des épisodes plus récents, dont le plus important fut la fondation à São Paulo du Museu de Arte Moderna (MAM) en 1948 et du Museu de Arte de São Paulo (MASP) en 1949. Cette approche caractérise des publications considérées jusqu’à présent comme des ouvrages de référence pour l’histoire de l’art brésilien, comme l’História do modernismo no Brasil de Mário da Silva Brito, publié originellement en 1958 (Brito, [1958] 1974), et De Anita ao Museu de Paulo Mendes de Almeida, dont la première édition date de 1961 (Almeida, [1961] 1976). Souvent consultés pour leur contenu informatif présumé, ces deux ouvrages sont en fait entièrement structurés selon un parti pris esthétique implicite qui consiste à présenter la fondation des musées comme la somme des actions entreprises par les modernistes à partir des années 1920.

25En parallèle au surgissement des ouvrages cités plus haut, qui appartiennent à l’historiographie moderniste, il faut signaler un autre type de publication paru pendant cette période, moins analytique mais tout aussi important pour la dissémination plus généralisée des connaissances sur la génération des années 1920 : des témoignages et des mémoires des protagonistes de la première génération moderniste. En 1954 parut le Testamento de Mário de Andrade e outras reportagens de Francisco de Assis Barbosa (Barbosa, 1954) puis, en 1955, les mémoires de Di Cavalcanti, intitulé Viagem da minha vida: o testamento da Alvorada (Di Cavalcanti, [1955] 1995) ; deux ans après, Manuel Bandeira publia son récit semi-autobiographique Itinerário a Pasárgada (Bandeira, 1957), et l’année suivante parut un recueil des lettres de Mário de Andrade, Cartas a Manuel Bandeira (Andrade, Bandeira, 1958 ; sur la correspondance entre les deux écrivains, voir Moraes, 2000). La mise à disposition – souvent par des défenseurs plus jeunes, tels que Candido et Gilda de Mello e Souza – de ce matériau participa de façon décisive à légitimer les revendications des modernistes des années 1920 et 1930 quant à leur signification pour la culture nationale (Coelho, 2012).

26Pendant les années 1960, non seulement de nouvelles publications vinrent renforcer le triomphe du modernisme, mais aussi certaines actions, notamment conduites par l’État, étayèrent le processus de sa consécration. Les nombreuses études existantes sur l’intervention de l’État dans le domaine des arts plastiques pendant la dictature militaire de 1964 à 1988 (voir, par exemple, Ridenti, 2000 ; Napolitano, 2011) donnent en général la priorité à l’analyse d’œuvres et d’artistes vus à travers le prisme de la résistance, la conséquence étant de focaliser l’attention sur les directives visant à limiter et à entraver la liberté artistique. Le régime militaire provoqua une production intense de textes, certains rédigés par les artistes eux-mêmes, critiquant les limites à la création artistique imposées par l’État autoritaire. Toutefois, il importe de souligner que l’interférence de l’État dans le domaine des arts plastiques ne se cantonna pas seulement à une dynamique négative, coercitive, celle d’un État censeur ; on peut y déceler aussi un programme constructif de promotion de certaines tendances, de certains groupes et/ou de certains langages artistiques, bien que soumis aux orientations idéologiques autoritaires (Durand, [1989] 2009 ; Ortiz, 1988).

22  Voir le site des archives : http://www.casaguilhermedealmeida.org.br (consulté le 15 septembre 2013).
27L’acquisition des collections modernistes, quasiment dans leur ensemble, soutenue par le pouvoir public, en est un exemple révélateur. En 1968, grâce à l’entremise de Candido de Mello e Souza, l’Universidade de São Paulo put acquérir la collection d’art de Mário de Andrade, accompagnée des archives personnelles de l’écrivain – réunissant une impressionnante collection de lettres échangées avec les personnalités de son époque – et de sa bibliothèque (Batista, Lima, 1998). Cette acquisition fut suivie, l’année suivante, de celle de la collection, des archives et de la bibliothèque d’un autre grand écrivain et collectionneur moderniste, Guilherme de Almeida, par l’État de São Paulo22. L’achat de tels ensembles documentaires mit en évidence une préférence de l’État pour des mémoires et des productions modernistes, alors même qu’aucune politique semblable d’acquisition, de mécénat ou de soutien direct n’était menée en direction des artistes vivants (Brito, [1975] 2005). La portée posthume de ces acquisitions mérite d’être signalée, dans la mesure où leur dimension publique implique un accès permanent et renouvelé à ces sources, suscitant des recherches (universitaires ou autre) en continu, et augmentant leur importance et leur légitimité jusqu’à nos jours (Coelho, 2012).
28C’est également à cette même époque, entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1970, que se consolida un marché de l’art au Brésil, grâce notamment à l’appui indirect de l’État, qui mit en place des accords avec le système bancaire national afin d’octroyer des lignes de crédit spécifiques pour l’acquisition d’œuvres d’art. Pendant cette décennie de miracle économique, l’œuvre d’art devint un objet d’investissement, participant ainsi à la constitution d’un marché de biens symboliques au Brésil (Ortiz, 1988). S’agissant initialement de ventes de bienfaisance, ce système, alimenté par des ventes aux enchères, assuma peu à peu un caractère commercial, et les prix pratiqués ont commencé à servir de références pour les galeries privées, alors en plein essor.

29Dans ce contexte, les œuvres des artistes modernistes brésiliens devinrent progressivement les marchandises les plus convoitées. À la fin des années 1960, et selon une stratégie purement commerciale, des marchands d’art à São Paulo firent l’acquisition à bas prix d’œuvres de peintres modernistes faiblement cotés et relativement oubliés, et se mirent à les stocker. En même temps, ils investirent dans la constitution d’une histoire de la peinture brésilienne à partir du matériel qu’ils détenaient, faisant publier des livres sur les artistes concernés, dont ils exposaient aussi les œuvres dans leurs galeries (Durand, [1989] 2009 ; Bueno, 2012). Ce processus de valorisation marchande de la production moderniste fut concomitant avec la disparition des membres les plus remarquables du mouvement (Lasar Segall décèda en 1957, José Gianini Pancetti en 1959, Candido Portinari et Alberto da Veiga Guignard en 1962, Anita Malfatti en 1964, Vicente do Rego Monteiro en 1970, et Tarsila do Amaral et Flávio de Carvalho en 1973), circonstance qui augmenta la rareté de leurs œuvres, datées et limitées, et fit grimper leur cote sur un marché caractérisé par la circulation de biens en quantité restreinte.

30Le cinquantenaire de la Semaine d’art moderne, célébré en 1972, marqua l’apogée de la consécration du modernisme, désormais encensé par la critique, l’université, le marché, les musées, les collectionneurs et même, bien qu’indirectement, par l’État. Durant les années 1970, plusieurs de ses membres les plus connus firent l’objet d’études monographiques rigoureuses, effectuées par des chercheurs réputés, en général liés à l’université. Ces ouvrages furent rapidement publiés et constituent encore maintenant les principaux livres de référence sur chacun de ces artistes. Ainsi Portinari, pintor social, mémoire de deuxième cycle soutenu par Annateresa Fabris en 1975 (Fabris, [1975] 1990), Tarsila, sua obra e seu tempo, thèse de doctorat soutenu par Aracy Amaral en 1975 (Amaral, [1975] 2003), et, en 1980, Anita Malfatti e o início da arte moderna no Brasil, mémoire de deuxième cycle soutenu par Marta Rossetti Batista (Batista, [1980] 2006). Reconnus en tant que groupe, les modernistes furent également compris comme des singularités artistiques, des puissances créatives individualisées. Le cycle de consécration touchait à sa fin.

Le modernisme en débat
31Les critiques contre ce phénomène ne tardèrent pas à surgir. Déjà en 1975, dans un article important intitulé « Análise do circuito », Ronaldo Brito souligna les limites et les vices du rapport entre l’art et le marché de l’art au Brésil au début des années 1970 (Brito, [1975] 2005). Se gardant d’adopter le ton optimiste et flatteur qui prédominait dans les discours de l’époque sur la croissance du marché de l’art, vue comme l’un des signes de la transformation économique du pays, l’auteur exposa dans ce texte son caractère limité et élitiste. Les critiques et les historiens n’échappèrent pas non plus aux reproches : plutôt que d’accomplir leurs tâches en toute indépendance, ils s’étaient faits les « inventeurs » d’auteurs et d’artistes oubliés du passé, les inscrivant dans une tradition culturelle nationale et dressant une histoire de l’art brésilien dont les contours reflétaient non pas ses aspects formels et esthétiques, mais plutôt les intérêts des galeries qu’ils représentaient (Brito, [1975] 2005, p. 58).

23  « […] paradoxalmente às custas da conquista cultural moderna por excelência: a autonomia da experi (…)
32Ronaldo Brito revint à plusieurs reprises dans ses écrits sur les limites du modernisme brésilien, esquissant au fil de ses écrits une approche interprétative réfractaire à l’historiographie dominante. À la rigueur, pour Brito, ainsi que pour la génération qui lui succéda et qui détient aujourd’hui une position prestigieuse dans la critique culturelle nationale, les premières productions modernistes ne furent pas proprement modernes. Appelées a posteriori à représenter une « culture authentiquement nationale », elles furent plutôt conçues dans l’optique d’« un rite de passage vers la modernité ». Et elles ouvrirent ce chemin « paradoxalement aux dépens de la conquête culturelle moderne par excellence : l’autonomie de l’expérience du moi lyrique moderne et son abandon total à l’aventure de l’œuvre »23. De son point de vue, ce fut seulement dans les années 1950, avec le triomphe au Brésil de l’abstraction (le concrétisme) et en particulier avec l’internationalisation suscitée par la Bienal de São Paulo, que se constitua au Brésil une conscience esthétique proprement moderne (Brito, 1985).
24  Sur l’importance de Clement Greenberg pour la critique brésilienne, voir Fabris, 1994a et Couto, 2 (…)
33C’est ainsi qu’apparaît une contradiction intéressante : ce qui semblait être la force culturelle du premier modernisme – sa capacité à incarner un art à la fois national et moderne – fut également sa limite. Pour des auteurs comme Ronaldo Brito, Rodrigo Naves (Naves, 1996) et même Tadeu Chiarelli (Chiarelli, 2012), les modernistes des années 1920 à la fin des années 1940, en répondant aux exigences idéologiques du moment, furent incités à figurer dans leurs œuvres une supposée réalité nationale. Ils restèrent ainsi prisonniers d’un schéma traditionnel de représentation, avec des référents visuels précis, ce qui donna lieu à une conception presque narrative de la peinture. Comme l’affirme Brito, les toiles de cette première génération « signifient beaucoup » ; leurs auteurs étaient enfermés dans une rhétorique sociale et humaine qui ne leur permettait pas de considérer l’espace de la toile comme pleinement autonome, un champ de recherches éminemment formelles (Brito, 1985, p. 13). À la différence du modernisme français, dont ils se réclamaient les héritiers éloignés, les modernistes brésiliens se limitèrent au sujet, à l’asservissement de la peinture à un contenu. Dans les Cinq filles à Guaratinguetá d’Emiliano Di Cavalcanti, par exemple, une relecture des Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso, le thème de la prostituée et du nu féminin semblait inspirer l’artiste bien plus que la dissolution de la perspective qui fait de l’œuvre de Picasso un jalon dans l’histoire de l’art. De même, Tarsila do Amaral, en formation dans l’atelier de Léger, choisit comme modèle Paysages animés, la série la moins audacieuse et la plus figurative de son maître, sans conserver sa critique de la modernité (Miceli, 2003). Il convient cependant de remarquer que les critiques à propos du caractère peu moderne du modernisme brésilien relèvent d’une perspective théorico-méthodologique particulière, établie notamment par Clement Greenberg24. Celle-ci privilégie l’auto-référentialité comme critère de valeur, excluant ainsi les injonctions sociales, historiques et politiques qui forment le contexte de l’œuvre. Cette approche mit en avant certains modes d’expression artistiques, comme la peinture et la sculpture, ce qui signifie l’exclusion a priori de certains mouvements et pratiques artistiques tels que l’Art nouveau, l’Art déco, le design et la mode, ou encore certains courants artistiques figuratifs, par exemple le surréalisme. Enfin, faisant abstraction des contextes et des conditions de création, elle prend pour acquis que la logique de développement des champs artistiques français et nord-américain est exemplaire, et les présente comme des modèles abstraits et universels à suivre, notamment par des pays dont la vie artistique possède une histoire propre, souvent distincte de celles désignées comme exemplaires.
25  « Paradoxal vanguarda a nossa, dividida entre passado e presente, ainda incerta sobre o significad (…)
34Dans le cas brésilien, ce dernier aspect est décisif. Si l’historienne de l’art Annateresa Fabris convient que les œuvres des modernistes ne sont pas modernes selon la perspective soutenue par le paradigme greenbergien, elle affirme qu’elles le furent d’un autre point de vue, dans la mesure où elles suscitèrent une conscience esthétique culturelle nouvelle et radicale au sein de la société locale (Fabris, 1994b). Aussi est-il possible de penser qu’il y eût au Brésil une avant-garde avant le modernisme, ou mieux encore, un modernisme qui s’affirma non par des langages artistiques en voie d’autonomisation, mais par des stratégies d’intervention collectives et par le rapport avec le public qu’il visait à provoquer. Comme elle l’affirme : « Elle est paradoxale, notre avant-garde, partagée entre le passé et le présent, encore dubitative au sujet de la signification de l’art moderne, polémique dans quelques-unes de ses propositions les plus extrémistes mais tout de même consciente de la nécessité d’une action violente si l’on souhaite imprimer de nouveaux rythmes à la création culturelle au Brésil »25.
35Outre les divergences quant à la définition du modernisme et la conciliation de l’expérience historique particulière du cas brésilien avec des concepts prétendument universels, d’autres tensions traversent aujourd’hui le débat historiographique. Parmi elles, on trouve la question géopolitique qui étaie les récits modernistes. Celle-ci consiste à mettre en cause la croyance largement répandue que le modernisme brésilien est un produit pauliste à l’origine qui se serait propagé dans tout le Brésil à partir de cet épicentre. Plusieurs études des dernières années insistent sur l’importance des arts graphiques et de quelques œuvres plastiques réalisées à Rio de Janeiro au tournant du xxe siècle, et leur rôle dans la formation d’une nouvelle conception visuelle propre aux transformations urbaines en cours dans la capitale sous la Première République – conception qui aurait précédé la conscience moderne urbaine revendiquée par les défenseurs de la « Semaine de 22 » (Velloso, 1996 ; Herkenhoff, 2002). D’autres études dénoncent les récits qui tendent à méconnaître et à sous-estimer la dynamique propre de la production et de la circulation des œuvres dans d’autres capitales régionales (Bulhões, 1995 ; Tejo, 2012).

36Il faut encore mentionner les nombreux travaux universitaires qui proposent une réinterprétation des critiques lancées par les modernistes de São Paulo contre les pratiques académiques (Coli, 2005 ; Migliaccio, 2000 ; Marques, 2001 ; Chiarelli, 2010 ; Dazzi, 2011). Les recherches actuelles sur la création au Brésil autour de 1900 montrent que la vision d’une académie restée hostile aux intenses transformations politiques et sociales survenues à la suite de la proclamation de la République en 1889 est incorrecte. Ces analyses ont considérablement élargi la compréhension de la signification historique du terme moderne au Brésil, contestant ainsi le monopole revendiqué par les travaux canoniques sur le modernisme produits dans les années 1970 et 1980.

37Ces différends à propos des origines, des dates, des lieux et des significations de ce qui est ou n’est pas moderne au Brésil font remonter à la surface la vitalité et la place centrale de ce sujet pour l’art et la culture du Brésil. Plutôt que de chercher une issue à cette impasse, il nous semble préférable d’invoquer Pierre Bourdieu, qui caractérisa l’art moderne justement comme une lutte permanente entre les membres du domaine artistique pour imposer leur propre définition de ce que sont l’art et l’artiste (Bourdieu, [1992] 1996, p. 255-281). Le concept de modernisme n’impliquerait donc pas un style unique, facilement identifiable par des caractéristiques formelles ou historiques précises et dont les origines et les maîtres seraient indiscutables ; il s’agit plutôt d’un concept en négociation permanente, dont le sens spécifique est revendiqué par chacun des groupes, des artistes, des critiques et des historiens impliqués dans cet univers concurrentiel, tous convaincus de leurs croyances, passionnés par ce qu’ils font et incertains quant aux victoires futures.
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– Passiani, 2003 : Enio Passiani, Nas trilha do Jeca: Monteiro Lobato e a formação do campo literário no brasil, São Paulo, 2003.

– Pontes, 1998 : Heloisa Pontes, Destinos mistos: os críticos do grupo Clima em São Paulo, 1940-68, São Paulo, 1998.

– Ridenti, 2000 : Marcelo Ridenti, Em busca do povo brasileiro: artistas de Revolução, do CPC à Era da TV, Rio de Janeiro/São Paulo, 2000.

– Rubino, 1992 : Silvana Rubino, As fachadas da história, mémoire de Master, Universidade Estadual de Campinas, 1992.

– Sarlo, 1988 : Beatriz Sarlo, Una modernidad periférica. Buenos Aires 1920 y 1930, Buenos Aires, 1988.

– Schwartzman, 1984 : Simon Schwartzman et al., Tempos de Capanema, São Paulo/Rio de Janeiro, 1984.

– Schwarcz, 1995 : Lília Schwarcz, « Complexo de Zé Carioca. Notas sobre uma identidade mestiça e malandra », dans Revista Brasileira de Ciências Sociais, 10/29, octobre 1995, p. 6-29.

– Souza, (1953) 2000 : Antonio Candido de Mello e Souza, « Literatura e cultura de 1900 a 1945 », dans Literatura e sociedade, São Paulo, (1953) 2000.

– Tejo, 2012 : Cristiana Tejo et al., Uma história da arte?, Recife, 2012.

– Velloso, 1996 : Mônica Pimenta Velloso, Modernismo no Rio de Janeiro: Turunas e Quixotes, Rio de Janeiro, 1996.

– Williams, 2001 : Daryle Williams, Culture Wars in Brazil: The First Vargas Regime, 1930-1945, Durham (VA), 2001.
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Notes
1  Le Brésil est composé de vingt-six États et du district fédéral (ou se trouve Brasília, la capitale fédérale), dotés d’une relative autonomie politique, économique et juridique, et marqués par plusieurs clivages internes et d’inégalités à différents niveaux. Chaque État a généralement un système universitaire, avec des institutions publiques (fédérales et/ou de l’État) et d’autres privées. Le pays possède de nombreux centres intellectuels et culturels, mais les ressources sont concentrées surtout dans les États de São Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais, Rio Grande do Sul, Pernambuco, Bahia et Brasília. Ces divisions entraînent des partis pris historiographiques relativement distincts, la géopolitique étant l’un des axes qui articulent le débat, aux côtés d’autres perspectives théoriques et méthodologiques plus générales. Le marché de l’art est plutôt concentré à São Paulo et à Rio de Janeiro, qui se disputent le titre de « capitale artistique et intellectuelle » du pays, malgré l’importance de la production historiographique des autres États. Sur le champ artistique brésilien, les musées et les politiques publiques, voir Fialho, 2012 ; sur la concentration d’expositions et de commissaires à São Paulo et à Rio de Janeiro, consulter Cypriano, 2012.

2  L’idée de la Semaine de Deauville comme modèle pour la Semaine d’art moderne de 1922 a été proposée par Marinette Prado, épouse de Paulo Prado, un riche intellectuel de São Paulo qui était l’un des mécènes de la « Semaine de 22 ». Selon son témoignage recueilli par Aracy Amaral, la Semaine de Deauville se tenait chaque l’été, depuis le xixe siècle, et proposait des expositions de peinture, de mode, etc. (voir Amaral, 1998, p. 128-129).

3  Anita Malfatti étudia la peinture à Berlin sous Fritz Burger et Lovis Corinth de 1910 à 1914, puis rentra au Brésil en 1914 au début de la Première Guerre mondiale. Dès l’année suivante, toujours grâce à des subventions et des ressources familiales, elle poursuivit ses études de peinture à New York. Élève dans un premier temps à la Art Students League, elle étudia ensuite sous Homer Bross à la Independent School of Art, où elle resta jusqu’à son retour définitif au Brésil en 1917 (Batista, [1985] 2006).

4  Monteiro Lobato, « A Propósito da Exposição Malfatti », dans O Estado de S. Paulo, 20 décembre 1917.

5  « […] em termos concretos, toda a vida intelectual era dominada pela grande imprensa, que constituía a principal instância de produção cultural da época e que fornecia a maioria das gratificações e posições intelectuais » (Miceli, [2001] 2005, p. 17).

6  Plusieurs des premiers articles des modernistes ont été publiés dans les livres de Marta R. Batista (Batista, 1972) et Mário da Silva Brito (Brito, [1958] 1974).

7  « […] Paris pôs uma marca na minha inteligência. Foi como criar em mim uma nova natureza e o meu amor à Europa transformou meu amor à vida em amor a tudo que é civilizado. E como civilizado comecei a conhecer minha terra » (Di Cavalcanti, [1955] 1995, p. 142).

8  « […] pioneira de um estilo modernista brasileiro » (Amaral, [1975] 2003, p. 97).

9  « […] Sinto-me cada vez mais brasileira: quero ser a pintora de minha terra, Como agradeço por ter passado na fazenda a minha infância toda. As reminiscências desse tempo vão se tornando preciosas para mim. Quero, na arte, ser a caipirinha de São Bernardo, brincando com bonecas de mato, como no ultimo quadro que estou pintando. Não pensem que essa tendência é mal vista aqui. Pelo contrario. O que se quer aqui é que cada um traga contribuição do seu próprio país. Assim se explicam os sucessos dos bailados russos, das gravuras japonesas e da musica negra. Paris está farta de arte parisiense (Amaral, [1975] 2003, p. 78).

10  « […] paradigmático da relação entre condição abastada, aculturação francesa e alinhamento modernista » (Durand, [1989] 2009, p. 77).

11  Le pau-brasil, ou bois-brésil, une espèce végétale qui était abondante au moment de l’arrivée des Portugais dans le Nouveau Monde, a donné son nom au pays. La revendication de cette expression par les modernistes locaux reflétait donc l’importance qu’ils attribuaient aux questions « natives ».

12  En français dans le texte.

13  « Tarsila, minha querida amiga/Cuidado! Fortifiquem-se bem de teorias e desculpas e coisas vistas em Paris. Quando vocês aqui chegarem, temos briga, na certa. Desde já, desafio vocês todos juntos, Tarsila, Osvaldo e Sergio para uma discussão formidável. Vocês foram a Paris como burgueses. Estão épatés. E se fizeram futuristas! hi! hi! hi! choro de inveja UI! Ui! Ui! Mas que viado! Mas é verdade que considero vocês todos uns caipiras em Paris. Vocês se parisianizaram na epiderme. Isso é horrível! Tarsila, Tarsila, volta para dentro de ti mesma. Abandona o Gris e o Lhote, empresários de criticismos decrépitos e de estesias de ardentes! Abandona Paris! Tarsila! Tarsila!Vem para a mata virgem, onde não há arte negra, onde não há também arroios gentis. Há MATA VIRGEM. Criei o matavirgismo. Sou matavirgista. Disso é que o mundo, a arte, o Brasil e minha queridíssima Tarsila precisam. […] Um abraço muito amigo do Mário » (Mário de Andrade, dans Amaral, [1975] 2003, p. 369).

14  Feijoada est un plat traditionnel des esclaves au Brésil composé de haricots et de morceaux de viande de porc mélangés à du riz blanc (introduit par des immigrés japonais au xixe siècle) et à du chou (une plante indigène). Pendant la période du gouvernement de Getúlio Vargas, il était exalté comme étant « la nourriture typique nationale » car il permettait de célébrer la notion de mixité culturelle/raciale prônée par le régime.

15  En français dans le texte.

16  Pierre calcaire blanche utilisée pour la statuaire et les travaux d’architecture. Elle sert aussi à faire des plaques de revêtement.

17  Le complexe de la Pampulha, situé au bord d’un lac artificiel, à 18 kilomètres de Belo Horizonte, se composait de quatre bâtiments : le casino (devenu le musée d’art), la Maison de bals (devenue le Centre d’études sur l’urbanisme, l’architecture et le design), le Yacht Club et la merveilleuse église São Francisco de Assis, entièrement décorée par Portinari. Ce fut le premier grand projet d’Oscar Niemeyer.

18  Portinari of Brazil, (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1940), New York, 1940 ; Brazil Builds: Architecture New and Old, 1652-1942, Philip L. Goodwin éd., (cat. expo., New York, The Museum of Modern Art, 1943), New York, 1943.

19  La première partie de l’article a d’abord été publiée en 1953, dans un magazine allemand intitulé Staden-Jahrbuch, puis dans la première édition du livre de Cândido Mello e Souza, Literatura e sociedade: estudos de teoria et história literária, paru à São Paulo en 1965 (Coelho, 2012, p. 90).

20  « […] libertação de uma série de recalques históricos, sociais, étnicos, que são trazidos triunfalmente à tona da consciência literária. Este sentimento de triunfo, que assinala o fim da posição de inferioridade no diálogo secular com Portugal e já nem o leva mais em conta define a originalidade própria do Modernismo na dialética do geral e do particular » (Souza, [1953] 2000, p. 110).

21  « […] o mulato e no negro são definitivamente incorporados como temas de estudo, inspiração, exemplo. O primitivismo é agora fonte de beleza e não mais empecilho à elaboração da cultura. Isso na literatura, na pintura, na música, nas ciências do homem » (Cândido, [1953] 2000, p. 110).

22  Voir le site des archives : http://www.casaguilhermedealmeida.org.br (consulté le 15 septembre 2013).

23  « […] paradoxalmente às custas da conquista cultural moderna por excelência: a autonomia da experiência do eu lírico moderno e sua entrega total à aventura da obra » (Brito, [1975] 2005, p. 137).

24  Sur l’importance de Clement Greenberg pour la critique brésilienne, voir Fabris, 1994a et Couto, 2004, ainsi qu’un entretien avec le critique d’art Rodrigo Naves : http://www.forumpermanente.org/rede/numero/rev-numero7/entrevRodrigoNav (consulté le 15 septembre 2013).

25  « Paradoxal vanguarda a nossa, dividida entre passado e presente, ainda incerta sobre o significado da arte moderna, polêmica em relação a algumas de suas propostas mais extremistas, mas assim mesmo consciente da necessidade de uma ação violenta se se quisessem imprimir novos ritmos à criação cultural no Brasil » (Fabris, 1994a, p. 24-25).

Auteur
Ana Paula Cavalcanti Simioni
Docteur en sociologie de l’Universidade de São Paulo, elle est enseignante-chercheuse à l’Instituto de Estudos Brasileiros à l’Universidade de São Paulo, où elle développe ses recherches sur l’art et le genre au Brésil, les pratiques et les créations modernistes brésiliennes, et l’art et la culture sous la Première République brésilienne (1889-1930).

Voir aussi:

Manifeste anthropophage / Anthropophagie zombie
Oswald de Andrade / Suely Rolnik [tous les titres]
BlackJack éditions
paru en novembre 2011
édition française
14,5 x 21 cm (broché)
108 pages
14.00 €
ISBN : 978-2-91806-322-3
EAN : 9782918063223
en stock

Un dialogue entre deux appropriations singulières du concept d’anthropophagie à deux moments historiques clés : une nouvelle traduction du poème culte et fondateur de la modernité brésilienne d’Oswald de Andrade, prônant l’ingestion symbolique du colonisateur et de sa culture, publiée en regard d’une analyse par Suely Rolnik d’une expérience anthropophagique contemporaine dévoyée dans le contexte du capitalisme financier.
Et si l’anthropophagie nous permettait de penser notre contemporanéité ? En confrontant le Manifeste anthropophage et Anthropophagie Zombie, cet opus orchestre un dialogue entre deux appropriations singulières du concept d’anthropophagie à deux moments historiques clés : l’avènement de la modernité dans le poème culte d’Oswald de Andrade et l’avènement du capitalisme financier dans le texte de Suely Rolnik. L’anthropophagie est une pratique caractéristique des Indiens Tupi vivant au Brésil avant la Conquête. En réactivant ce concept, Oswald de Andrade affirme avec provocation la singularité de la culture brésilienne par rapport à la culture européenne. Suely Rolnik revient quant à elle sur cette notion dans un contexte contemporain mondialisé. Elle pointe ainsi un aspect négatif de l’expérience anthropophage en créant le concept de « subjectivité flexible ». Cette nouvelle subjectivité renvoie à l’hyper-adaptabilité du sujet contemporain aux mondes prêts-à-porter que propose le capitalisme. Cependant, l’anthropophagie peut également être réactivée de manière positive pour construire une expérience critique du monde dans lequel nous évoluons.

Monument de la littérature, le Manifeste anthropophage est l’un des textes fondateurs du modermisme brésilien. Son auteur, Oswald de Andrade, est connu pour son œuvre aussi diverse qu’iconoclaste et polémique. Le Manifeste anthropophage est, avec le Manifeste de la poésie Bois Brésil, l’un de ses écrits les plus radicaux. Blackjack éditions en propose ici une nouvelle traduction, largement annotée. Manger la culture colonisatrice, telle est la revendication du Manifeste anthropophage écrit au Brésil, en 1928. À travers cette poésie savoureuse, Oswald de Andrade prône la dégustation symbolique du colonisateur, affirmant la modernité brésilienne dans un processus de dévoration esthétique et politique qui consiste non pas à singer la modernité européenne mais à la manger, à l’assimiler pour en forger une déclinaison singulière. De Andrade offre ainsi une alternative originale au nivellement culturel et à la fascination pour une culture dominatrice.

Dans Anthropophagie zombie, Suely Rolnik revient sur la tradition anthropophage brésilienne, mais note que cette tradition a pris une connotation négative avec l’avènement du capitalisme financier. En effet, si historiquement l’anthropophagie s’affirme comme un concept positif, les troubles d’une « guerre esthétique planétaire » ont dévoilé la face cachée d’une anthropophagie dévoyée. Inspirée par la philosophie de Gilles Deleuze et par son travail avec Félix Guattari, Suely Rolnik montre comment les structures de la subjectivité sont attaquées par le capitalisme financier, l’expérience anthropophage donnant naissance à la subjectivité d’un « peuple de zombies hyperactifs ».

Comment réinvestir une anthropophagie positive et émanciper les subjectivités singulières ? Comment remettre le monde à l’œuvre ? L’élaboration critique de l’expérience anthropophage brésilienne pourrait-elle contribuer à problématiser la subjectivité contemporaine propre au régime du capitalisme financier ? Plus spécifiquement : pourrait-elle contribuer à problématiser la politique des relations à l’autre, tout comme le destin des puissances de création, inhérentes à cette nouvelle figure de la subjectivité ? En dernière instance, l’expérience anthropophage pourrait-elle contribuer à « soigner » l’actuelle fascination aveugle devant la flexibilité et la liberté d’hybridation récemment acquises ?

Oswald de Andrade est né à Sao Paulo en 1890. Avec l’écrivain, poète et critique Mario de Andrade, le poète Menotti del Picchia et les peintres Anita Malfatti et Tarsila do Amaral, Oswald de Andrade forme le Groupe des Cinq, qui agita la vie culturelle et artistique brésilienne dans les années 20. De Andrade fut l’un des propagateurs les plus actifs des idées modernistes, promouvant notamment la Semaine de l’Art moderne (festival de littérature, de musique et d’arts plastiques) en février 1922, au Théâtre municipal de São Paulo. Le but recherché – et atteint – était de révéler et mettre en valeur la singularité de l’identité culturelle et artistique brésilienne. Oswald de Andrade tisse ainsi des liens avec l’avant-garde artistique et littéraire brésilienne puis européenne, en particulier lors de ses fréquents séjours à Paris, entre 1923 et 1929. Il fait alors la rencontre de Blaise Cendrars, avec lequel il nouera une relation étroite. Oswald de Andrade est mort en 1954 à Sao Paulo.
Voir aussi Haroldo de Campos : Une poétique de la radicalité – Essai sur la poésie d’Oswald de Andrade.

Philosophe, psychothérapeute et critique d’art, Suely Rolnik est professeur au Centre de recherches sur la subjectivité de l’université de Sao Paulo. Elle enseigne également dans le cadre du programme d’études indépendantes du musée d’art contemporain de Barcelone. Elle articule ses recherches en arts autour de l’interface politique clinique. En 2007, les Empêcheurs de penser en rond publient Micropolitiques, ouvrage que Suely Rolnik et Félix Guattari ont écrit ensemble. Elle a écrit Schizoanalyse et anthropophagie pour le livre Gilles Deleuze, une vie philosophique (Empêcheurs de penser en rond, 1998). Elle a enfin écrit avec Corinne Diserens un ouvrage référent sur l’artiste brésilienne Lygia Clark : Nous sommes le moule. À vous de donner le souffle. Lygia Clark, de l’œuvre à l’événement (musée des Beaux-Arts de Nantes, 2005) ; on lui doit également l’édition, sous la forme d’un coffret de dix DVD, d’un ensemble d’entretiens autour des pratiques expérimentales de Lygia Clark (Archive pour une œuvre-événement – Projet d’activation de la mémoire corporelle d’une trajectoire artistique et son contexte, 2011).

Voir également:

Feu et plumes: coup d’envoi en Amazonie des premiers jeux mondiaux indigènes

AFP/RTBF
26 octobre 2015

Les premiers « Jeux mondiaux des peuples indigènes », s’ouvrent vendredi soir à Palmas, la capitale de l’Etat amazonien du Tocantins, au nord du Brésil, avec une cinquantaine d’ethnies originaires de 23 pays.

Ce sera l’occasion pour 1.800 athlètes de peuples indigènes d’Amérique latine mais aussi de Mongolie, d’Éthiopie, Canada, Japon ou Nouvelle Zélande entre autres, de s’affronter notamment au « rokra », un lointain cousin du hockey joué dans les champs avec des bâtons et des noix de coco, ainsi qu’en canoë, au javelot, au tir à l’arc ou à la lutte.

Ces jeux mondiaux sont issus des jeux indigènes brésiliens, créés en 1996. Quelque 700 des 1.800 athlètes inscrits sont Brésiliens, de 24 ethnies différentes. Les compétitions commenceront samedi et se dérouleront jusqu’au 31 octobre. Pour le sacro-saint dieu football, les tournois sont déjà en cours.

Le Conseil missionnaire indigène (Cimi), lié à l’église catholique brésilienne, a indiqué à l’AFP que certaines ethnies brésiliennes qui « boycottent » les jeux avaient prévu de faire une manifestation pour défendre leurs droits et notamment celui à la terre.

Ils critiquent l’expansion des agriculteurs sur les terres traditionnelles des peuples autochtones du Brésil. Jeudi soir, les athlètes indigènes se sont livrés à des rituels avant les jeux et ont éclairé d’un feu sacré la ville amazonienne de Palmas. Coiffés de parures de plumes, les corps enduits de peintures ancestrales, ils ont chanté et dansé.

Voir encore:

Les Indiens du Brésil disputent leurs « JO », avant le Mondial de foot

Le Parisien

16 Nov. 2013

Tronc d’arbre sur l’épaule, le visage crispé par l’effort, un guerrier surgit dans un nuage de poussière: à Cuiaba, l’une des villes hôtes du Mondial-2014 de football, les tribus indiennes du Brésil disputent « leurs » olympiades.

Dans la tribune, pas de « ola », de perruques fluo, de vuvuzelas ou d’hymnes nationaux. Teint cuivré, parures de plumes pour certains, les supporteurs encouragent leurs champions par des chants ancestraux au rythme des maracas.Pipe à la main, Tawra et les membres de sa tribu des Kariri-Xoco dansent en cercle autour de Tawani, pour célébrer sa participation au tir à l’arc. « Rena, reia, reia raoi!!! », scandent-ils pour donner des forces à leur champion, plongé dans un état léthargique. Course avec tronc Des rituels de ce type se répètent lors des 12es Jeux des Peuples indigènes. Ils ont été déclarés ouverts avec un grand « feu sacré », à moins de 1.000 jours des JO-2016 de Rio de Janeiro.Quelque 1.500 indigènes de 49 tribus brésiliennes et des représentants de 15 pays ont participé à ces olympiades indiennes qui s’achevaient samedi dans la capitale du Mato Grosso (centre-ouest).Au programme, le traditionnel tir à l’arc, ou le jet de lance bien sûr. Mais aussi des disciplines plus insolites, comme la « course avec tronc » où les relayeurs de chaque équipe se transmettent des cylindres de bois de plus de 100 kg! « Nous voulons montrer que nous avons une réelle authenticité, une très grande diversité », explique Jaruco Tanao, qui a voyagé quatre jours en bateau et en bus depuis Acre (nord) pour participer à ces Jeux.La plupart ont accompli de longs périples pour se rendre à Cuiaba, comme Zuri Duarte, 21 ans, de la tribu Harakmbut, qui représente le Pérou. Pour beaucoup, membres de tribus éclatées sur d’immenses territoires et sans contact entre elles, c’est une occasion unique d’échanger avec d’autres cultures indigènes ancestrales.Iguandili Lopez, du Panama, exécute la danse de son peuple, les Gunas, avec des Pataxo, reconnaissables à leurs corps peints en jaune. Keyuk Yanten, un Tewelche de Patagonie, chante avec des Mapuche du sud du Chili. »Cela me fascine que les tribus brésiliennes maintiennent cette pureté », confie Iguandili.Quelque 900.000 indigènes vivent aujourd’hui au Brésil. Ils ne représentent plus aujourd’hui que 0,5% d’une population de 200 millions d’habitants. Fils d’une « blanche » et d’un indien, Tawra explique que sa tribu est l’une de celles, encore nombreuses, qui luttent pour la reconnaissance de leurs territoires ancestraux, occupés par des agriculteurs. « Je me sens surtout indien. Nous autres, nous apprenons de la nature elle-même, nous, nous vivons en elle », explique le jeune homme. Un but = une flèche Les amphitryons de ces Jeux, les indiens Pareci du Mato Grosso, pratiquent un dérivé du football, ou plutôt une sorte de « headball », puisqu’il ne se joue qu’avec la tête. Chaque point gagné –en évitant qu’une petite balle ne touche la poussière avant d’avoir été frappée d’une tête souvent plongeante –, permet de gagner une flèche appartenant à l’équipe rivale.Cette discipline n’était pas encore officielle, mais en démonstration. Tout comme le tir à la sarbacane, ou le Javari, un jeu consistant à esquiver des flèches en se protégeant le corps d’un tube.Mais quand il s’agit de football, tous se lancent sur la pelouse avec la même passion que n’importe quel Brésilien.Le gouvernement étudie une proposition pour organiser un Mondial de football indigène en mai 2014, à quelques semaines du Mondial officiel organisé par la Fifa.L’équipe féminine de foot des Kariri Xoco l’emporte finalement aux tirs au but sur celle des Zuri. Mais le football n’est pas vraiment le fort des compétitrices qui éclatent de rire sans arrêt sur le terrain écrasé de chaleur.Une gaieté générale à peine troublée par les sanglots stridents d’une petite fille, qui ne veut pas que sa mère entre en jeu.

Voir de plus:

Protest Erupts During World Indigenous Games in Brazil
Jenny Barchfield, Associated press
PALMAS, Brazil

ABC news

ct 28, 2015
A noisy demonstration broke out Wednesday during the 100-meter dash competition at the World Indigenous Games, forcing a premature end to the day’s events at what organizers have described as the indigenous Olympics.

The protesters, a boisterous crowd made up mostly of native Brazilians in traditional dress, were outraged over a land demarcation proposal that they say would be catastrophic for Brazil’s 300 or so surviving tribes.

The proposed constitutional amendment would transfer the right to demarcate indigenous lands from the executive branch to Brazil’s Congress, which is heavily influenced by the powerful big agriculture lobby that has fought against indigenous reserves in the past.

A committee in the Chamber of Deputies approved the proposal late Tuesday, though it must get through the full lower house and Senate, then be signed by President Dilma Rousseff in order to become law.

Brandishing handwritten banners against the proposal, around 100 demonstrators breezed past security guards and onto the floor of the sporting arena in Palmas. Hundreds of others ran to join the group as spectators cheered them on.

The announcer initially ignored the mass of protesters — although, dressed in feathers body paint, with some brandishing spears or bows and arrows, they proved impossible to ignore.

Narube Werreria, a young woman from the Karaja nation, scrambled up into the VIP area and seized the microphone to deliver a heated attack on the proposal.

« When we were here at the games, they were there in Congress plotting to steal our lands, » she yelled. « Soon, there will be no more indigenous peoples, no more forest, no more animals. »

The protest was loud but peaceful. After about 20 minutes, the demonstrators turned and filed quietly out of the arena.

The crowd of a couple thousand spectators booed when organizers finally announced an end to the day’s activities, inviting the crowd to return Thursday.

Panamanian Cesar Cires had been slated to take part in a demonstration of the traditional games of his Ngabe-Bugle people, but his event was among the activities scrapped.

Still, Cires said he supported the demonstrators.

« We travelled a long way to be here, so it is a bit disappointing, » he said. « But we as indigenous people understand our Brazilian brothers’ plight. Next time, we’ll join the protest, too. »

Voir par ailleurs:

Salma Hayek donne le sein à un mystérieux bébé africain

Staragora

11/02/2009

L’Afrique fait décidément un drôle d’effet à nos amies les stars. Après la course à l’adoption faite par Madonna et Angelina Jolie (qui a des vus sur un orphelin en Namibie), voilà que c’est au tour de Salma Hayek de se retrouver en Sierra Leone, avec un nouveau né dans les bras. On le voit même en train de téter ses généreuses mamelles !

En visite dans un pays ravagé par des années de guerres civiles, l’actrice de 42 ans a offert son lait à un petit bébé dont la mère trop amoindrie n’était plus en été d’allaiter. Un geste remarquable, fait avec autant de modestie que de naturel.

Salma raconte que sa grand-mère, vivant autrefois dans un village déshérité du Mexique, avait fait exactement pareil avec un petit enfant, laissé à l’abandon, qui pleurait dans la rue.

Divorcée du richissime homme d’affaires français Pinault, l’actrice a une fille, Valentina, 1 an.

Ambassadrice pour l’UNICEF, Salma Hayek joue les mères de substitution photo et vidéo

Voir encore:

2005 : ils s’en foutent de la mort de Le Chenadec et d’Irvoas
Monique Bousquet

Ripost laïque

27 octobre 2015

Hier, 26 octobre, dix ans après les émeutes des banlieues, notre Premier Ministre réunissait aux Mureaux  un comité interministériel.

C’est ainsi que nous avons pu le voir  accompagné de pas moins de  17 ministres et d’élus toutes écharpes tricolores dehors, marcher dans les rues  des Mureaux dans ce qui ressemblait  à une commémoration solennelle de ces événements qui ont sidéré le monde entier et dans lesquels une certaine presse étrangère voyait un conflit ethnique.

Qu’y avait-il à commémorer? Il est vrai qu’en France les élus ont honte de nos victoires. Il suffit de visiter le mémorial élevé à Poitiers qui qualifie la bataille de « victoire truquée » et  Charles Martel de bâtard illégitime,  ou d’observer les commémorations des batailles napoléoniennes qu’affectionnent tant les Anglo-Saxons, auxquels la France n’hésite pas à prêter un navire pour rejouer la défaite de Trafalgar tout en refusant de  célébrer Austerlitz ou les nombreuses autres victoires de l’Empereur.

On préfère le compassionnel, là on sait faire.  Nées en Belgique, les marches blanches ont traversé le Quiévrain pour devenir notre spécialité. En toutes circonstances. De « Je suis Charlie » à l’effroyable accident de Puisseguin.

D’ailleurs, notre Premier Ministre l’a bien dit. « Il ne s’agit pas d’acheter la paix sociale ». Qui aurait pu penser une chose pareille!  Ni d’aller à la pêche aux voix. Honni soit qui mal y pense! Simplement donner des signes de reconnaissance à la banlieue, commémorer en quelque sorte un événement qui fera date dans l’Histoire de France –  et je ne doute pas qu’il entrera bientôt dans nos manuels scolaires – et lancer un énième Plan Marshall qui ressemble, comme les précédents,  à des mesures expiatoires.

Interviewé pour l’occasion dans l’émission des Grandes Gueules, un élu décelait un léger mieux. Il y a moins d’agressions, avançait-il,  mais elles sont plus violentes. Les victimes, on ose l’espérer, apprécieront certainement la délicate différence. Mais, le chômage, le manque de moyens… poursuit-il avec le ton de circonstance.  Bref, le maire réclame des subventions. Pour les élus, les problèmes de banlieue sont avant tout sociaux et économiques.

A quoi il ne faut pas manquer d’ajouter les problèmes de discrimination dont se prétendent victimes les jeunes de banlieue, qui ne sauraient être le fait que d’un racisme atavique, latent même chez les meilleurs d’entre nous. Blogueuse au Bondy Blog, créé par des journalistes suisses venus s’installer en 2005 à Bondy, en plein cœur des événements, Widad Kefti s’indigne qu’encore aujourd’hui, il n’y ait quasiment pas de journalistes non-Blancs à Libération, au Monde, et même à Mediapart. On notera au passage les arguties de notre novlangue, qui interdisent aux Blancs de se définir comme Blancs mais autorise son contraire.

Aussi, notre gouvernement passe-t-il à la vitesse supérieure et annonce une série de mesures coercitives  qui n’épargneront ni les maires, ni la police, ni l’école.  Il promet des passages en force contre les maires récalcitrants, des caméras-piétons, des testings, une carte scolaire plus rigide, qui laissent entrevoir des lendemains soviétoïdes.

Alors en cette période d’anniversaire et à l’approche de la Toussaint, je voudrais combler un oubli de notre gouvernement. Bien involontaire, à n’en pas douter.

Je voudrais rappeler le souvenir des deux vraies victimes. Je veux parler de Jean-Jacques le Chenadec et de Jean-Claude Irvoas.

Qui sont-ils? Si vous les avez oubliés, vous avez des excuses, parce que ce sont les morts oubliés de ces événements, pire qu’oubliés, tus, escamotés, gommés.

Alors pour rappel, Jean-Jacques le Chenadec, est cet homme âgé de 61 ans qui, à Stains, était descendu  en bas de son immeuble  parce que des jeunes mettaient le feu à des poubelles. Ils l’ont tué. Le meurtrier a été condamné à cinq ans de prison; il doit être libre à l’heure qu’il est.

Jean-Claude Irvoas, 56 ans, a voulu prendre en photo du mobilier urbain, à Epinay-sur-Seine. Des trafiquants de drogue, croyant qu’il les prenait en photo, l’ont agressé. M. Irvoas, selon l’un des agresseurs,  a prétendu être officier de police. Les quatre dealers l’ont achevé.

A Clichy-sous-bois, on inaugure aujourd’hui une allée qui porte le nom des deux jeunes morts dans le transformateur. Il n’y aura pas de plaques commémoratives pour Jean-Jacques le Chenadec et Jean-Claude Irvoas.

Une pensée pour les familles de ces deux hommes morts deux fois,  de l’incurie de l’Etat et de son silence. On préfère commémorer la jeunesse qui met la France à feu et à sang.

Voir également:

Les agresseurs du photographe d’Épinay aux assises

Stéphane Durand-Souffland
Le Figaro

02/01/2010

La mort de Jean-Claude Irvoas avait suscité un vif émoi en octobre 2005. Ni les témoignages, ni la séquence filmée par la caméra de surveillance, n’expliquent les constatations du légiste.

Dans l’après-midi du 27 octobre 2005 à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), une brève altercation mettait aux prises un homme et trois individus. Le premier chutait lourdement sur le trottoir : il succombait peu après, en dépit de tentatives de réanimation.

Il s’appelait Jean-Claude Irvoas. Salarié par un spécialiste de l’éclairage urbain, âgé de 56 ans, il voulait photographier un lampadaire pour enrichir son catalogue. Sa compagne et sa fille ont assisté à la scène tragique, filmée de surcroît par une caméra de vidéosurveillance.

Condamnés par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis en 2007, ses agresseurs présumés ont fait appel et comparaissent à nouveau, à Paris, à partir de mardi et jusqu’à vendredi prochain.

L’affaire avait suscité un vif émoi à Épinay-sur-Seine et fait grand bruit, à l’époque, dans un contexte d’émeutes urbaines dont elle était toutefois déconnectée. L’extrême droite avait tenté de la récupérer pour crier au racisme antiblanc, alors que trois des quatre individus concernés sont d’origine européenne.

Jean-Claude Irvoas est mort car Samba Diallo, Sébastien Béliny, Benoît Kusonika et Icheme Brighet, qui ont reconnu leur participation, voulaient lui dérober son appareil numérique. Le premier, en effet, «dealait» du cannabis : il a cru que M. Irvoas le photographiait. Celui-ci, espérant effrayer ses agresseurs, avait prétendu qu’il était «flic à Nanterre»…

90 secondes d’échauffourée
L’échauffourée n’a duré que 90 secondes, comme l’avait révélé Le Figaro après avoir pu visionner les images saisies par le dispositif de vidéosurveillance installé par la municipalité dans ce quartier bien connu pour être le théâtre d’un trafic de stupéfiants. Reste que ni les témoignages humains, ni la brève séquence captée par la bande magnétique, n’expliquent les constatations du médecin légiste. Tant les agresseurs présumés que les proches de la victime font état d’un unique coup violent qui aurait déséquilibré le photographe amateur ; or plusieurs traces relevées sur le corps de ce dernier laissent penser qu’il a été molesté avec davantage d’acharnement.

À l’issue du procès de novembre 2007, l’avocat général avait requis des peines allant de cinq à dix-huit ans d’emprisonnement pour les quatre comparses. Après un délibéré de plus de sept heures, la cour et les jurés ont revu à la baisse les sanctions : deux ans de prison pour Sébastien Béliny, simple guetteur, douze années de réclusion pour MM. Diallo et Brighet, complices du crime, et, enfin, quinze pour Benoît Kusonika, son auteur. Ce jeune homme né à Limoges, 25 ans lors des faits, se montrait parfois violent avec sa compagne d’alors. Il avait passé une nuit blanche et fumé quelques joints lorsque son chemin a croisé celui de la victime.

Au procès de Bobigny, le père de M. Kusonika avait demandé pardon à la partie civile. Évoquant la victime, il déclarait ainsi : «Cet homme-là, c’est moi, c’est nous, c’est tout le monde ici ! Ç’aurait pu être n’importe qui.»

Voir de plus:

Peines allégées en appel contre les assassins de Jean-Claude Irvoas

Georges Brenier

RTL

09/01/2010

La cour d’assises de Paris a légèrement réduit vendredi soir les peines infligées en appel aux trois agresseurs de Jean-Claude Irvoas, un père de famille de 56 ans battu à mort lors des émeutes de 2005, alors qu’il photographiait des lampadaires à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Ainsi, Benoît Kusonika, seul accusé à reconnaître avoir frappé Jean-Claude Irvoas, alors consultant pour un spécialiste de l’éclairage urbain, a vu sa condamnation passer de 15 à 14 ans de réclusion criminelle. Samba Diallo et Icheme Brighet, qui avaient été condamnés le 23 novembre 2007 à douze ans de réclusion par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, ont vu leurs peines passer à respectivement 10 et 11 ans.

A l’issue de près de sept heures de délibéré, Sébastien Béliny a vu confirmée sa peine de deux ans d’emprisonnement  pour « complicité de vol avec violences ayant entraîné la mort ».

Jeudi, l’avocat général François-Louis Coste avait requis une peine de cinq ans dont trois ans avec sursis contre Béliny, de 18 ans contre Kusonika et de 15 ans contre les deux autres.

En dépit de ce nouveau procès,  le doute subsiste pourtant sur huit des coups portés à la victime. Car si neuf lésions ont été relevées par les médecins, seul l’un des coups – celui qui  a provoqué la chute mortelle de la victime – a été reconnu par Kusonika.

Épinay : la fille de la victime raconte l’agression mortelle
Anne-Charlotte De Langhe
Le Figaro

22/11/2007

Le 27 octobre 2005, Jean-Claude Irvoas a été victime d’une agression «très rapide» par des jeunes le soupçonnant d’être un policier.

D’emblée, un mauvais pressentiment. Le 27 octobre 2005, lorsque son père pénètre en voiture dans le quartier chaud d’Orgemont, Floriane Irvoas éprouve un réel malaise. «De la peur», même. L’adolescente, alors âgée de 16 ans, vient de déjeuner en famille au bord du lac d’Enghien. Mais pour les besoins de son métier, Jean-Claude Irvoas tient à clôturer la balade par une halte rue de Marseille, à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Le temps pour lui de prendre quelques clichés d’un lampadaire conçu par la société qui l’emploie. Quelques minutes, à peine, qui conduiront à l’agression mortelle de ce consultant de 56 ans par quatre jeunes hommes, que juge depuis mardi par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny.

À la barre, Floriane raconte. «Avant de se garer, mon père nous a dit : “Mettez vos casques !”. Il plaisantait mais je n’étais pas rassurée.» Brigitte, elle, demande à son époux de «faire vite». «Je savais qu’il était chanceux et qu’il ne lui arrivait jamais rien», confie-t-elle à son tour. Muni de l’appareil photo numérique de Floriane, Jean-Claude Irvoas descend de son véhicule et fait plusieurs mètres à pied. Repéré par Sébastien Béliny, aujourd’hui accusé de complicité, le quinquagénaire intrigue un groupe de jeunes. «Y’a un mec qui prend des photos», prévient Béliny, inquiet d’un éventuel repérage policier dans ce secteur, chasse gardée des dealers d’Épinay.

Samba Diallo, Benoît Kusonika et Icheme Brighet suivent alors Jean-Claude Irvoas. Les déclarations confuses des accusés n’ont jusqu’à présent pas permis de dire si le vol était leur seul mobile. Depuis la banquette arrière du véhicule familial, Floriane, elle, aperçoit son père revenir. «J’étais soulagée, dit-elle. Mais lorsque j’ai vu qu’il était suivi par trois individus, dont un avec une capuche, je me suis dit : “Il va se passer quelque chose.”» En effet, Samba Diallo saisit le bras de Jean-Claude Irvoas, le traîne à l’abri de feuillus, avant d’être rejoint par Brighet et Kusonika. Une agression «très, très rapide», confiera un enquêteur de la brigade criminelle, préférant parler d’un «acte lâche et stupide» plutôt que d’un «lynchage».

Caméra de surveillance
Immortalisée par une caméra de vidéosurveillance, la scène reste cependant à jamais obscurcie par la présence dans le champ de vision d’un saule pleureur. Pour se défaire de l’emprise de ses agresseurs, Jean-Claude Irvoas aurait prétendu être «un flic de Nanterre». À ces mots, Benoît Kusonika aurait, lui, «pété les plombs», assénant à l’homme le coup de poing fatal.

Aussi, à l’heure où Brigitte portait secours à son mari, «du sang plein les mains» et sous le nez de passants pour la plupart indifférents, Diallo et Béliny filaient se changer les idées au centre commercial de Villetaneuse. Non sans avoir pris soin de modifier leur tenue vestimentaire afin de ne pas être repérés. Un classique dans la cité : «Lorsqu’on fait un p’tit coup, tout de suite après on se change», dira Samba Diallo.

Voir de même:

Emeutes de 2005 : cinq ans de prison pour l’agresseur de Le Chenadec
Le Parisien

12 Juin 2009

Salaheddine Alloul a été condamné vendredi soir à cinq ans de prison pour le coup mortel qui a entraîné la mort de Jean-Jacques Le Chenadec. Le drame s’était déroulé le 4 novembre 2005, un de ces soirs d’émeutes qui embrasaient les banlieues.

La victime était d’ailleurs descendue avec l’un de ses voisins éteindre un feu de poubelles, lorsqu’avait éclaté une altercation avec un groupe de jeunes.

L’avocate générale Agnès Thibault avait requis vendredi après-midi «8 à 10 ans de prison» contre ce jeune homme jugé depuis mercredi aux assises de Bobigny (Seine-Saint-Denis).  Frappé d’un coup de poing, au pied de son immeuble de Stains, la victime, âgée de 61 ans, avait sombré dans le coma et était décédée deux jours plus tard.

Durant le procès, l’accusé de 22 ans a nié avoir frappé Le Chenadec. Les témoins qui ont permis son arrestation en juillet 2007 sont aussi revenus sur leurs déclarations. Mais pour la substitut du procureur, pas doute «Alloul est bien le bon coupable». Pour elle, il a agi «dans un coup de colère, il a perdu la maîtrise de soi. Il ne voulait pas la mort de Jean-Jacques Le Chenadec, c’est pourquoi il a autant de mal à admettre sa responsabilité aujourd’hui», a-t-elle estimé. S’il n’y a pas de preuves matérielles dans le dossier _ «ni empreintes ADN, ni caméras de videosurveillance» _ il y a suffisamment d’éléments, selon Agnès Thibault, pour confondre Salaheddine Alloul. A commencer par ce «menton en galoche», décrit par Jean-Pierre Moreau, le voisin, présent à côté de la victime.

L’avocat de Salaheddine Alloul a plaidé vendredi après-midi. Le verdict est attendu dans la soirée.

Voir de même:

La loi du silence pèse au procès de l’affaire Jean-Jacques Le Chenadec
PROCES Cet homme était décédé après avoir reçu un coup de poing mortel lors des émeutes à Stains (Seine-Saint-Denis), en novembre 2005. Les témoins ont défilé à la barre sans apporter de réponses.

William Molinié

20 minutes

12.06.2009

Motus et bouche cousue, hier, aux assises de Bobigny, où s’est ouvert,mercredi, le procès de l’affaire Jean-Jacques Le Chenadec. Cet homme était décédé après avoir reçu un coup de poing mortel lors des émeutes à Stains (Seine-Saint-Denis), en novembre 2005. Les témoins ont défilé à la barre sans apporter de réponses. Au contraire, la quinzaine de jeunes présents le soir du drame n’ont fait qu’ajouter du flou aux contours déjà bien troubles de l’affaire. « C’est comme ça depuis quatre ans. C’est vraiment lourd à porter », assure, la gorge serrée, Colette, la veuve de la victime.

Les témoins appelés à la barre, pour la plupart des jeunes habitants du quartier, sont revenus sur leurs dépositions, assurant que l’actuel accusé, Salaheddine Alloul, n’était pas le coupable. Avec des arguments bien différents, frôlant parfois la limite de « l’insolence », selon les termes de l’avocat général. L’un accuse l’officier de police de lui avoir « fait dire ce qu’il voulait entendre », l’autre soutien qu’il « s’est trompé », un dernier invoque un « défaut de mémoire ». Même sous la menace d’une comparution immédiate pour faux témoignage, ils maintiendront, contrairement à leurs premières dépositions, que Salah est innocent. Pourquoi ce revirement ? Certains évoquent des pressions. « J’ai été obligé de dire que Salah était coupable pour sauver ma peau », jurera un des témoins et ami de l’accusé, faisant référence à cette fameuse loi de la cité qui interdirait de « balancer les coupables », comme l’évoquait à la barre un officier du service de la police judiciaire du 93. L’avocat de la famille concluait en ces termes, excédé : « J’ai trop de respect pour ma robe pour concourir à ce bal de faux témoins. » Depuis le début du procès, le principal accusé clame son innocence. Il affirme avoir frappé le voisin présent en bas de l’immeuble, M. Moreau, mais pas Jean-Jacques Le Chenadec. « Je suis très choquée par ce procès car aujourd’hui, je ne sais toujours pas qui a tué « le vieux », comme ils l’appellent, et ça, ça me fait très mal », concluait Colette. Le procès s’achève ce soir. Avec l’espoir pour la famille que la soi-disante « omerta » qui pèse sur ce dossier tombe avant les plaidoiries.

Voir encore:

Image of Drowned Syrian Boy Echoes Around World
Details emerge about 3-year-old from Syria who died off Turkish coast
Joe Parkinson in Istanbul and
David George-Cosh in Toronto
Sept. 3, 2015
His name was Aylan. He was 3 years old, from war-torn Syria.

His final journey was supposed to end in sanctuary in Europe; instead it claimed his life and highlighted the plight of desperate people caught in the gravest refugee crisis since World War II.

The images of the toddler’s lifeless body on a Turkish beach have reverberated across the globe, stirring public outrage and embarrassing political leaders as far away as Canada, where authorities had rejected an asylum application from the boy’s relatives.

The child pictured facedown in red T-shirt and shorts was identified as Aylan Kurdi, a Syrian Kurd from Kobani, a town near the Turkish border that has witnessed months of heavy fighting between Islamic State and Syrian Kurdish forces.

He drowned after the 15-foot boat ferrying him from the Turkish beach resort of Bodrum to the Greek island of Kos capsized shortly before dawn on Wednesday, killing 12 passengers. Aylan’s 5-year-old brother, Galip, and his mother, Rehan, were also among the dead. His father, Abdullah, was the only family member to survive.

On Thursday, a distraught Mr. Kurdi, 40, told reporters he was preparing to take the bodies back to Kobani for burial and would stay there.

“From now on, I will live (in Kobani) too. I want to be buried with my family,” he said outside the morgue in the nearby town of Mugla.

Mr. Kurdi brought his family to Turkey three years ago after fleeing fighting first in Damascus, where he worked as a barber, then in Aleppo, then Kobani. His Facebook page shows pictures of the family in Istanbul crossing the Bosporus and feeding pigeons next to the famous Yeni Cami, or new mosque.

From his hospital bed on Wednesday, Mr. Kurdi told a Syrian radio station that he had worked on construction sites for 50 Turkish lira (roughly $17) a day, but it wasn’t enough to live on. He said they depended on his sister, Tima Kurdi, who lived in Canada, for help paying the rent.

Ms. Kurdi, speaking Thursday in a Vancouver suburb, said that their father, still in Syria, had suggested Abdullah go to Europe to get his damaged teeth fixed and find a way to help his family leave Turkey. She said she began wiring her brother money three weeks ago, in €1,000 ($1,100) amounts, to help pay for the trip.

Shortly after, she said her brother called her and said he wanted to bring his whole family to Europe, as his wife wasn’t able to support their two boys alone in Istanbul.

The father of 3-year-old Aylan Kurdi, whose body washed ashore on a Turkish beach, spoke with reporters after harrowing images of his dead son were published across the globe. Image: Associated Press
“If we go, we go all of us,” Ms. Kurdi recounted him telling her. She said she spoke to his wife last week, who told her she was scared of the water and couldn’t swim.

“I said to her, ‘I cannot push you to go. If you don’t want to go, don’t go,’” she said. “But I guess they all decided they wanted to do it all together.”

At the morgue, Mr. Kurdi described what happened after they set off from the deserted beach, under cover of darkness.

“We went into the sea for four minutes and then the captain saw that the waves are so high, so he steered the boat and we were hit immediately. He panicked and dived into the sea and fled. I took over and started steering, the waves were so high the boat flipped. I took my wife in my arms and I realized they were all dead.”

Mr. Kurdi gave different accounts of what happened next. In one interview, he said he swam ashore and walked to the hospital. In another, he said he was rescued by the coast guard.

“My kids were the most beautiful children in the world,” he said outside the morgue. “They woke me up every morning to play with them. They are all gone now. Now all I want to do is sit next to the grave of my wife and children.”

In Canada, Ms. Kurdi said her brother had sent her a text message around 3 a.m. Turkish time Wednesday confirming they had set off. The next time she spoke to him, he was in shock, telling her how he fought vainly to keep his two boys alive in the water, one tucked under each arm.

“They screamed ‘Daddy, please don’t die,” she said he told her. One by one, as he realized they were dead, he closed his eyes and let go, she said.

“He said, ‘I did everything in my power to save them, but I couldn’t,’” she said. “My brother said to me, ‘My kids have to be the wake-up call for the whole world.’”

Social Reactions

Mr. Kurdi said he had paid smugglers some €4,000 for safe passage to Greece. Turkish news agencies reported Thursday that police had detained four Syrians suspected of involvement in arranging the boat.

Across the world, news organizations published a variety of iterations of the image of the boy, with many expressing editorial outrage at the perceived inaction of developed nations to help refugees.

The focus of Canada’s national election campaign shifted Thursday to the country’s response to the migrant crisis, with Prime Minister Stephen Harper defending his government’s track record on refugee issues and pledging to do more.

Canadian media had cited Ms. Kurdi in Wednesday reports saying Aylan’s family had applied to immigrate to Canada, but she said on Thursday that the application was for another brother, Mohammad. That application was rejected because “it did not meet regulatory requirements for proof of refugee status recognition,” Canada’s immigration department said.

President Recep Tayyip Erdogan of Turkey—which has taken 1.7 million of Syria’s estimated 4 million refugees—castigated Europe for what he said was its failure to address the migration wave and the conflicts behind it.

He accused the European Union of bickering over distribution of immigrants while much poorer nations like Turkey, Jordan and Lebanon take in millions of refugees from Syria, Iraq and beyond.

“The European nations that have turned the Mediterranean into a grave for immigrants share the sin for each immigrant’s death,” Mr. Erdogan said. “It is not only immigrants who are drowning in the Mediterranean, it is also our humanity.”

In the U.K., where the government is facing mounting calls to offer more asylum spots for refugees, an online petition urging Prime Minister David Cameron to accept more asylum seekers surged to more than 300,000 signatures from 40,000 a day earlier.

Mr. Cameron said he was “deeply moved” by the photos of the deaths and pledged to fulfill Britain’s “moral responsibility.” French Prime Minister Manuel Valls said the images showed the need for urgent action by Europe.

Morning television shows across Europe were already comparing the image’s power to Nick Ut’s Pulitzer Prize-winning 1972 photograph of a 9-year-old Vietnamese girl running naked, suffering agonizing burns from a napalm attack.

Nilufer Demir, the photographer from Turkey’s Dogan News Agency who captured the pictures of Aylan on the beach, said her “blood froze” when she saw the body.

“The only thing I could do was to make his scream heard,” said Ms. Demir, who has been photographing immigration since 2003. “I hope something changes after today.”

—Karen Leigh in Dubai and Emre Peker in Ankara contributed to this article.

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Voir enfin:

Banlieues : quand le gouvernement instaure un diplôme national supérieur de hip-hop
André Bercoff
Le Figaro
27/10/2015

Après sa visite aux Mureaux, Manuel Valls a annoncé une batterie de mesures pour les banlieues : parmi celles-ci, l’instauration d’un diplôme national de hip-hop et le soutien à la réalisation d’oeuvres de street-art. La réaction d’André Bercoff.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

Une bonne nouvelle n’arrive heureusement jamais seule. En même temps que la décélération des chiffres du chômage – hirondelle qui, si elle ne fait pas le printemps, rend quelques couleurs au teint des princes qui nous gouvernent – la montagne des Mureaux n’a pas accouché que de souris. On le sait: la Commission Interministérielle à l’Egalité et à la Citoyenneté s’est réunie le 26 octobre dernier pour parachever le énième plan sur les banlieues, le lien social, le vivre et se loger ensemble, la diversité, la proximité et autres facteurs indispensables d’une France que l’on espère, un jour, un peu plus apaisée qu’aujourd’hui.

Il serait facile d’ironiser, de parler de cautères sur des jambes de bois, des 50 milliards déjà déversés sur les cités sans que diminuent d’un centimètre carré les territoires perdus de la République, qui ne sont pas perdus pour tout le monde. Drogue et délinquance, communautarisme et exclusion, incivilités et tensions, précarité et chômage: ne jetons pas la pierre aux gouvernements successifs qui ont tout essayé, tout donné, tout distribué, sauf l’essentiel: un cap, une autorité et la conscience qu’au-delà d’une certaine limite, les tickets hors-la-loi ne sont plus valables. Courage du pouvoir et pouvoir du courage: vertus rares.

Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques.

Point de méprise: le hip-hop, le street art et les musiques urbaines peuvent engendrer de très belles œuvres et font partie intégrale, sinon intégrée, du paysage contemporain. Mais ce qui est hallucinant, c’est cette rage étatique de tout récupérer dès l’embryon, dans des domaines dont la qualité, l’originalité et le talent sont dus essentiellement à leur ADN rebelle, marginal, souterrain. Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. Que les grands esprits de tous les temps aient eu besoin de mécènes, cela est établi ; que le moindre graffiteur en mal de muraille se transforme en intermittent du spectacle, ce n’est peut-être pas la meilleure manière de l’encourager dans l’extension sablonneuse et malaisée des champs de la création véritable.

Le souci, aussi généreux que monomaniaque, de mettre, dès ses balbutiements, n’importe quel débutant en couveuse ne produira jamais, au mieux, que des poulets en batterie. La «mère des arts, des armes et des lois» mérite tout de même autre chose et peut-être que tout cela ne soit pas exprimé qu’en anglais.


Intellectuels français: Attention, un déclinisme peut en cacher un autre ! (Victims ot their own success: What’s a French intellectual to do when Obama and the Pope already sound like Mother Jones ?)

28 septembre, 2015
pantheonobamablackboardhttps://i1.wp.com/i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/03448/pope-cuba-fidel-ca_3448075k.jpgC’est ainsi que finit le monde. Pas sur un Boum, sur un murmure. TS Eliot
If by « intellectual » you mean people who are a special class who are in the business of imposing thoughts, and framing ideas for people in power, and telling everyone what they should believe, and so on, well, yeah, that’s different. Those people are called « intellectuals » — but they’re really more a kind of secular priesthood, whose task is to uphold the doctrinal truths of the society. And the population should be anti-intellectual in that respect, I think that’s a healthy reaction. In fact, if you compare the United States with France, or with most of Europe for that matter, I think one of the healthy things about the United States is precisely this: there’s very little respect for intellectuals as such. And there shouldn’t be. What’s there to respect? I mean, in France if you’re part of the intellectual elite and you cough, there’s a front-page story in Le Monde. That’s one of the reasons why French intellectual culture is so farcical – it’s like Hollywood. You’re in front of the television cameras all the time, and you’ve got to keep doing something new so they’ll keep focusing on you and not the guy at the next table, and people don’t have ideas that are that good, so they have to come up with crazy stuff, and the intellectuals get all pompous and self-important. So I remember during the Vietnam War, there’d be these big international campaigns to protest the war, and a number of times I was asked to co-sign letters with, say, Jean-Paul Sartre [French philosopher]. Well, we’d co-sign some statement, and in France it was front-page news; here, nobody even mentioned it. And the French thought was scandalous; I thought it was terrific – why the hell should anybody mention it? What difference does it make if two guys who happen to have some name recognition got together and signed a statement? Why should that be of any particular interest to anybody? So I think the American reaction is much healthier in this respect. Noam Chomsky (Rowe, Massachusetts; April 1989)
Ces gens-là sont appelés « intellectuels », mais il s’agit en réalité plutôt d’une sorte de prêtrise séculière, dont la tâche est de soutenir les vérités doctrinales de la société. Et sous cet angle-là, la population doit être contre les intellectuels, je pense que c’est une réaction saine. (…) En France, si vous faites partie de l’élite intellectuelle et que vous toussez, on publie un article en première page du Monde. C’est une des raisons pour lesquelles la culture intellectuelle française est tellement burlesque : c’est comme Hollywood. Noam Chomsky
Le boulot des intellectuels du courant dominant, c’est de servir en quelque sorte de « clergé laïque », de s’assurer du maintien de la foi doctrinale. Si vous remontez à une époque où l’Église dominait, c’est ce que faisait le clergé : c’étaient eux qui guettaient et traquaient l’hérésie. Et lorsque les sociétés sont devenues plus laïques […], les mêmes contrôles sont restés nécessaires : les institutions devaient continuer à se défendre, après tout, et si elles ne le pouvaient pas le faire en brûlant les gens sur le bûcher […], il leur fallait trouver d’autres moyens. Petit à petit, cette responsabilité a été transférée vers la classe intellectuelle – être les gardiens de la vérité politique sacrée, des hommes de main en quelque sorte. Noam Chomsky
[La vie intellectuelle française] a quelque chose d’étrange. Au Collège de France, j’ai participé à un colloque savant sur  » Rationalité, vérité et démocratie « . Discuter ces concepts me semble parfaitement incongru. A la Mutualité, on m’a posé la question suivante :  » Bertrand Russell nous dit qu’il faut se concentrer sur les faits, mais les philosophes nous disent que les faits n’existent pas. Comment faire ?  » Une question de ce type laisse peu de place à un débat sérieux car, à un tel niveau d’abstraction, il n’y a rien à ajouter. (…) Comme observateur lointain, je formulerai une hypothèse. Après la Seconde Guerre mondiale, la France est passée de l’avant-garde à l’arrière-cour et elle est devenue une île. Dans les années 30, un artiste ou un écrivain américain se devait d’aller à Paris, de même qu’un scientifique ou un philosophe avait les yeux tournés vers l’Angleterre ou l’Allemagne. Après 1945, tous ces courants se sont inversés, mais la France a eu plus de mal à s’adapter à cette nouvelle hiérarchie du prestige. Cela tient en grande partie à l’histoire de la collaboration. Alors, bien sûr, il y a eu la Résistance et beaucoup de gens courageux, mais rien de comparable avec ce qui s’est passé en Grèce ou en Italie, où la résistance a donné du fil à retordre à six divisions allemandes. Et il a fallu un chercheur américain [Robert Paxton, NDLR] pour que la France soit capable d’affronter ce passé. (…) beaucoup d’intellectuels français sont restés staliniens même quand ils sont passés à l’extrême droite. Comment peut-on accepter que l’Etat définisse la vérité historique et punisse la dissidence de la pensée ? (…) Au Timor-Oriental, entre un quart et un tiers de la population a été décimée avec l’accord des Etats-Unis et de la France, et peu de gens le savent alors que tout le monde connaît les crimes de Pol Pot. Noam Chomsky
Si les révolutions symboliques sont particulièrement difficiles à comprendre, surtout lorsqu’elles sont réussies, c’est parce que le plus difficile est de comprendre ce qui semble aller de soi, dans la mesure où la révolution symbolique produit les structures à travers lesquelles nous la percevons. Autrement dit, à la façon des grandes révolutions religieuses, une révolution symbolique bouleverse des structures cognitives et parfois, dans une certaine mesure, des structures sociales. Elle impose, dès lors que ‘elle réussit, de nouvelles structures cognitives qui, du fait qu’elles se généralisent, qu’elles se diffusent, qu’elles habitent l’ensemble des sujets percevants d’un univers social, deviennent imperceptibles. Pierre Bourdieu
C’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Bourdieu
La bourgeoisie s’est toujours méfiée – à raison – des intellectuels. Mais elle s’en méfie comme d’êtres étranges qui sont issus de son sein. La plupart des intellectuels, en effet, sont nés de bourgeois qui leur ont inculqué la culture bourgeoise. Ils apparaissent comme gardiens et transmetteurs de cette culture. De fait, un certain nombre de techniciens du savoir pratique se sont, tôt ou tard, faits leurs chiens de garde, comme a dit Nizan. Les autres, ayant été sélectionnés, demeurent élitistes même quand ils professent des idées révolutionnaires. Ceux-là, on les laisse contester : ils parlent le langage bourgeois. Mais doucement on les tourne et, le moment venu, il suffira d’un fauteuil à l’Académie française ou d’un prix Nobel ou de quelque autre manœuvre pour les récupérer. C’est ainsi qu’un écrivain communiste peut exposer actuellement les souvenirs de sa femme à la Bibliothèque nationale et que l’inauguration de l’exposition est faite par le ministre de l’éducation nationale. (…) Cependant il est des intellectuels – j’en suis un – qui, depuis 1968, ne veulent plus dialoguer avec la bourgeoisie. En vérité, la chose n’est pas si simple : tout intellectuel a ce qu’on appelle des intérêts idéologiques. Par quoi on entend l’ensemble de ses œuvres, s’il écrit, jusqu’à ce jour. Bien que j’aie toujours contesté la bourgeoisie, mes œuvres s’adressent à elle, dans son langage, et – au moins dans les plus anciennes – on y trouverait des éléments élitistes. Je me suis attaché, depuis dix-sept ans, à un ouvrage sur Flaubert qui ne saurait intéresser les ouvriers car il est écrit dans un style compliqué et certainement bourgeois. Aussi les deux premiers tomes de cet ouvrage ont été achetés et lus par des bourgeois réformistes, professeurs, étudiants, etc. Ce livre qui n’est pas écrit par le peuple ni pour lui résulte des réflexions faites par un philosophe bourgeois pendant une grande partie de sa vie. J’y suis lié. Deux tomes ont paru, le troisième est sous presse, je prépare le quatrième. J’y suis lié, cela veut dire : j’ai 67 ans, j’y travaille depuis l’âge de 50 ans et j’y rêvais auparavant. Or, justement, cet ouvrage (en admettant qu’il apporte quelque chose) représente, dans sa nature même, une frustration du peuple. C’est lui qui me rattache aux lecteurs bourgeois. Par lui, je suis encore bourgeois et le demeurerai tant que je ne l’aurai pas achevé. Il existe donc une contradiction très particulière en moi : j’écris encore des livres pour la bourgeoisie et je me sens solidaire des travailleurs qui veulent la renverser. Jean-Paul Sartre (1976)
Les intellectuels ont pris l’habitude de travailler non pas dans l’universel, l’exemplaire, le juste-et-le-vrai-pour-tous, mais dans des secteurs déterminés, en des points précis où les situaient soit leurs conditions de travail, soit leurs conditions de vie (le logement, l’hôpital, l’asile, le laboratoire, l’université, les rapports familiaux ou sexuels). (…) Ils y ont gagné à coup sûr une conscience beaucoup plus concrète et immédiate des luttes. Et ils ont rencontré là des problèmes qui étaient spécifiques, non universels, différents souvent de ceux du prolétariat ou des masses. (…) Et cependant, ils s’en sont rapprochés, je crois pour deux raisons : parce qu’il s’agissait de luttes réelles, matérielles, quotidiennes, et parce qu’ils rencontraient souvent, mais dans une autre forme, le même adversaire que le prolétariat, la paysannerie ou les masses (les multinationales, l’appareil judiciaire et policier, la spéculation immobilière) ; c’est ce que j’appellerais l’intellectuel spécifique par opposition à l’intellectuel universel. Michel Foucault
Tout ce qui pouvait nuire à Obama serait donc omis et caché; tout ce qui pouvait nuire à McCain serait monté en épingle et martelé à la tambourinade. On censurerait ce qui gênerait l´un, on amplifierait ce qui affaiblirait l´autre. Le bombardement serait intense, les haut-parleurs répandraient sans répit le faux, le biaisé, le trompeur et l´insidieux. Qu´importe! Nulle enquête, nulle révélation, nulle curiosité. «Je ne l´ai jamais entendu parler ainsi » -, mentait Obama, parlant de son pasteur de vingt ans, Jeremiah Wright, fasciste noir, raciste à rebours, mégalomane délirant des théories conspirationnistes – en vingt ans de prêches et de sermons. Circulez, vous dis-je, y´a rien à voir – et les media, pieusement, de n´aller rien chercher. ACORN, organisation d´activistes d´extrême-gauche, aujourd´hui accusée d´une énorme fraude électorale, dont Obama fut l´avocat – et qui se mobilise pour lui, et avec laquelle il travaillait à Chicago? Oh, ils ne font pas partie de la campagne Obama, expliquent benoîtement les media. Et, ajoute-t-on, sans crainte du ridicule, «la fraude aux inscriptions électorales ne se traduit pas forcément en votes frauduleux». Si, si, c´est ce que dit la presse. La démocratie part du postulat que : «la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux» est possession de chaque citoyen, et non d´une élite basée sur la naissance, la fortune, la puissance, ni même le savoir. Bisque, bisque, le déchaînement d´aigreur de la gauche face à Sarah Palin et son adhésion passionnée à l´image vide, charismatique et caméléonesque d´Obama, le Rédempteur qui sauvera le parti intellectuel de la vulgarité du monde et de l´électorat; celui qui «s´accroche à sa foi et à ses armes à feu», comme Obama l´avait dit avec d´autant plus de candeur qu´il ne croyait pas être entendu par eux. (…) Je suggère que cette rage écumante est fondée sur un sentiment exacerbé de lèse-majesté. En l´occurrence, la majesté lésée est celle du monopole d´opinion, que la classe intellectuelle et assimilée (la classe médiatique, l´universitaire, celle du spectacle, etc.) estime lui revenir de droit, et exclusivement. (…) L´intellectuel manie des objets symboliques, ou objets mentaux, d´une grande variété. Leur maniement tend souvent à persuader l´intellectuel qu´il est mieux à même de saisir le monde que quiconque. Or, son pouvoir sur ce monde n´est pas du tout commensurable à la compréhension qu´il estime en avoir. Son ressentiment en est d´autant plus vif. Il ne peut se résoudre à n´être «que» professeur, écrivain, journaliste, lui qui en sait tant et plus que les autres, ceux qui ont du pouvoir. (…) C´est à lui qu´il faudrait s´adresser, vers lui qu´il faudrait se tourner. En l´absence d´une telle demande, l´intellectuel professionnel devient un homme révolté. L´intellectuel moderne tend donc souvent à se dresser contre cette réalité, qui lui refuse ce qu´il estime de droit être sa place en majesté. (…) Ce réel qui minimise et minore son importance personnelle est donc mauvais et devrait être refait. L´homme du commun, qui vote, est ignare. Les politiciens (qui n´écoutent pas notre intellectuel) sont nuls et ignorants. La dextérité dans le maniement des objets intellectuels (la dialectique, comme on disait jadis) devient mandat du Ciel. Laurent Murawiec
There’s little doubt that law student Obama was a political radical by any conventional, society-wide measure of the term. But that’s not the end of the story. At Harvard at least, radical was mainstream and conservative was radical. In fact, the radical view was so mainstream that one couldn’t help but think that even the loudest students would graduate, go to law firms, and fit in just as seamlessly to the new mainstream of their legal professions. And, in fact, most did. They weren’t intellectual leaders; they were followers. My reading of Barack Obama’s political biography is pretty simple: He’s not so much a liberal radical as a member of the liberal mainstream of whatever community he inhabits. In that video, he was doing no more and no less than what most politically engaged leftist law students were doing — supporting the radical race and gender politics that dominated campus. When he went to Chicago and met Bill Ayers, he was fitting within a second, and slightly different, liberal culture. He shifted again in Washington and then again in the White House. But radical, “conviction” politicians don’t decry Gitmo then keep it open, promise to end the wars then reinforce the troops, express outrage at Bush war tactics then maintain rendition and triple the number of drone strikes. Obama’s biography is essentially the same as many of the liberal mainstream-media journalists who cover him. They’ve made the same migration — from leading campus protests, to building families in urban liberal communities, to participating in a national political culture. At the risk of engaging in dime-store pop psychology, they like Obama in part because they identify with him so thoroughly and see much of themselves in him. David French
That pope endorsed the Iran deal, the UN’s environmentalist goals and what amounts to a worldwide open-borders policy on refugees — and ­offered a very specific view of how to promote development in the Third World that’s straight out of a left-wing textbook. (…) Sorry: When the pontiff sounds less like a theological leader and more like the 8 p.m. host on MSNBC or the editor of Mother Jones, what’s a guy to do? Pope Francis is entirely within his rights to become the world’s foremost liberal. But, since that’s what he is, it can’t be wrong to say so. (…) When a leader speaks in these sorts of bureaucratic specifics, he is descending from the highest heavens into ordinary, even trivial, reality. He’s using his ­authority in the realm of the spiritual to influence the ­political behavior of others. He becomes just another pundit. And who needs another one of those? John Podhoretz
Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher de Vincennes, et après le refus cinglant des jeunes des « quartiers populaires » de participer à la grande manifestation unitaire du 11 janvier, il était difficile pour les Français, même les plus angéliques, de continuer à faire l’impasse sur les dangers et sur la séduction de l’islamisme radical. Mais la propension à noyer le poisson dans ses causes supposées n’a pas disparu. Et le gouvernement a donné l’exemple en dénonçant l’apartheid culturel, ethnique et territorial qui sévirait dans nos banlieues. Ainsi la République a-t-elle plaidé coupable pour les attaques mêmes dont elle faisait l’objet. (…)  Je ne vois chez nos intellectuels ni naïveté, ni lâcheté, mais, si j’ose dire, une vigilance anachronique. En Sarkozy, conseillé par Patrick Buisson, son « génie noir », ils combattaient la réincarnation du maréchal Pétain. Les musulmans leur apparaissaient comme les juifs du XXIe siècle. L’antifascisme façonnait leur vision du monde. Ils ne voulaient pas et ne veulent toujours pas voir dans la crise actuelle des banlieues autre chose qu’une résurgence de la xénophobie et du racisme français. (…) Les élites dont vous parlez ne sont pas francophobes ; face au nationalisme fermé de « l’idéologie française », elles se réclament de la patrie des droits de l’homme. Leur France est la « nation ouverte » célébrée par Victor Hugo, « qui appelle chez elle quiconque est frère ou veut l’être ». Le problème, c’est que, toutes à cette opposition gratifiante entre l’ouvert et le fermé, ces élites légitiment la haine qui se développe dans certains quartiers de nos villes pour les « faces de craie ». C’est l’exclusion, disent ces élites, qui engendre la francophobie. (…) « L’Amérique victime de son hyperpuissance », titrait Télérama après le 11 septembre 2001. Ce qu’on a du mal à penser aujourd’hui comme alors, c’est que l’Occident puisse être haï non pour l’oppression qu’il exerce, mais pour les libertés qu’il propose. Sayyid Qotb est devenu le principal doctrinaire des Frères musulmans, après un séjour aux Etats-Unis, en 1948, où il a été confronté à cette « liberté bestiale qu’on nomme la mixité », à « ce marché d’esclaves qu’on nomme « émancipation de la femme » », à « ces ruses et anxiétés d’un système de mariage et de divorce si contraire à la vie naturelle. En comparaison, quelle raison, quelle hauteur de vue, quelle joie en islam, et quel désir d’atteindre celui qui ne peut être atteint ». (…) L’esprit du temps réussit l’exploit paradoxal de nous faire vivre hors de notre temps, à côté de nos pompes. Alors que la France change de visage, il affirme, imperturbable, que l’histoire se répète, et il cherche des racistes et des fascistes pour donner corps à cette affirmation. J’ai beau être juif et défendre l’école républicaine, me voici lepéniste, et même – il faut ce qu’il faut – maurrassien. (…) La menace était très clairement énoncée en 2004 par le rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires : « Tout laisse à penser que, dans certains quartiers, les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs leur proposent, qui doit d’abord être un objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette ; et qu’ils sont engagés à trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses du halal (autorisé) et du haram (interdit). » La question du voile et celle de la nourriture sont deux composantes d’un phénomène beaucoup plus large de sécession culturelle. Et ce phénomène est en expansion. (…) Ce que je sais, grâce à Gilles Kepel, c’est que les Beurs, qui avaient fait la grande marche pour l’égalité en 1983, rejettent maintenant avec horreur ce vocable « tenu au mieux pour méprisant à leur endroit, au pire, pour un complot sioniste destiné à faire fondre comme du beurre leur identité arabo-islamique dans le chaudron des potes de SOS Racisme touillé par l’Union des étudiants juifs de France ». (…) Je pense que Michel Onfray préfère aussi – et il l’a dit – une analyse juste de Bernard-Henri Lévy à une analyse fausse d’Alain de Benoist. Pour ma part, je citerai Camus dans sa lettre adressée aux Temps modernes après la critique au vitriol de l’Homme révolté, parue dans cette revue : « On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche, et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. A ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si, enfin, la vérité me paraissait à droite, j’y serais. » Je ne suis donc pas plus impressionné par la sortie de Manuel Valls que par la campagne de 1982 contre le « silence des intellectuels ». Le gouvernement est légitimement affolé par la montée du Front national, mais ce ne sont pas les incantations antifascistes qui inverseront la tendance et changeront la donne ; c’est la prise en compte par la gauche comme par la droite traditionnelle de l’inquiétude de toujours plus de Français devant la mutation culturelle qui nous tombe dessus, qui n’a été décidée par personne. (…) Fontenelle a écrit un jour : « On s’accoutume trop quand on est seul à ne penser que comme soi. » J’essaie donc de ne pas rester seul trop longtemps et je fais même l’émission « Répliques » pour être confronté à des points de vue très différents des miens. Mais ce n’est pas ma faute si l’actualité radote et me renvoie sans cesse à la réalité insupportable de l’éclatement de mon pays. Je suis attaqué et même insulté par ceux qui ne veulent surtout pas regarder cette réalité en face. Devant les mauvaises nouvelles, ou, pis encore, devant les nouvelles qui contredisent l’idée reçue du mal et du méchant, le plus simple est encore de s’en prendre au messager et de lui faire la peau. Alain Finkielkraut
Du XVIIIe au XXe siècle, les intellectuels étaient des guides spirituels. Une substitution au clergé – on parle d’ailleurs parfois de «clercs» pour les désigner ou d’«hérésie» de certaines conviction … Le débat d’idées y structure la société beaucoup plus qu’ailleurs. J’irai même jusqu’à dire que la pensée est une composante essentielle de ce que veut dire «être français». Et cela pour une raison historique simple : quand il fallu inventer une nation après la Révolution française, on a dû le faire à travers des principes abstraits. Procédez de cette manière, et vous serez constamment dans un débat d’idées. Etre français, c’est réfléchir sans fin aux valeurs sur lesquelles repose la citoyenneté, savoir ce qu’elles veulent dire, s’il faut les mettre à jour…  Sudhir Hazareesingh
Son essai L’Identité malheureuse a été l’un des plus grands succès de librairie de l’automne 2013, tandis que son auteur devenait l’incarnation ultime du repli de l’esprit français. Toute l’oeuvre d’Alain Finkielkraut est parcourue d’images de décadence, de maladie et de mort. Il a l’habitude des hypothèses paradoxales, par exemple que l’antiracisme serait plus pernicieux que le racisme. Il a des idées fixes, sur l’islamisme ou la prétendue omniprésence de l’antisémitisme.  De plus en plus nationaliste, il est de moins en moins républicain. Il défend une conception hiérarchique de l’ordre culturel et social et, tout comme le Front national, il dénonce le détournement de l’identité française par des minorités immigrées – encore une fantaisie. Son parcours illustre à quel point le pessimisme ambiant a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain. (…) On confond trop souvent l’islam, qui est la religion paisible de l’écrasante majorité des musulmans de France, et l’islamisme radical, qui est le fait d’une petite minorité d’agités (nous les avons aussi en Angleterre, et il faut évidemment les combattre). Quant à l’antisémitisme, il faut situer ce phénomène aujourd’hui dans le cadre plus général d’une lepénisation (ou, pour être plus précis, une « marinisation ») des esprits, qui répand la peur de l’autre, qu’il soit musulman, juif, immigré ou homosexuel. Le repli identitaire, surtout lorsqu’il est relayé par des intellectuels complaisants, ne fait qu’alimenter tous les fantasmes. (…) J’y vois la résurgence d’un courant classique de l’individualisme français, à la fois frivole et cérébral, orienté vers ce que Benjamin Constant a appelé la « jouissance paisible de l’indépendance privée ». Dans Le Mystère français, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd soulignent l’écart entre le pessimisme conscient des Français et leur optimisme inconscient au cours des trente dernières années: d’où la bonne tenue du taux de natalité, la baisse du nombre de suicides et d’homicides, les progrès de la réussite scolaire, l’émancipation des femmes et l’intégration des immigrés. (…) J’ai choisi ce discours [du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin contre l’intervention armée en Irak, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 14 février 2003] parce que c’est un condensé de l’esprit français, un mélange de virilité et de verve enracinées dans ce que la rhétorique française a de meilleur. Un appel à la raison et à la logique cartésienne, construit sous le signe d’oppositions binaires: conflit-harmonie, intérêt personnel- bien commun, politique de puissance-moralité… L’auteur se fait le porte-parole d’une sagesse ancestrale: « Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience… » Avec le recul, cet exercice apparaît comme un ultime morceau de bravoure, le dernier acte d’une magnifique tradition universaliste. (…)  la France a la particularité de mettre en avant ses prouesses morales et intellectuelles, et la conviction de devoir penser pour le reste du monde. Au XIXe siècle, Auguste Comte affirme que Paris est le centre de l’humanité, parce que l' »esprit philosophique » y règne. L’historien Ernest Lavisse écrit en 1890 que la mission de la France est de « représenter la cause de l’humanité ». La Révolution française a été la source des idéaux messianiques français: liberté, égalité, fraternité, droits de l’homme… (…)  Ce culte se reflète dans la consécration de l’écrivain, véritable guide spirituel de la société, et dans l’importance accordée au style, à la syntaxe, au mot juste, au monde des idées. En 1944, un petit manuel avertissait les soldats britanniques du débarquement: « Vous aurez souvent l’impression [que les Français] se disputent violemment, alors qu’ils ne font que débattre d’une idée abstraite. » (…) Du début des années 1950 à la fin des années 1970, j’ai répertorié le « nouveau roman », la « nouvelle vague », la « nouvelle histoire », la « nouvelle philosophie », la « nouvelle société », la « nouvelle gauche », la « nouvelle droite » – sans oublier la « nouvelle cuisine »…  Il suffit d’examiner comment les uns et les autres se présentent ou sont présentés, sous la forme d’oxymores: « rationaliste passionné », « missionnaire laïque », « spectateur engagé », « défaite glorieuse »… Vous ne vous en rendez pas forcément compte, mais ce genre d’expression paradoxale est déroutante pour un étranger. Julien Green l’a vécu à ses dépens à Oxford lors d’une conférence qu’il donnait sur « les trois Barrès », c’est-à-dire les trois aspects contradictoires de la pensée de l’écrivain nationaliste. Mais l’assistance n’a pas forcément saisi cette subtilité. La preuve, à l’issue de son intervention, un auditeur a levé la main et demandé: « Quels sont les prénoms des deux autres frères Barrès? » (…) L’intellectuel est un « clerc »; son engagement, une « foi »; sa rupture avec une idéologie, une « hérésie » ou une « délivrance »… Rappelez-vous Edgar Morin racontant son adhésion au communisme comme « l’espérance du salut dans la rédemption collective ». Et depuis la Révolution, les héros nationaux entrent au Panthéon, une ancienne église, et de Gaulle est devenu le Saint-Père national. (…) J’avais été surpris par les Mémoires d’Elizabeth Teissier, l’astrologue de François Mitterrand, dénichées à l’étal d’un bouquiniste, avant de découvrir que le président français n’était que le dernier d’une longue série d’hommes célèbres à croire aux « forces de l’esprit »: Robespierre, Victor Hugo, Jaurès, Poincaré, Clemenceau… Entre les deux pôles de la théologie et du matérialisme s’étend un territoire où coexistent l’attachement au rationalisme et la foi dans le surnaturel. Même si cela peut paraître paradoxal s’agissant d’un XVIIIe siècle rejetant les croyances en tout genre, certains principes de l’occultisme à la française sont enracinés dans les idées des Lumières, voire dans celles de la gauche: croyance en la bonté de l’homme, ouverture sur les valeurs et cultures différentes… (…) Cette prédisposition utopiste puise sa source chez Rousseau, qui considère que la faculté première de l’homme est l’imagination. Les oeuvres de Louis-Sébastien Mercier, Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet sont toutes marquées par la révolte contre l’injustice et par l’ambition d’épanouir la nature humaine. Par ailleurs, le raisonnement utopique est marqué par son caractère systématique et radical.  Ces idéaux progressistes ont contribué à l’adhésion de très nombreux Français au communisme. Car, au fond, les promesses du Parti communiste français ne renvoyaient-elles pas à l’ambition des Lumières de former des citoyens instruits partageant une morale laïque commune, à l’aspiration rousseauiste à régénérer l’homme, au désir de Fourier de promouvoir une plus grande harmonie sociale, au culte de la perfection et de l’industrie de Saint-Simon, à la « dictature bienveillante » de Cabet… ?  Sudhir Hazareesingh
Today’s Left Bank is but a pale shadow of this eminent past. Fashion outlets have replaced high theoretical endeavor in Saint-Germain-des-Près (…) Indeed, as Europe fumbles shamefully in its collective response to its current refugee crisis, it is sobering that the reaction which has been most in tune with the Enlightenment’s Rousseauist heritage of humanity and cosmopolitan fraternity has come not from socialist France, but from Christian-democratic German. Sudhir Hazareesingh
French thought is in the doldrums. French philosophy, which taught the world to reason with sweeping and bold systems such as rationalism, republicanism, feminism, positivism, existentialism and structuralism, has had conspicuously little to offer in recent decades. Saint-Germain-des-Prés, once the engine room of the Parisian Left Bank’s intellectual creativity, has become a haven of high-fashion boutiques, with fading memories of its past artistic and literary glory. As a disillusioned writer from the neighbourhood noted grimly: “The time will soon come when we will be reduced to selling little statues of Sartre made in China.” French literature, with its once glittering cast of authors, from Balzac and George Sand to Jules Verne, Albert Camus and Marguerite Yourcenar, has likewise lost much of its global appeal – a loss barely concealed by recent awards of the Nobel prize for literature to JMG Le Clézio and Patrick Modiano.  Yet little of this ideological fertility is now in evidence, and French thinking is no longer a central point of reference for progressives across the world.  (…) Since the late 20th century French thought has lost many of the qualities that made for its universal appeal: its abundant sense of imagination, its buoyant sense of purpose, and above all its capacity (even when engaging in the most byzantine of philosophical issues) to give everyone tuning in, from Buenos Aires to Beirut, the sense that they were participating in a conversation of transcendental significance. In contrast, contemporary French thinking has become increasingly inward-looking – a crisis that manifests itself in the sense of disillusionment among the nation’s intellectual elites, and in the rise of the xenophobic Front National, which has become one of the most dynamic political forces in contemporary France. (…) This pessimistic sensibility has been exacerbated by a widespread belief that French culture is itself in crisis. The representation of France as an exhausted and alienated country, corrupted by the egalitarian heritage of May 68, overrun by Muslim immigrants and incapable of standing up for its own core values is a common theme in French conservative writings. Among the bestselling works in this genre are Alain Finkielkraut’s L’identité malheureuse (2013) and Éric Zemmour’s Suicide Français (2014). This morbid sensibility (which has no real equivalent in Britain, despite its recent economic troubles) is also widespread in contemporary French literature, as best exemplified in Michel Houellebecq’s recent oeuvre: La carte et le territoire (2010) presents France as a haven for global tourism, “with nothing to sell except charming hotels, perfumes, and potted meat”; his latest novel Soumission (2015) is a dystopian parable about the election of an Islamist president in France, set against a backdrop of a general collapse of Enlightenment values. (…) This ascendency of technocratic values among French progressive elites is itself reflective of a wider intellectual crisis on the left. The singular idea of the world (a mixture of Cartesian rationalism, republicanism and Marxism) that dominated the mindset of the nation’s progressive elites for much of the modern era has disintegrated. The problem has been compounded by the self-defeating success of French postmodernism: at a time when European progressives have come up with innovative frameworks for confronting the challenges to democratic power and civil liberties in western societies (Michael Hardt and Antonio Negri’s notion of empire, and Giorgio Agamben’s concept of the state of exception), their Gallic counterparts have been indulging in abstract word games, in the style of Derrida and Baudrillard. French progressive thinkers no longer produce the kind of sweeping grand theories that typified the constructs of the Left Bank in its heyday. They advocate an antiquated form of Marxism (Alain Badiou), a nostalgic and reactionary republicanism (Régis Debray), or else offer a permanent spectacle of frivolity and self-delusion (Bernard-Henri Lévy). Sudhir Hazareesingh
Sur les migrants, au lieu de mener son peuple, Hollande a parlé comme un fonctionnaire : toujours cette peur du Front national qui empoisonne la vie politique française. Sudhir Hazareesingh

Et si la French theory avait été victime de son succès ?

A l’heure où, entre l’Iran, Cuba et les Palestiniens, les chefs prétendus à la fois du Monde libre et de la chrétienté ne sont plus que les petits perroquets des slogans les plus éculés du gauchisme primaire …

Et où – accès de folie (ou retour du refoulé ?) et avec les conséquences catastrophiques que l’on sait, la jusqu’ici plutôt pragmatique chef du gouvernement allemand  s’est transformée sous nos yeux en passionaria du multiculturalisme …

Comment ne pas être surpris après l’étonnante inimitié (réciproque) d’un des plus grands intellectuels américains vivants, déclaré persona non grata au Pays des intellectuels depuis sa défense de la liberté de parole d’un Faurisson …

Du néo-déclinisme de ce Mauriço-britannique d’Oxford et groupie déclarée de nos Napoléon et autre Villepin …

Se lamentant, dans son dernier livre, du déclin et du déclinisme de l’actuelle pensée française ?

A l’instar justement, comme il le rappelle lui-même, d’un pays qui, entre culte de la culture, clercs nouveaux directeurs de conscience et rites panthéoniques …

Semble ne s’être toujours pas remis de la laïcisation forcée de sa Révolution ?

A moins qu’après la débâcle communiste que l’on sait et l’américanisation honnie qu’appelait de ses voeux Chomsky pour l’Europe et la France, il ait enfin perdu son « respect » pour les membres de cette « sorte de prêtrise séculière » ou de « clergé laïc » qui n’étaient en fait que les « gardiens de la vérité politique sacrée » ?

« La France croit devoir penser pour le reste du monde »
Propos recueillis par Emmanuel Hecht
L’Express
28/08/2015

Francophile invétéré et grand spécialiste de Napoléon et du général de Gaulle, Sudhir Hazareesingh porte un regard d’entomologiste sur les moeurs, us et coutumes de nos intellectuels et penseurs. Interview.
Sudhir Hazareesingh, professeur au Balliol College, à Oxford, fait paraître Ce pays qui aime les idées (éd. Flammarion). En version originale: « Comment les Français pensent. Portrait affectueux d’un peuple intellectuel ». Plutôt que d’un essai à charge, il s’agit en effet d’une enquête sur les moeurs, us et coutumes de nos intellectuels et penseurs. Il a enseigné à l’EHESS, à l’Ecole pratique des hautes études et à Sciences po, et n’ignore pas que « sans la liberté de blâmer… »

Comment, en étant originaire de l’océan Indien, peut-on se passionner pour la vie culturelle et politique française?

C’est une vieille histoire. Au Collège royal de Curepipe, à l’île Maurice, j’ai été nourri de littérature française: Molière, Racine, Saint-Exupéry, Gide, Sartre et Camus. Mon père, Kissoonsingh, historien formé à Cambridge et à la Sorbonne, chef de cabinet du Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam, avait des liens étroits avec Malraux et Senghor. Je baignais dans un climat de francophilie. Et je n’oublierai jamais le rôle de l’attaché culturel français Antoine Colonna, qui me permettait de suivre l’actualité dans les hebdomadaires, dont L’Express!

Ma francophilie a également été aiguisée par Apostrophes, l’émission télévisée de Bernard Pivot. Je me souviens en particulier d’une intervention de Marguerite Yourcenar, en 1979, sur les notions du bien et du mal. Vous ne pouvez pas imaginer comment, de l’océan Indien, cette émission avait quelque chose de léger et subtil. Etudiant à Oxford pendant les années 1980, j’ai conservé cette passion pour la France, pour son dynamisme culturel, pour son mépris du matérialisme et pour l’éventail de ses opinions politiques et leur complexité historique. C’était un bonheur que de se plonger dans les arcanes du catholicisme, du communisme, de l’extrême droite, de la république, de la monarchie… dans un Royaume-Uni à l’apogée du bipartisme et en pleine déprime thatchérienne!

Votre dernier livre traduit en français, Ce pays qui aime les idées, est la synthèse d’une trentaine d’années consacrées à l’histoire des idées en France, mais aussi une tentative de réponse à la question: pourquoi les Français sont-ils si pessimistes? Quelle est votre réponse, à vous, qui êtes familier des rives de la Seine et qui enseignez de l’autre côté du Channel, dans la prestigieuse université d’Oxford?

Le « malaise français » est au coeur des débats intellectuels depuis une vingtaine d’années: perte de repères idéologiques, crise du modèle républicain, euroscepticisme et rejet de la mondialisation, obsession du « déclinisme » devenue l’idée fixe de la classe politique. En 1995, Jean-Marie Domenach dressait un bilan accablant de la littérature contemporaine française et de l’absence de véritable critique littéraire à la mode anglo-saxonne, celles du Times Literary Supplement et de la New York Review of Books.

En ce début de rentrée littéraire – un rendez-vous très français -, il faut souligner que, pour le monde anglophone, la littérature française s’est égarée entre nombrilisme et abstraction. Lorsqu’un livre attire l’attention à l’étranger, c’est rarement un roman ou un essai philosophique. Le dernier best-seller hors des frontières est Le Capital au XXIe siècle, de l’économiste Thomas Piketty.

A vos yeux, les intellectuels, Alain Finkielkraut en tête, sont les porte-drapeaux d’un « nationalisme fermé ». Notre philosophe n’est-il pas un « coupable » parfait?

Je ne crois pas. Tenons-nous-en aux faits. Son essai L’Identité malheureuse a été l’un des plus grands succès de librairie de l’automne 2013, tandis que son auteur devenait l’incarnation ultime du repli de l’esprit français. Toute l’oeuvre d’Alain Finkielkraut est parcourue d’images de décadence, de maladie et de mort. Il a l’habitude des hypothèses paradoxales, par exemple que l’antiracisme serait plus pernicieux que le racisme. Il a des idées fixes, sur l’islamisme ou la prétendue omniprésence de l’antisémitisme.

De plus en plus nationaliste, il est de moins en moins républicain. Il défend une conception hiérarchique de l’ordre culturel et social et, tout comme le Front national, il dénonce le détournement de l’identité française par des minorités immigrées – encore une fantaisie. Son parcours illustre à quel point le pessimisme ambiant a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain.

Vous ne croyez pas au danger de l’islamisme en France? Et vous ne constatez pas la montée d’un antisémitisme de banlieue?

On confond trop souvent l’islam, qui est la religion paisible de l’écrasante majorité des musulmans de France, et l’islamisme radical, qui est le fait d’une petite minorité d’agités (nous les avons aussi en Angleterre, et il faut évidemment les combattre). Quant à l’antisémitisme, il faut situer ce phénomène aujourd’hui dans le cadre plus général d’une lepénisation (ou, pour être plus précis, une « marinisation ») des esprits, qui répand la peur de l’autre, qu’il soit musulman, juif, immigré ou homosexuel. Le repli identitaire, surtout lorsqu’il est relayé par des intellectuels complaisants, ne fait qu’alimenter tous les fantasmes.

En France, l’intellectuel est un « clerc », son engagement une « foi » et de Gaulle « le Saint-Père national ». Ici, la cérémonie des panthéonisés du 27 mai.
Comment expliquez-vous le contraste entre le pessimisme collectif des Français et, à en croire les sondages, leur relatif optimisme individuel?

J’y vois la résurgence d’un courant classique de l’individualisme français, à la fois frivole et cérébral, orienté vers ce que Benjamin Constant a appelé la « jouissance paisible de l’indépendance privée ». Dans Le Mystère français, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd soulignent l’écart entre le pessimisme conscient des Français et leur optimisme inconscient au cours des trente dernières années: d’où la bonne tenue du taux de natalité, la baisse du nombre de suicides et d’homicides, les progrès de la réussite scolaire, l’émancipation des femmes et l’intégration des immigrés.

Cet état d’esprit n’est pas si nouveau. Il est ancré chez les élites depuis l’ère postrévolutionnaire, dites-vous. Y compris à gauche, où vous avez même repéré un « désespoir progressiste »? On ne sait plus à qui se fier…

Eh oui, la gauche n’a pas toujours baigné dans un optimisme béat, fondé sur la croyance au progrès. En 1863, au faîte de la gloire de Napoléon III, Proudhon écrit: « Je crois que nous sommes en pleine décadence, et plus je reconnais que j’ai été dupe de mon excessive générosité, moins il me reste de confiance dans la vitalité de ma nation. »

Les premières pages de votre essai sont consacrées au discours du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin contre l’intervention armée en Irak, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 14 février 2003. C’est plutôt inattendu, comme entrée en matière?

J’ai choisi ce discours parce que c’est un condensé de l’esprit français, un mélange de virilité et de verve enracinées dans ce que la rhétorique française a de meilleur. Un appel à la raison et à la logique cartésienne, construit sous le signe d’oppositions binaires: conflit-harmonie, intérêt personnel- bien commun, politique de puissance-moralité… L’auteur se fait le porte-parole d’une sagesse ancestrale: « Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience… » Avec le recul, cet exercice apparaît comme un ultime morceau de bravoure, le dernier acte d’une magnifique tradition universaliste.

N’est-ce pas le cas de nombreuses nations que de se considérer comme investies d’une mission, les Etats-Unis, la Russie, Israël…?

Certes, mais la France a la particularité de mettre en avant ses prouesses morales et intellectuelles, et la conviction de devoir penser pour le reste du monde. Au XIXe siècle, Auguste Comte affirme que Paris est le centre de l’humanité, parce que l' »esprit philosophique » y règne. L’historien Ernest Lavisse écrit en 1890 que la mission de la France est de « représenter la cause de l’humanité ». La Révolution française a été la source des idéaux messianiques français: liber té, égalité, fraternité, droits de l’homme…

Vous avez été frappé par l’étrange culte à la culture célébré par les Français. Il s’agit vraiment d’une spécificité nationale?

J’en suis convaincu. Ce culte se reflète dans la consécration de l’écrivain, véritable guide spirituel de la société, et dans l’importance accordée au style, à la syntaxe, au mot juste, au monde des idées. En 1944, un petit manuel avertis sait les soldats britanniques du débarquement: « Vous aurez souvent l’impression [que les Français] se disputent violemment, alors qu’ils ne font que débattre d’une idée abstraite. »

Pour les Français, dites-vous, la meilleure façon de vendre des idées, c’est d’affirmer qu’elles sont nouvelles. N’y aurait-il pas un peu de marketing dans l’air?

La question se pose. Du début des années 1950 à la fin des années 1970, j’ai répertorié le « nouveau roman », la « nouvelle vague », la « nouvelle histoire », la « nouvelle philosophie », la « nouvelle société », la « nouvelle gauche », la « nouvelle droite » – sans oublier la « nouvelle cuisine »…

Autre trouvaille de vos recherches: le paradoxe serait l’une des clefs d’entrée de la pensée française?

Il suffit d’examiner comment les uns et les autres se présentent ou sont présentés, sous la forme d’oxymores: « rationaliste passionné », « missionnaire laïque », « spectateur engagé », « défaite glorieuse »… Vous ne vous en rendez pas forcément compte, mais ce genre d’expression paradoxale est déroutante pour un étranger. Julien Green l’a vécu à ses dépens à Oxford lors d’une conférence qu’il donnait sur « les trois Barrès », c’est-à-dire les trois aspects contradictoires de la pensée de l’écrivain nationaliste. Mais l’assistance n’a pas forcément saisi cette subtilité. La preuve, à l’issue de son intervention, un auditeur a levé la main et demandé: « Quels sont les prénoms des deux autres frères Barrès? »

Au vocabulaire. L’intellectuel est un « clerc »; son engagement, une « foi »; sa rupture avec une idéologie, une « hérésie » ou une « délivrance »… Rappelez-vous Edgar Morin racontant son adhésion au communisme comme « l’espérance du salut dans la rédemption collective ». Et depuis la Révolution, les héros nationaux entrent au Panthéon, une ancienne église, et de Gaulle est devenu le Saint-Père national.

Autre surprise: au pays de Descartes et du rationalisme philosophique, les Français se passionneraient pour l’occultisme?

J’avais été surpris par les Mémoires d’Elizabeth Teissier, l’astrologue de François Mitterrand, dénichées à l’étal d’un bouquiniste, avant de découvrir que le président français n’était que le dernier d’une longue série d’hommes célèbres à croire aux « forces de l’esprit »: Robespierre, Victor Hugo, Jaurès, Poincaré, Clemenceau… Entre les deux pôles de la théologie et du matérialisme s’étend un territoire où coexistent l’attachement au rationalisme et la foi dans le surnaturel. Même si cela peut paraître paradoxal s’agissant d’un XVIIIe siècle rejetant les croyances en tout genre, certains principes de l’occultisme à la française sont enracinés dans les idées des Lumières, voire dans celles de la gauche: croyance en la bonté de l’homme, ouverture sur les valeurs et cultures différentes…

Dernière caractéristique des Français cartésiens, selon vous, l’inclination pour l’utopie…

Cette prédisposition utopiste puise sa source chez Rousseau, qui considère que la faculté première de l’homme est l’imagination. Les oeuvres de Louis-Sébastien Mercier, Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet sont toutes marquées par la révolte contre l’injustice et par l’ambition d’épanouir la nature humaine. Par ailleurs, le raisonnement utopique est marqué par son caractère systématique et radical.

Ces idéaux progressistes ont contribué à l’adhésion de très nombreux Français au communisme. Car, au fond, les promesses du Parti communiste français ne renvoyaient-elles pas à l’ambition des Lumières de former des citoyens instruits partageant une morale laïque commune, à l’aspiration rousseauiste à régénérer l’homme, au désir de Fourier de promouvoir une plus grande harmonie sociale, au culte de la perfection et de l’industrie de Saint-Simon, à la « dictature bienveillante » de Cabet… ?

Sudhir Hazareesingh en 6 dates

1961 Naissance à l’île Maurice dans une famille de lettrés et de hauts fonctionnaires d’origine indienne.

1981 Etudiant au Balliol College, à Oxford, où il enseigne aujourd’hui les sciences politiques et les relations internationales.

1990 Soutenance d’une thèse sur les rapports entre les intellectuels français et le communisme.

2006 Prix d’histoire de la Fondation Napoléon pour La Légende de Napoléon.

2010 Le Mythe gaullien (Gallimard).

2015 Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française (Flammarion).

Interview
Sudhir Hazareesingh : «Chez les intellectuels français émerge un néoconservatisme républicain, frileux et nombriliste»
Sonya Faure
Libération
28 août 2015

Professeur à Oxford, le Britannique né sur l’île Maurice publie «Ce pays qui aime les idées», un essai consacré à la passion typiquement française pour le débat, de plus en plus schématisant et pessimiste.

Face au succès des thèses déclinistes d’Eric Zemmour, d’Alain Finkielkraut ou de Michel Houellebecq, on les cherche anxieusement du regard : mais où sont les intellectuels de gauche ? Pourquoi un tel silence du camp «progressiste» quand ne cesse de se répandre une vision anxieuse et anxiogène du monde ? Dans Ce pays qui aime les idées, un essai paru cette semaine chez Flammarion, un Britannique, professeur à Oxford, se penche sur cette inclination si française pour le débat. Sudhir Hazareesingh a connu son premier émoi intellectuel sur l’île Maurice, où il a grandi, quand il a vu, sur le petit écran, Marguerite Yourcenar débattre des notions de bien et de mal à Apostrophes, l’émission culte de Bernard Pivot. «Même si tant de subtilité avait quelque chose de légèrement cocasse (tout particulièrement lorsqu’on l’observait d’une île tropicale de l’océan Indien), personne ne pouvait à l’époque rivaliser avec l’énergie intellectuelle et le panache des Français», écrit-il. Que reste-t-il de ce panache ? L’universitaire britannique dresse un tableau assez alarmant. Qu’est-il donc arrivé à la France et à ses intellectuels pour qu’ils s’enlisent dans un tel pessimisme teinté d’ethnocentrisme ?
Vous faites le constat très sévère d’une crise de la pensée française. Quels en sont les symptômes ?

La neurasthénie s’est emparée de la France. La vie intellectuelle a versé dans une très forte tendance au déclinisme. En témoigne l’élection d’Alain Finkielkraut à l’Académie française ou les deux derniers romans de Houellebecq, qui a certes toujours donné dans le morbide, mais qui touche désormais à l’extrême névrose… Ce qui me frappe, c’est que ces intellectuels, polémistes ou écrivains ont une vision psychologisante du déclin français. On parle de la France comme d’un patient, on évoque la pourriture – voyez Bernard-Henri Lévy qui compare la gauche française à un «grand cadavre à la renverse», reprenant un mot de Sartre. Dans la culture anglo-saxonne, ce genre de constat s’accompagnerait d’une analyse empirique. On irait voir ce qu’il en est réellement, sur le terrain. Ainsi, l’école française républicaine tant brocardée est-elle vraiment en déclin ? Sur quelles notations s’appuie ce constat ? Où est la chute du taux d’alphabétisation ? C’est une particularité bien française : le débat – et particulièrement le débat décadentiste – s’en tient à un discours très abstrait et à des schémas globalisants.

Ce pessimisme français est-il nouveau ?

Il me semble au contraire être le propre de la pensée française : la certitude que la France est un grand pays, qui doit penser non seulement pour lui-même mais aussi pour le reste du monde, est associée à une grande angoisse de déclin. On retrouve cette dialectique depuis la Révolution jusqu’aux écrits du général de Gaulle. Lorsqu’on a des ambitions extraordinaires, on craint toujours de ne pas être à la hauteur. La France est chargée de représenter la cause de l’humanité, selon Lavisse. Et quand la France n’arrive pas à concrétiser cet universalisme, elle se dit : «Tout est foutu».
Ce qui est plus grave aujourd’hui, c’est qu’une partie du monde intellectuel diffuserait, dites-vous, «une forme étriquée de nationalisme ethnique»…
Pour le dire vite, jusqu’à la fin du XXe siècle, le nationalisme qui dominait en France était républicain : un patriotisme plutôt. On était français tant qu’on adhérait à des valeurs abstraites – le fameux «plébiscite de tous les jours» de Renan. L’identité collective était une construction sociale réinventée à chaque génération. Mais ce schéma-là a commencé à s’effriter à la fin du XXe siècle – à droite surtout, mais aussi à gauche. Le «non» au référendum sur la Constitution européenne de 2005 est un tournant majeur : il représente, entre autres choses, la victoire de la gauche fermée, repliée sur elle-même (le silence des intellectuels, lors de cette campagne, est d’ailleurs éloquent). A partir de 2011, le «marinisme» a commencé à émerger, avec l’ambition de banaliser les idées et les valeurs du Front national, et à droite, Alain Finkielkraut a entamé son évolution vers un nationalisme xénophobe et larmoyant. Une espèce de néoconservatisme républicain, frileux, nombriliste et nostalgique émerge en France.

Cette pensée, on la retrouve aussi chez l’acteur royaliste Lorànt Deutsch, qui vend ses livres sur Paris et la France à plusieurs dizaines milliers de d’exemplaires…

Pour comprendre les grands mouvements de pensée et leur diffusion, il ne faut pas se contenter d’étudier les grands intellectuels. On assiste aujourd’hui à la résurgence d’une histoire conservatrice (dans la tradition royaliste et nationaliste). Y participent aussi bien Deutsch que Jean Sévillia, du Figaro magazine. C’est important car l’histoire a une place de premier plan dans la constitution de l’identité collective française. Pour Sévillia, depuis plus d’un siècle, un complot entre historiens républicains aurait servi à occulter la vraie histoire de la France en minimisant le poids du royalisme et de la chrétienté, et en inventant le mythe d’une terre d’accueil et d’assimilation. Ces polémiques – on pourrait aussi mentionner les débats houleux sur les lois mémorielles – soulignent à quel point l’historien est toujours considéré en France à la fois comme un guérisseur et un oracle chargé de révéler la continuité de la nation et son destin.

Pourquoi le débat français ne parvient-il pas à se saisir plus sereinement de la question des minorités ?

La source du problème vient là encore de l’approche très schématisée des problèmes sociaux en France. On ne pense pas au sort concret des musulmans ou des minorités postcoloniales, on réfléchit à leur place par rapport au principe abstrait qu’est la laïcité. La tournure qu’a pris le débat sur le voile en France est frappante. Dès les années 80, à partir de l’histoire de deux jeunes filles qui arrivent voilées dans un collège de banlieue, un texte signé par des intellectuels de gauche, comme Régis Debray ou Elisabeth Badinter, parle du «Munich de l’école républicaine» ! Les traits caractéristiques du débat d’idées français sont en place : explosion de concepts tonitruants, schématisation extrême. On ne parle jamais des immigrés eux-mêmes, de ce qu’ils sont ou de la manière dont ils se voient. On touche ici à un autre problème : l’interdiction de faire des statistiques ethniques en France. Elles sont pourtant devenues indispensables si on ne veut pas laisser le champ libre aux «fantasmagoristes» qui occupent le terrain aujourd’hui.

Ce refus du multiculturalisme en France, vous le faites remonter à Descartes.

Descartes pose que la pensée est l’essence fondamentale de l’être humain. Et la pensée est indivisible. C’est pour cette raison que toute la tradition républicaine a vu en Descartes son fondateur. Les républicains disaient en effet exactement la même chose au niveau politique : c’est la rationalité qui fonde l’identité politique, et celle-ci ne se divise pas – des schémas très holistiques déjà. Cette grande tradition totalisante a certes été très créative, mais elle a aussi empêché les Français de réfléchir à l’identité de manière souple. Le contraste est évident avec l’Angleterre, où l’on peut être British-Asian, à la fois britannique et asiatique. En France, les mots n’existent pas pour dire cette possible hybridation. On en revient toujours à l’expression «Français d’origine» algérienne ou malienne. Mais l’origine est un faux problème. Elle ne dit que la trace de ce qu’était la personne – ou ses parents – il y a vingt ou cinquante ans. Pas ce qu’elle est aujourd’hui et qui peut tenir d’un brassage des identités.

La figure de l’intellectuel français existe-t-elle encore ?

Elle a connu un repli indéniable. Du XVIIIe au XXe siècle, les intellectuels étaient des guides spirituels. Une substitution au clergé – on parle d’ailleurs parfois de «clercs» pour les désigner ou d’«hérésie» de certaines convictions. La grande tradition intellectuelle française, de Voltaire et Rousseau à Sartre et Foucault, reposait sur un socle littéraire et philosophique, et sur la puissance de l’Ecole normale supérieure. On est désormais passé du lettré philosophe au technocrate. Sans doute parce qu’une société très moderne n’a plus besoin de maître à penser. Sans doute aussi parce que les intellectuels français ont abusé de concepts abstraits – Derrida et les structuralistes notamment. Les fonctions intellectuelles sont toujours là – elles n’évoluent d’ailleurs pas beaucoup quand on voit que Saint-Germain-des-Près concentre toujours autant de maisons d’édition -, des pamphlets s’écrivent tous les six mois… Mais les intellectuels ne s’investissent plus autant dans le débat politique et les politiques n’en sont d’ailleurs plus demandeurs.

Les intellectuels de gauche sont-ils responsables de leur perte de crédit, en France ou à l’étranger ?

Ils ont toujours de nobles sentiments : la défense des plus démunis, le rejet de la fatalité sociale, le mépris pour le mercantilisme anglo-saxon. Mais ils n’ont pas su développer une alternative européenne, une authentique troisième voie entre le mirage du social-libéralisme et les vieilles chimères jacobino-marxistes. Nous l’attendions justement de la France, pays des intellectuels. Mais ils se sont repliés et ont fermé les volets, tournant ainsi le dos au grand principe francais de fraternité. Dès le XVIIIe siècle pourtant, les républicains avaient une culture totalement européenne : ils lisaient Kant et, plus tard, les utilitaristes anglais… Rousseau n’était même pas français ! Mais la production intellectuelle est aujourd’hui devenue très franco-française. A double titre : elle ne parle que de la France et s’exporte peu… à de rares exceptions près, comme le travail sur les lieux de mémoire de l’historien Pierre Nora.

Vous oubliez l’économiste Thomas Piketty ?

Pour le dire de manière provocante, Piketty n’est pas aussi français que les Français le pensent. Sa formation intellectuelle est en partie anglo-américaine et son mode de raisonnement – sa grande utilisation de statistiques – ne s’inscrit pas précisément dans la tradition française. Je suis surtout frappé par une chose : à quel point il est célébré en France, mais à quel point aussi il n’est pas du tout écouté par le gouvernement socialiste. Nul n’est prophète en son pays…

L’autre grand échec des intellectuels français selon vous, c’est de ne pas avoir su endiguer la montée du Front national.

C’est navrant pour le pays de la tradition dreyfusarde. C’est une constante depuis les années 80 : on a systématiquement sous-estimé le Front national. Sans doute est-ce encore une fois dû à une forme de pensée holistique et essentialiste typiquement française : on part de l’idée que la France est le pays de la Révolution et des droits de l’homme. Donc, dans ce pays-là, le Front national ne peut être qu’un phénomène éphémère. Donc on n’a pas besoin d’y réfléchir.

La France est-elle vraiment si intello ?

Le débat d’idées y structure la société beaucoup plus qu’ailleurs. J’irai même jusqu’à dire que la pensée est une composante essentielle de ce que veut dire «être français». Et cela pour une raison historique simple : quand il fallu inventer une nation après la Révolution française, on a dû le faire à travers des principes abstraits. Procédez de cette manière, et vous serez constamment dans un débat d’idées. Etre français, c’est réfléchir sans fin aux valeurs sur lesquelles repose la citoyenneté, savoir ce qu’elles veulent dire, s’il faut les mettre à jour… En France, le moindre village célèbre l’écrivain inconnu qui est né sur ses terres. Il y a encore une épreuve de philo au bac et, chaque année, en juin, la France se met à en discuter… Hier, j’assistais à une altercation entre deux automobilistes parisiens au sujet d’une place de parking. En tout dernier recours, la femme a lancé à l’homme : «C’est une question de principe, monsieur !» Je me suis dit : «Voilà, je suis en France.»

Ce qui est d’abord nouveau aujourd’hui, c’est cela : une forme de fusion des pensées antimodernes dans un éloge commun d’un « républicanisme » nostalgique et passéiste qui réunit les ennemis d’hier, ceux qui sont effectivement les héritiers d’une culture républicaine comme ceux qui s’inscrivent dans une tradition profondément antirépublicaine. La deuxième chose qui me frappe, c’est la dimension très franco-française de cette pensée du repli. (…) Troisième élément qui caractérise notre époque : l’absence de véritable débat. (…) . On n’entend plus de contre-discours. Les antimodernes ont cannibalisé l’espace public. Enfin, quatrième point frappant : la tendance très actuelle à diaboliser tout ce qui est « autre ». (…) Tout ce qui est « autre » est représenté comme une menace pour « l’identité française », cet autre étant à la fois l’étranger (l’Allemagne, les Etats-Unis, le monde arabo-musulman) et le minoritaire (les féministes, les homosexuels, les immigrés, etc.). (…) ces auteurs définissent l’identité française comme un archipel d’îlots menacés. Le premier de ces îlots, c’est la laïcité, dont l’ennemi est à leurs yeux le multiculturalisme. Le deuxième, c’est la souveraineté : ici, l’adversaire s’appelle la mondialisation (ou l’Europe). Le troisième de ces îlots, c’est la civilisation française au sens large : dès lors que tout ce qui est français est par définition supérieur à ce qui ne l’est pas, tout doit être fait pour éviter l’invasion d’une culture étrangère, par essence barbare et immorale. D’où, chez ces auteurs, l’éloge fréquent de la notion de frontière et, à l’inverse, le rejet de toute forme de cosmopolitisme.(…) Dans d’autres pays européens, le réflexe souverainiste et pessimiste peut exister : il est le socle des populismes qui se manifestent un peu partout. Mais (…) En France (…) le pessimisme repose fondamentalement sur le déclinisme, et s’appuie sur certains traits caractéristiques de la tradition intellectuelle nationale : le penchant pour le schématisme, l’abstraction et le refus des faits, le goût du paradoxe, le recours systématique à la diabolisation et aux arguments extrêmes, et une vision apocalyptique de l’avenir. Sudhir Hazareesingh

Voir aussi:

Sudhir Hazareesingh : « En France, le déclinisme a gagné beaucoup de terrain »
LE MONDE DES LIVRES

20.08.2015

Propos recueillis par Julie Clarini

Professeur à Oxford, spécialiste de Napoléon, Sudhir Hazareesingh s’intéresse à l’histoire et à la ­culture politique françaises (La Saint-Napoléon, ­Tallandier, 2007 ; Le Mythe gaullien, Gallimard, 2010). Son nouveau livre, à paraître le 27 août, brosse un portrait intellectuel des Français.

Comment dégager un « esprit français » ?

Il s’agit d’éviter toute forme d’essentialisme. J’essaie de montrer que la pensée française est une construction sociale : à partir des Lumières, un certain mode et style de pensée s’impose et devient hégémonique. J’en décris les caractéristiques et je montre comment cette pensée a été soutenue par les institutions françaises, par l’Etat, par les grandes écoles, par les producteurs de savoirs… Par exemple, le moment que nous vivons aujourd’hui, la rentrée littéraire, est une des manifestations de cet esprit français. Tout est très codifié, très ritualisé. Après une période de vide absolu pendant l’été, les livres arrivent en masse. Et on commence à ­parler des prix, à chuchoter des noms. Surtout, très vite, s’opère la distinction implicite entre la masse des livres et la petite élite qui va vraiment compter.

Votre essai dégage ce qui ­soutient cet esprit français. On reconnaît certains traits (un rapport à la raison, à l’abstraction, une certaine propension à l’utopie, etc.) ; d’autres sont plus étonnants, comme cette tendance à l’occultisme…

Par hasard, en flânant sur les quais de la Seine, j’ai acheté les Mémoires de l’astrologue Elizabeth Teissier (Sous le signe de Mitterrand, Editions n° 1, 1997). C’est étonnant de voir à quel point Mitterrand était proche d’elle. Vous vous souvenez sans doute de cette scène où le président déclare, en 1995, face à la caméra : « Je crois aux forces de l’esprit. » Or, en travaillant sur le mythe de Napoléon, j’avais déjà repéré ­l’importance d’un certain mysticisme au XIXe siècle. J’ai voulu creuser un peu plus. Et il s’avère que l’ésotérisme est une composante fondamentale de la pensée républicaine et socialiste, jusqu’au milieu du XXe siècle. Ce qui est surtout très particulier à la France, c’est que ce sont les hommes et les femmes de gauche, qui croient au progrès, aux Lumières, qui sont fascinés par l’ésotérisme. L’occultisme est la partie submergée à la fois de la tradition républicaine et de la tradition progressiste. Je me permets donc d’avancer la thèse d’une continuité depuis la Révolution jusqu’à Mitterrand.

Vous analysez, dans votre dernier chapitre, l’évolution du monde intellectuel depuis dix ans. Que voyez-vous ?
Un esprit décliniste a gagné beaucoup de terrain, y compris à gauche, elle qui représentait pourtant la tradition philosophique de l’optimisme et du volontarisme. Je crois qu’il s’agit d’un conservatisme nationaliste qui auparavant était aux marges de la République. Barrès, par exemple, se disait républicain mais au sens très minimal. Ses écrits portent la trace de son refus des valeurs républicaines comme l’égalité ou la fraternité. Il me semble que c’est cette tradition-là qui renaît, mais elle renaît cette fois à l’intérieur de la tradition républicaine.

Car le repli que j’essaie d’analyser se manifeste à la fois dans l’espace et dans le temps : un repli nombriliste, qui tourne le dos à l’internationalisme et à la fraternité ; et un repli sur la IIIe République, qui devient un âge d’or. C’est par exemple étrange que François Hollande soit allé s’agenouiller devant la statue de Jules Ferry. Comment Ferry peut-il incarner un modèle pour l’homme d’Etat du XXIe siècle, lui qui justifiait l’empire colonial au nom de la ­supériorité de la race française ? Voilà qui reflète bien l’incapacité française à regarder en face son héritage colonial.

Qu’avez-vous pensé de la ­manifestation du 11 janvier ?

J’ai regardé cela avec intérêt et fascination. D’abord il y a cette chose très française, et tout à fait admirable, que chaque fois qu’on s’en prend vraiment à la Répu­blique, le peuple descend dans la rue. Mais la question, c’est : au nom de quelles valeurs ces Français et ces Françaises ont-ils ­manifesté ?
Je ne suis pas complètement d’accord avec la thèse d’Emmanuel Todd (dans Qui est Charlie ?, Seuil), mais je pense qu’il saisit quelque chose de profond : dans tout grand mouvement de défense de valeurs républicaines, il y a aussi parfois la tentation d’une certaine forme d’exclusion. D’ailleurs, historiquement, cette ambiguïté fait aussi partie de la grande tradition républicaine : le dissident est mis au ban de la communauté politique. Le grand slogan révolutionnaire, c’était : « Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ! »
Il est grand temps d’avoir en France des statistiques ethniques pour savoir ce que pensent vraiment les minorités. Et dédramatiser. En Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, on aurait déjà eu vingt-cinq sondages ! Mais encore une fois, en France, on préfère les schémas, et la grande ­opposition laïcité-religions. C’est une opposition très peu subtile, trop binaire, pour permettre de comprendre ce que veut dire être musulman en France.
Les données essentielles de l’esprit français

Sans doute faut-il être un spécialiste de Napoléon, et qui plus est un Britannique, pour se découvrir non seulement l’envie mais aussi le talent de cerner « l’esprit français ». Sudhir Hazareesingh est dans ce cas. En signant Ce pays qui aime les idées (titre anglais : « Comment pensent les Français », moins flatteur), il fait montre de tout le sérieux et de toute la bienveillante ironie qui sied à l’entreprise. Bref, on le lit avec plaisir, et profit. Les premiers chapitres sont de parfaites synthèses des grandes tendances de la culture française telle qu’elle s’est construite depuis le XVIIIe siècle : l’auteur y tente d’identifier les schémas de pensée, les croyances, et la rhétorique qui forment l’enveloppe dans laquelle se déploie la réflexion.
Il dégage, par exemple, cet attachement français aux grandes oppositions binaires (ouverture et isolement, immobilisme et réforme, liberté et déterminisme, progrès et décadence), dû à l’influence du rationalisme et à son corollaire, le goût de l’abstraction. Les pages sur la réception et l’utilisation, au fil des siècles, de la référence à Descartes sont d’ailleurs instructives. Mais il convient, insiste l’auteur, de ne pas négliger le pouvoir de l’imagination qui est une donnée essentielle de l’esprit français (elle expliquerait en partie la propension nationale à l’utopie). Sudhir Hazareesingh pointe avec soin les paradoxes : en France, la fascination pour l’ordre et la prédictibilité coexiste avec le rejet du conformisme. C’est aussi un pays où l’on peut rencontrer des rationalistes mystiques (lire l’entretien ci-contre) et subir de « glorieuses défaites » (utile invention, au demeurant, comme le souligne l’auteur).

« Tentation du repli »

La fin de l’essai se consacre à des analyses plus thématiques sur la place de l’intellectuel depuis l’après-guerre (décrit subtilement comme une histoire en trois parties : l’influence de Sartre, de Tocqueville puis de Camus) ou sur le rôle de l’histoire dans la construction du sentiment national. Enfin, l’ouvrage aborde le climat intellectuel depuis une dizaine d’années : l’anxiété et le déclinisme paraissent avoir nettement emporté la partie. Cette « tentation du repli », qui semble toucher la gauche autant que la droite, « a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain de la pensée française ». Il en résulte en effet un affaiblissement de l’influence française sur la scène ­politique et culturelle à l’échelle mondiale.
Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française (How the French Think. An Affectionate Portrait of an Intellectual People), de Sudhir Hazareesingh, traduit de l’anglais par Marie-Anne de Béru, Flammarion, « Au fil de l’histoire », 464 p., 26 € (en librairie le 27 août).

Voir également:

« Les antimodernes ont cannibalisé l’espace public »
Propos recueillis par Thomas Wieder
Le Monde
26.09.2015

Sudhir Hazareesingh est professeur à l’université d’Oxford. Spécialiste de la France des XIXe et XXe siècles, il vient de publier Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française (Flammarion, 464 pages, 23,90 euros).

Quel regard portez-vous sur la pensée française d’aujourd’hui ? Dans votre livre, vous parlez d’une « tentation du repli » pour caractériser la période actuelle. Quelles en sont les caractéristiques ?

Sudhir Hazareesingh : Selon moi, quatre phénomènes définissent la situation actuelle. Le premier, c’est le fait que le déclinisme et le pessimisme ne sont plus l’apanage de la droite antimoderne et réactionnaire. Aujourd’hui, l’idée que « rien ne va plus » ou que « tout fout le camp » dépasse de loin cette famille de pensée, au point que certains de ses porte-parole les plus éloquents viennent de la gauche, comme Michel Onfray ou Régis Debray. Ce qui est d’abord nouveau aujourd’hui, c’est cela : une forme de fusion des pensées antimodernes dans un éloge commun d’un « républicanisme » nostalgique et passéiste qui réunit les ennemis d’hier, ceux qui sont effectivement les héritiers d’une culture républicaine comme ceux qui s’inscrivent dans une tradition profondément antirépublicaine.
La deuxième chose qui me frappe, c’est la dimension très franco-française de cette pensée du repli. Il y a deux siècles, les auteurs français réactionnaires avaient un rayonnement international. Joseph de Maistre, par exemple, appartenait au patrimoine mondial de la pensée. Il était lu et discuté à l’étranger. Aujourd’hui, les pamphlétaires français antimodernes n’écrivent que pour un public hexagonal. A l’étranger, personne ne lit Eric Zemmour, Michel Onfray ou Alain Finkielkraut. Il y a quelques années, l’historien Pierre Nora avait dénoncé le « provincialisme » croissant de la vie intellectuelle française. J’adhère totalement à son analyse.
Troisième élément qui caractérise notre époque : l’absence de véritable débat. Autrefois, l’antimodernisme n’était qu’une composante de la scène intellectuelle française. Face aux déclinistes et aux pessimistes, il y avait des progressistes et des optimistes qui pouvaient leur porter la contradiction. De nos jours, il n’y a quasiment plus personne dans le camp d’en face. On n’entend plus de contre-discours. Les antimodernes ont cannibalisé l’espace public.

Enfin, quatrième point frappant : la tendance très actuelle à diaboliser tout ce qui est « autre ». Dans un livre merveilleux, traduit en français sous le titre Deux siècles de rhétorique réactionnaire (Fayard, 1991), le sociologue américain Albert O. Hirschman expliquait qu’un élément central de cette rhétorique était la notion de « mise en péril ». C’est exactement ce qu’on observe aujourd’hui. Tout ce qui est « autre » est représenté comme une menace pour « l’identité française », cet autre étant à la fois l’étranger (l’Allemagne, les Etats-Unis, le monde arabo-musulman) et le minoritaire (les féministes, les homosexuels, les immigrés, etc.).
Quelle est cette identité française qui serait mise en péril ?

Je dirais volontiers que ces auteurs définissent l’identité française comme un archipel d’îlots menacés. Le premier de ces îlots, c’est la laïcité, dont l’ennemi est à leurs yeux le multiculturalisme. Le deuxième, c’est la souveraineté : ici, l’adversaire s’appelle la mondialisation (ou l’Europe). Le troisième de ces îlots, c’est la civilisation française au sens large : dès lors que tout ce qui est français est par définition supérieur à ce qui ne l’est pas, tout doit être fait pour éviter l’invasion d’une culture étrangère, par essence barbare et immorale. D’où, chez ces auteurs, l’éloge fréquent de la notion de frontière et, à l’inverse, le rejet de toute forme de cosmopolitisme.
Face à l’intérêt que suscitent ces intellectuels, les responsables politiques semblent peu audibles. Pourquoi ?

Il y a un élément très important, a fortiori dans un pays comme la France, où l’on aime les idées : c’est la langue. Que l’on partage ou non leurs analyses, force est de constater que les auteurs dont nous parlons savent manier la langue française. Certes, tous ne brillent pas dans le même registre : Finkielkraut, par exemple, est assez mauvais à la télévision mais il écrit remarquablement bien ; Zemmour, même si sa prose n’est pas exceptionnelle, a un talent oratoire hors pair ; Onfray, lui, est bon à peu près partout, que ce soit dans ses livres, dans ses cours ou sur un plateau télévisé, comme celui d’« On n’est pas couché ».

De l’autre côté, le problème est que l’on a une génération d’hommes politiques qui utilisent tous, peu ou prou, une langue technocratique. Ce sont des gestionnaires, incapables de varier de registre en citant un écrivain ou un poète. Or, quand vous mettez des gestionnaires face à des intellectuels qui savent manier la rhétorique, il est logique que l’on écoute davantage les seconds.
Ce que vous observez en France, l’observez-vous ailleurs en Europe ?

Non, pas vraiment. Dans d’autres pays européens, le réflexe souverainiste et pessimiste peut exister : il est le socle des populismes qui se manifestent un peu partout. Mais la manière dont cette pensée se présente en France est particulière, autant dans sa substance que dans son style. En Grande-Bretagne, par exemple, vous avez actuellement, autour de UKIP (United Kingdom Independence Party), un état d’esprit un peu analogue. Mais c’est un mouvement très anti-intellectuel et antipolitique, qui ne repose sur aucun système de valeurs cohérent. Surtout, il n’est pas obsédé par l’idée de déclin.
En France, par contre, le pessimisme repose fondamentalement sur le déclinisme, et s’appuie sur certains traits caractéristiques de la tradition intellectuelle nationale : le penchant pour le schématisme, l’abstraction et le refus des faits, le goût du paradoxe, le recours systématique à la diabolisation et aux arguments extrêmes, et une vision apocalyptique de l’avenir.

Voir encore:

Ce pays qui aime les idées

Aux yeux du monde, les Français seraient arrogants, présomptueux, ingouvernables… Ne seraient-ils pas d’abord et avant tout de grands amoureux des idées ? C’est, en tout cas, dans cette passion spécifiquement française qu’il faut, selon l’historien britannique Sudhir Hazareesingh, chercher les racines de notre identité, et en particulier celles de notre fameuse exception culturelle. Au fond, à quoi reconnaît-on la pensée française ? Peut-être à cette façon d’être un art de vivre partagé par tous.
Sans doute aussi à son inextinguible vitalité : si les Français donnent l’impression de ne jamais débattre sans se disputer, c’est qu’ils ont l’exercice de la controverse trop à coeur ; s’ils passent facilement pour des donneurs de leçons, c’est qu’ils aspirent toujours vivement à l’universel, au point de s’en estimer seuls garants ; s’ils sont râleurs, anarchiques et prompts à la révolte, c’est qu’ils ont une âme frondeuse et l’esprit critique chevillé au corps ; s’ils se croient supérieurs, c’est qu’ils ont le goût de l’abstraction, l’art d’inventer des concepts qui séduisent au-delà des frontières – le socialisme, le structuralisme, l’existentialisme, la déconstruction, le mot même d’intellectuel.
Enfin, s’ils sont enclins aujourd’hui à broyer du noir, c’est qu’ils sont nostalgiques de leur grandeur passée et qu’ils refusent d’abdiquer. Catalogue passionné des spécificités de la pensée française, ce livre nous décrit mieux que nous ne saurions le faire, en même temps qu’il nous pousse à interroger l’inquiétude que nous inspire l’idée de notre déclin

http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-histoire-des-idees-la-france-pense-t-elle-encore-2015-08-31

Biographie et informations
Nationalité : Royaume-Uni
Né(e) à : Île Maurice , 1961

Biographie :

Sudhir Hazareesingh est né dans une famille de hauts fonctionnaires indiens.

Il est chargé de recherches et directeur d’études en Sciences Politiques à Balliol College, à l’Université d’Oxford, et Fellow de la British Academy.

Il a été professeur invité à l’EHESS, à l’École Pratique des Hautes Études, et à Sciences-Po.

Il est membre du Comité Scientifique de la revue French Politics, de l’European Journal of Political Theory, ainsi que la revue Napoleonica.

Il contribue régulièrement au Times Literary Supplement, et a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire et la culture politique française, dont La Saint-Napoleon. Quand le 14 Juillet se fêtait le 15 Août (Paris, Éditions Tallandier, 2007.

Son ouvrage La Légende de Napoléon (2005) a remporté le Prix du Mémorial d’Ajaccio, le Prix d’Histoire de la Fondation Napoléon, et le Prix de la Ville de Meaux.

http://www.babelio.com/auteur/Sudhir-Hazareesingh/93932

Contre ces intellectuels apôtres d’une France moisise

http://www.babelio.com/auteur/Sudhir-Hazareesingh/93932

http://www.theguardian.com/books/2015/jun/13/from-left-bank-to-left-behind-where-have-the-great-french-thinkers-gone

« I was struck that on the night of the attacks people gathered spontaneously at the Place de la République, and then marched in their millions on 11 January. When confronted by a crisis, the French band together to reaffirm what they call the lien social, the social bond. It’s very much part of their democratic, Rousseauian tradition, reclaiming public space in order to illustrate that the Republic is made up not only of individual citizens but of people with shared values. That said, there were many different sensibilities represented in the march, and it is not easy to ascribe an unequivocal meaning to it. »

http://www.politics.ox.ac.uk/news/sudhir-hazareesingh-discusses-french-secularism-on-the-bbc-in-the-aftermath-of-charlie-hebdo.html

http://www.bbc.co.uk/programmes/b051cpx8

Philosophy
From Left Bank to left behind: where have the great French thinkers gone?
From Voltaire and Rousseau to Sartre and De Beauvoir, France has long produced world-leading thinkers. It even invented the word ‘intellectual’. But progressives around the globe no longer look to Paris for their ideas. What went wrong?
Sudhir Hazareesingh
The Guardian
13 June 2015

Writing shortly after the end of the second world war, the French historian André Siegfried claimed (with a characteristic touch of Gallic aplomb) that French thought had been the driving force behind all the major advances of human civilisation, before concluding that “wherever she goes, France introduces clarity, intellectual ease, curiosity, and … a subtle and necessary form of wisdom”. This ideal of a global French rayonnement (a combination of expansive impact and benevolent radiance) is now a distant and nostalgic memory.

French thought is in the doldrums. French philosophy, which taught the world to reason with sweeping and bold systems such as rationalism, republicanism, feminism, positivism, existentialism and structuralism, has had conspicuously little to offer in recent decades. Saint-Germain-des-Prés, once the engine room of the Parisian Left Bank’s intellectual creativity, has become a haven of high-fashion boutiques, with fading memories of its past artistic and literary glory. As a disillusioned writer from the neighbourhood noted grimly: “The time will soon come when we will be reduced to selling little statues of Sartre made in China.” French literature, with its once glittering cast of authors, from Balzac and George Sand to Jules Verne, Albert Camus and Marguerite Yourcenar, has likewise lost much of its global appeal – a loss barely concealed by recent awards of the Nobel prize for literature to JMG Le Clézio and Patrick Modiano. In 2012, the Magazine Littéraire sounded the alarm with an apocalyptic headline: “La France pense-t-elle encore?” (“Does France still think?”)

Nowhere is this retrenchment more poignantly apparent than in France’s diminishing cultural imprint on the wider world. An enduring source of the French pride is that their ideas and historical experiences have decisively shaped the values of other nations. Versailles in the age of the Sun King was the unrivalled aesthetic and political exemplar for European courts. Caraccioli, the 18th-century author of L’Europe Française, expressed a common view when he enthused about the “sparkling manners and lively vivacity” of the French, before concluding: “Every European is now a Frenchman.” Through the revolutionary epics of the late 18th and early 19th centuries, French civilian and military heroes inspired national liberators throughout the world, from Wolfe Tone in Ireland and Toussaint L’Ouverture in Haiti to Simón Bolívar in Latin America. The Napoleonic Civil Code was widely adopted by newly independent states during the 19th century, and the emperor’s art of war was celebrated by progressive writers and poets across Europe, from William Hazlitt to Adam Mickiewicz, but also by Japanese samurai warriors and Tartar tribesmen (a Central Asian folk song celebrated “Genghis Khan and his nephew Napoleon”), and by the Vietnamese revolutionary hero Võ Nguyên Giáp. In the late 1930s, when he was a history tutor at the Than Long school in Hanoi, Giáp taught French revolutionary history; one of his students later recalled the “mesmerising” quality of his lectures on Napoleon.

Jean Paul Sartre and Simone de Beauvoir take tea together in 1946. Photograph: David E Scherman/Time & Life Pictures/Getty Image
Progressive men and women across Europe celebrated the heritage of the 1789 revolution throughout the 19th century, and the first generation of Russian Bolsheviks was obsessed by the analogies between their own revolution in 1917 and the overthrow of the French ancien régime. Lenin drew on the Jacobin heritage as an inspiration for his own revolutionary organisation in Russia, and dismissed those who opposed him as “Girondists”. Stalin’s francophilia extended to obsessively reading the novels of Victor Hugo. French ideas and symbols were universally equated with self-determination and emancipation from servitude: the Statue of Liberty, the iconic emblem of American-ness, was designed by the French sculptor Frédéric Bartholdi; Poland’s national anthem celebrated Napoleon Bonaparte, while Brazil’s flag bore the motto “order and progress”, after Auguste Comte’s motto of positivism. French inspiration was most evident in stimulating traditions of critical and dissenting inquiry about modern society: Olympe de Gouges’s Declaration of the Rights of Woman and the Female Citizen (1791) was embraced by champions of feminine emancipation across the world, while social inequality and political oppression were eloquently denounced by Rousseau and the radical republican tradition of Babeuf, Buonarroti and Blanqui all the way through to the works of Sartre, Fanon, Foucault and Bourdieu. Yet little of this ideological fertility is now in evidence, and French thinking is no longer a central point of reference for progressives across the world. It is noteworthy that none of the recent social revolutions, whether the fall of Soviet-style communism in eastern Europe or the challenge to authoritarian regimes in the Arab world, took their cue from the French tradition.

A yearning towards universality

This intellectual retreat is of course not unique to France. Notwithstanding the recent electoral successes of populist radical movements such as Syriza and Podemos, the horizons of reformist, progressive and internationalist politics have dimmed across Europe since the late 20th century. But the phenomenon is felt much more acutely in France because (in notable contrast with Britain) the nation’s self-image is existentially bound up with its sense of cultural excellence, and with the assumption that their ideas have universal appeal: “France,” claimed the historian Ernest Lavisse without any irony, “is charged with representing the cause of humanity.” From the Enlightenment onwards, France was renowned for her génie scientifique. Paris was celebrated as a principal centre of the European “republic of sciences”, and indeed the discoveries of French scientists revolutionised modern life – from the Cassinis’ new principles of cartography to Louis Pasteur’s seminal findings on disease prevention, and Marie Curie’s ground-breaking research on radioactivity. France also played a pioneering role in devising original forms of intellectual sociability, such as masonic lodges, salons and cafes (the daily Libération celebrated the bistro as a provider of “key social links” among French people). Likewise, the primary impetus for the nation’s ways of thinking has traditionally come from Paris. Indeed, to an extent which is unique in western culture, France’s major cultural bodies – from the state to the great educational and research institutions, academies, publishing houses and press organs – are concentrated in its capital, hence Victor Hugo’s exorbitant claim that Paris was the “centre of the earth”.

This centralisation is one of the main reasons why French ways of thinking exhibit such a striking degree of stylistic consistency – a phenomenon further accentuated by the nation’s profoundly ambivalent intellectual relationship with religion. On the one hand, there has been an ardent tradition of anticlericalism in France, assertively upheld in recent decades by publications such as Charlie Hebdo, and in a colourful lexicon of derogatory designations of priests, with terms such as bouc, calotin, corbeau and ratichon; the place of Islam in contemporary French society continues to generate confusion and acrimonious debate. Yet, in stark contrast with Britain, French thought is also haunted by a pervasive neo-religious rhetoric. One of the modern French words for an intellectual is clerc (a member of the clergy), and the positions held by intellectuals have been consistently defined through concepts such as faith, commitment, heresy and deliverance. Like many men and women of his generation, the philosopher Edgar Morin defined his experiences in the French communist movement as a form of “religious mysticism”. France’s endemic incapacity to reform its state institutions is often represented as a mal, a term which carries connotations of physical disorder as well as sinfulness. One of the classic pamphlets denouncing France’s passion for authority and state centralisation was Alain Peyrefitte’s Le Mal Français; when in 2014 former socialist leader Lionel Jospin challenged what he perceives as France’s unhealthy fascination with Bonapartism, he entitled his polemical essay Le Mal Napoléonien.

This intellectual unity of French thought is crystallised in a number of lasting tropes about Frenchness. The most celebrated, as Siegfried said, is the sense of an exceptional Gallic aptitude for lucidity. The writer Rivarol put it even more imperiously: “What is not clear is not French.” Typically French, too, is an insouciance of manner, “doing frivolous things seriously, and serious things frivolously”, as the philosopher Montesquieu wrote. But it also bears a contrarian and disputatious tendency, as the historian Jules Michelet observed: “We gossip, we quarrel, we expend our energy in words; we use strong language, and fly into great rages over the smallest of subjects.” Above all, French thinking is famous for its love of general notions, such as the French Revolution’s classic triad of liberty, equality and fraternity. As the essayist Emile de Montégut said, “There is no people among whom abstract ideas have played such a great role, whose history is rife with such formidable philosophical tendencies, and where individuals are so oblivious to facts and possessed to such a high degree with a rage for abstractions.”

This passion for generality strongly contrasts with the practical, empirical reasoning of the British. It shows up in many dimensions of the esprit français, especially the tendency for arguments about the good life to revolve around first principles. Burke railed against the “clumsy metaphysics” of the French Revolution’s concept of the rights of man – but the ideal of monarchy celebrated in France by royalist thinkers such as Joseph de Maistre, Louis de Bonald and later Charles Maurras was just as abstract (if not more so). Equally widespread is the passion for considering questions in their totality as opposed to their particular manifestations. In his classic work Les origines de la France contemporaine (1875), Hippolyte Taine described this holism as entrenched since the Enlightenment, a method which sought “to extract, circumscribe and isolate a few very simple and general notions, then, without any reference to experience, to compare and combine them, and from the artificial compound thus obtained, to deduce by pure reasoning all the consequences which it contains”. The resistance leader Charles de Gaulle thus opened his War Memoirs by sketching his “certaine idée de la France” – a country with a vocation for an “eminent and exceptional destiny”. Such lofty aspirations remain an integral feature of French thinking, according to the academician Jean d’Ormesson: “More than any nation, France is haunted by a yearning towards universality.”
Yet paradoxically – the French love paradoxes – this holism comes with the equally cherished Gallic intellectual habit of dividing things into two. This explains why French public debate is invariably structured around a small number of recurring binaries. La France coupée en deux is a familiar representation of the political realm, referring to historical divisions between conservative and progressive blocs, but also dichotomous ways of seeing the world such as opening and closure, stasis and transformation, reason and sentiment, unity and diversity, civilisation and barbarity, masculine and feminine, and good and evil.

The progressive imagination

One of most distinctive features of modern French thought since the Enlightenment, which long provided the basis for its global appeal, is the richness of its progressive tradition. This ingeniousness shines through in the sheer number of mainstream concepts and discursive practices that have their origins in France: a (cursory) list would include the notions of ideology and socialism, the invention of the figure of the “intellectual”, and of the discipline of sociology; the spatial representation of politics as between left and right; the ideas of popular sovereignty and altruism, and the belief that culture should not only be democratically accessible, but should be assigned its own specific department in government (an innovation introduced in 1959 by De Gaulle on his return to power, the first incumbent of the new ministry being the writer André Malraux). This emphasis on creativity bears witness to the consecration of the writer as a spiritual guide for society, and to the central role assigned to imagination in French political and literary culture – hence one of the most celebrated slogans of May ’68: “L’imagination au pouvoir”.
Such has been the centrality of the ideal of creativity that the concepts of revolution and rupture have become familiar tropes across the French humanities and social sciences, whether in politics, history, literature, philosophy, sociology, linguistics, psychology or anthropology. The period between the early 1950s and the late 1970s alone gave us the nouveau roman, the nouvelle vague (in cinema), the nouvelle histoire, the nouvelle philosophie, the nouvelle gauche (and even, in echo, the nouvelle droite), without forgetting nouvelle cuisine – although that concept dates back at least as far as Menon’s Nouveau traité in 1742. For the ethnologist Claude Lévi-Strauss, whose notion of structuralism arguably represented the single most inventive French contribution to western thought in the second half of the 20th century, this thirst for innovation is inherent in the very idea of knowledge: “The great speculative structures are made to be broken. There is not one of them that can hope to last more than a few decades, or at most a century or two.”

This creativity also manifests itself in the French predilection for grand theorising, and in the often breathtaking ambition of progressive thinkers in their quest to uncover original truths about the human condition. Descartes’ cogito ergo sum broke new philosophical ground by locating the source of all certain knowledge in the thinking self, and providing an account of human understanding that was independent of God. Much of Rousseau’s political philosophy was driven by the goal of regenerating humankind through the achievement of republican virtue. Comte wrote extensively about astronomy, physics, chemistry, biology and mathematics, and he devoted his life to elaborating an original scientific synthesis that would herald “the definitive stage of human intelligence”. Indeed, the most remarkable feature of French grand theorising is its aspiration to find comprehensive and universal explanations for all social phenomena: hence the Annales historians’ ambition to provide an account of the entire range of human activities (histoire totale). Likewise, Sartre’s Critique of Dialectical Reason (1960) aimed to establish “whether there is any such thing as a Truth of humanity as a whole”. Simone de Beauvoir’s Second Sex offered a sweeping alternative to the classic view that gender difference was grounded in human nature: “One is not born, but one becomes a woman.” His scattered observations of Brazilian-Amerindian tribes led Claude Lévi-Strauss to conclude that all social thought was based on certain shared symbolic patterns or myths, while Michel Foucault’s sprawling oeuvre claimed to uncover the forms of control and domination that were inherent in all ideologies and ways of thinking. The most recent product of this distinguished line of grand theorising is the republican historian Pierre Nora’s concept of lieux de mémoire, which offers an overarching framework for reconsidering France’s relationship with its own past.

These intellectual constructs have enjoyed such wide appeal not only because of their seductive literary qualities, but also because of their critical functions in shaping the French collective self-understanding (the contrast with British self-perception is again noteworthy: in Keir Hardie’s memorable expression, the British are “not given to chasing bubbles”). Rousseau’s political philosophy, to take the most obvious example, has consistently provided the bedrock for French republican patterns of thinking over the past two centuries – notably the belief in the possibility of a more rational organisation of society; and the thought that not just society but human nature itself could be regenerated through collective endeavour. Comte’s celebration of the dead (who in his view represented “the better part of humankind”) tapped into a deep fascination among French progressives for the occult. His Religion of Humanity, a secular system of belief complete with its institutions, cults and festivals, exemplified the consistent French quest for a more buoyant and less reactionary alternative to Catholicism. Sartre’s existentialism and his excursions across the philosophical terrain of Marxism in the postwar era underwrote the orthodox idea of a proletarian revolution, and justified the intellectual hegemony of the French Communist party (in his pithy expression: “un anticommuniste est un chien”). The works of De Beauvoir and Foucault are littered with intuitions about the pervasive manifestations (and corrupting effects) of power that have deep roots in French social thought from Rousseau onwards. Nora’s conception of memory has transformed the way the French see themselves, and has also provided the bedrock for a conservative form of neo-republicanism, which has become intellectually and culturally dominant in France since the late 20th century.

The darker sides of abstraction

Over the longue durée, these French progressive ways of thinking have been formidably productive, helping to generate powerful and engaging systems of thought. French thinkers have been especially influential in shaping modern conceptions of citizenship – notably the revolution’s concept of civic patriotism (based on adhesion to common values rather than ethnicity), the notion of the general interest, and the vision of the state’s enabling and enlightening power, embodied in the holistic philosophy of Jacobinism. But this penchant for abstract generality also has its darker sides: an insensitivity to the potentially intrusive and coercive role of the state; a suspicion of social groups that do not conform to shared universalistic norms (in the past, these included Catholics, women and colonial subjects); a disposition to fall back on stereotypes, negative fantasies and conspiracy theories; and a fondness for dividing the political sphere into antagonistic camps of good v evil.
Indeed, the “other” has been an enduringly problematic concept in French culture: hence the long tradition of antisemitism in French nationalist thought. But progressives have also faltered here, notably in their entrenched hostility to female emancipation (women were long viewed by republicans as reactionary agents of Catholicism, and were only granted the vote in 1944). Progressives also struggled to reconcile their universalist ideals of the good life with notions of cultural pluralism and ethnic diversity. Part of the reason why multiculturalism is regarded so negatively by the French is that it is perceived as an alien Anglo-Saxon practice. A contemporary example of these shortcomings is the discussion of the integration of postcolonial minorities from the Maghreb. The roots of this issue lie in the deeply held assumption of the beneficial quality of French civilisation for humankind. This vision underpinned the expansion of French power in Europe during the revolutionary and Napoleonic eras. A belief in the emancipatory quality of their culture explain why leading French progressives consistently advocated a policy of assimilation in the colonies, and – with the honourable exception of the communists – largely turned a blind eye to the racism and social inequalities produced by their own empire. This uncritical belief in the supremacy of the French mission civilisatrice was epitomised during the Algerian war of national liberation in the 1950s and early 1960s by François Mitterrand’s endorsement of the precept of “L’Algérie, c’est la France”. The same way of thinking led the socialist Guy Mollet to reject all manifestations of Algerian nationalism as reactionary and “obscurantist”.

This colonialist legacy still casts a long shadow over the ways in which France treats and perceives its ethnic minority citizens, especially those originating from the Maghreb. These minorities are demonised in the French conservative press and by the extreme right, in a way that would be found shocking in Britain. This vilification has been made easier by the typically abstract way French progressives have framed the debate about minority integration. Thus the principle of laïcité (secularism) has been deployed not to protect the religious freedom of the Maghrebi minorities, as would follow from a strict interpretation of the 1905 law of separation of churches from the state, but to question their Frenchness. Those who have opposed the ban on the veil in schools have been spuriously accused of communitarianism and Islamism – terms all the more terrifying in that they are never precisely defined. Since the January 2015 attack on Charlie Hebdo there have been widespread calls for French citizens of Maghrebi origin to “prove” their attachment to the nation. Presenting the issue of civic integration in such terms has proved counterproductive, not least because it has detracted from the real problems confronting these populations: unemployment, racial discrimination and educational underachievement.

This French penchant for abstraction appears in most paradoxical (and perverse) form in the absence of precise statistical information about their Maghrebi minorities, as it is illegal to collect data about ethnicity and religion in France. And so, instead of drawing on specific social facts and trends, the debate about minority integration has become mired in crude ideological oversimplifications: the equation of secularism with Frenchness; the suggestion that the (white, secular) French are the bearers of “reason”, while those who practise the Islamic faith are “reactionary” (the very same argument deployed earlier against any natives who dared question French colonial rule); and the essentialist assumption of an immutable, and yet paradoxically fragile, French national identity. This unitary and implicitly masculine sense of the French collective self, one of the less salubrious legacies of Descartes’ conception of philosophical reason, remains widespread among progressives today. As the editor of Libération, Laurent Joffrin, put it in an article in February: “Only an abstract conception of Man can confer unity upon France.”

The pessimistic turn

Since the late 20th century French thought has lost many of the qualities that made for its universal appeal: its abundant sense of imagination, its buoyant sense of purpose, and above all its capacity (even when engaging in the most byzantine of philosophical issues) to give everyone tuning in, from Buenos Aires to Beirut, the sense that they were participating in a conversation of transcendental significance. In contrast, contemporary French thinking has become increasingly inward-looking – a crisis that manifests itself in the sense of disillusionment among the nation’s intellectual elites, and in the rise of the xenophobic Front National, which has become one of the most dynamic political forces in contemporary France. Nora, writing in 2010, concluded despondently that France had become the land of “shrinking horizons, the atomisation of the life of the mind, and national provincialism”. Time magazine proved him right in 2015 when it included Marine Le Pen in its list of the world’s 100 most influential figures (the only other French person on the list was the economist Thomas Piketty, the author of the best-selling Capital in the Twenty-First Century).
How is this transformation to be explained? Among the most important factors is a collective recognition that France is no longer a major power. The complicated condition of the European project, which was decisively shaped in the past by a string of French figures (from Jean Monnet to Jacques Delors), bears witness to this decline. This change in the nation’s collective psychology also stems from a delayed recognition of the devastating character of France’s military defeat in 1940, and the impact of two further catastrophes that were not fully internalised: the loss of Indochina and the withdrawal from Algeria. For most of the post-liberation decades, these events were cushioned by the reassuring fiction that the French had behaved heroically during the war, and that France still represented an alternative force in world politics, thanks to its seat at the UN security council, its messianic Gaullist leadership and its distinct political and cultural values (as De Gaulle once observed: “I prefer uplifting lies to demeaning truths”). This myth was largely intended as a replacement of the (equally fabulous) ideal of the French mission civilisatrice in the colonies. Yet this collective confidence has been seriously damaged by the unravelling of the myth of the resistance and the emergence of a “Vichy syndrome”, which in the last two decades of the 20th century detailed the extent of French collaboration during the years of occupation.

This pessimistic sensibility has been exacerbated by a widespread belief that French culture is itself in crisis. The representation of France as an exhausted and alienated country, corrupted by the egalitarian heritage of May 68, overrun by Muslim immigrants and incapable of standing up for its own core values is a common theme in French conservative writings. Among the bestselling works in this genre are Alain Finkielkraut’s L’identité malheureuse (2013) and Éric Zemmour’s Suicide Français (2014). This morbid sensibility (which has no real equivalent in Britain, despite its recent economic troubles) is also widespread in contemporary French literature, as best exemplified in Michel Houellebecq’s recent oeuvre: La carte et le territoire (2010) presents France as a haven for global tourism, “with nothing to sell except charming hotels, perfumes, and potted meat”; his latest novel Soumission (2015) is a dystopian parable about the election of an Islamist president in France, set against a backdrop of a general collapse of Enlightenment values. A major underlying consideration here is the perception of the decline of French as a global language, and its (much-resented) replacement by English. A variety of groups and associations have long been campaigning vigorously against the importation of English words into French. The linguist Claude Hagège referred to the invasion of the English language as a “war”, claiming that its promotion “served the interests of neoliberalism”. Since 2011, the website of the Académie Française has a section dedicated to weeding out anglicisms from the French language. Among the expressions recently singled out for censure were conf call, off record, donner son go (authorise), chambre single, news and faire du running (notwithstanding this crusade, the word “selfie” is set to be included in the 2016 edition of the Larousse dictionary).

A more profound cause of the current malaise relates to the ways in which French elites are recruited and trained. For much of the modern era, the nation’s republican and socialist leaders were grounded in a meritocratic and humanist culture typically provided by institutions such as the École Normale Supérieure: among its most famous graduates were the likes of Jean Jaurès and Léon Blum. However, since the 1960s French elites have increasingly come from technocratic grandes écoles such as the École Nationale d’Administration (ENA). Most of the recent leaders of the Socialist party, including prime ministers Fabius, Rocard and Jospin; and president Hollande, are énarques. Their intellectual outlook reflects the strengths of this type of technocratic education, such as a capacity for hard work and for mastering complex briefs. But it also illustrates its endemic weaknesses: an inability to think creatively, a tendency towards formalism and rule-following, a socially exclusive and complacent metropolitan outlook, a corporatist, bunker mentality (as the joke goes, “Spain has the ETA, Ireland the IRA, and France the ENA”). Above all, it shows an overwhelmingly masculine style and ethos. Women in France struggle even more than in other advanced industrial societies to assume leading positions in politics (the law on parité, for example, is openly flouted by all parties) – and when they do break through the glass ceiling, female politicians face an exceptional barrage of hostility: Édith Cresson is the only woman to have served as prime minister, and she lasted less than a year.

This ascendency of technocratic values among French progressive elites is itself reflective of a wider intellectual crisis on the left. The singular idea of the world (a mixture of Cartesian rationalism, republicanism and Marxism) that dominated the mindset of the nation’s progressive elites for much of the modern era has disintegrated. The problem has been compounded by the self-defeating success of French postmodernism: at a time when European progressives have come up with innovative frameworks for confronting the challenges to democratic power and civil liberties in western societies (Michael Hardt and Antonio Negri’s notion of empire, and Giorgio Agamben’s concept of the state of exception), their Gallic counterparts have been indulging in abstract word games, in the style of Derrida and Baudrillard. French progressive thinkers no longer produce the kind of sweeping grand theories that typified the constructs of the Left Bank in its heyday. They advocate an antiquated form of Marxism (Alain Badiou), a nostalgic and reactionary republicanism (Régis Debray), or else offer a permanent spectacle of frivolity and self-delusion (Bernard-Henri Lévy). The sociologist Bruno Latour clearly had this syndrome in mind when he observed: “It has been a long time since intellectuals were in the vanguard. Indeed it has been a long time since the very notion of the avant-garde …passed away.” But we should remember that in France especially, there is always the potential for a sudden reversal: regeneration is one of the essential myths of French culture.

• Sudhir Hazareesingh’s How the French Think: An Affectionate Portrait of an Intellectual People is published by Allen Lane this month. To order a copy for £16 (RRP £20), go to bookshop.theguardian.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £10, online orders only. Phone orders min. p&p of £1.99.,

Voir de plus:

LEFT BANK
The decline of the French intellectual
Paris has ceased to be a major center of innovation in the humanities and social sciences.
Sudhir Hazareesingh
Politico
9/19/15

One of the most characteristic inventions of modern French culture is the “intellectual.”

Intellectuals in France are not just experts in their particular fields, such as literature, art, philosophy and history. They also speak in universal terms, and are expected to provide moral guidance about general social and political issues. Indeed, the most eminent French intellectuals are almost sacred figures, who became global symbols of the causes they championed — thus Voltaire’s powerful denunciation of religious intolerance, Rousseau’s rousing defense of republican freedom, Victor Hugo’s eloquent tirade against Napoleonic despotism, Émile Zola’s passionate plea for justice during the Dreyfus Affair, and Simone de Beauvoir’s bold advocacy of women’s emancipation.

Above all, intellectuals have provided the French with a comforting sense of national pride. As the progressive thinker Edgar Quinet put it, with a big dollop of Gallic self-satisfaction: “France’s vocation is to consume herself for the glory of the world, for others as much as for herself, for an ideal which is yet to be attained of humanity and world civilization.”

* * *

This French intellectualism has also manifested itself in a dazzling array of theories about knowledge, liberty, and the human condition. Successive generations of modern intellectuals — most of them schooled at the École Normale Supérieure in Paris — have hotly debated the meaning of life in books, newspaper articles, petitions, reviews and journals, in the process coining abstruse philosophical systems such as rationalism, eclecticism, spiritualism, republicanism, socialism, positivism, and existentialism.

This feverish theoretical activity came to a head in the decades after World War Two in the emergence of structuralism, a grand philosophy which underscored the importance of myths and the unconscious in human understanding. Its leading exponents were the philosopher of power and knowledge Michel Foucault and the ethnologist Claude Lévi-Strauss, both professors at the Collège de France. Because he shared the name of the famous brand of American garments, Lévi-Strauss received letters throughout his life asking for supplies of blue jeans.

The ultimate symbol of the Left Bank intellectual was the philosopher Jean-Paul Sartre, who took the role of the public intellectual to its highest prominence. The intellectuel engagé had a duty to dedicate himself to revolutionary activity, to question established orthodoxies, and to champion the interests of all oppressed groups. Integral to Sartre’s appeal was the sheer glamor he gave to French intellectualism — with his utopian promise of a radiant future; his sweeping, polemical tone, and his celebration of the purifying effects of conflict; his bohemian and insouciant lifestyle, which deliberately spurned the conventions of bourgeois life; and his undisguised contempt for the established institutions of his time — be they the republican State, the Communist party, the French colonial regime in Algeria, or the university system.

As he put it, he was always a “traitor” — and this contrarian spirit was central to the aura which surrounded modern French intellectuals. And even though he detested nationalism, Sartre unwittingly contributed to the French sense of greatness through his embodiment of cultural and intellectual eminence, and his effortless superiority. Indeed, Sartre was undoubtedly one of the most famous French figures of the 20th century, and his writings and polemics were ardently followed by cultural elites across the globe, from Buenos Aires to Beirut.

* * *

Today’s Left Bank is but a pale shadow of this eminent past. Fashion outlets have replaced high theoretical endeavor in Saint-Germain-des-Près. In fact, with very rare exceptions, such as Thomas Piketty’s book on capitalism, Paris has ceased to be a major center of innovation in the humanities and social sciences.

The dominant characteristics of contemporary French intellectual production are its superficial, derivative qualities (typified by figures such as Bernard-Henri Lévy) and its starkly pessimistic state of mind. The pamphlets which top the best-selling non-fiction charts in France nowadays are not works offering the promise of a new dawn, but nostalgic appeals to lost traditions of heroism, such as Stéphane Hessel’s “Indignez Vous!” (2010), and Islamophobic and self-pitying tirades echoing the message of Marine Le Pen’s Front National about the destruction of French identity.

Two recent examples are Alain Finkielkraut’s “L’Identité Malheureuse” (2013) and Eric Zemmour’s “Le Suicide Français” (2014), both suffused with images of degeneration and death. The most recent work in this morbid vein is Michel Houellebecq’s “Soumission” (2015), a dystopic novel which features the election of an Islamist to the French presidency, against the backdrop of a general disintegration of Enlightenment values in French society.

* * *

How is France’s loss of its bearings to be explained? Changes in the wider cultural landscape have had a major impact on Gallic self-confidence. The disintegration of Marxism in the late 20th century left a void which was filled only by postmodernism.

But the writings of the likes of Foucault, Derrida and Baudrillard if anything compounded the problem with their deliberate opaqueness, their fetish for trivial word-play and their denial of the possibility of objective meaning (the hollowness of postmodernism is brilliantly satirized in Laurent Binet’s latest novel, “La septième fonction du langage,” a murder mystery framed around the death of the philosopher Roland Barthes in 1980).

But French reality is itself far from comforting. The overcrowded and underfunded French higher education system is fraying, as shown by the relatively low global rankings of French universities in the Shanghai league table. The system has become both less meritocratic and more technocratic, producing an elite which is markedly less sophisticated and intellectually creative than its 19th and 20th century forebears: The contrast in this respect between Sarkozy and Hollande, who can barely speak grammatical French, and their eloquent and cerebral presidential predecessors is striking.

Arguably the most important reason for the French loss of intellectual dynamism is the growing sense that there has been a major retreat of French power on the global stage, both in its material, “hard” terms and in its cultural “soft” dimensions. In a world dominated politically by the United States, culturally by the dastardly ‘Anglo-Saxons,” and in Europe by the economic might of Germany, the French are struggling to reinvent themselves.

Few of France’s contemporary writers — with the notable exception of Houellebecq — are well known internationally, not even recent Nobel-prize winners such as Le Clézio and Patrick Modiano. The ideal of Francophonia is nothing but an empty shell, and behind its lofty rhetoric the organization has little real resonance among French-speaking communities across the world.

This explains why French intellectuals appear so gloomy about their nation’s future, and have become both more inward-looking, and increasingly turned to their national past: As the French historian Pierre Nora put it even more bluntly, France is suffering from “national provincialism.” It is worth noting, in this context, that neither the collapse of communism in the former Soviet bloc nor the Arab spring were inspired by French thought — in stark contrast with the philosophy of national liberation which underpinned the struggle against European colonialism, which was decisively shaped by the writings of Sartre and Fanon.

Indeed, as Europe fumbles shamefully in its collective response to its current refugee crisis, it is sobering that the reaction which has been most in tune with the Enlightenment’s Rousseauist heritage of humanity and cosmopolitan fraternity has come not from socialist France, but from Christian-democratic Germany.

Sudhir Hazareesingh is a fellow in politics at Balliol College, Oxford. His new book, “How the French think: an affectionate portrait of an intellectual people,” is published by Allen Lane in London and Basic Books in New York. The French version is published by Flammarion as “Ce pays qui aime les idées.”

Voir de même:

Obama, Critical Race Theory, and Harvard Law School

David French

National Review

March 8, 2012

Watching Breitbart.com’s footage of law student Barack Obama praising radical law professor Derrick Bell gave me a strong sense of déjà vu. I arrived at Harvard Law School in August 1991, just a couple months after Barack Obama graduated. It would be hard to overstate the level of poison and vitriol that pervaded the school throughout the early 1990s. In 1993, GQ dubbed the law school “Beirut on the Charles” as HLS campus politics made national news.

This was the era of proud political correctness — including booing, hissing, and shouting down dissenting voices in class — combined with the vocal ascendance of the “crits.” Critical legal theorists rejected American legal systems root and branch, decrying them as the products of an irretrievably broken racist patriarchy. Their “scholarship” was unorthodox (and that’s being charitable), their voices were strident, and their student followers tended to be vicious. Many of the “crits” also had magnetic, preacher-like personalities, and it was more than a little disturbing to see the psychological hold they had over their student constituency.

Conservatives navigating this environment had to watch themselves. I can remember seeing cut-and-paste pictures of gay porn on the walls of the Harkness Commons, with the faces of Federalist Society leaders superimposed on the nude figures of the gay “actors.” If you truly angered the activist Left, they would call your future employers demanding that job offers be revoked, and I can recall receiving more than one note with some variation of “die, you f***ing fascist” for my pro-life advocacy. I was shouted down in class and verbally attacked by teachers. If it weren’t for the courageous free-speech advocacy of professors like Alan Dershowitz, the atmosphere would undoubtedly have been even worse. (I don’t mean to imply that Barack Obama ever participated in acts of political intimidation — I never heard that he did — but these stories do provide some sense of the background political intensity.)

Two events truly caused the campus to explode in the early 1990s. The first was the denial of tenure to Regina Austin (Jake Tapper tells the story here), and the second was the granting of tenure to four white male professors. The first event occurred during Barack Obama’s time at the law school, and the second almost two years later. In both instances there was enormous pressure on all left-leaning students to unite in outrage — and unite they did. But what does all this mean now? In 2012? There’s little doubt that law student Obama was a political radical by any conventional, society-wide measure of the term.

But that’s not the end of the story. At Harvard at least, radical was mainstream and conservative was radical. In fact, the radical view was so mainstream that one couldn’t help but think that even the loudest students would graduate, go to law firms, and fit in just as seamlessly to the new mainstream of their legal professions. And, in fact, most did. They weren’t intellectual leaders; they were followers.

My reading of Barack Obama’s political biography is pretty simple: He’s not so much a liberal radical as a member of the liberal mainstream of whatever community he inhabits. In that video, he was doing no more and no less than what most politically engaged leftist law students were doing — supporting the radical race and gender politics that dominated campus. When he went to Chicago and met Bill Ayers, he was fitting within a second, and slightly different, liberal culture. He shifted again in Washington and then again in the White House. But radical, “conviction” politicians don’t decry Gitmo then keep it open, promise to end the wars then reinforce the troops, express outrage at Bush war tactics then maintain rendition and triple the number of drone strikes.

Obama’s biography is essentially the same as many of the liberal mainstream-media journalists who cover him. They’ve made the same migration — from leading campus protests, to building families in urban liberal communities, to participating in a national political culture. At the risk of engaging in dime-store pop psychology, they like Obama in part because they identify with him so thoroughly and see much of themselves in him. They call him “pragmatic” or “moderate” or “technocratic” because they’re fully aware of legions of leftists who never made the transition from the purer form of activist politics. The pure activist is still leading campus protests or camped out in various parks across the country or writing radical tracts for minuscule readerships. The more moderate Left is running the country.

I would imagine that law school Barack Obama would never imagine ordering drone strikes on American citizens on foreign soil or Navy SEAL raids deep into Pakistan. Law school Barack Obama would likely think Obamacare was a thoroughly unsatisfactory half-measure and oppose it bitterly. Law school Obama is not our president, and I’m not sure that the videos tell us much at all about the man who sits in the oval office.

Voir aussi:

Pope Francis is just another liberal political pundit
John Podhoretz
New York Post

September 25, 2015

Pope Francis is unquestionably a man of ­uncommon personal grace, the possessor of a genuinely beautiful soul. “On Heaven and Earth,” his book-length exchange with Rabbi Abraham Skorka first published in 2010, is a remarkable testament to the breadth of his perspective.

But that’s not exactly the guy who showed up Friday at the United Nations. That pope endorsed the Iran deal, the UN’s environmentalist goals and what amounts to a worldwide open-borders policy on refugees — and ­offered a very specific view of how to promote development in the Third World that’s straight out of a left-wing textbook.

“The International Financial Agencies,” the pope said, “should care for the sustainable development of countries and should ensure that they are not subjected to oppressive lending systems which, far from promoting progress, subject people to mechanisms which generate greater poverty, exclusion and dependence.”

We’re told we must not view the pope’s expression of views on contemporary subjects through the lens of day-to-day issues — that we belittle him and ourselves by examining his words through an ideological filter.

Because of the awesome position he holds, and by dint of his own teachings and his life and teachings before he rose to service as the Vicar of Christ, Francis is said to be deeper and loftier than mere politics.

Sorry: When the pontiff sounds less like a theological leader and more like the
8 p.m. host on MSNBC or the editor of Mother Jones, what’s a guy to do?

Pope Francis is entirely within his rights to become the world’s foremost liberal. But, since that’s what he is, it can’t be wrong to say so.

It is undoubtedly the role of theological leaders to speak to our highest selves, to remind us of eternal moral teachings, to remove us from the everyday and put us in touch with the divine. We look to leaders to tell us what our faith traditions expect of us — what we should do and what we must do.

And, of course, it is impossible to do so without touching on the behavior of people and nations in the present. A leader whose role it is to save the souls of his flock must take account of the particular temptations that beset them and the particular challenges they face.

But that’s wildly different from specifically embracing a UN document, or endorsing a specific agreement ­between nations. And this is what Francis told us:

“The adoption of the 2030 Agenda for Sustainable ­Development at the World Summit, which opens today, is an important sign of hope. I am similarly confident that the Paris Conference on Climatic Change will secure fundamental and effective agreements.”

When a leader speaks in these sorts of bureaucratic specifics, he is descending from the highest heavens into ordinary, even trivial, reality. He’s using his ­authority in the realm of the spiritual to influence the ­political behavior of others.

He becomes just another pundit. And who needs another one of those?

Voir également:

De Thomas Merton à Dorothy Day, les quatre modèles américains du pape François
Dans son discours au Congrès américain, jeudi 24 septembre, le pape François a donné en exemple quatre figures historiques aux États-Unis, aussi spirituelles qu’engagées : Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton.
La Croix
24/9/15

Abraham Lincoln (1809-1865), « gardien de la liberté »
C’est l’un des présidents favoris des Américains. Né en 1809 dans le Kentucky, fils d’un fermier descendant d’une famille émigrée d’Angleterre au XVIIe  siècle, cet autodidacte devient avocat, député de l’Illinois, avant d’être élu à la Chambre des représentants à Washington sous les couleurs républicaines (le parti progressiste à l’époque). L’élection de cet abolitionniste convaincu – et profondément religieux – à la présidence des États-Unis, en 1860, a pour conséquence la sécession des États du sud et la guerre du même nom. Lincoln abolit l’esclavage en 1865 et est assassiné la même année, par un sudiste nommé John Wilkes Booth, avant d’avoir vu la réunification du pays. Le pape François a salué en Lincoln un homme qui « a travaillé sans relâche en sorte que” cette nation, sous Dieu (puisse) avoir une nouvelle naissance de liberté” ».

Dr. Martin Luther King
Martin Luther King (1929-1968), « la liberté dans la pluralité et la non-exclusion »
Militant non-violent pour les droits civiques des noirs américains, ce pasteur baptiste d’Atlanta a joué un rôle majeur pour leur émancipation et la prise de conscience de l’injustice de la ségrégation aux États-Unis. En 1963, devant 250 000 personnes rassemblées à Washington, il dit son rêve, « I have a dream… », devenu un hymne à la solidarité et à la réconciliation entre les communautés. Deux ans plus tard, les noirs américains obtiennent le droit de vote. Entre-temps, lui a reçu le prix Nobel de la Paix. Son combat se radicalise : il dénonce la grande pauvreté, la guerre du Vietnam, prêche la désobéissance à l’égard des lois injustes, donnant l’exemple du Christ. Ce « Gandhi noir » est assassiné à Memphis, en 1968, d’une main jamais identifiée. « Son rêve continue de nous inspirer tous », a souligné le pape François, rêve qui conduit « à l’action, à la participation, à l’engagement ».

Dorothy Day (1897-1980), « la justice sociale et les droits des personnes »
C’est l’une des figures catholiques américaines les plus célèbres. Née dans une famille épiscopalienne peu pratiquante qui fuit le séisme de 1906 de San Francisco et connaît des années difficiles à Chicago, elle conçoit très tôt un sentiment aigu de l’injustice sociale. Devenue journaliste, proche des milieux anarchistes et d’ultra-gauche, elle s’engage dans des campagnes publiques en faveur de la justice sociale, des pauvres, des marginaux, des affamés et des sans-abri. Après une vie de bohème et un avortement, elle donne naissance à une fille, et se convertit au catholicisme en 1927. Cette révoltée n’aura de cesse de concilier sa volonté d’un changement radical de la société et sa foi. En 1933, au cœur de la crise économique, elle fonde, avec le Français Pierre Maurin, le Catholic Worker, l’un des plus grands journaux catholiques des États-Unis, puis le « Mouvement catholique ouvrier », qui défend la non-violence et l’hospitalité envers les exclus de la société. « Son activisme social, sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés étaient inspirés par l’Évangile, par sa foi, par l’exemple des saints », a souligné le pape François. Pendant la guerre froide, son pacifisme lui vaudra maints séjours en prison. Elle reçoit le prix Pacem in Terris en 1972. Sa cause en canonisation a été ouverte en 2000.

Thomas Merton (1915-1968), « la capacité au dialogue et l’ouverture à Dieu »
Du fond de son monastère de Gethsemani, dans le Kentucky, ce moine cistercien non-conformiste a milité pour l’égalité raciale et contre la guerre froide, correspondu avec des dizaines de personnalités… Né à Prades (Pyrénées-Orientales) en 1915, il gardera toujours un grand attachement à la culture française. Mais ses études le conduisent en Angleterre, où il passe plus de temps dans les cabarets que dans les bibliothèques. Aux États-Unis, grâce à des amis influents et à la lecture de Gilson et Maritain, il se convertit et est reçu dans l’Église catholique en 1938. Après un contact avec les franciscains, il entre chez les cisterciens en 1941. À la demande de son abbé, cet écrivain talentueux rédige une autobiographie qui va faire le tour du monde : La Nuit privée d’étoiles, en 1948. Il mourra accidentellement en Asie à l’âge de 53 ans. Cet homme de prière, de dialogue, « promoteur de paix entre les peuples et les religions », a commenté le pape François, « demeure la source d’une inspiration spirituelle et un guide pour beaucoup de personnes ».

Voir par ailleurs:

 » La France est devenue une île « 
Propos recueillis par Elisabeth Lévy

Le Point

24/06/2010

Noam Chomsky Le Point : Comment jugez-vous la vie intellectuelle française ?

Noam Chomsky : Elle a quelque chose d’étrange. Au Collège de France, j’ai participé à un colloque savant sur  » Rationalité, vérité et démocratie « . Discuter ces concepts me semble parfaitement incongru. A la Mutualité, on m’a posé la question suivante :  » Bertrand Russell nous dit qu’il faut se concentrer sur les faits, mais les philosophes nous disent que les faits n’existent pas. Comment faire ?  » Une question de ce type laisse peu de place à un débat sérieux car, à un tel niveau d’abstraction, il n’y a rien à ajouter.

Avez-vous une explication ?

Comme observateur lointain, je formulerai une hypothèse. Après la Seconde Guerre mondiale, la France est passée de l’avant-garde à l’arrière-cour et elle est devenue une île. Dans les années 30, un artiste ou un écrivain américain se devait d’aller à Paris, de même qu’un scientifique ou un philosophe avait les yeux tournés vers l’Angleterre ou l’Allemagne. Après 1945, tous ces courants se sont inversés, mais la France a eu plus de mal à s’adapter à cette nouvelle hiérarchie du prestige. Cela tient en grande partie à l’histoire de la collaboration. Alors, bien sûr, il y a eu la Résistance et beaucoup de gens courageux, mais rien de comparable avec ce qui s’est passé en Grèce ou en Italie, où la résistance a donné du fil à retordre à six divisions allemandes. Et il a fallu un chercheur américain [Robert Paxton, NDLR] pour que la France soit capable d’affronter ce passé.

Depuis, nous nous rattrapons : la repentance est devenue une de nos spécialités, même si elle s’est déplacée du terrain de Vichy à celui de la colonisation.

Il est tout de même surprenant que les guerres coloniales n’aient pas suscité de protestations.

Vous exagérez ! La lutte contre la guerre d’Algérie a été l’acte de naissance de la deuxième gauche.

Il y a eu une mobilisation, limitée d’ailleurs, sur l’Algérie. Mais j’ai suivi la guerre d’Indochine et j’ai été frappé par l’absence de réaction sur la scène intellectuelle. Certes, on peut dire la même chose des intellectuels américains pendant la guerre du Vietnam. Mais, de la France, on attendait autre chose !

Nous sommes au XXIe siècle et vous êtes américain. Vous critiquez durement votre pays. Les Etats-Unis peuvent-ils être responsables de tous les maux du monde ?

Ils sont responsables d’un très grand nombre d’atrocités, parce que, depuis 1945, ils dominent la politique et l’économie mondiales. Et cette domination a été voulue par les décideurs qui, pendant la guerre, imaginaient une zone d’influence américaine comprenant l’hémisphère occidental, l’ancien Empire britannique et l’Extrême-Orient – les  » deux rives des deux océans « . Dans cette zone qu’ils appelaient The Grand Area, aucune souveraineté ne devait s’opposer à celle de l’Amérique. Et ils ont réussi. En commettant de nombreux crimes.

Mais le monde est désormais multipolaire, la Chine est une puissance mondiale.

Combien de bases militaires la Chine possède-t-elle dans le monde ? Aucune. Les Etats-Unis en ont environ 800. Combien de soldats chinois sont-ils déployés à l’étranger ? Presque aucun. Le gouvernement chinois est horrible sur le plan interne, mais il n’est pas agressif à l’extérieur. De plus, la croissance chinoise est en partie fallacieuse : la Chine est un atelier d’assemblage, mais la technologie et les composants viennent du Japon, de Corée, de Taïwan et des Etats-Unis. Aussi le déficit du commerce américano-chinois est-il une illusion. Il en va de même pour la dette. Les premiers créanciers des Etats-Unis sont les Japonais, mais le Premier ministre a dû renoncer à sa promesse d’évacuer Okinawa. Alors, bien sûr, le système international est plus complexe, le nouvel ordre mondial s’est adapté, mais il reste à l’ordre du jour.

Qui est responsable ? Les Etats-Unis seraient-ils dirigés par une bande de sadiques ?

Il ne s’agit pas de culpabilité mais de la nature du système. Or, aux Etats-Unis, le pouvoir est depuis longtemps aux mains du grand capital et, depuis une trentaine d’années, du secteur financier. Obama a gagné parce qu’il était soutenu par les banques. Tous ses conseillers économiques viennent de ce secteur, de sorte que les gens qui ont créé la crise sont ceux qui ont élaboré le plan de sauvetage des banques. Lesquelles sont aujourd’hui plus puissantes qu’avant.

Donc, rien n’a changé avec l’élection d’Obama ?

Les démocrates sont bien obligés de faire quelques pas en direction des plus pauvres, qui constituent leur base électorale, mais cela, même les Etats totalitaires le font. Sur le fond, Obama ne se distingue pas radicalement du second mandat de Bush. La rhétorique a changé, pas la politique.

Vous diriez-vous toujours anarchiste ? Croyez-vous que les sociétés humaines peuvent se passer de pouvoir ?

Je crois à un principe fondamental de la morale humaine qui consiste à s’opposer à toute forme de domination ou de hiérarchie, à moins que celle-ci ne puisse faire la preuve de sa légitimité. Or, la plupart du temps, c’est impossible. Il faut donc détruire ces dominations.

Sauf que, dans les pays démocratiques comme le vôtre, les dirigeants peuvent se prévaloir de la légitimité des urnes.

Il est préférable d’avoir des élections que de ne pas en avoir, mais tout dépend des conditions dans lesquelles elles ont lieu. On critique l’Iran et à juste titre parce que les candidats sont sélectionnés par le clergé mais, en Amérique, ils sont de fait choisis par le grand capital : le vainqueur est celui qui lève le plus de fonds. J’ajouterai que l’un des Etats les plus démocratiques du monde est la Bolivie, où la population indigène, la plus pauvre et la plus opprimée, a su s’organiser politiquement pour porter l’un des siens à la tête du pays. Tous les Etats commettent des crimes, mais ne sont-ils pas pour leurs populations des instances de protection ? Plus les Etats sont puissants, plus ils sont criminels, mais je ne crois nullement que la protection des peuples soit leur priorité. En envahissant l’Irak, les responsables américains savaient qu’ils allaient provoquer une intensification du terrorisme et, donc, mettre en danger les Américains. L’Europe n’a jamais été aussi sauvage qu’au moment où elle inventait l’Etat-nation, qui est à mon sens une véritable calamité imposée au monde, responsable jusqu’à aujourd’hui de nombreux conflits.

Mais le monde sans frontières dont vous rêvez n’est-il pas celui que souhaitent les partisans les plus acharnés de la globalisation capitaliste que vous honnissez ?

Absolument pas. Le  » libre-échange  » ne fait que protéger les droits des investisseurs et du grand capital. On pourrait définir comme  » service  » tout ce qui intéresse l’être humain : éducation, électricité… Mais les accords sur  » le commerce et les services  » ne visent qu’à privatiser ces derniers, donc à réserver leur accès à une minorité privilégiée.

En attendant, personne n’a prouvé qu’il existe une alternative au capitalisme.

C’est un peu comme si vous m’aviez dit en 1943 qu’il n’y avait pas d’alternative au nazisme parce que l’Allemagne gagnait.

Vous charriez, professeur ! Il y en a eu une, d’alternative, et elle n’a pas donné les meilleurs résultats.

L’Union soviétique n’a pas instauré le socialisme mais un capitalisme d’Etat. Seulement, comme la propagande de l’Est et celle de l’Ouest convergeaient, le monde a avalé le bobard selon lequel ce qui se réalisait là-bas était le socialisme. Je continue donc à croire au socialisme véritable, fondé sur le contrôle de la production par les producteurs et sur celui des communautés par elles-mêmes.

Difficile de prononcer votre nom à Paris sans qu’un autre nom surgisse. Comprenez-vous que votre défense de Robert Faurisson ait choqué ?

Cela prouve que beaucoup d’intellectuels français sont restés staliniens même quand ils sont passés à l’extrême droite. Comment peut-on accepter que l’Etat définisse la vérité historique et punisse la dissidence de la pensée ?

L’extermination des juifs d’Europe est une vérité historique, peut-être pas unique mais singulière, non ?

Ce fut un crime horrible et unique, mais il y a beaucoup d’autres crimes uniques. Pourquoi aurait-on le droit de nier le génocide des Mayas au Guatemala ou celui de nombreuses populations indigènes de l’hémisphère occidental – ce que d’excellents journaux américains ne se privent pas de faire – et pas celui-là ?

Le génocide des Indiens n’a peut-être pas, ne serait-ce que parce qu’il est plus ancien, le même poids dans la conscience européenne et occidentale.

C’est bien le problème ! Mais cela n’a rien à voir avec le temps écoulé : le génocide des juifs s’est arrêté en 1945, le massacre des populations indigènes se poursuit. Au Timor-Oriental, entre un quart et un tiers de la population a été décimée avec l’accord des Etats-Unis et de la France, et peu de gens le savent alors que tout le monde connaît les crimes de Pol Pot. La vérité, c’est qu’on a le droit de nier les crimes des puissants – les nôtres. Seuls les crimes des autres ou des perdants sont protégés du négationnisme. Cette hypocrisie est insupportable.

Repères
1928 Naissance à Philadelphie. 1955 Doctorat de linguistique de l’université de Pennsylvanie. 1957  » Structures syntaxiques « . 1964 Milite activement contre la guerre du Vietnam 1968  » L’Amérique et ses nouveaux mandarins  » (Seuil). 1966/1976 Titulaire de la chaire de linguistique au MIT. Depuis 1976  Institute Professor au MIT. 1980 Prend la défense de Faurisson au nom de la liberté d’expression. 2001  » 11-9. Autopsie des terrorismes  » (Le Serpent à plumes). 2007  » Les Etats manqués. Abus de puissance et déficit démocratique  » (Fayard). 2010  » Pour une éducation humaniste  » (Editions de L’Herne).

Haro sur un imprécateur

La mauvaise réputation de Noam Chomsky

Telle qu’elle est relayée par les grands médias, la vie intellectuelle française suscite parfois la consternation à l’étranger : phrases extraites de leur contexte, indignations prévisibles, « polémiques » de pacotille, intellectuels de télévision qui prennent la pose à l’affût du mot trop rapide qui servira de pâture à leurs éditoriaux indignés. En France, Noam Chomsky a été l’objet de campagnes de disqualification d’autant plus vives et régulières qu’il a su détailler, calmement, l’imposture d’un discours à géométrie variable sur les « droits de l’homme », lequel, souvent, couvrait les forfaits de l’Occident.

Jean Bricmont
Le Monde diplomatique
avril 2001

Le New York Times, qui n’aime guère Noam Chomsky (c’est réciproque), admet néanmoins qu’il compte au nombre des plus grands intellectuels vivants. En dehors des départements de linguistique, et des colonnes du Monde diplomatique, il reste néanmoins ignoré en France.

Quand son nom est évoqué, c’est trop souvent pour y associer ceux de Robert Faurisson ou de Pol Pot. Chomsky serait l’archétype de l’intellectuel passant son temps à minimiser ou à nier divers génocides dont l’évocation risquerait de servir l’impérialisme occidental. Il n’a d’ailleurs trouvé qu’un éditeur marginal, Spartacus, pour publier en 1984 ses Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, compilation de lettres et d’un entretien, non publiés ou de façon tronquée et adressés à des journaux comme Le Monde, Le Matin de Paris, Les Nouvelles littéraires, pour répondre, entre autres, à des attaques de Jacques Attali et de Bernard-Henri Lévy. D’où l’importance de la publication récente de certains de ses textes (1).

Pendant la guerre du Vietnam, les écrits de Chomsky jouissaient d’une certaine audience en France. Mais, déjà à l’époque, un malentendu implicite commençait à poindre. Dans les mouvements anti-impérialistes dominait une mentalité de « prise de parti ». Il fallait choisir son camp : pour l’Occident ou pour les révolutions du tiers-monde. Une telle attitude est étrangère à Chomsky, rationaliste au sens classique du terme. Non pas qu’il se place « au-dessus de la mêlée » – rares sont les intellectuels plus engagés que lui -, mais son engagement est fondé sur des principes comme la vérité et la justice, et non sur le soutien à un camp historique et social, quel qu’il soit.

Son opposition à la guerre ne découlait pas du pronostic que la révolution vietnamienne offrirait un avenir radieux aux peuples d’Indochine, mais de l’observation que l’agression américaine serait catastrophique parce que, loin d’être motivée par la défense de la démocratie, elle visait à empêcher toute forme de développement indépendant en Indochine et dans le tiers-monde.

Dénoncer l’idéologie de l’Occident

Rigoureux, les écrits de Chomsky offraient aux opposants à la guerre du Vietnam des outils intellectuels précieux ; la différence d’optique entre lui et ses partisans en France pouvait alors passer pour secondaire. La contre-offensive politique et idéologique se déclencha quand, à partir de 1975, des boat people se mirent à fuir le Vietnam et, plus encore, lorsque les Khmers rouges commirent leurs massacres. Un mécanisme de culpabilisation de ceux qui s’étaient opposés à la guerre occidentale, et plus généralement à l’impérialisme, permit de leur imputer la responsabilité de ces événements. Mais, comme le fait remarquer Chomsky, reprocher à des adversaires de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 les atrocités commises par les rebelles afghans depuis le retrait des troupes soviétiques ne serait pas moins absurde : s’opposant à l’invasion, ils avaient voulu empêcher une catastrophe dont portent la responsabilité ceux qui l’ont décidée, pas leurs adversaires. Presque banal, un argument de ce type est quasiment inaudible dans le camp occidental.

En France, la mentalité de camp avait conduit nombre d’opposants aux guerres coloniales à se bercer d’illusions sur la possibilité de « lendemains qui chantent » dans les sociétés décolonisées. Cela a rendu la culpabilisation d’autant plus efficace que la fin de la guerre du Vietnam coïncida avec le grand tournant de l’intelligentsia française, qui allait amener celle-ci à s’écarter du marxisme et des révolutions du tiers-monde et, peu à peu, avec le mouvement des « nouveaux philosophes », à adopter des positions favorables à la politique occidentale au Tchad et au Nicaragua. Une bonne partie des intellectuels français, surtout ceux de la « génération 68 », d’abord passive dans la lutte contre les euro-missiles (1982-1983), devint franchement belliciste au moment de la guerre du Golfe puis lors de l’intervention de l’OTAN au Kosovo.

N’ayant jamais eu d’illusions à perdre, Noam Chomsky n’avait aucun combat à renier. Il demeura donc à la pointe de la lutte contre les interventions militaires et les embargos qui, de l’Amérique centrale à l’Irak, ont provoqué des centaines de milliers de victimes. Mais pour ceux qui avaient opéré le grand tournant, Chomsky devenait un anachronisme bizarre et dangereux. Comment pouvait-il ne pas avoir compris que le bon camp était devenu celui de l’Occident, des « droits de l’homme » ? Et le mauvais, celui de la « barbarie à visage humain », pays socialistes et dictatures post-coloniales mêlées ?

L’étude de sa démarche intellectuelle permet de répondre. Une bonne partie de l’œuvre de Chomsky est consacrée à l’analyse des mécanismes idéologiques des sociétés occidentales. Quand un historien étudie l’Empire romain, il essaie de relier les actions des dirigeants de l’époque à leurs intérêts économiques et politiques, ou du moins à la perception que ceux-ci en ont. Au lieu de s’en tenir aux seules intentions avouées des dirigeants, l’historien met au jour la structure « cachée » de la société (relations de pouvoir, contraintes institutionnelles) pour décrypter le discours officiel. Cette démarche est tellement naturelle qu’il ne faut même pas la justifier. On l’applique à des sociétés comme l’Union soviétique hier, la Chine et l’Iran aujourd’hui. Nul expert sérieux n’expliquerait le comportement des dirigeants de ces pays en privilégiant les motivations que ceux-ci mettent en avant pour justifier leurs actions.

Cette attitude méthodologique générale change du tout au tout quand il s’agit des sociétés occidentales. Il devient alors quasi obligatoire d’accepter que les intentions proclamées de leurs gouvernants constituent les ressorts de leurs actions. On peut douter de leur capacité à atteindre leurs objectifs, de leur intelligence. Mais mettre en cause la pureté de leurs motivations, chercher à expliquer leurs actions par les contraintes que des acteurs plus puissants feraient peser sur eux revient souvent à s’exclure du discours « respectable ».

Ainsi, lors de la guerre du Kosovo, on a pu discuter des moyens et de la stratégie mis en œuvre par l’OTAN, mais pas l’idée qu’il s’agissait d’une guerre humanitaire. On a critiqué les moyens utilisés par les Etats-Unis en Amérique centrale dans les années 1980, mais rarement douté qu’ils voulaient protéger ces pays de la menace soviétique ou cubaine. L’argument qui motive ce curieux dualisme dans l’approche des phénomènes politiques est que nos sociétés sont « réellement différentes », à la fois des sociétés passées et des pays comme l’URSS ou la Chine, parce que nos gouvernements seraient « réellement » soucieux des droits de la personne ou de la démocratie.

Mais le fait que les principes démocratiques soient souvent mieux respectés « chez nous » qu’ailleurs n’empêche nullement d’évaluer empiriquement la thèse de la singularité occidentale. On peut y parvenir en comparant deux tragédies (guerre, famine, attentat, etc.) plus ou moins semblables et en observant la réaction de nos gouvernements et de nos médias. Or, quand la responsabilité de ces situations est imputable à nos ennemis, l’indignation est générale et la présentation dépourvue de la moindre indulgence. En revanche, si la responsabilité des gouvernements occidentaux ou de leurs alliés est engagée, les horreurs sont souvent minimisées. Pourtant, si les actions de nos gouvernements étaient réellement motivées par les intentions altruistes qu’ils proclament, ils devraient d’abord agir sur les tragédies dont ils sont responsables, au lieu de donner la priorité à celles qu’ils peuvent attribuer à leurs ennemis. Constater que c’est presque toujours l’inverse qui se produit oblige à retenir l’accusation d’hypocrisie. Une bonne partie de l’œuvre de Chomsky est consacrée à des comparaisons de ce genre (2).

Dans le cas de l’Indochine et du Cambodge en particulier, les écrits de Chomsky, souvent présentés comme une « défense de Pol Pot », ont cherché à comparer les réactions des gouvernements et des médias occidentaux face à deux atrocités presque simultanées : les massacres commis par les Khmers rouges au Cambodge et ceux des Indonésiens au moment de l’invasion du Timor-Oriental.

Concernant le Cambodge, l’indignation fut vive – autant qu’hypocrite (3). En revanche, au moment de l’action militaire indonésienne, les médias et les intellectuels « médiatiques » observèrent un silence presque complet alors même que les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, livraient à l’Indonésie des armes en sachant qu’elles seraient utilisées au Timor (4). Dresser la longue liste des non-indignations de ce type obligerait à revenir sur la Turquie et les Kurdes, Israël et les Palestiniens, sans oublier l’Irak, où, au nom du droit international, on laisse des centaines de milliers de personnes mourir à petit feu.

En se livrant à ce genre de comparaisons, Chomsky a pris le contre-pied de la mentalité de parti particulièrement accusée depuis le grand tournant : puisque le Bien (l’Occident et ses alliés) affrontait le Mal (les nationalismes du tiers-monde et les pays dits socialistes), l’analogie fut interdite. Or Chomsky fit pire. Refusant la duplicité qu’il reproche à nos gouvernants et à nos médias, il a toujours estimé qu’il devait d’abord dénoncer les crimes des gouvernements sur lesquels il pouvait espérer agir, c’est-à-dire les nôtres.

Même s’il n’entrait dans sa démarche nulle illusion sur les régimes « révolutionnaires » ou absolution des crimes commis par les « autres », il était presque inévitable que ceux-là mêmes qui avaient entretenu de telles illusions et accepté de telles absolutions l’accuseraient de tomber dans leurs travers. On peut comprendre la réaction d’une partie de l’intelligentsia française, soucieuse de brûler ce qu’elle a adoré et d’adorer ce qu’elle a brûlé et naturellement désireuse de se venger sur le dos des autres des erreurs qu’elle a autrefois commises. Parfois, Chomsky en a été plus agacé qu’amusé.

Il faut à présent aborder l’« affaire Faurisson », qui alimente les attaques françaises les plus virulentes contre Chomsky. Professeur de littérature à l’université de Lyon, Robert Faurisson fut suspendu de ses fonctions à la fin des années 1970 et poursuivi parce qu’il avait, entre autres, nié l’existence des chambres à gaz pendant la seconde guerre mondiale. Une pétition pour défendre sa liberté d’expression fut signée par plus de cinq cents personnes, dont Chomsky. Pour répondre aux réactions violentes que suscita son geste, Chomsky rédigea alors un petit texte dans lequel il expliquait que reconnaître à une personne le droit d’exprimer ses opinions ne revenait nullement à les partager. Elémentaire aux Etats-Unis, cette distinction parut difficilement compréhensible en France.

Mais Chomsky commit une erreur, la seule dans cette affaire. Il donna son texte à un ami d’alors, Serge Thion, en lui permettant de l’utiliser à sa guise. Or Thion le fit paraître, comme « avis », au début du mémoire publié pour défendre Faurisson. Chomsky n’a cessé de rappeler qu’il n’avait jamais eu l’intention de voir publier son texte à cet endroit et qu’il chercha, mais trop tard, à l’empêcher (5).

Condamner Chomsky dans cette affaire impose, au minimum, de dire ce que l’on réprouve exactement : une erreur tactique ou le principe même de la défense inconditionnelle de la liberté d’expression ? Dans le second cas, il faut alors indiquer que la France ne possède pas, en matière d’expression d’opinions, la tradition libertaire des Etats-Unis. Là-bas, la position de Chomsky ne choque presque personne. Parfois comparée à la Ligue des droits de l’homme, l’American Civil Liberties Union, dans laquelle militent de nombreux antifascistes, porte ainsi plainte devant les tribunaux si on interdit au Ku Klux Klan ou à des groupuscules nazis de manifester, fût-ce en uniforme, dans des quartiers à majorité noire ou juive (6). Le débat à ce propos oppose donc deux traditions politiques différentes, l’une dominante en France, l’autre aux Etats-Unis, et pas un Noam Chomsky, représentant d’une ultra-gauche dévoyée, face à une France républicaine.

Dans un monde où des cohortes d’intellectuels disciplinés et de médias asservis servent de prêtrise séculière aux puissants, lire Chomsky représente un acte d’autodéfense. Il peut permettre d’éviter les fausses évidences et les indignations sélectives du discours dominant. Mais il enseigne aussi que, pour changer le monde, on doit le comprendre de façon objective et qu’il y a une grande différence entre romantisme révolutionnaire – lequel fait parfois plus de tort que de bien – et critique sociale simultanément radicale et rationnelle. Après des années de désespoir et de résignation, une contestation globale du système capitaliste semble renaître. Elle ne peut que tirer avantage de la combinaison de lucidité, de courage et d’optimisme qui marque l’œuvre et la vie de Noam Chomsky.

Jean Bricmont

Professeur de physique à l’université de Louvain (Belgique).
Voir également:

Noam Chomsky et les médias français

Arnaud Rindel, jeudi 27 mai 2010

À l’occasion de la venue de Noam Chomsky en France en cette fin mai 2010, nous rééditons sans changement un article paru en 2003.

* * *La pensée de Noam Chomsky est interdite de débat – du débat qu’elle mérite – dans les médias français. Comme si nous n’avions le choix qu’entre l’idolâtrie et la calomnie. Petit mémento de la bêtise ordinaire de certains seigneurs des médias (Acrimed).

Noam Chomsky, linguiste américain professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), et, selon les propres mots d’Alain Finkielkraut, « l’intellectuel planétaire le plus populaire » [1], n’est pas exactement la coqueluche des journalistes ou des intellectuels français, c’est le moins que l’on puisse dire.

Depuis une vingtaine d’années, ils ne parlent jamais de son œuvre, qui occupe pourtant (ou peut-être précisément parce qu’elle occupe) une place fondamentale dans la pensée critique moderne. Et les rares fois où son nom est évoqué, c’est pour ressasser encore et toujours les mêmes calomnies effarantes de bêtise et de malhonnêteté [2]. Tout en lui refusant, bien entendu, le droit de répondre librement à ces accusations [3].

Le Figaro , Libération, Le Monde, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Alain-Gérard Slama, Jacques Attali, André Glucksmann, Philippe Val et bien d’autres, se sont ainsi époumonés à de nombreuses reprises [4], pour condamner les idées répugnantes qu’ils lui prêtent avec une mauvaise foi consternante.

Tout cela est pourtant connu et limpide pour toute personne qui s’est donné la peine de lire ses écrits, et qui est portée dans son travail de journaliste, ou d’intellectuel, par un minimum de rigueur et d’honnêteté.

Cambodge et Timor

Pour aller vite, car il est pénible d’être forcé de rappeler constamment ce qui ne devrait plus avoir à être discuté depuis une bonne vingtaine d’années, Chomsky n’a jamais nié ou minimisé le génocide perpétré au Cambodge par les Khmers rouges entre 1975 et 1978.

Une partie importante de son travail est consacrée à établir les preuves objectives de l’existence d’une propagande médiatique. Pour ce faire, il cherche à démontrer que toutes choses étant égales par ailleurs, les intérêts politiques et économiques en jeux influencent de manière importante la façon dont les médias rendent compte de conflits internationaux pourtant similaires.

Il a ainsi observé que pour un niveau de violence et un nombre de victimes à peu près équivalents, les atrocités commises par Pol Pot (ennemi des États-Unis), étaient traitées de manière emphatique, avec une exagération systématique des faits et des commentaires, tandis que le génocide perpétré à peu près à la même époque par l’armée indonésienne (alliée des États-Unis), au Timor oriental, était, à l’inverse, complètement occulté par les médias [5].

S’il a étudié les estimations officielles des victimes du Cambodge, c’est uniquement pour montrer que le niveau était comparable à celui du Timor, préalable indispensable à sa démonstration, non pour nier l’horreur des massacres commis, qu’il a par ailleurs, condamnés de manière parfaitement claire à plusieurs reprises, affirmant qu’il serait « difficile de trouver un exemple aussi horrible d’un tel déferlement de fureur » [6]. Tous ceux qui ont pris la peine de lire ses écrits le savent parfaitement.


La théorie du complot

Il n’a pas plus défendu ou propagé une « vulgate conspirationniste », contrairement à ce que laissent entendre là aussi, Philippe Corcuff, ou Daniel Schneidermann [7], sans doute soucieux, comme Alain Finkielkraut, que les citoyens s’en tiennent à « ce qui apparaît » [8].

Il n’a cessé, bien au contraire, de rabâcher que « rien n’est plus éloigné de ce [qu’il dit] que l’idée de conspiration » [9]. « L’idée qu’il y aurait une cabale organisée au plus haut niveau dans un pays comme les États-Unis est complètement idiote. Cela voudrait dire que cela se passe comme en Union Soviétique. C’est totalement différent, et c’est précisément pourquoi je dis exactement l’inverse » [10].

L’inverse étant, en l’occurrence, un « système de « marché dirigé » » [11], où l’information est un produit, que les médias, fonctionnant sur le même modèle que n’importe quelle société commerciale, cherchent à écouler sur un marché.

Les exigences de profit et de rentabilité communes à toute entreprise commerciale entraînent, en plus des pressions politiques, un ensemble de contraintes structurelles, et notamment, une triple dépendance des médias, à l’égard de leurs propriétaires, de leurs annonceurs, et de leurs sources d’information, la rentabilité limitant la possibilité d’investigations personnelles.

De toutes ces contraintes, découle logiquement une certaine orientation de l’information, dans sa forme et dans son contenu, et la sélection préférentielle d’un personnel en phase avec ces principes.

« Ce n’est pas une conspiration mais une analyse institutionnelle », conclut le plus naturellement du monde, Noam Chomsky. Et on se demande comment une évidence si limpide peut échapper à tous ces « grands esprits »…

Quant à la méfiance envers « ce qui apparaît », qui irrite tant Alain Finkielkraut, chez moi, cela s’appelle tout simplement garder un esprit critique.


L’affaire Faurisson

Enfin, les accusations de négationnisme trouvent leur source dans une pétition lancée en 1979 aux États-Unis, qui rassembla plus de 500 signatures, dont celle de Noam Chomsky, pour « assurer la sécurité et le libre exercice de ses droits légaux » à Robert Faurisson, un professeur de la faculté de Lyon, dont les « recherches » ont pour objet de nier la réalité du génocide juif sous le régime de l’Allemagne nazie [12].

Chomsky, devenu malgré lui, en raison de sa popularité, l’emblème de cette pétition, reçut une avalanche de protestations, ce qui l’amena à écrire un texte exposant sa position : Quelques commentaires élémentaires sur le droit à la liberté d’expression. Il y explique entre autre que la liberté d’expression, pour être réellement le reflet d’une vertu démocratique, ne peut se limiter aux opinions que l’on approuve, car même les pires dictateurs sont favorables à la libre diffusion des opinions qui leur conviennent. En conséquence de quoi la liberté d’expression se doit d’être défendue, y compris, et même avant tout, pour les idées qui nous répugnent [13].

Bien entendu, la position libertaire de Chomsky, qui s’explique en partie par l’importance capitale accordée dans la culture américaine à la liberté d’expression, peut et doit être discutée. Mais jamais les critiques n’abordent la question sous cet angle. Elles ont pour seul but de discréditer Chomsky, auteur peu connu du grand public en France, en laissant croire que c’est précisément Faurisson, et ses thèses qu’il aurait défendues et non la seule liberté d’expression.

Du reste, soupçonner Chomsky d’une quelconque sympathie ou complaisance envers les thèses négationnistes est tout simplement ridicule. Dès les débuts de son engagement politique, il affirmait en introduction à son premier ouvrage (American Power and the New Mandarins, 1969, cité dans Le Monde du 24 juillet 1994), et répétait à de nombreuses reprises (voir Chomsky, Les médias et les illusions nécessaires, K films éditions, Paris, 1993), que le simple fait de discuter avec des négationnistes de l’existence des crimes nazis, revenait à perdre notre humanité. Il a eu par la suite de multiples occasions de réitérer très clairement cette condamnation. Dans un autre de ses livres, il décrivait, par exemple, l’Holocauste comme « la plus fantastique flambée de violence collective dans l’histoire de l’humanité » [14]. Dans l’article publié dans The Nation sur l’affaire Faurisson, il indiquait encore « Les conclusions de Faurisson sont diamétralement opposées aux opinions qui sont les miennes et que j’ai fréquemment exprimées par écrit » [15], et dans l’interview publiée dans Le Monde en 1998, il décrivait le négationnisme comme « la pire atrocité de l’histoire humaine », ajoutant à nouveau que « le fait même d’en discuter est ridicule ».

Arnaud Rindel
(01.12.2003)

Ce texte est la version abrégée de la préface d’un recueil de textes de Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis, Agone, Marseille, 2001.

(1) Outre De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (Agone, Marseille), lire, pour les écrits les plus récents, Les Dessous de la politique de l’Oncle Sam (Ecosociété-EPO-Le Temps des cerises, Montréal-Bruxelles-Paris, 1996), Responsabilité des intellectuels (Agone, Marseille, 1998), Le Nouvel Humanisme militaire (Page Deux, Lausanne, 2000), La Conférence d’Albuquerque (Allia, Paris, 2001).

(2) Lire Edward S. Herman et Noam Chomsky, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, 1988, et Noam Chomsky, Necessary Illusions. Thought Control in Democratic Societies, Pluto Press, Londres, 1989.

(3) Quand, en 1979, les Vietnamiens mirent fin au régime de Pol Pot, les Occidentaux décidèrent de soutenir les Khmers rouges, diplomatiquement à l’ONU, mais aussi, indirectement, sur le plan militaire. A contrario, dans le cas de l’Indonésie, de simples pressions occidentales auraient sans doute suffi pour arrêter les massacres.

(4) Ministre français des affaires étrangères, Louis de Guiringaud se rendit à Djakarta pour y signer un accord militaire. Puis il déclara que la France ne placerait pas l’Indonésie dans une situation embarrassante aux Nations unies à propos du Timor. In Le Monde, 14 septembre 1978.

(5) La version anglaise de ce texte, « Some elementary comments on the rights of freedom of expression », est disponible sur www.zmag.org.

(6) C’est ce qui s’est produit à Skokie (Illinois) en 1978.

Voir enfin:

Florilège de Dorothy Day:

« We are on the side of the revolution. We believe there must be new concepts of property, which is proper to man, and that the new concept is not so new. There is a Christian communism and a Christian capitalism…. We believe in farming communes and cooperatives and will be happy to see how they work out in Cuba…. God bless Castro and all those who are seeing Christ in the poor. God bless all those who are seeking the brotherhood of man because in loving their brothers they love God even though they deny Him. »

Dorothy Day (1961)

In these times when social concerns are so important, I cannot fail to mention the Servant of God Dorothy Day, who founded the Catholic Worker Movement. Her social activism, her passion for justice and for the cause of the oppressed, were inspired by the Gospel, her faith, and the example of the saints.

Pope Francis (US Congress, 2015)

Far better to revolt violently than to do nothing about the poor destitute.

Dorothy Day (1960)

« I am most of all interested in the religious life of the people and so must not be on the side of a regime that favors the extirpation of religion. On the other hand, when that regime is bending all its efforts to make a good life for the people, a naturally good life (on which grace can build) one cannot help but be in favor of the measures taken.

Dorothy Day (Cuba, 1960)

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/793.html

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/248.html

As a young man Ho Chi Minh had traveled from Indo-China to Paris and on one of his first voyages he had stopped in the ports of New York and Boston. One story is that he had worked in Harlem briefly, and perhaps–who knows–he had stopped in the Chinese and Italian area on Mott Street where the Catholic Worker had its house for fifteen years, from 1936 to 1950. Perhaps he came in for a meal with us just as Chu did or Wong, who is with us now. London, Montreal and New York have seen many exiles and political fugitives. If we had had the privilege of giving hospitality to a Ho Chi Minh, with what respect and interest we would have served him, as a man of vision, as a patriot, a rebel against foreign invaders.

Dorothy Day (1970)

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/498.html

the two words [anarchist-pacifist] should go together, especially at this time when more and more people, even priests, are turning to violence, and are finding their heroes in Camillo Torres among the priests, and Che Guevara among laymen. The attraction is strong, because both men literally laid down their lives for their brothers. « Greater love hath no man than this. »

« Let me say, at the risk of seeming ridiculous, that the true revolutionary is guided by great feelings of love. » Che Guevara wrote this, and he is quoted by Chicano youth in El Grito Del Norte.

Dorothy Day (1970)

http://www.catholicworker.org/dorothyday/articles/500.pdf

« I in turn, can see Christ in them even though they deny Him, because they are giving themselves to working for a better social order for the wretched of the earth. »

Dorothy Day (on anarchists)

We believe in widespread private property, the de-proletarianizing of our American people. We believe in the individual owning the means of production, the land and his tools. We are opposed to the « finance capitalism » so justly criticized and condemned by Karl Marx but we believe there can be a Christian capitalism as there can be a Christian Communism.

Dorothy Day

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/300.html

« To labor is to pray — that is the central point of the Christian doctrine of work. Hence, it is that while both Communism and Christianity are moved by ‘compassion for the multitude,’ the object of communism is to make the poor richer but the object of Christianity is to make the rich poor and the poor holy. »

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/166.html

« [L]et it be remembered that I speak as an ex-Communist and one who has not testified before Congressional Committees, nor written works on the Communist conspiracy. I can say with warmth that I loved the [communist] people I worked with and learned much from them. They helped me to find God in His poor, in His abandoned ones, as I had not found Him in Christian churches. »

The Communists point to it as forced upon them, and say that when it comes they will take part in it, and in their plans they want to prepare the ground, and win as many as possible to their point of view and for their side. And where will we be on that day? …

[W]e will inevitably be forced to be on their side, physically speaking. But when it comes to activity, we will be pacifists, I hope and pray, non-violent resisters of aggression, from whomever it comes, resisters to repression, coercion, from whatever side it comes, and our activity will be the works of mercy. Our arms will be the love of God and our brother.

Dorothy Day (1949)

http://dorothyday.catholicworker.org/articles/246.html

« We must make a start. We must renounce war as an instrument of policy. . . . Even as I speak to you I may be guilty of what some men call treason. But we must reject war. . . . You young men should refuse to take up arms. Young women tear down the patriotic posters. And all of you–young and old–put away your flags.

Dorothy Day (1941)

We are still pacifists. Our manifesto is the Sermon on the Mount, which means that we will try to be peacemakers. Speaking for many of our conscientious objectors, we will not participate in armed warfare or in making munitions, or by buying government bonds to prosecute the war, or in urging others to these efforts.
But neither will we be carping in our criticism. We love our country and we love our President. We have been the only country in the world where men of all nations have taken refuge from oppression. We recognize that while in the order of intention we have tried to stand for peace, for love of our brother, in the order of execution we have failed as Americans in living up to our principles.

Dorothy Day (1942)

[O]urs was a long-range program, looking for ownership by the workers of the means of production, the abolition of the assembly line, decentralized factories, the restoration of crafts and ownership of property,” she wrote. “This meant, of course, an accent on the agrarian and rural aspects of our economy and a changing emphasis from the city to the land.”

http://cjd.org/2001/10/01/g-k-chesterton-and-dorothy-day-on-economicsneither-socialism-nor-capitalism-distributism/

We need to change the system. We need to overthrow, not the government, as the authorities are always accusing the Communists ‘of conspiring to teach [us] to do,’ but this rotten, decadent, putrid industrial capitalist system which breeds such suffering in the whited sepulcher of New York. »

Dorothy Day (1956)

http://www.catholicworker.org/dorothyday/articles/710.pdf

We stand at the present time with the Communists, who are also opposing war…. The Sermon on the Mount is our Christian manifesto.

Dorothy Day ( « Our Stand, » Catholic Worker, June 1940)

Marx… Lenin… Mao Tse-Tung… These men were animated by the love of brother and this we must believe though their ends meant the seizure of power, and the building of mighty armies, the compulsion of concentration camps, the forced labor and torture and killing of tens of thousands, even millions.

Dorothy Day (« The Incompatibility of Love and Violence, » Catholic Worker, May 1951)

I am appalled that a woman of such loathsome character would be considered for sainthood. Vatican archives are filled with reports of Christians martyred under the regimes that Dorothy Day supported. I am revolted by the United States Conference of Catholic Bishops’ support for the canonization of a woman whose views supported the violent extermination of Christians throughout the world. I ask that these matters be carefully weighed so that the Holy See will not be inadvertently misled when considering the canonization of Dorothy Day. I am particularly concerned about her support for Ho Chi Minh » …

Virginia State Senator Richard H. “Dick” Black

Senator Richard H. Black of Virginia Objects to Sainthood for Marxist Dorothy Day

The name Dorothy Day has not been used in the United States Congress terribly often. She was a valiant fighter for workers, was very strong in her belief for social justice, and I think it was extraordinary that he cited her as one of the most important people in recent American history. This would be one of the very, very few times that somebody as radical as Dorothy Day was mentioned. He is willing to identify with an extraordinarily courageous woman whose life was about standing with the poorest people in America, and having the courage to stand up to the very powerful. You know, her newspaper was the Catholic Worker, and she stood with the workers of America and fought for justice. His calling out for social justice, his talking about income and wealth inequality, his talking about creating an economy and a culture that works for everybody, not just a few, is a very, very powerful message.

Bernie Sanders

http://www.washingtonpost.com/news/post-politics/wp/2015/09/24/the-pope-name-dropped-a-radical-catholic-activist-and-bernie-sanders-couldnt-be-happier/

Voir de plus:

« La République ne doit pas plaider coupable »
Le philosophe et académicien s’interroge sur la difficulté de nos élites à penser ce qui nous arrive, sans céder aux anachronismes.
Alain Finkielkraut
Marianne
03/04/2015

– Marianne : Récemment, l’écrivain algérien Boualem Sansal livrait cette réflexion désabusée : « Les Européens ont toujours sous-estimé l’islamisme. » Cette minoration a-t-elle pris fin ?

Alain Finkielkraut : Au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher de Vincennes, et après le refus cinglant des jeunes des « quartiers populaires » de participer à la grande manifestation unitaire du 11 janvier, il était difficile pour les Français, même les plus angéliques, de continuer à faire l’impasse sur les dangers et sur la séduction de l’islamisme radical. Mais la propension à noyer le poisson dans ses causes supposées n’a pas disparu. Et le gouvernement a donné l’exemple en dénonçant l’apartheid culturel, ethnique et territorial qui sévirait dans nos banlieues. Ainsi la République a-t-elle plaidé coupable pour les attaques mêmes dont elle faisait l’objet.

– Pendant trente ans, un mélange de naïveté et de lâcheté a-t-il empêché de nombreux intellectuels de prendre la mesure du phénomène ?

Je ne vois chez nos intellectuels ni naïveté, ni lâcheté, mais, si j’ose dire, une vigilance anachronique. En Sarkozy, conseillé par Patrick Buisson, son « génie noir », ils combattaient la réincarnation du maréchal Pétain. Les musulmans leur apparaissaient comme les juifs du XXIe siècle. L’antifascisme façonnait leur vision du monde. Ils ne voulaient pas et ne veulent toujours pas voir dans la crise actuelle des banlieues autre chose qu’une résurgence de la xénophobie et du racisme français.

– En France, quelle place a tenu – et tient – la francophobie d’une part des élites dans cette minoration ?

Les élites dont vous parlez ne sont pas francophobes ; face au nationalisme fermé de « l’idéologie française », elles se réclament de la patrie des droits de l’homme. Leur France est la « nation ouverte » célébrée par Victor Hugo, « qui appelle chez elle quiconque est frère ou veut l’être ». Le problème, c’est que, toutes à cette opposition gratifiante entre l’ouvert et le fermé, ces élites légitiment la haine qui se développe dans certains quartiers de nos villes pour les « faces de craie ». C’est l’exclusion, disent ces élites, qui engendre la francophobie.

– Après le 11 septembre 2001, un vaste débat s’est levé. Vous avez pointé dans l’Imparfait du présent les disculpateurs de l’islamisme qui faisaient remonter tout le mal à « l’axe Washington – Tel-Aviv ». Ces personnes-là ont-elles empêché la prise de conscience de la menace globale ?

« L’Amérique victime de son hyperpuissance », titrait Télérama après le 11 septembre 2001. Ce qu’on a du mal à penser aujourd’hui comme alors, c’est que l’Occident puisse être haï non pour l’oppression qu’il exerce, mais pour les libertés qu’il propose. Sayyid Qotb est devenu le principal doctrinaire des Frères musulmans, après un séjour aux Etats-Unis, en 1948, où il a été confronté à cette « liberté bestiale qu’on nomme la mixité », à « ce marché d’esclaves qu’on nomme « émancipation de la femme » », à « ces ruses et anxiétés d’un système de mariage et de divorce si contraire à la vie naturelle. En comparaison, quelle raison, quelle hauteur de vue, quelle joie en islam, et quel désir d’atteindre celui qui ne peut être atteint ».

– L’année dernière, vous avez publié l’Identité malheureuse (1). Cet essai mélancolique a été étrillé par une partie de la critique, et le Monde des livres a cru pouvoir discerner des similitudes entre vos inquiétudes et celles de Marine Le Pen. Quelles réflexions vous inspire ce type de rapprochement ?

L’esprit du temps réussit l’exploit paradoxal de nous faire vivre hors de notre temps, à côté de nos pompes. Alors que la France change de visage, il affirme, imperturbable, que l’histoire se répète, et il cherche des racistes et des fascistes pour donner corps à cette affirmation. J’ai beau être juif et défendre l’école républicaine, me voici lepéniste, et même – il faut ce qu’il faut – maurrassien.

– Avec Régis Debray, Elisabeth Badinter, Catherine Kintzler et Elisabeth de Fontenay, vous avez signé un texte intitulé « Le Munich de l’école républicaine », au moment de l’affaire dite de Creil (sur le port du voile à l’école), en septembre 1989. Plus de vingt-cinq ans après, quelles menaces pèsent, d’après vous, dans l’enceinte scolaire sur la conception exigeante de la laïcité dont vous vous réclamez ?

La menace était très clairement énoncée en 2004 par le rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires : « Tout laisse à penser que, dans certains quartiers, les élèves sont incités à se méfier de tout ce que les professeurs leur proposent, qui doit d’abord être un objet de suspicion, comme ce qu’ils trouvent à la cantine dans leur assiette ; et qu’ils sont engagés à trier les textes étudiés selon les mêmes catégories religieuses du halal (autorisé) et du haram (interdit). » La question du voile et celle de la nourriture sont deux composantes d’un phénomène beaucoup plus large de sécession culturelle. Et ce phénomène est en expansion.

– La géopolitique n’est pas votre registre d’intervention privilégié, mais vous suivez ce que l’islamologue Mohammed Arkoun a appelé « l’extension de la pandémie djihadiste ». Est-ce l’idée califale (c’est-à-dire le projet de rétablissement du califat) qui est devenue le moteur des revendications islamistes ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, grâce à Gilles Kepel, c’est que les Beurs, qui avaient fait la grande marche pour l’égalité en 1983, rejettent maintenant avec horreur ce vocable « tenu au mieux pour méprisant à leur endroit, au pire, pour un complot sioniste destiné à faire fondre comme du beurre leur identité arabo-islamique dans le chaudron des potes de SOS Racisme touillé par l’Union des étudiants juifs de France ».

– Etes-vous de ceux qui préférez, avec Michel Onfray, une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse fausse de Bernard-Henri Lévy ? Qu’avez-vous pensé de la réaction de Manuel Valls, accusant le fondateur de l’Université populaire de Caen de « brouiller les cartes » avec le Front national, et regrettant, plus généralement, le silence des intellectuels face à l’extrême droite et à sa menace ?

Je pense que Michel Onfray préfère aussi – et il l’a dit – une analyse juste de Bernard-Henri Lévy à une analyse fausse d’Alain de Benoist. Pour ma part, je citerai Camus dans sa lettre adressée aux Temps modernes après la critique au vitriol de l’Homme révolté, parue dans cette revue : « On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche, et moins encore selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. A ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si, enfin, la vérité me paraissait à droite, j’y serais. » Je ne suis donc pas plus impressionné par la sortie de Manuel Valls que par la campagne de 1982 contre le « silence des intellectuels ». Le gouvernement est légitimement affolé par la montée du Front national, mais ce ne sont pas les incantations antifascistes qui inverseront la tendance et changeront la donne ; c’est la prise en compte par la gauche comme par la droite traditionnelle de l’inquiétude de toujours plus de Français devant la mutation culturelle qui nous tombe dessus, qui n’a été décidée par personne.

– Est-ce qu’il vous arrive de douter de la justesse de vos angoisses ? Vous arrive-t-il de vous demander si, comme certains vous le reprochent, vous êtes devenu obsédé par vos combats ?

Fontenelle a écrit un jour : « On s’accoutume trop quand on est seul à ne penser que comme soi. » J’essaie donc de ne pas rester seul trop longtemps et je fais même l’émission « Répliques » pour être confronté à des points de vue très différents des miens. Mais ce n’est pas ma faute si l’actualité radote et me renvoie sans cesse à la réalité insupportable de l’éclatement de mon pays. Je suis attaqué et même insulté par ceux qui ne veulent surtout pas regarder cette réalité en face. Devant les mauvaises nouvelles, ou, pis encore, devant les nouvelles qui contredisent l’idée reçue du mal et du méchant, le plus simple est encore de s’en prendre au messager et de lui faire la peau.

(1) L’Identité malheureuse, réédition, Gallimard, « Folio essais ».

Voir enfin:

Réné Girard et les joies du bashing
Nicolas journet
Sciences humaines
juin 2010
Mis à jour le 15/06/2011

Le père du désir mimétique est la dernière victime expiatoire du critique René Pommier. Le bashing est-il si nuisible qu’il se l’imagine ?
Commencer par choisir un « père fondateur », « un gourou international » ou un « maître à penser » sur lequel plus de vingt thèses ont été soutenues, couvert de récompenses et de doctorats honoris causa, bardé d’une œuvre traduite en plus de cinq langues. Autopsier cette dernière jusqu’à l’écœurement, puis en livrer les morceaux les plus obscurs et les plus navrants nappés de sauce piquante : c’est la recette de René Pommier, agrégé de lettres, professeur émérite à la Sorbonne, esprit rationaliste et autoproclamé « fervent mécréant ». À trente ans d’intervalle, il s’est offert un tableau de chasse honorable : Roland Barthes (servi en deux fois : 1978 et 1987) et Sigmund Freud (croqué en 2008). Et voici qu’il récidive : René Girard, un allumé qui se prend pour un phare (Kimé, 2010) n’est pas un quatrain de potache, mais le titre d’une jubilante entreprise de déboulonnage du maître de la pensée mimétique.

R. Girard, rappelons-le, est un spécialiste de la littérature devenu, au fil d’une œuvre abondante, l’auteur d’une ambitieuse thèse sur l’origine de la violence, des religions, de la culture et du christianisme. Académicien célébré en France, il est depuis des années tout autant enseigné, lu et commenté en Californie et à Sydney. C’est une figure internationale. En réalité, annonce d’entrée R. Pommier, son cas est simple : c’est un mégalomane, son œuvre n’est que « divagation » et sa pensée « ne vaut pas tripette ». On fait difficilement plus concis, mais on n’écrit pas cela sans quelques munitions.

Le désir mimétique, postulat séduisant mais absurde
Malgré la brièveté de son pamphlet, R. Pommier parvient à s’attaquer dans le détail à quelques thèses centrales de la pensée de R. Girard en se livrant à un épluchage en règle de ses sources et de sa logique.

Exemple  : la théorie du désir mimétique, fondamentale, est un postulat séduisant, mais absurde. Si nous ne désirons que ce qu’autrui a désiré avant nous, comment cela a-t-il bien pu commencer un jour ? Les archétypes littéraires que R. Girard avance pour preuve (Don Juan, Don Quichotte) sont contrefaits : Don Juan est un adepte du coup de foudre spontané, Sancho Pança un vrai glouton, qui ne partage nullement les désirs de son maître.

Autre exemple : R. Girard affirme que la violence naît toujours et partout de cette contagion du désir. Mais sa démonstration n’est, selon R. Pommier, qu’une épatante fiction. Dans la plupart des cas qu’il analyse, la peur ou la haine sont des facteurs autrement plus probables. R. Girard, de plus, a mal lu les anthropologues : aucune étude classique n’a montré que le rite du sacrifice eût pour fonction d’apaiser les rivalités entre les hommes ni d’enrayer la violence mimétique. Les bons auteurs ont tous compris qu’il est destiné à apaiser les dieux, non les hommes. Le modèle sacrificiel, à la moulinette duquel R. Girard passe la mythologie grecque et l’Ancien Testament, n’est donc qu’un « délire interprétatif », de même que la « vérité mimétique » dont il fait la clé de la révélation chrétienne. Au mépris de la diversité des textes nouveau testamentaires et de la tradition théologique, R. Girard prétend que, deux mille ans avant lui, le Christ ne dit pas autre chose que ce que lui-même a compris : le sacrifice n’est qu’un mensonge, car la victime est innocente. C’est ainsi que le christianisme, soutenait R. Girard il y a quelques années, a anticipé sur une vérité dont lui-même serait le génial et l’unique découvreur. On fait difficilement plus fort. Il conviendrait donc, persifle R. Pommier, « que tous les chrétiens fêtassent la naissance de René Girard en même temps que celle du Christ ».

En fin de partie, le verdict tombe, et on se doute qu’il n’est pas tendre : d’élucubrations en lectures abusives, R. Girard, selon R. Pommier, ne parvient certes pas à « battre les records d’imbécillité » d’un R. Barthes, mais n’est pas loin de s’en approcher. Il l’écrase en tout cas sur un autre terrain : celui de l’outrecuidance et de l’autocélébration.

Pulsions tauromachiques et iconoclasme radical
Que dire de plus ? L’écriture de R. Pommier peut, selon le cas, réjouir ou indigner le lecteur pétrifié par tant de sarcasmes. La question de savoir si une telle critique est utile ou nuisible au débat s’efface d’abord devant la joie communicative de l’auteur. Il ne s’en cache pas : depuis qu’à l’âge de 15 ans, une vache a succombé sous la roue de sa bicyclette, il adore bousculer ces animaux sacrés. Mais pourquoi ceux-ci plutôt que ceux-là ? Il s’avère que R. Pommier déteste en particulier deux ou trois choses : la prétention intellectuelle, les idées « extravagantes » et le snobisme mêlé de crainte qui fait qu’on les écoute. Entré en lice à la fin des années 1970, il s’est donc heurté au goût immodéré de l’époque pour les théories ambitieuses, les éclats déconstructionnistes et les idées soupçonneuses des maîtres : Jacques Lacan, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze, Jacques Derrida et d’autres, autant de figures de premier plan dont le culte et les idées trop neuves ont éveillé en lui des pulsions tauromachiques. De là vient son penchant pour l’iconoclasme radical, celui qui se soucie peu de quoi mettre à la place. À ce jeu-là, que gagne-t-on ?

Rappelons que R. Pommier n’est ni le premier, ni le dernier à pratiquer ce sport de plume que les Américains appellent « bashing », et qu’en français on traduira par « éreintement ». Souvenons-nous. D’abord, il y eut en 1980 le goguenard Effet ’yau de poêle de François Georges sur les pitreries de J. Lacan. Plus modéré, La Pratique de l’esprit humain, de Marcel Gauchet et Gladys Swain (1980), ne laissa pourtant pas intacte la réputation de M. Foucault. Puis vint le galop d’essai – sérieux mais accusateur – de La Pensée 68 (Luc Ferry et Alain Renaut, 1985) dénonçant les abus du quatuor Foucault-Lacan-Bourdieu-Derrida. Il inaugurait l’ère des « nouveaux philosophes », aujourd’hui à leur tour placés dans le collimateur. Huit ans plus tard, James Miller cible, lui, la vie sexuelle de Michel Foucault.

Puis Alan Sokal et Jean Bricmont épinglent, tout à la fois, J. Lacan, Julia Kristeva, J. Derrida et la nouvelle génération des postmodernes (Impostures intellectuelles, 1997). Ensuite, c’est au tour de P. Bourdieu, relativement épargné jusque-là : en 1998, Jeannine Verdès-Leroux le peint en charlatan et en terroriste (Le Savant et la Politique), Louis Gruel en illusionniste (2005). La même année, Le Livre noir de la psychanalyse importe en France une spécialité déjà florissante aux États-Unis : le « Freud bashing  », qui fera souche à Paris et vient de gagner Michel Onfray. Bien des têtes célèbres ont été dévissées avant celle de R. Girard. Ce qui signifie que, contrairement à une idée répandue, la vindicte n’est pas morte et que le politiquement correct ne règne pas vraiment. Ensuite, qu’elle ne tue personne : le bashing est aussi un hommage rendu au rayonnement des auteurs et des œuvres qu’il vise. La plupart y survivent très bien. Enfin, que sa fonction est aussi de faire de la place pour de nouvelles idées. Mais pas toujours : R. Pommier, quant à lui, se contenterait bien d’un retour au bon sens et au respect de l’antérieur. C’est sans doute là ce qu’il y a de moins passionnant chez lui.

René Pommier, René Girard, un allumé qui se prend pour un phare, Kimé, 2010.


Crise des réfugiés: Attention, une distorsion peut en cacher une autre (Politicians and media’s irresponsible coverage of current refugee invasion of Europe sparks online backlash of fake, twisted, edited or taken out of context refugee images)

27 septembre, 2015

Vlora

Vlora2

Dans les années 1980, les réformes de Mikhaïl Gorbatchev amènent de grands changement au sein du bloc de l’Est. À partir de 1989, les régimes communistes européens tombent tous les uns après les autres. De nombreux troubles politiques apparaissent en Albanie et plusieurs millions d’albanais fuient le pays. Le 7 août 1991, le Vlora décharge du sucre en provenance de Cuba à Durrës. Pendant le déchargement, plus de 20 000 migrants montent illégalement à bord et forcent le commandant, Halim Milaqi, à les amener en Italie. Celui-ci obtempère et demande l’autorisation d’accoster à Brindisi. Les autorités italiennes refusent et lui demandent de se rendre à Bari afin que des locaux soient aménagés pour les immigrants; mais le manque d’organisation lié à l’absence de plusieurs personnes nécessaires pour obtenir les autorisations (la majorité sont en vacances ce jour-là) fait que le navire arrive à Bari avant que les centres d’accueil pour les migrants ne soient prêts. Pour rentrer dans le port, le commandant mentionne des blessés graves à bord et invoque une impossibilité de reculer en raison de la lourde charge. De nombreux migrants se jettent à l’eau afin d’essayer de rejoindre la rive à la nage. Le navire est amarré au quai Molo Carboni, le plus éloigné de la ville, le 8 août 1991. Il s’agit encore aujourd’hui du plus grand débarquement illégal en Italie. Wikipedia
I am illegal, not refugee. In my country, the only thing you can do there is either drugs or crimes. So I was in prison several times, for drugs, also for trying to kill another guy. (…) We flew to Istanbul and then took a bus to Izmir. There we destroyed our passports and just mixed with the Syrian refugees. We then took the boat from Izmir to Greece. From there to Macedonia, Serbia, Hungary and now we are in Vienna. (…) It’s really easy now to travel with these refugees. We received food and shelter, and a nice welcoming from people so far. (…) So when someone asks us, where do you live? We say Damascus. Where are you from? Answer Syria. Hamza (27, Algerian)
There are people who are trying to benefit from the situation. I’ve met Egyptians who claimed they were Syrians, but the dialect is Egyptian. I’ve also met people from Morocco, Algeria, Tunisia or Libya who all are now flying to Istanbul and then go to Izmir where they destroy passports. I’ve also met Palestinians who live in camps in Lebanon and now claim they were from Yarmouk camp in Syria. Many of them said they have family in Germany and just use this situation to finally get asylum. Most of these people say they’ve lost their passports. The sad thing is that those Syrians who really are fleeing war will be the ones paying the price. Fares
Moving among the tens of thousands of Syrian war refugees passing through the train stations of Europe are many who are neither Syrian nor refugees, but hoping to blend into the mass migration and find a back door to the West. There are well-dressed Iranians speaking Farsi who insist they are members of the persecuted Yazidis of Iraq. There are Indians who don’t speak Arabic but say they are from Damascus. There are Pakistanis, Albanians, Egyptians, Kosovars, Somalis and Tunisians from countries with plenty of poverty and violence, but no war. It should come as no surprise that many migrants seem to be pretending they are someone else. The prize, after all, is the possibility of benefits, residency and work in Europe. (…) Many of the asylum seekers tell journalists and aid workers that they are from Syria, even if they are not, under the assumption that a Syrian shoemaker fleeing bombed-out Aleppo will be welcome, while a computer programmer from Kosovo will not be. It is common knowledge on the migratory route that some who are not from Syria shred their real passports in Turkey and simply fake it. A couple of reporters, one a native Arabic speaker, who wandered through train stations in Vienna found plenty of newcomers whose accents did not match their stories and whose stories did not make sense. Swimming in the river of humanity are shady characters, too, admitted criminals, Islamic State sympathizers and a couple of guys from Fallujah, one with a fresh bullet wound, who when asked their occupation seemed confused. (…) The refugees report that a forged Syrian passport can be bought on the Turkish border for as little as $200. A reporter for Britain’s Daily Mail bought a Syrian passport, ID card and driver’s license for $2,000 in Turkey under the name of a real man who was killed in the conflict. An Austrian security official, who spoke on the condition of anonymity, said there are also thriving black markets for Syrian passports in Croatia, Serbia, Hungary and Austria. But most are arriving in Vienna without ever having shown a passport or document to officials, as long as they travel in the stream of asylum seekers. Authorities along the way may ask for names and countries of origin, but they are not scrutinizing documents. Opportunists can easily pass through borders simply claiming to be Syrians, often without offering any proof. (…) Confronting a surge in migrants falsely claiming to be from war-torn nations, European authorities are seeking to bolster screening efforts, particularly at gateway nations such as Greece and Italy. (…) But Greece has been so overwhelmed by the sheer numbers that many are slipping through. Most economic migrants and war refugees in Vienna say they have arrived without being photographed, fingerprinted or subjected to biometric measurements. Some of the new arrivals will make claims to stay based on threat of persecution because of clan or religion; others may seek to be reunited with family already in Europe. And some may never try to become legal residents, but live in the shadows. It will take months to sort out their stories. The NYT
Face à l’hostilité de certains sur l’accueil des migrants, les Européens feraient bien de se souvenir du passé. Voilà en substance le message qui accompagne une photo relayée à des centaines de reprises depuis quelques jours. Il s’agit d’un détournement. L’image est impressionnante : le bateau déborde littéralement de passagers; des grappes de personnes le recouvre presqu’entièrement. « Voilà des migrants européens vers le Maroc ou la Tunisie pendant la Première Guerre mondiale », précise le message qui accompagne l’image sur les réseaux sociaux. Le souci, c’est que cette photo ne remonte pas du tout au conflit de 1914-1918. Elle montre en fait l’arrivée du cargo Vlora dans le port italien de Bari le 8 août 1991. A son bord, plusieurs milliers de migrants albanais, venus tenter leur chance en Europe un an après la chute du régime communiste. Comme le raconte ce rapport du Conseil de l’Europe, Rome décide alors de regrouper ces candidats à l’asile dans un stade de la ville. De la nourriture et des vêtements sont distribués. Mais « les autorités ont considéré qu’ils étaient venus chercher une amélioration de leur situation économique et ne pouvaient donc pas être assimilés à des réfugiés politiques ». La très grande majorité des migrants albanais a donc été renvoyée en Albanie. Franceinfo
Qui arrêtera cette folie ? La prodigue Union européenne (UE) met le destin des peuples à l’encan en applaudissant, derrière l’Allemagne exaltée, à l’invasion des clandestins qui forcent les portes de Schengen. Des libérateurs ne seraient pas mieux acclamés. Or ils sont des millions, dans les pays arabo-musulmans, à vouloir gagner l’UE enivrée de ses vertus. Cette semaine, la petite île grecque de Lesbos était submergée par 20 000 «  migrants ». Les barrières volent en éclats, depuis qu’Angela Merkel a promis de recevoir 800 000 demandeurs d’asile cette année. François Hollande s’est engagé pour 24 000 personnes en deux ans. Peu importe les chiffres : les feux sont passés au vert, sans discernement ni recul. Les commissaires de Bruxelles, qui ont toujours appelé de leurs vœux une immigratAAæion massive, sans se soucier de son intégration culturelle, sont complices du bouleversement identitaire enclenché. La propagande émotionnelle s’est emballée, après la diffusion de la photo d’un corps d’enfant échoué sur une plage turque. Depuis, les « humanistes » de tréteaux, artistes ou politiques, moralisent sur la « fraternité humaine » en exposant publiquement leur grande bonté. Ils accusent évidemment l’Occident d’être coupable des désastres qui frappent l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye, etc. Persuadés d’avoir raison, ils exigent des excuses de ceux qui ont soutenu, depuis le 11 septembre 2001, les résistances aux offensives du nazislamisme. Ils crachent par habitude sur les États-Unis et leurs alliés, mais ignorent le totalitarisme coranique, responsable du chaos. Combien de soldats de Daech, infiltrés parmi ces exilés ? L’État islamique avait promis, début 2015, d’utiliser la bombe migratoire pour déstabiliser l’Europe. Mais cela fait longtemps que l’aveuglement narcissique berce les beaux parleurs. Il suffit d’observer la jubilation des idéologues de l’égalitarisme, de l’indifférenciation et de l’homme remplaçable pour les tenir comme inspirateurs de la béatitude des dirigeants et les médias du camp du Bien. Ivan Rioufol
Les « humanistes » sont des dangers publics, quand ils ne voient pas plus loin que leurs psychés. Lorsqu’ils se mêlent de diriger des pays, voire l’Union européenne elle-même, ils montrent leur inconsistance en se révélant incapables de prévoir les conséquences de leurs élans compassionnels. L’ahurissante légèreté Angela Merkel, qui a ouvert ses frontières aux « migrants » sous les hourras des belles âmes, restera probablement comme l’aboutissement de la régression politique réduite aux pulsions émotives. La décision de la chancelière, ce week-end, de rétablir le contrôle aux frontières de son pays soudainement envahi signe sans doute la fin des utopies sur l’accueil pour tous, dont elle était devenue l’étendard. Elle justifie sa volte-face par le fait que Schengen a démontré qu’il ne maîtrisait pas l’immigration et laissait passer, à côté des réfugiés politiques, beaucoup de faussaires. Mais cette situation, décrite ici depuis le début, est connue de tous depuis toujours. Elle n’est d’ailleurs pas un obstacle pour la France, qui se flatte d’accueillir et de prendre en charge des « réfugiés » dont rien ne dit qu’ils le sont tous. Il suffit de relire les dithyrambes de la presse française pour se désoler de la capitulation de l’esprit critique dans une large partie de la profession. « L’incroyable madame Merkel », « La dame de cœur », « le futur prix Nobel de la paix », auront été quelques-uns des lauriers tressés par le camp du Bien, dans un manichéisme réservant aux pays récalcitrants, et singulièrement au premier ministre hongrois Viktor Orban, toutes les réprobations morales. Disons les choses comme elles se présentent : le revirement allemand couvre de ridicule les sermonneurs qui ont semé la tempête migratoire. Le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, qui entend faire de la « pédagogie » pour expliquer sa politique d’accueil, ne peut que s’enliser dans une propagande irréfléchie qui n’a évidemment pas le soutien de l’opinion. Incapable idéologiquement de concevoir la moindre vertu aux frontières nationales, il parle d’ouvrir en Grèce, en Italie et en Hongrie des « hot spots », en collaboration avec l’Union européenne. Mais cette dernière se dévoile, avec l’Allemagne immature et la France suiveuse, comme autant de dangers pour l’Europe, fragilisée par quarante ans d’immigration de peuplement et de multiculturalisme imposé. Le cynisme mercantile du président du Medef, Pierre Gattaz, qui salue une « opportunité » dans l’arrivée d’une main d’oeuvre docile, est une autre agression pour les Français soucieux de préserver la cohésion de leur nation ouverte. En réalité, l’effet de cet excès de xénophilie est, dès à présent, de replacer au cœur du débat public des sujets évacués : l’immigration, le retour aux frontières, la préférence nationale, l’expulsion effective des migrants économiques et des clandestins. Sans parler de la faillite des partis politiques et de l’Union européenne elle-même. Dans le fond, merci Angela Merkel pour tant de maladresses ! Ivan Rioufol
Si les dirigeants allemands et français n’avaient pas applaudi quand Obama a retiré toutes les troupes américaines d’Irak ; soutenu ensuite les « rebelles » en Syrie ; défini l’État Islamique, alors embryonnaire, comme une équipe d’amateurs ; voulu, après la chute de Ben Ali et de Mouba­rak, celle de Kadhafi, la situation serait différente. (…) Ils ont voulu les causes. Ils ont les effets. Un président des États-Unis avait énoncé un projet stratégique destiné à éviter tout ce qui est en train de se passer, et qui découle de la guerre déclarée par l’islam radical au monde occidental. Il s’appelait George Walker Bush. Les dirigeants européens l’ont détesté. Ils ont à la Maison Blanche un homme à leur goût. Ils goûtent. Tous ceux qui vivent en Europe doivent déguster, hélas… Guy Millière
Of all the irresponsible decisions taken in recent years by European politicians, few will cause as much human misery as Angela Merkel’s plan to welcome Syrian refugees to Germany. Hailed as enlightened moral leadership, it is in fact the result of panic and muddled thinking. Her pronouncements will lure thousands more into the hands of unscrupulous people-traffickers. Her insistence that the rest of the continent should share the burden will add political instability to the mix. Merkel has made a dire situation worse. (…) The distinction between refugee and economic migrant is also being elided. Many of the Syrians making this journey are fleeing war, but many others are fleeing camps in neighbouring Jordan or Turkey. The incentive to do this is growing, because life there is becoming harsher. As Michael Moller, the head of the UN’s Geneva office, warned this week, these millions will ‘get up and leave and come to Europe’ unless conditions in the camps improve. Iraqis are also joining in; extra flights are being laid on from Baghdad to Turkey as people go on the move in the belief that Merkel has created a window of migration opportunity that may not last. It is at this point that the distinction between refugee and immigrant, on which European law is based, breaks down. The economic pull is exacerbated because, unlike in previous times, the residents of the refugee camps have access to mobile phones and information. They know that Germany has said it expects to accept 800,000 asylum-seekers this year (a figure greater than the population of some EU members). They will have heard about — or seen — the welcome being given to refugees arriving there, the reception committees and the politicians holding placards saying ‘refugees welcome’. All of this will encourage many more to embark on the perilous journey to Europe. The European Union’s energies would be far better spent improving life in the camps and finding ways to allow people to work there, as Professor Paul Collier suggested in these pages last month. (…) Another danger of Merkel’s open-door policy is that it may make Syria’s recovery from civil war harder. By accepting those who have managed to make it to Europe, rather than those still in the camps, Germany is, intentionally or not, cherry-picking the more prosperous members of what used to be Syrian society, those who have sufficient resources to pay the traffickers. Without them, their ravaged country is far less likely to make a recovery once the fighting eventually stops. (…) Merkel’s actions, now, will be hard to correct: her words cannot be unsaid. She has exacerbated a problem that will be with us for years, perhaps decades. More than 40 per cent of those who applied for asylum in Germany in the first half of this year came from the former Yugoslavia; the last of its wars ended 14 years ago. Handling all of this correctly will require true statesmanship, which means thinking through consequences. Merkel is failing that test spectacularly. The Spectator
Few people say it out loud, but it’s the image of Germans welcoming “others” on in-bound trains from the east—from Hungary, very telegenically, when I was there—that arrests their attention. What a contrast with the pictures of other Germans in an earlier time shipping “others” to the east, on out-bound trains, to places like Treblinka and Auschwitz. [But] What sort of sound is that other shoe going to make when it finally does drop? Truth be told, the German leadership—and the EU leadership as well, with Mr. Jean-Claude Juncker of Luxembourg in the lead—are planting the seeds for long-term agony. That agony will comes in three forms: the economics of the welfare state; the self-blinding politics of multiculturalism; and security. (…) If only a tenth of one percent of these Arabs are now or are later turned toward salafi-based political violence for any number of reasons we can all think of, then Germany will have a problem that will shred its esteemed privacy laws to bits, whether Germans like it or not. (…) Meanwhile, the moral hazard problem is getting out of control. The word is out in Syria, and Iraq, and Lebanon, and among Palestinians in various places: They see the pictures, they send the men, then comes family reunification, and the next thing you know, in as little as a year or two, there could be five million Levantine Arabs (and a smattering of Kurds) clotting about in German cities. (…) Only a tiny percentage of these asylum seekers are well enough educated to hold down a middle-class enabling professional job in an economy like Germany’s.So the sound of the other shoe will consist of gunfire and bombs, most likely, and the telltale sucking sound of cash exiting the coffers of the still very generous but increasingly fiscally fragile German welfare state. And what of the politics?The Left’s normative seizure of Germany is truly amazing. Even the Chancellor, who by German standards is far from a raving leftist, appears to firmly believe that everyone must be a multiculturalist for moral reasons, and that all people who want to preserve the ethno-linguistic integrity of their communities—whether in Germany or in Hungary, Poland, and elsewhere—are acting out of base motives. One even sees self-righteous criticism of the Australians now in the German press. The German leadership’s understanding of its moral obligation is without qualification against contingency; they refuse to limit in any way the number of asylum seekers who can be taken into Germany, or the speed with which they may come. But(…) wanting one’s own community to be a certain way is not aggressively or actively prejudicial against others, any more than declining to give money to a beggar on a city street is morally equivalent to hitting him in the head with a crowbar. It is simply preferring the constituency of a high-social trust society, from which, social science suggests, many good things come: widespread security, prosperity, and a propensity toward generosity being prominent among them.It is, in my view, better morally to respect the dignity of difference than it is to try to expunge it though the mindless homogenization of humankind, which is the unstated premise at the base of the “thinking” of much of the EU elite. What better way to get rid of pesky nationalism than to get rid of nations, eh? One can hardly blame contemporary Germans for this sort of thinking, for their own nationalism turned out to be rabidly illiberal at one point in their history. But it is nonetheless an error of moral reasoning. Asylum seekers distort the moral choice with the intensity of their need, and their innocence; but the point is that what we see in Western Europe is not a case of what is moral versus what is base, but two kinds of rights, incommensurate (à la Isaiah Berlin) as they are, clashing. This basic truth seems to have gone missing in Germany lately, and, unfortunately, its expression in Hungary comes from a man who is toxic morally and opportunistic as well, and so gives that side of the argument a very bad name.(…) All this moral unction reminds me of the reality-challenged 1920s in Europe, which gave rise to the very ugly 1930s (and yes, there will be a sharp economic downturn to speed the effect; it’s already begun, in China, because we have allowed a half dozen major regional business cycles with their own, often balancing-out, dynamics to coalesce into one huge global business cycle), and we all know what happened next. How is the thinking in Berlin now different in essence from the calamity of Kellogg-Briand and Locarno? It is downright Kantian: The ethereal categorical imperative über alles. It also seems to me very Christian in the sense that it represents a tilt of intentions over consequences—and Kant was, remember, a Lutheran Pietist, so we know where his basic intellectual urges came from. Indeed, the denizens of the German Left seem to me a very religious people, only they think they’re secularists just because a clutch of proper names has changed, and they don’t often go to church anymore, but rather collect for the functional equivalent of communal worship in political meetings, university seminars, and protest rallies.For all this we can blame the Nazis, because the moral ricochet over time is clear, and it is in many ways very noble. It’s nice that the Germans want to be moral, charitable, hospitable, generous and kind, isn’t it? But absent a heavy doze of Niebuhrian moral realism, they now risk letting dead Nazis derange living thought from beyond the grave. (…) One fears that if reasonable people do not somehow apply a brake to this wild excess of selfless saintliness, unreasonable people eventually will. And guess who might still be around to cheer, encourage, and perhaps even arm the unreasonable? Yes, Vlad the Putin himself, as he is indeed already doing in a minor key. Putin would love to destroy the European Union and all it stands for, almost as much as he would destroy NATO if he could. There are, regrettably, plenty of European leaders these days who are unwittingly pitching in to help him, and so before very long we could be facing another kind of security problem. That would ultimately be a problem for Americans as well as for Europeans. Doesn’t it always go like that, again, whether we like it or not?  The American interest
Les photographies actuelles sont enracinées dans un héritage visuel ancien, celui des boat people, mais notre regard sur elles a changé pour devenir beaucoup plus ambigu. A l’époque, l’arrivée des Vietnamiens était présentée comme une question momentanée. Aujourd’hui, c’est le début d’un phénomène dont on ne voit pas la fin. On évoque en outre une masse uniforme d’immigrés; les panoplies de raisons qui les poussent à partir sont mises de côté au profit de la gestion de la crise. L’information n’est pas pourquoi ils viennent mais combien ils sont et comment y faire face. On oscille entre peur et compassion. [Avec les Albanais] Nous ne sommes plus dans une logique de Guerre froide puisque le Rideau de fer est tombé. Il n’y a plus de justification à la fuite. L’idée est ici celle du débarquement d’un flux immaîtrisé d’Albanais, avec cette question sous-jacente: «Que venez-vous faire chez nous maintenant que le régime autoritaire de votre pays a chuté?». La multitude est toujours menaçante si elle n’est pas accompagnée d’un discours, et la crainte d’une invasion est très claire dans cette image. On sent le débordement, la déferlante, comme aujourd’hui. [Avec les Africains] C’est une sorte de jeu des voleurs et du gendarme. Il y a un seul policier essayant de maîtriser un groupe dont on peut supposer qu’il est plus nombreux encore. Ces jeunes hommes semblent bien habillés et l’on pense tout de suite à un flux économique et non à des personnes en train de fuir un danger. Ils ne suscitent guère d’empathie; le policier est seul face à eux et s’il brandit sa matraque, il ne l’utilise pas. Evidemment, l’interprétation de cette image basculerait si c’était le cas. Là, on est dans l’idée de la défense de l’Europe face à l’afflux de migrants économiques. [Avec une petite fille dans un camp de réfugiés syriens] On est ici dans la tradition de la photographie humanitaire. L’enfant qui pleure ou qui a faim est une figure attendrissante qui revient depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette gamine représente ce qu’il y a de plus inoffensif face à un barbelé qui ne peut être perçu que comme une exagération. Elle suscite forcément de la compassion et exacerbe le drame. On aurait le même sentiment si elle se trouvait face à un policier, tandis que des adultes dans le même cas émeuvent beaucoup moins. Gianni Haver (Université de Lausanne)
Angela Merkel’s humane stance on immigration is a lesson to us all. The German leader has stood up to be counted. Europe should rally to her side. The Guardian
As debate about how to solve Europe’s refugee crisis continues, right-wing groups and commentators are using photos and memes to demonise the desperate people risking their lives to reach the continent. But many of the photos are being faked, twisted, edited or taken out of context in an effort to support the following myths and arguments. (…) In one of the most heartless conspiracy theories circulating online, people are claiming that the body of three-year-old Aylan Kurdi was “staged” on a Turkish beach as part of a political plot to garner global sympathy.  People have seized on an image of a Turkish police officer picking up a child’s body on a markedly different section of beach to argue that the child’s body was moved for a photo opportunity. But the photo used as “evidence” of the alleged forgery is actually of Aylan’s older brother, five-year-old Galip, who also drowned alongside his mother as they tried to cross the Aegean Sea. His body, washed up on a different stretch of beach nearby, is visibly larger and dressed in different clothing and shoes. And far from it being a “staged” shot, the photographer who took the now iconic image of Aylan has told how she was in Bodrum to await refugee arrivals and noticed “lifeless bodies” on the beach by chance. (… ) Although the number of refugees and migrants arriving in Europe is undeniably huge – with estimates for this year so far hitting 500,000 people – many of the alarmist photos being circulated are fake. Belgian television station RTBF revealed that this image, claiming to show the “invasion of Italy” by “illegal immigrants” actually dates from 1991 and showed “La Vlora” bringing 20,000 migrants to the Italian port of Bari. The Independent

Attention: une distorsion peut en cacher une autre !

A l’heure où après le coup de folie pénitentiel de Mutti Merkel d’il y a deux semaines …

Et, entre le prétendu chef du Monde libre et celui de la chrétienté, l’orgie de bondieuseries des derniers jours…

L’Allemagne et le reste de l’Europe semblent enfin se réveiller …

Face à la véritable invasion de prétendus réfugiés qui à coup de pierres et d’Allah Akbar …

Ne sont pas loin, comme après la chute du communisme en Albanie il y a 25 ans et suite à la vacance du pouvoir à la tête du Monde libre aujourd’hui, de submerger le Vieux Continent …

Comment ne pas voir contre l’actuelle chape de plomb bien-pensante qu’illustre parfaitement l’hebdomadaire britannique The Independent …

Mais aussi, du côté musulman cette fois (?), les prétendues images de « migrants européens vers le Maroc ou la Tunisie pendant la Première Guerre mondiale » …

La flopée d’images fausses, distordues, recadrées ou prises hors contexte qui inondent actuellement l’internet …

Comme autre chose que le contrecoup logique du véritable tombereau d’images et de reportages pro-migrants …

Que taxant toute opinion contraire ou critique de racisme et de xénophobie …

Pour masquer la dimension totalement inouïe de l’évènement et de leur irresponsabilité …

Nous font subir à longueur de journée nos dirigeants et nos médias ?

The fake refugee images that are being used to distort public opinion on asylum seekers
The outpouring of public support for refugees in the wake of the death of Aylan Kurdi has sparked an online backlash
Lizzie Dearden
The Independent
16 September 2015

As debate about how to solve Europe’s refugee crisis continues, right-wing groups and commentators are using photos and memes to demonise the desperate people risking their lives to reach the continent.

But many of the photos are being faked, twisted, edited or taken out of context in an effort to support the following myths and arguments.

‘Isis jihadists are using the crisis to infiltrate Europe’
Several photos have surfaced online claiming to show Isis militants arriving in Europe, comparing images of men in battle dress and pictures of people arriving on the continent.
This man and several others ‘outed’ as Isis militants fought against the group, not with it
But even in cases where the photos do appear to be of the same person, claims that they are members of the so-called Islamic State have been wrong.

A widely shared picture claiming to be of refugees attacking police with an Isis flag actually showed a protest in Germany in 2012 – before the rise of the so-called Islamic State.
This photo is one of the many being wrongly used as ‘proof’ Isis militants are arriving in Europe
Several other images claiming to show refugees fighting for Isis wearing assault rifles and fatigues have also been debunked, with at least two of the men shown actually being part of groups fighting the jihadist group, including Kurdish forces and the Free Syrian Army.

Another meme shared by an anti-immigration group in Croatia claims to show another « Islamist » arriving in Europe. But online analysts said his uniform and equipment identified him as an anti-Isis fighter.

While there is a strong possibility that some of the people migrating to Europe may have been involved in armed conflict or linked with extremist groups, the UN has repeatedly dismissed claims that “thousands” of jihadists are arriving.

Following a Lebanese government minister’s assertion that one in 50 Syrians entering Europe could be Isis members, a  spokesperson for refugee agency the UNHCR said: “This kind of statement is extremely unhelpful.

“A refugee has a genuine fear of persecution, if you have any military connection at all then you lose your status as a refugee. There are over a million Syrians in Lebanon there is no legitimate way of providing figures like that.”

‘Refugees are healthy/rich and don’t need our help’
Pegida UK, a branch of the German group known for its huge “anti-Islamism” protests, has been sharing numerous photos claiming to show “fake” or undeserving refugees.

Many of the assertions are based on the fact people in the pictures appear not to be malnourished.

In one post spotted by news website France 24, photos of a muscular man are sarcastically labelled: “Please help feed and house this poor, defenceless refugee…’I heard we can get free steroids in England – don’t be racist and let me in!’”
But the photos were actually taken in 2013 on Christmas Island in Australia.

In other images taken at the same time, the border police’s blue uniforms can clearly be seen with “Australian Customs and Border Protection” written on them.
Numerous images of mainly Syrian refugees carrying smartphones have also been shared by right-wing blogs and commentators on social media arguing they do not need Europe’s help.

But as James O’Malley wrote in a comment piece for The Independent, possessing a phone is no indicator of how deserving an asylum seeker is of refuge, and middle-income countries like Syria are clearly just as susceptible to conflict as anywhere else.

“The answer to how surprised should we be that many of the Syrian refugees have smartphones is a resounding ‘not very’,” he said.

“The world isn’t a binary split between ‘rich’ and ‘poor’ – and we should adjust our assumptions about the countries in the middle accordingly.”

‘Aylan Kurdi’s dead body was staged to sway opinion’
In one of the most heartless conspiracy theories circulating online, people are claiming that the body of three-year-old Aylan Kurdi was “staged” on a Turkish beach as part of a political plot to garner global sympathy.

So the staged photo of poor little Aylan worked then? 20,000 Syrian. Not so much outcry if they used the original. pic.twitter.com/pLiBfZQIRc

— Lurkio (@alrightlandlord) September 7, 2015
People have seized on an image of a Turkish police officer picking up a child’s body on a markedly different section of beach to argue that the child’s body was moved for a photo opportunity.

“Little Aylan Kurdi, if he is dead, did not drown. He was killed. And the picture is a set-up fake. His body has been arranged in position,” one person wrote on Twitter.

Knights Templar International wrote: “Goulish (sic) propagandists moved and used the dead body of the little boy drowned on a Turkish beach to get pictures that would ‘best’ manipulate public opinion.”

“The media, who buy in to the UN’s politics, can not only advance its ideological aim, they can also financially benefit from twisting the true facts of the death of poor little Aylan Shenu,” a conspiracy blog added.

“And if there ever was a doubt about this being anything else, please, consider this, most telling fact:  before the most heart-wrenching photos of little Aylan were taken, his body was specifically and intentionally posed!”
Aylan Kurdi (L) and his brother Galip both died in the disaster
But the photo used as “evidence” of the alleged forgery is actually of Aylan’s older brother, five-year-old Galip, who also drowned alongside his mother as they tried to cross the Aegean Sea.

His body, washed up on a different stretch of beach nearby, is visibly larger and dressed in different clothing and shoes.

And far from it being a “staged” shot, the photographer who took the now iconic image of Aylan has told how she was in Bodrum to await refugee arrivals and noticed “lifeless bodies” on the beach by chance.

‘Europe is being invaded by swarms of refugees’
Although the number of refugees and migrants arriving in Europe is undeniably huge – with estimates for this year so far hitting 500,000 people – many of the alarmist photos being circulated are fake.

Belgian television station RTBF revealed that this image, claiming to show the “invasion of Italy” by “illegal immigrants” actually dates from 1991 and showed “La Vlora” bringing 20,000 migrants to the Italian port of Bari.

Zakia Khattabi, co-president of the country’s Ecolo party, reposted the photo on Twitter, writing that she’d had “enough” of the “disgusting political game” being played in Europe.

Another image of La Vlora, showing desperate Albanians climbing ion to the ship before it set off, was shared by Pegida UK on its Facebook page in a post that garnered comments calling for it to be “torpedoed”.

‘If refugees needed protection, they would bring their wives and children’
A much-shared meme posted on Facebook by far-right group the English Defence League (EDL) contrasts photos of British soldiers and male refugees arriving in Germany.
Above the soldiers, the caption reads: “Go to warzone. Leave women and children in safe country.” By the refugees, the writing says: “Go to safe country. Leave women and children in warzone.”

The image, which has been “liked” more than 2,200 times, summed up widely circulating claims that many of the people arriving are male “economic migrants” rather than asylum seekers.

But as Vice pointed out, it appears to have been taken from Reuters footage that shows dozens of women and children of all ages arriving on the same train.

The argument has been made by politicians across the world, including David Davies, the Conservative MP for Monmouth, who told BBC Radio Wales that refugees attempting to reach the UK were “mostly young men, mostly with mobile phones, chancing their luck”.

According to UNHCR figures, around 72 per cent of refugees and migrants arriving in Europe across the Mediterranean are men, with 13 per cent women and 15 per cent children.

Some aid workers have suggested the demographics may be caused by the danger of the journey, causing men to go ahead of their families in attempt to secure refuge in Europe and a home before more vulnerable relatives set off.

Voir aussi:

Non, ce bateau n’est pas rempli de migrants européens vers le Maroc
Le vrai du faux numérique

Antoine Krempf

15 septembre 2015

Face à l’hostilité de certains sur l’accueil des migrants, les Européens feraient bien de se souvenir du passé. Voilà en substance le message qui accompagne une photo relayée à des centaines de reprises depuis quelques jours. Il s’agit d’un détournement.
L’image est impressionnante : le bateau déborde littéralement de passagers; des grappes de personnes le recouvre presqu’entièrement. « Voilà des migrants européens vers le Maroc ou la Tunisie pendant la Première Guerre mondiale », précise le message qui accompagne l’image sur les réseaux sociaux.

Le souci, c’est que cette photo ne remonte pas du tout au conflit de 1914-1918. Elle montre en fait l’arrivée du cargo Vlora dans le port italien de Bari le 8 août 1991. A son bord, plusieurs milliers de migrants albanais, venus tenter leur chance en Europe un an après la chute du régime communiste.

Comme le raconte ce rapport du Conseil de l’Europe, Rome décide alors de regrouper ces candidats à l’asile dans un stade de la ville. De la nourriture et des vêtements sont distribués. Mais « les autorités ont considéré qu’ils étaient venus chercher une amélioration de leur situation économique et ne pouvaient donc pas être assimilés à des réfugiés politiques ». La très grande majorité des migrants albanais a donc été renvoyée en Albanie.

Voir encore:

« Un regard ambigu sur les migrants »
Caroline Stevan

Le Temps
01 septembre 2015

L’image des réfugiés a-t-elle évolué des boat people à aujourd’hui? Lectures de photographies avec le sociologue Gianni Haver, spécialiste des images et des médias

Il y a les chiffres, impressionnants. Il y a les histoires, effroyables. Puis il y a les images, saisissantes. Chaque jour depuis des mois, Internet et les médias relaient la tragédie de ces milliers de personnes fuyant la Syrie, l’Irak, la Libye ou l’Erythrée, s’entassant derrière des fils barbelés, crevant en mer ou pourrissant dans un camion. On s’interroge sur le sens et le poids des mots utilisés. «Migrants» n’est-il pas trop neutre face au drame vécu? «Réfugiés» peut-il être admis hors de sa définition en droit international?

Les termes, évidemment, reflètent le regard porté sur une réalité. Et les photographies, que disent-elles? Racontent-elles la même chose que celles qui montraient les boat people il y a quarante ans ou les Cubains dans les années 1990?

Le Temps a soumis six clichés au sociologue Gianni Haver, spécialiste des images et des médias. «Les photographies actuelles sont enracinées dans un héritage visuel ancien, celui des boat people, mais notre regard sur elles a changé pour devenir beaucoup plus ambigu, estime en préambule le professeur à l’Université de Lausanne. A l’époque, l’arrivée des Vietnamiens était présentée comme une question momentanée. Aujourd’hui, c’est le début d’un phénomène dont on ne voit pas la fin. On évoque en outre une masse uniforme d’immigrés; les panoplies de raisons qui les poussent à partir sont mises de côté au profit de la gestion de la crise. L’information n’est pas pourquoi ils viennent mais combien ils sont et comment y faire face. On oscille entre peur et compassion.»

«La terminologie de boat people est née avec la deuxième vague de réfugiés vietnamiens, embarqués sur des bateaux de fortune en 1979. Ceux-là sont ramenés directement par les Etats-Unis. Le cargo est bondé mais semble en bon état, avec la figure bienveillante du soldat américain. Il s’agit ici de sauver des gens du régime communiste, une logique d’accueil qui se monnaie en termes de communication. Cela valorise le système occidental par rapport à l’autre camp et cette politique n’a, du coup, jamais rencontré d’opposition malgré l’ampleur des chiffres. Les Américains ont ramené 200 000 Vietnamiens, les Français 123 000!»

«La logique ici est celle du «Radeau de la Méduse»; il y a même le drapeau qui flotte. On voit les visages, on reconnaît les gens, leur nombre est fini et on peut supposer une variété sociale. Ce n’est pas un hasard si on les présente souriants et tranquilles, c’est l’héritage de l’«exode de Mariel» en 1980, où 125 000 Cubains expulsés par Castro ont été accueillis en Floride. Ils ont directement reçu la Green Card, ce qui serait impensable aujourd’hui. On ne pensait pas aux camps de réfugiés. On était dans la même stratégie d’accueil et de communication anticommuniste que pour les Vietnamiens.»

«Nous ne sommes plus dans une logique de Guerre froide puisque le Rideau de fer est tombé. Il n’y a plus de justification à la fuite. L’idée est ici celle du débarquement d’un flux immaîtrisé d’Albanais, avec cette question sous-jacente: «Que venez-vous faire chez nous maintenant que le régime autoritaire de votre pays a chuté?». La multitude est toujours menaçante si elle n’est pas accompagnée d’un discours, et la crainte d’une invasion est très claire dans cette image. On sent le débordement, la déferlante, comme aujourd’hui.»

«Cette image symbolise les situations d’urgence en Méditerranée qui se succèdent et dont on a trouvé un coupable unique: le passeur. Les régimes que fuient ces gens et les pays qu’ils visent n’ont aucune responsabilité, toute la faute revient aux passeurs. On perçoit le drame mais, étonnamment, on est moins dans la compassion que pour les Cubains par exemple. La photographie est prise
de trop loin, on ne lit pas les visages, on ne se projette pas. La multitude provoque une mise à distance et une déshumanisation.»

«C’est une sorte de jeu des voleurs et du gendarme. Il y a un seul policier essayant de maîtriser un groupe dont on peut supposer qu’il est plus nombreux encore. Ces jeunes hommes semblent bien habillés et l’on pense tout de suite à un flux économique et non à des personnes en train de fuir un danger. Ils ne suscitent guère d’empathie; le policier est seul face à eux et s’il brandit sa matraque, il ne l’utilise pas. Evidemment, l’interprétation de cette image basculerait si c’était le cas. Là, on est dans l’idée de la défense de l’Europe face à l’afflux de migrants économiques.»

«On est ici dans la tradition de la photographie humanitaire. L’enfant qui pleure ou qui a faim est une figure attendrissante qui revient depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette gamine représente ce qu’il y a de plus inoffensif face à un barbelé qui ne peut être perçu que comme une exagération. Elle suscite forcément de la compassion et exacerbe le drame. On aurait le même sentiment si elle se trouvait face à un policier, tandis que des adultes dans le même cas émeuvent beaucoup moins.»

La déchéance d’Angela Merkel
Guy Milliere
Les 4 vérités
25 septembre 2015

Je n’ai pu m’empêcher, ces derniers jours, de poser un regard ironique sur la situation de chaos qui règne en Europe.

Angela Merkel, que la gauche médiatique s’empressait de béatifier, a dû revenir sur ses promesses, dans la panique et l’improvisation. Après avoir annoncé que les frontières de son pays étaient grandes ouvertes à tous les gens venus d’Afrique et d’Asie qui voulaient venir, elle a dû prendre une décision inverse et fermer les frontières de l’Allemagne.

Les arrivants se sont faits, d’un seul coup, trop nombreux. Ils ont trop demandé. Des désordres ont commencé à éclater, les gares d’arrivée se sont mises à ressembler à des lieux insalubres du tiers-monde.

Sainte Angela a dû poser les pieds sur terre, avant que les dégâts ne soient irréversibles. Des petits musulmans, venus d’un Proche-Orient où l’on s’étripe volontiers ou d’une Afrique où l’on ne fait pas mieux, a-t-elle semblé découvrir d’un seul coup, ne pourront pas si facilement remplacer les enfants blonds que les femmes allemandes ne font plus.

Des gens venus parce que les assistances sociales sont généreuses, a-t-elle semblé découvrir au même instant, ne permettront pas obligatoirement des gains de productivité mirifiques.

Je ne doute pas, pour autant, que, dès qu’elle en aura l’opportunité, elle renouvellera l’appel : elle veut vraiment, je pense, que l’Allemagne soit le pays où se pratiquera en premier le grand remplacement promis à toute l’Europe.

Hollande, qui suivait la ligne Merkel, et qui avait envoyé des émissaires à Munich pour ramener de futurs nouveaux Français bien sous tous rapports, car priant vers La Mecque, s’est plié à la volte-face de Merkel, et, dès que celle-ci reviendra à sa position initiale, il continuera à sui­vre la ligne.

Pour diluer sa responsabilité, Merkel a appelé à une réunion européenne destinée à mettre en place des quotas d’accueil obligatoire, et à forcer la main des autres pays de l’Union : la réunion s’est achevée par un échec.

Merkel et Hollande ont dû voir la réalité en face : il y a des dirigeants en Europe qui comprennent que davantage de musulmans et d’assistés en Europe, ce n’est pas nécessairement un atout.

Sans doute ces dirigeants n’ont-ils pas vu les reportages diffusés en Allemagne et en France, où on répète que tous ces jeunes hommes qui arrivent sont médecins, avocats, professeurs ou ingénieurs. Apparemment, ils raisonnent plutôt comme Viktor Orban, qui n’est pas un cas isolé et a, sur ce plan, de nombreux équivalents.

L’Europe centrale, dès lors, se hérisse de barbelés et de cordons militaires. Schengen se porte très mal. L’Union elle-même ne va pas bien du tout. Il est aisé d’anticiper que tout cela aura des conséquences politiques, en Allemagne, en France, ailleurs, et si Merkel et Hollande insistent, les conséquences seront plus lourdes encore.

Dois-je le dire ? Ce qui se passe était très prévisible. Merkel n’a pas prévu. Hollande non plus. Ils ont été aveugles et débordés. Merkel a montré son vrai visage. Hollande a montré, une fois de plus, qui il était.

La gauche médiatique a, elle, montré, une fois encore, sa xénophilie multiculturaliste et anti-occidentale et son aveuglement.

Dois-je l’ajouter ? L’appel d’air venu de Merkel (et, accessoirement, de Hollande) va continuer à faire son effet et à se diffuser. La vague qui se porte à l’assaut de l’Europe ne va pas retomber. Barbelés et cordons militaires ne vont pas disparaître de sitôt.

Dois-je l’ajouter aussi ? Si les dirigeants allemands et français n’avaient pas applaudi quand Obama a retiré toutes les troupes américaines d’Irak ; soutenu ensuite les « rebelles » en Syrie ; défini l’État Islamique, alors embryonnaire, comme une équipe d’amateurs ; voulu, après la chute de Ben Ali et de Mouba­rak, celle de Kadhafi, la situation serait différente.

Ils ont voulu les causes. Ils ont les effets. Un président des États-Unis avait énoncé un projet stratégique destiné à éviter tout ce qui est en train de se passer, et qui découle de la guerre déclarée par l’islam radical au monde occidental. Il s’appelait George Walker Bush. Les dirigeants européens l’ont détesté. Ils ont à la Maison Blanche un homme à leur goût. Ils goûtent. Tous ceux qui vivent en Europe doivent déguster, hélas…

Voir également:

Merkel’s grandstanding on Syrian refugees will lead to many more deaths at sea
The incentive is greater for people to risk the perilous journey to Europe
James Forsyth
The Spectator
12 September 2015

Of all the irresponsible decisions taken in recent years by European politicians, few will cause as much human misery as Angela Merkel’s plan to welcome Syrian refugees to Germany. Hailed as enlightened moral leadership, it is in fact the result of panic and muddled thinking. Her pronouncements will lure thousands more into the hands of unscrupulous people-traffickers. Her insistence that the rest of the continent should share the burden will add political instability to the mix. Merkel has made a dire situation worse.

On Tuesday last week, Germany declared that any Syrian who reaches the country can claim asylum there. In the days that followed, 25,000 arrived at Munich central station and that number is growing fast. Some trains from Austria have been diverted to other German cities to ease the pressure. Merkel now wants to use her clout to distribute these refugees around Europe — arguing that EU plans to resettle 160,000 may not be sufficient.

The current wave of migration started about 15 years ago, an unforeseen side-effect of globalisation. It has been vastly intensified by the chaos which followed the Arab Spring, and particularly the civil war in Syria. The EU’s responsibility is laid out in the Dublin Convention of 1990, which decrees that refugees must claim asylum in the first European Union country that they reach. This crucial safeguard was torn up by Merkel when her government declared that it will be ‘responsible’ for processing the claims of Syrians. The Dublin rules were made for a reason: to save lives, as well as to protect Europe’s borders. German panic has imperilled both priorities.

The welcome that has been given to refugees in Germany is remarkable. But encouraging these people to continue their journey is risky. The 71 refugees found dead in a lorry on an Austrian motorway last month might still be alive today had they ended their journey in Budapest. Some 7,000 refugees are estimated to have passed through Vienna during one day this week, but fewer than 100 claimed asylum there, choosing instead to head on north. Austria is rich, but Merkel’s promise exerts such a pull that people don’t want to stop until they reach Germany.

The distinction between refugee and economic migrant is also being elided. Many of the Syrians making this journey are fleeing war, but many others are fleeing camps in neighbouring Jordan or Turkey. The incentive to do this is growing, because life there is becoming harsher. As Michael Moller, the head of the UN’s Geneva office, warned this week, these millions will ‘get up and leave and come to Europe’ unless conditions in the camps improve. Iraqis are also joining in; extra flights are being laid on from Baghdad to Turkey as people go on the move in the belief that Merkel has created a window of migration opportunity that may not last. It is at this point that the distinction between refugee and immigrant, on which European law is based, breaks down.

The economic pull is exacerbated because, unlike in previous times, the residents of the refugee camps have access to mobile phones and information. They know that Germany has said it expects to accept 800,000 asylum-seekers this year (a figure greater than the population of some EU members). They will have heard about — or seen — the welcome being given to refugees arriving there, the reception committees and the politicians holding placards saying ‘refugees welcome’. All of this will encourage many more to embark on the perilous journey to Europe.

The European Union’s energies would be far better spent improving life in the camps and finding ways to allow people to work there, as Professor Paul Collier suggested in these pages last month. The camps should be properly funded. The UNHCR claims it currently has a $795 million funding gap in its Syrian operation. France has given a fraction of what Britain has to this work, which puts a rather different perspective on François Hollande’s insistence that Britain must take on more of the refugee burden. No country in Europe has given more to the refugee camps than Britain.

Another danger of Merkel’s open-door policy is that it may make Syria’s recovery from civil war harder. By accepting those who have managed to make it to Europe, rather than those still in the camps, Germany is, intentionally or not, cherry-picking the more prosperous members of what used to be Syrian society, those who have sufficient resources to pay the traffickers. Without them, their ravaged country is far less likely to make a recovery once the fighting eventually stops. As the French foreign minister Laurent Fabius warned this week, ‘If all these refugees come to Europe or elsewhere, then Isis has won the game.’

Compounding Merkel’s folly is her desire to impose mandatory refugee quotas on the rest of the EU. (Britain won’t be part of this, we are one of the countries with an opt-out.) Forcing countries to accept refugees they don’t want is bound to boost support for populist anti-immigrant parties. German public opinion might be strikingly liberal on these issues — it is important to remember that, before her recent announcements, Merkel was being criticised for not doing enough to help — but opinion in other European countries is far less so. Strong-arming recalcitrant eastern European countries into taking a significant numbers of refugees will push politics to the nationalist right in these countries. In France, Marine Le Pen has already been making political hay out of Merkel’s actions.

Given the disaster unfolding on the continent, it’s odd to see Britain coming under pressure to become more like Germany. The Prime Minister’s decision to accept refugees from the camps, rather than send thousands more into the hands of people traffickers, seems to demonstrate a better understanding of the issue. To criticise the Prime Minister for not taking those refugees who have already reached Europe is bizarre; it seems to play into the hands of the people-traffickers, who would be pushing for their customers — those who have reached Europe — to be given priority over those who are still on the Syrian border.

Many in Cameron’s circle are furious at Merkel. There is a suspicion that, as one of the Prime Minister’s confidants puts it, ‘This has more to do with what happened in Europe 70 years ago than what is happening today.’ There is also anger at the criticism being directed at London from other European capitals. One Downing Street figure says that if Britain were not supporting the camps on Syria’s borders, at least a million more people would be coming to Europe. And we should remember those who aren’t even in the camps, those who have been forced from their homes but remain trapped inside Syria.

To save lives, Europe needs to stop people from thinking that if they take the risk of trying to cross into the European Union, then they will be able to claim asylum. This means turning around the boats that attempt the journey, and paying for processing stations in Turkey and Egypt. This may be hard, but there is nothing compassionate about giving desperate people false hope.

Britain can be the voice of sanity in this debate, while others panic. Cameron can point out that refugees and migrants who are already in Europe are not in imminent fear for their lives. Those gathered at Calais trying to cross the Channel might have once fled Syria, Somali or other war-torn countries — but they are now risking their lives to leave France, which is another matter entirely.

Merkel’s actions, now, will be hard to correct: her words cannot be unsaid. She has exacerbated a problem that will be with us for years, perhaps decades. More than 40 per cent of those who applied for asylum in Germany in the first half of this year came from the former Yugoslavia; the last of its wars ended 14 years ago. Handling all of this correctly will require true statesmanship, which means thinking through consequences. Merkel is failing that test spectacularly.

Voir encore:

Insane asylum
Adam Garfinkle
Germany’s warm welcome to Syria’s refugees is earning the country good press, but it may also be sowing the seeds of long-term agony.
The American interest
September 12, 2015

I happened to be in Germany when the current refugee/asylum crisis struck. Indeed, for about a week I was in Berlin, the capital, in the Kreuzberg section of town, which happens to be about as multicultural as any thirty square block area in Germany. I did a “brown bag” seminar, as they are called, at the Aspen Institute, and also lucked into a fairly long meeting with an old friend who now works as a special assistant to the German President, Joachim Gauck. All anyone wanted to talk about, really, was the refugee crisis, and the first feeling that came to the fore was how proud—indeed astonishingly so—everyone was at the outpouring of welcome encouragement, volunteerism, and outright nobility on display in Munich and elsewhere around (most of) the country. Even columnists in Handelsblatt were blushing with pride.
Sober souls, my old friend among them in the 1994 “disappearing” black office building right next to Bellevueschloss, the President’s sprawling office complex, are counting mounting costs and waiting for the next shoe to drop. They know it will, even as they share in the wonderment that refugees far away in the Middle East could think of Germany as a country of hope. Few people say it out loud, but it’s the image of Germans welcoming “others” on in-bound trains from the east—from Hungary, very telegenically, when I was there—that arrests their attention. What a contrast with the pictures of other Germans in an earlier time shipping “others” to the east, on out-bound trains, to places like Treblinka and Auschwitz.Germans say they have an identity problem, and so they do. It’s mainly because they believe it to be so, in other words. But there are also reasons beyond self-perception. This is neither the time nor place to go into why this is, but certainly what has happened in recent days has transformed the question of Germans’ self-image. It hasn’t answered the question, but it has rephrased it in what most take to be a felicitous way. It goes something like this: We may not know exactly who we are, but whoever we are, we’re better people that we have feared we might be. We believed we could change. Now we see, at an unexpected moment of testing, that we have changed. The earth no long trembles beneath our feet as much as it did even a month ago.That is the sense of things, as I observed it, and it seems to me, further, to be infusing in the German elite a greater sense of self-confidence and willingness to lead within European affairs—at least for the time being. It has certainly transformed Chancellor Merkel from an austerity scold to someone with what we could call, for lack of a better phrase, abundant moral capital in a part of the world that values such a thing far more than it does other virtues of leadership.What sort of sound is that other shoe going to make when it finally does drop? Truth be told, the German leadership—and the EU leadership as well, with Mr. Jean-Claude Juncker of Luxembourg in the lead—are planting the seeds for long-term agony. That agony will comes in three forms: the economics of the welfare state; the self-blinding politics of multiculturalism; and security.As to this third matter, DNI General James Clapper’s warning earlier this week, that this surge of Arabs into Europe is a security nightmare in the making, is surely correct. I tried to express this at a dinner in Warsaw on Tuesday evening, with an assortment of Poles, Germans, Norwegians, Brits, a Ukrainian, and some miscellaneous others present. I predicted that within five years Poland will be forced to erect passport control at airports for incoming European flights. (In case you are not aware, dear reader, there are none now. We flew from Berlin to Warsaw by way of Munich, and when one lands there is simply no passport control at all—meaning that any non-EU national who can get into Germany and pay for a ticket to get to Poland can indeed fly to Poland without anyone so much as asking his name or how long he intends to stay.) They all said I was wrong, but just a few days ago look what the Danes did: They basically sealed the border to rail and road traffic from Germany. And they were right to do it. If only a tenth of one percent of these Arabs are now or are later turned toward salafi-based political violence for any number of reasons we can all think of, then Germany will have a problem that will shred its esteemed privacy laws to bits, whether Germans like it or not.I confess I do not understand Juncker’s thinking. With the Schengen Zone in effect, what is to keep arriving refugees in the place to which they are originally assigned—assuming for a moment that some form of his share-the-burden scheme is agreed to? After a year or a month or in some cases even a few days they can pick themselves up and come to Berlin if they so desire, can’t they? Even if they are not supposed to, they will do it anyway—and who is going to stop them now? What Germans, in the mood the country is now in, are willing to shove them on a train against their will heading back east? (Imagine what those photos would look like . . . some ass will surely airbrush “Arbeit macht frei” into the pictures.) Why would a Syrian family want to stay in Poland, where nearly everyone quietly hates them, when they can come to Berlin, where nearly everyone, in public anyway, professes to love them?Meanwhile, the moral hazard problem is getting out of control. The word is out in Syria, and Iraq, and Lebanon, and among Palestinians in various places: They see the pictures, they send the men, then comes family reunification, and the next thing you know, in as little as a year or two, there could be five million Levantine Arabs (and a smattering of Kurds) clotting about in German cities.I do not wish to delve into the economic side of the story. The numbers are too soft in every sense, and I am not very good at the bean-counting business. I will only note that many Germans seem to think that the Levantine Arabs now entering their country by the hundreds of thousands will act like their Gastarbeiter Turks. They are in for a shock. Many also think that they’re getting the cream of the educated crop from Syria. I heard several observers note that the people coming are young men, coming not directly from Syria but from camps in Jordan and Turkey. They are presumed to be engineers, doctors, and the like, and given Germany’s age-cohort imbalanced demographic picture, the consensus among the saintly is that they will boost the German economy in the not-too-distant future. This means that they know not the first thing about the real status of education in the Arab world. Only a tiny percentage of these asylum seekers are well enough educated to hold down a middle-class enabling professional job in an economy like Germany’s.So the sound of the other shoe will consist of gunfire and bombs, most likely, and the telltale sucking sound of cash exiting the coffers of the still very generous but increasingly fiscally fragile German welfare state. And what of the politics?The Left’s normative seizure of Germany is truly amazing. Even the Chancellor, who by German standards is far from a raving leftist, appears to firmly believe that everyone must be a multiculturalist for moral reasons, and that all people who want to preserve the ethno-linguistic integrity of their communities—whether in Germany or in Hungary, Poland, and elsewhere—are acting out of base motives. One even sees self-righteous criticism of the Australians now in the German press. The German leadership’s understanding of its moral obligation is without qualification against contingency; they refuse to limit in any way the number of asylum seekers who can be taken into Germany, or the speed with which they may come. But more in Europe—a place of bloodline nationalisms compared to the U.S. creedal version—than in the United States there is a moral basis, too, for a community’s own sense of self-determination, which presumes the right of self-definition and self-composition. That is not racism in Europe any more than nervousness about immigrants is racism here in the United States. Wanting one’s own community to be a certain way is not aggressively or actively prejudicial against others, any more than declining to give money to a beggar on a city street is morally equivalent to hitting him in the head with a crowbar. It is simply preferring the constituency of a high-social trust society, from which, social science suggests, many good things come: widespread security, prosperity, and a propensity toward generosity being prominent among them.It is, in my view, better morally to respect the dignity of difference than it is to try to expunge it though the mindless homogenization of humankind, which is the unstated premise at the base of the “thinking” of much of the EU elite. What better way to get rid of pesky nationalism than to get rid of nations, eh? One can hardly blame contemporary Germans for this sort of thinking, for their own nationalism turned out to be rabidly illiberal at one point in their history. But it is nonetheless an error of moral reasoning. Asylum seekers distort the moral choice with the intensity of their need, and their innocence; but the point is that what we see in Western Europe is not a case of what is moral versus what is base, but two kinds of rights, incommensurate (à la Isaiah Berlin) as they are, clashing. This basic truth seems to have gone missing in Germany lately, and, unfortunately, its expression in Hungary comes from a man who is toxic morally and opportunistic as well, and so gives that side of the argument a very bad name.What the Europeans are doing, under the aegis of the European Union, but really at the instigation of Germany most of all, will have two basic political effects. First it will split the EU east and west, possibly even more bitterly than the economic woes of the past five years have split north and south. Indeed, it is doing so already. Second, it will reshape politics within most, if not all, West European countries.As to the former effect, think about Poland for just a moment. When Poland re-emerged into independence after World War I, it was a highly heterogeneous place. And that was troublesome for nearly every community involved, to put it mildly. The situation of most other Central and East European states was roughly comparable. Thanks to World War II and then the Russian insistence on a postwar territorial settlement of a westward-displaced kind, far more homogenous states emerged from the bloodbath. Poland today is vastly more homogeneous, both in ethno-linguistic and sectarian terms, than it ever was, and Poles by and large seem quite happy with the current situation—and they are doing well as a post-Warsaw Pact, post-communist society by most measures partly because of it. Why should they jump for joy when Mr. Juncker and the Commission in Brussels tell them that all this needs to end? They clearly are not jumping for joy, and the pressure from without is bound to help President Duda’s party in next month’s parliamentary elections.To Poland’s west we are about to witness the biggest boon for right-wing xenophobes since the 1930s. All this moral unction reminds me of the reality-challenged 1920s in Europe, which gave rise to the very ugly 1930s (and yes, there will be a sharp economic downturn to speed the effect; it’s already begun, in China, because we have allowed a half dozen major regional business cycles with their own, often balancing-out, dynamics to coalesce into one huge global business cycle), and we all know what happened next. How is the thinking in Berlin now different in essence from the calamity of Kellogg-Briand and Locarno? It is downright Kantian: The ethereal categorical imperative über alles. It also seems to me very Christian in the sense that it represents a tilt of intentions over consequences—and Kant was, remember, a Lutheran Pietist, so we know where his basic intellectual urges came from. Indeed, the denizens of the German Left seem to me a very religious people, only they think they’re secularists just because a clutch of proper names has changed, and they don’t often go to church anymore, but rather collect for the functional equivalent of communal worship in political meetings, university seminars, and protest rallies.For all this we can blame the Nazis, because the moral ricochet over time is clear, and it is in many ways very noble. It’s nice that the Germans want to be moral, charitable, hospitable, generous and kind, isn’t it? But absent a heavy doze of Niebuhrian moral realism, they now risk letting dead Nazis derange living thought from beyond the grave. At this point, most sober Germans in the elite strata are worried about money, about what all this will cost. But this is not really about money. It’s about much more important kinds of business, political business ultimately, and politics is trump.I would love to be proved wrong about all this. But the derangement of moral reasoning in Western Europe seems so advanced and deep that it is hard to be optimistic. One fears that if reasonable people do not somehow apply a brake to this wild excess of selfless saintliness, unreasonable people eventually will. And guess who might still be around to cheer, encourage, and perhaps even arm the unreasonable? Yes, Vlad the Putin himself, as he is indeed already doing in a minor key. Putin would love to destroy the European Union and all it stands for, almost as much as he would destroy NATO if he could. There are, regrettably, plenty of European leaders these days who are unwittingly pitching in to help him, and so before very long we could be facing another kind of security problem. That would ultimately be a problem for Americans as well as for Europeans. Doesn’t it always go like that, again, whether we like it or not?Anyway, folks, that’s my slant on this week’s news from Germany and Poland. Darn good beer in both countries, however. So not all the news is bad.

Voir de plus:

Thousands of Albanians Flee Aboard Ships to Italy
David Binder
The New York Times
March 7, 1991

WASHINGTON, March 6— For the third time in seven months, thousands of Albanians are fleeing their country, this time by sea as well as by land as the Communist Government sinks into what a resident of the capital called paralysis.

Since Monday, mass departures from the Adriatic ports of Vlora and Durres have been under way, virtually stripping the harbors of seaworthy vessels. A thousand or more ethnic Slavs made their way to the northern frontier, seeking entry to Yugoslavia, while other citizens in the south continue to flee to Greece.

In Tirana, huge crowds tried to storm heavily guarded Skanderbeg Square, site of half a dozen foreign embassies, on the strength of rumors that visas were available. They were driven back by security forces firing warning shots and using tear gas and water cannon, Tirana residents said. Some spoke of casualties, but offered no specifics.

Since May, when President Ramiz Alia began a program of democratization in a country where Communist doctrine held sway for 45 years, Albania has been swept by waves of unrest. The pauses between the waves have grown shorter and shorter. The latest flights are inspired at least as much by severe food shortages as by political fears stirred by arrests in the aftermath of anti-Communist demonstrations that led to bloodshed in the capital last month.

« There is no milk, » a Tirana resident said by telephone this afternoon. A member of the opposition Democratic Party in Vlora said « there is no food in the stores » in that harbor city.

Vlora, a city of about 65,000, is where the latest exodus started several days ago on the basis of rumors that ships were ferrying Albanians 50 miles across the Strait of Otranto to Italy. About 600 Albanians made it across on Tuesday, aboard a rust-spotted tugboat, a Soviet freighter and an Albanian naval tugboat.

Another 600 arrived from the port of Durres this morning aboard a Romanian freighter.

With crowds numbering in the thousands in Vlora and Durres, harbor security forces apparently gave up trying to exercise control, allowing people to swarm aboard vessels and commandeer them for transport to Italy.

Earlier today the vessel Ibridim radioed in midpassage, saying it was crammed with refugees and required assistance. Later, the freighters Tirana and Lirija approached Brindisi purportedly carrying a total of 6,000 Albanians, only to be told by Italian harbor officials to lie offshore until reception centers could be prepared.

Voir de même:

Angela Merkel’s humane stance on immigration is a lesson to us all
The German leader has stood up to be counted. Europe should rally to her side
Will Hutton
The Guardian
30 August 2015

German chancellor Angela Merkel and Saxony state governor Stanislaw Tillich leave after their visit to a refugee shelter that was attacked by far-right protesters over the weekend in Heidenau, eastern Germany. Photograph: Jens Meyer/AP
Sunday 30 August 2015 00.04 BST Last modified on Monday 31 August 2015 08.14 BST
The list of horrors swells. Last week, 71 migrants were found asphyxiated in an abandoned truck in Austria to add to the tally of hundreds of migrants drowning almost by the day in the Mediterranean. The few in Calais who die trying to get to Britain are but tragic notes in the margin of an unfolding narrative of death. The migrants know the odds; nonetheless, the UN says in the next few months the numbers will grow to 3,000 every day taking the risk and successfully entering Europe alive.

It is not Britain, the alleged “soft touch”, which is the favoured destination for what is emerging as one of the great movements of people in history, fleeing the mayhem of Syria, North Africa, Afghanistan, Eritrea or northern Nigeria aided and abetted by sinister, organised gangs of people traffickers. Instead, they prefer Germany. In the last 12 months alone, it has received some 300,000 asylum claims, 12 times more than Britain, on top of the immigration it receives within the EU under the freedom of movement rules it defends to the last. During 2015, the number of asylum seekers to Germany is set to rise to 800,000. Germany is becoming a country of immigration, the most popular destination for the global dispossessed.

If this happened here, the hysteria would be overwhelming. Ukip would perhaps have more than 100 MPs in the House of Commons. There would be a huge majority in favour of leaving the European Union. The air would be thick with calls for ever-tighter controls of our borders, the creation of mass detention centres and forced expulsion of hundreds of thousands of migrants. British Conservatives and their press allies would be adopting attitudes ominously similar to the darkest periods in European history.

Yet last week, Chancellor Merkel visited a centre for asylum seekers in Heidenau in east Germany where there had been rightwing extremist rioting a few days earlier.

“There can be no tolerance of those who question the dignity of other people,” she said, standing in front of placards accusing her of being the people’s traitor. “There is no tolerance of those who are not ready to help, where, for legal and humanitarian reasons, help is due.”

Confronted by forces that would overwhelm British leaders, the woman the Greek left (and many on the British left who should know better) mistakenly accuse of being the leading advocate of conservative neoliberalism has stood up to be counted. Being the country to which so many want to migrate should be a source of pride, she says. She wants to keep Germany and Europe open, to welcome legitimate asylum seekers in common humanity, while doing her very best to stop abuse and keep the movement to manageable proportions. Which demands a European-wide response. So far, her electorate and her press back her.

Transposed to Germany, British Tories would be adopting attitudes ominously close to the darkest periods of history
She is right and deserving of support from every European. Migration is what we have done since the earliest of times, triggering growth and enlarging our circles of possibility. Whether we’re discussing the Roman or British empires, 15th-century Venice or 20th-century New York or London today, great civilisations and dynamic cities have been defined by being open to immigrants and refugees.

They are, as migration specialist Ian Goldin characterises them, “exceptional people”. Over centuries, as he painstakingly details, it has been immigrants and refugees who have been part of the alchemy of any country’s success: they are driven, hungry and talented and add to the pool of entrepreneurs, innovators and risk-takers. The hundreds of thousands today who have trekked across continents and dangerous seas are by any standards unusually driven. They are also, as Angela Merkel says, fellow human beings. To receive them well is not only in our interests, it is fundamental to an idea of what it means to be human.

But the disruption induced by migration is not all creative: it is disruptive and has downsides. It brings sometimes unwelcome traditions, notably Islamic fundamentalism, although witnesses to the nihilist barbarism of Isis, al-Qaida and the Taliban are least likely to be credulous adherents to global jihad or some mystic caliphate.

Wages are lowered in those low-skill, high-labour turnover occupations that are necessarily migrants’ first port of call; for example, around a fifth of the new jobs in British cafes, restaurants and bars are reckoned now to have been taken by immigrants. Meanwhile, the capacity in schools and hospitals is further stretched. And as immigration sceptic David Goodhart persuasively argues, it makes “host” communities fearful that immigrants are free-riding on social structures built up over decades and for which they have not paid. To ride roughshod over these powerful feelings is to make a cardinal mistake.

Politicians and their electorates now have to make a choice. There is no middle way. The choice is between building walls and electrified fences, creating mass detention centres, organising mass repatriation and conceding to the fear of the other or it is to find a way of sustaining openness while doing the very best that can be done to allay the natural fears and apprehensions of host populations.

Above all, it is to recognise this is a European – even a global – problem. Germany needs Europe to rally to its side. Together with France, Angela Merkel has called for a pan-European response jointly financing appraisal and screening centres in Greece and Italy, co-ordinating reprisals against traffickers and sharing out the numbers of asylum seekers.

Inevitably, the Cameron government has given the initiative the cold shoulder, preoccupied with negotiating a one-sided relationship with the EU in which Britain accepts as few European obligations as possible, but retains all the gains.

If everyone played that game, the whole project would implode. This is a moment for political vision and bravery, not least from the Labour party. Over the years ahead, and in the run-up to the referendum on EU membership, neither Britain or its left can risk having a leader tempted by leaving the EU, the only organisation we have that, however imperfectly, might address this crisis.

Eurosceptic Mr Corbyn, if elected, would have no authority nor place any sustained pressure on the Cameron government to do the right thing at this pivotal moment. He would accelerate our retreat from making common European cause, leaving all the burden to be borne by Germany.

Sustained selfishness in foreign affairs can only work for so long. Britain, within limits, needs to be as open as possible, with a Europe similarly open, and it needs to share the costs. The alternative is too dark to contemplate.

Voir enfin:

A look at the numbers behind the stream of refugees flowing into Europe as political leaders struggle to ease the burden. (Jason Aldag/The Washington Post)
The New York Times
September 23, 2015
Moving among the tens of thousands of Syrian war refugees passing through the train stations of Europe are many who are neither Syrian nor refugees, but hoping to blend into the mass migration and find a back door to the West.There are well-dressed Iranians speaking Farsi who insist they are members of the persecuted Yazidis of Iraq. There are Indians who don’t speak Arabic but say they are from Damascus. There are Pakistanis, Albanians, Egyptians, Kosovars, Somalis and Tunisians from countries with plenty of poverty and violence, but no war.It should come as no surprise that many migrants seem to be pretending they are someone else. The prize, after all, is the possibility of benefits, residency and work in Europe.Leaders in Germany and other European states say they are prepared to award asylum to legitimate refugees from countries such as Syria, Iraq and Eritrea, but they are issuing more strident warnings that they will reject many of the economic migrants streaming over their borders.

“What we see here has nothing to do with seeking refuge and safety,” Austrian Interior Minister Johanna Mikl-Leitner said Monday. “It is nothing but opportunism.”

Many of the asylum seekers tell journalists and aid workers that they are from Syria, even if they are not, under the assumption that a Syrian shoemaker fleeing bombed-out Aleppo will be welcome, while a computer programmer from Kosovo will not be.

It is common knowledge on the migratory route that some who are not from Syria shred their real passports in Turkey and simply fake it.

A couple of reporters, one a native Arabic speaker, who wandered through train stations in Vienna found plenty of newcomers whose accents did not match their stories and whose stories did not make sense.

Swimming in the river of humanity are shady characters, too, admitted criminals, Islamic State sympathizers and a couple of guys from Fallujah, one with a fresh bullet wound, who when asked their occupation seemed confused.

“Army,” said one. His friend corrected him. “We’re all drivers,” he said.

The refugees report that a forged Syrian passport can be bought on the Turkish border for as little as $200. A reporter for Britain’s Daily Mail bought a Syrian passport, ID card and driver’s license for $2,000 in Turkey under the name of a real man who was killed in the conflict.

An Austrian security official, who spoke on the condition of anonymity, said there are also thriving black markets for Syrian passports in Croatia, Serbia, Hungary and Austria. But most are arriving in Vienna without ever having shown a passport or document to officials, as long as they travel in the stream of asylum seekers. Authorities along the way may ask for names and countries of origin, but they are not scrutinizing documents. Opportunists can easily pass through borders simply claiming to be Syrians, often without offering any proof.

There are enough pretenders that true Syrians complain about ersatz Syrians.

Syrian war refugees said Europe offered a welcome to them but that opportunists will quickly wear out the continent’s welcome, if they haven’t already.

“Look at these people, what are they doing here? We are the ones who are fleeing from war and slaughter, and now these men are taking away our space,” said Mustafa, 62, from Syria. He had stopped to help a woman who had fainted, letting a group of Afghans use the opportunity to cut in line.

“I don’t understand — we thought the Europeans invited Syrians like us to come,” said one of Mustafa’s companions.

Blending in with real refugees

At Vienna Westbahnhof railway station, a tight clutch of men lined up at the ticket windows. Days of rough travel lay behind them. All had one aim: Germany.

When asked by a reporter where they were from, the men answered, “We are from Syria.”

When a reporter switched to the North African dialect, the men laughed nervously. “We are Algerians,” they admitted.

Hamza, 27, is from Algiers. “I am illegal, not refugee,” he said. “In my country, the only thing you can do there is either drugs or crimes. So I was in prison several times, for drugs, also for trying to kill another guy.”

Hamza and his mates went to Turkey because the smuggling route to Sardinia has been shut down.

“We flew to Istanbul and then took a bus to Izmir. There we destroyed our passports and just mixed with the Syrian refugees. We then took the boat from Izmir to Greece. From there to Macedonia, Serbia, Hungary and now we are in Vienna,” he said.

Did Hamza feel guilty? Not at all.

“It’s really easy now to travel with these refugees. We received food and shelter, and a nice welcoming from people so far.”

He said he has met Tunisians, Moroccans and Libyans playing the same game.

“So when someone asks us, where do you live? We say Damascus. Where are you from? Answer Syria.”

An Austrian aid volunteer at the train station, Hisham Fares, is of Libyan descent and has worked as an interpreter helping asylum seekers find their way in the present confusion.

“There are people who are trying to benefit from the situation. I’ve met Egyptians who claimed they were Syrians, but the dialect is Egyptian. I’ve also met people from Morocco, Algeria, Tunisia or Libya who all are now flying to Istanbul and then go to Izmir where they destroy passports,” Fares said. “I’ve also met Palestinians who live in camps in Lebanon and now claim they were from Yarmouk camp in Syria. Many of them said they have family in Germany and just use this situation to finally get asylum.”

“Most of these people say they’ve lost their passports,” Fares added. “The sad thing is that those Syrians who really are fleeing war will be the ones paying the price.”

Another group of men, standing in line for free food, spoke English among themselves but with an Indian accent.

One said his name was “Hassan.”

“We grew up in Syria; our fathers worked there for many years,” Hassan said.

He had worked in Syria, in a bank, in Damascus, he said.

When a reporter spoke to them in Arabic, the men smiled and said, “No Arabic, only English.” Asked where they lived in Damascus, they couldn’t really say.

They excused themselves and wandered away.

Screening out impostors

Confronting a surge in migrants falsely claiming to be from war-torn nations, European authorities are seeking to bolster screening efforts, particularly at gateway nations such as Greece and Italy.

Ewa Moncure, a spokeswoman for Frontex, the European Union’s border agency, said officials are deploying interpreters to assess accents and are using geographic and other questions to weed out pretenders.

“You have interpreters working with officers, and they are asking questions,” she said. “If someone claims to be from Syria and he can’t say what the currency is or what the main street is in Damascus, there are going to be questions about his claim.”

Frontex, she said, is moving to double its staff in Greece in the coming weeks to at least 140 people, an effort that may help the agency identify more false refugees. Those identified as such, she said, should be detained and processed for rapid deportations.

But Greece has been so overwhelmed by the sheer numbers that many are slipping through.

Most economic migrants and war refugees in Vienna say they have arrived without being photographed, fingerprinted or subjected to biometric measurements. Some of the new arrivals will make claims to stay based on threat of persecution because of clan or religion; others may seek to be reunited with family already in Europe. And some may never try to become legal residents, but live in the shadows.

It will take months to sort out their stories.

Anthony Faiola in Berlin contributed to this report.


Vandalisme: Il est inadmissible que l’art subisse l’obscurantisme de quelques-uns (How about a giant penis on Washington’s Mall shooting semen right across the Lincoln Memorial ?)

16 septembre, 2015
Anish-Kapoor-“Dirty-Corner”

Indian-born British artist Anish Kapoor's "Shooting into the Corner" creation is seen in the Jeu de Paume at the Chateau de Versailles, in Versailles, France, June 5, 2015. The "Kapoor Versailles" exhibition of the artist's work runs from June 9 to November 1. REUTERS/Charles Platiau

VersaillesVagin-de-la-reine-2
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
Tout est parti d’une plaisanterie : à l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël. Mais c’est une œuvre abstraite. Les gens peuvent être offensés s’ils veulent se référer au plug, mais pour moi, c’est plus proche d’une abstraction. Paul McCarthy 
Bien sûr que cette œuvre est polémique, qu’elle joue sur l’ambiguïté entre un arbre de Noël et un plug : ce n’est ni une surprise, ni un secret. Mais il n’y a aucune offense au public, et suffisamment d’ambiguïté pour ne pas choquer les enfants. Cette œuvre a d’ailleurs reçu toutes les autorisations nécessaires : de la Préfecture de police, de la mairie de Paris, et du ministère de la Culture, en lien avec le Comité Vendôme qui regroupe les commerçants de la place. A quoi sert l’art si ce n’est de troubler, de poser des questions, de révéler des failles de la société ?  Jennifer Flay (directrice artistique de la Fiac)
La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle. Nous devons toujours respecter le travail des artistes. François Hollande
Mais il y a peut-être pire que la bonne conscience suintante: l’exploitation à mauvais escient de la mauvaise conscience. (…) Et si une fois de plus, ceux qui donnent aujourd’hui, profitant de l’effet de sidération qui interdit la réflexion, une leçon de morale humaine n’étaient pas les premiers responsables en Europe du malheur des migrants et de l’impossibilité de leur apporter toute l’aide souhaitée? Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique. Ni celle du nationalisme alaouite des Assad qui gazaient déjà sans problèmes les malheureux kurdes et qui bombardent à présent les quartiers rebelles à coups de barils de dynamite, ni celle plus récente d’un islamisme dont l’usage du mot même était jusqu’à peu tabou pour cause de préfixe amalgamant. Depuis le début d’une guerre qui a fait près de 300 000 morts, aucune manifestation d’ampleur n’a été organisée en France en solidarité avec les populations qui souffrent en Syrie. Le sort du peuple kurde, encore moins son destin national, n’a jamais intéressé qui que ce soit en France. Comment se fait-il qu’alors que des milliers de djihadistes français partent en Syrie, aucun jeune et généreux rebelle progressiste , aucun aventurier du macadam parisien, aucun juste de la 25e heure, n’ait seulement l’idée de former une brigade internationale qui irait combattre les premiers responsables de la mort du petit kurde, aux côtés des forces kurdes à Kobané ou ailleurs? La réponse est facile: nos donneurs de leçons de morale se moquent comme d’une guigne du sort des Syriens en Syrie. La seule chose qui les intéresse, sans qu’ils s’en rendent compte eux-mêmes, c’est de pouvoir fustiger les Européens en Europe et les Français en France qui osent, les égoïstes, les rabougris, s’inquiéter que leur pays ne devienne dans une décennie une nouvelle Syrie. (…) Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique. Car les Français ont payé très cher pour apprendre et ne plus croire le discours des apprentis sorciers. Les déclarations extatiques sur l’immigration «chance pour la France» ou sur l’islam, forcément , toujours et encore «religion de paix». La manière dont on moqua les «fantasmes» de bouleversements démographiques pour expliquer un beau matin qu’il était trop tard pour regarder en arrière la France des clochers, puisque la France était devenue «multiculturelle». Alors oui, les Français ne croient plus dans les paroles verbales de la gauche gauchisante. Ils savent qu’à côté de populations terriblement souffrantes-et à qui ils veulent apporter assistance-se trouvent d’autres populations qui aspirent à profiter d’une Europe aujourd’hui saturée et appauvrie. Ils savent que tous les réfugiés ne sont pas des résistants anti-islamistes, et que certains même sont des djihadistes envoyés par l’État Islamique, comme ces quatre arrêtés il y a quelques jours à la frontière bulgare, et qui pourront peut-être aussi causer des morts à immortaliser sur papier glacé. Ils savent-exactement comme les forceurs de clôtures- l’Europe faible, et ses frontières totalement battues en brèche, enfoncées, niées . Ils savent qu’en dépit ou à cause des quotas accordés (qui en eux-mêmes seraient supportables), les déboutés du droit d’asile, piétineront les frontières délibérément violées et outragées. Ils savent, que les politiciens tétanisés et les fonctionnaires émasculés, n’exécutent plus ou presque les arrêtés d’expulsion qui s’imposent pourtant, précisément pour autoriser, valider et légitimer l’arrivée légale des bénéficiaires du droit au refuge. Ainsi donc, les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire. Ils l’ont fait échouer, parce qu’au fond d’eux-mêmes, même s’ils se refusent encore à le reconnaître, ils récusent la notion éculée à leurs yeux de nation, et obscène d’État-nation disposant de frontières, et de sa corollaire légale, le droit existentiel pour un peuple souverain de réguler souverainement les flux migratoires. (…) Un dernier mot: l’ONU, à l’efficacité bien connue , voudrait imposer à l’Europe l’accueil de 200 000 migrants. Curieusement, elle ne demande aucun effort aux pays arabes du golfe. Depuis deux ans, et notamment dans ces colonnes, je m’épuise régulièrement, mais bien seul, a demander pour quelles raisons ces pays désertiques et richissimes n’accueillent pas chez eux des populations souffrantes avec lesquels les unissent des liens ethniques, linguistiques, religieux et culturels fraternels. Ils devraient être à d’autant plus enclins à le faire, que leur responsabilité dans la montée de l’islamisme est certainement plus grande que tout ce que les esprits les plus torturés en Europe pourraient reprocher aux occidentaux. Gilles-William Goldnadel
Les romans et le cinéma ont déjà tendance à «coller à l’actu» d’une façon qui rend leur propos poisseux de ces sentiments qu’on appelle vendeurs, mais le clip composé par le chanteur Lalanne sous le titre ultra-original «plus jamais ça» (on se demande pourquoi il n’a pas ajouté «Madame Michu») mérite d’être considéré comme le symptôme d’une décadence artistique liée à la tyrannie de l’information. (…) C’est du «sampling» affectif. L’auteur «mixe». Il s’agit de prolonger une émotion déjà éprouvée au lieu de la fabriquer de toutes pièces en utilisant les plus petites briques du grand Lego de la création.Normalement la mission de l’artiste est justement de bâtir un palais inconnu à partir de presque rien, pas d’assembler la maison de Barbie, pas de commenter ce qu’a dit le journal, pas de colorier un album imprimé. Dans le cas qui nous occupe, l’auteur de la chanson plante son drapeau sur une construction déjà prête, fournie par les médias trois jours avant, et dont on a lieu de penser qu’elle a rendu le public réceptif au thème choisi. En termes de marketing on dit que c’est «chaud», ou «chaud-bouillant». Profiter de la noyade d’un enfant syrien, et de l’émotion qu’elle suscite, pour ajouter son filet de voix à la clameur générale, c’est à la fois facile et navrant. Il y a, dans cette hâte, dans cette tentation permanente du scoop émotionnel , quelque chose d’obscène au sens propre . C’est impudique, les intentions cachées dépassent de partout, on voit toutes les coutures, on imagine le producteur téléphonant «c’est bon ça, c’est porteur, mais il faut faire vite, tu vas te faire piquer le sujet». On a beau ménager la part de sincérité de l’artiste, sincérité reconnue même si elle est assez lourdaude, on se dit que le système quant à lui n’en a aucune et qu’il fait feu de tout bois. En tout cas la vigueur des commentaires que suscite ce détournement émotionnel témoigne que les gens n’ont plus aucune patience à l’égard des apitoiements sur ordonnance. Christian Combaz
Les élus socialistes du conseil municipal de Versailles sont profondément indignés par les dégradations commises sur l’œuvre d’Anish Kapoor. Il est inadmissible que l’art, vecteur d’émancipation, subisse l’obscurantisme de quelques-uns. La liberté d’expression est une valeur fondamentale de notre République et toute atteinte qui lui est portée doit être condamnée avec la plus grande fermeté. Isabelle Saint-Jean
Mes racines sont multiples. Je suis Irakien et juif par ma mère, hindou par mon père, Britannique par ma culture, ma vie, ma pratique. Et soudain, on me ramène à une catégorie; Je suis convaincu qu’il ne faut rien retirer de ces insultes, de ces mots propres à l’antisémitisme que l’on voudrait aussitôt oublier. Désormais, ces mots infamants font partie de mon oeuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels (…) « Dirty Corner » restera donc ainsi, de notre décision commune, et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles. Voilà ce qui conduit à l’exclusion de nos frères et soeurs syriens. Honte sur la France du seul fait d’une minorité pleine de haine!  Anish Kapoor
Les œuvres d’art sont parfois des catalyseurs pour de plus grands malaises de la société. Mon Dirty Corner de Versailles a subi ce destin. Il a été rabaissé dans la presse en «Vagin de la Reine» ou «Vagin sur le Gazon» et a, semble-il, offensé une frange de l’extrême droite française. En art, ce que vous voyez n’est pas ce que pensez voir. La ressemblance exacte de l’objet d’art nous trompe; Ceci n’est pas une pipe de René Magritte nous rappelle qu’une bonne œuvre d’art a quantité d’interprétations et pas une seule. La voix malveillante de quelques-uns a trop dominé le débat et même attiré dans leur camp des gens de bonne volonté. Cela a résulté en un acte de vandalisme. J’hérite d’un débat personnel: comment dois-je réagir? Doit-on retirer la peinture qui a été jetée sur l’ensemble de l’œuvre? Ou doit-elle rester et devenir une part de l’œuvre? Est-ce que cette violence politique qui s’exprime à travers le vandalisme rend plus sale mon Dirty Corner (Coin sale, en anglais)? Est-ce que ce sale acte politique reflète les sales politiques d’exclusion, de marginalisation, d’élitisme, de racisme, d’islamophobie, etc … La question que je me pose est la suivante: Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance? En posant cette question, je suis conscient du pouvoir de l’art et de toutes les capacités qu’il offre. Dirty Corner est par certains aspects un acte de violence artistique. Il tente de mettre à nu la surface ordonnée du Versailles de Le Nôtre. Il engage un dialogue qui bouscule la géométrie rigide de Versailles. Il regarde sous le tapis de Le Nôtre, sous son Tapis Vert, et nous permet de voir ce qui y est d’inconfortable, de sexuel. La violence politique n’est pas la même que la violence artistique. Ce vandalisme politique se sert d’un «matériel artistique» (la peinture) pour en faire une violence bien réelle. Cela aurait pu être une bombe ou une cagoule jetée sur la tête de quelqu’on kidnappe. La violence artistique entend générer quelque chose , la violence politique détruit. la violence artistique peut heurter de ses cris la tradition des générations antérieures. Cela peut retourner violemment ce qui existait au préalable , mais en ce faisant, suit une longue tradition de régénération. Toujours, elle fait avancer le langage de l’art. La violence politique cherche à effacer. Son argument est d’effacer une idée offensante, une personne offensante, une pratique offensante ou une chose offensante. Les visions politiques simplistes sont offensées par le désordre de l’art. Dans ce contexte, l’art est vu comme obscène et doit être détruit. Anish Kapoor
 It is as if an unmade bed by Tracey Emin had been installed in this anniversary year at Runnymede with an angled phallus pointing in the presumed direction of Magna Carta’s mediating Archbishop, the thoughtful Stephen Langton, and ejaculating shaving foam every twenty minutes to symbolise pressure from each of the obstreperous barons. (…) I do not accept Kapoor’s argument that Le Nôtre’s master design was itself intrusive on the landscape and so he, Kapoor, is forcing us to recognise Le Nôtre’s art by being monumentally intrusive into Le Nôtre’s own creation. Unlike Le Nôtre, Kapoor is working within a master-design, flanked by classicising white statues of Artemis and the personified figure of Revelry. That design was brilliantly conceived as a unity by Le Nôtre. “VQ” is an execrable intruder, not a forcible wake-up call. Robin Lane Fox
Cette fois, l’Art dit contemporain, l’AC, celui qui est officiel et financier, est pris à son propre piège. Car l’artiste affirme refuser qu’on enlève ces graffitis qui font désormais partie de l’œuvre. Le ministère entend respecter la liberté de création de l’artiste. Voilà donc un artiste qui crée par vandalisme interposé, ce qui est courant dans l‘AC où tout peut devenir art, du moment qu’un artiste le proclame et qu’une autorité ratifie. Nombre de ses confrères, habiles au jeu de la provocation institutionnalisée, ont pris l’habitude de considérer que l’œuvre du vandale complète la leur. Kapoor, star de l’AC, est ici logique: ayant déclaré vouloir semer le chaos à Versailles, il a récolté deux tempêtes peinturlurées. Une agression bien gérée rapporte des dividendes: un acte de vandalisme brandi comme un trophée attire les médias, donc donne de la notoriété qui renforce la cote… Christine Sourgins

Attention: un vandalisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, en une Europe submergée par une véritable invasion de migrants irréguliers criant Allah akbar …

Ou en un Etat dont on propose de financer l’annihilation, au nom du même Allah,  par l’un de ses voisins …

Il est désormais considéré raciste et malséant, pour le cobayes forcés que nous sommes, de s’inquiéter des conséquences de plus en plus désastreuses des expériences de sociologie à ciel ouvert de nos apprentis-sorciers de dirigeants …

Comment ne pas voir avec la sociologue Christine Sourgins et la critique d’art du Financial Times Robin Lane Fox …

Le véritable vandalisme d’un art contemporain …

Qui jouant les victimes et la carte de la provocation institutionnalisée pour faire accessoirement monter sa cote …

« Réveille non seulement les vieux démons pour le plaisir de les exhiber » …

Mais profane en fait, à travers le saccage certes temporaire des oeuvres d’un le Nôtre ou d’un Jules Hardouin-Mansart face à la salle du Serment du jeu de paume ou au Ministère de la Justice

(Imagine-t-on la réaction de nos amis anglais ou américains si un pénis géant venait à cracher son sperme sur Buckingham palace ou le Lincoln Memorial ? )

Le passé et les valeurs partagées de tout un peuple  ?

Kapoor à Versailles : le jackpot du scandale
Christine Sourgins
Le Figaro

11/09/2015

Christine Sourgins estime que les inscriptions qui ont défiguré l’installation d’Anish Kapoor à Versailles permettent de faire grimper la cote d’un artiste à qui le scandale bénéficie.
Christine Sourgins est historienne de l’art et médiéviste.

A nouveau la sculpture monumentale d’Anish Kapoor à Versailles «Dirty corner» a été vandalisée. Dans la nuit du 5 septembre, des inscriptions «à caractère antisémite» ont maculé cette trompe d’acier, s’en prenant aussi aux «tradis», tandis que les capitales de «Sacrifice Sanglant» exhibent le sigle SS de sinistre mémoire… Mais cette fois, l’Art dit contemporain, l’AC, celui qui est officiel et financier, est pris à son propre piège.

Car l’artiste affirme refuser qu’on enlève ces graffitis qui font désormais partie de l’œuvre. Le ministère entend respecter la liberté de création de l’artiste. Voilà donc un artiste qui crée par vandalisme interposé, ce qui est courant dans l‘AC où tout peut devenir art, du moment qu’un artiste le proclame et qu’une autorité ratifie. Nombre de ses confrères, habiles au jeu de la provocation institutionnalisée, ont pris l’habitude de considérer que l’œuvre du vandale complète la leur. Kapoor, star de l’AC, est ici logique: ayant déclaré vouloir semer le chaos à Versailles, il a récolté deux tempêtes peinturlurées. Une agression bien gérée rapporte des dividendes: un acte de vandalisme brandi comme un trophée attire les médias, donc donne de la notoriété qui renforce la cote…

Tout cela ne se déroule pas dans le parc d’un milliardaire capricieux et cynique: dans un espace privé on pourrait, à la rigueur, tolérer des entorses à la loi commune (et encore, la jurisprudence ne l’entend pas ainsi). Mais à Versailles, nous sommes dans un monument national, géré par des fonctionnaires au nom du peuple français, lui-même régi par des lois. Dont la loi Gayssot qui réprime fortement toute incitation à la haine raciale ou antisémite: il est donc inimaginable qu’un Etat de droit laisse à la vue de tous des inscriptions qu’il déclare infamantes. Et ce ne sont pas les «panneaux explicatifs», promis par le ministère, qui transmuteront, par la magie du nominalisme, l’offense en pédagogie.

Par conséquent, si on reconnait à l’artiste le droit de continuer à compléter son œuvre en y incorporant des propos punis par la loi, «Dirty corner» doit être immédiatement démontée car elle offense et les citoyens et la loi: elle doit quitter Versailles. Ou bien une palissade pourrait dissimuler le délit, et donc cacher l’œuvre de Kapoor qui s’en fait le support. On voit dans quelle pétaudière juridique se sont mis les organisateurs de ce supposé dialogue entre un certain art contemporain, l’AC, et le patrimoine.

Mais allons plus loin. Quand on nous dit que des actes de vandalismes prouvent qu’une œuvre est réussie car elle fait réagir et donne à penser. «Dirty corner» démontre le contraire: elle réveille les vieux démons pour le plaisir de les exhiber. L’AC sécrète des réactions idiotes, viscérales, chez certains détracteurs mais tout autant chez certains partisans: cet art contemporain-là hystérise la vie sociale. On peine à rapporter qu’un des admirateurs de Kapoor ait osé comparer des injures verbales avec le saccage de Palmyre! Rappelons que Kapoor a encore la tête sur les épaules, tandis que le malheureux archéologue qui défendait le patrimoine antique contre Daech l’a payé de sa vie. Ce genre de comparaison outrancière montre que l’AC est un incitateur à l’exaltation extrémiste. L’artiste lui-même, en déclarant «honte sur la France», sombre dans ce qu’il est convenu d’appeler l’amalgame, jugeant des millions de personnes d’après l’acte d’un seul ou d’une poignée. L’AC nous emporte vers un gouffre de bêtise, grondant comme le vortex que l’artiste a installé dans les jardins du Roi.

Finalement, une profanation fonctionne comme un bon plan média, Kapoor, vandalisé le 5 septembre, démarre une nouvelle exposition le 10 au couvent de la Tourette dans la cadre de la Biennale d’art contemporain de Lyon. Lors de la Fiac 2014, le Plug de McCarthy avait été vandalisé place Vendôme et le brouhaha médiatique avait judicieusement lancé son exposition à la Monnaie…où McCarthy avait, lui aussi, transformé l’attaque en oeuvre.

Invectives et indignations sur-jouées serviraient-elles à cacher les vraies questions? Après le premier acte de vandalisme, l’Etat avait renforcé la surveillance. Il est bizarre qu’un vandale ait pu écrire autant d’inscriptions, car il y en a beaucoup, sans être inquiété dans un pays qui est en alerte rouge avec le plan vigipirate. Cela pose un sérieux problème de sécurité.

Autre question gênante, qu’un artiste désormais martyr de l’AC s’empressera de trouver indécente: celle des conditions de réalisation de l’exposition versaillaise qui semble avoir été ouverte sans autorisation. Kapoor a imposé d’amples travaux de terrassements: une plainte pour dégradation de monument historique a été déposée, une enquête préliminaire est en cours…Vraiment ce second acte de vandalisme tombe à pic. Comment demander des comptes à un malheureux artiste «agressé»? Il serait temps aussi que toutes ces expositions d’AC, dans lesquelles l’argent du contribuable est engagé puisqu’on touche à un monument national, soient accomplies en toute transparence financière…historiens de l’art et sociologues le réclament en vain depuis des années.

Voir aussi:

Le Nôtre’s masterpiece vs Anish Kapoor’s ‘Dirty Corner’
Robin Lane Fox

The Financial Times
July 10, 2015

The artist’s Versailles exhibition caps a bad year for the greatest of landscape gardeners

Ihereby found a Society for the Protection of André Le Nôtre. It has been an awful year for the greatest of landscape designers. He has just been slandered in film. An item crucial to one of his masterpieces is at risk of disfigurement by a car-park. Another has been inaccurately restored in “honour” of the tri-centenary of his death. His most famous vista is being wrecked by misplaced contemporary art. Le Nôtre’s great gardens include many V-words, words such as Versailles or Vaux le Vicomte. Not until this summer’s cultural patronage have they been disfigured by another, an intruder which politely, for reasons explained below, I will abbreviate as VQ.

First, the ordeal by film. In English cinemas it was entitled A Little Chaos, but in French, tellingly, Les Jardins du Roi. Maybe you would smile if you too were represented at the age of 40 when you were actually over 65 and then shown as seducing Kate Winslet at the height of her acting powers. You would, however, sue if you were at the summit of your talent, recently returned from Italy, about to design two brilliant royal bosquets at Versailles but were presented to millions of film-goers as if you needed the inspiration of a pushy young lady designer whose only achievement, a little back garden, intrigued you by resembling a yard in Los Angeles three hundred years after your death.

Patricia Dechin is the celebrated expert on Le Nôtre’s life. She confirms to me that female gardeners did indeed have important official roles in parts of Versailles’s garden, but Le Nôtre would never have delegated to them the right to design for the King. “A missed opportunity,” she magnanimously concludes, while observing that bits of the film were shot at Blenheim Park but not in its formal parterre garden. “Dommage,” she remarks, as the parterre at Blenheim was modelled on designs at Versailles.

At Sceaux, near Paris, the “anniversary restoration” of a Le Nôtre design in 2013 has been much publicised, but it is based on its architect’s reworking of an 18th-century melange and is not the master’s design at all. At Chantilly, the commune has just floated a plan of consummate philistinism, a parking-lot in the remains of Le Nôtre’s original reservoir, an integral part of the original water systems that enabled his beautiful landscape. Above all, consider, but this year, avoid, Versailles.

©Fabrice Seixas‘C-Curve’ (2007), by Anish Kapoor
I fear artworks by Sir Anish Kapoor will be in situ here until November. On the way up to the château, the former Tennis Court, the Jeu de Paume, is one of the holy spaces in all political experience. There, on June 20, 1789, more than six hundred French deputies of the “Third Estate” swore their oath that as a new National Assembly they would continue to reassemble “until the constitution of the Kingdom is established”. Like Magna Carta, this oath was a check on royal power. Like that Charter, its fame increased far beyond the participants’ aims. Push open the Tennis Court door in homage this year, however, and you will find a sort of gun which Kapoor has himself called “phallic”. It is shooting red wax across the floor to symbolise human blood and entrails. It is as if an unmade bed by Tracey Emin had been installed in this anniversary year at Runnymede with an angled phallus pointing in the presumed direction of Magna Carta’s mediating Archbishop, the thoughtful Stephen Langton, and ejaculating shaving foam every twenty minutes to symbolise pressure from each of the obstreperous barons.

The Tennis Court is not the garden. However, on the garden’s main terrace, blocking the view of the greatest royal façade in the world, Kapoor has installed “C-Curve”, a semicircular strip of shining mirror, one side of which makes spectators look as if they are upside down, the other as if they are taller. In my youth, we paid 6d to look into “fat” and “thin” mirrors, never on the terrace of Windsor Castle but at the merry old English circus. Seen from the garden, Kapoor’s gleaming “C-Curve” looks as if GCHQ has installed a dish to monitor rumours that the King’s former mistress, Mme de Pompadour, has been tweeting an Ottoman Turk.

©Fabrice Seixas/Kapoor Studio‘Descension’ (2014), by Anish Kapoor
On Versailles’s main axial view Kapoor is concerned not to detract but to jolt us by ugliness and incongruity so that we think and see differently. Until November 1, his now-infamous installation, “Dirty Corner” will be ruining the line and perspective of this sublime landscape. In an interview, Kapoor is reported as referring to this artwork as “vagina of the Queen”, or “VQ”. Perhaps queens’ v-words were differently shaped before the shock of 1792, but this monstrous metal trumpet is backed by a rusty-coloured drainpipe and flanked by huge heaps of earth and rocks and red plastic blocks to signify yet more entrails. Its fluted entry-point looks like the gramophone-trumpet by which that white dog used to sit in the adverts for old HMV. I doubt if un fox-terrier blanc ever sat by the French queen’s V with an ear cocked, even on a chilly night beneath the blankets while the King was busied elsewhere in Versailles. I do not accept Kapoor’s argument that Le Nôtre’s master design was itself intrusive on the landscape and so he, Kapoor, is forcing us to recognise Le Nôtre’s art by being monumentally intrusive into Le Nôtre’s own creation. Unlike Le Nôtre, Kapoor is working within a master-design, flanked by classicising white statues of Artemis and the personified figure of Revelry. That design was brilliantly conceived as a unity by Le Nôtre. “VQ” is an execrable intruder, not a forcible wake-up call.

Two days after my visit vandals threw paint all over the trumpet. I swear, with a Tennis-court oath, that I did not do it. Vandalism is not the right response to the rape of a defenceless genius. Beyond Kapoor’s dirty tunnel stretches Le Nôtre’s superb pond with a fountain of Apollo in his chariot. In the distance shines his formal sheet of water, but as never before this holy place is thunderously noisy. The rumpus is all Kapoor’s, with his “Descension”, an insolently placed pool of water, swirled around by power as if it is gurgling down a bath plug. The worst of the noise comes from the nearby generator that has to power it. Join my new society and you can ballot for the chance after November 1 to feed bits of the Queen’s V down the bath plug and block it into silence. Meanwhile, give Versailles a miss until 2016.

Read Jackie Wullschlager’s review of Anish Kapoor at Versailles at ft.com/kapoor

Voir également:

Anish Kapoor vandalisé à Versailles: sa «profession de foi»
Valérie Duponchelle
Le Figaro
19/06/2015
INFO LE FIGARO – Alors que l’artiste anglo-indien est venu aujourd’hui de Londres à Versailles pour constater les dégâts causés par les vandales sur son oeuvre Dirty Corner, il fait part au Figaro de son «Statement», une lettre ouverte et une réflexion sur l’art, ses polémiques et leur symbolique.

Anish Kapoor était aujourd’hui à Versailles, comme Le Figaro l’a annoncé hier en exclusivité sur son site. L’artiste anglo-indien dont l’oeuvre polémique Dirty Corner a été vandalisée, vraisemblablement très tôt mercredi matin, est venu constater lui-même les dégâts.

D’après les premières photos prises sur le vif, ces dégâts semblent importants et induisent une quantité non négligeable de peinture jaune qui a maculé une sculpture pourtant gigantesque. Comment est-elle entrée dans le Domaine royal? Sous quelle forme? Par quelles mains et par combien de personnes? L’enquête qui découlera de la plainte déposée par Catherine Pégard, présidente de l’établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, devra établir ces faits.

L’artiste, qui nous avait répondu dès mercredi soir, dans un entretien spontané, mesuré quoique sous le choc de la nouvelle, a décidé d’écrire plus au calme ce que lui inspire ce fait français devenu un fait divers qui interroge le monde de l’art et fait le tour des capitales, du New York Times à The Guardian. Voici donc, en avant-première, ce «Statement» d’un artiste britannique passionné de politique, une expression sacro-sainte chère à l’art contemporain et à ses codes. Une profession de foi, en somme . La voici, in extenso:

«Les œuvres d’art sont parfois des catalyseurs pour de plus grands malaises de la société. Mon Dirty Corner de Versailles a subi ce destin. Il a été rabaissé dans la presse en «Vagin de la Reine» ou «Vagin sur le Gazon» et a, semble-il, offensé une frange de l’extrême droite française.

En art, ce que vous voyez n’est pas ce que pensez voir («What you see is not What you get», littéralement en anglais, NDLR). La ressemblance exacte de l’objet d’art nous trompe; Ceci n’est pas une pipe de René Magritte nous rappelle qu’une bonne œuvre d’art a quantité d’interprétations et pas une seule.

«Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public ? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance ?»

Anish Kapoor
La voix malveillante de quelques-uns a trop dominé le débat et même attiré dans leur camp des gens de bonne volonté. Cela a résulté en un acte de vandalisme. J’hérite d’un débat personnel: comment dois-je réagir? Doit-on retirer la peinture qui a été jetée sur l’ensemble de l’œuvre? Ou doit-elle rester et devenir une part de l’œuvre? Est-ce que cette violence politique qui s’exprime à travers le vandalisme rend plus sale mon Dirty Corner (Coin sale, en anglais)? Est-ce que ce sale acte politique reflète les sales politiques d’exclusion, de marginalisation, d’élitisme, de racisme, d’islamophobie, etc …

La question que je me pose est la suivante: Est-ce que moi, artiste, je peux transformer un vil acte de vandalisme politique en acte créatif, esthétique et public? Ne serait-ce pas la meilleure vengeance?

En posant cette question, je suis conscient du pouvoir de l’art et de toutes les capacités qu’il offre. Dirty Corner est par certains aspects un acte de violence artistique. Il tente de mettre à nu la surface ordonnée du Versailles de Le Nôtre. Il engage un dialogue qui bouscule la géométrie rigide de Versailles. Il regarde sous le tapis de Le Nôtre, sous son Tapis Vert, et nous permet de voir ce qui y est d’inconfortable, de sexuel.

La violence politique n’est pas la même que la violence artistique. Ce vandalisme politique se sert d’un «matériel artistique» (la peinture) pour en faire une violence bien réelle. Cela aurait pu être une bombe ou une cagoule jetée sur la tête de quelqu’on kidnappe.

La violence artistique entend générer quelque chose , la violence politique détruit. la violence artistique peut heurter de ses cris la tradition des générations antérieures. Cela peut retourner violemment ce qui existait au préalable , mais en ce faisant, suit une longue tradition de régénération. Toujours, elle fait avancer le langage de l’art.

La violence politique cherche à effacer. Son argument est d’effacer une idée offensante, une personne offensante, une pratique offensante ou une chose offensante. Les visions politiques simplistes sont offensées par le désordre de l’art. Dans ce contexte, l’art est vu comme obscène et doit être détruit».

Anish Kapoor, 19 juin 2015

Voir encore:

Versailles : cinq choses à savoir sur Anish Kapoor
Valérie Duponchelle
Le Figaro

08/06/2015

Portrait en cinq indices de l’artiste star dont l’œuvre Dirty Corner a déclenché le scandale à Versailles en osant mettre au jour le souterrain de l’inconscient au cœur du domaine royal.
De notre envoyée spéciale à Londres

1. Un melting pot à lui tout seul

Anish Kapoor est né à Bombay (aujourd’hui Mumbaï) en 1954 d’un père hindou et d’une mère juive dont la famille a quitté Bagdad, en Irak, lorsqu’elle n’avait que quelques mois. Son grand-père maternel, cantor de la synagogue à Pune (Maharashtra), chantait la liturgie. Le jeune Anish a voyagé en Israël au début des années 1970 avec l’un de ses deux frères et fait l’expérience du kibboutz.

Après avoir commencé des études d’ingénieur, il s’est réorienté vers une vie d’artiste. Il a été recalé aux Beaux-Arts en Israël, d’où son départ pour Londres en 1973 où il a suivi les cours du Hornsey College of Art et de la Chelsea School of Art and Design. Sa rencontre avec l’artiste d’origine roumaine, Paul Neagu, a été déterminante. Il vit à Londres depuis lors et, parfait gentleman, parle d’une belle voix profonde avec un accent «upper class». En 2013, il a été anobli par SM la Reine et est devenu sir Anish Kapoor.

2. Un homme tenace que rien n’arrête

«Ce qui m’étonne quand je vais dans l’atelier d’Anish Kapoor, c’est qu’il y a presque toujours des oeuvres nouvelles, parfois extrêmement désarmantes et mauvaises, comme en 2008, ces petits tas infects de ciment qui me laissaient perplexe. Je lui disais: «c’est raté!». Il me répondait: «oui, ce n’est pas du tout réussi». Et ces petits tas informes sont devenus des sculptures incroyables, des concrétions qui avaient l’air extraites de la nature même. Anish Kapoor, c’est cela, chercher, chercher encore, jusqu’à ce que son idée prenne forme», nous raconte son grand ami Jean de Loisy, PDG du Palais de Tokyo, commissaire de sa rétrospective à la Royal Academy of Arts de Londres en 2009 et de son «Kapoor Monumenta» au Grand Palais en 2011. «Aujourd’hui, il est dans une phase intense de peinture d’une intensité bouleversante, presque charnelle. Au début, c’étaient juste des amas de pâtes rouges. Aujourd’hui, ce sont des toiles admirables, une expression nouvelle qui n’est pas de l’ordre de la peinture ou de la sculpture, mais vraiment de la chair».

3 – Un artiste à double face

Tout artiste, surtout s’il a une vision et l’envergure dévorante qui l’accompagne, est un personnage complexe. Anish Kapoor fait partie de ces Janus surprenants et, soudain, presque inquiétants. Il passe ainsi de la séduction millimétrée d’un disque concave scintillant comme une illusion… au plus organique, au plus souterrain, au plus chaotique des mondes. On le vérifie à Versailles! Son exposition commence par un C-Curve, 2007, un mur miroir posé sur la terrasse du château, et un Sky Mirror, 2013, campé sur le Parterre d’eau, qui reflètent l’architecture et les jardins, le ciel et la terre, les milliers de touristes et leurs selfies. Elle devient plus agressive avec son Dirty Cornerqui «écorche le Tapis Vert» par son savant gigantisme, avec son canon à cire Shooting in the Corner qui met le fracas des armes dans la Salle du Jeu de Paume, avec son Sectional Body Preparing for Monadic Singularity, 2015, dans le Bosquet de l’Etoile, labyrinthe vertical et petit frère cubique du Leviathan monumental au Grand Palais en 2011.

4 – Un infatigable conquistador

Anish Kapoor a représenté la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise en 1990. Il a remporté le prestigieux Turner Prize en 1991. Son Cloud Gate monumental a marqué la ville de Chicago et son Leviathan au Grand Palais a décroché un succès record pour «Monumenta» en 2011 (500 000 visiteurs!). Le marché de l’art se l’arrache. Au dîner de gala dimanche soir à l’Orangerie de Versailles, quatre galeries pour le représenter et le revendiquer: Kamel Mennour, son allié français qui l’a soutenu, jour après jour pendant un montage digne des Travaux d’Hercule, mais aussi la galerie Continua qui va fêter ses 25 ans en septembre, la Lisson Gallery, référence de Londres, et la galerie Barbara Gladstone, référence de New York. «Anish dit toujours: «I want to go for it!», et il le fait, il ne recule jamais devant l’obstacle. Il est gai, courtois, drôle, séduisant, gourmet… et, soudain, terrible!», nous raconte Jean de Loisy. «J’aime son insistance et son sourire de coquin lorsqu’il a gagné». Les remerciements insistants qu’il a faits dans ses deux discours, lors de la conférence de presse puis lors du dîner de gala, tendent à faire croire que les équipes de Versailles, comme celles de son studio londonien ,ont éprouvé tous les scenario d’un ogre d’artiste. Le syndrome Picasso?

5 – Gloire aux héros de l’art

Outre l’artiste Paul Neagu, guide spirituel du jeune artiste (1938-2004) , Anish Kapoor réitère son admiration pour l’artiste américain de l’Expressionnisme abstrait, Barnett Newman (1905-1970), pour le grand visionnaire italien, Lucio Fontana (1899-1968), et pour le plasticien et théoricien américain du minimalisme, Donald Judd (1928-1994). La rencontre de ce passionné d’architecture et de philosophie avec la philologue, psychanalyste, féministe, et écrivaine française, Julia Kristeva, a débouché sur un entretien sans tabous dans le catalogue «Kapoor Versailles», petite bombe toujours à paraître. Une nouvelle polémique en vue?

Voir enfin:

Les réfugiés premières victimes du fiasco de notre politique d’immigration
Gilles William Goldnadel
Le Figaro

08/09/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Pour Gilles-William Goldnadel, l’échec de notre politique d’immigration et d’intégration explique que beaucoup de Français soient opposés à l’accueil de nouvelles populations.

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

En principe, la gauche interdit formellement de réagir à chaud au plus dramatique des événements. C’est ainsi, qu’elle fustige ordinairement toute tentative de durcir les lois pénales à la défaveur d’un assassinat atroce. Elle hurle immédiatement à «l’instrumentalisation politicienne», au cynisme et au populisme primaire.

Mais la gauche, on le sait, piétine allègrement ses propres principes lorsque cela l’arrange.

Ainsi en a aura- t-il été de l’exploitation politique de la photographie du petit corps inerte et solitaire d’un malheureux petit kurde échoué sur une plage turque et dont la vue soulève le coeur et l’âme d’une pitié infinie.

Mais il y a peut-être pire que la bonne conscience suintante: l’exploitation à mauvais escient de la mauvaise conscience. Conscience: le «sursaut des consciences endormies» en Europe qu’imposerait la mort du petit Aylan. Une majorité de Français s’opposeraient à l’accueil sans frein des migrants venus de Syrie et d’ailleurs. Salauds de Français indifférents. Et pendant qu’on y est, salauds de polonais, de hongrois , de tchèques , de slovaques ,de canadiens et d’australiens.

Vive l’Allemagne! Vive l’Autriche! Mme Merkel, hier encore reine des boches, bourreau du peuple grec, héroïne de la nouvelle Europe antinazie.

Heureusement, des milliers de résistants et de justes se dressent, pour que plus jamais ça!

Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique.
Chiche. Et si une fois de plus, ceux qui donnent aujourd’hui, profitant de l’effet de sidération qui interdit la réflexion, une leçon de morale humaine n’étaient pas les premiers responsables en Europe du malheur des migrants et de l’impossibilité de leur apporter toute l’aide souhaitée?

Les braves gens, qui pleurent sans pudeur sur le sort des Syriens. Pendant des décennies, la presse convenue n’estimait pas convenable de critiquer, sauf à être raciste ou islamophobe, la radicalité arabo – islamique. Ni celle du nationalisme alaouite des Assad qui gazaient déjà sans problèmes les malheureux kurdes et qui bombardent à présent les quartiers rebelles à coups de barils de dynamite, ni celle plus récente d’un islamisme dont l’usage du mot même était jusqu’à peu tabou pour cause de préfixe amalgamant.

Depuis le début d’une guerre qui a fait près de 300 000 morts, aucune manifestation d’ampleur n’a été organisée en France en solidarité avec les populations qui souffrent en Syrie.

Le sort du peuple kurde, encore moins son destin national, n’a jamais intéressé qui que ce soit en France. Comment se fait-il qu’alors que des milliers de djihadistes français partent en Syrie, aucun jeune et généreux rebelle progressiste , aucun aventurier du macadam parisien, aucun juste de la 25e heure, n’ait seulement l’idée de former une brigade internationale qui irait combattre les premiers responsables de la mort du petit kurde, aux côtés des forces kurdes à Kobané ou ailleurs?

La réponse est facile: nos donneurs de leçons de morale se moquent comme d’une guigne du sort des Syriens en Syrie. La seule chose qui les intéresse, sans qu’ils s’en rendent compte eux-mêmes, c’est de pouvoir fustiger les Européens en Europe et les Français en France qui osent, les égoïstes, les rabougris, s’inquiéter que leur pays ne devienne dans une décennie une nouvelle Syrie.

Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique.
Et c’est là aussi, que nos donneurs de leçons feraient bien de méditer les conséquences des leçons que leur bêtise inouïe, leur arrogance insondable nous donnaient au détour des années 80.

Peine perdue, je sais, car leur mémoire sélective, n’enregistre jamais les malheurs qu’ils peuvent faire.

Mais une majorité de Français, s’en souvient, raison pourquoi, et en dépit de tous les matraquages médiatiques et idéologiques, on ne leur fera plus prendre des vessies pour des lanternes, ou l’immigration forcée pour une bénédiction.

Écrivons le nettement: les Français qui manifestent leur opposition à l’accueil sans limite ni réserve de nouvelles populations ne sont certainement pas plus racistes ou égoïstes que ceux, qui de manière extatique, voudraient les accueillir sans compter.

Se préoccuper de son pays, de sa sécurité, de sa cohésion, de son identité (et oui, le mot-dit, le mot est dit) du sort de ses enfants, et de la possibilité d’accueil et d’intégration des populations étrangères n’est pas un signe particulier d’indifférence. Il vaut peut-être mieux que les élans du coeur irréfléchis, ou le suivisme conformiste sur fond de parallèle historique hystérique.

Car les Français ont payé très cher pour apprendre et ne plus croire le discours des apprentis sorciers. Les déclarations extatiques sur l’immigration «chance pour la France» ou sur l’islam, forcément , toujours et encore «religion de paix». La manière dont on moqua les «fantasmes» de bouleversements démographiques pour expliquer un beau matin qu’il était trop tard pour regarder en arrière la France des clochers, puisque la France était devenue «multiculturelle».

Les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire.
Alors oui, les Français ne croient plus dans les paroles verbales de la gauche gauchisante. Ils savent qu’à côté de populations terriblement souffrantes-et à qui ils veulent apporter assistance-se trouvent d’autres populations qui aspirent à profiter d’une Europe aujourd’hui saturée et appauvrie.

Ils savent que tous les réfugiés ne sont pas des résistants anti-islamistes, et que certains même sont des djihadistes envoyés par l’État Islamique, comme ces quatre arrêtés il y a quelques jours à la frontière bulgare, et qui pourront peut-être aussi causer des morts à immortaliser sur papier glacé.

Ils savent-exactement comme les forceurs de clôtures- l’Europe faible, et ses frontières totalement battues en brèche, enfoncées, niées . Ils savent qu’en dépit ou à cause des quotas accordés (qui en eux-mêmes seraient supportables), les déboutés du droit d’asile, piétineront les frontières délibérément violées et outragées.

Ils savent, que les politiciens tétanisés et les fonctionnaires émasculés, n’exécutent plus ou presque les arrêtés d’expulsion qui s’imposent pourtant, précisément pour autoriser, valider et légitimer l’arrivée légale des bénéficiaires du droit au refuge.

Ainsi donc, les premiers responsables de l’impossibilité d’accueillir tous ceux qui le mériteraient sont à rechercher chez ceux qui ont fait échouer une immigration bien tempérée et une intégration nécessaire.

Ils l’ont fait échouer, parce qu’au fond d’eux-mêmes, même s’ils se refusent encore à le reconnaître, ils récusent la notion éculée à leurs yeux de nation, et obscène d’État-nation disposant de frontières, et de sa corollaire légale, le droit existentiel pour un peuple souverain de réguler souverainement les flux migratoires.

Les Français qui ont conscience de voir leurs droits foulées aux pieds, sont -ils sans conscience?

Un dernier mot: l’ONU, à l’efficacité bien connue , voudrait imposer à l’Europe l’accueil de 200 000 migrants. Curieusement, elle ne demande aucun effort aux pays arabes du golfe.

Depuis deux ans, et notamment dans ces colonnes, je m’épuise régulièrement, mais bien seul, a demander pour quelles raisons ces pays désertiques et richissimes n’accueillent pas chez eux des populations souffrantes avec lesquels les unissent des liens ethniques, linguistiques, religieux et culturels fraternels. Ils devraient être à d’autant plus enclins à le faire, que leur responsabilité dans la montée de l’islamisme est certainement plus grande que tout ce que les esprits les plus torturés en Europe pourraient reprocher aux occidentaux.

« Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient ce qui est arrivé à mes enfants et, en leur nom, qu’ils apportent leur aide »

Le père du petit Aylan Kurdi
Mais les malheureux réfugiés ne songent pas un seul instant à frais à frapper à une porte qu’ils savent de bois massif.

On ne voit d’ailleurs pas pourquoi royaumes et émirats se feraient violence, puisque les Européens eux-mêmes préfèrent se fustiger plutôt que de les inviter à l’hospitalité.

Et ceux qui ici osent en France le faire remarquer sont durement rappelés à l’ordre et aux convenances.

C’est ainsi qu’un prénommé Bruno-Roger, que je ne nommerai pas, petit journaliste mais grand dresseur de listes, m’a maudit sur un site, précisément parce que j’avais commis, à la télévision, ce crime de lèse-majesté envers ces potentats manquant d’humanité.

Me traitant d’«avocat réactionnaire» (sans doute pour me plaire) et même de «droitard»… Rien à faire, ce garçon écrit comme un gauchon.

Sur le fond, je me contenterai de citer quelqu’un que j’estime plus qualifié que lui. Le père du petit Aylan Kurdi: «je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient ce qui est arrivé à mes enfants et, en leur nom, qu’ils apportent leur aide» (TF1, reportage de Laurent Hauben le 4 septembre 20h , le Figaro le 5 septembre page5)

Ce vœu d’un père éploré, devant la tombe de son petit , n’accablant pas les seuls occidentaux, n’était sans doute pas suffisamment pieux pour intéresser le reste de cette presse bien-pensante et consciencieuse qui ne pratique que la religion de mortifier les consciences européennes.

Voir par ailleurs:

Le clip de Francis Lalanne pour les réfugiés ou le naufrage du Charity-business
Christian Combaz
Le Figaro

16/09/2015

FIGAROVOX/HUMEUR – Christian Combaz voit dans le tollé suscité par le clip opportuniste de Francis Lalanne à propos de l’enfant syrien noyé, un symptôme de la dérive de l’art qui «colle à l’actu».

Christian Combaz est écrivain et essayiste, auteur des Gens de Campagnol (Flammarion). Son dernier livre, Les Ames douces, paraît ces jours-ci aux éditions Télémaque. Lire également ses chroniques sur son blog.

Les romans et le cinéma ont déjà tendance à «coller à l’actu» d’une façon qui rend leur propos poisseux de ces sentiments qu’on appelle vendeurs, mais le clip composé par le chanteur Lalanne sous le titre ultra-original «plus jamais ça» (on se demande pourquoi il n’a pas ajouté «Madame Michu») mérite d’être considéré comme le symptôme d’une décadence artistique liée à la tyrannie de l’information. Les amateurs de littérature se sont déjà aperçus depuis longtemps que l’art du roman devient de moins en moins abstrait, de moins en moins imaginaire, et qu’il inclut des éléments entiers de la réalité la plus immédiate pêchés à l’épuisette, voire au chalut, avec leur lot de drames récents, d’affaires connues, de commentaires tombés du journal télévisé comme chez Houellebecq. C’est du «sampling» affectif. L’auteur «mixe». Il s’agit de prolonger une émotion déjà éprouvée au lieu de la fabriquer de toutes pièces en utilisant les plus petites briques du grand Lego de la création.

Normalement la mission de l’artiste est justement de bâtir un palais inconnu à partir de presque rien, pas d’assembler la maison de Barbie, pas de commenter ce qu’a dit le journal, pas de colorier un album imprimé. Dans le cas qui nous occupe, l’auteur de la chanson plante son drapeau sur une construction déjà prête, fournie par les médias trois jours avant, et dont on a lieu de penser qu’elle a rendu le public réceptif au thème choisi. En termes de marketing on dit que c’est «chaud», ou «chaud-bouillant». Profiter de la noyade d’un enfant syrien, et de l’émotion qu’elle suscite, pour ajouter son filet de voix à la clameur générale, c’est à la fois facile et navrant. Il y a, dans cette hâte, dans cette tentation permanente du scoop émotionnel , quelque chose d’obscène au sens propre . C’est impudique, les intentions cachées dépassent de partout, on voit toutes les coutures, on imagine le producteur téléphonant «c’est bon ça, c’est porteur, mais il faut faire vite, tu vas te faire piquer le sujet». On a beau ménager la part de sincérité de l’artiste, sincérité reconnue même si elle est assez lourdaude, on se dit que le système quant à lui n’en a aucune et qu’il fait feu de tout bois. En tout cas la vigueur des commentaires que suscite ce détournement émotionnel témoigne que les gens n’ont plus aucune patience à l’égard des apitoiements sur ordonnance.


Mariage pour tous: A quand la légalisation de la polygamie ? (Time to legalize polygamy: Why group marriage is the next horizon of social liberalism)

27 juin, 2015
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Tout ce qui n’est pas nouveau dans un temps d’innovation est pernicieux. Saint-Just
Voilà, Monseigneur, une fête toute napolitaine : nous dansons sur un volcan ! Narcisse-Achille de Salvandy (au roi des Deux-Siciles, 1830)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
Cela fait un an maintenant qu’est apparu au grand jour l’Etat islamique (EI). Et l’on ne peut que constater qu’il a lancé les « festivités » de cet anniversaire, malgré les bombardements qu’il subit. Tout cela accompagne le début du ramadan la semaine dernière. L’EI a appelé la quasi-totalité de ses sympathisants à fêter cette première année par tous les moyens et partout dans le monde. Selon moi, les attentats perpétrés à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), à Sousse et à Koweït City s’inscrivent dans cette macabre célébration. C’est un terrible pied de nez adressé à la communauté internationale. Et ce n’est que le début.(…) Souvenons-nous : l’EI a commencé son offensive au début du ramadan 2014. Il a déclaré le califat le 30 juin 2014. Je pense donc que cela risque de culminer dans les semaines à venir. En outre, le mois de ramadan est considéré comme propice au jihad. Je crains donc que nous soyons face au lancement d’une campagne d’attentats. (…) on n’est pas assez conscients de la portée symbolique des dates et des lieux. Désormais, l’EI se considère comme un Etat, gère les territoires comme tel, avec un gouvernement, une administration et un agenda. Nous sommes bel et bien face à un Etat terroriste. Mathieu Guidère
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
A 80 ans, le cuisinier livre l’un de ses secrets : depuis près de quatre décennies, il partage sa vie entre trois femmes, déjeunant chez l’une, prenant le thé chez l’autre, dînant avec la dernière. (…) Ses trois femmes, en restant à ses côtés en toute connaissance de cause, font la démonstration qu’elles l’acceptent comme il est, depuis presque quarante ans, à partager sa vie en trois, ses journées en trois. Déjeunant chez l’une, prenant le thé chez l’autre, dînant avec la dernière. Partant à la montagne avec l’une, au Japon avec la deuxième, restant au coin du feu avec la troisième. Elevant une fille avec la première. Un fils avec la deuxième. Confiant à la fille de la troisième la rédaction de ce livre testament. Libération
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
Is it just wishful thinking to imagine the end of liberalism? Few things in politics are permanent. Conservatism and liberalism didn’t become the central division in our politics until the middle of the 20th century. Before that, American politics revolved around such issues as states’ rights, the wars, slavery, the tariff, and suffrage. Parties have come and gone in our history. You won’t find many Federalists, Whigs, or Populists lining up at the polls these days. Britain’s Liberal Party faded from power in the 1920s. The Canadian Liberal Party collapsed in 2011. Recently, within a decade of its maximum empire at home and abroad, a combined intellectual movement, political party, and form of government crumbled away, to be swept up and consigned to the dustbin of history. Communism, which in a very different way from American liberalism traced its roots to Hegel, Social Darwinism, and leadership by a vanguard group of intellectuals, vanished before our eyes, though not without an abortive coup or two. If Communism, armed with millions of troops and thousands of megatons of nuclear weapons, could collapse of its own dead weight and implausibility, why not American liberalism? The parallel is imperfect, of course, because liberalism and its vehicle, the Democratic Party, remain profoundly popular, resilient, and changeable. Elections matter to them. What’s more, the egalitarian impulse, centralized government (though not centralized administration), and the Democratic Party have deep roots in the American political tradition—and reflect permanent aspects of modern democracy itself, as Tocqueville testifies. Some elements of liberalism are inherent in American democracy, then, but the compound, the peculiar combination that is contemporary liberalism, is not. Compounded of the Hegelian philosophy of history, Social Darwinism, the living constitution, leadership, the cult of the State, the rule of administrative experts, entitlements and group rights, and moral creativity, modern liberalism is something new and distinctive, despite the presence in it, too, of certain American constants like the love of equality and democratic individualism. Under the pressure of ideas and events, that compound could come apart. Liberals’ confidence in being on the right, the winning side of history could crumble, perhaps has already begun to crumble. Trust in government, which really means in the State, is at all-time lows. A majority of Americans oppose a new entitlement program—in part because they want to keep the old programs unimpaired, but also because the economic and moral sustainability of the whole welfare state grows more and more doubtful. The goodwill and even the presumptive expertise of many government experts command less and less respect. Obama’s speeches no longer send the old thrill up the leg, and his leadership, whether for one or two terms, may yet help to discredit the respectability of following the Leader. The Democratic Party is unlikely to go poof, but it’s possible that modern liberalism will. A series of nasty political defeats and painful repudiations of its impossible dreams might do the trick. At the least, it will have to downsize its ambitions and get back in touch with political, moral, and fiscal reality. It will have to—all together now—turn back the clock. Much will depend, too, on what conservatives say and do in the coming years. Will they have the prudence and guile to elevate the fight to the level of constitutional principle, to expose the Tory credentials of their opponents? President Obama’s decision to double down aggressively on the reach and cost of big government just as the European model of social democracy is hitting the skids provides the perfect opportunity for conservatives to exploit. His course makes the problems of liberalism worse and more urgent, as though he is eager for a crisis. Sooner or later, the crisis will come. If the people remain attached to their government and laws and American statesmen do their part, the country may yet take the path leading up from liberalism. (October 15, 2012)
La limitation du mariage aux couples de sexe opposé a pu longtemps sembler naturel et juste, mais son incompatibilité avec la signification centrale du droit fondamental de se marier est désormais manifeste. Cour suprême américaine
Aucune union n’est plus profonde que le mariage, car le mariage incarne les plus hauts idéaux de l’amour, la fidélité, la dévotion, le sacrifice et la famille. En formant une union maritale, deux personnes deviennent quelque chose de plus grand que ce qu’elles étaient auparavant. Le mariage incarne un amour qui peut perdurer malgré la mort. Ce serait ne pas comprendre ces hommes et ces femmes que de dire qu’ils manquent de respect à l’idée du mariage. Leur plaidoyer consiste à dire que justement ils le respectent, le respectent si profondément qu’ils cherchent eux-mêmes s’accomplir grâce à lui. Ils demandent une dignité égale aux yeux de la loi. La Constitution leur donne ce droit. Cour suprême américaine
 Le destin des homosexuels n’est pas d’être condamnés à la solitude, exclus de l’une des plus anciennes institutions de la civilisation. Ils demandent à bénéficier de la même dignité aux yeux de la loi. La Constitution leur garantit ce droit. Juge Anthony Kennedy
C’est une victoire pour les alliés, les amis et les soutiens du mariage gay qui ont passé des années, voire des décennies, à travailler et prier pour que le changement intervienne. Et cette décision est une victoire pour l’Amérique. Barack Hussein Obama
Les faucons affirment (…) que le président Ahmadinejad a déclaré vouloir « rayer Israël de la carte ». Mais cet argument repose sur une mauvaise traduction de ses propos. La traduction juste est qu’Israël « devrait disparaître de la page du temps ». Cette expression (empruntée à un discours de l’ayatollah Khomeiny) n’est pas un appel à la destruction physique d’Israël. Bien que très choquant, son propos n’était pas un appel à lancer une attaque, encore moins une attaque nucléaire, contre Israël. Aucun État sensé ne peut partir en guerre sur la foi d’une mauvaise traduction.  John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt

Realists should celebrate gay marriage. Today’s Supreme Court ruling will help create a better, stronger America.
Stephen M. Walt
Do you want to fight the Islamic State and the forces of Islamic extremist terrorism? I’ll tell you the best way to send a message to those masked gunmen in Iraq and Syria and to everyone else who gains power by sowing violence and fear. Just keep posting that second set of images. Post them on Facebook and Twitter and Reddit and in comments all over the Internet. Send them to your friends and your family. Send them to your pen pal in France and your old roommate in Tunisia. Send them to strangers. Yes, it’s sappy. But this has always been the dream of America:(…) And I still have faith that this dream is the one that will prevail, in the end. That’s the lesson of history: Brutality and fear can keep people down for only so long. The Nazis learned this; the Soviets learned it; the Ku Klux Klan learned it; Pol Pot learned it; the Rwandan génocidaires learned it. One of these days, the Islamic State and al Qaeda will learn it too. I’m not a big fan of Twitter, but for once there’s a Twitter hashtag worth quoting, though it took my 13-year-old daughter to point it out to me: #LoveWins. Tweet it. Shout it. Sing it. Rosa Brooks
Major U.S. defense contractors stand to earn a windfall if President Barack Obama’s administration secures a nuclear deal with Iran that sends jittery, oil-rich Persian Gulf countries seeking advanced new weapons. But the contractors likely will also do just fine if the negotiations unexpectedly collapse. Fueling the coming spending is a controversial provision in the framework agreement, struck in April between Tehran and world powers, that largely left Iran’s ballistic missile capabilities untouched in the ongoing negotiations. The move angered White House critics on Capitol Hill and in parts of Europe. More urgently, it left Gulf states like Saudi Arabia and the United Arab Emirates (UAE) particularly uneasy because they are well within range of Iran’s increasingly advanced ballistic missiles. That means deal or no deal, the Gulf countries — already some of the world’s biggest weapons buyers — will be opening their wallets even wider in the years ahead. American defense contractors have long recognized the lucrative opportunity in the region, and they are counting on increased weapons sales to the Middle East to counteract a U.S. market that has slowed due to the relative flattening of the domestic defense budget. Paul McLeary
The whites didn’t want to come out against Obama since he endorsed it so strongly and they didn’t want to be called bigots — and the blacks didn’t want to say they were betraying a black man. (…) I absolutely would not do a gay marriage. (…) I think of our children. What it’s going to do to our children. What kind of world are they going to grow up in? I’ve said for two years that we’re going to have to have civil disobedience. They were very cunning in the way they did it. (…) The homosexual community has not shown all of what it’s going to do. They have a game plan that, now that the Supreme Court has ruled, will take this country down a very immoral path. (…) I knew that he was going to do it the second term. His deal was, ‘Get me elected the first time, and I’ll come out for same-sex marriage in my second term.’ He deceived the American people, because the black community would not have backed him had he come out the first time for same-sex marriage. Some people just didn’t want to speak against Obama.  (…) It’s going to be much harder, because we’re going to have to go from state to state. It’s going to be hard to do, but it can be done. Remember, blacks worked for 300 years for civil rights in the courts. Three-hundred long years. It’s not something that we’re going to win overnight. There is no quick fix, but I think now the church will rise up. All the Christian churches in the United States that believe that marriage is between a man and a woman, they need to rise up. (…) We’re asking people to rise up and be ready to go to jail. Why go to jail? To let it be known that we will not bow down, we will not give up, whatever the costs. It’s the new civil rights movement, because they are taking away our rights. They are taking away the Christian’s rights. This is just a start. We have nothing against homosexuals, but when you start talking about marriage, and then indoctrinating children, where are we going? Where is this society headed? Rev. Bill Owens (Coalition of African-American Pastors)
This morning’s ruling rejects not only thousands of years of time-honored marriage but also the rule of law in the United States. In states across the nation, voters acted through the democratic process to protect marriage and the family. Yet, courts around the country chose to disregard the will of the people in favor of political correctness and social experimentation. And we witnessed firsthand the consequences, as individuals were repeatedly targeted by the government for not actively supporting homosexual marriage. Sadly, our nation’s highest Court, which should be a symbol of justice, has chosen instead to be a tool of tyranny, elevating judicial will above the will of the people. There is no doubt that this morning’s ruling will imperil religious liberty in America, as individuals of faith who uphold time-honored marriage and choose not to advocate for same-sex unions will now be viewed as extremists. AFA President Tim Wildmon
Nationwide, according to the Family Research Council’s Peter Sprigg, just over 3.3 million individuals voted for same-sex marriage in three states—Maine, Maryland and Washington State—compared to more than 41 million who voted for marriage protection amendments or bans on same-sex marriage in 31 states—a ratio of more than 12 to 1. American Family Association
We should just start calling this law SCOTUScare. Anton Scalia
The decision will also have other important consequences. It will be used to vilify Americans who are unwilling to assent to the new orthodoxy. In the course of its opinion, the majority compares traditional marriage laws to laws that denied equal treatment for African-Americans and women. (…) Today’s decision shows that decades of attempts to restrain this Court’s abuse of its authority have failed. Samuel Alito
[T]his Court is not a legislature. Whether same-sex marriage is a good idea should be of no concern to us. Under the Constitution, judges have power to say what the law is, not what it should be. The people who ratified the Constitution authorized courts to exercise “neither force nor will but merely judgment.” (…) Although the policy arguments for extending marriage to same-sex couples may be compelling, the legal arguments for requiring such an extension are not. The fundamental right to marry does not include a right to make a State change its definition of marriage. And a State’s decision to maintain the meaning of marriage that has persisted in every culture throughout human history can hardly be called irrational. In short, our Constitution does not enact any one theory of marriage. The people of a State are free to expand marriage to include same-sex couples, or to retain the historic definition. Today, however, the Court takes the extraordinary step of ordering every State to license and recognize same-sex marriage. Many people will rejoice at this decision, and I begrudge none their celebration. But for those who believe in a government of laws, not of men, the majority’s approach is deeply disheartening. Supporters of same-sex marriage have achieved considerable success persuading their fellow citizens—through the democratic process—to adopt their view. That ends today. Five lawyers have closed the debate and enacted their own vision of marriage as a matter of constitutional law. Stealing this issue from the people will for many cast a cloud over same-sex marriage, making a dramatic social change that much more difficult to accept. The majority’s decision is an act of will, not legal judgment. The right it announces has no basis in the Constitution or this Court’s precedent. The majority expressly disclaims judicial “caution” and omits even a pretense of humility, openly relying on its desire to remake society according to its own “new insight” into the “nature of injustice.” As a result, the Court invalidates the marriage laws of more than half the States and orders the transformation of a social institution that has formed the basis of human society for millennia, for the Kalahari Bushmen and the Han Chinese, the Carthaginians and the Aztecs. Just who do we think we are? (…) Understand well what this dissent is about: It is not about whether, in my judgment, the institution of marriage should be changed to include same-sex couples. It is instead about whether, in our democratic republic, that decision should rest with the people acting through their elected representatives, or with five lawyers who happen to hold commissions authorizing them to resolve legal disputes according to law. The Constitution leaves no doubt about the answer. (…) The premises supporting th[e] concept of [natural] marriage are so fundamental that they rarely require articulation. The human race must procreate to survive. Procreation occurs through sexual relations between a man and a woman. When sexual relations result in the conception of a child, that child’s prospects are generally better if the mother and father stay together rather than going their separate ways. Therefore, for the good of children and society, sexual relations that can lead to procreation should occur only between a man and a woman committed to a lasting bond. (…) The Constitution itself says nothing about marriage, and the Framers thereby entrusted the States with “[t]he whole subject of the domestic relations of husband and wife. (…) This Court’s precedents have repeatedly described marriage in ways that are consistent only with its traditional meaning. (…) Stripped of its shiny rhetorical gloss, the majority’s argument is that the Due Process Clause gives same-sex couples a fundamental right to marry because it will be good for them and for society. If I were a legislator, I would certainly consider that view as a matter of social policy. But as a judge, I find the majority’s position indefensible as a matter of constitutional law. (…) The truth is that today’s decision rests on nothing more than the majority’s own conviction that same-sex couples should be allowed to marry because they want to, and that “it would disparage their choices and diminish their personhood to deny them this right.” Whatever force that belief may have as a matter of moral philosophy, it has no more basis in the Constitution than did the naked policy preferences adopted in Lochner. (…) Although the majority randomly inserts the adjective “two” in various places, it offers no reason at all why the two-person element of the core definition of marriage may be preserved while the man-woman element may not. Indeed, from the standpoint of history and tradition, a leap from opposite-sex marriage to same-sex marriage is much greater than one from a two-person union to plural unions, which have deep roots in some cultures around the world. If the majority is willing to take the big leap, it is hard to see how it can say no to the shorter one. It is striking how much of the majority’s reasoning would apply with equal force to the claim of a fundamental right to plural marriage. (…) When asked about a plural marital union at oral argument, petitioners asserted that a State “doesn’t have such an institution.” But that is exactly the point: the States at issue here do not have an institution of same-sex marriage, either. (…) Nowhere is the majority’s extravagant conception of judicial supremacy more evident than in its description—and dismissal—of the public debate regarding same-sex marriage. Yes, the majority concedes, on one side are thousands of years of human history in every society known to have populated the planet. But on the other side, there has been “extensive litigation,” “many thoughtful District Court decisions,” “countless studies, papers, books, and other popular and scholarly writings,” and “more than 100” amicus briefs in these cases alone. What would be the point of allowing the democratic process to go on? It is high time for the Court to decide the meaning of marriage, based on five lawyers’ “better informed understanding” of “a liberty that remains urgent in our own era.” The answer is surely there in one of those amicus briefs or studies. Those who founded our country would not recognize the majority’s conception of the judicial role. They after all risked their lives and fortunes for the precious right to govern themselves. They would never have imagined yielding that right on a question of social policy to unaccountable and unelected judges. And they certainly would not have been satisfied by a system empowering judges to override policy judgments so long as they do so after “a quite extensive discussion. (…) Those who founded our country would not recognize the majority’s conception of the judicial role … They would never have imagined yielding that right on a question of social policy to unaccountable and unelected judges. (…) If you are among the many Americans — of whatever sexual orientation — who favor expanding same-sex marriage, by all means celebrate today’s decision. Celebrate the achievement of a desired goal. Celebrate the opportunity for a new expression of commitment to a partner. Celebrate the availability of new benefits. But do not celebrate the Constitution. It had nothing to do with it. Chief Justice Roberts
The most striking aspect of Justice Kennedy’s majority opinion in Obergefell v. Hodges, which created a constitutional right to same-sex marriage, was its deep emotion. This was no mere legal opinion. Indeed, the law and Constitution had little to do with it. (To Justice Kennedy, the most persuasive legal precedents were his own prior opinions protecting gay rights.) This was a statement of belief, written with the passion of a preacher, meant to inspire. Consider the already much-quoted closing: As some of the petitioners in these cases demonstrate, marriage embodies a love that may endure even past death. It would misunderstand these men and women to say they disrespect the idea of marriage. Their plea is that they do respect it, respect it so deeply that they seek to find its fulfillment for themselves. Their hope is not to be condemned to live in loneliness, excluded from one of civilization’s oldest institutions. They ask for equal dignity in the eyes of the law. The Constitution grants them that right. Or this: “Marriage responds to the universal fear that a lonely person might call out only to find no one there.” This isn’t constitutional law, it’s theology — a secular theology of self-actualization — crafted in such a way that its adherents will no doubt ask, “What decent person can disagree?” This is about love, and the law can’t fight love. Justice Kennedy’s opinion was nine parts romantic poetry and one part legal analysis (if that). And that’s what makes it so dangerous for religious liberty and free speech. Practitioners of constitutional law know that there is no such thing as an “absolute” right to free speech or religious freedom in any context — virtually all cases involve balancing the asserted right against the asserted state interest, with “compelling” state interests typically trumping even the strongest assertions of First Amendment rights. And what is more compelling than this ode to love? (…) This is the era of sexual liberty — the marriage of hedonism to meaning — and the establishment of a new civic religion. The black-robed priesthood has spoken. Will the church bow before their new masters? David French
Most dispiriting, and least convincing, are those arguments that simply reconstitute the slippery slope arguments that have been used for so long against same sex marriage. “If we allow group marriage,” the thinking seems to go, “why wouldn’t marriage with animals or children come next?” The difference is, of course, consent. In recent years, a progressive and enlightened movement has worked to insist that consent is the measure of all things in sexual and romantic practice: as long as all involved in any particular sexual or romantic relationship are consenting adults, everything is permissible; if any individual does not give free and informed consent, no sexual or romantic engagement can be condoned. This bedrock principle of mutually-informed consent explains exactly why we must permit polygamy and must oppose bestiality and child marriage. Animals are incapable of voicing consent; children are incapable of understanding what it means to consent. In contrast, consenting adults who all knowingly and willfully decide to enter into a joint marriage contract, free of coercion, should be permitted to do so, according to basic principles of personal liberty. The preeminence of the principle of consent is a just and pragmatic way to approach adult relationships in a world of multivariate and complex human desires. Progressives have always flattered themselves that time is on their side, that their preferences are in keeping with the arc of history. In the fight for marriage equality, this claim has been made again and again. Many have challenged our politicians and our people to ask themselves whether they can imagine a future in which opposition to marriage equality is seen as a principled stance. I think it’s time to turn the question back on them: given what you know about the advancement of human rights, are you sure your opposition to group marriage won’t sound as anachronistic as opposition to gay marriage sounds to you now? And since we have insisted that there is no legitimate way to oppose gay marriage and respect gay love, how can you oppose group marriage and respect group love?   I suspect that many progressives would recognize, when pushed in this way, that the case against polygamy is incredibly flimsy, almost entirely lacking in rational basis and animated by purely irrational fears and prejudice. What we’re left with is an unsatisfying patchwork of unconvincing arguments and bad ideas, ones embraced for short-term convenience at long-term cost. We must insist that rights cannot be dismissed out of short-term interests of logistics and political pragmatism. The course then, is clear: to look beyond political convenience and conservative intransigence, and begin to make the case for extending legal marriage rights to more loving and committed adults. It’s time. Fredrik deBoer

Attention: un drapeau peut en cacher un autre !

Au lendemain du triple attentat sous drapeau djihadiste qui entre la France, le Koweit et la Tunisie et en l’honneur de la première victoire musulmane du Ramadan et du premier anniversaire de l’Etat islamique, fera  une soixantaine de victimes …

Et à l’heure où après le véritable putsch juridique de la Cour suprême américaine, et de la Maison Blanche à l’Empire State Building, des chutes du Niagara aux frontons des mairies de San Francisco, Tel Aviv ou Paris ou des porte de Brandebourg, château de Disney World au pont de Minneapolis …

Entre les logos et les slogans les plus vides et les plus démagogiques (LoveWins/l’amour triomphe) de nos médias ou des entreprises de l’informatique et de l’Internet comme de nos prétendues lumières, d’Obama à Hillary Clinton et de Madonna, Lady Gaga, Taylor Swift ou Justin Timberlake, de la politique et du monde du spectacle …

Pendant qu’après l’abandon de l’Irak et bientôt de l’Afghanistan et l’autorisation de l’arme nucléaire accordée à un pays qui ne prône rien de moins que  la Solution finale  …

Et sans parler de l’irrédentisme russe ou de l’aventurisme chinois

Nos marchands de canons se frottent les mains et nos nouveaux croisés de « l’amour » prônent, pour contrer la barbarie islamiste et au nom s’il vous plait du « réalisme », le nouveau Grand mensonge   …

Le drapeau homo flotte désormais sur la quasi-totalité du Monde dit libre …

Comment ne pas repenser au mot fameux du comte de Salvandry au roi des Deux-Siciles à la veille de la Révolution de Juillet …

Et ne pas voir avec le juge de la Cour suprême John Roberts et  une tribune de l’hebdomadaire américain Foreign Policy

La logique et prochaine étape de l’ubérisation sociétale que nous vivons …

A savoir la légalisation de la polygamie ?

Politics
It’s Time to Legalize Polygamy
Why group marriage is the next horizon of social liberalism.
Fredrik Deboer
June 26, 2015

Welcome to the exciting new world of the slippery slope. With the Supreme Court’s landmark ruling this Friday legalizing same sex marriage in all 50 states, social liberalism has achieved one of its central goals. A right seemingly unthinkable two decades ago has now been broadly applied to a whole new class of citizens. Following on the rejection of interracial marriage bans in the 20th Century, the Supreme Court decision clearly shows that marriage should be a broadly applicable right—one that forces the government to recognize, as Friday’s decision said, a private couple’s “love, fidelity, devotion, sacrifice and family.”

The question presents itself: Where does the next advance come? The answer is going to make nearly everyone uncomfortable: Now that we’ve defined that love and devotion and family isn’t driven by gender alone, why should it be limited to just two individuals? The most natural advance next for marriage lies in legalized polygamy—yet many of the same people who pressed for marriage equality for gay couples oppose it.

This is not an abstract issue. In Chief Justice John Roberts’ dissenting opinion, he remarks, “It is striking how much of the majority’s reasoning would apply with equal force to the claim of a fundamental right to plural marriage.” As is often the case with critics of polygamy, he neglects to mention why this is a fate to be feared. Polygamy today stands as a taboo just as strong as same-sex marriage was several decades ago—it’s effectively only discussed as outdated jokes about Utah and Mormons, who banned the practice over 120 years ago.

Yet the moral reasoning behind society’s rejection of polygamy remains just as uncomfortable and legally weak as same-sex marriage opposition was until recently.

That’s one reason why progressives who reject the case for legal polygamy often don’t really appear to have their hearts in it. They seem uncomfortable voicing their objections, clearly unused to being in the position of rejecting the appeals of those who would codify non-traditional relationships in law. They are, without exception, accepting of the right of consenting adults to engage in whatever sexual and romantic relationships they choose, but oppose the formal, legal recognition of those relationships. They’re trapped, I suspect, in prior opposition that they voiced from a standpoint of political pragmatism in order to advance the cause of gay marriage.

In doing so, they do real harm to real people. Marriage is not just a formal codification of informal relationships. It’s also a defensive system designed to protect the interests of people whose material, economic and emotional security depends on the marriage in question. If my liberal friends recognize the legitimacy of free people who choose to form romantic partnerships with multiple partners, how can they deny them the right to the legal protections marriage affords?

Polyamory is a fact. People are living in group relationships today. The question is not whether they will continue on in those relationships. The question is whether we will grant to them the same basic recognition we grant to other adults: that love makes marriage, and that the right to marry is exactly that, a right.

Why the opposition, from those who have no interest in preserving “traditional marriage” or forbidding polyamorous relationships? I think the answer has to do with political momentum, with a kind of ad hoc-rejection of polygamy as necessary political concession. And in time, I think it will change.

The marriage equality movement has been both the best and worst thing that could happen for legally sanctioned polygamy. The best, because that movement has required a sustained and effective assault on “traditional marriage” arguments that reflected no particular point of view other than that marriage should stay the same because it’s always been the same. In particular, the notion that procreation and child-rearing are the natural justification for marriage has been dealt a terminal injury. We don’t, after all, ban marriage for those who can’t conceive, or annul marriages that don’t result in children, or make couples pinkie swear that they’ll have kids not too long after they get married. We have insisted instead that the institution exists to enshrine in law a special kind of long-term commitment, and to extend certain essential logistical and legal benefits to those who make that commitment. And rightly so.

But the marriage equality movement has been curiously hostile to polygamy, and for a particularly unsatisfying reason: short-term political need. Many conservative opponents of marriage equality have made the slippery slope argument, insisting that same-sex marriages would lead inevitably to further redefinition of what marriage is and means. See, for example, Rick Santorum’s infamous “man on dog” comments, in which he equated the desire of two adult men or women to be married with bestiality. Polygamy has frequently been a part of these slippery slope arguments. Typical of such arguments, the reasons why marriage between more than two partners would be destructive were taken as a given. Many proponents of marriage equality, I’m sorry to say, went along with this evidence-free indictment of polygamous matrimony. They choose to side-step the issue by insisting that gay marriage wouldn’t lead to polygamy. That legally sanctioned polygamy was a fate worth fearing went without saying.

To be clear: our lack of legal recognition of group marriages is not the fault of the marriage equality movement. Rather, it’s that the tactics of that movement have made getting to serious discussions of legalized polygamy harder. I say that while recognizing the unprecedented and necessary success of those tactics. I understand the political pragmatism in wanting to hold the line—to not be perceived to be slipping down the slope. To advocate for polygamy during the marriage equality fight may have seemed to confirm the socially conservative narrative, that gay marriage augured a wholesale collapse in traditional values. But times have changed; while work remains to be done, the immediate danger to marriage equality has passed. In 2005, a denial of the right to group marriage stemming from political pragmatism made at least some sense. In 2015, after this ruling, it no longer does.

While important legal and practical questions remain unresolved, with the Supreme Court’s ruling and broad public support, marriage equality is here to stay. Soon, it will be time to turn the attention of social liberalism to the next horizon. Given that many of us have argued, to great effect, that deference to tradition is not a legitimate reason to restrict marriage rights to groups that want them, the next step seems clear. We should turn our efforts towards the legal recognition of marriages between more than two partners. It’s time to legalize polygamy.

***

Conventional arguments against polygamy fall apart with even a little examination. Appeals to traditional marriage, and the notion that child rearing is the only legitimate justification of legal marriage, have now, I hope, been exposed and discarded by all progressive people. What’s left is a series of jerry-rigged arguments that reflect no coherent moral vision of what marriage is for, and which frequently function as criticisms of traditional marriage as well.

Many argue that polygamous marriages are typically sites of abuse, inequality in power and coercion. Some refer to sociological research showing a host of ills that are associated with polygamous family structures. These claims are both true and beside the point. Yes, it’s true that many polygamous marriages come from patriarchal systems, typically employing a “hub and spokes” model where one husband has several wives who are not married to each other. These marriages are often of the husband-as-boss variety, and we have good reason to suspect that such models have higher rates of abuse, both physical and emotional, and coercion. But this is a classic case of blaming a social problem on its trappings rather than on its actual origins.

After all, traditional marriages often foster abuse. Traditional marriages are frequently patriarchal. Traditional marriages often feature ugly gender and power dynamics. Indeed, many would argue that marriage’s origins stem from a desire to formalize patriarchal structures within the family in the first place. We’ve pursued marriage equality at the same time as we’ve pursued more equitable, more feminist heterosexual marriages, out of a conviction that the franchise is worth improving, worth saving. If we’re going to ban marriages because some are sites of sexism and abuse, then we’d have to start with the old fashioned one-husband-and-one-wife model. If polygamy tends to be found within religious traditions that seem alien or regressive to the rest of us, that is a function of the very illegality that should be done away with. Legalize group marriage and you will find its connection with abuse disappears.

Another common argument, and another unsatisfying one, is logistical. In this telling, polygamous marriages would strain the infrastructure of our legal systems of marriage, as they are not designed to handle marriage between more than two people. In particular, the claim is frequently made that the division of property upon divorce or death would be too complicated for polygamous marriages. I find this argument eerily reminiscent of similar efforts to dismiss same-sex marriage on practical grounds. (The forms say husband and wife! What do you want us to do, print new forms?) Logistics, it should go without saying, are insufficient reason to deny human beings human rights.

If current legal structures and precedents aren’t conducive to group marriage, then they will be built in time. The comparison to traditional marriage is again instructive. We have, after all, many decades of case law and legal organization dedicated to marriage, and yet divorce and family courts feature some of the most bitterly contested cases imaginable. Complication and dispute are byproducts of human relationships and human commitment. We could, as a civil society, create a legal expectation that those engaging in a group marriage create binding documents and contracts that clearly delineate questions of inheritance, alimony, and the like. Prenups are already a thing.

Most dispiriting, and least convincing, are those arguments that simply reconstitute the slippery slope arguments that have been used for so long against same sex marriage. “If we allow group marriage,” the thinking seems to go, “why wouldn’t marriage with animals or children come next?” The difference is, of course, consent. In recent years, a progressive and enlightened movement has worked to insist that consent is the measure of all things in sexual and romantic practice: as long as all involved in any particular sexual or romantic relationship are consenting adults, everything is permissible; if any individual does not give free and informed consent, no sexual or romantic engagement can be condoned.

This bedrock principle of mutually-informed consent explains exactly why we must permit polygamy and must oppose bestiality and child marriage. Animals are incapable of voicing consent; children are incapable of understanding what it means to consent. In contrast, consenting adults who all knowingly and willfully decide to enter into a joint marriage contract, free of coercion, should be permitted to do so, according to basic principles of personal liberty. The preeminence of the principle of consent is a just and pragmatic way to approach adult relationships in a world of multivariate and complex human desires.

Progressives have always flattered themselves that time is on their side, that their preferences are in keeping with the arc of history. In the fight for marriage equality, this claim has been made again and again. Many have challenged our politicians and our people to ask themselves whether they can imagine a future in which opposition to marriage equality is seen as a principled stance. I think it’s time to turn the question back on them: given what you know about the advancement of human rights, are you sure your opposition to group marriage won’t sound as anachronistic as opposition to gay marriage sounds to you now? And since we have insisted that there is no legitimate way to oppose gay marriage and respect gay love, how can you oppose group marriage and respect group love?

I suspect that many progressives would recognize, when pushed in this way, that the case against polygamy is incredibly flimsy, almost entirely lacking in rational basis and animated by purely irrational fears and prejudice. What we’re left with is an unsatisfying patchwork of unconvincing arguments and bad ideas, ones embraced for short-term convenience at long-term cost. We must insist that rights cannot be dismissed out of short-term interests of logistics and political pragmatism. The course then, is clear: to look beyond political convenience and conservative intransigence, and begin to make the case for extending legal marriage rights to more loving and committed adults. It’s time.

Fredrik deBoer is a writer and academic. He lives in Indiana.

Voir aussi:

Voice
Why Realists Should Celebrate Gay Marriage
Today’s Supreme Court ruling will help create a better, stronger America.
Stephen M. Walt
Foreign policy
June 26, 2015

Regular readers know I am often critical of the U.S. government because I believe pointing to flaws that could be corrected is part of my job. But it is also important to highlight those moments when my country does the right thing, and today’s SCOTUS decision on gay marriage is one of them.

For starters, the decision is consistent with the defining feature of American democracy: its emphasis on individual freedom and personal choice. As the court made clear, if consenting adults are not free to fall in love with whomever they are drawn to and to express that love openly in the institution of marriage, then they are being denied the full rights that other citizens enjoy and they are not in fact truly free. Today’s decision eliminated this obvious contradiction between our ideals and our practices, and it should be celebrated for that reason alone.

Second, along with U.S. President Barack Obama’s decision to permit gay Americans to serve openly in the armed forces, the decision is a blow in favor of fairness and efficiency. Prejudice and bigotry are bad in and of themselves, but they also impede the optimal use of human resources. When gay people could not serve openly in the military, our country was denied the talents that these patriotic individuals could have brought to important national security tasks. Similarly, when gay Americans could not marry or live together openly without fearing persecution, and when companies discriminated against gay employees, it meant that our society could not reap the full benefits of their unfettered participation. Whenever we remove another plank of prejudice, we help the best people rise as far as their abilities can take them, and all of us benefit as a result.

Today’s decision is also a tribute to the power of America’s oft maligned democratic institutions and the ability of reasoned discourse to triumph over ancient stigmas. Gay marriage did not come about by accident or just because two gay people decided to file a lawsuit a few years ago. It came about because courageous writers like Andrew Sullivan wrote powerfully in its favor, because an array of people — both gay and straight — organized to carry these arguments forward, and because more and more gay people came out and the straight world learned to relish their friendship and see them as equals. Once these things happened, the contradiction between our values and our laws — and the obvious injustice of the latter — was increasingly apparent. The American political system does not change direction quickly or easily, but it is open to reasoned discourse and responsive to changing sentiments. Even a Supreme Court dominated by conservatives could not fail to see that the ground had shifted, and today’s decision reflects that welcome reality.

Finally, establishing gay marriage as a fundamental right removes one of the practices that has separated the United States from many of its democratic partners (the Netherlands, Belgium, Canada, Spain, South Africa, Norway, Sweden, Argentina, Iceland, Portugal, Denmark, Brazil, England, Wales, France, New Zealand, Uruguay, Luxembourg, Scotland, and Finland). It will increase pressure on some other countries to follow suit, especially within Western Europe. At the same time, it is likely to broaden the gulf between states where homosexuality is becoming a nonissue and those where it is still persecuted and even same-sex unions are illegal. For gay people around the world, the struggle is far from over.

The struggle for human rights of different kinds is long and slow. But today, the arc of history bent.

 Voir également:

Voice
Can Gay Marriage Defeat the Islamic State?
A few — admittedly sappy — thoughts on the power of #LoveWins.
Rosa Brooks
Foreign Policy
June 26, 2015

I was thinking about two sets of images this morning: one from an Islamic State-controlled city in Iraq, the other from the steps of the U.S. Supreme Court in Washington, D.C.

The first set of images, from early June, shows masked gunmen surrounding a crowd of people, mostly men. Some of the faces in the crowd show fear or hatred; others are studiously blank. But all eyes are fixed on the rooftop of a nearby building, where a blindfolded man is dangling upside down, his ankle held tightly by another masked man. Next image: The blindfolded man’s body plummets headfirst toward the pavement below. Final image: a crumpled, bloody heap on the ground, surrounded by a sea of faces. Headline and caption, from Fox News: “ISIS conducts more executions of men for being gay.… On June 3, 2015, Islamic State (ISIS) operatives in Iraq’s Ninveh province published photos of a public execution in Mosul of three men convicted of acts of homosexuality. The three men were blindfolded and dropped head first from the roof of a tall building in front of a large crowd of spectators, including children.”

The second set of images shows another crowd, thousands of miles away from the first. This crowd is full of men and women, all ages and all races, and they’re waving American flags and rainbow-colored flags. This crowd isn’t flanked by gunmen; no one looks frightened or enraged. This crowd is laughing and embracing; a few people are weeping, their faces lit with relief and joy. Caption from the Washington Post: “Gay rights supporters celebrate outside the Supreme Court in Washington after justices ruled that same-sex couples have the right to marry, no matter where they live.”

I know which crowd I’d rather be in.

Do you want to fight the Islamic State and the forces of Islamic extremist terrorism? I’ll tell you the best way to send a message to those masked gunmen in Iraq and Syria and to everyone else who gains power by sowing violence and fear. Just keep posting that second set of images. Post them on Facebook and Twitter and Reddit and in comments all over the Internet. Send them to your friends and your family. Send them to your pen pal in France and your old roommate in Tunisia. Send them to strangers.

Yes, it’s sappy. But this has always been the dream of America: a dream of freedom, of a land where no one would force their religious beliefs on anyone else. A land where all people would have the unalienable rights to life, liberty, and the pursuit of happiness. A land where we could seek change peacefully and trust our laws and institutions to respond to our deepest hopes.

The fulfillment of that dream has always been just a little bit beyond our reach, and we can approach it only through ceaseless struggle against the forces of darkness and reaction. This country has seen its share of hate-filled crowds. It has seen its share of whippings, lynchings, and beatings.

But it’s a dream that has brought untold millions of immigrants to our shores over the years, fleeing religious persecution and war and repression and a thousand different brands of hatred. It’s a dream that helped make the United States emulated and admired around the world. And it’s a dream that isn’t dead, as the Supreme Court’s decision on same-sex marriage reminds us.

Yes, America still has gunmen who shoot up churches and schools and bombers intent on turning crowds of smiling athletes and spectators into bloody bodies. We still have plenty of bigots and bullies. But we also still have that dream.

And I still have faith that this dream is the one that will prevail, in the end. That’s the lesson of history: Brutality and fear can keep people down for only so long. The Nazis learned this; the Soviets learned it; the Ku Klux Klan learned it; Pol Pot learned it; the Rwandan génocidaires learned it.

One of these days, the Islamic State and al Qaeda will learn it too.

I’m not a big fan of Twitter, but for once there’s a Twitter hashtag worth quoting, though it took my 13-year-old daughter to point it out to me: #LoveWins.

Tweet it. Shout it.

Sing it.

Voir encore:

The Supreme Court Ratifies a New Civic Religion That Is Incompatible with Christianity
David French
National Review
June 26, 2015

The most striking aspect of Justice Kennedy’s majority opinion in Obergefell v. Hodges, which created a constitutional right to same-sex marriage, was its deep emotion. This was no mere legal opinion. Indeed, the law and Constitution had little to do with it. (To Justice Kennedy, the most persuasive legal precedents were his own prior opinions protecting gay rights.) This was a statement of belief, written with the passion of a preacher, meant to inspire. Consider the already much-quoted closing: As some of the petitioners in these cases demonstrate, marriage embodies a love that may endure even past death. It would misunderstand these men and women to say they disrespect the idea of marriage. Their plea is that they do respect it, respect it so deeply that they seek to find its fulfillment for themselves. Their hope is not to be condemned to live in loneliness, excluded from one of civilization’s oldest institutions. They ask for equal dignity in the eyes of the law. The Constitution grants them that right. Or this: “Marriage responds to the universal fear that a lonely person might call out only to find no one there.” This isn’t constitutional law, it’s theology — a secular theology of self-actualization — crafted in such a way that its adherents will no doubt ask, “What decent person can disagree?” This is about love, and the law can’t fight love. Justice Kennedy’s opinion was nine parts romantic poetry and one part legal analysis (if that). And that’s what makes it so dangerous for religious liberty and free speech. Practitioners of constitutional law know that there is no such thing as an “absolute” right to free speech or religious freedom in any context — virtually all cases involve balancing the asserted right against the asserted state interest, with “compelling” state interests typically trumping even the strongest assertions of First Amendment rights. And what is more compelling than this ode to love? RELATED: Supreme Court Forces States to Perform Gay Marriage, 5-4

The challenge for orthodox religious believers is now abundantly clear: For years, they’ve been standing against “history,” “equality,” and — yes — love itself. Now, all of that rhetoric has been constitutionalized, embedded in the secular scripture of our land. To be sure, Justice Kennedy did at least nod in the direction of the orthodox, declaring: Finally, it must be emphasized that religions, and those who adhere to religious doctrines, may continue to advocate with utmost, sincere conviction that, by divine precepts, same-sex marriage should not be condoned. The First Amendment ensures that religious organizations and persons are given proper protection as they seek to teach the principles that are so fulfilling and so central to their lives and faiths, and to their own deep aspirations to continue the family structure they have long revered. But this rhetoric, as he knows, is legally meaningless in the face of the potent combination of emotion and legal doctrines that have long deemphasized religious freedom. Justice Kennedy’s rhetoric will slide neatly into existing balancing tests, leaving defenders of religious liberty grasping for persuasive rhetoric to counter the irresistible tide of the new, civic religion. More marriage The Supreme Court Has Legalized Same-Sex Marriage: Now What? Sweeping Aside Madison’s Handiwork Constitutional Remedies to a Lawless Supreme Court For many believers, this new era will present a unique challenge. Christians often strive to be seen as the “nicest” or “most loving” people in their communities. Especially among Evangelicals, there is a naïve belief that if only we were winsome enough, kind enough, and compassionate enough, the culture would welcome us with open arms. But now our love — expressed in the fullness of a Gospel that identifies homosexual conduct as sin but then provides eternal hope through justification and sanctification — is hate. Christians who’ve not suffered for their faith often romanticize persecution. They imagine themselves willing to lose their jobs, their liberty, or even their lives for standing up for the Gospel. Yet when the moment comes, at least here in the United States, they often find that they simply can’t abide being called “hateful.” It creates a desperate, panicked response. “No, you don’t understand. I’m not like those people — the religious right.” Thus, at the end of the day, a church that descends from apostles who withstood beatings finds itself unable to withstand tweetings. Social scorn is worse than the lash. This is the era of sexual liberty — the marriage of hedonism to meaning — and the establishment of a new civic religion. The black-robed priesthood has spoken. Will the church bow before their new masters?

— David French is an attorney and a staff writer at National Review.

Voir encore:

Report
Iran’s Missiles Are a Windfall for U.S. Defense Contractors
Nuclear deal or not, Tehran is keeping its ballistic missiles. And American firms are betting on a buyer’s market in the Persian Gulf.
Paul McLeary
Foreign Policy
June 26, 2015

Major U.S. defense contractors stand to earn a windfall if President Barack Obama’s administration secures a nuclear deal with Iran that sends jittery, oil-rich Persian Gulf countries seeking advanced new weapons. But the contractors likely will also do just fine if the negotiations unexpectedly collapse.

Fueling the coming spending is a controversial provision in the framework agreement, struck in April between Tehran and world powers, that largely left Iran’s ballistic missile capabilities untouched in the ongoing negotiations. The move angered White House critics on Capitol Hill and in parts of Europe. More urgently, it left Gulf states like Saudi Arabia and the United Arab Emirates (UAE) particularly uneasy because they are well within range of Iran’s increasingly advanced ballistic missiles.

That means deal or no deal, the Gulf countries — already some of the world’s biggest weapons buyers — will be opening their wallets even wider in the years ahead.

American defense contractors have long recognized the lucrative opportunity in the region, and they are counting on increased weapons sales to the Middle East to counteract a U.S. market that has slowed due to the relative flattening of the domestic defense budget.

At defense giant Lockheed Martin, Chief Executive Officer Marillyn Hewson wants the company to boost its foreign sales to about 20 percent of the firm’s revenues by the end of 2015, up from 17 percent currently. Most of that growth is expected to come from its sales of missile defense systems. The company already sells about $8 billion in missiles and fire controls annually, with close to half going to America’s allies in the Middle East, Asia, and Europe.

“With the regional instability that’s going on [in the Mideast], we’ve seen a fairly large appetite for a layered air-defense capability,” said Joe Garland, vice president of international business development at Lockheed Martin Missiles and Fire Control.
“With the regional instability that’s going on [in the Mideast], we’ve seen a fairly large appetite for a layered air-defense capability,” said Joe Garland, vice president of international business development at Lockheed Martin Missiles and Fire Control.

In an attempt to deepen ties in the region, Lockheed in December set up what it has dubbed the Center for Innovation and Security Solutions in Abu Dhabi, UAE. Garland described it as an effort to collaborate with the UAE on “what type of systems they want to develop for their security,” while exploring new ideas for working with allies in the region.

It is not the number of deals that drives up profits, but the huge cost of fielding just a few systems. Over the past several years, the UAE has signed $1.9 billion in deals to buy two of Lockheed’s Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) anti-ballistic missile systems. Qatar and Saudi Arabia, meanwhile, also are reportedly working to acquire the mobile, truck-mounted firing system, as well as an associated radar made by Raytheon.

Last year, an estimated 10 percent of Raytheon’s $23 billion in global sales went to the Middle East. The company has sold billions of dollars’ worth of Patriot missile systems to Israel, Saudi Arabia, Kuwait, Qatar, and the UAE, along with multiple big-dollar follow-on contracts for maintenance work and a constant stream of upgrades. The company booked a $2 billion sale of Patriots to Saudi Arabia this year.

The Saudi military joined a select club of countries that have deployed the Patriot missile in combat, knocking down a Scud missile fired over the border by Houthi rebels in Yemen this spring.

Raytheon officials declined to comment for this story. But in April, CEO Thomas Kennedy said international business amounted to 28 percent of the company’s revenues for the first quarter of 2015.

Those numbers should go up in coming years, regardless of the outcome of the Iran negotiations.

“The Saudis and Emiratis don’t trust the deal, no matter what the deal is,” Grant Rogan, CEO of Blenheim Capital and a military sales expert, told Foreign Policy.
“The Saudis and Emiratis don’t trust the deal, no matter what the deal is,” Grant Rogan, CEO of Blenheim Capital and a military sales expert, told Foreign Policy. He predicted more sales of Patriot missiles and advanced radar systems “happening in Saudi substantially faster if there’s no deal — or if it’s a deal that doesn’t defang Iran.”

The expected surge won’t make a huge difference on the ground right away, since missile defense systems take years to contract and produce. But as they wait for the expected deals to go through, the six countries that make up the Gulf Cooperation Council (GCC) have started to talk about pooling their missile defense and surveillance assets into a shared network to gain a clearer picture of what is flying through the region’s airspace.

But it is very much a work in progress.

“The problem there has been a political one,” said Thomas Karako, senior fellow at the Center for Strategic and International Studies. Following a May summit of GCC leaders in Washington, the Gulf nations issued a hopeful joint statement for progress on the network they described as a regionwide early-warning system — ostensibly as a safeguard against Iran.

Yet real questions remain over the Gulf states’ ability to overcome deeply entrenched political issues that have previously kept them from sharing intelligence. There’s also the issue of long-term technological investment. Building a networked radar and missile system is not merely about putting interceptors in the desert and pointing them toward the sky. “It’s about stitching those assets together and stitching the networks together,” Karako said.

Currently, there is no regionwide shared system to ensure that incoming attacks or other errant airspace objects aren’t missed. And that raises the overall threat for the Gulf nations.

Lockheed has “talked to a number of these GCC countries about how we can help them tie together” missile defense assets, Garland said. “It’s not there yet.”

While talk of selling more missile defense systems to the Middle East may seem a relatively easy way to blunt the Iranian missile threat, Washington should be cautious about how it balances its priorities.

Kingston Reif, director for disarmament and threat reduction policy for the Arms Control Association, said focusing too much on Tehran’s missiles ignores the true range of threats posed by Iran.

“To the extent that the U.S. [is] considering increasing arms sales, it should be focused on things like cyber and greater coordination on countering cyberthreats, which we know Iran is capable of,” Reif said.

But anti-ballistic missile systems are, to some degree, easier to sell to Gulf allies than other military weapons. The Defense Department has so far ruled out selling F-35 fighter jets, for example, since that would rile Israel and upset the qualitative military edge that Washington, by law, affords its staunchest ally in the region.

The growing distrust among some Gulf allies of Washington’s tentative agreement with Iran also risks changing the nature of some U.S. relationships in the region. Saudi Arabia’s bombing campaign against Houthi rebels in Yemen and airstrikes by both Riyadh and the UAE against jihadis in Libya are two examples of attacks launched without either Washington’s support or prior knowledge.

But the relationship will likely fray only so much, no matter the outcome of the eleventh-hour talks in Vienna between world powers and Iran. Saudi Arabia and other Gulf allies have suggested turning to France and even Russia for future arms, but the American defense industry, as well as Washington’s economic clout, still matters.

Following the May summit, GCC Assistant Secretary-General Abdel Aziz Abu Hamad Aluwaisheg told reporters the meeting “exceeded the expectations of most of us” in that it reasserted Washington’s commitment to Gulf security and containing Iran.

Obama assured Gulf states that a nuclear deal with Iran doesn’t reflect a “pivot” toward Tehran, Aluwaisheg said.

Obama “succeeded very well in putting those questions to rest,” he said.

At the same time, the Gulf is not about to let its guard down. Because Iran already fields a ballistic missile capability that has largely been left outside the nuclear negotiation process, any deal — or lack of a deal — still leaves a serious threat in place.

“Missile defense will continue to grow in the region, regardless,” Rogan said.

Voir de plus:

Over the rainbow
Mariage gay : déferlante de drapeaux arc-en-ciel dans le monde
Delphine Cuny | Rédactrice en chef adjointe
Rue 89
27/06/2015

Politiques et entreprises se sont emparé des symboles du mouvement LGBT au lendemain de la légalisation du mariage gay aux USA et à la veille de plusieurs Gay Prides. Entre joie sincère et récupération.
Au lendemain de la légalisation du mariage homosexuel aux Etats-Unis, le drapeau arc-en-ciel, emblème du mouvement LGBT, a inondé les « timelines » sur Twitter et s’est invité sur de nombreux monuments de grandes capitales, où avait aussi lieu la Marche des fiertés (Gay Pride), à Paris notamment.

Le fronton de l’Hôtel de Ville avait hissé haut les fameuses couleurs, comme l’a tweeté la maire de Paris, Anne Hidalgo, reprenant le hashtag #LoveWins (l’amour triomphe) qui a fait florès sur la Toile. L’ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane Hartley, était d’ailleurs ce samedi au côté d’Anne Hidalgo dans la Marche des fiertés à Paris.

La Maison Blanche, bien sûr, avait prévu un éclairage de nuit spécial, tout comme l’Empire State Building à New York, l’hôtel de ville de San Francisco, le pont de Minneapolis, mais aussi la porte de Brandebourg à Berlin ou la mairie de Tel Aviv, comme le rapporte le site d’architecture Arch Daily.

On a vu aussi quelques monuments ou lieux plus inattendus, comme par exemple, le château de Cendrillon à Disney World (Floride) ou même les chutes du Niagara. Mais pas la Tour Eiffel.

Les politiques, à l’image de Hillary Clinton, qui a repeint sa photo de profil sur Twitter aux couleurs arc-en-ciel, ont été les plus prompts à surfer sur la vague #LoveWins mais pas les seuls. Quelques célébrités comme Madonna, Lady Gaga, Taylor Swift ou Justin Timberlake, se sont aussi associées à cette journée historique.

Taylor Swift s’autocite dans sa chanson ‘Welcome to New York’ : ‘Et tu veux qui tu veux, garçons et garçons et filles et filles’
De nombreux médias ont aussi modifié leur logo pour l’occasion, comme les sites spécialisés en high tech comme The Verge, Mashable ou The Next Web, le site de la Bible de Hollywood, Variety. Mais pas les grands journaux comme le New York Times ou le Washington Post, restés plus sobres, même s’ils ont largement couvert l’événement et joué un rôle dans l’évolution des mentalités.

Ce sont surtout les marques qui se sont emparées du hashtag et du drapeau, en particulier les entreprises de la Silicon Valley, où le mouvement est en pointe : Twitter elle-même, Yahoo ou YouTube (Google) et bien sûr Apple, par la voix de Tim Cook, son directeur général, qui avait fait son coming-out et milité contre la discrimination.

‘Les Etats-Unis ont fait un pas dans la bonne direction aujourd’hui. #Fierd’Aimer’
On pourra citer aussi Uber, dont on parle tant en ce moment, qui publie un Gif montrant vraisemblablement des salariés ‘réjouis’ et ‘fiers’.
De grandes entreprises américaines comme Visa, la compagnie aérienne Delta, la chaîne de supermarchés Target, les bonbons Skittles ont également surfé sur la décision, relève USA Today. Les céréales Kellogg’s n’ont pas hésité se faire un coup de pub, en mettant en avant ses bonnes notes en matière de diversité, quitte à être accusé de faire de la récup. D’autres marques comme la chaîne de restos mexicains Chipotle, qui emballe un burrito d’alu arc-en-ciel, se sont risquées aux jeux de mots de plus ou moins bon goût.

Como Estas (comment ça va) devient Homo Estas chez Chipotle
Au total, Twitter a recensé plus de 10 millions de tweets en six heures sur la légalisation du mariage des couples de même sexe, dont plus de 2,6 millions avec la mention #LoveWins. Un record de 35 000 messages par minute a été atteint dans la nuit (peu avant minuit heure de New York).
A titre de comparaison, en novembre 2014, lors des émeutes à Ferguson, la décision de relaxer le policier ayant tué le jeune noir Michael Brown avait déclenché une tempête de 3,5 millions de tweets en 24 heures. En janvier dernier, il y avait eu 2,1 millions de tweets #JeSuisCharlie dans les six heures suivant l’attaque de l’hebdomadaire satirique.

Voir encore:

Barack Obama and the Crisis of Liberalism
Charles R. Kesler, Ph.D.
The Heritage Foundation
October 15, 2012

Abstract: Liberalism as we know it today in America is on the verge of exhaustion. Facing a fiscal crisis that it has precipitated and no longer sure of its purpose, liberalism will either go out of business or be forced to reinvent itself as something quite different from what it has been. In this careful analysis of Barack Obama’s political thought, Charles R. Kesler shows that the President, though intent on reinvigorating the liberal faith, nonetheless fails to understand its fatal contradictions—a shortsightedness that may prove to be liberalism’s undoing. This essay is adapted from Kesler’s new book, I Am the Change: Barack Obama and the Crisis of Liberalism.

Barack Obama had the distinction of being the most liberal member of the United States Senate when he ran for President in 2008. The title had been conferred by National Journal, an inside-the-Beltway watchdog that annually assigns Senators (and Congressmen) an ideological rank based on their votes on economic, social, and foreign policy issues.

Since then, we have learned a lot more about his political leanings as a young man, which were fashionably leftist, broadly in keeping with the climate of opinion on the campuses where he found himself—Occidental College, Columbia University, Harvard Law School.

As a senior at Columbia, he attended the 1983 Socialist Scholars Conference, sponsored by the Democratic Socialists of America. Though a meeting of democratic socialists and, yes, community organizers, the conference as well as his long-running friendships with radicals of various sorts would have drawn more sustained attention if the Cold War were still raging. But it was not, and Obama pleaded youthful indiscretion and drift; and of course his campaign did its best to keep the details from coming out.

He still had to answer, in some measure, for his ties to William Ayers and Jeremiah Wright, but the issue with, say, the good reverend concerned his sermons about race and Middle East politics, not his penchant for visiting and honoring Fidel Castro, not to mention the Marxist Sandinistas in Nicaragua.[1] Partly by avoiding the worst of the old anti-Communist gauntlet, Obama became the most left-wing liberal to be elected to national executive office since Henry Wallace.

Still, the President is not a self-proclaimed socialist—nor, like Wallace, a self-deceived fellow traveler or worse. Obama never went so far, so openly—whether out of inertia, political calculation, or good sense—and therefore never had to make a public apostasy. As a result, we know less about his evolving views than we might like, though probably more than he would like.

He calls himself a progressive or liberal, and we should take him at his word, at least until we encounter a fatal contradiction. That’s only reasonable and fair; and it avoids the desperate shortcut, gratifying as it may be, of unmasking him as—take your pick—a Third-World daddy’s boy, Alinskyist agitator, deep-cover Muslim, or undocumented alien. Conservatives, of all people, should know to beware instant gratification, especially when it comes wrapped in a conspiracy theory. In any case, hypocrisy, as Rochefoucauld wrote, is the tribute that vice pays to virtue, and Obama seems to think it would be a virtuous thing to have been a lifelong liberal, even if he wasn’t.

And so the question arises: What does it mean anymore to be a liberal? To answer it, we must first retrace the history of liberalism over the course of the past century.

The Four Waves of Liberalism
The 20th century was, as the late Tom Silver used to say, “the liberal century.” Conservatism was a late arrival, debuting as a self-conscious intellectual movement only in the 1950s and lacking significant political success until the 1980s. By contrast, the liberal storm was already gathering in the 1880s and broke upon the land in the new century’s second decade. It had made deep, decisive changes in American politics long before conservatism as we know it came on the scene.

It didn’t, however, win these victories all at once. Modern liberalism spread across the country in three powerful waves, interrupted by wars and by rather haphazard reactions to its excesses. Each wave of liberalism featured a different aspect of it—call them, for short, political liberalism, economic liberalism, and cultural liberalism—and each deposited on our shores a distinctive type of politics—the politics of progress, the politics of entitlements, and the politics of meaning.

These terms are conceptual rather than, strictly speaking, historical. They help to organize our thinking more so than our record-keeping, inasmuch as elements of all three were mixed up in each stage. Although it wasn’t inevitable that one wave should follow the next, a certain logic connected the New Freedom, the New Deal, and the Great Society. Each attempted to transform America, as their names suggest, and the second and third waves worked out themes implicit in the first. But the special flavor of each period owed much to the issues and forces involved, the legacy of previous reform, the character of the political leaders, and the disagreements within and between the generations of reformers. The third wave, centered on the Sixties, showed just how fratricidal liberalism could become.

The first and most disorienting wave was political liberalism, which began as a critique of the Constitution and the morality underlying it. That morality, Woodrow Wilson charged, the natural rights doctrine of Thomas Jefferson and Abraham Lincoln, was based on an outmoded account of human nature, an atomistic and egoistic view that needed to be corrected by a more well-rounded or social view, made plausible by the recent discovery that human nature was necessarily progressive or perfectible. So-called natural rights were actually historical or prescriptive, evolving with the times toward a final and rational truth. The 18th century Constitution, based on the 18th century notion of a fixed human nature with static rights, had in turn to be transcended by a modern or living constitution based on the evolutionary view. Drawing on a curious and unstable mixture of Social Darwinism, German idealism, and English historicism, Wilson outlined the new State that liberals would ever after be building, the goal of which would be nothing less than man’s complete spiritual fulfillment.

The second wave explicitly adopted the name of liberalism, laying aside the old banner of Progressivism. It championed liberality or generosity in the form of a new doctrine of socioeconomic rights and tried to connect the new rights to the old, the Second Bill of Rights (as FDR called it) to the First. Instead of rights springing from the individual, the New Deal reconceived individualism as springing from a new kind of rights created by the State. The new entitlement-style rights posed as personal rights, even though they effectually attached to groups; but due to the slight family resemblance, they allowed Roosevelt to present himself and the New Deal as the loyal servants and successors of the American Revolution, of the old social compact suitably updated.

Liberalism’s third wave, cultural or lifestyle liberalism, hit in the 1960s. It was only when this wave crashed around them that the radical character of liberalism became clear to the American people; only then that conservatism became, at least temporarily, a majority movement, insofar as it stood for America against its cultured despisers and reformers. The Great Society agreed with the New Deal that government had to provide for Americans’ necessities in order that they may live in freedom, but it denied that freedom from want and freedom from fear (along with freedom of speech and worship) were any longer sufficient for all-around human liberation. Freedom required not merely living comfortably but also creatively, a demand that the New Left took several steps further than poor Lyndon Johnson was willing or able to go.

In the Sixties, the “peculiar” character of the radicalism bound up with contemporary liberalism began to tear it apart as its constituent elements began to clash. When social morality collided with personal liberation, and the State’s authority clashed with the people’s rights, and the assumptions of rational progress were denied by protestors who preferred to make history by following their authentic selves rather than admire history as it came to an end—then liberalism began to unravel. For conflicting reasons, liberals lost faith that they were on the right side of history and that the State could ever provide the conditions for complete self-development or spiritual fulfillment.

Obama inherited that frayed liberalism. Against long odds, he’s tried to reunite its dissonant parts and restore its political élan. He brought America to the verge of a fourth wave of political and social transformation, something that neither Democrats nor Republicans thought possible. But as the latest embodiment of the visionary prophet-statesmen he hasn’t been able to sustain the deep connection to the American people that his election in 2008 seemed to promise and that his desire to restore liberalism as the country’s dominant public philosophy required. Perhaps after the debacle of the Great Society, three decades in the political shadow of Ronald Reagan, and the current protracted economic doldrums, Americans have grown suspicious of the liberal vision of the future as a kind of Brigadoon—a land of wonders that voters glimpse every four years but that quickly fades into the mists, and from which no one has ever returned.

Unlike any of his liberal predecessors, Obama’s tortuous doubts about American exceptionalism lead to a sense of his estrangement from his own country, a disability not relieved by his profession, in Berlin, that he is a citizen of the world as well. He seems to lack both the citizen’s pride and the immigrant’s gratitude.

Tempting as it might be to write off the President, it would be a big mistake. Whatever else he may accomplish, his staggering victory on health care reform has earned him a future place on the Mount Rushmore of liberalism, alongside those other supreme hero-statesmen of the creed, Woodrow Wilson, Franklin D. Roosevelt, and Lyndon B. Johnson. Assuming that his signature achievement is not unceremoniously repealed and replaced, Obama will almost certainly become one of the Democratic immortals, the giants who built and expanded the modern liberal state.

The New Progressivism of Barack Obama
Obama is neither an old-fashioned Progressive nor a radical postmodernist. Part of what makes him interesting is how he handles the conflicting strains of his own thought. As a decent man, he believes in justice and identifies with the civil rights movement’s insistence that Jim Crow was manifestly wrong and the cause of black equality manifestly right. As a self-described progressive, he believes in change; that is, he believes that change is almost always synonymous with improvement, that history has a direction and destination, that it’s crucial to be on the right side of history, not the wrong, and that it’s the leader’s job to discern which is the right side and to lead his people to that promised land of social equality and social justice.

Yet he’s skeptical of the simple-minded progressive equation of history with the inevitable triumph of justice; he fears that the foreknowledge of success or the optimistic certitude of victory would detract from the honor of standing up against Jim Crow, for example. It would also create a free-rider problem: Why risk opposing segregation if its fall is inevitable? He shares the civil rights movement’s sense that you have to make history, not just wait for it to make you. Yet if men can make history and history makes morality, then don’t human beings create their own morality?

As the product of a very liberal education, alas, Obama never discovered that this quandary could be resolved by returning from history to nature as the unchanging ground of our changing experience, as the foundation of morality and politics. Returning, say, to Lincoln’s and the Founders’ own understanding of themselves, reconsidering their argument for the Declaration’s principles, never occurred to him as a serious possibility. The progressivist assumptions, though decadent, were still too strong. He thought the only way was forward.

In his capacity as a political leader, Obama’s favorite formulation is that he seeks to “shape” history. But shaping history leaves ambiguous just how much freedom or influence human beings actually have—whether we shape history decisively or only marginally. As he declared in Iowa in 2010 after his health care victory: “Our future is what we make it. Our future is what we make it.”

That’s the deeper meaning of his slogan, “Yes, we can,” which he elsewhere called “a simple creed that sums up the spirit of a people.” In itself, the phrase sounds like a reply to “No, you can’t.” But was the nay-sayer denying us permission to do something or doubting our ability to do it? If the former, “Yes, we can” is an assertion of moral right or autonomy; if the latter, it’s an assertion of power or competence. For Obama, in Progressive fashion, the two appear to go together. Obama says, “Yes, we can” to slaves, abolitionists, immigrants, western pioneers, suffragettes, the space program, healing this nation, and repairing the world—and that’s in one speech.[2]

In a strange way, “Yes, we can” takes the place in his thought that “all men are created equal” held in Lincoln’s thought. Insofar as it is America’s national creed, it affirms that America is what we make it at any given time: America stands for the ability to change, openness to change, the willingness to constantly remake ourselves—but apparently for no particular purpose. Jon Stewart, the comedian, caught the dilemma perfectly when, joshing the President over his equivocations on the Ground Zero mosque, he said Obama’s slogan, as amended, now read: “Yes, we can…. But…should we?”

The country’s saving principle, then, is openness to change. “The genius of our founders is that they designed a system of government that can be changed,” Obama said in 2007 when announcing his presidential candidacy. In short, ours is the kind of country that always says, “Yes, we can” to the principle of “Yes, we can.” We affirm our right to change by always changing; we shape history by reshaping ourselves.

For all his openness to change, there is one to which Obama consistently answers, “No, we can’t.” Any change that would move the country backward, in his view, is anathema. “What I’m not willing to do is go back to the days when…” is a phrase that begins many a sentence in his repertory. When dealing with conservatives, his confidence in history’s purpose and beneficence is miraculously raised to almost Wilsonian levels. He may not be exactly sure where history is going, but somehow he knows it’s not going there. A certain impatience and irritability creep into his voice. If people reject his vision, he can’t be a leader—and that makes it personal. His tone turns petulant, and he begins to issue orders to follow him.

The main target of his scoldings is, of course, the House Republicans, who tend to obstruct his measures. But in a larger sense, Obama displays the Progressive impatience with politics itself. It’s not merely the separation of powers, checks and balances, and other constitutional devices that often stalemate change to which liberals object. It’s human nature in its present state, still so inclined to praise God rather than man, to venerate the past, and to be guided by a healthy self-love.

Eventually, man will be worthy of liberalism, assuming it has its way with him and conditions him to love the State as the bee loves the hive. In the meantime, it’s a constant struggle to bear with this unreconstructed individualist who would rather govern his potty little self (in Chesterton’s great phrase) according to his own lights than be well governed by experts for his own (purported) good.

Obama, like most liberal thinkers, dreams of overcoming man’s stubbornly political nature in two ways, by assimilating politics either to the family or to the military. He began his 2011 State of the Union address by invoking the first theme: “We are part of the American family,” and together as one we’re going to “win the future”—a slogan with deeply Social Darwinist roots, by the way.

After the future business didn’t pan out so well in numerous scrapes with the House GOP, his frustration took a different direction a year later. In his 2012 State of the Union, after celebrating Osama bin Laden’s killing and the withdrawal of combat forces from Iraq, the President focused on the “courage, selflessness, and teamwork of America’s armed forces”:

At a time when too many of our institutions have let us down, they exceed all expectations. They’re not consumed with personal ambition. They don’t obsess over their differences. They focus on the mission at hand. They work together…. Imagine what we could accomplish if we followed their example.
Yes, if politics were rigidly hierarchical, if we had to follow orders from above without question, and if living together as a free people were as unequivocal and straightforward an affair as pumping bullets into bin Laden, then we could accomplish a lot more—or a lot less, depending on how highly you value democratic self-government as an accomplishment. And the truth is that the leadership paradigm values freedom and self-rule much less than it does getting things done, attacking social problems, and making sure that liberal programs survive the struggle for existence on Capitol Hill.

Leadership is a term from the military side of politics, and one of the reasons the Founders resisted it was their determination to preserve republican politics as a civilian forum, as the activity of a free people ruling itself. A standing army might be necessary for that people’s defense, but citizens had no business longing to exchange political debate and deliberation for military solidarity and discipline.

On his better days, President Obama knows that, but this wasn’t one of them. He went on: “When you put on that uniform, it doesn’t matter if you’re black or white; Asian or Latino; conservative or liberal; rich or poor; gay or straight.” Nor does it matter, by the way, whether you think the war is just or unjust, prudent or imprudent.

It might seem that liberals have come a long way from the protest days of the 1960s when many of them lustily denounced the American war machine; but in fact, they’re still compensating or overcompensating for their contempt of the U.S. military back then. At the same time, they are returning to an older Progressive tradition, highly visible in the New Deal, of trying vainly to make politics the moral equivalent of war. In any event, no one has to put on a uniform to be an equal citizen with equal rights under our Constitution.

Progressivism Without Progress?
To make possible a governing liberal majority, Obama has to rehabilitate liberalism’s reputation, to separate it as much as possible from the radical politics of the Sixties and the burden of defending big government.

President Clinton began this renewal in the 1990s. In some ways, Obama continues and sharpens Clinton’s efforts, wringing all the benefits he can out of the appearance of post-partisanship while making few sacrifices of substance. He far outshines Clinton, however, in telling the story of America in a way that reinforces a resurgent liberalism. More than any other Democratic President since FDR, Obama has an impressive interpretation of American history that culminates in him and that reworks and counters Reagan’s view of our history as the working out of American exceptionalism (including divine favor), individualism, limited government, free-market economics, and time-tested morals.

As a writer, Obama’s strength is telling stories, and his account of America is a kind of story, mixing social, intellectual, and political history. It begins with the Founding—with the Declaration of Independence and Constitution. He tries to construct a new consensus view of the country that acknowledges and then contextualizes traditional views in a way meant to be reassuring but that points to very untraditional conclusions. For instance, in The Audacity of Hope, in a chapter titled “Values,” he quotes the Declaration’s famous sentence on self-evident truths and then comments:

Those simple words are our starting point as Americans; they describe not only the foundations of our government but the substance of our common creed. Not every American may be able to recite them; few, if asked, could trace the genesis of the Declaration of Independence to its roots in eighteenth-century liberal and republican thought. But the essential idea behind the Declaration—that we are born into this world free, all of us; that each of us arrives with a bundle of rights that can’t be taken away by any person or any state without just cause; that through our own agency we can, and must, make of our lives what we will—is one that every American understands.[3]
It sounds almost Lincolnian until one notices that the rights in this bundle are not said to be natural, exactly, nor true and certainly not self-evident; they are an outgrowth of 18th century political thought, too recondite for most Americans to know or remember. Abraham Lincoln, when explaining the Declaration, traced its central idea to God and nature, not to 18th century ideologies. He called for “all honor to Jefferson” for introducing “into a merely revolutionary document, an abstract truth, applicable to all men and all times.” When Jefferson was asked about the document’s source and purpose, he looked to common sense as well as to a much older and richer philosophical tradition.[4]

A commonsense argument harmonious with the political principles of Aristotle, Cicero, Locke, and Sidney and proceeding from an abstract truth, applicable to all men and all times, could hardly be a simple distillation of 18th century ideologies—unless, of course, Jefferson and Lincoln didn’t know what they were talking about. If they spoke for their age without knowing so, if they were men of their times but didn’t realize it, then like their 21st century countrymen, they too would have been ignorant of their 18th century wellsprings, but precisely because they were living in or at least not long after the 18th century!

Returning to Obama’s American story, we see that it blends two themes: individualism (symbolized in the Declaration) and “unity” (symbolized in the Constitution’s commitment to “a more perfect Union”). The latter phrase, plucked from the Preamble, has long been a favorite of liberals from Wilson to Bill Clinton. For Obama, unity means being your brother’s and sister’s keeper; it means coming together “as one American family.” “If fate causes us to stumble or fall, our larger American family will be there to lift us up,” he explains.

In real life, he hasn’t exactly been there to lift up his aunt in Boston or his hut-dwelling half brother in Kenya, but then families in real life often disappoint. Even so, the family’s failings only leave more work for the State. Membership in it confers or protects our “dignity,” Obama argues, in the sense of guaranteeing “a basic standard of living” and effectively sharing “life’s risks and rewards for the benefit of each and the good of all.” And no one can enjoy “dignity and respect” without a society that guarantees both “social justice” and “economic justice.”

These ramify widely, demanding, in Obama’s words, that “if you work in America you should not be poor”; that a college education should be every child’s “birthright”; and that every American should have broadband access. Lately, he’s feeling even more generous. The “basic American promise,” he said in his 2012 State of the Union address, was and should be again that “if you worked hard, you could do well enough to raise a family, own a home, send your kids to college, and put a little away for retirement.”[5]

That sounds more like winning life’s lottery than a promise that anyone could justly demand be fulfilled. Notice how craftily, however, Obama shifts his examples of social duty from picking up the fallen to sending someone else’s kids to college. How easily liberal magicians transform needs into desires and desires into rights. They do it right before our eyes and never explain the secret of the trick. Still, it’s revealing that he doesn’t go whole hog, turning such socioeconomic goods explicitly into rights and cataloging them for our wonderment. Chastened by the right-wing and middle-class backlash against welfare rights, he follows Bill Clinton in silently recasting, say, the right to go to college on someone else’s money as an “investment” in “opportunity.” As Obama presents it:

…opportunity is yours if you’re willing to reach for it and work for it. It’s the idea that while there are few guarantees in life, you should be able to count on a job that pays the bills; health care for when you need it; a pension for when you retire; an education for your children that will allow them to fulfill their God-given potential.
Actually, there are quite a few “guarantees” in a life lived in Obama’s America. Even as he’s wary of rights talk after the Sixties’ implosion, he also denies any fondness for “big government.” Newfangled rights would imply a big government to provide them. He’s not in favor of that; he supports “active government.” These aren’t blank-check rights because the recipient has some reciprocal responsibilities—filling out the enrollment forms, showing up at class, making passing grades, and the like. But the obligations are usually minimal, and besides, don’t responsibilities and rights usually keep a house together? So these are rights of a sort, and Obama said so explicitly a month before the 2008 election in a CNN debate with John McCain. Asked whether health care was a privilege, a responsibility, or a right, he replied, “Well, I think it should be a right for every American.”[6] But he had avoided saying so up to that point.

Obama leaves the relationship between individualism and “a more perfect union” up in the air, to be settled pragmatically. Every society has a similar tension between “autonomy and solidarity,” he writes, and “it has been one of the blessings of America that the circumstances of our nation’s birth allowed us to negotiate these tensions better than most.” The circumstances, not the principles, of our nation were key, because the wide-open continent allowed individuals to head west and form new communities to their liking whenever they wanted to.

But the continent filled up; big corporations gradually took over from the family farm, just as Wilson and FDR had explained generations before; and soon our “values” were in a more serious conflict that required a bigger government to help reconcile. Unfortunately, that government proved enduringly unpopular with conservatives, who refused to adjust to the new times; and so finding the proper balance between the individual and the community continues to stoke our increasingly polarized and polarizing political debates.

Though he hails the Constitution as a mechanism of “deliberative democracy,” Obama doesn’t mean by that a back-and-forth on public policy conducted by the executive and legislative branches with input from the people. Deliberation of that kind, endorsed by The Federalist and consistent with natural rights, would seek means to the ends of constitutional government. That’s too narrow for Obama, who seeks deliberation about the ends, or at least about what our rights will be and what the Constitution should mean in the age that is dawning. He wants to turn all of the Constitution’s mechanisms—separation of powers, federalism, checks and balances—into ways of forcing a “conversation” about our identity. In such a conversation, “all citizens are required to engage in a process of testing their ideas against an external reality, persuading others of their point of view, and building shifting alliances of consent.”[7]

Required? An external reality? And who judges whether the resulting conversation meets the requirements of democracy or not? Obama deplores the bile in our contemporary politics, and it must puzzle him that he causes so much of it. But he’s asking for it. As Bill Buckley used to say, liberals always talk about their tolerance and eagerness to engage with other views, but they’re always surprised to find that there are other views.

Obama expects 21st century people to have, roughly speaking, 21st century views, as he does. What then of Jefferson and his 18th century compeers? Obama soon makes clear that despite their fine words, Jefferson and the other Founders were less than faithful to the liberal and republican inferences of the principles they proclaimed. Like a good law school professor, in The Audacity of Hope, Obama lines up evidence and argument on both sides before concluding that, in fact, the Founders probably did not understand their principles as natural and universal, despite their language, but rather as confined to the white race. The Declaration of Independence “may have been,” he says, a transformative moment in world history, a great breakthrough for freedom, but “that spirit of liberty didn’t extend, in the minds of the Founders, to the slaves who worked their fields, made their beds, and nursed their children.” As a result, the Constitution “provided no protection to those outside the constitutional circle,” to those who were not “deemed members of America’s political community”: “the Native American whose treaties proved worthless before the court of the conqueror, or the black man Dred Scott, who would walk into the Supreme Court a free man and leave a slave.”

Obama doesn’t argue, as Lincoln did, that the Supreme Court majority was in error, that Dred Scott was wrongly and unjustly returned to slavery, and that Chief Justice Roger Taney’s dictum—that, in the Founders’ view, the black man had no rights that the white man was bound to respect—was a profound solecism. On the contrary, Obama accepts Dred Scott as rightly decided according to the standards of the time. He agrees, in effect, with Taney’s reading of the Declaration and the Constitution, and with Stephen Douglas’s as well. Despite his admiration for Lincoln, Obama sides with Lincoln’s opponents in their interpretation of Jefferson and the Declaration as pro-slavery.[8] Obama regards the original intention of both the Declaration and the Constitution to be racist and even pro-slavery, but he refrains from making the point explicit.

His understanding of the past thus pays lip service to such things as self-evident truths, original intent, and first principles but quickly changes the subject to values, visions, dreams, ideals, myths, and narratives. This is a postmodern “move.” We can’t know or share truth, postmodernists assert, because there is no truth “out there,” but we can share stories and thus construct a community of shared meaning. It’s these ideas that mark his furthest departure from old-fashioned liberalism.

More and less radical, more and less nihilist—Obama comes in on the “less” side, but then a little bit of nihilism goes a long way. “Implicit…in the very idea of ordered liberty,” he writes in The Audacity of Hope, is “a rejection of absolute truth, the infallibility of any idea or ideology or theology or ‘ism,’ any tyrannical consistency that might lock future generations into a single, unalterable course, or drive both majorities and minorities into the cruelties of the Inquisition, the pogrom, the gulag, or the jihad.” There is no absolute truth—and that’s the absolute truth, he argues. Such feeble, self-contradictory reasoning is at the heart of Obama’s very private and yet very public struggle with himself to determine whether there is anything anywhere that can truly be known, or even that is rational to have faith in. Anyone who believes, really believes, in absolute truth, he asserts, is a fanatic or in imminent danger of becoming a fanatic; absolute truth is the mother of extremism everywhere.

Although it’s certainly a good thing that America avoided religious and political tyranny, no previous President has ever credited this achievement to the Founders’ rejection of absolute truth, previously known as “truth.” Is the idea that human freedom is right, slavery wrong, thus to be rejected lest we embrace an “absolute truth”? What becomes of the “universal truths” Obama himself celebrates on occasion? Surely the problem is not with the degree of belief, but with the falseness of the causes for which the Inquisition, the pogrom, the gulag, and the jihad stood. A fervent belief in religious liberty is not equivalent to a fervent belief in religious tyranny any more than a passionate belief in democracy is equivalent to a passionate longing for dictatorship.

In The Audacity of Hope, within two pages of his criticism of the Founders for allegedly excluding black Americans from constitutional protection as equal human beings and citizens, he warns against all such sweeping truth claims and indeed praises the Founders for being “suspicious of abstraction.” On every major question in America’s early history, he writes, “theory yielded to fact and necessity…. It may be the vision of the Founders that inspires us, but it was their realism, their practicality and flexibility and curiosity, that ensured the Union’s survival.”[9] Obama cannot decide whether to blame the Founders as racists or to celebrate them as relativists; to assail them for not applying their truths absolutely to blacks and Indians along with whites or to praise them for compromising their too absolute principles for the sake of something concrete.

His attempt to resolve this contradiction carries him into still deeper and murkier waters. Obama turns for inspiration to the abolitionists, drawing no distinction between a superb publicist and reasoner like Frederick Douglass and a butcher like John Brown, who was happy “to spill blood and not just words on behalf of his visions.” Both were “absolutists,” which, by Obama’s definition, means they were “unreasonable” but willing to fight for “a new order.” He goes on to confess he has a soft spot for “those possessed of similar certainty today”—for example, the “antiabortion activist” or the “animal rights activist” who’s willing to break the law. He seems to suffer from certainty envy. He respects passionate, even fanatic commitment as such. Though he may “disagree with their views,” he admits that “I am robbed even of the certainty of uncertainty—for sometimes absolute truths may well be absolute.” Not true, necessarily, but absolute. It’s hard to know what he means exactly. That the “truths” are fit for the times, are destined to win out and forge a “new order”? That they are willed absolutely, not pragmatically or contingently? Even his rejection of absolute truth is now uncertain.

So, finally, in his perplexity, he turns again to Lincoln. Like “no man before or since,” Lincoln “understood both the deliberative function of our democracy and the limits of such deliberation.” His presidency combined firm convictions with practicality or expediency. Obama seems never to have heard of prudence, the way a statesman (and a reasonable and decent person) moves from universal principles to particular conclusions in particular circumstances. The 16th President, he ventures, was humble and self-aware, “maintaining within himself the balance between two contradictory ideas,” that we are all imperfect and thus must reach for “common understandings” and that at times “we must act nonetheless, as if we are certain, protected from error only by providence.”

For a man like Lincoln, there is no such thing, he says in effect, as acting with moral certainty, only acting “as if we are certain,” God help us. Unlike John Brown, Lincoln was an absolutist who realized the limitations of absolutism yet still brought forth a new order. “Lincoln, and those buried at Gettysburg,” Obama concludes, “remind us that we should pursue our own absolute truths only if we acknowledge that there may be a terrible price to pay.”[10] Our own absolute truths? Those words ought to send a shudder down Americans’ constitutional spine, assuming we still have one.

The Liberal Crisis
Liberals like crises, and one shouldn’t spoil them by handing them another on a silver salver. The kind of crisis that is approaching, however, is probably not their favorite kind—an emergency that presents an opportunity to enlarge government—but one that will find liberalism at a crossroads, a turning point. Liberalism can’t go on as it is, not for very long. It faces difficulties both philosophical and fiscal that will compel it either to go out of business or to become something quite different from what it has been.

For most of the past century, liberalism was happy to use relativism as an argument against conservatism. Those self-evident truths that the old American constitutional order rested on were neither logically self-evident nor true, Woodrow Wilson and his followers argued, but merely rationalizations for an immature, subjective form of right that enshrined selfishness as national morality. What was truly evident was the relativity of all past views of morality, each a reflection of its society’s stage of development. But there was a final stage of development when true morality would be actualized and its inevitability made abundantly clear—that is, self-evident.

Disillusionment came when the purported end or near end of history coincided not with idealism justified and realized, but with what many liberals in the 1960s, especially the young, despaired of as the infinite immorality of poverty, racial injustice, Vietnam, the System, and the threat of nuclear annihilation. Relativism rounded on liberalism. Having promised so much, liberalism was peculiarly vulnerable to the charge that the complete spiritual fulfillment it once promised was neither complete nor fulfilling.

As Obama’s grappling shows, intelligent and morally sensitive liberals may try to suppress or internalize the problem of relativism, but it cannot be forgotten or ignored. Despite his investment in deliberative democracy, communitarianism, and pragmatic decision making, he’s willing to throw it all aside at the moment of decision because it doesn’t satisfy his love of justice, or rather his love of a certain kind of courage or resolute action. “The blood of slaves reminds us that our pragmatism can sometimes be moral cowardice,” he writes.[11] In a moment like that, a great man must follow his own absolute truth, and the rest of us are left hoping it is Lincoln and not John Brown, much less Jefferson Davis, whose will is triumphant. The great man doesn’t anticipate or follow or approximate history’s course; he creates it, wills it according to his own absolute will, not absolute knowledge.

When combined with liberalism’s lust for strong leaders, this openness to Nietzschean creativity looms dangerously over the liberal future. If we are lucky, if liberalism is lucky, no one will ever apply for the position of liberal “superhero,” in Michael Tomasky’s term, and the role will remain vacant. But as Lincoln asked in the Lyceum speech, “Is it unreasonable then to expect, that some man possessed of the loftiest genius, coupled with ambition sufficient to push it to its utmost stretch, will at some time, spring up among us?”

And when such a one does, it will require the people to be united with each other, attached to the government and laws, and generally intelligent, to successfully frustrate his designs. Distinction will be his paramount object; and although he would as willingly, perhaps more so, acquire it by doing good as harm; yet, that opportunity being past, and nothing left to be done in the way of building up, he would set boldly to the task of pulling down.
More worrisome even than the danger of a superman able to promise that everything desirable will soon be possible is a people unattached to its constitution and laws; and for that, liberalism has much to answer.

In one crucial respect, our situation would seem more perilous than the future danger Lincoln sketched insofar as the very definitions of political “good” and “harm” are now uncertain. Avant-garde liberalism used to be about progress; now it’s about nothingness. You call that progress? Perhaps, paradoxically, that’s why Obama prefers to be called a progressive rather than a liberal. It’s better to believe in something than in nothing, even if the something, Progress, is not as believable as it used to be. His residual progressivism helps insure him against his instinctual postmodernism. Still, liberalism is in a bad way when it has lost confidence in its own truth, and it’s an odd sort of “progress” to go back to a name it surrendered 80 years ago.

Adding to liberal self-doubt is that liberalism’s monopoly on the social sciences, long since broken, has been supplanted by a multiple-front argument with conservative scholars in economics, political science, and other fields. In the beginning, Progressivism commanded all the social sciences because it had invented or imported them all. Wilson, Franklin Roosevelt, and Lyndon Johnson could be confident in the inevitability of progress, despite temporary setbacks, because the social sciences backed them up. An expertise in administering progress existed, and experts in public administration, Keynesian economics, national planning, urban affairs, modernization theory, development studies, and a half-dozen other specialties beavered away at bringing the future to life.

What a difference a half-century makes. The vogue for national planning disappeared under the pressure of ideas and events. Friedrich Hayek demonstrated why socialist economic planning, lacking free-market pricing information, could not succeed. In a side-by-side experiment, West Germany far outpaced East Germany in economic development, and all the people escaping across the Wall traveled from east to west, leaving their workers’ paradise behind. Keynesianism flunked the test of the 1970s stagflation. The Reagan boom, with its repeated tax cuts, flew in the face of the orthodoxy at the Harvard Department of Economics but was cheered by the Chicago School. Milton Friedman’s advice to Chile proved far sounder than Jeffrey Sachs’s to Russia. Monetarism, rational choice economics, supply-side, “government failure,” “regulatory capture,” “incentive effects”—the intellectual discoveries were predominantly on the Right. Conservative and libertarian think tanks multiplied, carrying the new insights directly into the fray.

The scholarly counterattack proceeded in political science and the law, too. Rational choice and “law and economics” changed the agenda to some degree. Both politics and the law became increasingly “originalist” in bearing, enriched by a new appreciation for 18th century sources and the original intent of the Founders and the Framers of the Constitution. Above all, the Progressives’ attempt to replace political philosophy with social science foundered.

After World War II, an unanticipated and at first unheralded revival of political philosophy began, associated above all with Leo Strauss, questioning historicism and nihilism in the name of a broadly Socratic understanding of nature and natural right. New studies of the tradition yielded some very untraditional results. Though there were left-wing as well as right-wing aspects to this revival, the latter proved more influential and liberating. The unquestionability of both progress and relativism died quietly in classrooms around the country. Economics is an instrumental science, studying means not ends, and so much of the successes of free-market economics could be swallowed pragmatically by liberalism’s maw. The developments in political philosophy challenged the ends of Progressivism, proving far more damaging to it.

In sheer numbers, the academy remained safely, overwhelmingly in the hands of the Left, whose members in fact grew more radical, with some notable exceptions, in these years. But they gradually lost the unchallenged intellectual ascendancy, though not the prestige, they once had enjoyed.

Thanks to this intellectual rebirth, the case against Progressivism and in favor of the Constitution is stronger and deeper than it has ever been. Progressivism has never been in a fair fight, an equal fight, until now, because its political opponents had largely been educated in the same ideas, had lost touch, like Antaeus, with the ground of the Constitution in natural right, and so tended to offer only Progressivism Lite as an alternative.

The sheer superficiality of Progressive scholarship is now evident. Progressives could never take the ideas of the Declaration and Constitution seriously for many of the same reasons that Obama cannot ultimately take them seriously. Wilson never demonstrated that the Constitution was inadequate to the problems of his age—he asserted it, or rather assumed it. His references to The Federalist are shallow and general, never betraying a close familiarity with any paper or papers, and willfully ignorant of the separation of powers as an instrument to energize and hone, not merely limit, the national government. Though he thought of himself as picking up where Hamilton, Webster, and Lincoln had left off, Wilson never investigated where they left off and why. Neither he nor his main contemporaries asked how far The Federalist’s or Lincoln’s reading of national powers and duties might take them, because they assumed it would not take them very far, that it reflected the political forces of its age and had to be superseded by new doctrines for a new age. They weren’t interested in Lincoln’s reasons, only in his results. Not right but historical might was the Progressives’ true focus.

Today liberalism looks increasingly, well, elderly. Hard of hearing, irascible, enamored of past glories, forgetful of mistakes and promises, prone to repeat the same stories over and over—it isn’t the youthful voice of tomorrow it once imagined itself to be. Only a rhetorician of Obama’s youth and artfulness could breathe life into the old tropes again.

Even he can’t repeat the performance in 2012. With a track record to defend, he will have to speak more prose and less poetry. With a century-old track record, liberalism will find it harder than ever to paint itself as the disinterested champion of the public good. Long ago, it became an Establishment, one of the estates of the realm, with its court-party of notoriously self-interested constituencies: the public employee unions, the trial lawyers, the feminists, the environmentalists, and the corporations aching to be public utilities paying private-sector salaries. Not visions of the future, but visions of plunder come to mind. This is one side of what Walter Russell Mead means when he criticizes the “blue state social model” as outmoded and heavy-handed.[12]

The Patient Protection and Affordable Care Act is about as sleek and innovative as the several phone books’ worth of paper it takes up in printed form. Can one imagine Steve Jobs’s reaction if he had been tasked with reading, much less implementing, the PPACA? It is exhibit A in the case for the intellectual obsolescence of liberalism.

Finally, we come to the fiscal embarrassments confronting contemporary liberals. Again, Obamacare is wonderfully emblematic. President Obama’s solution to the problem of two health care entitlement programs quickly going bankrupt—Medicare and Medicaid—is to add a third? Perhaps it is a stratagem. More likely it is simply the reflexive liberal solution to any social problem: Spend more.

From Karl Marx to John Rawls, if you’ll excuse the juxtaposition, left-wing critics of capitalism have often paid it the supreme compliment of presuming it so productive an economic system that it has overcome permanently the problem of scarcity in human life. Capitalism has generated a “plenty.” It has distributional problems, which produce intolerable social and economic instability; but eliminate or control those inconveniences and it could produce wealth enough not only to provide for every man’s necessities, but also to lift him into the realm of freedom. To some liberals, that premise implied that socioeconomic rights could be paid for without severe damage to the economy and without oppressive taxation, at least of the majority.

Obama is the first liberal to suggest that even capitalism cannot pay for all the benefits promised by the American welfare state, particularly regarding health care. Granted, his solution is counterintuitive in the extreme, which makes one wonder if he is sincere. To the extent that liberalism is the welfare state, and the welfare state is entitlement spending, and entitlements are mostly spent effecting the right to health care, the insolvency of the health care entitlement programs is rightly regarded as a major part of the economic and moral crisis of liberalism. “Simply put,” Yuval Levin writes, “we cannot afford to preserve our welfare state in anything like its present form.” According to the Congressional Budget Office, by 2025, Medicare, Medicaid, Social Security, and the interest on the federal debt will consume all—all—federal revenues, leaving defense and all other expenditures to be paid for by borrowing; and the debt will be approaching twice the country’s annual GDP.[13]

Conclusion
If something can’t go on forever, Herbert Stein noted sagely, it won’t. It would be possible to increase federal revenues by raising taxes, but the kind of money that’s needed could only be raised by taxing the middle class (defined, let us say, as all those families making less than $250,000 a year) very heavily. Like every other Democratic candidate since Walter Mondale, who made the mistake of confessing to the American people that he was going to raise their taxes, Obama swore not to do that.

If the bankruptcy of the entitlement programs were handled just the right way, with world-class cynicism and opportunism, in an emergency demanding quick, painful action lest Grandma descend into an irreversible diabetic coma, then liberalism might succeed in maneuvering America into a Scandinavia-style überwelfare state, fueled by massive and regressive taxes cheerfully accepted by the citizenry. But odds are we stand instead at the twilight of the liberal welfare state. As it sinks, a new, more conservative system will likely rise that will feature some combination of more means-testing of benefits, a switch from defined-benefit to defined-contribution programs, greater devolution of authority to the states and localities, a new budget process that will force welfare expenditures to compete with other national priorities, and the redefinition of the welfare function away from fulfilling socioeconomic “rights” and toward charitably taking care of the truly needy as best the community can afford when private efforts have failed or proved inadequate.

Currently, the welfare state operates almost independently alongside the general government. Taken together, these reforms will work to reintegrate the welfare state into the government, curtailing its state-within-a-state status and, even more important, integrating it back into the constitutional system that stands on natural rights and consent.

Is it just wishful thinking to imagine the end of liberalism? Few things in politics are permanent. Conservatism and liberalism didn’t become the central division in our politics until the middle of the 20th century. Before that, American politics revolved around such issues as states’ rights, the wars, slavery, the tariff, and suffrage. Parties have come and gone in our history. You won’t find many Federalists, Whigs, or Populists lining up at the polls these days. Britain’s Liberal Party faded from power in the 1920s. The Canadian Liberal Party collapsed in 2011.

Recently, within a decade of its maximum empire at home and abroad, a combined intellectual movement, political party, and form of government crumbled away, to be swept up and consigned to the dustbin of history. Communism, which in a very different way from American liberalism traced its roots to Hegel, Social Darwinism, and leadership by a vanguard group of intellectuals, vanished before our eyes, though not without an abortive coup or two. If Communism, armed with millions of troops and thousands of megatons of nuclear weapons, could collapse of its own dead weight and implausibility, why not American liberalism?

The parallel is imperfect, of course, because liberalism and its vehicle, the Democratic Party, remain profoundly popular, resilient, and changeable. Elections matter to them. What’s more, the egalitarian impulse, centralized government (though not centralized administration), and the Democratic Party have deep roots in the American political tradition—and reflect permanent aspects of modern democracy itself, as Tocqueville testifies.

Some elements of liberalism are inherent in American democracy, then, but the compound, the peculiar combination that is contemporary liberalism, is not. Compounded of the Hegelian philosophy of history, Social Darwinism, the living constitution, leadership, the cult of the State, the rule of administrative experts, entitlements and group rights, and moral creativity, modern liberalism is something new and distinctive, despite the presence in it, too, of certain American constants like the love of equality and democratic individualism.

Under the pressure of ideas and events, that compound could come apart. Liberals’ confidence in being on the right, the winning side of history could crumble, perhaps has already begun to crumble. Trust in government, which really means in the State, is at all-time lows. A majority of Americans oppose a new entitlement program—in part because they want to keep the old programs unimpaired, but also because the economic and moral sustainability of the whole welfare state grows more and more doubtful. The goodwill and even the presumptive expertise of many government experts command less and less respect. Obama’s speeches no longer send the old thrill up the leg, and his leadership, whether for one or two terms, may yet help to discredit the respectability of following the Leader.

The Democratic Party is unlikely to go poof, but it’s possible that modern liberalism will. A series of nasty political defeats and painful repudiations of its impossible dreams might do the trick. At the least, it will have to downsize its ambitions and get back in touch with political, moral, and fiscal reality. It will have to—all together now—turn back the clock. Much will depend, too, on what conservatives say and do in the coming years. Will they have the prudence and guile to elevate the fight to the level of constitutional principle, to expose the Tory credentials of their opponents?

President Obama’s decision to double down aggressively on the reach and cost of big government just as the European model of social democracy is hitting the skids provides the perfect opportunity for conservatives to exploit. His course makes the problems of liberalism worse and more urgent, as though he is eager for a crisis. Sooner or later, the crisis will come. If the people remain attached to their government and laws and American statesmen do their part, the country may yet take the path leading up from liberalism.

—Charles R. Kesler, Ph.D., is a senior fellow at the Claremont Institute, editor of the Claremont Review of Books, and professor of government at Claremont McKenna College. He is the author of I Am the Change: Barack Obama and the Crisis of Liberalism (Broadside Books, 2012), from which this essay was adapted.
Hide References

[1]Stanley Kurtz, Radical-in-Chief: Barack Obama and the Untold Story of American Socialism (New York: Threshold Editions, 2010), pp. 1–11, 21–60, 71–77, 86.
[2]See Barack Obama, Remarks Following the Iowa Caucuses, January 3, 2008, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=76232&st=&st1=#axzz1lvulJr36.
[3]Barack Obama, The Audacity of Hope: Thoughts on Reclaiming the American Dream (New York: Crown Publishers, 2006), p. 53.
[4]Abraham Lincoln, Letter to H. L. Pierce and Others, April 6, 1859, in The Collected Works of Abraham Lincoln, ed. Roy P. Basler (New Brunswick, N.J.: Rutgers University Press, 1953), vol. 3, p. 376; Thomas Jefferson, Letter to Henry Lee, May 8, 1825, and Letter to Roger Weightman, June 24, 1826, in Thomas Jefferson: Writings, ed. Merrill D. Peterson (New York: Library of America, 1984), pp. 1501, 1517. For a commentary, see Harry V. Jaffa, A New Birth of Freedom (Lanham, Md.: Rowman & Littlefield, 2000), ch. 2.
[5]Barack Obama, “A Hope to Fulfill,” Remarks of Senator Barack Obama at the National Press Club, April 26, 2005, http://obamaspeeches.com/014-National-Press-Club-Speech.htm; Remarks Following the Wisconsin Primary, February 19, 2008, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=76558&st=&st1=#axzz1lvulJr36; Remarks in St. Paul, Minnesota, Claiming the Democratic Presidential Nomination Following the Montana and South Dakota Primaries, June 3, 2008, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=77409&st=&st1=#axzz1lvulJr36; Address Before a Joint Session of Congress on the State of the Union, January 24, 2012, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index/index.php?pid=99000#axzz1lvulJr36; and James T. Kloppenberg, Reading Obama: Dreams, Hope, and the American Political Tradition (Princeton, N.J.; Princeton University Press, 2011), pp. 89–110, 139–40.
[6]Barack Obama, Comments at Presidential Debate at Belmont University in Nashville, Tennessee, October 7, 2008, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=84482&st=&st1=#axzz1lvulJr36.
[7]Obama, The Audacity of Hope, pp. 55, 92.
[8]Ibid., p. 95.
[9]Ibid., pp. 93–96. Obama echoes, and radicalizes, Woodrow Wilson’s distinction between the Founders as time-bound theorists and as competent statesmen.
[10]Ibid., pp. 97–98.
[11]Ibid., p. 98.
[12]See, for example, Walter Russell Mead, “Beyond the Blue Part One: The Crisis of the American Dream,” American Interest, January 29, 2012, http://blogs.the-american-interest.com/wrm/2012/01/29/beyond-blue-part-one-the-crisis-of-the-american-dream/.
[13]Yuval Levin, “Beyond the Welfare State,” National Affairs, Spring 2011, pp. 21–38, 30, 32.

Voir également:

He was the change

James Piereson

The Criterion

A review of I Am the Change: Barack Obama and the Crisis of Liberalism by Charles R. Kesler

Four years ago, in the excited aftermath of the 2008 election, Barack Obama was widely viewed as a liberal messiah who would engineer a new era of liberal reform and cement a Democratic majority for decades to come. He would prove to be, as many pundits predicted, a Franklin Delano Roosevelt, or perhaps even an Abraham Lincoln, for our time. They were not alone in saying this: Obama himself said much the same thing.

These forecasts seemed grandiose at the time; today, after four years of an Obama presidency, they look positively silly. In contrast to 2008, 2012 Obama looks less like a transformational president and more like a typically embattled politician trying to survive a tight contest for reelection. Even some of his strongest supporters are now “defining Obama down” as just another Democratic “pol” making compromises and paying off constituencies in order to keep his coalition together. Extravagant hopes have given way to a scramble for survival. Few continue to believe that Obama will establish the foundations for a new era of liberal governance. Some are beginning to point toward a more surprising turn of events: Far from bringing about a renewal of liberalism, Obama is actually presiding over its disintegration and collapse.

This is the thesis of Charles R. Kesler’s fascinating and insightful new book, I Am the Change: Barack Obama and the Crisis of Liberalism.1 Mr. Kesler, a professor of government at Claremont McKenna College and editor of The Claremont Review, is a well-known conservative scholar and authority on the history of liberal thought. Professor Kesler presents a critical yet nuanced portrayal of Obama and his rise to power. From his perspective as scholar and theorist, Kesler sees Obama as a conventional liberal or, better yet, as a progressive, and not as a socialist or anti-American subversive (as some of the President’s critics would have it). Viewed through a wide historical lens, Obama appears as the most recent—and perhaps the last—of a line of liberal presidents beginning with Woodrow Wilson a century ago and running through FDR to Lyndon Johnson and beyond to Jimmy Carter and Bill Clinton. A signal virtue of this book is that it shows how the Obama presidency fits into the evolution of modern liberalism from its origins in the Progressive movement more than a century ago.1

The great political battles in the United States during the nineteenth century were never ideological contests in the modern sense but rather controversies fought over the meaning of the Constitution and the intentions of the founding fathers. Political contests over expansion, the Bank of the United States, slavery, secession, and the regulation of commerce were fought out along constitutional lines. The politicians and statesmen of that era were not divided into liberal and conservative camps; those terms had little meaning in nineteenth-century America. Abraham Lincoln was not thought of as a “liberal,” nor were slave owners derided as “conservatives.” Both sides of that controversy appealed to the Constitution or to the Declaration of Independence to defend their positions.

The Progressives introduced an ideological element into American politics by detaching their arguments from the Constitution and grounding them instead in claims about progress and historical development. Progressives (they were not yet called “liberals”) asserted that the Constitution, with its complex framework designed to limit government, was out of date in the modern age of science, industrialism, and large trusts and corporations. Constitutionalists looked backwards to the founding fathers; Progressives looked forward to a vast future of never-ending progress and change. The founding fathers and their nineteenth-century successors anchored popular government in a philosophy of natural rights; Progressives looked to different foundations in history and development. Progressives could not get rid of the Constitution, but they could reinterpret it to allow for more federal action to regulate the trusts, resolve industrial disputes, and engineer progress. Thus was born the idea of a “living Constitution,” an open-ended and flexible document readily adapted to changing conditions.

The Progressives were proponents of scientific government, not necessarily of popular or representative government. They disdained legislative bodies with their vote-trading and petty disputes over constituent interests; thus, they looked to the presidency rather than to the Congress for national leadership in the direction of reform and progress. The president spoke for the people or the nation, Congress spoke for special interests. Progressives wanted to delegate power to administrative bodies, commissions, and bureaus staffed by disinterested experts who could apply up-to-date knowledge to solve new problems. The Interstate Commerce Commission, the Food and Drug Administration, the Federal Trade Commission, and the Federal Reserve Board were Progressive initiatives. The Progressives dreamed of a time when political contests among rival interests would give way to impartial administration by experts and judges trained by and recruited from the best colleges and universities in the land. Academic institutions, as Mr. Kesler points out, would go on to play a major role in the evolution of liberalism.

Professor Kesler identifies Woodrow Wilson as the chief architect of this vision in American politics, helping to lay the intellectual foundations for progressivism and then beginning to put them in place during his term as president. As a research scholar and university president, Wilson brought some of the abstract qualities of a college professor to the study of politics. He wrote an influential study of the US Congress without visiting the US Capitol. While he admired the founding fathers, he criticized them for leaving behind a constitutional structure that was disorderly and inefficient, and encouraged conflict rather than cooperation. Thus he claimed that the separation of powers in the Constitution was a mischievous invention designed to limit the powers of government and to prevent cooperation among the branches (which was partly true). Wilson wanted to bring the branches closer together through presidential leadership and responsible party government. He favored a parliamentary system like that in place in Great Britain in which the executive and legislative branches are unified under the control of a single party and led by the Prime Minister.

Most fundamentally of all, Wilson claimed that the vision of the founding fathers did not lead to progress but to endless division and factional infighting. The Constitution was a Newtonian machine designed to balance conflicting forces when what was now required was a Darwinian instrument flexible enough to evolve in response to changes in its environment. It was not necessary to change the Constitution itself in order to bring about such a fundamental change; it was only necessary for Americans to think about it in a new way. After all, Washington, Jefferson, and Madison led a revolution and wrote the Constitution in response to the challenges of their time: Why should not Americans in the twentieth century do the same? Thus Wilson and his associates in the Progressive movement looked to an intellectual revolution as the means by which Americans would liberate themselv