Mariage homosexuel pour tous: Attention, un pinkwashing peut en cacher un autre ! (Pinkwashing gets its first backlash)

24 juin, 2013

http://www.contre-info.com/wp-content/uploads/2011/09/pub-eram-2.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/de4d5-image2-lesbiennehomosexuellepublicitc3a9.jpghttp://www.20min.ch/diashow/15531/02.jpghttp://static1.puremedias.com/articles/4/39/24/14/@/3938100-capture-puremedias-fr-diapo-1.jpghttp://i5.cdnds.net/13/09/450x450/harvey_nichs_lesbian_kiss.jpg

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Il faudrait dire soit mariage pour tous, soit égalité face au mariage. Si on comprend bien que derrière le terme il y a une facilité de langage, il y a aussi un danger d’aller vers une union civile [c’est-à-dire une union qui reprendrait les droits du mariage, mais exclurait les questions d’adoption et de filiation], c’est-à-dire un droit spécifique. Nicolas Gougain (porte-parole de l’inter-LGBT)
Les écoles maternelles et élémentaires européennes pourront interdire les livres pour enfants et les contes de fées qui dépeignent la famille traditionnelle. Il s’agit d’une demande de la commission parlementaire des droits de la femme. Selon le comité, les contes de fées devraient parler de la diversité sexuelle. Pravda
Il y a décidemment une volonté manifeste et malsaine, de vouloir imposer l’homosexualité comme la nouvelle norme en Europe. Au nom du fameux principe d’égalité, la République Française vient à son tour d’imposer à sa population, une loi autorisant le mariage des personnes inverties et bientôt leur adoption d’enfants, imitant artificiellement le modèle de la famille traditionnelle et naturelle. Sitôt entérinée, le premier « mariage » a été célébré dans la ville de Montpellier dont sa mairesse, à l’image de la majorité socialiste à laquelle elle appartient, peine à trouver des solutions au marasme général et inflige donc à sa population, des animations sociétales moins coûteuses. Enfin, en apparence seulement, si l’on en juge par la débauche de moyens réunis par la commune, et donc à la charge des contribuables, pour unir deux agents municipaux en présence de personnalités comme Najat Valaux-Belkacem, sensées conférer à l’événement un caractère historique, comparable au sacre des Rois de France ou de la Révolution de 1789, si l’on en croit le traitement caricatural des journalistes français. Le voyage préalable de la porte-parole du gouvernement à Rouen pour rendre hommage soi-disant à sainte Jeanne-d’Arc, ne permet cependant pas de comparer ce non-évènement avec le sacre de Charles VII. D’acceptée, l’homosexualité devient promulguée. Cette parodie de mariage fait suite à la récompense délivrée par le jury de Cannes et son président américain Steven Spielberg, à un film mettant en scène les amours passionnées entre deux jeunes femmes. Film soi-disant transgressif, qui fait l’apologie de la pédophilie entre une jeune adulte et une mineure. Une histoire qui n’est pas si éloignée d’un sordide fait divers survenu dans le Nord de la France. Une enseignante de collège classé en zone d’éducation prioritaire, professeur d’anglais a entretenu une liaison pendant deux ans avec une élève de 12 ans issue d’une famille monoparentale, avant que la mère de cette dernière ne l’apprenne et ne dépose plainte. A en croire certain, normal pour un prof de langues à la pédagogie « innovante » et qui « aimait ses élèves » selon ses collègues. Pour d’autre, Normal qu’un enfant déboussolé reçoive l’Amour auquel il a « droit ». C’est peut-être cette « normalité » qui devient la plus dérangeante. Un nouvel ordre moral s’impose en Hollandie. Encore quelques années et quelques manigances de certains lobbies et elle sera certainement sacralisée comme une figure de la néo-religion égalitaire. D’exemple, la France est devenue le contre-exemple pour de nombreux peuples qui n’entendent pas la suivre dans son suicide civilisationnel. On a les saintes que l’on mérite : un professeur pédophile et homosexuelle ou une jeune vierge combattante se sacrifiant pour sa patrie. A la jeune génération qui se dresse de faire le choix. Prorussia
En France, tout le monde connaît le ruban rouge, signe de lutte contre le Sida. En Amérique du Nord, le ruban rose (pink ribbon) est associé à la lutte contre le cancer du sein. De nombreuses marques s’associent à cette cause en affichant ce signe distinctif et en indiquant qu’une somme sera reversée à un organisme de recherche ou une association. Et c’est là que les dérives commencent, en particulier en octobre, mois de sensibilisation au cancer du sein outre Atlantique. Construit sur la base du terme greenwashing, le pinkwashing est utilisé pour décrire les activités d’entreprises et de groupes qui se positionnent comme leaders dans la lutte contre le cancer du sein alors qu’elles sont engagées dans des activités qui peuvent/pourraient contribuer à augmenter le nombre de ces cancers… Plus largement, le terme s’applique aussi à ces sociétés qui cherchent tout simplement à exploiter ce filon et à faire du business. Sircome
"Pinkwashing" (le "marketing rose")  est un mot-valise combinant "rose" et "blanchiment". Le terme est le plus souvent utilisé pour décrire différentes formes de marketing à but non-lucratif. Il peut se référer à: la promotion de biens et services en utilisant le ruban rose qui représente le soutien aux organismes de bienfaisance liés au cancer du sein. (…) La promotion de l’attitude pro-homosexuels d’une entité commerciale ou politique pour tenter de minimiser ou d’adoucir ses côtés considérés comme négatifs. Wikipedia
Julie Maroh raconte, de façon sensible, comment la vie de la lycéenne Clémentine bascule le jour où elle croise le regard d’une fille aux cheveux bleus, Emma. Une histoire attachante, des dialogues et des situations justes, sur le thème du désir amoureux, de l’homosexualité féminine et de son acceptation dans la société d’aujourd’hui. La dessinatrice originaire du Nord de la France, âgée de 28 ans, a consacré des années de travail à ce premier album. Il a été son projet d’études de la section BD du célèbre Institut Saint-Luc, dont elle est sortie avec la Haute distinction. La poursuite de son cursus à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles a encore repoussé la parution. Mais dès sa sortie en 2010, Le bleu est une couleur chaude a attiré les prix : Salon BD de Roubaix, Festival de BD de Blois, Prix du public Fauve à Angoulême… Ouest-France
On la sent en particulier assez tiède «quant au cul»: «en tant que lesbienne», elle se demande si le cinéaste et ses actrices se sont bien documentés. Pour sa part, elle a vu dans les scènes les plus chaudes «un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui [l]’a mise très mal à l’aise». Le Nouvel Observateur
C’est un processus à propos de l’idée de la répercussion de nos actes, d’écrire une ridicule histoire l’été de mes 19 ans et d’arriver à… « ça » aujourd’hui. (…) je suis traversée d’un sentiment indescriptible à propos de la répercussion. De se lever et de parler, et où cela peut mener. Moi ce qui m’intéresse c’est la banalisation de l’homosexualité. Je sais que certains sont dans un tout autre combat: garder cela hors-norme, subversif. Aucun de nous n’avait une intention militante, néanmoins j’ai très vite pris conscience après la parution du Bleu en 2010 que le simple fait de parler d’une minorité telle qu’elle soit participe à en défendre la cause (ou le contraire, selon.) et que cela nous dépasse complètement. (…) Quant au cul… Oui, quant au cul… Puisqu’il est beaucoup évoqué dans la bouche de celles et ceux qui parlent du film… Il est d’abord utile de clarifier que sur les trois heures du film, ces scènes n’occupent que quelques minutes. Si on en parle tant c’est en raison du parti pris du réalisateur. (…)  Maintenant, en tant que lesbienne… Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes. Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t’il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes. Je comprends l’intention de Kechiche de filmer la jouissance. Sa manière de filmer ces scènes est à mon sens directement liée à une autre, où plusieurs personnages discutent du mythe de l’orgasme féminin, qui… serait mystique et bien supérieur à celui de l’homme. Mais voilà, sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux. En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets. Mais j’attends aussi de voir ce que d’autres femmes en penseront, ce n’est ici que ma position toute personnelle. (…) Cette nuit j’ai réalisé que c’était la première fois dans l’histoire du cinéma qu’une bande dessinée avait inspiré un film Palme d’Or, et cette idée me laisse pétrifiée. C’est beaucoup à porter. Je tiens à remercier tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour moi à la réception de cette Palme. Je ne doute pas qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, tout comme il en avait certainement de ne pas me rendre visible sur le tapis rouge à Cannes alors que j’avais traversé la France pour me joindre à eux, de ne pas me recevoir – même une heure – sur le tournage du film, de n’avoir délégué personne pour me tenir informée du déroulement de la prod’ entre juin 2012 et avril 2013, ou pour n’avoir jamais répondu à mes messages depuis 2011. Mais à ceux qui ont vivement réagi, je tiens à dire que je n’en garde pas d’amertume. Il ne l’a pas déclaré devant les caméras, mais le soir de la projection officielle de Cannes il y avait quelques témoins pour l’entendre me dire « Merci, c’est toi le point de départ » en me serrant la main très fort. Julie Maroh
J.C. Penney’s freefall should serve as a warning to other companies who are itching to jump on the same-sex bandwagon. Pandering to those who want to redefine marriage (and the rest of society with it) may earn you a pat on the back from the Human Rights Campaign, but in the long term, it’s bad policy. Americans want corporate neutrality in the culture wars, and when they don’t find it, they will go elsewhere. Family Research Center
L’inversion de la courbe de popularité de François Hollande, dans le baromètre Ifop pour le JDD, aura duré…un mois. Après avoir gagné quatre points en mai, il en perd trois en juin et annule ainsi l’effet "mariage pour tous" en retombant à 26% de personnes satisfaites. Un sondage préoccupant pour l’exécutif alors qu’il vient de lancer les consultations sur la réforme des retraites. JDD (22.06.13)
Dites-moi un peu maintenant avec quels arguments sérieux nous nous opposerons à la polygamie par exemple ? Nous avons mis le doigt dans un drôle d’engrenage. Tareq Oubrou (iman de Bordeaux)

Palme d’Or de Cannes à l’histoire d’un amour lesbien, tournage du premier mariage homosexuel pour le feuilleton politiquement correct de France 3 ("Plus belle la vie"), père homosexuel tenant son bébé dans les bras en couverture du magazine gay Têtu, volonté du principal syndicat du primaire (Snuipp) de relancer la théorie du genre à l’école ("Papa porte une robe" ou "Jean a deux mamans"), acceptation de membres (mais pas de cadres) homosexuels pour les scouts américains  …

Attention: un pinkwashing peut en cacher un autre !

Alors que nos apprentis-sorciers de gouvernants qui s’étaient un peu vite autocongratulés d’avoir bouleversé le code civil et la civilisation (jusqu’aux… contes de fée ?) pour accorder le droit à l’aberration pour tous à peut-être 100.000 couples homosexuels …

Font à présent, entre arrestation d’une mère porteuse pour escroquerie, fiasco du premier salon du mariage gay, chute des ventes dans certains grands magasins américains et vandalisation répétée d’une exposition photo contre l’homophobie, mine de s’étonner d’une radicalisation de la société que leur élection était censée apaiser …

Comment ne pas voir avec le chroniqueur du Figaro Ivan Rioufol et sans compter l’inquiétant précédent qui risque ainsi d’être créé …

Les prévisibles fruits du véritable matraquage auquel, de nos grands à nos petits écrans et de nos rues à nos magazines et à nos BD, sont de plus en plus soumises nos vies quotidiennes ?

Après le mariage gay, la polygamie?

Ivan Rioufol

29 mai 2013

Tourner la page? C’est ce qu’assurent le gouvernement et les députés PS, quand ils disent refuser une "scénarisation" des premiers mariages homosexuels. En réalité, le vote de la loi a libéré les esprits prosélytes. Ce mercredi, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, assistera "à titre privé" à l’union de Vincent Autin et Bruno Boileau, à Montpellier, devant 500 invités et 230 journalistes, représentants 115 médias du monde entier. Ce n’est qu’un amuse-gueule. Il y a eu, ce week-end, la Palme d’Or du Festival de Cannes, qui a récompensé opportunément l’histoire d’un amour lesbien ("La vie d’Adèle", d’Abdellatif Kechiche). France 3 vient de tourner les noces de Thomas et Gabriel, pour son feuilleton très politiquement correct, "Plus belle la vie". Le magazine gay Têtu proposera, en couverture, un père homosexuel tenant son bébé dans les bras ("Rémy et son fils"). Le Figaro de ce mercredi dévoile que le principal syndicat du primaire (Snuipp) entend relancer la théorie du genre à l’école, en s’appuyant sur des livres tels que : "Papa porte une robe", ou "Jean a deux mamans". Ce matin, sur RTL, un auditeur se félicitait du "mariage gay pour tous": un lapsus reflétant l’indigestion dont Christine Boutin a eu le malheur de se plaindre, lundi : "Aujourd’hui, la mode c’est les gays (…) On est envahi de gays". Les lyncheurs ont fait le reste. C’est dans cette euphorie victorieuse que Manuel Valls vient de juger nécessaire, sur I-Télé, d’"incriminer davantage par la loi le discours et les actes homophobes". Je dis : basta !

En ayant imprudemment accédé aux revendications d’une minorité influente (l’Insee ne recense que 100.000 couples homosexuels en France), à qui a été reconnu le droit de bouleverser le code civil et la civilisation, le gouvernement socialiste a avalisé plus généralement le fait communautariste et sa ligne de défense. Elle est construite sur la victimisation et la non discrimination. Une brèche a été ouverte, dans laquelle vont être amenés à s’engouffrer dans l’avenir tous ceux qui s’estiment lésés par la loi commune et qui revendiquent des droits spécifiques, au nom de leur groupe, de leur particularisme, de l’égalitarisme. Comme le remarque l’iman de Bordeaux, Tareq Oubrou, dans des propos rapportés par Elisabeth Schemla (1) : "Dites-moi un peu maintenant avec quels arguments sérieux nous nous opposerons à la polygamie par exemple ? Nous avons mis le doigt dans un drôle d’engrenage". En effet, le temps est sans doute proche où des militants islamistes, prétextant de l’exemple du mariage pour tous, de la lutte contre l’islamophobie et de la réalité de comportements observables dans la communauté musulmane, exigeront la légalisation des pratiques polygames qui, de fait, existent déjà dans des cités. Les militants homosexuels auront alors enfanté une machine infernale et sa mise en marche.

(1)Islam, l’épreuve française, Plon

Voir aussi:

Le premier Salon du mariage gay tourne au fiasco

Stéphane Kovacs

Le Figaro

23/06/2013

Les exposants ont vu à peine 150 visiteurs. L’organisatrice met en cause les «homophobes».

Tristes débuts pour le Salon du mariage gay. Ils avaient prévu champagne, jus de fruits et des montagnes de petits fours… ils ont fini par «liquider tout ça» eux-mêmes. En deux jours, la soixantaine d’exposants présents au premier Salon du mariage pour tous a croisé à peine 150 visiteurs, dont… quelques «figurants», selon eux. «Remboursez!, Remboursez!», criaient-ils dimanche en début d’après-midi, tout en commençant à démonter leurs stands.

Allées désertes, hôtesses désœuvrées, agents de sécurité apathiques, en fin de matinée, Le Figaro n’avait pu rencontrer que trois clients. «Les gays se lèvent tard…», avait hasardé l’attachée de presse. Mais quelques heures plus tard, «il n’y a toujours pas un chat, s’énerve le bijoutier du Comptoir La Fayette. En quarante ans de métier, je n’ai jamais vu ça. J’ai investi 30.000 euros et je n’ai vendu qu’une seule paire d’alliances… à des hétéros!»

À côté, Johanna, qui vient de créer sa société organisatrice d’événements Eden Day, n’a signé aucun contrat. «C’est juste une catastrophe!, se désole la jeune femme. C’est mon premier salon, je comptais dessus pour démarrer. J’ai vu en tout et pour tout cinq personnes, et en parlant avec les autres, on a compris qu’on avait tous vu les cinq mêmes…» Pire, «aux questions qu’ils posaient, j’ai bien vu qu’ils n’étaient pas là pour se marier, raconte le bijoutier. On a tous remarqué que des gamins de 20 ans avaient passé toute la journée de samedi ici, pour faire semblant devant les journalistes».

Pétition des exposants

Furieux de ce «fiasco total», le DJ Emmanuel Attiach, de 1dream1event, fait signer une pétition aux autres exposants: «On nous avait promis 5000 à 7000 personnes!, s’énervent-ils. Où sont les VIP, tels que Manuel Valls (le ministre de l’Intérieur est… au Qatar), Laurent Ruquier ou Antoine de Caunes?Étant donné l’actualité autour du mariage gay, il est incroyable d’avoir eu si peu de visiteurs…»

Embarrassée, l’organisatrice du salon, Sandra Bibas, évoque «des soucis avec les homophobes». Certes, une exposition photo contre l’homophobie, affichée à l’extérieur de la mairie du IIIe arrondissement, a été vandalisée deux fois en 48 heures. Mais personne n’a vu la «trentaine d’opposants au mariage gay», qui, selon Sandra Bibas, auraient tenté samedi de perturber le salon… pas même les responsables de la sécurité du Parc floral à Paris (XIIe), qui abritait l’événement.

Fallait-il organiser un salon spécifique pour les homosexuels?, se demandent les exposants. «Je trouve ça dommage de les stigmatiser encore davantage en ouvrant un salon à part, indique Joffrey, réalisateur de vidéos. Peut-être qu’ils se sont sentis insultés?» Après avoir fait «un repérage» pour son mariage prévu en juin 2014, Marie, 48 ans, explique qu’elle ne fait confiance qu’à une organisatrice d’événement lesbienne, «la seule qui me comprenne et qui ne soit pas là que pour le business». Mais son espoir, «c’est de devenir transparente, considérée comme les autres, dit-elle, Ce jour-là, on pourra vraiment parler de mariage pour tous».

Voir encore:

Palme d’Or 2013: ce qu’en pense l’auteur(e) de la BD adaptée par Kechiche

28-05-2013

Grégoire Leménager

«La Vie d’Adèle» d’Abdellatif Kechiche est inspiré d’une BD signée Julie Maroh. Elle vient de sortir de son silence, «en tant qu’auteure» et «en tant que lesbienne»

Nouvel Observateur

"Le Bleu est une couleur chaude", de Julie Maroh (Glénat, 2010): la BD qui a inspiré "la Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Palme d’Or 2013 au festival de Cannes. (Glénat)

"Le Bleu est une couleur chaude", de Julie Maroh (Glénat, 2010): la BD qui a inspiré "la Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Palme d’Or 2013 au festival de Cannes. (Glénat)

A moins d’avoir passé le week-end sur Mars, vous devez être vaguement au courant: ce dimanche soir au festival de Cannes, la Palme d’Or 2013 a récompensé un film d’Abdellatif Kechiche qui s’appelle «la Vie d’Adèle – chapitre 1 & 2».

Ca raconte une belle histoire d’amour entre une jeune femme et une jeune fille, tout en citant «la Vie de Marianne» de Marivaux comme référence. C’est joué par Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Il paraît que c’est un choc, et que la Palme n’est pas volée.

Ce qui se sait un peu moins, peut-être parce que Kechiche a oublié de le dire en recevant son prix, c’est que le film est adapté d’une BD. La BD s’appelle «le Bleu est une couleur chaude», et son auteur Julie Maroh. C’est sorti chez Glénat en 2010.

Julie Maroh vient de passer deux semaines à se taire sur ce qu’elle pense du film. Elle a fini par sortir de son silence, ce 27 mai, sur son blog. C’est très intéressant.

Pendant que Madame Boutin nous explique avec une délicatesse de mollah ronchon qu’«on est envahis de gays», elle y dit d’abord que sa priorité était «la banalisation de l’homosexualité».

"Le bleu est une couleur chaude", de Julie Maroh (Glénat, 2010)Pas de faire «un livre uniquement pour les lesbiennes», donc, mais au contraire de se battre pour que «celles/ceux qu['elle] aime, et tous les autres, cess[ent] d’être:

- insulté-e-s

- rejeté-e-s

- tabassé-e-s

- violé-e-s

- assassiné-e-s»

Cette mise au point étant faite, elle passe à l’adaptation de Kechiche. C’est pour elle est «une autre version / vision / réalité d’une même histoire», «un film purement kéchichien, avec des personnages typiques de son univers cinématographique».

En bref, c’est «un coup de maître», mais il y a un petit mais.

On la sent en particulier assez tiède «quant au cul»: «en tant que lesbienne», elle se demande si le cinéaste et ses actrices se sont bien documentés. Pour sa part, elle a vu dans les scènes les plus chaudes «un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui [l]’a mise très mal à l’aise».

Pas question pour autant de voir «le film comme une trahison». Pas question non plus d’en vouloir à Kechiche parce qu’il a omis de la remercier en public. Le soir de la projection officielle, il lui a serré la main «très fort» en lui glissant: «Merci, c’est toi le point de départ». Et Julie Maroh sort de l’aventure «absolument comblée, ébahie, reconnaissante du cours des évènements»:

Cette nuit j’ai réalisé que c’était la première fois dans l’histoire du cinéma qu’une bande dessinée avait inspiré un film Palme d’Or, et cette idée me laisse pétrifiée.»

Marivaux, de son côté, n’a pour l’instant fait aucune déclaration.

Voir de même:

Le bleu d’Adèle

Julie Maroh

Les coeurs exacerbés

27 mai 2013

Edit du 6 juin: Puisque dans certains articles sur la toile il est déclaré que « Julie Maroh a répondu à {leurs} questions » en citant des extraits du communiqué ci-dessous souvent sans en donner la source, je précise que non, depuis l’attribution de « la Palme » je n’ai répondu à aucune interview concernant le film.

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La couleur d’origine

Voilà bientôt deux semaines que je repousse ma prise de parole quant à La vie d’Adèle. Et pour cause, étant l’auteure du livre adapté, je traverse un processus trop immense et intense pour être décrit correctement.

Ce n’est pas seulement à propos de ce que Kechiche a fait.

C’est un processus à propos de l’idée de la répercussion de nos actes, d’écrire une ridicule histoire l’été de mes 19 ans et d’arriver à… « ça » aujourd’hui.

C’est un processus à propos de l’idée de prendre la parole et transmettre sur la Vie, l’Amour, l’Humanité en tant qu’artiste, de manière générale. C’est un processus à propos de moi-même et du chemin que j’ai choisi.

Donc, oui… je suis traversée d’un sentiment indescriptible à propos de la répercussion. De se lever et de parler, et où cela peut mener.

Moi ce qui m’intéresse c’est la banalisation de l’homosexualité.

Je n’ai pas fait un livre pour prêcher des convaincu-e-s, je n’ai pas fait un livre uniquement pour les lesbiennes. Mon vœu était dès le départ d’attirer l’attention de celles et ceux qui:

- ne se doutaient pas

- se faisaient de fausses idées sans connaître

- me/nous détestaient

Je sais que certains sont dans un tout autre combat: garder cela hors-norme, subversif. Je ne dis pas que je ne suis pas prête à défendre cela. Je dis simplement que ce qui m’intéresse avant tout c’est que moi, celles/ceux que j’aime, et tous les autres, cessions d’être:

- insulté-e-s

- rejeté-e-s

- tabassé-e-s

- violé-e-s

- assassiné-e-s

Dans la rue, à l’école, au travail, en famille, en vacances, chez eux. En raison de nos différences.

Chacun aura pu interprété et s’identifier au livre à sa convenance. Je tenais toutefois à repréciser le point de départ. Il s’agissait également de raconter comment une rencontre se produit, comment cette histoire d’amour se construit, se déconstruit, et ce qu’il reste de l’amour éveillé ensemble, après une rupture, un deuil, une mort. C’est cela qui a intéressé Kechiche. Aucun de nous n’avait une intention militante, néanmoins j’ai très vite pris conscience après la parution du Bleu en 2010 que le simple fait de parler d’une minorité telle qu’elle soit participe à en défendre la cause (ou le contraire, selon.) et que cela nous dépasse complètement.

Le dégradé de la BD jusqu’au film

Kechiche et moi nous sommes rencontrés avant que j’accepte de lui céder les droits d’adaptation, c’était il y a plus de 2 ans. J’ai toujours eu beaucoup d’affection et d’admiration pour son travail. Mais surtout c’est la rencontre que nous avons eue qui m’a poussée à lui faire confiance. Je lui ai stipulé dès le départ que je ne voulais pas prendre part au projet, que c’était son film à lui. Peut-être est-ce ce qui l’a poussé à à me faire confiance en retour. Toujours est-il que nous nous sommes revus plusieurs fois. Je me souviens de l’exemplaire du Bleu qu’il avait sous le bras: il ne restait pas un cm2 de place dans les marges, tout était griffonné de ses notes. On a beaucoup parlé des personnages, d’amour, des douleurs, de la vie en somme. On a parlé de la perte du Grand Amour. J’avais perdu le mien l’année précédente. Lorsque je repense à la dernière partie de La vie d’Adèle, j’y retrouve tout le goût salé de la plaie.

Pour moi cette adaptation est une autre version / vision / réalité d’une même histoire. Aucune ne pourra annihiler l’autre. Ce qui est sorti de la pellicule de Kechiche me rappelle ces cailloux qui nous mutilent la chair lorsqu’on tombe et qu’on se râpe sur le bitume.

C’est un film purement kéchichien, avec des personnages typiques de son univers cinématographique. En conséquence son héroïne principale a un caractère très éloigné de la mienne, c’est vrai. Mais ce qu’il a développé est cohérent, justifié et fluide. C’est un coup de maître.

N’allez pas le voir en espérant y ressentir ce qui vous a traversés à la lecture du Bleu. Vous y reconnaîtrez des tonalités, mais vous y trouverez aussi autre chose.

Avant que je ne vois le film à Paris, on m’avait tellement prévenue à coups de « C’est librement adapté hein, ohlala c’est très très librement adapté », je me voyais déjà vivre un enfer… Chez Quat’Sous Films se trouvait tout le découpage des scènes filmées, épinglé au mur en petites étiquettes. J’ai battu des paupières en constatant que les deux-tiers suivaient clairement le cheminement du scénario du livre, je pouvais même en reconnaître le choix des plans, des décors, etc.

Comme certains le savent déjà, beaucoup trop d’heures ont été tournées, et Kechiche a taillé dans le tas. Pourtant, étant l’auteure du Bleu j’y retrouve toujours beaucoup du livre. C’est le cœur battant que j’en reconnais tout mon Nord natal tel que j’avais tenté de le retranscrire en images, enfin « réel ». Et suite à l’introduction de ma déclaration ici je vous laisse imaginer tout ce que j’ai pu ressentir en voyant défiler les plans, scènes, dialogues, jusqu’aux physiques des acteurs et actrices, similaires à la bande dessinée.

Donc quoi que vous entendiez ou lisiez dans les médias (qui cherchent souvent à aller à l’essentiel et peuvent facilement occulter certaines choses) je réaffirme ici que oui, La vie d’Adèle est l’adaptation d’une bande dessinée, et il n’y a rien de mal à le dire.

Quant au cul

Quant au cul… Oui, quant au cul… Puisqu’il est beaucoup évoqué dans la bouche de celles et ceux qui parlent du film… Il est d’abord utile de clarifier que sur les trois heures du film, ces scènes n’occupent que quelques minutes. Si on en parle tant c’est en raison du parti pris du réalisateur.

Je considère que Kechiche et moi avons un traitement esthétique opposé, peut-être complémentaire. La façon dont il a choisi de tourner ces scènes est cohérente avec le reste de ce qu’il a créé. Certes ça me semble très éloigné de mon propre procédé de création et de représentation. Mais je me trouverais vraiment stupide de rejeter quelque chose sous prétexte que c’est différent de la vision que je m’en fais.

Ça c’est en tant qu’auteure. Maintenant, en tant que lesbienne…

Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes.

Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t’il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes.

Je comprends l’intention de Kechiche de filmer la jouissance. Sa manière de filmer ces scènes est à mon sens directement liée à une autre, où plusieurs personnages discutent du mythe de l’orgasme féminin, qui… serait mystique et bien supérieur à celui de l’homme. Mais voilà, sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux.

En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets.

Mais j’attends aussi de voir ce que d’autres femmes en penseront, ce n’est ici que ma position toute personnelle.

Quoi qu’il en soit je ne vois pas le film comme une trahison. La notion de trahison dans le cadre de l’adaptation d’une œuvre est à revoir, selon moi. Car j’ai perdu le contrôle sur mon livre dès l’instant où je l’ai donné à lire. C’est un objet destiné à être manipulé, ressenti, interprété.

Kechiche est passé par le même processus que tout autre lecteur, chacun y a pénétré et s’y est identifié de manière unique. En tant qu’auteure je perds totalement le contrôle sur cela, et il ne me serait jamais venu à l’idée d’attendre de Kechiche d’aller dans une direction ou une autre avec ce film, parce qu’il s’est approprié – humainement, émotionnellement – un récit qui ne m’appartient déjà plus dès l’instant où il figure dans les rayons d’une librairie.

La palme

Cette conclusion cannoise est évidemment magnifique, à couper le souffle.

Comme évoqué dans mon introduction, tout ce qui me traverse ces jours-ci est tellement fou et démesuré que je ne saurais vous le retranscrire.

Je reste absolument comblée, ébahie, reconnaissante du cours des évènements.

Cette nuit j’ai réalisé que c’était la première fois dans l’histoire du cinéma qu’une bande dessinée avait inspiré un film Palme d’Or, et cette idée me laisse pétrifiée. C’est beaucoup à porter.

Je tiens à remercier tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour moi à la réception de cette Palme. Je ne doute pas qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, tout comme il en avait certainement de ne pas me rendre visible sur le tapis rouge à Cannes alors que j’avais traversé la France pour me joindre à eux, de ne pas me recevoir – même une heure – sur le tournage du film, de n’avoir délégué personne pour me tenir informée du déroulement de la prod’ entre juin 2012 et avril 2013, ou pour n’avoir jamais répondu à mes messages depuis 2011. Mais à ceux qui ont vivement réagi, je tiens à dire que je n’en garde pas d’amertume. Il ne l’a pas déclaré devant les caméras, mais le soir de la projection officielle de Cannes il y avait quelques témoins pour l’entendre me dire « Merci, c’est toi le point de départ » en me serrant la main très fort.

Pour en savoir plus sur le film, vous pouvez télécharger son dossier de presse

Et concernant le porn lesbien, un petit lien

(Merci à Sarah et Dwam)

Voir aussi:

04/06/2013 – L’homosexualité comme la prochaine normalité?

"Les écoles maternelles et élémentaires européennes pourront interdire les livres pour enfants et les contes de fées qui dépeignent la famille traditionnelle. Il s’agit d’une demande de la commission parlementaire des droits de la femme. Selon le comité, les contes de fées devraient parler de la diversité sexuelle."

“Le Comité du Parlement européen sur les droits de la femme et l’Egalité des Genres a préparé un rapport qui appelle à une interdiction de tous les livres qui montrent la famille traditionnelle où le père est le chef de famille et la mère prend soin des enfants, dans les écoles et les garderies d’Europe.

“Les féministes craignent que les enfants à un âge précoce soient constamment confrontés à des « stéréotypes sexistes » dans les émissions de télévision et des publicités. Le mot «négatif» dans le rapport est synonyme du mot «traditionnel». Au fil du temps, l’interdiction sera étendue à la télévision et la publicité. Jusqu’à présent, il a été décidé de commencer par les livres.

“En fait, ces mesures ont déjà été prises dans certains pays, notamment en Scandinavie, qui se considèrent l’avant-garde de la démocratie occidentale.

“Le rapport du Parlement européen a également insisté sur le fait que « l’homosexualité devrait être enseignée à l’école maternelle comme une forme d’expérience et de connaissances. Selon eux, cela va élargir le concept de «l’identité de genre» pour les enfants. «La diversité sexuelle doit être évidente pour les enfants. Les enfants ont besoin de savoir que cela est normal quand ses parents sont homosexuels ou lesbiennes. ”

Pravda décembre 2012 sous le titre "European feminists gang up on children’s fairytales" -

Laitman

Voir enfin:

J.C. Penney fires CEO after plummeting sales following gay ad campaign

Family Research Center

Apr 11, 2013

Analysis

April 11, 2013 (Family Research Council) – Plenty of companies have argued that natural marriage is "bad for business"–but they’ll have a tough time persuading J.C. Penney. After a series of radical decisions, the retailer is struggling to survive a 25 percent drop in sales.

It started in 2011 when the company hired Ellen DeGeneres, a vocal proponent of same-sex "marriage" as its spokesperson.

The choice drew fire from organizations like the American Family Association (AFA) because it was a departure from the store’s longstanding values. When AFA’s One Million Moms complained, J.C. Penney’s new CEO, Ron Johnson, stubbornly dug in his heels.

Then, on Mothers’ Day, the company shocked customers with a blatant endorsement of homosexuality in an ad that featured two moms–followed by a two-dads ad for Fathers’ Day. Coupled with an overhaul of the stores’ pricing system, the stock never recovered.

Click "like" if you want to defend true marriage.

Now, months after the experiment failed, J.C. Penney has fired Johnson and replaced him with the former CEO, Myron Ullman.

Hinting that the problems are more political than the media is reporting, Ullman said bluntly,

Whether the retailer will learn from its mistakes is yet to be seen. But J.C. Penney’s freefall should serve as a warning to other companies who are itching to jump on the same-sex bandwagon. Pandering to those who want to redefine marriage (and the rest of society with it) may earn you a pat on the back from the Human Rights Campaign, but in the long term, it’s bad policy.

Americans want corporate neutrality in the culture wars, and when they don’t find it, they will go elsewhere.

This article originally appeared on the Family Research Council and is reprinted with permission.


Syndrome de Stockholm/40e: Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français (France discovers anti-white racism)

22 juin, 2013
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b1/The_Intervention_of_the_Sabine_Women.jpghttp://images1.wikia.nocookie.net/__cb20071104124311/psychology/images/4/47/Stockholm_syndrome.jpgLes voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
Le syndrome de Stockholm désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers. L’expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville. Wikipedia
Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres. Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle.  F. G. (étudiant de Sciences Po, après son agression dans un bus de nuit parisien, 2009)
Appelons cela le syndrome du Noctilien (en référence à ce bus de nuit parisien dans lequel un jeune passager a été roué de coups, dernièrement) : il consiste à nier la gravité de certaines évidences, en détournant l’attention, si possible, sur la source du désordre. En l’espèce, pour cet étudiant qui n’a pas voulu voir une agression raciste dans ce qui lui est arrivé, les coupables sont celui qui a diffusé la vidéo de son passage à tabac et ceux qui l’ont commentée. Le politiquement correct raisonne de cette manière. Ivan Rioufol
Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses.  Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe ! (…) J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille. Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris … Arnaud
Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre. Guillaume
Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français. Céline
Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche. Caroline (enseignante)
Il suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible. Tarik Yildiz
Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français "pure souche" – les "blancs" – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier  Tarik Yildiz
Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ? Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera. Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle. Antoine Menusier
Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves. Benoît Rayski

Vous avez dit syndrome de Stockholm ?

Renvoi de huit mois en l’absence de plaignants, accusé absent parce que non retrouvé, co-accusé jugé mais blanc, refus d’une association anti-raciste (MRAP) de se porter partie civile (Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement), refus des parties civiles comme de la défense d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle

Au lendemain, suite à la bastonnade accompagnée d’injures racistes sur un quai de métro parisien en septembre 2010 d’un jeune homme blanc, du premier pour "racisme anti-blanc" …

Et une semaine après les simples sursis et avertissements des adolescents impliqués dans l’attaque du RER à la gare de Grigny …

Mais aussi trois ans après une vidéo qui avait révélé (outre la suspension et la garde à vue du policier l’ayant mise en ligne et la défense de ses agresseurs par l’agressé: "habillé de façon bourgeoise") le genre de phénomène d’attaques en meute que peuvent subir certains usagers des bus de nuit parisiens …

Comment ne pas voir, évoquée à demi-mot  si l’on en croit les extraits de presse dans le livre d’un jeune sociologue, l’étrange forme de syndrome de Stockholm (qui fête ses 40 ans cette année) …

Qui de la presse à nos belles âmes des beaux quartiers mais aussi apparemment à ses premières victimes que sont les derniers mohicans de certains quartiers des villes d’Ile-de-France les plus touchées par l’immigration (jusqu’à, pression de l’environnement oblige, mentir sur ses propres origines) …

Semble à présent s’être étendu l’ensemble de nos sociétés ?

Comment parler du racisme anti-blanc?

Julie Saulnier

L’Express

14/03/2011

Le racisme anti-blanc est une réalité embarrassante. Dans un essai, le sociologue Tarik Yildiz l’aborde de front, pour éviter notamment de laisser le sujet aux extrêmes.

"Sale Français(e) de merde!" Cette expression les renvoyant à leurs origines françaises, Guillaume, Bastien, Anne, Hasan et les autres l’ont entendue souvent. C’est ce que décrit Tarik Yildiz au travers de neuf entretiens avec un collégien, un lycéen, une étudiante, des professeurs et des parents d’élèves de Seine-Saint-Denis.

Dans son essai, Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité*, ce doctorant en sociologie de seulement 25 ans dresse une cartographie du phénomène dans certains quartiers de certaines villes d’Ile-de-France.

Insultes, crachats, coups, les protagonistes de l’étude se disent victimes d’"une intolérance qui touche les blancs parce qu’ils sont – ou sont considérés – comme des ‘Français de souche’, en opposition aux Français issus de l’immigration", explique l’auteur, par ailleurs collaborateur du Bondy Blog.

Ne pas laisser la voie libre aux extrêmes

"Pendant le ramadan, je me cachais pour manger quelque chose de peur que l’on me fasse une réflexion ou que je sois agressé d’une manière ou d’une autre", raconte Guillaume, collégien. Céline confie que, pendant ses années de collège, elle maquillait la vérité pour qu’on la laisse en paix: "Il m’est arrivé de mentir plusieurs fois en m’inventant des origines que je n’avais pas (…) Je sentais qu’on était mieux intégré au groupe si on n’était pas 100% français." "Chaque jour, la seule chose que j’espérais, c’était de rentrer sans avoir pris de coups ou sans me faire insulter", ajoute de son côté Bastien, lycéen. Anne, sa mère, est abasourdie. "Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un tel racisme pouvait exister chez des enfants", déplore-t-elle.

Le phénomène est réel, mais circonscrit. Alain, qui a soutenu un appel "contre les ratonnades anti-blanc" en 2008, précise "que ceux qui profèrent ces insultes (…) représentent une minorité dans les classes. Et comme souvent, la minorité violente est la plus visible." "Tout élément qui différencie un élève du groupe provoque une réaction hostile, plus ou moins violente, analyse Caroline. C’est ce qui se passe lorsque des élèves traitent un élève différemment parce qu’il a la peau blanche." Tarik Yildiz reconnaît qu’il "suffit d’une différence – couleur de peau, de cheveux, physique ingrat… – pour être pris pour cible".

Il faut aussi ne pas oublier, comme Caroline, enseignante, qu’"on a plus de chance de trouver un emploi ou un appartement quand on s’appelle François que quand on s’appelle Kader". Ou qu’il "est plus facile d’entrer en boîte de nuit, qu’on se fait beaucoup moins contrôler par la police quand on a la peau claire." Et d’attirer l’attention sur la dimension sociale: "Les jeunes qui posent des problèmes dans les établissements scolaires sont les plus défavorisés socialement (…) Ce n’est pas vraiment du racisme, mais une manière de vouloir prendre leur place dans une société où ils se sentent mal à l’aise."

Pour sa part, Fatima, étudiante française issue de l’immigration, estime qu’"il ne faut pas faire de distinction entre les racismes". Ce qu’admet bien volontiers Caroline, selon qui faire des différences, "c’est établir une hiérarchie". D’où l’importance de reconnaître l’existence de ces discriminations. "Lorsqu’on ne parle pas d’un problème, les victimes se sentent incomprises, déconsidérées. Cela peut les pousser elles-mêmes vers du racisme", observe Alain. "Ne pas entendre ceux qui souffrent, c’est prendre le risque de l’engrenage et les jeter dans les bras des partis extrêmistes, renchérit Tarik Yildiz. Il ne faut pas laisser le champs de ce qui préoccupe les Français aux extrêmes. Les partis traditionnels ne doivent pas avoir peur d’aborder le racisme ‘anti-blanc’. Ce sont les solutions apportées à cette forme de racisme qui doivent être différentes."

Le racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité, Tarik Yildiz, Les Editions du Puits du Roulle, 58 p., 8 euros.

Avertissement de modération: comme vous l’aurez noté, l’un des objectifs de Tarik Yildiz est de ne pas laisser aux extrêmes le sujet du racisme anti-blanc. Nous serons extrêmement attentifs à ce que ces mêmes extrêmes ne puissent exprimer des idées extrémistes dans les commentaires. LEXPRESS.fr

Voir aussi:

"Le racisme anti-blanc est réversible"

Julie Saulnier

L’Express

26/09/2012

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé dénonce le racisme anti-blanc. Une récupération politique qui risque de "jeter de l’huile sur le feu", selon le sociologue Tarik Yildiz, auteur de Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP, dénonce le racisme anti-blanc. Que pensez-vous de ses propos?

Je ne suis pas dupe des intentions électoralistes de Jean-François Copé. Il veut envoyer un message fort à la base de l’UMP et lui dire qu’il est proche d’elle et de ses idées. Car beaucoup de gens pensent et disent que le racisme anti-blanc existe. Jean-François Copé ne fait que relayer cette idée.

Il est bon d’évoquer le racisme anti-blanc, comme il est bon de parler toute sorte de racisme. Mais la récupération partisane d’un sujet aussi délicat que celui-ci risque de jeter de l’huile sur le feu.

Comment éviter de tomber dans cet écueil?

Il faut parler du racisme anti-blanc mais éviter à tout prix la récupération politique. Pour cela, la dénonciation de cette forme de racisme doit venir, en premier lieu, des associations antiracisme. Elles seules peuvent aborder le sujet sans être taxées de xénophobie.

Si ces associations, donc, dénoncent clairement et sans gêne cette réalité, on gagnera en crédibilité. Et les tabous tomberont. Dès lors, les responsables politiques, y compris de gauche, pourront en parler sereinement.

Jean-François Copé limite ce phénomène aux "quartiers sensibles"…

Les actes d’intolérance visent les minorités. Or, l’endroit où les Français "pure souche" – les "blancs" – sont les moins représentés demeure les quartiers sensibles. On ne peut pas le nier. Ce constat dressé, ce n’est pas autant qu’il faut y voir un lien de causalité – mais plutôt un lien de corrélation.

Peut-on endiguer cette forme de racisme?

Oui, car le racisme anti-blanc est quelque chose de très concret et qu’il est perpétré par des jeunes immatures. En cela, ce phénomène me semble réversible. Une bonne politique éducative et une punition adaptée permettraient d’en venir à bout. La solution consisterait à instaurer plus de discipline à l’école, et ce dès le collège, et à fixer des limites à ne pas dépasser pour éviter l’effet de surenchère.

Le sociologue Tarik Yildiz est l’auteur de l’essai Racisme anti-blanc, Ne pas en parler: un déni de réalité.

Avertissement de modération: compte tenu du caractère sensible de ce thème, nous serons particulièrement sensibles à la bonne tenue des débats. Merci donc de ne pas tenir de propos xénophobes, racistes ou discriminatoires.

Voir également:

Justice : un Blanc jugé pour racisme… anti-Blanc

Marc Leplongeon

Le Point

26/04/2013

"Sale Blanc", "blanc-bec"… Un cuisinier était jugé vendredi à Paris pour avoir entaillé le visage d’un homme sur le quai du RER et proféré des injures racistes.

"Racisme anti-Blanc", l’expression est devenue presque banale. Pour SOS Racisme, elle appartient historiquement au vocabulaire de l’extrême droite. Mais elle est devenue ensuite un argument de campagne. Jean-François Copé, candidat à la présidence de l’UMP contre François Fillon, avait raconté fin 2012 l’histoire d’un jeune qui s’était fait "arracher son pain au chocolat par des voyous", au motif qu’"on ne mange pas au ramadan". D’après un rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNCDH), ces propos pourraient avoir eu une incidence sur la diffusion de l’idée d’un hypothétique racisme "anti-Français" dans la société. "4 % des personnes interrogées considèrent que les Blancs sont les principales victimes de racisme dans l’Hexagone", explique le rapport. Et "le sentiment que les Français sont les principales victimes de racisme en France est en hausse, avec 12 %, dont 18 % parmi les sympathisants de droite et 5 % parmi ceux de gauche", poursuit l’étude.

Vendredi après-midi, au palais de justice de Paris, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’est portée pour la première fois partie civile dans une affaire de "racisme anti-Blanc". Situation ubuesque : le prévenu est lui-même blanc. "Je n’aime pas ce terme [de racisme anti-Blanc, NDLR]", explique Mario Pierre Stasi, président de la commission juridique de la Licra. "Mais je n’en vois pas d’autres", lâche-t-il. À l’audience, un homme de 37 ans, crâne rasé, est appelé à la barre. La démarche lourde, les mains dans les poches de son jean recouvertes par une veste grise, Arnaud écoute, sans broncher, le président du tribunal. Son casier judiciaire est déjà bien rempli : plusieurs condamnations pour port d’armes (des couteaux), outrages contre policiers et infractions à la législation sur les stupéfiants (cannabis).

Pour Mario Pierre Stasi, avocat de la Licra, une infraction à connotation raciste peut être constituée, "qu’importe la pigmentation de la peau".

Balafre de 15 centimètres

Le 12 septembre 2010, au petit matin, la victime, un jeune homme de 28 ans, attend son métro à la station Strasbourg-Saint-Denis. Il est apostrophé par un homme qui accompagnait Arnaud, mais qui n’a jamais pu être identifié. "Sale Français !" lui aurait-il lancé. La victime descend du métro à Gare du Nord, avant de se rendre sur les quais du RER D. La vidéosurveillance laisse supposer qu’Arnaud et son acolyte l’y ont suivie. Vers 6 heures du matin, quoi qu’il en soit, l’agresseur non identifié se rue vers sa victime et lui porte un premier coup. La bagarre commence. L’agresseur tombe à terre, la victime prend le dessus. "Quand il était à terre, j’ai voulu le défendre. Il l’étranglait avec ses genoux, donc je lui ai mis des coups avec la droite, et un dernier avec un tesson de bouteille", lâche benoîtement Arnaud. Lorsque la bagarre se termine, la victime a une balafre de 15 centimètres de long sur la joue gauche. Le sang coule sur son torse.

Lors de ses premières auditions, Arnaud nie tout, malgré les images des caméras. Jusqu’à ce que le juge d’instruction lui parle d’une éventuelle circonstance aggravante : les injures racistes. Là, Arnaud se décide enfin à parler. "Je suis vraiment dégoûté. Je ne suis pas du tout raciste, toutes mes copines sont noires ou métisses", lâche-t-il. Problème : la victime est "blanche", comme lui. À l’audience, il s’énerve : "Moi-même, je suis français, quelqu’un me dit ça, je lui mets une baffe !" Son acolyte ? Il l’aurait rencontré lors d’une soirée. Mais il n’en dira pas plus. "Je sais juste ce qu’il aimait comme filles, c’est tout", résume-t-il. Pas de provocation dans sa voix, juste le ton un peu benêt qu’il adoptera tout au long de l’audience.

"Sale blanc-bec"

Les témoins de la scène, des usagers et des agents de la société Effia, n’ont pas bougé. Certains n’étaient pourtant qu’à cinq mètres de la bagarre. Seule une dame a eu le cran de s’interposer, note la procureur. Trois d’entre eux ont cependant entendu les insultes "sale Français", "sale Blanc" (en français et en arabe), "sale blanc-bec", "va niquer ta mère", de la bouche de l’agresseur anonyme. Deux témoins sont formels : Arnaud a lui aussi prononcé ces mots avant, pendant et après l’agression. Lui assure que ces mots n’ont pas franchi ses lèvres. Arnaud semble accorder la même importance à une affaire de violences (qui ont causé 39 jours d’interruption temporaire de travail) qu’à quelques insultes racistes. "Pour moi, c’est pareil", lâche-t-il à l’audience.

"Vous vous considérez comme violent ?" lui demande le président du tribunal. "Nan", répond-il. Puis il raconte quelques bribes de sa vie. "J’habite dans le 93. Il y a des contrôles de police matin, midi et soir, même quand on travaille", argue-t-il. "Quelqu’un qui se fait taper, vous le défendez. Voilà comment j’ai appris", lâche le prévenu. Pour l’avocat de la victime, Arnaud n’a rien d’un "sauveur". Il ne croit pas à la thèse de l’agression avec un tesson de flasque d’alcool, qui se serait brisée dans sa poche. Pour l’avocat, Arnaud a utilisé un couteau ou un cutter. Et il enfonce le clou sur les injures racistes. "La victime m’a dit : C’est tombé sur moi parce que j’étais blanc", explique-t-il.

Le procureur réclame quatre ans de prison, dont un avec sursis assorti d’un contrôle judiciaire. Le jugement a été mis en délibéré au 21 juin. Pour l’avocat de la défense, Me Grégoire Etrillard : "On est en train de faire un exemple de racisme anti-Blanc. Il y a une frustration de ne pas avoir attrapé le vrai coupable."

Voir encore:

Le premier procès pour racisme anti-Blancs n’a pas eu lieu

Quand la partie civile n’assume pas son audace de principe

Antoine Menusier

Causeur

29 avril 2013

Le premier procès pour « racisme anti-Blancs », tenu en l’absence de la victime, vendredi 26 avril, devant la 13e Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris, s’est arrêté au plus mauvais moment : quand il aurait pu vraiment commencer. Tant qu’à juger des motivations racistes du prévenu, un jeune homme de 28 ans qui comparaissait libre, cuisinier de métier, condamné à sept reprises pour des délits, la cour et les avocats de la partie civile et de la défense auraient pu aller « au fond », comme disent les juristes. Au fond du sujet. Un procès d’assises l’aurait sans doute permis, des psychologues auraient été cités à charge et à décharge pour éclairer le jury sur la personnalité de l’accusé. Ce dernier a d’ailleurs échappé de peu aux assises, a indiqué la procureur, agitant cette menace a posteriori, le chef d’accusation de tentative de meurtre n’ayant pas été retenu. La magistrate a requis quatre ans ferme, dont un avec sursis et mise à l’épreuve.

Au terme de l’audience, une question demeure irrésolue : pourquoi Arnaud D., un Blanc, a-t-il frappé Térence C., au motif, comprend-on, que celui-ci était blanc, motif que le coauteur des coups – son complice n’a pu être identifié – réfute ?

Ni les parties civiles, ni la défense n’ont jugé utile d’interroger l’accusé, né à Montreuil, sur l’origine de son nom, à consonance maghrébine, probablement kabyle. Elles n’y avaient pas intérêt, ont-elles reconnu à demi-mot entre deux audiences. Les deux avocats de la victime, dont l’un représentait la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) ne souhaitaient pas politiser un cas déjà suffisamment lourd de sens. Le comment, d’accord, pour le pourquoi, on repassera.

Seules les origines de la victime, du fait même de l’infraction jugée, devaient être prises en compte, non celles de ses agresseurs. Quant au défenseur, il était dans son rôle. Questionner le « pedigree » de son client risquait de le mener sur la pente glissante du sentiment d’appartenance, dont on sait qu’il peut être confus, a fortiori chez un « Blanc » vivant dans un environnement qui ne l’est pas majoritairement. Tout le monde sembla donc rassuré quand il fut précisé que les parents d’Arnaud D. se prénommaient Alain et Murielle.

Les faits : le 12 septembre 2010, vers 6 heures du matin, Arnaud D. se trouve sur un quai de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis, à Paris, en compagnie d’un autre homme. Ils rentrent d’une soirée arrosée, se sont connus à cette occasion, raconte le prévenu, qui dit ignorer l’identité du second. Tout aurait commencé par une vague histoire de cigarette entre l’ami d’un soir d’Arnaud D. et Térence C., une vingtaine d’années, vendeur dans le prêt-à-porter, également présent sur le quai. L’ami aurait traité Térence C. de « sale Français », a rapporté la victime aux enquêteurs.

L’altercation reprend à trois stations de là, sur un quai de RER, gare du Nord. Arnaud D. et son acolyte y croisent à nouveau Térence C. – ils étaient à sa recherche, soupçonnent les parties civiles. L’acolyte attaque Térence C., lui donne des coups de poing. Celui-ci parvient à immobiliser son agresseur. C’est à ce moment-là qu’intervient Arnaud D., dans le dos de la victime. Il la frappe de ses poings, lui entaille la joue gauche au moyen d’un tesson de bouteille ou d’un couteau – d’« un tesson d’un flash de Cognac que j’avais dans la poche », explique le prévenu sans convaincre –, « sur quinze centimètres de long », selon le rapport d’enquête.

Une femme tente de s’interposer, en vain. Deux témoins passifs de la scène, agents de la RATP, absents à l’audience – la défense met en doute le sérieux de leurs témoignages –, ont affirmé que ces violences étaient accompagnées d’insultes : « Sale Français », « sale blanc-bec », « sale Blanc, « sale gaouri » (terme dépréciatif en argot maghrébin, désignant un Français ou plus généralement un étranger). Arnaud D. dit n’en avoir proféré aucune : « J’ai jamais entendu “gaouri”, je ne sais pas ce que ça veut dire. » Le président de la cour : « Ça veut dire “sale Français”. »

L’agression a été filmée, sans le son, par des caméras de vidéo-surveillance. Le complice d’Arnaud D. apparaît sur ces images muettes comme étant un Noir ou un métis. N’ayant pas été identifié, il a échappé à la justice. Un début de bande est diffusé au tribunal, mais le président met fin à son déroulé, la touche « avance rapide » ne fonctionnant pas. Ce 12 septembre 2010, Arnaud D. est vêtu d’un pantalon noir, d’un sweat rouge et porte une chaînette au cou. Il a le crâne ras. Ras, comme vendredi à l’audience, à laquelle il s’est présenté en blazer gris, chemise noire et cravate lilas pâle. Grand, sec, il dit le minimum, affirme qu’il ne peut pas être raciste, « toutes mes copines sont noires ou métisses ». Lors de l’instruction, niant dans un premier temps être la personne que les images désignent, il l’a d’abord dépeinte comme de « type arabe », avant d’admettre sa participation à l’agression.

Les insultes qu’il aurait proférées durant l’agression lui valent la circonstance aggravante de racisme, conformément à l’article 132-76 du Code pénal qui établit cette circonstance dès lors que l’infraction est commise « à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. » Me Grégoire Etrillard, l’avocat d’Arnaud D., a demandé à la cour de transmettre une Question Prioritaire de Constitutionnalité au Conseil constitutionnel, afin qu’il se prononce sur cette disposition pénale, qu’il trouve floue. En effet, s’étonne-t-il, comment un individu mêlé à une agression au cours de laquelle des propos racistes sont prononcées, pourrait-il en être tenu responsable alors qu’il ne les a pas tenus ?

Sur leur banc, Me Pierre Combles de Nayves, le conseil de la victime, et son confrère Me Mario-Pierre Stasi, plaidant au nom de la Licra, soupirent et s’étranglent en silence. Pas pour longtemps. Me Stasi rappelle que, selon la loi, « le complice (d’une agression) encourt toutes les circonstances aggravantes ». S’ensuit un échange sur un cas, pas que d’école : des violences racistes commises en réunion par des skinheads. Me Etrillard admet qu’en cette circonstance, aucun des agresseurs ne peut se désolidariser pénalement de l’infraction.

Le 26 octobre 2012, Térence C. ne s’était pas présenté à une première audience parce qu’il suivait une formation professionnelle de « trois mois dans la région lilloise ». La tenue du procès avait été reportée. « Je regrette l’absence de Monsieur C. Il n’est pas un héros, c’est un homme comme vous et moi. C’est toujours difficile d’avoir été agressé. Il a été licencié ce matin », a argumenté Me Combles de Nayves pour expliquer la nouvelle défection de son client.

L’accusé a énuméré ses états de service dans la restauration, CAP de cuisine, commis, demi-chef de partie, chef de partie, second de cuisine, un passage « chez Dalloyau », une succession de « CDI ». Il lui arrive de porter sur lui des couteaux de travail, des armes aux yeux de la loi. Une personnalité complexe, dit-on banalement pour caractériser pareil individu. En refusant, par crainte de récupération politique, de fouiller la personnalité de l’accusé, la partie civile s’est peut-être privé de la preuve sinon matérielle du moins morale qui lui aurait permis de le confondre. Verdict le 21 juin.

Voir de même:

Diffusion d’une agression filmée: un policier en garde à vue

La mise en ligne sur Internet des images d’une violente agression survenue en décembre dans un bus parisien a conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Le Parisien

09.04.2009

Hier, un policier a été placé en garde à vue par l’inspection générale des services (IGS). La police des polices soupçonne ce jeune gardien de la paix d’être impliqué dans la diffusion sur le Net de la vidéo d’une agression extrêmement violente d’un passager, tabassé par une bande dans un bus de nuit, le 7 décembre dernier à Paris. Ces images proviennent de la caméra du bus de la RATP.

L’IGS cherche à savoir comment le policier relâché dès hier soir a pu se procurer ce document. La mise en ligne de cette vidéo, relayée et exploitée politiquement par des sites et des blogs d’extrême droite, a créé un buzz sur le Net, qui a explosé cette semaine. « C’est plus qu’une fuite, c’est une manipulation d’un document à usage policier et judiciaire à des fins de communication externe », dénonce Pierre Mongin, le patron de la RATP.

L’agression. Le 7 décembre 2008, vers 3 h 45, plusieurs jeunes gens s’en prennent au passager d’un Noctilien qui circule dans le XVIII e arrondissement de Paris. Assis non loin du chauffeur, l’usager se fait voler son portefeuille puis est violemment frappé par au moins quatre adolescents qui s’acharnent à coups de pieds et de poings, aux cris de « sale Français » et de « fils de pute ». D’autres passagers, dont une personne âgée et une femme, tentent de s’interposer et sont à leur tour molestés. Le chauffeur n’intervient pas mais déclenche une alarme silencieuse reliée au PC de sécurité. « Son attitude a été irréprochable », souligne-t-on à la RATP.

La vidéo. Quelques jours plus tard, les images de l’agression apparaissent en toute illégalité sur une page de Facebook. Le patron de la RATP, qui a porté plainte, rappelle que la « diffusion sur Internet de cette vidéo est constitutive d’un délit ». L’internaute qui l’a mise en ligne serait le policier entendu hier par l’IGS. Ce dernier est affecté au service régional de la police des transports (SRPT), service justement chargé de l’enquête sur l’agression filmée. « Ce fonctionnaire travaille en tenue à la sécurisation dans les trains, il n’a rien à voir avec les investigations sur les faits du 7 décembre, ni de près ni de loin », soutient un policier du SRPT. Reste à connaître les motivations du gardien de la paix. « Si c’est lui, il a dû vouloir montrer certaines réalités à des copains, sans aucune arrière-pensée politique, croit savoir un de ses collègues. Une connerie de jeunesse. » Ce comportement n’est pas anodin.

Le buzz. D’abord passée inaperçue, la vidéo est petit à petit sortie de la confidentialité. Le blogueur d’extrême droite François Desouche est l’un des premiers à l’avoir décelée sur la Toile. La vidéo a fini par faire son apparition sur les grandes plates-formes telles Dailymotion et YouTube. Depuis, ces sites la censurent sans relâche. Mais certains contournent l’obstacle en diffusant le document sur des plates-formes étrangères.

L’enquête. Alertés par le chauffeur du Noctilien, les policiers du SRPT ont interpellé dès la nuit des faits deux des agresseurs présumés, puis un troisième le 11 décembre. Au total, trois majeurs et un mineur ont été mis en examen, deux étant placés en détention provisoire. La vidéo enregistrée par la caméra du bus est une pièce à conviction capitale dans cette affaire, dont l’instruction est terminée.

La sécurité. L’agression du passager est-elle un fait isolé ? « Elle fait partie du top 20 des cas les plus graves que l’on traite. C’est évidemment choquant », indique un policier spécialisé. Selon ce dernier, ce type d’agression est loin d’être rare dans les transports en commun. Il évoque des jeunes, souvent mineurs, qui agissent en « meute » et de façon ultraviolente. « Quant au Noctilien, c’est souvent chaud, à l’image des trains de nuit, ajoute le policier. Si vous n’avez pas d’argent pour un taxi le samedi soir, mieux vaut rester en boîte et attendre le matin. »

Voir encore:

Vidéo de l’agression : la victime nie tout caractère raciste

Le Parisien

10.04.2009

Le jeune homme agressé dans un bus Noctilien, à Paris, dans la nuit du 6 au 7 décembre dernier s’est confié au journal Le Figaro après que la vidéo de son agression a été diffusée à grande échelle sur internet, provoquant une vive polémique.

Agé de 19 ans et élève en première année à Sciences Po Paris, le jeune homme n’a rien oublié de son agression qui a été filmée par une caméra de vidéosurveillance.

Interrogée sur les injures raciales proférées sur la video, la victime identifiée comme F. G., un élève de 19 ans en première année de Science Po, à Paris, affirme: «Personnellement, je n’ai rien entendu de la sorte».

Sur la vidéo montrant l’agression d’un jeune homme par quatre adolescents cherchant à lui dérober son porte-monnaie, la victime était rouée de coups de pied et de poing aux cris de «fils de pute» et de «sale Français».

«Ces propos, s’ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres», déclare la victime, qui n’a pas souhaité être identifiée, selon le journal.

«Par ailleurs, ils n’étaient pas tous issus de l’immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle», ajoute F. G.

Aujourd’hui, en pleine forme, le jeune homme estime être totalement sorti de cette affaire.

Voir de même:

Procès pour racisme anti-blanc : lettre ouverte d’un "sale blanc" au Mrap

Alors que s’ouvre le premier procès pour "racisme anti-blanc", le représentant du Mrap a expliqué à Europe 1 pourquoi l’association, exceptionnellement, ne se porte pas partie civile. Le racisme anti-blanc ne serait qu’une réaction au racisme envers les noirs et les arabes, et serait instrumentalisé politiquement.

Mea Culpa

Benoît Rayski

Atlantico

27 avril 2013

Je suis un sale Blanc et j’espère que de l’avoir confessé me vaudra l’indulgence du tribunal où siègent peut-être les membres du Syndicat de la magistrature.

Je suis un sale Blanc car dans une vie antérieure j’ai affrété des bateaux à Bordeaux pour traverser l’Atlantique avec mes cargaisons d’esclaves.

Je suis un sale Blanc car j’ai usé de toute mon influence, qui est grande, pour que des dizaines de milliers d’Africains et d’Antillais soient enfermés dans des prisons appelées HLM.

Je suis un sale Blanc parce qu’un jour où mon fils s’était fait qualifier de "face de craie", frapper et dépouiller à la Foire du Trône je suis allé avec lui porter plainte et je ne l’ai pas dissuadé de dire que ses agresseurs étaient des Noirs.

Je suis un sale Blanc car j’habite un immeuble où aucune seringue ne jonche les escaliers et où aucun guetteur ne signale l’arrivée de mes visiteurs.

Je suis un sale Blanc car un jour, dans un regrettable mouvement de colère, j’ai dit à un grand gaillard notoirement plus foncé que moi et qui m’avait bousculé parce que je tardais à lui donner un clope : "Appelle-moi bwana!" ("Patron", comme disaient les Africains aux administrateurs coloniaux à une certaine époque).

Je suis un sale Blanc car, écrivant dans les journaux, je n’ai pas pris ma plume pour dénoncer l’affreux Eric Zemmour qui s’était permis de dire que les Noirs et les Arabes étaient largement majoritaires dans nos prisons.

Je suis un sale Blanc car, toute honte bue, je n’ai pas jeté à la poubelle mon exemplaire de "Tintin au Congo" que les forces progressistes, anti-racistes et anti-colonialistes tentent, à juste titre, de faire interdire.

Je suis un sale Blanc car je ne milite pas au MRAP et que j’ai refusé -alors que j’ai de la thune- d’envoyer un chèque de soutien au CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires).

Je suis un sale Blanc car j’ai infiniment de respect pour Félix Eboué (nommé gouverneur de l’Afrique Occidentale Française par De Gaulle), pour Léopold Sédar Senghor et pour Rama Yade que je trouve très jolie. Or, ces gens-là sont, comme on dit dans les cités, des "Bounty", noirs à l’extérieur et blanc à l’intérieur, des "suceurs de Blancs", des traîtres.

Et, enfin, je suis un sale Blanc car je suis blanc.

Pour tous ces motifs-là, j’admets que je mérite d’être poursuivi. Je demande pardon pour l’esclavage et pour toutes les horreurs que je viens de citer. Faute avouée étant à moitié pardonnée, j’espère que le MRAP aura la bonté de ne pas exiger un verdict trop sévère. Peut-être même que les juges, compréhensifs et touchés par mon remord sincère, se contenteront de m’épingler sur le "Mur des Cons".

Voir enfin:

The six day war in Stockholm

Dr Nils Bejerot, professor of social medicine, Karolinska Institute, Stockholm

New Scientist (volume 61, number 886, page 486-487)

1974

The use of gas in the Swedish bank drama last August was widely criticised. Here a consultant psychiatrist to the police, who was in the bank throughout the affair, gives his explanation of the strategy adopted. The bank robbery in Stockholm in August 1973 held all Swedes, from the government and police to the mass media and the public, in horrified suspense for six days. I spent the whole of that week at the bank as psychiatric consultant to the police. I consider it instructive to answer the criticism of our strategy expressed during and after the operation.

During the drama I was rung up by some uninitiated psychiatrists and psychologists who declared that all signs pointed to a bloody outcome. In their opinion, the bank robber, when cornered and desperate, would probably shoot the hostages and perhaps himself, too. I was told that it was my duty to persuade the police to stop the action and also to induce the government to change its instructions forbidding the robbers to leave the bank with the hostages. In several newspapers journalists supported this theory, on television a similar opinion was expressed by a well-known child psychiatrist, and nine lecturers in criminology at the University of Stockholm broadcast an appeal along the same lines.

In spite of all this pressure we followed the opposite line. Here I can only give a short account of some of the most important considerations on which our strategy was based.

1. Right at the beginning the robber very nearly killed a policeman with shots from his submachine gun. Conclusion: The man would be a serious danger to the police in a confrontation in the bank, or in a later chase. A few days afterwards another policeman was shot, and here again it was only by chance that this did not end in the murder of a policeman. Or, the other hand in the early stages two policemen, after agreement with the bank robber, were able to go into the bank unharmed and negotiate without being shot at. As a physician I was able to move freely in the bank and speak to the robber at close quarters. It was clear that the man was not under the influence of alcohol or drugs, nor was he psychotic (“insane”). He was a resolute man of normal intelligence, and he functioned in a rational way from the standpoint of his criminal ambitions. Had he been psychotic, it would have been very difficult to predict his behaviour.

2. The robber demanded three million crowns and insisted that Clark Olofsson, a prisoner who had a further six years to serve, and who, two weeks previously, had made an unsuccessful attempt to escape by blowing up a prison door, should be brought to the bank. He also demanded two pistols and safe conduct for himself and Olofsson together with the hostages. Conclusion: ‘We were faced with a shrewd, daring and ambitious professional criminal. He would not be expected to do anything unless he would gain something by it, directly or indirectly. It must be remembered that among professional criminals shooting at the police in a threatening situation gives high status. It is, however, beneath the dignity of these criminals to injure hostages. With political terrorists the whole situation is different, but this subject will not be discussed here.

3. The Swedish government quickly took two decisions: (a) It agreed to the police using Olofsson, with his own consent, in negotiations with the bank robber; (b) the bank robber was not to be permitted to leave the bank with the hostages. Otherwise the police had a free hand. The decision not to let the bank robber take the hostages with him established a vitally important principle. If the government had accepted that the robbers had disappeared with three million crowns and the hostages, we would probably have been faced with a series of similar crimes in many countries, just as with hijacking. We would have been at a great psychological disadvantage in relation to professional criminals and gangsterism.

4. My conversations with Olofsson confirmed the opinion of the police. that he would not commit any desperate act or do anything which would hazard his own life. He was therefore allowed to join the bank robber, although at that stage we were unable to release the hostages in exchange for Olofsson as the government had intended. Conclusion: Apart from the fact that the bank robber seemed to act logically in relation to his aims, we now had in the bank also an intelligent man with a strong will to live and a rational way of thinking.

5. In this situation the outcome of the drama was given, and only a tactical blunder from one side or the other could have caused bloodshed. At an early stage the police had asked for a psychological assessment of the risk to the hostages. I judged this to be about 2 to 3 per cent in unfavourable circumstances, for instance, if we forced the operations too quickly and did not give the robber enough time to realise that the fight was lost. With a drawn-out course and the right amount of pressure, I considered that the action was practically free from risk for the hostages. It was clear to all initiated persons that the hazards would be far greater if the hostages had been allowed to accompany the robber, regardless of where the journey might lead or how long it might take.

6. Throughout the drama the bank robber acted in a way we had predicted at an early stage. He shot at the police when he had a chance, and in order to emphasise his demands he demonstratively detonated explosive paste in the bank hall and in the ventilation system. He kept his promise not to shoot people who came with food and drink, realising that otherwise he would not have received any necessities. As expected, also, he put up a long and determined resistance. Only two unexpected events occurred: (a) In connection with the first attempt to use gas, the robber made the hostages stand up with a noose round their necks. The police and hostages were given to understand that if gas was let in the hostages would be strangled when they were no longer able to stand up. This scheme took us completely by surprise. We heard through the microphones in the vault that the hostages experienced this as a direct threat to their lives, and the action was therefore immediately discontinued for a time. Nobody outside or inside the bank vault had slept properly for three days, and there was a certain risk that one side or the other might make a tactical mistake unless everyone had an opportunity of resting. As with the robber’s previous behaviour, the hanging arrangement was a serious threat, but in my interpretation, not really intended to injure the hostages. The bank robber here proved a little more cunning than we were. A much-needed 12- hour truce followed. (b) The other psychological misjudgement was that we expected the robber, during the final break through into the bank vault, to shoot off all his ammunition through the inner door to the vault before he capitulated. Obviously the tear gas and the determination of the final assault had such an effect on him that he considered it best to give up a few seconds earlier than we predicted.

Criminals are rational

It is astonishing that those critics who consider they have a great understarding of criminals and their reaction patterns, and who declared throughout that we should let the robbers escape with the hostages and the money, is fact did not believe that criminals think in a rational manner. Afterwards the critics argued that it was mere luck that everything went well. We who have worked with criminals for decades and are now accused of regarding them as madmen and monsters, know that they function rationally in the situation in which they have placed themselves. They are like players or gamblers, and they are very good at their game, otherwise they would never have become professional criminals. As a piquant political addendum I would like to point out that the government would have been in an almost hopeless situation if I had collected some of these so-called “progressive” critics, almost all of whom were strong government supporters, and consulted them on the situation. The Prime Minister would then have been confronted with a demand for the release of the robbers with the hostages. Even if I had put in a reservation, the government could hardly have stood out against this massive “expert opinion’”. The release .of the bank robbers on these premises, two weeks before a general election, would have been political suicide.


Examens/philosophie: Les blocs de marbre contiennent-ils des statues qui ne demandent qu’à sortir ? (Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?)

17 juin, 2013
http://static.ddmcdn.com/gif/michelangelo-sculptures-23.jpgChaque bloc de pierre renferme une statue et c’est le rôle du sculpteur de la découvrir. Michel-Ange
En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème. (…) À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il. Raphaël Enthoven
Un tableau peut-il changer le monde ?
On a dit que l’architecture est de la musique figée. Cela a-t-il un sens ?
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis?
Une institution publique et politique peut-elle se réformer ?
Est-ce une condition extrêmement anormale pour un homme et une femme de cohabiter en permanence ?
La mobilité étudiante en Europe n’est-elle qu’une forme de tourisme subventionné ?
Les jeux d’enfants impliquant le bandage des yeux révèlent-ils une cruauté inhérente à la nature humaine ?
Le réchauffement climatique n’est-il pas préférable au refroidissement de la planète ?
La législation d’un État laïque devrait -elle tenir compte des groupes religieux qui désirent vivre selon leurs propres coutumes régissant la famille, les biens et les relations conjugales, administrées par des tribunaux religieux distincts ?
Pourquoi l’Afrique est-elle un tel échec sur le plan économique ?
Les architectes et les urbanistes peuvent-ils éliminer la criminalité et la fracture sociale par leurs seuls projets ?
Les très gros salaires des sportifs professionnels modifient-ils le caractère des sports en question ?
Est-il immoral d’acheter un sac à main de 10 000 livres (12 000 euros)?
Pourquoi une veste en cuir est plus acceptable qu’un manteau de fourrure ?
"Les vieux poèmes tels que Beowulf, The Faerie Queene et Paradise Lost sont maintenant illisibles par les locuteurs de l’anglais modernes (sans formation particulière), donc la valeur culturelle et sociale de la"grande"poésie du passé réside-t-elle dans le matériau, qu’il peuvent fournir aux adaptations cinématographiques modernes, telles que la récente version de la trilogie His Dark Materials de Beowulf et de Philip Pullman". [L'économiste]. Êtes-vous d’accord ?

En cette première journée des épreuves du baccalauréat avec l’épreuve-reine de philosophie  …

Pendant qu’outre-manche, notre ancienne colonie qui a mal tourné passe ses "A-levels"…

Retour à nouveau sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits "examen de la fourchette et du couteau") …

Du moins jusqu’à la suppression il y a trois ans de la légendaire "question à un mot" (un simple nom commun à discuter en trois heures) …

Is the All Souls College entrance exam easy now?

The entrance exam for All Souls College, Oxford was thought to be the most difficult in the world – but its trickiest paper was dropped this year

The Guardian

17 May 2010

The exam reputed to be one of the hardest in the world has just got (slightly) easier. All Souls College, Oxford has this year dropped the famous one-word essay question that has taxed new entrants for almost a century.

In a typical year, around 50 academic high flyers – all graduates – compete for fellowships at the Oxford college, lasting seven years and offering an annual stipend of £14,783. For the two successful candidates, it is often a ticket to academic stardom. Former fellows include Sir Isaiah Berlin, Marcus du Sautoy and Keith Joseph. In previous years, by far the most daunting element was a single card with one word on it ("innocence", "miracles" or "water"), about which candidates were asked to write coherently for three hours.

The exam now consists of four papers of three hours each: two general ones and two specialist papers. Try this paper from 2008 for size. If it’s all a bit much, don’t worry, both John Buchan and Hilaire Belloc took the exam and failed to get in.

General paper

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. "I don’t care if anyone reads my books; I write for myself," said the author of a half-dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. "Every act you have ever performed since the day you were born was performed because you wanted something" [Andrew Carnegie]. Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools?

6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen’s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves?

10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children’s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is there a breakdown of family values in the west, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate religious courts?

19. What should the west learn from China?

20. Does celebrity entail a loss of dignity?

21. Is the desire for posthumous fame irrational?

22. What, if anything, should be done about the "obesity epidemic"?

23. Why has Africa done so badly economically?

24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played?

27. It has been said that architecture is frozen music. Does this make any sense?

28. "Old poems such as Beowulf, The Faerie Queene and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the ‘great’ poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman’s His Dark Materials trilogy." [The Economist]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don’t respect them?

34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

Philosophy (Sept 2009)

1. Are vague concepts incoherent?

2. Should we distinguish between persons, human beings, and their bodies?

3. Can computers think?

4. Does any ancient philosopher have something to teach moral philosophers today?

5. Does beauty lie in the eye of the beholder?

English (Sept 2009)

1. How European was Chaucer?

2. Discuss relationships between allegory and realism in any period.

3. "At that moment she felt that to be mistress of Pemberley might be something!" [Jane Austen] Discuss.

4. Write an obituary of Harold Pinter.

5. Discuss ONE of the following in relation to the literature of any period: apocalypse, Biblicism, commemoration, dialect, enclosure, fortune, geriatrics, homoeroticism, imprisonment, justice, kingdoms, letters, manners, notions, options, pain, questions, republicanism, stupidity, testaments, unimaginability, verisimilitude, wealth, X-Men, youth, zillionaires.

History (Sept 2009)

1. Is Greek sexuality worth studying?

2. To what end did William the Conqueror assert continuity between his rule and that of Edward the Confessor?

3. "Medieval kings were like modern drinks dispensers; when they didn’t do their job, you kicked them till they did." Discuss.

4. "Like all revolutions, the French Revolution was deeply reactionary." Do you agree?

5. Did Peel or Disraeli do more to found the Conservative party?

PHILOSOPHY I

September 2008 Fellowship Examination All Souls College

Candidates should answer THREE questions

1. If belief can come in degrees, can knowledge?

2. Might whether S knows that p turn on the importance to S of the truth of p ?

3. Could someone know nothing? If not, how close could they get?

4. Must an account of modality allow that there might have been nothing?

5. Can an object have a property only if it exists?

6. ‘There is one thing of which one can say neither that it is one metre long, nor that it is not one metre long, and that is the standard metre in Paris’ [WITTGENSTEIN ]. Really?

7. Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?

8. Does tense logic rest on a mistake?

9. What is reference?

10. What are the problems of vagueness and how should they be solved?

11. Are smells particulars or universals?

12. ‘The Labour Party believes that we should join the Euro.’ Is there any sense in which the Labour Party has beliefs?

13. Why has so little progress been made in understanding consciousness?

14. Must someone with absolute pitch have a different experience of notes from someone wit hout?

15. Could we feel a pain in someone else’s body?

16. Can photographs be true or false? If not, why not?

17. What is a person?

18. Can you forgive someone who has done you no harm?

19. If two moral theories deliver different verdicts as to the right course of action should you simply comply with the verdict of the theory you assign the highest credence to?

20. What is the relation between reasons and morality?

21. In what sense, if any, can morality be objective?

 22. What sort of equality should egalitarians favour?

23. ‘It is a fundamental objection to utilitarianism that it undermines the distinction between what we do and what we allow to happen.’ Is it?

24. What should modern philosophers learn from Aristotle’s treatment of EITHER pleasure OR the infinite?

25. Does Kuhn’s idea of a paradigm shift have any application within philosophy itself?

26. Are simpler theories more likely to be true?

27. Are philosophers of maths preoccupied with set theory rather than the practice of ordinary mathematicians?

28. What is the importance to political philosophy of the nation state?

29. Should the state be neutral between conceptions of the good?

30. ‘[A]ll the great philosophical discoveries are discoveries of the obvious ’ [H.H. P RICE ] . Discuss.

A comparer avec les sujets du bac français de cette année:

Les premiers sujets du Bac 2013

Le Figaro

17/06/2013

«Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?» ou «La science se limite-t-elle à constater les faits?». Les sujets de l’épreuve de philosophie sont tombés.

L’épreuve reine de philosophie a donné lundi le coup d’envoi du baccalauréat: gorge serrée ou décontraction affichée, les 338.186 candidats au bac général ont entamé lundi à 8H00 leur première épreuve écrite de la session 2013 avec la philosophie, pour laquelle ils disposent de trois sujets au choix et de quatre heures pour plancher. Voici les sujets pour chaque série:

• Série L (littéraire), coefficient 7

- Le langage n’est-il qu’un outil?

- La science se limite-t-elle à constater les faits?

- Expliquer un texte de René Descartes extrait de «Lettre à Elisabeth»

• Série S (scientifique), coefficient 3

- Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?

- Le travail permet-il de prendre conscience de soi?

- Expliquer un texte de Henri Bergson extrait de «La pensée et le mouvant».

• Série ES (économique et social), coefficient 4

- Que devons-nous à l’Etat?

- Interprète-t-on à défaut de connaître?

- Expliquer un texte d’Anselme extrait «De la concorde»

Plus de 660.000 candidats

La philosophie figure au programme du baccalauréat de façon quasi ininterrompue depuis sa création sous Napoléon en 1808. À l’origine, c’était un examen oral, en latin. «C’est une singularité qui nous fait honneur dans notre pays, qui est quand même le pays des grands philosophes», souligne Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco).

Au total, 664.709 candidats (-5,45 % sur un an) tenteront de décrocher le diplôme en 2013, dont la moitié (51 %) au bac général, près d’un tiers (28 %) au bac pro et un cinquième (21 %) au bac techno.

Une vigilance particulière est portée cette année à la lutte contre la fraude ,avec la généralisation des détecteurs de téléphones portables dans toutes les académies. Après l’épreuve inaugurale de lundi, les candidats poursuivront un marathon écrit d’une semaine. Ils devront patienter jusqu’au 5 juillet pour savoir s’ils ont décroché leur diplôme. Le doyen des candidats a 91 ans. Le plus jeune n’a que 13 ans.

(Avec AFP)

Voir encore:

Bac 2013 : le corrigé des épreuves de philo de Luc Ferry

Assma Maad

Le Figaro

17/06/2013

Le philosophe Luc Ferry décrypte pour le Figaro Étudiant ,les sujets du bac philo 2013. Il a choisi la dissertation sur le travail, le langage et la morale.

Pour réussir la dissertation de philosophie au baccalauréat ,l’ancien ministre de l’Éducation, Luc Ferry encourage à prendre le sujet au sérieux. La dissertation ne doit pas sortir des sentiers battus, elle doit rester relativement classique. D’abord il faut identifier le sens du sujet, c’est l’introduction. Dans l’exercice de la dissertation, exprimer ses opinions ne suffit pas, il faut les argumenter les positions qui ne sont pas les siennes.

Au 19ème siècle, l’épreuve de philosophie a été instaurée pour aider à former des citoyens. Il faut donc s’interroger sur le sens profond du sujet, le sens pour soi, le sens pour la société. Il est indispensable de s’inspirer de l’opinion publique, générale, pour ensuite la dépasser. Mais attention aux exemples dans l’actualité, ils sont dangereux selon Luc Ferry. On peut les mobiliser au début de la dissertation, car il faut partir des opinions courantes. Mais on part de l’apparence et on va au-delà, pour essayer de voir ce qu’il y a derrière…

Parmi les nombreux sujets tombés ce lundi matin pour l’épreuve de philosophie, l’ancien ministre a d’abord choisi de s’exprimer sur le travail, une notion qu’il juge «intéressante».

Le travail permet-il de prendre conscience de soi? (Bac S)

Il est possible de commencer par une première partie dans laquelle il faut expliquer l’étymologie du mot travail, «tripalium», un instrument de torture inventé au Moyen Âge. On peut élaborer une première partie où vous êtes l’ennemi du travail, le travail est ennuyeux, pénible, il est une torture, et ne sert qu’à gagner sa vie… Cette partie est donc hostile au travail.

La seconde est plus intelligente, éloignée des opinions courantes traditionnelles à la première partie… Il faut rappeler que dans l’histoire du travail, des siècles durant l’aristocrate s’est défini comme celui qui ne travaillait pas. À partir du 17ème siècle, on a eu contraire, l’idée que le travail est un vecteur d’émancipation de soi. On prend conscience de ses limites, de ses capacités… Cette seconde partie fait donc l’apologie du travail.

En conclusion, vous pouvez conclure en évoquant Baudelaire: travailler est plus amusant que s’amuser.»

Le langage n’est-il qu’un outil? (Bac L)

Comme il faut toujours commencer par les opinions courantes… il est judicieux de dire que le langage est avant tout un instrument de communication. Dans cette perspective là, il semble bien que l’on peut traduire tous les outils dans toutes les langues. Ce qui importe c’est le contenu de ce qui est transmis, la traduction est un signe que le langage est un outil. Je ferais donc une première partie avec Nicolas Boileau et l’Art poétique :« Rien n’est beau que le vrai: le vrai seul est aimable. Il doit régner partout, et même dans la fable… Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément». Donc je ferais une première partie sur le langage comme instrument de communication. Le langage est l’inessentiel, l’essentiel est le contenu. L’essentiel c’est le message, et pas le messager.

Je partirais de Nietzsche dans une seconde partie. Selon lui il y a deux types de langage. Le langage de la vérité, inspiré du modèle socratique, est un langage outil. Gorgias, expliquait que le «vrai sophiste parle pour ne rien dire». Qu’est-ce que cela veut dire qu’un langage qui ne dit rien? Cela veut dire que le langage peut avoir une fonction de séduction, il peut avoir une fonction poétique… par exemple le langage amoureux n’est pas un langage de vérité, mais un langage qui vise à charmer, à persuader, à convaincre,…Dans le poème l’Albatros de Baudelaire, est racontée l’histoire d’un oiseau qui essaie de décoller, qui est lourd. Mais une fois dans le ciel il est d’une élégance magnifique. Dans le sens du langage outil c’est l’histoire d’un oiseau qui n’arrive pas à décoller. Il ne reste rien du poème quand il s’agit juste de transmettre du contenu… Donc on voit bien qu’il y a une fonction du langage qui est toute autre que celle d’être un outil.

Enfin, dans une troisième partie on peut s’interroger sur le langage séducteur. Est-ce que finalement ce n’est pas un outil de séduction? Même s’il ne s’agit pas de transmettre un contenu… Quand on utilise le langage pour séduire, comme le discours amoureux (qui est plein de mensonges. On peut prendre l’exemple d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté qui ment tout le temps et qui est décrite par Hésiode comme une déesse des apparences), est-ce que ça ne reste pas finalement un outil? La séduction reste quand même l’objectif…

Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique? (bac S)

Encore un coup de Cahuzac ! (rires, ndlr) C’est un sujet qui porte sur ce qu’Hegel appelait la «belle-âme». Il y a un certain nombres de moralistes qui considèrent que la politique est une chose sale. Ce sera ma première partie. Pour agir moralement il ne faut pas s’engager en politique. S’engager en politique, c’est s’engager dans la «real politique», donc s’engager dans le cynisme, donc dans des aventures qui sont forcément impures. Le modèle est inévitablement Gandhi, celui qui a les mains pures parce qu’il n’a pas mis les mains dans le cambouis. C’est la distinction que fait Max Weber entre deux éthiques. L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. L’éthique de la conviction c’est la «belle âme», c’est Gandhi, celui qui est dans la pureté morale, parce qu’il ne s’est pas engagé. Puis il y a l’éthique de la responsabilité, du militaire ou du politique, de celui qui s’est engagé dans des réalités qui sont impures (qu’il y a-t-il de moins pur que la guerre?) Est-ce que l’éthique de la responsabilité, c’est le cynisme?

Je ferais une deuxième partie sur le fait que la «real politique», ou l’éthique de la responsabilité comme le dit Max Weber, n’est pas du tout l’impureté. Cette vision des choses est absurde. L’éthique de la responsabilité consiste à maintenir les objectifs moraux, mais en tenant compte de la réalité, elle n’abandonne pas les principes éthiques. Elle essaie de les appliquer autant qu’il est possible. Est-ce qu’en 1935 (un exemple que prenait souvent Raymond Aron ), on avait raison de ne pas intervenir contre Hitler, d’être pacifistes? Oui, du point de vue moral. Des intellectuels comme Alain ou Malraux étaient pacifistes car ils disaient que la guerre, c’est mal. Mais si on avait plongé les mains dans le cambouis en intervenant contre Hitler… on se serait engagé contre quelque chose d’ignoble en empêchant la Seconde Guerre Mondiale. On aurait eu une attitude plus morale que celle des pacifistes.

Voir enfin:

Raphaël Enthoven "A 20 ans, j’ai eu l’agrégation de philosophie, à la deuxième tentative"

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
L’Etudiant

Mai 2010

Élève en section A2 (l’actuel bac L) au lycée Henri-IV à Paris, Raphaël Enthoven a vite pris goût aux études. C’est en classe d’hypokhâgne qu’il a découvert l’esprit de compétition. Il a enchaîné avec l’École normale supérieure où il a appris à travailler beaucoup. Il revient sur ces années qui lui ont donné le goût d’enseigner, d’écrire (il vient ainsi de publier la "Dissertation de philo", chez Fayard) et d’animer aujourd’hui une émission de philo sur France Culture.

Raphael EnthovenQuels souvenirs gardez-vous du lycée ?

De la 6ème à la 2nde, j’étais au lycée Montaigne à Paris. Puis en classe de 1ère, je suis entré au lycée Henri-IV. J’ai le souvenir d’avoir rencontré en première Sabine Maurel, une professeure de français rêvée, idéale, passionnante et passionnée. Elle m’a fait découvrir Gustave Flaubert, Victor Hugo, Racine. Elle avait comme particularité de faire beaucoup de liens entre les écrivains et la philosophie, car elle était l’épouse de Jean Maurel, un grand professeur de philosophie. Elle faisait par exemple des rapprochements entre Victor Hugo et Nietzsche, ainsi qu’entre Apollinaire et Platon. Les cours qu’elle donnait étaient vraiment jubilatoires. Elle était très drôle. Elle pouvait se permettre des familiarités avec les auteurs, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Elle disait, par exemple, que "ça baisait chez Racine" ! Je me souviens d’avoir étudié une description d’une casquette dans Madame Bovary de Flaubert, dont je me sers encore 20 ans après. C’est un texte qui montre que plus on décrit un objet, moins on le voit : c’est le début du surréalisme !

Êtiez-vous bon élève ? Quelles étaient vos matières préférées ?

J’étais bon élève même si j’ai fait un bac A2 [ex-bac L spécialité langues]. À l’époque, on disait que c’était le bac des fainéants ! Cela dit, au lycée Henri-IV, ce n’était pas tellement le cas. Je me souviens qu’en latin, je devais rendre une version par semaine, et nous avions une interrogation écrite par jour. À cette époque d’ailleurs je travaillais tout le temps. Au départ, je ne le faisais pas par goût mais plutôt par nécessité, car j’espérais intégrer la classe d’hypokhâgne [classe préparatoire au concours de l’École normale supérieure] de mon lycée. En effet, même en étant déjà dans le lycée, ce n’était pas gagné, et il y avait une grosse sélection à l’entrée. À force de travailler, j’ai fini par aimer ça ! Toutes les matières me plaisaient, mais mes 3 préférées étaient sans conteste le français, la philosophie et l’anglais.

Quelle était l’ambiance ? Est-ce qu’on se tirait dans les pattes à Henri-IV ?

Au lycée pas du tout, il y avait une très bonne ambiance. En revanche, en intégrant la classe d’hypokhâgne, j’ai découvert l’esprit de compétition. J’y ai trouvé de vraies bêtes à concours qui n’hésitaient pas à se savonner la planche. Et puis j’ai vu des élèves vraiment étonnants. Il y en avait un par exemple qui avait lu la Critique de la raison pure de Kant, en allemand ! Mais ils étaient si savants qu’ils manquaient d’imagination et d’humanité. En intégrant la khâgne, j’ai eu aussi un choc. Alors que j’avais été un bon élève de terminale, je me suis retrouvé bon dernier jusqu’au concours. C’était nouveau pour moi. Mais ce fut aussi une leçon d’humilité, et finalement j’ai trouvé ça très enrichissant. Je pense que c’est un traumatisme nécessaire qui m’a permis d’avancer. Au petit concours [concours blanc] de khâgne par exemple, je me suis retrouvé 47e sur 55 ! Je m’étais juré qu’au prochain concours blanc, je serais dans les 30 premiers, ce que j’ai fait, mais entre-temps, 15 élèves avaient abandonné…

Votre père est un intellectuel célèbre et votre mère est journaliste. Vous ont-ils aidé dans vos études ?

Du moment que je ramenais à la maison de bons bulletins, ils ne m’embêtaient pas. J’achetais ma tranquillité avec mes bonnes notes. Ils étaient plutôt contents que je fasse Normale sup, surtout mon père qui y était très attaché. Je n’ai pas le souvenir qu’ils m’aient donné des conseils, que ce soit pour les études, pour la vie, ou même des conseils de morale. J’ai tout appris seul. En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème.

Et le concours d’entrée à l’École normale supérieure, c’est un bon souvenir ?

Disons que j’ai aimé les concours, car j’aime me mettre en danger. À ce moment-là, on joue très gros. Et puis, il y a un côté arbitraire et injuste dans la note. Mais en m’y préparant, j’ai pu faire des choses qui me semblaient au départ insurmontables. J’ai appris à travailler énormément, et dans l’urgence. À ne pas céder à la panique. J’ai également appris l’endurance. Autant de choses qui m’aident aujourd’hui. Je ne pense pas que je serais capable d’animer une émission tous les jours sur France Culture si je n’étais pas passé par une prépa. Je dirais que ce ne fut pas un rite initiatique mais un "rythme initiatique". Mon seul défouloir était la boxe thaï, que je pratiquais assidûment après les cours.

À quel âge avez-vous pris votre indépendance ?

J’ai habité seul très tôt. À 18 ans en khâgne, j’avais déjà quitté mes parents, et j’habitais dans une chambre de bonne. Ensuite, j’ai gagné ma vie assez rapidement. À 19 ans, j’étais normalien et je gagnais 7.000 francs [soit 1.067 €] par mois [à l’École normale supérieure, les élèves sont fonctionnaires et sont rémunérés pendant leurs études], sans compter les cours particuliers que je donnais. En revanche, quand j’ai raté l’agrégation, j’ai dû demander à mes parents de m’aider, car pendant un an, je n’étais pas payé.

Pourquoi avez-vous échoué à l’agrégation ?

Le concours portait sur 3 auteurs, Aristote, Nietzsche et Spinoza. Je rencontrais des difficultés avec Aristote ! Et puis je me faisais une montagne du concours de l’agrégation, je ne pensais pas en être capable. Finalement, Aristote a été remplacé par un autre philosophe antique, Plotin. C’est peut-être ce qui m’a sauvé. J’ai eu l’agrégation à la 2nde tentative.

Avez-vous fait une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, en hypokhâgne, j’ai rencontré Jacques Darriulat. Grâce à ce professeur, j’ai su que la philosophie pouvait provoquer une joie sans égal, et que l’abstraction n’était pas l’ennemie du quotidien, au contraire. J’ai toujours voulu enseigner, mais avec lui, j’ai su que c’était effectivement ce que je ferais. Par la suite, j’ai été professeur à Lyon 3, et aujourd’hui, j’enseigne à Polytechnique.

Est-ce que les jeunes vous sollicitent ? Quels conseils leur donnez-vous ?

Récemment, j’ai rencontré un étudiant en médecine qui m’a dit qu’avant de m’écouter à la radio, il n’avait jamais eu l’idée d’ouvrir un livre de philo. Et à Polytechnique, certains de mes élèves s’inscrivent en fac de philo en parallèle. D’autres jeunes viennent me demander des conseils sur leur vie. Je leur réponds alors que je ne suis pas thérapeute ! Ils confondent la philosophie avec la psychologie. À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il.

Biographie

1975 : naissance à Paris.

1994 : il intègre l’École normale supérieure.

2002 : il rejoint le philosophe Michel Onfray à l’Université populaire de Caen.

2007 : il devient producteur des Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

Depuis 2007 : il est professeur de philosophie à l’École polytechnique.

2007 : il publie "Un jeu d’enfant : la philosophie", aux éditions Fayard.

Depuis 2008 : il anime l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte, et tous les jours, de 10 h à 11 h, les Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

2009 : il publie "l’Endroit du décor", aux éditions Gallimard.

2010 : publication, sous sa direction, de la "Dissertation de philo" (éditions Fayard), ouvrage dans lequel il fait décortiquer par des enseignants des thèmes au programme du bac.


Ecoutes NSA: Attention, un scandale peut en cacher un autre (With a little help from their friends: How GAFA and Microsoft contribute to NSA’s big brothering of us all)

13 juin, 2013
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/82f59-googleiswatchingyou252822529.jpghttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/74e4c-la2bnsa2baccus25c325a9e2bd2527espionner2bnos2bcommunications2bavec2bl2527appui2bdes2bgafa2b-2bprism.jpgSans que nous en ayons pleinement conscience, se crée à côté de nous, ce que j’appelle un « double numérique »* de nous-mêmes, composé des traces que nous laissons sur Internet, mais aussi des différents fichiers que des entreprises, un peu partout dans le monde, possèdent sur nous. Nous ignorons jusqu’à l’existence même de ce « double numérique » et savons encore moins quelles utilisations en sont faites. Ce « double numérique » peut voyager partout grâce aux réseaux de communications modernes. Il peut être déjà prêt à l’emploi, stocké quelque part sur des serveurs. Ou être constitué, à la volée, en croisant en quelques centièmes de seconde des informations existant déjà sur nous et éparpillées dans d’autres fichiers. Jacques Henno
Ce qui est véritablement nouveau ici est de deux ordres : tout d’abord d’avoir un "smoking gun" comme on dit en anglais, une preuve "fumante", flagrante. Les services américains sont pris la main dans le sac, de manière irréfutable. Cela permet une fois pour toutes de couper court aux arguments du type "vous voyez le mal partout", "vous êtes paranoïaques" et autres "théories du complot". Et peut-être que ces éléments probants permettront de susciter un réel débat public. Ensuite, ce que Prism montre, c’est la "collaboration active" de ces entreprises géantes (Google, Facebook, Apple, Microsoft, etc.) à la surveillance généralisée. Certes, le droit américain ne leur laisse peut-être pas vraiment le choix et c’est bien là une partie importante du problème… Mais le fait que ces entreprises coopèrent ainsi avec la NSA et le FBI montre qu’il n’est en aucun cas possible de leur faire confiance pour protéger nos libertés fondamentales, au premier rang desquelles notre liberté d’expression et la protection de notre vie privée… surtout si on a le mauvais goût de ne pas être citoyen américain ! Le problème sous-jacent est bien la centralisation de nos données. Pourquoi stocker toutes nos vies, tous nos contacts, toutes nos affinités, toute notre intimité, sur les serveurs de ces entreprises, situés aux Etats-Unis ? Nous sommes en train, plus ou moins consciemment, de bâtir ces gigantesques agrégats de données, de nous fliquer volontairement… Pourquoi ? Cette centralisation est par nature contraire à l’esprit même d’Internet, dans lequel chacun peut lire et accéder à l’information, mais également publier, participer, pour être un acteur du réseau à part entière. Prism, en montrant à quel point la limite entre surveillance des Etats et surveillance privée est ténue, sinon inexistante, pose cette question cruciale de l’architecture que nous choisissons pour nos communications et pour stocker nos données. Et cette architecture est forcément politique. Jérémie Zimmermann

Attention: un scandale peut en cacher un autre !

A l’heure où les révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden nous fournissent enfin le "revolver fumant" et la confirmation irréfutable de ce que la plupart d’entre nous supposaient depuis longtemps, à savoir la mise en fiche de la planète toute entière par les oreilles de la NSA …

Retour, avec le porte-parole de la Quadrature du Net, Jérémie Zimmermann et le spécialiste du numérique Jacques Henno, sur l’habituel scandale dans le scandale …

A savoir la collaboration active, à ladite à la surveillance généralisée, de GAFA

Autrement dit les entreprises géantes sans lesquelles il n’y aurait pas d’internet mais aussi de surveillance possible (Google, Facebook, Apple, Microsoft, etc.) …

"Pourquoi stocker toutes nos vies sur des serveurs aux Etats-Unis ?"

Le Monde

12.06.2013

Le porte-parole de la Quadrature du Net, Jérémie Zimmermann.

Jérémie Zimmermann, porte-parole de la Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, était l’invité d’un chat avec les lecteurs du Monde.fr, mercredi 12 juin.

Ark : Comment est-il possible que des programmes aussi sensibles que Prism puissent être approuvés par le Congrès américain, et que personne (le public) n’en sache rien ? Est-ce que l’objectif du programme est masqué ? Un acte du Congrès est public, me semble-t-il.

Vaste question, qui a trait en grande partie à l’attitude des Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Une politique publique basée sur la peur a donné les pleins pouvoirs à l’antiterrorisme, dans une sorte de guerre permanente (un peu comme dans 1984, de George Orwell ?).

Un ensemble de projets législatifs ont depuis sans cesse augmenté, de façon disproportionnée, les pouvoirs de la NSA et du FBI. On a l’impression aujourd’hui qu’ils ont les pleins pouvoirs, sans aucune forme de contrôle démocratique.

Depuis 2003, des lanceurs d’alerte chez AT&T (un des plus gros opérateurs télécom américains) ont indiqué que la NSA dupliquait, pour en faire ce qu’elle voulait, les communications internationales. Depuis 2008, la loi amendant le Foreign Intelligence & Surveillance Act (FISA) donnait les pleins pouvoirs aux services de renseignements pour collecter les données de citoyens non américains lorsque celles-ci sont stockées aux Etats-Unis.

Lire : Surveillance électronique : comment Washington espionne les Européens

On le savait. Le Congrès savait pour Prism, mais n’a rien dit. Désormais on a des preuves irréfutables, c’est ce qui manquait pour que puisse éclater un vrai débat public, condition indispensable à ce que l’on puisse revenir en arrière sur ces délires ultra-sécuritaires et à ce que les citoyens puissent reprendre le contrôle de ces institutions.

Mmu_man : Comment se fait-il que le gouvernement américain veuille absolument tenir un programme comme Prism secret ? Après tout, c’est bien eux qui disent "Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à cacher", non ?

La culture du secret de ces institutions est une grande partie du problème. Dans une société démocratique, il est admis que des services puissent être secrets, mais ils doivent rendre des comptes aux citoyens, après que les actions ont été menées. Ici, il s’agit de pans entiers de politiques publiques qui sont tenus secrets, complètement hors d’atteinte des citoyens. C’est un problème grave, surtout lorsque les citoyens du monde entier sont concernés.

Par ailleurs, notons cette différence essentielle : les citoyens ont le droit à la protection de leur vie privée, c’est une liberté fondamentale. Les "vies" des Etats doivent, par nature et par défaut, être publiques. Le secret n’est justifié qu’au cas par cas. On a l’impression d’assister aux Etats-Unis à une inflation de cette culture du secret, très dangereuse pour la démocratie (qui a dit "Wikileaks" ?).

Vince120 : On nous annonce (officiellement) que la France n’est pas concernée, mais comment savoir (en particulier au regard des accords, entre autre militaires, transatlantiques) dans quelle mesure c’est vrai ? Quand Amesys fournit des outils à la Libye, comment peut-on imaginer qu’ils n’ont pas déjà servi en France ?

Bien sûr que la France est concernée ! La loi d’amendement au FISA dit explicitement que "tous les citoyens non Américains" peuvent être écoutés "sans conditions" par les services américains, "lorsque les données sont stockées aux USA". Les citoyens français sont très nombreux à utiliser les services des entreprises collaborant activement avec la NSA : Google, Facebook, Yahoo!, Microsoft, Apple, etc. Chacun utilisant ces services est concerné, quel que soit son pays de résidence et c’est bien l’un des nœuds du problème…

Après, savoir si la France a un tel mécanisme de surveillance généralisé des communications et des données de ses citoyens… C’est peu probable. Déja parce que les budgets de nos agences sont très différents de ceux de la NSA. Ensuite parce qu’il leur suffit peut-être de nouer des accords de coopération avec la NSA et le FBI… pour pouvoir accéder aux données concernant leurs citoyens ? De tels accords ont apparemment été signés entre GCHQ (les services britanniques) et la NSA. Si la France disposait d’un tel système de surveillance généralisée, j’ose espérer que des informations à son sujet finiraient par fuiter…

Visiteur : J’ai toutefois l’impression que Prism n’est pas si nouveau. Le programme Echelon fait exactement la même chose avec les conversations téléphoniques depuis de nombreuses années.

Ce qui est véritablement nouveau ici est de deux ordres : tout d’abord d’avoir un "smoking gun" comme on dit en anglais, une preuve "fumante", flagrante. Les services américains sont pris la main dans le sac, de manière irréfutable. Cela permet une fois pour toutes de couper court aux arguments du type "vous voyez le mal partout", "vous êtes paranoïaques" et autres "théories du complot". Et peut-être que ces éléments probants permettront de susciter un réel débat public.

Ensuite, ce que Prism montre, c’est la "collaboration active" de ces entreprises géantes (Google, Facebook, Apple, Microsoft, etc.) à la surveillance généralisée. Certes, le droit américain ne leur laisse peut-être pas vraiment le choix et c’est bien là une partie importante du problème… Mais le fait que ces entreprises coopèrent ainsi avec la NSA et le FBI montre qu’il n’est en aucun cas possible de leur faire confiance pour protéger nos libertés fondamentales, au premier rang desquelles notre liberté d’expression et la protection de notre vie privée… surtout si on a le mauvais goût de ne pas être citoyen américain !

Le problème sous-jacent est bien la centralisation de nos données. Pourquoi stocker toutes nos vies, tous nos contacts, toutes nos affinités, toute notre intimité, sur les serveurs de ces entreprises, situés aux Etats-Unis ? Nous sommes en train, plus ou moins consciemment, de bâtir ces gigantesques agrégats de données, de nous fliquer volontairement… Pourquoi ? Cette centralisation est par nature contraire à l’esprit même d’Internet, dans lequel chacun peut lire et accéder à l’information, mais également publier, participer, pour être un acteur du réseau à part entière.

Prism, en montrant à quel point la limite entre surveillance des Etats et surveillance privée est ténue, sinon inexistante, pose cette question cruciale de l’architecture que nous choisissons pour nos communications et pour stocker nos données. Et cette architecture est forcément politique.

Damien : Peut-on encore parler de vie privée sur Internet ? Je pars du principe que puisque que nous tweetons, bloguons ou commentons des choses sur Internet, notre vie privée n’existe plus, elle est devenue une vie publique.

Il y a une différence fondamentale entre vie publique et vie privée. La vie privée c’est l’intimité, c’est ce que l’on ne partage qu’avec les personnes de son choix. La vie publique c’est quelque chose qui jusqu’à il n’y a pas si longtemps de cela était principalement l’apanage de quelques personnes : politiques, journalistes, stars, etc.

Avec Internet, nous avons tous la possibilité de participer, de publier, d’écrire et donc d’avoir une vie publique. Nous commençons tout juste à apprendre l’impact que cela peut avoir sur notre société tout entière… Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à la protection de notre vie privée, qui est une liberté fondamentale.

Visiteur : Pourquoi vouloir protéger sa vie privée lorsque l’on n’a rien à cacher ?

Cet argument revient très souvent lorsque l’on évoque la question de la protection de la vie privée. Déjà, si vous n’avez véritablement "rien à cacher", vous opposeriez-vous à ce que l’on mette une caméra dans votre salle de bain ? Dans votre chambre à coucher ? Que l’on expose vos mots doux, fussent-ils envoyés via SMS, courriel ou Facebook, sur la place publique ? Vous comprenez ici qu’il existe une sphère d’intimité dont chacun doit pouvoir rester maître, et choisir ce qu’il révèle ou non au monde.

Ensuite, avec les données personnelles, nous faisons un pari sur l’avenir, un peu comme une hypothèque. Nous ne pouvons pas savoir ce qui sera faisable et ce qui sera fait avec nos données personnelles, nos profils, dans un an, cinq ans ou dix ans. Une chose est sûre : avec le temps, ces profils deviennent de plus en plus précis. Des chercheurs ont récemment démontré que juste par vos "J’aime" cliqués sur Facebook, et aucune autre information que celle-là, il était à 90 % possible de prédire votre orientation sexuelle, si vous êtes fumeur, marié ou divorcé, etc. Donc on diffuse beaucoup plus d’informations sur nous-mêmes qu’on ne le croit, parfois des informations ayant trait à notre intimité. Nous devons pouvoir rester maîtres de ce que nous laissons comme traces ou non.

Ensuite, et toujours parce que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait, parce que l’on ne peut pas prédire si dans le futur on souhaitera se lancer en politique, ou décrocher un job dans telle entreprise ou telle institution. Ce jour-là, il sera trop tard pour effacer des informations gênantes qui auront été publiées des années auparavant.

Ensuite, parce que la surveillance généralisée est une des composantes des régimes autoritaires, et parce que l’on a vu dans l’histoire des régimes basculer très rapidement… Si cela arrivait, il serait temps de se demander si l’on souhaite passer du côté de la résistance et là encore il sera peut-être trop tard si les autorités disposent de toutes les informations sur vous.

Enfin, et parce que je me trouve dans cette noble maison qu’est Le Monde, parce que la protection des sources des journalistes est une composante essentielle d’une information libre, elle-même pilier de nos démocraties. Il faut donc que les journalistes et leurs sources puissent avoir un espace ou échanger de façon protégée… Peut-être souhaiterez-vous un jour devenir journaliste, ou le deviendrez-vous par la force des choses ?

Florian : Sachant que nos données (Facebook, Google, Amazon, etc.) sont déjà stockées sur des serveurs (et donc exploitables), dans quelle mesure peut-on réellement se protéger puisqu’un retour arrière est impossible (me semble-t-il) ?

Un jeune étudiant autrichien, Max Schrems, s’est livré à une expérience intéressante : il a voulu accéder aux données que Facebook stockait sur lui, comme le droit européen l’y autorise. Il lui a fallu deux ans et, je crois, plus de vingt procédures dans de nombreuses juridictions pour finalement y parvenir et recevoir de Facebook 900 mégaoctets (Mo) de données parmi lesquelles… toutes les informations qu’il avait "effacé" de Facebook ! Photos, messages, etc., tout y était en réalité encore !

Max Schrems, le 8 novembre, au café Ritter à Vienne.

Lire : Max Schrems : ‘L’important, c’est que Facebook respecte la loi’

Donc retourner en arrière semble difficile en effet… Mais on peut se focaliser sur ici et maintenant, afin de mieux envisager l’avenir. N’est-il pas temps de fermer votre compte Facebook ? D’utiliser une messagerie qui n’est pas stockée aux USA ? De commencer à apprendre à utiliser le chiffrement de vos communications ?

Hgwca : Quelle solution avons-nous donc ? Tout crypter ? Quitter ces géants du Net ? Faire son propre serveur de messagerie électronique ?

Nous sommes à un moment charnière de notre histoire, et nous devons questionner notre rapport, en tant que société tout entière, à la technologie. D’un côté, nous avons des technologies qui sont faites pour rendre les individus plus libres, par l’ouverture et le partage des connaissances : ce sont les logiciels libres (comme GNU/Linux, Firefox ou Bittorrent), les services décentralisés (que chacun fait tourner sur son serveur ou sur des serveurs mutualisés entre amis ou à l’échelle d’une entreprise, institution, etc.) et le chiffrement point à point (qui permet aux individus de protéger par les mathématiques leurs communications contre les interceptions).

De l’autre, nous constatons la montée en puissance de technologies qui sont conçues pour contrôler les individus, voire restreindre leurs libertés en les empêchant d’en faire ce qu’ils souhaitent. Je pense à ces pseudo "téléphones intelligents" qui ne sont ni des téléphones (ils sont avant tout des ordinateurs qui savent également téléphoner), ni intelligents, car en réalité ils permettent de faire moins de choses que des ordinateurs traditionnels et sont conçus en réalité pour empêcher à l’utilisateur de choisir d’où seront installés les programmes, d’installer les programmes de son choix, ou même d’avoir accès pour le comprendre au fonctionnement des puces cruciales qui permettent d’émettre ou recevoir des données… Si l’on devait appeler cela de "l’intelligence", cela serait peut-être au sens anglais du mot, pour parler de renseignement, d’espionnage… car de tels appareils semblent être conçus pour espionner leurs utilisateurs.

De la même façon, ces services massivement centralisés sont par essence, par leur architecture, faits pour aspirer toutes les données personnelles possibles et imaginables. Ce sont les modèles économiques de ces entreprises qui sont basés sur le fait d’entretenir un flou entre vie privée et vie publique… Toutes ces technologies ont en commun de maintenir l’utilisateur dans l’ignorance… Dans l’ignorance du fonctionnement même de la technologie (parfois en habillant cela de "cool", comme Apple qui vous vend l’ignorance, comme du confort, de la facilité, etc., au travers de produits il est vrai assez bien conçus, quoique fragiles…).

En réalité, signer un contrat avec une de ces entreprises sans comprendre les réalités sous-jacentes qu’implique l’architecture de nos outils de communication et le fonctionnement de nos appareils revient un peu à signer un contrat sans savoir lire. Je suis convaincu que la connaissance de la technologie (ou à l’inverse son ignorance) est la clé qui nous permet de basculer d’un environnement où l’on est sous contrôle à un environnement ou l’on est plus libre car l’on retrouve le contrôle de la technologie.

C’est l’humain qui doit contrôler la machine, et jamais l’inverse. Cette promesse, c’est celle du logiciel libre, c’est celle des services décentralisés, c’est celle du chiffrement. Mais toutes ces technologies ont en commun de nécessiter un effort actif de participation de la part de l’utilisateur… Eh oui, la liberté a un prix !

Je pense qu’il est urgent de repenser la façon dont nous apprenons la technologie. Allez voir le site "Codecademy" qui permet d’apprendre de façon ludique à programmer… Ou encore allez voir sur les forums des communautés de logiciels libres (comme ubuntu-fr) où vous trouverez des centaines de passionnés prêts à partager leurs connaissances pour vous aider à sortir des prisons dorées de Microsoft, d’Apple, de Google et de Facebook !

En gros : indignez-vous contre ces technologies de contrôle et rejoignez les hackers (au sens étymologique d’enthousiastes de la technologie qui aiment la maîtriser et construire, pas au sens déformé de criminels qui cassent) pour participer à la technologie qui libère !

Lire aussi : Comment passer entre les mailles de la surveillance d’Internet ?

Devant le Parlement européen, à Strasbourg.

Moonwalker : Il y a actuellement des discussions au niveau européen sur une réforme de la législation sur la protection des données personnelles. Pensez-vous que ces révélations sur Prism vont avoir un impact sur la future législation européenne ?

Très bonne question ! La réponse à Prism est en partie, comme nous venons de l’évoquer, technique… mais elle est également évidemment politique. La réforme en cours de la législation européenne sur la protection des données personnelles est un enjeu crucial. C’est un dossier ultra-complexe (4 000 amendements en commission "libertés publiques", record absolu au Parlement européen) et le fruit d’une campagne de lobbying sans précédent (décrite par Yves Eudes dans un article du Monde, "Très chères données personnelles"), mené par ces mêmes géants de la Silicon Valley (Facebook, Yahoo!, Google, etc.) qui ont ouvertement participé à la surveillance par la NSA des citoyens du monde entier ! Ils seraient sur le point d’obtenir gain de cause et de ratiboiser la moindre protection de nos données personnelles, le moindre outil que la Commission européenne prévoyait de mettre entre nos mains pour reprendre le contrôle de nos données.

Devant l’ampleur de la tâche, le dossier est en train de s’enliser au Parlement européen. On aura donc plus de temps que prévu durant lesquels les citoyens devront s’impliquer pour entrer en contact avec les élus et leur expliquer combien cette question est cruciale et combien ils doivent voter en faveur de mesures nous protégeant, plutôt qu’en obéissant aux intérêts de ces entreprises. La France aura aussi à se positionner, au niveau du Conseil de l’UE, et on attend le gouvernement au tournant.

Si le texte final n’était pas dans sa version "Facebook & Co" où nous aurions perdu tout moyen de nous défendre (et une législation bien pire que ce qu’il y a actuellement), nous pourrions faire pression sur ces entreprises : par exemple en résiliant le "safe harbour" qui les exonère (en gros) de respecter trop strictement le droit européen. Par exemple en encadrant l’export de données dans les pays tiers. Enfin, en créant les conditions de l’émergence en Europe d’un marché des services Internet non pas basés sur l’utilisation abusive, sans restrictions, de nos données personnelles, mais sur de nouvelles architectures décentralisées qui redonneraient la confiance aux citoyens en leur redonnant le contrôle sur leurs données.

De plus, il convient de noter que cet espionnage par la NSA et le FBI concerne évidemment au premier plan les libertés publiques et les citoyens, mais qu’il concerne également les entreprises, par une dimension dite "d’intelligence économique"… Combien d’entreprises stockent leurs données sensibles, non chiffrées, sur les serveurs de Google ? Quelles conséquences en matière de marchés perdus, de conséquence faussée, etc. ?

Jibé : Le "cloud" qui, aux yeux de nombreuses entreprises et de particuliers, représente une solution de flexibilité et de simplicité extrême ne représente-t-il pas paradoxalement la plus grande menace sur un Internet par définition décentralisé ?

Le "cloud" est un concept plus ou moins fumeux (arf arf)… Au point que je parle de temps en temps de "clown computing", tant le terme à la mode et le marketing prennent parfois le pas sur la raison. En réalité, le cloud rejoint deux concepts pas franchement nouveaux. D’abord, le concept technique dit de la "virtualisation", par lequel on décorrèle le matériel informatique des logiciels qui s’y exécutent (pour pouvoir changer un disque dur ou un ordinateur grillé sans tout arrêter par exemple). Ensuite, le concept juridique, économique (et politique) de l’externalisation : confier à d’autres le soin de gérer une partie de ses ressources informatiques, de ses communications, de son stockage, etc.

C’est là qu’il y a potentiellement un risque, qu’il convient d’analyser sereinement, loin du marketing. Peut-on faire confiance à des entreprises tierces (surtout américaines, au vu de Prism) pour stocker ses données personnelles ? Ses informations sensibles ? Son fichier client ? J’ai tendance à penser qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même et qu’il faut à tout moment pouvoir maîtriser son infrastructure et ses ressources…

Lire aussi : Le scandale FBI-NSA pourrait rebattre les cartes dans le marché du ‘cloud’

Cédric : Le livre 1984 serait-il une espèce de prémonition de ce qui se passe maintenant ?

On pourrait regarder Google, Facebook, la NSA et l’Etat policier… pardon, l’Etat "national security" américain et se dire que Big Brother, à côté, c’est de la gnognote. De l’autre, 1984 est l’histoire d’un individu qui se révolte contre cette surveillance et ce contrôle absolu, totalitaire, des populations. Et, pour cela, nous renvoie à nos responsabilités individuelles.

Nous avons tous, entre les mains, les moyens de participer à changer les choses, à peser sur le débat et les politiques publiques. Pour certains d’entre nous, nous avons même accès à des informations, tenues secrètes, qui prouvent que les gouvernements et les entreprises agissent parfois de façon contraires aux principes démocratiques et à l’intérêt général. Comme Winston dans 1984, nous avons le devoir d’user de notre sens de la justice pour aider à faire éclater la vérité. C’est pour cela que Julian Assange, Bradley Manning et Edward Snowden doivent être reconnus et protégés et servir d’inspiration aux citoyens aux quatre coins du monde.

Surveillance électronique : comment Washington espionne les Européens

Jean-Pierre Stroobants et Frédéric Lemaître

Le Monde

11.06.2013

Bruxelles, bureau européen. La Commission européenne a répété, lundi 10 juin, qu’elle était "préoccupée" par Prism, le programme américain de surveillance électronique dirigé par l’Agence nationale de sécurité (NSA) qui lui permet d’accéder aux données d’étrangers, notamment européens.

Inhabituellement discrète, Viviane Reding, la commissaire à la justice, n’a pas pointé du doigt les Etats-Unis, avec lesquels, a expliqué sa porte-parole, elle évoque "systématiquement" les droits des citoyens européens. La commissaire a plutôt visé les pays de l’Union européenne (UE) qui ont gelé, jeudi 6 juin, à Luxembourg, son projet de protection des données personnelles.*

En discussion depuis dix-huit mois et 25 réunions, le dossier DPR (Data Protection Regulation, réglementation de la protection des données) fait l’objet de 3 000 amendements et divise l’Union. Les ministres de la justice des Vingt-Sept s’étaient réunis quelques heures avant les révélations de l’ancien employé de la CIA Edward Snowden dans le quotidien britannique The Guardian, qui auraient peut-être permis de rapprocher leurs points de vue très divergents. Londres et La Haye jugent le projet Reding trop pénalisant pour les entreprises, Paris veut plus d’attention pour les réseaux sociaux, Berlin juge les textes trop flous… Confrontées aux révélations sur Prism, les capitales européennes se retrouvent au moins, aujourd’hui, pour se dire, elles aussi, "préoccupées".

D’IMPORTANTS TRANSFERTS DE DONNÉES

C’était déjà le qualificatif utilisé par la Commission en 2000, quand furent dévoilées les activités européennes d’Echelon, un réseau anglo-saxon de surveillance globale des télécommunications. La NSA dirigeait cette stratégie d’interception en vue d’obtenir des informations économiques, commerciales, technologiques et politiques. La législation des Etats membres de l’Union était violée, les droits fondamentaux des citoyens aussi.

Londres avait, à l’époque, profité de sa relation privilégiée avec Washington pour espionner ses rivaux européens. Les deux capitales ont nié ; les dirigeants européens ont préféré oublier que le responsable du cryptage des communications de la Commission avait déclaré qu’il avait "de très bons contacts avec la NSA", qui aurait eu libre accès aux informations prétendument confidentielles de l’exécutif européen. L’intéressé a ensuite "rectifié" ses propos dans une lettre à son supérieur.

Les attentats du 11 septembre 2001 – qu’Echelon n’a pu prévenir – sont survenus et, parfois volontaires, souvent contraints, les Européens ont, depuis, concédé d’importants transferts de données aux autorités américaines, au nom de la lutte contre le terrorisme. En 2006, ils découvraient que Washington avait secrètement accès, depuis cinq ans, aux informations de Swift, une société basée en Belgique et qui sécurise les flux financiers entre les banques du monde entier.

DES LOIS EUROPÉENNES IMPUISSANTES

Une fois la stupeur passée et une difficile négociation engagée, un accord a été signé en 2010. Les Européens ont obtenu de pouvoir désormais évaluer la pertinence des demandes américaines, un responsable des Vingt-Sept est présent dans la capitale fédérale américaine pour exercer un contrôle, la procédure et d’éventuels incidents font l’objet d’une évaluation semestrielle, etc.

L’affaire des données personnelles des passagers aériens (PNR) n’a pas été moins complexe. Il aura fallu neuf années de discussion et quatre versions d’un texte pour qu’un consensus soit finalement trouvé, en avril 2012. Surtout soucieux d’éviter la signature d’accords bilatéraux qui auraient offert peu de garanties, les Européens ont fini par accepter la transmission de 19 données concernant tous les voyageurs de l’UE qui se rendent aux Etats-Unis ou les survolent. Washington avait mis dans la balance la libéralisation des autorisations d’accès au territoire américain. Les données recueillies sont rendues anonymes au bout de six mois, stockées pendant cinq ans sur une base "active", puis dix ans sur une base "dormante".

Les Européens ne sont pas parvenus à résoudre une question-clé : trois des quatre compagnies mondiales qui stockent les données de réservation de la plupart des compagnies de la planète sont établies aux Etats-Unis et soumises à la législation de ce pays. En cas de problèmes, les lois européennes n’auraient donc aucune prise sur elles. Comme dans le cas de Prism, l’Union est forcée de reconnaître non seulement qu’elle a systématiquement du retard sur les faits mais que sa capacité d’action est limitée.

DE L’ESPIONNAGE INDUSTRIEL AUSSI

Actuellement, elle tente de négocier avec les Etats-Unis la possibilité, pour des citoyens européens, de faire corriger, par la voie judiciaire, des données personnelles détenues par des sociétés privées américaines et qui seraient erronées. Les citoyens américains vivant en Europe jouissent déjà de ce droit.

Si Sophie in’t Veld, eurodéputée libérale, espère que les révélations sur les pratiques de la NSA vont "conscientiser" les Européens et les forcer à se montrer plus exigeants, un haut fonctionnaire bruxellois tient un autre discours : "Cette affaire confirme un peu plus que les Etats-Unis sont les leaders en matière d’antiterrorisme et beaucoup d’Etats membres n’oseront les contrer." Selon cette source, il est d’ailleurs "peu douteux" que le Royaume-Uni et d’autres pays ont bénéficié d’informations obtenues par Prism. La chancelière allemande, Angela Merkel, sera sans doute la première à évoquer directement le dossier avec Barack Obama. Le président américain se rendra en effet à Berlin les 18 et 19 juin.

L’affaire est d’autant plus sensible, dans un pays très attaché à la vie privée, que les révélations du Guardian ont montré que l’Allemagne était l’un des pays les plus ciblés par la collecte de données. Cela pourrait indiquer, selon un expert bruxellois, que les autorités américaines se livreraient aussi à de l’espionnage industriel – ce que Washington niait déjà du temps d’Echelon. Lundi, un porte-parole du ministère de la justice à Berlin faisait savoir que l’administration vérifiait de "possibles entraves aux droits de citoyens allemands".

Le scandale FBI-NSA pourrait rebattre les cartes dans le marché du "cloud"

Le Monde

07.06.2013

Guénaël Pépin

Le site du fournisseur d’infrastructures informatiques et de services à distance Cloudwatt, qui pourrait bénéficier du scandale lié à ses concurrents américains.

La révélation de l’accès du FBI et de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) aux infrastructures de neuf géants américains d’Internet jette le discrédit sur ces multinationales. Le programme Prism, révélé par le Washington Post, serait un outil permettant aux services de renseignement américains d’accéder aux données des personnes situées à l’étranger, qui ne sont pas protégées par la loi américaine contre les consultations sans ordonnance.

Potentiellement, ce sont les données de l’ensemble des utilisateurs mondiaux d’AOL, Apple, Facebook, Google (et Youtube), Microsoft (et Skype), Paltank et Yahoo qui sont concernées. Deux d’entre eux – Facebook et Google – ont démenti avoir des "portes dérobées" dans leurs services, qu’ils ont aussi refusé d’installer au Royaume-Uni à la fin d’avril. Apple affirme ne pas connaître ce programme.

LA PROTECTION DU SAFE HARBOR

Pour le site spécialisé Gigaom, cette nouvelle arrive "au mauvais moment" pour ces entreprises, dont la cote de confiance sur les données privées se fragilise. Google et Microsoft, notamment, visent de plus en plus les entreprises dans leur transition vers le "cloud" (l’hébergement à distance et à la carte des applications et des données, parfois sensibles) et critiquent ouvertement les méthodes du concurrent. Dans ce contexte, les révélations du Guardian et du Washington Post placent ces entreprises dans un même panier.

Ces entreprises sont tenues au respect du "Safe Harbor", qui leur permet de certifier elles-mêmes qu’elles respectent la législation européenne en matière de vie privée, pour être en mesure de transférer les données des internautes européens vers des serveurs situés aux Etats-Unis. Mais elle restent aussi tenues aux obligations de communication des données imposées par les Etats-Unis. Ce principe, négocié entre les Etats-Unis et la Commission européenne en 2001, repose donc finalement sur la confiance des Etats, entreprises et particuliers européens. Pour rassurer ses éventuels clients, Microsoft a ainsi choisi fin 2012 de s’associer à Bouygues Télécom pour le lancement d’une offre "cloud", surtout destinée aux entreprises. Si Microsoft fournit les technologies, Bouygues est l’entité juridique responsable, soumise au droit français.

"En utilisant les centres de données de Bouygues en France, le droit français s’applique. Microsoft est aussi présent sous sa marque en Europe à Dublin et à Amsterdam. En tant que prestataire de cloud, nous avons des clauses contractuelles européennes et nous sommes soumis au Safe Harbor, qui s’applique à toute entreprise qui a une présence aux Etats-Unis. La protection des données est importante pour Microsoft, et le Safe Harbor n’a pas vocation à outrepasser les règles de confidentialité nationales", garantissait en novembre Marc Mossé, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, vendredi 7 juin.

Le programme secret Prism peut être interprété comme une violation de ces principes, n’étant pas notifié à la Commission européenne. "C’est un problème interne aux Etats-Unis", a toutefois répondu le département des affaires intérieures de la Commission européenne, contacté par Gigaom.

LE "CLOUD À LA FRANÇAISE" ET LA SOUVERAINETÉ

Cette affaire pourrait être bénéfique à deux nouveaux acteurs français, créés par l’Etat et les opérateurs : Cloudwatt d’Orange et Thales et Numergy de SFR et Bull. Les deux projets, financés par l’Etat à hauteur de 150 millions d’euros, ont fait de la souveraineté des données leur premier argument commercial, bien avant l’efficacité technique ou les conditions commerciales. Le but affiché est d’imposer deux acteurs de dimension européenne dans ce marché mondialisé, en misant sur la sécurité légale offerte par un hébergement français. Les deux projets, annoncés en septembre et octobre 2012, sont encore en phase de lancement.

Les deux entreprises attaquent publiquement les géants américains actuels sur le thème du Patriot Act, à défaut de critiquer directement les aspect techniques ou commerciaux de ces offres mondiales. Pour Marc Mossé de Microsoft, il s’agissait en novembre d’une méthode marketing sans fondement, visant à jeter le discrédit sur un système fonctionnel. L’affaire Prism pourrait donc bien rebattre les cartes.

UNE AMÉLIORATION DE LA PROTECTION RETOQUÉE

Cette affaire intervient surtout au moment où la législation européenne est en plein bouleversement. Depuis plusieurs mois, le projet de nouveau règlement – qui doit renforcer l’information et la protection des internautes européens – est le sujet d’un "lobbyisme intense" de l’Etat et des entreprises américaines qui évoquent une menace pour l’innovation. La CNIL s’était d’ailleurs officiellement alarmée de cette situation, en demandant aux pouvoirs publics français de l’appuyer dans son combat. Le texte a été retoqué, jeudi 6 juin, par les Etats membres européens.

En France, la protection des communications est également le sujet de plusieurs polémiques. Début mai, L’Expansion a ainsi révélé les nombreux problèmes techniques et financiers de la prochaine Plateforme nationale des interceptions judiciaires, censée regrouper en septembre les moyens d’interception légale des communications téléphoniques et Internet, sous l’égide de Thales. A la mi-mai, c’était un rapport parlementaire qui accablait les méthodes des renseignements français, qui agiraient souvent dans l’illégalité. Le rapport recommande notamment de se doter d’une autorité de surveillance de ces pratiques tout en améliorant les capacités d’écoute des services.

Le cloud "à la française" sous le feu des critiques

Guénaël Pépin

Le Monde

08.11.2012

Cinq exaoctets de données, soit un milliard de gigaoctets, seront générés en dix minutes en 2013.

Depuis leur annonce en 2011, les deux projets d’informatique dématérialisée (cloud computing) "à la française" d’Orange et SFR suscitent les critiques des entreprises françaises du secteur. Ces PME, pour la plupart, voient d’un mauvais œil cette alliance entre l’Etat et des géants des télécoms, jugés inadaptés au marché du cloud, et se plaignent de tentatives de débauchage d’employés, que les consortiums nient.

Financés à hauteur de 150 millions d’euros par l’Etat, les deux consortiums, Cloudwatt pour Orange et Numergy pour SFR, doivent devenir des géants européens, à même de concurrencer les américains Amazon, Microsoft et Google. Ces deux consortiums fourniront aux entreprises des ressources informatiques, de la puissance de calcul ou de l’espace de stockage, souvent trop coûteuses à maintenir pour ces clients.

Les offres concrètes des deux projets officiellement lancés en septembre sont censées arriver dans les prochains mois. Le scepticisme n’a pourtant pas cessé, loin de là. La semaine dernière, le géant des centres de données Interxion et une PME spécialisée dans les réseaux privés, Navaho, exprimaient encore des doutes sur la pérennité de ces consortiums.

Deux projets viables ?

Au départ, un seul consortium, Andromède, composé d’Orange et Dassault était prévu. A la suite d’une série de divergences et du départ de Dassault, deux projets ont éclos : Cloudwatt par Orange et Thales, ainsi que Numergy, de SFR et Bull. Les deux actionnaires privés sont accompagnés par la Caisse des dépôts, qui détient un tiers de chaque projet.

Lire : Orange et SFR lancent leurs projets d"informatique dématérialisée’

"Il n’est pas normal de financer en parallèle deux projets. On ne finance pas tout et son contraire !", estime Didier Soucheyre, président de l’opérateur d’infrastructures réseaux Neo Telecoms. "L’Etat doit demander aux grands acteurs choisis des garanties minimum", tance-t-il. Pour le responsable, ces deux nouvelles entreprises seraient peu à même de conquérir le marché ou d’être innovantes. "Ce sont des acteurs avec des coûts de fonctionnement élevés et, de ce que j’en vois, moins innovants que des PME comme Gandi ou Ikoula, sur qui on tire à bout portant", déplore M. Soucheyre.

Le président de Clouwatt, Patrick Starck, répond que l’actionnaire public a contribué à "définir les contours du projet et des règles de gouvernance. C’est une société qui a pour vocation de construire des offres de cloud public, sans transfert d’employés entre les actionnaires." Un pré-requis jugé suffisant par l’entreprise. "C’est une garantie de succès. Nous avons déjà vécu l’expérience avec le Plan Calcul [qui visait à l'indépendance informatique de la France dans les années 1960] : pour qu’une entreprise garde l’écoute du client, elle doit connaître les mêmes règles de concurrence que les autres entreprises", ajoute le responsable.

L’indépendance a pourtant ses limites. Cloudwatt déclare être une entreprise neuve, sans héritage technologique ou commercial, tout en admettant des relations plus larges. "Nos relations reposent sur un triptyque. Ce sont nos actionnaires, des clients fournisseurs – par exemple Orange pour le réseau et Thales pour la sécurité – et de potentiels clients", explique Patrick Starck.

Même son de cloche pour l’autre projet. "Numergy est une entreprise indépendante. Les grandes orientations stratégiques, économiques, financières ou technologiques sont validées par le conseil de surveillance. Par ailleurs, pour commercialiser ses offres, Numergy s’appuie sur un réseau de partenaires qui, outre SFR et Bull, est constitué des acteurs de l’IT : SSII, éditeurs, cabinets de conseil, distributeurs…", explique son président, Philippe Tavernier.

Quels clients pour le cloud "à la française" ?

"Ils auront sûrement des projets publics qui vont remplir leurs infrastructures, sur l’impulsion des décideurs publics. Mais est-ce que de purs clients privés, PME et PMI y iront ?", questionne Didier Soucheyre, de Neo Telecoms, qui se développe beaucoup en région pour toucher les PME qui seraient attachées à la proximité du centre de données [datacenter] contenant leurs données. Cela, contrairement aux acteurs publics.

"Cloudwatt n’est pas une start-up. Ils ont des gros actionnaires, mais pas la flexibilité qu’offrent les autres acteurs. Ils seront adaptés pour des clients très structurés, sûrement les mêmes qu’actuellement, mais pas pour des PME qui n’entrent pas dans les cases du catalogue", analyse encore le président de Neo Telecoms.

Cloudwatt se spécialisera dans l’infrastructure en tant que service (IaaS) et la location de ressources informatiques. En plus d’éventuels acteurs publics, l’entreprise compte bien toucher les PME avec un catalogue fixe. Contrairement à Neo Telecoms, le projet public-privé estime qu’"il n’est absolument pas important d’avoir des datacenters en région".

Numergy, qui espère compter parmi ses clients des PME, a choisi une localisation multiple de ses centres de données. "A ce jour, [Numergy dispose de] deux datacenters en France, situés pour l’un, en région parisienne et pour l’autre, en région lyonnaise. A terme, la centrale numérique comprendra une dizaine de localisations en France et d’autres en Europe en partenariat avec d’autres acteurs européens" argumente Philippe Tavernier.

Quid de la "souveraineté" des données ?

L’argument fort de ces clouds est bien la souveraineté. Le financement public est justifié par le besoin d’acteurs de confiance soumis à la législation française, contrairement aux entreprises de droit américain qui sont soumises à la loi antiterroriste américaine. Le Patriot Act permet en effet aux forces de sécurité américaines de consulter très largement les données d’entreprises ou de particuliers hébergées aux Etats-Unis ou par des entreprises dont le siège est aux Etats-Unis.

"Le poste d’investissement le plus important est l’infrastructure. Notre objectif est d’être open source [technologies au code source ouvert] et souverains dans notre architecture", explique Patrick Starck de Cloudwatt. "On prend de cette communauté [open source] et on le lui restitue. L’équipe de développement devrait atteindre une centaine d’acteurs, avec une spécialisation [sur la technologie d'infrastructure réseau ouverte] OpenStack", explique encore M. Starck.

"L’idée est d’être en conformité avec des réglementations qui existent, comme celles de la CNIL. Il faut éduquer les patrons aux contraintes liées à leur hébergement", explique Cloudwatt. Suffisant pour convaincre les entreprises ? "Cet argument n’est pas à brandir comme le chiffon rouge. Ce n’est pas avec ça qu’on fait un marché", répond Cloudwatt.

L’argument de la "souveraineté" attire d’ailleurs de nouveaux acteurs sans soutien public. Bouygues Télécom se lancera ainsi bientôt, en utilisant des technologies de l’américain Microsoft. L’opérateur explique que les données hébergées en France seront également soumises au droit français.

Et à l’international ? "Le client pourra héberger ses données à Dublin et à Amsterdam [chez Microsoft] s’il le souhaite." Dans ce cas, le Patriot Act s’appliquera, explique Marc Mossé, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France. "Le Safe Harbor [du Patriot Act] n’évince pas les règles nationales. Le Patriot Act est devenu un argument marketing utilisé habilement par la concurrence", assène le responsable.

Des alternatives possibles ?

Les deux initiatives alternatives de Bouygues Télécom et d’IBM, annoncées après Cloudwatt et Numergy, font penser à Neo Telecoms qu’un financement public n’était pas obligatoire. Pour Cloudwatt, il s’agit plus d’un bon signe. "Voir de grands acteurs comme IBM venir héberger des données en France confirme qu’il y a un marché. C’est parfait !", explique Patrick Starck.

Si pour Cloudwatt, la voie de deux grands projets est la bonne dans un marché en expansion, Neo Telecoms préfèrerait un autre modèle. "Dans cette période économique, c’était une occasion inespérée de mêler des sociétés très innovantes à forte croissance à la force de frappe des grandes entreprises. Cela plus ou moins coordonné par la Caisse des dépôts", imagine Didier Soucheyre. Le président de l’hébergeur Internet Gandi, Stephan Ramoin, proposait lui en août un groupement de PME chapeauté par la Caisse des dépôts.

"On avait tous les ingrédients, mais on les met dos à dos. Pour 20 % du coût, on faisait largement aussi bien", déplore, encore, le président de Neo Telecoms. Cloudwatt affirme pour sa part s’être associé à des PME sur certains points-clés, même si Patrick Starck déclare n’avoir eu aucun contact avec les entreprises spécialisées opposées au projet. Numergy, qui n’a pas eu de contact avec les PME en question, estime qu’il y a "de la place pour tous les acteurs" et indique vouloir "travailler en synergie et en complémentarité avec un écosystème de start-up innovantes et pourquoi pas avec certains de ces acteurs a priori hostiles", sans propositions concrètes pour l’instant.

http://thedailymush.wordpress.com/2013/06/12/my-prism-profile/

How Big Data Is Playing Recruiter for Specialized Workers

Matt Richtel

The New York Times

April 27, 2013

WHEN the e-mail came out of the blue last summer, offering a shot as a programmer at a San Francisco start-up, Jade Dominguez, 26, was living off credit card debt in a rental in South Pasadena, Calif., while he taught himself programming. He had been an average student in high school and hadn’t bothered with college, but someone, somewhere out there in the cloud, thought that he might be brilliant, or at least a diamond in the rough.

That someone was Luca Bonmassar. He had discovered Mr. Dominguez by using a technology that raises important questions about how people are recruited and hired, and whether great talent is being overlooked along the way. The concept is to focus less than recruiters might on traditional talent markers — a degree from M.I.T., a previous job at Google, a recommendation from a friend or colleague — and more on simple notions: How well does the person perform? What can the person do? And can it be quantified?

The technology is the product of Gild, the 18-month-old start-up company of which Mr. Bonmassar is a co-founder. His is one of a handful of young businesses aiming to automate the discovery of talented programmers — a group that is in enormous demand. These efforts fall in the category of Big Data, using computers to gather and crunch all kinds of information to perform many tasks, whether recommending books, putting targeted ads onto Web sites or predicting health care outcomes or stock prices.

Of late, growing numbers of academics and entrepreneurs are applying Big Data to human resources and the search for talent, creating a field called work-force science. Gild is trying to see whether these technologies can also be used to predict how well a programmer will perform in a job. The company scours the Internet for clues: Is his or her code well-regarded by other programmers? Does it get reused? How does the programmer communicate ideas? How does he or she relate on social media sites?

Gild’s method is very much in its infancy, an unproven twinkle of an idea. There is healthy skepticism about this idea, but also excitement, especially in industries where good talent can be hard to find.

The company expects to have about $2 million to $3 million in revenue this year and has raised around $10 million, including a chunk from Mark Kvamme, a venture capitalist who invested early in LinkedIn. And Gild has big-name customers testing or using its technology to recruit, including Facebook, Amazon, Wal-Mart Stores, Google and Twitter.

Companies use Gild to mine for new candidates and to assess candidates they are already considering. Gild itself uses the technology, which was how the company, desperate for programming talent and unable to match the salaries offered by bigger tech concerns, found this guy named Jade outside of Los Angeles. Its algorithm had determined that he had the highest programming score in Southern California, a total that almost no one achieves. It was 100.

Who was Jade? Could he help the company? What does his story tell us about modern-day recruiting and hiring, about the concept of meritocracy?

PEOPLE in Silicon Valley tend to embrace certain assumptions: Progress, efficiency and speed are good. Technology can solve most things. Change is inevitable; disruption is not to be feared. And, maybe more than anything else, merit will prevail.

But Vivienne Ming, who since late in 2012 has been the chief scientist at Gild, says she doesn’t think Silicon Valley is as merit-based as people imagine. She thinks that talented people are ignored, misjudged or fall through the cracks all the time. She holds that belief in part because she has had some experience of it.

Dr. Ming was born male, christened Evan Campbell Smith. He was a good student and a great athlete — holding records at his high school in track and field in the triple jump and long jump. But he always felt a disconnect with his body. After high school, Evan experienced a full-blown identity crisis. He flopped at college, kicked around jobs, contemplated suicide, hit the proverbial bottom. But rather than getting stuck there, he bounced. At 27, he returned to school, got an undergraduate degree in cognitive neuroscience from the University of California, San Diego, and went on to receive a Ph.D. at Carnegie Mellon in psychology and computational neuroscience.

During a fellowship at Stanford, he began gender transition, becoming, fully, Dr. Vivienne Ming in 2008.

As a woman, Dr. Ming started noticing that people treated her differently. There were small things that seemed innocuous, like men opening the door for her. There were also troubling things, like the fact that her students asked her fewer questions about math than they had when she was a man, or that she was invited to fewer social events — a baseball game, for instance — by male colleagues and business connections.

Bias often takes forms that people may not recognize. One study that Dr. Ming cites, by researchers at Yale, found that faculty members at research universities described female applicants for a manager position as significantly less competent than male applicants with identical qualifications. Another study, published by the National Bureau of Economic Research, found that people who sent in résumés with “black-sounding” names had a considerably harder time getting called back from employers than did people who sent in résumés showing equal qualifications but with “white-sounding” names.

Everybody can pretty much agree that gender, or how people look, or the sound of a last name, shouldn’t influence hiring decisions. But Dr. Ming takes the idea of meritocracy further. She suggests that shortcuts accepted as a good proxy for talent — like where you went to school or previously worked — can also shortchange talented people and, ultimately, employers. “The traditional markers people use for hiring can be wrong, profoundly wrong,” she said.

Dr. Ming’s answer to what she calls “so much wasted talent” is to build machines that try to eliminate human bias. It’s not that traditional pedigrees should be ignored, just balanced with what she considers more sophisticated measures. In all, Gild’s algorithm crunches thousands of bits of information in calculating around 300 larger variables about an individual: the sites where a person hangs out; the types of language, positive or negative, that he or she uses to describe technology of various kinds; self-reported skills on LinkedIn; the projects a person has worked on, and for how long; and, yes, where he or she went to school, in what major, and how that school was ranked that year by U.S. News & World Report.

“Let’s put everything in and let the data speak for itself,” Dr. Ming said of the algorithms she is now building for Gild.

Gild is not the only company now scouring for information. TalentBin, another San Francisco start-up firm, searches the Internet for talented programmers, trawling sites where they gather, collecting “data exhaust,” according to the company Web site, and creating lists of potential hires for employers. Another competitor is RemarkableHire, which assesses a person’s talents by looking at how his or her online contributions are rated by others.

And there’s Entelo, which tries to figure out who might be looking for a job before they even start their exploration. According to its Web site, the company uses more than 70 variables to find indications of possible career change, such as how someone presents herself on social sites. The Web site reads: “We crunch the data so you don’t have to.”

This application of Big Data to recruiting is “is absolutely worth a try,” said Susan Etlinger, an analyst of the data and analytics industries at the Altimeter Group. But she questioned whether an algorithm would be an improvement over what employers already do: gathering résumés, or referrals, and using traditional markers associated with success.

“The big hole is actual outcomes,” she said. “What I’m not buying yet is that probability equals actuality.”

Sean Gourley, co-founder and chief technology officer at Quid, a Big Data company, said that data trawling could inform recruiting and hiring, but only if used with an understanding of what the data can’t reveal. “Big Data has its own bias,” he said. “You measure what you can measure,” and “you’re denigrating what can’t be measured, like gut instinct, charisma.”

He added: “When you remove humans from complex decision-making, you can optimize the hell out of the algorithm, but at what cost?”

Dr. Ming doesn’t suggest eliminating human judgment, but she does think that the computer should lead the way, acting as an automated vacuum and filter for talent. The company has amassed a database of seven million programmers, ranking them based on what it calls a Gild score — a measure, the company says, of what a person can do. Ultimately, Dr. Ming wants to expand the algorithm so it can search for and assess other kinds of workers, like Web site designers, financial analysts and even sales people at, say, retail outlets.

“We did our own internal gold strike,” Dr. Ming said. “We found this kid in Los Angeles just kicking around his computer.”

She’s talking about Jade.

MR. DOMINGUEZ grew up in Los Angeles, the middle child of five. His mother took care of the household; his dad installed telecommunications equipment — a blue-collar guy who prized education.

But Jade had a rebellious streak. Halfway through high school, Mr. Dominguez, previously a straight-A student, began wondering whether going to school was more about satisfying requirements than real learning. “The value proposition is to go to school to get a good job,” he told me. “Philosophically, shouldn’t you go to school to learn?” His grades fell sharply, and he said he graduated from Alhambra High School in 2004 with less than a 3.0 grade-point average.

Not only did he reject college, he also wanted to prove that he could succeed wildly without it. He devoured books on entrepreneurship. He started a company that printed custom T-shirts, first from his house, then from a 1,000-square-foot warehouse space he rented. He decided that he needed a Web site, so he taught himself programming.

“I was out to prove myself on my own merit,” he said. He concedes that he might have taken it a little far. “It’s a little immature to be motivated by proving people wrong,” he said.

He got a tattoo on his arm in flowery script that read “Believe.” He sort of laughs about it now, though he still feels that he can accomplish what he puts his mind to. “It’s the great thing about code,” he said of computer language. “It’s largely merit-driven. It’s not about what you’ve studied. It’s about what you’ve shipped.”

When Gild went looking for talent, it assumed that the San Francisco and Silicon Valley areas would be picked over. So it ran its algorithm in Southern California and came up with a list of programmers. At the top was Mr. Dominguez, who had a very solid reputation on GitHub — a place where software developers gather to share code, exchange ideas and build reputations. Gild combs through GitHub and a handful of other sites, including Bitbucket and Google Code, looking for bright people in the field.

Mr. Dominguez had made quite a contribution. His code for Jekyll-Bootstrap, a function used in building Web sites, was reused by an impressive 1,267 other developers. His language and habits showed a passion for product development and several programming tools, like Rails and JavaScript, which were interesting to Gild. His blogs and posts on Twitter suggested that he was opinionated, something that the company wanted on its initial team.

A recruiter from Gild sent him an e-mail and had him come to San Francisco for an interview. The company founders met a charismatic, confident person — poised, articulate, thoughtful, with an easy smile, a tad rougher around the edges than other interview candidates, said Sheeroy Desai, Mr. Bonmassar’s co-founder at Gild and the company’s chief executive.

Mr. Dominguez wore a vibrant green hoodie to the interview. He asked pointed questions, like this one: Did the company worry that it would be perceived as violating privacy by scoring engineers without their knowledge? (It didn’t believe so, and he didn’t, either. Gild says it uses only publicly available information.)

They asked him some pointed but gentle questions, too, like whether he could work in a structured environment. He said he could. The company made Mr. Dominguez a job offer right away, and he accepted a position that pays around $115,000 a year.

“He’s a symbol of someone who is smart, highly motivated and yet, for whatever reason, wasn’t motivated in high school and didn’t see value in college,” Mr. Desai said.

Mr. Desai did go to college, at M.I.T., one of those schools that recruiters value so highly. It was there, he said, that he learned how to cope with pressure and to work with brilliant people and sometimes feel humbled. But while one’s work at school isn’t inconsequential, he said, “it’s not the whole story.” He asserts that despite his degree in computer science, “I’m a terrible developer.”

David Lewin, a professor at the University of California, Los Angeles, and an expert in management of human resources, said that asking what someone could do was an important question, but so was asking whether the person could accomplish it with other people. Of all the efforts to predict whether someone will perform well in an organization, the most proven method, Dr. Lewin said, is a referral from someone already working there. Current employees know the culture, he said, and have their reputations and their work environment on the line. A recent study from the Yale School of Management that uses Big Data offers a refinement to the notion, finding that employee referrals are a great way to find good hires but that the method tends to work much better if the employee making the referral is highly productive.

For his part, Dr. Lewin is skeptical that an algorithm would be a good substitute for a good referral from a trusted employee.

One of Gild’s customers is Square, a San Francisco-based mobile payment system. Like many other high-tech companies, Square is aggressively hiring, and it’s finding the competition for great talent as intense as it was during the dot-com boom, according to Bryan Power, the company’s director of talent and a Silicon Valley veteran. Mr. Power says Gild offers a potential leg up in finding programmers who aren’t the obvious catches.

“Getting out of Stanford or Google is a very good proxy” for talent, Mr. Power said. “They have reputations for a reason.” But those prospects have many choices, and they might not choose Square. “We need more pools to draw from,” he said, “and that’s what Gild represents.”

Gild’s technology has turned up some prospects for Square, but hasn’t led directly to a hire. Mr. Power says the Gild algorithm provides a generalized programming score that is not as specific as Square needs for its job slots. “Gild has an opinion of who is good but it’s not that simple,” he said, adding that Square was talking to Gild about refining the model.

Despite the limited usefulness thus far, Mr. Power says that what Gild is doing is the start of something powerful. Today’s young engineers are posting much more of their work online, and doing open-source work, providing more data to mine in search of the diamonds. “It’s all about finding unrecognized talent,” he said.

MR. DOMINGUEZ has worked at Gild for eight months and has proved himself a talented programmer, Mr. Desai said. But he also said that Mr. Dominguez “sometimes struggles to work in a structured environment.” His co-workers try not to bug him when he’s sitting at his computer, locked into that work zone.

In meetings, Mr. Dominguez speaks his mind. He’s happier, he said, “as long as I can have a say in how the system is built,” or it’s just another system he would have to conform to. He bristles slightly at the growth of the company, which has expanded to 40 people from 10 in the last six months, adding layers of management and bureaucracy.

“The truth is that’s in my nature to do stuff in my own way; inevitably I want to start my own company,” he said, but he’s quick to add: “I do appreciate and the respect the opportunity the company’s given me because I think it’s very clear they hired me on merit. I will always appreciate that.”

Dr. Ming says the young man is both a great find and still an unknown. Of course, he is just a single example, one heralded by the company, but who cannot alone either validate or disprove the method.

“He’s got the lone-wolf thing going on,” Dr. Ming said. “It’s going well early but it could get tougher later on.”

The algorithm did a good job measuring what it can measure. It nailed Mr. Dominguez’s talent for working with computers. What is still unfolding is how he uses his talent over the long term, working with people.


Mort de Clément Méric: La mode, ça sert aussi à faire la guerre (How Fred Perry became the brand of choice for France’s extremist groups)

8 juin, 2013
http://www.dobi.nu/yourscenesucks/skinhead/scene.jpgClément Méric cache sa chevalièreLes fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Winston Churchill
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste.D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, une, la philo, les philosophies. Et puis c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Car la consigne ("Qu’ils s’en aillent tous") ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. "Qu’ils s’en aillent tous !" : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu "déclin de la France" avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, "Qu’ils s’en aillent tous" aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon (extrait du livre)
Quand Mélenchon titre son livre Chassez-les tous (sic), c’est d’une violence extraordinaire. Mais lui est invité partout.  Jean-Marie Aphatie
C’est une chose complètement acceptée. Certains antifa ne partagent pas ces codes-là, mais dans le noyau dur du mouvement, ils s’habillent de la même façon et avec les mêmes marques que le camp d’en face. Parce que les racines de leurs mouvements sont les mêmes: les skinheads. Les deux ont divergé entre redskins et skins d’extrême-droite, mais l’origine est la même. (…) depuis que les antifa se revendiquent plus ouvertement skinheads, et se rasent même la tête, ce sont les mêmes au niveau du look. Avec les mêmes bombers, les mêmes Dr Martens, les mêmes origines culturelles, et la même fascination pour la baston. Ce sont les frères ouverts contre les frères fermés, en somme. (…) c’est un grand classique. Les boutiques qui vendent des fringues «rock» au sens très large du terme sont peu nombreuses, donc c’est un lieu de croisement. Dans le XVe arrondissement parisien, une boutique qui distribue ces marques est surtout visitée par les skinheads d’extrême droite, mais peut l’être par l’autre bord aussi. Il y a déjà eu plusieurs bastons autour de la boutique, surtout entre 1990 et 1995. (…) pratiquement tous les skins et les antifafs qui portent ces marques s’habillent là-bas. Ils ont généralement peu de moyens, et comme les prix de ces marques sont élevés, ils attendent ces réductions pour se fournir. Depuis deux, trois ans, il y a des tensions lors de ces ventes, des individus des deux bords s’y croisent, il y a des regards. On peut presque dire que ce drame était inéluctable. Marc-Aurèle Vecchione
Dans les années 60, les mods anglais, incarnés par les Kinks ou les Who, s’emparent des vêtements bourgeois destinés aux élites (celles qui jouent au tennis, notamment) : le polo Fred Perry, le blouson Harrington ou les chemises Ben Sherman. Avec la fin des mods à l’aube des années 70, l’image de ces maisons se trouble : les skinheads, nés en réaction au mouvement hippie, se les approprient. Parmi eux, certains sont apolitiques, d’autres d’extrême gauche, beaucoup sont fascistes. Si bien que dans les années 70 et 80, le vestiaire en descendance mods est davantage associé aux militants extrémistes qu’à la musique. La succession d’artistes anglo-saxons s’affichant en Fred Perry (les Pogues, époque punk ; les Specials, version ska ; les Blur et Oasis, à l’ère brit-pop, ou les Strokes et Franz Ferdinand, plus rock), n’a pas suffi à dissiper l’image ambiguë de la marque. Aujourd’hui, Fred Perry ne communique pas sur sa stratégie marketing, mais les activités de ces dix dernières années montrent sa volonté de se distinguer en tant que maison de mode versée dans la créativité, et la musique. (…) Autre signe d’une volonté d’assainissement de son image : Fred Perry inaugure en 2008 sa première boutique française à Paris, dans le quartier du Marais. Une enseigne proprette, à côté de Zadig & Voltaire, Maje et Sandro, où règne une ambiance bien différente des petites boutiques multimarques à l’ambiance un peu tendue, spécialisées dans les griffes qu’aiment certains militants d’extrême droite, comme Ben Sherman ou Lonsdale.
Si Fred Perry et Ben Sherman ont pu compenser de troubles associations politiques par une cool attitude, la marque anglaise Lonsdale a été clairement associée aux groupuscules d’extrême droite. Les néonazis l’auraient «récupérée» à cause des lettres «NSDA» au cœur du mot «Lonsdale» (NSDA pour Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, le parti nazi). Au milieu des années 2000, la griffe a ainsi été bannie dans plusieurs établissements scolaires en Allemagne, et surtout aux Pays-Bas, ou l’expression «jeunesse Lonsdale» était apparue pour évoquer la résurgence néonazie dans le pays. Plusieurs points de vente, trop marqués politiquement, ont dû être fermés, et les campagnes de communication de la marque martèlent désormais le slogan «Lonsdale loves all colours». Libération
La tragique mort de Clément Méric réveille une image que la marque anglaise avait réussi à faire un peu oublier. Il faudra qu’elle redouble d’effort pour éloigner ces clients aussi fidèles que gênants. Un peu comme Lacoste avait tenté de le faire en son temps avec les rappeurs des cités. Huffington post

Pour ceux qui avaient oublié que  la politique était la continuation du baston par d’autres moyens  …

Où l’on (re)découvre …

Derrière les évidentes récupérations de la mort apparemment accidentelle du petit casseur de fachos de Sciences Po il y a trois jours …

Par nos belles âmes (de l’ancien amant d’YSL et financier du matraquage homo à qui l’on droit le mariage pour tous Pierre Bergé au tribun pousse-au-crime Jean-Luc Mélenchon et jusqu’au zozo et apprenti-sorcier de l’Elysée) …

Et, sans compter la même musique et les mêmes Doc Martens,  les "polos proprets à la couronne de lauriers" du dernier (avant Andy Murray)  grand champion de tennis britannique qui habillent nos jeunes extrémistes  …

La réalité jusqu’ici bien cachée, à gauche comme à droite, de l’amour de la baston

"On peut presque dire que ce drame était inéluctable"

François-Luc Doyez

Libération

6 juin 2013

Marc-Aurèle Vecchione a réalisé en 2008 un film sur les combats entre antifascistes et skinheads d’extrême droite dans les années 80, «Antifa, chasseurs de skins». Suite à la mort Clément Méric, un antifa tué mercredi par des militants d’extrême droite, le cinéaste analyse, pour Next, les rapports entre ces deux mouvances, aux apparences identiques mais diamétralement opposées politiquement.

Comment expliquer que les groupuscules d’extrême droite et les antifascistes se soient entichés des mêmes marques, Fred Perry et Ben Sherman en l’occurrence ?

C’est une chose complètement acceptée. Certains antifa ne partagent pas ces codes-là, mais dans le noyau dur du mouvement, ils s’habillent de la même façon et avec les mêmes marques que le camp d’en face. Parce que les racines de leurs mouvements sont les mêmes: les skinheads. Les deux ont divergé entre redskins et skins d’extrême-droite, mais l’origine est la même.

Ce n’est donc pas étonnant de voir des groupuscules diamétralement opposés politiquement revendiquer les mêmes signes d’appartenance ?

Non, depuis que les antifa se revendiquent plus ouvertement skinheads, et se rasent même la tête, ce sont les mêmes au niveau du look. Avec les mêmes bombers, les mêmes Dr Martens, les mêmes origines culturelles, et la même fascination pour la baston. Ce sont les frères ouverts contre les frères fermés, en somme.

Les boutiques qui vendent ces marques sont donc source de tensions ?

Oui, c’est un grand classique. Les boutiques qui vendent des fringues «rock» au sens très large du terme sont peu nombreuses, donc c’est un lieu de croisement. Dans le XVe arrondissement parisien, une boutique qui distribue ces marques est surtout visitée par les skinheads d’extrême droite, mais peut l’être par l’autre bord aussi. Il y a déjà eu plusieurs bastons autour de la boutique, surtout entre 1990 et 1995.

Vous aviez entendu parler de ces braderies regroupant plusieurs marques, comme celle de mercredi qui fut le cadre de la bagarre entraînant la mort de Clément Méric ?

Oui, pratiquement tous les skins et les antifafs qui portent ces marques s’habillent là-bas. Ils ont généralement peu de moyens, et comme les prix de ces marques sont élevés, ils attendent ces réductions pour se fournir. Depuis deux, trois ans, il y a des tensions lors de ces ventes, des individus des deux bords s’y croisent, il y a des regards. On peut presque dire que ce drame était inéluctable.

Les marques se sont-elles accomodées de cette récupération ?

Non, elles ont été prises dans un phénomène culturel qui les dépassait, et ont essayé de s’en dissocier. La meilleure preuve, ce sont les polos aux couleurs flashy lancés par Fred Perry. Au milieu des années 90, les polos sont devenus «casual», et les Fred Perry ont alors été récupérés par des gays du Marais qui affichaient un look skinhead, sans conviction politique, uniquement pour le look. En sortant des couleurs fluo, Fred Perry a essayé d’accompagner ce mouvement de «popularisation» de la marque.

Voir aussi:

Fred Perry : le style des extrêmes ?

6 juin 2013 à 18:11

Elvire Von Bardeleben , François-Luc Doyez

La marque anglaise, comme Ben Sherman, est devenue le signe d’appartenance de groupuscules aux idées politiques diamétralement opposées.

Peu de marques de vêtements sont le symbole d’une pensée politique. Plus rares encore sont celles qui représentent deux mouvances opposées. C’est pourtant le cas de Fred Perry ou Ben Sherman, dont les polos et les blousons servent de marqueurs aux groupes fascistes et antifascistes. Dans les années 60, les mods anglais, incarnés par les Kinks ou les Who, s’emparent des vêtements bourgeois destinés aux élites (celles qui jouent au tennis, notamment) : le polo Fred Perry, le blouson Harrington ou les chemises Ben Sherman. Avec la fin des mods à l’aube des années 70, l’image de ces maisons se trouble : les skinheads, nés en réaction au mouvement hippie, se les approprient. Parmi eux, certains sont apolitiques, d’autres d’extrême gauche, beaucoup sont fascistes. Si bien que dans les années 70 et 80, le vestiaire en descendance mods est davantage associé aux militants extrémistes qu’à la musique.

Se distinguer par la créativité

La succession d’artistes anglo-saxons s’affichant en Fred Perry (les Pogues, époque punk ; les Specials, version ska ; les Blur et Oasis, à l’ère brit-pop, ou les Strokes et Franz Ferdinand, plus rock), n’a pas suffi à dissiper l’image ambiguë de la marque. Aujourd’hui, Fred Perry ne communique pas sur sa stratégie marketing, mais les activités de ces dix dernières années montrent sa volonté de se distinguer en tant que maison de mode versée dans la créativité, et la musique. En 2005, il lance Fred Perry Subculture, une plateforme destinée à produire de jeunes groupes, sponsorise le festival de mode et de photo de Hyères en 2011, puis Garorock et la seconde édition du Disquaire Day, en 2012. A cela, la marque ajoute des collaborations stylistiques remarquées avec Rei Kawakubo, designer de Comme des garçons, avec Raf Simons, actuel designer de Dior, ou encore avec quelques figures du rock comme Peter Doherty et Amy Winehouse.

Autre signe d’une volonté d’assainissement de son image : Fred Perry inaugure en 2008 sa première boutique française à Paris, dans le quartier du Marais. Une enseigne proprette, à côté de Zadig & Voltaire, Maje et Sandro, où règne une ambiance bien différente des petites boutiques multimarques à l’ambiance un peu tendue, spécialisées dans les griffes qu’aiment certains militants d’extrême droite, comme Ben Sherman ou Lonsdale. Thierry*, vendeur dans l’une des boutiques parisienne de Fred Perry, raconte : «Nous avons quelques skinheads parfois, mais ils s’inspirent de la mouvance originelle qui ne se souciait pas de politique, qui s’intéressait à la musique jamaïcaine et au ska. Nous avons toutes sortes de clients, et ceux qui achetaient du Fred Perry dans les années 80 n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. La marque s’est popularisée.» En effet, le polo (à 75 euros) est aussi bien porté par des nostalgiques des mods, par des bobos, que par des gays.

Au cœur du mot «Lonsdale»

Si Fred Perry et Ben Sherman ont pu compenser de troubles associations politiques par une cool attitude, la marque anglaise Lonsdale a été clairement associée aux groupuscules d’extrême droite. Les néonazis l’auraient «récupérée» à cause des lettres «NSDA» au cœur du mot «Lonsdale» (NSDA pour Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, le parti nazi). Au milieu des années 2000, la griffe a ainsi été bannie dans plusieurs établissements scolaires en Allemagne, et surtout aux Pays-Bas, ou l’expression «jeunesse Lonsdale» était apparue pour évoquer la résurgence néonazie dans le pays. Plusieurs points de vente, trop marqués politiquement, ont dû être fermés, et les campagnes de communication de la marque martèlent désormais le slogan «Lonsdale loves all colours».

Voir encore:

Fred Perry et les skinheads : pourquoi les agresseurs de Clément Méric sortaient d’une vente privée de la marque anglaise

Sandra Lorenzo

Le HuffPost

06/06/2013

SKINHEADS – Mercredi 5 juin, quartier Saint-Lazare dans le neuvième arrondissement de Paris. A quelques mètres du magasin Citadium, spécialisé dans le "sportswear" et très fréquenté par les jeunes, est organisée une vente privée notamment de vêtements de la marque Fred Perry et Ben Sherman. À la sortie, rue Caumartin, la tension monte entre cinq skinheads et quelques militants antifascites. La bagarre dégénère. Quelques minutes plus tard, Clément Méric reçoit un coup fatal.

La mention de la marque Fred Perry n’est pas sans importance. Avec Ben Sherman, elle constitue effectivement le club des marques les plus prisées par les militants d’extrême droite et les groupes de skins, mais aussi des militants antifascistes. Une image qui lui colle à la peau. Fred Perry et ses polos proprets à la couronne de lauriers ont suivi l’évolution et les dérives d’une partie la jeunesse anglaise du XXème siècle.

Le fondateur, superstar du tennis anglais

Selon la légende, c’est à l’âge de 16 ans que Fred Perry aurait décidé de devenir champion de tennis en voyant les voitures de luxe des joueurs garées à la sortie d’un tournois de tennis. Très talentueux, il gagne trois fois l’US Open et trois fois le tournoi de Wimbledon. Après une carrière éblouissante, cet ancien joueur de ping-pong né en 1909 décide de prendre sa retraite à la fin des années 1940. Il s’associe alors à Tibby Wegner, un joueur de football autrichien, pour lancer une marque de vêtements spécialisés dans le tennis. Le duo inventera par exemple le célèbre bracelet-éponge, accessoire indispensable arborés par de nombreux sportifs.

Fred Perry est à ce jour le dernier Britannique à avoir remporté Wimbledon, en 1936. Marié 4 fois à des actrices et des mannequins, le tennisman est aussi resté célèbre pour avoir côtoyé les grands de son époque, comme la reine d’Angleterre ou le président John Fitzgerald Kennedy. Au départ, Fred Perry avait pensé à une pipe pour le logo de sa marque. Son associé réussira finalement à le convaincre d’adopter la couronne de lauriers, symbole de victoire antique et référence directe à son statut de champion.

Les "mods", jeunes dandys anglais, s’emparent du polo Fred Perry

À la fin des années 50, la marque a conquis les professionnels du tennis. Reste la rue. Et c’est à ce moment qu’un groupe de Londoniens va donner une "street credibility" à Fred Perry. Le mouvement des "modernists" ou "mods" naît dans la capitale anglaise. De jeunes adultes défendent l’image d’une jeunesse moderne qui tente de se détacher de la classe ouvrière et de l’élite. Tout les différencie de la société bien-pensante anglaise de l’époque, ils écoutent du "modern jazz" (d’où ils tirent leur nom), de la soul, du R’n’B et de la musique jamaïcaine. C’est aussi par leur look, que les mods se distinguent.

Ils arborent la French Line, une coupe de cheveux courts mi-longs avec une raie sur le côté, puis le Black Comb, les cheveux longs pour finir par une coupe très courte, la chevelure presque rasée, les futurs skinheads. Les mods sont vêtus de chemises Ben Sherman, de polos Fred Perry, de pantalons coupe cigarette (très moulants) ou hipsters (pantalons taille basse) et raffolent des costumes. Clarks, Doc Martens, Brogues ou encore Bowling Shoes aux pieds, les mods portent aussi des larges parkas de l’armée américaines.

Fred Perry entre dans l’armoire du hooligan et du skinhead

Finis les polos blancs qui ont fait le succès de la marque, Fred Perry diversifie sa gamme de vêtements et fait entrer la couleur au début des années 1970. Les cols et poignets deviennent personnalisables. Il est alors possible d’acheter une chemise aux couleurs de son équipe de foot préférée. Les hooligans en font leur uniforme. On les appelle les hard mods. À côté se développe le mouvement des rude boys ou rudies, des immigrés antillais qui écoutent la même musique noire américaine. La presse anglaise en septembre 1969 baptisent ces jeunes, les skinheads.

Au fil des années, le hooliganisme devient un vrai problème de société. Les skinheads, de leur côté, sont aussi synonymes de troubles, adeptes de violences urbaines en bandes. Radicalisés, ils se sont considérablement éloignés des mods. Nés en réaction contre le mouvement hippie, ces crânes rasés sont pour certains apolitiques, pour d’autres d’extrême gauche, pour beaucoup fascistes. Flirtant volontiers avec l’extrême-droite et la mouvance néo-nazie, ces derniers aiment beaucoup les vêtements de la marque anglaise, en particulier à cause de son logo repris à l’envi dans la symbolique skinhead d’extrême-droite.

Fred Perry a mauvaise presse. La marque essaie de redorer son blason en sponsorisant des concerts de ska et de reggae pour renouer avec l’héritage mods. Mais la mode est au grunge et au hip-hop, les polos de la marque ne séduisent plus. En 1994, la marque est en très mauvaise posture.

La renaissance Fred Perry

Deux ans plus tard, elle noue un partenariat avec un groupe de textile japonais et renaît de ses cendres. Parallèlement la britpop explose sur la scène internationale. Blur et Oasis s’habillent en Fred Perry. La marque signe des contrats avec des groupes très populaires comme Gorillaz ou les Arctic Monkeys. La marque fait un retour en force.

Toujours très liée aux skinheads et aux groupuscules d’extrême-droite dans l’imaginaire collectif, Fred Perry a réussi à s’écarter de cette image sulfureuse. La chanteuse Amy Winehouse a collaboré à quatre collections de la marque. Fred Perry a aussi fait un retour remarqué en tant qu’équipementier de tennis professionnel, en sponsorisant le joueur écossais Andy Murray.

La marque multiplie aussi les projets créatifs, en 2005, elle lance Fred Perry Subculture, une plateforme pour repérer et produire de nouveaux talents. En 2011, elle s’allie au très pointu festival de mode et de photo de Hyères. Pour ses dernières collections, la marque a aussi su s’entourer des meilleurs comme Rei Kawakubo, designer de Comme des garçons, ou Raf Simons, le directeur artistique de Dior.

La tragique mort de Clément Méric réveille une image que la marque anglaise avait réussi à faire un peu oublier. Il faudra qu’elle redouble d’effort pour éloigner ces clients aussi fidèles que gênants. Un peu comme Lacoste avait tenté de le faire en son temps avec les rappeurs des cités.

Voir enfin:

Quand Clément Méric se réfugiait derrière la sécurité de la Manif Pour Tous


Posté par Thomas DEBESSE le 07/06/2013 à 14:12. cc Licence CC by (copiez-moi !)

Alors qu’on apprend la mort de Clément Méric, la première réaction, légitime, est la désolation : encore une mort inutile qu’on ne peut que regretter. Malheureusement, le deuil est très vite terni par des vautours en mal de récupération politique…

D’un coté on aurait l’image d’Épinal du bon élève tolérant victime d’un get-apens et de l’autre des méchants nazis tout droit sorti du Château de Wolfenstein, et l’ensemble plongé dans une grande soupe d’amalgames…

Au milieu de tout ce foin médiatique, je trouve que l’article du Monde est remarquable : l’auteur n’hésite pas, par exemple, à montrer que Clément Méric critiquait le Front de Gauche qui pourtant récupère sa mort aujourd’hui. L’auteur ajoute également que selon les premiers éléments de l’enquête de police, les provocations étaient partagées.

Clément Méric avant sa mort

Le 17 avril 2013, en marge d’une Manif Pour Tous, la cellule d’extrême gauche à laquelle appartient Clément Méric vient agresser les manifestants. Line Press était sur place et a filmé une partie des événements. Les extraits sont très intéressants.

Malheureusement, je n’ai certainement pas les moyens de me payer une vidéo Line Press… Je me limite donc à une petite sélection de 7 images en invoquant le droit de courte citation… Cette vidéo était jusqu’à peu disponible sur le compte Youtube officiel de LinePress, si vous avez l’occasion de regarder cette vidéo, je vous y invite à le faire, elle est riche en renseignements.

Alors que son groupe agresse la manifestation, tandis que la police intervient pour calmer le jeu et commence à attraper certains, Clément Méric se faufile entre les policiers en civils pour se réfugier derrière les bénévoles de sécurité de la Manif Pour Tous (c’est le jeune au polo rouge à droite) :

Clément Méric fuit la police
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Le 24 mars, les bénévoles de la Manif Pour Tous avaient protégé les manifestants de la police, le 17 avril, ces mêmes bénévoles avaient protégé Clément Méric de la police.

Des altercations naissent entre ses camarades et des manifestants. Les bénévoles rappliquent. Clément Méric observe en retrait. On ne voit pas sur cette photo-ci (voir ci-après) mais ceux qui regarderont la vidéo pourront vérifier, Clément Méric place sa chevalière de manière à pouvoir frapper avec s’il le faut :

Clément Méric observe la bagarre
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Les bénévoles du service sécurité de la Manif Pour Tous protègent Clément Méric :

Clément Méric se planque derrière la Manif Pour Tous
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Ensuite, alors que la tension baisse un peu, Clément Méric rejoint ses camarades qui déploient une banderole « l’homophobie tue », et ils crient ensemble le slogan « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos ». L’ironie du sort voudra que ce ne soit pas l’homophobie qui l’ai tué…

Clément Méric n’aime pas être pris en photo. En fait il retire son foulard dès qu’il faut se glisser incognito au milieu des policiers, profitant de son « visage de poupon » comme alibi, et le remet dès qu’il s’agit d’agir avec son groupe. On le voit à un autre moment de la vidéo lever la banderole sur son visage alors qu’un photographe se place pour photographier le groupe.

Mais ce qui nous intéresse dans cette photo n’est pas le foulard, c’est sa chevalière. Sur cette image il joue du pouce et du majeur pour retourner le chaton sous son index et dissimuler la trop voyante bague aux vues des objectifs. Tout le long de la vidéo on le voit tourner cette chevalière, en fonction du rôle qu’il joue.

Clément Méric ne se sert pas de sa chevalière comme d’une simple bague d’appartenance ou par coquetterie. Il la porte à l’index pour s’en servir comme une arme et lorsqu’il est inquiet et que le danger menace, place le chaton en avant du poing. Dès lors qu’il ne se sent plus en danger ou qu’il est pris en photo, il cache le chaton dans sa paume. Cet adolescent au nom de noblesse ne semble assumer sa chevalière qu’en tant qu’arme de poing :

Clément Méric cache sa chevalière

La vidéo ne montre pas l’acte qui a motivé une poursuite de la police, mais on le voit lui et son groupe se réfugier à SciencesPo, rue de la chaise :

Clément Méric à Science Po
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Là encore, jouant son jeu d’élève modèle arrivé là par hasard, d’un air de rien il passe au milieu des policiers :

Policiers à Science Po
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Tandis certains de ses camarades se font embarquer :

Antifas dans le panier à salade
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Bref, le personnage est trouble. En d’autres circonstances, Clément Méric aurait pu se faire agresser par un antifa ou par un activiste prolétarien en mal de lutte des classes. Et sous le visage d’un enfant de chœur, malgré ses airs de bon élève et sa chevalière de bonne famille, Clément Méric portait son lot d’intolérance.

C’est humain.

Rixe et couverture médiatique

Certains évoquent une rixe qui engagerait la responsabilité de Clément Méric, ce serait à l’occasion d’une vente privée prisée autant par les dits « redskins » ainsi que que les dits « skinheads » (selon les mots trouvés dans la presse) que son groupe aurait pris à parti un groupe d’appartenance opposée. Plusieurs altercations auraient eu lieu, jusqu’à la dernière rixe où Clément Méric, frappé par un coup de poing tombe et heurte violemment un poteau. Affaibli par une leucémie dont il se remettait à peine, le choc lui est fatal et lorsque les secours arrivent, son état est jugé désespéré. La mort sera annoncée le lendemain.

Les média rivalisent de bidonnage. Du coté du Monde, « pour souligner que Clément Méric n’était pas un provocateur » on précise que le drame s’est déroulé alors qu’ il « se rendant à une vente privée de vêtements » comme s’il était allé à une vente BCBG. C’est oublier un peu vite que ladite vente privée est connue pour être un repaire d’extrémistes de tout bord et qui serait souvent l’occasion de bagarres… Tous les ingrédients pour une nomination au prix Albert Moscou sont là…

Déjà, à l’occasion d’un autre fait divers heureusement moins dramatique, je m’étais étonné au début du mois de mai en lisant un article sur une action d’antifa qui avaient troublé un rassemblement venu commémorer la mort d’un nationaliste.

Je lisais ces mots étonnant :

« [Les antifas ont] repéré les quelques nationalistes déjà présents. Ces derniers n’ont pu que détaler très vite pour éviter de prendre des coups. »

Comme s’il était normal, dans certains cas comme celui-ci, de recevoir des coups…

Certains rappellent le souvenir de François Noguiez, mort mardi dernier sans que son cas ne soulèvent d’indignation. Tandis que d’autres tentent difficilement de pondérer un peu. Pendant ce temps, les médias et les personnalités rivalisent de délire..

Récupération politique et amalgames

Notre classe politique aime le sang. Elle s’est repue du sang de Wilfred de Bruijn, elle s’enivre du sang de Clément Méric.

Si les agresseurs de Wilfred de Bruijn n’ont toujours pas été arrêtés il me semble, il paraîtrait que les rivaux présumés de Clément Méric aient été interpellés… nous en sauront peut-être plus sur les circonstances de ce dernier drame. En attendant, alors que l’incident n’est même pas encore compris, la France sombre dans une espèce de folie. Chacun verse ses fantasmes dans les caniveaux, à tel point que cela donne l’amère impression que ce drame était attendu avec impatience, afin de pouvoir s’épancher…

Entre les hommes politique amalgamant les partis opposés ou les mouvances adverses, les médias s’appropriant les témoignages sans discernements, certaines personnalités profanent le deuil sans aucune honte… La palme de l’horreur revient certainement à la Vilaine Lulu qui instrumentalise ce drame pour justifier ses fantasmes, et ce sans aucun respect pour Clément Méric :

« Ce sont ces inconscients de la #manifpourtous qui ont préparé le terrain. En s’associant avec l’extrême droite ils lui ont permis d’exister. »

Insatisfaite, la Vilaine Lulu pousse l’infamie jusqu’à se placer elle-même en victime, se vautrant dans le sang encore chaud de Clément Méric :

« Malgré tous ceux qui m’insultent, je le redis #lamanifpourtous a accepté dans ses rangs ces fachos qui ont tué Clément. A eux de réfléchir. »

La Vilaine Lulu oublie que le seul lien que l’on peut honnêtement tirer entre Clément Méric et les Manif Pour Tous, c’était quand Clément Méric agressait la Manif Pour Tous avec sa cellule d’extrême gauche, et quand il se réfugiait ensuite derrière la sécurité de la Manif Pour Tous pour se protéger à la fois des manifestants provoqués et des policiers qui allaient les interpeller !

Cependant, si vous ne cherchez pas de la haine et du mensonge mais plutôt du creux et du convenant qui n’apporte rien, vous le trouverez dans la bouche de François Hollande :

« Ces groupes qui, depuis trop longtemps créent le désordre doivent être réprimés. Maintenant, je vous le dis, l’enquête est en cours et n’allons pas plus vite et faisons en sorte de ne pas créer un climat qui est déjà trop lourd. Chacun, je l’avais dit, doit prendre ses responsabilités, et il est bien d’ailleurs que tous les partis aient condamnés ce qui s’est produit et faient en sorte que nous puissions tirer tous les enseignements de ce qui est arrivé hélas, dramatiquement, pour ce jeune. »

Écouter François Hollande sur RCF :

Vous pouvez télécharger cet extrait audio en vorbis, en mp3 ou en flac.

Sans se rendre compte que ses paroles ordonnent également la répression des mouvements dont était membre Clément Méric, le président de la république remplit le vide des lieux communs qu’il ne cesse d’user jusqu’à la moelle (et insiste pour dire qu’il le dit) : « prendre ses responsabilité », « condamner », « tirer enseignement », on n’a pas besoin d’un président de la république pour cela…

La mort d’un frère

Finalement, un des meilleurs commentaires de l’événement que j’ai pu lire, je l’ai trouvé sous la plume de Paul Da Silva :

« Et donc les médias s’en mêlent, les politiques – dont le métier est de plus en plus de faire de la télévision que d’avoir des idées – hurlent, pleurent et font des déclarations plus stupides les unes que les autres. Parmi ces voix là, une me choque plus que les autres […] des appels au meurtre (la loi du talion), d’autres à l’interdiction pour ces fascistes de s’exprimer, des amalgames à l’emporte pièce… »
« Je constate que ce mouvement qui profite bien sur de la crise et d’autres éléments de l’actualité joue le même jeu que l’extrême droite mise en cause aujourd’hui, surfe sur les faits divers à grand renfort de récupération politique et en profite pour attiser doucement une autre forme de haine. »
« Je n’ai pas de solution miracle, je n’ai pas de réponse géniale à apporter à ce qu’il vient de se passer et rien ne ramènera ce jeune homme à la vie. Mais doit-on pour autant remplacer un extrême par un autre ? »

On avait déjà pu lire de sa part, un peu plus tôt cette année, cette pensée pertinente au sujet de la haine :

« la liberté d’expression c’est aussi pour les cons, et j’aime savoir qui sont les cons autour de moi. »

Commentant le drame de Clément Méric, Paul Da Silva évoque la loi du Talion et cite des commentaires appelant au meurtre, trouvés sur des blogs de gauche.

Le drame, c’est que l’on se serve de la mort d’un homme pour justifier la haine, et réclamer encore la mort. C’est comme si la société avait attendu cette mort pour s’épancher, et c’est comme si la société attendait encore des morts pour se justifier.

Et finalement, ce sont des Français qui instrumentalisent la mort d’un Français pour appeler au meurtre d’autres Français.

L’un des commentaire cité par Paul Da Silva est tout simplement :

« Un mort chez nous, un mort chez eux »

Je trouve ce commentaire très significatif : la mort doit appeler la mort, et surtout, il y un « nous » et il y aurait un « eux ».

Quelles sont ces constructions mentales qui ne servent qu’à une chose : faire couler le sang français, le sang du concitoyen, le sang du frère ?

Ce n’est pas nouveau : le sang impur de la Marseillaise a longtemps été le sang français ! Et quand le sang d’un frère coule, certains y voient la justification du sang d’autres frères encore ! Il faut que le sang coule ! Il faut que le Français meure, car je fais partie de « nous » et il fait partie d’ « eux ». En fait peut importe qui est « nous » et qui est « eux », parce qu’il est le « eux » d’un autre « nous », il doit mourir.

Tout est bon pour justifier de faire couler le sang du français : il est de droite je suis de gauche, je suis d’extrême gauche il est d’extrême droite. Je suis pour, il est contre, il aime, j’aime pas. je dois souhaiter qu’il meure, et il doit le souhaiter pour moi.

« Ce sont des skinheads » entend-t-on. Non, ce sont des Français ! « Ce sont des redskins » entend-t-on. Non, ce sont des Français ! « Un mort chez nous, un mort chez eux ». Mais qui définit ces camps ? Ne sommes-nous tous pas du même pays ?

Si la mort de François Naugiez ne soulève pas les masses, c’est que sa récupération pourrait nourrir la xénophobie plutôt que le fratricide, ce qui n’a absolument aucun intérêt. Un prétexte est bien inutile s’il n’est pas un prétexte à haïr son frère.

On choisit ses amis, mais on ne choisit pas ses frères. Alors il ne faut pas s’attendre à ce que tout le monde s’aime et soit gentil, mais ceux que l’on supporte le moins sont souvent ceux que l’on ne choisit pas mais que l’on reçoit et pour qui nous avons des devoirs.

À lire et à entendre tous ces commentaires, il sembleraient que les antifas ne connaissent pas d’autres solutions que la mort de l’autre… et inversement. La France a inventé le génocide, la France a inventé l’extermination légale de population, et ce bien avant que le fascisme ne soit ne serait-ce qu’une hypothèse ! Pour preuve, les décrets ordonnant l’extermination du peuple Vendéen ne sont toujours pas abrogés ! Nobles de cour ou paysan de Vendée, de droite ou de gauche, le Français mérite la mort parce qu’un autre Français a décidé que je fais partie de « nous » et qu’il fait partie de « eux  !

Dans l’actualité récente on a lut l’un annoncer qu’il ne pleurerait pas une hypothétique bombe, l’autre souhaiter que la police tire à vue

Et ces menaces et malheureusement parfois ces actes sont justifiés par le « c’est nous » et le « c’est eux ».

La France est experte pour diviser les Français. Le meurtre devient possible si la victime fait partie de « eux ». Le Français peut tuer le Français dès qu’il a pu montrer que l’autre fait partie de « eux ».

Mais en fait, ces constructions mentales ne seraient pas plutôt le piège qu’on tend aux gens pour qu’ils s’entre-tuent, plutôt que d’y reconnaître un frère qu’il faudrait accompagner ? Pleurez la mort de Clément Méric, oui, et je la pleure avec vous. Mais s’il vous plaît, ne vous en servez pas pour justifier la mort d’un autre, ni même souhaiter la mort d’un autre !

L’Espérance

La foule qui s’est réunie spontanément pour pleurer la mort de Clément Méric avait en commun avec les veilleurs d’avoir chanté le Chant des partisans. Il n’y a plus qu’à prier pour que dans l’unité, ce soit tout le peuple de France qui entonne l’Espérance.


Elites: L’avant-garde du prolétariat dont Lénine a toujours parlé (France: the tiniest and most incestuous elite of any large country)

23 mai, 2013
http://extremecentre.org/wp-content/uploads/2013/05/Terroriste-Londres1.jpgIllustration by Luis Grañena depicting the French eliteNous devons les combattre comme ils nous combattent. Oeil pour oeil, dent pour dent. Dépeçeur nigériano-britannique (?)
Nous jurons par Allah le tout puissant que nous n’arrêterons jamais de vous combattre. Dépeçeur nigériano-britannique (?)
En France, un haut responsable sorti d’une grande école n’est jamais informé par la base. Il est seul. (…) Ces gens-là apprécieraient d’être informés, ils aimeraient travailler en équipe. Ils ne veulent pas être seuls, mais le système les propulse au pouvoir, si bien que nous pouvons reprocher nos difficultés à nos élites. Monique Pinçon-Charlot
C’est la plus petite élite à gouverner un grand pays. Elle vit dans quelques arrondissements chics de Paris. Ses enfants vont tous dans les mêmes écoles, dès l’âge de trois ans. Quand ils atteignent le début de l’âge adulte, les futurs responsables de la France se connaissent tous. Anciens camarades de classe, ils deviennent des "camarades de caste", expliquent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son époux Michel Pinçon. Aux Etats-Unis, jamais un PDG et un romancier ne se rencontreront. En France, les élites politiques, entrepreneuriales et culturelles ont pour ainsi dire fusionné. Ils se retrouvent au petit déjeuner, au vernissage d’une exposition, pour dîner. Ils nouent des liens d’amitié, voire se marient. Ils se donnent des tuyaux pour le travail, couvrent les transgressions les uns des autres, se confondent en critiques dithyrambiques pour le dernier ouvrage de l’autre. (Comparez l’euphorie que suscite la publication d’un livre de Bernard-Henri Lévy en France à l’accueil qu’on lui réserve à l’étranger !) Les élites sont la seule classe française à faire preuve de solidarité interne, poursuit Pinçon-Charlot. Elles sont liées par des secrets communs. Par exemple, beaucoup de leurs membres étaient au courant des curieuses pratiques de Dominique Strauss-Kahn dans la chambre à coucher, mais les mêmes étaient prêts à le laisser se présenter à la présidence plutôt que d’en informer la valetaille au-delà du périf. Pour paraphraser l’auteur anglais E.M. Forster, ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis. Simon Kuper
L’Ena recrute sur trois concours depuis 1982 (seuls les deux premiers existaient auparavant, le troisième a disparu en 1986 puis a été réinstitué sous une forme renouvelée en 1988). Le premier s’adresse aux jeunes diplômés, le deuxième aux fonctionnaires en poste depuis cinq ans au moins et le troisième aux élus syndicaux, politiques ou associatifs ainsi qu’aux salariés du privé avec de l’expérience. La numérotation des concours n’est pas neutre : elle dénote un classement dans le prestige et le nombre des élèves qui le réussissent. Au concours de sortie, les rangs obtenus suivent d’ailleurs ce prestige. Partant, les postes les plus intéressants et comportant le plus de responsabilités (immédiatement ou à terme, via une "carrière" dont le déroulé est pratiquement fixé d’avance) échoient… à des petits jeunes sans expérience mais très imbus d’eux-mêmes. Précisons que, si on excepte le grand oral du concours d’entrée, l’expérience ou les compétences personnelles et professionnelles de chaque énarque n’ont pratiquement aucune importance dans son affectation. (…) Le triple concours lui-même est, dans sa forme, une absurdité. Concours de recrutement, il vise normalement à vérifier que les reçus sont les plus aptes à remplir les futures fonctions d’un énarque. Or, pour réussir le concours, il faut être le maître de la synthèse documentaire et des codes sociaux bourgeois désuets. Après, on s’étonnera d’avoir des préfets qui hésitent à agir, des membres de la Cour des comptes ou de l’Inspection des finances qui ignorent tout du fonctionnement des entreprises (même publiques), des directeurs d’administration qui ne sont capables que de bureaucratie… Ne réussissent le premier concours que des élèves de Sciences Po Paris ayant suivi toute leur scolarité dans quelques quartiers, à quelques exceptions près. Le deuxième et le troisième concours ne sélectionnent que des personnes au profil le plus proche possible des lauréats du premier concours, ce qui donne finalement une haute fonction publique des plus conformiste et autoreproductrice du monde.technocrates carriéristes et d’être une antiichambre de la politique. (…) La première réforme à mener est sur le recrutement : le concours externe doit disparaître. Ne doivent entrer à l’Ena que des personnes expérimentées, soit dans le privé, soit dans le public, et aux profils initiaux les plus divers possible, tant sur le plan de la formation que de l’origine sociale et géographique. Le contenu du concours doit également changer pour que l’Ena recrute des décideurs modernes et pas des bureaucrates conformistes.(…) La deuxième réforme concerne la sortie. François Bayrou ne parle pas d’un point à mes yeux essentiel : l’affectation des énarques doit tenir compte des compétences de chacun (et accessoirement de ses choix de carrière) et pas de son seul rang de sortie. Mais il mentionne la nécessité d’obliger effectivement les énarques à travailler dans l’administration et pas à aller très rapidement "pantoufler" dans le secteur privé. L’Etat investit dans la formation. Le minimum est qu’il dispose d’un retour sur investissement. Surtout, la consanguinité des élites administratives et des directions générales d’entreprises privées est très gênante. On l’a vu à plusieurs reprises, le pire étant le scandale du Crédit Lyonnais. Sans oublier que des gens sélectionnés et formés pour diriger des administrations ne sont peut-être pas les meilleurs dirigeants d’entreprises possibles… Bertrand Lemaire

Alors qu’à Londres après les bombes aux clous de Boston nos barbares (pardon: nos "nouveaux damnés de la terre") découpent aux cris d’Allah Akbar comme à Damas un soldat au couteau de boucher …

Pendant qu’au même Levant  se préparent nos futurs cavaliers de l’Apocalypse et que les attaques-suicide se multiplient ailleurs …

Et qu’après Paris la semaine dernière, Stockholm goûte à son tour aux joies de l’émeute pour tous …

Voilà que le Financial Times s’en prend à une autre face de l’exception française …

A savoir au mondialement célèbre mode de recrutement de nos élites, la célèbre école de cadres et commissaires du Grosplan connue sous le nom d’ENA

Qui, étrange hybride entre l’Ecole vichyiste des Cadres d’Uriage, du Conseil de la Résistance et du front populaire, devait assurer au sortir de la guerre et sous l’égide gaullo-communiste Debré-Thorez, efficacité, adaptabilité, brassage social, renouvellement des élites, impartialité à la haute administration française …

Mais qui, entre le sacro-saint rang de sortie et le mépris de toute expérience professionnelle ou politique, nous a donné, sur la base de l’art de la belle dissertation, la plus consanguine des castes technocratiques (l’énarchie et ses énarques) …

Dont notamment trois présidents de la République (Giscard, Chirac et Hollande), sept Premiers ministres (Chirac, Fabius, Rocard, Balladur, Alain Juppé, Jospin, Villepin), de nombreux ministres (dont actuellement Fabius, Moscovici, Sapin, Pellerin) et la plupart des préfets comme des fonctionnaires internationaux (Lamy, Trichet, Lemierre, Camdessus, Larosière), la plupart des préfets et tant de parlementaires (Bianco, Bourlanges, Carrez, Charette, Courson, Coûteaux, Copé, Dupont-Aignan, Fabius, Gaymard, Guigou, Jouanno, Lamassoure, Longuet, Mancel, Moscovici, Perben, Sapin, Soisson, Tasca, Toubon, Villiers, Chevènement) ou "intellectuels" (Attali, Baverez, Deniau, Minc) …

Sans compter, via le fameux "pantouflage", la direction des grandes entreprises (Airbus, Accor, AXA, EADS, BNP Paribas, RATP, Capgemini, le Nouvel Observateur, Gaz de France, Lafarge, Peugeot, Société générale, FNAC, SNCF, Suez, Saint-Gobain, Vinci, Shopi, France Telecom) …

FRANCE • Hors de Paris, point de salut pour l’élite

Jusque dans les années 1990, l’élite, tout droit sortie des grandes écoles, faisait ce que l’on attendait d’elle. Depuis, quelque chose a monstrueusement mal tourné pour cette petite caste qui n’a d’autre horizon que le centre de Paris, écrit un journaliste britannique.

Simon Kuper

Financial Times

14 mai 2013

Maurice Thorez, le staliniste français, passa la Seconde Guerre mondiale à Moscou, où il se faisait appeler "Ivanov". A la Libération, il rentra en France et devint membre du gouvernement. Après la démission de Charles de Gaulle en 1946, Thorez reprit à son compte un des projets fétiches du général : la création d’un établissement chargé de former les hauts fonctionnaires de la nouvelle république, l’Ecole nationale d’administration (ENA). Thorez devait se dire que cette caste constituerait "l’avant-garde du prolétariat" dont Lénine avait tant parlé. Depuis, l’ENA a produit pléthore de membres de l’élite politique et financière du pays, dont le président François Hollande.

La France n’a jamais ménagé ses élites, un passe-temps qui remonte à la Révolution, mais les énarques et leurs camarades ont rarement été aussi impopulaires. En l’espace d’un an d’exercice, les gouvernements tant de droite que de gauche sont devenus des objets de mépris. Le chômage a atteint un niveau record. Les scandales liés à l’élite se multiplient (un des derniers en date concerne le ministre du Budget Jérôme Cahuzac et ses comptes en Suisse et ailleurs). Quelque chose a monstrueusement mal tourné pour la caste de Thorez.

Une caste incestueuse

Les élites françaises se définissent par leur intelligence. Elles sont principalement recrutées dans deux écoles au processus de sélection rigide : l’ENA et l’Ecole polytechnique (que l’on appelle communément "l’X"). "Nulle part ailleurs dans le monde, les carrières professionnelles – et le destin de toute une nation – ne sont à ce point tributaires des écoles que l’on fait", écrit Peter Gumbel [ancien grand reporter au Time Magazine et enseignant à l'IEP de Paris]dans son dernier livre : France’s Got Talent (Elite Academy- Enquête sur la France malade de ses Grandes Ecoles, éd. Denöel, mai2013). C’est pourquoi, même âgés, certains membres de l’élite se présentent en tant qu’"ancien élève de l’X".

Ils ne sont que 80 étudiants à sortir chaque année diplômés de l’ENA, et 400 de Polytechnique. Ils se voient alors confier des postes très élevés. "Ils travaillent dur. Ce n’est pas une élite qui est juste là pour s’amuser," soutient Pierre Forthomme, spécialiste du conseil en management.

Pendant des années, ils ont fait ce que l’on attendait d’eux. De 1946 à 1973, la France a vécu ses Trente Glorieuses*, (presque) trente ans de réussite économique. En 1990, ils avaient encore de quoi se vanter. Ils avaient créé le premier proto-Internet, le Minitel, mis en place les trains les plus rapides d’Europe, cocréé l’avion de ligne le plus rapide du monde – le Concorde –, contraint l’Allemagne à accoucher de l’euro (qui, aux yeux des élites françaises, était censé annoncer le début de l’unité européenne, plutôt que sa fin), affirmé l’indépendance militaire du pays – que beaucoup prenaient encore au sérieux – et continuaient de croire qu’ils parlaient une langue internationale. Les intellectuels au pouvoir, c’était apparemment une solution qui fonctionnait.

Depuis, tout est allé de travers. Dans les années 1960, le sociologue Pierre Bourdieu dénonçait déjà les défauts de l’élite : la classe dirigeante prétendait être une méritocratie ouverte aux gens brillants quelle que soit leur origine, mais, en réalité, elle s’était muée en caste incestueuse.

Ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis

C’est la plus petite élite à gouverner un grand pays. Elle vit dans quelques arrondissements chics de Paris. Ses enfants vont tous dans les mêmes écoles, dès l’âge de trois ans. Quand ils atteignent le début de l’âge adulte, les futurs responsables de la France se connaissent tous. Anciens camarades de classe, ils deviennent des "camarades de caste", expliquent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son époux Michel Pinçon.

Aux Etats-Unis, jamais un PDG et un romancier ne se rencontreront. En France, les élites politiques, entrepreneuriales et culturelles ont pour ainsi dire fusionné. Ils se retrouvent au petit déjeuner, au vernissage d’une exposition, pour dîner. Ils nouent des liens d’amitié, voire se marient. Ils se donnent des tuyaux pour le travail, couvrent les transgressions les uns des autres, se confondent en critiques dithyrambiques pour le dernier ouvrage de l’autre. (Comparez l’euphorie que suscite la publication d’un livre de Bernard-Henri Lévy en France à l’accueil qu’on lui réserve à l’étranger !)

Les élites sont la seule classe française à faire preuve de solidarité interne, poursuit Pinçon-Charlot. Elles sont liées par des secrets communs. Par exemple, beaucoup de leurs membres étaient au courant des curieuses pratiques de Dominique Strauss-Kahn dans la chambre à coucher, mais les mêmes étaient prêts à le laisser se présenter à la présidence plutôt que d’en informer la valetaille au-delà du périf. Pour paraphraser l’auteur anglais E.M. Forster, ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis. Ils justifient les faveurs qu’ils s’accordent au nom de l’amitié. En fait (comme l’ont souligné le journaliste Serge Halimi et d’autres), c’est de la corruption.

Les élites françaises n’ont pas été formées pour réussir dans le monde

Une caste aussi réduite, issue des mêmes écoles, souffre immanquablement d’un autre travers, tout aussi dangereux : la pensée de groupe. Et il est rare que ses membres croisent des sous-fifres qui oseront avancer des avis divergents. "En France, un haut responsable sorti d’une grande école n’est jamais informé par la base. Il est seul." "Ces gens-là apprécieraient d’être informés, ils aimeraient travailler en équipe", ajoute Pinçon-Charlot. "Ils ne veulent pas être seuls, mais le système les propulse au pouvoir, si bien que nous pouvons reprocher nos difficultés à nos élites."

La mondialisation aussi a eu un impact. Les élites françaises n’ont pas été formées pour réussir dans le monde, mais dans le centre de Paris. François Hollande, qui a fait trois grandes écoles, découvre aujourd’hui la planète en tant que président. Il s’est rendu pour la première fois en Chine lors de sa visite officielle en avril. Ces temps-ci, beaucoup de Français réussissent à Londres, New York ou dans la Silicon Valley, mais, en règle générale, ils n’ont pas de contact avec l’élite du pays.

Cette dernière ne va pas disparaître d’elle-même. Du reste, une menace bien pire se profile : l’élection, en 2017, de la première présidente authentiquement antiélite, Marine Le Pen (Front national).

* En français dans le texte.

Voir aussi:

En France, «les énarques et leurs petits camarades sont au plus bas»

Slate.fr

11/05/2013

«Les énarques et leurs petits camarades sont au plus bas»

«C’est l’élite la plus minuscule des grands pays»

«Pour paraphraser l’écrivain anglais E.M. Forster, ce sont des gens qui préféreront trahir leur pays que trahir un ami»

«L’élite française n’a pas été formée pour réussir dans le monde, mais pour réussir dans le centre de Paris»

De qui sont ces jugements au vitriol sur les classes dirigeantes françaises? Du Financial Times, la bible de la City, sous la plume de son chroniqueur Simon Kuper. Dans la foulée de l’affaire Cahuzac et du non-joyeux anniversaire de l’élection de François Hollande, le papier, qui accumule les références aux penseurs et analystes critiques de la société française (Pierre Bourdieu, les Pinçon-Charlot, Serge Halimi…), n’a pas de mal à trouver de quoi raconter «ce qui a déraillé».

Mais on pourra s’interroger sur un ou deux arguments politiques qui semblent davantage destiné à frapper l’imagination du lecteur anglo-saxon qu’à faire avancer l’argumentation. Par exemple, l’anecdote qui ouvre le papier sur la création de l’Ena par le communiste Maurice Thorez («Il a dû penser que cette caste était l’avant-garde du prolétariat dont Lénine a toujours parlé»), alors que le nom de Michel Debré, à l’origine de l’école, n’est pas cité. Ou encore le constat ouvertement catastrophiste, et peut-être prématuré, qui clôt l’article:

«L’élite n’est pas prête de s’autodissoudre. Néanmoins, une issue bien pire commence à poindre: l’élection en 2017 du premier président véritablement anti-élites, la dirigeante d’extrême-droite Marine Le Pen.»

Voir encore:

ENA : pour une réforme plus qu’une suppression

Bertrand Lemaire

Agora vox

2012

Dans la foulée de la proposition de François Bayrou, une prise de position pour une réforme importante du recrutement de la haute fonction publique.

Même si je ne crois pas à la pertinence politique du positionnement de François Bayrou et si je soutiens fermement Ségolène Royal, je me dois d’admettre que la prise de position de François Bayrou sur l’Ena est probablement la plus intelligente et la plus complète jamais proférée par un homme politique au sujet de cette école. Bien sûr, il n’est pas le premier à vouloir supprimer l’Ena mais son originalité est dans la complétude de sa réponse aux problèmes posés. J’ai déjà fait un billet sur le sujet mais qui n’était pas très détaillé. Et je dois avouer que c’est à la demande d’une bayrouiste que j’écris celui-ci.

Tout d’abord, il faut préciser de quoi l’on parle.

L’Ecole nationale d’administration a été créée sur une idée de Michel Debré, compagnon du Général de Gaulle, pour résoudre le problème du recrutement des hauts fonctionnaires qui, sous la Troisième République, se succédaient en étant forgés dans un même moule par corps. Pratiquement, seuls les amis et enfants des membres de certains corps y entraient ensuite. Cette uniformité des élites a été jugée coupable de la compromission avec l’occupant pour de simples raisons de défense des privilèges acquis. On verra que l’idéal initial a vite cédé devant les vieux réflexes et que la situation actuelle n’a rien à envier à celle de jadis. Cependant, et c’est là un point essentiel, il est indispensable de former les élites de l’administration tout comme il est indispensable d’en recruter. Le problème n’est pas tant de supprimer l’Ena que de la réformer. Une réforme complète doit, logiquement, être accompagnée d’un changement de nom.

L’Ena recrute sur trois concours depuis 1982 (seuls les deux premiers existaient auparavant, le troisième a disparu en 1986 puis a été réinstitué sous une forme renouvelée en 1988). Le premier s’adresse aux jeunes diplômés, le deuxième aux fonctionnaires en poste depuis cinq ans au moins et le troisième aux élus syndicaux, politiques ou associatifs ainsi qu’aux salariés du privé avec de l’expérience. La numérotation des concours n’est pas neutre : elle dénote un classement dans le prestige et le nombre des élèves qui le réussissent. Au concours de sortie, les rangs obtenus suivent d’ailleurs ce prestige. Partant, les postes les plus intéressants et comportant le plus de responsabilités (immédiatement ou à terme, via une "carrière" dont le déroulé est pratiquement fixé d’avance) échoient… à des petits jeunes sans expérience mais très imbus d’eux-mêmes. Précisons que, si on excepte le grand oral du concours d’entrée, l’expérience ou les compétences personnelles et professionnelles de chaque énarque n’ont pratiquement aucune importance dans son affectation. On mesure l’absurdité de la chose si on n’a ne serait-ce que deux sous de compétence en gestion des ressources humaines (GRH).

Le triple concours lui-même est, dans sa forme, une absurdité. Concours de recrutement, il vise normalement à vérifier que les reçus sont les plus aptes à remplir les futures fonctions d’un énarque. Or, pour réussir le concours, il faut être le maître de la synthèse documentaire et des codes sociaux bourgeois désuets. Après, on s’étonnera d’avoir des préfets qui hésitent à agir, des membres de la Cour des comptes ou de l’Inspection des finances qui ignorent tout du fonctionnement des entreprises (même publiques), des directeurs d’administration qui ne sont capables que de bureaucratie… Ne réussissent le premier concours que des élèves de Sciences Po Paris ayant suivi toute leur scolarité dans quelques quartiers, à quelques exceptions près. Le deuxième et le troisième concours ne sélectionnent que des personnes au profil le plus proche possible des lauréats du premier concours, ce qui donne finalement une haute fonction publique des plus conformiste et autoreproductrice du monde.

François Bayrou rejoint globalement mon analyse et mes propositions pour changer ce recrutement aberrant.

La première réforme à mener est sur le recrutement : le concours externe doit disparaître. Ne doivent entrer à l’Ena que des personnes expérimentées, soit dans le privé, soit dans le public, et aux profils initiaux les plus divers possible, tant sur le plan de la formation que de l’origine sociale et géographique. Le contenu du concours doit également changer pour que l’Ena recrute des décideurs modernes et pas des bureaucrates conformistes.

La deuxième réforme concerne la sortie. François Bayrou ne parle pas d’un point à mes yeux essentiel : l’affectation des énarques doit tenir compte des compétences de chacun (et accessoirement de ses choix de carrière) et pas de son seul rang de sortie. Mais il mentionne la nécessité d’obliger effectivement les énarques à travailler dans l’administration et pas à aller très rapidement "pantoufler" dans le secteur privé. L’Etat investit dans la formation. Le minimum est qu’il dispose d’un retour sur investissement. Surtout, la consanguinité des élites administratives et des directions générales d’entreprises privées est très gênante. On l’a vu à plusieurs reprises, le pire étant le scandale du Crédit Lyonnais. Sans oublier que des gens sélectionnés et formés pour diriger des administrations ne sont peut-être pas les meilleurs dirigeants d’entreprises possibles…

Voir enfin:

The French elite: where it went wrong

Simon Kuper

Financial Times

May 10, 2013

France’s “énarques” weren’t trained to succeed in the world but in central Paris

The French Stalinist Maurice Thorez spent the second world war in Moscow, where he called himself “Ivanov”. When France was liberated, he came home and entered government. After Charles de Gaulle stepped down as French leader in 1946, Thorez picked up one of the general’s pet projects: the creation of a school, the Ecole Nationale d’Administration, to train the new republic’s top bureaucrats. This caste, Thorez must have thought, was the “vanguard of the proletariat” that Lenin had always talked about. ENA has since produced countless members of the French political and financial elite, culminating in President François Hollande.

Elite-bashing in France dates back to the guillotine but the “énarques” and their buddies are currently at an all-time low. Within a single year, governments of both right and left have become despised. France has record unemployment. Elite scandals keep coming (most recently, around the budget minister, Jérôme Cahuzac, with his secret Swiss bank account). Something has gone horribly wrong for Thorez’s caste.

The French elite is defined by its brains. It’s largely recruited from just two rigidly selective schools: ENA and the Ecole Polytechnique (known to alumni simply as “X”). “Nowhere else in the world does the question of where you go to school so utterly determine your professional career – and the destiny of an entire nation,” writes Peter Gumbel in his new book France’s Got Talent. That’s why some elite members introduce themselves into old age as, for instance, “former pupil of the Polytechnique”.

Only 80 students a year graduate from ENA, and another 400 from the Polytechnique. They then get very demanding jobs. “They work hard. It’s not an elite that is just about relaxing,” emphasises Pierre Forthomme, an executive coach who deals with many elite members.

For decades, the elite delivered. From 1946 through 1973, France experienced its trente glorieuses, (nearly) 30 years of economic success. Even in 1990, the elite could still make great claims. It had built the first proto-internet, Minitel; installed Europe’s fastest trains; co-created the world’s fastest passenger plane, Concorde; pushed Germany into creating the euro (which the French elite then thought was the start of European unity, not the end of it); established its own independent military option that many people still took seriously; and continued to imagine it spoke an international language. Rule by brain-workers seemed to work.

Since then, things have gone horribly wrong. The sociologist Pierre Bourdieu in the 1960s began pointing out the elite’s flaw: the ruling class claimed to be a meritocracy open to bright people from anywhere but had, in fact, become a self-reproducing caste.

This is the tiniest elite of any large country. It lives in a few select arrondissements in Paris. Its children attend the same local schools, starting at age three. By their early twenties, France’s future leaders know each other. They progress from “classmates” to “caste mates”, explain the sociologists Monique Pinçon-Charlot and her husband Michel Pinçon.

Whereas an American CEO and novelist will never meet, the French political, business and cultural elites have practically fused. They meet at breakfasts, exhibition openings and dinner parties. They become friends or spouses. They give each other jobs, cover up each other’s transgressions, write rave reviews of each other’s books. (Contrast the euphoria that greets Bernard-Henri Lévy’s books in France with his reception abroad.)

The elite is the only French class that displays class solidarity, says Pinçon-Charlot. It’s tied together by shared secrets: for instance, many elite members knew about Dominique Strauss-Kahn’s peculiar bedroom practices, but they were willing to let him run for president rather than inform the peasants beyond the Parisian ring road. To paraphrase the English writer E.M. Forster, these people would rather betray their country than betray a friend. Elite members justify these mutual favours in the name of friendship. In fact (as noted by the journalist Serge Halimi and others), it’s corruption.

. . .

Equally dangerously, such a tiny caste – drawn from the same few schools – inevitably suffers from groupthink. Nor do elite members encounter many underlings who dare offer alternative views. Forthomme explains: “If you are a senior executive coming from a top school in France, you don’t get feedback. They are alone.” He adds: “These people would welcome feedback and teamwork. They don’t want to be alone, but the system puts them in this place of power, so that we can bash the elite for our problems.”

Globalisation has hurt, too. The French elite wasn’t trained to succeed in the world; it was trained to succeed in central Paris. Hollande, who attended three elite schools, is now discovering the world as president. His state visit to China last month was the first time he’d ever set foot there. Nowadays many French do succeed in London, New York or Silicon Valley, but they tend to be lost to the French elite.

The elite isn’t about to dissolve itself. However, an even worse outcome looms: the election in 2017 of the first truly anti-elitist president, the far right’s Marine Le Pen.


Tornade d’Oklahoma: Attention: une leçon peut en cacher une autre! (I will have mercy and not sacrifice: CNN gets its age-old teachable moment)

23 mai, 2013
http://patdollard.com/wp-content/uploads/2013/05/previewImage31-600x350.jpgNo religious affiliation in America has grown to 19.6%Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées. (…) Mais que la droiture soit comme un courant d’eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. Amos 5: 21-24
J’aime la piété et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. Osée 6: 6
Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. Jésus (Matthieu 9: 13)
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la "victime inconnue", comme on dirait aujourd’hui le "soldat inconnu". Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
I have never been shy in mentioning my relationship with what I call God, a Spirit, and there certainly have been times over the years that I have called on him — or her, if you wish — in public. I deeply believe that there is a Supreme Being that sees us through. Myrlie Evers-Williams
I believe that there are many paths to the same place, and that is a belief that there is a higher power, a belief that we are connected as a people. That there are values that transcend race or culture, that move us forward, and there’s an obligation for all of us individually as well as collectively to take responsibility to make those values lived. Barack Obama (2004)
The vague spirituality (and the nod to collectivism) is reminiscent of the ’60s counterculture and their rejection of organized religion. It brings to mind Norman Greenbaum’s hippie folk anthem “Spirit in the Sky.” Greenbaum, a practicing Jew at the time he wrote the song, said cowboy movies inspired him to write it, explaining that: “even though I’m a bad guy, I want to redeem myself and go to heaven. I just chose the spirit in the sky. The part about Jesus was just a natural part when I put it all together.” He has also said, “It wasn’t like a Christian song of praise it was just a simple song. I had to use Christianity because I had to use something. But more important it wasn’t the Jesus part, it was the spirit in the sky.” (…) There was a sense when listening to Evers-Williams’s speech-prayer that she “just had to use something.” We get the same feeling when we listen to President Obama’s uncomfortable religious explanations. In Evers-Williams’s prayer, just like in Greenbaum’s song, Jesus makes a token appearance: In Jesus’ name and the name of all who are holy and right we pray. Amen. Fortunately, the names of “all who are holy and right” are left to our imagination and we don’t have to suffer through a list of Evers-Williams’s choices. Those of us who are Bible-believing Christians take particular offense at a civil-rights-leader-turned-pontiff adding Jesus, who was given “the name that is above every name,” to a shopping list of afterthoughts at the end of a motivational speech. I understand that we live in a diverse land with Americans of many different faiths. No legal obligation requires the president to represent my faith or any faith on the podium at the inauguration. However, I think it’s important to stop for a moment and note this moment in history when we first witnessed a distinct change in the nature of the inaugural prayers. Read through the modern presidential prayers and see the difference. Read the religious content of the inaugural speeches of the Founders and compare them to President Obama’s speech and you will see the stark contrast. When considering this in the context of Louie Giglio’s removal from the inaugural prayer and the many attacks on religious liberties in Obama’s first term, we must ask if our country has crossed the spiritual Rubicon. Paula Bolyard
“I guess, you gotta thank the Lord, right? Do you thank the Lord?” Wolf Blitzer (CNN)
I’m actually an atheist. (…) We are here, and I don’t blame anyone for thanking the Lord. Rebecca Vitsmun (Oklahoma tornado survivor)
Most prayers in this room begin with a request to bow your heads. I would like to ask that you not bow your heads. I would like to ask that you take a moment to look around the room at all of the men and women here, in this moment, sharing together this extraordinary experience of being alive and of dedicating ourselves to working toward improving the lives of the people in our state. This is a room in which there are many challenging debates, many moments of tension, of ideological division, of frustration. But this is also a room where, as my secular humanist tradition stresses, by the very fact of being human, we have much more in common than we have differences. (…) I hope today marks the beginning of a new era in which Arizona’s non-believers can feel as welcome and valued here as believers. Juan Mendez (Arizona Democrat state Rep. when asked to deliver the opening prayer for the afternoon’s session of the House of Representatives)
Carl Sagan once wrote, ‘For small creatures such as we, the vastness is bearable only through love. Juan Mendez
In a nation in which the divide between believers and non-believers can be great and truly ugly – one of “militant atheism” on one side and unbearably ignorant religious conservatism on the other — with just a few words, Rebecca Vitsmun and Juan Mendez showed that the ideals of being respectful and compassionate belong to all of us. Whatever our personal views, we can give others space to have theirs and to express them with dignity. We can challenge assumptions, but we can conduct ourselves with kindness. Because what matters most in life isn’t what we believe in our hearts, it’s how we practice those beliefs with each other. Mary Elizabeth Williams

Attention: une leçon peut en cacher une autre!

Belle leçon, comme le rappelle le site internet Salon, de respect mutuel et de compassion au lendemain de l’une des plus tornades les plus dévastatrices de l’histoire des Etats-Unis …

Et dans un pays où la non-croyance explose (de 15 à 20% – !!! – en cinq ans) comme à l’occasion les conflits entre militants athées et conservateurs religieux …

Où,  face à un journaliste de CNN l’enjoignant lourdement de "louer le seigneur"(quoi de mieux qu’une belle leçon édifiante pour faire monter les taux d’écoute!), une survivante rappelle simplement que non seulement elle n’est pas croyante mais qu’elle n’en tient pas rigueur à ceux qui croient …

Et la journaliste de Salon, à l’instar d’un représentant démocrate d’Arizona devant ses pairs et après la prière garantie sans Dieu de l’investiture de Saint Obama, la belle et multimillénaire leçon, d’Amos, Osée et du Christ lui-même …

A savoir que ce qui compte, ce n’est pas les sacrifices (la religion) mais la miséricorde (ce qu’on fait pour les autres) …

Tornado survivor to Wolf Blitzer: Sorry, I’m an atheist. I don’t have to thank the Lord

Wolf Blitzer pushes a tornado survivor to praise the Lord. She tells him she’s an atheist, with dignity and respect

Mary Elizabeth Williams

Salon

May 22, 2013

You’d think by now CNN would have learned to stop treating its assumptions as truths. But when Wolf Blitzer made a casual comment Tuesday, it turned out to be a teachable moment both for the newsman and television viewers.

Speaking live to a survivor of the deadly tornado in Moore, Okla., Blitzer declared the woman “blessed,” her husband “blessed,” and her son “blessed.” He then asked, “You’ve gotta thank the Lord, right? Do you thank the Lord for that split-second decision?”

But as she held her 18-month-old son, Rebecca Vitsmun politely replied, “I’m actually an atheist.” A flummoxed Blitzer quickly lobbed back, “You are. All right. But you made the right call,” and Vitsmun graciously offered him a lifeline. “We are here,” she said, “and I don’t blame anyone for thanking the Lord.” Nicely done, Rebecca Vitsmun.

One in five American adults – and a third of Americans under age 30 — now declare no religious affiliation. We are less religious now than at any other point in our history, and our secularism is rising at a rapid pace. Get used to it, Lord thankers.

As Vitsmun pointed out, there’s nothing necessarily wrong with a statement of gratitude or even an acknowledgment of spirituality. I recently had someone tell me that she felt very “blessed” – right before adding that she was agnostic. Where Blitzer was insensitive — and just plain unthinking — was in his no-doubt well-intentioned demand that his interviewee cough up a Praise the Lord moment for the edification of CNN viewers.

And Blitzer was not the only person this week who got his expectations rocked. When Tempe, Ariz., state Rep. Juan Mendez was asked Tuesday to deliver the opening prayer for the afternoon’s session of the House of Representatives, he delivered something different. 

“Most prayers in this room begin with a request to bow your heads,” the Democratic official said. “I would like to ask that you not bow your heads. I would like to ask that you take a moment to look around the room at all of the men and women here, in this moment, sharing together this extraordinary experience of being alive and of dedicating ourselves to working toward improving the lives of the people in our state.”

He went on to say, “This is a room in which there are many challenging debates, many moments of tension, of ideological division, of frustration. But this is also a room where, as my secular humanist tradition stresses, by the very fact of being human, we have much more in common than we have differences.”

It was a call to love and empathy that stands right up there next to any prayer in the book, and one that offered bonus inclusion and humanity. Afterward, he said, “I hope today marks the beginning of a new era in which Arizona’s non-believers can feel as welcome and valued here as believers.” And if the conservative state of Arizona can make it happen, there’s hope yet for the other 49, people.

In a nation in which the divide between believers and non-believers can be great and truly ugly – one of “militant atheism” on one side and unbearably ignorant religious conservatism on the other — with just a few words, Rebecca Vitsmun and Juan Mendez showed that the ideals of being respectful and compassionate belong to all of us. Whatever our personal views, we can give others space to have theirs and to express them with dignity. We can challenge assumptions, but we can conduct ourselves with kindness. Because what matters most in life isn’t what we believe in our hearts, it’s how we practice those beliefs with each other.

Voir aussi:

Atheist State Lawmaker Quotes Carl Sagan Instead of Doing Prayer Before House Session

Matthew Hendley

Phoenix new times

May 21 2013

An atheist state lawmaker tasked with delivering the opening prayer for this afternoon’s session of the House of Representatives asked that people not bow their heads.

Democratic Representative Juan Mendez, of Tempe, instead spoke about his "secular humanist tradition" and even quoted author Carl Sagan.

"Most prayers in this room begin with a request to bow your heads," Mendez said. "I would like to ask that you not bow your heads. I would like to ask that you take a moment to look around the room at all of the men and women here, in this moment, sharing together this extraordinary experience of being alive and of dedicating ourselves to working toward improving the lives of the people in our state."

Click here to watch the video of Mendez’s invocation.

As you can imagine — especially now, with Arizona’s legislature being controlled by religion-heavy Republicans — this is probably the first time that an invocation at the legislature took that direction.

"This is a room in which there are many challenging debates, many moments of tension, of ideological division, of frustration," Mendez said. "But this is also a room where, as my secular humanist tradition stresses, by the very fact of being human, we have much more in common than we have differences. We share the same spectrum of potential for care, for compassion, for fear, for joy, for love.

Mendez continued, "Carl Sagan once wrote, ‘For small creatures such as we, the vastness is bearable only through love.’"

There certainly aren’t many openly atheist politicians across the country, let alone folks bringing their lack of belief in God and/or gods to prayer time. You may remember some controversy about Democratic Congressman Kyrsten Sinema, who has been described as the only atheist in Congress, even though she rejects the label of "atheist." (Perhaps it’s a coincidence, but many of Mendez’s constituents also call Sinema their Congresswoman.)

Mendez, in addition to his God-free invocation, also introduced members of the Secular Coalition for Arizona, sitting in the House gallery. One of the members said she was "witnessing history."

After the invocation, Mendez called himself one of just one of 1.3 million Arizonans not affiliated with a religious tradition or organization.

"I hope today marks the beginning of a new era in which Arizona’s non believers can feel as welcome and valued here as believers," he said.


Catastrophes: Le Déluge ferait de Dieu le plus grand tueur de masse de l’histoire (The Flood would make God the biggest mass murderer in history)

21 mai, 2013
http://uploads6.wikipaintings.org/images/agostino-carracci/the-flood.jpg
 
http://i.i.com.com/cnwk.1d/i/tim2/2013/05/20/tornado03_1_620x350.jpghttp://freebeacon.com/wp-content/uploads/2013/05/BKvJyWACcAA7ATK.png-large-540x309.pnghttp://sinhlredlight.files.wordpress.com/2013/05/oklahoma-tornado.jpg?w=610&h=364
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Comment un homme aurait-il raison contre Dieu? “Ami” de Job (25: 4-6)
Suis-je vraiment intègre? Je ne saurais le dire (…) Que m’importe, après tout! C’est pourquoi j’ose dire: «Dieu détruit aussi bien l’innocent que l’impie.» Quand survient un fléau qui tue soudainement, Dieu se rit des épreuves qui atteignent les justes. (…) Et si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce donc? Job (9: 21-24)
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 13: 1-5)
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. Christian Boltanski
Huit cents ressortissants européens combattent actuellement le régime de Bachar el-Assad en Syrie, selon les estimations d’un diplomate de l’Union européenne (UE), confirmées par un dirigeant de l’opposition. Certains ont rejoint le groupe djihadiste Jabhat al-Nosra, classé terroriste par les États-Unis, qui vient de prêter allégeance à al-Qaida. Jamais autant d’habitants du Vieux Continent n’ont afflué en aussi grand nombre sur une période aussi courte – un peu plus d’une année – pour livrer la «guerre sainte» à un régime qui réprime de manière sanglante ses opposants et que l’Europe elle-même combat depuis deux ans. Parmi ces 800 Européens figurent une centaine de Français ou de Franco-Syriens, 50 à 70 Belges, une centaine de Britanniques, de nombreux Allemands, notamment d’origine turque, des Irlandais, des Kosovars, des Danois. Bref pratiquement tous les pays européens sont concernés. (…) Le retour de jeunes, radicalisés au contact de vieux briscards du djihad, est la hantise des services de sécurité européens. Certains auront acquis un savoir-faire qui peut servir à perpétrer des opérations terroristes dans leur pays d’origine. Mais la justice pourra-t-elle criminaliser leurs voyages en Syrie, dont le régime est dénoncé par les capitales européennes? En outre, des binationaux figurent parmi ces candidats au djihad. «Il est difficile de leur dénier le droit d’aller résister à un pouvoir qui massacre sa population», soulignait récemment le juge antiterroriste Marc Trévidic. Le Figaro
These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect. All that’s left for us to do is to ask for forgiveness We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people. Sheik Fawzan Al-Fawzan (member of the Senior Council of Clerics, Saudi Arabia’s highest religious body and professor at the Al-Imam University)
When we try, however inadequately, to see things from God’s viewpoint rather than our own, things become quite different. There is suddenly nothing unfair about the deaths of any one of us, no matter what the circumstances. God is the sovereign Judge who is totally holy (1 John 1:5). It would therefore be impossible to overstate His utter abhorrence of even the slightest sin. From His perspective, it would be totally lawful and just to wipe out all of us, in whatever fashion. But God is also merciful and loving (2 Peter 3:9), and longsuffering. In the most profound display of mercy and grace imaginable, He stepped into our shoes as a man, God the Son. He came to suffer and die, not in some sort of ooey-gooey martyrdom, but so that His righteous anger against sin could be appeased and the penalty paid for those who place their trust in Jesus Christ and receive His free gift—forgiveness of their sin and admission into God’s family—by faith. (…) A skeptic at one of my talks said publicly that  the Flood would make God “the biggest mass murderer in history.” But murder is defined as the unlawful killing of innocent human life. First, from God’s perspective post-Fall, there is no such thing as an “innocent human”. And second, the concept of murder presupposes a universal law that such things are wrong, which can only be so if there is a Lawgiver, which the skeptic was trying to deny. As Creator, God has decreed that it is unlawful for a human being to take another human’s life, but the Judge of all the earth does not Himself do wrong when He takes a life, which in a very real sense happens whenever any of us die, regardless of what is called the “proximate” cause (whether tsunami, heart attack or even suicide). Carl Wieland

Attention: un tueur de masse peut en cacher un autre !

Au lendemain du passage d’une des plus dévastatrices tornades de l’histoire récente américaine …

Où l’on ne peut s’empêcher de penser aux familles des dizaines de victimes dont nombre d’enfants dans leurs écoles hélas sans abris

Pendant que chez nous un Heidegerrien s’éclate au nom du contre-printemps arabe en plein Notre-Dame et qu’au Levant nos futurs cavaliers de l’Apocalypse font leurs classes façon brigades internationales dans une réédition jihadiste de la guerre d’Espagne …

Comment ne pas repenser  aux inanies qui avaient été prononcées suite au tsunami de 2005 …

Et ne pas être révolté devant l’aberration d’un certain discours de fondamentalistes chrétiens ou musulmans ….

Qui à l’instar des prétendus amis de Job et au nom d’une croyance d’un autre âge en la toute-puissance divine …

En arrive à justifier l’injustifiable, faisant de Dieu le plus grand tueur de masse de l’histoire ?

Waves of sadness

Tsunami terror raises age-old questions

Carl Wieland

CMI–Australia

30 December 2004

Compared to seeing a plane plunge into a skyscraper, the first amateur video shots showing a surge of brown water overpowering the blue of a resort pool didn’t seem to rate high on the scale of horror.

But as the images kept pouring in and the estimated death toll kept rising, into the six figures even, it became apparent that the Asian tsunami disaster makes 9/11 seem tame by comparison.

Of course, 9/11 was triggered by the deliberate actions of people, whereas the tsunami disaster is in quite a different category. No human action, nor any failure to act, caused this Indian Ocean catastrophe.

The killer waves were set off by a massive undersea earthquake, apparently the result of slippage of tectonic plates after years of pent-up strain. Some coastlines are estimated to have moved as much as 20 meters (65 ft.).1 An earthquake of magnitude 9, like this one, sounds “almost twice as bad” as a more common one of magnitude 5; but the Richter scale is an logarithmic one. That means a “9” is really 10,000 times as violent as a “5”. [In fact, this refers only to the wave amplitude. The energy involved is actually a million times greater.] The giant quake shook the world with the force of millions of Hiroshima-size atomic bombs. Sensitive instruments were said to have picked up an effect on the earth’s rotation; the globe was described as “ringing like a bell” afterwards.

Philosophers refer to the problem of “natural evil”—people suffering and dying from things that have no apparent link to “human evil”—or even human carelessness. So much seemingly senseless sorrow and loss, regardless of the cause, inevitably raises the same sorts of questions about God, death and suffering as 9/11 did. Namely, regardless of whether people or “natural disaster” are the cause, if God is all-powerful and loving, why does He allow it?

In earlier times, insurance jargon for such an event, especially one for which adjectives like “biblical” or “near-biblical” have been applied by newspapers to its scale of tragedy, would have been “an act of God”. In our more secular, evolutionized times, reports have generally used terms such as “nature’s fury” or “Mother Nature’s wrath”. But does God just sit back and “let things happen”? I.e., is “nature” independent of God? That would have the advantage for the Christian of removing some of the responsibility for natural disasters, but would it be a biblical view of God?

If He is who He says He is, the sovereign of the universe—the One who is continually upholding the entire cosmos with the Word of His power—there are implications for events such as this. I suggest that when I let go of a compressed spring and watch it cavort in seeming randomness as it releases its stored energy, it is, despite appearances, not something that “just happens” without the involvement of God. (I would submit that reflection on the meaning of God’s sovereignty leads to the conclusion that God is either in everything, or He is in nothing.)

Similarly, as the tectonic plates off Sumatra slipped past one another and released their huge amount of pent-up power, this (and the titanic consequences for so many) was not something that just “happened”, independent of God. Just as it is not mere happenstance when the sparrow falls from the sky (Matthew 10:29).

But that does not mean that it was a “supernatural” or miraculous event. The sparrow falling can be described in terms of “natural” laws like gravity, but God is “in it” totally, completely. (As has been said before, “natural law” describes God’s “normative” way of operating within this universe. Miracles refer to his non-normative operation.)

Equally, the combinations of genes as sperm meets egg follow the (from our viewpoint) random laws of chance. Thus, if a couple with a certain mix of genes were to have enough children, one could predict that ¾ would be brown-eyed, the remaining ¼ blue, for example—just as determined by the laws of chance. But it would be a gross caricature of God if we were to imagine Him to be uninvolved in the inherited makeup of an individual. Hopefully, not many readers will think that God is helplessly dependent on the outcome of a genetic lottery when it comes to our own abilities and predispositions, both positive and negative. But if we try to avoid God’s responsibility for the killer tsunami, and pass the event off as “natural” (read “truly random”) then we are doing the same thing—we have reduced God, the all-powerful Creator God who created countless galaxies in the blink of an eye, to a helpless or impotent bystander.

To put God at the helm of events, while thoroughly biblical, raises disturbing questions, of course, in the face of the Indian Ocean nightmare. The immense unfairness of it all, for one thing. Poor villagers, already facing enormous handicaps in their ordinary lives, battered emotionally and physically beyond belief. Young children, brutally torn out of their mother’s arms and suffocated by water. But before raging at the unfairness of it all, and at God, we would do well to “zoom out” and look at the bigger picture.

Each day, some hundreds of thousands of people die. We see this as somehow “natural”, yet humanly speaking, what’s fair about that, either? In fact, what’s “fair” about any death? If God prevented all deaths except the death of one solitary person, that one death would also be “unfair”—perhaps even more so.

So the question becomes much bigger; not just “why 9/11” or “why the tsunami tragedy”—it becomes one of “why is there any death and suffering at all?” And it has to be faced squarely by Christians, since we claim to have the answers to the true meaning of life, the universe and everything.

But how can one even begin to give a Christian answer, one with biblical integrity, without taking Genesis history seriously?2 That history tells of the creation of a once-good world, in which death and suffering are not “natural” at all, but are intruders. They occur because of humanity’s rebellion against its maker (Genesis 3). But if fossils formed over millions of years, which so many Christians just blithely accept as “fact”, then that wipes out the Fall as an answer to evil, especially “natural evil”. Because the fossils show the existence of things like death, bloodshed and suffering. So if these were there millions of years ago, they must have been there before man, and hence before sin. This is the rock against which old-age compromises inevitably founder. This is also the reason why the age of things is not some obscure academic debate that Christians can put in the “too-hard-for-now” basket. Because it strikes to the heart of the hugest questions of all in relation to the nature of God, sin, evil, death; questions at the very core of Christian belief (or reasons given for nonbelief, for that matter).

The tsunami and the Flood

The superquake that set off the recent Asian tsunami disaster is believed to have resulted from the sudden slippage of two tectonic plates in the earth’s crust. The most prominent theory today concerning the mechanism of the Genesis Flood is that of Catastrophic Plate Tectonics (CPT). Its chief proponent is leading creationary scientist Dr. John Baumgardner. Dr. Baumgardner, who recently retired after years of service at Los Alamos National Laboratories, is also a world-renowned expert on plate tectonics (involving the current models of the mechanics and dynamics of the earth’s crust). He rejects the millions of years normally associated with plate tectonics and its corollary, “continental drift”, and points to ample scientific evidence to support the view that the movements of continents, for instance, had to have happened relatively quickly. (See The Creation Answers Book, Chapter 11.) Watching the results of a relatively minor (though horrific in its consequences) slippage of two plates against each other, it’s not hard to imagine some of the forces which would have been unleashed at the time of Noah’s Flood—CPT has the entire ocean floor recycled in a matter of weeks. No wonder the Bible has a special Hebrew word (mabbul, different from the ordinary word for “flood”) which it reserves exclusively for the Flood, the cataclysm in the days of Noah that destroyed the earth and is responsible for vast amounts of sedimentary and fossil-bearing layers. Incidentally, Korean naval architects showed that the Ark could have withstood waves 4–5 times taller than this tsunami (only about 20 feet or 6 metres high) see Safety investigation of Noah’s Ark in a seaway.

When we try, however inadequately, to see things from God’s viewpoint rather than our own, things become quite different. There is suddenly nothing unfair about the deaths of any one of us, no matter what the circumstances. God is the sovereign Judge who is totally holy (1 John 1:5). It would therefore be impossible to overstate His utter abhorrence of even the slightest sin. From His perspective, it would be totally lawful and just to wipe out all of us, in whatever fashion.3

But God is also merciful and loving (2 Peter 3:9), and longsuffering. In the most profound display of mercy and grace imaginable, He stepped into our shoes as a man, God the Son. He came to suffer and die, not in some sort of ooey-gooey martyrdom, but so that His righteous anger against sin could be appeased and the penalty paid for those who place their trust in Jesus Christ and receive His free gift—forgiveness of their sin and admission into God’s family—by faith.

There are daily reminders of His Curse on all creation all around us. When they are punctuated by horrifically sad concentrated bursts such as this recent disaster, we are doubly reminded of the awfulness of sin. Does knowing the answers to the “big picture” make us callous to suffering? Far from it. We are moved even more by compassion, just as the Lord Jesus was when He lived among us. Because of Jesus, Christians—those who take the Bible as the Word of God, and know Jesus Christ as the Creator incarnate—will tend to be at the forefront of digging into their pockets to help alleviate the agony. Let me explain how I can say this with confident hope.

A World Vision representative once told me confidentially that it is conservative, Bible-believing churches and Christians who are far and away the most generous givers to that organisation’s efforts to help people in poor countries.4 That makes sense, of course; God’s Word commands us to do good to all men. But if one did not believe the Bible to be really, truly true, there would be a shortage of strong motivating factors to sacrifice heavily for others. Whereas (if I may be forgiven a modest adjustment of the magnificent words of the great missionary, C.T. Studd): “If (since) Christ is God and died for me [i.e., the Bible is really, truly, totally true], then nothing I can do in obedience to Him can ever be too much”.

Addendum (01/04/05)—further resources on our website

Why is there Death and Suffering?—by Ken Ham and Jonathan Sarfati

Why Would a Loving God Allow Suffering

How can you help?

While Creation Ministries International (formerly Answers in Genesis) is not involved directly in any disaster relief efforts, we recognize that many of our readers might want to help. May we recommend that you participate through your local church or a mission agency with which you are familiar. If you are interested in other Christian ministries, please take a look at http://www.gospelcom.net/content/disaster. To participate with the world wide efforts, you can do a google search on “christian tsunami relief.”

References and notes

Even higher figures have been mooted. Some experts have suggested that much of the movement may have been horizontal, not vertical, however.

Incidentally, despite various challenges by unbelievers, there is no burden of explanation on the Christian as to why particular things happened. E.g., why certain people or groups of people died when others did not. As discussed here, a “natural” disaster, despite being totally God’s activity, will (in the absence of the miraculous or non-normative activity of God) follow a pattern that looks “random”. I.e., it will obey the natural laws that describe God’s normative activity. So there is no need to feel philosophically intimidated by reports of a Christian dying while the Hindu next to him is spared, for example. When the Tower of Siloam collapsed and killed people (Luke 13:4-5), Jesus made it plain that they did not die because they were “more sinful” than those who were spared. For more (admittedly inadequate) thoughts on apparent randomness and God’s actions, see my discussion in the book Walking Through Shadows on “butterfly effects” and the “cockroach that killed Princess Diana”.

A skeptic at one of my talks said publicly that the Flood would make God “the biggest mass murderer in history.” But murder is defined as the unlawful killing of innocent human life. First, from God’s perspective post-Fall, there is no such thing as an “innocent human”. And second, the concept of murder presupposes a universal law that such things are wrong, which can only be so if there is a Lawgiver, which the skeptic was trying to deny. As Creator, God has decreed that it is unlawful for a human being to take another human’s life, but the Judge of all the earth does not Himself do wrong when He takes a life, which in a very real sense happens whenever any of us die, regardless of what is called the “proximate” cause (whether tsunami, heart attack or even suicide).

Liberal Christians (i.e., those who take alarming liberties with biblical truths) talk a lot about social justice and helping poor countries—all noble concepts, of course. But in practice, although keen to see laws passed to take money from others, they are as a group less enthusiastic about dipping into their own pockets.

Tsunami Timeline (most recent first)

1/20/05 – 8:00 am — the death toll continues to rise — 225,000 now believed dead throughout the region. Billions of dollars and other forms of aid are pouring in. The UN is spearheading a number of projects, including a world-wide tsunami warning system.

1/4/05 — 1:54 pm — over $2 billion has been donated by governments around the world. An additional $520 million is coming in from private donations.

12/30/04 — 2:30 pm — official estimates top 116,000 dead.

12/30/04 — Indonesian officials change the estimated deaths from 45,000 to 79,940.

12/27/04 — by late Monday official estimates are set at 26,000 dead.

12/26/04 — 10:58 am — only 500 are assumed dead.

12/26/04 — 10:43 am — the tsunami hits Sri Lanka, South India, Indonesia, Malaysia, Thailand and Bangladesh

12/26/04 — 10:30 am — a 15 foot (5 m) wave hits Sumatra.

12/26/04 — shortly after 7:00 am — a number of aftershocks and subsequent earthquakes are registered by tracking stations around the world.

12/26/04 (Sunday) — 12:00 am GMT, 8:00 am Sri Lanka an undersea earthquake measuring 8.9 on the Richter scale shakes the area 160 km off shore.

The tsunami and the Flood

The superquake that set off the recent Asian tsunami disaster is believed to have resulted from the sudden slippage of two tectonic plates in the earth’s crust. The most prominent theory today concerning the mechanism of the Genesis Flood is that of Catastrophic Plate Tectonics (CPT). Its chief proponent is leading creationary scientist Dr. John Baumgardner. Dr. Baumgardner, who recently retired after years of service at Los Alamos National Laboratories, is also a world-renowned expert on plate tectonics (involving the current models of the mechanics and dynamics of the earth’s crust). He rejects the millions of years normally associated with plate tectonics and its corollary, “continental drift”, and points to ample scientific evidence to support the view that the movements of continents, for instance, had to have happened relatively quickly. (See The Creation Answers Book, Chapter 11.) Watching the results of a relatively minor (though horrific in its consequences) slippage of two plates against each other, it’s not hard to imagine some of the forces which would have been unleashed at the time of Noah’s Flood—CPT has the entire ocean floor recycled in a matter of weeks. No wonder the Bible has a special Hebrew word (mabbul, different from the ordinary word for “flood”) which it reserves exclusively for the Flood, the cataclysm in the days of Noah that destroyed the earth and is responsible for vast amounts of sedimentary and fossil-bearing layers. Incidentally, Korean naval architects showed that the Ark could have withstood waves 4–5 times taller than this tsunami (only about 20 feet or 6 metres high) see Safety investigation of Noah’s Ark in a seaway.

Voir encore:

Conspiracy Theories Surrounding the Tsunami: It was a Punishment from Allah for Celebrating Christmas and Other Sins; It was Caused by the U.S., Israel, India

Special Dispatch No. 842

MEMRI

January 7, 2005

Following practically all international events of importance, conspiracy theories are raised in the Arab and Muslim worlds. This occurred most recently following the Asian tsunami. Some of these conspiracy theories focused, as they often do, on allegations that it was a plot by the U.S. and Israel. Others speculated that the tsunami was a divine punishment for sins, including that of celebrating Christmas. The following are speeches and articles which appeared in the Arab media raising conspiracy theories about the cause of the tsunami; more will be posted on the MEMRI TV Project website (www.memritv.org) in the coming days:

Palestinian Friday Sermon by Sheik Mudeiris: The Tsunami is Allah’s Revenge at Bangkok Corruption

The following are excerpts from a Friday mosque sermon aired on Palestinian Authority TV by Sheik Ibrahim Mudeiris, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

" What happened there, in South-East Asia … we ask God to have mercy upon all the martyrs – for he who dies by drowning is a martyr. We ask God to have mercy upon all the Muslims who died there. Allah willing, they are martyrs. But, don’t you think that the wrath of the earth and the wrath of the sea should make us reflect? Tens of thousands dead, and many predict that the number will be in the hundreds of thousands. We ask God for forgiveness. When oppression and corruption increase, the law of equilibrium applies. I can see in your eyes that you are wondering what the ‘universal law of equilibrium’ is. This law is a divine law. If people are remiss in implementing God’s law and in being zealous and vengeful for His sake, Allah sets his soldiers in action to take revenge.

"The oppression and corruption caused by America and the Jews have increased. Have you heard of these beaches that are called ‘tourists’ paradise?’ You have all probably heard of Bangkok. We read about it, and knew it as the center of corruption on the face of this earth. Over there, there are Zionist and American investments. Over there they bring Muslims and others to prostitution. Over there, there are beaches, which they dubbed ‘tourists’ paradise,’ while only a few meters away, the locals live in hell on earth. They cannot make ends meet, while a few meters away there is a paradise, ‘tourists’ paradise.’

"Do you want the earth to turn a blind eye to the corrupt oppressors? Do you want the sea… Do you want the sea to lower its waves in the face of corruption that it sees with its own eyes?! No, the zero hour has come."[1]

Advisor to Saudi Arabia’s Justice Minister: The Nations were Destroyed for Lying, Sinning, and being Infidels

Ibrahim Al-Bashar, an advisor to Saudi Arabia’s Justice Minister, argued on the Saudi Arabian/UAE Al-Majd TV channel that the sins of the affected countries caused the tsunami:

"Whoever reads the Koran, given by the Maker of the World, can see how these nations were destroyed. There is one reason: they lied, they sinned, and [they] were infidels. Whoever studies the Koran can see this is the result…

"Some intellectuals, philosophers, and journalists – may Allah show them the straight path – say this is the wrath of nature. Whoever is angry must have a soul and a brain in order to act out his anger. Does the earth have a brain and a body with a soul? They talk about the wrath of nature, or else they claim that what happened was due to a fissure in the depths of the earth, which the earth’s crust could not bear. They connect cosmic matters.

"But who is the one that cracked it, split it, and commanded it to quake?! Why don’t we ask that question? Who is the one that sent the wind? Who sent the floods? But they tell you that it was due to the ebb and tide, and that the barometric depressions are to blame. Who commanded them to do so?

"These countries, in which these things occurred – don’t they refrain from adopting Allah’s law, which is a form of heresy? Man-made laws have been chosen over Allah’s law, which has been deemed unsuitable to judge people?! Whoever does not act according to Allah’s law is a heretic, that’s what Allah said in the Koran. Don’t these countries have witchcraft, sorcery, deceitfulness, and abomination?"[2]

Saudi Professor Sheikh Fawzan Al-Fawzan: Allah Punishes for Homosexuality and Fornication at Christmas

The following are excerpts from an interview on Saudi/UAE’s Al-Majd TV with Sheikh Fawzan Al-Fawzan, a professor at the Al-Imam University, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

"These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities, and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims.

"Some of our forefathers said that if there is usury and fornication in a certain village, Allah permits its destruction. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect.

"All that’s left for us to do is to ask for forgiveness. We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people."[3]

Saudi Cleric Muhammad Al-Munajjid: Allah Finished Off the Richter Scale in Revenge of Infidel Criminals

The following are excerpts from an interview on Saudi/UAE’s Al-Majd TV with Saudi cleric Muhammad Al-Munajjid, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

"The problem is that the [Christian] holidays are accompanied by forbidden things, by immorality, abomination, adultery, alcohol, drunken dancing, and … and revelry. A belly dancer costs 2500 pounds per minute and a singer costs 50,000 pounds per hour, and they hop from one hotel to another from night to dawn. Then he spends the entire night defying Allah.

"Haven’t they learned the lesson from what Allah wreaked upon the coast of Asia, during the celebration of these forbidden? At the height of immorality, Allah took vengeance on these criminals.

"Those celebrating spent what they call ‘New Year’s Eve’ in vacation resorts, pubs, and hotels. Allah struck them with an earthquake. He finished off the Richter scale. All nine levels gone. Tens of thousands dead.

"It was said that they were tourists on New Year’s vacation who went to the crowded coral islands for the holiday period, and then they were struck by this earthquake, caused by the Almighty Lord of the worlds. He showed them His wrath and His strength. He showed them His vengeance. Is there anyone learning the lesson? Is it impossible that we will be struck like them? Why do we go their way? Why do we want to be like them, with their holidays, their forbidden things, and their heresy?"[4]

Egyptian Nationalist Weekly: U.S.-Israel-India Nuclear Testing May have Caused Asian Tsunami; The Goal: Testing how to Liquidate Humanity

The Egyptian nationalist weekly Al-Usbu’ has published an investigation by correspondent Mahmoud Bakri, titled "Humanity in Danger," claiming that the earthquake and tsunami in Asia may have resulted from joint nuclear testing by the U.S., Israel, and India. The following are excerpts from the article:

"Was [the earthquake] caused by American, Israeli, and Indian nuclear testing on ‘the day of horror?’ Why did the ‘Ring of Fire’ explode?

"… According to researchers’ estimates, there are two possible [explanations] for what happened. The first is a natural, divine move, because the region is in the ‘Ring of Fire,’ a region subject to this destructive type of earthquakes.

" The second possibility is that it was some kind of human intervention that destabilized the tectonic plates, an intervention that is caused only in nuclear experiments and explosions. What strengthens this direction [of thought] are the tectonic plates [under] Indian soil [ sic ], since in the recent few months, India conducted over seven nuclear tests to strengthen its nuclear program against the Pakistani [nuclear program].

"[Various] reports have proven that the tectonic plates in India and Australia collided with the tectonic plates of Europe and Asia. [It has also been proven] that India recently obtained high[-level] nuclear technology, and a number of Israeli nuclear experts and several American research centers were [involved in preparing this].

"The three most recent tests appeared to be genuine American and Israeli preparations to act together with India to test a way to liquidate humanity. In the[ir] most recent test, they began destroying entire cities over extensive areas. Although the nuclear explosions were carried out in desert lands, tens of thousands of kilometers away from populated areas, they had a direct effect on these areas.

"Since 1992, many research [institutes] monitoring earthquakes across the world, such as the International Center for the [Study] of Earthquakes [sic] in Britain and in Turkey and other countries, [indicated] the importance of no nuclear testing in the ‘Ring of Fire,’ where the most recent earthquake struck, because this region is thought to be one of the most geologically active regions over millions of years. Thus, the international centers have always classified it as one of the most dangerous regions [and] likely to shift at any given moment, even without human interference.

"But the scientific reports stated that there had been nuclear activity in this region – particularly after America’s recent decision to rely largely on the Australian desert – part of which is inside the ‘Ring of Fire’ – for its secret nuclear testing.

"Similarly, many international reports spoke of joint Indian-Israeli nuclear activity. Moreover, only this year Arab and Islamic countries intervened more than three times in the U.S. to stop this joint nuclear activity.

"Nevertheless, although so far it has not been proven that secret Indian-Israeli nuclear testing is what caused the destructive earthquake, there is evidence that the recent nuclear tests, the exchange of nuclear experts between India and Israel, and the American pressure on Pakistan regarding its nuclear cooperation with Asian and Islamic countries [by providing India with advanced nuclear technology in an attempt to stop Pakistani activity] – all these pose a big question mark regarding the causes of the severe earthquake in Asia.

"Scientific studies prove that there is increasing nuclear activity under the waters of the oceans and seas … and that America is the first country in the world responsible for this activity. This raises an enormous question mark… What is puzzling is that all the previous earthquakes did not cause such great destruction [as this one], particularly [in light of the fact that] the earthquake’s center was some 40 kilometers under the seabed of the Indian Ocean.

"One of the American researchers, Merrills Kinsey,[5]pointed out an important fact in the scientific report that he prepared after the last disaster, which is that the center of an earthquake that took place some 40 kilometers under the ocean floor could not have caused such destruction unless nuclear testing had been conducted close to the tectonic plates in these countries, or unless several days previously there had been [nuclear] activity that caused these plates to shift and collide – which constitutes a danger to all humanity, not only to the inhabitants of these countries…"[6]

[1]Palestinian Authority TV, December 31, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=451.

[2]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), January 5, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=462.

[3]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), December 31, 2004. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=459.

[4]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), January 1, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=452.

[5]The name was not identified by MEMRI.

[6]Al-Usbu’ (Egypt), January 1, 2005.

Voir encore:

Powerlessness of God?

A Critical Appraisal of Hans Jonas’s Idea of God after Auschwitz

Hans Hermann Henrix

I. On the truth of authentic and fictional texts

Among the Jewish contributions that echo the abysmal terror of Auschwitz and express the horror of the Shoah, many touching and authentic reports are found. To those who are driven by the question of how, in the face of the reality of Auschwitz, we can think and talk about God at all, texts exploring the existence and the perception of God in view of the events of the Shoah take on a definitive importance for their life and faith. One person’s heart and mind may have been indelibly branded by Elie Wiesel’s story in which the boy Pipel, during his protracted death at the gallows on the Auschwitz roll-call square, asks "Where is God?"1 Another may turn again to a text such as "Jossel Son of Jossel Rackower of Tarnopol Talks to God," that "beautiful and true text, as true as only fiction can be," presented as a document reporting on the final hours of resistance in the Warsaw Ghetto.2

A third person, fearing perhaps to be touched too closely by such fictional witnesses to the struggle for God and looking instead to the theoretical/intellectual debate, may turn to Emil Fackenheim’s "commanding voice of Auschwitz"3– a text that, by keeping an equilibrium between theodicy and anthropodicy, wants to transmit to the Jewish people the call issuing from Auschwitz for a new, eleventh commandment: namely, to protect and maintain the Jewish people and the Jewish faith, so as not to give Hitler a posthumous victory.

II. Hans Jonas – a Jewish voice in dark times

Does "The Idea of God After Auschwitz" by Hans Jonas (1903-1993)4 also belong among these texts? The author understands his contribution to be "a Jewish voice in dark times." Not mincing words, he calls his lecture "a piece of undisguisedly speculative theology." (p.7) It is theology in the garb of a theodicy, and theodicy not so much as a question but as an answer, an answer that seems to exonerate God from being responsible for the evil in the world, and thus for Auschwitz. Maybe it is this character of his contribution that has attracted considerable appreciation for Hans Jonas’s lecture within German-language Christian theology and philosophy5 – a kind of attention that Christian theology has only very hesitantly given to the other Jewish voices mentioned.6 What then is special about his "idea of God after Auschwitz"?

Anyone who approaches Hans Jonas’s thought by way of his works on the philosophy of nature and technology as well as on ethics7 would not in the first instance expect to find an interest in theology and the history of religion, since his philosophical work seems to breathe a pronounced scepticism in respect of the idea of God, which he considers in the context of modern nihilism. His ethics has a causal horizon that does not seem to have a place for God.8 And yet, the God-question has never let go of him. This became apparent to the German-speaking public when in his expression of thanks on receiving the Dr. Leopold Lucas Award from the Faculty of Protestant Theology at Tübingen University in 1984, he chose to speak on the "The Idea of God After Auschwitz," a line of thought that he presented again later that year before a large audience at the Munich Assembly of German Catholics. During the final years of his life, he frequently revisited the tension between the nihilistic scepticism in his philosophical works on the one hand and his continued interest in the question of God on the other.9

The theme for his Tübingen speech of thanks "pressed" itself on him "irresistibly" because Jonas’s mother and the mother of the donor of the award had shared the fate of being murdered at Auschwitz. He chose the topic in "fear and trembling," since it had existential depth: "I believe I owed it to those shadows, not to deny them some sort of answer to their long faded-away cries to a mute God" (7). The screams of the murdered souls still echo in the lament of the survivor, expressed in the phrase "a mute God." Hans Jonas’s answer to the faded-away cries of the murdered drives a profoundly human and existential wedge into the philosophical/theological rock face. This context of real-life history must be kept in mind whenever his deliberations take on a speculative hue that might seem to be removed from everything human.

"What is it that Auschwitz has added to the measure of the fearsome and horrible misdeeds that human beings could perpetrate on other human beings, and ever have perpetrated?" (10) This is the question that Auschwitz has provoked in Hans Jonas. He answers it in an indirect manner, by explaining that traditional answers do not apply to the question of God any longer. The idea of the Shoah as something that God has visited on the disloyal people of the covenant is of no more help to him in explaining the Shoah than the idea, first formulated in the age of the Maccabees, of the witness of the suffering one, the martyr, who by his sacrifice and the giving of his life strengthens the promise of redemption by the coming Messiah. In accordance with this, even the "sanctifying of the name" (kiddush-hashem) in medieval martyr-piety is not longer of any use. "Auschwitz, devouring even the innocent children, knew nothing of all this…. Not a trace of human nobility was left to those who were destined to undergo the "final solution," not a trace of it was recognizable in the figures of those ghostly skeletons who survived long enough to see the camp liberated" (12f.). For Jews, who consider this life the arena of God’s creation, revelation, and redemption, God is the guardian of this arena, the Lord of history. Thus Auschwitz, to the believing Jew, calls into question "the entire traditional idea of God." It adds to the Jewish notion of history "a new dimension that has never existed before, something that the inherited theological categories cannot cope with" (14). This is the preface, the prologue to the credo of Hans Jonas, who does not want to give up the idea of God. He can also express the preliminary sketch of his credo, which despite everything still reckons with the existence of God, in another way:

"The notion of ‘the Lord of history’ will have to be given up" – this is the anticipated outcome of his credo (14). By employing the twin perspectives of theology and philosophy of religion, Jonas asks, as it were, under what conditions a history could be possible in which something like Auschwitz could happen. From his point of view, a God ruling history and interfering in its course of events "with a mighty hand and an outstretched arm" is not one of the conditions of possibility of a history containing the fact of the Shoah. Jonas sees the relationship of God to history in a different light. To think of God in view of Auschwitz means to him that we already have to think differently of God the Creator. This notion of God the Creator Jonas proceeds to delineate in a way "that makes it possible to articulate the experience of Auschwitz in a theological sense."10 In order to develop the idea of God on a transcendental level, Hans Jonas turns to a "self-conceived myth." (15)

III. Hans Jonas’s self-conceived myth and its theological significance

In the beginning, for unknowable reasons, the ground of being, or the divine, chose to give itself over to the chance and risk and endless variety of becoming. And wholly so: entering into the adventure of space and time, the deity held back nothing of itself – no uncommitted or unimpaired part remained to direct, correct, and ultimately guarantee the roundabout working out of its destiny in the creation. On this unconditional immanence the modern temper insists. It is its courage or despair, in any case its bitter honesty, to take our being-in-the-world seriously: to view the world as left to itself, its laws as brooking no interference, and the rigour of our belonging to it as not softened by an extramundane providence. Our myth demands the same for God’s being-in-the-world. Not, however, in the sense of a pantheistic immanence…. But rather, in order that the world might be, and be for itself, God renounced his own being, divesting himself of his deity – to receive it back from the Odyssey of time laden with the chance harvest of unforeseeable temporal experience; transfigured, or possibly even disfigured, by it. In such self-forfeiture of divine integrity for the sake of an unprejudiced becoming, no other foreknowledge can be admitted than that of possibilities which cosmic being offers in its own terms. To these conditions God committed his cause, effacing himself for the sake of the world. (15-17)

Jonas traces the fate of God’s effacing himself into the world through the course of time. He conceives of this course of time in an evolutionary manner. In the aeons before life begins to stir, the world does not yet harbour any danger to the God abandoning himself to it. This danger only begins to accrue when biological evolution becomes ever more multifarious and intensive: Eternity gathers strength, "filling little by little with the contents of self-affirmation, and for the first time now the awakening God can say that the creation is good" (18). Along with life, however, there arose death; mortality thus became the price to pay for a higher kind of existence, which out of the momentum of its evolutionary development produces the human being. The arrival of the human being also has its price, that is to say, God will have to pay the price now for his cause "possibly going wrong" (20), as the innocence of life now "has given way to the task of responsibility under the disjunction of good and evil. To the promise and risk of this agency, the divine cause, revealed at last, henceforth finds itself committed: and its issue trembles in the balance. The image of God … passes into the precarious trust of human beings, to be completed, saved, or spoiled by what they will do to themselves and the world." (23) God’s fate is accomplished within a context of worrying and hopeful observing, accompanying, and tracking human activities, or rather, as Jonas himself puts it: Transcendence "from now on accompanies (human) actions with baited breath, hoping and wooing, rejoicing and sorrowing, with satisfaction and disappointment, and, as I would like to believe, making itself felt to humanity, without however intervening in the dynamics of that scene of mundane activities." (23f.)

Hans Jonas’s myth has originality, rhetorical power, and speculative strength. His preferred means of expression is imagery. We at once begin to notice the wealth of consequences for the traditionally accepted notion of God arising from this scheme. As he himself admits, Jonas became aware of this only gradually. And he feels himself obliged to "link" his scheme "in a responsible way with the tradition of Jewish religious thought." (24)

His myth speaks implicitly of a suffering God as well as a developing and a caring God. The biblical "idea of divine majesty" (26) only at first sight contradicts the notion of the suffering God, for the Hebrew Bible is certainly capable of describing quite eloquently the grief, remorse, and disappointment God experiences with regard to humans and in particular with regard to his chosen people. The thought of a becoming God may run counter to the idea emanating from classical Greek philosophy and introduced into the theological teaching of the attributes and its claim of the unchangeability of God; but as far as Jonas is concerned, it in inherent "in the sheer fact" that God "is affected by what happens in the world, and that ‘being affected’ means being altered, being in a changed situation. So that if in fact God has any kind of relationship to the world … then by virtue of this alone, the Eternal has become ‘temporized’" (28f.). The notion of a caring God then defines more closely this "temporization" of God: "That God takes care of and cares for his creatures belongs among the most familiar tenets of Jewish faith" (31).11

Up to this point Hans Jonas considers his myth compatible with the Jewish theological tradition. He admits to incompatibility with it, though, at the point where he feels compelled to negate God’s omnipotence. "In our speculative venture, the most critical point is reached when we have to say: He is not an omnipotent God! For the sake of our image of God and our whole relationship to the divine, we cannot maintain the time-honored (medieval) doctrine of absolute, unlimited divine power" (33). His negation of divine omnipotence at this early stage, before coming to the problem of Auschwitz, Jonas derives from problems inherent in the concept of omnipotence. Thus he argues on the level of logical thought that omnipotence, as "absolute auto-potency," in its solitude was in no position to exert power on anything. It was a power without resistance, and hence without power (33f.). Theologically, he formulates it as follows: "We can have divine omnipotence together with divine goodness only at the price of complete divine inscrutability…. More generally speaking, the three attributes … absolute goodness, absolute power, and understandability, stand in such a relationship that any combination of two of them excludes the third."12

To deny the qualities of goodness and understandability to God would mean to destroy his divinity and to state an idea of God quite unacceptable "according to Jewish norms." Therefore the notion of omnipotence, already seen to be dubious, must be relinquished.

Doing away with the omnipotence of God could however, Jonas believes, still be expressed theologically "within the continuity of the Jewish heritage," for this limitation of divine power might be interpreted as "a concession made by God … which he could revoke whenever he felt like it." (40) Here we have the idea of a self-chosen, retractable limitation of God’s power. This self-limitation of God, however, does not satisfy Jonas, for it would leave incomprehensible what has actually happened in history. Auschwitz would not have been confronted theologically; God would be conceived of without taking Auschwitz into account. For in Jonas’s view a freely chosen self-limitation of God with regard to his own power that could be revoked at any time would allow us "to expect that the good Lord might now and again break his self-imposed rule of exercising extreme restraint in imposing his power, and might intervene with a miraculous rescue. But no such miracle occurred; throughout the years of the Auschwitz slaughter, God remained silent. The miracles that occurred were the work of human beings alone: the acts of bravery of those individual, mostly nameless "righteous among the nations" who did not shrink from even the ultimate sacrifice to rescue others, to relieve their suffering, and even, if there was no alternative, to share in the fate of Israel. … But God remained silent. At this point I say: He did not interfere not because he did not wish to, but because he was not able to." (41f.)

Jonas now can simultaneously think of Auschwitz and God only at the price of foregoing talk of a God with "a strong hand and an outstretched arm." In view of Auschwitz, one must posit "the powerlessness of God" with regard to physical events. God, however, not only opts for this powerlessness in the course of history, but wills it into creation itself. Already creation out of nothing was by itself an act of self-restriction, "a self-limitation that allows for the existence and autonomy of a world. Creation itself was the act of an absolute sovereignty that for the sake of the existence of self-determined finiteness agreed no longer to be absolute." (45)

Jonas finds a clue for his speculative venture of formulating his concept of God and the Creator in this manner in the "highly original and quite unorthodox speculations" of the Jewish Kabbalah surrounding the idea of zimzum. The divine zimzum as a form of "contraction, a retreat, a form of self-imposed moderation" is a precondition for the creation of the world. "In order to create space for the world to exist … the Eternal One had to withdraw into himself, thus creating emptiness, the void in which and from which he could create the world. Without this withdrawal into himself there could be nothing else outside of God." (46)13

Jonas is able to support his myth of God renouncing his power with reference to the medieval idea of zimzum, while at the same time revising it. In zimzum, as the Kabbalah understands it, God retains his sovereignty vis-à-vis a creation that has become possible. In this context he remains a sovereign counterpart to the world; his contraction and withdrawal is only partial. Jonas, however, postulates a total contraction, a contraction not towards a void, but towards an unconditional immanence (cf. 16): Infinity in terms of its power empties itself "as a whole into finiteness" and in this way hands itself over to the latter." (46) God retains nothing that remains untouched and immune (cf.16). This, however, raises the question: "Does this leave any room for a relationship to God?" Transcendence seems entirely steeped in and dissolved into immanence. Whether transcendence emerges once more from immanence is, paradoxically enough, up to the decision of human beings. For this is the sense in which Hans Jonas answers the question he himself has raised: "Having given himself wholly to the becoming world, God has no more to give, it is our turn now to give to him." This is what humans do, whenever they take care that God must not regret having created the world. Hans Jonas is of the opinion that "this could well be the secret of the unknown "thirty-six righteous ones" who, according to Jewish teaching, the world will never be without, in order to safeguard its continued existence." (47)14 Jonas counts on the possibility that further "righteous ones" have existed even "in our times," and so in Auschwitz as well; in this context he remembers "the righteous among the nations" whom he has mentioned before, who in the abyss of the Shoah gave their lives for Israel. In the thirty-six righteous ones, a transcendence wholly hidden in immanence manifests itself as "holiness," a holiness that "is capable of offsetting immeasurable guilt, of settling the debt run up by a whole generation, and of saving the peace of the invisible realm."(48) Auschwitz, in Jonas’s thought, is the place where the notion of a God who has restricted himself fails; it is also the place where, from the ashes of this failed notion of God, God’s inscrutable transcendence appears in the form of holiness in the figures of the righteous one. Here his self-conceived myth is transformed into existential thought.

IV. An appraisal of Hans Jonas’s understanding of God

The myth Hans Jonas has created is a moving and challenging proposal. He weighs the traditional manner of speaking of God. In the face of the Shoah he wishes to speak of God. And he does this with pointed reference to the modern problematic of theodicy: any talk of God’s kindness and omnipotence is tested in the face of Auschwitz and in relation to the demand for understandability in God. The understandability of God is a guiding principle for Jonas. It is in the face of this criterion that talk of God has to prove itself. This is where it has its forensic element, based on reason.15 Although Jonas does not demand a thoroughgoing intelligibility, he nevertheless insists on the requirement "that we be able to understand God, not entirely of course, but to some extent…. If God, however, is to be understandable (in certain ways and to a certain extent) – and this is something we must adhere to – then his goodness must be compatible with the existence of evil, which it can only be if he is not omnipotent." (38f.)

Jonas finds his principle of understandability quite centrally anchored in Jewish tradition: "a deus absconditus, a hidden God (not to speak of an absurd God), is a deeply un-Jewish notion." (38) That this is somewhat controversial, however, within Jewish thought, is evident in any understanding of Jewish faith that orients itself to the testing of Abraham, i.e. God’s demand that he sacrifice his son Isaac. Thus Michael Wyschogrod can state that "Jewish belief … from the very beginning is a belief that God can do what is incomprehensible in human terms," and with a view to Auschwitz he adds: "In our day and age this includes the belief that despite Auschwitz, God will fulfil his promise to redeem Israel and the world. Am I able to grasp how this is possible? No."16

This Jewish position refuses to accept the modern variant of theodicy, since it does not consider valid a judging of God-talk before the tribunal of reason. Jonas, however, following his basic principle of understandability, opts for a discourse within the context of the modern problem of theodicy. For what he has to say, he is quite well able to find the appropriate Jewish words,17 and is capable also of transmitting his ideas in the traditional categories of Jewish thought, even though he describes them as "self-invented" (15), that is to say, developed in his own name and at his own risk. He is well aware of this. And by his own acknowledgment, he deviates "rather decisively from the most ancient Jewish teaching" (42).18 Does that mean, then, that he finds himself even more removed from Christian teaching? The Christian reader should not be too quick to jump to conclusions on this point. Rather, such a reader is left with an ambiguous impression of closeness and difference at the same time. One is tempted to associate the impression of closeness with what Hans Urs von Balthasar calls "formal Christology"19, whereas the difference may consist in his theodicy being a "Christology without Christ."

As to associating Jonas’s myth with the term "formal Christology," one finds a basis for this in his own writings. More than twenty years before his Tübingen word of thanks, Jonas had outlined his myth for the first time in a lecture on "Immortality and Our Contemporary Existence"20 and had submitted this idea to his teacher and colleague Rudolf Bultmann. In the enjoining correspondence with his colleague21, Jonas depicts the adventure of God of getting involved in the world and its history by using a Christian notion, and in conversing with his Christian partner he does not shy away from speaking of a "total incarnation" or of the "full risk" or "sacrifice of the incarnation." He even tolerated his myth being labeled a "non-trinitarian myth of incarnation." Knowing of such characterizations, Jonas twenty years later warned his Tübingen audience against getting the terminology of his own myth mixed up with the Christian connotations implied in it: "It [his myth] does not, like the Christian expression ‘the suffering God,’ speak of a unique act in which the Deity, at a certain moment in time and for the express purpose of the redemption of humanity, send part of itself into a certain situation characterized by suffering. Rather, in his view the almost incarnate relationship of God to the world had been a relationship full of suffering on the part of God "from creation onwards." (25) Yet the fact that he had to warn of confusing them and had to make a clear distinction between them, points to the closeness of the two notions.

A further indication of the closeness of Jonas’s thought to Christian theology in this point, a closeness that of course implies neither congruence nor agreement, is seen in the fact that also on the Christian side, the classical idea of God has entered a critical stage, and that this crisis of the Christian theistic understanding of God is, above all, a crisis of the idea of divine power.22 Dogmatics, which had been shaped by Hellenistic philosophy, has rediscovered the "human" features in the biblical image of God, not least on the basis of contemporary experience, as with Hans Jonas (cf. 41f.). God’s predicates of compassion and the ability to experience pain are again increasingly emphasized in Christian theology. Such developments, however, lead to new interpretations of God’s omnipotence as the power of God’s love. Even before Hans Jonas spoke up, Jürgen Moltmann, quite significantly, interpreted the role of God’s power of creation in terms of the Jewish kabbalistic notion of zimzum, and postulated that a kind of self-limitation of the omnipotent and ubiquitous God had preceded the act of creation: "God creates … by means of and through withdrawing from creation." The power of creation had to be considered "a self-humiliation of God towards his own impotence," "a work of divine humility and equally a divine form of self-communion. When God acts as Creator, he acts upon himself. His actions are founded in his passion."23 In the context of the theology of Creation, Jonas’s concept also forces Eberhard Jüngel to specify the notion of the original beginning "in terms of divine self-limitation."24 Thus these Christian theologians and Hans Jonas are equally inspired by the kabbalistic idea of zimzum as a point of reference for interpreting the myth of creation.

Such closeness is not restricted to the idea of God’s power of creation and God the Creator alone. It also arises from considering the Christian understanding of divine power in relation to history. According to the myth established by Jonas, God attends human activities "with baited breath, hoping and wooing" (23), and for "the period of the world proceeding on its way," i.e., as long as history lasts, he has "foregone all power of intervention in the physical course of mundane events." God responds "to the impact of such mundane events on his own being … not by a show of ‘mighty hand and outstretched arm,’ … but by the mutely penetrating wooing of his unachieved aim" (42). There is a school of Christian theology that likewise interprets the attitude of the powerful God towards history and the actions of humans in terms analogous to this idea of God’s "wooing." American process theology, which thinks of God, by virtue of his being a loving God, as sensitive, vulnerable, even dependent, aims to modify the idea of the omnipotence of God towards the notion that "God executes his power only in terms of his wooing humans and desiring to convince them, without being able to guarantee success. Thus God, in his love towards the world he created, runs a daring risk."25

One need not agree with the controversial theological assumptions and conclusions of process theology to be able to understand from a Christian viewpoint the intervention of God and his power in history under the image of divine wooing. Johannes B. Brantschen, for instance, finds it possible, in connection with the New Testament parable of the Prodigal Son (Luke 15), to speak of God’s omnipotence as the coexistence of power and the powerlessness of love, and to interpret it in the following way: "This is the unprecedented event: God, the sovereign Lord of Heaven and Earth, begs for our love, but the almighty Father is powerless, as long as we humans do not answer the call of his obliging love from our very heart – for love without freedom is nothing but a piece of rigid iron. This powerlessness of love we experience today as the silence of God, or perhaps better, the discretion of God. God is discrete, at times even frighteningly discrete. … However, God in his discrete love has put enough light into his signs to be discovered by those who search for him. God takes us seriously. He is discrete, because he loves us. That is the divine delicacy. … God suffers as long as his love is not appreciated … This waiting is God’s way of experiencing pain."26

Brantschen formulates his thoughts with special reference to the individual’s experience of illness and suffering, rather than vis-a-vis Auschwitz. That gives a somewhat parenetic and pastoral touch to his words and can lead to the aesthetic realm. Interestingly, Rudolf Bultmann asked Jonas the critical question of whether his myth might not remain "in the realm of aesthetics," and whether his idea of God in the last resort might not be "an aesthetic concept."27 In his reply, Hans Jonas insists that God’s committing his fate to human beings demands of the latter not an aesthetic, but an ethical response.28 And yet one has to ask Jonas whether his depiction of God’s response to what is happening in the world as an "intense but mute wooing" does not remain too firmly imbedded in the area of aesthetic judgement, which has the character not of a demand, but a request. "Time is the waiting of God, who begs for our love," Simone Weil once said. Emmanuel Levinas, when confronted with this statement, at once put in a correction, by adding: "[Time is the waiting of God] who commands our love."29 Instead of God’s wooing, his command; instead of an aesthetic "enticement," an ethical summons before the tribunal of never ending responsibility.

Another question arises from the coordination of immanence and transcendence of God in Hans Jonas’s myth. If the divine basis of all existence retains no unaffected and immune "part" of itself, but entirely and unconditionally melts into immanence, then God’s transcendence not only becomes unknowable epistemologically, but also dissolves ontologically. The total immanence of transcendence, when taken with radical seriousness, is in the last resort a lonely kind of immanence, in which an intense but mute wooing of transcendence cannot take place any longer, nor can an uprising, an epiphany of transcendence be expected. Christian theology responds to the intellectual difficulties of Jonas’s myth with the Incarnation, understood on a Trinitarian basis: the Son enters history and the world, while the Father who sends out his Son in the Spirit continues to be God as a counterpart to the world.30 A formal Christology lacking the figure of Christ along the lines of Hans Jonas’s myth will hardly be able to solve the intellectual problem involved in the coordination of transcendence and immanence.31 Not all Jewish descendence or kenosis theology, though, is affected by this objection. The classical Jewish teaching about God’s bending down to humans refers to the God who is "seated on high" being enthroned in the heights" and "looks far down on the earth, and raises the poor from the dust" (cf. Psalm 113:6f.). Post-biblical tradition urges: "Wherever you find the greatness of the Holy One, praised be He, you will also find his humbleness. This is written in the Torah, is repeated in the words of the Prophets, and returns in the Writings for the third time" (bMeg 31a). The link between the descending God and the God of the heights is inseparable, so that transcendence does not dissolve into immanence.

The theoretical/intellectual problem in the myth of Hans Jonas of not being able to find one’s way out of the contradiction between total immanence and a nevertheless maintained transcendence, returns on the level of his more existentialist mode of expression. On the one hand, Jonas states regarding Auschwitz "no miraculous rescue happened; throughout the years of the fury at Auschwitz, God kept silent," while on the other hand, he continues, "the miracles that occurred were the work of human beings alone: [they were] the acts of those individual, often unknown ‘righteous among the nations’ who did not shun even the ultimate sacrifice." (41) Jonas now says of these righteous among the nations that "their hidden holiness is capable of making up for immeasurable guilt." (48) Yet must not the holiness of the righteous in the context of Jonas’s mythological manner of speaking be understood as the salvation of God’s own cause, arising from the innermost essence of divine existence (cf. 23f.), as an echo of his intense but mute wooing, indeed, as the very manner of his being present, of his speaking? Looked at from the vantage point of Jonas’s own assumptions, would it not then be God himself speaking in the holiness of the righteous? And would we not then confront the tension between the absence of miracles and the simultaneous occurring of miracles, the tension between God being silent and yet speaking through the holiness of the righteous?

Finally, we will consider the contribution of Hans Jonas’s proposal to theodicy. His concept of God presents a powerless God, a defenseless God – a figure whom Christian theology has every reason to think about. In an exchange with E. Levinas about this question, Bishop Klaus Hemmerle spoke most impressively about God’s defenselessness, which in a process of self-denial reaches the point where he can do nothing but ask humans for their love. To this Levinas replied: "Such defenselessness in this situation, however, costs many suffering human lives. Can we speak in such a manner? We are not involved in a disputation on God’s capacity to sympathize with those who suffer. I don’t understand this notion of ‘defenselessness’ today, after Auschwitz. After what happened at Auschwitz, it sometimes seems to me to mean that the good Lord is asking for a kind of love that holds no element of promise. That is how I think of it: the meaning of Auschwitz is a form of suffering and of believing quite without any promise in return. That is to say: tout-à-fait gratuit. But then I say to myself: it costs too much – not to the good Lord, but to humankind. That is my critique, my lack of understanding with regard to the idea of defenselessness. This powerless kenosis has cost humanity all too dearly."32

If Levinas’s objection is a Jewish critique of the Christian understanding of divine self-renunciation in Jesus Christ, it also touches Jonas’s own myth of God relinquishing himself towards immanence. Here as well, God has undergone a powerless kenosis which "costs humanity all too dearly." The price of the truth of Jonas’s myth appears to be too high. The objection that God’s powerless kenosis costs human beings too much moves toward an understanding which – here going beyond Levinas – contains the promise of justice even to those who perished at Auschwitz. Suing for such justice means to make room for the "lamenting human complaint to God about the horrors occurring in his creation." This is the whole point of the question of theodicy, as Johann Baptist Metz so insistently keeps asking it.33 And in this respect, Jonas’s scheme seems oppressive, and lacking in any form of promise. His call for God-talk to appear before the bar of understandability and be challenged by this-worldly history leads to forsaking the idea of God’s omnipotence and leaves a total absence of promise to those who have suffered in the past and to the dead of the Shoah.34

Do we really have to forsake talking about the omnipotence of God? Must we indeed renounce the yearning for a powerful God? Do those who at Auschwitz proved to be the righteous ones, the saints of the Shoah, tell us that what they longed for, namely, the omnipotence of God, must – according to another statement of Emmanuel Levinas – in the very yearning for it "remain apart, must appear holy as something worthy of desire – close, yet separate"? God’s omnipotence awakens our yearning for it, calls into being a move towards it, and yet at the very moment when that divine omnipotence is most urgently needed, it seems to yield place to the other person, to the neighbor, in a kind of responsibility that can go as far – and with the saints of the Shoah has indeed done so – as substituting oneself for the other person. This would seem to be the omnipotence of God remaining apart to the point of its very absence. It would seem to be an "intrigue" of the omnipotent God, entrusting my fellow human to me. This "intrigue" of God would be a kind of self-limitation that calls us into unlimited responsibility for our fellow human beings.35

The notion of God’s omnipotence and the yearning contained in it36 must pass the acid test of the ethical demand. This is where it finds its real meaning for each respective present; it will not let us avoid this test. Therein one could see the prospective meaning of any talk of God’s omnipotence; this could be its ethical content. At the same time, such talk contains a dimension of "going beyond" that is of particular relevance to those who cannot be reached by my responsible action in each present moment: to the suffering and the dead of history. Beyond its, so to speak, prospective meaning, the word of God’s omnipotence is a cry for God’s saving power, appealing to him to be effective and powerful for those who suffered and died. One could speak of a commemorating and an appealing meaning of talk of God’s omnipotence. Talking about God without appealing to him, and without any promise for the dead of history and the Shoah, is challenged by the question of theodicy, as it is pointedly formulated by Johann Baptist Metz. Such a challenge is also pertinent to Hans Jonas’s concept.

Conclusion

As insistently as we have sought a note of hope for the dead of Auschwitz in Hans Jonas’s concept of God, and as seriously as the question of the dissolution of God as the counterpart to humans (and thus the continuing possibility of prayer) must be directed to Jonas’s myth and its theological explication, it is equally appropriate to mention that Jonas accompanies his theoretical exposition with a very personal confession. This confession is clearly a move onto a different level of human expression, while still representing Hans Jonas the person. His concept breathes the pathos of candidness; he seeks understandability to be able to go on living. This seeking reflects the integrity and autonomy of Hans Jonas as a human being, one who at the same time can be quite humble. The answer he gives in his myth to the question of Job "is opposed to that put in the Book of Job, which looks to the omnipotence of the Creator God, while mine posits his renunciation of power." To Jonas, both answers constitute "praise," their countermovement being held together by what they have in common. Of his "poor word" of praise he would like to hope "that it would not be excluded from what Goethe in his ‘Vermächtnis altpersischen Glaubens’ (Legacy of Ancient Persian Belief) expresses as follows: ‘And all that stammers praise to the Supreme / in circle by circle there gathered does seem’" (48f.). This is a personal avowal of faith in a God who is on high, who is a counterpart, and thus is praiseworthy. This must be pointed out so that the critique directed at Jonas’s intellectual scheme not be extended to a critique of Jonas as a person.

By creating his myth, Hans Jonas has echoed the faded screams of his mother, who was murdered at Auschwitz. From the standpoint of Auschwitz, he has directed his question to God, in a speculative gesture as it were. The appraisal of his urgent proposal attempted here follows him in this speculative gesture, on the level of thought and argumentation. What Jonas says about his own scheme is even more true of this appraisal: "All this is mere stammering" (48). Stammering it has been in its agreement with Jonas and in its questioning of him. The agreement revealed characteristics that Jonas’s scheme has in common with contemporary Christian theology. The questioning presented possible objections from outside as well as examining the inner coherence of Jonas’s understanding of God. Our appraisal did not see its task as that of submitting a definitive alternative scheme. Nor was it bent on attempting to make sense of the events of Auschwitz. Like Hans Jonas himself, our appraisal also does not wish to forsake the idea of God. Indeed, it does not wish to forsake the idea of a powerful God; it wants to acknowledge the yearning for an omnipotent God. This is a yearning that cannot avoid the acid test of ethical demands, and is challenged not to seek solace for oneself, but to live in hope for others.

Notes

E. Wiesel, Die Nacht zu begraben, Elischa, Eßlingen o. J., 93f.

So E. Levinas, Die Tora mehr zu lieben als Gott (1955), in: E. Levinas, Schwierige Freiheit. Versuch über das Judentum, Frankfurt a.M. 1992, 109-113, who presents the most impressive interpretation of this text. Other interpretations: U. Bohn, Thora in der Grenzsituation, in: P. von der Osten-Sacken (ed.), Treue zur Thora. FS Günther Harder, Berlin 1977, 124-134; P. Lenhardt/P. von der Osten-Sacken, Rabbi Akiva, Berlin 1987, 332ff; H. Luibl, Wenn der Herr sein Gesicht von den Betenden abwendet. Zu Zwi Kolitz: „Jossel Rackower spricht zu Gott", in: Orientierung 52 (1988) 5-8. The German translation of this text itself was published in: Almanach für Literatur und Theologie 2, Wuppertal 1986, 19-28; M. Stöhr (ed.), Erinnern – nicht vergessen, München 1979, 107-118; P. von der Osten-Sacken (ed.), Das Ostjudentum, Berlin 1981, 161-168; Judaica 39 (1983) 211-220. Compare the attempt of a strophic transliteration of R. Brandstaetter, in: K. Wolff (ed.), Hiob 1943. Ein Requiem für das Warschauer Getto, Berlin 1983, 274-276.

The Commanding Voice of Auschwitz (1970), in: E. L. Fackenheim, God’s Presence in History. Jewish Affirmations and Philosophical Reflections, New York 1970, 67-98. Fackenheim has repeated his position in further publications: Encounters between Judaism and Modern Philosophy, New York 1973; The Jewish Return to History, New York 1978; To Mend the World, New York 1982; The Jewish Bible after Auschwitz. A Re-reading, New York 1990; Jewish-Christian Relations after the Holocaust. Toward Post-Holocaust Theological Thought, Chicago 1996; Was ist Judentum? Eine Deutung für die Gegenwart, Berlin 1999. Literature on Fackenheim: B. Dupuy, Un theologien juif de l’Holocauste, Emil Fackenheim, in: Foi et Vie 73. No. 4 (1974) 11-21; E.Z. Charry, Jewish Holocaust Theology. An Assessment, in: JES 18 (1981) 128-139; S. Lubarsky, Ethics and Theodicy. Tensions in Emil Fackenheim’s Thought, in: Encounter 44 (1983) 59-72; M.J. Morgan, The Jewish Thought of Emil Fackenheim. A Reader, Detroit 1987; G. Niekamp, Christologie nach Auschwitz, Freiburg 1994, 131-135.

The text of H. Jonas was published: H. Jonas, Der Gottesbegriff nach Auschwitz. Eine jüdische Stimme (suhrkamp taschenbuch 1516), Frankfurt 1987 (the pages in the ongoing text of this manuscript are of this edition); other publications of the text in: O. Hofius (ed.), Reflexionen finsterer Zeit. Zwei Vorträge von Fritz Stern und Hans Jonas, Tübingen 1984, 61-86; Von Gott reden in Auschwitz?, in: Zentralkomitee der deutschen Katholiken (ed.), Dem Leben trauen, weil Gott es mit uns lebt. 88. Deutscher Katholikentag vom 4. bis 8. Juli 1984 in München. Dokumentation, Paderborn 1984, 235-246 and: Hans Jonas, Philosophische Untersuchungen und metaphysische Vermutungen, Frankfurt 1992, 190-208. A french translation: Le Concept de Dieu après Auschwitz. Une voix juive. Suivi d’un essai de Catherine Chalier, Paris 1994.

E. Jüngel, Gottes ursprüngliches Anfangen als schöpferische Selbstbegrenzung. Ein Beitrag zum Gespräch mit Hans Jonas über den »Gottesbegriff nach Auschwitz«, in: H. Deuser u.a. (eds.), Gottes Zukunft -Zukunft der Welt (FS Jürgen Moltmann), München 1986, 265-275; W. Oelmüller, Hans Jonas. Mythos – Gnosis – Prinzip Verantwortung, in: StZ 113 (1988) 343-351; Marcus Braybrooke, Time to meet. Towards a deeper relationship between Jews and Christians, London/Philadelphia 1990, 123ff.; H. Kreß, Philosophische Theologie im Horizont des neuzeitlichen Nihilismus. Philosophie und Gottesgedanke bei Wilhelm Weischedel und Hans Jonas, in: ZThK 88 (1991), 101-120; H. Küng, Das Judentum, München/Zürich 1991 714ff; W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann. Neue Diskussionen zur Theodizeefrage, München 1992, passim; W. Groß/H.J. Kuschel, »Ich schaffe Finsternis und Unheil!« Ist Gott verantwortlich für das Übel?, Mainz 1992, 170-175; C. Thoma, Das Messiasprojekt. Theologie jüdisch-christlicher Begegnung, Augsburg 1994, 394ff; G. Schiwy, Abschied vom allmächtigen Gott, München 1995, 10ff, 36f.,76-85, 92-98, u.ö.; G. Greshake, Der dreieine Gott. Eine trinitarische Theologie, Freiburg 1997, 279ff.; K.-H. Menke, in: H. Wagner (ed.), Mit Gott streiten. Neue Zugänge zum Theodizee-Problem, Freiburg 1998, 125ff.; V. Lenzen, Jüdisches Leben und Sterben im Namen Gottes. Studien über die Heiligung des göttlichen Namens (Kiddusch-HaSchem), München/Zürich 2000 (2. Auflage), 140ff. u.a.

Cf. R. McAfee Brown, Elie Wiesel. Zeuge für die Menschheit, Freiburg 1990; W. Groß/ K.-J. Kuschel, ibidem (Footnote 5), 135-153; E. Schuster/R. Boschert-Kimmig (eds.), Trotzdem hoffen. Mit Johann Baptist Metz und Elie Wiesel im Gespräch, Mainz 1993; R. Boschki, Der Schrei. Gott und Mensch im Werk von Elie Wiesel, Mainz 1994; G. Langenhorst, Hiob unser Zeitgenosse. Die literarische Hiob-Rezeption im 20. Jahrhundert als theologische Herausforderung, Mainz 1994, passim.

H. Jonas, Das Prinzip Verantwortung. Versuch einer Ethik für die technologische Zivilisation, Frankfurt 1979, 21984. The main stations of his work are indicated by: Der Begriff der Gnosis, Göttingen 1930; Augustin und das paulinische Freiheitsproblem, Göttingen 1930, 21965; Gnosis und spätantiker Geist. Zwei Teile, Göttingen 1934, 21954 und 1954, 21993; The Phenomenon of Life: Toward a Philosophical Biology, New York 1963; Organismus und Freiheit. Ansätze zu einer philosophischen Biologie, Göttingen 1973; Technik, Medizin und Ethik. Zur Praxis des Prinzips Verantwortung, Frankfurt 1985. Compare the ongoing reception of Jonas’s work: W. Fasching, article „Jonas, Hans", in: Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexion, Band XV (1998), 723-733; C. Albert, article „Jonas, Hans", in: B. Lutz (ed.), Die großen Philosophen des 20. Jahrhunderts. Biographisches Lexikon, München 1999 and the informations of the Hans Jonas-Centre Berlin in: http://www.fu-berlin.de/~boehler/Jonas-Zentrum.

So H. Kreß, ibidem (Footnote 5), 109ff and similarly W. Lesch, Ethische Argumentation im jüdischen Kontext. Zum Verständnis von Ethik bei Emmanuel Levinas und Hans Jonas, in: FZPhTh 38 (1991) 443~69, 464. Compare the own statement of Jonas in: H. Koelbl, Jüdische Portraits. Photographien und Interviews, Frankfurt 1989, 120-123, 123.

Cf. the articles in: »Philosophische Untersuchungen« (footnote 4).

E. Jüngel, ibidem (footnote 5), 269.

Compare the statements of the Jewish traditional literature only in: P. Kuhn, Gottes Selbsterniedrigung in der Theologie der Rabbinen, München 1968; A.M. Goldberg, Untersuchungen über die Vorstellung der Schekhinah in der frühen rabbinischen Literatur, München 1972; P. Kuhn, Gottes Trauer und Klage in der rabbinischen Überlieferung, Leiden 1978; H. Ernst, Rabbinische Traditionen über Gottes Nähe und Gottes Leid, in: C. Thoma/M. Wyschogrod (eds.), Das Reden vom einen Gott bei Juden und Christen, Berlin 1984, 157-177, C. Thoma/ S. Lauer, Die Gleichnisse der Rabbinen. Erster und zweiter Teil, Bern 1986 and 1992; E.E. Urbach, The Sages. Their Concepts and Beliefs, Cambridge, Mass. 1987, 37-79; M.E. Lodahl, Shekhinah/Spirit. Divine Presence in Jewish and Christian Religion, New York/ Mahwah 1992; C. Thoma, Messiasprojekt (footnote 5), 78ff, 409ff u.ö.

In the Middle Ages the Jewish discussion of the possibility to mediate the three attributes of God reflected the mediation of the omnipotencce, goodness and providence; compare the study of B.S. Kogan, »Sorgt Gott sich wirklich?« – Saadja Gaon, Juda Halevi und Maimonides über das Problem des Bösen, in: H.H. Henrix (ed.), Unter dem Bogen des Bundes, Aachen 1981, 47-73. See as an example of the early Christian discussion of the issue only: Laktanz, Vom Zorne Gottes (Texte zur Forschung 4), Darmstadt 21971, 45ff.

Jonas follows to: G. Scholem, Die jüdische Mystik in ihren Hauptströmungen, Frankfurt/M. 1967, 285ff; idem, Über einige Begriffe des Judentums, Frankfurt 1970, 53-89 (= Schöpfung aus Nichts und Selbstbeschränkung Gottes). Cf. idem, Art. »Kabbalah«, in: Encyclopaedia Judaica XI (Jerusalem 41978), 489-653, 588-597 and M. Fritz, A Midrash: The Self-Limitation of God, in: JES 22 (1985) 703-714.

Cf. to this motif: G. Scholem, Die 36 verborgenen Gerechten in der jüdischen Tradition, in: idem., Judaica, Frankfurt 1968, 216-225; article »Lamed Vav Zaddikim«, in: Encyclopaedia Judaica X (Jerusalem 41978), 1367f.

C.-F. Geyer requires the „tribunal of reason" in his studies on the history of the discernable concept of theodicy, in: W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann (Footnote 5), 209-242. His position is critized by G. Neuhaus, Theodizee – Abbruch oder Anstoß des Glaubens?, Freiburg 1993, 144ff; cf. also the discussion in: H. Wagner (ed.), Mit Gott streiten. Neue Zugänge zum Theodizee-Problem (QD 169), Freiburg 1998.

M. Wyschogrod, Gott – ein Gott der Erlösung, in: M. Brocke/H. Jochum, ibidem (Footnote 2), 178-194, 185. See also V. Lenzen, ibidem (Footnote 5), 141.

So in reception of F. Rosenzweig and his reflection of the question in what sense his »Star of Redemption« is a Jewish book: Das neue Denken (1925), in: idem, Zweistromland (= Franz Rosenzweig, Der Mensch und sein Werk. Gesammelte Schriften III), Dordrecht 1984, 139-161,155.

A. Goldberg, Ist Gott allmächtig? Was die Rabbinen Hans Jonas antworten könnten, in: Judaica 47 (1991) 51-58 critized the absolute renunciation of the divine power; the rabbinical understanding of the concept of God’s power could accept a partial renunciation and preserved the possibility of the divine judgement. Interpretating Is. 45,7 and its daily recitation in the morning prayer Goldberg argued: »He, who claims that only the good can come from God, denies one of the few dogmas of Judaism» (56). The provocation of the biblical speech of God as the creator of the light and darkness is reflected by: W. Groß/ K.J. Kuschel, ibidem (Footnote 5) and M. Görg, Der un-heile Gott. Die Bibel im Bann der Gewalt, Düsseldorf 1995.

H.U. von Balthasar spoke on Israel as »a formal Christology« in his booklet on Buber: Einsame Zwiesprache. Martin Buber und das Christentum, Köln/ Olten 1958, 83. But he develops unsufficiently the affirmative dimension of such a caracterization; this is critized by: H.H. Henrix, »Israel ist seinem Wesen nach formale Christologie«. Die Bedeutung H.U. von Balthasars für F.-W. Marquardts Christologie, in: BThZ 9 (1993) 135-153.

H. Jonas, Zwischen Nichts und Ewigkeit. Drei Aufsätze zur Lehre vom Menschen. Göttingen 1963, 44-62, 55ff.

Ibidem, 63-72; Jonas’s using of the term of incarnation: 68.69.70.71.

The concept of omnipotence – long generations a firm component of the Christian teaching of the divine attributes – is marginalized in contemporary dogmatics; compare only: Mysterium Salutis. Volumes 1 to 5 and the supplement, Einsiedeln/ Zürich/ Köln 1965-1981; Lexikon der katholischen Dogmatik, Freiburg 1987; P. Eicher (ed.), Neue Summe Theologie. Bände 1 und 2, Düsseldorf 1992. But see also J. Auer, Gott – der Eine und Dreieine (Kleine Katholische Dogmatik II), Regensburg 1978, 422-431 and the discussion of O. John, Die Allmachtsprädikation in einer christlichen Gottesrede nach Auschwitz, in: E. Schillebeeckx (ed.), Mystik und Politik. Theologie im Ringen um Geschichte und Gesellschaft (FS Johann Baptist Metz), Mainz 1988, 202-218 and Th. Pröpper, article »Allmacht Gottes», in: 3LThK Bd. 1 (1993), 412-417.

J. Moltmann, Trinität und Reich Gottes. Zur Gotteslehre, München 1980, 124f.

E. Jüngel, ibidem (Footnote 5), 271. But compare the striking criticism of this reflection by H. Küng, ibidem (Footnote 5), 717ff.

So after H. Vorgrimler, Theologische Gotteslehre, Düsseldorf 1985, 150ff.

J.B. Brantschen, Die Macht und Ohnmacht der Liebe. Randglossen zum dogmatischen Satz: Gott ist veränderlich, in: FZPhTh 27 (1980) 224-246, 238f. Cf. also G. Neuhaus, ibidem (footnote 15), 264ff and H. Fronhofen, Ist der christliche Gott allmächtig?, in: StZ 117 (1992) 519-528, 523.

R. Bultmann, in: H. Jonas, Zwischen Nichts und Ewigkeit, ibidem (footnote 20), 66f

H. Jonas, ibidem, 70f.

So the manuscript of the dialogue on the Judaism and Christianity in the thinking of Franz Rosenzweig which was published in a shortened version: Judentum und Christentum nach Franz Rodsenzweig. Ein Gespräch, in: G. Fuchs/H.H. Henrix (eds.), Zeitgewinn. Messianisches Denken nach Franz Rosenzweig, Frankfurt 1987, 163-183.

Similarly the criticism of E. Jüngel, ibidem (Footnote 5), 272f and W. Oelmüller, Hans Jonas, ibidem (Footnote 5), 346.

Compare the literature according to the footnote 11 and: W. Orbach, The four Faces of God: Toward a Theology of Powerlessness, in: Judaism 32 (1983) 236-247; E. Levinas, Judaïsme et Kénose, in: Archivi di Filisofia LIII (1985) Nr.2-3 (Ebraismo. Ellenismo. Cristianesimo), 13-28 and R. Neudecker, Die vielen Gesichter des einen Gottes, München 1989, 69-105.

In. G. Fuchs/H.H. Henrix, ibidem, (footnote 29), 170.

J.B. Metz, Theologie als Theodizee?, in: W. Oelmüller (ed.), Theodizee – Gott vor Gericht?, München 1990, 103-118; Plädoyer für mehr Theodizee-Empfindlichkeit in der Theologie, in: W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann (footnote 5), 125-137; Die Rede von Gott angesichts der Leidensgeschichte der Welt, in: StZ 117 (1992) 311-320; Karl Rahners Ringen um die theologische Ehre des Menschen, in: StZ (1994) 383-393 (quotation there: 391); Religion und Politik auf dem Boden der Moderne, Frankfurt 1996; Gottesgedächtnis im Zeitalter kultureller Amnesie, in: Th. Faulhaber/B. Stubenrauch (eds.), Wenn Gott verloren geht. Die Zukunft des Glaubens in der säkularisierten Gesellschaft (QD 174), Freiburg 1998, 108-115.

Strangely enough the momentum of the lack of any form of promise to the victims of the history is faded out by G. Schiwy’s plea for the »discharge of the almighty» (Footnote 5).

See the idea of an »intrigue« of God – here in our context applied on the idea of the divine omnipotencce – by E. Levinas: Gott und die Philosophie, in: B. Casper (ed.), Gott nennen. Phänomenologische Zugänge, Freiburg/München 1981, 81-123, 104ff.

This in nearness to thoughts of H. Küng, ibidem (footnote 5), 731ff and O. John, ibidem (footnote 22).


Fondation Rockefeller/100e: A quoi sert de gagner tout l’or du monde (From permanent to immediate philanthropy ?)

21 mai, 2013
http://media.economist.com/sites/default/files/imagecache/full-width/images/2012/11/articles/main/20130110_wbp006.jpgEt que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme? Jésus (Mattthieu 16: 26)
Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un creux dans la terre, et cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq talents s’approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m’as remis cinq talents; voici, j’en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C’est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m’as remis deux talents; voici, j’en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui n’avait reçu qu’un talent s’approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui amasses où tu n’as pas vanné ; j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que j’amasse où je n’ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Jésus (Matthieu 25: 14 – 30)
Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d’ulcères, et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères. Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. Dans le séjour des morts, il leva les yeux; et, tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Il s’écria: Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue; car je souffre cruellement dans cette flamme. Abraham répondit: Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. D’ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire. Le riche dit: Je te prie donc, père Abraham, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père; car j’ai cinq frères. C’est pour qu’il leur atteste ces choses, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments. Abraham répondit: Ils ont Moïse et les prophètes; qu’ils les écoutent. Et il dit: Non, père Abraham, mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit: S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait. Jésus (Luc 16:15-31)
Depuis la récession, les Américains riches sont à la recherche de nouveaux symboles de prestige, Les yachts, jets privés et villas au bord de la mer sont tellement 2007. Etre assez riche et généreux pour avoir son nom dans la liste "Giving Pledge" pourrait rapidement devenir l’ultime badge de prestige. Robert Franck (Wealth Report)
Richesse oblige is part of American culture. The peer pressure to give is great (for donors large and small), which is what makes US givers three times as generous as Britons. The Giving Pledge has upped that peer pressure and set an expectation that only serious generosity gets you into the new A-list of philanthropy. (…) If these billionaire philanthrocapitalists can follow Gates’s example their giving could be world-changing. The Guardian
In May 14th 2013 it will be 100 years since the birth of the Rockefeller Foundation, with its noble ambition to “promote the well-being of mankind throughout the world”. It soon became the most famous face of a golden age of philanthropy, putting to work the vast wealth of J.D. Rockefeller, its founder, in creating or helping to create many of the great institutions of 20th-century America, from the Red Cross to the University of Chicago, and helping save many millions of lives through its support of research in global public health (such as finding a vaccine for yellow fever) and agriculture (working with Norman Borlaug to bring about the “green revolution” in food productivity in Asia). The centenary comes as Bill Gates and Warren Buffett are ushering in what may be another golden age, both through their huge personal donations and their urging other billionaires to sign a Giving Pledge, promising half of their wealth to good causes. So what might the next century of philanthropy bring? The Rockefeller Foundation should still be around to celebrate in 2113, but the Bill & Melinda Gates Foundation may not be. J.D. Rockefeller established a permanent foundation; all the money given to the Gates Foundation must be spent within 50 years of the death of the last surviving founder (ie, Mr or Mrs Gates). The Gateses and Mr Buffett are part of a growing number of philanthropists who believe that their money will be better used if it is deployed while they are alive or still at least a living memory. The next ten years or so will be particularly important in shaping the future of philanthropy. Just as Rockefeller pursued what he called “scientific philanthropy”, gathering together experts to find answers to big problems, today the Gateses and others expect their giving to overcome some of the world’s most formidable challenges. If this is seen to work, many more successful businesspeople will give do-gooding a try, thinking they can make a difference, too. But if the results are indifferent in the next decade, there will be a strong temptation to dismiss philanthropy as a fad. Completing the eradication of polio in the three countries where it remains and continuing the recent dramatic decline in deaths from malaria will be closely watched litmus tests. Some quick wins for the new philanthropists would also take some of the heat out of the growing anti-rich sentiment around the world. It might even form the basis of a new social contract, in which large differences in personal wealth are tolerated if the rich make a serious effort to give generously and effectively. In Rockefeller’s day, with government still quite small, it was possible to think that a philanthropist could solve big problems on his own. Today, it is clear that solutions will be possible only if do-gooders can work effectively not just with the non-profit sector but also with business and government. Some see philanthropy as providing risk capital for social innovation, able to take the sort of controversial or long-term bets that other providers of finance avoid. The Economist
Il y a cent ans de cela, la Fondation Rockefeller ouvrait ses portes avec pour mission de promouvoir le bien-être de l’humanité partout dans le monde. Aujourd’hui, ce bien-être est de plus en plus lié à notre capacité de préparation et de résistance aux chocs et aux épreuves de notre monde moderne afin d’en ressortir plus fort. Il s’agit d’un objectif crucial pour les villes puisque les gens habitent de plus en plus dans les aires urbaines. Alors que la Fondation entame son deuxième centenaire, nous estimons que les questions de résilience urbaine sont dorénavant d’actualité. Notre objectif pour le défi du centenaire "100 villes résilientes" est qu’il devienne un tremplin pour des actions de plus grande envergure qui rendront le monde plus résilient. Dr. Judith Rodin (Présidente de la Fondation Rockefeller)
Engagés aux coté des milliardaires américains Bill Gates et Warren Buffett, les plus grandes fortunes américaines se sont récemment engagées à donner la moitié de leurs fortunes à des fins philanthropiques auprès d’organisations caritatives mondiales. Thomas Blard commente cette campagne appelée « The Giving Pledge », un projet lié à la culture américaine de l’entreprenariat. Culturellement, la tradition américaine souligne que s’il faut laisser à ses héritiers suffisamment d’argent pour qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent, il ne faut pas trop leur en laisser non plus, au risque qu’ils ne fassent rien. Une position très éloignée de la culture européenne et notamment de la culture française liée à l’héritage et à la transmission des biens. Ainsi, les plus grandes fortunes françaises ont été approchées, parmi lesquelles Arnaud Lagardère et Liliane Bettencourt mais jusqu’à présent ils ont refusé de prendre part au projet philanthropique américain. Terra femina

En ce 100e anniversaire de la création de la Fondation Rockefeller …

Qui voyait, avec le magnat du pétrole et peut-être la plus grande fortune de tous les temps John D. Rockefeller (l’équivalent de 200 milliards de dollars actuels avec sa fameuse Standard Oil – Esso), la naissance de l’universalisme philanthropique américain …

Et aujourd’hui, avec le Giving Pledge de  Buffett et Gates mais toujours sans nos Lagardère et Bettencourt (d’où peut-être le silence gêné de nos médias), un redéploiement de la philanthropie mondiale vers le don immédiat …

Retour, avec The Economist, sur l’avenir de la philanthropie …

Good business?

The future of philanthropy

The Economist

Nov 21st 2012

In May 14th 2013 it will be 100 years since the birth of the Rockefeller Foundation, with its noble ambition to “promote the well-being of mankind throughout the world”. It soon became the most famous face of a golden age of philanthropy, putting to work the vast wealth of J.D. Rockefeller, its founder, in creating or helping to create many of the great institutions of 20th-century America, from the Red Cross to the University of Chicago, and helping save many millions of lives through its support of research in global public health (such as finding a vaccine for yellow fever) and agriculture (working with Norman Borlaug to bring about the “green revolution” in food productivity in Asia).

The centenary comes as Bill Gates and Warren Buffett are ushering in what may be another golden age, both through their huge personal donations and their urging other billionaires to sign a Giving Pledge, promising half of their wealth to good causes. So what might the next century of philanthropy bring?

The Rockefeller Foundation should still be around to celebrate in 2113, but the Bill & Melinda Gates Foundation may not be. J.D. Rockefeller established a permanent foundation; all the money given to the Gates Foundation must be spent within 50 years of the death of the last surviving founder (ie, Mr or Mrs Gates). The Gateses and Mr Buffett are part of a growing number of philanthropists who believe that their money will be better used if it is deployed while they are alive or still at least a living memory.

The next ten years or so will be particularly important in shaping the future of philanthropy. Just as Rockefeller pursued what he called “scientific philanthropy”, gathering together experts to find answers to big problems, today the Gateses and others expect their giving to overcome some of the world’s most formidable challenges. If this is seen to work, many more successful businesspeople will give do-gooding a try, thinking they can make a difference, too. But if the results are indifferent in the next decade, there will be a strong temptation to dismiss philanthropy as a fad. Completing the eradication of polio in the three countries where it remains and continuing the recent dramatic decline in deaths from malaria will be closely watched litmus tests.

A contract for the one percent

Some quick wins for the new philanthropists would also take some of the heat out of the growing anti-rich sentiment around the world. It might even form the basis of a new social contract, in which large differences in personal wealth are tolerated if the rich make a serious effort to give generously and effectively.

In Rockefeller’s day, with government still quite small, it was possible to think that a philanthropist could solve big problems on his own. Today, it is clear that solutions will be possible only if do-gooders can work effectively not just with the non-profit sector but also with business and government. Some see philanthropy as providing risk capital for social innovation, able to take the sort of controversial or long-term bets that other providers of finance avoid.

The next ten years or so will be particularly important

Governments and philanthropists nowadays talk a lot about “partnering” each other. But will the practice of collaboration live up to the rhetoric? A big test will be whether givers concerned about climate change can use their money to shift the focus of politicians towards this long-term threat.

The idea that philanthropists should work with powerful companies will also come in for close scrutiny. It will become clear if companies such as Nike, Pepsico and Unilever are using such partnerships as fig leaves or as the means of driving fundamental changes to their business and the world. Some of the increased interest in social causes by companies stems from their belief that talented members of the generation now entering the workforce want to work for a firm that is about more than money. Will that belief be proved right?

Likewise, high hopes have been expressed about “impact investing”: investing to achieve simultaneously both a financial and a social or environmental gain. The signatories of the Giving Pledge will together take a close look at this form of investment in 2013.

The investment product that may produce a breakthrough is the social-impact bond, which encourages for-profit investment in schemes that promise to save the government money in the long run but tend to involve too much risk for cautious politicians to embrace. The investors in social-impact bonds get paid from the savings that result from the scheme. The first such bond was designed in Britain to support a programme that reduced reoffending by released prisoners, and was largely bought by philanthropists. The idea is now getting the attention of governments around the world, but because of the risks it may need philanthropic impact-investors (willing to lose their money) to step up and buy these bonds if they are to take off as a new asset class.

Giving will also grow increasingly global, as more countries become wealthy and produce more super-rich people. These countries may not copy exactly the sort of philanthropy practised in America, but will instead find ways that fit their own culture. As Messrs Buffett and Gates have discovered on their foreign evangelisation trips, tycoons in the emerging economies are not always as enthusiastic as their American peers about the Giving Pledge. Worried about their spoilt children, they are more likely to be turned on to philanthropy by the example of the Rockefeller family in using its giving to spread its dynastic values across the generations.

The global growth of social media will also transform philanthropy, just as it is changing almost everything else. For example, websites that give donors a direct interaction with an individual or community that needs their money will enhance and encourage giving by people with even relatively small sums to put to work. Even more important, the intended beneficiaries will get the ability like never before to give their feedback to donors, and even to shape how giving works.

In the long term, however, philanthropy’s future will depend above all on the world’s progress in tackling the problems of humanity. At the end of the 20th century a renewed awareness of global poverty and the new threat of climate change led to a shift to those more pressing causes and away from the arts. (“I don’t give to opera houses,” as Mr Gates put it.) If the 21st century ends with climate change seen off, or successfully adapted to, and poverty largely consigned to the history books, thanks in part to the catalytic role of philanthropy, this recent trend itself may be reversed. By 2113, perhaps philanthropy will no longer be focused on basic needs—job done—but on the arts and the other higher things. That would indeed be something to celebrate.

Matthew Bishop: New York bureau chief, The Economist, and co-author of “Philanthrocapitalism: How Giving Can Save the World” (A & C Black)

Voir aussi:

The Giving Pledge Goes Global — Warren Buffett Details America’s Latest ‘Export’

Randall Lane

Forbes

2/19/2013

Ever since Warren Buffett and Bill and Melinda Gates formed the Giving Pledge in 2010, enlisting American billionaires to commit at least half of their wealth to charity, one question has hovered: why did the founders focus solely on domestic fortunes? The reason, Buffett now tells Forbes: “I felt we had our hands full in the U.S.”

That changes later today when the Gates Foundation will announce that the Giving Pledge has expanded its reach globally, starting with 12 non-U.S. signatories from 8 different countries, from the U.K.’s Richard Branson to Malaysia’s Vincent Tan. These new “Pledgers” will swell the group’s total to 105. Buffett credits Bill Gates for the international expansion, likening his frequent globetrotting to a “trade mission”  which has now accelerated the global philanthropic half-life “by a generation.”

It wasn’t originally an easy sell. Shortly after launching the Giving Pledge, Gates and Buffett held group dinners with moguls in countries like China, India and Saudi Arabia, and faced cultural hurdles that ranged from civic modesty to perpetuating family dynasties. Often something was lost in translation. Industrialist Victor Pinchuk, Ukraine’s second-richest person and one of the dozen new Pledgers as of today, tells Forbes that he originally misunderstood the concept’s idea. Specifically, he believed that it contractually required him to give to specific charities or foundations, versus morally binding him to donate at least half his wealth during his lifetime, or at his death, to causes he saw fit.

Pinchuk says that Eli Broad, an early Pledger, corrected his thinking in September at the Clinton Global Initiative, and then Gates sealed the deal at World Economic Forum at Davos last month, via “a very soft” touch, where he conveyed this essence of the pledge and answered any questions the Ukrainian had.

“The decision was already inside me,” says Pinchuk, who Forbes currently estimates is worth $4.2 billion. “Philanthropy is a very important part of my life. In the 21st century, to be seen as a contemporary businessman, solving global problems is as important as making profits.”

Besides Branson (along with his wife, Joan), Pinchuk and Tan, the new Pledgers are: Andrew and Nicola Forrest (Australia), Patrice and Precious Motsepe (South Africa), Hasso Plattner (Germany), Vladimir Potanin (Russia), Azim Premji (India) and John Caudwell, Chris and Jamie Cooper-Hohn, Mo Ibrahim, David Sainsbury (all from the U.K).

Each of these people, according to Buffett, isn’t just committing to what in aggregate totals more than $10 billion of charitable good. The Giving Pledge is less about the financial promise than a public statement meant to inspire others, and a network that compares notes, especially at the group’s annual meeting in May, in order to increase the efficacy of their charitable endeavors.

Buffett says that this group of new Pledgers was specifically responsible for advocating the movement in their respective countries, serving both as role models and recruiters, with the goal of creating local ripple effects. One new Pledger, South Africa’s Mostepe, made the trek to Omaha for a one-on-one with Buffett, telling the Oracle that the Pledge had become increasingly top of mind among the ultra-wealthy of his country. “If we can get to South Africa,” says Buffett, “we can get to a lot of places.”

To that end, Pinchuk says that Gates has already asked him who else from Eastern Europe might also be a candidate. “Frankly speaking, I have some names in mind who potentially will be interested to formally join this,” says Pinchuk. “[Gates and Buffett] will be surprised how many conversations I’ve had from big businessmen in this part of the world.”

The ultimate goal, Buffett adds, is to get the Giving Pledge into every part of the world. “We always hoped that the U.S. would be an example,” says Buffett. “We’ve exported a lot of good ideas from this country.” Representative democracy. Free-market capitalism. If the Gateses and Buffett sign up most of the 1,226 global billionaires that Forbes has identified, perhaps entrepreneurial philanthropy will carry the same all-American connotation.

Voir également:

The Rockefeller Foundation Reflects On Successes, Controversy 100 Years On

David Crary

Huffington Post

05/12/13

NEW YORK — For the richest American family of their era, the goal was fittingly ambitious: "To promote the well-being of mankind throughout the world."

With that mission, underwritten by the vast wealth of John D. Rockefeller Sr., the Rockefeller Foundation was chartered 100 years ago in Albany, N.Y. For several decades, it was the dominant foundation in the United States, breaking precedent with its global outlook and helping pioneer a diligent, scientific approach to charity that became a model for the field.

It earned the abiding gratitude of many beneficiaries, inspired imitators and – due to its power and influence – became a periodic target of criticism from both right and left.

"They were in a very small group of foundations that practiced idea-based philanthropy as opposed to just charity. They are willing to invest in ideas," said Bradford Smith, who as president of the New York-based Foundation Center oversees research on philanthropy worldwide.

The next generation of philanthropists would be wise to study the history of the Rockefeller Foundation and its handful of peers, Smith said.

"The new money goes about this as if there wasn’t any history," he said. "I think there is a lot to learn – what worked, what didn’t work."

Now dwarfed by the largesse of Bill Gates and other contemporary philanthropists, the Rockefeller Foundation remains ambitious and well-funded, and is increasingly eager to work in partnerships.

It is celebrating its centennial by touting an array of forward-looking projects, ranging from global disease surveillance to strengthening vulnerable cities’ resilience to future calamities. It is also looking back, at a 100-year history replete with triumphs and controversy.

The Rockefeller Foundation played pivotal roles in introducing Western medicine to China, developing a vaccine for yellow fever, combating malaria, establishing prestigious schools of public health, and spreading the lifesaving agricultural advances of the Green Revolution. Recipients of its grants included Albert Einstein, writer Ralph Ellison and choreographer Bill T. Jones.

Still, detractors challenged the foundation’s work. From the left, activists accused it of being a front for U.S. corporate and national security interests. From the right, critics over the years faulted its support for population-control programs and for research by Alfred Kinsey and others into human sexuality.

During the 1930s, the foundation provided some financial support to the Kaiser Wilhelm Institute for Anthropology, Human Heredity, and Eugenics in Germany, which, among other projects, conducted research related to Nazi-backed eugenics and racial studies.

The foundation says that its grants to the institute were focused on straightforward genetic research, and that it cut off support for any projects that veered into social eugenics.

Also during the 1930s, and continuing after the start of World War II, the foundation funded a project to relocate scholars and artists, many of them Jewish, who were losing their positions in Germany under the Nazis.

Even before the foundation was first proposed, there were sharply mixed views about John D. Rockefeller Sr. and the fortune he amassed as the founder of Standard Oil.

Rockefeller was "perhaps the most reviled as well as the most generous man in America" in the early 1900s, according to a just-published history of the Rockefeller Foundation which it commissioned to mark its centennial. The book depicts Rockefeller as America’s first billionaire, with a fortune that today would be worth $231 billion.

On the advice of his inner circle, Rockefeller sought a congressional charter for a foundation that would coordinate his already substantial charitable giving.

Some government officials were suspicious of the endeavor and some newspaper editorialists suggested the project was a cynical effort to improve the family’s checkered image. The measure proposing a charter died in the U.S. Senate, prompting the Rockefellers to turn swiftly to New York state, where lawmakers unanimously approved a charter that was signed into law on May 14, 1913.

It was one of three major, still-operating foundations founded in that era, following the Russell Sage Foundation in 1907 and the Carnegie Corporation in 1911.

Judith Rodin, who has been the Rockefeller Foundation’s president since 2005, noted in an interview that the Rockefeller family started channeling huge sums into philanthropy at a time when the tax code didn’t reward such practices.

"Clearly they were improving their own images," Rodin said. "But they had strong views that people with that much money should give it back to society."

She also credited the family with establishing a broad, flexible mandate for the foundation so that its leaders, over the decades, could tackle a wide array of challenges, both in the United States and worldwide.

"We have the luxury and responsibility of picking the big, thorny problems, without worrying about offending governments or our donor base," Rodin said.

In a summary on its website, the foundation touts the accomplishments of past leaders and staff in taking on those problems. "Through their efforts," it says, "plagues such as hookworm and malaria have been brought under control; food production for the hungry in many parts of the world has been increased; and minds, hearts, and spirits have been lifted by the work of foundation-assisted filmmakers, artists, writers, dancers, and composers."

Much the creative work has taken place at the foundation’s Bellagio Center in northern Italy. Maya Angelou and Susan Sontag did some of their writing there, and novelist Michael Ondaatje worked on "The English Patient" while in residence at the center.

Among the foundation’s proudest achievements was the Green Revolution – the nickname for a series of initiatives between the 1940s and 1970s that dramatically boosted agriculture production around the world. The concepts – such as improvements in irrigation, wiser use of fertilizer and pesticides, development of high-yield grains – were pioneered by agronomist and Nobel Peace Prize winner Norman Borlaug, and then spread to other nations via Rockefeller Foundation programs.

After several decades of dominance, the Rockefeller Foundation was overtaken by the Ford Foundation as the nation’s largest.

Now, according to the latest rankings compiled by the Foundation Center, the Rockefeller Foundation is the 16th largest, with total assets of $3.5 billion, compared to $34.6 billion for the Bill & Melinda Gates Foundation. In terms of total giving, the Rockefeller Foundation ranked 39th with gifts of $132.6 million in 2011, compared to more than $3.2 billion given by the Gates Foundation.

Those financial realities have prompted the Rockefeller Foundation to do most of its current work in partnerships, rather than operating solo. Partners have included the Gates Foundation, which Rodin sees as a positive influence on the entire foundation sector.

"It’s forced us to be even more strategic than if we didn’t have it," she said. "It’s been beneficial for other foundations – it may have catalyzed more collaboration."

Dwight Burlingame, a professor at Indiana University’s Center on Philanthropy, said such partnerships have become crucial to effective grant-making.

"Foundations need to be more nimble," he said. "The number of players has dramatically increased – foundations have pushed recipients of their grants into getting more partners, so it’s not a single source."

The number of foundations in the U.S. and worldwide has surged in recent years, and a new generation of billionaires in Asia and other regions is showing increased interest in philanthropy.

Rodin says the Rockefeller Foundation, in addition to its other projects, is holding conferences for aspiring philanthropists from developing countries to provide advice on effective giving. It’s been a leading proponent of "impact investing" – investments that can spur social and environmental progress as well as earn profits.

"We’ve tried not to be out there hectoring others to become philanthropists, but to be there as a resource for those who do want to give," she said. "We’d like to help them not make the same mistakes over and over."

Rodin, who came to the Rockefeller Foundation after serving as the University of Pennsylvania’s first female president, has served as co-chairwoman of the NYS 2100 Commission, an expert panel formed by New York Gov. Andrew Cuomo in the wake of Superstorm Sandy.

The commission’s task – to recommend ways that New York could more effectively respond to and recover from future storms – dovetails with some of the Rockefeller Foundation’s major initiatives of recent years. It has worked in New Orleans and several Asian cities to build resilience in response to super storms and man-made disasters.

Those efforts reflect the overlapping, interconnected nature of many modern-day challenges – climate change, environmental degradation, poverty and food security.

"The problems don’t land in neat packages," Rodin said. "The problems are more complicated. The world is more networked. We need more partners."

Voir encore:

Rockefeller Foundation celebrates 100 years

Shanaz Musafer

BBC News

As the Rockefeller Foundation celebrates its 100th anniversary, the head of the philanthropic organisation has warned of the challenges the world faces in the 21st Century.

Judith Rodin says the foundation is working on building greater resilience against unpreventable shocks.

It is also focusing on building more equitable growth, she told the BBC.

US industrialist John D Rockefeller set up the foundation "to promote the well-being of mankind throughout the world".

Ms Rodin, who has been president of the Rockefeller Foundation since 2005, says over the past century the group has made several enormous achievements which it is proud of.

"We founded the field of public health and brought public health to dozens and dozens of countries around the world," she says.

She also cites the foundation’s work on the Green Revolution, which started with agriculture development in Mexico in the 1940s and has since spread the research and technology development to other countries, and is credited with saving a billion lives.

‘Thought leadership’

John D Rockefeller made an initial gift to the foundation of $35m in 1913, and it now has an endowment of about $3.6bn.

It may have been the US’s first global foundation, but today the world in which it operates is very different, as there are many more global actors – both other philanthropic organisations and governments.

And of course, Rockefeller (and most other private foundations) is dwarfed in size by the Gates Foundation, which has assets of more than $36bn.

But Ms Rodin says that regardless of a foundation’s size, philanthropy is about being strategic and innovative.

The Gates Foundation is also Rockefeller’s partner in the Alliance for a Green Revolution in Africa, and Ms Rodin says it is a "terrific" partner.

"It’s [about] both thought leadership together as well as resources. Sometimes it’s not only about the money, it’s also about the history and the knowledge and the experience as well as the money, and we often provide that for many of our partners."

Changing world

Ms Rodin believes there are two "huge fundamental" 21st Century challenges. The first involves building greater resilience.

"What we’ve seen in the last 10 or 15 years, and now occurring at an accelerated pace, is that we can’t predict everything or prevent it, whether it’s the next earthquake or massive flood… or the next financial ripple… or the next rebellion that’s going to shake some region of the world.

"So we’re going to have to learn to absorb those shocks and rebound more quickly and more effectively in the future, and Rockefeller has been doing an enormous amount of work on that resilience."

The foundation has just launched the 100 Resilient Cities Centennial Challenge.

It will select 100 cities and provide $100m of technical support and resources to build resilience against such future shocks – for instance, by building more robust emergency management systems or improved drainage systems. It will also help cities to try to raise additional money from potential private sector funders to realise their plans.

The second challenge, Ms Rodin says, is to think about how to approach more equitable growth.

"How do we think about livelihoods and jobs and opportunity in a developed world that looks so different than it did 20 years ago?"

To mark its centenary, Rockefeller has chosen as its tagline, "Innovation for the next 100 years", and Ms Rodin says it takes this message very seriously.

She wants Rockefeller to be remembered for being willing to be risk takers, for being disruptors "creating transformational things", for building new fields, and for always betting on people.

It has certainly had some good "bets" pay off in the past, having funded 220 Nobel prize winners, including physicist Albert Einstein and Norman Borlaug, "father of the Green Revolution".

As Ms Rodin says: "Because in the end, investing in great people with great ideas is what philanthropy should be about."

Voir par ailleurs:

Les Américains donnent leur fortune, pourquoi ?

Terra femina

Engagés aux coté des milliardaires américains Bill Gates et Warren Buffett, les plus grandes fortunes américaines se sont récemment engagées à donner la moitié de leurs fortunes à des fins philanthropiques auprès d’organisations caritatives mondiales.

Thomas Blard commente cette campagne appelée « The Giving Pledge », un projet lié à la culture américaine de l’entreprenariat. Culturellement, la tradition américaine souligne que s’il faut laisser à ses héritiers suffisamment d’argent pour qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent, il ne faut pas trop leur en laisser non plus, au risque qu’ils ne fassent rien. Une position très éloignée de la culture européenne et notamment de la culture française liée à l’héritage et à la transmission des biens.

Ainsi, les plus grandes fortunes françaises ont été approchées, parmi lesquelles Arnaud Lagardère et Liliane Bettencourt mais jusqu’à présent ils ont refusé de prendre part au projet philanthropique américain.

Voir aussi:

La Fondation Rockefeller lance un défi consistant à développer les capacités de résilience de 100 villes dans le monde

– Le défi « 100 villes résilientes » a été annoncé le jour du centenaire de la Fondation

– La fondation investit 100 millions de dollars visant à renforcer les capacités de résilience de plusieurs villes du monde

NEW YORK, 14 mai 2013 /PRNewswire/ — Depuis un siècle, la Fondation a ancré ses investissements dans l’innovation. Aujourd’hui, en tant que leader dans le domaine croissant des actions renforçant les capacités de résilience, la Fondation Rockefeller annonce un investissement de 100 millions $ en faveur de la résilience urbaine dans 100 villes réparties dans le monde entier. Le programme « 100 Resilient Cities Centennial Challenge » va permettre à la Fondation de sélectionner 100 villes dans le monde entier pour les aider à tirer parti de milliards de dollars supplémentaires en financement des infrastructures, à travers un soutien technique et des ressources pour l’élaboration et l’application de plans de résilience urbaine.

Les perturbations et les difficultés d’origine naturelle et humaine sont non seulement plus fréquentes mais elles prennent aussi plus d’ampleur et d’importance. Leurs effets se font ressentir dans tous les domaines et au-delà des frontières. Les villes se révèlent fortement désemparées face à ces désastres qu’elles ne peuvent ni gérer, ni supporter ni surmonter. Ce sont souvent les personnes les plus vulnérables qui sont le plus frappées par ces événements (ex : l’impact des changements climatiques ou les menaces pour la santé publique) car elles manquent de moyens pour les surmonter et elles ont besoin de plus de temps pour s’en remettre, ce qui entrave le quotidien (autrement dit, les revenus) et accroit les inégalités. Ainsi, il est urgent de se concentrer sur les questions de résilience, non seulement pour mieux se préparer aux prochaines catastrophes mais aussi pour améliorer le bien-être des personnes vulnérables et pauvres partout dans le monde.

« Il y a cent ans de cela, la Fondation Rockefeller ouvrait ses portes avec pour mission de promouvoir le bien-être de l’humanité partout dans le monde. Aujourd’hui, ce bien-être est de plus en plus lié à notre capacité de préparation et de résistance aux chocs et aux épreuves de notre monde moderne afin d’en ressortir plus fort », a déclaré le docteur Judith Rodin, Présidente de la Fondation Rockefeller. « Il s’agit d’un objectif crucial pour les villes puisque les gens habitent de plus en plus dans les aires urbaines. Alors que la Fondation entame son deuxième centenaire, nous estimons que les questions de résilience urbaine sont dorénavant d’actualité. Notre objectif pour le défi du centenaire "100 villes résilientes" est qu’il devienne un tremplin pour des actions de plus grande envergure qui rendront le monde plus résilient ».

En lançant le défi « 100 villes résilientes » à l’occasion de son centenaire, la Fondation Rockefeller invite les villes du monde entier à envoyer leur candidature pour devenir l’une des 100 villes résilientes. Les candidats, soit des représentants municipaux ou des grandes institutions locales, devront fournir une description précise de la manière dont leur ville aborde ou conçoit les aménagements visant à renforcer leurs capacités de résilience, le tout à l’échelle de la ville et en prenant en compte les besoins des personnes pauvres et vulnérables. Le nom des lauréats sera divulgué en trois temps au cours des trois prochaines années. La dernière annonce aura lieu en 2015.

Chaque ville lauréate bénéficiera de trois types de soutien :

Soutien pour créer un plan de résilience en fournissant les outils, l’assistance technique et les ressources nécessaires à son application. La Rockfeller Foundation utilisera son expertise en financements innovants pour aider les villes à accéder aux milliards de dollars de soutien financier potentiel du secteur privé ainsi qu’aux fonds publics, afin de concrétiser leurs projets.

Elle deviendra membre d’un nouveau réseau en cours de création par la Fondation Rockefeller : le « 100 Resilient Cities Network » (le Réseau des 100 villes résilientes) dont le but sera de soutenir les villes membres et de partager de nouvelles connaissances ainsi que les meilleures pratiques relatives aux questions de résilience.

Elle aura les moyens d’engager un responsable en charge des questions de résilience (Chief Resilience Officer, CRO). La création de ce poste constitue une innovation qui permettra de garantir qu’une seule personne au sein du gouvernement local sera en charge du service de coordination des aménagements visant à renforcer les capacités résilientes de la ville. Le CRO pourra notamment superviser l’élaboration d’une stratégie de résilience pour la ville et faire partie, en tant que représentant du Réseau des 100 villes résilientes, d’un réseau de formation réunissant d’autres CRO.

« En tant qu’institution ayant contribué à la création de l’urbanisme, la Fondation Rockefeller poursuit ses travaux en proposant de nouvelles idées relatives aux villes et à la vie en milieu urbain qui répondent aux défis posés par le 21e siècle », a ajouté le docteur Rodin. « Nous espérons que le fait d’investir dans 100 villes du monde permettra de promouvoir davantage ce domaine et qu’en donnant aux villes les moyens d’accéder aux milliards de dollars disponibles pour développer leurs infrastructures nous offrirons aux zones urbaines des perspectives d’avenir et des capacités résilientes accrues pour les 100 prochaines années, et bien plus encore ».

Depuis plus de dix ans, la Fondation Rockefeller est un leader dans le domaine croissant des actions renforçant les capacités de résilience des zones urbaines et rurales. Elle a aidé les pays asiatiques à développer leur capacité de résilience face aux changements climatiques dans les zones urbaines à travers son Réseau dédié au développement des capacités de résilience des villes asiatiques face aux changements climatiques (Asian Cities Climate Change Resilience Network). Elle a aussi investi en Afrique afin de renforcer les capacités de résilience des zones rurales face aux changements climatiques. Elle a également financé un travail complet de planification à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Dernièrement, elle a été à la tête d’une commission créée par le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, après le passage de l’ouragan Sandy. La commission a présenté un plan ambitieux visant à renforcer sur le long terme les capacités de résilience de l’État de New York.

« La Fondation Rockefeller a été un partenaire essentiel dans la reconstruction de la Nouvelle-Orléans », a déclaré Mitch Landrieu, maire de la Nouvelle-Orléans. « Elle est avant-gardiste en matière d’idées et d’actions visant à favoriser les capacités de résilience. Les gouvernements municipaux travaillent en première ligne pour mettre en place une méthode de planification souple. À cet égard, le soutien de Rockefeller en matière d’innovation et de collaboration est à la fois vital et rare. La vision de la Fondation Rockefeller permet véritablement d’aider les villes à entreprendre une démarche proactive qui tient compte des besoins de tous nos concitoyens, favorise la croissance et permet de mieux nous préparer aux défis futurs. Je suis très heureux de présenter la Nouvelle-Orléans comme ville candidate au défi "100 villes résilientes" lancé dans le cadre du centenaire de la Fondation ».

Chaque ville aura sa propre vision et ses propres besoins en matière d’aménagements favorisant les capacités de résilience, donc chacune aura besoin de ressources différentes. Parmi les actions envisageables en faveur d’une meilleure capacité de résilience des bâtiments, l’on pourrait trouver la construction d’infrastructures de gestion des urgences plus solides, l’installation de systèmes d’alerte complets, ou encore la mise à niveau intégrale des systèmes de drainage afin de faciliter la gestion des déchets solides et des inondations. Les villes pourraient songer à rendre leur système de santé plus réactif ou à mettre en valeur les écosystèmes urbains.

« Nous sommes fiers de voir que la ville de Durban a été à l’avant-garde des efforts déployés afin d’élaborer une stratégie globale visant à renforcer ses capacités de résilience face aux nombreux risques et facteurs de vulnérabilité en constante évolution, que ce soit en matière de changements climatiques, de sécurité des ressources en eau, de recul de la biodiversité ou d’urbanisation rapide », a déclaré James Nxumalo, maire de la ville de Durban en Afrique du Sud qui a récemment accueilli un sommet international sur les changements climatiques. « Que ce soit au niveau de la structure du gouvernement municipal ou de la façon dont les ressources sont allouées, les aménagements favorisant les capacités résilientes de la ville sont maintenant une priorité qui influence toutes les prises de décision et ce, dans tous les secteurs. Nous avons opéré d’importants changements dans le statu quo en seulement quelques années et nous en ressortons beaucoup plus forts. Nous avons découvert que les actions favorisant les capacités de résilience et d’adaptation représentent un véritable parcours, pas une destination. Je suis certain que le défi "100 villes résilientes", à la fois actuel et vital, lancé par la Fondation Rockefeller, incitera plus de villes à agir ».

Pour de plus amples informations au sujet du défi « 100 villes résilientes » lancé par la Fondation Rockefeller dans le cadre de son centenaire, rendez-vous sur http://www.100resilientcities.org.

SOURCE The Rockefeller Foundation

RELATED LINKS

http://www.100resilientcities.org

Find this article at:

http://www.prnewswire.co.uk/news-releases/la-fondation-rockefeller-lance-un-defi-consistant-a-developper-les-capacites-de-resilience-de-100-villes-dans-le-monde-207339801.html

Voir enfin:

La fondation Rockefeller et la naissance de l’universalisme philanthropique américain

Ludovic Tournès

Critique Internationale

2007

Lorsque Bill Gates a annoncé le 15 juin 2006 son intention de quitter progressivement les affaires pour se consacrer à sa fondation créée six ans plus tôt 1 , cette décision, largement relayée par les médias, a parfois surpris. Son geste n’a fait pourtant que reproduire, à un siècle de distance, celui des grands industriels américains comme Andrew Carnegie (modèle revendiqué par B. Gates) ou John D. R ockefeller, dont les œuvres caritatives s’étaient rapidement transformées en grandes fondations intervenant sur le territoire américain puis dans le monde entier. Leur politique a suscité depuis 30 ans une importante littérature dans laquelle une des ligne s de fracture principale a opposé, au cours des années 1980, deux types d’interprétations : l’une, critique, d’inspiration gramscienne, analysant ces fondations comme des instruments de reproduction de l’hégémonie des élites et, plus largement, comme des o rganisations conservatrices destinées à assurer la stabilité du système capitaliste 2 ; l’autre, plus favorable, mettant l’accent sur leurs réalisations dans les domaines de l’éducation, de la recherche scientifique et du soutien aux activités artistiques 3 . Cette opposition, qui s’est 1 . Statement on Bill Gates’ Transition Plan, 15 juin 2006 [En ligne], Bill and Melinda Gates Foundation ( http://www.gatesfoundation.org/ AboutUs/Announcements/Announce – 060615.htm ) (consulté le 26 avril 2007). 2 . Voir par exemple Robert F. Arnove, Philanthropy and Cultural Imperialism: The Foundations at Home and Abroad , Boston, G. K. Hall, 1980 ; Donald Fisher, « The Role of Philanthropic Foundations in the Reproduction and Production of Hegemony: The Rockefeller Foundation and the Social Science », Sociology ( Journal of the British sociological association) , 17 (2), mai 1983, p. 206 – 233 ; Edward Bermann , The Ideology of Philanthropy: The Influence of the Carnegie, Ford and Rockefeller Foundations on American Foreign Policy , Albany, State University of New York Press, 1983. Cf ., plus récemment, Inderjeet Parmar, « To Relate Knowledge and Action: The Impact of the Rockefeller Foundation on F oreign Policy Thinking during America’s Rise to Globalism, 1939 – 1945 », Minerva , XL (3), 2002, p. 235 – 263. En France, les analyses développées par certains sociologues bourdieusiens s’inscrivent dans ce courant. Cf . par exemple Yves Dezalay, Bryan Garth, « Droits de l’hommes et philanthropie hégémonique », Actes de la recherche en sciences sociales , 121 – 122, mars 1998, p. 23 – 41 ; Nicolas Guilhot, Financiers, philanthropes : vocations éthiques et reproduction du capital à Wall Street depuis 1970 , Paris, Rais ons d’agir, 2004. 3 . Outre les ouvrages écrits par d’anciens officers ou trustees de fondations ( Waldemar A Nielsen, The Golden Donors: An Anatomy of the Great Foundations , New York, Truman Talley Book, 1985 par exemple ), cf ., entre autres, Martin et Joan Bulmer, « Philanthropy and Social Science in the 1920s, Beardsley Ruml and the Laura Spelman Rockefeller Memorial, 1922 – 1929 », Minerva , 19 (3), 1981, p. 347 – 407, et la polémique avec D. Fisher dans Sociology , 18 (4), novembre 1984, p. 572 – 587 ; Ellen Cond liffe – Lagemann, Private Power for the Public Good: A History of the Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching , Middletown, Conn., Wesleyan University Press, 1983 ; Robert E. Kohler, Partners in Science: Foundations and Natural Scientists , 1900 – 19 45 , Chicago, University of halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 Manuscrit auteur, publié dans "Critique Internationale, 35 (2007) 173-197" 2 estompée au cours des années 1990, a fait l’impasse sur la question de la motivation des industriels philanthropes : le plus souvent réduite à une stratégie mécanique de reproduction du capitalisme ou bien à une générosité dési ntéressée, elle n’a jamais été considérée comme un problème à part entière . Confronté à l’imposante liste des actions internationales des grandes fondations, de la création du Carnegie Endowment for International Peace en 1910 jusqu’aux 500 millions de dol lars promis par Bill Gates en août 2006 afin d’aider à la mise au point d’un vaccin contre le SIDA, l’historien n’ a – t – il pas d’autre alternative que de prendre au pied de la lettre les déclarations de ces philanthropes agissant « pour le bien – être de l’hum anité », ou de les considérer comme « le cache – sexe » de l’impérialisme américain et l’alibi d’une stratégie de conquête de capital symbolique destinée à faire oublier les conditions douteuses de leur enrichissement ? La réalité est plus complexe. C’est su r ce point que l’on voudrait apporter ici quelques réflexions, en se penchant sur question de l’universalisme américain, que l’on peut définir comme la certitude que ce qui est bon pour les États – Unis l’est également pour le monde entier. L’hypothèse qui s era développée ici consiste à considérer que les grandes fondations, en raison de leur projection internationale précoce, ont été l’un des lieux de cristallisation de cet universalisme. Certes, celui – ci existe avant la création de la grande philanthropie, puisque le discours relatif à la « Destinée manifeste » de ce pays – monde est formulé dès les années 1840 ; mais c’est à partir des années 1890 que les États – Unis possèdent les moyens de leur ambition internationale, et c’est à partir de ce moment que se fo rge dans les nouvelles élites américaines dont la grande philanthropie est l’émanation, un universalisme fondé sur la certitude que les États – Unis portent en eux l’avenir de l’Humanité. Il mûrira entre les années 1890 et l’entre – deux – guerres avant de se ma nifester dans toute sa force après 1945, à la faveur du statut de superpuissance acquis par les États – Unis. C’est dans cette perspective que doit être replacée l’action des fondations. Dès le début du XXe siècle, les plus grandes d’entre elles ont élaboré une politique mondiale liant étroitement la certitude d’incarner l’intérêt général et la volonté de diffuser un modèle américain, comme le montre le cas emblématique de la fondation Rockefeller, qui sera étudié ici. Sa politique s’ancre dans un contexte sp écifiquement américain, qui sera examiné en premier lieu; on analysera ensuite les étapes de la cristallisation de l’universalisme philanthropique, puis la manière dont la fondation Rockefeller construit au cours de l’entre – deux – guerres un important réseau international. Chicago Press, 1991 ; en français, voir Pierre Grémion, Intelligence de l’anticommunisme : le Congrès pour la liberté de la culture à Paris, Paris, Fayard, 1995. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 3 ______________ La matrice progressiste Intérêt public Les grandes fondations philanthropiques (Russel Sage, Carnegie, Rockefeller, Milbank Memorial Fund, Julius Rosenwald Fund, Twentieth Century F und, Commonwealth Fund) sont créées au c ours des deux premières décennies du XX e siècle dans une Amérique en pleine explosion économique. Elles sont d’un côté les produits du capitalisme sauvage car fondées par les grands industriels qui en sont les acteurs (Carnegie, Rockefeller, Rosenwald, Fil ene…), mais se veulent également des organismes de régulation des problèmes sociaux engendrés par l’industrialisation effrénée des années 1860 – 1890. À mi – chemin entre le monde des « barons voleurs » et celui de la réforme sociale, elles sont des actrices a mbiguës de cette ère dite progressive des années 1890 – 1920 marquée par des réformes qui voient naître l’Amérique moderne 4 . La « nébuleuse réformatrice » 5 est ainsi une des matrices de la grande philanthropie américaine; matrice assurément conflictuelle, ca r les réformateurs se sont partiellement définis en opposition aux industriels considérés comme responsables des désordres sociaux ; mais matrice indéniable, comme le montre le parcours d’un certain nombre de s personnages issus des milieux réformateurs, qu i vont ensuite faire carrière dans les fondations. C’est dans le cadre de cette tension que prend corps le projet philanthropique 6 , dont l’alternative entre la générosité d’industriels devenus bienfaiteurs et le cynisme d’entrepreneurs désireux de faire o ublier à peu de frais leurs pratiques douteuses ne permet pas de saisir toute l’épaisseur. L’un des éléments fondateurs de ce projet est la volonté de dépasser le cadre d’intervention local de la philanthropie traditionnelle (dons à des associations carita tives et/ou religieuses) 4 . Sur le lien entre philanthropie et progressisme, voir Barry D. K arl, Stanley N. Katz, « The American Private Philanthropic Foundations and the Public Sphere (1890 – 1930) », Minerva , 19 (2), 1981, p. 253 et suivantes, et, plus récemment, Judith Sealander, Private Wealth and Public Life: Foundation Philanthropy and the Re shaping of American Social Policy from the Progressive Era to the New Deal , Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1997. 5 . Cf . Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880 – 1914 , Pa ris, Éditions de l’EHES, 1999. 6 . Sur la notion de projet philanthropique, voir Ludovic Tournès, « Une histoire intellectuelle des organisations internationales : le cas de la fondation Rockefeller (1913 – 1945) », dans Emmanuel Soler (dir.), Les intellectu els dans la Cité de l’Antiquité à nos jours , Rouen, Presses universitaires de Rouen et du Havre, à paraître en 2007. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 4 pour prendre en charge des actions d’intérêt général. Cette mutation fondamentale dans l’histoire de la philanthropie américaine est bien illustrée par le parcours de John D. Rockefeller, Sr. (1839 – 1937) : dès les années 1860, le f utur magnat du pétrole a consacré une partie de ses gains à l’activité caritative, essentiellement sous forme de dons à des églises baptistes, mais c’est au cours de la décennie 1890 que se produit un changement radical 7 , symbolisé par sa rencontre avec le pasteur Frederick T. Gates (1853 – 1929). Les deux hommes se sont connus à la fin des années 1880, lorsque Rockefeller a été sollicité pour financer la création d’une université baptiste qui deviendra l’université de Chicago, à laquelle il donne deux millio ns de dollars entre 1889 et 1892. Gates devient cette année le conseiller personnel de Rockefeller et va jouer un rôle majeur dans la conception de la galaxie d’organisations philanthropiques créées par son patron à partir de 1901, dont la plus connue est la fondation Rockefeller née en 1913. Aussi à l’aise dans le prêche dominical que dans la gestion des actions de la Standard Oil, Frederick Gates, que l’on a pu qualifier d’« homme d’affaires en soutane 8 », illustre bien l’ancrage de la grande philanthropi e dans la sphère religieuse et la dimension missionnaire qui constituera, jusqu’au début des années 1920, un ressort important de son universalisation. Mais surtout, considérant que les problèmes posés par l’industrialisation sont d’une telle ampleur que l a philanthropie traditionnelle ne peut plus y répondre, il définit la nouvelle mission de la philanthropie Rockefeller, insistant sur la nécessité de s’investir dans ce qui s’appellera bientôt la public policy 9 . La forme « fondation » est en effet la répo nse donnée par les industriels américains à la contradiction entre la nécessité, devenue évidente à la fin du XIX e siècle, de réguler les inégalités sociales nées de l’industrialisation, et leur réticence à faire endosser cette régulation par une puissance publique supposée liberticide. Ils créent donc des organismes privés dont l’objectif est de prendre en charge le bien public pour éviter que l’État fédéral ne le fasse. Au reste, les attributions de celui – ci sont alors encore faibles, de sorte que les phi lanthropes n’auront guère à définir leur champ d’action en opposition par rapport à lui. Ils n’auront pas non plus à l’inscrire dans un cadre géographique national qui reste encore flou dans la culture américaine, non seulement en raison du nombre importan t d’immigrants dans la population du pays, mais aussi du fait de son unification territoriale récente (la « frontière » est déclarée 7 . Kathleen McCarthy, « U.S. Foundations and International Concerns », dans K. McCarthy (ed.), Philanthropy and Culture: The International Foundation Perspective , Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1984, p. 4. 8 . E. Richard Brown, Rockefeller Medicine Men: Medicine and Capitalism in America , Berkeley, University of California Press, 1980 [1979], p. 38. 9 . J. Sealander, Private W ealth and Public Life: Foundation Philanthropy and the Reshaping of American Social Policy from the Progressive Era to the New Deal , op. cit ., p. 21 et suivantes. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 5 atteinte en 1890 même si plusieurs États ne sont pas encore intégrés dans l’Union). L’intérêt public vu par les philanthrop es ne s’inscrit donc pas naturellement dans l’échelle nationale. Il oscille plutôt d’emblée entre l’échelle locale, celle de la ville où se trouvent les usines, et l’échelle mondiale, territoire naturel des trusts qui servent de matrice aux fondations; si bien que l’extension du projet philanthropique du local à l’international se fera rapidement et presque sans transition. Progrès Un autre moteur essentiel de l’investissement philanthropique dans la sphère publique est la croyance au progrès. Cette idée, avec toutes ses ambiguïtés , est au centre des débats qui agitent l’Amérique de l’ère progressive : d’un côté, la croissance énorme de l’économie américaine nourrit la croyance en un progrès sans limites ; de l’autre, les problèmes sociaux engendrés par une industrialisation forcenée où règne la loi du plus fort, lui apportent un démenti cinglant. C’est autour de ces notions de progrès, d’évolution, de darwinisme social et de loi naturelle que se structure le débat relatif à la « question sociale » dans les années 1880. Il peut se résumer par l’alternative suivante : faut – il laisser agir les lois naturelles ou mettre en place une action volontariste pour corriger les erreurs du capitalisme ? C’est de la volonté de répondre à cette question qu’est née la nébul euse réformatrice, guidée par une croyance dans le progrès de l’humanité qui plonge ses racines dans l’évolutionnisme 10 et le positivisme 11 . Ces deux doctrines connaissent beaucoup de succès aux États – Unis dans la seconde moitié du XIX e siècle et imprègnent, sous une forme vulgarisée, une partie des milieux réformateurs ; certains de leurs représentants, qui poursuivent leur carrière dans les fondations, y transportent une culture positiviste qui contribuera à façonner le projet philanthropique. Le parcours d e George s E. Vincent (1864 – 1941) est à cet égard éclairant. Le personnage est issu de cette mouvance réformatrice, et plus particulièrement de l’un de ses viviers les plus féconds, celui des sciences sociales en plein essor. Ses premiers pas professionnels ont lieu dans le cadre du Chautauqua System of Education, structure d’enseignement fondée en 1874 par son père, le pasteur méthodiste John Vincent, pour sensibiliser les pasteurs aux problèmes 10 . Daniel Becquemont, Laurent Mucchielli, Le cas Spencer . Religion, science et politique , Par is, PUF, 1998 ; Robert Bannister, Social Darwinism: Science and Myth in Anglo – American Social Thought , Philadelphia, Temple University Press, 1979. 11 . Gillis J. Harp, Positivist Republic: Auguste Comte and the Reconstruction of American Liberalism, 1865 – 1920 , University Park, Pennsylvania University Press, 1995 ; R. Bannister, Sociology and Scientism: The American Quest for Objectivity, 1880 – 1940 , Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1987. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 6 sociaux de l’Amérique contemporaine 12 . En 1896, il est l’un des premiers docteurs en sociologie de l’université de Chicago, où il exercera en tant que professeur puis doyen jusqu’en 1911. En 1894, il a écrit en collaboration avec son maître Albion Small (l’un des pionniers de la sociologie américaine) le premier manue l de sociologie publié aux États – Unis, Introduction to the Study of Society . Dans ce vademecum méthodologique à l’usage d’une profession sociologique encore largement confondue avec l’activité réformatrice de terrain, le double héritage de l’évolutionnisme et du positivisme est très présent 13 : d’une part, la discipline sociologique y est décrite comme une science of social health 14 , métaphore biologique significative du fait que, même si les réformateurs s’inscrivent en faux contre l’évolutionnisme et le dar winisme social, leur cadre de réflexion en subit largement l’influence ; d’autre part, les deux auteurs inscrivent leur propos dans la lignée d’Auguste Comte, reprenant la loi des trois états et la croyance dans le progrès de l’Humanité, progrès auquel la sociologie peut apporter sa contribution en étudiant les problèmes sociaux et en suggérant aux acteurs politiques des réformes qui contribueront à « améliorer la société » 15 . C’est dans cette perspective que Vincent crée à l’université du Minnesota, dont il est devenu le président en 1911 , un département de « Sociology and Civic Work » 16 , qui deviendra au début des années 1920 l’un des plus importants du pays. En 1914, il intègre la Commission for the Relief in Belgium, créée pour venir en aide aux population s civiles après l’invasion allemande ; il la quitte en 1917 pour devenir président de la fondation Rockefeller jusqu’à sa retraite en 1929. Santé Lorsque la philanthropie Rockefeller entre dans sa phase organisationnelle à partir de 1901, son action porte surtout sur les questions d’hygiène et de santé, lesquelles sont également au cœur des préoccupations des réformateurs en raison des énormes problèmes sanitaires posés par les conditions de vie des immigrants entassés dans des villes à la croissance rapid e. Sous l’influence du pasteur Gates, le lien organique entre la santé des individus et le progrès du 12 . Theodore Morrison, Chautauqua: A Center for Educati on, Religion and the Arts in America , Chicago, The University of Chicago Press, 1974. 13 . Il l’est également dans l’ouvrage écrit par George E. Vincent en 1897, The Social Mind and Education . 14 . Albion W. Small, George E. Vincent, An Introduction to the Stu dy of Society , New York, American Book Company, 1894, p. 40. 15 . Ibid ., p. 77. 16 . R. Bannister, Sociology and Scientism: The American Quest for Objectivity, 1880 – 1940 , op. cit ., p. 128. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 7 corps social est le fil conducteur de la philosophie Rockefellerienne 17 . Cette idée se concrétise par la création en 1901 du Rockefeller Institute for Medi cal Research, puis, en 1903, du General Education Board, puis en 1909 de la Sanitary Commission for the Eradication of Hookworm Disease destinée à promouvoir des pratiques d’hygiène pour éliminer l’ankylostomiase, maladie endémique du Sud des États – Unis. C ette commission est dirigée par Wickliffe Rose (1862 – 1931), autre figure majeure de la première génération des philanthropes Rockefeller, qui, en quelques années, devient l’un des personnages en vue parmi les réformateurs actifs dans le domaine de la santé publique 18 . La campagne témoigne bien de l’ambition du projet philanthropique, puisqu’au – delà de l’objectif immédiat, son but est de promouvoir l’éducation sanitaire sur le long terme. De fait, le travail de la Commission apportera une contribution décisiv e à la structuration de l’administration locale de la santé publique dans le Sud des États – Unis et à la mise en place d’une législation 19 . La même préoccupation sanitaire et organisatrice est à l’œuvre dans la réforme de l’enseignement médical, qui constitu e la grande action du General Education Board. Le niveau de formation des médecins est alors faible aux Etats – Unis. En 1908, l’American Medical Assocation demande à la Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching d’entreprendre une étude sur ce suje t. Abraham Flexner (1866 – 1959), qui réalise l’enquête, n’est pas médecin, mais connaît bien les problèmes de l’enseignement supérieur américain alors en voie de structuration 20 . Dans l’épais rapport qu’il remet en 1910 à l’issue de son enquête dans les 155 écoles de médecine du pays 21 , il relit l’histoire de la médecine aux États – Unis selon une perspective toute comtienne, la voyant passer depuis le XVIII e siècle par « trois stades de développement » 22 dont le plus récent est celui de la médecine scientifique. Pour contribuer au « bien public » ( public good ) 23 en faisant bénéficier les malades de ces progrès encore très localisés dans quelques lieux (la faculté de médecine de l’université Johns Hopkins, créée en 1893, est citée comme modèle), A. F lexner préconis e une réforme en profondeur de la formation des médecins. Combinant volonté réformatrice et exigence de 17 . On retrouve dans cette métaphore organiciste la trace de l’héritage évolutionniste. 18 . John Ettling, The Germ of Laziness: Rockefeller Philanthropy and Public Health in the New South , Cambridge, Harvard University Press, 1981 ; Elizabeth Fee, Roy Acheson (eds), A History of the Education in Public Health , Oxford, Oxford Un iversity Press, 1991. 19 . J. Sealander, Private Wealth and Public Life: Foundation Philanthropy and the Reshaping of American Social Policy from the Progressive Era to the New Deal , op. cit ., p. 63. 20 . Abraham Flexner, The American College , New York, 1908. 21 . A. Flexner, Medical Education in the United States and Canada , Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching, 1910. 22 . Ibid , p. 20. 23 . Ibid , p. 13. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011 8 rationalisation, il pointe avant tout la « surproduction » 24 de médecins et la médiocrité de leur formation, appelant à la diminution du nombre d’écoles ainsi qu’à une élévation du niveau et de la durée des études. Après avoir réalisé une enquête sur l’enseignement médical européen complétant son travail américain 25 , A. Flexner entre en 1913 au General Education Board, où il va piloter cette réorganisation, qui sera pour l’essentiel achevée au début des années 1930. _________________________ La cristallisation de l’universalisme philanthropique L’Amérique latine et l’Asie Dès 1905, Frederick. T. Gates émet l’idée d’élargir les activités de la philanthropie Rockefeller au monde entier, idée qui se concrétise en mai 1913 par la création de la fondation Rockefeller, dont l’objectif est de faire « le bien – être de l’humanité à travers le monde » 26 . La fondation organise immédiatement une International Health Commi ssion (qui devient l’International Health Board en 1916), afin « d’étendre les bénéfices de l’expérience américaine » 27 acquise dans le traitement de l’ankylostomiase, présente dans une cinquantaine de pays 28 , mais aussi de l’appliquer à d’autres maladies co mme la malaria ou la fièvre jaune. Entre 1913 et 1950, l’IHB investira 100 millions de dollars dans cette campagne sanitaire mondiale 29 . Mais cette vaste entreprise ne s’explique pas seulement par un volontarisme réformateur teinté de messianisme : elle s’i nscrit également dans la mise en place par le gouvernement américain de campagnes sanitaires dans les régions passées dans son orbite géopolitique, directe ou indirecte, dans les Caraïbes (Cuba, 1898 ; Panama, 1903 ; Haïti, 1905) et le Pacifique (Hawaï, 18 98 ; Philippines, 1898 ; Samoa, 1899). La sécurisation sanitaire de ces zones devient une préoccupation pour plusieurs raisons : d’une part, pour éviter la propagation (ou le retour) de maladies sur le territoire américain, notamment dans le 24 . Ibid, p. 14. 25 . A. Flexner, Medical Education in Europe, Carnegie Foundation for the Advancem ent of Teaching, 1912. 26 . Rockefeller Foundation, Annual Report (ci – après RFAR), 1913, p. 7 – 8. 27 . « Principles and Policy of Giving », octobre 1913, Rockefeller Foundation Archives, Pocantico Hills, États – Unis, Record Group 3, Series 900, Box 21, Folder 16 3 (ci – après RF 3/900/21/163). 28 . Cette maladie n’a jamais été éradiquée malgré les grandes campagnes ; elle fait partie de celles auxquelles s’intéresse aujourd’hui la fondation Bill et Melinda Gates. 29 . Emily S. Rosenberg, « Missions to the World: Philan thropy Abroad », dans Lawrence J. Friedman, Mark D. McGarvie (eds), Charity, Philanthropy and Civility in American History , Cambridge, Cambridge University Press, 2003, p. 253. Voir également John Farley, To Cast out Disease: A History of the International Health Division of the Rockefeller Foundation , Oxford, Oxford University Press, 2004. halshs-00652589, version 1 – 16 Dec 2011


Emeutes du Trocadéro: Après le mariage,… l’émeute pour tous! (Paris riots: It’s just the fun and the adrenaline, stupid !)

15 mai, 2013
http://www.dreuz.info/wp-content/uploads/black-1.jpgContre un chèque à six chiffres, aucune star ne résiste à l’aller-retour à Doha. L’Express
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans)
Je ne sais pas, je voulais me sentir cool. Sienna St-Laurent
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro
Paris est à nous ! Cris des émeutiers du Trocadéro
Manuel Valls montre progressivement son vrai visage: celui d’un ministre partisan, sévère avec les familles lorsqu’elles sont de droite, inerte avec les délinquants protégés par la culture de l’excuse de la gauche. Geoffroy Didier (co-leader de la Droite forte)
Pour Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, «le renseignement a peut-être péché par excès d’optimisme» (…) La prévision dont le préfet dit avoir eu connaissance était de «quelques centaines» de trublions susceptibles de passer à l’acte, comme la veille donc. Or, a-t-il confié, pressé des questions, ils ont été «des milliers» lundi soir. (…) Les premiers incidents ayant éclaté la veille sur l’avenue des Champs-Élysées à l’annonce de la victoire du PSG à Lyon étaient pourtant un premier coup de semonce. Un «tour de chauffe» des casseurs qui aurait dû inciter les forces de l’ordre à davantage de prudence et d’anticipation. (…) Le préfet parle de sept à neuf unités mobilisées (600 à 700 hommes). Et encore, pas toutes concentrées sur l’événement, puisqu’il fallait protéger aussi les palais nationaux, l’Élysée, Matignon. Si les prévisions s’étaient avérées justes, cela aurait correspondu à deux agents par casseurs. Mais lundi soir, les casseurs étaient peut-être trois fois plus nombreux que les policiers. Les vingt-sept patrouilles de brigades anticriminalité appelées à la rescousse n’ont pas suffi à colmater les brèches du dispositif. (…) Le Trocadéro avait été choisi pour trouver un cadre prestigieux à ce qui devait être une fête et ce malgré l’alerte de la veille. A-t-on sacrifié les impératifs de la sécurité à l’image d’une remise de coupe avec la tour Eiffel en ligne de mire? Les Champs-Élysées avaient été refusés aux organisateurs. Et les Qatariens, propriétaires du PSG, voulaient un lieu symbolique. La publicité donnée à ce fiasco n’en a été que plus retentissante. (…) Le préfet de police a lui-même reconnu qu’il ne fallait pas provoquer les ultras présents dans la foule par une présence policière trop ostentatoire. «Les autorités en étaient encore à privilégier la logique festive au début des incidents, alors qu’il eût fallu d’emblée montrer sa force pour éviter d’avoir à s’en servir, comme au temps de Pierre Ottavi, grand directeur de la sécurité publique parisienne dans les années 1990», estime Bruno Beschizza, conseiller régional UMP de Seine-Saint-Denis et ancien syndicaliste policier. Le Figaro
Débordés par un groupe qui s’enfonce avenue Kléber, en direction des Champs-Elysées, les CRS décident à 20 h 30 de quitter, sirènes hurlantes, la place du Trocadéro, livrant cette dernière aux émeutiers. Chauffés à blanc et privés de leur adversaire, près de 800 casseurs se retrouvent seuls sur la place où les bris de verre et débris en tout genre jonchent le sol. Pendant vingt longues minutes, les mutins vont émietter les abris-bus, saccager les vitrines des magasins, briser les devantures des cafés de la place à coups de chaises balancées avant d’en piller certains. Certains renversent les scooters, cassent des voitures à coups de bâtons et en brûlent une. A 20 h 50, les compagnies de CRS et de gendarmes réinvestissent la place et délogent les émeutiers en moins de trois minutes. Le Monde
La France doit arrêter ses conneries, les élites politiques françaises doivent arrêter de ne voir que des Noirs dans les banlieues. Lors des émeutes de 2005 au lieu de voir ça comme un grand mouvement d’insurrection sociale, ils y ont vu un mouvement de protestation de Noirs, d’Arabes etc. (…) [Dans Noirs de France vous dites que, étant jeune, vous étiez indépendantiste…] Pas seulement jeune, je le suis encore. (…) Moi je n’ai pas un discours indépendantiste, j’ai une pratique militante indépendantiste, ce n’est pas la même chose. J’ai vécu en clandestinité. Tous les deux jours je devais changer de lieu, tout en trimbalant un bébé de deux mois. J’ai pris des risques, mon époux a été en prison pendant un an et demi. Mes autres camarades ont été emprisonnés. Donc ce n’est pas une question de discours, c’est une pratique politique. Ça c’était jusqu’en 1982. Pourquoi ? Parce qu’en 1981, quand la gauche est arrivée au pouvoir les Guyanais ont dit qu’ils laissaient tomber les histoires d’indépendance. Les gens n’étaient pas indépendantistes mais ils acceptaient le débat. Régulièrement ici, le gouvernement emprisonnait les indépendantistes et les gens étaient solidaires. Ils n’étaient pas d’accord mais ils étaient solidaires. En 1981, ils ont dit: « C’est bon, la gauche ce n’est pas colonial, c’est fini ». On a tenu pendant un an et en 1982 moi j’ai arrêté de militer. Ce n’est pas une question de discours chez moi. (…) Il y a un mouvement indépendantiste, il va plus souvent aux élections que moi: vous parliez de contradictions ? En 1992 lorsque je me lance dans la campagne des législatives, c’est parce que les gens ont organisé un mouvement populaire autour de moi, me demandant d’aller me présenter. La première fois de ma vie que j’ai voté, c’était pour moi en 1993. J’étais indépendantiste, anti-électoraliste. Mais quand on a une demande d’un peuple… J’aurais pu dire « je suis indépendantiste, j’ai raison, je reste chez moi ». J’étais directeur de société avant d’être élue député. Je n’ai pas besoin de notoriété. Je donnais des conférences internationales. Je venais de signer un contrat de professeur-chercheur avec l’Université de Montréal. Je ne suis pas dans une contradiction politique. En 1992 cela faisait dix ans que nous avions arrêté de militer. Christiane Taubira (06.12.11)
J’ai, à cet égard, une position constante depuis une quinzaine d’années. La reconnaissance légale de la traite et de l’esclavagisme en tant que crimes contre l’humanité est une grande réparation solennelle. L’article 2 sur l’enseignement de cette histoire, à tous les niveaux, primaire, collège, lycée et université, est aussi une belle réparation. Il y a une action publique à mener dans la lutte contre le racisme, la déconstruction du racisme, à ses racines. Faire en sorte que les pays d’Europe qui, aujourd’hui, portent en leur sein les traces de cette histoire comprennent qu’ils sont pluriels et que la diversité de leur population est l’héritage de cette histoire-là. Les survivances de cette violence, ce sont aujourd’hui les discriminations et le racisme. On doit lutter résolument contre cela, de la même façon que les esclaves, les marrons, et les humanistes ont lutté contre le système esclavagiste. Il y a en outre deux sujets spécifiques, qui concernent les territoires d’outre-mer et l’Afrique. En outre-mer, il y a eu une confiscation des terres ce qui fait que, d’une façon générale, les descendants d’esclaves n’ont guère accès au foncier. Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières. Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d’une action publique qui consisterait à acheter des terres. En Guyane, l’État avait accaparé le foncier, donc là, c’est plus facile. Aux Antilles, c’est surtout les descendants des "maîtres" qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en œuvre. Christiane Taubira (ministre de la justice, 11 mai 2013)
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
A Paris, on s’alarme de trois courses-poursuites dans les rues de la capitale, mais chez nous les règlements de compte entre bandes sont très, très fréquents, pour ne pas dire quotidiens. On a rarement des courses-poursuites comme il y en a eu à Paris. Les jeunes ont largement dépassé ce stade-là, puisqu’ils en sont carrément au règlement de compte avec armes de guerre. D’une certaine manière, on est content quand ils règlent leurs comptes en dehors de chez nous. Loïc Lecouplier (secrétaire du syndicat Alliance en Seine-Saint-Denis)
En s’attaquant à la mémoire des millions de Français descendants d’esclaves, à l’identité des milllions d’étrangers issus de territoires mis en coupe réglée pendant 350 ans, au crime contre l’humanité que la République a décidé de nommer par la loi Taubira de 2001, le député Vialatte franchit une ligne rouge inacceptable pour un représentant du peuple français et l’image de la Nation. La Fédération du mémorial de la traite des noirs a décidé de porter plainte contre le député Jean-Sébastien Vialatte pour fausses accusations, diffamation et incitation à la haine raciale. Une plainte sera déposée au procureur de la République du Var, au président de l’UMP, ainsi qu’au président de l’Assemblée nationale et au Président de la République. Fédération du mémorial de la traite des noirs
La population qui joue au football aujourd’hui est à 75% issue de banlieue. En 2010, quand ont eu lieu les événements de Knysna, le fait que l’équipe de France était menée par ce type de "leaders racailles", qui correspondaient à la définition donnée par Nicolas Sarkozy 5 ans plus tôt, a sauté aux yeux du grand public. (…) En 1998, tout allait bien, c’était l’extase nationale. La France était un modèle d’intégration. Même à l’étranger, tout le monde en parlait comme d’un exemple. En préparant le livre, j’ai été stupéfait de relire les déclarations des hommes politiques de l’époque, de droite comme de gauche, qui mettaient en avant une France « phare du monde » avec son universalisme républicain. Jean-Marie Le Pen était fini, et avec lui l’extrême droite en France. On connait la suite. Jean-Marie Le Pen arrive au second tour en 2002 et quelques années plus tard le débat sur l’identité nationale éclate. On remarque aujourd’hui que la plupart des gens n’éprouvent aucune sympathie particulière pour l’équipe de France précisément à cause du « code racaille » de ses joueurs. (…) La hiérarchie est clairement définie. Les joueurs qui viennent de banlieue s’imposent toujours aux autres. Il y a les "boss" et les "bolosses" : Franck Ribéry c’est le "boss", et Yohan Gourcuff est le "boloss". Gourcuff n’a pas les codes et ne peut donc pas s’intégrer. Il a été repoussé comme on repousse n’importe quel étranger qui essaye de s’intégrer dans un cercle aussi fermé. Ce cercle, aujourd’hui en équipe de France, c’est la banlieue et ses codes : la virilité, l’argent, le bling-bling, etc. (…) Tous les clubs doivent faire avec cet état de fait. Chacun essaye de se débrouiller comme il peut. J’ai rencontré des dirigeants qui en ont réellement marre de s’occuper de cela et d’autres qui tentent à leur manière de régler les problèmes. (…) Des présidents ont instauré des quotas officieux de musulmans, d’africains ou même de jeunes de banlieue. Quand Mediapart a révélé cette affaire, ils n’ont pas trouvé bon d’adresser le vrai problème et ont préféré rester dans cette posture moraliste qui les caractérise. La vérité c’est que nous avons ghettoïsé le football en pensant que les costauds étaient noirs et que les petits joueurs techniques étaient maghrébins. Forcément, nous sommes allés chercher ces profils là où ils se trouvaient. Je me rappelle d’une phrase d’un dirigeant français : "Chez nous, il suffit de secouer une tour pour qu’ils tombent tous" ou même d’un recruteur de Lens qui cherchait absolument des "grands noirs" quitte à leur "redresser les pieds" si les qualités footballistiques n’étaient pas au rendez-vous. Les racailles du football, ce sont aussi celles en col blanc ! Ces raisonnements simplistes sont allés trop loin. Les clubs se sont fait manger par les "joueurs racailles" et aujourd’hui, après l’affaire de la Coupe du monde 2010, tout le monde se réveille. Cependant, les réponses apportées par les dirigeants sont parfois très maladroites. Chacun fait ses petits quotas, son petit bazar. A Rennes, des joueurs ont été dégagés l’été dernier car il y avait trop de musulmans. A Saint-Etienne, on passe la consigne aux recruteurs de ne pas trop recruter d’Africains. Nous sommes passés d’un extrême à l’autre. Autre exemple : les affiches publicitaires pour l’équipe de France après 2010. Les instances ont demandé aux photographes de les "blanchir", de mettre en avant les joueurs blancs, alors que la tendance marketing est souvent au multiculturalisme. (…) Le problème vient effectivement de l’évolution de notre société depuis mai 68 et de la mentalité libérale-libertaire qui s’est imposée. L’autorité est mal vue dans notre système d’éducation nationale et cela s’est propagé dans nos centres de formation, jusqu’au sein de l’équipe de France. (…) De plus, en ce qui concerne l’équipe de France, nous avons abandonné tous les symboles nationaux au Front national au début des années 80. Il ne faut pas s’étonner du fait que des joueurs comme Karim Benzema mettent un point d’honneur à ne pas chanter la Marseillaise maintenant. Le sentiment anti-français est très répandu en banlieue, et cela, ce n’est pas le foot qui l’arrangera. Daniel Riolo
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation "Ungdomshuset" se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch

Après le mariage,… l’émeute pour tous!

Vitrines brisées, magasins pillés, voitures calcinées, arrêts de bus saccagés, agression des forces de l’ordre et des journalistes…

Au lendemain d’un énième épisode de guérilla urbaine …

Qui, entre les millions à nouveau des pompiers-pyromanes qataris et des forces de police  soudainement (après avoir tant brillé contre les jupes plissées et les lodens des anti-mariage pour tous et malgré le coup de semonce de la veille) dépassées, a cette fois vu le saccage du quartier du Trocadéro …

Et alors que, trois jours après la proposition de la ministre noire de service du gouvernement et maitresse es lois liberticides de "rendre leurs terres aux descendants d’esclaves" (avant, on suppose, les Cathares, protestants, chouans et autres Vendéens ?), nos pleureuses professionnelles nous ont ressorti comme explication les habituelles excuses de la misère supposée desdites populations et fustigé comme il se doit le seul responsable politique ayant osé pointer la dimension à nouveau évidemment raciale (pardon: ethnique) des émeutes du moment …

Comment ne pas voir avec le chercheur danois Christian Borch et contre les sophismes de nos sociologues qui, depuis les années 60, nous bassinent avec la prétendue rationalité de "mouvements sociaux" censés répondre à un sentiment d’injustice …

La criante évidence du goût spontané et irrationnel de la violence pour la violence comme l’entrainement mimétique du phénomène de foule générant lui-même les émotions et l’adrénaline nécessaires ?

Mais aussi, comme l’ont montré les émeutes londoniennes, danoises ou d’ailleurs, l’inefficacité dans nombre de cas des méthodes de contrôle basées sur le dialogue avec les émeutiers ?

Riots Create Irrational Behavior

Christian Borch

Apr. 30, 2013 — Participants of group riots have since the end of the 1960s been viewed as rational individuals driven by a sense of injustice. But in today’s world this is misleading, concludes sociologist and PhD Christian Borch in a newly published doctoral thesis, and he encourages the police to take the destructive behaviour of some participants into account when dealing with groups of rioters.

During the so-called ‘UK Riots’ in the summer of 2011, discontented young people set the streets of London alight and looted shopping centres. The initial strategy of the police which was to communicate with rioters soon failed. Instead they resorted to using batons and containment. Within a Danish context, the violent reactions to the clearance of ‘Ungdomshuset’ in 2007 show that a revolt can develop into serious criminal actions.

According to Christian Borch, these examples illustrate that group rioting are not solely based on righteous indignation and considered planning:

"The notion of the 1960s that social movements happened as a legitimate response to social injustice created the impression of riots as being rational. Crowds however do not have to be rational entities," says Christian Borch.

In a new doctoral thesis "The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology" from University of Copenhagen, Christian Borch analyses the historical development of the concept of crowds in a sociological context.

"The riots in London demonstrate the existence of a lack of rational thought processes as the events had an entirely spontaneous and irrational character. People looted for the sake of looting, for many this was not necessarily born out of a sense of injustice," says Christian Borch who has analysed the strategies of the Metropolitan police in connection with the London riots.

Danish riots attracted violent supporters

The riots surrounding the clerance of "Ungdomshuset" at Jagtvej 69 in Denmark illustrate that demonstrations are capable of creating a self-perpetuating sense of dynamics which accenture the irrational elements. Thus, setting cars alight and breaking windows became part of the rioting.

"During the Danish riots there existed on the one hand a sense of rationality within the young people’s protests, in so far as they were drive by a political motivated interest. However, other people who were normally not affiliated with ‘Ungdomshuset’ became a part of the conflict and participated in the riots without any shared purpose. They were having fun and the adrenalin kicked in," says Christian Borch.

It is inner group dynamics which fuel pointless behaviour.

"Riots can assume self-perpetuating dynamics which is not driven by rational motives. When individuals form a crowd they can become irrational and driven by emotion which occur as part of the rioting," says Christian Borch.

Inspiration to police tactics

Thinking of crowds as rational entities has since 2000 affected the way in which the British police have handled riots. The UK Riots serve as an example of this. The police worked on the promise that they were dealing with rational individuals with sensible objectives which is why their plan of action was based on communication rather than containment. This however, did not work in practice.

"The interesting aspect of the London riots was to ascertain that it was pointless to address the crowds through a communication strategy. The rational way of regarding the crowds came to nothing whereas the traditional form of containment did. This shows that at certain times a successful solution is not to handle crowds based on dialogue-orientated efforts," says Christian Borch.

In addition to the police, Christian Borch encourages town planners, sociologists and economists to apply a more critical approach when dealing with the concept of crowds.

Voir aussi:

Émeutes du Trocadéro : c’est la faute à Barjot !

Les casseurs du PSG vus par les penseurs du PS

Théophane Le Méné

Causeur

15 Mai 2013

La grand-messe organisée par le PSG qui devait avoir lieu sur le Trocadéro avant-hier soir a donc viré à l’émeute. Au lieu d’une démonstration festive, censée couronner la victoire du club parisien, certains supporters se sont livrés à une toute autre manifestation : vitrines brisées, magasins pillés, voitures calcinées, arrêt de bus saccagés, agression des forces de l’ordre et des journalistes… Dès le lendemain, les banderilles des élus de droite commençaient à pleuvoir sur les responsables de ce fiasco. En première ligne, le député-maire du XVIème arrondissement, Claude Goasguen, a demandé la démission de Manuel Valls, lui reprochant de ne pas avoir anticipé la sécurité des personnes alors même que ces débordements semblaient prévisibles. Nadine Morano lui a emboité le pas, fustigeant un ministre « incapable d’anticiper et d’assurer la sécurité ». François Fillon s’est, lui, adressé au président de la République en demandant sans plus tarder des sanctions à l’endroit des casseurs.

La réaction de la gauche ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’un important dispositif de sécurité avait été déployé et a condamné le comportement des fauteurs de troubles, promettant tous les moyens disponibles pour les identifier. Plus prompt encore à se prévaloir de ses propres turpitudes pour s’exonérer d’une quelconque responsabilité, Jean-Christophe Cambadélis [1] a évoqué une « connexion » entre les auteurs des « incidents » lors de la Manif pour tous et les hooligans : comprenez quelques nervis d’extrême droite réactionnaires, pressés d’en découdre avec les forces de l’ordre.

La comparaison est osée. S’il est au moins une chose dont n’ont pas à rougir les organisateurs de la Manif pour Tous, c’est bien du pacifisme dont ils ont fait preuve. Des poèmes de Péguy et d’Aragon, à la lueur des bougies, dans l’obscurité des Invalides, aux comptines entonnées dans les cortèges de poussettes, le mot d’ordre a toujours été l’apaisement malgré la brutalité des forces de l’ordre et la surdité du gouvernement. En sept mois de manifestations, jamais un policier ou gendarme n’a été blessé ni une dégradation constatée. On ne peut plus nier un deux poids deux mesures en matière de maintien de l’ordre. Quand, le 15 avril dernier, soixante-sept veilleurs étaient envoyés en garde à vue pour avoir lu Eluard et chanté du Baden Powell, sagement posés dans l’herbe, on a eu avant-hier trois gardes à vue pour bris de vitres, vol en réunion et dégradation volontaire par incendie. Geoffroy Didier, co-leader de la Droite forte, s’en est d’ailleurs ému : « Manuel Valls montre progressivement son vrai visage: celui d’un ministre partisan, sévère avec les familles lorsqu’elles sont de droite, inerte avec les délinquants protégés par la culture de l’excuse de la gauche.»

Dans les agapes douloureuses d’avant-hier soir, difficile en effet de débusquer des opposants acharnés au mariage pour tous. Au milieu de supporters heureux, c’était surtout une partie de la jeunesse de banlieue que l’on pouvait rencontrer. Ceux-là venaient moins célébrer la victoire que jouer les casseurs. On avait assisté aux mêmes scènes de guérilla urbaine en marge des manifestations contre le Contrat Premier Embauche (CPE) en 2006, et place de la Bastille en mai 2012, après l’élection de François Hollande.

Lors de la manifestation contre le mariage gay le 24 mars dernier, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, avait dénoncé des « groupes extrémistes cherchant des affrontements » tandis que le député PS du Cher, Yann Galut, reprochait à Laurent Wauquiez de « défendre les casseurs du GUD s’en prenant aux CRS ». De deux choses l’une : soit certains groupuscules factieux se sont soudain ouverts aux banlieues, soit la barbarie n’est pas l’apanage de l’extrême droite.

[1] Jean-Christophe Cambadélis: http://www.lepoint.fr/politique/psg-violences-a-paris-cambadelis-pointe-le-climat-installe-par-les-manifs-anti-mariage-gay-14-05-2013-1666349_20.php

Voir également:

PSG – Paris : violences au Trocadéro, pourquoi c’est (très) grave

Le Point

14/05/2013

Derrière les hooligans se cachaient des "jeunes" venus de tous les horizons qui n’avaient rien à faire là. Et s’ils préparaient le "grand soir" ?

Jérôme Béglé

Sans préjuger de l’enquête en cours, il y a deux interprétations possibles des événements qui ont gâché lundi soir la remise officielle du titre de champion de France 2012-2013 au PSG. La première fait peser la faute sur les supporteurs. Les ultras chassés du Parc des princes sous la présidence de Robin Leproux afin de rendre possible une cession du club aux Qatariens se seraient vengés. Aidés de quelques casseurs professionnels et avinés, ils ont rappelé au propriétaire du club qu’ils existaient et que bien qu’interdits de stade, il fallait compter sur eux pour changer l’or en plomb.

La deuxième interprétation dédouane les instances dirigeantes, mais elle est plus inquiétante. Beaucoup plus inquiétante. Elle reprend une thèse maintes fois évoquée notamment par Éric Zemmour ou Alain Finkielkraut, celle de ces hordes provenant des banlieues qui, un jour, débarqueraient dans les villes. Les (graves) incidents de lundi ne seraient que la répétition générale de ce grand soir qui terrorise tout le monde. Une jeunesse découragée, humiliée, sans espoir ni perspective que de se rappeler bruyamment au mauvais souvenir de la classe politique, rode une lutte finale pour rappeler qu’elle existe, qu’elle est parquée en banlieue et que rien n’y personne n’a pu lui redonner foi en la vie et en l’avenir. Elle y ajoute un discours d’exclusion et des slogans revanchards. Des témoins et des images montrent déjà des drapeaux algériens, marocains, tunisiens brandis par des "supporteurs" qui préféraient entonner des chants de guerre plutôt que des refrains de victoire.

Des interdictions qui marginalisent un peu plus les supporteurs

La version hooliganisme des violences du Trocadéro se soldera par des mises en examen et quelques incarcérations parmi les 21 personnes interpellées. Elle s’accompagnera d’un contrôle encore plus sévère des accès au Parc des princes et sans doute par des interdictions de garnir les gradins du Kop de Boulogne ou de celui d’Auteuil. On jugera tout cela suffisant, oubliant que pour beaucoup de ces jeunes, le football est un exutoire, presque une raison de vivre, et que les interdire de stade constitue une vexation, une humiliation supplémentaire, et contribue un peu plus encore à les marginaliser.

La version "crise des banlieues" est évidemment effrayante et annonce des lendemains dramatiques. Personne ne veut y croire, et le débordement des forces de l’ordre, l’incapacité des renseignements généraux à anticiper ces violences pourtant probables montrent à quel point Paris et la France n’ont pas mesuré qu’un tel scénario n’est pas une fiction, mais est entré dans le champ des possibles.

On reparlera souvent de cette triste soirée du 13 mai 2013. Soirée au cours de laquelle les Qatariens ont voulu montrer au monde entier que Paris était à eux. Que c’étaient eux autant que Beckham, Ibrahimovic et Ancelotti qui avaient apporté un titre de champion à la ville lumière. La mise en scène de leur victoire au pied de la tour Eiffel, puis la descente de la Seine devaient offrir des images en mondovision. Piteusement, BeIn Sport et Al Jazeera, leurs chaînes de télévision à rayonnement mondial, ont dû interrompre leur direct. Ils ont frôlé le ridicule et écorné une image qu’ils construisent à coups de milliards de dollars. Si ce n’est que cela, c’est un moindre mal…

Voir encore:

Incidents au Trocadéro : le dispositif de sécurité critiqué

Le Monde.fr avec AFP

14.05.2013

Alliance, le second syndicat des gardiens de la paix, accuse les autorités d’avoir sous-estimé l’ampleur de la cérémonie.

Une trentaine de blessés, une dizaine de commerces pillés, dix-huit voitures vandalisées, deux bus de la RATP dégradés… Les scènes d’émeutes urbaines qui ont éclaté lundi 13 mai au soir place du Trocadéro autour de la cérémonie de remise du titre de champions de France au PSG auraient-elles pu être évitées ? C’est le sentiment de deux syndicats de policiers proches de la droite, Alliance et Synergie-officiers. Sous le feu des critiques, le préfet de police de Paris défend un dispositif important, avec 800 agents mobilisés. Selon des sources interrogées par Le Monde, le fiasco du Trocadéro pourrait être dû à un problème de coordination.

Syndicats de police : "Nous avons été débordés"

Les débordements de lundi soir étaient-ils prévisibles ? Ils sont en tout cas loin d’être inédits. Le 23 juin 2010, des violences avaient accompagné la diffusion au stade Charléty d’un match de la Coupe du monde opposant les Etats-Unis à l’Algérie. Plus de deux cents jeunes avaient alors dévasté le quartier. Et dimanche, quelques heures à peine après la victoire du PSG à Lyon, qui lui assurait le titre, des violences avaient déjà eu lieu sur les Champs-Elysées.

Alliance, le second syndicat des gardiens de la paix, accuse ainsi les autorités d’avoir sous-estimé l’ampleur de la cérémonie. "Nous avons été débordés" alors que "nous savions tous ce qui aurait pu se passer", assure le secrétaire national, Fabien Vanhemelryck.

Patrice Ribéiro, de Synergie (second syndicat d’officiers) pense également qu’il y avait eu "sous-estimation du risque" et "de la dangerosité" des présumés auteurs des incidents, qui "avaient déjà agi dimanche sur les Champs-Elysées". Ce sont des "casseurs venus de banlieue, on savait qu’ils allaient revenir (…). Reste à déterminer les responsabilités", note le syndicaliste.

Préfet de police de paris : "Un dispositif conséquent"

En face, le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, défend un "dispositif conséquent" : sept unités de forces mobiles, renforcées rapidement par deux compagnies de CRS et des équipages des brigades anticriminalité (BAC). Au total, 800 agents étaient mobilisés, a annoncé le préfet de police, en soulignant qu’il y avait des milliers de casseurs. "Il n’y aura plus de manifestation festive sur la voie publique pour le PSG", a-t-il ajouté.

Portrait : Bernard Boucault, un ‘haut fonctionnaire de gauche’ préfet de police

Une réponse que certains jugent insuffisante. "Je ne vois pas comment le préfet de police, qui n’en est pas à son premier échec, peut être maintenu dans ses fonctions", a notamment déclaré le chef de l’opposition, Jean-François Copé. "Je considère que le préfet de police a failli à sa mission", a lancé le député, reprochant à Bernard Boucault ses explications "très embarrassées", la veille, avec "en particulier cette idée" selon laquelle "une fête n’est plus une fête si on met trop de policiers sur place".

Au total, trente-neuf personnes ont été interpellées, dont trente-huit placées en garde à vue pour jets de projectiles, vols, dégradations, violences, recel de vols, et participation à un attroupement armé. Des arrestations ont eu lieu jusqu’en Seine-Saint-Denis, à Noisy-le-Sec, où trois personnes ont été prises avec des vêtements volés sur les Champs-Elysées.

Un problème de coordination

Selon plusieurs sources interrogées par Le Monde, il semble que ce soit davantage, comme le 24 mars ou lors de la manifestation salafiste devant l’ambassade des Etats-Unis, le 15 septembre 2012, la coordination entre le renseignement, les forces mobiles et les policiers de sécurité publique qui a échoué. Les participants ont ainsi pu assister, vers 20 h 30, à une scène un peu surréaliste, avec des CRS quittant précipitamment le Trocadéro, pourtant encore en proie à des bandes violentes, pour les Champs-Elysées, où d’autres commençaient à sévir. "Le dispositif n’a pas fonctionné, on ne peut pas dire le contraire, et il va y avoir un débriefing", souligne l’entourage du ministre de l’intérieur, qui reconnaît que les manifestations quotidiennes et imprévisibles des opposants au mariage pour tous "commencent à peser sur les forces mobiles".

La vidéoprotection pour identifier les casseurs

Les bandes de vidéoprotection seront mises à la disposition des enquêteurs pour "identifier" les casseurs qui ont sévi à Paris, a déclaré dans la soirée le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, confirmant que trente personnes ont été blessées. "Une minorité de participants, pour partie composée de supporteurs de la mouvance ultra et pour partie de groupes de jeunes casseurs, ont provoqué bousculades et mouvements de foules", déplore-t-il.

Lire les réactions : La droite accable Valls, le PS pointe la responsabilité du PSG

"Je tiens à saluer le travail du préfet de police et des forces de l’ordre qui, en concertation avec la Ligue de football professionnel et le club, ont rapidement ramené l’ordre à Paris et maîtrisé les débordements", a déclaré de son côté la ministre des sports, Valérie Fourneyron, dans un communiqué.

"C’est dommage qu’il y ait eu une poignée de perturbateurs, les débordements ont été contenus, la fête n’a pas été gâchée", a par ailleurs estimé lundi le maire de Paris, Bertrand Delanoë, venu remettre le trophée avec le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, et du président du club de la capitale, Nasser al-Khelaïfi.

Voir enfin:

Racaille Football Club : comment le foot s’est-il ghettoïsé ?

Atlantico

8 mai 2013

Le journaliste Daniel Riolo sort cette semaine un livre polémique sur la ghettoïsation du football français et sur l’impuissance (ou l’incompétence) de nos instances sportives face à ce phénomène.

Atlantico : Vous sortez cette semaine un livre intitulé "Racaille Football Club" dans lequel vous dénoncez notamment la ghettoïsation du football français. Comment définiriez-vous ce terme racaille ?

Daniel Riolo : J’ai choisi le mot "racaille" par rapport à la perception que les gens en avaient. Une définition publique, et même présidentielle, a été donnée par Nicolas Sarkozy en 2005. Il s’agit de manière schématisée du "mec de banlieue qui pose des problèmes". C’est tout cet amalgame entre la capuche, le casque pour la musique, le rap, etc.

La population qui joue au football aujourd’hui est à 75% issue de banlieue. En 2010, quand ont eu lieu les événements de Knysna, le fait que l’équipe de France était menée par ce type de "leaders racailles", qui correspondaient à la définition donnée par Nicolas Sarkozy 5 ans plus tôt, a sauté aux yeux du grand public. En partant de ce constat-là, j’ai voulu remonter tout le fil depuis 1998.

En 1998, tout allait bien, c’était l’extase nationale. La France était un modèle d’intégration. Même à l’étranger, tout le monde en parlait comme d’un exemple. En préparant le livre, j’ai été stupéfait de relire les déclarations des hommes politiques de l’époque, de droite comme de gauche, qui mettaient en avant une France « phare du monde » avec son universalisme républicain. Jean-Marie Le Pen était fini, et avec lui l’extrême droite en France.

On connait la suite. Jean-Marie Le Pen arrive au second tour en 2002 et quelques années plus tard le débat sur l’identité nationale éclate. On remarque aujourd’hui que la plupart des gens n’éprouvent aucune sympathie particulière pour l’équipe de France précisément à cause du « code racaille » de ses joueurs.

Ces joueurs-là ont imposé selon vous un "esprit de clan" au sein de l’équipe de France, et des clubs français en général. Comment expliquez-vous cela ?

La hiérarchie est clairement définie. Les joueurs qui viennent de banlieue s’imposent toujours aux autres. Il y a les "boss" et les "bolosses" : Franck Ribéry c’est le "boss", et Yohan Gourcuff est le "boloss". Gourcuff n’a pas les codes et ne peut donc pas s’intégrer. Il a été repoussé comme on repousse n’importe quel étranger qui essaye de s’intégrer dans un cercle aussi fermé. Ce cercle, aujourd’hui en équipe de France, c’est la banlieue et ses codes : la virilité, l’argent, le bling-bling, etc.

Comment les dirigeants français adressent-ils ce problème ?

Tous les clubs doivent faire avec cet état de fait. Chacun essaye de se débrouiller comme il peut. J’ai rencontré des dirigeants qui en ont réellement marre de s’occuper de cela et d’autres qui tentent à leur manière de régler les problèmes.

Le championnat de basketball américain, la NBA, a su régler ce problème en donnant, ironiquement, un grand coup de kärcher… Le langage des joueurs, leur code vestimentaire, et leurs attitudes sont maintenant surveillés étroitement, et de manière très stricte, par les instances du sport. En France, le président de l’équipe de Rennes, Frédéric de Saint-Sernin, a essayé d’interdire les sacoches Louis Vuitton par exemple.

La NBA a réagi en multinationale. Elle a été capable de tout régler elle-même. En France, cela n’existe pas. Chacun règle les dysfonctionnements à son petit niveau. Et c’est à partir de là que certains problèmes sont apparus.

Des présidents ont instauré des quotas officieux de musulmans, d’africains ou même de jeunes de banlieue. Quand Mediapart a révélé cette affaire, ils n’ont pas trouvé bon d’adresser le vrai problème et ont préféré rester dans cette posture moraliste qui les caractérise. La vérité c’est que nous avons ghettoïsé le football en pensant que les costauds étaient noirs et que les petits joueurs techniques étaient maghrébins. Forcément, nous sommes allés chercher ces profils là où ils se trouvaient. Je me rappelle d’une phrase d’un dirigeant français : "Chez nous, il suffit de secouer une tour pour qu’ils tombent tous" ou même d’un recruteur de Lens qui cherchait absolument des "grands noirs" quitte à leur "redresser les pieds" si les qualités footballistiques n’étaient pas au rendez-vous. Les racailles du football, ce sont aussi celles en col blanc !

Ces raisonnements simplistes sont allés trop loin. Les clubs se sont fait manger par les "joueurs racailles" et aujourd’hui, après l’affaire de la Coupe du monde 2010, tout le monde se réveille. Cependant, les réponses apportées par les dirigeants sont parfois très maladroites. Chacun fait ses petits quotas, son petit bazar. A Rennes, des joueurs ont été dégagés l’été dernier car il y avait trop de musulmans. A Saint-Etienne, on passe la consigne aux recruteurs de ne pas trop recruter d’Africains. Nous sommes passés d’un extrême à l’autre.

Autre exemple : les affiches publicitaires pour l’équipe de France après 2010. Les instances ont demandé aux photographes de les "blanchir", de mettre en avant les joueurs blancs, alors que la tendance marketing est souvent au multiculturalisme.

De nombreuses réunions sur ce problème sont organisées dans tous les clubs. L’idée que l’attitude est aussi importante que la technique du joueur est maintenant très répandue dans le milieu du foot français. Mais si le cadre posé par les clubs était aussi stricts que celui du club allemand du Bayern de Munich par exemple, nous n’aurions même pas besoin de nous préoccuper de la couleur ou de l’origine de nos joueurs.

Ce manque d’encadrement et d’autorité, n’est-il pas un problème de société plus large ? Les dirigeants du football français peuvent-ils vraiment y faire quelque chose ?

Beaucoup de sociologues ont parlé de cela avant moi, même s’ils sont automatiquement taxés de conservatisme… Le problème vient effectivement de l’évolution de notre société depuis mai 68 et de la mentalité libérale-libertaire qui s’est imposée. L’autorité est mal vue dans notre système d’éducation nationale et cela s’est propagé dans nos centres de formation, jusqu’au sein de l’équipe de France. Ensuite, Nicolas Sarkozy a amorcé une fracture terrible avec son mot sur les racailles. Et puis, la manière dont il a géré son quinquennat en chef de gang n’a pas arrangé les choses.

Quand Raymond Domenech sort un livre pour dénoncer le comportement de ses joueurs, cela me fait sauter au plafond ! Je veux bien qu’il fasse son mea culpa et qu’il nous révèle ce qui se passait vraiment dans les vestiaires. Mais pourquoi les a t-il alors soutenus ? Pourquoi ne les a t-il pas sanctionnés ? En 2010, de nombreux dirigeants et entraîneurs voulaient que tout le monde soit banni. Nous avons raté à ce moment-là une excellente opportunité de tout remettre à plat. Finalement, nous avons une nouvelle fois victimisé les joueurs en insistant sur le fait que ce n’était pas de leur faute, et que finalement, c’est la société "qui les avait abîmés"…

De plus, en ce qui concerne l’équipe de France, nous avons abandonné tous les symboles nationaux au Front national au début des années 80. Il ne faut pas s’étonner du fait que des joueurs comme Karim Benzema mettent un point d’honneur à ne pas chanter la Marseillaise maintenant. Le sentiment anti-français est très répandu en banlieue, et cela, ce n’est pas le foot qui l’arrangera.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

Voir par ailleurs:

Between Destructiveness and Vitalism: Simmel’s Sociology of Crowds

Entre destructivité et vitalisme : la sociologie des foules de Georg Simmel

Christian Borch

This article studies Georg Simmel’s contribution to the sociology of crowds. The aim of the article is (1) to demonstrate the importance Simmel ascribed to the crowd topic, (2) to illustrate how his early view on crowds was inspired by the work of the major crowd theorists of his time, and (3) to reconstruct a vitalist image of crowds from Simmel’s later thought. The first part of the article portrays Simmel’s general perspective on the crowd as it appears in some of his key writings. The following parts are based on less familiar material, not least Simmel’s book reviews of Gustave Le Bon, Scipio Sighele, and Gabriel Tarde. Thus, the second part of the article analyzes Simmel’s discussions of Tarde and Le Bon. The third part demonstrates how Simmel’s explanation of destructive crowd behavior was inspired by his reading of Sighele’s work. Finally, the fourth part of the article examines the crowd in the light of Simmel’s essays on the metropolis and sociability. It is argued that this part of Simmel’s work allows for a vitalist interpretation of crowds, which differs greatly from what Le Bon, Sighele, and Tarde suggested, and which anticipates Elias Canetti’s theory of crowds.

Introduction

1At the end of the nineteenth century a comprehensive scholarly interest in crowds and their allegedly destructive nature emerged. This was in many respects an attempt to come to terms with the French Revolution and its aftermath as well as with recent mass phenomena such as urbanization. The crowd psychologists whose work arguably received the widest attention was Gustave Le Bon. In his seminal 1895 study of The Crowd, he argued that modern society was on the verge of an entirely new social order, one in which the crowd was the main defining feature. In Le Bon’s famous words, ‘[t]he age we are about to enter will in truth be the ERA OF CROWDS’ (1960: 14, emphasis in original). Le Bon was not the only scholar to stress the societal importance of this new mass phenomenon. Other key theorists belonging to this ‘first generation’ of crowd theory included the sociologist Gabriel Tarde (1892; 1893) and the criminologist Scipio Sighele (1897). The research agenda promoted by these scholars described crowds and crowd behavior in almost exclusively negative terms and often associated them with feminine, socialist, and barbarian traits. Moreover, crowds were seen as essentially unruly and irrational entities that hypnotized their members to commit acts they would never carry out under normal circumstances, i.e., when not under the spell of the crowd and especially its leader. Related to this, crowds were believed to have de-individualizing effects; they suspended any individual traits and subsumed the crowd members under a collective identity.

2While Le Bon and Sighele only belonged to the margins of sociology in the sense that the latter’s work mainly revolved around criminological debates and that the former was never really accepted by the sociologists of his time, things were quite different for Tarde. Thus, even if several of his contributions to crowd debates had a criminological framing, he was a highly respected sociologist and he managed to demonstrate the sociological significance of taking the crowd topic seriously. Although the sociological debates on crowds started out as a predominantly French affair, they soon spread. In the USA, for example, Robert E. Park became a crucial advocate of the sociology of crowds or collective behavior, as he and Ernest W. Burgess would later call it. Yet crowds were also discussed among central German sociologists, including Georg Simmel, whose view on crowds I shall discuss in this article.

3Besides demonstrating the importance Simmel attributed to the crowd issue, the article has two objectives. First, I wish to illustrate how Simmel’s early analysis of crowds was developed in close dialogue with the work of Le Bon, Sighele, and Tarde. As mentioned above, these scholars characterized the crowd as a destructive, irrational entity, and Simmel’s early analyses largely subscribed to that image, which expressed a fear or anxiety of crowds. This changed in his later work where, even if he retained his interest in the crowd issue, his general approach to it was modified. This was related to a rupture in his thinking where he moved beyond his evolutionist perspective of the 1890s. In line with this, the second objective of the article is to demonstrate that, contrary to the negative view on crowds that Simmel expressed in his early discussions of the topic, it is possible to derive an alternative and much more positive account of crowds from Simmel’s subsequent writings. This alternative account, which I identify in Simmel’s work on sociability, is characterized by a vitalist impulse, and it is one that anticipates Elias Canetti’s vitalist theory of crowds.

4The two objectives point to the double-sided character of the article. On the one hand, it offers a historical contextualization of Simmel’s analyses of crowds in the sense that it shows how these analyses were deeply embedded in the discussions of his time. This historical contextualization should not be confounded with the historical approach presented by scholars such as Rudé (1959) and Thomson (1971) who have analyzed specific crowd occurrences. Rather, the article aims to contribute to the understanding of particular aspects of a more general history of sociological crowd semantics, i.e., the history of the theoretical, conceptual, and analytical frameworks and ideas on crowds that emanated in France in the late nineteenth century and were then disseminated and modified in social theory throughout the twentieth century. That is, the article offers an attempt to understand how Simmel is situated in this semantic history. On the other hand, the article also has a more theoretical ambition in that it wishes to draw some implications from Simmel’s work that might inform current debates on crowd behavior.

1 Another exception is Frisby (1984a: 83–5) whose discussion of Simmel’s sociology of crowds is very (…)

5Whereas the crowd theories of Le Bon, Sighele, and Tarde have been thoroughly analyzed in the past (Barrows, 1981; Borch, 2005; 2009; McClelland, 1989; Nye, 1975; Stewart-Steinberg, 2003; van Ginneken, 1992), only little attention has been paid to the place that the notion of crowds occupies in Simmel’s thought. One notable exception is Fransisco Budi Hardiman (2001: Ch. 1) who discusses Simmel’s contribution to crowd theory at length.1 Beginning with Simmel’s famous excursus, in Soziologie, on the possibility of society, Hardiman develops a Simmelian argument on the epistemological possibility of crowds. Somewhat surprisingly, however, Hardiman ignores a number of Simmel’s explicit engagements with the crowd issue. Although Hardiman’s exposition is both original and interesting, the present article will pursue a different analytical strategy. Specifically, I will emphasize a part of Simmel’s work which is not that well known, namely his book reviews of Le Bon, Sighele, and Tarde.

6The article has four parts. To set the stage I begin by illustrating some of the general characteristics Simmel attributed to crowds. Here I do not distinguish between the various phases in his work. The following two parts analyze in more detail how Simmel explained crowd behavior in his early work. I draw here on his book reviews of Le Bon, Sighele, and Tarde and show how the ideas expressed in these reviews corresponded to ideas Simmel developed in his evolutionist treatise Über sociale Differenzierung from 1890. Finally, in the fourth part of the article, I examine the status of the crowd in the light of Simmel’s later essays on the metropolis and sociability. It is in this part of his work that I identify a vitalist theory of crowds.

Simmel’s General Characterization of Crowds

7Contrary to Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel never devoted an entire article or book to the study of crowds. Yet the crowd topic does appear in his work, e.g. in Soziologie (1992) and in Grundfragen der Soziologie (1999e). On the very first page of Soziologie, for example, the first edition of which was published in 1908, he placed the very ‘problem of sociology’ in the context of the masses. Simmel described the advent of the science of sociology as a theoretical reflection of the transformation of the power relation between masses and individuals during the nineteenth century. During that century, he argued, the masses experienced a significant rise to power, visible in the fact that people from the lower estates now appeared not as singular individuals but as a ‘unitary mass’ vis-à-vis the higher estates (Simmel, 1992: 13). This acknowledgement did not take Simmel in a Marxist direction, although the opening page of Soziologie did refer to the notion of classes. Here as elsewhere, Simmel was not really concerned with class struggles but rather with sociation (Vergesellschaftung), social forms, and the reciprocal effects (Wechselwirkungen) among individuals. The investigation of these matters must, Simmel believed, pay great attention to crowds and other mass phenomena. Indeed, he asserted, the crowd was a perfect entry to the study of sociality.

8This became clear in the second chapter of Soziologie, where Simmel discussed the topic of crowds. The chapter analyzed how social life in groups was affected by the group size. Having studied the sociological structure of small groups, Simmel turned to larger ones, and one of the larger groups that showed some unique qualities was the crowd. When the mass is not dispersed but as a crowd is characterized by psychical proximity, a peculiar situation unfolds:

innumerable suggestions swing back and forth, resulting in an extraordinary nervous excitation which often overwhelms the individuals, makes every impulse swell like an avalanche, and subjects the mass to whichever among its members happens to be the most passionate. … The fusion of masses under one feeling, in which all specificity and reserve of the personality is suspended, is fundamentally radical and hostile to mediation and consideration. It would lead to nothing but impasses and destructions if it did not usually end before in inner exhaustions and repercussions that are the consequences of the one-sided exaggeration. (Simmel, 1950c: 93–4; 1992: 70)

9This image recalled the picture of the crowd and its de-individualizing effects that had been advanced previously by Le Bon, Sighele, and Tarde and which further emphasized that the crowd’s intellectual level was lower than that of isolated individuals (Le Bon, 1960; Sighele, 1897; Tarde, 1892; 1893).

10Several other quotes may substantiate Simmel’s observations from the passage just cited. At one point, for example, Simmel asserted that ‘[i]n a crowd, therefore, the most ephemeral incitations often grow, like avalanches, into the most disproportionate impulses, and thus appear to eliminate the higher, differentiated and critical functions of the individual’ (1950c: 227–8; 1992: 206). This, Simmel believed, implicitly referring to Le Bon, Sighele, and Tarde, was the reason for the ‘innumerable observations concerning the “stupidity” of crowds’ (1950c: 228; 1992: 206). In another context he argued that the crowd, like any large group, is based on a social bond of negativity (1950c: 396 ff.; 1992: 533 ff.). Similarly, in his 1917 essay on Grundfragen der Soziologie, Simmel listed a number of examples of how mere physical proximity allegedly produced ‘an extreme intensification of feeling’, and he reported a Quaker description of how ‘by virtue of the members’ unification into one body, the ecstasy of an individual often spreads to all others’ (1950b: 35, 36; 1999e: 98).

11It may be argued that, in spite of his general fear of crowds, Tarde’s conception of sociality as imitation-suggestion proposed a perspective according to which the crowd constitutes the most intense form of sociality (Borch, 2005). Simmel made a similar assertion when claiming that sociality is best observed in crowds. In Simmel’s terminology the crucial notion was not imitation but reciprocal effects. According to Simmel, it is in the crowd that ‘the purest reciprocal effects take place’ (1989: 211). ‘It is’, he claimed in Grundfragen der Soziologie, ‘one of the most revealing, purely sociological phenomena that the individual feels himself [sic] carried by the “mood” of the mass’ (1950c: 35; 1999e: 97–8, emphasis added). So, far from being a marginal social phenomenon, the crowd was conceived by Simmel as the social entity par excellence: In the crowd we face the most intense reciprocal impulses. Simmel was aware that the ‘extraordinary nervous excitation’ of the crowd (see quote above) made it a rather unstable entity. This extreme intensity of crowds explained, he believed, the ‘often immense effects of passing stimulations’ which were said to be visible in crowds and which implied that ‘the slightest impulses of love and hate’ could ‘swell like an avalanche’ (Simmel, 1989: 212).

12It is well known that Simmel was an eclectic writer, famous for not offering many details about his sources and for often not being very explicit about the theoretical sources he drew upon and reacted to in his work. This is also true of his discussions of crowds. Outside his book reviews there is no mention of Tarde, Le Bon, and Sighele in Simmel’s analyses of crowd behavior. I will therefore center the following discussion upon these reviews so as to make clear both that Simmel was well-acquainted with the work of these scholars and how his own perspective gained substantial input – but also diverged – from these.

Simmel on Tarde and Le Bon: The Primitivism of Crowds

2 Simmel also followed Tarde’s subsequent work as is evident from a letter he sent to Tarde in 1894, (…)

3 Simmel would later use the competition example to explain the difference between form and content (…)

13Simmel showed the greatest respect for Tarde and his Laws of Imitation.2 In his review of the first edition of this book, published in 1890, Simmel characterized it as ‘thoughtful’, ‘stimulating’, ‘creditable’, and ‘original’, and he emphasized the ‘very interesting manner’ in which Tarde had demonstrated ‘that imitation [is] a kind of hypnotic suggestion’ (Simmel, 1999a: 248, 250). He further praised Tarde for, as he put it, distinguishing between the form and content of imitation. Imitation has a general form which can be analyzed independently of the various ways in which it appears in practice. This quality, Simmel (1999a: 249) said, is equal to competition, for instance.3 A final laudatory remark regarded the relation between psychology and sociology. According to Simmel, Tarde had successfully demonstrated how ‘individual psychology’ had to be supplemented with an understanding of the events taking place in ‘the social group’ (1999a: 250). Simmel’s review of Tarde was not all backslapping, however. For example, he criticized Tarde for not giving adequate attention to opposition and antagonism, an objection which was not entirely unjustified in the case of Laws of Imitation but which was not warranted with respect to Tarde’s subsequent work (most notably, Tarde, 1999a).

14One may argue that, on the topic of crowds, Tarde’s Laws of Imitation is far less important than some of his essays devoted explicitly to the subject. However, Simmel’s review of this book is nevertheless interesting because it demonstrates that at this point (i.e., 1890–91) Simmel was very fascinated with the idea of hypnotic suggestion, which would soon constitute the theoretical cornerstone in the European crowd debates. This fascination was about to change. As it will be demonstrated below, Simmel later became skeptical about this notion.

15The next famous crowd scholar to have his work scrutinized by Simmel was Le Bon whose The Crowd he reviewed when it was published in 1895. Simmel found the explanatory horizon of the book superficial in several respects and he argued that Le Bon did not clearly distinguish between the various forms of crowds that he described. In spite of this, and even if Simmel misjudged the political impact of The Crowd when asserting that ‘[t]he book in itself is not very important’ (1999b: 354), he praised the book for being ‘one of the rare attempts to make a psychology of the human being as a mere social creature’ (1999b: 354). I will pinpoint four elements from Simmel’s discussion of Le Bon that I find important. First, he noted Le Bon’s emphasis on suggestion (1999b: 354), and he did so with no further qualification, which suggests that in 1895 he was still not critical of this vocabulary. Second, Simmel briefly praised the crucial sociological value that could be gained (even beyond crowd theory) from Le Bon’s observations on the ability of the crowd leader to lead through prestige (Le Bon, 1960: 129–40; Simmel, 1999b: 355).

4 Simmel did not seem to be aware that this explanatory framework was surprisingly akin to Le Bon’s (…)

5 In Grundfragen der Soziologie Simmel described the hierarchy between feelings and intellect in the (…)

16Third, Simmel emphasized Le Bon’s idea that crowds are characterized by lower intellectual and ethical capabilities than the individual crowd members if left to themselves. Simmel accepted this idea – calling it the ‘sociological tragedy as such’ (1950b: 32; 1999e: 94) – but offered his own explanation of the alleged primitivism of crowds, an explanation which, he believed, was based on a ‘deeper psychological’ foundation (1999b: 356). Thus, Simmel asserted in a partly evolutionist argument, the psychological qualities that are common to different persons are always only the lower ones and the ones which have been transmitted hereditarily (see also Simmel, 1950b; 1999e: 90–1).4 This presumed a hierarchy between lower qualities (e.g. feelings and instincts) and higher qualities (e.g. intellect and civility) which ultimately cast crowds as a threat to everything that civilization had accomplished. When a large and diverse group of people act in unity, it is only the primitive and lowest psychological qualities (e.g. feelings and instincts in contrast to intellect and civility) which are certainly present in every member of the group/crowd.5 It is therefore only these primitive qualities that can be the foundation of the crowd’s action, Simmel thought (1999b: 356–7). Consequently, the crowd’s action is never a reflection of the average qualities of the singular crowd members (i.e., the average of higher and lower qualities); rather, the crowd reflects the common denominator which will always be lower than the average.

6 The argument being that, if crowd behavior is mainly to be explained through suggestion, then the (…)

7 Or to be more precise, this would most often be the case, but Simmel did observe a few exceptions (…)

17It is interesting that Simmel accepted the basically Le Bonian view of the intellectual and ethical inferiority of crowds and simply advanced his own explanation. For, just as one may argue against Le Bon that the great interest in the alleged intellectual primitivism of crowds is not necessarily consistent with the importance attributed to hypnotic suggestion,6 so may one find Simmel’s explanation equally inadequate in this respect. Be this as it may, Simmel drew two consequences from his argument. First, educational strategies would matter little vis-à-vis the intellectual and ethical derangement of crowds. Even the most skilled group of individuals will fall back on the lowest common denominator.7 Enlightenment and civilization seemed in other words to face their limits in crowd action. Second, Simmel agreed with Le Bon that the ‘crowd regime’ should be strongly condemned and that it was warranted to ‘speak of the idiotic, blunt, insane [unzurechnungsfähigen] crowd without these attributes thereby being valid for any of its members’ (1999b: 358).

8 There is also a more theoretical explanation, though, as Simmel considered hypnotic suggestion a t (…)

18The potential theoretical inconsistency between suggestion and the intellectual inferiority of crowds might in Simmel’s case be explained by the fact that he had developed the idea of the lowest common denominator before he began to associate crowd action with suggestion (and that he did not subsequently realize that the suggestion doctrine potentially undermined his evolutionist scheme).8 Thus his 1890 treatise Über sociale Differenzierung (1989) anticipated several of the remarks he would later make in his review of Le Bon. In this book, Simmel developed his evolutionist argument that only the lower qualities are common to everybody and that joint action will always be based on precisely these lower traits. He quoted Schiller’s epigram affirmatively, that everyone is clever on his or her own, but an idiot when acting in concert (Simmel, 1989: 205). And he even applied his evolutionist idea to explain that, ‘[w]hen a crowd acts in unity this always happens on the basis of the simplest possible ideas’ (1989: 206). Also, Simmel’s argument on the inability to change the nature of crowds through education was already developed in Über sociale Differenzierung: since crowds are characterized by lower rather than higher qualities, and since ‘feelings belong without doubt to a phylogenetically lower level than thinking’, crowds cannot be governed through ‘theoretical convictions, but rather essentially by appealing to their feelings’ (1989: 210). In other words, crowds do not react to rational arguments but only to those feelings that correspond to their lower qualities.

9 Similar arguments about the diminishing individual responsibility that were said to follow from a (…)

19The fourth and final point from Simmel’s discussion of Le Bon that I will draw attention to here regards the ‘diminishing feeling of responsibility’ which the individual, according to Simmel (1999b: 358), experiences while being in a group. Simmel’s considerations on this matter are interesting because they demonstrate how he extended the apparent qualities of the crowd to a wider range of social phenomena, specifically the relations between individual and group. Illustratively, the examples he referred to were not taken from the realm of crowd behavior in any traditional sense. He argued, for instance, that the introduction in American cities of regulative boards, constituted by several members to take care of specific administrative duties, made every single member feel less responsible for actions taken in common.9

20As a last remark on Simmel’s review of Le Bon I would like to return to his claim that Le Bon did not present a satisfactory distinction between the different forms of crowds that he analyzed. While this was a fair objection, it was nevertheless somewhat surprising given the fact that Simmel himself was even more reluctant to provide classificatory precision. Thus, Simmel’s notion of crowds remained rather abstract although it usually referred to situations of physical co-presence.

Explaining Destructive Crowd Behavior: The Inspiration from Sighele

10 A similar point has recently been made by Teresa Brennan in her brilliant study of the Transmissio (…)

21Simmel offered two somewhat interrelated explanations of the behavior of crowds in Über sociale Differenzierung (1989: 214 ff.). The first was based on a bio-social argument. When people are in close physical proximity to one another, they experience so many stimulations that each person feels an ‘inner nervous excitement’. Simmel did not advance any biological reductionism here. Quite the opposite, he was simply emphasizing the ‘enhancement of the nervous life which is caused by sociation’ (1989: 214).10 This explanatory horizon might suggest that the ability to gather physically was to blame for the irrational insurrections produced by crowds and that face-to-face encounters in large groups therefore had to be prevented. This would not really touch the deeper logic of crowd behavior, however. For in addition to the physiological explanation, Simmel proposed a more sociological, and to him ‘more important’ (1989: 214), account based on the notion of imitation.

11 It is very hard not to see in Simmel’s discussion of imitation a strong influence from Tarde whose (…)

22According to Simmel, imitation is a fundamental feature of social life. We instinctively imitate others’ behaviors, ways of dressing, etc. Even if imitation has this instinctive character and thus counts as ‘one of the lower intellectual functions’, in social life imitation is ‘of great, and in no way sufficiently accentuated, importance’ (1989: 216). This becomes very obvious in the crowd where, Simmel claimed, the urge to imitate others is significantly magnified and where we are likely to imitate not only the acts of others but even their affective states (1989: 215). If our fellow crowd members express a certain feeling (love, hate, anger, etc.), then we are apt to imitate, and hence subscribe to and further intensify, that feeling. It is important to stress that this Simmelian explanation relied on a purely sociological understanding of imitation and that, for Simmel (as well as for Tarde), imitation did not require physical proximity. Yet while imitation (and the transmission of affect) is certainly possible at a distance, there is no doubt that it is more likely to take place when people are physically close to one another. In this sense the two explanations offered by Simmel – the one focusing on physio-psychological aspects, the other on imitation – were interconnected.11

23The interrelatedness of the physiological and social (imitative) factors did not seem to become clear to Simmel before reading the Italian criminologist and crowd theorist, Scipio Sighele’s book on criminal crowds. Simmel reviewed the German translation of this book, Psychologie des Auflaufs und der Massenverbrechen, when it was published in 1897. The review began very critically and it did so on a somewhat surprising ground. Simmel rejected explanations which take recourse to phenomena such as ‘human nature’, ‘force’, or the ‘milieu’. But, he continued, the tendency of his time to explain various incidents through suggestion was equally problematic. Indeed, he claimed, suggestion had turned into a ‘magic formula’, it signified ‘superficialities’, and was applied mainly by ‘dilettantes’ (Simmel, 1999c: 389). What disturbed Simmel in the case of Sighele was precisely that the latter used suggestion as the principal, even universal, explanation of crowd behavior, and that he subsumed other important concepts, such as for instance imitation, into that of suggestion (Simmel, 1999c: 394). The reason why this critique appears astonishing is that, as noted above, a few years earlier Simmel had applauded Tarde for describing imitation as ‘a kind of hypnotic suggestion’ (1999a: 248). Yet Simmel had not completely changed his mind on suggestion. He did not intend to dismiss the notion entirely, but merely wanted to reserve it to one specific group of events. Rather than referring to any influence or stimulation of one person on another, a proper definition of suggestion should, according to Simmel, point only to situations where the power of ideas, feelings, etc. of ‘one soul leads to the same emotions in other souls’ (1999c: 395, emphasis added). Thus defined, suggestion could be relevant to the study of crowds.

24Even if Sighele, due to his broadly conceived notion of suggestion, counted as a dilettante in Simmel’s eyes, the latter nevertheless felt that Psychologie des Auflaufs und der Massenverbrechen was concerned with ‘such a great number of the most important problems in social philosophy’ (1999c: 390) that it merited a careful investigation. One point in particular attracted Simmel’s attention and it concerned the abovementioned relation between physiological and sociological dimensions. Simmel repeated his argument from Über sociale Differenzierung that people tend to imitate one another instinctively and that the affective state of one person may be transmitted to others through imitation. The original suggestion of Sighele was now, Simmel claimed, that ‘mild, conciliatory, moral’ affects are expressed less energetically and less impressionably than ‘bad, wild, and corrupt’ ones (1999c: 396). The underlying argument was that, ‘[w]hile the physiognomy and the gesticulations of a mild and peace-loving individual are quiet, contained, and discrete, hate, brutality, and offensive impulses produce greatly conspicuous gestures, noises, and violent transformations of the physical nature’ (1999c: 396). Since, so the argument went, aggressive affects are stamped more easily on our facial expressions and are more easily represented in physical gestures, they are also more likely to be transmitted to and reproduced by others than are caring and friendly feelings. It was this relation which, according to Simmel, explained why in ‘a crowd, which is dominated by suggestions, the influence of violent and brutal personalities has an extraordinary lead’ over mild and pleasant ones (1999c: 396). It was in other words not least because of these bio-sociological factors that crowds tended to be violent and destructive rather than peaceful (see also Sighele, 1897: 93 ff.).

Metropolitan Crowd Sociability: Anticipating Canetti’s Vitalism

25While Simmel’s early sociology of crowds came very close to ideas developed by major contemporary crowd theorists such as Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel’s later work was characterized by a new and different conception of crowds. Rather than focusing on the alleged primitivism and destructiveness of crowds, he gradually opened up for a more positive view of crowd behavior. Before arriving at this positive account, however, it is important to examine Simmel’s analysis of metropolitan life – the spatial setting of crowds.

26This spatial-metropolitan setting is interesting because Simmel’s emphasis on the bio-social side of crowd behavior may suggests that crowd phenomena are predominant in metropolises where many people are in close physical proximity with one another. It is, one may argue, especially in cities that the suggestions of crowds are likely to give rise to ‘an extraordinary nervous excitation which often overwhelms the individuals’ (1950c: 93; 1992: 70). The metropolis seems in other words to provide the material background for a mental life that is particularly predisposed for crowd behavior (Frisby, 1984a: 131). While this claim would fit well with Tarde’s analysis (Borch, 2005), Simmel argued for an understanding of metropolitan life that seemed to run counter to this assertion about the urban crowd disposition. In his famous 1902–03 essay on ‘The Metropolis and Mental Life’ Simmel thus described how the metropolitan individual is constantly exposed to the city’s ‘rapidly changing and closely compressed contrasting stimulations of the nerves’ (1950a: 414). Because of these stimulations – the numerous and constantly changing impressions – the individual eventually relaxes his or her nervous system, and evermore radical impressions are therefore required to wake him or her from the state of indifference. As a result, Simmel said, the metropolitan individual develops a blasé attitude toward things, but possibly, one might speculate, also toward crowd phenomena. Indeed, the metropolitan individual might gradually develop inhibitions against the suggestive influences of crowds. Or to put it differently, the crowd has to exert an extremely intense suggestive force in order to attract the attention of, and then hypnotize, the metropolitan individual.

27Moreover, Simmel (1950a: 410) claimed, the metropolis has a more intellectual and sophisticated nature than the village, the mental life of which is characterized by feelings. In a sense, this idea was also at odds with the hypothesis about the urban disposition to crowd behavior. For does not the crowd produce eruptions of feelings, rather than intellectual deliberation? One might see in Simmel’s (1950a: 410) opposition of the ‘head’ of the metropolis and the ‘heart’ of the village a reiteration of a classical antagonism between civilization and affect/passions. But one may also interpret it more specifically as yet another indication of the exceptional and de-individualizing nature of crowds. After all, while intellectuality is a way for the individual to protect him or herself ‘against the threatening currents and discrepancies of his [or her] external environment’, and which thereby ‘preserve[s] subjective life against the overwhelming power of metropolitan life’ (1950a: 410, 411), the crowd signifies an outburst of passions that undermines the intellectuality and personality of the crowd members.

28On closer inspection, however, the metropolitan attitude is not entirely concomitant with intellectualism; it includes an affective dimension as well. Thus, argued Simmel, the metropolitan individual develops a distance, a reserve to other people. On the one hand, this distance has something cool and impassionate about it, but on the other hand,

the inner aspect of this outer reserve is not only indifference but, more often than we are aware, it is a slight aversion, a mutual strangeness and repulsion, which will break into hatred and fight at the moment of a closer contact, however caused. (1950a: 415–6, emphasis added)

29So the blasé attitude toward things, which is developed in order to cope with the numerous nervous stimulations in the metropolis, is combined with a reserve to other people, which itself is based on an underlying fear of being touched physically. Our social reserve to other people in other words operates in tandem with a physical distance that cannot be violated without producing anxiety. Simmel here touched upon an important theme which would later be further developed by Elias Canetti in his Crowds and Power (1984; see also Hardiman, 2001: 55). Canetti famously opened this book by emphasizing our ‘repugnance to being touched [which] remains with us when we go about among people; the way we move in a busy street, in restaurants, trains or busses, is governed by it’ (1984: 15). According to Canetti, this fear of being touched is suspended in crowds. Contrary to Canetti’s account, in which this fear is seen as an anthropological constant, Simmel argued that it is intimately related to a particular metropolitan attitude. That is, in Simmel’s sociological analysis it is the urban environment which incites the repugnance to being touched by others. And this repulsion requires an exceptional occurrence to disappear, an occurrence like the formation of a crowd.

12 This idea runs counter to the approach advanced by Rudé, Thomson, and other historians of crowd be (…)

30One might point to an additional parallel between Canetti’s crowd theory and Simmel’s sociology. In a paper presented in 1910 Simmel developed his notion of sociability (Geselligkeit). Simmel did not explicitly address the crowd issue in this essay. I will nevertheless claim that several of the ideas he put forward in this essay can be applied to the study of crowd behavior. Most importantly, Simmel identified ‘an impulse to sociability in man’ and argued that associations [Vergesellschaftungen], whatever their specific purpose, ‘are accompanied by a feeling for, by a satisfaction in, the very fact that one is associated with others and that the solitariness of the individual is resolved into togetherness, a union with others’ (Simmel, 1971: 128). It may be argued that this impulse to come together with others is an important driving force behind crowd behavior, as the individual is here relieved of his or her loneliness and people are brought together in multiplicity. The crowd might be associated with specific purposes such as, for instance, revolutionary intent. Yet, following Simmel’s analysis, it appears that irrespective of these purposes the crowd’s primary function is ‘the satisfaction of the impulse to sociability’ (1971: 130). More simply, the fundamental feature of the crowd is its sociability; it is formed to bring people together and is only subsequently endowed with an external objective (e.g. improvement of the social conditions through revolutionary action).12 And by acquiring such external objectives, the crowd ‘loses the essential quality of sociability and becomes an association determined by a content’ (1971: 131).

31Simmel’s analysis suggests that the crowd in its pure sociable form can be seen to create ‘an ideal sociological world’ where ‘the pleasure of the individual is always contingent upon the joy of others’ (1971: 132). So rather than constituting a threatening alternative to a rational, civilized social order (as Le Bon, Sighele, and Tarde used to argue), the crowd may give vent to an affective cohesion of rare purity. In addition, this ideal social order held great democratic potential. According to Simmel,

This world of sociability, the only one in which a democracy of equals is possible without friction, is an artificial world, made up of beings who have renounced both the objective and the purely personal features of the intensity and extensiveness of life in order to bring among themselves a pure interaction [Wechselwirkung], free of any disturbing material accent. If we now have the conception that we enter into sociability purely as ‘human beings,’ as that which we really are, lacking all the burdens, the agitations, the inequalities with which real life disturbs the purity of our picture, it is because modern life is overburdened with objective content and material demands. Ridding ourselves of this burden in sociable circles [including crowds, CB], we believe we return to our natural-personal being and overlook the fact that this personal aspect also does not consist in its full uniqueness and natural completeness, but only in a certain reserve and stylizing of the sociable man. … If association itself is interaction [Wechselwirkung], it appears in its purest and most stylized form when it goes on among equals. (1971: 132–3, emphasis in original)

32This quote contains crucial parallels to Canetti, who argued that the crowd provides the individual with the opportunity to rid him or herself of the inequalities of everyday life, the ‘burdens of distance’ in Canetti’s terminology. In the crowd ‘distinctions are thrown off and all feel equal’, Canetti stated (1984: 18, emphasis in original). This has a double effect: an ideal democratic entity is created in which no-one is above the others; and by being freed from the burdens of distance and inequality, each individual acquires the ability to transform him or herself. As Canetti put it, ‘[i]n the crowd the individual feels that he [sic] is transcending the limits of his own person’ (1984: 20). This basically emancipating aspect is also present in Simmel’s account of sociability. However, as both Simmel and Canetti were aware, no full and independent liberating transformation is possible – in Simmel’s eyes because the sociable being is itself socially mediated (stylized), in Canetti’s eyes because the crowd only exists momentarily, soon after its discharge the individuals return to their homes and to their burdens of distance.

33There is one more parallel between Simmel and Canetti to be emphasized. Thus the impulse to sociability that Simmel refers to, and which, I have argued, can be identified in crowd behavior, signifies a vitalist urge. It points to a desire to gather for the purpose of celebrating life itself (on Simmel’s vitalism, see also Lash, 2005). This vitalist dimension marks a clear contrast to the view of Le Bon, Sighele, and Tarde who tended to see crowd behavior as a threat to life. Serge Moscovici has analyzed the vitalist dimension in Canetti very convincingly. As Moscovici makes clear, Canetti’s vitalist account plays both on the sheer life-producing joy of the crowd and on the vitalism that is associated with its destructive actions. Whereas the former element has to do with the freedom that the crowd offers (the suspension of the burdens of distance), the latter element is explained by the (alleged) fact that by acting destructively and violently – by ultimately destroying life – the crowd confirms its own vitality. As Moscovici puts it, ‘[i]f body-to-body contact with a living individual frees us of our fear of being touched in the crowd, body contact with a lifeless individual frees us of the fear of death’ (1987: 53).

34The recognition of this vitalist interpretation of crowd behavior suggests two tensions in Simmel’s work. First, there seems to be a tension between the vitalist urge and the fear of being touched in the metropolis. The impulse to sociability tends to bring people together, whereas the fear of being touched works in an opposite direction. What then is the stronger tendency? One of Simmel’s reflections on space suggests that the sociability is likely to be predominant. In Soziologie, Simmel thus argued for an intimate relation between a crowd’s suggestibility and its spatial setting:

The suggestive and stimulative effects of a great mass of people and their overall psychological manifestations, in whose form the individual no longer recognizes his or her own contribution, increase in proportion to the crowdedness and, more significantly, the size of the space that the crowd occupies. A locality that offers the individual a breathing space of an unaccustomed size through a dense crowd, necessarily favours that feeling of an expansion extending into the unknown and that heightening of powers which is so easily instilled in large masses, and which occurs only occasionally among exceptional individuals in the narrow, easily surveyed confines of an ordinary room. (Simmel, 1992: 704; 1997: 145)

35What are the implications of this observation? Simmel here indicated that particularly urban squares, or other open urban spaces, are likely to stimulate crowd formation. Contrary to narrow streets, these squares endow people with a ‘breathing space [Luftraum]’ which ‘gives people a feeling of freedom of movement, of an ability to venture into the unknown’ (Simmel, 1992: 704; 1997: 145). Besides the almost Sloterdijk-like (2004) emphasis on the atmospheric role of the breathing space, this suggests that the metropolitan crowd produces a double liberation: one which is related to sociability and one which is spatial in character. In sum, therefore, the metropolitan fear of being touched is counteracted or neutralized by the urge to gather as a crowd in urban space.

36The second tension concerns Simmel’s theoretical proximity to the crowd scholars of his time and the argument, which I have derived from his later work, that people may have a desire to form crowds, a desire driven by joy and the celebration of life (and, one may add, of the freedom of movement). This tension is not easily reconciled, and perhaps one should not even attempt to do so. In fact, it may be argued that Simmel’s major contribution to the sociology of crowds lies precisely in his sensitivity to both the vitalist dimension and to its opposite, destructive side. This sensitivity is also central to Canetti’s theory of crowds which, as I have tried to demonstrate, finds an early precursor in Simmel (for an analysis of this double sensitivity in Canetti, see Moscovici, 1987).

13 For a recent discussion which embarks on such an endeavor by combining Simmel’s notion of sociabil (…)

37 It is not my intention here to compare the Simmelian position with current theorizing on collective behavior. Suffice to say that John Lofland’s 1982 complaint about the ‘long-standing neglect of collective joy’ (1982: 379) seems to apply just as well to the present situation. In order to ‘bring joy back into the study of collective behavior’, as Lofland (1982: 355–6) called for, one may take as a theoretical starting point a Simmelian vitalist conception of crowd sociability.13 Rather than pursuing this theoretical debate any further, however, I would like to end with a brief historical contextualization. It thus seems as if the double-sided nature of the crowd might be reflected in Simmel’s views on World War I. Similar to many other intellectuals at the time, Simmel was very excited when the war was announced. In a lecture from November 1914, delivered in Strasburg to where he had just moved to take a position as professor, Simmel expressed how the outbreak of the war filled him with hope (see Liebersohn, 1988: 156–8). The title of the talk, ‘Deutschlands innere Wandlung’ [‘Germany’s inner transformation’] (Simmel, 2003), clearly articulated the expectations he had for the war: While recognizing the obviously terrible and destructive (outer) sides of the war, Simmel was primarily occupied with the idea that, in terms of its inner edifice, ‘Germany is once again full of a great opportunity’, namely the possibility of creating ‘a new man [Menschen]’, a new attitude (2003: 283). In particular, Simmel argued, this new German attitude would grow out of the new ‘point of unity and unconditional solidarity’ that the war was believed to evoke (2003: 275).

38Simmel’s reflections are important for several reasons. First, they could be seen as promoting, on a general societal or national level, the kind of transition toward de-personalized unity and cohesion that his sociological work ascribed to the crowd and its sociability. Second, the vitalist, individual transformation that would result from this sociability was dependent on a destructive event, namely the war. Third, the new cohesion would take place in a context where physical proximity was no longer essential. On the contrary, the entire nation would be captured by the new unity. This amounted to a semantic transformation that would later be more fully developed by other scholars, namely the transformation from crowd to mass: The features typically associated with crowds of co-present individuals were said to suddenly seize the entire nation which therefore emerged as a mass.

39Interestingly, Simmel’s war enthusiasm did not last. In 1917, he thus published a book entitled Der Krieg und die geistigen Entscheidungen which contained the 1914 essay on ‘Deutschlands innere Wandlung’, but which also included subsequent and much more skeptical analyses (Simmel, 1999d). In other words, Simmel here had a personal experience to confirm his theoretical point that no complete transformation is possible.

Conclusion

40This article has focused on a part of Simmel’s work that has only received little attention previously, namely, his contribution to the sociology of crowds. I have demonstrated how centrally he placed the crowd in his sociological work, both in the early and later phases, thereby legitimizing the topic as sociologically relevant, if not outright indispensable. I would like to end by emphasizing, and summarizing, three dimensions that Simmel shared with the major crowd scholars of his time. To begin with, he was wary and even fearful of crowds adopted a very frightened notion and described the crowd as a state of exception that ‘arouses the darkest and most primitive instincts of the individual, which ordinarily are under control’ (1950d: 228; 1992: 206). This, second, was related to the fact that the crowd is subject to dynamics of hypnotic suggestion. In the crowd, ‘there emerges a hypnotic paralysis which makes the crowd follow to its extreme every leading, suggestive impulse’ (1950d: 228; 1992: 206). This pointed to the crowd’s de-individualizing capacity but also to the reciprocal effects (Wechselwirkungen) which was the notion in Simmel’s theory that tended to subsume that of hypnotic suggestion. Third, Simmel agreed that the crowd was not merely a sum of individuals. ‘It is a new phenomenon made up, not of the total individualities of its members’, but rather, and this was of course Simmel’s own contribution, ‘only of those fragments of each of them in which he coincides with all others’, namely ‘the lowest and most primitive’ fragments (1950b: 33; 1999e: 95–6).

41While these three dimensions suggest a strong agreement between Simmel and Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel’s conception of crowds also differed from that of his contemporaries. Most importantly, I have argued, the vitalist interpretation of crowds that I have derived from Simmel anticipates Canetti’s point that crowds may actually express enjoyment, democracy, and liberation. And this is where Simmel’s major contribution to the sociology of crowds and collective behavior lies: in this combined awareness of the crowd’s destructive potential and the recognition of its ability to promote life.

42Acknowledgements

I am grateful to the Editor, anonymous reviewers, and Thomas Basbøll for valuable comments. Research for this article was funded by a grant from the Carlsberg Foundation.

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Notes

1 Another exception is Frisby (1984a: 83–5) whose discussion of Simmel’s sociology of crowds is very brief, though.

2 Simmel also followed Tarde’s subsequent work as is evident from a letter he sent to Tarde in 1894, writing that he looked forward to receiving the latter’s La logique sociale (Simmel, 2005: 135; Tarde, 1999b). Simmel’s review of Laws of Imitation is mentioned by Köhnke (1984: 411–2), who goes through a number of Simmel’s early book reviews, depicting the great variety in Simmel’s theoretical interests. However, Köhnke only discusses Simmel’s reviews of books published from 1884–92 and thereby excludes Simmel’s appraisals of the work of Le Bon and Sighele. All three reviews (of Le Bon, Tarde, and Sighele) are discussed instead by Frisby (1984b: 116–7; 1992: 34–5).

3 Simmel would later use the competition example to explain the difference between form and content in his discussion of ‘the problem of sociology’ (Simmel, 1992: 26). See also Frisby (1984b: 117).

4 Simmel did not seem to be aware that this explanatory framework was surprisingly akin to Le Bon’s (1960: 82, 83) emphasis on racial and hereditary factors.

5 In Grundfragen der Soziologie Simmel described the hierarchy between feelings and intellect in the following manner: ‘If one arranges psychological manifestations in a genetic and systematic hierarchy, one will certainly place, at its basis, feeling (though naturally not all feelings), rather than the intellect. Pleasure and pain, as well as certain instinctive feelings that serve the preservation of individual and species, have developed prior to all operation with concepts, judgments, and conclusions.’ (1950b: 34; 1999e: 96–7, emphasis in original)

6 The argument being that, if crowd behavior is mainly to be explained through suggestion, then the intellectual height of the crowd should be analyzed on the level of the person from which this suggestion radiates.

7 Or to be more precise, this would most often be the case, but Simmel did observe a few exceptions to this general tendency. He thus granted very ‘noble and intellectual personalities’, characterized by truly decent and honorable traits, the ability to suppress the inferior elements and to adhere strictly to their higher ones, ethically as well as intellectually (1950b: 38–9; 1999e: 101–2). Further, in Le Bonian style he argued that, in spite of the ethical derangement of crowds: ‘[m]ass excitement … also has its ethically valuable aspect: it may produce noble enthusiasm and an unlimited readiness to sacrifice. Yet this does not eliminate its distorted character and its irresponsibility [see also the fourth point in my discussion of Simmel’s Le Bon review, CB]. It only stresses our removal from the value standards that individual consciousness has developed, whether practically effective or not.’ (1950b: 36; 1999e: 99)

8 There is also a more theoretical explanation, though, as Simmel considered hypnotic suggestion a two-way rather than a unidirectional phenomenon. In a discussion, which echoed Tarde’s remarks from L’opinion et la foule on the mutual influence of a journalist and his or her public (Tarde, 1989: 41), Simmel claimed that this reciprocal influence was visible not least in the case of journalists: ‘The journalist gives content and direction to the opinions of a mute multitude. But he is nevertheless forced to listen, combine, and guess what the tendencies of this multitude are, what it desires to hear and to have confirmed, and whither it wants to be led. While apparently it is only the public which is exposed to his suggestions, actually he is as much under the sway of the public’s suggestion.’ (1950c: 185–6; 1992: 164–5, emphasis in original)

This was merely one illustration of a general fact, to be detected even in hypnotic suggestion in its pure form: ‘in every hypnosis the hypnotized has an effect upon the hypnotist’, hence hypnotic suggestion too ‘conceals an interaction [Wechselwirkung], an exchange of influences, which transforms the pure one-sidedness of superordination and subordination into a sociological form’ (1950c: 186; 1992: 165, emphasis in original).

9 Similar arguments about the diminishing individual responsibility that were said to follow from a quantitative enlargement of groups were developed in more detail in Simmel (1989: Ch. 2).

10 A similar point has recently been made by Teresa Brennan in her brilliant study of the Transmission of Affect (2004).

11 It is very hard not to see in Simmel’s discussion of imitation a strong influence from Tarde whose Laws of Imitation he reviewed the same year as Über sociale Differenzierung was published. However, he opposed the Tardean model in one important respect by rejecting the idea of searching for almost natural laws in the social realm (Simmel, 1989: 217 ff.). This ran counter to Tarde’s (1962) wish to describe the course of imitation as following specific logical and extra-logical laws.

12 This idea runs counter to the approach advanced by Rudé, Thomson, and other historians of crowd behavior who have argued that crowds are rational and moral responses to social injustices and hence characterized by clear objectives. The Simmelian point is that such a perspective underplays the independent attraction of forming a social collective.

13 For a recent discussion which embarks on such an endeavor by combining Simmel’s notion of sociability with Michel Maffesoli’s theory of postmodern tribalism, see de la Fuente (2007).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Christian Borch, « Between Destructiveness and Vitalism: Simmel’s Sociology of Crowds », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/744

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Auteur

Christian Borch

is an Associate Professor at the Department of Management, Politics and Philosophy, Copenhagen Business School, Denmark. His research interests include architecture, urban theory, crowd theory, economic sociology, and politics. His articles on crowd theory have appeared in journals such as Acta Sociologica, Distinktion: Scandinavian Journal of Social Theory, Economy and Society, European Journal of Social Theory, and Theory, Culture & Society. He is currently completing a book on the history of crowd semantics.

Christian Borch est Professeur associé au Département de Management, Politique et Philosophie à la Copenhagen Business School au Danemark. Ses intérêts de recherche sont notamment l‘architecture, les théories des villes, les théories des foules, la sociologie économique et la politique. Ses articles sur la théorie des foules ont été publiés dans des revues telles que Acta Sociologica, Distinktion: Scandinavian Journal of Social Theory, Economy and Society, European Journal of Social Theory et Theory, Culture & Society. Il complète présentement un livre sur l‘histoire des sémantiques de la foule.

Voir également:

La Foule. Réflexions autour d’une abstraction

The Crowd. Reflexions around an Abstraction

Vincent Rubio

En reconstituant, à partir de l’antiquité grecque, le cheminement qu’a suivi le thème de la foule au long de la modernité occidentale, en examinant, par ce biais, le traitement intellectuel dont il a été l’objet, on s’aperçoit que la « chose foule » a toujours été envisagée comme une abstraction. Quelles que soient les disciplines particulières qui s’y sont intéressées (philosophie, littérature, psychologie, sociologie, etc.), la foule a été systématiquement présentée comme un être sui generis, un (être) en-soi.

Cette assertion n’a rien d’anodin. Pour s’en convaincre, il est nécessaire d’en revenir au texte de Psychologie des foules publié par Gustave Le Bon en 1895. Sans qu’il soit ici question d’examiner la question de l’originalité qu’il est possible de lui reconnaître, on peut dire que cet essai est un parfait « modèle réduit », non seulement de la psychologie des foules et de l’ensemble des travaux qui ont précédé l’apparition de cette discipline au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, mais, au fond, de ce qui pourrait être qualifié de « théorie des foules ». Or, sa lecture laisse apparaître un raisonnement tautologique tel que, sans le moindre doute, « c’est la foule qui fait la foule », « c’est la foule qui, subrepticement, se fait elle-même ».

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la foule serait dénuée de toute existence empirique. Les difficultés théoriques qu’elle pose invitent néanmoins à reconsidérer la question de son statut et de sa nature en tant que fait social.

1C’est au cours de la dernière décennie du 19e siècle, en France et en Italie, que vit le jour un champ disciplinaire consacré à la foule. Malgré la relative effervescence qui en accompagna l’apparition, son existence fut éphémère. Entré dans l’histoire sous le nom de psychologie des foules, il demeura en marge de l’Université. Pour autant, sa postérité – disons « en sous-main » – ne peut être que difficilement ignorée aujourd’hui. De la sociologie à la science politique, en passant par les théories des médias de masses, les vases communicants avec cette « science maudite » ne manquent pas. Le fondateur de la théorie des représentations sociales et initiateur de la psychologie sociale en France, Serge Moscovici, sera l’un des seuls – sinon le seul – à reconnaître cette filiation1. De son côté, après son « épisode freudien », la foule, sans jamais tout à fait disparaître, s’effacera au profit de concepts qui marqueront le 20e siècle. Ainsi le public, la masse et, bien entendu, la « toute-puissante » opinion publique.

2Juristes ou médecins de formation, l’Italien Scipio Sighele et les Français Henry Fournial, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon sont les principaux acteurs de cette singulière page de l’histoire des idées. Chacun à leur manière, plus ou moins ponctuellement, ils contribuent à son émergence. Le premier, né en 1868, a achevé ses études de droit en 1890. Elève d’Enrico Ferri et disciple de Cesare Lombroso, il publie en 1891 La Folla Delinquente. Traduit en français l’année suivante sous le titre La foule criminelle, cet ouvrage peut être considéré comme le premier consacré à la psychologie des foules. C’est en cette même année 1892 qu’Henry Fournial, jeune étudiant à la Faculté de médecine de Lyon sous la direction d’Alexandre Lacassagne, fera paraître un volume extrait de sa thèse : Essai sur la psychologie des foules : Considérations médico-judiciaires sur les responsabilités collectives. Peu original, très inspiré des travaux de Sighele notamment, ce livre n’apportera ni reconnaissance ni carrière à Fournial qui disparaîtra presque aussitôt de la vie intellectuelle française. De son côté, malgré le succès de La foule criminelle, le juriste italien n’intégrera jamais les rangs universitaires qu’au titre de conférencier invité.

3Plus âgés que leurs jeunes confrères, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon sont également moins anonymes lorsque les dernières lueurs du siècle apparaissent. Leur destin n’est pas du même acabit non plus. Né en 1843, Tarde jouit déjà d’une solide réputation dans le domaine de la criminologie. Il n’est pourtant que « simple » juge d’instruction à Sarlat jusqu’en 1894 et sa nomination à la Direction de la statistique judiciaire du Ministère de la justice. Fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1895 avant d’être choisi de préférence à Henri Bergson pour la chaire de philosophie moderne au Collège de France en 1900, il est intronisé cette même année membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Entre « Les crimes des foules », communication réalisée en 1892 au Troisième Congrès international d’Anthropologie criminelle, et L’opinion et la foule qui paraît en 1901, il multiplie les études consacrées à la foule.

4Lorsqu’il publie Psychologie des foules en 1895, Gustave Le Bon est pour sa part l’auteur d’un grand nombre d’articles et d’ouvrages. De l’étude des générations spontanées à l’alcoolisme, en passant par l’hydrothérapie ou encore les phénomènes volcaniques, il ne compte pas les incursions dans les domaines les plus divers. Ayant débuté une carrière dans le milieu médical grâce au soutien de Pierre-Adolphe Piorry, il se fit même remarquer en 1892 pour son ouvrage sur L’équitation actuelle et ses principes2. Psychologie des foules, qu’il publie à l’âge de 54 ans, sera quant à lui un véritable succès de librairie international. Cet essai assurera une audience grandissante et une renommée aussi importante que parfois peu enviable à son auteur, polygraphe « touche à tout » qui, malgré ses multiples tentatives, verra les portes de l’Université comme celles de l’Académie lui rester à jamais fermées.

Itinéraires

5Incontestablement, c’est le nom de Le Bon qui est resté attaché au thème de la foule et à la psychologie des foules, comme si, d’une certaine manière, le « célèbre docteur » en était à la fois le précurseur et le dépositaire. De toute évidence, cette image est en trompe l’œil. Sighele, Fournial et Tarde ont bien l’antériorité sur Gustave Le Bon. En un certain sens, l’essentiel du travail de l’auteur de Psychologie des foules consista à reprendre et à synthétiser – voire à plagier stricto sensu – les propos de ses prédécesseurs sur le sujet (en particulier Scipio Sighele et Gabriel Tarde). Sa manière de les ignorer dans l’ensemble de son ouvrage – si ce n’est pour les « dénigrer » -, dépasse ainsi le simple manque d’élégance3.

6Sur un ton plus ou moins vif, mais sans ambages, l’historienne américaine Susanna Barrows, les sociologues Yvon-Jean Thiec et Jean-René Tréanton, ou, plus récemment, le politiste et historien Olivier Bosc par exemple, ont tous souligné cet aspect des travaux menés par Gustave Le Bon sur la question des foules4. Le fait que son nom ait été si fortement associé à la psychologie des foules n’est pas resté sans effets ni conséquences en tout cas. Le discrédit dans lequel s’est vite trouvée rejetée cette discipline renvoie ainsi pour une large part aux liens étroits qu’elle entretient avec le nom de Le Bon, personnage et intellectuel controversé s’il en est.

7Pour autant – et sans qu’il faille voir là une forme d’apologie bien entendu -, on peut se demander si, en reprenant à son compte les analyses de ses prédécesseurs, Gustave Le Bon ne fit pas, au fond, que leur emboîter le pas. Ni plus ni moins. Certes, manifestement coutumier du fait, Le Bon semble avoir le plus souvent opéré de manière subreptice. Mais, qu’il s’agisse de Scipio Sighele ou de Gabriel Tarde – et à plus forte raison d’Henry Fournial -, ses « collègues » ont eux-mêmes abondamment « emprunté » aux nombreuses hyperboles historiques et littéraires (médicales dans une certaine mesure également) qui parcourent l’ensemble du 19e siècle et qui, d’une façon ou d’une autre, prennent la foule pour personnage principal en la mettant en scène.

8Susanna Barrows a ainsi montré comment l’ensemble de la psychologie des foules – Sighele et Tarde les premiers – avait refondu le message des Origines de la France contemporaine de Taine et du Germinal de Zola dans un moule analytique. On le sait, ce message est celui du danger incarné par le peuple et son pendant, la foule ; message qui, de diverses manières, faisait écho aux peurs d’une société encore sous le choc de la violence collective ayant rythmé (et qui rythmerait encore) le 19e siècle. Ainsi, selon Barrows, « la documentation et la vision fournies par ces deux œuvres demeureront au cœur des ouvrages à venir, mais à la description et à la narration succèderont la théorie, et à l’observation l’axiome » (1990 : 103).

9Taine et Zola ne sont d’ailleurs que les deux faces visibles de l’iceberg si l’on peut dire. Par la violence de leur propos et la force des images qu’ils mettent en œuvre, leurs textes constituent les références les plus évidentes de la psychologie des foules. Ils sont ainsi explicitement mentionnés – voire cités stricto sensu – par Sighele et Tarde5. Il n’en reste pas moins que, sans conteste, un nombre bien plus important d’auteurs pourrait (devrait) être sollicité pour reconstituer la source originelle au sein de laquelle les pionniers de la psychologie des foules ont communément baignés.

10Ainsi, les Réflexions sur la Révolution de France de Burke ou l’Histoire de la révolution française de Michelet regorgent de descriptions de la foule aussi métaphoriques qu’inquiétantes6. Chez les écrivains, le « serpent aux mille couleurs » que constitue pour Balzac la population parisienne gisant « dans les exhalaisons putrides des cours, des rues et des basses œuvres », sortant de ses « alvéoles [pour] bourdonner sur les boulevards », est tout à fait remarquable à cet égard (1998 : 352-358). Tout autant que l’image de la nuit et la métaphore océanique du peuple comme masse en fusion chez Hugo, ou bien encore son exclamation à l’intention des vainqueurs des Trois glorieuses dans son Dicté après juillet 1830 des Chants du crépuscule : « Hier vous n’étiez qu’une foule : Vous êtes un peuple aujourd’hui » (1963 : 108 ; 1964 : 821). Sur l’eau, dans lequel Maupassant pourfend la foule et son âme « envoûtante », pourrait compléter une liste assurément non exhaustive.

11Le constat posé par Barrows reste juste cependant, presque trop peu sévère en réalité si l’on s’en tient aux termes dans lesquels il vient d’être exposé. Car non seulement les pionniers de la psychologie des foules se sont-ils inspirés de la littérature qui mobilisa le sujet au long du 19e siècle (citant régulièrement Taine ou Zola, cela vient d’être dit), mais, plus loin, leurs « théories » et leurs « axiomes » consistent pour l’essentiel en une stricte paraphrase. Le propos de cet article est tout autre, mais, disons-le sans appréhension ni mauvaise intention, la complexification, le « raffinement » et le caractère scientifique croissant de la forme, du vocabulaire et des illustrations propres au discours de la psychologie des foules, semblent n’être avant tout qu’une poudre jetée aux yeux de lecteurs n’en demandant pas tant7.

12Aussi, si Gustave Le Bon a sans aucun doute puisé dans les travaux de Sighele et de Tarde pour élaborer ses propre recherches, si, de ce fait, sa psychologie des foules est en grande partie la stricte imitation de celles proposées par le juriste italien et le magistrat français, il faut souligner en parallèle que ces derniers n’ont probablement pas procédé autrement ; en partie tout au moins et avec des « sources » que l’on qualifiera de « plus diversifiées ». Le Bon peut ainsi être considéré comme le « simple » point d’acmé – disons mieux, la figure emblématique – d’un mouvement dont il ne serait finalement qu’un des acteurs.

13Sur le fond, on peut donc dire que la « science des foules » élaborée par Sighele et Tarde, puis « reprise » par Le Bon, ne se distingue en rien des récits historiques ou des métaphores littéraires qui mobilisèrent le personnage de la foule au cours du 19e siècle. Tout juste en constitue-elle une excellente synthèse. Que, à suivre les analyses de Susanna Barrows, l’histoire et la littérature dont il est ici question aient elles-mêmes mobilisé une multitude de lieux communs et autres stéréotypes à l’endroit des couches populaires, ne peut bien entendu qu’aiguiser les interrogations – oserait-on dire les « soupçons » ? – sur la scientificité de la psychologie des foules. De ce point de vue, si, pour reprendre à nouveau les mots de Barrows, « tous les rudiments de la psychologie des foules sont dans les Origines de la France contemporaine, à l’exception de l’hypnotisme » (le mot lui-même tout au moins) (1990 : 79), c’est alors toute « la fabrique » de la psychologie des foules qui exigerait d’être revisitée en réalité. Mais tel n’est pas notre propos ici, nous l’avons dit.

14On comprend en tout cas sans difficulté que les emprunts au discours médical – et, plus largement, au registre des sciences de la nature – aient joué un rôle majeur dans les modalités de la « reformulation scientifique » en quoi consiste la psychologie des foules. Ainsi les références aux phénomènes d’hypnose, de contagion et de suggestion qui – par-delà l’explication de la manière dont un ensemble d’individus quelconque est censé se transformer en une foule dotée d’une âme collective (ou, plus exactement, la « sophistication » de cette explication) -, assureront à la psychologie des foules une caution et une légitimité scientifiques, certes provisoires, mais non dénuées d’efficacité (au moins dans un premier temps). En la matière, les travaux de Jean-Martin Charcot sur l’hystérie, ceux d’Hippolyte Bernheim sur la suggestion, mais également les analyses d’Alfred Espinas dans Des sociétés animales par exemple, seront abondamment mis à contribution.

Un être sui generis

15A défaut de ce qui serait une tradition constituée, il est donc possible de parler de l’existence d’une seule et même « théorie des foules » ; à tout le moins d’une singulière récurrence sur le sujet. En la matière, la psychologie des foules incarnerait une forme d’accomplissement, comme le degré ultime d’élaboration formelle. « Théorie » ou « récurrence d’idées » que, d’une certaine manière, l’ouvrage de Gustave Le Bon « parachève », et dont, à bien y regarder, il est possible de faire remonter « l’origine » à la Grèce antique. Ainsi, le questionnement soulevé par Platon au sujet du nombre et/ou de la quantité, et, plus encore peut-être, la distinction entre Plethos et Démos que souligna en son temps Aristote (c’est-à-dire la masse grégaire, bestiale et irrationnelle d’un côté, et l’agrégat de consciences citoyennes unies dans l’amour de la liberté et de l’ordre de l’autre)8.

16Pour le dire simplement, cette « théorie » est composée d’un intangible triptyque. Ses éléments constitutifs sont « l’être de la foule », le triple phénomène hypnose-contagion-suggestion, et, enfin, la figure du meneur. Le principe général que développe cette « théorie » est que la foule représente un impérieux danger ; y compris lorsqu’elle incarne la possibilité d’un avenir radieux (c’est-à-dire la perspective de la mise au jour du peuple constitué et souverain). Aussi, elle est un être à la physionomie monstrueuse, animé et mis en branle par la force irrésistible de la contagion, et au cœur duquel se développe, toujours, l’action suggestive et hypnotique de meneurs (le plus souvent) malintentionnés.

17Le point le plus remarquable de cette approche est assurément que la foule apparaît systématiquement sous les traits de ce qui pourrait être qualifié d’être en soi. Qu’il s’agisse de la notion de contact physique qui en définit la situation et lui donne corps, son assimilation au peuple – plus exactement à l’individu du peuple – qui lui donne à proprement parler un visage, ou bien encore ses diverses pathologies qui en font l’équivalent du pire de l’homme, si ce n’est de l’animal, tous ces éléments tendent à faire de la foule un être sui generis. Le Bon et « l’ensemble de ses prédécesseurs » sont unanimes sur ce point. Du Plethos d’Aristote au « monstre aux millions de têtes » d’Hippolyte Taine (Taine, 1986 : 295) ou au « volcan » de Jules Michelet (1979 : 137), du« fauve innomé et monstrueux » de Gabriel Tarde (1972 : 324) au « sphinx » de Gustave Le Bon (2002 : 59), etc., la foule est un vaste et grand être aux apparences des plus effroyables9.

18En réalité, ce qui se dessine sous la plume de ces auteurs, ce n’est rien d’autre qu’une métonymie anthropomorphique ; métonymie anthropomorphique par le truchement de laquelle, le contenu se métamorphosant en contenant, la foule devient, à l’image de l’homme, un être doué d’un corps, de sens, et (si l’on peut dire) d’un esprit. Si Susanna Barrows a montré avec justesse que, de Taine à Le Bon, le peuple avait été (arbitrairement) assimilé à la foule, et, ainsi, « discrédité », il faut donc souligner de manière symétrique que, de l’antiquité grecque à nos jours, la foule a tout autant été assimilée au peuple, très exactement à l’homme du peuple, plus loin même, à un animal, et qu’elle est ainsi devenue un être sui generis.

19Cette « métamorphose » peut d’ailleurs être envisagée comme avantageuse si l’on considère l’extrême difficulté de la tâche consistant à établir une définition (objective) de la foule à partir du raisonnement alternatif, c’est-à-dire relevant, non pas de l’abstraction, mais de la mesure. Le paradoxe du tas de sable cher aux logiciens de l’antiquité grecque est révélateur à cet égard. Le problème est bien connu. En substance, on peut le présenter de la manière suivante : A partir de combien de grains de sable y a-t-il un tas de sable ? Si l’on ôte un grain au tas de sable, le tas est-il encore un tas ? Ainsi, à partir de combien de grains ôtés, le tas n’est-il plus un tas ? Nul besoin d’expliciter plus avant le parallèle pour souligner les difficultés devant lesquelles on se trouve dès lors pour penser la foule.

20Quand bien même d’ailleurs, tenterait-on d’y échapper en en ramenant les termes à une autre variation sur le même thème de la mesure ; en l’occurrence au rapport entre quantité (ou nombre) et espace (disponible), ainsi que l’a fait Daniel Stokols. Dans la perspective du psychologue américain, si la foule ne réside plus dans une sorte « d’individu ajouté » (ce qui est bien le cas dans la situation du tas de sable décrite à l’instant, puisque, si 99 individus ne font pas foule et que 100 la font, alors c’est bien en un seul et unique individu que, précisément, réside la foule), si la foule ne réside donc plus dans une sorte « d’individu ajouté », son essence ne peut alors se trouver autre part que dans un mètre carré supplémentaire d’espace disponible, un « mètre carré ajouté » en somme (bien que, en toute logique, le mètre carré en question soit plus certainement ôté qu’ajouté ici). Il est même plus probable encore que, dans ces conditions, l’essence de la foule renvoie à une combinaison « d’individu(s) ajouté(s) » et de « mètre(s) carré(s) ôtés ».

21Il est ainsi toujours question, dans l’un ou l’autre de ces cas, d’un supplément ou d’une diminution de quantité ; qu’il s’agisse d’une « quantité d’humain », d’une quantité d’espace, ou de ces deux quantités rapportées l’une à l’autre. Et c’est à chaque fois entreprise bien vaine que de chercher à identifier une limite au-delà ou en deçà de laquelle il y aurait foule. En un mot, il n’existe pas de seuil, quel qu’il soit, à partir duquel on pourrait objectivement affirmer qu’il y a (ou qu’il n’y a pas) foule. De ce point de vue, le raisonnement faisant de la foule un être sui generis semble bien présenter de tout autres potentialités heuristiques.

Un raisonnement tautologique

22Pour apprécier la réelle pertinence de cette assertion, il est nécessaire d’en revenir au texte même de Psychologie des foules en tant que « modèle réduit » de la « théorie des foules ». Malgré le caractère aride de cette entreprise, c’est aux occurrences de la définition de la foule qu’il conviendra d’être attentifs. L’essentiel du raisonnement de Le Bon en la matière se trouve dans le premier chapitre intitulé « Caractéristiques générales des foules. Loi psychologique de leur unité mentale ». On y relève deux propositions visant à définir la foule et à expliquer le processus de sa genèse.

23La première définition de la foule que formule Le Bon est la suivante :

Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d’hommes possède des caractères fort différents de ceux de chaque individu qui la compose. La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction, il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d’une expression meilleure, j’appellerai une foule organisée, ou, si l’on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules (2002 : 9).

24Le mécanisme de formation de la foule semble clair. Le phénomène débute par la dislocation de la personnalité consciente des individus. C’est là le point de départ du processus. Les sentiments et les idées de tous sont alors orientés dans une même direction. C’est ainsi qu’ils fusionnent unanimement dans une âme collective au sein de laquelle les frontières individuelles sont abolies. Cette âme collective possède des caractères propres, distincts de ceux de chacun des individus qui lui appartiennent et qui composent la foule. C’est elle qui donne naissance à la foule dans toute sa singularité.

25Gustave Le Bon explique le passage (décisif) de la « simple » dislocation de la personnalité consciente des individus, à la fusion de tous leurs sentiments et idées dans une même direction, par les caractéristiques de l’état inconscient dans lequel ils sont alors plongés. Car « dans l’âme collective, les qualités inconscientes dominent ». La particularité de cet inconscient réside dans le fait qu’il est commun à tous les individus appartenant à la foule. C’est ce que Le Bon nomme la même race. En effet, « c’est surtout par les éléments inconscients composant l’âme d’une race, que se ressemblent tous les individus de cette race ». Et, poursuit-il, « les qualités générales du caractère, régies par l’inconscient et possédées à peu près au même degré par la plupart des individus normaux d’une race, sont précisément celles qui, chez les foules, se trouvent mises en commun » (Le Bon,2002 : 12)10.

26C’est donc à partir d’une sorte de fonds commun spécifique à un peuple, nommé âme de la race, et sous l’effet de la contagion imitative, que l’âme collective de la foule s’érigerait11. Autrement dit, c’est bien dans cet « inconscient collectif » que l’âme collective et la foule puisent (conjointement) leur substance. De quelle matière est donc constituée cette âme de la race ? La réponse à cette question se trouve dans l’ouvrage que Le Bon publia en 1894, Lois psychologiques de l’évolution des peuples. Y sont mentionnés les éléments principaux de la position qu’il soutient sur les thèmes de la race et de la civilisation, pierre angulaire de toute sa théorie de l’homme et des sociétés. L’existence de différentes races pouvant être ordonnées et classées suivant une échelle hiérarchique stricte – échelle fonction du « degré de civilisation » de chaque race -, représente le cœur de cette étude. Pour Le Bon, « l’inévitable problème de la race domine tous les autres » (1919 : 141).

27Dans cette démonstration particulièrement confuse, il est fait mention des « caractères moraux et intellectuels dont l’évolution d’un peuple dérive ». On apprend alors que c’est « l’ensemble de ces caractères qui forme l’âme d’une race », et que l’âme d’une race est « la synthèse de son passé, l’héritage de ses ancêtres, les mobiles de sa conduite ». En réalité, « chaque race possède une constitution mentale aussi fixe que sa constitution anatomique […] La majorité des individus de cette race possède toujours un certain nombre de traits psychologiques communs, aussi stables que les caractères anatomiques permettant de classer les espèces. Comme ces derniers, les caractères psychologiques se reproduisent par l’hérédité avec régularité et constance » (Le Bon, 1919 : 23-24).

28Une race est donc un ensemble d’individus possédant un fonds psychologique commun, fait de couches d’éléments moraux et intellectuels lentement sédimentées par hérédité. Ce fonds psychologique est doué d’une grande stabilité, d’une puissante force d’inertie, et repose sur trois grands piliers : « sentiments communs, intérêts communs et croyances communes» (Le Bon, 1919 : 28-29). Bien sûr, un regard critique et distancié doit être porté sur cet aspect des travaux de Gustave Le Bon. Les réguliers et (souvent) subreptices amalgames qu’il opère entre le psychologique et l’anatomique, le culturel et le biologique, constituent en particulier autant d’éléments à questionner.

29Mais ce qui doit retenir en priorité l’attention ici, c’est que l’idée de l’existence d’un fonds commun, d’une âme de la race, ou encore d’un « inconscient collectif », si nébuleuse soit-elle sous la plume de Le Bon, permet de comprendre, au moins sur le plan théorique, la métamorphose d’un certain nombre d’individus en une foule soumise à la loi de l’unité mentale. Car si ces derniers disparaissent, se perdent et, dans le même temps, se (re)trouvent au sein d’une âme collective, ce n’est en vertu de rien d’autre que de cet inconscient qu’ils partagent ; inconscient qui, en l’occurrence, remplit une fonction de ciment dans la genèse de la foule. Aussi, est-il aisé de saisir dans quelle mesure la foule n’est pas, « au point de vue psychologique » dira Le Bon, une réunion d’individus comme une autre.

30De la même manière, la topographie ou l’architectonique de la foule et de son schéma d’analyse apparaît clairement. Si l’âme collective est le fondement de la foule, sa substance même, l’âme de la race représente, de son côté, le socle sur lequel repose cette âme collective. Ainsi, la race et son âme constituent le sol sur lequel la foule psychologique s’enracine à partir de l’effet suggestif et contagieux du nombre. Reformulant sa première proposition de définition, Le Bon confirmera le rôle essentiel tenu par ces éléments : « C’est uniquement à cette phase avancée d’organisation [de la foule] que, sur le fonds invariable et dominant de la race, se superposent certains caractères nouveaux et spéciaux » (2002 : 11).

31À bien y regarder cependant, une zone d’ombre demeure ici. En examinant avec attention la définition initiale proposée par Gustave Le Bon, on ne peut que rester étonné devant le caractère pour le moins énigmatique des « certaines circonstances données » dans lesquelles « une agglomération d’hommes possède des caractères fort différents de ceux de chaque individu qui la compose ». Incontestablement, ces mystérieuses circonstances nécessitent éclaircissement. Un élément à ce point déterminant du processus de constitution de la foule, ne saurait rester aussi flou. Car ce n’est de rien d’autre que des conditions originelles de l’apparition de l’âme collective de la foule dont il s’agit.

32D’ailleurs, le lecteur attentif de Psychologie des foules ne manque pas de s’interroger lorsqu’il découvre la suite du texte. Ainsi, la reformulation de la première définition dévoile une incohérence au sein de la démonstration. Pour saisir parfaitement les modalités du problème qui se pose alors, il est nécessaire de citer dans sa totalité le passage contenant cette reformulation : « C’est uniquement à cette phase avancée d’organisation que, sur le fonds invariable et dominant de la race, se superposent certains caractères nouveaux et spéciaux, produisant l’orientation de tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique. Alors seulement se manifeste ce que j’ai nommé plus haut, la loi psychologique de l’unité mentale des foules » (Le Bon, 2002 : 11).

33Si l’on suit le raisonnement développé ici, il ne fait aucun doute que ce sont bien les caractères nouveaux et spéciaux qui provoquent l’orientation de tous les sentiments et des pensées dans une même direction. Or, dans la première proposition de définition, c’est bien parce que les sentiments et les pensées de tous étaient orientés dans une même direction, qu’apparaissaient les caractères nouveaux et spéciaux de la foule. En d’autres termes, se pose la question de savoir si ces caractères spéciaux propres à la foule sont le produit de l’orientation des idées et des sentiments de tous dans une seule et même direction (et, au préalable, de l’évanouissement de la personnalité consciente de chacun de ces individus), ou s’ils sont plutôt le moteur de cette fusion des sentiments et des pensées dans un même sens ? Dans un cas, Le Bon opte pour la première possibilité, dans l’autre, il choisit la seconde, ne laissant pas de se contredire à quelques pages d’intervalle.

34À ce stade de l’analyse, on ne sait donc plus très bien ce que sont ces caractères, présentés d’un côté comme « nouveaux », « très nets » et « fort différents de ceux de chaque individu » composant la foule, et, décrits, de l’autre, comme « nouveaux et spéciaux ». Ne pouvant se fier au choix du vocabulaire utilisé par Le Bon en la matière – manifestement révélateur d’un « flottement » sémantique -, on est amené à se demander s’il parle vraiment des mêmes caractères dans l’une et l’autre de ces assertions ?

35Ainsi, ne pourrait-il pas s’agir, dans la première proposition, des caractères de la foule et de son âme collective, et, au sein de la seconde, des caractères de l’individu en foule, en pleine métamorphose, en pleine « fusion » avec les autres ? L’interrogation est surprenante, son sens sujet à caution. En réalité, il n’est pas certain qu’y répondre éclairerait plus avant la démonstration de Le Bon (en particulier sur le point tout à fait essentiel des modalités de l’apparition de la collectivité qu’est la foule) ; démonstration qui, pour tout dire, devient de plus en plus difficile à suivre.

36Le Bon ne fournit d’ailleurs aucun élément qui permette d’esquisser la moindre tentative de réponse à cette question La seule information tangible dont le lecteur dispose à cet instant, et à laquelle il lui est possible de se raccrocher, est que, dans l’un et l’autre des deux énoncés, il ne semble pas être fait mention des mêmes « sentiments et pensées orientées dans une même direction ». Dans le premier, les sentiments et pensées sont ceux « de toutes les unités », alors que dans le second, il s’agit de ceux « de la collectivité ». Étonnant glissement qui oblige à repenser la signification du propos lebonien, en tentant de concilier ces deux propositions divergentes.

37En effet, ne se trouverait-on pas alors devant le schéma suivant : Dans des circonstances particulières, la personnalité consciente des individus s’évanouirait. Plongeant dans une certaine forme d’inconscient collectif, ces individus verraient leurs sentiments et leurs idées orientés dans une même direction, formant ainsi une âme collective douée de caractères très nets et différents de ceux de chacun des individus composant la foule. Dans une ultime phase, ces caractères produiraient « l’orientation de tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique ».

38C’est à nouveau la stricte identité des « caractères nouveaux » mentionnés dans la première et dans la seconde proposition, qui constitue ici le principe général. Mais alors, une nouvelle question ne manque pas de se poser. Elle concerne l’ultime phase orientant tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique. Pourquoi donc orienter dans une même direction, des sentiments et des pensées qui sont déjà ceux de la collectivité, qui sont déjà ceux d’une collectivité dont la nature d’être en soi ne fait aucun doute ? Car l’âme collective existe déjà à cette étape du processus, et, par conséquent, la foule est (déjà) devenue « un seul être ». Autrement dit, ces sentiments et ces pensées sont, par définition, déjà fondus dans une seule et même direction. Il semble donc pour le moins déroutant de devoir les fondre dans un même ensemble.

39On le voit, à mesure que l’on parcourt et que l’on tâche de comprendre de manière rigoureuse le raisonnement tenu par Le Bon, les interrogations et les contradictions se multiplient de façon exponentielle. À tel point d’ailleurs, qu’on n’est plus même certain d’y saisir le moindre argument, la moindre articulation logique, et, au fond, la moindre idée claire et cohérente. Surtout, le mécanisme de genèse de la foule semble singulièrement s’obscurcir, rendant ainsi nécessaire de s’interroger sur ce qui crée les mystérieux caractères nouveaux dont il vient d’être question. Car ce sont bien eux qui se trouvent au centre des difficultés.

40Il faut alors avancer dans la lecture du texte. Mais, autant le souligner dès à présent, l’étonnement et la perplexité ne se dissiperont nullement. Bien au contraire même, montrant peut-être par là que les questions soulevées jusqu’ici ne constituent en fait que les symptômes d’un « mal plus profond ». Ainsi, découvre-t-on la seconde définition de la foule : « Le fait le plus frappant présenté par une foule psychologique est le suivant : quels que soient les individus qui la composent, quelque semblables ou dissemblables que puissent être leur genre de vie, leurs occupations, leur caractère ou leur intelligence, le seul fait qu’ils sont transformés en foule les dote d’une sorte d’âme collective » (Le Bon,2002 : 11).

41En rapportant cette définition à la première, on s’aperçoit que, si dans celle-ci, c’était « l’âme collective qui faisait la foule », dans celle-là, c’est « la foule qui fait l’âme collective ». Aucune autre signification ne peut être donnée à ce passage : « Le seul fait qu’ils sont transformés en foule les dote d’une sorte d’âme collective ». C’est donc bien la transformation en foule qui, ici, fond les individus dans une seule et même âme collective. En d’autres termes, si, dans un cas, l’âme collective fait la foule, et si, dans l’autre cas, la foule fait l’âme collective, alors force est de constater que, à chaque fois et in fine, c’est la foule qui fait la foule, c’est la foule qui se fait elle-même pour ainsi dire. Formulation bien maladroite qui n’a d’autre fondement que le caractère tautologique de toute la rhétorique lebonienne, et pour autre issue que l’impasse des analyses en termes de mesure.

42Et ceci, quelle que soient le rôle et l’action précis des phénomènes suggestifs et contagieux (et, plus précisément encore, de la suggestibilité des hommes en foule) ; véritable force motrice initiale de l’effacement des cloisonnements individuels et, ce faisant, de la fusion des individus sur le mode de l’inconscient collectif12. Car ces phénomènes sont eux-mêmes pris dans la tautologie de la démonstration lebonienne. Ainsi, cet autre passage de Psychologie des foules :

L’individu plongé depuis quelque temps au sein d’une foule agissante, tombe bientôt – par suite des effluves qui s’en dégagent, ou pour toute autre cause encore ignorée – dans un état particulier, se rapprochant beaucoup de l’état de fascination de l’hypnotisé entre les mains de son hypnotiseur […] Tel est à peu près l’état de l’individu faisant partie d’une foule. Il n’est plus conscient de ses actes. Chez lui, comme chez l’hypnotisé, tandis que certaines facultés sont détruites, d’autres peuvent être amenées à un degré d’exaltation extrême. L’influence d’une suggestion le lancera avec une irrésistible impétuosité vers l’accomplissement de certains actes (Le Bon,2002 : 13-14).

43Si, en s’en tenant strictement aux mots utilisés par Le Bon, c’est bien la suggestibilité de l’individu qui rend ce dernier susceptible de fusionner avec les autres au sein de l’inconscient collectif – et, par suite, rend possible la création de l’unité mentale de la foule -, il ne fait pas le moindre doute que, dans le même temps, c’est la foule elle-même qui, « en amont », rend l’individu suggestible (car hypnotisé) ici. Ce faisant, une fois encore – et abstraction faite des « effluves qui se dégagent de la foule », expliquant le pouvoir hypnotique de la foule sur l’individu, et peu convaincantes d’un point de vue argumentatif -, on peut dire que Gustave Le Bon suppose bien que c’est la foule qui fait la foule. Le mécanisme de la suggestion, qui explique le passage de l’individuel au collectif, qui explique la création de l’âme de la foule et, ce faisant, la foule elle-même, est donc lui aussi « englué » dans la construction tautologique de la démonstration composant le cœur de Psychologie des foules.

44À l’image de ses prédécesseurs, Gustave Le Bon « explique » donc la foule par elle-même. Non pas comme le social s’explique par le social, ainsi que le dira Emile Durkheim, mais bien plutôt comme l’éruption d’un volcan s’expliquerait par elle-même, en dehors de l’ensemble des mouvements du globe terrestre, ex nihilo en somme. Cette tautologie, en vertu de laquelle les « certaines circonstances données » déterminant la foule ne sont donc rien d’autres que la foule « préexistant subrepticement à elle-même », permet à Le Bon et à la psychologie des foules d’éviter la délicate question : « Comment l’âme collective, qui fait la foule, se crée-t-elle (autrement que par la foule elle-même) » ? Comment passe-t-on d’une somme d’individus quelconque(s) à un être collectif doué d’une âme de la même nature ?

45On saisit ainsi mieux pourquoi, par exemple, Psychologie des foules sera consacrée aux seules foules dans la «phase de leur complète organisation » (Le Bon,2002 : 11). De la même manière, Le Bon étendra le vocable de foule à tous les groupes (sociaux), quelles que soient leur taille, leur structuration, leur durée de vie, etc., de manière (notamment) à ne pas se contredire et à ne pas laisser dévoilées les contradictions qui gangrènent de toute part son propos, et, par extension, celui de toute la psychologie des foules.

Ouvertures

46Cette analyse n’a rien d’une discussion stérile sur les mots. Les insuffisances de la forme trahissent l’étonnante fragilité du fond. Car ce que révèle le caractère tautologique et purement rhétorique de la démonstration lebonienne, c’est bien que l’idée de la foule en soi constitue une proposition aussi fascinante que fragile. En d’autres termes, pour ce qui est de « saisir la chose foule », la logique de l’abstraction n’est pas plus « efficace » que la logique de la mesure.

47Il ne s’agit pas de dire par-là que la foule serait dépourvue de la moindre existence empirique. Bien entendu. Les difficultés théoriques qu’elle pose invitent néanmoins à reconsidérer la question de son statut et de sa nature en tant que fait social. Aussi, plutôt que de chercher vainement un objet que l’on qualifiera de « définissable », ne serait-il pas plus pertinent de raisonner ici en termes de mythe, de figure mythique ; figure mythique qui, au moins en partie on le sait, échappe toujours à l’enclosure définitionnelle et/ou conceptuelle ?

48Trois éléments donnent crédit à cette hypothèse, invitant, croyons-nous, à l’explorer plus avant. Les deux premiers ont été mentionnés au cours des lignes qui précèdent. Il s’agit, pour le premier, de la récurrence d’un même récit à l’endroit de la foule, et, pour le second, de l’apparition systématique de cette dernière sous la forme d’un être en soi, d’une (pure) abstraction. Ce retour cyclique à l’identique, ce « recyclage palingénésique » d’un discours prenant les apparences d’un récit originel qui met en scène un même personnage, est évidemment troublant ; en particulier, bien sûr, parce qu’il permet à la foule d’emprunter les traits d’un personnage à part entière (et pour le moins inquiétant s’il en est). Le lien particulièrement lâche que ce récit entretient avec le réel ne suscite d’ailleurs pas moins le trouble. On peut parler à ce sujet d’un étonnant entrelacement du réel et du fictionnel. Il s’agit là du troisième élément cité ci-dessus.

49Une nouvelle fois, les recherches de Susanna Barrows sont d’un grand intérêt en la matière. Elles ont en effet permis de mettre au jour combien les descriptions et les analyses de la foule (en particulier celles du 19e siècle, bien entendu) étaient parfois farfelues et, au fond, relevaient bien souvent de l’ordre du fantasme. L’historienne américaine a parlé très justement de miroirs déformants à ce propos. Au cours du 20e siècle, différents historiens ont montré l’important décalage existant entre la « réalité de l’histoire » et les récits hyperboliques sur la foule. Il est par exemple apparu que les violences (de la répression) subies par cette dernière étaient souvent bien plus réelles que les exactions dont elle s’était elle-même rendue coupable13. Plus loin, à l’image de la castration de Maigrat inventée par Zola en 1885 pour Germinal – castration dont on retrouvera de manière saisissante nombre de traits au cours de la défénestration de l’ingénieur Watrin à Decazeville l’année suivante -, on peut même se demander dans quel sens précis réel et imaginaire s’interpénètrent ici.

50Mais le temps n’est pas à ces développements qui exigeraient de nombreuses pages. Il n’est peut-être pas inutile de souligner cependant que, dans une telle perspective, c’est à « l’efficacité symbolique » du mythe de la foule qu’il conviendrait de s’intéresser. Autrement dit, ce qui deviendrait central, c’est le rôle, la fonction remplie par cette singulière figure. Cela ne fait pas mystère, toute civilisation, toute société repose sur une mythologie spécifique, sur un récit légendaire qui forme un ensemble d’idées, d’images et autres symboles auxquels (auquel) elle croit, et qui lui permet(tent) de construire une vision cohérente du monde, d’y introduire un certain ordre et, finalement, de s’y situer.

51Évanescente, labile et insaisissable, objet de toutes les peurs, voire fantasmée, la foule pourrait incarner l’un des personnages principaux de « l’histoire fictive » sur laquelle notre monde moderne s’est construit. Elle en autoriserait alors une autre lecture, en creux. Une lecture qui, à la lumière de l’évidente « coïncidence » existant entre l’éclosion d’un intérêt prononcé pour la foule et les tentatives de constitution de la modernité politique (elle-même fille de l’antiquité grecque ; autre « moment » où tente de s’instituer un monde organisé autour des valeurs de l’Individu et de la Raison.), ne saurait être tout à fait étrangère aux interrogations que soulève l’essence même de la démocratie et de l’idée républicaine.

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Notes

1 Voir à cet égard l’ouvrage publié par Moscovici en 1981, L’âge des foules. Un traité historique de psychologie des masses.

2 Si l’on suit Benoît Marpeau, il semblerait que Le Bon n’ait en fait jamais effectué des études de médecine complètes. Le titre de docteur en médecine qu’il porte dès 1866 – ne se faisant plus appeler autrement que « le Docteur Gustave Le Bon » – est donc manifestement usurpé (Marpeau, 2000 : 33-34).

3 Dans Psychologie des foules, les noms de Sighele et Tarde apparaissent à une seule reprise (deux pour Tarde en réalité), à l’occasion d’une note de bas de page en toute fin d’introduction. Le Bon y souligne les limites de leurs travaux strictement criminologiques, ainsi que le caractère peu « personnel » de La foule criminelle (qu’il nomme, en l’occurrence, Les foules criminelles !). Enfin, il prend soin d’en distinguer ses propres « conclusions sur la criminalité et la moralité des foules », qu’il définit comme « contraires » à celles de ces « deux écrivains » (Le Bon, 2002 : 6). À n’en pas douter, Sighele et Tarde connurent des hommages plus élogieux.

4 Au sujet de la thèse du plagiat, la meilleure présentation en a sans doute été réalisée par Susanna Barrows dans ses Miroirs déformants (1990 : 145-168).

5 A titre d’exemple, notons que dans la première édition française de La foule criminelle, Scipio Sighele cite Taine à huit reprises et Zola deux fois.

6 Voir par exemple Burke, 1980 : 12-16 ou 146-147, et Michelet, 1979 : 305 ou 344.

7 Sur ce point, nous nous permettons de renvoyer à nos travaux : Rubio, 2008.

8 On lira notamment sur cette question Les Lois et La République chez Platon, et Les Politiques et la Constitution d’Athènes chez Aristote.

9 Aristote avait quant à lui comparer les vertus de la foule à celles de l’homme (Aristote, 1993 : III-XI/1281b-1282a et VII-I/1323b).

10 Ces qualités générales du caractère sont celles qui, chez l’homme, ne relèvent pas de l’intellect, de la raison.

11 Le Bon utilise indifféremment les termes race et peuple, montrant par là qu’il les considère synonymes.

12 Selon Le Bon, il existe en effet trois grandes causes à l’apparition de l’âme de la foule : « La première est que l’individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts, que, seul, il eût forcément réfrénés ; […] une seconde cause, la contagion mentale, intervient également pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. La contagion est un phénomène aisé à constater, mais non expliqué encore, et qu’il faut rattacher aux phénomènes d’ordre hypnotique […] Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux à ce point que l’individu sacrifie facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif ; une troisième cause, et de beaucoup la plus importante, […] est la suggestibilité, dont la contagion mentionnée plus haut n’est d’ailleurs qu’un effet » (Le Bon, 2002 : 13). S’il y a donc trois causes à la mise en commun de l’âme de la race par les individus composant une foule, seule la suggestibilité semble véritablement déterminante. Elle est en effet la cause de la contagion, mais également, on peut le supposer, décisive dans l’apparition du sentiment de puissance, tout sentiment étant contagieux dans une foule selon Le Bon.

13 À côté des travaux de Barrows, on pourra par exemples consulter sur ce point les recherches de Michelle Perrot (Les ouvriers en grève. France 1871-1890, 1974), ou encore celles de George Rudé (La foule dans la révolution française, 1982).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Vincent Rubio, « La Foule. Réflexions autour d’une abstraction », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/737

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Auteur

Vincent Rubio

est chargé d‘enseignements en Sciences Sociales de l‘Université Paris Descartes. Il est également chercheur au sein de l‘Unité de Recherche en Sciences Humaines et Sociales de l‘Institut de cancérologie Gustave Roussy – Canceropôle Ile de France (URSHS/IGR). Ses thèmes de recherche sont la sociologie de la maladie et de la santé, la sociologie politique et la sociologie de l‘information et de la communication. Il a publié La Foule. Un mythe républicain ? (2008) de même que plusieurs articles sur la théorie des foules.

Vincent Rubio is Lecturer in Social Sciences at the Université Paris Descartes. He is also researcher at the Unité de Recherche en Sciences Humaines et Sociales de l‘Institut de cancérologie Gustave Roussy – Canceropôle Ile de France (URSHS/IGR). His research interests are sociology of health and illness, political sociology and sociology of information and communication. He has published La Foule. Un mythe républicain ? (2008) as well as numerous articles on crowd theory.

Foules, espaces publics urbains et apprentissage de la co-présence chez les adolescents des quartiers populaires d’Ile de France

Crowds, urban public spaces and learning co-presence: the Case of the Adolescents residing in the popular districts of the Ile-de-France

Nicolas Oppenchaim

Résumé | Index | Plan | Texte | Bibliographie | Citation | Auteur

Résumés

Français English

Cet article porte sur le rapport qu’entretiennent les adolescents à la foule urbaine et sur la manière dont ils apprennent à y trouver une place. Pour ce faire nous procéderons en trois temps. Nous exposerons tout d’abord en quoi, s’appuyant sur les travaux de R. Park et G. Tarde, Isaac Joseph fait du passage de la foule au public une des caractéristiques majeures des sociétés contemporaines. Ce passage concerne à la fois l’espace métaphorique des mobilisations collectives, mais également l’espace urbain : le propre des villes contemporaines n’est pas les grands rassemblements de foule dominés par les émotions, mais les espaces publics, lieux de co-présence organisés autour de l’inattention civile. Ces espaces offrent ainsi des possibilités de rencontre tout en garantissant un droit à l’intimité.

Cependant nous montrerons dans un second temps que cette perception apaisée des grands rassemblements dans la ville ne va pas de soi, notamment à l’adolescence. Il est donc nécessaire d’introduire la problématique de l’apprentissage dans les réflexions sur les espaces publics urbains. Ainsi, une partie des adolescents des quartiers populaires d’Ile de France ont une perception de ces lieux de co-présence très proche de celle développée dans les discours du 18ème et 19ème siècle sur la peur des foules urbaines. Plus largement, les adolescents de quartiers populaires se différencient dans leurs discours par quatre grandes positions idéal-typiques vis-à-vis des foules urbaines : « foule source d’animation potentielle », « foule indifférente », « foule menaçante », ou « foule espace public ».

Nous verrons alors dans un troisième temps que ce rapport différencié des adolescents à la foule est à mettre en relation avec le lien entretenu avec le quartier de résidence et les modalités d’apprentissage de la mobilité.

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Entrées d’index

Mots-clés :

foule, espace public, apprentissage, quartiers populaires, mobilités quotidiennes, adolescents

Keywords :

crowd, public space, learning, popular districts, daily mobility, teenagers

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Plan

De la foule au public

Les arènes publiques et les espaces publics urbains

La coopération interactionnelle est-elle naturelle ?

Foule lieu de tension potentielle, d’indifférence, de menace ou d’anonymat ?

La « foule tension »

La « foule indifférente »

La « foule menace »

La « foule espace public »

Le rapport au quartier et l’apprentissage de la mobilité : deux variables clés pour comprendre le rapport des adolescents à la foule urbaine

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Texte intégral

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De la foule au public

1Les sociétés modernes se caractérisent par le passage de la foule au public. Telle est la thèse centrale qu’identifie Isaac Joseph dans deux ouvrages publiés au début du 20ème siècle, L’opinion et la foule de Gabriel Tarde en 1901 et La foule et le public de R. Park qui paraît trois ans plus tard.

2Le sociologue français défend ce point de vue dans un article publié en 2001, « Tarde avec Park. À quoi servent les foules ? » (Joseph, 2001). Ces deux auteurs ont en commun selon Joseph de rejeter une psychologie collective consistant à concevoir un « nous » existant en dehors et au dessus des esprits individuels. Ils œuvreraient au contraire à la naissance d’une psychologie sociale dont l’objet de recherche serait les interactions et influences réciproques entre individus. La plus simple de ces influences est ainsi la conversation. À partir de ce point de départ, Tarde isole deux grands types d’influence et d’action réciproque, la foule et le public qu’il oppose terme à terme :

la foule est une forme d’actions réciproques régie par la proximité spatiale. Elle est un lieu de contagion psychique basée sur les contacts physiques, et est par là proche de l’agrégat animal.

le public est au contraire une « foule dispersée, où l’influence des esprits les uns sur les autres est devenue une action à distance, à des distances de plus en plus grandes » (Tarde, 1901 : 7). Il s’agit donc d’une forme évoluée des interactions réciproques : les associations entre individus dans le public se font par simultanéité des convictions, par des contacts impersonnels comme la lecture d’un même journal et non par la proximité physique.

3Alors que la foule est la forme d’action sur autrui du passé, le public est au contraire une forme adaptée à l’évolution de nos sociétés contemporaines de plus en plus hétérogènes et traversés par des clivages divers. Trois traits caractéristiques du public expliquent cette adéquation : d’une part, comme dit précédemment, il rassemble des personnes issus d’origines géographiques et sociales différentes ; d’autre part ce rassemblement repose sur une base impersonnelle et non sur une proximité physique ou affective ; enfin il tolère non seulement les particularismes en son sein, mais bien plus les intensifie. Les dissidences partielles prennent ainsi la place des oppositions manichéennes et des grands dualismes.

4Robert Park reprend lui aussi cette idée d’une meilleure adéquation du public à nos sociétés contemporaines par rapport à la foule. Comme chez Tarde, cette dernière est une entité mouvante dans laquelle les individus fusionnent les uns avec les autres, l’influence mutuelle des émotions formant une émotion collective s’imposant à chacun des membres. Au contraire, le comportement d’un public est le résultat d’un ensemble de discussions dans lesquels les individus ont des opinions différentes. La scène publique est alors analogue à un dispositif théâtral : l’identification à des personnages publics permet d’endosser symboliquement un rôle dans le drame social et de se situer par rapport à d’autres acteurs dans une intrigue ou un scénario.

5Cette idée, commune à Tarde et Park, d’un passage d’une forme d’influence mutuelle à une autre, de la foule au public, se développera par la suite dans deux directions : d’une part l’étude des engagements collectifs dans le domaine public métaphorique des arènes publiques et d’autre part celle des interactions dans l’espace public urbain. Si cette double dimension est moins présente chez Tarde, elle est centrale dans l’œuvre de Park, dont on connaît le rôle tenu dans le développement des travaux de l’Ecole de Chicago sur la ville : qu’il s’agisse de rassemblements métaphoriques des opinions lors d’un débat au Parlement ou de la fréquentation d’un parc, le public constitue une même forme d’organisation de l’attention. Celle-ci ne repose pas sur un contenu émotionnel s’imposant au groupe mais sur une organisation raisonnée des conduites.

Les arènes publiques et les espaces publics urbains

6Nous ne développerons pas le destin qu’a eu cette distinction entre foule et public dans l’étude des mobilisations collectives. Cette filiation a en effet été fort bien résumée dans un ouvrage récent (Cefaï, 2007). Dans cette tradition, dont la figure centrale est le philosophe pragmatiste John Dewey (1927 [2003]), l’opinion publique n’est plus façonnée par le tumulte de la foule, mais par l’échange raisonné dans des arènes publiques. Ces arènes sont le lieu de confrontation de différents acteurs pour résoudre une situation problématique. L’objectif des mobilisations collectives est en effet de faire émerger des problèmes dans le domaine public afin de pouvoir y échanger des arguments raisonnés. Cet objectif suppose tout un travail de mise en forme d’une situation perçue comme problématique et d’organisation de l’attention de l’opinion à ce sujet :

Le point de départ est la confrontation à une situation problématique où des personnes éprouvent un trouble indéterminé et perçu initialement comme relevant de la vie privée. Le public n’est pas donné d’avance avec la positivité d’un corps civique ou d’une audience médiatique. Il émerge à travers le jeu des interactions entre ces personnes qui se constituent comme un collectif d’enquêteurs, d’explorateurs et d’expérimentateurs qui vont monter des dispositifs de mobilisation pour définir leur trouble, l’ériger en problème d’intérêt public et interpeller les pouvoirs publics en vue de le résoudre. (Cefaï et Pasquier, 2003 : 11).

7Nous souhaitons pour notre part nous attarder sur la seconde filiation qu’a eu cette distinction dans l’étude des villes contemporaines. La figure centrale de cette filiation n’est plus John Dewey mais Erving Goffman. Ce dernier réussit le tour de force théorique de ne plus concevoir la ville et les rassemblements de personnes qu’elle occasionne (« gatherings » dans son vocabulaire) comme le lieu de la foule anonyme, dominée par le tumulte des émotions telle qu’elle a pu être décrite par la psychologie des foules à la fin du 19ème siècle. En effet, ces rassemblements dans l’espace urbain ne s’organisent plus autour d’une émotion commune. Ils perdent leur aspect menaçant pour devenir le lieu d’élaboration en commun d’une coopération civile malgré les tensions et incidents mineurs qui marquent la vie urbaine. Cette coopération est soulignée par l’importance des rituels réparateurs comme les formules de politesse. Le tournant opéré par le sociologue américain dans l’étude des villes est alors d’ « abandonner la foule sans pour autant quitter la rue » (Joseph, 1998 : 43).

8Les lieux emblématiques de cette coopération entre citadins sont les espaces publics urbains. Espaces de circulation, ils sont régis par un droit de visite et ne relèvent pas de l’appropriation individuelle. Mais ils sont également des espaces de communication entre individus, régis par un droit de regard de chaque citadin (Joseph, 1992 : 210-217). Nous espérons alors que le détour théorique opéré précédemment autour de la distinction entre la foule et le public est dès lors plus compréhensible par le lecteur : de manière similaire à l’espace public métaphorique, l’espace public urbain n’est pas le lieu de la foule compacte et indifférenciée, mais au contraire le lieu d’exposition des différences, et par là de toutes les tensions et autres épreuves de la civilité ordinaire. Le citadin n’est pas englouti dans une foule urbaine, son individualité s’en extirpe au contraire pour se confronter à celle des autres citadins et pour participer en commun à l’élaboration d’une coopération visant à assurer la sauvegarde de l’interaction.

La coopération interactionnelle est-elle naturelle ?

9Le passage d’une vision des espaces urbains comme lieu d’une foule compacte et indifférenciée à un lieu d’exposition des différences est subordonné à l’importance des possibilités de mobilité dans la ville contemporaine : le citadin est avant tout selon Isaac Joseph un « être de locomotion » qui passe d’un espace public à un autre et est donc confronté à la co-présence avec les autres utilisateurs de ces espaces. C’est cette importance de la mobilité dans les villes contemporaines qui nous a amené à nous intéresser au cas des adolescents de quartiers populaires d’Ile de France. Ces adolescents sont bien souvent présentés, à tort, comme immobiles et ne sortant guère de leurs quartiers. Nous avons donc souhaité mieux comprendre le rapport aux espaces publics urbains et à la mobilité de ces adolescents. Pour cela, nous avons mené un travail ethnographique d’une dizaine de mois dans une maison de quartier d’une « zone urbaine sensible » (ZUS) de la grande couronne parisienne ainsi que des projets avec cinq établissements scolaires de banlieue parisienne (deux classes de seconde générale, une de seconde professionnelle et deux de troisième). Ces projets articulaient soixante-quinze entretiens semi-directifs d’une heure et des ateliers thématiques sur la mobilité (photographies, écriture de textes et réalisation de questionnaires par les élèves autour de cette thématique). Ce dernier matériau nous a ainsi permis d’accéder aux populations adolescentes fortement mobiles et n’étant guère présentes sur le quartier de résidence. Dans la présentation de cet article, nous avons privilégié les longs extraits d’entretien, afin de faire entendre ces voix qui sont si peu présentes dans les caricatures souvent véhiculées sur ces jeunes.

10Or, parmi les résultats principaux de ce travail, nous avons constaté qu’une partie de ces adolescents décrivent les espaces publics franciliens en utilisant le vocabulaire de la foule anxiogène tel qu’il pouvait être employé au 19ème siècle dans la psychologie des foules. Certains énoncent notamment une crainte de perte de singularité dans l’anonymat urbain et le peu de goût pour la diversité qui s’exprime dans les espaces publics. L’emploi de ce vocabulaire avait déjà été signalé par d’autres auteurs comme Vincent Rubio, pour qui « il est effectivement saisissant de constater à quel point les individus qui composent notre société sont imprégnés de cette théorie de la foule née dans l’antiquité grecque dont Le Bon a élaboré la parfaite synthèse il y a à présent plus d’un siècle » (2008 : 81).

Là où je vais c’est Cergy et La Défense. J’aime pas trop aller à Châtelet, là bas y’a trop de monde, c’est la foule, j’aime pas la foule. Je sais pas, y’a trop de monde, ça vient dans tous les sens, à droite, à gauche, j’aime pas, y’a des mecs qui font de la tecktonik et tout…Paris j’aime pas trop, c’est des mecs bizarres. Alors qu’à La Défense ou Cergy, c’est que des mecs de quartier qui y travaillent(…) En plus le samedi y’ a moins de monde, y’a des endroits où on peut se poser derrière, on est pas obligé d’être dans la foule (Lycéen, 17 ans).

Moi j’aime pas aller à Rosny pour traîner comme ça, parce que moi j’aime pas traîner, si j’ai quelque chose de concret je vais le faire, mais je vais pas aller traîner comme ça, galérer dans un endroit debout, j’aime pas ça, c’est une perte de temps à rester comme ça debout, donc je vais jamais à Rosny, Châtelet (…) J’aime pas trop la foule, ça dépend dans quel contexte, mais la foule j’aime pas trop. Dans les soirées, ça c’est normal, ça ça va, mais en pleine journée, des gens qui sont là, qui n’ont rien à faire…J’aime pas Châtelet, déjà les gens de là bas, à s’habiller n’importe comment et à faire leur intéressant pour rien, les gens tecktonick tout ça, nous on veut pas voir ça, donc on préfère éviter. Je connais un ami il va à Châtelet, mais c’est pour acheter, traîner non, jamais (Lycéen, 17 ans).

11Percevoir les espaces publics centraux et les rassemblements de personnes qui s’y trouvent comme un espace de collaboration où il est aisé de trouver une place est donc loin d’être naturel. Le risque d’effondrement de la coopération interactionnelle se situe certes toujours en arrière-fond des travaux de Goffman : malaises occasionnés par les contacts mixtes entre normaux et stigmatisés, embarras éprouvé régulièrement par un des acteurs de l’interaction… Néanmoins, à de rares exceptions près (Breviglieri, 2007), le thème de l’apprentissage est complètement absent des travaux sur les espaces publics urbains. Constater l’emploi d’un vocabulaire anxiogène vis-à-vis de la foule chez certains adolescents n’est alors qu’une première étape de recherche. Celle-ci doit alors être complétée par la compréhension du non usage de ce vocabulaire par les autres jeunes Plus largement, comment expliquer le rapport différencié entretenu par ces adolescents aux rassemblements de personnes dans les espaces publics urbains ? Nous avons une acception large de ces espaces publics, qui incluent selon nous autant l’espace des transports en commun que des lieux de mobilité divers (notamment Châtelet, les Champs Elysées, les grands centres commerciaux de banlieue comme Rosny ou La Défense). Les deux extraits d’entretien cités précédemment montrent ainsi bien que l’emploi du terme de « foule » par les adolescents peut porter sur des rassemblements urbains variés. Le jugement porté sur ces rassemblements dépend ainsi très fortement de la fréquentation et des qualités des lieux où ils prennent place. La perception qu’ont les adolescents des différents lieux fréquentés, dans leur matérialité et leur sensorialité, devra donc être examinée avec soin.

Foule lieu de tension potentielle, d’indifférence, de menace ou d’anonymat ?

12Les adolescents de quartiers populaires d’Ile de France développent quatre grandes perceptions idéales typiques des rassemblements de personnes dans les espaces publics urbains. Certains adolescents se caractérisent tout d’abord par une vision de la foule urbaine et de son anonymat comme une source d’animation et de tension potentielles qu’ils opposent à la « galère » régnant sur le lieu de résidence. L’invisibilité qu’elle procure permet une confrontation plus ou moins conflictuelle avec les autres adolescents (séduction, raillerie, agression plus ou moins bon enfant), sans trop risquer d’être contrôlé voire interpellé par la police. D’autres adolescents développent pour leur part une véritable phobie vis-à-vis des foules urbaines. Ils considèrent cette foule et la présence massive d’inconnus comme une menace, à la fois d’agressions potentielles, mais également de perte d’identité. Une troisième catégorie est constituée d’adolescents se déclarant indifférents aux foules urbaines. Ils privilégient la fréquentation de lieux fermés ou moins fréquentés, dans lesquels ils ont leurs habitudes. Ils ne voient d’intérêt à la fréquentation des foules urbaines que dans des occasions spécifiques comme les grandes festivités du Nouvel An. Enfin, une partie des adolescents utilisent le vocabulaire de l’espace public pour décrire ces rassemblements. Ils valorisent ainsi la présence d’un anonymat et d’une diversité auxquels ils n’ont pas accès sur leur lieu de résidence. Ils aiment se perdre dans la foule, qui leur offre des possibilités de contact, moins conflictuel que pour le premier groupe, avec d’autres adolescents inconnus.

13Ces différentes perceptions des foules urbaines différencient très fortement les adolescents de ZUS. Elles sont cependant en partie contingentes à l’âge, aux conditions de la mobilité ainsi qu’aux qualités des lieux fréquentés. Le retour biographique dans les entretiens et l’évolution de certains jeunes durant l’enquête ethnographique montrent ainsi que ces perceptions peuvent évoluer dans le temps avec très souvent un passage de la « foule tension » à la « foule espace public ». De même, certains adolescents utilisent, dans un même entretien, le vocabulaire de la « foule tension » ou de la « foule espace public » selon les lieux qu’ils fréquentent ou selon qu’ils se soient déplacés en groupe ou non.

La « foule tension »

14Nous désignons tout d’abord par le terme « foule tension » un rapport particulier aux rassemblements urbains chez des adolescents qui y recherchent une animation, qu’ils ne trouvent pas sur le lieu de résidence. Cette recherche d’animation passe en grande partie par la confrontation plus ou moins tendue avec les autres adolescents présents dans ces rassemblements urbains :

Généralement à Rosny on rentre pas dans les magasins. On va au centre commercial, on marche mais on rentre pas trop dans les magasins, celui qui veut acheter un truc il va rentrer avec deux autres personnes, les autres nous on reste dehors. Mais la différence avec notre quartier, c’est que là bas y’a quelque chose à faire, tu galères pas, chez nous c’est la galère t’es posé et tu dis « ben on fait quoi ? », alors que quand tu te déplaces voilà quoi peut- être qu’il y aura une embrouille ou n’importe quoi… Y’a de l’animation.

L’animation elle commence à Rosny ou dès le trajet de bus ?

Non, dès le trajet de bus. Y’a rien de spécial, mais je sais pas, y’a celui qui fout la merde, celui qui… C’est pas tout le monde et c’est gentil, c’est plutôt avec des jeunes de mon âge. Y’en a un qui voit une fille, il va la voir et après il se mange un vent, après voilà. (…) Dans le centre commercial c’est pareil, des fois y’a des embrouilles, si y’a quelqu’un qui fait problème ben on y va. Généralement c’est le regard, mais j’ai des potes ils cherchent un peu, ils marchent à côté du gars, ils le collent lui mettent un coup d’épaule, ils lui rentrent dedans comme ça si le mec il répond…On provoque d’autres mecs de cité, généralement c’est toujours comme ça, on provoque d’autres jeunes. (…) Ca part vite, dès que la première patate elle part c’est bon on rentre dans le délire. Mais bon ça arrive pas trop souvent quand même, ça se passe pas trop souvent, ça arrive pas à chaque fois qu’on y va on va dire. Après les vigiles ils arrivent, ils contrôlent. Des fois après on recroise des groupes avec qui on s’est embrouillé, ben on les regarde et c’est tout. (Collégien, 15 ans).

15Cette recherche d’animation concerne alors la confrontation à trois catégories de jeunes : les filles, les adolescents qui vont être catégorisés « jeunes de cité » et enfin ceux qui vont être catégorisés comme « parisiens » ou « bolos », c’est-à-dire craintifs, exploitables et ne répondant pas aux provocations. Or, cette confrontation ne sera pas la même selon la nature des rassemblements urbains où elle a lieu : les espaces à proximité du quartier de résidence, les grands rassemblements festifs comme le Nouvel An ou le 14 Juillet, dans les grandes centralités commerciales de Paris intra-muros comme Châtelet.

16Le premier type de rassemblements urbains fréquentés par ces adolescents prend place dans des lieux jugés accueillants en raison de leur fréquentation par des jeunes de même origine ethnique et sociale. D’autres caractéristiques rendent également, selon eux, ces lieux hospitaliers : type d’enseigne et de restaurant présents, architecture, présence de personnes du quartier y travaillant. Ces lieux peuvent se situer aux portes de la capitale (marché aux Puces de Porte de Clignancourt, Foire du Trône) mais sont le plus souvent les grandes centralités commerciales situées à proximité du quartier de résidence : Rosny 2 à Rosny, Belle Epine à Thiais, Parinor à Aulnay, les Trois Fontaines à Cergy (Saint Pierre, 2002). Ces centres commerciaux sont fréquentés par de nombreux adolescents du département, qu’ils soient issus des classes moyennes ou des quartiers populaires. Ils offrent alors des occasions de séduction entre filles et garçons, mais également de provocations d’autres adolescents catégorisés comme « jeunes de cité » :

Tu t’es déjà embrouillé pour passer le temps ?

Oui, des fois à Rosny. Je sais pas, quand y’a beaucoup de gens, des fois y’ a quelqu’un il regarde mal, ou y’a quelqu’un il pousse, même sans faire exprès… C’est toujours avec des mecs de cité, parce que les autres, ils font pas ça. Les tecktonick tout ça, ils font pas ça, ils passent, ils calculent pas, ils sont dans leur délire. Les mecs de cité, eux ils calculent. Mais on fait ça quand on est en bande, quand on est tout seul on fait pas. Je sais pas, on voit une autre bande, mais on sait à qui on s’attaque en fait, on va pas s’attaquer à des grands de deux mètres cinq, balèses et tout, on sait à qui on s’attaque en fait, après y’en a un qui pousse…Mais ça a jamais dégénéré, juste quelqu’un une fois il s’est pris un coup de matraque électrique. Par un surveillant de Rosny 2. Souvent, ils nous attrapent avant qu’on fasse, parce qu’on dirait ils ont des caméras dedans, parce qu’ils nous guettent et comme avant de faire ça on fait d’autres trucs, y’a quelqu’un il va dans un magasin et il rigole, ben après on se fait attraper. C’est un peu un jeu, des fois on fait ça juste ça pour les emmerder. Ca passe le temps. Par exemple, quelqu’un il veut acheter des trucs, il a pas de sous, il voit quelqu’un passer il lui dit « t’as pas des sous », et si l’autre il veut pas, ben ça va se battre (…) Ben, si ils ont des grands frères, ben on est là, ils viennent dans la cité, ben on est là et ça part. Soit ils reviennent tout seul et on revient tout seul, soit ils reviennent avec leurs grands frères et nous avec les grands frères. Mais c’est jamais arrivé, parce qu’en général ils savent pas de quelle cité on vient, parce qu’à Rosny y’a tout le monde qui y va, on sait pas de quelle cité ils sont non plus, on va dire on se retrouve jamais (Lycéen 16 ans).

17Cette appropriation ludique des rassemblements urbains situés à proximité du domicile pour en faire des lieux d’animation et de provocation concerne alors également les transports en commun. C’est particulièrement le cas sur les lignes joignant le quartier de résidence et les centralités commerciales à proximité. En effet, sur certains tronçons de lignes et à certains horaires, les jeunes savent qu’ils ont peu de risque de se faire contrôler et investissent le lieu en nombre. Ce savoir est d’ailleurs partagé par l’opérateur de transport et les autres usagers plus âgés, qui bien souvent évitent de prendre le transport à cet horaire :

J’aime bien aller à Rosny avec mes potes, c’est marrant dans le bus, on y va à 10,11, on prend la moitié du bus, le chauffeur il pête un câble parce qu’on fait trop de bruit, on parle fort et tout, on met la musique, des fois on chante, des fois y’en a même qui danse… C’est marrant, c’est la fête, à chaque fois c’est comme ça. C’est marrant y’a même des fois des gens ils nous connaissent pas ils viennent ils dansent aussi. On rigole, j’aime bien, à l’aller et au retour c’est la même chose. Chaque fois qu’on rentre dans un bus, même si c’est juste pour une station, c’est obligé qu’on mette de la musique (Collégien, 15 ans).

18Le second type de rassemblements urbains dans lesquels ces adolescents aiment à trouver de l’animation sont les grands rassemblements festifs organisés dans les rues de Paris pour la Fête de la Musique, le Quatorze Juillet ou le Nouvel An. L’invisibilité procurée par la foule à cette occasion permet des relations de séduction ou de provocation avec des jeunes d’autres milieux sociaux, sans trop risquer d’être contrôlé voire interpellé par la police ou les vigiles :

Notre délire dans la foule en général, c’est foutre la merde. Pas trop foutre la merde, mais c’est pour s’amuser bien comme il faut. C’est pas bien ce qu’ils font, mais y’en a qui vont casser les couilles aux gens dans le métro, leur poser des questions qu’ils ont pas le droit de poser, y’a des filles ils vont aller la faire chier « ouais donne- moi ton numéro ». Puis après quand on arrive au concert à la fête de la musique, ben on embête des gens, on leur lance des trucs, de l’eau… comme n’importe quelle bande de potes quoi. (…) C’est plutôt les jeunes comme nous qu’on embête, pas les victimes, eux on les laisse tranquille, ou sans ça les filles. Les adultes, nous on les laisse de côté. On drague et on embête. Des fois, on commence à draguer et dès qu’elle commence à foutre un vent, ben là ça commence à devenir embêter. Le mec il va se manger un vent, ben il est pas content de se manger un vent, alors il va l’embêter, pour pas dire casser les couilles. (…) On regarde le spectacle, on danse, y’en a qui vont draguer, nous on rigole, y’en a un il va se manger un grand vent on va rigoler. (…) Par exemple, la nouvelle année avec les potes on a tout fait, vraiment le bordel. On crie « bonne année » partout, on jette des bouteilles… C’est bon enfant, ça a jamais trop dégénéré… Bon après y’a toujours des bagarres, si après y’a un autre groupe de jeunes qu’est chaud, ben on va pas rigoler avec eux (Lycéen, 17 ans).

Le premier Janvier on est allé sur les Champs. J’aime bien, y’a une bonne ambiance, tu peux taper de partout, après y’a tellement de monde qu’ils savent pas c’est qui, ça fait rigoler. Même si par exemple tu te manges un coup par derrière, t’es tellement heureux comme c’est le premier janvier qu’ils disent rien. Dès que je me mangeais un coup nous on le coursait mais y’avait des gens ils disaient rien, c’était les gens de Paris et tout, ils étaient là on mettait des coups par derrière et ils disaient rien, ils rigolaient, ils étaient heureux. C’était marrant, c’était des vrais coups, on leur mettait des coups par derrière, ils tombaient par terre et ils rigolaient. Ils étaient sous l’effet de…, ils étaient bourrés, ils étaient mal quoi. C’était des gens de Paris ça se voyait, avec les vestes longues et tout. Ils étaient en train de danser au milieu de la rue, ils dansaient et on leur mettait des coups de pompe, après ils tombaient par terre et après ils se relevaient ils dansaient. Ils s’énervaient pas, on dirait ils avaient peur, ils voulaient pas venir alors qu’ils savaient très bien que c’était nous, ils rigolaient. Nous on marchait, on marchait, en fait on a fait tous les Champs en marchant. (Lycéen, 16 ans).

19Cette invisibilité procurée par ces grands rassemblements festifs tranche selon eux avec le sentiment qu’ils ont habituellement de ne pas être les bienvenus dans les grandes centralités de Paris intra-muros. Ce sentiment concerne prioritairement le centre commercial des Halles et ses environs :

Je me sentais pas à ma place à Châtelet. J’avais vraiment l’impression que ça se voyait trop que je venais pas d’ici. En fait quand je marchais dans la rue et que je regardais les gens autour de moi, j’avais l’impression que sur ma tête y’avait marqué que je venais pas d’ici. Peut être que ça se voyait pas, mais c’était une impression que j’avais… Je me sentais pas forcément mal à l’aise, mais ça me faisait bizarre, déjà les gens ils me regardaient bizarrement, j’avais cette impression là. Y’en avait certain ça se voyait dans le regard, on avait vraiment l’impression qu’ils savaient qu’on était pas d’ici (Collégienne, 15 ans).

20Contrairement à d’autres adolescents (voir supra), ils ne sont pas sensibles et ne se reconnaissent pas dans la diversité de styles vestimentaires présente dans ces lieux :

J’aime pas traîner là-bas c’est tout. A Châtelet, si t’es pas gothique ou tecktonick, ben les mecs ils te regardent bizarre. C’est quoi ces conneries ? J’y suis allé il y a deux semaines, j’ai vu trente gars gothiques qui marchaient comme ça. C’est pas que j’aime pas, ils font ce qu’ils veulent, mais je préfère les éviter, je vais pas là-bas (Lycéen, 17 ans).

21En conséquence, ces adolescents développent une cartographie des rassemblements urbains extérieurs au quartier reposant sur une vision d’un monde urbain clivé. Ils distinguent ainsi les lieux fréquentés par des jeunes de même origine géographique, sociale et ethnique qu’eux, et les lieux fréquentés par les autres citadins, en particulier les adolescents de Paris intra muros. Il est d’ailleurs symptomatique qu’ils décrivent de la même manière les « parisiens » et les « bolos » (expression qui désigne au départ les personnes étrangères à la cité venues s’y fournir en drogue ou en vêtements) : craintifs, exploitables et ne répondant pas aux provocations. Ils trouvent des indices de ce clivage dans le style vestimentaire et le comportement :

Les jeunes aussi là-bas ils s’habillent bizarre. Ils ont des manières bizarres de s’habiller. Comme à Châtelet, y’a les gothiques et tout, on dirait qu’ils ont tous un problème dans leur tête en fait. Dans les cités il va passer pour un débile le mec avec les jeans serrés, les longues coupes on dirait des filles.

Comment tu vois qu’un mec il vient de cité ?

La manière de s’habiller. Dans les cités c’est un peu large et à Paris c’est serré, ils se prennent pour des filles je crois (rires). (Lycéen, 16 ans)

Quand vous bougez à Paris, comment tu vois les autres jeunes ?

C’est des bolos on va dire.

Comment tu vois qu’un mec c’est un bolos ?

Je sais pas, sa tête, la manière de parler, façon de s’habiller, tout ça quoi. Tout ce qui est tecktonick par exemple. Voilà bolos c’est des gens ils ont peur de parler, par exemple y’en a un qui marche, il répond pas c’est « vas y casses toi bolos », tu le provoques il répond pas (Collégien 15 ans).

22Cette conscience forte des clivages entre jeunes dans les rassemblements urbains recoupe deux phénomènes : d’une part un fort sentiment d’appartenance au quartier de résidence, en raison notamment de la forte sociabilité amicale qui y règne ; mais d’autre part une conscience aigue de la ségrégation, entendue ici comme une concentration résidentielle dans leur quartier d’adolescents de même origine ethnique et sociale. Cette conscience s’actualiserait alors dans leurs déplacements lors d’interactions avec des citadins d’un autre milieu social. Ces derniers leur feraient sentir qu’ils ne sont pas forcément les bienvenus, en raison du triple stigmate, social, ethnique et d’âge, dont ils sont porteurs. Différents indices leur font sentir cette hostilité : regards désobligeants, jugement agressif sur le comportement en particulier l’écoute de musique et l’appropriation du train, refus de s’engager dans des interactions :

On pourrait pas débarquer avec ma bande de potes à Paris. Ca c’est clair et net. Ca serait mal vu, une bande de six noirs et arabes, qui ont des capuches alors qu’il pleut pas, ça serait mal vu. En plus avec des baggys, ou avec des joggings, ils se disent…voilà quoi.

Si c’est par rapport aux vêtements, ce regard négatif il peut venir de personnes noires également ?

Ca serait plus des blancs qui diraient ça, mais même si je rencontre des noirs à Paris forcément, les noirs ils ont l’air vraiment « bien », ils marchent normalement, ils parlent bien, ils sont bien habillés…donc c’est pas des noirs de cité, y’a une grosse différence.

Toi tu te sens plus proche de qui ?

Clairement « noir de cité ». C’est encore par rapport aux blancs on va dire. Un « noir de Paris », un blanc il passe à côté il continue comme ça (NDLR : mime une trajectoire rectiligne), alors qu’avec un « noir de cité », ils passeront comme ça (NDLR : mime l’évitement), le blanc il le regardera comme ça, il le regardera mal. Même encore à cinq kilomètres, il se retournera encore pour dire « il fait quoi là lui ? », ça tu le sens clairement (…)C’est pareil l’autre fois on est allé acheter PES 2006 à Virgin avec ma soeur, à Paris sur les Champs, , on a fini d’acheter et on est sorti du magasin, le vigile c’était un blanc, il nous dit « madame, je peux vérifier ? », on dit « oui bien sur », il regarde normal, le ticket de caisse tout est en règle normal, on se dit qu’il fait son métier et tout, mais moi j’ai regardé derrière y’a un autre mec il est passé et le vigile a pas vérifié. Et le mec c’était un blanc, comme quoi on est trois noirs et ça pose problème. Donc tu vois, moi net quand je vais à Paris, je me sens dans ma bulle, dans mon cocon, j’essaie de passer inaperçu, parce que je sais après forcément j’aurais des problèmes de discrimination. Même durant le trajet de métro, je sais qu’il y aura quelque chose à Paris, je pense déjà aux choses que je vais dire aux vigiles pour qu’ils me laissent rentrer dans les magasins, je sais que je vais devoir faire face à ces situations (Lycéen, 17 ans).

23Ces adolescents ont alors fortement conscience de l’image qu’ils dégagent et de la méfiance qu’ils suscitent. Ils peuvent toutefois en jouer dans une posture agressive et une mise en scène de soi, de sa virilité et de sa résidence en ZUS, qui n’est pas forcément possible dans leur quartier par peur des réactions des jeunes plus âgés. Ce triple stigmate est renforcé dans les interactions avec les veilleurs d’espaces (vigiles, contrôleurs, mais surtout les policiers) soupçonnés de vouloir entraver leur mobilité en adoptant des comportements spécifiques à leur égard :

Y’a trop de contrôles de police, quand on est aux Champs et qu’on est quinze, vingt, ben direct on se fait contrôler. Direct, dès qu’on sort du métro en général, on marche dix minutes et ça y’est on se fait contrôler. Du coup on va rarement aux Champs Elysées ou on y va à moins. Quand vraiment, genre c’est le jour de l’An, ben on y va, là on y est allé cette année, c’était bien, y’avait beaucoup de monde, bon ils nous ont saoulé quand même, on marchait et ils sont arrivés à 150 ils nous ont entouré, les CRS, ils commençaient à nous insulter, à nous mettre des baffes, ils nous embrouillaient en fait et ils attendaient juste qu’on réagisse, et vu que nous on savait que si on réagit c’était foutu, ben on parlait pas on parlait pas, on restait comme ça tranquille. En fait ils provoquent pour pouvoir intervenir, parce que si on les tape pas après ils peuvent rien faire. Ils nous ont dit « rentrez dans vos cités bande de cons, nanana », ils nous disent « contre le mur, contre le mur », ils nous mettent contre le mur et dès qu’on est contre le mur ils nous mettent des baffes de derrière. Ils disent « bande de cons, vous faîtes quoi ici ? »(…) En fait c’est surtout dans les lieux touristiques. Je sais pas pourquoi, mais je crois que c’est parce que sur les Champs Elysées y’a pas souvent des groupes de jeunes qui viennent, vraiment des groupes de jeunes, donc ça fait ils se disent « on vient là pour faire des trucs », alors que nous on est venu pour se balader, mais eux ils se disent qu’on est venu faire des arrachés ou je sais pas, donc ça fait ils préfèrent prévoir. Ca fait ils nous contrôlent comme pour dire « on est là, on est là alors faites pas de conneries », après ils nous laissent, mais après s’ils nous revoient par exemple, ça peut être une heure ou deux après, ben ils nous recontrôlent, une autre patrouille, pour nous faire comprendre qu’il faut pas qu’on reste. Ils attendent qu’on réagisse, par exemple ils nous mettent une baffe et ils attendent qu’on riposte comme ça ils nous sautent tous dessus. C’est pour ça qu’il faut être intelligent (Lycéen, 17 ans).

24Cette hostilité qu’ils perçoivent de la part d’autres citadins et des veilleurs d’espace les conduit alors à vivre leur présence dans certaines foules urbaines comme une épreuve. La mobilité en groupe peut certes les aider à surmonter cette épreuve, mais ils minimisent bien souvent leur fréquentation de ces foules et privilégient les lieux où ils se sentent davantage les bienvenus. Cette vision d’un monde urbain clivé sur des variables sociales et ethniques est alors beaucoup moins présente dans les trois autres grandes catégories d’adolescents de catégorie populaire que nous allons maintenant présenter.

La « foule indifférente »

25La « foule indifférente » constitue le second grand type de rapport aux rassemblements urbains chez les adolescents de quartier populaire. Ils essaient de minimiser leur fréquentation des grands rassemblements urbains et n’y recherchent pas des occasions de rencontre. La présence dans des lieux très fréquentés est alors simplement vue comme fonctionnelle, conséquence la plupart du temps d’un achat ou d’une sortie entre amis :

Des fois quand je vais à Châtelet, y’a trop de monde c’est pas très… on est pas très à l’aise, serré et tout. Moi quand je vais là bas c’est pour acheter des vêtements, pas trop pour me promener ou pour faire des rencontres, quand je veux me promener c’est dans mon quartier. A Châtelet, on va acheter des vêtements, je regarde les vêtements pas les gens. Moi j’aime pas sortir et m’ennuyer, je préfère aller dans un endroit précis, faire ce que j’ai à faire, et après je rentre chez moi. J’aime pas me promener comme ça, j’ai rien à faire, ça arrive quelque fois mais c’est rare, quand j’ai pas envie de rester chez moi ma copine elle dit « viens on sort », après on sort on a un peu d’argent. Je peux sortir, me promener, mais je vais faire quelque chose, je vais pas prendre le métro comme ça, faut que j’aille acheter des vêtements, quelque chose de précis. Quand y’a pas de but précis c’est dans mon quartier. Je vais chez mes amis, j’appelle ou elles m’appellent (Lycéenne, 15 ans).

26Ces adolescents se déplacent généralement pour exercer une passion (danse hip hop, mangas, musique…) qui les a amenés à sortir de leur quartier et à fréquenter des adolescents d’autres origines géographiques et sociales. Cette passion a structuré fortement leur mobilité, au sens où leurs déplacements ne sauraient être que fonctionnels : l’usage de l’espace extérieur au quartier est dévolu uniquement à l’exercice de la passion ou d’activités en compagnie de personnes rencontrées dans le cadre de celle-ci. À l’exception des grands rassemblements festifs décrits précédemment (14 Juillet, Nouvel An…), ils n’aiment ainsi guère passer du temps à flâner et à se perdre dans les foules urbaines. De la même manière, ils ne voient dans les déplacements en transports commun qu’une simple fonctionnalité et ils s’accommodent de la co-présence avec les autres usagers plus qu’ils ne l’apprécient. Ces adolescents se projettent alors vers une mobilité en voiture et rejettent très fortement la promiscuité du métro et du RER :

J’écoute de la musique dans le métro. En fait, je suis pas patiente, quand je vais quelque part je veux direct y aller, que ça se termine et tout. Le trajet il me saoule en plus, il faut pas venir me parler, si on me parle je vais m’énerver, des fois y’a des gens ils viennent, ils accostent et tout ça, et c’est trop saoulant. Parce que sinon moi je me retourne et je pars quand c’est comme ça, mais quand on est dans le métro forcément on est trop gênés. Ils viennent « ouais ouais t’as pas un numéro et tout », après ça me saoule, je me lève je me déplace. Donc voilà, parce que déjà je suis grave énervée parce que j’aime pas le métro, en plus après on vient on me saoule, ça m’énerve quoi (Lycéenne, 16 ans).

La « foule menace »

27Le troisième rapport aux rassemblements urbains, la « foule menace », concerne des adolescents qui sont non pas indifférents aux foules, mais en ont une profonde phobie. Ils expliquent cette phobie par le sentiment d’étouffer dans les grands rassemblements et surtout la crainte d’agressions et de contacts avec des individus louches. Cette peur a la plupart du temps été transmise par des parents qui encadrent très fortement la mobilité de leurs enfants et ne les autorisent que très rarement à sortir du quartier de résidence :

Ma mère elle veut pas que j’aille à Paris, ça lui dit rien. J’ai la carte Imagin’R mais elle veut pas que j’y aille, elle aime pas Paris, elle a pas confiance (…) La carte Imagin’R je l’ai depuis cette année, mais je l’attendais pas vraiment non plus avec impatience, j’aime pas les transports en fait aussi. J’aime pas prendre les transports, j’ai pas confiance y’a toujours soit des pervers soit des gens bizarres…

Et y’a des transports où tu te sens plus à l’aise ?

Le tram et le bus. Le métro je le prends jamais, faut pas que je sois tout seul pour prendre le métro, le RER encore moins. C’est le tram que je préfère, alors que le métro j’aime pas, quand je descends en bas j’ai peur, je me sens pas en confiance. Y’a plein de pervers, des gens qui viennent t’accoster pour rien, soit qui t’agressent. J’ai peur de ça en fait.

Tu l’as déjà pris ?

Ouais. Avec des copines. Elles elles ont confiance, elles vont partout elles, elles s’en foutent. Quand elles partent, je vais avec elles, mais j’ai pas confiance. Mais j’ai une pote elle a une gazeuse sur elle, donc ça va maintenant on est en confiance (rires). Elle l’a achetée spécial pour ça. (…) Mais bon le métro quand je suis avec mes potes ça va, on rigole, je pense pas à que je vais me faire agresser et tout, parce qu’elles savent comment faire pour pas que je pense à ça, mais sinon non j’aime pas le métro.

Et Paris ?

Je suis pas trop à l’aise, parce que j’aime pas Paris non plus, je sais pas j’aime pas j’ai confiance nulle part sauf à la campagne parce que y’a personne » (Lycéenne, 16 ans).

28Cette peur des rassemblements urbains concerne principalement les mobilités vers Paris. Elle se cristallise alors très fortement sur les transports en commun, notamment le métro et le RER.

29Ceux-ci, lieux de promiscuité et de contacts physiques, matérialisent en effet les craintes d’agression. L’emploi du bus est au contraire beaucoup moins anxiogène, en raison de la présence du conducteur et du sentiment de pouvoir quitter ce lieu plus facilement à tout moment.

Déjà j’aime pas le métro, parce que chaque fois que j’y vais, je rencontre des gens bizarres. Des vieux qui m’accostent alors qu’ils sont bourrés, ça m’est même arrivé en journée, ou des jeunes. Y’en a même un carrément, on était dans le métro et il me regardait, il devait avoir 35, 40 ans et quand le métro il s’est arrêté, je me lève pour sortir, il commence à me suivre et à me toucher, j’ai hurlé, y’a tout le monde qui me regardait j’ai fait un cinéma dans le métro. C’était à Gare du Nord. J’ai commencé à crier, à l’engueuler, y’avait tout le monde qui regardait, « tu me touches pas toi, t’es fou, qu’est-ce que tu mets tes mains sur moi »… et il répondait pas, il regardait par terre et il répondait pas. C’est pour ça que j’aime pas le métro, chaque fois que j’y vais il m’arrive quelque chose. Je le prends une fois par mois, mais c’est quand je suis obligée de le prendre que je le prends, par exemple si je peux y aller en bus je vais y aller en bus, je préfère le bus. En plus le métro c’est souterrain. Les gens ils sont bizarres dedans (Lycéenne, 16 ans).

La « foule espace public »

30Au contraire du rapport précédent, un dernier groupe d’adolescents témoigne d’une forte attraction pour les rassemblements urbains. Ils utilisent pour décrire ces rassemblements un vocabulaire très proche de celui employé par Isaac Joseph sur les espaces publics. C’est la raison pour laquelle nous avons nommé ce rapport « la foule espace public ». Ces adolescents apprécient fortement les rassemblements dans les grandes centralités commerciales métropolitaines, en particulier autour du forum des Halles à Châtelet. Certains d’entre eux aiment également se rendre dans le quartier de Trocadéro, en raison des nombreux spectacles de rue qui s’y tiennent. Ces rassemblements permettent d’après les adolescents une coupure avec le quartier de résidence en offrant anonymat, diversité de fréquentation et possibilités de rencontre. En effet, ils sont tout d’abord le lieu d’une mise en scène de soi, les jeunes adoptant, grâce à l’anonymat, des comportements non tolérés dans le quartier de résidence :

J’aime bien faire la folle, sur Paris genre je me la pète et tout « ouais regardez-moi », des trucs comme ça…Je me mets en scène, parce que j’ai pas trop l’habitude de faire ça chez moi, parce que j’aime pas faire ça chez moi, donc quand je sors, je me lâche un peu. Parce que si chez moi je fais ça, voilà la réputation (rires), alors que sur Paris personne ne me connaît. J’aime bien la foule. J’aime bien, les gens ils passent tu les regardes, eux ils te regardent même pas, des trucs comme ça c’est bien. Y’a beaucoup de personnes, des trucs comme ça. Alors que dans mon quartier le pire, c’est qu’on voit toujours les mêmes personnes, tout le temps, c’est ça le problème tout le temps les mêmes personnes (Lycéenne, 17 ans).

31De manière concomitante, la présence de nombreux citadins anonymes empêche selon les jeunes une appropriation du lieu comme dans les centres commerciaux à proximité du quartier de résidence. Les tensions avec les autres jeunes y sont alors moins nombreuses :

En général à Châtelet on s’embrouille pas, parce qu’on est plein, donc les gens ils ont pas trop envie de s’embrouiller. Et puis à Châtelet on a pas envie de s’afficher aussi, parce que y’a trop de monde. Je sais pas, pour moi se bagarrer pour des vieux trucs comme ça, ça fait guignol. A Châtelet y’a pas trop d’embrouilles parce qu’en fait Châtelet ça appartient à personne. Alors que par exemple Belle Epine c’est à Thiais, donc les mecs de Thiais ils vont faire « vas-y, qu’est-ce que tu fais là ? »… alors que Châtelet ça appartient à personne. Alors que si y’a des mecs qui viennent au Carrefour dans notre ville et qui commencent à foutre la merde et tout, nous on est là, ils nous manquent de respect d’un côté, donc genre on va aller les embrouille. Je sais pas comment expliquer, par exemple s’ils nous regardent mal on va faire « comment ça ils nous regardent mal, on est dans notre ville, il est fou lui, alors qu’à Châtelet non (Lycéen, 17 ans).

32Cette valorisation de l’anonymat dans les foules urbaines va alors de pair avec celui de la diversité de population et de styles vestimentaires que les adolescents peuvent y trouver, notamment chez les jeunes. Cette mise en scène de différents styles à l’intérieur des foules permet alors de suspendre le temps d’un après-midi les catégorisations liées à l’origine ethnique et sociale et d’être inclus dans la catégorie plus large des « jeunes » (Hass, 2008) :

Moi j’aime bien la diversité, au contraire c’est bien ça change, genre ma cousine la dernière fois elle avait vu une gothique avec plein de piercings, elle a fait « oh c’est moche », elle a commencé à rigoler, mais je lui ai dit « non c’est normal, ça peut faire beau, si elle s’habille comme ça c’est qu’elle aime bien. Elle peut te regarder et se foutre de toi aussi… », j’aime pas juger et j’aime bien voir des choses que je vois pas chez moi (Lycéenne, 17 ans).

Moi j’aime bien aller à Châtelet, là où les jeunes d’aujourd’hui ils vont traîner. C’est pour ça que j’y vais. La première fois que je suis allé là bas, j’étais content, parce que je savais que tout le monde traînait sur Paris, donc j’étais un peu excité. C’était bien. Châtelet je sais pas comment l’expliquer, mais c’est un endroit où tout le monde va, tous les jeunes de mon âge ils y vont. Ca se voit quand on va là bas, quand on arrive là bas y’a des endroits où y’a que des jeunes… L’endroit où on va, là où il y a les magasins de vêtements, ben y’a que des jeunes de mon âge là bas. Des jeunes qui traînent avec leurs amis tout ça. C’est bien, je sais pas comment expliquer. C’est la foule, je crois (Lycéen, 16 ans).

33Contrairement aux autres adolescents présentés précédemment, les foules urbaines sont alors perçues comme des lieux de flânerie et de rencontres éphémères avec des anonymes, que cela débouche ou non sur des relations amoureuses ou amicales plus durables. Elles offrent de ce fait la possibilité de s’adonner aux joies de la conversation avec un inconnu sans à avoir à dévoiler l’intégrité de son être comme ont pu le souligner chacun à leur manière Tarde et Simmel :

J’aime trop aller à Châtelet, c’est trop bien là bas, y’a trop de monde, de gens différents. Tu te poses sur la place, et là y’a mêmes des gens que tu connais pas qui viennent te parler. C’est bien, tu parles avec eux dix minutes et des fois après tu les croises, tu te dis bonjour, même si on échange pas les numéros de portable (Collégienne, 17 ans).

34Alors que les deux groupes précédents voyaient dans les foules urbaines soit une menace soit un lieu de tension potentielle avec d’autres jeunes, ces adolescents trouvent même des opportunités ludiques dans ces grands rassemblements :

Moi c’est ça que j’aime bien dans la foule, des fois j’aime bien esquiver les gens tu vois, parce que des fois y’a des gens ils sont énervés « vas-y je bouge pas, je marche et si y’a une personne qui vient je la bouscule », moi j’aime bien esquiver, je marche vite et quand la personne elle arrive je l’esquive.

Des fois je marche et on me bouscule, c’est pas grave, à part si vraiment la personne elle a fait exprès, là… (Collégien, 15 ans).

35Ces différentes qualités des foules urbaines autour du Forum des Halles –anonymat, diversité et rencontres- se retrouvent selon eux également dans les transports en commun. Les trajets en transports sont ainsi présentés comme une activité en soi, en raison notamment des contacts qu’ils occasionnent. Certains adolescents prennent ainsi par exemple le métro ou le RER sans but précis car cela leur permet d’accéder à la diversité urbaine :

Le métro c’est ce que je préfère. Il t’emmène plus loin déjà, j’aime bien voir les gens dans le métro aussi. J’aime bien les trajets dans le métro, tu rencontres plein de gens différents dans le métro, j’aime bien regarder les gens, voir de la nouveauté. Je suis avec mes copines, on rigole, on regarde les gens. On aime bien voir des gens différents, à Paris ils vivent pas forcément pareil que nous (Lycéenne, 15 ans).

36Comment expliquer alors que seule une partie des adolescents de quartiers populaires perçoivent les foules urbaines sous la forme d’un public alors que d’autres vont y voir une menace ou un lieu de tension ?

Le rapport au quartier et l’apprentissage de la mobilité : deux variables clés pour comprendre le rapport des adolescents à la foule urbaine

37Le rapport des adolescents aux foules urbaines ne dépend pas que de l’âge, du contexte des déplacements et des lieux fréquentés. Il doit également être mis en relation avec deux grandes variables interdépendantes : le rapport au quartier de résidence et les modalités d’apprentissage de la mobilité. En effet, les adolescents de ZUS se différencient par trois grandes postures vis-à-vis de leur quartier, allant d’une attirance très forte au rejet en passant par une présence ponctuelle dans l’espace public de résidence. D’autre part, ils n’ont pas appris à se déplacer de la même manière : entre pairs à l’entrée au collège, entre pairs vers quatorze ans, tout seul, accompagné par les cousins ou les parents…Cet apprentissage est ainsi fortement influencé par l’éloignement aux transports en commun et les dispositions parentales vis-à-vis de la mobilité. Le croisement de ces deux variables nous donne alors différents groupes qui vont entretenir les rapports aux foules urbaines décrits précédemment. Ces différents groupes ne sont pas indépendants du genre et de l’origine sociale, mais ils ne s’y réduisent pas.

38La « foule tension » correspond ainsi à un groupe d’adolescents témoignant d’une forte insertion dans le quartier de résidence et d’un apprentissage précoce de la mobilité en groupe.

39La « foule menace » correspond à des adolescents qui rejettent leur quartier de résidence mais dont les parents ne favorisent pas les sorties hors du quartier et encadrent très fortement la mobilité. La « foule indifférente » concerne des adolescents présents épisodiquement dans le quartier de résidence, mais qui s’en sont éloignés en raison d’une passion. C’est grâce à cette passion qu’ils ont appris à se déplacer en dehors de leur quartier.

40Nous allons pour notre part nous intéresser plus précisément aux adolescents qui se caractérisent par un rapport aux rassemblements urbains du type « foule espace public ». Ces adolescents ne partagent pas tous le même rapport au quartier et par extension le même apprentissage de la mobilité. Trois grands groupes d’adolescents entretiennent alors un rapport « foule espace public » vis-à-vis des grands rassemblements urbains. D’une part, le groupe assez atypique des adolescents migrants primo arrivants, appelés « blédards » par les autres jeunes. Ces adolescents témoignent souvent un fort attachement au quartier de résidence malgré le temps qui leur a été nécessaire pour s’y faire une place. Ils ne connaissaient personne dans leur quartier lors des premiers mois de leur arrivée en France. Ils ont dû alors apprendre à se déplacer de manière autonome et à se confronter par là à la cohabitation avec les autres citadins. Les cousins déjà présents en France jouent alors un rôle fondamental en accompagnant les premiers pas du jeune dans la ville. Ces premiers pas se font le plus souvent dans les grandes centralités métropolitaines comme les Halles, dans lesquels ils disent pouvoir expérimenter une liberté et diversité de fréquentations auxquelles ils n’avaient pas forcément accès dans leur pays :

Châtelet j’aime bien parce que là-bas y’a trop de monde, j’aime bien le monde. Y’a trop de monde, c’est abusé, mais c’est ça qu’est bien. J’aime bien voir les autres jeunes.

Comment tu vois les autres jeunes là-bas ?

Ils font bien, parce qu’ils font leur jeunesse. Chacun son style après. Y’a quelqu’un qui va trouver que je suis mal habillé, mais après y’a quelqu’un qui va trouver que je suis trop beau aussi. Ca dépend des gens. Moi, mon style c’est beau gosse (rires). L’important c’est de vivre sa jeunesse. Et en France les jeunes ils vivent leur jeunesse, c’est plus facile qu’en Afrique (Collégien, 17 ans).

41Le second groupe d’adolescents qui se caractérisent par un rapport « foule espace public » aux rassemblements urbains est constitué par des adolescents qui rejettent leur quartier de résidence. Ce rejet est motivé principalement par le poids des rumeurs et du fort contrôle social qui règnent dans le quartier. Leurs sorties hors du quartier sont alors encouragées par leurs parents. Ceux-ci ont une vision positive de la mobilité et exhortent leurs enfants à apprendre à se déplacer seul :

Je sais que c’est assez original par rapport aux autres parents de pouvoir bouger comme ça. C’est comme ça dans la famille, mon père à 18 ans il est parti de chez lui, donc y’a toujours le fait qu’il faut sortir, il faut pas rester enfermé, faut s’ouvrir aux autres… Par exemple la première fois où je suis allée en colo j’avais 4 ans, depuis qu’on est toute petites ils veulent que si on est toutes seules on puisse s’en sortir. Pour l’apprentissage du métro ça s’est fait tout seul, je sortais avec ma mère dans le métro et j’ai plus eu peur, pareil quand j’ai dû commencer à prendre le bus tout seul pour aller au collège, ben ça m’a pas posé de problème. Le premier jour de la rentrée c’est sacré ma mère elle est venue, mais le lendemain j’ai pas eu le choix, ma mère elle travaillait, mon père aussi. J’ai pas eu le choix, pour le métro c’était pareil, j’ai dû apprendre à me débrouiller (Lycéenne, 16 ans).

42Ces adolescents ont donc commencé à utiliser les transports en commun vers 12,13 ans. Surtout, ne se sentant guère à l’aise dans leur quartier de résidence, ils ont dû construire leur réseau relationnel hors de chez eux. Ce réseau relationnel est constitué alors de jeunes qui ont déménagé du quartier, ont été rencontrés grâce à Internet ou dans les espaces publics centraux de la capitale.

43Enfin, le dernier groupe est constitué d’adolescents qui se sentent à l’aise dans leur quartier de résidence, mais s’en sont progressivement détaché vers quatorze ans. Ils expliquent ce détachement par une lassitude vis-à-vis de l’ambiance du quartier, trop tournée vers le football, la moto ou les tensions avec les autres jeunes. De même le poids des rumeurs et la difficulté à y construire des relations amoureuses en raison du fort contrôle social qui y règne sont fortement pointés du doigt :

À part l’ambiance moto, comme dans toutes les cités, franchement y’a quoi dans mon quartier ? Y’a rien. Bon, comme j’ai dit, les gens qu’il y a dedans y’a rien à dire, je m’entends bien avec eux, mais pour faire des trucs il faut pas que des gens. C’est ambiance moto et foot, le foot j’ai arrêté et la moto, attends, leur seul truc c’est de faire de la moto. C’est vrai que y’en a ça comble, y’en a faire de la moto tous les jours ça les comble, ça leur va, moi je peux faire une ou deux fois de la moto, après c’est bon mais je vais pas faire ça tous les samedis, je préfère bouger, explorer d’autres trucs » (Lycéen, 17 ans).

44Souvent moins précoces dans leur mobilité que les autres jeunes du quartier, ces adolescents ont donc commencé à explorer la ville dans leur année de troisième, et ont pris goût petit à petit à l’anonymat et à la diversité des foules urbaines qu’ils ne trouvent pas dans leur quartier. Mais cette exploration a supposé un apprentissage des normes de co-présence avec les autres citadins, car la confrontation à l’altérité n’est pas toujours aisée pour des jeunes habitués à la forte interconnaissance qui règne sur le lieu de résidence :

Franchement la première fois qu’on a pris le métro, ça nous a mis une petite pression la première fois, on était sur nos gardes un truc de malade, c’était limite on entendait un mec faire « ah » on lui sautait dessus, on était sur nos gardes quoi. Bon, on connaissait pas, on était des jeunes. On était dans le délire embrouille voilà, dans nos têtes on s’est tous regardé avant de partir, on s’est dit « si y’a un mec qu’essaie de nous embrouiller, on est bref, c’est pas genre…, tout le monde vient ». On se prenait des délires, on croyait trop on allait se faire agresser, s’embrouiller avec d’autres jeunes. Après, on est arrivé à la Villette, on a avancé comme ça, on regardait partout, on savait même pas où on était, on cherchait le parc alors qu’il était juste en face de nous, déjà on se dit « ouais c’est ça le parc ? » on savait même pas que c’était ça, genre on a avancé puis on a vu les toboggans, on a avancé, on a été se poser là, on rigolait et au fur et à mesure des heures on a commencé à s’adapter et à se dire « au final, c’est pas si mal », on a passé une bonne journée et on s’est dit « viens mercredi prochain on y retourne »…Après on est revenu, puis après encore, on va dire qu’on a pris le vice, après ça a été les samedis, les dimanches, tout le temps le Parc de la Villette (…) En fait, on est arrivé là bas, déjà y’avait d’autres groupes de jeunes, donc nous on les regardait et tout. Et en fait, les gens qui venaient c’était pas forcément des gens comme dans notre quartier, c’était des gens de Paris aussi, et nous on voyait les différences, genre y’en avait qu’étaient vraiment petits manteaux et tout, bien, alors que nous c’était les grosses requins, le survêt… Nous on se disait « c’est qui ce bouffon », alors qu’aujourd’hui c’est marrant on commence à prendre le style aussi. Après voilà, on mûrit quoi. Avant j’étais dans le délire embrouille, les mecs de Pantin par exemple on pouvait pas les voir, même entre cités on pouvait pas se voir. J’avoue, j’étais comme ça dans le trip embrouilles, capuche quand je marchais, on était vraiment dans ce délire, y’a un mec de Pantin qui passe voilà… Et après on est sorti, et franchement ça nous a fait vraiment mûrir, parce qu’avant on était vraiment trop dans le délire embrouilles. Alors que maintenant franchement on est normal, on rigole avec les gens, on n’embrouille personne, même depuis qu’on sort franchement on s’est même pas embrouillé une fois. On vanne pas les gens, on discute tranquille et tout, on se fond dans la masse.

Qu’est-ce que ce qui a fait le déclic alors ?

Franchement, c’est de sortir. Dès qu’on est sorti, on a vu vraiment, c’est là qu’après on a pris confiance. On s’ennuyait trop, on s’est dit que c’était toujours pareil, nous on voulait voir aussi ce qu’il y avait à l’extérieur (Lycéen, 17 ans).

45À travers ce long extrait d’entretien, nous voyons émerger le point commun aux trois groupes d’adolescents qui ont un rapport « foule espace public » aux grands rassemblements urbains. Ceux-ci, soit en raison de la non connaissance, du rejet ou de la lassitude vis-à-vis du quartier de résidence, ont été incités à se déplacer hors de celui-ci. Ils ont alors été confrontés à l’altérité des autres citadins et s’y sont petit à petit habitués. Cette confrontation à l’altérité n’est cependant jamais aisée : le passage du familier à l’étrangeté est une épreuve à surmonter. Ce vocabulaire de l’épreuve nous semble d’autant plus adéquat qu’il permet de souligner que les adolescents ne possèdent pas les mêmes atouts pour la surmonter. Nous avons ainsi déjà souligné l’importance des dispositions des parents vis-à-vis de la mobilité des adolescents. De même, certains entretiens ont révélé que le passage de la « foule menace » et la « foule tension » vers la « foule espace public » est possible. Il est cependant relativement éprouvant pour des jeunes qui sont très fortement encadrés par leurs parents ou qui doivent surmonter l’hostilité qu’ils perçoivent chez d’autres citadins. Ce sentiment d’hostilité peut d’ailleurs être amplifié par les discriminations subies par les proches dans le domaine scolaire et professionnel.

46L’enjeu de l’action des différents acteurs qui travaillent avec les jeunes de quartiers populaires (enseignants, travailleurs sociaux, simples citadins croisés durant leurs mobilités) est alors d’accompagner cette découverte de l’altérité afin que ces jeunes ne soient pas effrayés par le tumulte des foules urbaines. Cette découverte de l’altérité est également l’affaire de tout un chacun et ne peut pas se faire que dans un seul sens. Il n’est ainsi pas inutile de rappeler que la description de la foule comme un danger potentiel au 19ème siècle a été portée principalement par une peur de la bourgeoisie face à l’arrivée des masses ouvrières dans les villes (Barrows, 1990). Cet enjeu est d’envergure : comme nous l’avons montré précédemment, le passage de la foule au public était pensé chez des auteurs comme Tarde ou Park dans une double dimension, urbaine et métaphorique. Nul doute alors que si ces jeunes trouvent une place dans les espaces urbains, ils arriveront également plus facilement à se constituer en public et à faire entendre leurs voix dans les arènes publiques.

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Bibliographie

BARROWS, Susanna, 1990, Miroirs déformants : Réflexions sur la foule en France à la fin du 19ème siècle, Paris, Aubier.

BREVIGLIERI, Marc et Vincenzo CICCHELLI, 2007, Adolescences méditerranéennes. L’espace public à petits pas, Paris, L’Harmattan

CEFAI, Daniel, 2007, Pourquoi se mobilise t’on ? Les théories de l’action collective, Paris, La Découverte.

CEFAI, Daniel et Pasquier, Dominique, 2003, Les Sens du public, Paris, PUF.

DEWEY, John, 1927 [2003], Le public et ses problèmes, Pau, Editions Farrago.

HASS, Catherine et Marianne HÉRARD, 2008, « Les Halles lieu d’une seule jeunesse », Annales de la Recherche urbaine, n° 105 : 47-55.

JOSEPH, Isaac, 2001, « Tarde avec Park. À quoi servent les foules ? », Multitudes, n° 7, http ://multitudes.samizdat.net/Tarde-avec-Park.

JOSEPH, Isaac, 1998, Erving Goffman et la microsociologie, Paris, PUF.

JOSEPH, Isaac, 1992, « L’espace public comme lieu de l’action », Annales de la recherche urbaine, n° 57-58 : 210-217.

PARK, Robert, 2007 [1904], La foule et le public. Lyon, Parangon/VS.

RUBIO, Vincent, 2008, « Psychologie des foules, de Gustave le Bon. Un savoir d’arrière-plan », Sociétés, n° 100 :79-89.

SAINT PIERRE, Caroline 2002, La fabrication plurielle de la ville : décideurs et citadins à Cergy Pontoise, Paris, Créaphis.

TARDE, Gabriel, 1989 [1901], L’opinion et la foule. Paris, PUF.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Oppenchaim, « Foules, espaces publics urbains et apprentissage de la co-présence chez les adolescents des quartiers populaires d’Ile de France », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/713

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Auteur

Nicolas Oppenchaim

est agrégé de sciences économiques et sociales et doctorant en sociologie à l‘Université de Paris–Est, au Laboratoire Ville Mobilité Transports (Inrets-Enpc-Umlv). Il travaille sur l‘apprentissage de la mobilité chez les adolescents de quartiers sensibles, l‘imaginaire urbain de ces adolescents et leurs mobilités quotidiennes. Nicolas Oppenchaim is agrégé in Economic and Social Sciences. He is a PhD candidate in Sociology at the Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université de Paris-Est). His research is on the learning process of urban mobility by teenagers in sensible districts, their urban imaginations and their daily mobilities


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