Affaire Charlie hebdo: Les sionistes ont même inventé l’humour ! (The tradition that invented the jealous, wrathful God also produced Jewish humor)

19 janvier, 2015
<em>Cover from an edition of Charlie Hebdo</em>http://resources3.news.com.au/images/2015/01/09/1227180/194155-51b90552-97e8-11e4-a48c-65589599f0ae.jpghttps://i2.wp.com/www.lesobservateurs.ch/wp-content/uploads/2012/04/IslamCaricatureChappatte.jpgFille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? (…) De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Psaumes 22: 2-13
Une femme oublie-t-elle son nourrisson? De montrer sa tendresse au fils de son ventre? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. Esaïe 49: 15
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le  roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire; Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
L’Europe (l’Occident) n’est qu’un ensemble de dictatures pleines d’injustices ; l’humanité entière doit frapper d’une poigne de fer ces fauteurs de troubles si elle veut retrouver sa tranquillité. Si la civilisation islamique avait dirigé l’Occident, on ne serait plus contraint d’assister à ces agissements sauvages indignes même des animaux féroces. (…) La foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre, dans le monde musulman, les gouvernements anti-islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques. L’instauration d’un ordre politique laïque revient à entraver la progression de l’ordre islamique. Tout pouvoir laïque, quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, est forcément un pouvoir athée, oeuvre de Satan ; il est de notre devoir de l’enrayer et de combattre ses effets. Le pouvoir « satanique » ne peut engendrer que la « corruption sur la terre », le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné. Pour ce faire nous n’avons d’autre solution que de renverser tous les gouvernements qui ne reposent pas sur les purs principes islamiques, et sont donc corrompus et corrupteurs ; de démanteler les systèmes administratifs traîtres, pourris, tyranniques et injustes qui les servent. C’est non seulement notre devoir en Iran, mais c’est aussi le devoir de tous les musulmans du monde, dans tous les pays musulmans, de mener la Révolution Politique Islamique à la victoire finale. (…) La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre. Mais que le monde entier sache bien que la suprématie universelle de l’Islam diffère considérablement de l’hégémonie des autres conquérants. Il faut donc que le gouvernement islamique soit d’abord créé sous l’autorité de l’Imam afin qu’il puisse entreprendre cette conquête qui se distinguera des autres guerres de conquête injustes et tyranniques faisant abstraction des principes moraux et civilisateurs de l’Islam. Ayatollah Khomeiny
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
L’employé juif d’un coiffeur parisien va voir son patron et lui dit : « Patron, je dois démissionner ». « Mais pourquoi donc ? » lui répond le patron. « Parce que tous vos employés sont antisémites ! » « Allons bon, mon cher Jean-Claude. Je suis sûr que ce n’est pas vrai. Qu’est ce qui vous fait penser cela ? » « C’est simple, patron. Lorsque je leur dit qu’Hitler a voulu tuer tous les juifs et les coiffeurs… » Le patron l’interrompt : « Mais Jean-Claude, pourquoi les coiffeurs ? » « Vous voyez patron, vous aussi ! » Blague juive
Cela me rappelle le conte du Suisse qui mangeait une omelette au lard un jour maigre, et qui, entendant tonner, s’écria: « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard. » Frédéric II (Lettre à Voltaire du 28 février 1767)
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Site Hérodote
Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer. Evelyn Beatrice Hall
D’abord ils sont venus (…) pour les Juifs (…) mais je n’étais pas juif … Martin Niemöller
 La liberté d’expression est un « droit fondamental. Tuer au nom de Dieu est une « aberration. Mais la liberté d’expression n’autorise pas tout et elle doit s’exercer sans offenser. si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision. (…) Il y a une limite. Chaque religion a sa dignité. (…) Avec la liberté d’expression. Il y a des limites. (…)  Pensons à notre Saint-Barthélémy. (…) Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font un jouet de la religion des autres: ce sont des gens qui provoquent. Pape François
On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse un dessin qui nous fasse marrer avant tout. (…) Les terroristes, ils ont été gamins, ils ont dessiné. Comme nous. Comme tous les gamins. Donc, il y a un moment donné où ils ont perdu leur humour. Ils ont perdu peut-être une espèce d’âme d’enfant qui permet de regarder le monde avec un peu de distance. Parce que c’est ça, Charlie,  c’est regarder le monde aussi avec un peu de distance. Ce n’était pas la Une que les terroristes voulaient qu’on fasse. Parce qu’il y a pas de terroristes là-dedans; il y a juste un homme qui pleure. Un bonhomme qui pleure. C’est Mahomet. Je suis désolé. On l’a encore dessiné Mahomet. mais le mahomet qu’on dessiné, c’est un homme qui pleure. Avant tout. Luz
Evidemment, c’est une référence à la couverture de 2011, le premier drame qu’on a vécu, l’incendie, même si à l’époque, il n’y avait pas eu de morts. Avec cette Une on voulait montrer qu’à un moment donné, on a le droit de tout faire, et de tout refaire, et d’utiliser nos personnages comme on veut. Mahomet, c’est devenu un personnage, un personnage malgré lui dans l’actualité, puisqu’il y a des gens qui parlent en son nom. Luz
Quand on a une pancarte « Je suis Charlie », ça veut dire »vous avez droit au blasphème., vous avez le droit de critiquer ma religion, parce que ce n’est pas grave. Richard Malka (avocat de Charlie hebdo)
Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? Delfil de ton
Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. Wolinsky (cité par Delfil de ton)
The jihadist killing spree in Paris last week (seventeen people murdered, twice as many wounded) has been described as ”France’s 9/11“ by Le Monde, the French liberal daily newspaper. Indeed, just like the American 9/11 fourteen years ago, it was a moment of truth: for France as a nation, for the French political class and — last but certainly not least — for French Jews. The question, however, is not so much whether one sees the truth or not, but rather what one is supposed to do once truth has been seen. America’s instincts after its own 9/11 were sound: it understood that it was in a state of war and that it had to react accordingly, but it wavered about what war to wage and what strategy to follow. As a result, the War On Terror, in spite of considerable American and Western investment, pugnacity, and heroism, has been largely inconclusive and even, in many respects, a failure. Likewise, whatever the emotional or philosophical impact of the present French 9/11, either in France or abroad, it is not clear whether it will translate — or can translate — into adequate policies. (…) The “Charlie effect” coalesced with revulsion about the ensuing Hyper Casher anti-Semitic massacre. And it brought about, for several days, rare moments of near national unanimity: millions of people marched in Paris and other cities, waving three-colored flags and chanting the Marseillaise, France’s national anthem (which is essentially a call to resist barbaric invaders). On January 9, Prime Minister Manuel Valls delivered a passionate speech at the National Assembly, promising both to protect French citizens, including Jews (“without whom France is not France”), and to find, neutralize, and punish jihadist terrorists. He was rewarded with a standing ovation from the entire Assembly and, again, the Marseillaise – something that had not happened for decades. An Odoxa/Le Parisien poll released on January 13 found that 87% of the French said they were “feeling proud“ about being French. Yet, near unanimity is not unanimity. What soon became apparent was that only the Old French (the culturally European and Judeo-Christian French) took part in the vigils and marches and that they were delighted to be together, whereas most New French (the culturally non-European and non-Judeo-Christian immigrant communities) stood aside. (…)  Nine percent of France’s population is Muslim (over six million citizens out of 67 million). Up to 20% of all French citizens or residents under twenty-four are thought to be Muslims, and in some places the numbers seem to be much greater than that. While many Muslims reject jihadism and clearly identify with France as a democratic nation, religious observance is rising quickly in the overall Muslim community, from 36% in 2001 to 42% in 2014. There is evidence that the more observant Muslims are, the more supportive they are of politically radicalized Islam. (…) As of 2014, France was devoting 31.9% of its national wealth to social programs, against an OECD average of 21.6%, whereas aggregated national defense and domestic security credits amounted to less than 10%. Will the socialist Hollande administration be bold enough to reverse priorities and thus act against its own constituency? A similar conundrum may arise regarding Muslim voters: 87% of them voted for Hollande and the socialists in 2012, and were probably instrumental in their victory over Nicolas Sarkozy and the conservatives. Fighting jihadism earnesty may alienate many of them. (…) Many conservatives and centrists are still largely mired in pro-Arab or pro-Muslim delusions inherited from de Gaulle, or too shy to wage war, even on terror. (…) French Jews have been only reinforced in their fears and, Valls’ warm words notwithstanding, feel that they have no future in their country anymore. Many wonder whether millions would have marched for the Hyper Casher massacre victims only.(…) Seven thousand French Jews formally completed the emigration process to Israel in 2014. Thousands have informally moved to Israel. More French Jews are migrating to North America or Australia, or even just to other European countries like Britain, Switzerland, and Germany. Michel Gurfinkiel
The last two such multiple murders carried out by French jihadists were of Jews — last year at the Jewish Museum in Brussels and in 2012 outside the Ozar Hatorah school in Toulouse. Add to that a recent spate of attacks that fortunately did not result in any deaths, and I don’t have to point out the pattern for you. To paraphrase Pastor Martin Niemöller — First they came for the Jews, then they came for the journalists. The choice of targets — Jews and satirical journalists — is inextricably linked, and not only because the most veteran cartoonist murdered in the Charlie Hebdo office on Wednesday morning was Jewish — the 80-year-old Georges Wolinski (though the story of this son of Jewish refugees from Poland and Tunisia who came to live in France at age 12 makes this connection all the more poignant). The existence of a successful, highly visible and well-connected Jewish community in a major European country, as well as an irreverent weekly magazine that routinely lampoons those in power, should never be taken for granted. Neither Jewish life nor a fiercely free press could have flourished so much in France over the last 70 years without an open and liberal-democratic environment nurturing them. Both are symbols of all that is best of the prolonged period of peace and freedom Western Europe has enjoyed in the post-World War II era. That they were both chosen as targets is no coincidence. (…) The jihadists have murdered civilians whose existence had no relevance whatsoever on their lives and communities, but their very presence and identity offended them. It has often been said that the Jews’ situation in any given country is a reliable barometer of the level of democracy and human rights there, and the same is true of the freedom enjoyed by a country’s media. European Jews may be attacked because of anti-Semitism and warped thinking that links them to the Israel-Palestine conflict, and Charlie Hebdo’s journalists were slaughtered because they refused to be cowed and continued to publish cartoons ridiculing Mohammed, as they ridicule the “holy” men of other religions, including Judaism. But above all they have been killed because they embody Western enlightenment, freedom and tolerance. The struggle growing now in the heart of Europe isn’t between Muslims and Jews. (…) It is a struggle between those who continue to believe in the true values of the West and those who find these freedoms to be abhorrent. Whether they be radical Islamists, neo-fascists or nationalist Europhobes, and yes, even though they may hate each other, they have a common cause. Scratch beneath the surface and you will find that they share similar phobias — against Jews, gays, foreigners (to them) and journalists who insist on revealing their true nature and pricking their balloons of self-righteousness. No, Europe is not being taken over by a caliphate, but it is increasingly gripped by forces of intolerance and xenophobia. These forces often oppose each other (and in some dismal cases even a few individual Jews join them in the mistaken belief that if these groups oppose Muslims and claim to support Israel, this somehow cleanses them). But scratch a bit beneath the surface and you will find how similar they are. In any assault on freedom in European history, whether from the right or left, religious fundamentalist or militantly secular, the ancient hatred of the continent’s Jews is always lurking. The only reliable safeguard will always remain democracy. (…) if one thing has been made clear this week in Paris it is that the Jews are not on their own in this. This is a battle on all fronts for a continent’s soul, and as long as European satirists are free to continue sharpening their pens, as the wounded survivors of Charlie Hebdo have promised they will be doing for next week’s edition, Jews will also have a place on the frontline. Anshel Pfeffer
Je suis Charlie » est un slogan de défense et de solidarité. Il renvoie aux rafles. Quand, par exemple, pendant l’occupation, les nazis demandaient « qui est juif ? », on a vu des assemblées entières se lever comme un seul homme. Manière de dire « si vous en arrêtez un, il faudra tous nous arrêter ». C’était l’esprit de résistance. Juif quand on s’en prend aux juifs ; noir quand on s’en prend aux noirs ; musulman quand on s’en prend aux musulmans ; tous ensemble parce qu’on s’en prend aux libertés. Olivier Ravanello
Le contexte des attentats, c’est celui d’un mouvement, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique, ndlr], qui a identifié ce qu’il estime être des fractures culturelles et confessionnelles dans les sociétés européennes – en particulier la France – et qui agit pour que ces fractures soient approfondies, transformées en failles. Le groupe escompte qu’elles se traduiront par des situations de guerre civile entre des populations d’origine musulmane et les «islamophobes», ceux-ci devenant très nombreux à cause des attaques jihadistes. Les populations musulmanes, elles, se radicaliseraient en réaction, jusqu’à considérer les jihadistes comme leurs héros. Cette stratégie a été énoncée en décembre 2004 par Abou Moussab al-Souri, un idéologue syrien dont j’ai traduit les thèses en 2008 dans mon livre Terreur et Martyre. Elle n’a pas pu se mettre en place à l’époque, car il fallait qu’elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur la proximité d’un terrain de jihad et d’entraînement – qui n’existaient pas encore. Aujourd’hui, on a YouTube, Twitter et le champ de bataille syro-irakien à portée de charter. (…) Cibler Charlie Hebdo est beaucoup plus efficace que de se livrer à des attentats aveugles lorsque l’on veut approfondir ces fractures. Daech veut ainsi se présenter comme le défenseur par excellence de l’islam offensé – à la manière de Khomeiny avec sa fatwa du 14 février 1989 contre les Versets sataniques. Tuer des dessinateurs accusés d’avoir insulté et blasphémé le Prophète permet d’espérer conquérir une frange de sympathie plus large : les caricatures ont heurté non seulement les salafistes, mais aussi beaucoup de simples musulmans pieux. A l’inverse, la rhétorique jihadiste clamant que les femmes et les enfants victimes d’attentats aveugles n’avaient qu’à ne pas se trouver là, qu’ils ne sont en somme que des victimes collatérales nécessaires, ne convainc que les cercles restreints déjà radicalisés. (…) Coulibaly l’a pourtant proclamé dans sa vidéo «Soldat de l’islam», mais il y a eu un glissement sémantique entre les deux attaques, et la seconde a, paradoxalement, diminué l’impact idéologique de la première auprès des sympathisants potentiels. Il y a eu un basculement vendredi lorsque la prise d’otages a débuté – au moment où les imams faisaient leur sermon dans les mosquées et où les juifs pratiquants se préparaient pour le shabbat, instant de tension symbolique hebdomadaire dans notre République laïque. Soudain, dans la zone grise de ceux qui, déplorant certes les meurtres, laissaient entendre que, quand même, ceux qui avaient caricaturé le Prophète l’avaient bien cherché, il y a eu un sentiment d’inquiétude qui m’a rappelé ce qu’on avait vu à l’époque de la guerre civile algérienne avec l’affaire Kelkal : alors, en dépit d’un certain nombre de jeunes d’origine algérienne qui détestaient le pouvoir d’Alger et sympathisaient avec le Front islamique du salut, l’extension du conflit en France avait été bloquée. A partir du moment où le Groupe islamique armé avait commis des exactions en France, toute une partie de la population concernée – les parents notamment – avait senti le risque de perdre tout ce qu’elle avait bâti ici, et les réseaux communautaires, nombre d’imams en interaction avec les autorités, avaient mis les trublions au pas. C’est ce qui nous a permis de vivre sans attentats durant seize ans – en particulier après le 11 Septembre – et cela jusqu’à l’affaire Merah de 2012. L’assassinat d’otages juifs dans l’Hyper Cacher a une résonance beaucoup plus forte en termes de vie quotidienne. Beaucoup ont compris tout d’un coup qu’il y avait désormais péril en la demeure pour eux-mêmes. La société musulmane en France a changé depuis la guerre civile algérienne des années 90. La génération des pères, des «darons», n’est plus aux manettes. Les manettes sont désormais, pour les plus religieux, entre les mains de quadras qui ont réussi, notamment ceux que j’appelle les entrepreneurs du halal, qui gèrent les sites de «vigilance islamique» en ligne. Pour eux, il est très important de se poser en défenseurs de la religion «intégrale», comme ils disent, et il en va de leur légitimité communautaire de combattre Charlie Hebdo. En revanche, il leur faut traiter au quotidien, ne serait-ce que pour faire du business, avec d’autres Français, juifs notamment. Qu’ils exècrent les «impies» et les «sionistes», c’est dans un autre registre. Cela différencie l’impact symbolique des deux attaques, dans ce qui apparaît sinon comme une tragédie unique. (…) cette affaire donne la clé du nouveau modus operandi de Daech, elle l’expose, et celui-ci n’est pas sans faiblesses non plus… (…) Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété. (…) L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient. (…) C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…(…) Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale. Gilles Kepel
Pour ma part, je n’ai jamais connu de moment comme ça, où la vie psychique collective est à ce point prévalente. Et pas juste parce qu’il devient quasi incorrect d’évoquer sa vie personnelle au regard de l’immensité de ce qui se passe. Je pourrais parler de ce qui se passe pour moi. Je ne me sens plus seulement le fils d’une histoire familiale, d’une filiation parentale, comme tout le monde, mais aussi le fils d’une culture, d’une philosophie, d’un esprit, d’une nation même. Moi qui ai horreur du nationalisme, c’est comme si ce mot reprenait un sens. Le mot «peuple» aussi, qu’on manie habituellement à tort et à travers, comme si cet être psychique collectif acquérait pour une fois une cohérence. Il faut un événement comme celui-là pour s’apercevoir que cette histoire – et pas juste l’histoire de France, on voit bien que c’est l’histoire des idées, de la démocratie – est inscrite, et transmise. Ce qu’on n’a pratiquement aucun moyen de repérer dans d’autres circonstances. Bon, Charlie Hebdo, ce n’est pas Voltaire mais, en même temps, il y a quelque chose qui passe par le boulevard Voltaire, de la République à la Nation. C’est très étonnant de découvrir à quel point nous sommes habités par ça, à notre insu. (…) Tout le monde n’a pas accès à l’humour. La question du surmoi est ici une question importante. Parce que, l’idée est de Freud, il y a une relation très intime entre le surmoi – cette puissance d’interdit, de contrainte, d’obligation, qui dit une chose et son contraire et rend tout le monde un peu dingue – et l’humour, qui permet de se dégager, de faire un pas de côté. L’exemple bien connu, c’est le condamné à mort qui, un lundi à l’aube, est conduit à la guillotine et qui dit : «Mince, la semaine commence mal.» Ça ne change évidemment rien à ce qui va lui arriver. Par contre, on voit bien comment cette disposition d’esprit modifie, sinon le monde, du moins le regard que l’on a sur lui. C’est la même chose avec Dieu. Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi, cette puissance qui surplombe, qui contraint à obéir, qui livre ses commandements. C’est par rapport à cela qu’il faut pouvoir faire ce pas de côté. On peut ou on ne peut pas. On a la plasticité ou pas. On se soumet ou pas. L’humour, c’est le contraire de la soumission. Ça n’est pas nécessairement révolutionnaire, ça ne renverse évidemment rien. Mais si on peut rire de celui qui vous commande… ça fait quand même une petite différence entre le prendre pour Dieu et le prendre pour un rigolo. (…)  A l’évidence, il y a des mécanismes d’identification majeurs. L’identification suppose qu’on devient tous les mêmes, et on devient les mêmes parce qu’on se rapporte à quelque chose de commun. C’est pour cela que l’idée de nation est intéressante ici, c’est une nation d’idées, de pensée, pas une nation territoriale. Il y a des identifications collectives et, au centre, il y a des idéaux, dont la liberté d’expression, qui est ici assez privilégiée, parce que c’est peut-être la forme la plus concrète de ce que liberté veut dire. Soit on peut dire ce qu’on veut et on vit, soit on ne peut pas et on se fait tuer, c’est une différence assez repérable. Par ailleurs, dans ce moment que nous vivons, il est évident que la singularité de l’individu ne suffit pas. Nous sommes des êtres sociaux : on l’est banalement, ordinairement, mais on l’est beaucoup plus profondément qu’on ne le pense. Ce que permet un moment comme celui-ci, c’est de découvrir à quel point nous sommes partie prenante d’un être psychique collectif. Je prends mon propre exemple : je ne peux pas dire que je me sente français tous les jours ni que ce mot-là me fasse toujours rigoler, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi français que depuis mercredi. Pas du tout au sens territorial, mais au sens d’héritier de Voltaire, d’héritier de l’histoire, c’est le secret de la démocratie moderne, l’histoire de la Révolution, de Montesquieu, Diderot… On découvre à quel point c’est un privilège, dans une société, que puisse exister Charlie Hebdo. Peu de pays pourraient supporter Charlie Hebdo…(…) Les Etats-Unis sont animés par des idéaux comme la liberté d’expression mais, sur la question religieuse, ils n’ont pas la même liberté que la France. On a tendance à oublier qu’avec la Révolution française, ce n’est pas seulement l’Ancien Régime qu’on a mis par terre, c’est aussi un mouvement de déchristianisation très important. Dans les cimetières, on avait inscrit : «La mort est un sommeil éternel». La Révolution est un moment de passion antireligieuse qui dit que, si Dieu existe, la démocratie n’est pas possible. (…) Pour que le meurtre puisse se produire, il faut qu’il y ait un mentor quelque part. Plus qu’un maître à penser, parce qu’un maître à penser, ça permet encore de penser. Et puis, j’ai quand même le sentiment – je ne suis pas le seul – qu’il y a dans cette affaire beaucoup de la violence de l’adolescence. Pol Pot n’était pas un adolescent mais, au sein des Khmers rouges, il y avait beaucoup d’adolescents. Entre 15 et 18 ans, quand on a un fusil, on tire. Les hommes qui ont commis les meurtres de la semaine dernière ont tout d’adolescents jamais achevés. On ne sent nulle part l’homme adulte. Il y a une violence de l’adolescence qui court-circuite la pensée, il y a des courts-circuits entre «je désire», «je veux», «j’agis». Le tout nourri d’une pensée magique, parce que s’ils n’avaient pas la conviction délirante qu’il y a une vie après la mort, je ne pense pas que ce serait jouable. Il y a une toute-puissance de la pensée, qui est le propre de la pensée religieuse, mais qui prend là une forme maximum. Ils ne font pas ça pour mourir, ils ont quelque part la conviction qu’ils ne meurent pas, ils font ça pour la gloire, pour l’héroïsme, pour vivre. (…) Il y a des sociétés qui sont plutôt régulées par la persécution et d’autres plutôt par la culpabilité : «Je ne fais pas ça parce que je ne veux pas qu’on pense que je suis, etc. C’est mon image et je défends mon image». Dans la plupart des sociétés musulmanes, la régulation se fait plus sur la base de la persécution, parce que la persécution peut être régulatrice, elle n’est pas juste destructrice. La culpabilité est toujours un «je», «je suis coupable». Alors que la honte est un sentiment extrêmement social, on a honte sous l’œil des autres. Il faut un regard social pour avoir honte. La culpabilité peut rester intérieure. La honte se joue entre soi et le dehors. Dans la honte, on perd la face. On est nu alors qu’on se croyait habillé, quelque chose est brutalement révélé et produit de l’humiliation. La honte ne frappe pas au même endroit que la culpabilité. Le contraire de la honte, c’est la fierté. Le contraire de la culpabilité, c’est l’innocence. Comment traiter un tel problème ? La culpabilité, on la traite sur des temps longs, c’est relativement transformable, élaborable. La honte, soit elle accable et détruit celui qui la ressent, soit elle pousse à réagir extrêmement violemment, notamment en passant à l’acte. (…) Je peux me tromper, mais on a quand même l’impression que le passage en prison, pour beaucoup d’entre eux, est un moment de transformation radicale. De délinquants, ils deviennent croyants intégristes, potentiellement terroristes. Plusieurs d’entre eux, Merah et ceux de ces derniers jours, ont un peu le même profil : des petits délinquants, auteurs de délits ordinaires. Et puis il y a l’événement de la prison, qui ne tient peut-être pas uniquement au fait qu’ils y rencontrent celui qui va devenir le mentor. Il se passe aussi qu’ils sortent du circuit de la délinquance. Il y a un effet transformateur de la prison, qui n’est pas un effet apaisant, ni socialisant. Mais quelque chose qui les fait passer dans le monde de la symbolique religieuse. De l’extérieur, on a l’impression qu’enfin, ils trouvent un sens à leur vie, ils rencontrent un destin. Ils découvrent brutalement ce qui les conduit à devenir des soldats de Dieu. Vu de loin, ça ressemble à un moment mystique. La prison n’est pas un monastère mais, après tout, c’est un enfermement entre hommes. (…) On a le sentiment que les forces de destruction sont d’une telle puissance, d’une telle rage, qu’elles finiront toujours par l’emporter. L’inconscient est un sauvage, jamais la démocratie ne sera l’héritière de l’inconscient. Elle se fera toujours contre lui, il n’y a ni égalité ni fraternité dans l’inconscient. S’il y a une liberté, c’est une liberté absolue et sauvage. Et, pourtant, il y a les moments comme celui de dimanche, un moment mondial. Ce moment est allé chercher quelque chose d’extrêmement élaboré par rapport à la primitivité des meurtres accomplis. Ce mouvement de dimanche n’est pas du tout illusoire. Mais il est fragile. Jacques André
Oddly enough, given its minority status, Judaism seems to be the religion that has produced a larger repertoire of humorous religious satire. The tradition that supposedly invented the absolutist, jealous, wrathful God also produced a people that considers religion pretty funny? That is pretty funny, but true. Jokes about rabbis abound, as well as about Jewish practices such as the Passover matzah and bitter herbs, circumcision, conversion and bar mitzvah, not to mention theological topics such as God, Satan and death. Such jokes are even recited from the pulpits of quite religious congregations. Are Jews secret atheists? Is this revenge? No. Jewish humor comes from the Jewish tradition of destabilizing structures of power — which is the source of both revolutionary ideology in the sociopolitical realm and humorous satire. From biblical times, our texts recount the overthrow of ancient worldviews that believed in child sacrifice, the rights of the first-born, divine humans, divine rights of kings and dynastic rule. They limit the power of owners over slaves, of husbands and fathers over women, even of humans over animas with the laws of the Sabbath. But humor can go deeper, liberating the mind. The Exodus story is in part a satire on Pharaoh who believes himself a god. While he was issuing decrees and whips were lashing the Israelites, women outsmarted him. The midrash tells us of the midwives who said, “We can’t kill the Hebrew boys as they emerge from the womb — the women deliver their babies so fast we can’t get there in time.” Really! And if you believe that, I’ll sell you a bridge over the Nile. Worse yet, modern children’s songs about the Ten Plagues make Pharaoh a laughingstock, a helpless victim of forces he thinks he controls. The story of Balaam and his talking donkey in the book of Numbers is a parody of a prophet who thinks he can outsmart the deity and get rich. The tale of Elijah competing with the prophets of Baal in the book of Kings is a hilarious caricature. The book of Esther satirizes the power of villains and foolish kings. The book of Jonah has plenty of irony: Really, Jonah, you think you can run away from an infinite God? The strange ending to that story could almost be a cartoon: You feel sorry for the plant that died, but not for the thousands of people of Nineveh who would have died if they had not repented? And so many cattle? Tamar Frankiel

Les sionistes ont même inventé l’humour !

A l’heure où suite à une nouvelle provocation de Charlie hebdo, qui s’arrache dans les kiosques mais déchire ses anciens, avec sa couverture d’un Mahomet à la tête phallique prônant christiquement le pardon  …

Les islamistes de service ont comme d’habitude sauté sur l’occasion pour brûler, entre drapeaux, églises ou ambassades et devant les caméras qu’il fallait, tout ce qui leur tombait sous la main …

Et que, rappelant avec raison les limites inévitables au droit fondamental de la liberté d’expression, le pape a lui-même dérapé en semblant approuver la violence physique qui tue la liberté d’expression …

Pendant qu’un Pays autoproclamé des droits de l’homme qui a tant critiqué les sionistes découvre enfin, entre fouilles systématiques et patrouilles militaires armés à chaque coin de rue, qu’il était lui-même sans le savoir israélien …

Retour, avec Tamar Frankiel et la Bible elle-même, sur cette autre invention juive que le monde leur envie …

A savoir, issue de la même tradition du dieu vengeur et jaloux, celle de l’humour !

Why religion is a laughing matter
Satire and caricature are funny things. The most effective satire makes us laugh — but then it also gives us something to chew on, to think about.
Tamar Frankiel
Jewish journal

Not all satire is humorous, however. In the Middle Ages, caricatured figures were generally not intended to be funny, as for example in the Christian sculptural traditions that depicted Jews and heretics with deformed features. That was essentially an early version of hate speech. Satire runs on a spectrum from humor to bitterness to hatred, a range of meanings that can only be deciphered in their cultural context. We learn to figure out what is funny (think of Jon Stewart and Stephen Colbert), what is trying to be funny but is really in bad taste (“The Interview”) and what is downright mean (Nazi cartoons of Jews).

But within this complexity, caricaturing and satirizing religion historically have been even more sensitive. The Protestant Reformation produced humorous and heated satire against Roman Catholicism, and even the pope. Once Protestantism was established in a country, however, satire was censored. Humorous cartoons about political issues came into prominence from the Napoleonic Age onward; but the authority of religion protected what was demarcated as holy. In intensely secular, revolutionary France, prelates could be lampooned, but in America it was more often the “enthusiasts” — the wild sectarians such as Mormons and millenarians — who would appear as the object of caricature. Mainstream religion — decorous, solemn and rational — rarely suffered direct attack until the late 20th century.

Why have we not been able to laugh at religion? Underneath it all, are we afraid to take religion lightly? That a wrathful deity might put up with all kinds of other crimes against humanity, life and even lack of devotion to Himself, but not with being laughed at? Would the creator of humanity, who made the world completely good, regret creating a laughing being more than a murderous one? This would be an ironic theological outcome for Western religions. Not that Buddhism, Confucianism, Taoism or Hinduism are known for rollicking laugh-fests.

Oddly enough, given its minority status, Judaism seems to be the religion that has produced a larger repertoire of humorous religious satire. The tradition that supposedly invented the absolutist, jealous, wrathful God also produced a people that considers religion pretty funny? That is pretty funny, but true. Jokes about rabbis abound, as well as about Jewish practices such as the Passover matzah and bitter herbs, circumcision, conversion and bar mitzvah, not to mention theological topics such as God, Satan and death. Such jokes are even recited from the pulpits of quite religious congregations. Are Jews secret atheists? Is this revenge?

No. Jewish humor comes from the Jewish tradition of destabilizing structures of power — which is the source of both revolutionary ideology in the sociopolitical realm and humorous satire. From biblical times, our texts recount the overthrow of ancient worldviews that believed in child sacrifice, the rights of the first-born, divine humans, divine rights of kings and dynastic rule. They limit the power of owners over slaves, of husbands and fathers over women, even of humans over animas with the laws of the Sabbath.

But humor can go deeper, liberating the mind. The Exodus story is in part a satire on Pharaoh who believes himself a god. While he was issuing decrees and whips were lashing the Israelites, women outsmarted him. The midrash tells us of the midwives who said, “We can’t kill the Hebrew boys as they emerge from the womb — the women deliver their babies so fast we can’t get there in time.” Really! And if you believe that, I’ll sell you a bridge over the Nile. Worse yet, modern children’s songs about the Ten Plagues make Pharaoh a laughingstock, a helpless victim of forces he thinks he controls.

The story of Balaam and his talking donkey in the book of Numbers is a parody of a prophet who thinks he can outsmart the deity and get rich. The tale of Elijah competing with the prophets of Baal in the book of Kings is a hilarious caricature. The book of Esther satirizes the power of villains and foolish kings. The book of Jonah has plenty of irony: Really, Jonah, you think you can run away from an infinite God? The strange ending to that story could almost be a cartoon: You feel sorry for the plant that died, but not for the thousands of people of Nineveh who would have died if they had not repented? And so many cattle?

Our problem today is that too much of religion has not fulfilled its promise as a disruptive, liberating force. It is another bastion of structural stability and entrenched power. Ironies of divine behavior are interpreted as warnings and punishments. The force of humor is repressed by being associated with arrogance: Religious authorities proclaim it sinful to satirize views of God, religion or its representatives. But, isn’t the arrogant shoe on the other foot?

Religion in most traditions is no laughing matter because it is defined as nonmatter, as “spiritual,” as on a higher level than we benighted humans. But for Judaism, everything human is, simply, human. Everything natural is, simply, nature. There are visible and invisible worlds, but “God” is not defined by any of their terminologies. So everything, including our religions, is subject to critique.

Humor — as satire, as caricature — is a Jewish way of subverting idolatry. But the best humor comes not with bitterness or revolutionary zeal. It comes with love, or at least appreciation, for the precarious and tender efforts of human and divine partners to be in relationship.

One of the cartoons that supposedly angered Islamic radicals depicted the founder of Islam, holding his head in his hands and saying, “It’s so hard to be loved by idiots.” The cartoon could have been one of God as the old bearded man in the sky, looking down on His human creations. It must be hard for Him, too, to be loved by those idiosyncratic creatures who forget what He is all about.

Tamar Frankiel is president of the Academy for Jewish Religion California and a scholar of comparative religion.

Voir aussi:

« Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi »
Eric Loret et Natalie Levisalles

Libération

13 janvier 2015

INTERVIEW Auteur de travaux sur la violence, la prison et l’humour, le psychanalyste Jacques André se penche sur l’immense élan collectif qui a suivi les attaques tétanisantes de la semaine dernière.

Jacques André est psychanalyste. Il a travaillé sur la violence, la prison, l’humour. Il est l’auteur des 100 Mots de la psychanalyse (PUF) et de Paroles d’homme (Gallimard).

Qu’est-ce qu’un psychanalyste peut dire de ce qui s’est passé la semaine dernière ?
La position du psychanalyste est tellement mêlée à celle du citoyen… Pour ma part, je n’ai jamais connu de moment comme ça, où la vie psychique collective est à ce point prévalente. Et pas juste parce qu’il devient quasi incorrect d’évoquer sa vie personnelle au regard de l’immensité de ce qui se passe.

Je pourrais parler de ce qui se passe pour moi. Je ne me sens plus seulement le fils d’une histoire familiale, d’une filiation parentale, comme tout le monde, mais aussi le fils d’une culture, d’une philosophie, d’un esprit, d’une nation même. Moi qui ai horreur du nationalisme, c’est comme si ce mot reprenait un sens. Le mot «peuple» aussi, qu’on manie habituellement à tort et à travers, comme si cet être psychique collectif acquérait pour une fois une cohérence.

Il faut un événement comme celui-là pour s’apercevoir que cette histoire – et pas juste l’histoire de France, on voit bien que c’est l’histoire des idées, de la démocratie – est inscrite, et transmise. Ce qu’on n’a pratiquement aucun moyen de repérer dans d’autres circonstances. Bon, Charlie Hebdo, ce n’est pas Voltaire mais, en même temps, il y a quelque chose qui passe par le boulevard Voltaire, de la République à la Nation. C’est très étonnant de découvrir à quel point nous sommes habités par ça, à notre insu.

Au départ de toute cette histoire, il y a l’humour. Qu’est-ce que ça veut dire de refuser l’humour, ou de ne pas le comprendre ?
Tout le monde n’a pas accès à l’humour. La question du surmoi est ici une question importante. Parce que, l’idée est de Freud, il y a une relation très intime entre le surmoi – cette puissance d’interdit, de contrainte, d’obligation, qui dit une chose et son contraire et rend tout le monde un peu dingue – et l’humour, qui permet de se dégager, de faire un pas de côté. L’exemple bien connu, c’est le condamné à mort qui, un lundi à l’aube, est conduit à la guillotine et qui dit : «Mince, la semaine commence mal.» Ça ne change évidemment rien à ce qui va lui arriver. Par contre, on voit bien comment cette disposition d’esprit modifie, sinon le monde, du moins le regard que l’on a sur lui. C’est la même chose avec Dieu. Dieu, c’est un autre nom pour le surmoi, cette puissance qui surplombe, qui contraint à obéir, qui livre ses commandements. C’est par rapport à cela qu’il faut pouvoir faire ce pas de côté. On peut ou on ne peut pas. On a la plasticité ou pas. On se soumet ou pas. L’humour, c’est le contraire de la soumission. Ça n’est pas nécessairement révolutionnaire, ça ne renverse évidemment rien. Mais si on peut rire de celui qui vous commande… ça fait quand même une petite différence entre le prendre pour Dieu et le prendre pour un rigolo.

Quelle est la nature de cet élan qui a poussé des millions de gens à descendre dans la rue ?
A l’évidence, il y a des mécanismes d’identification majeurs. L’identification suppose qu’on devient tous les mêmes, et on devient les mêmes parce qu’on se rapporte à quelque chose de commun. C’est pour cela que l’idée de nation est intéressante ici, c’est une nation d’idées, de pensée, pas une nation territoriale. Il y a des identifications collectives et, au centre, il y a des idéaux, dont la liberté d’expression, qui est ici assez privilégiée, parce que c’est peut-être la forme la plus concrète de ce que liberté veut dire. Soit on peut dire ce qu’on veut et on vit, soit on ne peut pas et on se fait tuer, c’est une différence assez repérable.

Par ailleurs, dans ce moment que nous vivons, il est évident que la singularité de l’individu ne suffit pas. Nous sommes des êtres sociaux : on l’est banalement, ordinairement, mais on l’est beaucoup plus profondément qu’on ne le pense. Ce que permet un moment comme celui-ci, c’est de découvrir à quel point nous sommes partie prenante d’un être psychique collectif. Je prends mon propre exemple : je ne peux pas dire que je me sente français tous les jours ni que ce mot-là me fasse toujours rigoler, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi français que depuis mercredi. Pas du tout au sens territorial, mais au sens d’héritier de Voltaire, d’héritier de l’histoire, c’est le secret de la démocratie moderne, l’histoire de la Révolution, de Montesquieu, Diderot… On découvre à quel point c’est un privilège, dans une société, que puisse exister Charlie Hebdo. Peu de pays pourraient supporter Charlie Hebdo…

Dans des pays, comme les Etats-Unis, la plupart des médias ont flouté les dessins de Charlie, alors qu’ils ont été très affectés…
Les Etats-Unis sont animés par des idéaux comme la liberté d’expression mais, sur la question religieuse, ils n’ont pas la même liberté que la France. On a tendance à oublier qu’avec la Révolution française, ce n’est pas seulement l’Ancien Régime qu’on a mis par terre, c’est aussi un mouvement de déchristianisation très important. Dans les cimetières, on avait inscrit : «La mort est un sommeil éternel». La Révolution est un moment de passion antireligieuse qui dit que, si Dieu existe, la démocratie n’est pas possible.
Qu’est-ce qui fait que la violence va jusqu’au meurtre ?
C’est évidemment très difficile à saisir, parce que les hommes qui ont fait ça n’ont, par définition, pas l’occasion de s’ouvrir à une parole, d’être écoutés. Au contraire. Pour que le meurtre puisse se produire, il faut qu’il y ait un mentor quelque part. Plus qu’un maître à penser, parce qu’un maître à penser, ça permet encore de penser.

Et puis, j’ai quand même le sentiment – je ne suis pas le seul – qu’il y a dans cette affaire beaucoup de la violence de l’adolescence. Pol Pot n’était pas un adolescent mais, au sein des Khmers rouges, il y avait beaucoup d’adolescents. Entre 15 et 18 ans, quand on a un fusil, on tire. Les hommes qui ont commis les meurtres de la semaine dernière ont tout d’adolescents jamais achevés. On ne sent nulle part l’homme adulte. Il y a une violence de l’adolescence qui court-circuite la pensée, il y a des courts-circuits entre «je désire», «je veux», «j’agis». Le tout nourri d’une pensée magique, parce que s’ils n’avaient pas la conviction délirante qu’il y a une vie après la mort, je ne pense pas que ce serait jouable. Il y a une toute-puissance de la pensée, qui est le propre de la pensée religieuse, mais qui prend là une forme maximum. Ils ne font pas ça pour mourir, ils ont quelque part la conviction qu’ils ne meurent pas, ils font ça pour la gloire, pour l’héroïsme, pour vivre.

A propos des Antilles, vous avez dit : dans les sociétés où la honte plus que la culpabilité joue un rôle de régulation, c’est au prix d’un accroissement du sentiment de persécution. Et ici ?
Il y a des sociétés qui sont plutôt régulées par la persécution et d’autres plutôt par la culpabilité : «Je ne fais pas ça parce que je ne veux pas qu’on pense que je suis, etc. C’est mon image et je défends mon image». Dans la plupart des sociétés musulmanes, la régulation se fait plus sur la base de la persécution, parce que la persécution peut être régulatrice, elle n’est pas juste destructrice.

La culpabilité est toujours un «je», «je suis coupable». Alors que la honte est un sentiment extrêmement social, on a honte sous l’œil des autres. Il faut un regard social pour avoir honte. La culpabilité peut rester intérieure. La honte se joue entre soi et le dehors. Dans la honte, on perd la face. On est nu alors qu’on se croyait habillé, quelque chose est brutalement révélé et produit de l’humiliation. La honte ne frappe pas au même endroit que la culpabilité. Le contraire de la honte, c’est la fierté. Le contraire de la culpabilité, c’est l’innocence.

Comment traiter un tel problème ? La culpabilité, on la traite sur des temps longs, c’est relativement transformable, élaborable. La honte, soit elle accable et détruit celui qui la ressent, soit elle pousse à réagir extrêmement violemment, notamment en passant à l’acte.

Certains de ces meurtriers sont passés par la prison.
Je peux me tromper, mais on a quand même l’impression que le passage en prison, pour beaucoup d’entre eux, est un moment de transformation radicale. De délinquants, ils deviennent croyants intégristes, potentiellement terroristes.

Plusieurs d’entre eux, Merah et ceux de ces derniers jours, ont un peu le même profil : des petits délinquants, auteurs de délits ordinaires. Et puis il y a l’événement de la prison, qui ne tient peut-être pas uniquement au fait qu’ils y rencontrent celui qui va devenir le mentor. Il se passe aussi qu’ils sortent du circuit de la délinquance. Il y a un effet transformateur de la prison, qui n’est pas un effet apaisant, ni socialisant. Mais quelque chose qui les fait passer dans le monde de la symbolique religieuse.

De l’extérieur, on a l’impression qu’enfin, ils trouvent un sens à leur vie, ils rencontrent un destin. Ils découvrent brutalement ce qui les conduit à devenir des soldats de Dieu. Vu de loin, ça ressemble à un moment mystique. La prison n’est pas un monastère mais, après tout, c’est un enfermement entre hommes.

Et maintenant ?
On a le sentiment que les forces de destruction sont d’une telle puissance, d’une telle rage, qu’elles finiront toujours par l’emporter. L’inconscient est un sauvage, jamais la démocratie ne sera l’héritière de l’inconscient. Elle se fera toujours contre lui, il n’y a ni égalité ni fraternité dans l’inconscient. S’il y a une liberté, c’est une liberté absolue et sauvage.

Et, pourtant, il y a les moments comme celui de dimanche, un moment mondial. Ce moment est allé chercher quelque chose d’extrêmement élaboré par rapport à la primitivité des meurtres accomplis. Ce mouvement de dimanche n’est pas du tout illusoire. Mais il est fragile.

Voir également:

First they came for the Jews. Then they came for the journalists
The massacre at Charlie Hebdo was part of an all-out assault on freedom in Europe. Jews and cartoonists are on the frontline.
Anshel Pfeffer
Haaretz
Jan. 8, 2015

One of the first responses I heard on Wednesday when the first reports came through of a shooting on a newspaper office in Paris was “is it a Jewish newspaper?” As parochial and narrow-minded as that question may sound, it made sense. There was every reason to believe that the next major terror attack in France would be against a Jewish target.

After all, the last two such multiple murders carried out by French jihadists were of Jews — last year at the Jewish Museum in Brussels and in 2012 outside the Ozar Hatorah school in Toulouse. Add to that a recent spate of attacks that fortunately did not result in any deaths, and I don’t have to point out the pattern for you.

To paraphrase Pastor Martin Niemöller — First they came for the Jews, then they came for the journalists.

The choice of targets — Jews and satirical journalists — is inextricably linked, and not only because the most veteran cartoonist murdered in the Charlie Hebdo office on Wednesday morning was Jewish — the 80-year-old Georges Wolinski (though the story of this son of Jewish refugees from Poland and Tunisia who came to live in France at age 12 makes this connection all the more poignant). The existence of a successful, highly visible and well-connected Jewish community in a major European country, as well as an irreverent weekly magazine that routinely lampoons those in power, should never be taken for granted.
Neither Jewish life nor a fiercely free press could have flourished so much in France over the last 70 years without an open and liberal-democratic environment nurturing them. Both are symbols of all that is best of the prolonged period of peace and freedom Western Europe has enjoyed in the post-World War II era. That they were both chosen as targets is no coincidence.

Another connection is that neither the Jews of France nor Charlie Hebdo pose any sort of conceivable threat to Muslims anywhere. The gunmen could have chosen to target a party branch of the ultra-right and increasingly anti-Muslim National Front or the offices of a politician supporting laws against hijab-wearing, halal ritual slaughter and the building of mosque minarets. Not that such an attack would have been justified, but it is telling they preferred to point their Kalashnikovs elsewhere.

The jihadists have murdered civilians whose existence had no relevance whatsoever on their lives and communities, but their very presence and identity offended them.
It has often been said that the Jews’ situation in any given country is a reliable barometer of the level of democracy and human rights there, and the same is true of the freedom enjoyed by a country’s media. European Jews may be attacked because of anti-Semitism and warped thinking that links them to the Israel-Palestine conflict, and Charlie Hebdo’s journalists were slaughtered because they refused to be cowed and continued to publish cartoons ridiculing Mohammed, as they ridicule the “holy” men of other religions, including Judaism. But above all they have been killed because they embody Western enlightenment, freedom and tolerance.

Belle Époque

The struggle growing now in the heart of Europe isn’t between Muslims and Jews. By any yardstick the vast majority of the continent’s Muslims have no connection to any of this, and with the exception of a handful of spokesmen with few followers, their leaders have condemned the killings.

And for all the understandable unease felt by Jews in France and neighboring countries, they are still enjoying the most prosperous period in the history of Jewish life in Europe. They are not limited, oppressed or discriminated against in any way by the authorities who are investing massive resources to protect Jewish communities.
It is a struggle between those who continue to believe in the true values of the West and those who find these freedoms to be abhorrent. Whether they be radical Islamists, neo-fascists or nationalist Europhobes, and yes, even though they may hate each other, they have a common cause. Scratch beneath the surface and you will find that they share similar phobias — against Jews, gays, foreigners (to them) and journalists who insist on revealing their true nature and pricking their balloons of self-righteousness.

No, Europe is not being taken over by a caliphate, but it is increasingly gripped by forces of intolerance and xenophobia. These forces often oppose each other (and in some dismal cases even a few individual Jews join them in the mistaken belief that if these groups oppose Muslims and claim to support Israel, this somehow cleanses them).
But scratch a bit beneath the surface and you will find how similar they are. In any assault on freedom in European history, whether from the right or left, religious fundamentalist or militantly secular, the ancient hatred of the continent’s Jews is always lurking. The only reliable safeguard will always remain democracy.
These attacks coincide with a surge in Jewish emigration from France — 6,000 left for Israel in 2014, an all-time record, along with smaller numbers moving across the water to Britain and Canada. While a feeling of insecurity is certainly one motive, the main reason is almost always financial; the ongoing slump in France’s economy and ultra-high taxation.
It is not a panicked exodus, but a result of long-term factors. Most French Jews, however, are staying put. Despite the hysterical headlines, not only are Europe’s Jews not fleeing, the numbers of Israelis currently residing in London and Berlin exceeds that of those who have “fled.”

The fact that we are not yet facing an emergency is not reason for complacency, though. The rise of xenophobic parties such as the National Front in France and UKIP in Britain are alarm bells for Europe’s Jews, just as the recent jihadist attacks are.

But there is still much room for optimism, because if one thing has been made clear this week in Paris it is that the Jews are not on their own in this. This is a battle on all fronts for a continent’s soul, and as long as European satirists are free to continue sharpening their pens, as the wounded survivors of Charlie Hebdo have promised they will be doing for next week’s edition, Jews will also have a place on the frontline.

Voir encore:

Gilles Kepel : « Daech escompte des situations de guerre civile »
Marc semo, Luc Mathieu et Anastasia Vécrin
Libération
14 janvier 2015
INTERVIEW
Gilles Kepel, spécialiste de l’islam, analyse l’impact des attentats de la semaine dernière sur la société française et revient sur la stratégie de l’Etat islamique, prêt à en exploiter toutes les failles.
Spécialiste reconnu de l’islamisme, Gilles Kepel, membre de l’Institut universitaire de France et professeur à Sciences-Po qui a récemment publié Passion arabe : journal 2011-2013 et Passion française : les voix des cités(Gallimard «Témoins») revient pour Libération sur les effets des attentats en France.

Ces attaques vont-elles ressouder la société française ou aggraver ses fractures ?
Le contexte des attentats, c’est celui d’un mouvement, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique, ndlr], qui a identifié ce qu’il estime être des fractures culturelles et confessionnelles dans les sociétés européennes – en particulier la France – et qui agit pour que ces fractures soient approfondies, transformées en failles. Le groupe escompte qu’elles se traduiront par des situations de guerre civile entre des populations d’origine musulmane et les «islamophobes», ceux-ci devenant très nombreux à cause des attaques jihadistes. Les populations musulmanes, elles, se radicaliseraient en réaction, jusqu’à considérer les jihadistes comme leurs héros. Cette stratégie a été énoncée en décembre 2004 par Abou Moussab al-Souri, un idéologue syrien dont j’ai traduit les thèses en 2008 dans mon livre Terreur et Martyre. Elle n’a pas pu se mettre en place à l’époque, car il fallait qu’elle s’appuie sur les réseaux sociaux et sur la proximité d’un terrain de jihad et d’entraînement – qui n’existaient pas encore. Aujourd’hui, on a YouTube, Twitter et le champ de bataille syro-irakien à portée de charter.

La France est-elle particulièrement fragile ?
Visée, oui, fragile, non. Je ne suis pas sûr que des manifestations comme celles de dimanche auraient pu avoir lieu dans un autre pays européen. Il me semble que, justement, avec tout ce que l’on a pu dire ces dernières années sur la dissolution du pacte républicain, la ringardisation de l’identité française jacobine à l’heure d’Internet, il y a eu entre République et Nation une sorte de sursaut assez impressionnant d’individus de toutes sortes, de toutes origines et de tous âges, qui ont montré que le pacte social, culturel, était toujours d’actualité, toujours à reconstruire ensemble – même s’il y a eu des absents… En ce sens, les manifestations du 11 janvier constituent une digue culturelle très forte contre l’idéologie de Daech et sa stratégie de creusement de failles à travers les attentats.

Pourquoi Charlie Hebdo ?
Cibler Charlie Hebdo est beaucoup plus efficace que de se livrer à des attentats aveugles lorsque l’on veut approfondir ces fractures. Daech veut ainsi se présenter comme le défenseur par excellence de l’islam offensé – à la manière de Khomeiny avec sa fatwa du 14 février 1989 contre les Versets sataniques. Tuer des dessinateurs accusés d’avoir insulté et blasphémé le Prophète permet d’espérer conquérir une frange de sympathie plus large : les caricatures ont heurté non seulement les salafistes, mais aussi beaucoup de simples musulmans pieux. A l’inverse, la rhétorique jihadiste clamant que les femmes et les enfants victimes d’attentats aveugles n’avaient qu’à ne pas se trouver là, qu’ils ne sont en somme que des victimes collatérales nécessaires, ne convainc que les cercles restreints déjà radicalisés.

L’attaque contre l’Hyper Cacher ne s’inscrit pas dans cette logique…
Coulibaly l’a pourtant proclamé dans sa vidéo «Soldat de l’islam», mais il y a eu un glissement sémantique entre les deux attaques, et la seconde a, paradoxalement, diminué l’impact idéologique de la première auprès des sympathisants potentiels. Il y a eu un basculement vendredi lorsque la prise d’otages a débuté – au moment où les imams faisaient leur sermon dans les mosquées et où les juifs pratiquants se préparaient pour le shabbat, instant de tension symbolique hebdomadaire dans notre République laïque. Soudain, dans la zone grise de ceux qui, déplorant certes les meurtres, laissaient entendre que, quand même, ceux qui avaient caricaturé le Prophète l’avaient bien cherché, il y a eu un sentiment d’inquiétude qui m’a rappelé ce qu’on avait vu à l’époque de la guerre civile algérienne avec l’affaire Kelkal : alors, en dépit d’un certain nombre de jeunes d’origine algérienne qui détestaient le pouvoir d’Alger et sympathisaient avec le Front islamique du salut, l’extension du conflit en France avait été bloquée. A partir du moment où le Groupe islamique armé avait commis des exactions en France, toute une partie de la population concernée – les parents notamment – avait senti le risque de perdre tout ce qu’elle avait bâti ici, et les réseaux communautaires, nombre d’imams en interaction avec les autorités, avaient mis les trublions au pas. C’est ce qui nous a permis de vivre sans attentats durant seize ans – en particulier après le 11 Septembre – et cela jusqu’à l’affaire Merah de 2012. L’assassinat d’otages juifs dans l’Hyper Cacher a une résonance beaucoup plus forte en termes de vie quotidienne. Beaucoup ont compris tout d’un coup qu’il y avait désormais péril en la demeure pour eux-mêmes. La société musulmane en France a changé depuis la guerre civile algérienne des années 90. La génération des pères, des «darons», n’est plus aux manettes. Les manettes sont désormais, pour les plus religieux, entre les mains de quadras qui ont réussi, notamment ceux que j’appelle les entrepreneurs du halal, qui gèrent les sites de «vigilance islamique» en ligne. Pour eux, il est très important de se poser en défenseurs de la religion «intégrale», comme ils disent, et il en va de leur légitimité communautaire de combattre Charlie Hebdo. En revanche, il leur faut traiter au quotidien, ne serait-ce que pour faire du business, avec d’autres Français, juifs notamment. Qu’ils exècrent les «impies» et les «sionistes», c’est dans un autre registre. Cela différencie l’impact symbolique des deux attaques, dans ce qui apparaît sinon comme une tragédie unique.

Est-on aujourd’hui, en France, à l’abri de la guerre civile souhaitée par Daech ?
La manifestation a constitué une réponse extraordinaire dans un premier temps pour éviter ce climat. L’effet de terreur d’un attentat est accentué par sa multiplication et Al-Qaeda s’efforçait de mener deux ou quatre actions simultanées, comme le 11 Septembre avec les quatre avions détournés, puis à Madrid, Istanbul et Londres. Vendredi, il y a eu un moment de basculement et de panique dans l’après-midi, la rumeur s’est répandue qu’il y avait des terroristes dans tout Paris, puis est arrivée la délivrance avec le double assaut. La multiplication des attaques donne le sentiment que la cible est impuissante. Or la cible française de Daech a montré une impressionnante réactivité, les forces de l’ordre ont fait un travail très efficace. De la même façon que je ne suis pas sûr que dans d’autres pays européens, il y aurait eu une marche de l’ampleur de dimanche, je ne suis pas convaincu que d’autres services de police auraient été capables, en vingt-quatre heures, d’identifier les auteurs, de les repérer et de les éliminer. Certes, les frères Kouachi et Coulibaly sont passés au-dessous du radar avant leurs actes, parce que le paradigme qu’utilisent les services spécialisés reste encore celui des années 1996-2012, l’âge d’or de l’antiterrorisme français. Mais cette affaire donne la clé du nouveau modus operandi de Daech, elle l’expose, et celui-ci n’est pas sans faiblesses non plus…

Vous parlez de Daech et non d’Al-Qaeda parce que, désormais, c’est ce groupe qui donne globalement le «la» ?
Fin 2004, à partir d’une critique de l’hypercentralisme d’Al-Qaeda et surtout de la stratégie du 11 Septembre, qu’il estime politiquement néfaste car elle a permis aux Etats-Unis de détruire en réaction l’infrastructure afghane de Ben Laden, Al-Souri a construit les bases de ce qui deviendra ultérieurement le soi-disant Etat islamique, la dawla [«Etat» en arabe], comme on dit dans la jihadosphère. Il prônait la multiplication d’actes terroristes de vie quotidienne à des fins de provocations récurrentes dans les sociétés européennes, perpétrés par des musulmans européens visant juifs, intellectuels «impies», musulmans «apostats» et manifestations sportives pour affoler les sociétés occidentales et les faire surréagir – c’est la vieille rengaine gauchiste «provocation-répression-solidarité». A quoi s’ajoute l’idée que les Etats ne seront pas capables d’y faire face, que ça fera monter l’extrême droite qui va brûler les mosquées… et que l’Europe s’effondrera, avant de passer sous domination islamiste. C’est le primat du «rhizome» de Deleuze sur le centralisme léniniste – Al-Souri a vécu et étudié en France dans les années 80 -, projeté à l’ère de YouTube et décliné dans la grammaire du jihad. Il n’y a plus de «donneur d’ordre» et «d’exécutants», comme à l’époque de Ben Laden. Tout est endoctrinement, entraînement militaire et mise en œuvre, avec une assez large marge d’initiative pour de petites cellules fortement idéologisées par «l’inspiration» – d’où le titre du magazine en ligne anglophone d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique, Inspire. Quand l’Américano-Yéménite Aulaqi l’a créé, Al-Qaeda était encore le brand le plus célèbre du monde avec Coca. Aujourd’hui, c’est – plus ou moins – Daech. Mais ils ont un problème de label, entre Daech, Isis, Isil et Dawla, qui finira par nuire à leur recherche de notoriété.

L’Etat islamique a pourtant très tardivement dit «il faut attaquer l’Occident»…
L’Etat islamique a un territoire, à la différence d’Al-Qaeda. En Irak, il s’est greffé sur la revendication arabo-sunnite de créer un «Sunnistan», à cheval aussi sur la Syrie, et, en ce sens, il aspire des sunnites du monde entier qui viennent l’aider dans sa guerre tribale contre les chiites, les Kurdes, les alaouites, les chrétiens – avant d’être réinjectés, une fois aguerris, pour mener le jihad dans leur pays de départ. Il y a articulation entre les divers territoires du jihad, unifiés par le miroir du monde virtuel : le dialogue ahurissant des frères Kouachi, traqués dans l’imprimerie de Dammartin-en-Goële [Seine-et-Marne], en direct avec BFM TV est en ligne et sous-titré en arabe, à des fins d’édification et de prosélytisme, sur de nombreux sites islamistes du Moyen-Orient.

L’impact extraordinaire de cette action contre Charlie ne risque-t-il pas d’avoir un effet d’imitation ?
C’est un bricolage sophistiqué qui s’attaque à un symbole très fort : aux valeurs et à la culture de l’adversaire, avec pour message basique : «On a su vous détruire là où vous nous aviez offensés.» Dans la jihadosphère, de même que Merah a eu des milliers de «likes», il y a un certain nombre de gens qui rendent gloire aux trois «héros». Du reste, à la fin de sa vidéo, Coulibaly raconte qu’il est allé faire la tournée des mosquées pleines d’Ile-de-France, qu’il y a vu des milliers de jeunes gens en bonne santé et qu’ils doivent suivre son exemple. L’objectif est l’émulation. Mais est-ce que les terroristes potentiels vont bénéficier d’un effet «poisson dans l’eau» ou, au contraire, seront-ils identifiés, marginalisés et dénoncés comme ce fut le cas dans l’Hexagone lorsque la guerre civile algérienne y a débordé ? La réponse politique doit certainement recréer ces conditions. Dans la communication des autorités, il est fondamental de rappeler à l’ensemble de notre société que, parmi les victimes de prédilection des jihadistes, il y a aussi les musulmans désignés par eux comme «apostats», comme c’est le cas du brigadier Ahmed Merabet qui a été délibérément abattu à terre boulevard Richard-Lenoir. Et que la plupart des victimes de Daech sont des musulmans…

Ne faut-il pas faire un travail de pédagogie dans les quartiers ?
C’est évident. Comment retisser un lien social plus prégnant aujourd’hui, c’est toute la question. A la guerre que Daech tente de mener en Europe, il ne faut pas répondre par la guerre mais par des opérations de police efficientes et par l’éducation. Les retours mitigés sur la réaction de certains élèves à la minute de silence en mémoire des victimes en rappellent la nécessité. Se pose aussi en urgence absolue la question du monde carcéral, qui est aujourd’hui l’école supérieure du jihadisme en France, comme l’ont démontré les itinéraires de Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, devenus ce que nous avons vu à cause de leur fréquentation de l’idéologue jihadiste Djamel Beghal en prison, puis lorsqu’il était assigné à résidence au cœur de notre France rurale.
Recueilli par Luc Mathieu, Marc Semo et Anastasia Vécrin

Voir enfin:

France’s Moment of Truth
Historically, politically, and economically, France stands on a precipice.
Michel Gurfinkiel
January 16, 2015

The jihadist killing spree in Paris last week (seventeen people murdered, twice as many wounded) has been described as ”France’s 9/11“ by Le Monde, the French liberal daily newspaper. Indeed, just like the American 9/11 fourteen years ago, it was a moment of truth: for France as a nation, for the French political class and — last but certainly not least — for French Jews. The question, however, is not so much whether one sees the truth or not, but rather what one is supposed to do once truth has been seen.

America’s instincts after its own 9/11 were sound: it understood that it was in a state of war and that it had to react accordingly, but it wavered about what war to wage and what strategy to follow. As a result, the War On Terror, in spite of considerable American and Western investment, pugnacity, and heroism, has been largely inconclusive and even, in many respects, a failure. Likewise, whatever the emotional or philosophical impact of the present French 9/11, either in France or abroad, it is not clear whether it will translate — or can translate — into adequate policies.

There were three stages in the killings. It all started on January 7, with the massacre at the offices of Charlie Hebdo, a satirical magazine located in Central Paris near Bastille Circle. Two men in their early thirties, the brothers Said and Cherif Kouachi — French citizens of the Muslim persuasion and of Algerian descent — murdered eight journalists and cartoonists who happened to be there, as well as two menial workers and two policemen. Some other people were wounded. According to witnesses, the terrorists claimed they were “avenging Prophet Muhammad.“ In 2006, out of defiance against Islamist intimidation, Charlie Hebdo reprinted the caricatures about Muhammad previously published by the Danish magazine Jyllands-Posten. In 2011 and 2012, the French magazine published further sets of anti-Islamist caricatures with Muhammad as a main character.

The Kouachi brothers were able to flee Paris in spite of an enormous manhunt that involved thousands of policemen and gendarmes all over North-East France. Eventually, they were trapped and shot on January 9 by special antiterrorist units at a printing office in Dammartin-en-Goële, some 30 kilometers east of Paris.

In the meantime, on January 8, another terrorist, Amedy Coulibaly, 33, a French Muslim of Senegalese descent, shot a policewoman at Montrouge in Southern Paris and fled. He was apparently looking for a Jewish school located nearby. On January 9, Coulibaly attacked Hyper Casher, a kosher supermarket in Eastern Paris. He killed four customers and wounded several others. About fifteen customers, including a mother with a baby, were able to hide underground in the shop’s refrigerated rooms. Coulibaly was shot by the antiterrorist units later in the evening.

There is evidence that the Kouachi brothers and Coulibaly, all three of them with criminal records, were close associates in a single al-Qaeda network extending to the whole Paris and even to Belgium, and that they had coordinated their operations. One may surmise that they saw themselves as “holy warriors“ and their victims – both the cartoonists ad the Jews – as undifferentiated enemies of Islam. One may also surmise that, deadlocked as they were in their gore fantasy world, they did not grasp the full dimension of their murders.

Charlie Hebdo is not just a satirical magazine. It has been for more than fifty years a pillar of French popular culture. It started in the 1960s as Hara-Kiri, a lampoon-and-cartoons monthly loosely modeled after the American magazine Mad. It soon proudly evolved into a “stupid and nasty magazine” (according to its own motto): a blend of utopian anarchism, militant atheism, provocative bad taste, and gaudy pornography. As such, it fit into an age-old French tradition stretching from François Rabelais to Louis-Ferdinand Céline. Half the country hated it intensely; the other half was in love with it.

It was a safety valve under Charles de Gaulle’s semi-authoritarian regime. It became the vanguard of the 1968 May Revolution in France, the student riots that turned into a general strike and led to a near disintegration of all authority.

Hara-Kiri was published as a monthly until 1985. A weekly version was however launched in 1969, as Hara-Kiri Hebdo, and then, after it was banned for having ridiculed de Gaulle’s funeral in 1970, as Charlie Hebdo. With ups and downs, this is the magazine that has survived until this very day.

It helped that almost everybody in the original team — writers and cartoonists — started parallel careers as very well paid contributors to the mainstream media: François Cavanna, who served as editor in chief throughout the 1970s, became a best-selling memorialist; Jean Cabut, known as Cabu, was both a TV star and a tranchant cartoonist for Le Canard Enchainé, France’s political gossip weekly; Jean-Marc Roussillon, a.k.a Reiser, who passed away at the early age of 42, worked for the posh liberal magazine Le Nouvel Observateur and for many comic magazines as well; as did Georges Wolinski. Over the years, they became so famous as to be celebrated in government-sponsored exhibitions or to be discussed in the academia.

While Charlie Hebdo retained much of its original iconoclastic vigor, it underwent a remarkable political evolution. Humorist Philippe Val, who served as editor from 1992 to 2009, recognized jihadism as a totalitarian movement, especially after the 9/11 outrages in the United States, and grew fiercely hostile to the pro-Islamic far Left. Moreover, he expressed sympathy for Israel as a democracy under jihadist assault. In 2008, he fired “anti-Zionist“ cartoonist Maurice Sinet, a.k.a Siné, one of the magazine’s original stars, as an “anti-Semite.”

The much younger cartoonist Stéphane Charbonnier, a.k.a Charb, who succeeded Val as editor, steadfastly maintained the anti-jihadist line even if he was Siné’s personal friend. Interestingly enough, Charb recently entered into a relationship with Jeannette Bougrab, an academic, senior civil servant, and former conservative member of the French government, who as a citizen of Muslim North African origin has been of the most outspoken critics of radical Islam in France.

The 81-year-old Wolinski and the 77-year-old Cabu, along with the 48-year-old Charb, were among the victims of the Kouachi brothers on January 7. To the entire French nation, it was not so much an attack on press freedom as the assassination of grandfatherly or brotherly figures.

Whether people had actually liked or supported the Charlie Hebdo journalists or not, they had aged or grown up with them: there was something deeply personal about the loss. Vigils and marches were started. Everybody wore ”Je suis Charlie” (“I am Charlie”) badges. According to pharmacists, consumption of anxiety medication rose by 20 % nationwide.

The “Charlie effect” coalesced with revulsion about the ensuing Hyper Casher anti-Semitic massacre. And it brought about, for several days, rare moments of near national unanimity: millions of people marched in Paris and other cities, waving three-colored flags and chanting the Marseillaise, France’s national anthem (which is essentially a call to resist barbaric invaders).

On January 9, Prime Minister Manuel Valls delivered a passionate speech at the National Assembly, promising both to protect French citizens, including Jews (“without whom France is not France”), and to find, neutralize, and punish jihadist terrorists. He was rewarded with a standing ovation from the entire Assembly and, again, the Marseillaise – something that had not happened for decades. An Odoxa/Le Parisien poll released on January 13 found that 87% of the French said they were “feeling proud“ about being French.

Yet, near unanimity is not unanimity. What soon became apparent was that only the Old French (the culturally European and Judeo-Christian French) took part in the vigils and marches and that they were delighted to be together, whereas most New French (the culturally non-European and non-Judeo-Christian immigrant communities) stood aside.

Most imams issued perfunctory comdemnation of terrorism, but were clearly unenthusiastic about Charlie Hebdo’s right to make fun of every religion, including Islam (one noted exception being Hassen Chalghoumi, the Tunisian-born imam of Drancy). Even more ominously, one-minute silence ceremonies at school were met with hostility and scorn by Muslim children and teenagers from third grade to high school. Two hundred such instances were reported; thousands of cases were unreported, according to teachers’ sources.

Dieudonné M’Bala M’Bala, the ex-humorist and anti-Semitic agitator, posted on his website: “I am Charlie Coulibaly,” thus deliberately confusing the victims with their murderers. Many people or groups associated with Charlie Hebdo were threatened on the Internet. In the Lyons area, a Jewish jeweler’s shop was vandalized.

In other words, the ethnic and religious polarization that has befallen France over the past years is growing into an ever more explicit conflict. And this is not small business. Nine percent of France’s population is Muslim (over six million citizens out of 67 million). Up to 20% of all French citizens or residents under twenty-four are thought to be Muslims, and in some places the numbers seem to be much greater than that. While many Muslims reject jihadism and clearly identify with France as a democratic nation, religious observance is rising quickly in the overall Muslim community, from 36% in 2001 to 42% in 2014. There is evidence that the more observant Muslims are, the more supportive they are of politically radicalized Islam.

For the time being, President François Hollande and Premier Valls are reaping some benefits from the national unity mood. According to a Harris Interactive/LCP poll, 77% of the French do not trust Hollande’s politics in global terms, but 83% of them approve of his handling of the terrorist crisis. The president’s personal popularity, which was abysmally low, is up to 20%, and the prime minister’s, which was falling too, is back to 42%. The real test is yet to come, however.

For the time being, the administration has deployed some 10,000 military personnel in public spaces and other locations like synagogues or mosques. It has also engaged in extensive investigation, multiple arrests, and prosecution of terrorism-related offenses. M’Bala M’Bala may be tried soon for his infamous “Charlie Coulibaly” post. Dozens of teenagers may face disciplinary action for their contempt of national mourning. But in the longer run, it is the entire security apparatus of France that must be strenghtened and extended, which will cost a lot of money.

As of 2014, France was devoting 31.9% of its national wealth to social programs, against an OECD average of 21.6%, whereas aggregated national defense and domestic security credits amounted to less than 10%. Will the socialist Hollande administration be bold enough to reverse priorities and thus act against its own constituency? A similar conundrum may arise regarding Muslim voters: 87% of them voted for Hollande and the socialists in 2012, and were probably instrumental in their victory over Nicolas Sarkozy and the conservatives. Fighting jihadism earnesty may alienate many of them.

Are the conservatives, the centrists and the far Right National Front more likely to benefit from national unity, or at least from the Old French awakening? Can they achieve more than the Left? They, too, must undergo drastic changes in this respect. Many conservatives and centrists are still largely mired in pro-Arab or pro-Muslim delusions inherited from de Gaulle, or too shy to wage war, even on terror. As for the National Front, its views may have been vindicated in many ways by the present crisis, but it sees national unity or even conservative unity only as a way to improve its own standing.

French Jews have been only reinforced in their fears and, Valls’ warm words notwithstanding, feel that they have no future in their country anymore. Many wonder whether millions would have marched for the Hyper Casher massacre victims only.

Most were shocked that Hollande was reluctant to invite Israeli Prime Minister Benjamin Nethanyahu to the protest marches on Sunday, and finally invited Palestinian Authority president Mahmoud Abbas.

Rue des Rosiers, the historic ”Jewish Street” in the Central Parisian Marais district, usually a lively place, was empty throughout the week. So were most Jewish shops and restaurants. Seven thousand French Jews formally completed the emigration process to Israel in 2014. Thousands have informally moved to Israel. More French Jews are migrating to North America or Australia, or even just to other European countries like Britain, Switzerland, and Germany. One synagogue chairman confided to me: ”When you have no place to go in your own country, you leave for another country.”


Je suis Charlie: Attention, un slogan peut en cacher bien d’autres ! (Who needs terrorism when you’ve got PC ?)

10 janvier, 2015
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Guevara in de rigueur keffiehFashion victims in de rigueur keffieh
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Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent leur chemin comme si rien ne s’était passé. Winston Churchill
Et immédiatement, le centre sacrificiel se mit à générer des réactions habituelles : un sentiment d’unanimité et de deuil. […] Des phrases ont commencé à se dire comme « Nous sommes tous Américains » – un sentiment purement fictif pour la plupart d’entre nous. Ce fut étonnant de voir l’unité se former autour du centre sacré, rapidement nommé Ground Zero, une unité qui se concrétisera ensuite par un drapeau, une grande participation aux cérémonies religieuses, les chefs religieux soudainement pris au sérieux, des bougies, des lieux saints, des prières, tous les signes de la religion de la mort. […] Et puis il y avait le deuil. Comme nous aimons le deuil ! Cela nous donne bonne conscience, nous rend innocents. Voilà ce qu’Aristote voulait dire par katharsis, et qui a des échos profonds dans les racines sacrificielles de la tragédie dramatique. Autour du centre sacrificiel, les personnes présentes se sentent justifiées et moralement bonnes. Une fausse bonté qui soudainement les sort de leurs petites trahisons, leurs lâchetés, leur mauvaise conscience. James Alison
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
A Paris comme à Falluja la guérilla vaincra! Slogan des manifestations contre la guerre en Irak (2005)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes. (…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller (2005)
Nous exprimerons notre appréciation profonde de la foi musulmane qui a tant fait au long des siècles pour améliorer le monde, y compris mon propre pays. Barack Hussein Obama (Ankara, avril 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. Barack Hussein Obama
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je n’ai aucune estime pour monsieur Rushdie. J’ai lu ce qui a été publié dans la presse (des chapitres des Versets sataniques ont été publiés quelques jours plus tôt par Libération, le Nouvel Observateur et l’Evénement du jeudi, ndlr). C’est misérable. Et en règle générale, je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent le blasphème pour faire de l’argent. Jacques Chirac (maire de Paris, 26.02.89)
Dans le cadre du dialogue des civilisations et des cultures, il faut éviter tout ce qui anime les tensions et l’amalgame entre l’islam, qui est une grande religion respectée et respectable, et l’islamisme radical. Jacques Chirac
Suite à la parution de cette tribune, M. Redeker a fait l’objet de menaces de mort. Le MRAP les condamne avec autant de force et d’indignation qu’il a condamné les déclarations irresponsables d’un philosophe amateur de polémiques dont il croyait sans doute sortir à jamais indemne. C’est d’abord à ses propres limites que vient de se heurter Monsieur REDEKER. Preuve, s’il en était besoin, que toute forme de violence en appelle hélas d’autres en retour, parfois plus extrémistes encore. Le MRAP réclame d’une même voix la condamnation des propos provocants de M. REDEKER, sa protection contre toute atteinte physique et le châtiment des auteurs de ces inadmissibles intimidations et menaces de mort. MRAP (29.09.06)
Au printemps, le keffieh se portera en étendard : en version classique noir et blanc, en bleu indigo ou de toutes les couleurs… Magazine féminin  
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Charlie Hebdo ce n’est pas mes copains. Qu’ils crèvent ! Ils ont pris des risques sur la peau des autres. En plus ils ne sont pas drôles. C’était nul l’histoire de Mahomet. Guy Bedos (2012)
 Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech. Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.(…) The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.” The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate. Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right. Jonathan Turley
A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West. We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time. (…) How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties. (…) The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.(…) My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it. The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing and we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason. Andrew Parker (MI5)
The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings. You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. Christopher Hitchens
Il nous faut réfléchir à ce à quoi nous sommes confrontés, et j’ai en effet déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. C’est incroyable que la pensée que nous tenons pour sainte pousse la communauté musulmane à être une source d’inquiétude, de peur, de danger, d’assassinats et de destruction dans le monde entier. (…) Est-il possible que 1,6 milliards de personnes aient envie de tuer le reste de la population mondiale — c’est-à-dire 7 milliards – pour qu’ils puissent vivre ? Impossible ! (…) Nous avons besoin d’une révolution religieuse. Imams, vous êtes responsable devant Allah. Le monde entier, je le répète, tout le monde attend votre réaction car cette oumma est ravagée, elle est détruite, elle est perdue, et elle est perdue par nos propres mains. Abdel Fattah al-Sissi (président égyptien)
Qu’a donc fait l’Etat Islamique que Mahomet n’a-t-il pas fait lui-même ? Ahmed Harqan (talk-show de télévision populaire)
Les islamistes n’ont fait qu’appliquer la charia élémentaire. Aldo Sterone
Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time. Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world. Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear. My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. Dr Raied Al-Wazzan (Belfast Islamic Centre)
Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo. Nekfeu (rappeur français, 2013)
Je ne connais pas ce rappeur. Je ne connais pas sa réputation. Mais je suis effaré qu’on appelle à brûler un journal. Surtout que cela s’est déjà passé. Ce qui me choque vraiment c’est l’opposition entre ces propos de haine et la marche de 1983. Il n’y a pas grand rapport entre le film sur la marche de 1983 et des rappeurs qui visiblement cherchent à instrumentaliser le film. Je suis stupéfait que la production du film laisse passer ça. Certains de ces rappeurs mélangent des sujets différents : ils se servent de l’anti-racisme pour défendre des thèses religieuses réactionnaires. (…) il n’y a pas que cette phrase. Quand un rappeur dit par exemple qu’il préfère une copine voilée que des filles maquillées… La marche de 1983 n’était pas une marche de filles voilées ! Et puis un autodafé, c’est littéralement un acte de foi [le terme autodafé provient du portugais « acto da fé », traduction du latin « actus fidei », « acte de foi », NDLR]. Par ailleurs, lorsqu’on nous appelle des « chiens », c’est clairement « chiens d’infidèles » que l’on veut dire. Charb
J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013. Charb (directeur de Charlie Hebdo)
Je n’avais pas à valider les paroles. Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo. Hugo Sélignac (producteur du film « La Marche »)
Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd’hui au siège de Charlie Hebdo. Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an  (…) mes intentions de l’époque n’étaient évidemment pas de m’attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d’expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs. (…) Je dois avouer qu’en ce jour de deuil effroyable la formule en question résonne dans mon coeur avec regret, que je suis choqué et que je tiens fermement à soutenir la liberté d’expression qui m’est chère (‘§et la cohésion entre toutes les communautés qui forment notre pays. Paix et Amour. Pour de vrai. Nekfeu
Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ou toute invention nouvelle, même au détriment du bien-être de la nation. Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir (…) Par conséquent, les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde (…) les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe. L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort.  Cheikh Abu Bakr al-Jazairi (La Voie du musulman, avril 2014)
Dans le contexte actuel – des manifestations dans le monde musulman contre un film anti-islam, une ambassade américaine incendiée et des diplomates tués –, « Charlie Hebdo » fait de la pure provocation. Il joue à la fois sur la peur des Français non musulmans et sur celle des musulmans, qui craignent la stigmatisation et la prise à partie. Il est important de préciser que les récentes manifestations violentes ne concernent que quelques centaines d’individus et sont condamnées par les gouvernements, y compris ceux issus des Frères musulmans. Elles sont le fruit d’une minorité d’excités, qui ne représentent en rien l’ensemble des musulmans. Il faut se garder de tout amalgame entre cette image minoritaire et déformée de l’islam et la réalité. Or le numéro de « Charlie Hebdo » de cette semaine fait tout l’inverse et participe à l’amalgame. Le moment me semble donc particulièrement mal choisi, « Charlie Hebdo » aurait pu faire ce type de numéro dans une période plus calme. Tout ça ne va pas faciliter la tâche de nos diplomates à l’étranger et il faut souhaiter que nos ambassades ne soient pas prises à partie. Si le moment est mal choisi, il est bien sûr très opportun pour l’intérêt commercial de « Charlie Hebdo ». Ce journal sait que quand on tape sur l’islam, on vend du papier. L’intérêt est donc bien plus commercial qu’une recherche de liberté. Il est très différent de se moquer de la mort de De Gaulle dans une France gaulliste, où l’opposition était faible et la liberté de la presse pas aussi conséquente qu’aujourd’hui, et se moquer de nos jours des musulmans, qui ne sont pas en position de pouvoir en France, n’ont pas d’appuis dans la presse, sont montrés du doigt et connaissent des difficultés d’intégration. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de taper sur le fort ou sur le faible. Le premier cas de figure relève du courage, pas le second. Les vrais dissidents ne tapent pas sur les faibles, mais sur les puissants. Là est le courage. (…) La tradition libertaire de « Charlie Hebdo » appartient depuis plusieurs années déjà au passé du journal, qui joue maintenant à fond la carte « beauf-raciste ». Il ratisse ainsi un nouveau type de lectorat, bien éloigné à mon avis des libertaires du début. (…) Il faut faire tomber les masques et dire que « Charlie Hebdo » est devenu journal populiste et non plus libertaire. Il n’y a rien de courageux à taper sur les musulmans en France à notre époque. Pascal Boniface
Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ? Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?. (…) Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité. André Grjebine
Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ». Métronews
On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible. (…) Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire. Ministère de l’Intérieur
In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture. On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.” Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds. “Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner. Edward Morrissey
With respect to the current protest against the use of the word “illegal” in describing aliens applying for driver’s licenses, understand that the ultimate goal of the activists involved is to do away with the concept of immigration law altogether in favor of open borders and universal citizenry. They are attacking the use of the term “illegal” not because they are offended, but because they seek to affect the outcome of a national debate by controlling language in order to stifle dissent. With respect to this attack on a truthful and accurate headline, George Orwell said it best: “Political language is designed to make lies sound truthful and to give an appearance of solidarity to pure wind. Political speech is intended to hide the truth rather than express it.” The truth is, the term “illegal alien” accurately describes a foreigner who has entered or resides in a country unlawfully or without the country’s authorization, even if California chooses to issue driver’s licenses to the same. As such, the use of the word “illegal” to describe the status of an alien is neither race- or national origin-specific. Illegal aliens can hail from any country and race on earth, but these details are actually irrelevant to the discussion at hand. I would hope Wednesday’s terror attack in Paris is not lost in this debate, as it more closely mirrors what is going on here rather than any vague connections to Ferguson and New York. The point is, to what degree does society cater to people who claim the right to not be offended? Who do we check with to determine our speech meets the PC code? The critics who are the most threatening? Andy Caldwell
Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires. Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ». Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours. Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ». Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ». BC
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne! Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat». Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)! Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux. Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»! Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités. Mezri Haddad

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

Mode du keffieh, bidonnages médiatiques à la petit Mohmmed, manifestations pro-Saddam ou pro-Hamas aux cris de « Mort aux juifs ! »,  polémique du voile islamique, affaire Redeker, tollé contre la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, torture et assassinat d’Ilan Halimi, massacres de Toulouse ou de Bruxelles, tapis rouge élyséen pour les financiers du djihad, drapeau noir de l’Etat islamique trônant sur la statue de la République, prédication du djihad en vente libre dans les hypermarchés, chansons de rap appelant au meurtre, viol de Créteil, lieux de culte sous constante surveillance policière, communauté qui avec à peine 1% de la population concentre quelque 50% des persécutions, dénonciation systématique de notre arsenal antiterrorriste et encensement de ceux qui les dévoilent au monde,  reconnaissance d’un prétendu Etat prônant rien de moins que la Solution finale

Au lendemain, suite au carnage de Charlie hebdo, du nouvel assassinat de quatre juifs dans un supermarché cacher parisien …

Et, derrière un slogan plus que galvaudé depuis le « Nous sommes tous américains » des attentats du 11 septembre, à la veille d’un nouveau rassemblement et d’un unanimisme de façade (avec un Abbas en vedette américaine ?) commandés par un pouvoir complètement discrédité

Alors qu’après des années d’atermoiements des grands médias en un pays qui croule sous les lois liberticides, les journaux se décident enfin à publier certaines des meilleurs caricatures des dessinateurs assassinés …

Comment ne pas voir avec le philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO Mezri Haddad …

 Produit de « trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme » et faisant le lit du second …

Ce véritable terrorisme intellectuel de la pensée politiquement correcte ?

Terrorisme islamiste: cette guerre qui commence était hélas prévisible!
Le Figaro
Mezri Haddad
09/01/2015

Pour le philosophe tunisien Mezri Haddad le rejet des amalgames ne doit pas empêcher la remise en cause de la dogmatique ambiante. L’intégration de l’islam dans les pays européens a échoué et a laissé place au développement de l’intégrisme.

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d’essais sur la réforme de l’islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d’otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s’attendre. Mais pas pour l’élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l’ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l’innommable au risque de se faire accuser d’islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d’immigration, d’intégration, d’éducation, de réforme de l’islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d’Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu’à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d’angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire. Écrit par les concessions aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l’affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l’altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l’obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d’Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L’islamisme «modéré», qu’à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l’islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu’on le célèbre à deux heures de vol de la France, l’on risque d’en subir les assauts en plein cœur de Paris. Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu’il n’y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l’islamisme n’est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s’étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c’est le Coran, notre modèle c’est le prophète, notre régime c’est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s’étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s’est d’ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l’UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression.
Passées les jérémiades des fonctionnaires de l’islam, les indignations sincères de la classe politique, l’heure n’est pas seulement à l’unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l’autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l’expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d’intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l’islam qu’on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l’islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l’intégration a «échoué», l’intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu’on a laissé la société s’ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l’islam quiétiste à l’islamisme radical s’est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c’est le cancer islamo-fasciste qu’on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d’amalgames, mettre des mots sur les maux, c’est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans. Mais leur islam n’est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d’Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s’attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l’unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l’Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n’incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l’assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Voir aussi:

Livre prônant le djihad : une polémique mais pas d’interdiction
Métronews

29-07-2014

RELIGION – A l’occasion du ramadan, la large diffusion en France d’un livre intitulé « La voie du musulman » fait polémique. Prônant la lutte armée contre les ennemis de l’islam, il fait l’objet de pétition réclamant son interdiction. Saisi, le ministère de l’Intérieur indique à metronews qu’il ne peut toutefois pas le retirer de la vente. Explications.

« La voie du musulman » a été mis dans les rayons de près de 1000 points de vente partout en France. Photo : Albouraq
Dans le cadre d’une « opération Ramadan », la maison d’édition Albouraq diffuse depuis 2001 plusieurs ouvrages islamiques dans les librairies de France. Cette année, l’un d’entre eux fait polémique. Intitulé « La voie du musulman », il contient des propos radicaux prônant le djihad. Vendu dans les magasins spécialisés ainsi que dans les rayons livres des hypermarchés, il est sujet à plusieurs pétitions qui souhaitent faire interdire sa vente, rapporte ce mardi Le Figaro.

« La voie du Musulman », éditée en avril 2014, promet sur sa quatrième de couverture « des solutions conformes aux exigences du monde moderne ». L’auteur, le cheikh algérien Abu Bakr Al-Jazairi, y conduit une exégèse du Coran et de hadith ( recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons ) pour éclairer la conduite des pratiquants de l’islam. Mais après des chapitres sur « la foi » du musulman, « la bienséance », « la morale du musulman » ou les « pratiques religieuses », le chapitre « rapports sociaux » évoque longuement un sujet pour le moins controversé : « la guerre sainte, le djihad ».

« Les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement »

Dans ces onze pages, l’auteur développe une analyse belliqueuse de l’islam. « Le djihad a pour but de comprendre et de contenir les mécréants, ennemis de l’Islam et de la communauté musulmane. C’est un devoir pour tout musulman que tous les croyants sont appelés à accomplir », commence-t-il page 263. Par conséquent, poursuit-il, « les musulmans doivent installer toutes sortes d’usines d’armement pour fabriquer tout genre d’armes en usage dans le monde ». Page 267, le livre indique que « les musulmans doivent aussi se perfectionner et s’améliorer dans l’art militaire défensif et offensif pour se défendre ou attaquer au moment opportun pour que le verbe de Dieu triomphe ». Et d’asséner, 13 pages plus loin : « L’hérétique : c’est le musulman qui renie sa religion, devient juif, chrétien ou athée, de son propre gré. On le somme dans un délai de trois jours pour revenir à l’Islam, s’il refuse, il sera passible de la peine de mort ».

Contacté par metronews, le groupe Carrefour, qui fait partie des points de vente du livre, souligne que « d’autres magasins le vendent aussi » à l’occasion du mois du ramadan. Agacée de cette polémique, l’enseigne souligne que sa vente s’est achevée dans leurs rayons le 19 juillet. La Fnac, qui vend toujours l’ouvrage, admet également dans les colonnes du Figaro que « vu le contexte, c’est sensible ».
« Il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme »

Une opinion partagée par Mansour Mansour, directeur de la maison d’édition Albouraq, qui estime que « l’actualité est l’élément déclencheur de la polémique ». Le problème, selon lui, ce sont « les amalgames » dont est souvent victime l’islam en France. « Dire que c’est un livre djihadiste est exagéré, c’est du bluff », estime-t-il, soulignant que les paragraphes polémiques ne constituent qu’une petite partie de l’ouvrage de plus de 400 pages. Soucieux de ne pas alimenter la polémique, il se déclare néanmoins « prêt à le retirer si le ministère lui en faisait la demande ».

Le ministère de l’Intérieur nous confirme avoir été alerté au sujet de ce livre « salafiste aux propos radicaux ». Mais bien que la polémique intervienne en plein plan anti-djihad, les services de Bernard Cazeneuve assurent qu’ils ne peuvent rien faire. « On ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants. S’il n’y a pas d’appel à la haine ou d’apologie au terrorisme, on ne peut pas l’interdire. Ce n’est pas un délit de prôner le djihad, ce n’est pénalement pas répréhensible », affirme-t-on cabinet du ministre, tout en assurant mener « une expertise juridique » pour s’en assurer. Et le ministère des Cultes de tempérer la polémique, en rappelant que ce genre de contenus n’est pas l’apanage d’ouvrages islamiques : « Si l’on prend la Bible, c’est pareil, il y a également des passages choquants et pourtant, on ne va pas l’interdire ».

Voir également:

« La Marche » : « Charlie Hebdo » effaré par une chanson liée au film
L’Obs avec AFP
25-11-2013
D’abord présentée comme la bande originale du film « La Marche », une chanson issue d’un projet parallèle attaque les « chiens de Charlie Hebdo »… qui réagit vivement.
Le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » : interprétée par une dizaine de rappeurs, une chanson particulièrement violente à l’égard de l’hebdomadaire satirique, d’abord présentée comme faisant partie de la bande originale du film « La Marche » – sur les écrans mercredi – a déclenché une polémique lundi 25 novembre. Mais face à « l’effarement » du quotidien satirique, le producteur Hugo Sélignac a pris ses distances. Il assure que la chanson « n’a jamais été prévue pour la B.O. du film ». Elle a néanmoins été réalisée avec son accord et soutien.

« Je n’avais pas à valider les paroles »
Diffusée sur internet depuis vendredi 22 novembre, la chanson controversée est présentée sur de nombreux sites comme « BO du film ‘La Marche' ». Ecrite et interprétée par une dizaine de rappeurs renommés, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu, la chanson est en fait un projet parallèle monté par le rappeur Kore et le producteur du film, Hugo Sélignac, à l’occasion des 30 ans de la Marche antiraciste de 1983, qui est aussi le sujet du long métrage. Selon ce producteur, tous les droits de la chanson seront reversés à une association contre le racisme située à Vénissieux, dans le Rhône.

J’ai apporté mon soutien à cette chanson qui n’a jamais été prévue pour la BO du film. J’ai prêté des éléments sonores du film qui ont été intégrés à la chanson et j’ai donné mon accord pour que la typographie de la pochette et de l’affiche du film soit la même. Je n’avais pas à valider les paroles », explique Hugo Sélignac.
« Je suis pour la liberté d’expression de tous, celles des rappeurs comme celle de Charlie Hebdo », ajoute-t-il.

Joint également par l’AFP, le producteur de la chanson a défendu celle même « liberté d’expression » des rappeurs qui ont participé à la chanson : « Je comprends parfaitement que Charlie Hebdo s’offusque, mais ce n’est pas cette réaction que j’attends d’eux. Réagir comme ils le font, c’est jouer le jeu des extrêmes », a estimé Kore. Le rappeur Disiz, qui a participé à l’élaboration de la chanson, a quant à lui réagi sur Instagram, et réaffirmé sa position : « Fuck Charlie Hebdo ».

« Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »
Un peu plus tôt dans la journée, la rédaction de « Charlie Hebdo » avait fait part de son « effarement » en découvrant la « violence » à son égard des paroles de la chanson. Dans le 7e couplet qu’il interprète, le rappeur Nekfeu chante notamment : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ». Nekfeu est membre du collectif parisien « 1995 » (Polydor), très apprécié de la critique et pas coutumier des polémiques.

« Charlie Hebdo découvre avec effarement la violence des paroles de la bande originale du film ‘La Marche’ à son encontre. Ainsi, la chanson ‘Marche’ […] reprend les propos que tient habituellement l’extrême droite musulmane lorsqu’elle évoque notre journal », estime Charlie Hebdo dans un communiqué signé de « la rédaction ».

« Nous avons l’habitude de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles »
« S’il leur manque un couplet, nous précisons aux auteurs de la chanson que le journal numérique Inspire, édité par Al-Qaïda, a condamné à mort Charb en mars dernier », ajoute le communiqué de Charlie Hebdo. « Nous avons l’habitude de ces appels à la haine, de nous faire traiter de ‘chiens’ d’infidèles. »

« Nous sommes juste très surpris que le réalisateur [Nabil ben Yadir] d’un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits, ait choisi de l’illustrer par une chanson en totale opposition avec son oeuvre », conclut Charlie Hebdo.

« Pas de plainte, ni de demande particulière. J’aimerais simplement que la production m’explique le rapport entre une marche antiraciste et fraternelle en 1983 et un chant religieux communautariste qui appelle à brûler un journal satirique antiraciste en 2013 », a déclaré Charb, le directeur de Charlie Hebdo.

(Le clip vidéo de la chanson « Marche »)

Avec Jamel Debbouze à l’affiche, le film « La Marche », produit et distribué par EuropaCorp, s’inspire de l’histoire vraie d’une poignée d’enfants d’immigrés qui ont marché de Marseille à Paris en 1983 contre le racisme.

Le 2 novembre 2011, le siège de Charlie Hebdo avait été détruit par un incendie criminel, le jour où il publiait à la une une caricature de Mahomet.

Voir encore:

« Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous. »
BC, @sinaute

Arrêt sur images

9 janvier 2015 13:52

« Je ne suis pas descendu parmi la foule. » Un @sinaute exprime, dans le forum de discussion de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, son malaise vis-à-vis de « l’union nationale » suite aux attaques meurtrières qui ont visé Charlie Hebdo. En cause, la « dérive islamophobe » du journal et de cette gauche « Onfray/Charlie/Fourest laïcarde ».

Gros malaise. Je ne suis pas descendu parmi la foule. Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous.

Mais cet unanimisme émotionnel, quasiment institutionnel pour ceux qui écoutent les radio de service public et lisent les grands media, j’ai l’impression qu’on a déjà essayé de me foutre dedans à deux reprises. La société française est complètement anomique, mais on continue à se raconter des histoires.

Première histoire: victoire des Bleus en 1998. Unanimisme: Thuram Président, Black Blanc Beur etc. J’étais alors dans la foule. Quelques années plus tard: Knysna, Finkelkraut et son Black Black Black, déferlement de haine contre ces racailles millionnaires, mépris de classe systématique envers des sportifs analphabètes tout droit issus du sous-prolétariat post-colonial. Super l' »unité nationale ».

Deuxième histoire: entre deux-tour en 2002. Unanimisme: le FHaine ne passera pas, « pinces à linges », « sursaut républicain », foule « bigarrée » et drapeaux marocains le soir du second tour devant Chirac « supermenteur », « sauveur » inopiné de la République, et Bernadette qui tire la tronche, grand soulagement national. J’étais dans la foule des manifs d’entre deux tours.

Quelques années plus trard: le FN en pleine forme, invention du « racisme anti-blanc », création d’une coalition Gauche/Onfray/Charlie/Fourest laïcarde et une Droite forte/UMP/Cassoulet en pleine crise d' »identité nationale » contre l’Islam radical en France, « racaille » et « Kärcher », syndrome du foulard, des prières de rue, des mosquées, émeutes dans les banlieues, tirs sur les policiers, couvre-feu, récupération de la laïcité par l’extrême droite, Zemmour, Dieudo, Soral… Super l' »unité nationale ».

Troisième histoire: sursaut national après le massacre inqualifiable à Charlie en janvier 2015. Unanimisme: deuil national, « nous sommes tous Charlie », mobilisations massives pour la défense de la liberté d’expression dans tout le pays. Charlie ? Plus personne ne le lisait. Pour les gens de gauche qui réfléchissent un peu, la dérive islamophobe sous couvert de laïcité et de « droit de rire de tout » était trop évidente. Pour les gens de droite: on déteste cette culture post-68, mais c’est toujours sympa de se foutre de la gueule des moyen-âgeux du Levant. Pour l’extrême droite: pas lu, auteurs et dessinateurs détestés culturellement et politiquement, mais très utile, les dessins sont repris dans « Riposte laïque » [site islamophobe d’extrême droite]. Pour beaucoup de musulmans: un affront hebdomadaire, mais on ferme sa gueule, c’est la « culture française ».

« Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là »

Résultat: des centaines de milliers de musulmans sommés de montrer patte blanche, quelques années à peine après la purge officielle sur l’identité nationale. Des années durant avec toujours le même message insistant: mais putain, quand est-ce que vous allez vous intégrer? Et vous, les musulmans « modérés », pourquoi on vous entend pas plus? A partir d’aujourd’hui, « vous êtes pour nous ou contre nous ». Cabu ne disait pas autre chose: « la caricature, ils doivent bien l’accepter, c’est la culture Française ». Super l' »unité nationale ».

Réactions à chaud de jeunes de quartiers entendues dans le micro: « c’est pas possible, c’est trop gros, c’est un coup monté ». Dieudo/Soral et les complotistes sont passés par là: manifestement certains ne croient pas plus au 07/01/15 qu’au 11/09/01. La réalité est qu’on les a déjà perdus depuis longtemps, et c’est pas avec des veillées publiques à la bougie qu’on va les récupérer ni avec des incantations à la « résistance » – mais à quoi vous « résistez » au fond ? Vous allez vous abonner à Charlie? Et ça va changer quoi?

« La majorité va se sentir mieux, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. »

La réassurance collective est un mouvement sain et compréhensible face à un massacre aussi traumatisant, mais elle a pour versant complémentaire le déni collectif, et pour résultat l’oubli des causes réelles et profondes de l’anomie. La majorité va se sentir mieux, se faire du bien, comme elle s’était fait du bien en 1998 et 2002, et c’est précieux. Mais la fracture est totale. Et la confusion idéologique à son comble.

Personne ne se demande comment on en est arrivé là, comment des jeunes parigots en sont venus à massacrer des journalistes et des artistes à la Kalash après un séjour en Syrie, sans avoir aucune idée de la vie et des idées des gens qu’ils ont tué: ils étaient juste sur la liste des cibles d’AlQaeda dans la Péninsule Arabique. Personne ne veut voir que cette société française, derrière l’unanimisme de façade devant l’horreur, est en réalité plus que jamais complètement anomique, qu’elle jette désespérément les plus démunis les uns contre les autres, et qu’elle a généré en un peu plus d’une décennie ses propres ennemis intérieurs.

« La plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON »

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d’Al Qaeda sur notre territoire, c’est la PRISON. Personne n’a compris que la France n’a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l’immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de « civilisation » et de « liberté d’expression » sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l’ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du « Front républicain » de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d’expression, dernier rempart d’une collectivité qui n’est plus capable de se donner comme raison d’être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des « autres », comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette « unité nationale » réduite en lambeaux.

Vous n’arriverez pas à reconstruire la « communauté nationale » sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n’y arriverez pas. Car ce n’est pas CA notre problème. Notre problème, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus personne en France qui n’ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d’en être réduit à n’avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

Car on ne peut rien contre ceux qui leur fournissent la liste des cibles une fois qu’ils sont conditionnés. Il faut donc TOUT mettre en oeuvre pour agir avant qu’ils en soient là: ce n’est pas facile mais c’est la seule chose qui compte si on ne veut pas progressivement tomber dans le gouffre de la guerre civile, qui est la conséquence ultime de l’anomie.

Après, c’est trop tard. Et c’est déjà trop tard….

Voir encore:

The biggest threat to French free speech isn’t terrorism. It’s the government.
The murders at Charlie Hebdo, while tragic, aren’t the problem.
Jonathan Turley
Washinton Post
January 8
Jonathan Turley is the Shapiro professor of public interest law at George Washington University.

Within an hour of the massacre at the headquarters of the Charlie Hebdo newspaper, thousands of Parisians spontaneously gathered at the Place de la Republique. Rallying beneath the monumental statues representing Liberty, Equality and Fraternity, they chanted “Je suis Charlie” (“I am Charlie”) and “Charlie! Liberty!” It was a rare moment of French unity that was touching and genuine.

Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech.

Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views.

In 2006, after Charlie Hebdo reprinted controversial cartoons of the prophet Muhammad that first appeared in a Danish newspaper, French President Jacques Chirac condemned the publication and warned against such “obvious provocations.”

“Anything that can hurt the convictions of someone else, in particular religious convictions, should be avoided,” he said. “Freedom of expression should be exercised in a spirit of responsibility.”

The Paris Grand Mosque and the Union of French Islamic Organizations sued the newspaper for insulting Muslims — a crime that carries a fine of up to 22,500 euros or six months’ imprisonment. French courts ultimately ruled in Charlie Hebdo’s favor. But France’s appetite for speech control has only grown since then.
The cases have been wide-ranging and bizarre. In 2008, for example, Brigitte Bardot was convicted for writing a letter to then-Interior Minister Nicolas Sarkozy about how she thought Muslims and homosexuals were ruining France. In 2011, fashion designer John Galliano was found guilty of making anti-Semitic comments against at least three people in a Paris cafe. In 2012, the government criminalized denial of the Armenian genocide (a law later overturned by the courts, but Holocaust denial remains a crime). In 2013, a French mother was sentenced for “glorifying a crime” after she allowed her son, named Jihad, to go to school wearing a shirt that said “I am a bomb.” Last year, Interior Minister Manuel Valls moved to ban performances by comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, declaring that he was “no longer a comedian” but was rather an “anti-Semite and racist.” It is easy to silence speakers who spew hate or obnoxious words, but censorship rarely ends with those on the margins of our society.

Notably, among the demonstrators this past week at the Place de la Republique was Sasha Reingewirtz, president of the Union of Jewish Students, who told NBC News, “We are here to remind [the terrorists] that religion can be freely criticized.” The Union of Jewish Students apparently didn’t feel as magnanimous in 2013, when it successfully sued Twitter over posts deemed anti-Semitic. The student president at the time dismissed objections from civil libertarians, saying the social networking site was “making itself an accomplice and offering a highway for racists and anti-Semites.” The government declared the tweets illegal, and a French court ordered Twitter to reveal the identities of anti-Semitic posters.

Recently, speech regulation in France has expanded into non-hate speech, with courts routinely intervening in matters of opinion. For example, last year, a French court fined blogger Caroline Doudet and ordered her to change a headline to reduce its prominence on Google — for her negative review of a restaurant.

While France long ago got rid of its blasphemy laws, there is precious little difference for speakers and authors in prosecutions for defamation or hate speech. There may also be little difference perceived by extremists, like those in Paris, who mete out their own justice for speech the government defines as a crime. To them, this is only a matter of degree in responding to what the government has called unlawful provocations. As the radical Muslim cleric Anjem Choudary wrote this past week, “Why in this case did the French government allow the magazine Charlie Hebdo to continue to provoke Muslims?”

It was the growing French intolerance of free speech that motivated the staff of Charlie Hebdo — and particularly its editor, Stéphane Charbonnier — who made fun of all religions with irreverent cartoons and editorials. Charbonnier faced continuing threats, not just of death from extremists but of criminal prosecution. In 2012, amid international protests over an anti-Islamic film, Charlie Hebdo again published cartoons of Muhammad. French Prime Minister Jean-Marc Ayrault warned that freedom of speech “is expressed within the confines of the law and under the control of the courts.”
Editor’s note: This video contains graphic content. Videos shot near the Paris office of Charlie Hebdo captured two gunmen fleeing the area. One shows the gunmen shooting a police officer. (The Washington Post)
Carbonnier wasn’t cowed — by the government pressure, the public protests or the inclusion of his name on a list of al-Qaeda targets. In an interview with the French newspaper Le Monde, he echoed Mexican revolutionary Emiliano Zapata and proclaimed, “I would rather die standing than live on my knees.” Carbonnier was the first person the gunmen asked for in their attack on the office, and he was one of the first to be killed.

The French, of course, have not been alone in rolling back protections on free speech. Britain, Canada and other nations have joined them. We have similar rumblings here in the United States. In 2009, the Obama administration shockingly supported Muslim allies trying to establish a new international blasphemy standard. And as secretary of state, Hillary Clinton invited delegations to Washington to work on implementing that standard and “to build those muscles” needed “to avoid a return to the old patterns of division.” Likewise, in 2012, President Obama went to the United Nations and declared that “the future must not belong to those who slander the prophet of Islam.”
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties. A person cannot really defame a religion or religious figures (indeed, you cannot defame the dead in the United States). The effort to redefine criticism of religion as hate speech or defamation is precisely what Charbonnier fought to resist. He once said that by lampooning Islam, he hoped to make it “as banal as Catholicism” for the purposes of social commentary and debate.

Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him. They need only to look more closely at those three statues. In the name of equality and fraternity, liberty has been curtailed in France. The terrible truth is that it takes only a single gunman to kill a journalist, but it takes a nation to kill a right.

Voir par ailleurs:

The Next Islamist Rampage
The West has to reinforce its terror defenses, including surveillance.
WSJ
Jan. 9, 2015

France’s terror rampage ended Friday as police killed three Islamists, but not before they had paralyzed much of the country, taken more hostages, and killed at least four more innocents. Europe and the U.S. had better brace for more such attacks, while reinforcing the antiterror defenses, moral and military, that have come under political assault in recent years.

***
The biggest question raised by Paris is whether it presages a new offensive by homegrown jihadists carrying European or U.S. passports who are inspired by al Qaeda or Islamic State. Officials say one of the killers was trained by the al Qaeda offshoot in Yemen, and we can expect other such links or sympathies.

It’s tempting but probably wrong to think that France has a unique jihadist problem because of its relatively large Muslim population (about 7.5% of the country) and the immigrant ghettoes where they congregate. These certainly are breeding grounds for radicalism. Yet the United Kingdom has Birmingham, the Islamist petri dish for the London subway bombers, and the U.S. sheltered the killer Tsarnaevs in Boston and the Somali immigrants in Minnesota who’ve gone to Syria.

America may have a better historical record of assimilating diverse peoples, but that was when the U.S. had a less fragmented national culture and an elite that was more confident in Western values. The Internet, for all its benefits, also makes it possible for young men in the West to be inspired or recruited by jihadist networks around the world.

The threat is compounded by America’s abdication in the Syrian civil war, which has become a Grand Central Station for global jihad. Thousands from the Muslim diaspora have flooded into Syria as they did in Iraq after the fall of Saddam Hussein. The difference is that in Iraq they were killed by the U.S.-Iraq counter-insurgency campaign.

In Syria they have had four years to develop safe havens and training camps. Hundreds of Europeans and Americans have joined the ranks of al-Nusrah, the al Qaeda branch in Syria, or Islamic State, which controls territory from Aleppo in Western Syria through the suburbs of Baghdad.

“A group of core al Qaeda terrorists in Syria is planning mass casualty attacks against the West,” said Andrew Parker, the director general of British security service MI5, in a speech Thursday. His timing was no accident. Mr. Parker said some 600 British citizens have traveled to Syria, many joining Islamic State. “We face a very serious level of threat that is complex to combat and unlikely to abate significantly for some time.”

How to respond? One necessity is to accelerate and intensify the campaign against Islamic State and its 30,000 recruits. Jihad is more attractive when it is succeeding, and Islamic State has infused militant Islam with a new charisma. All the more so after President Obama announced a campaign to destroy it, began bombing, and then—very little. The desultory offensive so far may be winning more recruits for Islamic State than it is inflicting casualties.

The West also needs to cease its political campaign against the most effective antiterror tools. This means surveillance in particular. The same left-libertarian media who have canonized Edward Snowden and Glenn Greenwald now claim solidarity with Charlie Hebdo. Sorry. You cannot favor antiterror disarmament and then claim shock at terror successes.

“My sharpest concern as director general of MI5 is the growing gap between the increasingly challenging threat and the decreasing availability of capabilities to address it,” Mr. Parker, the British security chief, also said this week. “The dark places from where those who wish us harm can plot and plan are increasing” and “we need to be able to access communications and obtain relevant data on those people when we have good reason.”

Surveillance by itself isn’t enough, given the many reports that French security had tracked this week’s killers. We’ll learn in the coming days if the French missed clues that the Kouachi brothers were ready to strike, but other countries have had similar oversights. The FBI was tipped off that Tamerlan Tsarnaev had visited the North Caucusus terrorist hotbed of Dagestan in 2012 but failed to act.

The West will have to consider more aggressive interventions, including arrest or exile, for citizens who visit terror regions and show signs of embracing jihad. Tracking Muslim student groups and clerics is also essential to preventing future attacks. The Associated Press campaign three years ago against the New York police for legal monitoring of Muslim groups looks more morally obtuse with each homegrown attack.

***
The indispensable and now-missing requirement for this counteroffensive is U.S. leadership. Mr. Obama clearly is unable to supply it. His May 2013 speech announcing victory in the war against al Qaeda may have reflected his sincere belief. But it also revealed his willful naivete about the nature of Islamist terror, and it encouraged jihadists to conclude the U.S. was in retreat. He can’t even find the words to forthrightly defend the antiterror programs his own Administration uses.

Members of Congress in both parties, and especially Republican presidential candidates, have an obligation to show the world that help is on the way. Rand Paul has made the clearest public impression by echoing Mr. Obama’s theme that the U.S. has gone too far in its antiterror defenses. Other candidates who disagree will have to speak clearly about how they define the Islamist threat and how the West can defeat it.

Stand up for Denmark!
Why are we not defending our ally?
Christopher Hitchens
Slate
Feb. 21 2006

Put the case that we knew of a highly paranoid religious cult organization with a secretive leader. Now put the case that this cult, if criticized in the press, would take immediate revenge by kidnapping a child. Put the case that, if the secretive leader were also to be lampooned, two further children would be killed at random. Would the press be guilty of « self-censorship » if it declined to publish anything that would inflame the said cult? Well, yes it would be guilty, but very few people would insist on the full exertion of the First Amendment right. However, the consequences for the cult and its leader would be severe as well. All civilized people would regard it as hateful and dangerous, and steps would be taken to circumscribe its influence, and to ensure that no precedent was set.

The incredible thing about the ongoing Kristallnacht against Denmark (and in some places, against the embassies and citizens of any Scandinavian or even European Union nation) is that it has resulted in, not opprobrium for the religion that perpetrates and excuses it, but increased respectability! A small democratic country with an open society, a system of confessional pluralism, and a free press has been subjected to a fantastic, incredible, organized campaign of lies and hatred and violence, extending to one of the gravest imaginable breaches of international law and civility: the violation of diplomatic immunity. And nobody in authority can be found to state the obvious and the necessary—that we stand with the Danes against this defamation and blackmail and sabotage. Instead, all compassion and concern is apparently to be expended upon those who lit the powder trail, and who yell and scream for joy as the embassies of democracies are put to the torch in the capital cities of miserable, fly-blown dictatorships. Let’s be sure we haven’t hurt the vandals’ feelings.

You wish to say that it was instead a small newspaper in Copenhagen that lit the trail? What abject masochism and nonsense. It was the arrogant Danish mullahs who patiently hawked those cartoons around the world (yes, don’t worry, they are allowed to exhibit them as much as they like) until they finally provoked a vicious response against the economy and society of their host country. For good measure, they included a cartoon that had never been published in Denmark or anywhere else. It showed the Prophet Mohammed as a pig, and may or may not have been sent to a Danish mullah by an anonymous ill-wisher. The hypocrisy here is shameful, nauseating, unpardonable. The original proscription against any portrayal of the prophet—not that this appears to be absolute—was superficially praiseworthy because it was intended as a safeguard against idolatry and the worship of images. But now see how this principle is negated. A rumor of a cartoon in a faraway country is enough to turn the very name Mohammed into a fetish-object and an excuse for barbaric conduct. As I write this, the death toll is well over 30 and—guess what?—a mullah in Pakistan has offered $1 million and a car as a bribe for the murder of « the cartoonist. » This incitement will go unpunished and most probably unrebuked.

Could things become any more sordid and cynical? By all means. In a mindless attempt at a tu quoque, various Islamist groups and regimes have dug deep into their sense of wit and irony and proposed a trade-off. You make fun of « our » prophet and we will deny « your » Holocaust. Even if there were any equivalence, and Jewish mobs were now engaged in trashing Muslim shops and embassies, it would feel degrading even to engage with such a low and cheap stunt. I suppose that one should be grateful that the Shoah is only to be denied rather than, as in some Islamist propaganda, enthusiastically affirmed and set out as a model for emulation. But only a moral cretin thinks that anti-Semitism is a threat only to Jews. The memory of the Third Reich is very vivid in Europe precisely because a racist German regime also succeeded in slaughtering millions of non-Jews, including countless Germans, under the demented pretext of extirpating a nonexistent Jewish conspiracy. As it happens, I am one of the few people to have publicly defended David Irving’s right to publish, and I think it outrageous that he is in prison in Austria for expressing his opinions. But my attachment to free speech is at least absolute and consistent. Those who incite murder and arson, or who silkily justify it, are incapable of rising above the childish glee that culminates in the assertion that two wrongs make a right.

The silky ones may be more of a problem in the long term than the flagrantly vicious and crazy ones. Within a short while—this is a warning—the shady term « Islamophobia » is going to be smuggled through our customs. Anyone accused of it will be politely but firmly instructed to shut up, and to forfeit the constitutional right to criticize religion. By definition, anyone accused in this way will also be implicitly guilty. Thus the « soft » censorship will triumph, not from any merit in its argument, but from its association with the « hard » censorship that we have seen being imposed over the past weeks. A report ($$) in the New York Times of Feb. 13 was as carefully neutral as could be but nonetheless conveyed the sense of menace. « American Muslim leaders, » we were told, are more canny. They have « managed to build effective organizations and achieve greater integration, acceptance and economic success than their brethren in Europe have. They portray the cartoons as a part of a wave of global Islamophobia and have encouraged Muslim groups in Europe to use the same term. » In other words, they are leveraging worldwide Islamic violence to drop a discreet message into the American discourse.
You may have noticed the recurrence of the term « One point two billion Muslims. » A few years ago, I became used to the charge that in defending Salman Rushdie, say, I had « offended a billion Muslims. » Evidently, the number has gone up since I first heard this ridiculous complaint. But observe the implied threat. There is not just safety in numbers, but danger in numbers. How many Danes or Jews or freethinkers are there? You can see what the « spokesmen » are insinuating by this tactic of mass psychology and mobbishness.
And not without immediate success, either. The preposterous person of Karen Hughes is quoted in the same New York Times article, under her risible title of « Under Secretary of State for Public Diplomacy. » She tittered outside the store she was happily giving away: « The voices of Muslim Americans have more credibility in the Muslim world frankly than my voice as a government official, because they can speak the language of their faith and can share their experience of practicing their faith freely in the West, and they can help explain why the cartoons are so offensive. » Well, let’s concede that almost any voice in any world has more credibility on any subject than this braying Bush-crony ignoramus, but is the State Department now saying that we shall be represented in the Muslim world only by Muslims? I think we need a debate on that, and also a vote. Meanwhile, not a dollar of Wahhabi money should be allowed to be spent on opening madrasahs in this country, or in distributing fundamentalist revisions of the Quran in our prison system. Not until, at the very least, churches and synagogues and free-thought libraries are permitted in every country whose ambassador has bullied the Danes. If we have to accept this sickly babble about « respect, » we must at least demand that it is fully reciprocal.
And there remains the question of Denmark: a small democracy, which resisted Hitler bravely and protected its Jews as well as itself.  Denmark is a fellow member of NATO and a country that sends its soldiers to help in the defense and reconstruction of Iraq and Afghanistan. And what is its reward from Washington? Not a word of solidarity, but instead some creepy words of apology to those who have attacked its freedom, its trade, its citizens, and its embassies. For shame. Surely here is a case that can be taken up by those who worry that America is too casual and arrogant with its allies. I feel terrible that I have taken so long to get around to this, but I wonder if anyone might feel like joining me in gathering outside the Danish Embassy in Washington, in a quiet and composed manner, to affirm some elementary friendship. Those who like the idea might contact me at christopher.hitchens@yahoo.com, and those who live in other cities with Danish consulates might wish to initiate a stand for decency on their own account.
Update, Feb. 22: Thank you all who’ve written. Please be outside the Embassy of Denmark, 3200 Whitehaven Street (off Massachusetts Avenue) between noon and 1 p.m. this Friday, Feb. 24. Quietness and calm are the necessities, plus cheerful conversation. Danish flags are good, or posters reading « Stand By Denmark » and any variation on this theme (such as « Buy Carlsberg/ Havarti/ Lego ») The response has been astonishing and I know that the Danes are appreciative. But they are an embassy and thus do not of course endorse or comment on any demonstration. Let us hope, however, to set a precedent for other cities and countries. Please pass on this message to friends and colleagues.

Caricatures: il faut se moquer de la religion
Christopher Hitchens

Traduit par Peggy Sastre

08.01.2015

En 2006, le monde était secoué par l’affaire dite des caricatures de Mahomet, publiées par un journal danois et reprises en France par Charlie Hebdo. Christopher Hitchens, grand défenseur de la laïcité aujourd’hui décédé, réaffirmait la nécessité de ne pas céder aux menaces et de critiquer les religions.

Mercredi, des hommes armés ont attaqué les bureaux de Charlie Hebdo, faisant au moins 12 morts. Le magazine était connu pour avoir publié des images du prophète Mahomet, y compris les dessins de 2005 parus pour la première fois dans le quotidien danois Jyllands-Posten, des caricatures qui avaient été à l’origine d’une vague de violence dans le monde entier. En février 2006, Christopher Hitchens, mort en 2011, se saisissait du problème à son inimitable manière. Nous republions aujourd’hui des extraits de son article.

Il débutait par la déclaration du porte-parole du Département d’Etat américain réagissant aux caricatures:

«Les images anti-musulmanes sont aussi inacceptables que le sont les images antisémites, les images anti-chrétiennes ou celles qui s’attaquent à n’importe quelle autre croyance religieuse.»
Une déclaration contestée par Hitchens:

[…] Comme il est effroyable que le pays du Premier Amendement soit représenté par une telle administration [l’administration Bush, NDLE]. Que veut-il dire en parlant d’«inacceptable»? Que les images devraient être interdites? Et comme il est lamentable qu’un «porte-parole» soit incapable de faire la différence entre la critique d’un système de croyance et le dénigrement d’un peuple entier.

Néanmoins, McCormack [le porte-parole]  l’analphabète a raison quand il compare sans le vouloir libelles racistes et foi religieuse. D’aucuns ont souligné combien la presse arabe et musulmane regorge de caricatures anti-juives, et souvent de la plus évidente et haineuse espèce. En un sens, la comparaison est désespérément inexacte.

Ces fétides illustrations apparaissent pour la plupart dans des pays où un Etat décide ce qui est publiable ou diffusable. Pour autant, quand des musulmans réimpriment Les protocoles des sages de Sion ou perpétuent les rumeurs de sacrifices rituels lors de la Pâque juive, ils recyclent les fantasmes de la police secrète russe chrétienne orthodoxe (dans le premier cas) et des siècles de propagande catholique romaine et luthérienne (dans le second). Et quand un politicien israélien compare les Palestiniens à des serpents, des porcs ou des singes, il est quasi certain qu’il s’agira d’un rabbin (le plus souvent, le Rabbin Ovadia Yosef, leader de l’odieux parti Shass [depuis décédé, NDLE]) et qu’il se référera à une autorité talmudique quelconque pour légitimer son racisme. Pendant quasiment toute l’histoire de l’humanité, la religion et le sectarisme ont été les deux revers d’une même médaille, chose toujours visible aujourd’hui.

Dès lors, il y a fort à penser que le quotidien danois Jyllands-Posten, et tous ceux qui ont solidairement réitéré son initiative, affirment un droit de critiquer non pas simplement l’islam, mais la religion en général. […] Soyez certains que les journaux européens consacrés ont aussi caricaturé leur lot de nonnes, de papes et de colons israéliens messianiques, et brocardent les prêtres violeurs d’enfants. Il y eut un temps où tout cela n’aurait pas été possible. Mais ces tabous ont été brisés.

C’est à cela que servent les tabous: à être brisés

Et c’est à cela que servent les tabous, d’ailleurs bien présents au sein de l’islam. Dans son art, il existe un préjudice hostile à toute représentation humaine. L’interdiction de dessiner le prophète –qui n’était qu’un énième mammifère mâle– est apparemment absolue. Comme l’est celle du porc ou de l’alcool et comme sont prohibées, dans certaines sociétés musulmanes, la musique ou la danse.

Parfait, qu’on laisse un bon musulman s’en abstenir. Mais dès qu’il revendiquera le droit de me faire m’en abstenir à mon tour, alors la menace et la preuve de l’hostilité de ses intentions seront les plus évidentes possibles. Notre actuelle et importune coexistence n’est qu’un interlude, semble-t-il dire. Pour le moment, je ne peux qu’affirmer posséder la vérité absolue et réclamer une absolue immunité contre toute forme de critique. Mais à l’avenir, tu feras ce que je dis et tu le feras sous peine de mort.

Je refuse qu’on me parle sur ce ton, que je trouve au demeurant tout à fait «nauséabond». (Au fait, le mot «nauséabond» ne s’est-il pas mis réellement à puer ces derniers temps?) Face à la profanation du sacré, la répulsion innée de l’humain est bien plus ancienne que le plus ancien des monothéismes: sa plus puissante expression se retrouve dans l’Antigone de Sophocle.

Elle fait corps avec la civilisation. Je ne demande pas le droit d’égorger un porc dans une synagogue ou une mosquée, ni à me soulager sur un livre «saint». Mais on ne m’interdira pas de manger du porc et je n’aurais aucun respect pour ceux qui brûlent des livres tous les quatre matins.

Voyez, j’ai moi aussi de très profondes convictions et croyances, et je mets les Lumières au-dessus de tout sacerdoce ou de tout fétiche sacré. Il m’est révoltant de respirer le même air que celui qu’exhalent les éructations des madrassas, les putrides fumets des assassins kamikazes ou les sermons de Billy Graham et de Joseph Ratzinger [pape quand Hitchens écrivait ce texte, NDLE].

Mais les mêmes principes que je fais miens m’empêchent de ravager l’église la plus proche, de kidnapper le premier musulman que je croise dans la rue pour le retenir en otage, d’enfreindre l’immunité diplomatique en attaquant l’ambassade ou le personnel consulaire d’un Etat, fût-il le pire des pays islamiques, ou de me mettre en scène dans un spectacle grotesque et menacer de répandre le feu et le sang sur d’éloignés inconnus qui auraient pu heurter mes convictions intimes.

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où?

Les grosses colères de bébés gavés de rumeurs que d’aucuns piquent à tout bout de champ, notamment dans le monde musulman, ne cessent de prouver combien la foi relève du stade infantile le plus pourri-gâté et le plus égoïste de notre espèce.

En l’occurrence, les caricatures incriminées ne sont ni très brillantes ni particulièrement mordantes. Mais si des musulmans ne veulent pas que leur soi-disant prophète soit assimilé à des actes barbares ou des fantasmes d’adolescent, ils devraient dire publiquement que le meurtre à l’aveugle récompensé par des vierges n’appartient pas à leur religion. Et on se heurte ici à une curieuse réticence… De fait, les dirigeants musulmans sunnites semblent tout bonnement incapables de condamner le plastiquage de mosquées chiites et de processions funéraires, que même quelqu’un comme moi pourrait qualifier de sacrilège. Bien évidemment, plusieurs millions de musulmans s’en affligent, et une autre raison de condamner les débiles de Washington et leur prise de position, à bien des égards dangereuse, veut que la première victime des lynchages auxquels nous assistons aujourd’hui est la véritable voix du peuple. Il s’agit d’une insulte à l’islam, si vous voulez.

Le problème de l’«outrage» est facile à résoudre.

Premièrement: imaginez que nous nous accordions tous pour nous comporter de façon à éviter d’offenser les croyants. Comment être sûr d’avoir pris suffisamment de précautions? Samedi, je suis intervenu sur CNN, une chaîne tellement terrifiée par d’éventuelles représailles qu’elle allait «pixeliser» les caricatures que ses téléspectateurs avaient précisément besoin de voir [en 2015 encore, certains médias anglosaxons censurent les dessins sur l’islam de Charlie Hebdo, NDLE]. Et ces ignobles angoisses ont fait irruption à Atlanta, aux Etats-Unis, à cause d’une illustration parue dans un tout petit journal scandinave dont personne n’avait entendu parler auparavant!

N’est-il pas évident que ceux qui sont décidés à être «offensés» dénicheront une provocation n’importe où? Nous ne pourrons jamais nous contorsionner suffisamment pour plaire à ces fanatiques, ne serait-ce qu’essayer de le faire est avilissant.

Ensuite (et il convient d’insister là-dessus): est-il possible de mener cette discussion sans être menacé par la violence, ou par un recours immédiat à celle-ci? Quand Salman Rushdie publia Les Versets sataniques en 1988, il le fit avec l’espoir de poursuivre un débat qui s’était d’ores et déjà ouvert dans le monde musulman, entre des rigoristes coraniques et ceux qui en appelaient à une possibilité d’interprétation du texte.

Il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre

Nous savons aujourd’hui quelle allait être sa récompense et nous oublions parfois que la fatwa n’était pas uniquement dirigée contre lui, mais contre «tous ceux qui ont participé à sa publication», ce qui eut comme conséquence la mort du traducteur japonais du livre et les quasi-morts d’un autre traducteur et d’un éditeur.

A un moment donné, j’avais là aussi été invité sur CNN pour débattre avec un quelconque porte-parole de la foi outragée et avais dit que, pour notre part, nous serions heureux de débattre de la pertinence d’utiliser les saintes écritures à des fins littéraires et artistiques. Mais que nous n’échangerions pas un seul mot tant que la personne de l’autre côté de la table n’avait pas rangé son pistolet. (La sinistre grande gueule musulmane que j’avais en face de moi refusait de désavouer l’étatique appel au meurtre et pouvait, bien entendu, compter sur le soutien du bigot catholique Pat Buchanan).

La chose est aussi vraie des relations internationales: il ne peut y avoir de négociation sous la contrainte ou sous la menace de chantage ou de meurtre. Et la société civile consiste à faire passer la liberté d’expression avant les émotions de toute personne susceptible de considérer malséante une telle liberté. Il est déprimant d’avoir à réaffirmer l’évidence de ces principes et positivement odieux que notre gouvernement ait choisi de les jeter aux orties à peine le combat commencé.

As Americans Muzzle Free Speech, Terrorists Rejoice
Political correctness has eliminated real debate about race and gender
Students get ‘trigger warnings’ lest they suffer undue stress

Edward Morrissey,
The Fiscal Times

January 8, 2015

Sometimes, the world feels as though it would be better off if everyone went back to kindergarten. At least when I attended that grade, the teachers made us learn a mantra that has stuck with me ever since — Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me. That instruction was meant to keep the children from resorting to violence over every little criticism or humiliation and to toughen us up for the life ahead of us.

A few decades later (more than I’d care to admit), that lesson has been lost, in a number of ways. In the West, we have declined from robust and honest debate into an ever-tightening straitjacket of political correctness. That movement has collapsed the use of language by stigmatizing legitimate constructs in politics and culture.

On college campuses, which should serve as the hothouses for debate and independent thought, free speech often gets limited to demarcated “zones.” Our national debate has been plagued by demands for “trigger warnings” on certain topics lest a stray idea or image cause undue stress, and even the most innocent of colloquies can cause one to be branded a “micro-aggressor.”

Unfortunately, this leaves us with a truncated vocabulary and substantial timidity when difficult issues arise. After flashpoints like Ferguson and the Eric Garner death, Americans keep promising themselves a “national conversation” on race, only to have it dominated by the angriest members on all sides leaving reasonable people afraid of giving offense rather than speaking their minds.

“Conversations” inevitably become lectures from those who have the largest chips on their shoulders, and anyone offering dissent becomes instantly delegitimized. This is how the understandable anger over Garner’s death, caught on videotape during his arrest, turns into absurd, performance-art protests during Sunday brunches in a few urban centers, rather than into action that unites communities for more responsible policing – and perhaps the reduction of intrusive laws that would prevent the necessity for so much police intervention, as with Garner.

The growth of political correctness, however, pales in comparison to the horrors seen in Paris yesterday. The satirical magazine Charlie Hebdo had produced caustic, satirical commentary for years on a wide range of topics. Its cartoonists had skewered political leaders, cultural figures, and religion ever since its relaunch in 1992. Despite its ecumenical approach to the latter subject – Christianity and Judaism came in for blasphemous criticism – their attacks on Islam drew threats for years, as well as a lawsuit in 2006 (later dismissed).

Related: The Most Powerful Twitter Reactions to the Charlie Hebdo Massacre

After an issue in November 2011 purported to be guest-edited by Mohammed himself, the offices of Charlie Hebdo were destroyed in a firebomb attack. Almost a year later, the magazine ran another satire of Mohammed, drawing criticism from French Foreign Minister Laurent Fabius, as well as the White House. France had to tighten security as a result of threats after the publication.

“A drawing never killed anyone,” Editor in Chief Stéphane Charbonnier responded. « When you start saying that you can’t create such drawings, then the same thing will soon apply to other, more harmless representations. »

Sticks and stones may break my bones, but words will never hurt me.

Unfortunately for “Charb,” extremists don’t know that common wisdom. Using children as hostages, three Muslim gunmen forced their way into Charlie Hebdo’s offices on Wednesday, executing targeted members of the staff, including Charbonnier and two police officers. According to witnesses, they rejoiced for having “avenged the Prophet.” The attack left at least 12 people dead, making it one of the worst terrorist attacks in Europe in several years.

The deaths caused an outpouring of condemnations for the attacks – and oddly, a few for the victims. Columnist Tony Barber wrote in the Financial Times that Charlie Hebdo had “a long record of mocking, baiting, and needling French Muslims.” Barber scolded that “editorial foolishness [had] prevailed … Common sense would be useful at publications such as Charlie Hebdo and Denmark’s Jyllands-Posten, which purport to strike a blow for freedom when they provoke Muslims, but are actually just being stupid.” (The magazine’s editors took a much different view.)

The Catholic League’s Bill Donohue declared himself aligned with Muslims angered over being intentionally insulted by the magazine while helpfully prefacing his remarks by opposing murder over personal insults. “Stephane Charbonnier, the paper’s publisher, was killed today in the slaughter,” he wrote. “It is too bad that he didn’t understand the role he played in his tragic death.” Many others took to social media to declare that the biggest threat in the wake of this massacre was “Islamophobia” in reactions to the shooting.

Charlie Hebdo is not above criticism, certainly, but this is a strange moment to deliver it. The issue at hand stopped being a matter of etiquette and taste when the first bullets flew, and instead became a moment to stand for free expression. It’s also possible to overdo criticism and push it into hate speech. But twelve people dead in the streets of Paris make it clear that commentary is not the real threat. In fact, this should make it clear that commentary is the target.

Perhaps we have grown too accustomed to free speech to appreciate it. Some among us are too eager to push for silence in exchange for a modicum of ease and peace. One does not need to approve of Charlie Hebdo’s caricatures to understand that its editors and contributors had every right to publish them – and that its critics had every right to scold them over its content — without either having to be concerned over whether it would cost them their lives. The only way one can conclude that Charb played “a role … in his own tragic death” is to accept that the price of staying alive is to refrain from criticism, especially of Islam and its extreme adherents.

It took centuries for Western values to develop to the point where we could enjoy and exercise our right to speak out, dissent, criticize, and even be wildly wrong without that choice becoming a life or death matter. Those values are under attack from both within and without, as this episode clearly demonstrates. If this does not serve as a wake-up call to those threats, one may never exist.

Charb understood the risks, and the stakes. « I have neither a wife nor children, not even a dog. But I’m not going to hide,” he told Der Spiegel in 2012 after the criticism of Fabius and the US government, preferring to “die standing than live on my knees.” In the wake of the Charlie Hebdo massacre, we should stand for free speech and free expression. Mere words will never break our bones, but acquiescence to those who wish to silence criticism will eventually enslave us.
– See more at: http://www.thefiscaltimes.com/Columns/2015/01/08/Americans-Muzzle-Free-Speech-Terrorists-Rejoice#sthash.dhXe2NHJ.dpuf

Un journal publie une caricature du prophète
Le Figaro avec AFP
10/01/2015

Un journal australien a publié un dessin humoristique du prophète Mahomet discutant avec Jésus et a appelé à soutenir la liberté d’expression dans le monde, après la tuerie de Paris contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Le dessin publié par ce journal, The Weekend Australian, est intitulé « Prions ». Signé du dessinateur Bill Leak, il montre Jésus tenant le Coran et déclarant à Mahomet: « Je t’ai déjà dit qu’il a besoin d’une suite », une référence au fait que la Bible comporte un Ancien Testament et un Nouveau Testament.

Ce à quoi Mahomet, qui brandit un journal portant le titre « Le monde en guerre », répond qu’actuellement il ne peut pas reprendre une forme humaine parce qu’il serait « crucifié » s’il le faisait. Les représentations de Mahomet, telles que les caricatures publiées en 2006 par Charlie Hebdo, sont interdites par l’islam, et toute forme de dérision envers le prophète irrite un grand nombre de musulmans.

Dans un éditorial, The Weekend Australian appelle le monde occidental à ne pas montrer de faiblesse dans la défense de ses valeurs fondamentales et à ne pas céder sur la liberté d’expression.

A propos de l’attentat commis mercredi par deux jihadistes français d’origine algérienne contre Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, le journal écrit: « Que cela soit délibéré ou pas, l’un des aspects les plus dévastateurs de cette atrocité est qu’elle a frappé notre civilisation à un endroit qui est déjà en train de devenir notre talon d’Achille: un penchant lâche pour le politiquement correct ». « Au cours des dernières années, face à ceux qui sont perpétuellement outragés, nos sociétés pluralistes, démocratiques et libres ont progressivement lâché du terrain sur la liberté d’expression que nous avions durement conquise », déclare l’éditorial.

L’auteur du dessin, Bill Leak, a estimé dans un article publié hier que les extrémistes qui ont commis un massacre à la rédaction de Charlie Hebdo avaient délibérément choisi « un symbole de la liberté de parole qui est au fondement même de la civilisation occidentale ». Selon lui, « un beau sens de l’humour est l’une des caractéristiques distinctives des êtres humains hautement évolués et civilisés », et « son absence est l’une des caractéristiques distinctives de la barbarie ».

How terrorism harms radical Islam
Daniel Pipes

January 9, 2015

An epidemic of recent high-profile attacks by Muslims in the name of Islam – in Canada, Israel, Nigeria, Australia, Pakistan, and France – raises an obvious question: How do the Islamist perpetrators figure that murdering an honor guard, driving cars into pedestrians, slaughtering non-Muslim bus passengers, taking hostage the patrons of a café, or massacring army kids and cartoonists will achieve their goal of applying Islamic law and building a caliphate?

Logically, their violence only helps if it terrorizes their enemies and compels them to bend to the Islamists’ wishes; intimidation, after all, is the essence of terrorism. Sometimes, Islamist terrorism does achieve this objective. For example, to stay out of trouble, a sizeable number of artists have censored themselves concerning Islam; and the botched government response to the 2004 Madrid train bombings helped the opposition party win an election, then withdraw Spanish forces from Iraq.

As a rule, however, terrorism leads not to intimidation but to anger and hostility. Instead of cowing a population, it raises consciousness and provokes hatred for the Islamist cause among Muslims and non-Muslims alike. Rather than advance the Islamist cause, high profile acts of violence harm it.

Some prominent examples:

9/11 removed Islamism from the shadows where it had flourished, stimulating an American-led « war on terror » and a large increase in anti-Islamic sentiment;

The 2004 massacre of school children in Beslan poisoned Russian attitudes toward Muslims and helped Vladimir Putin consolidate power;

The 2013 Boston Marathon bombing locked down a large metropolitan area, giving millions a first-hand taste of Islamist oppression.

Wednesday’s killing of twelve in Paris created a national mood of defiance that put Islamists on the defensive as never before. If the first hours anticipate future developments, a significant portion of the French electorate will demand more effective measures against radical Islam.

Ironically, obscure acts of terror do not have this counterproductive effect. To take one of many examples, when an Egyptian Muslim beheaded two Coptic Christians in New Jersey in 2013, few took notice and little anger ensued. Because of reluctance among police, politicians, the press, and the professoriate, most jihadi-style attacks of this nature tend not to be publicized, thus avoiding an increase in anti-Islamic sentiments. (Sadly, those with a duty to protect too often hide the truth.)

If high-profile violence is counterproductive, why do Islamists persist in this self-defeating behavior? Out of anger and because of a violent disposition.

Anger: Islamists, especially the more extreme ones, exude bitterness, bile, resentment, and envy. They celebrate the medieval period, when Muslims were the richest, most advanced, and most powerful of peoples, and interpret Muslim decline as the result of Western duplicity and betrayal. Only by striking back righteously at these conniving Crusaders and Zionists can Muslims regain their rightful place of honor and power. Expressing anger becomes an end in itself, leading to myopia, an inability to plan, an absence of strategic thinking, and pulsating grandiosity.

A violent disposition: Exulting in their sense of direct knowledge of God’s will, Islamists favor violence. To make the enemy cower in fear, then smite him is the ultimate Islamist dream, a fulfillment of intense ill will, a triumph of Islam’s superiority over other religions and those Muslims who lack the fire of their faith. Suicide bombings, beheadings, gangland-style murders, and other acts of grotesque recrimination express a deep desire for vengeance.

In the long term, then, these acts of violence do immense damage to the Islamist cause. Turned around, the victims of that violence – some 10,000 fatalities in 2,800 attacks in 2013 alone – did not die in vain but unwittingly sacrificed their lives in a dreadful war of wills. Targeted assassinations, such as those against the French cartoonists, have an outsized impact on public opinion.

In sum, self-indulgence and strategic ineptitude are the hallmarks the Islamist campaign. The catastrophe of the Islamist program is matched by the ineptitude of its tactics. And so, I conclude, its fate will be the same dust-heap of history where fascism and communism can be found. Like those two other totalitarianisms, it promises terrible destruction and many deaths before ultimately failing. The war will be long and painful but in the end, again, the forces of civilization will vanquish those of barbarism.

The recent drumbeat of terrorism in the name of Islam may appear to help the Islamist cause. In fact, it brings its agenda closer to a deserved collapse.

Daniel Pipes is president of the Middle East Forum.

Voir de plus:

Le Danemark hésite à diffuser une série satirique sur les islamistes
Agathe Heintz

L’Express

26/11/2010

Ce programme est jugé inopportun, au regard du scandale provoqué par la publication de caricatures de Mahomet en 2005.

Pas question de se moquer des terroristes islamistes au Danemark, et surtout pas à la télévision. En effet, la chaîne télévisée danoise SBS TV a reporté sine die la diffusion d’une série satirique sur le sujet, selon le quotidien danois Jyllands Posten.

Intitulée initialement « Terrorcellen » (« La cellule terroriste ») puis renommée « Cellen » (« La cellule »), la série en 12 épisodes est écrite par le comique danois Omar Marzouk. Le pitch? Elle relate les péripéties absurdes et déjantées d’un trio de terroristes islamistes (et de leur poisson rouge… George Bush) qui résident au Danemark.

Alerté par la décision de SBS TV, son auteur Omar Marzouk déplore la lâcheté de la chaîne: « La série se moque des taliban et d’Al Qaeda, mais par principe, elle se moque de tout le monde », explique-t-il.

Le moment est « inopportun » déclare de son côté le porte-parole de la télévision, en faisant référence aux menaces terroristes qui pèsent sur le pays. Il estime que la diffusion de « Cellen » risque également d’éloigner les annonceurs, inquiets à l’idée que cela cause une polémique similaire à celle de la publication des caricatures de Mahomet, par le journal Jyllands Posten, voici cinq ans.

« Auto-censure nourrie par la peur »
Ce choix a également soulevé une vague de protestations au Parlement et au gouvernement. Le ministre de la Culture, Per Stig Moeller, s’est élevé contre « cette auto-censure nourrie par la peur », qui fait « le jeu des terroristes ». Il a averti SBS TV: « s’ils ne diffusent pas la série -avant le 6 juin 2011-, ils doivent rembourser l’argent reçu des fonds publics », soit plus de 600 000 euros.

Pour le directeur de l’Institut du film danois, Henrik Bo Nielsen, qui a octroyé cette aide à SBS TV, la décision de la chaîne est « incompréhensible ». « Il s’agit d’une série très amusante qui se moque des terroristes d’une manière légère, et ne cloue au pilori en aucun cas l’islam ou les islamistes », a-t-il remarqué.

Voir encore:

Mosul most peaceful city in world, claims Belfast Muslim
IS took over the Iraqi city of Mosul last June

BBC news

9 January 2015

An Iraqi city seized by Islamic State (IS) is « the most peaceful city in the world », one of Northern Ireland’s most senior Muslims has claimed.

IS, a radical Islamist group whose tactics include mass killings and abductions of minorities, overran the northern city of Mosul last June.

Dr Raied Al-Wazzan of Belfast Islamic Centre said relatives living there had told him life was better now.

« These people are less evil than the Iraqi government, » he said.

Dr Al-Wazzan said Western governments had created the conditions for the growth of IS by « establishing a failed state in Iraq, run by militias ».

« Islamic State came to protect a section of society that had been marginalised, and foreign policy had pushed part of society to reach this point, » he told BBC Radio Ulster’s Talkback programme on Friday.

Islamic State has become one of the most formidable jihadist groups in the world
Tents at a camp hosting displaced Iraqi from the Yazidi community near Mosul
IS took control of Mosul in June, introducing a strict regime in line with its radical interpretation of Islamic law.

Dr Al-Wazzan said that while mainstream Islam « never supports radicalisation », it was « important to look at the facts ».

« Look at what’s happened in Mosul now – it was attacked for the last 11 years, people were murdered just because they had the wrong name and were persecuted for a long time, » he said.

« Since the Islamic State took over, it has become the most peaceful city in the world.

« Yes there are other things going wrong there… they are murdering people, I agree, but you can go from east to west of the city without fear.

« My family is living there at the moment and that’s what they are telling me. »

Voir par ailleurs:

Caricatures : le syndrome de Copenhague
André Grjebine*
06/02/2006

Il y avait le syndrome de Munich, par référence au recul en 1938 des gouvernements britannique et français face à Hitler. Il y a eu ensuite celui de Stockholm, mis en évidence en 1978, désignant la propension des otages partageant la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou leur point de vue. Dans la suite de ces manifestations des reculades occidentales, y aura-t-il désormais un syndrome de Copenhague ?

Que les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis en Norvège, et ces jours-ci en France et dans d’autres pays européens aient provoqué une telle indignation dans les pays musulmans donne une idée du chemin qui leur reste à parcourir avant de devenir des démocraties libérales. Après la réaction indignée de la Fédération des journalistes arabes, basée au Caire, dont on mesure ainsi la tolérance et l’esprit critique, ce sont des voix officielles, celles des ministres de l’Intérieur de 22 pays arabes, qui se sont élevées contre une pleine liberté d’opinion en condamnant ces publications et en demandant des sanctions contre les journaux coupables. Certaines organisations musulmanes implantées en Europe, l’UOIF par exemple, ne sont pas en reste. Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il est dans le chemin de la repentance sur lequel s’engagent, l’un après l’autre, les gouvernements occidentaux. Ceux-ci commencent par déclarer qu’ils ne sauraient remettre en question la liberté de la presse dont ils se déclarent d’ardents défenseurs, avant d’exprimer leurs regrets et de préciser que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des croyances et des religions. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas loin d’avoir réhabilité la notion de blasphème que l’on croyait oubliée dans les pays occidentaux. Louise Arbour, commissaire pour les droits de l’homme des Nations unies, n’a-t-elle pas désigné deux experts «en racisme» pour enquêter sur ce qu’elle appelle «un manque de respect pour la foi» ?

Toutes ces déclarations témoignent d’une profonde incompréhension de ce qu’est l’esprit de tolérance. En effet, si chacun est libre de professer les opinions qu’il veut, la tolérance suppose que chacun puisse également contester n’importe quelle religion.

Dans un Etat démocratique, la seule limite que l’on peut exiger des adversaires d’une religion comme de ses fidèles est de ne pas dériver vers le racisme, c’est-à-dire de critiquer autant qu’ils veulent les croyances, mais de ne jamais stigmatiser de supposées caractéristiques ethniques. Se moquer d’une religion, ce n’est pas se moquer d’un peuple. Rien ne permet d’attribuer une telle dérive aux caricaturistes danois. On ne peut malheureusement en dire autant de la presse de plusieurs Etats musulmans qui fustige régulièrement les juifs en tant que tels, quand elle ne construit pas des procès d’intention contre eux fondés sur des faux comme le Protocole des sages de Sion.

Comme le suggère Umberto Eco, dans Le Nom de la rose, ce que toutes les institutions religieuses craignent le plus, c’est le rire, la remise en question décapante de la Révélation.

Il n’y a rien de plus redoutable que des hommes qui sont incapables de relativiser leurs croyances et qui entendent forcer les autres à les partager, ou au moins, à leur interdire de mettre ces croyances en question.

C’est pourquoi il est fondamental de défendre le droit de rire pour aider ceux qui entendent défendre la liberté et la tolérance à l’intérieur même de l’islam, comme Salman Rushdie, Ayaan Hirsi Ali aux Pays-Bas ou Shabana Rehman en Norvège. Le flambeau de la lutte contre l’intolérance religieuse, allumé au XVIIIe siècle, par Voltaire et d’autres philosophes des Lumières, ne doit pas s’éteindre, ou plutôt il doit être rallumé. Si les gouvernements des pays démocratiques devaient se répandre en excuses, ils feraient un premier pas vers une reconnaissance de la charia islamique en tant que droit commun de l’humanité.

* Philosophe, essayiste, directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences po.

Voir enfin:

Quand ils sont venus chercher les communistes

Martin Niemöller

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester


Attentats Charlie hebdo: Qui sème le vent … (The chickens have finally come home to roost)

8 janvier, 2015
https://i1.wp.com/www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/wysiwyg_635/public/asset/images/2014/07/manifgaza3.jpg
https://i0.wp.com/www.lemondejuif.info/wp-content/uploads/2014/07/DSCN1348.jpg
https://i2.wp.com/blogs.lexpress.fr/lumiere-franc-macon/wp-content/blogs.dir/693/files/2015/01/IMG_7117.jpghttps://i2.wp.com/www.francetvinfo.fr/image/754txicxe-4130/1000/562/5391301.jpg
 
https://i2.wp.com/www.conspiracywatch.info/docs/Yahia%20Gouasmi%20sur%20fusillade%20Charlie%20Hebdo.png
Pro-Hamas demonstrators (Paris, Feb. 2008)
D’abord ils sont venus (…) pour les Juifs … Martin Niemöller
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Pendant cinq ans, des musulmans français irrités ont ingurgité un régime régulier de violence ô combien “romantique” – le jihad-Intifada en Israel, le jihad-insurrection en Irak, le jihad-insurrection en Afghanistan. Quand ils ont commencé à brûler des synagogues et à molester des juifs à l’automne 2000, les médias ont dûment signalé que ces voyous étaient les produits de la “frustration” ressentie du fait des traitements des musulmans du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Leur propre gouvernement ne multipliait-il pas au même moment les imprécations contre les Américains? Les protestataires étaient on ne peut plus dans le ton. (…) Au sein des élites françaises, l’ennemi était clairement identifié: non l’slamisme ou l’slamofascisme, non les foules déchainées des banlieues parisiennes, non Saddam Hussein, non Al-Qaeda, mais les troupes britanniques et américaines en Irak. Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleins les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera, et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours eu une vision si “romantique” de la résistance sous toutes ses formes.(…) Peut-être que certains de ces journalistes, chercheurs, intellectuels et hauts fonctionnaires qui colportaient ces choses pensaient qu’elles resteraient une diversion idéologique abstraite. La France est loin de l’Irak, après tout. Mais maintenant que le militantisme s’est retourné contre l’Etat français lui-même, ils sont brusquement choqués de ce qu’ils ont semé. Nidra Poller
La police, t’es foutue le Hamas est dans la rue! Slogan de manifestation pro-Hamas (Paris, 2009)
J’ai couvert la seconde Intifada en 2000, à Gaza. Je n’avais jamais vu ça en France. Jean-Paul Ney (25/06/10)
Des manifestations suivies d’émeutes fleurissent partout, et nous donnent envie de renommer la ville lumière Paristan. Des commerces juifs, des synagogues, des individus juifs, sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux et attaqués par une horde de sauvages qui ne savent même pas mettre Gaza sur une carte. Des gauchistes en mal de combats défient le gouvernement en allant manifester là où des émeutiers brûlent des drapeaux israéliens et exhibent des messages antisémites d’un autre âge, accompagnés de drapeaux du djihad et du hezbollah. Des Français « en ont marre » de cette importation du conflit, mais ne se prononcent pas, et attendent juste que ça passe en évitant certains quartiers les jours de manif. (…) Des gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient à la place d’un militaire israélien de 20 ans face à un gazaoui de 14 ans qui lui tire dessus avec une mitraillette. Ces mêmes gens prennent parti sans même se demander ce qu’ils feraient si eux et leurs enfants subissaient des bombardements quotidiens, et cerise sur le cheese cake, l’opprobre de la communauté internationale. Ces mêmes gens ne se rendent pas compte que nous aussi, israéliens, avons mal pour les civils tués quotidiennement. Et c’est pourquoi nous sommes fiers de cette armée qui prévient, qui essaye de limiter autant que possible les pertes civiles.  (…) Alors vous savez quoi ? Je crois qu’à un moment, je vais m’en foutre de ce que vous pensez. Du fait que la levée de boucliers a eu lieu quand le gouvernement français a soutenu Israël et a interdit les manifs, mais que personne ne dit rien quand l’état débloque 11 millions pour Gaza, alors que tout le monde sait très bien où va aller cet argent. (…) Nous n’allons pas nous excuser d’être en vie parce que l’état israélien fait tout pour protéger ses civils. Alors non, je ne répondrai plus aux « oui mais à Gaza quand même y’a vachement de morts ». (…) Vous pensez avoir tout compris au conflit israélo palestinien en prenant parti pour le plus faible ? Vous oubliez une chose. Israël n’est pas en conflit contre la Palestine. Mais contre le Hamas. Qui est responsable de la mort de centaines de civils. Le hamas n’est pas plus un mouvement de résistance que Boko Aram. Le hamas ne veut pas deux états, il veut détruire Israël. (…) Alors vous, la « majorité silencieuse » qui a « hâte que cela s’arrête », réveillez-vous. Quant à vous, les manifestants du dimanche (et du samedi aussi), qui vous prenez pour Che Guevara parce que vous brûlez des drapeaux israéliens le visage masqué en criant « Hitler reviens » et parce que vous détruisez le bitume parisien, sachez une chose : personne n’est dupe. Vous n’apportez rien à la cause palestinienne si ce n’est de la désolation. Vous desservez tellement votre cause que plus personne ne vous croit.  Alors oui, peut être que je dormirai mieux si je m’en fous. Si je ne regarde plus ce drapeau du djihad qui trône place de la République un samedi après midi d’été au cours d’une manifestation interdite, et organisée quand même par des partis politiques dont le NPA … Sophie Taieb (juillet 2014)
« Des héros jihadistes ont tué douze journalistes et blessé plus de dix autres travaillant dans le journal Charlie Hebdo et cela pour venger le prophète Mahomet », a indiqué le bulletin de la radio al Bayane de l’EI, qui contrôle de larges pans de territoire en Irak et en Syrie. Le Figaro
Félicitations à la France et à ses habitants qui récoltent ce que leurs mains ont semé. Ces mauvais caricaturistes pensaient-ils que nous sommes une nation qui resterait silencieuse face à ceux qui insultent notre Prophète…? Hollande et les gouvernements qui l’ont précédé pensent-ils que leurs interventions et leur despotisme dans les terres des musulmans ne connaîtraient pas de châtiment ? Non, par Allah, désormais, les jeunes de l’islam ne garderont plus le silence, surtout à présent que nous avons un Etat qui mobilisera des armées si quiconque insulte la nation de l’islam. Abou Bakr Al-Zarini (forum djihadiste Media platform)
Le sang qui a coulé hier à Paris des suites de la fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo a été accueilli hier à Aïn el-Héloué par des tirs de joie. La jubilation exprimée à l’intérieur du camp de réfugiés palestiniens n’est toutefois pas surprenante du fait de la présence des groupuscules islamistes radicaux qui sévissent sur les lieux. Elle n’est toutefois pas représentative de la rue sunnite libanaise qui a largement condamné cet acte de barbarie, exprimant néanmoins des réserves sur la sacro-sainte liberté de presse. L’Orient le jour
Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel (2014)
Plus de 1.000 combattants européens enrôlés dans ses rangs sont revenus dans l’espace Schengen. (…) L’adversaire n’est plus seulement aux portes de l’Europe, il en a franchi le seuil.  [d’où] la nécessité d’intégrer encore plus dans notre réflexion le retour de l’armée de terre sur son milieu naturel, celui du sol national, pour pourvoir y faire face, avec les forces de sécurité, à tous types de menaces dont celles que ces vingt dernières années avaient confinées à l’extérieur. Général Jean-Pierre Bosser (chef d’état-major de l’armée de terre)
We have to think hard about what we are facing—and I have, in fact, addressed this topic a couple of times before.  It’s inconceivable that the thinking that we hold most sacred should cause the entire umma [Islamic world] to be a source of anxiety, danger, killing and destruction for the rest of the world.  Impossible! That thinking—I am not saying “religion” but “thinking”—that corpus of texts and ideas that we have sacralized over the centuries, to the point that departing from them has become almost impossible, is antagonizing the entire world.  It’s antagonizing the entire world! Is it possible that 1.6 billion people [Muslims] should want to kill the rest of the world’s inhabitants—that is 7 billion—so that they themselves may live? Impossible! (…) we are in need of a religious revolution. You, imams, are responsible before Allah. The entire world, I say it again, the entire world is waiting for your next move … because this umma is being torn, it is being destroyed, it is being lost — and it is being lost by our own hands. Abdel Fattah al-Sisi
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie hebdo ! Cherif Kouachi (jeune victime de l’islamophobie, Paris, 07.01.15)
Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.(…) Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite. On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à die Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom. (…) Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait. Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante. Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives. Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncé les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes ! En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. (…) Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire. Jacques Tarnero
The footage that is emerging from today’s terror attack in Paris—some of the most graphic now being circulated over social media—shows a gun battle on a Parisian street that conjures the impression of a warzone. We see masked men, dressed entirely in black, carrying assault rifles and then executing a police officer as he lies injured on the ground. In all twelve have been killed, two police and ten journalists of the small satirical magazine Charlie Hebdo which some years ago published a cartoon of Muhammad. Naturally, then, there are those who are already approaching this event as a question about freedom of the press. Back in 2011 when the offices of Charlie Hebdo were firebombed, it was primarily an issue of free speech. But now, given the nature of this attack, and the fact that it comes alongside a spate of other Islamist attacks in France, if matters go much further then these risk being the early rumblings of a French intifada.(…) Even before today’s incident France was already on edge given a series of attacks in the run-up to Christmas. In both Dijon and Nantes Islamic radicals had driven vehicles into shoppers at Christmas markets, while in Tours police were attacked by a man brandishing a knife. Similarly, Islamic radicals and others from France’s large Muslim population have also targeted the Jewish community as anti-Semitism in France has skyrocketed. Synagogues and Jewish businesses have been attacked in recent months, with riots in Paris this summer seeing Jews being forced to barricade themselves into a synagogue. And in addition to the 2012 shooting at the Jewish school in Toulouse, it was a French jihadist who carried out the attack on the Brussels Jewish museum last May. This move from attacks on the Jews to attacks on others, not least those representing liberal Western values such as Charlie Hebdo, is hardly surprising. But France has for some time now been grappling with the problem of Islamic radicalism and the unassimilated and disaffected parts of its Muslim population. In the fall of 2005 Parisian housing projects and other French cities were subjected to several days and nights of intense rioting by immigrants, something that began to be referred to as “the French Intifada.” (…) In August a poll suggested that 16 percent of French citizens have sympathies for ISIS and it is thought that well over 800 French nationals are currently overseas fighting for that group. But France also has to worry about the extremists who stay at home. For as today’s attack has shown, heightened security can only do so much, and for now it appears there are no serious proposals for what is to be done about those French Muslims who seem increasingly hostile to the surrounding society. Tom Wilson
The U.S. has 9/11. Spain has 11-M (the March 11, 2004, bombings of the Madrid commuter trains which killed 191). Britain has 7/7 (a reference to the July 7, 2005 bombings which killed 52 people taking public transportation in London). And now, on a slightly smaller but still horrific scale, France has 1/7: the assault by three masked gunmen on the offices of the satirical newspaper Charlie Hebdo in Paris, which left 12 people dead. What all of these events have in common is, of course, the Islamist ideology which animated the killers–a ruthless willingness to kill the innocent in pursuit of far-fetched religious and political objectives. In all three cases jihadist fanatics saw Western nations, whether the U.S., Britain, or France, as obstacles to their designs–and understandably so, because all three back moderate regimes in the Middle East and have intervened with their own armed forces to fight the forces of terrorism, whether in Mali, Iraq, or Afghanistan. (…) Whether the 7/7 attackers were in touch with terrorist organizations abroad or not, their actions did not need much planning or coordination, unlike the intricately choreographed attack in 2001 on American passenger aircraft. Indeed it is a wonder that we have not seen more such assaults, especially in the U.S., given the prevalence of massacres by deranged gunmen from Aurora, Colorado, to Newtown, Connecticut. France, for its part, has seen a spate of low-level “lone wolf” attacks in recent weeks, with attackers driving their cars into crowds or attacking police officers with a knife.(…) Beyond the need to assimilate immigrants such attacks point to the need to monitor extremist organizations. There has been much controversy in both the U.S. and Europe about the actions of the NSA, but its eavesdropping is the first line of defense–indeed in many ways the best line of defense–against such attacks. The same goes for the much-maligned New York Police Department whose now-disbanded Demographics Unit infiltrated the Muslim community with undercover officers to be alert to extremist activity.Such intelligence-gathering, especially in the domestic sphere, raises civil-liberties hackles and there is no question that such activities can lead to abuses, as occurred decades ago with the FBI’s Cointelpro intelligence gathering against antiwar activists and civil-rights activists. But, if carefully regulated (as is the case with the NSA and NYPD, from all accounts) such programs are necessary not only to ward off the murder of innocents but the far greater violations of civil liberties that are likely to come after a successful major terrorist attack. Max Boot
President Obama’s condemnation of the attack on the Charlie Hebdo office today in Paris rightly referred to the perpetrators as “terrorists” and expressed solidarity with France even if it did come in a tone expressed with his usual lack of emotion. The official statement issued later also properly labeled it an act of terrorism. But the problem isn’t whether the administration is ready, as it was initially reluctant to do after Benghazi, to speak of terrorism, as it is the president’s refusal to discuss the motivation of the attackers and readiness to speak of it as the “senseless violence of the few.” This wasn’t senseless, Mr. President. Indeed, based on the administration’s past lukewarm defense of freedom of speech against Islamist attacks, it made a great deal of sense for terrorists to think they could get away with this atrocity. Throughout the last two decades during which Islamist terrorists have been waging a war against the West, the United States government has always been properly reluctant to speak of the conflict as one between the American people and the religion of Islam. The U.S. has no argument with its millions of loyal Muslim citizens or with any faith per se. Nor does it have a brief for conflict with the many Muslim countries with which it enjoys warm relations. The arguments of both al-Qaeda and ISIS and their sympathizers, which speak of American wars “against Muslims,” are vicious libels. The wars, in which the U.S. has engaged in Iraq and Afghanistan, not to mention in Bosnia before that, were waged to free Muslims. It is the terrorists who wish to silence and enslave Muslims in their nightmare vision of a new caliphate, not the Americans. But that sensible reluctance to grant the terrorists their wish by allowing them to make this a war of Muslim versus non-Muslim should not extend to blindness about what is motivating the terrorists. As much as we may hope that Islamists don’t represent the views of most Muslims, it is ridiculous for the president or any other American official to be issuing statements (as they have at times) in which Washington pretends to be the authority on what is or is not authentic Islam. Suffice it to say that Islamists appear to have the support of tens of millions of Muslims in the Middle East as well as elsewhere and it is futile for any American president to be declaring them mistaken about their faith. But more important than that is the steadfast refusal of the U.S. to state what is obvious. Ignoring the fact that the motivations of those who committed the act of terrorism in Paris were religious isn’t helping anyone. For Islamists, silencing those who offend their religious sensibilities makes perfect sense. More to the point, doing so has worked very nicely to silence critics and opponents who rightly fear to call down the wrath of jihadists on their heads. As I noted earlier today, there is no cost to mounting a Broadway musical mocking Mormons, a peaceful and productive American minority group that took the insults lobbed at them with good humor and patience. But there is potentially a very great price to be paid if you wish to skewer the religious motivations of terrorists with the blood of countless Muslims as well as non-Muslims on their hands. By cowering and apologizing every time radical believers in Islam express outrage at some actual or perceived slight to their faith, the U.S. has strengthened the conviction of the extremists that no one may offend them with impunity. The social media campaigns spreading across the Internet today, as people express solidarity with the Charlie Hebdo satirists, is commendable. But what is needed even more is a universal condemnation of Islamists and calls for Muslims, both in the West and throughout the Middle East, to acknowledge that a sizable percentage of their co-religionists—and not just the tiny minority that the president spoke of—are laboring under the delusion that they can tell Europeans or Americans what they may or may not read or watch. Islamist terrorists have proliferated precisely because they have been perceived as both the “strong horse” that can only be opposed at the risk of one’s life and because Westerners have so often purposely misunderstood the nature of the challenge they face. They are likely to remain a deadly problem until our leaders stop acting as if the successful tactics of the opponents of freedom are pointless or not rooted in a theological worldview that is shared by many of their co-religionists. Pretending that they are not a significant force in the Muslim world is what is senseless, Mr. President, not the actions of the terrorists. Jonathan S. Tobin
Wednesday’s attack also demonstrates again that violent Islam isn’t a reaction to poverty or Western policies in the Middle East. It is an ideological challenge to Western civilization and principles, including a free press and religious pluralism. The murder of Charlie Hebdo cartoonists is merely the latest evil expression of a modern arc of Islamist violence against Western free speech that stretches back to Ayatollah Khomeini ’s 1989 fatwa calling for the killing of novelist Salman Rushdie. Muslim leaders in the West will no doubt react by denouncing the attack and insisting that the attackers were perverting the meaning of Islam. This is fine as far as it goes, but it doesn’t go nearly far enough. Egyptian President Abdel Fattah al-Sisi struck the right note earlier this month when he called for a “religious revolution” within Islam. “It’s inconceivable that the thinking that we hold most sacred should cause the entire umma [the Muslim community] to be a source of anxiety, danger, killing and destruction for the rest of the world,” he told an audience at Cairo’s 1,000-year-old Al Azhar university. “The entire world, I say it again, the entire world is waiting for your next move.” More Muslim leaders, especially prayer leaders, need to call out and ostracize those who kill in Islam’s name. Western leaders also need to be more forthright in defense of liberal values. They have a lot of ground to make up. Jacques Chirac, then the President of France, denounced Charlie Hebdo’s decision to reprint the Danish Muhammad cartoons in 2006. The Obama Administration made a similar mistake in September 2012 when it denounced the so-called Prophet Muhammad movie and blamed it for the attacks in Benghazi. This is exactly the wrong signal, since it implicitly legitimizes illiberal offense-taking and sends mixed messages about the West’s commitment to its core values. Islamists gain confidence in their violent means when they see this lack of self-confidence in the West. It may be necessary to warn against “Islamophobia,” as German Chancellor Angela Merkel recently did. The West needs Muslim allies. But more Islamophobia is inevitable unless Muslim leaders police their own fanatics and Western leaders stop apologizing for Western principles like free speech. WSJ
After the 9/11 attacks on the U.S. (…) France’s premier counterterrorist magistrate, Jean-Louis Bruguière, was pessimistic about “autonomous” jihadist cells in Europe and North America that “don’t need to receive orders to pass into action.” The Iraq War added to this widespread anxiety. Many believed that the Anglo-American invasion would provoke a maelstrom of holy warriors against the West. It didn’t happen then. But it may be happening now. (…) If the French, who have more policemen and security officers per capita than any other Western country, cannot monitor and check Muslim extremists at home, Islamic radicals in Europe and elsewhere will surely take note. The ability of Western European citizens to travel without visas offers enormous opportunities for jihadists whose dream target remains the U.S. There are now so many European Muslims it is impossible for American officials to identify suspect radicals without European assistance. Even random, targeted selections and entry denials, based on best guesses, could cause serious diplomatic problems with America’s European allies, who must protect the travel rights of their citizens. The Europeans carry the heavy load of American security in addition to their own. The rise of Islamic State in Syria and Iraq—the first time jihadism has successfully conquered and occupied any large territory—has introduced a historically evocative charisma into Islamic fundamentalism. Islamic charismatics are always bad news for Westerners, even if their primary targets are Shiites, Kurds and Yazidis. The spillover is unavoidable, given the anti-Western core of modern Islamic militancy. Part of the problem for Europe is undeniably home-brewed. The alarming, so far unchecked rise of anti-Semitism and violence against European Jews that is practiced by both Muslim and non-Muslim Europeans isn’t coincidental to the increase of Islamic terrorism in Europe. Contrary to the bizarre contention of U.S. Secretary of State John Kerry, Israel and the travails of the Israeli-Palestinian peace process had nothing to do with the rise of Islamic State and the birth of a new jihadism that is far more appealing than the less territorially successful jihadism of al Qaeda. Anti-Semitism has become inseparable from the gospel of a charged Islamic identity. (Western anti-Semitism, traditional Islamic suspicion of Jews, and anti-Zionism have congealed.) Anti-Semitism goes up in Europe as the appeal of a European identity to Muslims goes down. Anti-Semitism nourishes the radical Islamic vision of a humbled Europe, once the motherland of imperialism. It encourages the idea that Muslims can dictate the terms of European expression about Islam. Not that long ago, Muslims couldn’t have cared less what Europeans thought about them or their prophet. Christians and Jews were infidels, after all, benighted souls not worth bothering with. That has changed as Europe’s Muslim population has grown and radicalized, and as traditional Islamic injunctions from the homelands were imported into an ultra-tolerant, increasingly politically correct Europe. The French identity, more open than most European identities, has appealed to millions of Muslim immigrants. Thoughtful French intellectuals just a decade ago hoped that “French Islam” might work. A decade of troubles, including large riots in predominantly Muslim suburbs, increasingly lethal anti-Semitism, and now terrorism have stirred serious doubts even among the most optimistic. Americans ought to hope that the French can get all of this right. If they can, then this horrible moment, too, shall pass. If they can’t—and it isn’t clear that the French can solve their worst counterterrorist problems unless Islamic State is demagnetized (pre-eminently an American military problem)—then the grim analysis in 2001 by Judge Bruguière may prove prescient. Reuel Marc Gerecht
Defeating the men in balaclavas who slaughtered the staff at Charlie Hebdo is going to require something beyond sentiment. Unless sentiment alone has acquired unknown, new powers. World sentiment tried to defeat the Nigerian Islamic jihadist group Boko Haram last April after it kidnapped some 276 girls from a rural school. Remembered today, more than anything, is the photo of First Lady Michelle Obama holding her sign, “#Bring Back Our Girls.” The headline on a Wall Street Journal story Monday summarized what has happened since the famous kidnapping: “Boko Haram extends its grip in Nigeria. Islamist insurgency overruns villages and army base in northeast, reflecting failures of military, multinational efforts.” If more of the world’s people are to be protected from becoming the next Charlie Hebdo or Peshawar, 9/11 or any of the other shattered symbols of the age of Islamic terror, then the political and intellectual status quo will have to be changed or reversed. Exhibit A: Edward Snowden . One may assume that many, if not most, of the thousands in Paris’s streets over the Hebdo massacre believed in 2013 that Edward Snowden was a hero for stealing software from the U.S. National Security Agency, the world’s primary surveillance instrument for identifying terrorists before they kill. Here we have two symbolic and broadly embraced beliefs about the West’s posture toward the reality of fundamentalist Islamic terror—that Edward Snowden is a hero and “I am Charlie.” They are incompatible. The people of the Western nations have defaulted to ambivalence and confusion about the nature of this threat. I have seen no clearer statement of where our confusions will lead than former U.S. diplomat Charles Hill ’s recent essay in Politico, “Why Political Islam Is Winning.” Mr. Hill concludes: “ John Kerry ’s statement about ISIS having ‘no place in the modern world’ was oblivious to the possibility that the modern world itself may be coming to an end. History is not predetermined to proceed always in a progressive, ever-better direction. “If the current course of events and ideas is not reversed, the coming age will have abandoned its assumptions of open trade, open expression and the ideal of government by consent of the governed. Political Islam will be comfortable with itself at last. In January 2015, it already is. Dan Henninger
C’est une carte d’identité, oubliée dans la première voiture utilisée par les fuyards, qui a mis les enquêteurs sur la piste des deux auteurs présumés de l’attaque. Un avis de recherche est lancé en début de nuit contre ces deux hommes, Chérif Kouachi et Said Kouachi, deux frères âgés de 32 et 34 ans. Le premier est bien connu des services de police. Il avait été condamné en 2008 pour avoir participé à une filière d’envoi de combattants en Irak, la filière dite des « Buttes Chaumont ». « Toute personne détenant des informations » sur les suspects est invitée à joindre le numéro vert 0805 02 17 17, a indiqué la préfecture de Paris. Le Monde
La tristesse et la rage. Tristesse, immense, pour mes neuf confrères de Charlie-Hebdo (1), assassinés ce matin dans leur journal, à Paris (IXe), par un commando terroriste puissamment armé. Deux policiers ont également été tués. Rage, immense, contre tous ceux qui ne cessent de s’aveugler sur la montée en puissance de l’islamisme dans les cités françaises. J’entendais encore, ce mercredi sur Europe 1 , Alain Juppé s’enflammer contre ceux qui sonnent l’alarme au prétexte d’un risque d’ «amalgame avec l’ensemble des musulmans». François Hollande, lundi, refusait de parler d’«ennemis de l’intérieur». Ces discours émollients participent à l’endormissement des vigilances. Il y a, oui, un retour aux années trente. Mais il se lit, ce retour, non pas chez les peuples d’Europe qui craignent l’islamisme chez eux, mais chez les donneurs de leçons qui se veulent pas voir ce nouveau totalitarisme coranique. C’est pour se protéger de son intolérance et de sa violente judéophobie que 7 000 Français juifs ont quitté la France en 2014, nous alertant ainsi du pire. Le pire est là: les loups sont entrés dans Paris. Les belles âmes, qui insultent les lanceurs d’alerte et refusent de voir les faits, se rendent complices de l’islamo-fascisme qui nous a déclaré la guerre. L’ennemi n’est évidemment pas l’ensemble des musulmans, dont beaucoup sont bien sûr horrifiés par ce carnage contre des journalistes. Mais ceux-là doivent, toute affaire cessante, descendre massivement dans les rues pour se désolidariser … Car ce mercredi, la France est en guerre. En guerre civile peut-être, demain. Son ennemi est l’islam radical, l’islam politique, l’islamisme djihadiste. «Nous avons vengé le prophète», auraient crié les tueurs. L’ennemi n’est évidemment pas l’ensemble des musulmans, dont beaucoup sont bien sûr horrifiés par ce carnage contre des journalistes. Mais ceux-là doivent, toute affaire cessante, descendre massivement dans les rues pour se désolidariser enfin clairement de ceux qui ont la même religion qu’eux et qui appliquent ses préceptes à la lettre. En 1954, en Algérie, l’Armée de libération nationale ne comptait pas plus de 800 hommes ; ils ont réussi à faire plier la République huit ans plus tard. Les djihaistes français ne sont guère plus nombreux mais ceux-là sont tout autant déterminés à nous humilier, à nous soumettre à l’islam et à faire taire la liberté d’expression. C’est pourquoi il est urgent que les esprits se réveillent enfin et cessent de se réfugier dans le confort de l’apaisement, du pacifisme et des bons sentiments. Ces attitudes sont des lâchetés. Refuser de répondre à une guerre déclarée serait la pire des capitulations. Dans ce domaine, la France s’est assez humiliée par le passé. Ivan Rioufol
Ce que vous nous avez arraché, c’est ce temps où l’on pouvait simplement ricaner quand on les entendait, Val, Valls et les autres, mener dans cette alliance contre nature leurs croisades et leurs guerres plus ou moins revues et corrigées par Carla Bruni et Euro RSCG, agiter leursmoulinets Vigipirate, leurs chiffons de menace intégriste et terroriste, cette menace qui est forte, qui n’a jamais été aussi forte, ce temps où on pouvait tout simplement leur tourner le dos, leur dire que ces guerres n’étaient pas les nôtres. Ce temps où nous pouvions, à bon droit, juger a priori suspecte toute unanimité. Ah ils vont bien nous l’extorquer, maintenant, l’unanimité. Et il en faudra, du culot, pour leur dire Bas les pattes ! Ce que vous nous avez arraché, c’est ce temps où nous nous sentions si loin des balles. Ce temps, en nous, où la guerre ne semblait malgré tout qu’un grondement lointain. Où l’on se croyait éternellement à l’abri, dans le refuge des mots et des petits dessins. Daniel Schneidermann

Attention, un drapeau noir peut en cacher un autre !

Au lendemain, 15 ans (?) après Israël, 14 ans après les Etats-Unis, 11 ans après l’Espagne et 10 ans après la Grande-Bretagne

De la première intifada ou 11 septembre français

Qui a vu les apprentis djihadistes dont le drapeau noir flottait tranquillement il y a à peine six mois sur la Place de la République où nous sommes tous aujourd’hui miraculeusement devenus Charlie

Revenir, après la série du mois dernier dite des « déséquilibrés »crieurs d’Allah Akbar, appliquer sur le terrain les leçons apprises à l’école du djihad syrien ou irakien …

Comment ne pas voir, avec le cinéaste franco-algérien Jean-Pierre Lledo, les multiples responsabilités

D’une classe politique comme médiatique ou intellectuelle

Qui, obnubilé par l’angélisme pro-arabe (et les dollars qataris) comme la haine contre Israël depuis des décennies, n’a cessé de banaliser …

Le « danger islamiste et islamique (en arabe il n’y a qu’un seul mot pour ces deux notions) » …

Et « refusé de comprendre que ce qui menace la Paix au Moyen-Orient et par conséquent dans le monde, ce n’est pas Israël, mais bien l’islamisme et l’islam représenté aujourd’hui  par le Dach, le Hamas, le Hezbollah, mais aussi par l‘Iran des Mollahs qui pend publiquement chaque semaine ses récalcitrants et prépare tranquillement sa bombe atomique, la Turquie d’Erdogan dont les prisons sont remplies d’intellectuels et de journalistes, le Qatar qui a déjà acheté quantité de gouvernants et médias européens » … ?

CHARLIE HEBDO : QUI EST RESPONSABLE DU MASSACRE ?
Jean-Pierre LLEDO

ResilienceTV

7/1/2015

JE NE PEUX PLEURER MES FRÈRES CHARB, CABU, TIGNOUS ET WOLINSKY

JE N’AI PAS LE DROIT

PAS AUJOURD’HUI

JE NE PEUX PLEURER AUJOURD’HUI POUR RÉFLÉCHIR DEMAIN

JE NE PEUX LAISSER À DEMAIN CE QUI DOIT ÊTRE DIT DE SUITE

DEMAIN C’EST TROP TARD

INUTILE DE FAIRE LA CHASSE AUX TUEURS

IL FAUT FAIRE LA CHASSE AUX VÉRITABLES RESPONSABLES

LES TUEURS VONT ÊTRE RATTRAPÉS

MAIS SI LES VÉRITABLES RESPONSABLES NE SONT PAS MIS HORS D’ÉTAT DE NUIRE

IL Y EN AURA D’AUTRES

QUI SONT LES VÉRITABLES RESPONSABLES ?

Le premier responsable, c’est le GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE…

·       pour non-assistance à personne en danger : comment avoir laissé l’organe de presse le plus menacé de France sans protection policière ?

·       pour son refus de désigner l’islamisme comme le principal ennemi de la France, de la liberté, de la démocratie, de par le monde…

·       Pour sa mémoire courte depuis les assassinats de Toulouse en 2012…

·       pour son refus de tenir compte de l’expérience algérienne où les intellectuels furent les premières cibles de l’islamisme…

·       pour son refus de faire la relation entre l’islamisme assassin et sa source non  moins assassine, l’Islam, tel qu’il est aujourd’hui enseigné et transmis dans le monde musulman mais aussi en Europe et en Amérique, non plus comme une métaphysique égale à d’autres, mais comme une idéologie de conquête du monde non-musulman, et de mort pour tous ceux qui résisteraient .

Le premier responsable, ce sont aussi les MÉDIAS…

·       pour les mêmes raisons susdites.

·       mais aussi parce que depuis la mise en œuvre terroriste de l’islamisme en Algérie à partir du début des années 90, ces médias ont préféré soutenir les islamistes au nom de la liberté d’expression plutôt que les démocrates qui résistaient et se faisaient assassiner : en Algérie près de 100 journalistes furent liquidés une balle dans la tête, après que les plus illustres de ses artistes aient subi le même sort, du romancier Tahar Djaout au dramaturge Abdelkader Alloula. Et ces médias ont récidivé récemment avec l’Égypte lorsque l’armée a décidé de mettre hors d’état de nuire les Frères musulmans.

·       parce qu’ils ont fait de Tariq Ramadan, le chantre des Frères musulmans, la vedette de tous les plateaux de TV.

·       parce que, inversement, on préfère faire la chasse au seul journaliste français qui ose appeler un chat un chat, Eric Zemmour.

·       La radio Europe N°1 en parlant des tueurs qui ont pourtant crié qu’ils étaient venus venger leur prophète, ne vient-elle pas, dans l’intervalle de quelques minutes, de gommer leur référence à l’islam ? !

OUI LES  PREMIERS RESPONSABLES, CE SONT BIEN LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ET LES GROS MÉDIAS FRANÇAIS !

·       Pour leur stratégie politique et médiatique qui vise à banaliser le danger islamiste et islamique (en arabe il n’y a qu’un seul mot pour ces deux notions).

·       Pour leur refus de dire  que l’islamisme tente aujourd’hui, d’une autre manière, ce que l’Islam a entrepris en son nom propre sous l’étendard du prophète puis de ses successeurs, les divers Califes : la conquête du monde.

·       Pour leur refus de dire  que l’OCI fort de ses 54 pays musulmans a déjà réussi dans les faits à changer la nature de l’ONU en lui substituant sa ‘’Charte des droits de l’homme … en Islam’’ fondée sur la chariaa.

·       Pour leur refus de comprendre que ce qui menace la Paix au Moyen-Orient et par conséquent dans le monde, ce n’est pas Israël, mais bien l’islamisme et l’islam représenté aujourd’hui  par le Dach, le Hamas, le Hezbollah, mais aussi par l‘Iran des Mollahs qui pend publiquement chaque semaine ses récalcitrants et prépare tranquillement sa bombe atomique, la Turquie d’Erdogan dont les prisons sont remplies d’intellectuels et de journalistes, le Qatar qui a déjà acheté quantité de gouvernants et médias européens. Cela de nombreux artistes et intellectuels du monde arabe l’ont déjà dit, mais on préfère taire leur nom même comme ils sont aussi connus que Sansal ou Adonis.

·       Pour leur engagement aveugle et militant aux côtés d’un mouvement national palestinien noyauté par les islamistes qui n’attendent que des élections pour en prendre la direction, lequel refuse de reconnaitre Israël comme le seul Etat du peuple juif (contre 22 pays arabes et 54 pays musulmans !) et enseigne quotidiennement dans ses médias et ses écoles la haine du juif…

·       Et récemment encore pour le vote de la France au conseil de sécurité de l‘ONU pour la résolution palestinienne qui consiste à imposer son option à Israël sans aucune négociation.

AUJOURD’HUI JE NE PEUX PLEURER MES FRÈRES CHARB, CABU, TIGNOUS ET WOLINSKY

JE LE FERAI DEMAIN

AUJOURD’HUI JE ME DOIS DIRE QUE LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ET LES GROS MÉDIAS FRANÇAIS SONT BIEN LES PREMIERS RESPONSABLES.

ET FAUTE D’AVOIR PRÉVU LES BONS VŒUX QUE LA FRANCE ALLAIT RECEVOIR

ILS DEVRAIENT DÉMISSIONNER COLLECTIVEMENT.

Car s’ils continuaient ainsi à tolérer en France et en Europe la présence islamiste

et banaliser la chasse aux Juifs, de Toulouse à Bruxelles, de Ilan Halimi à la jeune fille de Créteil, les véritables démocrates français et européens doivent s’attendre au pire.

QUAND DONC LES GOUVERNANTS FRANÇAIS, EUROPÉENS, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ET LES GROS MÉDIAS FRANÇAIS,

COMPRENDRONT-ILS QUE LE FASCISME NAZISLAMISTE S’IL COMMENCE PAR LES JUIFS, FINIT TOUJOURS PAR LES NON-JUIFS QUI LUI RÉSISTENT ?

Ces véritables responsables de l’assassinat de mes quatre frères oseront-ils se mettre au premier rang des Français qui leur rendront hommage lors des obsèques ?

J’ose espérer que non.

A moins que comme tous les commanditaires mafieux ils aient jusqu’à ce culot.

Le 7 Janvier 2015

Jean-Pierre Lledo

Cinéaste.

PS : je n’ai voulu parler ici que des principaux responsables. Mais tous ceux qui parmi les ‘’intellectuels’’ qui ont eu la même démarche de déni et de banalisation sont également responsables. Ils devraient par décence se taire et surtout ne pas s’adjoindre au cortège des obsèques.

Nommer l’ennemi
Jacques Tarnero

Huffington post

08/01/2015

Les tueurs de Charlie hebdo ne sont pas des terroristes anonymes. Ils appartiennent sans doute à un réseau informel mais uni par une idéologie commune. Réduire leur nomination uniquement par le mot « terroriste » c’est s’interdire de regarder la menace en face en ne la nommant pas. Ce terrorisme là est islamiste, il invoque « Allah » avant de tirer et de tuer. Il prétend « venger le prophète ». Ce sont les mêmes cris qui sont prononcés par les coupeurs de tête des otages occidentaux en Irak et de Syrie. Ce sont les mêmes qui ont assassinés trois adolescents juifs en Israël en juin 2014. Ce sont les mêmes jouisseurs de mort qui ont tué des enfants juifs à Toulouse et au musée juif de Bruxelles. C’est la même idéologie qui a inspiré les poseurs de bombes de Madrid, de Londres, de Boston. Ce sont les mêmes imprécations qui ont accompagné les gestes du tueur de Sidney et du conducteur de la voiture bélier de Joué-les-Tours. Etaient-ils seulement des malades mentaux ? Ce sont les mêmes individus que la France combat au Mali, en Afghanistan, en Irak. Ce sont les mêmes qu’Israël affronte à Gaza. Ils se nomment Califat Islamique, Boko Aram en Afrique, Chebab somaliens, Hamas à Gaza ou Hezbollah au Liban. Cette hydre à tête multiple a un socle commun et s’il ne faut pas assimiler tous les musulmans à des terroristes tous ces terroristes là sont musulmans. Certes tous les musulmans ne sont pas jihadistes mais tous les jihadistes sont musulmans. Cette religion « d’amour et de paix » devrait y regarder de près pour extirper de son sein ce qui de l’intérieur de l’islam nourrit cette rage meurtrière.

En 1938, pour n’avoir pas voulu nommer l’ennemi nazi pour ce qu’il était, pour n’avoir pas voulu regarder en face ce que cette idéologie au pouvoir en Allemagne, avait de mortifère, le monde va en payer un prix effroyable. Les démocraties ont les défauts de leurs qualités : elles attribuent à leurs pires ennemis des capacités rédemptrices. Le terrorisme apocalyptique de l’Etat islamique ne cherche pas à construire un Etat fut-il islamique, il cherche d’abord à tuer et à détruire ce qui n’est pas lui puisque telle est la jouissance de ceux qui le composent.

Depuis le 11 septembre 2001 l’islam radical a déclaré la guerre au monde. Ne pas considérer que cette menace est globale et qu’elle se décline de la Kabylie à la Mésopotamie, du musée juif de Bruxelles à Toulouse ou à Londres, serait reproduire la même erreur de jugement que celle qui fut commise par Daladier et Chamberlain quand ils crurent stopper Hitler par les accords de Munich. On connaît la suite.

On ne gagnera rien par les périphrases et les divers éléments de langage destinés à éviter de nommer l’ennemi. Recommander de dire « Daesh » plutôt que « Etat islamique » pour ménager les susceptibilités des musulmans relève d’une prudence dont les musulmans lucides ne s’embarrassent pas. L’acharnement mis par certains à ne pas prendre en compte la part islamique de l’islamisme relève de la volonté de ne pas voir la source du mal. Il ne s’agit pas de faire l’exégèse des textes issus du Coran mais bien plutôt d’analyser ce que certains font dire à ces textes et l’accusation d’islamophobie portée contre ceux qui osent faire cette démarche est dès lors vide de contenu. Quand des égorgeurs décapitent un otage aux cris de « Allah Akbar ! » c’est bien dieu qui est convoqué pour cautionner le crime, pour sanctifier ces gestes supposés de fidélité à dieu.

Combien faudra-t-il d’autres journalistes assassinés, d’autres têtes coupées pour que les juristes qualifient les crimes de cette barbarie? Combien d’autres mécréants, combien d’autres infidèles, combien de « croisés » et combien de Juifs vont être assassinés au nom de l’islam ? Combien d’autres adolescents israéliens vont être assassinés pour que l’on comprenne qu’il s’agit d’une barbarie identique? Les uns font ça au couteau, les autres à la kalashnikov. Les uns découpent, les autres se font exploser dans des arrêts de bus ou des cafés. Les uns sont plus artisanaux tandis que les autres sont plus modernes. Pourtant les uns envoient sur facebook les images de leurs performances alors que les autres cherchent à les dissimuler et pourchassent les journalistes qui pourraient en témoigner. Les uns sont les disciples du nouveau Calife de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, les autres sont disciples du Hamas. Tous vénèrent Allah et tous vouent aux flammes de l’enfer, un Etat satanique, « l’entité sioniste » pour ne pas avoir à prononcer son nom.

Qu’est ce que le jihad ? Cette guerre sainte promet le paradis à celui qui pourchasse et anéantit les infidèles, les non musulmans. Il s’agit de cette forme spécifique de guerre commise au nom de l’islam, visant à l’extermination ou la réduction en esclavage de populations pour la seule raison de leur identité non musulmane. Le jihad, présenté dans un premier temps comme une ascèse spirituelle, un travail sur soi visant à une communion spirituelle avec le divin, a laissé place à sa forme politique telle que nous la voyons aujourd’hui à l’œuvre.

Qu’est ce qui définit le crime contre l’humanité ? Qu’est ce qui caractérise ce crime ? Cette notion de droit, établie après les jugements des crimes nazis au procès de Nuremberg caractérise les crimes de masse commis contre des personnes au nom de leur origine, ethnique, religieuse, politique. Il s’agit de crimes commis contre des personnes au nom de ce qu’elles sont, de leur identité, de leur appartenance, de leur religion ou de leur croyance.

Le jihad (tel qu’il est invoqué et pratiqué par certains groupes islamistes) s’inscrit dans cette définition pénale du crime contre l’humanité. Inscrire le jihad dans la catégorie des crimes contre l’humanité constituerait déjà un fort coup de semonce contre tous ceux qui habillent leurs crimes du masque d’une différence culturelle. Aucune religion ne saurait se prétendre telle si elle devait servir d’alibi de la barbarie a estimé le Président Obama. Le dire haut et fort, au nom de principes universels, permettrait de faire un tri entre ceux qui partagent cette idée d’un universel commun pour une humanité commune et ceux qui refusent cette idée d’une communauté humaine acceptant des règles obéissant à des lois universelles.

Tant que les musulmans et ceux qui prétendent être dépositaires de l’héritage spirituel de l’islam n’auront pas fait ce travail critique sur leur propre corpus spirituel, ils resteront aveugles sur les sources intimes de leur désastre de leur supposée humiliation. C’est du sein de l’islam que des voix doivent s’élever pour dénoncer cette imposture. C’est bien plutôt l’islamisme version Hamas ou version Hezbollah ou version Etat Islamique et leurs multiples clones qui sont responsables de cet enfermement aussi surement que le goulag ne protégeait pas les droits des peuples mais les garrotait.

Pourtant tous deux ne jouissent pas d’un statut identique dans le regard que l’Occident leur porte. L’Etat Islamique est dénoncé comme un mal absolu, un « cancer » par les Etats Unis, la France et les européens. Le Hamas, bien que figurant sur la liste des organisations terroristes, jouit d’une meilleure considération et a même reçu sur ses terres, de brillants intellectuels, Stéphane Hessel et Régis Debray. Tandis que l’EI (Etat Islamique) profite de la dislocation de l’Irak et de la Syrie, dont les frontières furent établies à la serpe par la Grande Bretagne et la France, à la fin de la première Guerre mondiale, après la dislocation de l’Empire Ottoman. Presque un siècle plus tard ces châteaux de cartes s’effondrent au profit d’une nébuleuse aussi chaotique que sanglante.

Est-on capable en Occident de regarder cela en face ? On pourra toujours invoquer les mânes de la République et déclarer solennellement que ces gestes quand ils sont commis en France, sont isolés et qu’ils défigurent la France. Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, font hélas partie de la France d’aujourd’hui. Les manifestations en faveur de Gaza de juillet dernier n’étaient pas seulement pro palestiniennes, elle étaient aussi antijuives.

Ces indignés sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les massacres de palestiniens en Syrie ? Sont ils indignés par les deux cent mille morts en Syrie ? Sont-ils descendus dans la rue pour dénoncer les kidnapping de centaines de jeunes filles au Nigéria commis au nom d’Allah par la secte islamiste Boko Aram ? Ont-ils dénoncés les attentats contre d’autres musulmans en Somalie, en Algérie, au Liban, en Irak, en Afghanistan ? Les massacres arabo-arabes ou islamo-islamistes seraient-ils à ce point une affaire de famille pour y trouver une excuse ? Quelle serait cette normalité acceptée pour cette barbarie alors que chaque riposte d’Israël pour assurer la protection de ses habitants serait considérée comme bien plus condamnable ? Quel souci ont-ils de la Palestine ceux qui ont fait de la haine du Juif une seconde nature ? Quelle différence en effet ! Israël utilise ses armes pour protéger sa population alors que le Hamas utilise sa population pour protéger ses armes !

En juillet dernier, c’est un pogrom qui a été tenté à Sarcelles et rue de la Roquette à Paris. Au cours d’autres manifestations ce sont les drapeaux du Hamas, du Hezbollah et l’Etat Islamique qui ont été exhibés place de la République. « Nous sommes tous des jihadistes », ont crié certains manifestants. Cet avertissement est valable pour tous. La haine qui motive les émeutiers anti juifs ne s’adresse pas qu’aux seuls Juifs au prétexte de leur solidarité supposée avec Israël. Cette haine recuite va puiser ses sources dans un archaïsme qui déjà fait la preuve de sa malfaisance. L’Europe en connaît le prix. Que cette vieille haine s’habille des atours progressistes de l’antisionisme ne change rien à l’affaire. La haine des Juifs est toujours annonciatrice d’autre chose : à travers les Juifs c’est la liberté qui est visée, celle des femmes, celle de l’autonomie de l’individu. Depuis près de quinze ans la République a perdu de nombreux territoires. Ils sont tout autant symboliques que réels. Avec le masque de la bonne conscience certains ont instillé de manière totalement irresponsable cette haine du Juif et d’Israël avec les mots du progrès et de la justice. Faire d’Israël le responsable du malheur arabe constitue l’une des grandes impostures de l’histoire contemporaine. Le déni idéologique de cette réalité constitue l’autre face de ce désastre de la pensée.

Désormais la menace est ici, chez nous, en France, en Europe. NOUS, en France, en Europe. Ne pas le comprendre est suicidaire.

A French Intifada?
Tom Wilson
Commentary
01.07.2015

The footage that is emerging from today’s terror attack in Paris—some of the most graphic now being circulated over social media—shows a gun battle on a Parisian street that conjures the impression of a warzone. We see masked men, dressed entirely in black, carrying assault rifles and then executing a police officer as he lies injured on the ground. In all twelve have been killed, two police and ten journalists of the small satirical magazine Charlie Hebdo which some years ago published a cartoon of Muhammad. Naturally, then, there are those who are already approaching this event as a question about freedom of the press. Back in 2011 when the offices of Charlie Hebdo were firebombed, it was primarily an issue of free speech. But now, given the nature of this attack, and the fact that it comes alongside a spate of other Islamist attacks in France, if matters go much further then these risk being the early rumblings of a French intifada.

Some have speculated that those who carried out today’s attack were in some way affiliated with (or inspired by) ISIS. The last piece tweeted out by the magazine was a cartoon of ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi. An eyewitness, however, has reported that the men claimed to be from al-Qaeda. Either way, this attack has now put much of Paris on lockdown and France has gone into its highest state of alert while those who carried out the attack remain at large. The fear is that they will be seeking to go down in a gunfight with the police, or worse still in some kind of explosion as jihadists have been known to do in other attacks.

Even before today’s incident France was already on edge given a series of attacks in the run-up to Christmas. In both Dijon and Nantes Islamic radicals had driven vehicles into shoppers at Christmas markets, while in Tours police were attacked by a man brandishing a knife. Similarly, Islamic radicals and others from France’s large Muslim population have also targeted the Jewish community as anti-Semitism in France has skyrocketed. Synagogues and Jewish businesses have been attacked in recent months, with riots in Paris this summer seeing Jews being forced to barricade themselves into a synagogue. And in addition to the 2012 shooting at the Jewish school in Toulouse, it was a French jihadist who carried out the attack on the Brussels Jewish museum last May.

This move from attacks on the Jews to attacks on others, not least those representing liberal Western values such as Charlie Hebdo, is hardly surprising. But France has for some time now been grappling with the problem of Islamic radicalism and the unassimilated and disaffected parts of its Muslim population. In the fall of 2005 Parisian housing projects and other French cities were subjected to several days and nights of intense rioting by immigrants, something that began to be referred to as “the French Intifada.”

However, Europeans also have to be wary about the backlash against Islamic radicalism that is mounting from the far-right. In France the only somewhat moderated National Front is making significant gains at the ballot box. Meanwhile, in Germany a new anti-Islamist mass movement is emerging, with 18,000 marching in Dresden earlier this week. Yet there are serious concerns about the extent to which this movement may already be associated with violent fascistic and neo-Nazi tendencies. An open confrontation between such groups and Islamists could lead to an intifada scenario on the streets of Europe.

After today’s attack in Paris we are once again left wondering what kind of strategy Western leaders really have for confronting any of this. In the past the debate about mass immigration and about how to assimilate immigrants was all but shut down among shrieks about racism. Similarly, more recent discussions about how to deal with Islamic extremism have quickly descended into such accusations. Indeed, for so many Western leaders, the main takeaway from such attacks seems to be to keep emphasizing that Islam is a religion of peace, while the left-wing media scolds the public for supposedly causing Islamic extremism through its latent Islamophobia.

In August a poll suggested that 16 percent of French citizens have sympathies for ISIS and it is thought that well over 800 French nationals are currently overseas fighting for that group. But France also has to worry about the extremists who stay at home. For as today’s attack has shown, heightened security can only do so much, and for now it appears there are no serious proposals for what is to be done about those French Muslims who seem increasingly hostile to the surrounding society.

A Consequential Terror Attack in Paris
Max Boot
Commentary
01.07.2015

The U.S. has 9/11. Spain has 11-M (the March 11, 2004, bombings of the Madrid commuter trains which killed 191). Britain has 7/7 (a reference to the July 7, 2005 bombings which killed 52 people taking public transportation in London). And now, on a slightly smaller but still horrific scale, France has 1/7: the assault by three masked gunmen on the offices of the satirical newspaper Charlie Hebdo in Paris, which left 12 people dead.

What all of these events have in common is, of course, the Islamist ideology which animated the killers–a ruthless willingness to kill the innocent in pursuit of far-fetched religious and political objectives. In all three cases jihadist fanatics saw Western nations, whether the U.S., Britain, or France, as obstacles to their designs–and understandably so, because all three back moderate regimes in the Middle East and have intervened with their own armed forces to fight the forces of terrorism, whether in Mali, Iraq, or Afghanistan.

Of these attacks, only one–9/11–so far has been proven to have been directed by a terrorist organization based abroad: al-Qaeda, which at the time enjoyed sanctuary in Afghanistan. There were rumored links between the 7/7 bombers–mostly children of Pakistani immigrants–and the al-Qaeda organization, by then based in Pakistan, but nothing was ever proven. Likewise rumors of links between the Spanish bombers and al-Qaeda or its North African affiliates were not proven. We will have to wait to find out if the 1/7 attackers had direct links to a terrorist organization such as al-Qaeda or ISIS (there are unverified reports that they were connected to al-Qaeda in the Arabian Peninsula) or whether they were a self-radicalized cell acting on their own initiative.

Whether the 7/7 attackers were in touch with terrorist organizations abroad or not, their actions did not need much planning or coordination, unlike the intricately choreographed attack in 2001 on American passenger aircraft. Indeed it is a wonder that we have not seen more such assaults, especially in the U.S., given the prevalence of massacres by deranged gunmen from Aurora, Colorado, to Newtown, Connecticut. France, for its part, has seen a spate of low-level “lone wolf” attacks in recent weeks, with attackers driving their cars into crowds or attacking police officers with a knife.

Part of the explanation may lie in the greater success that the U.S. has had in assimilating immigrants–there is not a large underclass of resentful Muslim immigrants in this country as there is in Britain, France, and other European countries. But it doesn’t take many fanatics to carry out a terrorist attack and our air of complacency might well have been punctured if the 2010 car bombing of Times Square by a Pakistani immigrant had gone off as planned.

Beyond the need to assimilate immigrants such attacks point to the need to monitor extremist organizations. There has been much controversy in both the U.S. and Europe about the actions of the NSA, but its eavesdropping is the first line of defense–indeed in many ways the best line of defense–against such attacks. The same goes for the much-maligned New York Police Department whose now-disbanded Demographics Unit infiltrated the Muslim community with undercover officers to be alert to extremist activity.

Such intelligence-gathering, especially in the domestic sphere, raises civil-liberties hackles and there is no question that such activities can lead to abuses, as occurred decades ago with the FBI’s Cointelpro intelligence gathering against antiwar activists and civil-rights activists. But, if carefully regulated (as is the case with the NSA and NYPD, from all accounts) such programs are necessary not only to ward off the murder of innocents but the far greater violations of civil liberties that are likely to come after a successful major terrorist attack.

Paris Attack Wasn’t “Senseless Violence”
Jonathan S. Tobin
Commentary
01.07.2015

President Obama’s condemnation of the attack on the Charlie Hebdo office today in Paris rightly referred to the perpetrators as “terrorists” and expressed solidarity with France even if it did come in a tone expressed with his usual lack of emotion. The official statement issued later also properly labeled it an act of terrorism. But the problem isn’t whether the administration is ready, as it was initially reluctant to do after Benghazi, to speak of terrorism, as it is the president’s refusal to discuss the motivation of the attackers and readiness to speak of it as the “senseless violence of the few.” This wasn’t senseless, Mr. President. Indeed, based on the administration’s past lukewarm defense of freedom of speech against Islamist attacks, it made a great deal of sense for terrorists to think they could get away with this atrocity.

Throughout the last two decades during which Islamist terrorists have been waging a war against the West, the United States government has always been properly reluctant to speak of the conflict as one between the American people and the religion of Islam. The U.S. has no argument with its millions of loyal Muslim citizens or with any faith per se. Nor does it have a brief for conflict with the many Muslim countries with which it enjoys warm relations. The arguments of both al-Qaeda and ISIS and their sympathizers, which speak of American wars “against Muslims,” are vicious libels. The wars, in which the U.S. has engaged in Iraq and Afghanistan, not to mention in Bosnia before that, were waged to free Muslims. It is the terrorists who wish to silence and enslave Muslims in their nightmare vision of a new caliphate, not the Americans.
But that sensible reluctance to grant the terrorists their wish by allowing them to make this a war of Muslim versus non-Muslim should not extend to blindness about what is motivating the terrorists. As much as we may hope that Islamists don’t represent the views of most Muslims, it is ridiculous for the president or any other American official to be issuing statements (as they have at times) in which Washington pretends to be the authority on what is or is not authentic Islam. Suffice it to say that Islamists appear to have the support of tens of millions of Muslims in the Middle East as well as elsewhere and it is futile for any American president to be declaring them mistaken about their faith.
But more important than that is the steadfast refusal of the U.S. to state what is obvious. Ignoring the fact that the motivations of those who committed the act of terrorism in Paris were religious isn’t helping anyone.
For Islamists, silencing those who offend their religious sensibilities makes perfect sense. More to the point, doing so has worked very nicely to silence critics and opponents who rightly fear to call down the wrath of jihadists on their heads. As I noted earlier today, there is no cost to mounting a Broadway musical mocking Mormons, a peaceful and productive American minority group that took the insults lobbed at them with good humor and patience. But there is potentially a very great price to be paid if you wish to skewer the religious motivations of terrorists with the blood of countless Muslims as well as non-Muslims on their hands.
By cowering and apologizing every time radical believers in Islam express outrage at some actual or perceived slight to their faith, the U.S. has strengthened the conviction of the extremists that no one may offend them with impunity.
The social media campaigns spreading across the Internet today, as people express solidarity with the Charlie Hebdo satirists, is commendable. But what is needed even more is a universal condemnation of Islamists and calls for Muslims, both in the West and throughout the Middle East, to acknowledge that a sizable percentage of their co-religionists—and not just the tiny minority that the president spoke of—are laboring under the delusion that they can tell Europeans or Americans what they may or may not read or watch.
Islamist terrorists have proliferated precisely because they have been perceived as both the “strong horse” that can only be opposed at the risk of one’s life and because Westerners have so often purposely misunderstood the nature of the challenge they face. They are likely to remain a deadly problem until our leaders stop acting as if the successful tactics of the opponents of freedom are pointless or not rooted in a theological worldview that is shared by many of their co-religionists. Pretending that they are not a significant force in the Muslim world is what is senseless, Mr. President, not the actions of the terrorists.

France and the New Charismatic Jihad
Worries about autonomous jihadist cells appear to have been realized in Paris.
David Gothard
Reuel Marc Gerecht
WSJ
Jan. 7, 2015

The terrorist attack in Paris on Wednesday—with 12 people killed by masked men yelling Islamist slogans—has been a long time coming.

After the 9/11 attacks on the U.S., Western counterterrorist experts probably feared European radical Muslims more than they did Islamic militants in the Middle East. Since the early 1990s, when Algeria’s savage war between the military junta and Islamists began to spill over into France, the French internal-security service, now known as the Direction centrale du renseignement intérieur, or DCRI, began to ramp up its capacity to monitor Muslim militants.

On Nov. 27, 2001, France’s premier counterterrorist magistrate, Jean-Louis Bruguière, was pessimistic about “autonomous” jihadist cells in Europe and North America that “don’t need to receive orders to pass into action.” The Iraq War added to this widespread anxiety. Many believed that the Anglo-American invasion would provoke a maelstrom of holy warriors against the West.

It didn’t happen then. But it may be happening now.

The lethal attack in Paris on the satirical magazine Charlie Hebdo —which has made a specialty of mocking both sides of the too-much-Islam-in-Europe debate, and in 2012 famously published caricatures of the Prophet Muhammad —probably isn’t a lone-wolf affair. But it may represent what Mr. Bruguière feared: native jihadist cells that can act independently of foreign terrorist organizations, like al Qaeda or Islamic State, but may act in concert, and certainly in sympathy, with these groups.

The DCRI, easily the most effective domestic-intelligence organization in Western Europe, has been sounding the alarm for over a year, warning that the Syrian insurrection against the Bashar Assad regime was becoming too bloody and too irresistibly magnetic for French Sunni Muslims. Several hundred of them have traveled to Syria and Iraq to fight under the banner of Islamic State and other radical groups. Hundreds of other European Muslims appear to have joined them. The French bastion against domestic terror appears to be cracking.

This isn’t good news, because America’s dependence on the French service and Great Britain’s domestic-intelligence outfit, MI5, cannot be overstated. They are part of America’s front line in the war against Islamic holy warriors. Take away communications intercepts, an American forte, and Washington has effectively no unilateral capacity to monitor Islamic militants on European soil. Other Western European services are quick to confess that the British and French are their models and have been indispensable in their own efforts to understand and check Islamic radicalism in a continent that is now effectively without borders.

If the French, who have more policemen and security officers per capita than any other Western country, cannot monitor and check Muslim extremists at home, Islamic radicals in Europe and elsewhere will surely take note.

The ability of Western European citizens to travel without visas offers enormous opportunities for jihadists whose dream target remains the U.S. There are now so many European Muslims it is impossible for American officials to identify suspect radicals without European assistance. Even random, targeted selections and entry denials, based on best guesses, could cause serious diplomatic problems with America’s European allies, who must protect the travel rights of their citizens. The Europeans carry the heavy load of American security in addition to their own.

The rise of Islamic State in Syria and Iraq—the first time jihadism has successfully conquered and occupied any large territory—has introduced a historically evocative charisma into Islamic fundamentalism. Islamic charismatics are always bad news for Westerners, even if their primary targets are Shiites, Kurds and Yazidis. The spillover is unavoidable, given the anti-Western core of modern Islamic militancy.

Part of the problem for Europe is undeniably home-brewed. The alarming, so far unchecked rise of anti-Semitism and violence against European Jews that is practiced by both Muslim and non-Muslim Europeans isn’t coincidental to the increase of Islamic terrorism in Europe. Contrary to the bizarre contention of U.S. Secretary of State John Kerry , Israel and the travails of the Israeli-Palestinian peace process had nothing to do with the rise of Islamic State and the birth of a new jihadism that is far more appealing than the less territorially successful jihadism of al Qaeda. Anti-Semitism has become inseparable from the gospel of a charged Islamic identity. (Western anti-Semitism, traditional Islamic suspicion of Jews, and anti-Zionism have congealed.) Anti-Semitism goes up in Europe as the appeal of a European identity to Muslims goes down.

Anti-Semitism nourishes the radical Islamic vision of a humbled Europe, once the motherland of imperialism. It encourages the idea that Muslims can dictate the terms of European expression about Islam. Not that long ago, Muslims couldn’t have cared less what Europeans thought about them or their prophet. Christians and Jews were infidels, after all, benighted souls not worth bothering with. That has changed as Europe’s Muslim population has grown and radicalized, and as traditional Islamic injunctions from the homelands were imported into an ultra-tolerant, increasingly politically correct Europe.

The French identity, more open than most European identities, has appealed to millions of Muslim immigrants. Thoughtful French intellectuals just a decade ago hoped that “French Islam” might work. A decade of troubles, including large riots in predominantly Muslim suburbs, increasingly lethal anti-Semitism, and now terrorism have stirred serious doubts even among the most optimistic.

Americans ought to hope that the French can get all of this right. If they can, then this horrible moment, too, shall pass. If they can’t—and it isn’t clear that the French can solve their worst counterterrorist problems unless Islamic State is demagnetized (pre-eminently an American military problem)—then the grim analysis in 2001 by Judge Bruguière may prove prescient.

Mr. Gerecht, a former Middle East-targets officer in the Central Intelligence Agency’s clandestine service, is a senior fellow at the Foundation for Defense of Democracies.

Terror Comes and Goes, Again
It is hard not to be cynical about what will come after the Charlie Hebdo massacre.
Daniel Henninger
WSJ
Jan. 7, 2015

Terrorist attacks like Charlie Hebdo come and go. Mostly they go.

For all the grief, pain and outrage of the past 24 hours—from as always President Barack Obama down to the streets of Paris—does any serious person doubt that by this time next week life in the West will be back to normal? Life, which is to say daily existence defined by staring at apps on smartphone screens, will resume.

Is this too cynical for the Charlie-Hebdo moment? We live in times defined by the comedienne Lily Tomlin : “No matter how cynical you become, it’s never enough to keep up.”

The title of this column could have been, “We Are All Peshawar Now.” Peshawar, Pakistan, is about 4,800 miles from Paris, and about 6,800 miles to New York City. On Dec. 16, seven heavily armed men from the Pakistan Taliban entered the Army Public School in Peshawar, a city with a half-million more people than Chicago. Once inside, the gunmen killed 132 school children by shooting them in the head or chest.

Terrorist acts come and go.

As a kind of footnote to the Charlie Hebdo massacre Wednesday, an al Qaeda suicide-bomber at about the same hour in Sana, Yemen, blew up 37 people. It will pass virtually without notice.

After each major terrorist act that catches the world’s attention—the four-day attack in 2008 in Mumbai by the terrorist group Lashkar-e-Taiba; the 2013 assault on a Nairobi shopping center by al-Shabaab; the eruption of the Islamic State beheaders in Iraq this year—one thinks that this will be the event that causes the West’s political leadership to get serious about the global threat of Islamic fundamentalism, whose primary political instrument is homicide.

But it’s hard to focus. Terrorist bombs set off in crowded places obliterate not only what were once people but obliterate awareness of what has occurred. One way or another, it’s mostly blood-soaked debris.

The Peshawar massacre in December was different and more difficult to let drop from memory. One can imagine seven adult men walking from one classroom to another, methodically executing boys and girls in white shirts and blouses at their desks.

Rather than the act of a random insane person, Peshawar, in the minds of the Taliban, was a rational, well-planned military atrocity. A success. Just like every other terrorist act dating back to 9/11 and before.

Past some point, it is feckless to call these events “incidents.” They are acts in a war. The people committing them think so and they say so. Why don’t we?

After the Charlie Hebdo shootings, a photograph emerged of a woman in Paris holding up a sign on which she had printed: “Je suis Charlie.”

If she thinks she is Charlie, it will take more than that sign to validate it. Defeating the men in balaclavas who slaughtered the staff at Charlie Hebdo is going to require something beyond sentiment. Unless sentiment alone has acquired unknown, new powers.

World sentiment tried to defeat the Nigerian Islamic jihadist group Boko Haram last April after it kidnapped some 276 girls from a rural school. Remembered today, more than anything, is the photo of First Lady Michelle Obama holding her sign, “#Bring Back Our Girls.”

The headline on a Wall Street Journal story Monday summarized what has happened since the famous kidnapping: “Boko Haram extends its grip in Nigeria. Islamist insurgency overruns villages and army base in northeast, reflecting failures of military, multinational efforts.”

If more of the world’s people are to be protected from becoming the next Charlie Hebdo or Peshawar, 9/11 or any of the other shattered symbols of the age of Islamic terror, then the political and intellectual status quo will have to be changed or reversed.

Exhibit A: Edward Snowden . One may assume that many, if not most, of the thousands in Paris’s streets over the Hebdo massacre believed in 2013 that Edward Snowden was a hero for stealing software from the U.S. National Security Agency, the world’s primary surveillance instrument for identifying terrorists before they kill.

Here we have two symbolic and broadly embraced beliefs about the West’s posture toward the reality of fundamentalist Islamic terror—that Edward Snowden is a hero and “I am Charlie.” They are incompatible.

The people of the Western nations have defaulted to ambivalence and confusion about the nature of this threat. I have seen no clearer statement of where our confusions will lead than former U.S. diplomat Charles Hill ’s recent essay in Politico, “Why Political Islam Is Winning.” Mr. Hill concludes:

“ John Kerry ’s statement about ISIS having ‘no place in the modern world’ was oblivious to the possibility that the modern world itself may be coming to an end. History is not predetermined to proceed always in a progressive, ever-better direction.

“If the current course of events and ideas is not reversed, the coming age will have abandoned its assumptions of open trade, open expression and the ideal of government by consent of the governed. Political Islam will be comfortable with itself at last.”

In January 2015, it already is.

Ce que vous nous avez arraché…
Daniel Schneidermann

Ah c’est malin. Bravo. Pleine réussite. Voilà qu’on se surprend soudain à pleurer avec Val (1), quand il pleure ses copains de Charlie. Voilà qu’on se retrouve à la République (2) à lever nos stylos comme des idiots, en cherchant le réconfort dans les plis de la statue froide, où ne s’attardaient plus que les pigeons, et dont nous retrouvons soudain le nom.

Ah c’est malin. Voilà qu’on en mesure soudain le prix, de notre petite décadence tranquille, à l’heure exacte où vous voulez nous l’arracher. Notre démocratie à hoquets qui ne débouche jamais sur rien, notre dérision mécanique, sans fin, notre liberté sexuelle vide, nos futilités, nos inutilités, voilà soudain qu’on les serre contre soi, pas touche à nos trésors, et tu sais quoi ? Je suis Charlie !

Ce que vous nous avez arraché, avec ces bonheurs de l’enfance, nous peinons encore à le mesurer, mais déjà son absence hurle en nous. Ce monde-là. Ce monde d’avant le 7 janvier 2015 (3), où tout semblait encore si bien rangé, même si tout y était tellement dérangé. Cette fin interminable d’un siècle trop heureux, ces années 70 bénies, les filles de Cabu, les pépées de Wolinski, les caricatures de Mahomet, ce droit à l’adolescence à perpétuité.

Ah c’est malin. Ce que vous nous avez arraché, c’est ce temps où l’on pouvait simplement ricaner quand on les entendait, Val, Valls et les autres, mener dans cette alliance contre nature leurs croisades et leurs guerres plus ou moins revues et corrigées par Carla Bruni et Euro RSCG, agiter leursmoulinets Vigipirate, leurs chiffons de menace intégriste et terroriste, cette menace qui est forte, qui n’a jamais été aussi forte, ce temps où on pouvait tout simplement leur tourner le dos, leur dire que ces guerres n’étaient pas les nôtres. Ce temps où nous pouvions, à bon droit, juger a priori suspecte toute unanimité. Ah ils vont bien nous l’extorquer, maintenant, l’unanimité. Et il en faudra, du culot, pour leur dire Bas les pattes !

Ce que vous nous avez arraché, c’est ce temps où nous nous sentions si loin des balles. Ce temps, en nous, où la guerre ne semblait malgré tout qu’un grondement lointain. Où l’on se croyait éternellement à l’abri, dans le refuge des mots et des petits dessins. C’est malin.

Attentat à « Charlie Hebdo » : que sait-on des deux suspects recherchés ?
Matthieu Suc

Le Monde

08.01.2015

C’est une cellule « familiale » qui est recherchée par la police dans le cadre de l’attentat perpétré à Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier. Les deux principaux suspects sont deux frères : Saïd et Chérif Kouachi, respectivement âgés de 34 et 32 ans.

Le troisième suspect, âgé de 18 ans, et qui s’est rendu cette nuit à la police, fait aussi partie de la famille. En effet, il porte le même patronyme que la femme de Chérif Kouachi. Se sachant recherché, il s’est présenté de lui-même dans un commissariat de Charleville-Mézières (Ardennes), la ville d’où est originaire l’épouse du plus jeune frère Kouachi, une animatrice en crèche qui expliquait porter le voile intégral depuis son pèlerinage à La Mecque en 2008. Selon une source policière, le jeune homme a été placé en garde à vue, mais « aucune charge n’a été retenue contre lui » pour l’heure dans le cadre de l’enquête sur l’attaque de Charlie Hebdo.

FILIÈRE PARISIENNE DES BUTTES-CHAUMONT

Chérif Kouachi, le cadet, était jusqu’ici le plus connu du trio. De nationalité française, celui qui se fait appeler « Abou Issen » avait été condamné le 14 mai 2008 à trois ans d’emprisonnement, dont dix-huit mois avec sursis, dans le dossier de la filière parisienne des Buttes-Chaumont. Ce groupe visait, sous l’autorité de « l’émir » Farid Benyettou, à envoyer des djihadistes rejoindre en Irak les rangs de la branche irakienne d’Al-Qaida, dirigée à l’époque par Abou Moussab Al-Zarkaoui. Chérif Kouachi avait été interpellé à Paris en janvier 2005, alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion pour Damas en compagnie d’un autre jeune : Thamer Bouchnak.

Il avait alors été incarcéré du 29 janvier 2005 au 11 octobre 2006 à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne). A sa sortie de prison, il gérait l’étal de poissons au supermarché Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine. Chérif Kouachi a été jugé et condamné en 2008. Sa peine étant couverte par la détention provisoire, il recouvra la liberté dans la foulée du jugement. Son avocat de l’époque, Me Vincent Ollivier, cité par Le Parisien, se souvient d’un « apprenti “loser”, d’un livreur à casquette qui fumait du haschich et livrait des pizzas pour acheter sa drogue. Un gamin paumé qui ne savait pas quoi faire de sa vie et qui, du jour au lendemain, a rencontré des gens qui lui ont donné l’impression d’être important ».

Deux ans plus tard, les policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT) l’ont suspecté de fomenter avec d’anciens complices des Buttes-Chaumont l’évasion d’un des cerveaux des attentats de 1995, Smaïn Ait Ali Belkacem. Une suspicion qui lui avait valu un nouveau séjour en détention le 25 mai 2010, avant d’être très vite libéré, le 11 octobre de la même année. Faute de preuves suffisantes, le parquet de Paris avait requis à son encontre un non-lieu le 26 juillet 2013.

Dans ce dossier, lors d’une surveillance le 12 mars 2010, les policiers avaient vu apparaître l’aîné des Kouachi, Saïd, mais là aussi, sans plus d’éléments le concernant, les policiers n’avaient pas poursuivi les investigations à son encontre.

INTERVIEW L’expert en terrorisme Jean-Charles Brisard décrypte les premiers éléments connus…

Attaque à «Charlie Hebdo»: «Leur maniement de la kalachnikov montre qu’ils sont très entraînés»
Les deux hommes qui ont attaqué l’hebdomadaire Charlie Hebdo font face à des policiers le 7 janvier 2015 à Paris – Anne Gelbard AFP
Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

20 minutes

07.01.2015

Quelques heures après l’attaque du journal Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, selon un bilan provisoire, l’analyse des faits est encore évidemment difficile. La question de l’identité et de la motivation des auteurs de la fusillade pose notamment question. Alors que les auteurs de la tuerie sont en fuite, la seule piste mentionnée par les autorités est celle évoquée par deux témoins qui assurent les avoir entendus crier «Allahou akbar». De là à en conclure à un attentat islamiste? Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme, appelle à la prudence.

En France, les médias ont fait l’objet de plusieurs attaques ces dernières années. Comment l’expliquez-vous?
C’est la liberté d’expression et la démocratie qu’on attaque. Les terroristes le disent dans leur rhétorique et le montrent dans leur action. Les médias sont des cibles symboliques, au même titre que les militaires et les forces de l’ordre. L’usage revendiqué de cette liberté d’expression par les journalistes de Charlie Hebdo faisait du journal une cible potentielle. Mais toutes les attaques récentes, en Australie ou au Canada notamment, ont surtout un point commun: ce sont des attentats ciblés.

Que disent les images de l’identité des meurtriers?
Il s’agit d’individus extrêmement déterminés et lourdement armés, puisqu’ils disposaient d’armes de guerre. Ils avaient des kalachnikovs, peut-être aussi avaient-ils des ceintures d’explosifs… A leur maniement des armes, on peut voir qu’ils sont très entraînés. L’attaque de la matinée est de nature terroriste, c’est sûr. Est-elle islamiste? La piste a été évoquée par des témoins mais je me méfie des témoignages, il faut rester prudent. L’enquête déterminera les motivations des assaillants.

Y avait-il des signes annonciateurs d’une telle attaque?
La France s’attendait à une attaque depuis plusieurs mois en raison du contexte, notamment en Syrie et en Irak, où plusieurs milliers de Français radicalisés sont partis. Elle a d’ailleurs déjà été frappée à Joué-lès-Tours, en décembre. En un an, au moins cinq projets d’attentats ont par ailleurs été déjoués sur le territoire; à chaque fois, les individus étaient lourdement armés. Il est cependant difficile de se préparer à une attaque car leurs auteurs sont quasiment insaisissables et imprévisibles. Le terrorisme a changé: les réseaux structurés et hiérarchisés n’existent plus, ils ont fait place à des cellules individuelles.

Attentat à Charlie Hebdo : que sait-on des terroristes ?
Publié le 07/01/2015
SudOuest.fr, avec AFP
Deux hommes ont attaqué mercredi Charlie Hebdo, aux cris de « Allah akbar ». Mais « trois criminels sont à l’origine de l’attaque », a indiqué la police. Ils sont en fuite. Voici ce que l’on sait d’eux

Suite à l’attentat à Charlie Hebdo, le plan Vigipirate attentat  a été engagé en Île-de-France. Car il s’agit sans nul doute d’un « attentat terroriste », a affirmé le président de la République François Hollande.

« Les auteurs de ces actes seront pourchassés aussi longtemps que nécessaire pour qu’ils puissent être arrêtés, traduits devant les juges et condamnés ». Voici ce que l’on sait d’eux :

« Trois criminels » recherchés, dont un jihadiste bien connu des services antiterroristes
Si les images montrent deux assaillants attaquer l’immeuble de Charlie Hebdo, il y a « trois criminels à l’origine » de l’attaque, a déclaré le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, sans pour autant apporter de précisions sur le rôle des différentes personnes impliquées.

Un avis de recherche national a été lancé mercredi soir contre eux. La police recherche un homme âgé de 18 ans et deux frères, âgés de 32 et 34 ans, nés à Paris et de nationalité française. Les deux hommes qui apparaissent sur les images de l’attaque sont vêtus de noir, cagoulés, ils portent des chaussures de sport, des gilets porte-chargeurs cachant peut-être des gilets pare-balles et sont armés chacun d’une kalachnikov.

L’un d’eux est un jihadiste bien connu des services antiterroristes français. Il fait partie de ce qui a été appelé « la filière des Buttes-Chaumont », qui visait, sous l’autorité de « l’émir » Farid Benyettou, à envoyer des jihadistes rejoindre en Irak les rangs de la branche irakienne d’Al-Qaïda. Interpellé juste avant de s’envoler vers la Syrie, puis vers l’Irak, il a été jugé en 2008 et condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

Deux ans plus tard, son nom a été cité dans le projet de tentative d’évasion de prison de l’islamiste Smaïn Aït Ali Belkacem, ancien membre du Groupe islamique armé algérien (GIA), condamné en 2002 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis l’attentat à la station RER Musée d’Orsay en octobre 1995 (30 blessés).

La police à la recherche d’un Clio grise
« Selon une source informée, les forces de l’ordre seraient notamment sur les traces d’une Renault Clio grise immatriculée à Paris dans laquelle se trouvait le trio avant que la police ne perde leur trace à hauteur de la rue de Meaux, dans le XIXe arrondissement », indique LeFigaro.fr.

Les criminels sont montés à bord de ce véhicule après avoir abandonné leur précédente voiture, une Citroën C3 noire, porte de Pantin.

Ils se revendiquent d’Al Qaïda
Selon plusieurs témoins, les agresseurs ont crié : « Nous avons vengé le prophète ! On a tué Charlie Hebdo ! » Sur une vidéo de l’attaque, filmée par un homme réfugié sur un toit , on entend un homme crier « Allah akbar » (« Dieu est le plus grand ! ») entre plusieurs coups de feu. Les agresseurs ont hurlé cela à plusieurs reprises durant leur fuite.

http://www.sudouest.fr/2015/01/07/la-video-de-l-attaque-contre-charlie-hebdo-qui-a-fait-11-morts-1788479-4697.php

Selon la dessinatrice « Coco », qui travaille pour Charlie Hebdo et a été témoin de l’attaque, les tireurs « parlaient parfaitement le français… Se revendiquaient d’Al Qaïda ».

Des hommes « entraînés »
Le mode opératoire des tueurs, leur calme, leur détermination et leur efficacité, est la marque d’hommes ayant subi un entraînement poussé, de type militaire, selon des sources policières.

« On le voit clairement à la façon dont ils tiennent leurs armes, dont ils progressent calmement, froidement. Ils ont forcément reçu une formation type militaire. Ce ne sont pas des illuminés qui ont agi sur un coup de tête », assure l’un des policiers. Il souligne qu’ils tiennent leurs kalachnikovs serrées près du corps, tirent au coup par coup et non par rafales, ce qui démontre qu’ils ont été entraînés à s’en servir.

Une traque sans précédent est lancée pour retrouver les terroristes© Photo AFP KENZO TRIBOUILLARD

Selon un autre policier, ancien de la Police judiciaire, « le plus frappant, c’est leur sang-froid. Ils ont été entraînés en Syrie, en Irak ou ailleurs, peut-être même en France, mais ce qui est sûr c’est qu’ils ont été entraînés ».


Guerre des sexes: Les transports new-yorkais s’attaquent à la fertilité masculine (Dude, close your legs: From manspreading to infertility spreading ?)

7 janvier, 2015

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https://pbs.twimg.com/media/B6v_v-bCEAAcP5s.jpgLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (président américain, issu d’une minorité opprimée, siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie hebdo ! Cherif Kouachi (jeune victime de l’islamophobie, Paris, 07.01.15)
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu
C’est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes… La jupe, c’est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s’asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d’allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque. La jupe, c’est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d’opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou…) qui fonde l’ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature. Par exemple, avec » tiens ton couteau dans la main droite « , se transmet toute la morale de la virilité, où, dans l’opposition entre la droite et la gauche, la droite est » naturellement » le côté de la virtus comme vertu de l’homme (vir). La jupe, ça montre plus qu’un pantalon et c’est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l’attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l’érotisme, toute l’ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c’est beaucoup plus simple: ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu’elle montre. Il fut un temps où il suffisait d’une cheville entr’aperçue!… Les injonctions en matière de bonne conduite sont particulièrement puissantes parce qu’elles s’adressent d’abord au corps et qu’elles ne passent pas nécessairement par le langage et par la conscience. Les femmes savent sans le savoir que, en adoptant telle ou telle tenue, tel ou tel vêtement, elles s’exposent à être perçues de telle ou telle façon. Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. (…) Les études montrent que, de manière générale, les femmes sont très peu satisfaites de leur corps. Quand on leur demande quelles parties elles aiment le moins, c’est toujours celles qu’elles trouvent trop » grandes » ou trop » grosses » ; les hommes étant au contraire insatisfaits des parties de leur corps qu’ils jugent trop » petites « . Parce qu’il va de soi pour tout le monde que le masculin est grand et fort et le féminin petit et fin. Ajoutez les canons, toujours plus stricts, de la mode et de la diététique, et l’on comprend comment, pour les femmes, le miroir et la balance ont pris la place de l’autel et du prie-dieu. Pierre Bourdieu
À quoi ressemble l’homme idéal ? Il s’épile. Il achète des produits de beauté. Il porte des bijoux. Il rêve d’amour éternel. Il croit dur comme fer aux valeurs féminines. Il préfère le compromis à l’autorité et privilégie le dialogue, la tolérance, plutôt que la lutte. L’homme idéal est une vraie femme. Il a rendu les armes. Le poids entre ses jambes est devenu trop lourd. Certaines féministes se sont emparées de cette vacance du pouvoir, persuadées que l’égalité c’est la similitude.  Aujourd’hui, les jeunes générations ont intégré cette confusion. Les fils ne rêvent que de couple et de féminisation longue durée. Ils ne veulent surtout pas être ce qu’ils sont : des garçons. Tout ce qui relève du masculin est un gros mot. Une tare. Mais la révolte gronde. Les hommes ont une identité à reprendre. Une nouvelle place à conquérir. Pour ne plus jamais dire à leurs enfants : «Tu seras une femme, mon fils. Eric Zemmour
Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ? Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France. (…) La tactique du masculinisme est, souvent, de récupérer les outils d’analyse et le vocabulaire féministe pour les retourner contre les féministes en dénonçant un système d’oppression imaginaire. Ainsi, le matriarcat aurait désormais remplacé le patriarcat. Ce n’est pas sans faire penser à ces journalistes défenseurs du système capitaliste qui, inversant les rôles, n’ont de cesse de dénoncer « la dictature des syndicats »… Cette mauvaise foi, c’est celle d’un Patrick Guillot, auteur de La Cause des hommes, et pour qui il a suffi qu’une seule femme soit devenue pilote de Concorde, en 2000, pour affirmer que la profession s’était féminisée et que les hommes n’avaient « plus de modèle ». Plus magnanime, Michel Schneider reconnaît que les hommes dominent largement les sphères du pouvoir, mais… qu’ils gouvernent comme des « mères », imposant des « valeurs féminines » à la France. Des héros comme Zidane ne sont plus des modèles masculins parce que, selon Zemmour – qui ne se prive pas de flirter avec l’homophobie –, ils jouent « comme des femmes », avec un esprit d’entraide, et adoptent une esthétique homosexuelle… Pour théoriser la « crise des hommes », les masculinistes développent systématiquement quatre arguments : les filles réussissent mieux à l’école ; des hommes sont également victimes de violences conjugales ; les hommes se suicident plus que les femmes ; et en cas de divorce les tribunaux attribuent généralement la garde des enfants à la mère. Examinons chacun de ces arguments. Primo, si les filles ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires, cette donnée fluctue selon les écoles, et les milieux favorisés ne présentent pas ce type d’écart. Dans les écoles qui le sont moins, les filles seraient en moyenne plus studieuses parce qu’elles savent, consciemment ou non, que le marché de l’emploi est généralement bien plus favorable aux hommes. Secundo, les masculinistes brandissent des chiffres selon lesquels les hommes sont autant, sinon davantage, victimes de violence conjugale que les femmes. Ils s’abstiennent toutefois de se pencher sur le contexte des violences conjugales. La violence des hommes est majoritairement plus brutale et répétitive – s’inscrivant dans une logique de pouvoir sur les femmes –, et celle des femmes relève davantage de la défense. Tertio, le taux de suicide des hommes serait plus élevé que celui des femmes. Cette affirmation est, encore une fois, isolée de son contexte. En fait la proportion de tentatives de suicide est quasi la même pour les femmes que pour les hommes même si ces derniers « réussissent » davantage. Et c’est sans compter que d’autres phénomènes de désespoir, comme la dépression, touchent majoritairement les femmes. Quarto, en réalité, dans la grande majorité des cas, les divorces se concluent à l’amiable, et la grande majorité des pères délèguent volontiers à la mère la garde des enfants. Certes, lorsque les tribunaux doivent trancher, les juges attribuent plus souvent la garde des enfants aux mères qu’aux pères, mais c’est bien le patriarcat qui est en cause, la magistrature considérant qu’il est plus « naturel » qu’une femme s’occupe des enfants. Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité. Sophie Bouchet (Glamour)
Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué “efféminé” depuis la petite école ; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ou bien “masculine” (vulgaire) ou bien “aguicheuse” (surtout si elle porte une jupe)… Margot Baldassi
Le taux moyen de spermatozoïdes (…) a décliné toute la seconde moitié du XXe siècle, avec en France une accélération dans les années 1970 : en 20 ans, les donneurs de sperme du CECOS de Paris ont perdu — en moyenne — 40 % de leurs spermatozoïdes (− 2,1 %/an) ; le nombre de spermatozoïdes chutant de 89×106/mL de sperme en 1973 à 60×106/mL en 1992. Après ajustement (âge et durée de l’abstinence sexuelle), sur ces 20 ans, chaque nouvelle génération (par année civile de naissance) a perdu 2,6 % des spermatozoïdes de la cohorte née l’année précédente, et le taux de spermatozoïdes mobiles a diminué de 0,3 % par an, et celui des spermatozoïdes de forme normale a diminué de 0,7 %/an. (…)  À ce rythme, en 2070 (dans les pays d’où proviennent les études) toute la population masculine devrait être infertile, et dès 2025, le sperme ne serait plus assez fécondant pour qu’un couple puisse se passer d’une fécondation assistée. Cette tendance ne peut cependant être qu’indicative, car la cause du phénomène est encore mal cernée, et pourrait peut-être avoir été corrigée dans les prochaines décennies, avant un seuil fatal. Wikipedia
La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse.  La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence. Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque. Stéphane Droupy (professeur d’urologie, CHU de Nîmes)
There are anecdotal reports that men who wear (Scottish) kilts have better sperm quality and better fertility. But how much is true? Total sperm count and sperm concentration reflect semen quality and male reproductive potential. It has been proven that changes in the scrotal temperature affect spermatogenesis. We can at least affirm that clothing increases the scrotal temperature to an abnormal level that may have a negative effect on spermatogenesis. Thus, it seems plausible that men should wear skirts and avoid trousers, at least during the period during which they plan to conceive children. Methods and results Analysis of literature concerning scrotal temperature and spermatogenesis and fertility. Wearing a Scottish kilt in a traditional (‘regimental’) way may have clear health-related benefits. Kilt wearing likely produces an ideal physiological scrotal environment, which in turn helps maintain normal scrotal temperature, which is known to be beneficial for robust spermatogenesis and good sperm quality. Based on literature on scrotal temperature, spermatogenesis and fertility, the hypothesis that men who regularly wear a kilt during the years in which they wish to procreate will, as a group, have significantly better rates of sperm quality and higher fertility. EJO Kompanjie
A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm. Dr. Marc Goldstein (director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at New York-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center)
You have been taught to grow out, I have been taught to grow in. You learn from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence. You used to lose your voice every other week from shouting so much. I learned to absorb. I took lessons from our mother in creating space around myself. I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters. Lily Myers
Have I ever thought that I’m taking up too much space? Not really. But maybe now I am. Manspreader
Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags. In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs. Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender. The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct. This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA. A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue. Cathy Young
I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it. Katherine Timpf
I see these guys all the time. Legs spread wide, taking up the space of three or four people, leaning against the train doors and blocking the entrance, stretched out so no one sit next to them. It all plays out like an assertion of male dominance, in which every one of them feels as if they have to claim their territory and their manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers. Who gives a fuck if you can’t sit, they are men. See their balls. I never thought about the way I sit or stand in public before now. I never felt the need to sit with my legs wider than the shoulders of an NFL linebacker to feel comfortable. When I stand, I sometimes cross my legs. I move to accommodate people. And now I wonder what people see when they look at me doing so. Perhaps they think I’m exceedingly polite. Maybe I’m a docile black man. I may be read as effeminate. I never worried about these things from behind the driver’s seat of a car. But now people can see me, and as much as I want to divorce myself from the idea of there being a proper way to perform masculinity, I find myself burdened with thinking I’m doing it wrong. And this is what our culture does. It takes the most mundane of activities and turns them into performances that are supposed to articulate or worthiness as human beings. When I stand with my legs crossed on a train where people can clearly see me, I’m supposed to feel bad about myself. I’m supposed to adjust into a more “manly” pose, whether no regard for whether it feels natural or comfortable. Apply that to things more important than how one looks riding the subway, and the crisis of masculinity becomes a real, dangerous one that requires our introspection. Mychal Denzel Smith
Research in environmental sciences has found that the ergonomic design of human-made environments influences thought, feeling and action. (…) The first three experiments found that individuals who engaged in expansive postures (either explicitly or inadvertently) were more likely to steal money,cheat on a test, and commit traffic violations in a driving simulation. Results suggested that participants’ self-reported sense of power mediated the link between postural expansiveness and dishonesty. Study 4 revealed that automobiles with more expansive driver’s seats were more likely to be illegally parked on New York City streets. Taken together, results suggest that:(1) environments that expand the body can inadvertently lead us to feel more powerful, and (2) these feelings of power can cause dishonest behavior. Andy J. Yap (MIT)
In groups of men, those with higher status typically assume looser and more relaxed postures; the boss lounges comfortably behind the desk while the applicant sits tense and rigid on the edge of his seat.  Higher-status individuals may touch their subordinates more than they themselves get touched; they initiate more eye contact and are smiled at by their inferiors more than they are observed to smile in return.  What is announced in the comportment of superiors is confidence and ease… Sandra Lee Bartky
Psychologist Andy Yap and his colleagues tested whether “expansive body postures” like the ones associated with masculinity increase people’s sense of powerfulness and entitlement.  They did.  In laboratory experiments, people who were prompted to take up more space were more likely to steal, cheat, and violate traffic laws in a simulation.  A sense of powerfulness, reported by the subjects, mediated the effect (a robust finding that others have documented as well). In a real world test of the theory, they found that large automobiles with greater internal space were more likely than small ones to be illegally parked in New York City.  Lisa Wade
By virtue of being occupied by both men and women, space is inherently gendered. The way women and men interact is guided by norms and scripts that steer our behavior in a way that is so powerful that it is often unconscious. Research shows that when in public, women tend to occupy less space, holding legs closer together and keeping their arms closer to their bodies. Men on the other hand are more likely to have their legs spread at a 10- to 15-degree angle and keep their arms 5 to 10 degrees away from their bodies. But this isn’t just about space. Researchers have found that taking expansive body postures doesn’t just make people feel more entitled, it also makes them more likely to steal, cheat and fail to respect traffic laws. So manspreading can breed bigger problems than just crowded subway cars: It reinforces attitudes and behaviors that are harmful for society as a whole. Elizabeth Plank

Et après on s’étonne de la baisse de fertilité des hommes !

En ces temps étranges, entre marche des salopes et bataille des toilettes, de mariage et de gestation assistée pour tous mais aussi d’euthanasie peut-être bientôt remboursée par la Sécurité sociale …

Pendant qu’entre polluants, sédentarisation, vêtements et sous-vêtements serrés voire ordinateurs portables, la baisse de la fertilité masculine des pays riches depuis 50 ans pourrait à terme rendre nécessaire la fécondation assistée, poussant déjà certains à prôner pour les hommes le retour  de cette conquête sociale devenue désormais corset invisible pour les femmes …

Et que longtemps tolérée voire encouragée quand il s’agissait d‘Israël, la barbarie islamiste atteint à présent nos propres rues

Comment à l’heure où le métro de New York lance une campagne de sensibilisation contre les incivilités et notamment l’étalement masculin (pardon: le « manspreading »)  …

Ne pas voir la grandeur d’une société occidentale en voie de mondialisation toujours plus soucieuse du plus faible

Mais aussi les dérives victimaires de ces idées chrétiennes devenues folles dont Chesterton parlait déjà au siècle dernier ?

« Manspreading »: une campagne de sensibilisation dans les transports new-yorkais s’attaque aux incivilités masculines
Morgane Fabre-Bouvier
Le HuffPost
23/12/2014

SOCIÉTÉ- Le vendredi 19 décembre, la Metropolitan Transportation Authority de New-York, l’équivalent de la RATP parisienne ou de la RTM marseillaise, a dévoilé les visuels de sa nouvelle campagne « courtesy counts », soit « l’importance de la courtoisie ». La campagne entend éduquer les voyageurs et combattre l’incivilité. En ligne de mire ceux qui mangent dans les rames de métro, les porteurs de sacs à dos à l’heure de pointe, mais surtout les « manspreaders », ces usagers qui se rendent coupables de « man-spreading ».

Le man-spreading ? C’est le fameux Urban Dictionnary, le dictionnaire en ligne des mots argotiques anglophones, qui popularise le terme. « Lorsqu’un mec s’assoit en étalant ses jambes au maximum, avec la forme d’un V » peut-on lire sur le site. Le terme dénonce ces hommes envahissants qui s’assoient en écartant les jambes, prenant parfois l’équivalent de deux places dans les trains, métros ou bus, souvent au détriment de leurs voisines.

En France, le terme apparaît pour la première en 2013, lorsque le succès du Tumblr Men taking up too much space on the train (ces hommes qui prennent trop de place dans le métro) traverse l’Atlantique. Sur le site du Monde, un billet de blog affirmait déjà à l’époque: « Constatée dans le ‘subway’ de New York, la domination masculine sur les bancs du métro est également avérée à Paris, voire dans les trains du quotidien, en France’.

De fait, sur internet, les témoignages, photos et articles sur le sujet affluent. Dans Glamour, on peut lire: « Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à croiser ou à serrer les jambes alors que les hommes les écartent pour affirmer leur virilité ». Le débat se poursuit sur Twitter. Le blog pop-up urbain résume : « Pour faire simple, un homme croisant les jambes est catalogué ‘efféminé’ depuis la petite école; une femme se tenant les jambes écartées est jugée ‘masculine’ (vulgaire) ou bien ‘aguicheuse’ (surtout si elle porte une jupe) « .

Sur Kombini, on essaye tant bien que mal d’avancer des explications : « la tendance masculine à écarter les cuisses en position assise relève avant tout d’un réflexe physiologique », tente l’auteur. « Mon grand, je doute que ton sexe soit si énorme qu’il ait besoin de sa propre banquette » réplique le blog féministe Jezebel. Sur le tumblr Saving room for cats (je garde la place pour des chats) des internautes photoshopent des chats entre les jambes des « manspreaders ».

Libérer la parole

Avec cette campagne de publicité, la Metropolitan Transportation Authority tente avant tout d’ouvrir le débat. « Il va sans dire que l’objectif de cet exercice n’est pas de bêtement pointer du doigt les manspreaders », peut-on lire sur le site Distractify. « Il s’agit d’ouvrir le dialogue et d’essayer de comprendre pourquoi quelque chose d’aussi énervant continue d’exister », poursuit l’auteur.

Lorsque la journaliste Lauren Evans part à la rencontre des manspreaders du métro new-yorkais, nombreux sont ceux qui affirment ne tout simplement pas se rendre compte que leur position est gênante (vidéo en anglais)…

Quel effet pour cette campagne ? Le métro new-yorkais ne prévoit aucune sanction pour les contrevenants. Dans le New-York Times, la majorité des hommes abordés semble prendre la question à la légère. Interrogé, un jeune homme de 20 ans répond « je ne vais pas croiser mes jambes comme le font les femmes. Je vais continuer de m’asseoir de la façon dont je veux ».

Dans le même article toutefois, une jeune femme affirme que grâce à ces affiches, elle a enfin l’impression d’être prise au sérieux et d’avoir l’autorité de son côté. « De cette façon, j’oserai davantage demander à ces hommes de me faire de la place » explique-t-elle. De fait, les langues se délient progressivement autour du problème. Au Japon, des affiches representant les « manspreaders » en envahisseur venus de l’espace pullulent dans le métro. En Turquie, une organisation féministe a lancé en Février un mouvement sur les réseaux sociaux pour inciter les hommes à laisser de la place aux femmes dans les transports en commun.

Voir aussi:

N.Y. / Region
A Scourge Is Spreading. M.T.A.’s Cure? Dude, Close Your Legs.
‘Manspreading’ on New York Subways Is Target of New M.T.A. Campaign
Emma G. Fitzimmons
NYT

Dec. 20, 2014

It is the bane of many female subway riders. It is a scourge tracked on blogs and on Twitter.

And it has a name almost as distasteful as the practice itself.

It is manspreading, the lay-it-all-out sitting style that more than a few men see as their inalienable underground right.

Now passengers who consider such inelegant male posture as infringing on their sensibilities — not to mention their share of subway space — have a new ally: the Metropolitan Transportation Authority.

Taking on manspreading for the first time, the authority is set to unveil public service ads that encourage men to share a little less of themselves in the city’s ever-crowded subways cars.

The targets of the campaign, those men who spread their legs wide, into a sort of V-shaped slouch, effectively occupying two, sometimes even three, seats are not hard to find. Whether they will heed the new ads is another question.

Riding the F train from Brooklyn to Manhattan on a recent afternoon, Fabio Panceiro, 20, was unapologetic about sitting with his legs spread apart.
Manspreading in action. The Metropolitan Transportation Authority will address the practice as part a new ad campaign. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
“I’m not going to cross my legs like ladies do,” he said. “I’m going to sit how I want to sit.”

And what if Mr. Panceiro, an administrative assistant from Los Angeles, saw posters on the train asking him to close his legs? “I’d just laugh at the ad and hope that someone graffitis over it,” he said.

For Kelley Rae O’Donnell, an actress who confronts manspreaders and tweets photos of them, her solitary shaming campaign now has the high-powered help of the transportation authority, whose ads will be plastered inside subway cars.

“It drives me crazy,” she said of men who spread their legs. “I find myself glaring at them because it just seems so inconsiderate in this really crowded city.”

When Ms. O’Donnell, who lives in Brooklyn and is in her 30s, asks men to move, she said, they rarely seem chastened: “I usually get grumbling or a complete refusal.”

Kelley Rae O’Donnell, who confronts manspreaders and posts their photos online, captured an image of one on a train this month. Credit Hiroko Masuike/The New York Times
The new ads — aimed at curbing rude behavior like manspreading and wearing large backpacks on crowded trains — are set to go up in the subways next month. They will all carry the slogan, “Courtesy Counts: Manners Make a Better Ride.”

One of the posters is likely to be especially welcome to women — as well as to men who frown on manspreading: “Dude… Stop the Spread, Please” reads the caption next to an image of riders forced to stand as a man nearby sits so that he takes up two seats.

The campaign is the latest in a long line of courtesy-themed crusades by the authority going back to at least the 1940s. One such ad urged women annoyed by impolite male riders to, “Hit Him Again Lady, We Don’t Like Door-Blockers Either.”

The new ads come as more riders are crowding onto the subways than at any time in recent history. In 2014, the system logged as many as 6.1 million riders on a single day, up from just under 5.1 million riders on the busiest day a decade ago. The city’s population, meanwhile, has swelled to more than 8.4 million people, pushing everyone closer and closer.

With crime no longer rampant on the subway, the campaign is the latest sign that other unwelcome behavior is getting attention.

A poster taking aim at the practice of manspreading is part of a new civility-themed campaign by the Metropolitan Transportation Authority. Credit Metropolitan Transportation Authority.
Several blogs regularly highlight instances of manspreading where knees stretch several feet apart. On some sites, images of large objects like the Death Star from “Star Wars” have been added with Photoshop into the space between the splayed legs. While there are women who take up more than their share of space, the offenders are usually men.

One admitted manspreader, John Hubbard, sat with his legs wide apart on an F train as it traveled through Manhattan recently.

“It’s more comfortable,” he said with a shrug.

Mr. Hubbard, 45, an engineer who lives in New Jersey, said he might move his leg, but not for just anyone. For an older person, he would. And for an attractive woman, he said, he definitely would.

Sherod Luscombe shook his head when he saw two men sitting with their legs spread on another train, taking up three seats between them. Mr. Luscombe, 58, a clinical social worker, said he thought the men should move, but he was not about to confront them.

“I’m not going to say, ‘Bro, there is a lady standing up right there. Cross your legs, young man,’ ” he said.

Women have theories about why some men sit this way. Some believe it is just a matter of comfort and may not even be intentional. Others consider it an assertion of power, or worse.

Bridget Ellsworth, a 28-year-old music teacher, views manspreading as sexual harassment because some men engage in it near her even when the subway car is not packed.

“They could move over and spread out their legs all they want,” she said, “but they’re squeezing next to me and doing it.”

For men who think that sitting with their legs spread is socially acceptable, manners experts say it is not. Peter Post, the author of the book “Essential Manners for Men” and great-grandson of etiquette guru Emily Post, said the proper way for men to sit is with their legs parallel rather than in a V-shape.

“I’m baffled by people who do that kind of thing, who take other people’s space,” he said.

Olof Hansson, a director of the Manhattan men’s spa John Allan’s, put it more succinctly. “A true gentleman doesn’t sit on the subway, he stands.”

As for men who may worry that crossing their legs could hurt their virility, doctors say there is nothing to fear. A half-hour train ride with legs crossed might raise testicular temperatures, but not long enough to do any harm, said Dr. Marc Goldstein, director of the center for male reproductive medicine and microsurgery at NewYork-Presbyterian Hospital Weill Cornell Medical Center.

Philadelphia has a new etiquette campaign, too, with posters that say, “Dude It’s Rude… Two Seats — Really?”

But Kristin Geiger, a spokeswoman for the Southeastern Pennsylvania Transportation Authority, said the campaign in the City of Brotherly Love is aimed at passengers with bags on seats, not people spreading their legs too far apart. Manspreading, she said, may be a “localized” problem in New York. “I don’t know of any complaints that have come through customer service about manspreading,” she said. Transit officials in Chicago and Washington said the phenomenon is not a major concern for riders in those cities either.

In New York, the transportation authority went back and forth about what tone to take when tackling the topic, said Paul Fleuranges, the authority’s senior director for corporate and internal communications. Officials knew it could be ripe for parody on late night television and did not want their approach to be too snarky. But Mr. Fleuranges said he knew that the ads had to speak directly to the spreaders.

“I had them add the dude part,” he said, “because I think, ‘Dude, really?’ « 

Voir également:

Why ‘Manspreading’ Is Definitely a Serious Issue, as Explained by the Feminist Internet
The government should maybe do even more.

Katherine Timpf

National review online

January 6, 2015

You might not think that it’s appropriate for the government to launch a campaign telling men how to sit on the subway. Well guess what? You’re wrong.

If you “manspread” on the subway (which, by the way, means to sit with your legs apart, in case you are a fixture of the patriarchy who doesn’t educate himself on important women’s issues), you are doing so much more than taking up space.

Here’s what’s really going on with manspreading, as explained by some of the bright, forward-thinking minds on the Feminist Internet:

1. Manspreading is saying, “Who gives a fuck if you can’t sit, [we] are men. See [our] balls.”

This is as explained by a man, Mychal Denzel Smith, for the blog Feministing. (Finally a man courageous enough to cue the rest of the world in to the secret language of the subway brotherhood!)

2. Manspreading is “an assertion of male dominance,” and “every one” of the manspreaders does it because he feels like he has to “claim [his] territory and [his] manhood in this public space, even at the discomfort of all the other passengers.”

Another great point by Smith. Who, by the way, also wrote: “When I stand, I sometimes cross my legs.” Sexy, sexy, sexy! Amirite ladies?!

3. “Let’s talk about these f***ing guys for a second because they’re f***ing everywhere. The MTA is full of them.”

Madeleine Davies of Jezebel really makes a great point here. In her brilliant piece, titled “F*** You, Dudes Who Sit With Their Legs Spread So Wide That They Take Up Two Seats,” Davies explains that it’s not just like two or three dudes who sit this way. Seeing as literally millions of people ride the subway every day, I might have been able to use context clues to figure out that probably there are a lot of people doing this, but she deserves praise for putting it so eloquently.

4. “There is no worse, man-centric behavior than manspreading on the subway.”

Seriously — Brian Moylan is totally right. There is nothing worse than manspreading. I would much rather be sneezed on or purposely verbally sexually harassed. I wonder if he crosses his legs when he stands the way Smith does. If so, there are wayyyyy more sexy men in NYC than I thought!

See, it’s so much worse than just being rude. It’s the patriarchy. I’m pretty angry that the MTA campaign will also cover people taking up space with backpacks and stuff as if it’s even close to the same thing. Stupid idiot female traitors like Cathy Young, who wrote a piece called “‘Manspreading’? But Women Hog Subway Space, Too,” don’t help. But I guess some people just don’t get it. Manspreading is nothing like when I sometimes come on the train with a giant backpack, because my backpack does not metaphorically spit on your face for your gender.

I am glad that the government is finally taking action. This is clearly not the kind of thing that could be solved by asking people to scoot over and make room for you to sit down, and I am glad the government is finally doing something about it.

— Katherine Timpf is a reporter at National Review Online.

Voir encore:

‘Manspreading’? But women hog subway space, too

Cathy Young

Newsday

January 5, 2015

As we enter 2015, the latest feminist crusade seems to come straight from the life-imitates-satire department. It has everything one could want in a caricature of feminism: petty grievances, gleeful male-bashing, egregious double standards. And it also seems to have the official blessing of the Metropolitan Transportation Authority. It’s the war on « manspreading, » the male habit of sitting with legs apart and (supposedly) taking up too much space on the subway.

Gripes about this alleged offense have been cropping up on feminist blogs for a couple of years. Now it is the target of a new public service ad campaign. MTA posters will show a figure seated with wide-open legs next to two standing passengers, with the tagline, « Dude . . . Stop the spread, please. It’s a space issue. »

Of course, hogging space in a crowded subway car is rude and inconsiderate. But are men really the worst offenders? After years of subway riding, I can say I’ve never noticed this to be the case. Neither have some of my female friends in New York City; others have said that while they’ve noticed male leg-spread, women can be just as bad with purses and shopping bags.
CartoonMatt Davies’ latest cartoon: ‘Broken windows’

In the past year, I’ve tried to watch for subway space-hogging patterns myself. The worst case I saw was a woman sitting at a half turn with her purse next to her, occupying at least two and possibly three seats. Granted it was in a half-empty car, but the same seems to be true in most photos posted by activists to shame « manspreaders. » Incidentally, in some of those photos, you can spot female passengers taking up extra space — sometimes because of the way they cross their legs.

Yes, men tend to sit with their legs apart. (Many will tell you it’s an issue of comfort and, well, male anatomy.) I haven’t seen many do so in a way that inconveniences others. Indeed, the supposed offenders in some of the shaming photos are clearly not spreading beyond their own seats. It’s also worth noting that when criticisms of bad subway manners first began to show up on the Internet five years ago, no one seemed particularly exercised about male postures. When street artist Jason Shelowitz (or Jay Shells) surveyed New Yorkers about subway etiquette violations for a series of posters in 2010, nail clipping topped the list, followed by religion and noise pollution. « Physical contact » and disregard of seating priority were also mentioned, but with no regard to gender.

The anti-spread campaign has little to do with etiquette. It’s part of a recent surge in a noxious form of feminism — or pseudo feminism — preoccupied with male misbehavior, no matter how trivial. The activists believe that « man-sitting, » as it has also been dubbed, is a matter of male entitlement, display of power or even sexual harassment. That says far more about feminist paranoia than it does about male conduct.

This brand of feminism is not about equality; it’s about shaming directed at males, as the subway seating issue makes abundantly clear. Even the word « manspreading, » with its nasty and somewhat obscene overtones, is a gender-based slur. Imagine the reaction if men took photos of inconsiderate women with large purses or shopping bags and posted them with exhortations to « stop the womanspread. » You can bet such activism would not get positive media coverage or a sympathetic response from the MTA.

A public service campaign against space-hogging — and other forms of incivility on the subway — would be welcome. Selective male-shaming is not. Stop the bashing, please; it’s a human issue.

Voir de plus:

Shrinking Women
Lily Myers
2013

Across from me at the kitchen table, my mother smiles over red wine that she drinks out of a measuring glass.
She says she doesn’t deprive herself,
but I’ve learned to find nuance in every movement of her fork.
In every crinkle in her brow as she offers me the uneaten pieces on her plate.
I’ve realized she only eats dinner when I suggest it.
I wonder what she does when I’m not there to do so.

Maybe this is why my house feels bigger each time I return; it’s proportional.
As she shrinks the space around her seems increasingly vast.
She wanes while my father waxes. His stomach has grown round with wine, late nights, oysters, poetry. A new girlfriend who was overweight as a teenager, but my dad reports that now she’s « crazy about fruit. »

It was the same with his parents;
as my grandmother became frail and angular her husband swelled to red round cheeks, round stomach,
and I wonder if my lineage is one of women shrinking,
making space for the entrance of men into their lives,
not knowing how to fill it back up once they leave.

I have been taught accommodation.
My brother never thinks before he speaks.
I have been taught to filter.
« How can anyone have a relationship to food? » he asks, laughing, as I eat the black bean soup I chose for its lack of carbs.
I want to say: we come from difference, Jonas,
you have been taught to grow out,
I have been taught to grow in.
You learned from our father how to emit, how to produce, to roll each thought off your tongue with confidence, you used to lose your voice every other week from shouting so much.
I learned to absorb.
I took lessons from our mother in creating space around myself.
I learned to read the knots in her forehead while the guys went out for oysters,
and I never meant to replicate her, but
spend enough time sitting across from someone and you pick up their habits-

that’s why women in my family have been shrinking for decades.
We all learned it from each other, the way each generation taught the next how to knit,
weaving silence in between the threads
which I can still feel as I walk through this ever-growing house,
skin itching,
picking up all the habits my mother has unwittingly dropped like bits of crumpled paper from her pocket on her countless trips from bedroom to kitchen to bedroom again.
Nights I hear her creep down to eat plain yogurt in the dark, a fugitive stealing calories to which she does not feel entitled.
Deciding how many bites is too many.
How much space she deserves to occupy.

Watching the struggle I either mimic or hate her,
And I don’t want to do either anymore,
but the burden of this house has followed me across the country.
I asked five questions in genetics class today and all of them started with the word « sorry. »
I don’t know the requirements for the sociology major because I spent the entire meeting deciding whether or not I could have another piece of pizza,
a circular obsession I never wanted, but

inheritance is accidental,
still staring at me with wine-soaked lips from across the kitchen table.

Voir par ailleurs:

Les sous-vêtements ont-ils un impact sur la fertilité masculine?
Anaïs Giroux
L’Express
26/04/2013

Alors qu’une récente étude prône l’absence de sous-vêtements pour favoriser la fertilité, Stéphane Droupy, professeur d’urologie, nous explique le réel impact des slips et des caleçons sur la fecondité masculine.

Des sous-vêtements trop serrés peuvent-ils réellement nuire à la production de spermatozoïdes?

Le port du kilt favoriserait la fertilité, affirme une étude publiée le 24 avril 2013 dans une revue scientifique… écossaise. Tiens donc. Derrière le trait d’humour, les chercheurs avancent néanmoins que les sous-vêtements et pantalons serrés nuiraient à la production de spermatozoïdes en tenant les testicules trop au chaud. « La température joue un rôle primordial dans la spermatogenèse », confirme Stéphane Droupy, professeur d’urologie au CHU de Nîmes.

La cigarette, la cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis, ont une incidence
Pour fabriquer des petits soldats, les glandes génitales masculines doivent rester à une température idéale de 22 degrés, explique Pr Droupy -voilà pourquoi elles sont à l’extérieur du corps, contrairement aux ovaires chez la femme. « A 37 degrés, la spermatogenèse se bloque, poursuit le spécialiste. Certains chercheurs ont donc proposé comme méthodes de contraception le port d’un slip chauffant ou des opérations pour rentrer les testicules à l’intérieur du corps en les faisant remonter dans le canal inguinal. »

Les sous-vêtements n’ont aucun impact sur la fertilité
Entre ce genre d’intervention et le fait d’être à l’étroit du paquet, il y a une marge. Boxer, slip ou caleçon, le type de sous-vêtement n’a donc aucune incidence réelle sur votre futur de papa -« à moins d’être en fourrure, et encore », plaisante l’urologue. La cigarette, le cannabis, l’alimentation et le fait d’être assis sur une longue durée ont en revanche un impact scientifiquement prouvé. Parmi ses patients traités pour des problèmes de fertilité, Stéphane Droupy compte notamment des chauffeurs routiers, qui passent le plus clair de leur temps assis au volant de leur véhicule.

Le boxer plébiscité par les hommes
Coupes ou matières, vous êtes donc libre de choisir ce qui vous sied le mieux. En gardant peut-être en tête que, comme le rappelle avec humour le professeur, « pour faire des enfants, la première étape reste de trouver une partenaire. » Sur les forums comme au sein de la rédaction du site de L’Express, le boxer moulant de couleur sobre fait presque l’unanimité.
Le slip, boudé par tous
Message reçu pour 57% des hommes qui en portent d’ailleurs quotidiennement, selon un sondage de Kantar Worldpanel réalisé à l’occasion du salon de la lingerie 2011. Si le caleçon est apprecié par la gent masculine pour son confort, le slip, quant à lui, ne fait plus rêver personne. Il faut croire que Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés ou encore Gros Dégueulasse, héros de la bande-dessinée de Reiser qui porte parfaitement son nom, ont réussi à ternir sa réputation à jamais.

L’urologue Stéphane Droupy est responsable d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association Française d’Urologie.

Voir de plus:

Renouveau de l’antiféminisme : L’éclosion du phénomène « masculiniste »
Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri
Alternative libertaire
3 octobre 2008

De ce côté-ci de l’Atlantique, on ne les prend pas vraiment au sérieux. Pourtant, l’expérience nord-américaine montre que les provocations d’un énergumène comme Eric Zemmour ou d’un plumitif aigri comme Alain Soral peuvent être les signes avant-coureurs d’une vague antiféministe plus large.

Depuis quelques années, en France, des intellectuels, journalistes, psychologues et militants cherchent à attirer l’attention sur la difficulté d’être un homme, dans une société soi-disant dominée par les femmes en général, et les féministes en particulier. À les écouter, les hommes seraient en perte de repères, et il serait temps de contre-attaquer celles – et parfois ceux – qui ont travaillé au bouleversement de la société traditionnelle : les féministes. C’est la thèse, par exemple, du journaliste Éric Zemmour dans son livre Le Premier Sexe ; de l’énarque psychanalyste Michel Schneider dans son livre Big mother : Psychopathologie de la vie politique, ou encore de l’ex-candidat au poste d’idéologue du Front national, Alain Soral, dans son ouvrage Vers la féminisation ?

Ce discours, que nous qualifions de « masculiniste », est, pour beaucoup, un phénomène marginal véhiculé par quelques individus isolés, voire dérangés. Mais à y regarder de plus près, il s’agit bel et bien d’un mouvement idéologique, dynamique en Grande-Bretagne ou au Québec, mais qui s’active également en France.

Actions spectaculaires
Comme tout mouvement social, le masculinisme adopte différentes stratégies et tactiques pour promouvoir « la cause des hommes » : lobbying et dépôt de mémoires en commissions parlementaires, publication de livres, création de sites web et réseautage sur Internet, activisme juridique et actions directes. Au Québec, c’est le mouvement masculiniste qui a réussi les actions de perturbation les plus spectaculaires ces dernières années. En septembre 2005, par exemple, un militant a escaladé la structure du pont Jacques-Cartier, à Montréal pour bloquer la voie rapide et attirer l’attention sur la prétendue « crise des hommes ».

Une étude menée auprès d’environ 80 groupes de femmes au Québec (maisons d’hébergement, comités de femmes de quartier, etc.) a révélé que près de la moitié ont été la cibles de menaces diverses, allant de coups de fil anonymes à des courriels haineux, en passant par des intimidations physiques, de la part de militants masculinistes ou, à tout le moins, antiféministes.

En plus des intellectuels et des militants radicaux de groupes de pères qui mènent des actions chocs, comme Fathers for Justice (F4J), le mouvement masculiniste peut compter sur le relais de certains éditorialistes, de professeurs d’université, de professionnels de la santé, de députés et même de militants de gauche et d’extrême gauche qui reprennent leur discours selon lequel le féminisme serait « allé trop loin ».

Inversion des rôles
La tactique du masculinisme est, souvent, de récupérer les outils d’analyse et le vocabulaire féministe pour les retourner contre les féministes en dénonçant un système d’oppression imaginaire. Ainsi, le matriarcat aurait désormais remplacé le patriarcat. Ce n’est pas sans faire penser à ces journalistes défenseurs du système capitaliste qui, inversant les rôles, n’ont de cesse de dénoncer « la dictature des syndicats »…

Cette mauvaise foi, c’est celle d’un Patrick Guillot, auteur de La Cause des hommes, et pour qui il a suffi qu’une seule femme soit devenue pilote de Concorde, en 2000, pour affirmer que la profession s’était féminisée et que les hommes n’avaient « plus de modèle ». Plus magnanime, Michel Schneider reconnaît que les hommes dominent largement les sphères du pouvoir, mais… qu’ils gouvernent comme des « mères », imposant des « valeurs féminines » à la France. Des héros comme Zidane ne sont plus des modèles masculins parce que, selon Zemmour – qui ne se prive pas de flirter avec l’homophobie –, ils jouent « comme des femmes », avec un esprit d’entraide, et adoptent une esthétique homosexuelle…

Quatre arguments structurants
Pour théoriser la « crise des hommes », les masculinistes développent systématiquement quatre arguments : les filles réussissent mieux à l’école ; des hommes sont également victimes de violences conjugales ; les hommes se suicident plus que les femmes ; et en cas de divorce les tribunaux attribuent généralement la garde des enfants à la mère. Examinons chacun de ces arguments.

Primo, si les filles ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires, cette donnée fluctue selon les écoles, et les milieux favorisés ne présentent pas ce type d’écart. Dans les écoles qui le sont moins, les filles seraient en moyenne plus studieuses parce qu’elles savent, consciemment ou non, que le marché de l’emploi est généralement bien plus favorable aux hommes.

Secundo, les masculinistes brandissent des chiffres selon lesquels les hommes sont autant, sinon davantage, victimes de violence conjugale que les femmes. Ils s’abstiennent toutefois de se pencher sur le contexte des violences conjugales. La violence des hommes est majoritairement plus brutale et répétitive – s’inscrivant dans une logique de pouvoir sur les femmes –, et celle des femmes relève davantage de la défense.

Tertio, le taux de suicide des hommes serait plus élevé que celui des femmes. Cette affirmation est, encore une fois, isolée de son contexte. En fait la proportion de tentatives de suicide est quasi la même pour les femmes que pour les hommes même si ces derniers « réussissent » davantage. Et c’est sans compter que d’autres phénomènes de désespoir, comme la dépression, touchent majoritairement les femmes.

Quarto, en réalité, dans la grande majorité des cas, les divorces se concluent à l’amiable, et la grande majorité des pères délèguent volontiers à la mère la garde des enfants. Certes, lorsque les tribunaux doivent trancher, les juges attribuent plus souvent la garde des enfants aux mères qu’aux pères, mais c’est bien le patriarcat qui est en cause, la magistrature considérant qu’il est plus « naturel » qu’une femme s’occupe des enfants.

En somme, le masculinisme constitue une menace pour les femmes et pour le mouvement féministe qui, en plus de lutter contre le patriarcat, doit se défendre des violences diverses à son endroit.

• Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri ont dirigé l’ouvrage Le Mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué, 264 pages, Remue-ménage, 2008.
Plus d’information sur la toile :
deux analyses de E. Morraletat, de la Nefac (communistes libertaires canadiens) : « Qui sont les masculinistes ? » et « Masculinisme : ressac identitaire patriarcal » sur http://www.nefac.net.
un dossier très complet sur http://www.arte-tv.com/masculinisme.
d’Hélène Palma, « La percée de la mouvance masculiniste en Occident » sur http://sisyphe.org.

Et sur papier :
Susan Falludi, Backlash, La guerre froide contre les femmes, éditions Des femmes, 1993, 576 pages, 37 euros.
Dorain Dozolme, Maud Gelly, « L’offensive masculiniste », in Femmes, genre, féminisme , Syllepse, 2007, 120 pages, 7 euros.
Patrizia Romito, Un silence de mortes : la violence masculine occultée, Syllepse, 2006, 298 pages, 25 euros.

Voir enfin:

Eric Zemmour, le « suicide français » et la haine des femmes
Martine Storti
Mediapart
24 octobre 2014

Ce sont les pages sur le régime de Vichy qui ont suscité la majeure partie des critiques faites au dernier livre d’Eric Zemmour, Le suicide français. Et à juste titre beaucoup ont pris la parole et la plume pour rappeler ce qu’il convenait, à savoir que, contrairement à ce qu’affirme Zemmour, c’est bien le régime pétainiste qui a envoyé des Juifs de France et des Juifs français dans les camps de la mort.
Cette réhabilitation de Vichy n’est pas un accident ou bien une provocation collatérale, elle est en cohérence avec le reste du livre. En effet rendre Vichy responsable, c’est rendre la France responsable, donc la salir, donc contribuer à la détruire. Et tel est bien l’enjeu de ce gros livre : dresser la liste de tous les responsables de « la mort de la France ».
Certes, pour Eric Zemmour le déclin de la France remonte à bien des décennies, quasiment deux siècles puisqu’il a commencé avec la défaite de Waterloo et la fin du Premier empire. Déclin car la France n’est vraiment elle-même que si elle est impériale, non pas à travers un empire colonial ou une domination par la culture et par la langue, mais seulement comme une puissance dominante en Europe, et même de préférence dominante de l’Europe, la « grandeur de la France se confondant avec la gloire de ses armées ».

Si le déclin de la France a commencé avec Waterloo, il s’accélère, selon Eric Zemmour, avec mai 68 et les décennies qui suivent cet épouvantable évènement, réduit, soit dit en passant, à quelques slogans et aux « enragés » alors qu’il s’est agi d’une très grande et très longue grève ouvrière, une grève faite par ce « peuple » que Zemmour prétend tellement aimer et tellement défendre. Il est vrai que pour lui, le « peuple » – on a la précision à la page 525 du livre – se compose aujourd’hui plutôt des « bonnets rouges bretons » et des « manifestants contre le mariage pour tous ».

Le puzzle zemmourien du « suicide français » comprend de nombreuses pièces : la mondialisation libérale, le capitalisme financiarisé, l’Europe bruxelloise, l’euro, l’Angleterre, l’Allemagne forcément « hégémonique », les USA, les anglo-saxons, les protestants, mais aussi mai 68, les gauchistes, la gauche (mais pas les communistes qui ont eu le courage de défendre le « produire français » et la nation française), la droite (de l’extrême droite rien n’est dit), le centre, les antiracistes, les différents communautarismes, surtout juif et musulman, les écologistes, les homosexuels, les technocrates, les bobos, les immigrés, les féministes, j’en oublie sûrement, forcément le livre fait plus de 500 pages !

Comme Zemmour fait feu de tout bois, pioche chez les uns et les autres, s’en prend à beaucoup et aborde de nombreux sujets, il est possible de trouver telle ou telle partie de l’exercice pertinente et juste. Mais c’est l’ensemble, le systématisme du réquisitoire qui fait problème, tout se passant en effet comme si les nombreux responsables énoncés ci-dessus étaient les multiples composantes d’un vaste complot visant à détruire la France, multiples composantes alliées les unes aux autres, complémentaires les unes des autres. J’ajoute que dans le logiciel de Zemmour, pas de place pour la nuance, la complexité, la reconnaissance qu’il peut y avoir, au sein de tel ou tel courant de pensée, de tel ou tel mouvement des différences, des divergences, des désaccords. Non, il faut s’en tenir au global, et même globaliser à outrance, les partisans de l’Europe par exemple étant forcément tous complices de la dérive libérale, les soixanthuitards pensant forcément tous la même chose, les antiracistes aussi, les bobos aussi, eux qui d’ailleurs habitent, n’est-ce pas, les mêmes quartiers (c’est-à-dire sous la plume de Zemmour aussi bien, pour les parisiens, le Marais que Belleville, comme si le prix de l’immobilier y était le même !).

Il serait trop long de passer en revue dans cet article toutes les pièces du puzzle, je m’en tiens à l’une d’entre elles, parce qu’elle me concerne de près mais aussi parce que Eric Zemmour fait du féminisme et même des femmes en général l’une des causes principales de cette « mort » de la France qui le chagrine tant.

Résumons : dans l’alliance mortifère « du libéralisme économique et du libéralisme sociétal », le féminisme tient une place centrale puisqu’il est responsable de la fin du patriarcat, de la mort du père, (c’est un leitmotiv), de la fin du mariage, de la fin de la famille, de la fin de la virilité, de la féminisation de la France et donc de son avachissement (les deux sont synonymes), et même du développement de la société de consommation et de la financiarisation de l’économie. Les pères d’avant « contenaient les pulsions consommatrices » tandis que les femmes, elles, sont des agents du consumérisme et donc du grand marché libéral ! Ainsi les femmes qui font souvent et depuis très longtemps le marché et les courses font aussi, qui l’eut cru, le grand marché !
Bref le féminisme, les femmes, les mères, confondues les unes aux autres sont des contributrices principales de la destruction de la société et de la France.

Mort du patriarcat, avec un mariage contractuel entre égaux, mais « la contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnait la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement- pour se rassurer sexuellement. Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte ».On appréciera le « au moins formellement ». Quant à la « subtilité », sans doute existe-t-elle dans le si « subtil » « manifeste des 343 salauds : touche pas à ma pute ! » dont Zemmour a été, en 2013, l’un des premiers signataires.Mais le patriarcat n’a pas disparu pour laisser place à l’égalité, non, à lui s’est substitué le matriarcat qui fait disparaître les pères, sommés de devenir « des mères comme les autres », tandis que l’Etat fort, garant de la force de la France, est remplacé par un « Etat maternel » donc « infantilisant » et « culpabilisant ». Le féminisme a aussi détruit « la famille occidentale », nous faisant ainsi revenir à « une humanité d’avant la loi qu’elle s’était donnée en interdisant l’inceste : une humanité barbare, sauvage, inhumaine ». Rien que ça !
Pour Eric Zemmour, la famille est patriarcale ou elle n’est pas. Cependant il y a encore des familles patriarcales où les enfants reçoivent « une éducation patriarcale », ce sont par exemple les « familles maghrébines ». Mais alors, pas de chance, ce maintien « détériore les relations avec les indigènes – les ouvriers et leurs familles, issus de l’exode rural ou de l’immigration européenne » qui sont en train de rejeter la dite éducation patriarcale. Pas de chance non plus, malgré cette éducation patriarcale, les garçons « volent et violent », sans doute parce qu’ils ne sont pas de vrais Français.

Vous ne trouverez pas une ligne, pas un mot sur ce qu’était, en France, la situation des femmes dans ces années tant regrettées par Zemmour, avant les mouvements féministes, avant la libéralisation de l’avortement, avant les luttes pour l’émancipation, pour l’égalité, ou contre les violences, luttes qui sont d’ailleurs sans cesse à reprendre. Pas un mot, ah non j’exagère ; de ce passé idyllique, il  parle, quand il évoque par exemple, « le jeune chauffeur de bus qui glisse une main concupiscente sur un charmant fessier féminin » sans que « la jeune femme ne porte plainte pour harcèlement sexuel » !

Réquisitoire contre le féminisme et obsession des femmes sur lesquelles Zemmour  ne peut s’empêcher de glisser une allusion, et parfois avec une grande élégance, n’est-ce pas, ainsi : «  les débats sont comme les femmes, les meilleurs sont ceux qu’on n’a pas eus », ou encore les hommes virils « préfèrent prendre les femmes sans les comprendre plutôt que de les comprendre sans les prendre », ou encore « la jeunesse diplômée qui tient « le rôle du gibier féminin face au chasseur viril ». Obsession de la virilité, par exemple celle des« soldats allemands qui sont impressionnants de virilité conquérante » et au charme desquels « beaucoup de femmes succombent ». Ne pas oublier aussi que « la domination sociale à chez elles (les femmes) un fort pouvoir érotique ».

Il serait trop long de tout citer ici. Je ne sais pas quand on touche le fond. Est-ce quand, à la revendication avancée par les féministes dans la lutte pour la liberté de l’avortement, « le droit de disposer de son corps », Zemmour ajoute « même avec un soldat ennemi » ? Est-ce quand il souligne l’évidence, après un « homosexuel assumé » maire de Paris, de la candidature en 2014 de deux femmes à sa succession, soit un pas de plus dans la dégradation de la capitale ? Pire qu’un gay, une femme !

Cependant, en parlant des femmes, il ne faut pas oublier les différences de classe, puisque l’un des objectifs de l’ouvrage est de séduire ceux que Zemmour appelle tantôt « les classes populaires », tantôt les « petits blancs ». J’ignorais quant à moi que le divorce entre adultes consentants avait été imposé par « la petite bourgeoisie montante » aux « classes populaires qui n’en pouvaient mais », comme si les dites classes populaires n’avaient droit qu’au divorce conflictuel ! Ou encore que la lutte pour la liberté de l’avortement et plus largement les luttes d’émancipation des femmes n’étaient qu’une lutte de « bourgeoises volant indûment aux prolétaires mâles le rôle envieux de victimes et d’exploitées », comme si aucune prolétaire n’était jamais morte d’un avortement clandestin, (d’ailleurs plus souvent justement que les dites « bourgeoises » qui avaient les moyens d’aller en Suisse ou en Angleterre pour avorter dans de bonnes conditions), comme si aucune ouvrière n’avait jamais été victime d’un viol…Il faut flatter aussi les jeunes prolétaires, et là encore ce sont les filles qui tiennent le mauvais rôle puisqu’aux « petits blancs » elles « préfèrent le bagout de la jeunesse des écoles ou même la virilité ostentatoire des racailles de banlieue ».

Il y a dans les pages du « suicide français », une misogynie affichée, une haine des féministes mais plus largement des femmes que je ne soupçonnais pas pouvoir encore exister ainsi.
J’ajoute que dans les quarante dernières années telles que les raconte Eric Zemmour, dansla France telle qu’il la voit, pas un tout petit coin de ciel bleu, pas un pâle rayon de soleil, pas même une lueur. Non, tout est négatif, sombre, noir, moche. Pas non plus l’ombre d’une proposition pour sortir la France de l’épouvantable situation dans laquelle, selon lui, elle se trouve. A quoi bon d’ailleurs puisque « la France se meurt, la France est morte » ?  A la fin de son livre, Zemmour, devenu prophète, annonce « la guerre civile » à venir. A se demander s’il ne la souhaite pas. S’il ne la veut pas.

PS : Comme Zemmour emprunte à beaucoup et que nombreuses sont les citations non référencées, tout vérifier demande un long travail. Mais il y en a au moins une immédiatement corrigible, ce n’est pas « Bien creusé, la taupe », c’est « Bien creusé, vieille taupe » !

Voir aussi:

http://mta-nyc.custhelp.com/app/ask_sh

http://web.mta.info/nyct/safety/#harassment

http://gothamist.com/2014/09/30/worst_subway_etiquette_ever.php


Education: Des iphones et des ipads, oui, mais pas pour mes enfants (Silicon Valley chooses Waldorf: Did Steve Jobs know something the rest of us don’t ?)

5 janvier, 2015
https://zooey.files.wordpress.com/2010/11/waldorfcig.jpg?w=434&h=637
https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xpf1/t31.0-8/10860939_10200153188829503_581429623915886922_o.jpg
The two of us would go tramping through San Jose and Berkeley and ask about Dylan bootlegs and collect them. We’d buy brochures of Dylan lyrics and stay up late interpreting them. Dylan’s words struck chords of creative thinking. I had more than a hundred hours, including every concert on the ’65 and ’66 tour. Instead of big speakers I bought a pair of awesome headphones and would just lie in my bed and listen to that stuff for hours. Steve Wozniak
Steve adorait ce lien subliminal avec Dylan. Elizabeth Holmes
We limit how much technology our kids use at home. Steve Jobs
I’ve never used email because I don’t find it would help me with anything I’m doing. I just couldn’t be bothered about it. As far as the cellphone goes, it’s like that whole thing about « in New York City, you’re never more than two feet from a rat » — I’m never two feet from a cellphone. I mean, we’ll be on a scout with 10 people and all of them have phones, so it’s very easy to get in touch with me when people need to. When I started in this business, not many people had cellphones, I didn’t have one, I never bothered to get one and I’ve been very fortunate to be working continuously, so there’s always someone around me who can tap me on the shoulder and hand me a phone if they need to. I actually really like not having one because it gives me time to think. You know, when you have a smartphone and you have 10 minutes to spare, you go on it and you start looking at stuff. Christopher Nolan
I had imagined the Jobs’s household was like a nerd’s paradise: that the walls were giant touch screens, the dining table was made from tiles of iPads and that iPods were handed out to guests like chocolates on a pillow. Nope, Mr. Jobs told me, not even close. Nick Bilton (NYT)
Every evening Steve made a point of having dinner at the big long table in their kitchen, discussing books and history and a variety of things. No one ever pulled out an iPad or computer. The kids did not seem addicted at all to devices. Walter Isaacson (author of « Steve Jobs »)
My kids accuse me and my wife of being fascists. They say that none of their friends have the same rules. That’s because we have seen the dangers of technology first hand. I’ve seen it in myself, I don’t want to see that happen to my kids. Chris Anderson (former editor of Wired)
Many people are looking at the benefits of digital media in education, and not many are looking at the costs. Decreased sensitivity to emotional cues, losing the ability to understand the emotions of other people, is one of the costs. Prof Patricia Greenfield (UCLA)
You cannot learn non-verbal emotional cues from a screen in the way you can learn it from face-to-face communication. The research implies that people need more face-to-face interaction, and that even when people use digital media for social interaction, they are spending less time developing social skills. Dr Yalda Uhls (UCLA)
Removing smartphones and gadgets from children for just a few days immediately improves their social skills, a study has found. Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions. The Telegraph
Researchers at the University of California Los Angeles recently published a study which demonstrated that just a few days after abstaining from using electronic gadgets, children’s social skills improved immediately. Which is definitely food for thought considering recent research showed that an average American child spends more than seven and a half hours a day using smart-phones and other electronic screens. Inquisitr
Just as I wouldn’t dream of limiting how much time a kid can spend with her paintbrushes, or playing her piano, or writing, I think it’s absurd to limit her time spent creating computer art, editing video, or computer programming. Ali Partovi (founder of iLike and adviser to Facebook, Dropbox and Zappos)
If I worked at Miramax and made good, artsy, rated R movies, I wouldn’t want my kids to see them until they were 17. (…) At Google and all these places, we make technology as brain-dead easy to use as possible. There’s no reason why kids can’t figure it out when they get older. Alan Eagle (Google employee)
For three weeks, we ate our way through fractions. When I made enough fractional pieces of cake to feed everyone, do you think I had their attention? Cathy Waheed (Waldorf teacher)
A spare approach to technology in the classroom will always benefit learning. Teaching is a human experience. Technology is a distraction when we need literacy, numeracy and critical thinking. Paul Thomas (Furman University)
You can look back and see how sloppy your handwriting was in first grade. You can’t do that with computers ’cause all the letters are the same. Besides, if you learn to write on paper, you can still write if water spills on the computer or the power goes out. Finn Heilig (10, Google employee’s child)
Some education experts say that the push to equip classrooms with computers is unwarranted because studies do not clearly show that this leads to better test scores or other measurable gains. Is learning through cake fractions and knitting any better? The Waldorf advocates make it tough to compare, partly because as private schools they administer no standardized tests in elementary grades. And they would be the first to admit that their early-grade students may not score well on such tests because, they say, they don’t drill them on a standardized math and reading curriculum. When asked for evidence of the schools’ effectiveness, the Association of Waldorf Schools of North America points to research by an affiliated group showing that 94 percent of students graduating from Waldorf high schools in the United States between 1994 and 2004 attended college, with many heading to prestigious institutions like Oberlin, Berkeley and Vassar. Of course, that figure may not be surprising, given that these are students from families that value education highly enough to seek out a selective private school, and usually have the means to pay for it. And it is difficult to separate the effects of the low-tech instructional methods from other factors. For example, parents of students at the Los Altos school say it attracts great teachers who go through extensive training in the Waldorf approach, creating a strong sense of mission that can be lacking in other schools. (…) The Waldorf experience does not come cheap: annual tuition at the Silicon Valley schools is $17,750 for kindergarten through eighth grade and $24,400 for high school, though Ms. Wurtz said financial assistance was available. She says the typical Waldorf parent, who has a range of elite private and public schools to choose from, tends to be liberal and highly educated, with strong views about education; they also have a knowledge that when they are ready to teach their children about technology they have ample access and expertise at home. NYT
Les uns soulignent la pratique positive d’une éducation « complète » adaptée à l’enfant et passent sous silence l’anthropologie métaphysique de Steiner. Les autres critiquent justement sans merci cette néomythologie occulte de l’éducation et mettent en garde contre les risques d’endoctrinement qui en découlent (« école où est enseignée une conception du monde ») leur insistance sur ce point les empêchant de juger impartialement les multiples facettes de la pratique steinérienne. La position des critiques idéologiques est encore confortée par l’assertion des pédagogues anthroposophes selon laquelle toutes les normes et toutes les formes de leur pratique éducative procèdent de l’anthropologie « cosmique » du maître. Heiner Ullrich (Université de Mayence)
On compte en France une trentaine d’écoles se réclamant de la pédagogie de Rudolf Steiner, fondateur et inspirateur de l’Anthroposophie qui se veut l’héritière de sa doctrine. S’il est clair que toutes ces écoles ne revêtent pas un caractère sectaire, plusieurs mériteraient cependant une investigation approfondie. La Commission a, en effet, eu connaissance de dérives. Les méthodes pédagogiques particulières à certaines écoles ont été critiquées notamment par l’Inspection de l’Éducation nationale. Ainsi, les apprentissages du langage structuré, de l’écrit et du calcul ne seraient pas engagés avant l’âge de 7 ans. En outre, les enfants inadaptés à la méthode Steiner seraient soumis à des sévices et beaucoup ne seraient pas à jour de leurs vaccinations. Alors que les tarifs de la scolarité affichés peuvent être considérés, pour certaines familles, abordables (entre 14 000 et 18 000 francs par an), l’Inspection de l’Éducation nationale a repéré des établissements où les tarifs pratiqués étaient si élevés que des parents d’élèves, afin de pouvoir les honorer, s’étaient trouvés contraints de travailler pour l’Anthroposophie. Rapport interministériel – les sectes et l’argent
De plus en plus, les gens voient des sectes partout. (…) Nous ne nous intéressons qu’aux victimes et nous n’en avons jamais reçu des écoles Steiner. Je trouve cela anormal qu’elles soient cataloguées comme sectes et que l’on me reproche de les soutenir car mes petits-enfants y sont éduqués. Janine Tavernier

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !

Qu’est-ce qu’une école au nom d’une usine de cigarettes emprunté lui-même à celui de la ville natale du premier milliardaire de l’histoire des États-Unis qui donnera à son pays d’adoption une longue dynastie,  une ville d’Oregon et une chaine d’hôtels de prestige

Et qui, dans la foulée du grand mouvement de l’école nouvelle d’il y a bientôt un siècle à qui nous devons aujourd’hui nombre d’écoles dites alternatives telles que Montessori, Neill ou Freinet (mais avec la dimension toute particulière liée à sa création par le fondateur d’un courant de pensée ésotérique allemand, mélange de syncrétisme d’hindouisme et de bouddhisme et de mythologie nordique qui lui valut en France les foudres de la commission interministerielle anti-sectes), prône une approche résolument low-tech …

Peut avoir en commun avec un Steve Jobs obsédé par Dylan au point de vouloir épouser son ancienne compagne

Et la digitsia, cette nouvelle intelligentsia des fondateurs et employés des fameux GAFA, les géants actuels de l’Internet et des nouvelles technologies comme de l’optimisation fiscale

Qui refuse contre toute attente, pour ses rejetons, le tout-informatique prôné par ailleurs pour nous autres simples mortels comme l’éducation du futur ?

A Silicon Valley School That Doesn’t Compute
Matt Richtel
The New York Times
October 22, 2011

LOS ALTOS, Calif. — The chief technology officer of eBay sends his children to a nine-classroom school here. So do employees of Silicon Valley giants like Google, Apple, Yahoo and Hewlett-Packard.

But the school’s chief teaching tools are anything but high-tech: pens and paper, knitting needles and, occasionally, mud. Not a computer to be found. No screens at all. They are not allowed in the classroom, and the school even frowns on their use at home.

Schools nationwide have rushed to supply their classrooms with computers, and many policy makers say it is foolish to do otherwise. But the contrarian point of view can be found at the epicenter of the tech economy, where some parents and educators have a message: computers and schools don’t mix.

This is the Waldorf School of the Peninsula, one of around 160 Waldorf schools in the country that subscribe to a teaching philosophy focused on physical activity and learning through creative, hands-on tasks. Those who endorse this approach say computers inhibit creative thinking, movement, human interaction and attention spans.

The Waldorf method is nearly a century old, but its foothold here among the digerati puts into sharp relief an intensifying debate about the role of computers in education.

“I fundamentally reject the notion you need technology aids in grammar school,” said Alan Eagle, 50, whose daughter, Andie, is one of the 196 children at the Waldorf elementary school; his son William, 13, is at the nearby middle school. “The idea that an app on an iPad can better teach my kids to read or do arithmetic, that’s ridiculous.”

Mr. Eagle knows a bit about technology. He holds a computer science degree from Dartmouth and works in executive communications at Google, where he has written speeches for the chairman, Eric E. Schmidt. He uses an iPad and a smartphone. But he says his daughter, a fifth grader, “doesn’t know how to use Google,” and his son is just learning. (Starting in eighth grade, the school endorses the limited use of gadgets.)

Three-quarters of the students here have parents with a strong high-tech connection. Mr. Eagle, like other parents, sees no contradiction. Technology, he says, has its time and place: “If I worked at Miramax and made good, artsy, rated R movies, I wouldn’t want my kids to see them until they were 17.”

While other schools in the region brag about their wired classrooms, the Waldorf school embraces a simple, retro look — blackboards with colorful chalk, bookshelves with encyclopedias, wooden desks filled with workbooks and No. 2 pencils.

On a recent Tuesday, Andie Eagle and her fifth-grade classmates refreshed their knitting skills, crisscrossing wooden needles around balls of yarn, making fabric swatches. It’s an activity the school says helps develop problem-solving, patterning, math skills and coordination. The long-term goal: make socks.

Down the hall, a teacher drilled third-graders on multiplication by asking them to pretend to turn their bodies into lightning bolts. She asked them a math problem — four times five — and, in unison, they shouted “20” and zapped their fingers at the number on the blackboard. A roomful of human calculators.

In second grade, students standing in a circle learned language skills by repeating verses after the teacher, while simultaneously playing catch with bean bags. It’s an exercise aimed at synchronizing body and brain. Here, as in other classes, the day can start with a recitation or verse about God that reflects a nondenominational emphasis on the divine.

Andie’s teacher, Cathy Waheed, who is a former computer engineer, tries to make learning both irresistible and highly tactile. Last year she taught fractions by having the children cut up food — apples, quesadillas, cake — into quarters, halves and sixteenths.

“For three weeks, we ate our way through fractions,” she said. “When I made enough fractional pieces of cake to feed everyone, do you think I had their attention?”

Some education experts say that the push to equip classrooms with computers is unwarranted because studies do not clearly show that this leads to better test scores or other measurable gains.

Is learning through cake fractions and knitting any better? The Waldorf advocates make it tough to compare, partly because as private schools they administer no standardized tests in elementary grades. And they would be the first to admit that their early-grade students may not score well on such tests because, they say, they don’t drill them on a standardized math and reading curriculum.

When asked for evidence of the schools’ effectiveness, the Association of Waldorf Schools of North America points to research by an affiliated group showing that 94 percent of students graduating from Waldorf high schools in the United States between 1994 and 2004 attended college, with many heading to prestigious institutions like Oberlin, Berkeley and Vassar.

Of course, that figure may not be surprising, given that these are students from families that value education highly enough to seek out a selective private school, and usually have the means to pay for it. And it is difficult to separate the effects of the low-tech instructional methods from other factors. For example, parents of students at the Los Altos school say it attracts great teachers who go through extensive training in the Waldorf approach, creating a strong sense of mission that can be lacking in other schools.

Absent clear evidence, the debate comes down to subjectivity, parental choice and a difference of opinion over a single world: engagement. Advocates for equipping schools with technology say computers can hold students’ attention and, in fact, that young people who have been weaned on electronic devices will not tune in without them.

Ann Flynn, director of education technology for the National School Boards Association, which represents school boards nationwide, said computers were essential. “If schools have access to the tools and can afford them, but are not using the tools, they are cheating our children,” Ms. Flynn said.

Paul Thomas, a former teacher and an associate professor of education at Furman University, who has written 12 books about public educational methods, disagreed, saying that “a spare approach to technology in the classroom will always benefit learning.”

“Teaching is a human experience,” he said. “Technology is a distraction when we need literacy, numeracy and critical thinking.”

And Waldorf parents argue that real engagement comes from great teachers with interesting lesson plans.

“Engagement is about human contact, the contact with the teacher, the contact with their peers,” said Pierre Laurent, 50, who works at a high-tech start-up and formerly worked at Intel and Microsoft. He has three children in Waldorf schools, which so impressed the family that his wife, Monica, joined one as a teacher in 2006.

And where advocates for stocking classrooms with technology say children need computer time to compete in the modern world, Waldorf parents counter: what’s the rush, given how easy it is to pick up those skills?

“It’s supereasy. It’s like learning to use toothpaste,” Mr. Eagle said. “At Google and all these places, we make technology as brain-dead easy to use as possible. There’s no reason why kids can’t figure it out when they get older.”

There are also plenty of high-tech parents at a Waldorf school in San Francisco and just north of it at the Greenwood School in Mill Valley, which doesn’t have Waldorf accreditation but is inspired by its principles.

California has some 40 Waldorf schools, giving it a disproportionate share — perhaps because the movement is growing roots here, said Lucy Wurtz, who, along with her husband, Brad, helped found the Waldorf high school in Los Altos in 2007. Mr. Wurtz is chief executive of Power Assure, which helps computer data centers reduce their energy load.

The Waldorf experience does not come cheap: annual tuition at the Silicon Valley schools is $17,750 for kindergarten through eighth grade and $24,400 for high school, though Ms. Wurtz said financial assistance was available. She says the typical Waldorf parent, who has a range of elite private and public schools to choose from, tends to be liberal and highly educated, with strong views about education; they also have a knowledge that when they are ready to teach their children about technology they have ample access and expertise at home.

The students, meanwhile, say they don’t pine for technology, nor have they gone completely cold turkey. Andie Eagle and her fifth-grade classmates say they occasionally watch movies. One girl, whose father works as an Apple engineer, says he sometimes asks her to test games he is debugging. One boy plays with flight-simulator programs on weekends.

The students say they can become frustrated when their parents and relatives get so wrapped up in phones and other devices. Aurad Kamkar, 11, said he recently went to visit cousins and found himself sitting around with five of them playing with their gadgets, not paying attention to him or each other. He started waving his arms at them: “I said: ‘Hello guys, I’m here.’ ”

Finn Heilig, 10, whose father works at Google, says he liked learning with pen and paper — rather than on a computer — because he could monitor his progress over the years.

“You can look back and see how sloppy your handwriting was in first grade. You can’t do that with computers ’cause all the letters are the same,” Finn said. “Besides, if you learn to write on paper, you can still write if water spills on the computer or the power goes out.”

Voir aussi:

Steve Jobs Was a Low-Tech Parent
NICK BILTON

NYT

SEPT. 10, 2014

When Steve Jobs was running Apple, he was known to call journalists to either pat them on the back for a recent article or, more often than not, explain how they got it wrong. I was on the receiving end of a few of those calls. But nothing shocked me more than something Mr. Jobs said to me in late 2010 after he had finished chewing me out for something I had written about an iPad shortcoming.

“So, your kids must love the iPad?” I asked Mr. Jobs, trying to change the subject. The company’s first tablet was just hitting the shelves. “They haven’t used it,” he told me. “We limit how much technology our kids use at home.”

I’m sure I responded with a gasp and dumbfounded silence. I had imagined the Jobs’s household was like a nerd’s paradise: that the walls were giant touch screens, the dining table was made from tiles of iPads and that iPods were handed out to guests like chocolates on a pillow.

Nope, Mr. Jobs told me, not even close.

Since then, I’ve met a number of technology chief executives and venture capitalists who say similar things: they strictly limit their children’s screen time, often banning all gadgets on school nights, and allocating ascetic time limits on weekends.

I was perplexed by this parenting style. After all, most parents seem to take the opposite approach, letting their children bathe in the glow of tablets, smartphones and computers, day and night.

Yet these tech C.E.O.’s seem to know something that the rest of us don’t.

Chris Anderson, the former editor of Wired and now chief executive of 3D Robotics, a drone maker, has instituted time limits and parental controls on every device in his home. “My kids accuse me and my wife of being fascists and overly concerned about tech, and they say that none of their friends have the same rules,” he said of his five children, 6 to 17. “That’s because we have seen the dangers of technology firsthand. I’ve seen it in myself, I don’t want to see that happen to my kids.”

The dangers he is referring to include exposure to harmful content like pornography, bullying from other kids, and perhaps worse of all, becoming addicted to their devices, just like their parents.

Alex Constantinople, the chief executive of the OutCast Agency, a tech-focused communications and marketing firm, said her youngest son, who is 5, is never allowed to use gadgets during the week, and her older children, 10 to 13, are allowed only 30 minutes a day on school nights.

Evan Williams, a founder of Blogger, Twitter and Medium, and his wife, Sara Williams, said that in lieu of iPads, their two young boys have hundreds of books (yes, physical ones) that they can pick up and read anytime.

So how do tech moms and dads determine the proper boundary for their children? In general, it is set by age.

Children under 10 seem to be most susceptible to becoming addicted, so these parents draw the line at not allowing any gadgets during the week. On weekends, there are limits of 30 minutes to two hours on iPad and smartphone use. And 10- to 14-year-olds are allowed to use computers on school nights, but only for homework.

“We have a strict no screen time during the week rule for our kids,” said Lesley Gold, founder and chief executive of the SutherlandGold Group, a tech media relations and analytics company. “But you have to make allowances as they get older and need a computer for school.”

Some parents also forbid teenagers from using social networks, except for services like Snapchat, which deletes messages after they have been sent. This way they don’t have to worry about saying something online that will haunt them later in life, one executive told me.

Although some non-tech parents I know give smartphones to children as young as 8, many who work in tech wait until their child is 14. While these teenagers can make calls and text, they are not given a data plan until 16. But there is one rule that is universal among the tech parents I polled.

“This is rule No. 1: There are no screens in the bedroom. Period. Ever,” Mr. Anderson said.

While some tech parents assign limits based on time, others are much stricter about what their children are allowed to do with screens.

Ali Partovi, a founder of iLike and adviser to Facebook, Dropbox and Zappos, said there should be a strong distinction between time spent “consuming,” like watching YouTube or playing video games, and time spent “creating” on screens.

“Just as I wouldn’t dream of limiting how much time a kid can spend with her paintbrushes, or playing her piano, or writing, I think it’s absurd to limit her time spent creating computer art, editing video, or computer programming,” he said.

Others said that outright bans could backfire and create a digital monster.

Dick Costolo, chief executive of Twitter, told me he and his wife approved of unlimited gadget use as long as their two teenage children were in the living room. They believe that too many time limits could have adverse effects on their children.

“When I was at the University of Michigan, there was this guy who lived in the dorm next to me and he had cases and cases of Coca-Cola and other sodas in his room,” Mr. Costolo said. “I later found out that it was because his parents had never let him have soda when he was growing up. If you don’t let your kids have some exposure to this stuff, what problems does it cause later?”

I never asked Mr. Jobs what his children did instead of using the gadgets he built, so I reached out to Walter Isaacson, the author of “Steve Jobs,” who spent a lot of time at their home.

“Every evening Steve made a point of having dinner at the big long table in their kitchen, discussing books and history and a variety of things,” he said. “No one ever pulled out an iPad or computer. The kids did not seem addicted at all to devices.”

Voir encore:

How digital technology and TV can inhibit children socially
Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions
Telegraph Reporter
Daily Telegraph

25 Aug 2014
Removing smartphones and gadgets from children for just a few days immediately improves their social skills, a study has found.
Researchers discovered that depriving 11 and 12-year-olds for just five days of all digital media – including television – left them better able to read others’ emotions.
Prof Patricia Greenfield, the senior study author and professor of psychology at the University of California Los Angeles, said: “Many people are looking at the benefits of digital media in education, and not many are looking at the costs. “Decreased sensitivity to emotional cues, losing the ability to understand the emotions of other people, is one of the costs.”
Psychologists studied two sets of 11 and 12-year-olds from the same school, 51 who lived together for five days at a nature and science camp and 54 others.

The camp does not allow students to use electronic devices.

At the beginning and end of the study, both groups of students were evaluated for their ability to recognise other people’s emotions in photographs and videos.

The students were shown 48 pictures of faces that were happy, sad, angry or scared, and asked to identify their feelings.

The children who had been at the camp improved significantly over the five days in their ability to read facial emotions and other non-verbal cues to emotion, compared with the students who continued to use their media devices.

The findings, published in the journal Computers in Human Behaviour, applied equally to boys and girls.

The study’s co-author Dr Yalda Uhls, a senior researcher with the UCLA’s Children’s Digital Media Centre, said: “You cannot learn non-verbal emotional cues from a screen in the way you can learn it from face-to-face communication.

“The research implies that people need more face-to-face interaction, and that even when people use digital media for social interaction, they are spending less time developing social skills.”

Voir encore:

In Classroom of Future, Stagnant Scores
Matt Richtel

NYT

September 3, 2011
CHANDLER, Ariz. — Amy Furman, a seventh-grade English teacher here, roams among 31 students sitting at their desks or in clumps on the floor. They’re studying Shakespeare’s “As You Like It” — but not in any traditional way.

In this technology-centric classroom, students are bent over laptops, some blogging or building Facebook pages from the perspective of Shakespeare’s characters. One student compiles a song list from the Internet, picking a tune by the rapper Kanye West to express the emotions of Shakespeare’s lovelorn Silvius.

The class, and the Kyrene School District as a whole, offer what some see as a utopian vision of education’s future. Classrooms are decked out with laptops, big interactive screens and software that drills students on every basic subject. Under a ballot initiative approved in 2005, the district has invested roughly $33 million in such technologies.

The digital push here aims to go far beyond gadgets to transform the very nature of the classroom, turning the teacher into a guide instead of a lecturer, wandering among students who learn at their own pace on Internet-connected devices.

“This is such a dynamic class,” Ms. Furman says of her 21st-century classroom. “I really hope it works.”

Hope and enthusiasm are soaring here. But not test scores.

Since 2005, scores in reading and math have stagnated in Kyrene, even as statewide scores have risen.

To be sure, test scores can go up or down for many reasons. But to many education experts, something is not adding up — here and across the country. In a nutshell: schools are spending billions on technology, even as they cut budgets and lay off teachers, with little proof that this approach is improving basic learning.

This conundrum calls into question one of the most significant contemporary educational movements. Advocates for giving schools a major technological upgrade — which include powerful educators, Silicon Valley titans and White House appointees — say digital devices let students learn at their own pace, teach skills needed in a modern economy and hold the attention of a generation weaned on gadgets.

Some backers of this idea say standardized tests, the most widely used measure of student performance, don’t capture the breadth of skills that computers can help develop. But they also concede that for now there is no better way to gauge the educational value of expensive technology investments.

“The data is pretty weak. It’s very difficult when we’re pressed to come up with convincing data,” said Tom Vander Ark, the former executive director for education at the Bill and Melinda Gates Foundation and an investor in educational technology companies. When it comes to showing results, he said, “We better put up or shut up.”

And yet, in virtually the same breath, he said change of a historic magnitude is inevitably coming to classrooms this decade: “It’s one of the three or four biggest things happening in the world today.”

Critics counter that, absent clear proof, schools are being motivated by a blind faith in technology and an overemphasis on digital skills — like using PowerPoint and multimedia tools — at the expense of math, reading and writing fundamentals. They say the technology advocates have it backward when they press to upgrade first and ask questions later.

The spending push comes as schools face tough financial choices. In Kyrene, for example, even as technology spending has grown, the rest of the district’s budget has shrunk, leading to bigger classes and fewer periods of music, art and physical education.

At the same time, the district’s use of technology has earned it widespread praise. It is upheld as a model of success by the National School Boards Association, which in 2008 organized a visit by 100 educators from 17 states who came to see how the district was innovating.

And the district has banked its future and reputation on technology. Kyrene, which serves 18,000 kindergarten to eighth-grade students, mostly from the cities of Tempe, Phoenix and Chandler, uses its computer-centric classes as a way to attract children from around the region, shoring up enrollment as its local student population shrinks. More students mean more state dollars.

The issue of tech investment will reach a critical point in November. The district plans to go back to local voters for approval of $46.3 million more in taxes over seven years to allow it to keep investing in technology. That represents around 3.5 percent of the district’s annual spending, five times what it spends on textbooks.

The district leaders’ position is that technology has inspired students and helped them grow, but that there is no good way to quantify those achievements — putting them in a tough spot with voters deciding whether to bankroll this approach again.

“My gut is telling me we’ve had growth,” said David K. Schauer, the superintendent here. “But we have to have some measure that is valid, and we don’t have that.”

It gives him pause.

“We’ve jumped on bandwagons for different eras without knowing fully what we’re doing. This might just be the new bandwagon,” he said. “I hope not.”

A Dearth of Proof

The pressure to push technology into the classroom without proof of its value has deep roots.

In 1997, a science and technology committee assembled by President Clinton issued an urgent call about the need to equip schools with technology.

If such spending was not increased by billions of dollars, American competitiveness could suffer, according to the committee, whose members included educators like Charles M. Vest, then president of the Massachusetts Institute of Technology, and business executives like John A. Young, the former chief executive of Hewlett-Packard.

To support its conclusion, the committee’s report cited the successes of individual schools that embraced computers and saw test scores rise or dropout rates fall. But while acknowledging that the research on technology’s impact was inadequate, the committee urged schools to adopt it anyhow.

The report’s final sentence read: “The panel does not, however, recommend that the deployment of technology within America’s schools be deferred pending the completion of such research.”

Since then, the ambitions of those who champion educational technology have grown — from merely equipping schools with computers and instructional software, to putting technology at the center of the classroom and building the teaching around it.

Kyrene had the same sense of urgency as President Clinton’s committee when, in November 2005, it asked voters for an initial $46.3 million for laptops, classroom projectors, networking gear and other technology for teachers and administrators.

Before that, the district had given 300 elementary school teachers five laptops each. Students and teachers used them with great enthusiasm, said Mark Share, the district’s 64-year-old director of technology, a white-bearded former teacher from the Bronx with an iPhone clipped to his belt.

“If we know something works, why wait?” Mr. Share told The Arizona Republic the month before the vote. The district’s pitch was based not on the idea that test scores would rise, but that technology represented the future.

The measure, which faced no organized opposition, passed overwhelmingly. It means that property owners in the dry, sprawling flatlands here, who live in apartment complexes, cookie-cutter suburban homes and salmon-hued mini-mansions, pay on average $75 more a year in taxes, depending on the assessed value of their homes, according to the district.

But the proof sought by President Clinton’s committee remains elusive even today, though researchers have been seeking answers.

Many studies have found that technology has helped individual classrooms, schools or districts. For instance, researchers found that writing scores improved for eighth-graders in Maine after they were all issued laptops in 2002. The same researchers, from the University of Southern Maine, found that math performance picked up among seventh- and eighth-graders after teachers in the state were trained in using the laptops to teach.

A question plaguing many education researchers is how to draw broader inferences from such case studies, which can have serious limitations. For instance, in the Maine math study, it is hard to separate the effect of the laptops from the effect of the teacher training.

Educators would like to see major trials years in length that clearly demonstrate technology’s effect. But such trials are extraordinarily difficult to conduct when classes and schools can be so different, and technology is changing so quickly.

And often the smaller studies produce conflicting results. Some classroom studies show that math scores rise among students using instructional software, while others show that scores actually fall. The high-level analyses that sum up these various studies, not surprisingly, give researchers pause about whether big investments in technology make sense.

One broad analysis of laptop programs like the one in Maine, for example, found that such programs are not a major factor in student performance.

“Rather than being a cure-all or silver bullet, one-to-one laptop programs may simply amplify what’s already occurring — for better or worse,” wrote Bryan Goodwin, spokesman for Mid-continent Research for Education and Learning, a nonpartisan group that did the study, in an essay. Good teachers, he said, can make good use of computers, while bad teachers won’t, and they and their students could wind up becoming distracted by the technology.

A review by the Education Department in 2009 of research on online courses — which more than one million K-12 students are taking — found that few rigorous studies had been done and that policy makers “lack scientific evidence” of their effectiveness.. A division of the Education Department that rates classroom curriculums has found that much educational software is not an improvement over textbooks.

Larry Cuban, an education professor emeritus at Stanford University, said the research did not justify big investments by districts.

“There is insufficient evidence to spend that kind of money. Period, period, period,” he said. “There is no body of evidence that shows a trend line.”

Some advocates for technology disagree.

Karen Cator, director of the office of educational technology in the United States Department of Education, said standardized test scores were an inadequate measure of the value of technology in schools. Ms. Cator, a former executive at Apple Computer, said that better measurement tools were needed but, in the meantime, schools knew what students needed.

“In places where we’ve had a large implementing of technology and scores are flat, I see that as great,” she said. “Test scores are the same, but look at all the other things students are doing: learning to use the Internet to research, learning to organize their work, learning to use professional writing tools, learning to collaborate with others.”

For its part, Kyrene has become a model to many by training teachers to use technology and getting their ideas on what inspires them. As Mr. Share says in the signature file at the bottom of every e-mail he sends: “It’s not the stuff that counts — it’s what you do with it that matters.”

So people here are not sure what to make of the stagnant test scores. Many of the district’s schools, particularly those in more affluent areas, already had relatively high scores, making it a challenge to push them significantly higher. A jump in students qualifying for free or reduced-price lunches was largely a result of the recession, not a shift in the population the district serves, said Nancy Dundenhoefer, its community relations manager.

Mr. Share, whose heavy influence on more than $7 million a year in technology spending has made him a power broker, said he did not think demographic changes were a good explanation.

“You could argue that test scores would be lower without the technology, but that’s a copout,” he said, adding that the district should be able to deliver some measure of what he considers its obvious success with technology. “It’s a conundrum.”

Results aside, it’s easy to see why technology is such an easy sell here, given the enthusiasm surrounding it in some classrooms.

Engaging With Paper

“I start with pens and pencils,” says Ms. Furman, 41, who is short and bubbly and devours young-adult novels to stay in touch with students. Her husband teaches eighth grade in the district, and their son and daughter are both students.

At the beginning of the school year, Ms. Furman tries to inspire her students at Aprende Middle School to write, a task she says becomes increasingly difficult when students reach the patently insecure middle-school years.

In one class in 2009 she had them draw a heart on a piece of paper. Inside the heart, she asked them to write the names of things and people dear to them. One girl started to cry, then another, as the class shared their stories.

It was something Ms. Furman doubted would have happened if the students had been using computers. “There is a connection between the physical hand on the paper and the words on the page,” she said. “It’s intimate.”

But, she said, computers play an important role in helping students get their ideas down more easily, edit their work so they can see instant improvement, and share it with the class. She uses a document camera to display a student’s paper at the front of the room for others to dissect.

Ms. Furman said the creative and editing tools, by inspiring students to make quick improvements to their writing, pay dividends in the form of higher-quality work. Last year, 14 of her students were chosen as finalists in a statewide essay contest that asked them how literature had affected their lives. “I was running down the hall, weeping, saying, ‘Get these students together. We need to tell them they’ve won!’ ”

Other teachers say the technology is the only way to make this generation learn.

“They’re inundated with 24/7 media, so they expect it,” said Sharon Smith, 44, a gregarious seventh-grade social studies teacher whose classroom is down the hall from Ms. Furman’s.

Minutes earlier, Ms. Smith had taught a Civil War lesson in a way unimaginable even 10 years ago. With the lights off, a screen at the front of the room posed a question: “Jefferson Davis was Commander of the Union Army: True or False?”

The 30 students in the classroom held wireless clickers into which they punched their answers. Seconds later, a pie chart appeared on the screen: 23 percent answered “True,” 70 percent “False,” and 6 percent didn’t know.

The students hooted and hollered, reacting to the instant poll. Ms. Smith then drew the students into a conversation about the answers.

The enthusiasm underscores a key argument for investing in classroom technology: student engagement.

That idea is central to the National Education Technology Plan released by the White House last year, which calls for the “revolutionary transformation” of schools. The plan endorses bringing “state-of-the art technology into learning to enable, motivate and inspire all students.”

But the research, what little there is of it, does not establish a clear link between computer-inspired engagement and learning, said Randy Yerrick, associate dean of educational technology at the University of Buffalo.

For him, the best educational uses of computers are those that have no good digital equivalent. As examples, he suggests using digital sensors in a science class to help students observe chemical or physical changes, or using multimedia tools to reach disabled children.

But he says engagement is a “fluffy term” that can slide past critical analysis. And Professor Cuban at Stanford argues that keeping children engaged requires an environment of constant novelty, which cannot be sustained.

“There is very little valid and reliable research that shows the engagement causes or leads to higher academic achievement,” he said.

Instruct or Distract?

There are times in Kyrene when the technology seems to allow students to disengage from learning: They are left at computers to perform a task but wind up playing around, suggesting, as some researchers have found, that computers can distract and not instruct.

The 23 kindergartners in Christy Asta’s class at Kyrene de las Brisas are broken into small groups, a common approach in Kyrene. A handful stand at desks, others sit at computers, typing up reports.

Xavier Diaz, 6, sits quietly, chair pulled close to his Dell laptop, playing “Alien Addition.” In this math arcade game, Xavier controls a pod at the bottom of the screen that shoots at spaceships falling from the sky. Inside each ship is a pair of numbers. Xavier’s goal is to shoot only the spaceship with numbers that are the sum of the number inside his pod.

But Xavier is just shooting every target in sight. Over and over. Periodically, the game gives him a message: “Try again.” He tries again.

“Even if he doesn’t get it right, it’s getting him to think quicker,” says the teacher, Ms. Asta. She leans down next to him: “Six plus one is seven. Click here.” She helps him shoot the right target. “See, you shot him.”

Perhaps surprisingly given the way young people tend to gravitate toward gadgets, students here seem divided about whether they prefer learning on computers or through more traditional methods.

In a different class, Konray Yuan and Marisa Guisto, both 7, take turns touching letters on the interactive board on the wall. They are playing a spelling game, working together to spell the word “cool.” Each finds one of the letters in a jumbled grid, touching them in the proper order.

Marisa says there isn’t a difference between learning this way and learning on paper. Konray prefers paper, he says, because you get extra credit for good penmanship.

But others, particularly older students, say they enjoy using the technology tools. One of Ms. Furman’s students, Julia Schroder, loved building a blog to write about Shakespeare’s “As You Like It.”

In another class, she and several classmates used a video camera to film a skit about Woodrow Wilson’s 14-point speech during World War I — an approach she preferred to speaking directly to the class.

“I’d be pretty bummed if I had to do a live thing,” she said. “It’s nerve-racking.”

Teachers vs. Tech

Even as students are getting more access to computers here, they are getting less access to teachers.

Reflecting budget cuts, class sizes have crept up in Kyrene, as they have in many places. For example, seventh-grade classes like Ms. Furman’s that had 29 to 31 students grew to more like 31 to 33.

“You can’t continue to be effective if you keep adding one student, then one student, then one student,” Ms. Furman said. “I’m surprised parents aren’t going into the classrooms saying ‘Whoa.’ ”

Advocates of high-tech classrooms say computers are not intended to replace teachers. But they do see a fundamental change in the teacher’s role. Their often-cited mantra is that teachers should go from being “a sage on the stage to a guide on the side.”

And they say that, technology issues aside, class sizes can in fact afford to grow without hurting student performance.

Professor Cuban at Stanford said research showed that student performance did not improve significantly until classes fell under roughly 15 students, and did not get much worse unless they rose above 30.

At the same time, he says bigger classes can frustrate teachers, making it hard to attract and retain talented ones.

In Kyrene, growing class sizes reflect spending cuts; the district’s maintenance and operation budget fell to $95 million this year from $106 million in 2008. The district cannot use the money designated for technology to pay for other things. And the teachers, who make roughly $33,000 to $57,000 a year, have not had a raise since 2008.

Many teachers have second jobs, some in restaurants and retail, said Erin Kirchoff, president of the Kyrene Education Association, the teacher’s association. Teachers talk of being exhausted from teaching all day, then selling shoes at the mall.

Ms. Furman works during the summer at the Kyrene district offices. But that job is being eliminated in 2014, and she is worried about the income loss.

“Without it, we don’t go on vacation,” she said.

Money for other things in the district is short as well. Many teachers say they regularly bring in their own supplies, like construction paper.

“We have Smart Boards in every classroom but not enough money to buy copy paper, pencils and hand sanitizer,” said Nicole Cates, a co-president of the Parent Teacher Organization at Kyrene de la Colina, an elementary school. “You don’t go buy a new outfit when you don’t have enough dinner to eat.”

But she loves the fact that her two children, a fourth-grader and first-grader, are learning technology, including PowerPoint and educational games.

To some who favor high-tech classrooms, the resource squeeze presents an opportunity. Their thinking is that struggling schools will look for more efficient ways to get the job done, creating an impetus to rethink education entirely.

“Let’s hope the fiscal crisis doesn’t get better too soon. It’ll slow down reform,” said Tom Watkins, the former superintendent for the Michigan schools, and now a consultant to businesses in the education sector.

Clearly, the push for technology is to the benefit of one group: technology companies.

The Sellers

It is 4:30 a.m. on a Tuesday. Mr. Share, the director of technology at Kyrene and often an early riser, awakens to the hard sell. Awaiting him at his home computer are six pitches from technology companies.

It’s just another day for the man with the checkbook.

“I get one pitch an hour,” he said. He finds most of them useless and sometimes galling: “They’re mostly car salesmen. I think they believe in the product they’re selling, but they don’t have a leg to stand on as to why the product is good or bad.”

Mr. Share bases his buying decisions on two main factors: what his teachers tell him they need, and his experience. For instance, he said he resisted getting the interactive whiteboards sold as Smart Boards until, one day in 2008, he saw a teacher trying to mimic the product with a jury-rigged projector setup.

“It was an ‘Aha!’ moment,” he said, leading him to buy Smart Boards, made by a company called Smart Technologies.

He can make that kind of decision because he has money — and the vendors know it. Technology companies track which districts get federal funding and which have passed tax assessments for technology, like Kyrene.

This is big business. Sales of computer software to schools for classroom use were $1.89 billion in 2010. Spending on hardware is more difficult to measure, researchers say, but some put the figure at five times that amount.

The vendors relish their relationship with Kyrene.

“I joke I should have an office here, I’m here so often,” said Will Dunham, a salesman for CCS Presentation Systems, a leading reseller of Smart Boards in Arizona.

Last summer, the district paid $500,000 to CCS to replace ceiling-hung projectors in 400 classrooms. The alternative was to spend $100,000 to replace their aging bulbs, which Mr. Share said were growing dimmer, causing teachers to sometimes have to turn down the lights to see a crisp image.

Mr. Dunham said the purchase made sense because new was better. “I could take a used car down to the mechanic and get it all fixed up and still have a used car.”

But Ms. Kirchoff, the president of the teachers’ association, is furious. “My projector works just fine,” she said. “Give me Kleenex, Kleenex, Kleenex!”

The Parents

Last November, Kyrene went back to voters to ask them to pay for another seven years of technology spending in the district. The previous measure from 2005 will not expire for two years. But the district wanted to get ahead of the issue, and leave wiggle room just in case the new measure didn’t pass.

It didn’t. It lost by 96 votes out of nearly 50,000 cast. Mr. Share and others here said they attributed the failure to poor wording on the ballot that made it look like a new tax increase, rather than the continuation of one.

They say they will not make the same wording mistake this time. And they say the burden on taxpayers is modest.

“It’s so much bang for the buck,” said Jeremy Calles, Kyrene’s interim chief financial officer. For a small investment, he said, “we get state-of-the-art technology.”

Regardless, some taxpayers have already decided that they will not vote yes.

“When you look at the big picture, it’s hard to say ‘yes, spend more on technology’ when class sizes increase,” said Kameron Bybee, 34, who has two children in district schools. “The district has made up its mind to go forward with the technologically advanced path. Come hell or high water.”

Other parents feel conflicted. Eduarda Schroder, 48, whose daughter Julia was in Ms. Furman’s English class, worked on the political action committee last November to push through an extension of the technology tax. Computers, she says, can make learning more appealing. But she’s also concerned that test scores haven’t gone up.

She says she is starting to ask a basic question. “Do we really need technology to learn?” she said. “It’s a very valid time to ask the question, right before this goes on the ballot.”

Voir par ailleurs:

The waldorf cigarette factory
Alicia Hamberg

November 16, 2010

So — the first waldorf school was named after a cigarette factory in Stuttgart, Germany. The waldorf salad got its name from the Waldorf Hotel in New York (later the Waldorf Astoria), where it was created. But were there any connections between the cigarette factory in Stuttgart and the hotel in New York? Incidentally, the company that owned old cigarette factory in Stuttgart also bore the name Astoria — The Waldorf-Astoria Cigarette Company — though nowadays the factory is occasionally mentioned only as the Waldorf cigarette factory. (I believe? I may be mistaken here though.) And the waldorf schools, as far as I know, never adopted the entire name Waldorf-Astoria.

And, more importantly, what happened to the Waldorf cigarette factory? My google searches didn’t bring up anything but a very brief history of the factory itself on wikipedia. I may have come across more substantial information at some point in the past, but I cannot remember.

The Waldorf Hotel, opened in 1893 according to Wikipedia, clearly predates the Waldorf school. The salad, likewise, was a creation of the 1890s. The Waldorf Hotel closed for relocation, merged with the Astoria Hotel and opened as the Waldorf-Astoria Hotel in 1931.

The Waldorf-Astoria Cigarette Company, on the other hand, was established by Emil Molt — the anthroposophist who would later be involved with Rudolf Steiner in setting up the first waldorf school — and colleagues in 1906. It had been named after John Jacob Astor (1763-1848) from a German town called Walldorf. He had emigrated to the US and become enormously wealthy. Molt’s Waldorf-Astoria cigarette company went out of business in 1929 — that is, before the joint Waldorf-Astoria Hotel in New York had even been opened.

To make the story more complicated, the Waldorf-Astoria hotel had originally been two hotels, both of which were established by descendants of the same rich emigrant John Jacob Astor, whom the cigarette company had been named after. As already mentioned, the Waldorf Hotel was opened in 1893. The other hotel — the Astoria — was established four years later. By this time, it seems, the family had adopted the name of John Jacob Astor’s home village, Walldorf, though with another spelling: Waldorf.

The Waldorf-Astoria Tobacco factory may have ceased to exist in 1929, but the tobacco brand remained in production, during many years manufactured by a company called Remtsmaa. The waldorf schools are still around. When the Stuttgart school had been established by Molt and Steiner in 1919, Molt was manager of the cigarette company, and he and the company provided the building space the school needed.

 Voir aussi:

Les maths à la sauce New Age

Isabelle Roberge

Science presse

Décembre 2003

« Un, deux, trois, quatre. Cinq, six, sept, huit. » Ils étaient une dizaine d’adultes, en rond, à compter tout haut, à culbuter leur petit sac de sable de la main gauche (neuf) à la main droite (dix), puis à la gauche (onze), pour le passer au voisin de droite (douze). Avec ce ballet, des parents expérimentaient… la table de multiplication de quatre.

Du moins, telle qu’elle aurait pu être enseignée à leur petit, s’ils l’avaient envoyé en première année dans une école à pédagogie Waldorf. Un type d’école que plusieurs aimeraient voir se multiplier au Québec, qui soulève plus que sa part de controverses en Amérique du Nord, et dont la philosophie flirte avec le New Age.

Caractéristique dominante de cette pédagogie : « les rythmes de développement » des enfants. C’est ainsi qu’on n’enseigne que par le jeu et l’imitation aux moins de sept ans… parce que l’âme n’a pas encore intégré le corps. De 7 à 14 ans, on mise sur l’oralité. Contes de fées, légendes et mythes sont alors à l’honneur des cours d’histoire… et de biologie !

Les mathématiques sont également revues à travers le tricot. L’histoire, par un modelage en cire d’abeille. L’idée étant que les matières de l’après-midi -comme le jardinage, les travaux manuels ou l’artisanat- consolident les apprentissages du matin. Ici, pas de manuels scolaires. Pas d’ordinateurs, ni de médias électroniques avant le secondaire, parce qu’on est convaincu que ceux-ci  » briment l’imagination  » des jeunes.

La réincarnation au programme scolaire

Une demande a été présentée aux commissions scolaires de Montréal et de Marguerite-Bourgeoys, afin d’implanter « la première école publique à vocation particulière basée sur la pédagogie Waldorf à Montréal ».

Après avoir étudié le projet appelé à l’époque Élan Waldorf Montréal, les deux commissions scolaires ont décliné la demande pour les rentrées de septembre 2002 et 2003. La commission scolaire de Montréal n’offrait que des locaux à partager, alors qu’Élan Waldorf tenait à une école entièrement dédiée à « sa » pédagogie. Marguerite-Bourgeoys justifiait son choix par la réforme scolaire qui requiert toute l’attention du personnel, mais ce n’est que partie remise: le dossier Waldorf demeure sur sa liste des projets à étudier.

Depuis, le groupe Waldorf Montréal s’est rebaptisé EWM pour ne pas utiliser le mot « Waldorf », une marque de commerce du Waldorf School Association of Ontario. Dans une lettre acheminée au Devoir le 19 décembre 2003, le parent fondateur et membre du comité de coordination, Philip van Leeuwen, affirme que EWM attend toujours cette école publique.

Au cours de l’été 2002, onze parents ont tenté, au cours de séances d’information de trois heures, de convaincre d’autres parents de rallier leur cause. L’atmosphère s’avérait plutôt chaleureuse et familiale. La salle soupirait d’envie lorsque trois anciens Waldorf, dans la vingtaine, se souvenaient du climat « non-compétitif » des classes (pas d’examens notés au primaire). Mais les questions étaient soigneusement évitées.

Au cours des trois heures – consacrées en grande partie à des contes, des mises en situation et des chansons- personne n’a prononcé le mot « anthroposophie ». On n’en fait non plus aucune mention dans les 23 pages du document remis aux commissions scolaires en novembre 2001.

C’est pourtant derrière ce terme que se dissimule toute la philosophie créée en 1919 par le fondateur des écoles Waldorf, Rudolf Steiner (voir encadré).

Rudolf Steiner à 57 ans (1918).
WaldorfCritics.org
Imbibant l’ensemble de la démarche scolaire, l’anthroposophie reprend entre autres la thèse de la réincarnation et du karma.

Les « rythmes de développement » de l’enfant sont basés sur l’arrivée successive de trois « corps » qui, selon Steiner, composent l’être humain : le corps physique qui s’incarne à la naissance, suivi du « corps éthérique » à la chute des dents (vers sept ans) et le « corps astral » qui provoque la puberté, à 14 ans.

Steiner était convaincu que les humains ont déjà vécu sur l’Atlantide et vont un jour vivre sur Vénus, Jupiter et Vulcain (?) lorsque, dans une vie future, ils auront atteint un stade plus élevé de ce  » développement  » (voir la carte de l’évolution).

Philip van Leeuwen assure pour sa part, dans sa lettre du 19 décembre, que « nous ne sommes pas des anthroposophes et l’anthroposophie n’est pas enseignée dans une école waldorf; nous ne sommes que de simples parents qui reconnaissent les bénéfices de la pédagogie waldorf et qui voudraient offrir ce choix pédagogique aux familles de Montréal. « 

Atlantis. The Fate of the Lost Land and Its Secret Knowledge. Sélection de textes de Rudolf Steiner
« Les enfants n’entendent pas directement parler de réincarnation. Mais la pédagogie est basée sur ce fait », admet Vincent Breton, le fondateur de l’association Rudolf Steiner de Québec. Cette association anthroposophique tente depuis 20 ans de lancer une école privée Waldorf à Québec. Dès 1994, elle a organisé un congrès d’information sur la pédagogie Waldorf et l’anthroposophie.

Sans blâmer le silence qu’EWM choisit de garder au sujet de l’anthroposophie, Vincent Breton se dit favorable à ce que les parents sachent que le projet est directement relié à cette philosophie et y inscrivent leurs enfants en toute connaissance de cause, plutôt que de le découvrir après coup.

Un enfant a-t-il une âme?

Selon M. Breton, lui-même père de quatre enfants, si les lettres sont assimilées en 2e année plutôt qu’en 1ere, c’est parce que l’esprit, qui vivait avant la naissance de l’enfant, n’a pas encore fini de « s’incarner dans son corps physique ».

« On nous a parlé du développement de l’enfant, mais jamais que l’âme s’incarne à l’âge de sept ans », s’insurge un père qui a retiré ses deux enfants de l’école privée Rudolf-Steiner dans les années ’90 -la seule école Waldorf sur l’île de Montréal- et désire demeurer anonyme. Comme les enfants ne rapportent pas de devoirs à la maison, les parents ignorent ce qui se passe réellement. Lorsque ce père a parcouru les ouvrages anthroposophiques de la bibliothèque de l’école, il a déchanté.

Il se rappelle les rencontres avec les professeurs :  » Tout est très contrôlé. Le professeur parle. On ne pose pas de questions.  »
Un des slogans des critiques de Waldorf: posez des questions.

Les professeurs, eux, entendent bel et bien parler d’anthroposophie. Ils complètent leur certification d’enseignement du Québec par une formation spéciale d’un à trois ans, en Californie, en France, au Séminaire de formation de l’École Rudolf Steiner de Montréal ou au Rudolf Steiner Centre à Thornhill, en Ontario. Sur son site Internet, on peut lire qu’ils font un  » travail intensif en anthroposophie pour une éducation en profondeur », qu’ils étudient la  » sagesse dans les contes de fées  » ou qu’ils apprennent l’existence de « douze sens ».

Faire des maths avec les anges

Yves Casgrain, ex-directeur de la recherche à Info-secte et auteur d’un livre sur les sectes, prépare actuellement un ouvrage sur les écoles Waldorf. La somme de trois ans d’entrevues avec des professeurs de nombreuses écoles privés. « On leur conseille d’être évasif, de savoir à qui parler et quoi taire. » Sans qualifier l’anthroposophie de sectaire, Yves Casgrain rapporte des propos d’un ancien étudiant : « Si je décidais de pratiquer l’anthroposophie à nouveau, ce serait via l’eurythmie (la « science du mouvement »), qui est un moyen d’entrer en contact avec l’au-delà ». Ce même élève lui racontait aussi qu’à l’école, on maintient que « quand on fait des maths, il y a des anges qui se promènent dans la classe ».

Même si, poursuit Yves Casgrain,  » le but de ces écoles n’est pas de transformer les jeunes en anthroposophes », la pédagogie a un caractère  » initiatique  » :  » les professeurs ont une vision à long terme: préparer l’enfant à son karma, et l’outiller pour ses futures vies, dans trois ou quatre vies. C’est plus ou moins à l’insu des parents. « 

Le fait que les organisateurs d’EWM soient si discrets sur la philosophie de Rudolf Steiner s’explique peut-être par le fait qu’ils ont déjà eu maille à partir avec les médias. Depuis 1998, les parents de l’école La Roselière de Chambly observent un moratoire de silence. À l’époque, la ministre Pauline Marois n’avait pas voulu renouveler le permis d’établissement à vocation particulière: l’école n’utilisait pas de matériel didactique approuvé, son directeur était aussi le commissaire, et certains parents avaient quitté, choqués par son caractère ésotérique (dont une prière au soleil). Une mère se plaignait que l’orthopédagogue avait suggéré un traitement à sa fille pour lui faire écrire de la main droite.

Pour l’instant, la seule école Waldorf primaire et secondaire sur l’île de Montréal, l’École Rudolf Steiner, est donc une école privée. Il existe trois écoles primaires publiques au Québec, à Waterville, Victoriaville et Chambly. L’une d’elles a été mentionnée à quelques reprises dans l’actualité ces derniers mois, lorsque Louis Taillefer, spécialiste des supraconducteurs à l’Université de Sherbrooke, a récolté des honneurs dans le milieu scientifique, et en a profité pour souligner que ses enfants y sont inscrits (voir encadré). Il existe également des jardins d’enfants, dont l’Oiseau d’or à Lennoxville. Chaque fois, les promoteurs de l’école sont les parents, comme M. Taillefer.

Depuis un an et demi, près d’une dizaine d’initiatives convergent pour relancer la défunte Association pour la pédagogie Waldorf au Québec. L’école de Chambly souhaite élargir son enseignement au secondaire. D’autres travaillent à s’implanter en Abitibi, à Adamsville et dans des quartiers de Montréal. À Québec, des parents anthroposophes ont tenu une conférence publique en janvier.  » Depuis que des parents sont les maîtres d’œuvre avec les conseils d’établissements, explique Vincent Breton, on voit de plus en plus de ces initiatives pour un enseignement différent.  » Élan Waldorf Montréal compte aussi reprendre ses conférences publiques.

Qui est Steiner et qu’est-ce que l’anthroposophie?
Des poursuites en justice aux Etats-Unis
Un physicien parmi les parents
Collaboration à la recherche: Isabelle Burgun

Voir de même:

CHASSE AUX SORCIERES ?
JANINE TAVERNIER, LA PLUS CONNUE DES CHASSEUSES DE SECTES, PREFERE QUITTER UN COMBAT QUI PREND UNE TOURNURE TROP IDEOLOGIQUE. TROP SECTAIRE.
«SI ON EN VEUT A SON VOISIN, ON L’ACCUSE D’APPARTENIR À UNE SECTE.»
Entretien Joseph Veillard

Technikart

Novembre 2001

La médiatique présidente de l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu qui aide les victimes des sectes) nous reçoit dans son pavillon de la banlieue ouest de Paris. Elle vient de démissionner de son poste de présidente et semble soulagée de passer le relais dans un combat où elle s’est jetée il y a vingt ans, à la suite de l’entrée de son mari dans la secte écolo-intégriste Ecoovie.

Ironie du sort : l’ex-première chasseuse antisectes de France se retrouve au banc des accusés puisque sa fille travaille comme éducatrice spécialisée dans un établissement inspiré de la pédagogie de Rudolph Steiner, classé comme secte.

Choquée de la mise à l’index dont ont été victimes les écoles de ses petits enfants, raillée par certains chasseurs de sectes qui lui reprochent sa complaisance envers un mouvement sectaire, elle s’inquiète d’une atmosphère de chasse aux sorcières qui peut conduire à une confusion générale, voire à certaines bavures.

Janine Tavernier, pourquoi quittez-vous la présidence de l’UNADFI ?

Après vingt ans dans cette association, et dix ans de présidence de l’UNADFI, j’estime qu’il est temps de passer la main.

Par ailleurs, il y a des personnes qui arrivent dans nos associations avec des idées nouvelles et qui ont envie de changer un peu le cours des choses.

C’est-à-dire ?

Il y a toute une équipe de personnes qui ont envie de s’intéresser aux doctrines et aux philosophies. Moi, je n’y tiens pas. je suis rentrée à l’association justement parce qu’on ne s’occupait pas des doctrines ni des croyances. On ne s’occupait que des victimes de groupes totalitaires.

Le Phénomène sectaire change complètement en France. Je pense que le grand public sait ce que c’est qu’une secte alors que, en 1974, date de la création de L’ADFI, il fallait tout faire découvrir. Aujourd’hui, il y a un renouveau dans ce milieu et j’ai envie de prendre du recul pour réfléchir.

Est-ce qu’il a pu y avoir des amalgames dans la campagne antisectes ?

De plus en plus, les gens voient des sectes partout. Si on fait du yoga, si on se soigne à l’homéopathie ou à l’acupuncture, on fait partie d’une secte Je trouve cela extrêmement grave parce qu’on doit avoir une grande ouverture et accepter les médecines parallèles sans juger ni cataloguer. De plus, on se sert du phénomène sectaire pour dénoncer et créer des rumeurs.

En gros, si on en veut à son voisin, on l’accuse d’appartenir à une secte.

Des gens qui vous sont chers, impliqués dans les écoles Steiner, ont ainsi été directement accusés…

Nous ne nous intéressons qu’aux victimes et nous n’en avons jamais reçu des écoles Steiner. Je trouve cela anormal qu’elles soient cataloguées comme sectes et que l’on me reproche de les soutenir car mes petits-enfants y sont éduqués. Je me pose des questions. Je voudrais lutter contre cela, notamment quand je vois que des magasins comme Nature et Découvertes sont présentés comme faisant partie de la scientologie. Toutes ces rumeur sont inadmissibles et je ne veux pas jouer ce jeu – là. Moi je me sens tout à fait libre, je n’ai aucune croyance, aucune philosophie. Il faut faire la différence entre les nouveaux mouvements religieux et les sectes. Les premier tout à fait respectables tandis que les secondes sont nocives.

Votre départ de l’UNADFI laisse la place libre à d’autres personne plus dogmatiques. N’est-ce pas un mauvais signe ?

J’espère que non. C’est important de changer, de tout remettre à plat pour permettre une meilleure étude du phénomène. Moi, j’ai fait mon temps ce fut une période formidable, pas toujours facile, durant laquelle j’ai acquis beaucoup de maturité et d’humilité. Face au phénomène des sectes, il faut tout le temps se remettre en question. Il n’y a pas de mode d’emploi pour aider quelqu’un à sortir d’une secte, pour aider les familles.

Aujourd’hui il y a moins d’importance à faire connaître le phénomène sectaire car le monde est plus ou moins au courant. Ce qu’il faut, c’est travailler dans la finesse et faire en sorte que les personnes ne se fassent plus avoir.

Voir enfin:

Anthroposophie, Rudolf Steiner (1861-1925) et Écoles Waldorf

Les écoles Waldorf mettent en oeuvre les théories pédagogiques de Steiner, selon lesquelles l’enfant passe par trois stages… au cours du premier stage, qui s’étend de la naissance à l’âge de sept ans, l’esprit habitant le corps de l’enfant s’adapte à son environnement, et les premières classes des écoles n’offrent qu’un contenu éducatif minimal. L’apprentissage de la lecture ne commence pas avant la deuxième ou la troisième année. Durant le second stage, qui va de sept à quatorze ans, l’enfant s’intéresse surtout à l’imagination et au rêve; on lui enseigne alors la mythologie. À l’âge de quatorze ans commence le troisième stage; on croit alors qu’un corps astral est attiré par le corps physique, ce qui déclenche la puberté. (Boston)
L’Autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a dirigé la section allemande de la Société de théosophie de 1902 à 1912, avant de la quitter pour fonder la Société d’anthroposophie. Il a peut-être troqué la sagesse divine pour la sagesse de l’Homme, mais l’une des principales raisons pour lesquelles il a rompu avec les théosophes était qu’ils n’accordaient pas une place spéciale à Jésus et au Christianisme. Steiner n’en eut pas moins aucune difficulté à accepter certain concepts hindouistes comme le karma et la réincarnation. En 1922, Steiner avait établi ce qu’il appelait la Communauté des chrétiens, qui comportait une liturgie et des rites propres aux anthroposophes. La Société anthroposophique et la Communauté des chrétiens existent encore de nos jours, mais comme entités distinctes.

Ce n’est pas avant d’atteindre la quarantaine, au moment ou le dix-neuvième siècle tirait à sa fin, que Steiner s’est senti attiré par l’occultisme. Steiner était un véritable esprit universel, intéressé, entre autres, par l’agriculture, l’architecture, l’art, la chimie, le théâtre, la littérature, les mathématiques, la médecine, la philosophie, la physique et la religion. Sa thèse de doctorat, à l’Université de Rostock, portait sur la théorie de la connaissance de Fichte. Il a écrit de nombreux ,ouvrages et a donné une foule de conférences portant des titres comme La Philosophie de l’activité intellectuelle (1894), La Science de l’occulte (1913), Enquêtes sur l’occultisme (1920), Comment connaître les mondes supérieurs (1904) et L’Illusion ahrimanienne (1919). Cette dernière conférence décrit sa « vision extralucide » de l’apport de divers esprits à l’histoire humaine, et se lit comme les mémoires de . Il a également été très attiré par les idées mystiques de Goethe, dont il a publié les œuvres sur plusieurs années. Une bonne partie de ce qu’a écrit Steiner semble reprendre Hegel. Il pensait que la science et la religion voyaient juste, mais pas de façon globale. Marx s’est trompé: c’est véritablement l’esprit qui fait avancer l’histoire. Steiner a même parlé de la tension entre la recherche du communautaire et l’expérience de l’individualité, qui ne constituaient pas vraiment une contradiction, selon lui, mais représentaient plutôt deux pôles enracinés dans la nature humaine.

Steiner s’intéressait à un nombre phénoménal de choses, mais à l’approche du vingtième siècle il s’est concentré surtout sur l’ésotérique, le mystique et l’occulte. Deux idées théosophiques l’attiraient avant toute autre: 1) il existe une conscience spirituelle qui donne un accès direct à des vérités supérieures; 2) la fange du monde matériel entrave l’évolution spirituelle.

Steiner a peut-être rompu avec la Société de théosophie, mais il n’en a pas abandonné son mysticisme éclectique pour autant. Il voyait dans l’anthroposophie une « science spirituelle ». Convaincu que la réalité est essentiellement de nature spirituelle, il désirait former l’individu de façon à ce qu’il puisse dépasser le monde matériel et apprendre à saisir le monde spirituel grâce à un soi supérieur. Il enseignait l’existence d’une espèce de perception spirituelle indépendante du corps et des sens. Apparemment, c’est ce sens spécial qui lui a permis de comprendre le monde occulte.

Selon Steiner, il y avait des êtres humains sur Terre depuis la création de la planète. Ils étaient d’abord apparus sous forme d’esprits, pour passer ensuite par diverses stades et en arriver à leur forme présente. L’humanité vivait actuellement sa période post-Atlantide, qui avait commencé avec la submersion progressive de l’Atlantide en 7227 avant Jésus-Christ… La période post-Atlantide se divisait en sept époques, la présente étant l’époque européenne-américaine, censée durer jusqu’en 3573. Après elle, les humains regagneraient les pouvoirs de clairvoyants qu’ils possédaient apparemment avant la Grèce antique (Boston).
C’est cependant dans le domaine de l’éducation que Steiner a eu le plus d’influence, et ce, de façon durable. En 1913, à Dornach, près de la ville suisse de Bâle, il a fait construire son Goetheanum, une « école des sciences spirituelles », qui servirait de précurseur aux écoles Steiner ou Waldorf. Le nom de « Waldorf » vient de ce que Steiner a ouvert un établissement pour les enfants des travailleurs d’une fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria à Stuttgart, en Allemagne, en 1919. Le propriétaire de la fabrique, qui avait invité Steiner à prononcer une série de conférences pour ses travailleurs, fut apparemment si impressionné par l’homme qu’il lui a demandé d’ouvrir une école. La première école Waldorf des États-unis a été créée en 1928. Aujourd’hui, selon les adeptes de Steiner, il existe 600 écoles du genre, comptant quelque 120 000 étudiants, dans 32 pays. On croit qu’il y a 125 écoles Steiner en Amérique du Nord. On retrouve même un Collège Rudolf Steiner non accrédité, qui offre des baccalauréats en études anthroposophiques et en éducation Waldorf, ainsi qu’une maîtrise en éducation Waldorf.

Steiner a créé son programme d’études à partir de concepts apparemment dictés par son intuition au sujet de la nature du monde et des enfants. Il croyait que chacun de nous est constitué d’un corps, d’un esprit et d’une âme. Selon lui, les enfants passent par trois phases de sept ans, et le système d’éducation doit se plier à chacune de ces phases. De 0 à 7 ans, l’esprit doit s’adapter à son existence dans le monde matériel. À ce stade, les enfants apprennent avant tout par imitation. La matière scolaire doit rester minimale durant ces années. On raconte aux enfants des contes de fées, et on leur montre l’alphabet et l’écriture dès la première année, mais ils n’apprennent à lire qu’à partir de la deuxième.

Toujours selon Steiner, la deuxième phase de la croissance se déroule sous le signe de l’imagination et de la fantaisie. De 7 à 14 ans, l’enfant apprend le mieux par l’acception de l’autorité et l’émulation. Durant cette période, il n’a qu’un seul enseignant, et l’école devient une « famille », dont les enseignants sont les « parents ».

De 14 à 21 ans, le corps astral est attiré dans le corps physique, ce qui produit la puberté. Les idées anthroposophiques ne font pas nécessairement partie du programme des écoles Steiner, mais apparemment, ceux et celles qui s’occupent d’établir ces programmes y croient. Les écoles Waldorf laissent la formation religieuse aux soins des parents, mais on y retrouve habituellement une certaine tendance spirituelle, fondée sur une perspective chrétienne.

Malheureusement, comme elles ne font pas dans le fondamentalisme chrétien et l’interprétation littérale de la Bible, certains prétendent souvent qu’elles encouragent le paganisme, et même le satanisme. C’est sans doute parce qu’elles mettent l’accent sur la Nature et les rythmes naturels, y compris les festivals, les mythes, les cultures anciennes et différents rituels non chrétiens. (L’arrondissement scolaire unifié de Sacramento a abandonné son projet de transformation de l’école élémentaire Oak Ridge en établissement d’enseignement spécialisé Waldorf après que de nombreux parents ont formulé des plaintes, et qu’au moins un enseignant a parlé de satanisme. L’arrondissement a décidé de réserver le programme Waldorf à un autre endroit, et PLANS, Inc., un groupe critique à l’égard des écoles Waldorf, le poursuit en cour fédérale pour non-respect du principe de la séparation entre l’église et l’état.)

Certaines des idées mises en valeur par les écoles Waldorf ne viennent pas de Steiner, mais sont néanmoins conformes avec celles du maître. Par exemple, elles ne recommandent pas la télévision en raison du contenu qu’on y retrouve habituellement, et parce qu’elle ne favorise pas l’imagination. C’est là chose propre à attirer certains parents, puisqu’il est difficile de trouver quoi que ce soit de positif pour les jeunes enfants à la télé. L’auteur des présentes lignes est bien d’accord avec le fait que lorsqu’ils sont tout jeunes, les enfants devraient apprendre à se faire des amis, à parler, à écouter, à interagir avec la nature et les gens, au lieu de se retrouver plongés dans un état relevant de l’hypnose devant un écran cathodique. On peut présumer que les enseignants de la méthode Waldorf découragent également les jeux vidéo pour l’image déshumanisante qu’ils donnent de la violence, mais aussi parce qu’ils étouffent l’imagination.

Les écoles Waldorf n’encouragent pas non plus l’utilisation de l’ordinateur par de jeunes enfants. Les avantages de l’informatique dans la formation des jeunes restent apparemment à démontrer, même s’il semble y avoir un consensus généralisé à ce sujet dans le monde de l’éducation, où l’on dépense des milliards chaque année pour acquérir le matériel dernier cri, et ce pour des élèves qui savent à peine lire ou écrire, et encore moins penser de façon critique ni faire preuve d’un minimum d’habiletés sociales ou verbales. D’un autre côté, les écoles Waldorf sont peut-être aussi gagas des arts que les écoles publiques le sont de la technologie. Ce que l’on considère superflu au public est vu comme essentiel par les écoles Waldorf, par exemple, le tissage, le tricot, la musique, la sculpture sur bois et la peinture.

L’un des volets les plus inusités du programme scolaire porte sur ce que Steiner appelait l' »eurythmie », un art du mouvement qui s’efforce de rendre visible ce qui correspond, croyait-il, aux formes et aux gestes intérieurs du langage et de la musique. Selon la foire aux questions d’un site dédié à l’enseignement Waldorf, « elle laisse souvent perplexe les parents peu familiarisés avec notre forme d’éducation, [mais] les enfants répondent aux rythmes simples et aux exercices qui les aident à renforcer et à harmoniser leurs corps et leurs forces vitales. Plus tard, les élèves plus avancés s’exercent à des représentations eurythmiques de la poésie, du théâtre et de la musique, ce qui leur permet d’acquérir une perception plus approfondie de la composition et de l’écriture. L’eurythmie améliore la coordination et renforce la capacité d’écoute. L’enfant qui se voit lui-même comme un orchestre et qui doit acquérir une relation claire avec autrui au sein de l’espace se renforce également sur le plan social ».

La conséquence la plus intéressante de la pensée de Steiner au sujet de l’éducation a sans doute été sa tentative d’instruire les handicapés physiques et mentaux. Il croyait que c’est l’esprit qui saisit la connaissance, et cet esprit devait être le même pour tous, sans égard aux différences mentales ou physiques.

La plupart de ses critiques s’accordent à dire que Steiner était un homme remarquable, honnête et admirable. Contrairement à de nombreux « gourous », il semble avoir obéi à une morale stricte, n’a pas tenté d’envoûter ses disciples, et a conservé toute sa fidélité à son épouse. On a remis en question son envergure morale par des accusations de racisme, mais une longue apologie a été rédigée pour le défendre. Steiner, qui croyait à la réincarnation et au passage des âmes par différents niveaux, y compris des niveaux raciaux, situait les races africaines sous les races asiatiques, les races européennes étant au sommet de la hiérarchie. Les défenseurs de Steiner renvoient à des écrits tels que sa Philosophie de la liberté, où l’on trouve des passages vagues et apparemment contradictoires semblables à celui-ci:

Un groupe ethnique constitue un tout, et chacun de ses membres est marqué des signes caractéristiques de ce groupe. La physionomie et le comportement de chacun sont conditionnés et imprégnés par le caractère ethnique. Lorsqu’on cherche à comprendre tel ou tel trait, telle ou telle manière d’être d’un homme, on est ramené de l’individu à l’espèce. C’est elle qui nous explique la forme que revêt une tendance observée chez un individu.Mais l’homme se libère de cette emprise de l’espèce. Appréciée à sa juste valeur, elle cesse d’être une entrave à la liberté humaine, et ne doit pas le devenir sous l’effet d’une quelconque institution artificielle. L’être humain développe certaines qualités et accomplit certaines fonctions selon des mobiles qui lui sont propres. Les traits typiques de l’espèce chez lui ne sont que des moyens grâce auxquels il arrive à exprimer son entité personnelle. Les qualités spécifiques données par la nature lui servent de base, et il les façonne d’après les tendances de son être le plus intime. Dans les lois de l’espèce, on cherchera en vain la source des manifestations de cet être intime.*
Sans aucun doute, Steiner a beaucoup fait dans bien des domaines, mais comme philosophe, scientifique et artiste, il dépasse rarement la moyenne et demeure fort peu original. Quant à ses idées spirituelles, elles semblent bien moins crédibles, et n’ont certainement rien de scientifiques. Certains de ses principes en éducation, cependant, demeurent intéressants. Il avait raison de dire qu’il est dangereux d’éduquer de jeunes cerveaux au sein d’écoles dépendant du gouvernement. L’éducation financée par l’état peut mener à un programme au service de l’état, c’est-à-dire axé sur ses politiques économiques et sociales. L’éducation ne cherche alors plus à répondre aux besoins de l’enfant, mais aux besoins économiques de la société. La concurrence qui sous-tend la majeure partie de l’éducation publique peut bénéficier à la société, mais sans doute pas à tous et chacun. Une éducation où la coopération et les bons sentiments, plutôt que la concurrence et le ressentiment, marquent les relations essentielles entre élèves pourrait être plus avantageuse pour leur développement intellectuel, moral et créatif.

Steiner a également fait preuve d’avant-gardisme par sa compréhension du sexisme :

Si la situation sociale des femmes est souvent indigne d’elles, c’est qu’elle est déterminée, sous bien des rapports, par l’idée générale que l’on se fait des besoins et des devoirs naturels de la femme, et non point, comme ce devrait être, par ses qualités individuelles. Les occupations de l’homme s’orientent d’après ses aptitudes et ses goûts personnels, celles de la femme dépendent du seul fait qu’elle est femme. La femme doit être esclave de l’espèce, du typique féminin. Discuter si « de par sa nature » la femme est prédisposée à tel ou tel métier, c’est maintenir la question féministe au stade le plus élémentaire. Laissons à la femme le soin de juger ce qu’il est dans sa nature de vouloir.*D’autre part, il est vraisemblable que certaines des idées les plus bizarres de l’anthroposophie, comme les corps astraux, l’Atlantide, les Aryens, les Lémuriens, etc. soient transmises par le système d’éducation Waldorf, même si les théories philosophiques de Steiner ne font pas partie du programme qu’il destinait aux enfants. Est-il si difficile de défendre l’amour et la fraternité sans avoir recours à des fantasmes cosmiques quelconques? Lorsqu’on cherche à critiquer le mal que représente une vie entièrement consacrée à la recherche de biens matériels, sans égards pour autrui ou la planète, pourquoi s’appuyer sur un mysticisme échevelé? Pourquoi faut-il attribuer à l’absence de vie spirituelle le mal que l’on voit autour de soi? On pourrait aussi bien dire qu’une trop grande spiritualité en est à l’origine: les tenants de la vie spirituelle se soucient si peu de la vie matérielle qu’ils n’en font pas assez pour rendre notre monde meilleur. En outre, qu’est-ce qui interdit de raconter des histoires, de danser, de chanter, de faire de la musique, de créer des œuvres d’art et d’étudier la chimie, la biologie et la physique? Enfin, pourquoi serait-il impossible d’étudier le monde naturel sans qu’on considère la chose, soit comme un moyen d’obtenir un boulot assuré et d’acquérir des richesses matérielles, soit comme une façon d’harmoniser son âme avec le cosmos?

On ne doit pas bourrer le crâne de nos enfants d’idées matérialistes ni métaphysiques. Il faut les aimer, et leur apprendre à aimer. On doit leur permettre de grandir dans une atmosphère conviviale. On ne doit pas les typer selon la vieille théorie des tempéraments. Il faut leur offrir ce qu’il y a de mieux dans la nature, l’art et la science, de façon à ce qu’ils évitent de tout ramener à leur âme ou à leur future carrière. Malheureusement, la plupart des parents, semble-t-il, se prononceraient contre un tel type d’éducation.

Voir également: Médecine anthroposophique et Théosophie.

En savoir plus

Anthroposophical Medicine William T. Jarvis, Ph.D.
PLANS: People for Legal and Nonsectarian Schools -educating the public about Waldorf Education
Anthroposophy: Rudolf Steiner’s ‘Spiritual Science’ by Rob Boston
Is Anthroposophy Science? by Sven Ove Hansson
The Rudolf Steiner Archive
Henry Barnes on Waldorf Education
Waldorf Homeschoolers
Steiner and Gardening, i.e., Biodynamics?
Sympathetic Vibratory Physics
New Myths About Rudolf Steiner by Peter Normann Waage
The Janus Face of Anthroposophy Peter Zegers and Peter Staudenmaier Reply to Peter Normann Waage, New Myths About Rudolf Steiner
Anthroposophy and Ecofascism by Peter Staudenmaier
Lawsuit against Waldorf revived by Bill Lindelof (Sacramento Bee/March 31, 2003)

Voir aussi:

Luxembourg : les géants du Net champions de l’optimisation fiscale
Plus de 300 multinationales pratiquent l’évasion fiscale au Luxembourg, selon les révélations du consortium de journalisme ICIJ. Parmi elles, on trouve de nombreux géants de la high-tech comme Apple ou Amazon.
01net avec AFP
01net.
le 06/11/14

Pays-Bas, Irlande et maintenant Luxembourg, les révélations se suivent en cascades concernant les pays qui accordent d’énormes ristournes fiscales aux multinationales pour les attirer sur leur sol. L’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) vient de révéler le détail des montants consentis par le Luxembourg. Et les géants de la high-tech et des télécoms figurent en bonne place des bénéficiaires. A commencer par Amazon, Apple, Verizon ou encore Vodafone.

Des pratiques qui remontent à 2002

Entre 2002 et 2010, selon une enquête publiée jeudi par 40 médias internationaux dont le journal français Le Monde, le Grand-Duché a passé des accords fiscaux avec 340 multinationales, dont Apple, Amazon, Ikea, Pepsi, Heinz, Verizon, AIG ou Axa, afin de minimiser leurs impôts.

L’enquête, qui a duré six mois et s’appuie sur 28 000 pages de documents, porte sur la pratique des accords fiscaux anticipés, ou « tax ruling ». Cette pratique est légale et ne concerne pas que le Luxembourg. Elle permet à une entreprise de demander à l’avance comment sa situation sera traitée par l’administration fiscale d’un pays, et d’obtenir certaines garanties juridiques. Cela influence la répartition du bénéfice imposable d’une multinationale entre ses filiales situées dans des pays différents, ce qui lui permet de faire de l’optimisation fiscale.

Des révélations qui ne vont pas manquer de fragiliser Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne et premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013.


Violences: C’est la polygamie, imbécile ! (Polygamous societies are just more violent, researchers say)

21 décembre, 2014
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Tu ne prendras pas pour autre épouse la sœur de ta femme, car tu provoquerais des rivalités entre elles en ayant des relations avec la sœur, tant que ta femme est en vie. Lévitique 18: 18
C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère. (…) Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 8-14)
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures. Jihadiste français (Etat islamique)
Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part. Militant de l’Etat islamique
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
What do we want? Dead cops! When do we want it? Now! Manifestants de New York (13.12.14)
Plus de 1.000 combattants européens enrôlés dans ses rangs sont revenus dans l’espace Schengen. (…) L’adversaire n’est plus seulement aux portes de l’Europe, il en a franchi le seuil.  [d’où] la nécessité d’intégrer encore plus dans notre réflexion le retour de l’armée de terre sur son milieu naturel, celui du sol national, pour pourvoir y faire face, avec les forces de sécurité, à tous types de menaces dont celles que ces vingt dernières années avaient confinées à l’extérieur. Général Jean-Pierre Bosser (chef d’état-major de l’armée de terre)
C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées. Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration. François Hollande
De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats. Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros). Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant. (…) D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines. Le Figaro
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Certains islamistes peuvent se montrer respectueux des lois et raisonnables, mais ils font partie d’un mouvement totalitariste et, à ce titre, doivent être considérés comme des meurtriers potentiels. Daniel Pipes
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer. Proust
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie. (…) De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. Khalid Chraibi
Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny. The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it. Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. (…)  The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women. Prof. Joseph Henrich (University of British Columbia)
Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives. Science Daily
Selon les données anthropologiques disponibles, environ 85 % des sociétés humaines passées ont permis aux hommes d’avoir plus d’une épouse par un mariage polygame. On pourrait empiriquement penser que l’accroissement de la richesse des « élites » devraient favoriser encore plus les mariages polygames18. Or, la tendance est contraire : le mariage monogame s’est propagé à travers l’Europe, et plus récemment dans le monde, même chez les « élites », alors même que les écarts de richesse ont grandi. Peter Richerson et son équipe (Université UC Davis, Californie) ont utilisé les données criminologiques disponibles pour comparer sociétés polygames et monogames. Elles laissent penser que les cultures monogames connaissent moins de viol, d’enlèvement, assassinat et maltraitance d’enfants, et d’autres crimes que les sociétés polygames. Comparativement, selon cette étude, l’institutionnalisation du mariage ou couple monogame semble apporter plus d’avantages nets pour la société. Une explication proposée par les auteurs est que dans les sociétés polygames, de nombreux hommes sont contraints au célibat et laissés pour compte, avec moins d’espoir de pouvoir vivre avec une femme. Ils seraient alors plus susceptibles de violence et de comportements asociaux ; Peter Richerson pose l’hypothèse que la monogamie institutionnalisée est associée à un modèle culturel mieux adapté au monde moderne, réduisant la compétition intrasexuelle chez les jeunes, et réduisant par suite le taux de criminalité (dont en termes de viol, assassinat, agression, vol et fraude, ou de certains abus personnels) tout en diminuant les écarts d’âge entre conjoints, la fertilité, et l’inégalité des sexes et en déplaçant les efforts des hommes de la recherche d’une épouse vers plus d’investissement paternel, et une meilleure productivité économique. Peter Richerson estime qu’en augmentant le degré de parenté au sein des ménages, la monogamie normative réduit les conflits intra-ménage, et conduisant= à moins de négligence envers les enfants, moins d’abus, de mort accidentelle et d’homicide. Wikipedia

Viols, enlèvements, assassinats, maltraitance d’enfants, vols, fraudes, inégalités homme-femme …

A l’heure où après avoir exposé au monde, dans les textes sacrés les plus violents de l’histoire de l’humanité et d’Abraham à Jacob et de David à Salomon, tous les travers et méfaits imaginables des relations homme-femme …

Et démontré enfin avec la monogamie tout le bien-fondé d’une singularité judéo-chrétienne que nos élites s’étaient imposées contre leurs intérêts immédiats mêmes …

Nos sociétés dites avancées n’ont pas de mots plus durs pour la source de leurs avancées …

Et, après l’exaltation de la sérialité (polygamique ou monogamique) et du métissage, nous matraquent à présent avec l’aberration du « mariage homosexuel » …

Pendant qu’entre enlèvements, ventes et massacres de femmes et d’enfants et du Proche-Orient au Sous-continent indien et en passant par l’Afrique, la religion de paix et d’amour démontre chaque jour un peu plus malgré les premiers revers le véritable fond de sa pensée …

Et que poussés au passage à l’acte par la  fureur djihadiste ou la victimose ambiante et leur faisant éprouver à leur tour ce que subit depuis des années Israël, s’installent durablement en leur sein même, de New York à Ottawa et de Sydney à New York ou de Tours à Dijon, une véritable classe de perdants

Comment ne pas voir avec une récente étude canadienne …

L’une des évidentes sources, via le surplus de jeunes désoeuvrés et frustrés qu’elle produit, de la violence spécifique des sociétés musulmanes

A savoir sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin suite à leurs incessantes guerres …

La tolérance de la polygamie ?

Monogamy reduces major social problems of polygamist cultures
Science Daily
January 24, 2012

Source:
University of British Columbia
Summary:
In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage. That is a key finding of a new study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

Voir aussi:
Biblical Polygamy Does Not Turn out Well

Curated by Mike Schultz

Though polygamy is clearly allowed in the Bible, it almost always leads to really bad situations. Of the three religions coming out of the Bible, Christianity (early) and Judaism (much later) ended polygamy while Islam continued it.

Jacob Marries Two Sisters: Rachel and Leah
Source: biblegateway.com

There are several stories of polygamy in the Bible, and they almost all turn out badly.

In Genesis 29 (see this article attached to this learning for the complete story), Jacob has fled Canaan from his murderous brother Esau after deceptively obtaining Esau’s blessing from Isaac. He makes his way to Haran, to his uncle Laban’s house. There he ends up marrying Laban’s two daughters, Leah and Rachel, as well as their two handmaidens, Bilhah and Zilpah. But he only married Leah because he was tricked into it, and as verse 29:31 records, Leah was hated. Some translations offer the nicer « unloved » or « not loved, » but the literal Hebrew is quite clearly hate.

Reading through this chapter, and the explanations that Leah gives to the names each of her children receives, it’s heart-wrenching to see what it can be like for one wife when a different wife is clearly preferred by her husband. And when they’re sisters, of course, it’s that much worse.

This dynamic doesn’t end – the children of Rachel are preferred by Jacob to the children of Leah, leading to a lot of resentment and ultimately the brothers’ selling Joseph (Rachel’s son) down to Egypt.

Later on in the Bible, the reality that it’s not such a good idea to marry two sisters is turned into a proper prohibition:

« You shall not take a woman as a wife after marrying her sister, as her rival, to uncover her nakedness beside the other during her lifetime. » (Vayikra 18:18)

Abraham, Sarah and Hagar: Hagar Is Banished
Source: torah.org

A couple of generations earlier, Abraham’s wife, Sarah, who he loves, is barren for many years. So she suggests that Abraham take her maidservant, Hagar, as his second wife. But she ends up regretting it pretty quickly, as Hagar starts disrespecting her from the moment that she becomes pregnant. In two separate episodes, Sarah demands that Abraham banish Hagar, first when she is pregnant and then after Hagar’s teenaged son, Ishmael, is mistreating Sarah’s young son, Isaac (don’t let the image trick you – Ishmael is 13 years older than Isaac, not the same age as in this painting). In each case, Hagar and Ishmael almost perish in the desert but are miraculously saved.

So Sarah and Hagar did really poorly as co-wives. This post retells the full story and suggests based on a rabbinic source that Sarah acted inappropriately. Here maybe the message is not to marry your wife and her servant.

Very interestingly, after Sarah dies, the midrash suggests that Isaac took an unusual step. Abraham’s servant was off searching for a wife for Isaac. Isaac, according to the midrash, felt that the least he could in return was make sure his father wasn’t alone. So in Genesis 24:62, he went to the Well of the Eternal One Who Sees, the well named by Hagar after her miraculous salvation. Why did he go there? The midrash suggests that this is where Hagar went to live after having been sent away the second time. (Interestingly, I believe Islam says the same thing – this is the Zamzam well outside of Mecca.) And Isaac went there to bring Hagar back to be his father’s wife once more.

So there you have quite a co-wife dynamic: the son of the preferred wife encouraging his father to remarry the rejected wife after his preferred wife passes away. And then after Abraham dies, it says in 25:11 that Isaac went back to the Well again, to ensure that Hagar remains part of the family.

Rival Wives: Hannah and Peninah
Source: biblehub.com

Even when there’s no prior relationship between two wives, it still can go quite badly. In the beginning of the Book of Samuel, as you can read in this post, Elkanah has two wives, and as usual the one he loves better (Hannah) is barren while the one he loves less (Peninah) has kids. And just as this painting captures, Peninah does not hesitate to torture Hannah with incessant reminders of her barrenness.

In Biblical Hebrew, the word tzarah means both « trouble » and « co-wife. » So that makes it pretty clear, I’d say – no illusions here about whether co-wives were likely to get along happily.

King David & King Solomon and Their Many Wives
Source: mechon-mamre.org

When it came to the kings, they can’t say they weren’t warned. Deuteronomy 17:16-17 warns, « The king must not acquire great numbers of horses for himself or make the people return to Egypt to get more of them, for the Lord has told you, « You are not to go back that way again. » He must not take many wives, or his heart will be led astray. »

King David took at least 22 wives and concubines, and suffered greatly from the infighting as to who would inherit his throne.

But King Solomon’s story offers more of a warning. This learning takes you to I Kings 11, where we read of King Solomon’s 1000 wives (which doesn’t include the Queen of Sheba, pictured here, with whom he had a more ambiguous relationship, but the Ethiopian Orthodox Church claims descent from their union, as well as the resulting possession of the holy Ark of the Covenant).

Just as Deuteronomy warned, they lead him astray, building sites of idol worship in his old age, as a result of which he is punished by having the kingdom torn in two in the next generation.

Why (and When) Did Christianity Outlaw Polygamy?
Source: en.wikipedia.org

If polygamy was so clearly allowed in the Hebrew Bible, how did it come to pass that the early Church prohibited it?

You could say they were good readers of the Hebrew Bible and saw how this didn’t go so well. But this Wikipedia article suggests that a major driving force may have been the fact that Roman marriage had to be monogamous. And since Christianity began within the Roman empire, that may well have had a major impact.

As you can see in this article, there is debate as to what the Christian Bible has to say about polygamy. Though there are several Biblical passages that seem to outlaw it, none of them are 100% clear, leaving open the possibility that the Christian prohibition came only after the Bible.

TLC’s Sister Wives: Mormonism and Polygamy
Source: learni.st

It’s well known, thanks to shows like Big Love and the TLC’s series of documentaries of real-life families, that an offshoot of the Mormon church still practices polygamy today.

This  documentary from Discovery highlights TLC’s « Sister Wives »  featuring Kody Brown and his four wives. There’s also an interesting learning about the history of polygamy in the US and the original position of the Mormon church on the question.

Finally, there’s a learning that looks at this issue from a totally different perspective. Many traditional African societies today have polygamy, and in this learning the author argues why polygamy is a good thing.

Maasai Tribe: The Meaning of Love & Polygamy
Source: youtube.com

From the BBC show « Tribal Wives » (where British women get integrated into indigenous tribes around the world), this video provides some interesting perspective on polygamy. If marriage is not about love but about successfully running a household, then polygamy could take on a totally different feel. In the Bible, it kind of feels like marriage is about both love and practicality, or sometimes one and sometimes the other.

Does Jewish Law Forbid Polygamy?
Source: chabad.org

In Judaism, there’s no mention of polygamy in the rabbinic period (~2000 years ago), so it seems to have been a permitted but very uncommon practice. But 1000 years ago, the head of the Ashkenazi (Northern European) Jewish community, Rabbeinu Gershom, put out a new decree. Among other things (like forbidding reading other people’s mail), Rabbeinu Gershom outlawed polygamy.

This article suggests 5 different reasons for Rabbeinu Gershom’s decree, most of them to do with ensuring greater happiness within the home, either because of infighting between the wives or a husband not being nice to all his wives or just because of the financial strain.

However, this decree did not apply to the Sephardic Jewish communities in Spain and later on North Africa and the Middle East.

Jewish Polygamy
Source: jewishencyclopedia.com

This 1906 entry from the Jewish Encyclopedia gives a very thorough look at polygamy in Judaism, from a close reading of the Bible (When did polygamy start? What was the ideal, as represented by Adam and Eve? Why did the Judges take multiple wives? Why did the Prophets not do so?) through the rabbinic period and into the last millenia. Polygamy in the Sephardic world was certainly rare, but it remained a possibility until recent years, when there were basically almost no Jews left living in countries that permitted polygamy.

Why Polygamy Is Allowed in Islam
Source: patheos.com

This blog post written by a Muslim woman attempts to explain the underlying reason behind Islam’s allowing a man to take up to four wives. In addition, she offers suggestions to the women for how to make it work.

In Islam, explicit in the Quran and Hadith (oral teachings of the Prophet Muhammad), a man is allowed to marry up to 4 women. It’s neither encouraged nor discouraged, just allowed. The author argues, based on the context in the Quran of these teachings, that after a time of war, with so many fallen men, polygamy is a means of caring for the widows and orphans.

Islam requires the husband to treat all his wives equally – to divide his time and financial resources evenly and provide similar housing for each.

Towards the end of this post, the author provides an interesting collection of tips and advice for women considering marrying someone who is already married.

Polygyny in Islam: The Historical Context
Source: en.wikipedia.org

Among many interesting pieces in this Wikipedia article, two in particular jump out as worth paying attention to:

1) The historical context. In the Arabian peninsula in the time of the Prophet Muhammad, there were no limits on the number of wives a man could take. There was also in general a good deal of variety of the kinds of marriages allowed by different societies in the region. It was most definitely not a Christian-ruled area with monogamy as the norm. It’s quite possible that Islam actually greatly limited polygamy and added protections for that time period.

2) A current list of Muslim countries with some restrictions on polygamy and what those restrictions are.

Voir enfin:

La charia et la polygamie (1/4)

La polygamie en question

Khalid Chraibi

Oumma.com

25 septembre 2009

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

A propos de l’auteur
Khalid Chraibi

Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
A Rachida Benchemsi
« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.

Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de ce dérapage dans l’application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de la polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes et des enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les ONG féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et simple, soit, si cela n’est pas possible, du moins l’institution de contrôles sévères pour réduire ses effets pernicieux sur les familles et sur la société.

Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu’ici dans ce domaine. Ils estiment que chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l’enseignent les juristes musulmans depuis les temps de la Révélation.

Mais, au 19è s., le mufti d’Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de nouveaux axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu’en droit musulman, non seulement le mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D’après lui, ces derniers doivent être respectés au même titre que ceux du mari.

Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur la conclusion qu’il est licite, en droit musulman, d’interdire la polygamie, compte tenu de tous ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement tous les « bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.

La polygamie en perspective

La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un homme avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines depuis les temps les plus anciens. Les différentes religions l’ont explicitement acceptée ou tacitement tolérée pendant des siècles, avant de l’interdire parfois, comme ce fut le cas du Judaïsme et du Christianisme.(2) (3)

En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée, certains hommes prenant jusqu’à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs moyens. L’Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait épouser en même temps, et uniquement s’il remplissait certaines conditions. Mais, il appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s’il les satisfaisait.

Depuis le milieu du 20e siècle, sous la pression conjointe des mouvements féministes, des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué des procédures de contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d’ailleurs d’un pays à l’autre. Ces procédures ont été, dans l’ensemble, peu efficaces, parce qu’elles se basent sur des critères d’ordre qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à l’appréciation des magistrats et des notaires chargés de leur application.

Cependant, aujourd’hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est sur le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus difficiles et le niveau d’éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du dixième des foyers, et est plus répandue en milieu rural qu’urbain. Son taux est particulièrement élevé dans les familles aux revenus modestes, et au faible niveau d’éducation, alors qu’elle diminue de manière considérable, au fur et à mesure que le niveau de revenu et d’éducation du chef du foyer augmente. ( 4) Depuis quelques années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains pays, du fait de sa promotion par les groupes fondamentalistes.
La polygamie en question

La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21e siècle ? Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative. Elles soulignent ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au foyer, lorsque le mari prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de manière considérable les ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être redistribué de manière équitable entre plusieurs épouses et leurs enfants. La communauté elle-même se trouve concernée, parce que des femmes et des enfants en grands nombres se retrouvent abandonnés sans ressources et sans abri, par un mari et un père parti vivre avec sa nouvelle femme.

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. (6)
Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie

Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
« 3. Si vous craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins… alors épousez ce qui vous plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr moyen d’échapper à la partialité. »

« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée) comme en l’air. » (7)

Pour bien saisir le sens de ces versets, et l’importance des règles qu’ils instituent, il faut les replacer dans le contexte de l’époque de leur Révélation.
En Arabie, avant l’Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes pertes en hommes. Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état de se marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d’épouser autant de femmes qu’ils le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent.

La polygamie, qui était pratiquée sans aucune restriction, à l’époque, répondait ainsi à un besoin social, même si ses adeptes ne pensaient qu’à satisfaire leurs désirs sexuels personnels. Cependant, les épouses ne jouissaient d’aucun droit et servaient, avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)

Par ailleurs, à l’époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de nombreuses filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle d’hommes qui envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais, ces hommes se demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible avec les enseignements de la foi à laquelle ils s’étaient convertis.

Le verset 3 s’inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes de tels agissements, leur recommandant de chercher d’autres femmes à épouser, en dehors de celles sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la polygamie. Il plafonne à quatre le nombre maximum d’épouses par homme, et établit des conditions et des exigences que l’homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier avec plus d’une femme n’est pas donné à n’importe qui, n’importe comment. » (9)

La condition d’équité envers toutes les épouses

D’après les juristes, le verset 3 impose à l’homme la nécessité de réserver un traitement juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan matériel, en respectant scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de préférence à aucune d’elles par rapport aux autres. S’il craint de ne pas pouvoir faire cela, il doit se limiter à une seule épouse. De telles règles constituaient une innovation fondamentale en Arabie.

Le verset 3 impose également au mari d’avoir des ressources financières adéquates pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu’il n’ait le droit de prendre plus d’une femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également des facteurs dont il doit être tenu compte.
L’islam n’encourageait donc pas la polygamie. Bien au contraire, il la restreignait, puisqu’il limitait, désormais, à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait prendre simultanément, et établissait la contrainte de l’équité à respecter.

Le verset 129 avertissait, pour sa part, les hommes qu’ils ne pourraient pas faire preuve d’équité (dans les sentiments qu’ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers plusieurs épouses. (10) Mais il n’interdisait pas la pratique. Il appartenait à chaque homme de prendre ses responsabilités en la matière, de décider en son âme et conscience s’il serait capable de faire preuve d’équité, sur le plan matériel, et s’il serait capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les conditions fixées par le Coran.

Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles
De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. (11) On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » (12)

D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l’épouse est stérile, ou si elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels avec son mari, la majorité des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième femme. (14)
Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n’est légitime, en Islam, que lorsqu’elle est assortie des conditions et des limites prescrites dans le Coran ; et uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et rigoureusement respectées.

Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l’esprit de toutes les conditions prescrites par l’Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes

(1) Mortada Motahari, « L’Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p. 305

(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »

(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, Paris, 2007

(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000

(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities

(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995

(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris, 2002, p. 95 et p. 113

(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 91

(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260

(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93

(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la femme), Casablanca, 2000, pp. 88-92

(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319

(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324

(14) Muhammad Abduh, « ta’addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd. Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 95

(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322

Voir également:

Le trafic de femmes, une source de revenus pour Daech
Le Figaro
06/11/2014

Un site d’informations irakien dit avoir mis la main sur une «grille de tarifs» à appliquer sur les marchés où sont vendues les femmes chrétiennes et yazidies. Des profits qu’empoche ensuite l’organisation terroriste.

De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats.

Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros).

Un marché aux esclaves à Mossoul
Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant.

Un marchand propose d’échanger une fille contre un pistolet. Un djihadiste est prêt à avancer 500 dollars pour une captive. Des combattants expliquent que le montant qu’ils sont disposés à offrir dépend du physique des femmes: celles qui ont les yeux bleus ou verts sont très recherchées. Ils recommandent aussi de vérifier l’état de leurs dents.

D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines.

Voir encore:

« Pour les djihadistes les femmes sont des esclaves sexuelles »
Tatiana Chadenat

19 août 2014

Les fanatiques de l’Etat islamique vendraient des captives pour 150 dollars. Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, nous en parle

En Irak et en Syrie les djihadistes de l’État islamique se sont emparés de vastes régions et y ont proclamé un califat. Ils capturent et « vendent les femmes pour une centaine de dollars », assure le porte-parole du ministère des Droits de l’homme irakien. S’il faut rester prudent, car les rumeurs pullulent et les combattants jouent sur une communication de la terreur, cette marchandisation semble vraisemblable. On fait le point avec Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, chercheuse au CERI.

Lefigaro/madame.fr. – La vente de femmes dénoncée par le porte-parole du ministère des Droits de l’homme Irakien est-elle réelle ?
Myriam Benraad. Elle est vraisemblable car depuis 2003, les djihadistes sont de mèche avec des réseaux de prostitution. Pour l’État islamique les femmes doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. Récemment, ils ont imposé le voile à Mossoul, dans le Nord de l’Irak et en Syrie. Ces hommes assassinent froidement des populations. Mais la situation des femmes était déjà très périlleuse en Irak depuis 2003.

Ces violences dénoncées aujourd’hui par le porte-parole du ministre existent depuis longtemps ?
Le sort des Irakiennes s’est dégradé progressivement depuis dix ans. Le porte-parole est courageux d’avoir condamné ses exactions. Mais il faut que cela soit suivi d’actes, car jusqu’à présent le gouvernement n’a rien fait pour les protéger. Jusque dans les années 1970, les Irakiennes avait des droits. Avec le premier embargo en 1990, il y a eu une régression juridique et sociale. Dans les provinces tribales, le crime d’honneur est apparu : une femme violée est tuée par son clan car elle a été souillée. Après l’invasion américaine en 2003, l’État qui leur garantissait un statut, s’est effondré. Sans État de droit, elles sont particulièrement exposées à la violence, et ne peuvent pas faire porter leur droit devant les tribunaux. Pendant les élections en avril 2014, il y a eu des candidates, des affiches de campagne qui essayaient de mettre en avant la parité, mais en réalité cela ne changeait pas le fond du problème, les femmes restent exposées. Avec l’État islamique on parle souvent du danger encouru par les minorités, rarement du sort des Irakiennes. Or, elles sont les premières victimes de la guerre, de l’occupation américaine et des djihadistes. Il ne s’agit pas seulement de celles issues des minorités yézidis et chrétiennes, mais de l’ensemble des femmes, sunnites et chiites.

Comment expliquer cette haine des djihadistes envers la femme ?
Une femme libre est le symbole de tout ce que les djihadistes détestent : l’Occident et la liberté. Les islamistes radicaux ont interdit le port du jean ou des vêtements qui laissent apparaître la chair car ils y voient une influence néfaste et mécréante de l’Occident. Ces extrémistes pensent qu’en les soumettant, ils reviennent aux bases de l’Islam. Mais c’est faux. Il n’est écrit nul part dans le Coran qu’il faut asservir, violer, assassiner… ou même imposer le port du voile. C’est un choix personnel pas une obligation. Là aussi, il y a dérive. Les djihadistes vont chercher n’importe quelle justification dans le Coran ou certains Hadith (les paroles prêtées au prophète Mahomet), pour légitimer leurs actions, l’asservissement et le meurtre. Ils opèrent un glissement des textes. C’est une interprétation absurde et meurtrière qu’il ne faut pas chercher à expliquer rationnellement car elle relève d’une dérive salafiste et radicale. Les femmes disposent pourtant de nombreux droits dans l’Islam. Khadija bint Khuwaylid, la première épouse du prophète Mahomet, riche et indépendante, a largement contribué à son succès.

Voir de plus:

Isis morale falls as momentum slows and casualties mount
Erika Solomon in Beirut
Financial Times
December 19, 2014

Flagging morale, desertion and factionalism are starting to affect the Islamic State of Iraq and the Levant, known as Isis, testing the cohesion of the jihadi force as its military momentum slows.

Activists and fighters in parts of eastern Syria controlled by Isis said as military progress slows and focus shifts to governing the area, frustration has grown among militants who had been seen as the most disciplined and effective fighting force in the country’s civil war.

The group hurtled across western Iraq and eastern Syria over the summer in a sudden offensive that shocked the world. Isis remains a formidable force: it controls swaths of territory and continues to make progress in western Iraq. But its fighters have reached the limit of discontented Sunni Muslim areas that they can easily capture and US-led coalition air strikes partnered with offensives by local ground forces have begun to halt their progress.

The US military announced this week that air strikes had killed two senior Isis leaders — though there has been no confirmation of the claim by the group — and on Friday Kurdish peshmerga fighters broke the jihadis’ five-month siege of Mount Sinjar in Iraq.

“Morale isn’t falling — it’s hit the ground,” said an opposition activist from Isis-controlled areas of Syria’s eastern Deir Ezzor province. “Local fighters are frustrated — they feel they’re doing most of the work and the dying . . . foreign fighters who thought they were on an adventure are now exhausted.”

An activist opposed to both the Syrian regime and Isis, and well known to the Financial Times, said he had verified 100 executions of foreign Isis fighters trying to flee the northern Syrian city of Raqqa, Isis’s de facto capital. Like most people interviewed or described in this article, he asked for his name to be withheld for security reasons.

“After the fall of Mosul in June, Isis was presenting itself as unstoppable and it was selling a sense of adventure,” a US official said. He added that the dynamics have changed since the US launched air strikes in August and helped break the momentum of the Isis advance, which has helped stem the flow of foreign recruits — though he warned that the change of mood “doesn’t affect the hardcore people of Isis”.

Analyst Torbjorn Soltvedt, of Verisk Maplecroft, a UK-based risk analysis group, said morale may be taking a hit as militants grapple with the shift from mobile army to governing force.
« They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits »

“Before they were seizing territory, forcing armies in Iraq and Syria to retreat,” he said. “Now they’re basically an occupying force trying to govern.”

After flocking to Syria and Iraq during Isis’s heady days of quick victories, some foreigners may also be questioning the long, gruelling fight ahead.

Mr Solvedt said his organisation has had many reports of foreign fighters, including Britons, contacting family members and state authorities seeking ways to return home.

Isis members in Raqqa said the organisation has created a military police to crack down on fighters who fail to report for duty. According to activists, dozens of fighters’ homes have been raided and many have been arrested. Militants told a local journalist that they must now carry a document identifying them as a fighter and showing whether they are assigned to a mission.

An opposition activist in close contact with Isis fighters in Raqqa showed the Financial Times a document listing new regulations restricting jihadis’ behaviour. The paper, which could not be verified and which did not appear to have been issued in other Isis-held areas, warned that those who did not report to their offices within 48 hours of receiving the regulations would be punished.

“In Raqqa, they have arrested 400 members so far and printed IDs for the others,” the activist said.

The identification document for one fighter from the Gulf consisted of a printed form stating “name, location, section and mission assignment”, with his details filled in by hand.

“The situation is not good,” he grumbled, adding that fighters have become increasingly discontented with their leaders. He refused to give more details, saying only: “We aren’t able to speak the truth and we are forced to do useless things.”

Activists in Isis-held parts of Syria said many fighters in Raqqa were angry about being sent to Kobani, a small Kurdish town near the Syrian border with Turkey that has become a focal point for coalition strikes. The fighters argued that the town was not strategically important enough to justify the losses they were incurring. According to a December 7 report by the Syrian Observatory for Human Rights, a UK-based monitoring group with a network of activists across Syria, Isis lost about 1,400 fighters in 80 days of fighting. The US official said many Isis fighters have been killed in the town.

Foreign militants have often been the most active in major battles but opposition activists said as fighting intensifies, more demands are being made on local fighters who do not have deep-rooted loyalties to Isis.

Thousands of foreign fighters have flocked to Syria to help create an austere Islamic state harking back to the past. But as Erika Solomon, FT correspondent in Beirut, found out, they have retained their taste for modern-day snacks and gadgets. She spoke to Fiona Symon about what she discovered.

“They pledged allegiance to Isis so they could keep fighting the [Assad] regime and not have to go against Isis,” the Deir Ezzor activist said. “They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits — high salaries, a comfortable life, female slaves.”

Another problem, locals said, may be a rise in tensions among ethnic groups. Many fighters apparently group themselves by ethnicity or nationality — a practice which undermines Isis’s claim to be ridding Muslims of national borders.

A widely publicised example was a clash between Uzbek and Chechen fighters in Raqqa in early November over control of some villas near the captured Tabqa air base.

“Just like the Uzbek and Chechen issues in Tabqa, we are having similar issues in Manbij with the Tunisians,” said an activist in Syria’s northern city of Manbij. “They won’t let some of the highest level security members [of other nationalities] on to their bases.”

Residents in Raqqa also said they have seen growing signs of discontent. One man recalled a speech at the Fardous mosque last Friday by a Tunisian cleric who often appears in Isis videos.

“He urged the brothers to put aside their disputes, and said all brothers should stay together as one hand,” the man said. “Now I realise why the preacher was saying this . . . Something is wrong.”

(A journalist in Isis-held territory contributed reporting to this article. The name has been withheld for safety reasons.)

Voir enfin:

Discours d’inauguration du Musée de l’histoire de l’immigration
François Hollande

15 Décembre 2014

Présidence de la République française – Élysée.fr

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Défenseur des droits,

Madame la Présidente du Conseil d’Administration, chère Mercedes ERRA,

Monsieur le Président du Conseil d’Orientation, Cher Benjamin STORA,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, messieurs,

Je suis fier d’inaugurer aujourd’hui le Musée de l’Histoire de l’Immigration et de rappeler le rôle qui est le sien, dans nos institutions culturelles et éducatives.

Il s’agit de comprendre notre histoire pour aller vers l’avenir. Fernand BRAUDEL avait eu cette formule dans son dernier livre : « définir le passé de la France, c’est situer les Français dans leur propre existence ». Telle est la vocation du Musée national de l’Histoire de l’Immigration, rendre aux immigrés la place qui leur revient dans le récit national et se donner ainsi les moyens d’aborder de façon sereine la question toujours posée de l’immigration.

La vocation de votre musée est de montrer le processus continu par lequel la Nation a intégré les populations d’origine étrangère et a su préserver son unité tout en reconnaissant la diversité des origines et des cultures. Ce musée est plus qu’un symbole. C’est un message de confiance dans l’histoire de notre pays mais aussi dans ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire.

La France est un vieux pays d’immigration, l’un des plus vieux pays d’immigration d’Europe. Commencée dès la deuxième moitié du XIXème siècle pour répondre aux besoins de ce qu’on appelait la première révolution industrielle, l’immigration s’est poursuivie tout au long du XXème siècle et s’est amplifiée avec la reconstruction du pays après la guerre, avec la décolonisation et enfin avec la mondialisation. Aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un grand parent étranger. Evoquer l’histoire de l’immigration, c’est évoquer l’histoire de France, c’est l’histoire, c’est notre histoire.

Et pourtant, jusqu’à récemment, l’immigration n’apparaissait que faiblement dans les manuels scolaires. Elle n’était guère présentée comme une chance pour notre récit national et était souvent ignorée des Français y compris même de ceux qui en étaient issus. Elle n’avait pas de lieu de mémoire, pas de lieu pour partager les histoires familiales pour retrouver les récits, pour suivre les parcours qui avaient fait que des hommes, des femmes, des familles étaient venus s’échouer ici en France pour mieux réussir.

Il fallait donc une initiative, et je veux rendre justice à Lionel JOSPIN d’avoir dès 2001, pris conscience de cet étrange oubli, et d’avoir eu la volonté de le réparer en proposant la création d’un musée de l’immigration. Ce projet s’est poursuivi sous la présidence de Jacques CHIRAC, qui a chargé Jacques TOUBON de la responsabilité de faire aboutir cette belle entreprise. Le Palais de la Porte Dorée, qui avait connu son heure de gloire d’une époque dépassée, fut choisi. C’était en 2004. Ce lieu qui avait été celui de l’exposition coloniale, allait devenir le musée de toutes les immigrations, de toutes les fiertés après avoir été ce lieu où des peuples avaient exposé devant le colonisateur, leurs plus belles réussites. Le Musée national a finalement ouvert ses portes en octobre 2007, c’était il y a 7 ans.

Sept ans c’est long pour une inauguration officielle. Il fallait qu’elle soit suffisamment réfléchie pour qu’elle puisse avoir lieu aujourd’hui, comme si l’immigration devait être toujours un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler, ou alors avec certains mots et dans certaines circonstances. Mais le principal, c’est qu’aujourd’hui ce musée soit là et que la France soit dotée d’une institution destinée à conserver et à mettre en valeur le patrimoine de l’immigration, à montrer, à mesurer l’apport des immigrés et de leurs descendants, leur apport à la Nation. Par le sang versé, par le travail, par le talent, par la réussite. Ce Musée a une double volonté : la reconnaissance de toutes ces origines, de tous ces parcours, de toutes ces nationalités et en même temps, le rassemblement dans un même projet, celui de la France.

Je tiens à remercier les équipes de l’établissement qui, malgré les vicissitudes, ne se sont jamais découragées. Les efforts ont porté leurs fruits : l’exposition permanente aura vu passer 500.000 visiteurs depuis 2007. Deux mille enseignants viennent s’y former chaque année. Et les chiffres de fréquentation ne cessent d’augmenter grâce aux expositions temporaires qui s’y succèdent.

Ce musée doit être à la hauteur de l’ambition qui était celle de ses concepteurs, ce qui suppose à mes yeux de réaffirmer sa dimension culturelle et scientifique. C’est un lieu où il convient de mener un travail, un travail long, un travail obscur parfois, un travail de mémoire. Il convient de lui donner les moyens qui jusqu’à présent ne lui ont pas été accordés. C’est pourquoi une augmentation de près d’un million d’euros sera effective dès l’année prochaine, pour parvenir à un doublement de son budget en 5 ans.

Mais ce qui fait l’originalité, la spécificité de ce musée, c’est d’être à la fois une référence en matière de recherche, un espace de débat et une expression de la diversité, de la multiplicité de toutes les migrations, pour qu’il puisse y avoir cette mise en valeur des souvenirs, des mémoires ici rassemblées à travers ces objets familiers. Je remercie les donateurs qui ont fait en sorte de pouvoir par un instrument de musique, une machine, une étoffe, démontrer le lien qu’ils avaient avec la France et avec aussi leur pays d’origine. Comme si le pays d’origine venait ici s’offrir au pays d’accueil, c’est-à-dire à la France.

Comme la mémoire individuelle, la mémoire d’une Nation est capricieuse, tantôt elle est ingrate, tantôt elle est généreuse. Elle a ses propres rythmes et regarde trop souvent le passé avec les yeux du présent. C’est pourquoi nous avons besoin des historiens, c’est leur rôle. Ce sont eux qui nous rappellent que l’immigration fut à la fois le produit de nos propres nécessités, de nos propres besoins, j’entends par là ceux de la France, et en même temps des convulsions de l’Histoire, qui ont fait que des femmes et des hommes sont partis de très loin pour venir s’établir ici. D’abord ce furent des ouvriers, ce fut le labeur qui fut la justification de l’immigration.

Les premiers vinrent de tout près, ce furent les Belges, dans l’industrie textile du nord. Puis les Italiens dans l’industrie lourde de l’Est, les Polonais dans les mines. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, les Africains, qui contribuèrent à leur façon à la reconstruction du pays, à sa croissance à ce qu’on a appelé les trente glorieuses. Au bout de 30 ans après la guerre, on a estimé que ces forces-là auront construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sept, et de 90% des autoroutes de notre pays.

Les crises des années 70 paradoxalement n’ont pas tari les flux, parce que les entreprises continuaient d’appeler de nouveaux immigrés, qui venaient chaque fois de plus loin pour pouvoir occuper des emplois que nul ne voulait occuper. Ce mouvement ne s’est arrêté que récemment.

Enfin la décolonisation poussa des populations jusque-là intimement liées à la France à venir y travailler. Je veux saluer ici, le Président Abdou DIOUF qui jusqu’à récemment était le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et qui est là pour nous rappeler ce lien qui unit les pays autrefois dans la communauté française, et qui aujourd’hui ont un lien qui demeure avec la France, et qui parlent en français. Ces populations venaient de cette Afrique, de ce Maghreb, et considéraient qu’elles avaient le droit de venir, ici. Elles avaient le droit parce que l’histoire leur rappelait le rôle qui avait été celui des plus anciens, ce qu’on appelait les « troupes coloniales », et qui étaient venues sauver la France. Ces troupes venaient de partout. Parmi les « Poilus » de 14-18, on comptait ainsi 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 soldats d’Afrique noire, 34.000 Malgaches. C’était l’empire qui était venu sauver la France.

Comment oublier 30 ans après, les 100.000 soldats africains de l’Armée de De LATTRE, qui accomplirent le débarquement de Provence, les tirailleurs sénégalais, les goumiers, les tabors, les spahis, les zouaves. Comment oublier les résistants de la MOI (Main d’Œuvre Immigrée), juifs, arméniens, les martyrs de l’affiche rouge chantés par Aragon.

Comment oublier le dernier Poilu, Lazare PONTICELLI, né en 1897 dans un petit village en Italie. Il n’était même pas français lorsqu’il s’était engagé dans une unité étrangère à 17 ans, en trichant sur son âge. En 1939, il avait demandé à être naturalisé pour participer à la seconde guerre qui venait d’être déclarée. C’était finalement plus qu’un symbole que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration l’ait invité à célébrer son 110ème anniversaire ici-même. Tous s’étaient battus pour la France, mais pour une certaine idée de la France. Pour la France universelle, la France ouverte au monde, pour la France capable de promouvoir des idéaux de progrès. Cette France qu’ils voulaient rejoindre pour la servir, cette France qui était la terre espérée de ceux qui ont fui tout au long du 19ème et du 20ème siècle, les massacres, les pogroms, les guerres, les dictatures, et qui trouvèrent dans notre pays un refuge pour fonder leur foyer.

C’est une grande réussite de ce musée que d’évoquer toutes ces mémoires, de nous rappeler que les immigrés, les enfants d’immigrés ont apporté à la science française, à la physique à la chimie, aux mathématiques. Combien de Prix Nobel et de récompenses glorieuses, de Marie CURIE (qui s’appelait de son nom de jeune fille Maria SKLODOWSKA), à Arthur AVILA, franco-brésilien, qui a reçu la médaille Fields de Mathématiques. Tous ces étrangers, tous ces immigrés qui ont fait la fierté de la France dans les domaines qui paraissaient les plus inaccessibles. S’il fallait livrer ici tous les noms de ces milliers d’étrangers, d’immigrés, d’enfants d’immigrés devenus célèbres dans le cinéma, dans la littérature, la peinture, la musique, le sport et la mode. Je veux ici saluer cette belle exposition sur la mode. La mode fait partie de l’excellence française, la mode fait rayonner la France et nous donne à chaque fois la conviction que nous avons tout inventé. Cette mode, nous en savons maintenant toutes les origines, toutes les provenances, ce sont le plus souvent des créateurs, des créatrices qui ont permis à la France d’être toujours en avant-garde, toujours admirée, toujours reconnue. Voilà ce que montre ce musée, que notre réussite, la réussite la plus flamboyante de la France, elle est celle de tous les Français, et donc de tous ceux qui nés ici ou nés ailleurs, ont donné ce qu’ils avaient de meilleur pour la création, pour l’entreprise, pour l’innovation, pour la recherche, bref, pour la France.

Ce musée national est l’hommage de la Nation à ces millions de gens, qui sont venus en France, qui y ont donné le meilleur d’eux-mêmes et dont les enfants sont pleinement devenus Français et qui en même temps veulent que leur histoire, que leur parcours, que leur diversité, leur singularité et leur origine puissent être reconnus par la République, par celle qu’ils ont voulu servir et à laquelle ils ont profondément adhéré.

L’histoire de l’immigration rappelle néanmoins qu’elle fut toujours l’objet de controverses.

La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. Il y a toujours eu des démagogues, pour les attiser, pour utiliser les manquements aux règles communes – qu’il faut déplorer, pour justifier le rejet et démontrer qu’il y en a qui ne s’assimileront jamais. L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est donc en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique.

Dès août 1893, à Aigues-Mortes, des Français excités par d’absurdes rumeurs, avaient massacré des travailleurs italiens, parce qu’ils venaient prendre des emplois, occuper des villages et finalement mettre en cause les équilibres de telle ou telle famille. Puis la boue antisémite s’est déversée lors de l’affaire DREYFUS.

Les archives de ce musée sont pleines de témoignages dans lesquels des pseudo-scientifiques, mais de vrais idéologues tentaient de démontrer pourquoi les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Arméniens ne pourraient jamais être assimilés par la société française.

Dois-je évoquer la période si noire de la collaboration, le déchaînement des haines, les délations, les compromissions ? Puis la guerre d’Algérie qui déchaîna d’autres passions ? Les années 60 furent aussi des années de violence, des ratonnades. Les années 70 avec – on ne s’en souvient déjà plus, des attentats racistes, des assassinats ? Chaque époque fut marquée par des violences et des intolérances. On pourrait se dire que le pire est passé. Il y a toujours cette récurrence, il y a toujours ce retour.

Certes, il n’y a rien de neuf dans les discours, mais les contextes changent. Les étrangers sont toujours accusés des mêmes maux : venir prendre l’emploi des Français, bénéficier d’avantages sociaux indus quand bien même les études les plus sérieuses montrent qu’ils contribuent davantage aux comptes sociaux qu’ils n’en bénéficient.

Ce sont toujours les mêmes préjugés, les mêmes suspicions qui sont invariablement colportés. Mais le fait nouveau, et nous devons le regarder en face, c’est la pénétration de ces thèses dans un contexte de crise, qui paraît interminable, et d’une mondialisation qui est elle-même insaisissable. C’est là que réside le fait nouveau, le doute qui s’est installé sur notre capacité à vivre ensemble. Est-ce que la France sera encore la France ? Est-ce qu’elle sera en mesure d’intégrer, d’absorber, d’assimiler, de prendre le meilleur et d’éviter le pire ? C’est cette question qui taraude beaucoup de nos compatriotes. C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées.

Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration.

Le musée restitue le parcours de ces millions d’exilés dont la plupart ont fait souche dans notre pays pour devenir français soit directement par la naturalisation. Le musée montre bien les actes qui ont été ainsi posés, ainsi délivrés. On m’a rappelé cette reconnaissance de l’artiste à qui l’on demandait si elle voulait une décoration. « La décoration ? », a-t-elle répondu, « c’est mon acte de naturalisation, me faire devenir français c’est la plus belle reconnaissance que pouvait m’accorder la République ». Il y a aussi par la succession des générations, le droit du sol, le fait que ces descendants d’étrangers sont devenus des citoyens français, pleinement français, et donc pleinement citoyens.

C’est ainsi que les immigrés d’hier et les enfants se sont fondus dans notre société, et en même temps que s’est enrichie à chaque étape, à chaque période leur contribution. Voilà ce message que le musée transmet : avoir confiance dans notre histoire pour être capable de regarder le présent avec suffisamment de sérénité, de responsabilité et de force pour ne pas nous laisser emporter là où ne voulons pas aller. Les enfants des immigrés dépeints comme inassimilables hier, sont devenus des patriotes sans avoir jamais à renier leurs origines. Parce que depuis 150 ans, la République n’est pas liée aux origines, c’est l’adhésion à un projet commun. Renan, dans sa fameuse conférence de 1882, affirmait que l’existence d’une Nation était un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu était une affirmation perpétuelle de la vie. Savoir tous les jours que nous sommes Français, vouloir être Français, être pleinement conscient que de vivre en France, c’est une somme de devoirs et de droits. De GAULLE, lui-même, ne disait pas autre chose en disant qu’« Est Français celui qui souhaite que la France continue ». Continue dans sa marche, continue dans son destin, continue de porter le progrès, continue d’être à la hauteur de l’idéal qu’elle porte.

Pour y parvenir, l’école joue un rôle fondamental. Elle reste le creuset de l’intégration. Elle est de plus en plus sollicitée. L’école à qui l’on demande à la fois de former, avec une transmission du savoir exigeante et en même temps d’accueillir, d’accueillir parfois des enfants qui n’ont jamais été dans leur famille éduqués dans une autre langue que leur langue d’origine. On demande beaucoup à l’école, on lui demande aussi de faire en sorte que tous les enfants soient dans les mêmes conditions d’égalité. Les réussites scolaires en matière d’intégration sont multiples. Je veux saluer les enseignants qui s’y dévouent et qui parviennent à chaque fois, à chaque année qu’ils ont à recevoir des enfants, à les porter au plus haut niveau. Mais nous devons aussi regarder les échecs. Ils sont là : les décrochages concernent principalement certains quartiers et certains jeunes. Notre premier devoir est de tenir la promesse de l’égalité républicaine. C’est pourquoi la révision des cartes de l’enseignement prioritaire, les moyens donnés à l’éducation nationale, sont des leviers essentiels si nous voulons aller toujours vers une intégration réussie.

De même la lutte contre les discriminations qui existent dans l’orientation, dans la formation, dans l’accès à l’emploi, doivent être également combattues.

Le second pilier de l’intégration, c’est la laïcité. Elle est proclamée. Elle doit donc être enseignée, traduite en principes simples, intelligibles. La laïcité n’est ni la lutte contre la religion, contre une religion. La laïcité n’est pas la suspicion non plus à l’égard de telle ou telle communauté. La laïcité est une école de respect, de la règle commune, une reconnaissance de la liberté de croire ou de ne pas croire. Cette laïcité, nous devons l’ériger en valeur fondamentale mais nous devons aussi faire en sorte qu’elle puisse être, pour chaque jeune, non pas un concept mais une manière vivre, de respecter l’autre, de pouvoir être pleinement lui-même tout en étant entièrement dans la République. La laïcité n’est pas simplement un principe que l’on voudrait poser, c’est ce qui permet dans les actes de la vie quotidienne de savoir ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de montrer ou de faire.

Nous devons faire en sorte que la laïcité soit célébrée partout le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905, et en particulier dans les écoles où désormais est affichée la « Charte de la Laïcité ».

Traiter de façon républicaine la question de l’immigration, c’est imposer la vérité des faits mais c’est aussi nous obliger à agir.

La vérité, c’est de ne rien ignorer des tensions, des difficultés et des risques. L’obligation d’agir, c’est d’aller jusqu’au bout de l’intégration, de traiter avec fermeté aussi et humanité, l’immigration clandestine mais de mieux accompagner l’immigration régulière. Agir, c’est être convaincu que la République doit être sûre de ses principes, fière de ses valeurs mais ne doit jamais céder un pouce de terrain à la facilité et au repli sur soi.

C’est pourquoi, j’ai voulu que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme devienne une grande cause nationale. Parce que lorsque l’on a notre Histoire, que l’on porte nos valeurs, lorsque l’on a cette République qui nous rassemble tous, la France ne peut tolérer qu’un citoyen soit agressé pour sa religion, sa couleur de peau, ses origines.

Rien ne sera passé sous silence. Rien ne doit rester impuni. Rien de ce qui fait une insulte à notre République, à notre Histoire, rien ne doit pouvoir passer à côté de la punition qui est justifiée.

Certains s’interrogent sur la volonté des immigrés de s’intégrer – je l’ai dit, le thème n’est pas nouveau – d’autres dissertent sur la capacité de la France à accueillir ces étrangers qui sont là depuis longtemps, ou ces enfants d’étrangers qui sont devenus Français, et se posent la question de l’avenir même de notre identité. Il y en a même qui s’inquiètent de l’efficacité de notre politique migratoire à l’échelle de l’Europe et veulent la reconsidérer.

Nous devons répondre à toutes ces questions. Nous ne devons pas faire comme si elles devaient par principe ou par précaution être écartées. Car sinon, si nous n’avons pas cette franchise entre nous, nous laisserons la place vide pour des discours qui instrumentalisent la peur, la peur de la dissolution de notre pays, de la dislocation, de la disparition.

Vous savez, ceux qui rêvent d’une France en petit, d’une France de dépit, d’une France en repli, bref d’une France qui ne serait plus la France.

C’est pourquoi, nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France, pour la France, pour une France qui sera non seulement à la hauteur de son Histoire mais capable de porter un grand projet, de bâtir un avenir, de forger un destin.

C’est pourquoi, au sentiment de dépossession qui est entretenu avec malice, pour ne pas dire avec malignité, il nous faut rappeler à chaque fois aux Français d’où ils viennent, quelles sont les valeurs sur lesquelles notre pays s’est bâti et où nous voulons aller ensemble.

La France est un pays qui porte plus qu’une histoire mais une ambition, qui ne conçoit son destin que dans l’ouverture.

Certes nous devons nous protéger contre toutes les menaces mais la France n’a été victorieuse que lorsqu’elle a été capable de se dépasser. Un pays comme la France n’a pas besoin d’haïr les autres pour aimer les siens. Un pays qui a confiance en lui-même et d’abord dans sa jeunesse. Un pays qui croit en la place de chacun, qui pense que l’éducation est la matrice de tout ce qui fait la citoyenneté, qui fait confiance à la culture pour permettre que chacun puisse s’élever au-delà même de sa condition. Un pays qui veut aller jusqu’au bout de la citoyenneté.

C’est sur ces bases-là que nous devons définir une politique migratoire. Elle est nécessaire.

D’abord, pour ne pas affaiblir les pays d’émigration qui doivent s’appuyer sur leur dynamisme démographique pour leur développement, sur les compétences de leur jeunesse, sur la présence de leurs élites. C’est pourquoi, nous ne pouvons plus regarder le Sud avec les mêmes yeux. Le Sud et notamment l’Afrique qui est un continent de croissance, de développement qui n’a pas besoin de laisser partir sa population, qui a besoin qu’on lui apporte nos investissements, nos technologies et également notre capacité à créer ensemble.

Nous devons aussi avoir une politique migratoire parce que les pays d’accueil ne peuvent pas, justement, accorder aux migrants, notamment à ceux qui sont persécutés dans leur pays, une place digne si les conditions ne sont pas réunies. C’est-à-dire une capacité à donner un avenir et d’abord un emploi.

Nous devons enfin avoir une politique migratoire pour lutter contre les trafics, contre tous ceux qui font commerce. Il y en a toujours eu dans l’Histoire des étrangers avec des réseaux criminels qui mettent en danger la vie des hommes et des femmes chaque jour. Près de 3500 sont morts depuis janvier dans les eaux de la Méditerranée, la route la plus dangereuse du monde.

Cette politique passe par l’Europe. Notre frontière, c’est Schengen. Cet accord est né de la volonté de remplacer des contrôles aux frontières nationales qui n’avaient plus d’efficacité par des coopérations uniques et sans précédent en termes de liberté, de sécurité et de justice. Et on voudrait faire éclater Schengen ? C’est assez facile, personne ne sait exactement ce qu’est Schengen. Peut-être que certains croient que c’est un personnage dont il faudrait rechercher au plus vite l’identité et la personnalité pour le traduire en justice. Mais Schengen, c’est justement ce qui a permis à tous les pays d’Europe de s’organiser pour justement contrôler l’immigration et avoir une coordination des politiques.

Faire éclater Schengen ? Faire disparaître Schengen ? Mais cela serait reculer, aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. Peut-être est-ce pour créer des emplois que certains nous font la proposition, mais enfin généralement ce ne sont pas les fonctionnaires qui justifient leurs sentiments les plus doux et les plus accommodants.

Nous devons donc défendre ce principe et faire que l’avenir de l’Europe soit de bâtir avec l’ensemble des Etats du voisinage, une politique permettant – je pense à la Méditerranée et au-delà – de conjuguer, la gestion des crises, l’aide au développement, et les contrôles des mouvements de population.

La France sera à l’initiative dans les mois qui viennent, non pas pour défaire Schengen mais pour mieux assurer la sécurité à l’intérieur et le contrôle à l’extérieur, et pour mieux répartir les charges qui pèsent sur les Etats membres, en Europe.

Pour la France, où la question de l’immigration revient régulièrement, un devoir de vérité s’impose.

Depuis 10 ans, notre pays accueille environ 200 000 personnes par an, soit la proportion la plus faible d’Europe, rapportée, bien sûr, à notre propre population. 200 000, certains disent que c’est trop. Qui trouve-t-on ? 90 000 viennent au titre de l’immigration familiale, c’est notamment le cas des conjoints de citoyens français : va-t-on interdire un rapprochement dès lors que le lien a pu être vérifié ? Ce serait insupportable ! Ce serait même contraire aux principes du droit européen et même du droit international.

60 000 autres arrivent chaque année comme étudiants. C’est une volonté pour notre pays, c’est un enjeu d’accueillir les élites de demain, le temps de leur formation. Devrait-on préférer qu’ils se forment ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ? Alors que tout le discours que je porte depuis deux ans et demi, c’est de dire que nous avons besoin de plus d’étudiants étrangers parce que c’est un investissement considérable pour la France, c’est une chance extraordinaire de pouvoir avoir les meilleurs talents, chercheurs qui viennent, ici, en France, étudier.

Que serait la France dans 20 ou 30 ans si elle ne les accueillait plus alors que le nombre d’étudiants dans le monde va doubler d’ici 2020 ? C’est la raison pour laquelle, les obstacles concernant les mobilités étudiantes ont été progressivement levés parce que la France doit attirer tous les talents du monde entier.

Il y a deux ans, il y avait une circulaire – je ne rappellerais pas le nom de son auteur, qu’importe- dont le seul objet était de limiter le droit au séjour des étudiants et des chercheurs. Cette circulaire a été abrogée mais notre réglementation est encore trop dissuasive. C’est pourquoi, le Gouvernement a créé les « passeports talents » ouvrant un droit à séjour de quatre ans qui seront délivrés de manière simplifiée et de plein droit dès lors que les critères prévus (les ressources, le niveau d’études, le contrat de travail) seront remplis. « Passeport talent », il ne s’agit plus là, d’étudiants, il s’agit de chefs d’entreprise, de cadres, de jeunes techniciens. Ils amplifieront le mouvement initié avec les visas « talents internationaux » qui ont permis une augmentation de 7% du nombre d’étudiants venant en France, et de 20% pour les chercheurs.

Curieux paradoxe, notre pays ! Quand un jeune Français va à l’étranger, on considère que c’est un exil, que nous n’avons pas pu le retenir. Quand un étudiant étranger vient en France, on viendrait le suspecter. Nous devons faire en sorte qu’il y ait plus d’étudiants français qui aillent aussi à l’étranger pour revenir ensuite et que nous puissions accueillir plus d’étudiants étrangers en France.

Puis, pour arriver aux 200 000, il y a l’asile, c’est-à-dire un droit constitutionnel qui fait partie de l’identité même de la France. Il n’est pas tolérable que notre système d’examen du droit d’asile fonctionne aussi mal. Le constat a été fait depuis longtemps. Plus de 18 mois pour avoir une réponse, on a réduit les délais déjà depuis deux ans mais nous devons encore accélérer parce que c’est un double risque que nous faisons courir.

Si le refus est prononcé, toute chance que celui qui est là depuis 18 mois essaie de se réfugier dans l’immigration illégale et si c’est pour une réponse favorable, pourquoi ne lui a-t-elle pas été communiquée plus tôt pour qu’il puisse pleinement s’insérer ?

Nous avons donc préparé un texte qui est en ce moment en discussion au Parlement qui va être voté – je crois avec une large majorité – pour réduire à 9 mois le délai pour traiter une réponse en termes de droit d’asile.

Quant à l’immigration économique, qui a été considérable, elle est devenue résiduelle dans notre pays. La présence de ceux qu’on appelle les travailleurs détachés et qui n’a rien avoir avec ce que l’on croit être l’immigration économique, mais plutôt un abus de situation – ces travailleurs détachés qui ne sont d’ailleurs pas en cause en tant que tels mais qui sont ceux qui viennent en France, de pays européens pour être moins payés parce que les cotisations sociales ne sont pas facturées aux employeurs.

Alors si nous devons respecter la libre circulation qui est un acquis fondamental de l’Europe, elle ne doit pas être détournée, dévoyée parce qu’aujourd’hui la question des travailleurs détachés fait que sur le plan politique il y a l’exacerbation de tensions et sur le plan économique il y a une concurrence déloyale.

Je ferai donc en sorte dans les prochains Conseils européens de clarifier cette notion de travailleur détaché et d’éviter tous les abus.

Trop de nos concitoyens issus de l’immigration se considèrent encore comme des étrangers, assignés à leurs origines. Et trop de nos compatriotes ont le sentiment qu’ils ne sont plus chez eux quand d’autres se placent en dehors des règles communes. Voilà la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c’est la France qui est atteinte, qui est blessée. Nous devons donc réagir à cette double dislocation du pacte républicain pour que chacun se considère français en France et capable de vivre ensemble.

La République n’a d’avenir que si elle sait construire une politique de citoyenneté dont le principe est simple et clair : c’est l’égalité.

La République n’a d’avenir que si les droits et les devoirs sont rappelés à tous, quelle que soit leur nationalité.

La République n’a d’avenir que si aucun territoire n’est relégué, abandonné, oublié. Elle n’a d’avenir que si les quartiers ne deviennent pas des ensembles où vivent les mêmes populations dont la communauté de destin serait celle de leurs communautés supposées d’origines. C’est le sens de la politique de la ville : éviter les concentrations des mêmes sur les mêmes lieux, agir sur les causes des inégalités, multiplier les leviers d’insertion, offrir un avenir en termes de formation, d’emploi, d’accès à la culture.

Le sujet que nous avons à régler, c’est l’immigration d’hier et même d’avant-hier que nous avons à mieux appréhender, où le critère, d’ailleurs, n’est plus la nationalité mais la citoyenneté effective. Quant à l’immigration d’aujourd’hui – dont j’ai dit ici le caractère limité, elle doit être néanmoins accompagnée. C’est le sens du projet de loi sur le séjour des étrangers qui sera discuté au Parlement l’année prochaine. Toute personne qui arrivera en France, quelles qu’en soient les raisons –j’ai évoqué les sources de cette immigration- devra apprendre le français, être formé aux valeurs de la République, à ses règles, à ses usages, à ses droits, à ses devoirs.

Ce parcours d’intégration s’accompagnera de la remise de titres de séjour pluriannuels. A quoi sert-il de faire subir à des étrangers en situation régulière une attente interminable devant les Préfectures, les Sous-préfectures, pour le renouvellement de leur titre de séjour, comme pour bien les punir de ce qu’ils viennent réclamer : un titre de séjour. Ils l’ont déjà, c’est juste pour le renouvellement. Ils l’auront mais ils doivent attendre dans le froid, au petit matin, rien que pour leur montrer qu’ils ne sont pas vraiment, ici, bienvenus.

Ce n’est digne ni pour les fonctionnaires qui ont à traiter ces questions – je veux les saluer, ce n’est pas facile- ni digne pour les personnes ainsi traitées. A quoi sert-il d’instaurer une précarité inutile alors que ces étrangers ont déjà une activité professionnelle ?

Beaucoup d’étrangers, ce ne sont plus les mêmes, sont là depuis des décennies. Ils ont parfois gardé leur nationalité d’origine tout en étant parfaitement intégrés à la société française. C’était leur droit. Ils n’ont pas voulu changer de nationalité ou peut-être n’ont pas pu y accéder. C’est cette situation d’étranger depuis longtemps en France qui a justifié la revendication de leur ouvrir le droit de vote aux élections locales. Beaucoup de pays européens l’ont fait. Pour y parvenir en France, chacun en connait les conditions. Mieux vaut un langage de vérité si l’on veut éviter les passions ou les illusions. Rien ne peut se faire sans une révision de la Constitution, ce qui suppose, dans notre droit, une majorité des 3/5ème au Parlement. C’est-à-dire l’accord de toutes les forces républicaines. J’y suis pour ma part favorable, à elles de prendre leur responsabilité.

Ces difficultés – que nous connaissons depuis 30 ans – ne doivent pas nous empêcher d’agir pour favoriser l’autre versant de la citoyenneté, l’accès à la naturalisation. Il n’y a pas de meilleure preuve d’amour à la République que cette déclaration d’allégeance à ses principes et à ses valeurs. Dans le passé récent, certains ont été tentés de réduire le nombre de naturalisations, de compliquer ces procédures comme si devenir Français pour des étrangers qui étaient là depuis des années, qui avaient servi la France, constituait une menace. C’était encore une fois oublier, les vertus intégratrices de la République.

C’est pourquoi, j’ai demandé au Gouvernement, dès 2012, de fixer de nouveaux critères justes et transparents pour l’accès à la nationalité française. Des progrès ont été faits. Le nombre des naturalisations a augmenté mais il y a lieu, encore, d’accélérer les procédures, de les unifier sur le territoire et de bien fixer la nature des critères.

Je souhaite également que la République marque enfin sa reconnaissance à l’égard des vieux immigrés, ceux que l’on appelle les Chibanis. Beaucoup ont été recrutés, il y a des décennies, avec l’espoir d’un retour rapide au pays. Puis, ils ont fait souche dans le nôtre et ont contribué à sa construction.

A la France, ils ont donné leur jeunesse, leur labeur, leurs bras. Il est temps que l’on cesse de leur opposer des règles tatillonnes pour qu’ils ne puissent accéder véritablement à leurs droits ou à leurs prestations sociales.

Il est temps aussi que leur naturalisation soit facilitée, comme l’a proposé un rapport parlementaire. C’est la raison pour laquelle la loi sur le vieillissement, puisqu’il s’agit de travailleurs âgés, ouvrira la naturalisation de plein droit à tous les étrangers âgés de plus de 65 ans qui ont vécu plus de 25 ans en France et qui ont au moins un enfant français.

Il y a aussi les jeunes français qui veulent pleinement participer à la vie de notre pays. C’est toute la question de la représentation. Elle n’obéit pas à des logiques législatives, à des quotas ou des règles.

C’est une obligation pour toutes les forces politiques sociales économiques de notre pays. Faire en sorte que ceux qui parlent au nom des autres puissent ressembler aux autres. Faire en sorte que ceux qui décident pour les autres puissent être finalement comme les autres.

Ce travail-là doit être mené systématiquement parce que lorsqu’une représentation n’est plus fidèle à l’état d’une société, la société ne se reconnait plus dans celles et ceux qui les représentent.

C’est un grand enjeu. Des progrès ont été faits lors des élections locales – je sais que dans les entreprises, il y a également cette volonté – mais pourquoi y aurait-il cette facilité dans la culture, dans le sport et cette résistance dans nos institutions ou dans les entreprises ?

Bien sûr qu’il y a la méritocratie scolaire, et elle donne des résultats. Combien de jeunes qui sont de toutes les couleurs de la France ont réussi les meilleurs examens, obtenu les meilleurs diplômes ? Ils frappent à la porte, à leur tour, demandent leur part et à qui on demande plus qu’à d’autres d’attendre, d’attendre encore ? Eh bien non ! Il n’est plus temps d’attendre. Il faut que la société française puisse être représentée avec toutes les couleurs, toutes les forces, toutes les forces vives de la France.

L’immigration en France, c’est l’histoire de millions de personnes venues d’ailleurs, de très loin ou parfois de plus près qui voulurent un jour fondre leurs aspirations personnelles, familiales dans le rêve français.

C’est ainsi que notre histoire s’est faite. Notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans cette multiplication de talents et d’atouts. Bien sûr que cette immigration a suscité également tout au long de son histoire, frustrations, fractures, frictions, nous ne devons ni ignorer les talents ni occulter les peurs.

Cette diversité est une chance si nous savons la valoriser, l’enrichir, la dépasser, si nous savons affirmer une volonté commune de vivre ensemble, ce qui suppose une pleine adhésion à la République. Sinon c’est le piège de la division, la menace du communautarisme, la confrontation des cultures et donc, le racisme, l’antisémitisme, la détestation de l’autre.

C’est en prenant en compte ces risques qui sont là, dans la France du 21ème siècle, que nous ne pensions plus imaginer ou voir, c’est en prenant en compte ces risques que nous devons nous élever, pour faire en sorte que la Nation redevienne facteur d’espoir. La France doit avoir confiance dans la France.

C’est une responsabilité dont l’Etat a la charge pour garantir la cohésion et l’apaisement. Je l’ai dit, l’éducation en est la première condition mais l’école ne peut pas répondre à un défi aussi grand. Toutes les institutions sont concernées : les institutions publiques mais également les entreprises privées. La réussite de notre pays dépend de notre capacité à régler cette question de la citoyenneté et de l’immigration.

C’est aussi une responsabilité individuelle car l’histoire de l’immigration nous l’enseigne aussi. Vivre en France, c’est une chance. Elle doit être ressentie, comprise, saisie pour pouvoir être mise au service du destin commun.

Votre musée montre que cet espoir est possible puisqu’il apporte la preuve que des femmes et des hommes arrachés parfois dans la douleur à leur pays d’origine, qui ont connu bien des épreuves, ont été capables, sur notre propre sol, de donner le meilleur de leur vie, de faire en sorte que leurs enfants puissent être pleinement des citoyens et d’accomplir ce qui a été, un moment, leur destin.

L’histoire de l’immigration fait partie de notre histoire nationale mais la réussite de l’intégration déterminera notre destin national.

Votre musée, votre institution, votre Cité a l’immense mérite de donner à des générations d’immigrés la place qui doit leur revenir et de nous faire comprendre qu’ils ont fait le visage de la France.

Un visage qui a la couleur de la République. Celle qui unit, rassemble et fédère. Une Nation qui doit être fière d’elle-même et sûre de son destin. C’est quand la Nation est fière, quand elle sait où elle va et quand son destin est partagé que cette grande Nation qui s’appelle la France peut résister à tout pour faire le meilleur et conjurer le pire.

Merci.


Arnaques aux faux virements: La nouvelle French connection ne prend plus ses quartiers en Corse mais en Israël (A new Israeli-based French connection preys on France’s top companies and state)

16 novembre, 2014
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Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier. Si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement. François Fillon (2007)
Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale. (…) La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux. (…) [l’extrême gauche] fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme. Marine Le Pen
Les options du FN (…) sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde. Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique. Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen. Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de facto par des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc». Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralisme et le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle. Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés. Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques. Christian Saint Etienne
[Selon la Cour des comptes] la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone » … est « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement. La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union.(…) Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe. Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives. Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz. Le Monde
Cette criminalité mobile] profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs. Serge Dumont
D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale. D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il. «Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes. Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net. D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale. Le Figaro
Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite. Jean-Louis Di Giovanni
La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité. Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée. Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ? Jérome Pierrat
On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien. Serge Dumont
L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. (…) Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.» Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française… JSSnews
La police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. (…) La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris. Le Télégramme
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain. (…) Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement. (…) Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement. Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude… Les Echos
En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds. Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois.  Jean-Marc Souvira (OCRGDF)
Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA. Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés. (…) C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ». (…) Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement. Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. Challenges

Attention: une arnaque peut en cacher une autre !

Virements internationaux, carte bancaire, TVA, sécurité sociale, taxe au carbone, expertise comptable, police, lutte contre la fraude financière, lutte antiterroriste …

A l’heure où en un pays techniquement en faillite depuis 2007 la suppression de l’écotaxe pourrait coûter quelque 2 milliards d’euros …

Et où nos extrême-droite comme extrême gauche prônent le suicidaire repli national

Pendant que nos médias et nos films servent la soupe à nos nouveaux Arsène Lupin …

Voici entre la France, Israël et la Chine et sans parler des débris de l’empire soviétique

Et derrière plusieurs centaines d’escroqueries ou tentatives d’escroqueries aux faux virements

Profitant des failles dans la législation et le contrôle ou dans les accords d’extradition …

Comme, dans un monde de plus en plus internationalisé et des échanges de plus en plus dématérialisés, des nouvelles exigences de transparence mais aussi des nouveaux services de répression …

Sans parler, sous couvert d’écologie, de l’amour immodéré de nos gouvernants pour les usines à gaz fiscales …

La nouvelle French connection non corse mais, après nos fameux frères Zemmour des années 70 et avec la récupération que l’on peut imaginer du côté des conspirationnistes antisémites, israélienne cette fois …

Mais surtout la « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref » …

A savoir la taxe carbone pour 5 milliards d’euros dont 1,6 milliard aux dépens du seul Etat français !

Menace sur le CAC 40 : les nouveaux escrocs pêchent au gros
Une vague d’arnaques déferle sur nos plus grandes entreprises et met les services secrets français sur les dents. Les aigrefins osent tout, jusqu’à contrefaire la voix des patrons pour passer des ordres de virement à l’étranger.
Thierry Fabre
Challenges
25-05-2012

Au siège de Media Participations à Paris, on est encore sous le choc. Ce géant de la bande dessinée (Dargaud, Dupuis…), avec 20 millions d’albums vendus chaque année, a connu des aventures qui auraient pu inspirer les auteurs de Blake et Mortimer, la célèbre BD qui fait partie de son catalogue.

Fin janvier, le siège et plusieurs filiales ont été attaqués par des spécialistes de l’arnaque aux faux virements, rebaptisée par les policiers « escroquerie au président ». Première cible, la directrice financière de Dargaud Suisse reçoit un appel de Vincent Montagne, le président du groupe, exigeant de virer de toute urgence 987.000 euros sur un compte HSBC à Hong-kong, afin de financer une acquisition en Asie. Et il lui interdit d’en parler au patron de la filiale suisse. Téméraire, la directrice téléphone à ses correspondants parisiens, le montant du virement dépassant le plafond autorisé. In extremis, la révélation de l’usurpation de l’identité du patron stoppe le processus.

Pourtant, dès le lendemain, Vincent Montagne (le vrai) reçoit un coup de fil du commandant Girard, de la brigade financière: « Nous savons que vous avez été attaqués. Faites le virement, cela nous permettra de prendre les escrocs la main dans le sac. « Prudent, Montagne vérifie auprès de ses contacts policiers: le commandant Girard n’existe pas… Puis c’est au tour de la Société générale, la banque de Media Participations, de recevoir un coup de fil de Vincent Montagne (le faux) affirmant appeler depuis la brigade financière et ordonnant d’effectuer le virement afin de pincer les malfaiteurs. La supercherie est à nouveau débusquée. En trois jours, l’éditeur a subi au moins 30 attaques téléphoniques! « Les escrocs avaient bien planifié leur opération et acquis une connaissance très fine de notre organisation, témoigne Claude Saint Vincent, directeur général de Media Participations. Leur capacité à usurper la voix du président et à exercer une pression psychologique sur leurs cibles est impressionnante. »

De Michelin à l’Elysée

Une déferlante. En quinze mois, 180 attaques similaires à celle dont Media Participations a été victime ont été recensées par l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), un service d’élite de la police. Areva, Scor, Quick, Nestle, CMA CGM ont repoussé ces offensives, tout comme Michelin, qui vient tout juste de déjouer une série d’escroqueries sur ses filiales belge, suisse, italienne et allemande. « Nous avons porté plainte dans les pays concernés », nous a confirmé une porte-parole du leader mondial des pneumatiques. De grosses PME sont aussi visées, comme Valrhona, le spécialiste du chocolat, ou encore le casino de Trouville (Calvados), qui a échappé de justesse, le 13 mars, à une arnaque de 400.000 euros. Sans oublier l’Elysée, dont les services comptables ont arrêté un faux ordre de virement de 2 millions d’euros en avril 2011.

Si leurs tentatives échouent souvent, les escrocs ont fait quelques prises spectaculaires: le transporteur Brittany Ferries, qui s’est fait subtiliser 1 million d’euros ; Vinci, le groupe de BTP, escroqué récemment, mais qui « ne souhaite faire aucun commentaire » ; ou encore Robertet, l’un des leaders mondiaux des parfums implanté à Grasse (Alpes-Maritimes), qui a été délesté de 900.000 euros. Au total, selon la police, plus 20 millions d’euros ont déjà été détournés.

Du coup, c’est la mobilisation générale pour protéger nos fleurons du business. Les services secrets – la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) – ont lancé une alerte aux entreprises dans une note sur « la prévention des escroqueries aux virements internationaux », où ils détaillent les techniques des escrocs. « La manipulation fonctionne d’autant mieux que son auteur a la capacité d’y aller au culot, souligne la DCRI. L’air assuré et entendu ne vous incitera alors pas à remettre en cause sa qualité ou sa démarche. »

Autre initiative policière: le 6 mars, le commissaire divisionnaire Jean-Marc Souvira, chef de l’OCRGDF, a discrètement réuni les responsables financiers et de la sécurité d’une quarantaine de grands groupes dans la salle du conseil du Medef à Paris. « Ils étaient très intéressés, car beaucoup avaient déjà été victimes d’attaques, nous confie Souvira. Et je leur ai donné des outils pour se protéger. »

Arsène Lupin high-tech

Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA.

Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés.

Une affaire qui a coûté 1,6 milliard d’euros à l’Etat, « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref », selon la Cour des comptes.

De véritables ingénieurs. Pour arriver à leurs fins, ces aigrefins ont recours à des méthodes très pointues. Dans l’arnaque aux faux virements, ils commencent par mener une enquête fouillée sur leurs cibles. « Pendant un mois, une équipe se renseigne sur la société et ses filiales à l’étranger, témoigne Bernard Petit, sous-directeur à la lutte contre la criminalité organisée, l’un des pontes de la police. Elle collecte les PV d’assemblées générales et de conseils d’administration, et s’imprègne de la culture maison en étudiant les messages des dirigeants aux salariés ou les newsletters internes aux directeurs. » Les filous vont même jusqu’à enquêter sur la vie privée des cadres de l’entreprise. « Grâce aux réseaux sociaux, Facebook ou Twitter, ils peuvent savoir le prénom des enfants ou la date d’anniversaire de la secrétaire », relève Michèle Bruno, chef de la brigade de répression de la délinquance astucieuse.

Leur technique est aussi très élaborée pour empêcher la police de les retrouver. D’abord, ils achètent leur « matériel » (par exemple, les informations d’Infogreffe sur les entreprises) avec des cartes de paiement prépayées, totalement anonymes puisqu’elles peuvent être rechargées en liquide sans être associées à un compte bancaire. « C’est un vrai problème, car la police ne peut retrouver la trace des paiements des malfaiteurs », regrette Jean-Marc Souvira. Ensuite, les larrons lancent leurs attaques téléphoniques de l’étranger – en particulier d’Israël, où opèrent beaucoup de spécialistes de cette arnaque -, tout en donnant l’illusion d’être en France. Pour cela, ils ont recours à des « plateformes de dématérialisation », qui permettent d’acquérir des numéros de téléphone ayant l’indicatif du pays visé. « Si l’entreprise cible est en France, les numéros de téléphone et de fax achetés commenceront par l’indicatif français, afin de mettre en confiance l’interlocuteur qui recevra l’appel », détaille une note de l’OCRGDF.

Vient ensuite la phase d’attaque téléphonique, confiée à une autre équipe. Elle révèle un pouvoir de persuasion hors pair, comme le montrent les enregistrements de la police, que Challenges a pu écouter: « C’est votre président. [ …] Vous devez faire partir ce virement exceptionnel dès aujourd’hui. Vous recevrez les documents demain. Je compte sur vous, c’est très important », lance l’escroc à la comptable d’une filiale d’un grand groupe. « Mais, monsieur, j’ai besoin de documents pour un tel montant », répond la salariée. « Je vous dis que c’est un virement exceptionnel, vous comprenez ou quoi? Vous pouvez le faire », s’énerve l’escroc, qui échouera, la comptable ayant alerté sa hiérarchie. « Ils exercent une pression psychologique énorme en invoquant l’urgence de la situation, ou en menaçant souvent de virer la personne », rapporte la commissaire Michèle Bruno.

Parmi ces as de la mise en scène, le champion, c’est Gilbert Chikli, qui aurait escroqué une quarantaine de banques françaises ces dernières années en se faisant passer pour un agent secret. Réfugié en Israël après avoir été mis en examen en 2008 pour « escroquerie à la lutte antiterroriste » par la juge parisienne Sylvie Gagnard, Gilbert Chikli a réalisé l’un de ses coups les plus spectaculaires avec La Poste. Se faisant passer pour Jean-Paul Bailly, le président du groupe, il a appelé la directrice d’une agence postale. « Vous allez recevoir un appel d’un agent de la DGSE [les services de renseignements] », lui a-t-il dit. Quelques minutes plus tard, l’agent secret téléphone à la directrice, l’avertit qu’un dangereux terroriste faisant partie de ses clients va bientôt retirer de l’argent. Et il ordonne à la patronne de l’agence de lui apporter tous les billets en caisse pour qu’il leur appose une puce électronique…

Un (mauvais) scénario à la James Bond qui a réussi! La directrice a remis 350.000 euros dans une mallette, qu’elle a glissée sous la porte des toilettes d’une brasserie parisienne! Après la découverte de l’arnaque, elle a été licenciée et serait tombée en dépression. « Cet escroc ne réalise pas les dégâts humains que ses agissements ont provoqués », déplore Sylvie Noachovitch, l’avocate de la malheureuse cadre de La Poste. Car, pour Gilbert Chikli, ce n’est pas une escroquerie, c’est un jeu. « Je joue une scène qui apporte une certaine jouissance, une certaine adrénaline », déclarait-il en 2010 à France 2 qui avait retrouvé sa trace.

Israël comme base arrière

C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ».

En septembre, trois Franco-Israéliens spécialisés dans les faux virements ont été arrêtés à Lyon et à Cannes, dans un palace, en pleine partie de poker. Mais ils sont nombreux à avoir échappé à la justice française en se réfugiant en Israël, entre Tel-Aviv et la station balnéaire de Netanya, très appréciée des Français. L’un d’eux, Alex K, aurait même fait venir le groupe américain Black Eyed Peas dans sa somptueuse villa pour fêter son premier milliard de « tève » (l’arnaque à la TVA), selon l’enquête de Jérôme Pierrat, auteur de Mafias, gangs et cartels. La criminalité internationale en France (Folio, 2011).

Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement.

Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. « Auparavant, il y avait une séparation entre les délinquants financiers en col blanc et le grand banditisme classique, souligne Bernard Petit. Désormais, il y a une hybridation. Les équipes sont intégrées. »

Conséquence: les différends peuvent se régler à l’arme de poing. Quatre meurtres liés à ces escroqueries ne sont toujours pas élucidés. En janvier 2009, Serge Lepage, une figure du milieu, a été abattu devant chez lui, dans l’Essonne, après sa sortie de prison. Le 30 avril 2010, c’est au tour d’Amar Azzoug, un ancien braqueur reconverti dans les arnaques financières, d’être exécuté, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Le 14 septembre, Samy Souied, surnommé « le caïd des hippodromes », pour avoir trempé dans une affaire de blanchiment dans le monde des courses, a été abattu Porte Maillot, à Paris. Il était soupçonné d’être l’un des cerveaux parisiens de l’arnaque à la taxe carbone. Enfin, le 25 octobre dernier, Claude Dray, 76 ans, un homme d’affaires possédant des hôtels de luxe à Saint-Tropez, à Jérusalem et Miami, a été retrouvé mort dans son hôtel particulier de 1.000 mètres carrés, villa de Madrid à Neuilly, trois balles de 7,65 dans le cou. Sans aucune trace d’effraction ni de vol. Ce riche collectionneur avait des contacts avec des artisans de l’arnaque au CO2. Tellement lucrative que le partage des profits a fini dans le sang.

Voir aussi:

Faux ordres de virement. Insaisissables suspects

Hervé Chambonnière

Le Télégramme

7 octobre 2014

Les auteurs d’escroqueries aux faux ordres de virements bancaires ne sont pas seulement ingénieux pour tromper des entreprises. Pour court-circuiter les procédures judiciaires, ils opèrent depuis l’étranger, en grande majorité en Israël. Explications.

Quel point commun entre la Brittany Ferries (Roscoff, Finistère) et PBM Import, une filiale du leader européen d’importation de bois Wolseley (Pacé, Ille-et-Vilaine) ? Ces deux sociétés bretonnes ont été victimes d’une arnaque aux faux ordres de virements internationaux (FOVI). Dans les deux cas, une personne se faisant passer pour le P-DG est parvenue à convaincre le service comptabilité de se faire verser, fin 2011, puis fin 2012, 1,1 million d’euros, puis 14 millions. Dans les deux cas encore, l’argent a transité par des comptes à l’étranger, via Chypre, la Bulgarie, la Chine (…). Destination finale ? Israël.

72 commissions rogatoires adressées à Israël, aucun retour

Ces quatre dernières années, l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a recensé plus de 700 faits commis ou tentés en France. Plus de 360 entreprises ont été victimes de cette carambouille (dite aussi « arnaque au président »), pour un préjudice dépassant désormais les 300 millions d’euros. En Bretagne et en Loire-Atlantique, plus de 80 faits ont été signalés. Dans le collimateur des escrocs : les multinationales, comme la société de Vincent Bolloré, victime, dans le Finistère, d’une tentative à 350.000 euros en juin dernier, mais aussi les établissements plus modestes : abattoirs, laboratoires, établissements bancaires, assurances, offices HLM…

Quand ils ont contacté leurs homologues d’Interpol et Europol, les organismes internationaux de coopération policière, les enquêteurs français n’en ont pas cru leurs oreilles. Les escroqueries aux faux ordres de virements internationaux ? Les deux offices internationaux… ne connaissaient pas ! Et pour cause. « Vous êtes le seul pays touché », leur ont répondu un peu plus tard, Interpol et Europol. C’était juste avant que la Belgique, la Suisse et le Luxembourg ne soient à leur tour pris pour cibles. Leur point commun ? On y parle français. « Tout simplement parce que les auteurs de ces arnaques sont français », explique un enquêteur, spécialiste des FOVI. Des Franco-Israéliens, réfugiés en Israël, dont certains sont « bien connus des services », pour avoir fait leurs armes en France dans les arnaques aux faux annuaires et fausses publicités, l’affaire du Sentier ou encore les fraudes à la TVA et à la taxe carbone.

« On a des noms, et même les sociétés qui blanchissent l’argent détourné », assurent des enquêteurs. Mais en Israël, où le fil de l’enquête se brise, aucune procédure n’aboutit. Selon nos informations, pas moins de 72 commissions rogatoires internationales ont été adressées à l’État hébreu depuis 2010. Aucune n’a été suivie d’effet. Police israélienne « peu efficace et débordée » « Les procédures sont longues, complexes, coûteuses, et mobilisent des moyens pour un résultat quasi nul », se désole un enquêteur. Israël laisse faire ? « C’est plus compliqué que cela, explique une source judiciaire. Il y a des problèmes juridiques mais le pays a manifesté son intention de coopérer. »

« La France a su convaincre Israël que tout ceci était illégal, affirme au Télégramme Serge Dumont, journaliste belgo-israélien, correspondant permanent en Israël pour Le Soir et auteur de « L’histoire vraie de la mafia israélienne » (La Manufacture de livres, octobre 2013). Mais la police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. Depuis, une seule a été autorisée vers la France : en 2008, celle, éphémère, du flamboyant Gilbert Chikli… qui se trouve être le père présumé de l’arnaque aux faux ordres de virement (lire ci-dessous). La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris.

En complément

Gilbert Chikli, faux agent secret, vrai millionnaire Il est le père présumé de « l’arnaque au président ». Gilbert Chikli est franco-israélien. Son coup d’éclat ? En 2005, l’homme reconnait s’être fait passer pour le président du groupe La Poste auprès d’une agence parisienne. Il convainc la directrice qu’un agent de la DGSE va prendre contact avec elle pour une opération secrète. L’un des clients de la banque est un dangereux terroriste qui va prochainement effectuer un gros retrait en vue de préparer un attentat. Il faut donc marquer les billets avant la transaction. Pendant deux jours, le faux agent harcèle la directrice à qui il a fait acheter un téléphone portable pour être joignable en permanence. Après une quarantaine d’appels, la directrice s’exécute : elle glisse 358.000 euros dans une mallette qu’elle laisse dans les toilettes d’une brasserie parisienne. Bien sûr, l’argent s’envole. La directrice, elle, sera licenciée. Pendant trois ans, l’homme répétera le même scénario auprès d’une quarantaine d’établissements bancaires. Montant du butin : au moins 23 millions d’euros. En 2008, Gilbert Chikli est extradé d’Israël, mis en examen et placé en détention provisoire en France pendant près de trois ans. Relâché en attendant la fin de l’instruction, il prend la fuite alors qu’il est sous contrôle judiciaire. « J’ai le don de convaincre. Et alors ? » C’est une équipe de France 2 qui retrouve sa trace, en 2010, probablement en Israël. Face à la caméra, Ray Ban sur le nez, bronzé et bravache, le quadragénaire ne conteste pas les faits. « C’était un jeu (…) Par une déballe assez exceptionnelle, il faut le dire, on arrive à se faire remettre des versements ou des espèces assez importantes, voilà. (…) Ou vous avez un don, ou vous l’avez pas. C’est comme les grands acteurs et les grands artistes. Considérons que j’ai un don de beau parleur, que j’ai cette force de convaincre. Et alors, est-ce qu’on peut me reprocher ça ? » Un an plus tard, il est suspecté d’être derrière une tentative d’escroquerie (2 M€) qui visait… l’Élysée. L’homme prend son téléphone et contacte les policiers pour affirmer qu’il est « totalement étranger » à cette affaire. Selon lui, son modus operandi aurait suscité de nombreuses vocations. Et à ce petit « jeu », les élèves, arrivés en nombre depuis deux ans en Israël, auraient « dépassé le maître ».

Les chiffres

Plus d’attaques.

Pour le seul premier semestre 2014, et pour la seule zone gendarmerie, douze attaques ont été recensées en Bretagne pour des préjudices s’élevant de quelques dizaines de milliers d’euros à 437.000 euros. Treize faits avaient été enregistrés en 2013, cinq en 2012, et un en 2011. Une tentative sur trois a réussi. Malgré la sensibilisation régulière des entreprises, les escrocs ont connu plus de succès en 2014 : une tentative sur trois a réussi. Sur les 13 recensées en 2013, deux avaient réussi (4,2 millions d’euros), une sur cinq en 2012, et une en 2011. 600.000 euros en moyenne. 56 faits (dont 45 tentatives) ont été déclarés en zone police Bretagne et Loire-Atlantique depuis 2011, pour un préjudice tournant généralement autour de 600.000 euros. Sur la ligne des escrocs, 143.000 appels en trois mois ! Comment des escrocs parviennent-ils à embobiner banques, entreprises, salariés ? Leurs très redoutables techniques ont été décryptées. Les voici, point par point.

1. Le principe

Téléphoner à l’un des salariés ayant l’autorisation de transférer des fonds, au sein du service comptabilité, pour le convaincre d’effectuer un virement à l’étranger.

2. La technique Pour convaincre le salarié visé, l’escroc se fait passer pour le P-DG ou l’un des cadres dirigeants de l’entreprise (d’où le nom d' »arnaque au président »), qui prétextera une situation urgente, vitale pour la société (contrôle ou redressement fiscal imminent, faire face à une OPA hostile, lancer une OPA sur un concurrent, etc.). Bien souvent, le malfrat agit alors que le P-DG en question et le responsable financier sont absents (en déplacement à l’étranger, malade…). L’opération est lancée de préférence avant midi, le vendredi, en fin de journée, la veille d’un jour férié… Le temps que l’argent transféré sur un compte soit retransféré vers d’autres comptes, où ils ne pourront plus être gelés (24 h à 48 h). « C’est psychologique aussi. Quand le week-end approche, on est plus détendu, on est moins vigilant, explique un enquêteur rompu à ce type d’arnaques. C’est aussi pour cela qu’il faut être Français pour mener à bien de telles opérations. Il faut connaître les us et coutumes du pays, sa mentalité. »

3. Avant l’attaque, des mois de préparatifs Pour réussir le coup, les escrocs ont réuni un maximum d’informations sur leur proie : qui contacter (personnel), qui sont les dirigeants, quelle est leur signature, leur voix, leurs intonations, leurs mots et tics de langage, qui sont les clients, les fournisseurs, avec quels pays la société a-t-elle des échanges (…). Pour la mettre à nu, de un à six mois de recherches sont généralement nécessaires. De nombreuses infos sont accessibles via Internet (presse spécialisée, site Web de l’entreprise, Infogreffe, etc.) : stratégie, organigramme, actes officiels, PV d’assemblées générales, comptes-rendus du comité d’entreprise, extraits Kbis, lettres internes… Cela ne suffit pas. Pour les compléter et les recouper, les aigrefins ne vont pas hésiter à téléphoner à l’entreprise visée, en se faisant passer pour un client mécontent, un avocat, un fournisseur, etc. – « Pourrais-je parler à M. Durand ? » – « Je regrette. Il est en vacances, il revient dans une semaine. Mais je peux vous passer Pierre Vincent qui prend le relais en son absence » (…). Récemment, des enquêteurs bretons ont établi qu’une société avait reçu 140 appels des escrocs avant que ceux-ci ne passent à l’attaque ! Dans une autre enquête, la ligne téléphonique que les malfrats avaient, notamment, utilisée dans le Finistère (128 appels en trois semaines) avait servi à passer en France, en trois mois… 143.000 appels ! Ces informations peuvent aussi être glanées ou complétées sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) : vie privée, agenda des responsables, etc. Les cadres ont participé à un week-end de cohésion le week-end dernier, ont mangé du homard au dernier repas d’affaires ? Une compétition de football a rassemblé les salariés, équipe jaune contre équipe rouge ? Michel est parti à la retraite après 35 ans de bons et loyaux services ? Tout intéresse ces escrocs. Car chaque information est susceptible, le moment venu, de faire tomber la garde de leur interlocuteur.

4. Un aplomb phénoménal Avec un aplomb phénoménal, l’escroc lancera l’information, livrera le détail qui endormira la vigilance du salarié. Celui-ci hésite ? Le faux P-DG va le placer sur un piédestal. On ne lui a peut-être pas donné la place qui lui revenait, on l’a peut-être négligé, oublié mais, là, il va pouvoir donner le meilleur de lui-même. C’est lui qui va permettre de sauver sa boîte ou de lui donner un gros coup de boost ! C’est lui qu’il a choisi, parce qu’il a confiance en lui, que la situation est urgente, secrète. Il ne doit en parler à personne. Lui seul est dans la confidence. Il résiste ? Un document signé viendra confirmer, par e-mail, dans les minutes suivantes l’autorisation. Il résiste encore ? L’escroc est le patron. Il hausse le ton. Le salarié est sommé d’obéir. Il risque son poste ! Veut-il aussi endosser la responsabilité d’une faillite et de licenciements massifs ? Si le stratagème échoue malgré tout, l’escroc retentera peut-être sa chance, avec d’autres salariés. L’entreprise Michelin a ainsi fait l’objet d’une vingtaine d’attaques, en vain, au siège à Clermont-Ferrand et auprès de ses filiales à l’étranger. Dans un autre cas, le jour suivant un échec, un escroc a même rappelé l’entreprise visée, en se faisant passer pour un enquêteur d’Interpol, pour tenter de débloquer les fonds qui avaient été gelés !

5. Anonymes et intraçables Les escrocs masquent tous leurs agissements. Les infos achetées sur Infogreffe ? Achetées avec une carte bancaire prépayée, rechargeable en espèces, sans être associée à un compte bancaire. Les numéros d’appels téléphoniques français ? Achetés par le même moyen (environ 15 € par mois en Israël) auprès de « plates-formes de dématérialisation » habituellement utilisées pour des services clients établis à l’étranger, pour donner l’illusion que cette activité est traitée dans le pays où se trouvent les clients (services de jeux aussi, etc.). Pour l’escroc, cela permet de mettre en confiance son interlocuteur en lui faisant croire qu’il reçoit un appel local. L’adresse e-mail ? Idem, auprès de fournisseurs français de noms de domaine. Il suffit de reproduire l’adresse Web de l’entreprise visée et les e-mails de ses dirigeants, à une lettre ou un signe près ! Pour les mouvements bancaires, le premier transfert est généralement effectué vers une banque d’un pays européen. Un second transfert, vers des pays où l’opacité bancaire règne, intervient très rapidement (dans les 48 h). La Chine est très prisée, car des liens ont semble-t-il été noués avec des contacts locaux. Les escrocs ont recours entre eux, à la manière des banques, au mécanisme de la compensation. L’argent transférée en Chine ne bouge plus, mais des complices chinois implantés à Paris paient en cash les escrocs.

Anglophones, pirates informatiques et faux stagiaires : alerte, les escrocs recrutent !

Ils ne ratent aucune opportunité. Quand les escrocs en col blanc ont appris qu’une nouvelle norme de virement bancaire international (norme SEPA) était mise en place, leur sang n’a fait qu’un tour. En quelques semaines, l’arnaque était ficelée : se faire passer pour une banque, prétexter des tests techniques pour effectuer des virements. Le premier, pour mettre en confiance, était bien restitué. Le second, jamais. Mais la mise aux normes s’est achevée cet été. Fini les arnaques SEPA. « Les escrocs sont déjà passés à autre chose, rapporte un spécialiste des escroqueries aux faux ordres de virement. Dans leurs équipes, ils ont des financiers, des informaticiens… » Nouveaux filons La nouvelle tendance, c’est l’intrusion informatique. Les pirates vont récupérer une foule d’infos sur les comptes bancaires, les fournisseurs, les clients. Et ils trouvent toujours une faille : par exemple, se faire passer pour le propriétaire des locaux et demander à ce que les loyers soient versés sur un nouveau compte bancaire, etc. Autre tendance : envoyer un faux stagiaire. De vraies techniques de renseignement économique ! Dans son livre consacré à la mafia (*) israélienne (édition La Manufacture des Livres, octobre 2013, 22,90 €), le journaliste belgo-israélien Serge Dumont estime que cette criminalité mobile « profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs ». La criminalité financière n’a pas de frontières… Mais ce jour-là n’est pas encore arrivé. Aux dernières nouvelles, les criminels en col blanc mènent grand train dans les établissements de nuit de la région de Tel-Aviv. Il se murmure aussi que de nouveaux filons devraient prochainement être exploités. Les groupes d’escrocs rêvent de nouvelles « parts de marché » et pensent international. Pour cela, ils ont la ferme intention de se mettre… à l’anglais.

* Plusieurs groupes sévissant ces dernières années ont été repérés à Ashdod et Netanya, deux cités à fortes composantes françaises, au sud et au nord de Tel-Aviv . « Ils ne font pas partie de la mafia israélienne, même s’ils commencent à faire partir du paysage criminel local et si les pactoles amassés suscitent la convoitise », constate le journaliste Serge Dumont.

Une vingtaine de millions d’euros gelés

Lorsque l’alerte est donnée rapidement, les services d’enquête parviennent à geler les fonds sur le premier compte où l’argent a été transféré. Sur les quelque 300 M€ envolés depuis 2011, une vingtaine auraient ainsi pu être stoppés. Pour les récupérer, la coopération interbancaire, en dehors de tout cadre judiciaire, à l’amiable, semble la mesure la plus efficace. Certains pays, pour des raisons juridiques, rechignent à restituer les sommes gelées.

Voir aussi:

L’arnaque aux faux virements explose en France
Le Figaro
05/11/2014

VIDÉO – Comme Michelin, de plus en plus de sociétés, petites ou grandes, sont victimes de cette escroquerie. La plupart des fonds atterrissent sur des comptes bancaires en Chine. Les autorités judiciaires françaises, en visite à Pékin, tentent d’organiser la riposte.

C’est un phénomène inquiétant, qui prend de plus en plus d’ampleur en France. Les arnaques aux faux ordres de virements explosent dans l’Hexagone. Ce qui n’était qu’un «phénomène émergent» en 2012 s’est transformé en «véritable raz-de-marée qui s’est abattu sur la France», selon les membres d’une délégation du ministère français de la Justice, en déplacement à Pékin où les fonds volés atterrissent majoritairement.

Ces virements totalement indus représentent 300 millions d’euros de préjudice et 700 procédures comptabilisées par les services d’enquête français, qui constatent une «accélération des faits fin 2013, début 2014». Dernière grosse arnaque en date: le groupe Michelin qui vient d’annoncer le vol de 1,6 million d’euros. Le fabricant de pneumatiques a été victime d’une personne se présentant comme le directeur financier de l’un de ses fournisseurs.

D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale.

«Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage»

D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il.

«Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes.

Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net.

Pression sur Pékin
D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale.

À Pékin, Robert Gelli a donc annoncé la mise en place d’un «comité de pilotage» chargé d’explorer les moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. Après avoir prêté une oreille attentive aux préoccupations françaises, les magistrats chinois ont, à leur tour, fait valoir des demandes s’inscrivant dans l’actuelle campagne anticorruption menée par le régime communiste. Pékin souhaite des actions efficaces contre les officiels chinois corrompus ayant fui en Europe. Un traité d’extradition est d’ailleurs en voie de ratification à Paris.

La fraude en entreprise, un mal très français
Jean-Bernard Litzler, Service infographie du Figaro
19/02/2014

INFOGRAPHIE – De nouvelles formes de délinquance apparaissent mais les sociétés se montrent de plus en plus vigilantes.

Pas moins de 10% des fraudes signalées par les entreprises françaises l’an dernier concernent l’escroquerie dite «au président», selon l’étude du cabinet PwC que Le Figaro présente en avant-première. Une nouveauté et une spécificité très française car cette méthode semble peu utilisée ailleurs. Le mécanisme est simple: l’aigrefin se fait passer au téléphone pour le dirigeant de l’entreprise et demande à un comptable d’effectuer un virement à l’étranger pour financer une acquisition confidentielle. L’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes a ainsi été délestée de 17 millions d’euros.

«Le problème n’avait pas été pris assez sérieusement par les entreprises, dans un premier temps, car elles ne pensaient pas pouvoir être victimes de ce genre de stratagème», souligne Jean-Louis Di Giovanni, associé PwC du département Litiges et investigations qui a réalisé l’étude. Toute la subtilité réside dans le fait que l’escroc s’adresse à un simple comptable, profitant généralement de l’absence de ses responsables. Il dispose souvent de bons renseignements sur le patron qu’il est censé incarner et met en valeur et en confiance son interlocuteur. Au besoin, le fraudeur lui met la pression en expliquant que cette transaction est vitale pour l’avenir de l’entreprise. Il ne lui reste qu’à profiter, la plupart du temps, d’un week-end prolongé pour réaliser son arnaque et empêcher ainsi le blocage du virement.

Malgré cette nouveauté, l’étude PwC montre une nette progression de l’aptitude des entreprises à déceler une fraude. En 2009, seules 29% d’entre elles déclaraient en avoir détecté une contre 55% cette année (voir graphique). «Cette augmentation est particulièrement forte en France, note Jean-Louis Di Giovanni. Elle montre que les entreprises ont pris conscience du problème et se donnent les moyens de dépister des fraudes plutôt que de les découvrir par hasard alors que le mécanisme s’est installé parfois depuis trois, cinq, voire dix ans.» Les sommes en jeu sont loin d’être négligeables: le tiers des fraudes représente plus de 100.000 dollars (73.000 euros).

Cybercriminalité en hausse
La méthode la plus courante de détection reste l’identification des transactions inhabituelles. En épluchant régulièrement la comptabilité, une part significative de la fraude peut être détectée: c’est celle des «opportunistes» qui profitent de la faible surveillance mise en place par l’entreprise. À noter: la fraude est commise dans 60% des cas par un salarié, plutôt âgé (entre 41 et 50 ans dans 43% des cas) et disposant d’une solide ancienneté (plus de dix ans dans 50% des cas) car il lui faut la confiance de son management et le temps de maîtriser les procédures de sa société.

C’est désormais la cybercriminalité qui préoccupe car elle s’organise et se professionnalise. Elle est devenue cette année la deuxième source de fraude la plus courante en France, derrière le détournement d’actifs et pas moins de 44% des entreprises redoutent d’en être victimes dans les deux ans qui viennent. «Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans, précise Jean-Louis Di Giovanni. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite.» Dernière victime en date: le distributeur américain Target auquel ont été volées les données sur 110 millions de ses clients!

Le mythe fondateur des escroqueries au virement : « l’affaire de l’agence postale »
Soren Seelow

Le Monde

11.11.2014

Comme toutes les « success stories » de la criminalité organisée, l’escroquerie aux faux ordres de virement a un pionnier, le Franco-Israélien Gilbert Chikli, et son mythe fondateur : l’affaire de l’agence postale de la rue des Capucines, à Paris, première entreprise française à avoir porté plainte en 2005.

Dans les mois qui ont suivi, 34 sociétés ont été visées tour à tour : l’affaire des faux ordres de virement internationaux était née. Le 30 septembre, quinze prévenus ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès, dont la date n’a pas encore été fixée, sera le premier du genre.

L’affaire de La Banque postale, telle qu’elle est relatée par l’ordonnance de renvoi, est un morceau d’anthologie criminelle. Lundi 25 juillet 2005, Mme G., directrice de l’agence, est affairée à son bureau quand un homme se faisant passer pour le président du groupe La Poste, Jean-Paul Bailly, l’appelle. Il l’informe qu’elle sera prochainement contactée sur son portable par un « agent des services secrets internationaux ».

Interloquée, sans doute un peu grisée par une telle marque de confiance, Mme G. reçoit bientôt l’appel d’un homme qui se fait appeler « Paul ». L’homme se présente comme un agent spécialisé dans la lutte contre le terrorisme international et la convainc de participer à une vaste opération d’espionnage.

Afin de la maintenir sous son emprise psychologique, « Paul » appelle la directrice à quarante reprises en trois jours. Il lui explique qu’il s’intéresse de près à certains clients de la banque soupçonnés de blanchir de l’argent pour le compte du terrorisme international, et parvient à obtenir les noms et numéros de compte des principaux clients de l’agence.

76 millions d’euros en quelques mois
A force de persuasion, le faux agent finit par convaincre Mme G. de procéder le 28 juillet à une commande de fonds exceptionnelle de 358 000 euros pour piéger les clients suspects. La directrice s’exécute, place la somme dans une sacoche, saute dans un taxi, file en direction de la place de la Nation et s’enferme dans les toilettes pour dames d’un bar, comme convenu.

Une femme – soupçonnée d’être la maîtresse de Gilbert Chikli – se présente devant les cabinets et prononce le mot de passe. Par l’entrebâillement de la porte, Mme G. lui remet la sacoche. « Paul » l’avait persuadée que les billets seraient scannés afin de les « tracer ». La sacoche devait lui être rendue quelques heures plus tard à la terrasse d’un bistrot de la rue de la Paix. Mme G. s’installe en terrasse. Ne voyant rien venir, elle se résout à porter plainte. Elle sera licenciée pour faute professionnelle.

Dans les mois qui suivent, 34 entreprises ou filiales françaises de renom (Thomson, LCL, HSBC, Adidas, American Express, Alcatel, Dassault ou encore Les Pages jaunes) ont été visées par des escroqueries similaires. A un détail près : la sacoche de billets, trop rudimentaire, a été remplacée par un virement bancaire, pierre angulaire de la vague d’escroqueries qui touche la France depuis bientôt dix ans.

Le montant total des tentatives se monte à 76 millions d’euros en quelques mois. Mais si l’escroquerie est lucrative et peu risquée, son taux d’échec est élevé : seules quatre entreprises ont perdu de l’argent pour un préjudice de 6 millions d’euros.

Commanditaire présumé de ces arnaques : Gilbert Chikli, ancienne tête pensante de « l’escroquerie au démarchage publicitaire ». Mis en examen en janvier 2008, libéré sous caution en septembre 2009, il s’est envolé trois semaines plus tard pour Israël. Il est visé depuis le 15 février 2010 par un mandat d’arrêt international. Et a depuis fait des émules sur la Riviera israélienne.

Voir également:

Les entreprises françaises victimes d’une vague d’escroqueries venue d’Israël
Soren Seelow (avec Richard Schittly, à Lyon)

Le Monde

11.11.2014

Le 14 mars 2013, Mme C. a reçu un mail inhabituel. Il était 10 h 15. Comptable chez un grand négociant en vin de Bourgogne, elle découvre, surprise et flattée, que son patron compte sur sa « discrétion » pour une importante opération financière. C’est la première fois que cette jeune femme de 35 ans échange par courriel avec son employeur, dont le bureau se trouve à quelques mètres du sien. Le caractère exceptionnel du message, se dit-elle, justifie ce moyen de communication inédit, bien qu’il soit truffé de fautes d’orthographe :

« Je vous ai choisi pour votre discrétion incontestable et votre travail irréprochable aux seins de notre entreprise et dans votre groupe de travail. Nous effectuons en ce moment une opération financière. Cette opération doit rester confidentielle jusqu’à son annonce à l’Autorité des marchés financiers et dans le cadre d’un strict confinement voulu aux seins de la direction du groupe. »

Le courriel poursuit ainsi : « L’annonce publique aura lieu avec la présence de toute l’administration le 22 mars 2013. Veuillez prendre contact avec notre cabinet Me Botin [suit une adresse mail] pour ma remise des coordonnées bancaires afin d’effectuer le virement immédiatement de la facture en pièce jointe. Merci de votre entière discrétion. »

« Braqueurs dématérialisés »
Mme C. ne s’en est pas aperçue, mais l’adresse de son patron a été contrefaite. Son interlocuteur n’est pas dans le bureau d’à côté : il est en Israël. La comptable est sur le point de se laisser embarquer dans une incroyable escroquerie qui coûtera plus d’un million d’euros à son entreprise. Et elle est loin d’être un cas isolé. Avant elle, des centaines d’entreprises ont été victimes du même procédé.

C’est une spécialité franco-israélienne : l’escroquerie aux « faux ordres de virement internationaux », ou « Fovi ». Les cibles sont pour la plupart des entreprises françaises ou francophones, dont plusieurs grands noms du CAC 40. Ses auteurs, qui ont la double nationalité, opèrent en toute impunité depuis les villes côtières de Netanya, Ashdod ou Herzliya, surnommée la « Silicon Valley israélienne ».

Ces riches équipes de « braqueurs dématérialisés » ont fait leurs armes dans les arnaques aux encarts publicitaires, la fraude à la TVA ou à la taxe carbone. Au fil des années, ils ont affûté leur maîtrise de l’informatique pour déjouer les systèmes de sécurité. Alliés aux Triades chinoises, qui réceptionnent les virements en Chine, ils prospèrent à l’abri des poursuites grâce aux lenteurs de la coopération judiciaire internationale.

« Chiffre noir gigantesque »
Né il y a une dizaine d’années, le phénomène, pourtant largement documenté, a explosé depuis quatre ans pour atteindre une intensité inégalée cette année, avec plusieurs tentatives par semaine. Depuis fin 2010, 700 entreprises françaises ont porté plainte, pour un préjudice estimé à 300 millions d’euros.

« Mais le chiffre noir est gigantesque », nombre de sociétés préférant ne pas ébruiter leur mésaventure, explique Jean-Marc Souvira, directeur de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Il s’agit d’une attaque massive contre le tissu économique français. »

Une liste non exhaustive des entreprises visées donne une idée de l’ampleur du phénomène. Le 27 octobre, Michelin se fait subtiliser 1,6 million d’euros ; début septembre, c’est le bureau parisien du plus grand cabinet d’avocats du monde, Baker & McKenzie, qui se fait escroquer de 900 000 euros.

En janvier, l’usine de production Seretram, propriété de la marque Géant vert, voit disparaître 17 millions de sa trésorerie. A ce jour, le record est détenu par Vallourec, leader mondial des tubes sans soudure, avec un préjudice de 20,6 millions d’euros en février 2013.

Cette gigantesque vague d’escroqueries associe les méthodes traditionnelles de l’imposture téléphonique et les techniques sophistiquées de l’espionnage industriel.

La première étape, dite d’« ingénierie sociale », consiste à recueillir un maximum d’informations sur l’entreprise visée grâce aux innombrables « données ouvertes » aisément disponibles sur Internet, dans les registres de commerce ou sur les réseaux sociaux. Très prisés, les rapports annuels d’entreprises, qui sont publics, permettent de scanner la signature du PDG et de repérer ses tics de langage.

Ces derniers mois s’est développée une technique plus intrusive consistant à aspirer les données d’un ordinateur grâce à un « cheval de Troie », envoyé sous forme de pièce jointe : organigramme, échanges de mails, fournisseurs, coordonnées bancaires, dates de congés…

Ces informations, souvent stratégiques et parfois très personnelles, sont triées et analysées. Elles permettront à l’escroc d’usurper l’identité du directeur, d’un fournisseur, d’un cabinet d’audit ou d’un policier. Cette première phase, qui souligne la fragilité des sociétés françaises face à la protection de leurs données, permet de crédibiliser la suite, qui repose plus classiquement sur la crédulité humaine.

Mais la naïveté a ses limites et la chance demeure le meilleur allié des escrocs. Malgré les mises en garde répétées de son interlocuteur lui demandant de ne lui parler de cette opération ni « physiquement, ni par téléphone », Mme C. se présente devant la porte vitrée du bureau de son patron pour obtenir des éclaircissements. Mais il est occupé et ne peut la recevoir.

« Dévouement et discrétion »
Quelques minutes plus tard, elle reçoit un appel de Me Botin depuis un numéro de téléphone acheté sur une plateforme de dématérialisation, qui permet d’afficher l’indicatif désiré. Le faux avocat lui reproche d’un ton péremptoire de ne pas avoir respecté les instructions. Ce coup de poker des escrocs, qui avaient anticipé sa réaction, achèvera de refermer le piège.

A 10 h 54, Me Botin lui fait parvenir par mail une facture de 395 700 euros au nom de la société suisse Libo Diamond and Jewellery LTD, accompagnée d’un RIB de la Liechtensteinische Landesbank de Genève. La comptable édite l’ordre de virement et en réfère au faux PDG : « Je viens juste de terminer, mais il me faut une signature écrite au-dessus du tampon pour que je puisse le valider par fax à la banque. Je le mets dans votre casier. Je le récupère quand vous l’aurez signé », écrit-elle. « Surtout pas, répond l’escroc avec un art tout personnel de la conjugaison : vous le scanner, vous le tamponner et vous me l’envoyer par mail de suite, merci. »

A 13 heures, Mme C. envoie l’ordre de virement à la banque. « Je vous félicite pour votre dévouement et votre discrétion », la complimente l’escroc. Dans les jours qui suivent, quatre nouveaux virements, d’un montant total de 3,5 millions d’euros, seront effectués. Seuls les deux premiers seront décaissés, pour un préjudice d’un million d’euros. Les suivants seront bloqués à temps, un cadre de l’entreprise ayant fini par déceler la supercherie.

Coût humain très lourd
« En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés », explique M. Souvira. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds.

« Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois. »

Ces escroqueries ont aussi un coût humain très lourd, avec des licenciements à la clé, et parfois des drames. Depuis cette folle semaine, Mme C. est en arrêt maladie pour dépression. Cette mère de deux enfants a confié à ses collègues s’être sentie « humiliée » et « violée ».

Pendant les six jours de l’escroquerie, elle n’en avait pas touché un mot à son patron. Elle s’en était en revanche ouverte à son directeur financier, Monsieur B., qui ne s’en était pas alarmé. Le cadre de 57 ans, dévoué à son entreprise depuis plus de trente ans, n’est jamais retourné travailler après l’escroquerie. Le 2 juin, il a annoncé à sa femme qu’il sortait acheter du vin. Il a poussé un peu plus loin et s’est jeté d’un pont.

La coopération internationale en question
La vague d’escroqueries, qui touche essentiellement la France, est un test pour la coopération judiciaire avec la Chine et Israël. Prenant conscience de l’ampleur du phénomène, le ministère de la justice a dépêché début novembre à Pékin une délégation chargée de réfléchir aux moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. « L’entraide avec la Chine était inexistante, c’est un premier pas  », souligne un magistrat parisien.

Mais l’échange d’informations avec Israël est pour l’heure au point mort. Si plusieurs escrocs ont été identifiés en Israël, les commissions rogatoires n’ont jusqu’ici rien donné. « La solution est politique », résume un haut fonctionnaire de police.

Voir encore:

L’arnaque Michelin : l’arbre qui cache la forêt pour les e-commerçants français
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude.

Chronique de Grégoire Vigroux
Directeur Marketing pour l’Europe, Telus International Europe
Journal du net
13/11/14 11:42

C’est aussi l’arbre qui cache la forêt d’une situation nettement plus problématique et qui touche l’ensemble des e-commerçants français.
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude: l’entreprise en question n’a pas connu de cas de fraude pendant une longue période, ce qui laissait laisse présumer que le sujet était bien maîtrisé et que les mesures préventives étaient efficaces. Or, alors que personne ne l’a vue venir, une attaque habile et organisée est parvenue à soustraire de l’argent à l’entreprise.

Michelin n’est pas la première société française à être victime d’une telle arnaque : selon la Fédération Bancaire Française (FBF), plusieurs centaines de procédures sont en cours pour des cas semblables, pour un montant total évalué à plusieurs centaines de millions d’euros.
Le cas de l’affaire Michelin, qui a fait la une de l’actualité, illustre un phénomène de plus grande ampleur: celui de la « fraude en bande organisée », également qualifiée de « fraude professionnelle », ou « industrielle » et qui gagne du terrain chaque année en France.
L’affaire Michelin est, d’une certaine manière, l’arbre qui cache la forêt, car les entreprises qui sont les premières victimes de la fraude organisée ne sont pas celles du CAC 40. Depuis plusieurs années, les sociétés qui appartiennent au secteur du commerce électronique sont au nombre des proies privilégiées des fraudeurs professionnels et ce, parce que ces entreprises ne sont pas armées pour lutter durablement contre la fraude moderne, qui est désormais menée à une échelle industrielle.
Les e-commerçants éprouvent notamment de grandes difficultés à dépister et à combattre les escroqueries lors des périodes de l’année pendant lesquelles ils doivent gérer les contextes opérationnels les plus difficiles, notamment les périodes de fêtes et de soldes. Au total, le montant des impayés bancaires sur les 138 000 sites marchands français actifs s’élevait ainsi à 125 millions d’euros l’an dernier. Soit 14 % de plus qu’en 2012 et deux fois et demi de plus qu’il y a cinq ans.
Quelles sont les solutions les plus utilisées par les e-commerçants pour combattre la fraude ?
Parmi les solutions les plus répandues, on répertorie: la procédure systématique de demandes de justificatifs – dont demande de pièce d’identité et attestation de domicile (concernant parfois, plus de 10 % des commandes); l’analyse manuelle des commandes à risque (dans bien des cas, près de 40 % des commandes); et l’augmentation de la part des transactions passées en 3D Secure. La mise en place des solutions que nous venons d’évoquer suscite naturellement des coûts additionnels pour le e-commerçant ainsi qu’une expérience client souvent détériorée pour le client.
Quelles sont les meilleures pratiques pour combattre la fraude ?
De plus en plus d’e-marchands s’engagent dans la mise en place d’une stratégie méthodique et menée à plus long terme. Cette catégorie d’e-marchands ne se focalise pas exclusivement sur la diminution des pertes financières dues à la fraude, mais prend également en compte les paramètres suivants : impact sur le taux de transformation; coût opérationnel du processus (coût de gestion des impayés inclus); et risques pris en terme d’impact sur l’image de marque.
Selon nous, seule une stratégie anti-fraude qui intègre chaque phase du processus peut s’avérer efficace. Cette stratégie doit prendre en compte chacune des étapes suivantes : ce qui se passe avant le paiement; en cours de paiement; après le paiement; et, enfin, au cours de la phase d’investigation. Il revient ensuite au e-commerçant de définir des indicateurs de performance homogènes sur l’ensemble des étapes du processus, pour établir un premier diagnostic et fixer les objectifs à atteindre.
L’externalisation est-elle la solution ?
Un nombre croissant d’e-marchands réalise qu’une protection efficace contre la fraude peut également favoriser une amélioration de l’expérience client et aussi entraîner une diminution des coûts opérationnels.
De fait, les e-commerçants français qui souhaitent confier la lutte contre la fraude à un prestataire externe sont de plus en plus nombreux. Les raisons qui incitent les donneurs d’ordre à envisager l’outsourcing sont variées. La nécessité d’être accompagné dans la conception d’une stratégie minutieusement adaptée de lutte systématique de la lutte contre la fraude est un élément souvent déterminant.
Une autre raison qui incite les e-marchands à envisager l’outsourcing est le besoin d’une solution « one-stop-shop », qui combine l’utilisation des meilleures technologies disponibles sur le marché (analyse prédictive, plateforme de détection temps réel, big data); des capacités d’externalisation de certaines activités; et enfin, les indispensables homologations aux réglementations en vigueur (dont PCI DSS et ISO 27000).
Par ailleurs, en réponse aux scénarios d’attaque organisée, l’outsourcing présente plusieurs avantages : une approche externe et neutre des processus, la capitalisation d’un savoir-faire construit en relation avec plusieurs grands donneurs d’ordre et la capacité à évaluer la performance par le biais de  « stress-tests ».
Recommandations
Pour les e-marchands, le succès en matière de lutte contre la fraude n’est possible qu’à condition de maîtriser les trois paramètres suivants : posséder un taux de protection efficace et parvenir à diminuer les coûts opérationnels en améliorant l’expérience client.
L’externalisation est, selon nous, le moyen à la fois le plus sûr et le plus pragmatique pour atteindre ces trois objectifs. Le management de la fraude est ainsi en passe de devenir un métier à part entière, ce qui conduit les e-commerçants à confier cette activité spécifique à des entreprises spécialisées.

Voir de plus:

12 recommandations pour se prémunir contre la « fraude au président »
Cecile Desjardins

Les Echos

19/03/2014
C’est en sécurisant leurs procédures de virements manuels, en contrôlant leur information, et en sensibilisant leurs salariés que les entreprises peuvent espérer échapper à ces escroqueries d’un nouveau type.

Lors d’une conférence organisée récemment par l’assureur AIG et le cabinet d’avocats Boken sur la « Fraude aux faux ordres de virements », Raphaël Gauvain avocat associé chez Boken a présenté un « Guide à l’usage des entreprises pour la protection contre la « fraude au président ». Les douze recommandations qui y sont présentées relèvent de trois domaines.

La sécurisation des procédures de virements manuels, tout d’abord (recommandations 1 à 3). « C’est la première des actions à mettre en place : les fraudes concernent des virements significatifs non récurrents : il faut donc contrôler l’accès au cash et auditer les virements manuels de l’entreprise et, en particulier, les procédures d’urgence », explique Raphaël Gauvain.

Sensibiliser, informer et former les salariés

Fraude : comment réagir à une tentative de détournement de fonds : Les entreprises sont de plus en plus souvent visées par des tentatives de fraude, souvent élaborées. Internet, réseaux sociaux, pression psychologique… Tous les moyens sont bons pour soutirer des fonds. L’AFTE publie un guide pratique pour se prémunir, ou réagir, face à ces manœuvres.

Le deuxième domaine d’actions porte sur le contrôle de l’information donnée par ou sur la société (Recommandations 3 à 6). « Nous avons constaté que les attaques surviennent souvent « au pire moment »: les entreprises nous disent « le patron était en vacances… » ou « on était sur une opération très importante », etc. Mais ce ne sont pas des « hasards » : les escrocs savaient que ces entreprises étaient en situation de crise. Pourquoi ? Parce qu’avant de mener leur attaque, ils ont su recueillir les bonnes informations, y compris sur les réseaux sociaux ou à travers une enquête approfondie de « social engineering »», indique Raphaël Gauvain.

Enfin, il est essentiel de sensibiliser, informer et former ses salariés (Recommandations 7 à 12). « Le point le plus important est de faire comprendre aux salariés que « cela n’arrive pas qu’aux autres ». Il faut non seulement les informer sur ce type d’escroquerie, mais aussi le faire régulièrement, souligne Raphaël Gauvain. C’est au dirigeant de s’engager personnellement pour dire à ses salariés pour leur dire que JAMAIS il ne leur demandera de passer outre les procédures de virements ». Douze procédures à suivre à la lettre quand on sait que quelque 350 entreprises françaises ou francophones ont été attaquées en 2013. Et que les services de police ont constaté une forte croissance des tentatives d’escroquerie de ce type depuis le début 2014…

1 – Respecter les règles essentielles du contrôle interne
Des procédures simples en matière de virements manuels peuvent limiter les risques. « Un simple comptable ne doit pas pouvoir ordonner un virement et il faut limiter au maximum le nombre de personnes qui ordonnent les paiements manuels », explique Raphaël Gauvain. Autre principe évident, mais pas toujours respecté : la séparation des taches, entre celui qui prépare le virement et celui qui l’ordonne. Enfin, il faut mettre en place une procédure de double signature au-delà d’un certain montant.

2 – Renforcer l’efficacité des procédures d’urgence
La plupart des escroqueries au président sont fondées sur le caractère « d’urgence » de l’opération frauduleuse demandée. Il est donc essentiel que l’urgence ne soit pas traitée en marge des procédures. « Il faut mettre en place des procédures spécifiques pour permettre des virements en urgence, et désigner un référent compétent pour les traiter, explique Raphaël Gauvain. Attention, il faut aussi obliger l’exécutant, en cas d’ordre de virement urgence, à mentionner sur l’ordre, l’heure et la date à laquelle il a obtenu l’accord du référent ».

3 – Conforter ses relations avec les banques
Il faut éviter que la banque ne constitue un maillon faible dans la sécurité de l’entreprise. « Et donc prévoir, systématiquement, un contre-appel de la banque en cas de virement manuel au-dessus d’un certain montant », indique Raphaël Gauvain. En outre, mieux vaut limiter le nombre d’établissements bancaires de l’entreprise et, en cas d’acquisitions de nouvelles sociétés, procéder aux transferts des comptes bancaires.

4 – Sécuriser les systèmes d’information et de communication

S’il est essentiel de sécuriser l’accès à l’intranet, il faut aussi faire attention aux supports de communication internes et externes (site internet, blog, plaquette, journal). Notamment en limitant  la communication d’informations sur l’organisation de la société, son organigramme et les plannings, la communication d’informations individuelles (numéro de poste direct et fonction précise) et la communication à propos d’événements internes (galas, etc.).

5 – Renouveler la réflexion sur l’information légale
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain.

6 – Maîtriser l’information donnée au marché
Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement

7 – Informer sur le mode opératoire des escrocs.
Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement.

8 – Informer sur les virements suspects
Une réflexion en amont sur les virements « suspects » peut aider à éveiller l’attention des salariés ciblés par les escrocs. Concrètement, il faut être attentif aux opérations ayant une cause incongrue (fonds mis à disposition d’un agent secret ; ordres manifestement illicites comme ceux ayant pour objet d’échapper à un contrôle fiscal…) ou un destinataire suspect, comme un compte inconnu ou qui ne correspond pas à la justification qui en est donnée. Mais aussi une destination étrange (en particulier lorsque le virement a pour destination un pays dans lequel l’entreprise n’a aucune activité), que le montant apparaît disproportionné au regard de la justification donnée ou, enfin, qu’il est fractionné pour éviter un certain seuil (ex : 990 000 euros).

9 – Sensibiliser régulièrement les salariés
Une information unique n’est pas suffisante : il faut procéder à des envois réguliers de mail ou memo internes signés de la Direction (notamment un rappel systématique avant les périodes de vacances). Et ainsi rappeler systématiquement le mode opératoire des escrocs, les caractéristiques des paiements suspects et les procédures internes en matière de virement et formuler un message personnalisé d’un membre de la Direction rappelant que jamais il n’ordonnera directement un ordre de paiement en urgence au mépris des procédures de contrôle internes.

10 – Accompagner les salariés face au risque de fraude
« Il faut désigner un référent qu’il faudra avertir en cas de soupçon de fraude (par exemple : directeur juridique/compliance) et envoyer régulièrement des mails ou mémos rappelant l’existence de ce référent, explique Raphaël Gauvain. Lors d’un appel à caractère urgent émanant d’un interlocuteur qui utilise la menace, l’intimidation ou le chantage pour ordonner un paiement, et/ou en se faisant passer pour un membre de la Direction, la communication doit être immédiatement interrompue et le référent informé sans attendre ».

11 – Responsabiliser les salariés
Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude…

« Mieux vaut réduire le nombre de personnes habilitées à transmettre des informations à des contractants extérieurs, explique Raphaël Gauvain. Mais il faut aussi faire attention aux réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn etc,) et diffuser une charte rappelant aux salariés le bon usage des moyens modernes de communication (pas d’information sur l’entreprise, profils privatisés…) ».

Pour réduire le risque ? Il faut contractualiser l’obligation renforcée de confidentialité et prévenir les salariés que tout manquement aux règles de procédure interne sera constitutif de licenciement (faute grave les privant de préavis et d’indemnités de licenciement).

12 – Organiser un « stress test »
C’est, sans aucun doute la phase ultime permettant de vérifier la solidité des procédures mises en place dans l’entreprise et de les corriger si nécessaire : la simulation d’une tentative d’escroquerie, qui peut être réalisée en interne ou en faisant appel à une société spécialisée en « sécurité économique ». « Le retour d’expérience sera la meilleure des sensibilisations et le stress test permet de déceler les points faibles de chaque entreprise et de pouvoir y remédier », souligne Raphaël Gauvain.

Voir de plus:

KPMG : Les dessous d’une escroquerie de 7,6 millions d’euros
Denis Lafay
la Tribune
26/06/2014

7,6 millions d’euros : c’est le montant de l’escroquerie record dont KPMG SA a été victime en 2012. Cette fraude, dite « au Président », résulte de méthodes et d’outils technologiques extrêmement sophistiqués. Elle engage aussi une chaine de responsabilités, qui interroge le contrôle interne d’un groupe lui-même chargé de le mettre en œuvre chez ses clients. Récit d’une incroyable arnaque.

L’affaire démarre en mai 2012. B.M*, comptable à la direction Rhône-Alpes de KPMG en charge des règlements fournisseurs, reçoit un appel téléphonique d’un interlocuteur se présentant sous l’identité de Jean-Luc Decornoy, le président du directoire de KPMG SA. Il la somme, sous le sceau de l’absolue confidentialité et après s’être inquiété de quelques soucis personnels qu’elle avait… réellement éprouvés – la mettant ainsi en confiance -, de procéder à un virement de 252 848 € nécessaire à l’accomplissement d’une étude de consulting « qui doit demeurer totalement secrète ». Elle insiste sur le caractère inapproprié de la demande, mais devant la persistance de son « grand patron » doit céder.

Une adresse IP aux Etats-Unis
L’usurpateur la met alors en relation électronique avec un certain Marius Kohl – marius.khol@financier.com, provenant d’une adresse IP qui se révélera ultérieurement basée aux Etats-Unis -, chargé de lui remettre les coordonnées bancaires pour effectuer la transaction. Puis il réceptionne sur une adresse électronique similaire à celle de Jean-Luc Decornoy – l’IP originelle sera, plus tard, isolée en République tchèque – la demande d’ordre de virement officielle que lui expédie B.M et qu’il retourne noircie d’une signature strictement identique à celle du « vrai » Jean-Luc Decornoy.

Une société anglaise, Myr Group, sise 12 Sherwood Street Piccadilly Circus à Londres, est appelée à réceptionner un virement émis par la banque de KPMG, l’agence Entreprises La Défense de BNP Paribas, au bénéfice de l’agence Canary Wharf de Barclays Bank à Londres.

Des virements compris entre 940 et 996 K€
Et c’est ainsi que le 5 juin, 13 jours après la datation de la facture, 252 848 € quittent les comptes de KPMG et rejoignent ceux d’une organisation de malfaiteurs aux méthodes particulièrement sophistiquées. Ces manoeuvres, pour l’essentiel libellées au nom de « rachat de filiales » et que B.M a l’absolue interdiction, rappelée par son soi-disant président du directoire, de partager avec « quiconque », se répètent à 8 reprises jusqu’au 10 juillet. Les sept factures émises du 21 juin au 10 juillet et honorées sont toutes comprises entre 967 350 et 996 641 euros…

Il faudra un échange interne presque anodin au sein de la direction financière puis avec B.M pour que « l’affaire » éclose. Le 10e ordre de virement de 941 637 euros émis le 11 juillet est stoppé in extremis, et la Police judiciaire est saisie de cet exemple de « fraude aux dirigeants » qui commence de voir le jour en France. Quelques mois plus tard, en décembre, P.Y*, alors responsable administratif et comptable de la direction Rhône-Alpes et que sa subalterne avait mis seul dans la confidence, est licencié.

Les interventions d’Alain Chamak, alors directeur Rhône-Alpes (et président du conseil de surveillance jusqu’en 2010) pour le disculper de toute responsabilité et considérant « inappropriée » l’éviction de « personnes innocentes » et de « bouc-émissaires » pris au piège de la discipline hiérarchique et « coupables » d’avoir respecter scrupuleusement l’injonction descendante, permirent, selon la défense de l’entreprise, de rétrograder le motif de licenciement de « grave » à « simple ». Le directeur régional invita également B.M et P.Y à consulter sur le champ un médecin et un psychologue.

Une propagation inquiétante
Les investigations confiées à la Direction Interrégionale de la Police Judiciaire à Lyon se poursuivent. L’instruction pénale porte sur les qualificatifs d’« escroquerie et tentative d’escroquerie en bande organisée », de « faux et usage de faux », et d’« usurpation d’identité ». Ce fléau, qui a surgi en 2012 en France, se propage et devient un phénomène « extrêmement inquiétant » observent des enquêteurs, est symptomatique de la prolifération tentaculaire et incontrôlée des nouvelles manifestations de cybercriminalité. Leurs auteurs « jouent » des outils d’ultratechnologisation mais aussi de l’évaporation des frontières devenues, dans ce domaine, virtuelles, enfin de la complexité des enquêtes induite par l’internationalisation des circuits – les investigations mèneraient principalement vers la Chine et surtout Israël via des malfaiteurs binationaux.

Et les méthodes ont de quoi effrayer ; ainsi B.M à la fois était le professionnel idoine pour procéder directement aux virements, ne figurait sur aucun organigramme accessible à des tiers de l’entreprise, entendit son interlocuteur évoquer au téléphone le nom d’autres salariés des services financiers de KPMG et même, avec exactitude, l’agenda d’Alain Chamak le jour de la première fraude…

Suicide
L’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et l’Office central de la lutte contre la criminalité liée aux technologies informatiques et de la communication (OCLCIC) sont mobilisés. En Rhône-Alpes, le montant cumulé de la vingtaine d’escroqueries réellement consommées et faisant l’objet de procédures tutoierait, selon nos informations, les 60 millions d’euros. Les répercussions ne sont pas que financières pour les entreprises et économiques pour des emplois fragilisés par l’ampleur des pertes ; elles sont aussi humaines pour les salariés instrumentalisés.

Pour preuves chez KPMG, le licenciement du responsable administratif et comptable, et le traumatisme psychique éprouvé par B.M : employée modèle depuis une trentaine d’années, devenue complice malgré elle, et abandonnée à son sort par une présidence qui ne témoigna ni empathie ni attention – jamais après le déclenchement de l’affaire elle n’eut de contact avec celui-même auquel elle était machiavéliquement liée : Jean-Luc Decornoy. « Je me suis sentie sale parce que l’on m’a salie », confiera-t-elle à un proche. Dans une autre entreprise de la région, les manifestations de cette culpabilisation ont été encore plus dramatiques : un salarié s’est suicidé.

Une forteresse inexpugnable
Dès le 12 juillet 2012, KPMG fait le choix de l’omerta. Pendant plusieurs mois, seule une grappe de dirigeants puis la cinquantaine de partners seront tenus informés de l’existence de l’escroquerie. L’atomisation du groupe – compartimenté par métiers et fractionné en 217 implantations – mais aussi l’intérêt commun des associés-actionnaires de préserver l’image de l’entreprise pour sauvegarder leurs intérêts personnels, favorisent l’imperméabilisation des transferts de communication et de diffusion des informations.

La forteresse semble inexpugnable, mais la stratégie d’un silence public cadenassé ne manque pas d’enflammer les rumeurs ni de surprendre dans la corporation. Aucun média, excepté La Lettre A dans un court article édité le 19 décembre 2013, n’y fera référence. Plus étonnant, dans la publication de ses comptes annuels clos en septembre 2012, KPMG Associés – le holding de tête, détenu à 80 % par des experts-comptables et commissaires aux comptes et à 20 % par les descendants de la famille fondatrice Galtier, possède 98 % du capital de KPMG SA – affirme « qu’aucun événement ayant une incidence significative sur les comptes n’est à signaler ». Dans son rapport remis à l’Assemblée générale mixte du 17 décembre le conseil de surveillance de KPMG SA estime, de son côté, « qu’il n’y a aucune observation particulière à formuler ».

Où sont passés les 5,3 millions restants ?
L’examen de la chaine des responsabilités et les interrogations sous-jacentes ont, il est vrai, de quoi malmener la réputation du cabinet. Comment l’envergure de la fraude, c’est-à-dire la concentration, l’accélération effrénée, et l’ampleur des virements, a-t-elle pu échapper à la vigilance du co-directeur Rhône-Alpes Bruno Paillard, responsable de la fonction-support comptabilité, et surtout du directeur financier de KPMG SA Thierry Lemarquis ?

Comment les opérateurs de BNP Paribas ont-ils pu, eux aussi, procéder sans jamais ciller à de tels transferts dont la fréquence (28 et 29 juin, 2, 5, 9, 10, 11 juillet), les montants (à ces dates, jamais moins de 940 000 € chacun), et même les objets étaient à ce point inhabituels et disproportionnés par rapport à l’activité du cabinet – leur cumul correspond à 1 % du chiffre d’affaires annuel ? Comment faut-il interpréter l’évocation, dans le rapport de gestion publié pour l’AG mixte du 17 décembre 2012, de la « survenance d’un sinistre sur un actif » mais dont l’impact résiduel sur le résultat net n’est « que » de 2,3 millions d’euros ; que sont devenus les 5,3 millions d’euros restants ? BNP Paribas ou, dans une moindre mesure, Barclays Bank ont-ils « partagé » avec KPMG la responsabilité pécuniaire d’une défaillance que d’aucuns arriment à une incurie ?

ERP en cause ?
Le soin extrême que la direction de KPMG a consacré, avec succès, à claquemurer « l’affaire » et à juguler toute divulgation publique, tient à la singularité schizophrénique de la situation : un prestigieux cabinet, dont la facturation des honoraires peut culminer, selon une source interne, à 1 000 € l’heure pour les partners, a pour mission de veiller chez ses clients à l’application d’un dispositif rigoureux et transparent de ce même contrôle interne (lire encadré à la fin) qui, chez lui, s’est révélé vulnérable, dysfonctionnel, opaque voire défaillant.

Depuis, d’ailleurs, l’architecture de ce contrôle interne – lézardé par le changement simultané de plusieurs process informatiques et crevassé par les fragilités du système d’exploitation informatique (ou ERP) peut-être trop hâtivement déployé et « coupable » d’avoir détricoté à partir de 2011 les procédures prévalant jusqu’alors – a été considérablement renforcée, et notamment le principe de la double signature comme la centralisation au siège de tout virement à l’étranger ont été adoptés.

Deux documents internes
Plus étonnant, la direction a adressé en 2014 à l’ensemble du personnel deux documents ; l’un alerte sur une « vague d’« escroqueries au président » dont de nombreuses entreprises ont récemment été victimes », l’autre indique que « la direction a été informée que des escrocs se font passer pour des professionnels de KPMG afin de demander la transmission urgente d’éléments relatifs à des factures clients »…

Les deux documents rappellent les procédures à respecter… sans jamais faire référence à l’origine véritable de cette communication : la propre fraude dont l’entreprise a été victime. « L’affaire Chamak » apparaît, en définitive, être la manifestation visible d’un tremblement de terre dont les causes et les répliques, multiples et souterraines, interrogent l’éthique, la gouvernance. Mais aussi l’exercice mêmes des métiers d’expertise-comptable ou de commissariat aux comptes.

*Les initiales ont été changées

Voir enfin:

EXCLUSIF – Scandale de la taxe carbone : le SOS des juges
Jean-Michel Décugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

Le Point

03/12/2012

C’est la fraude fiscale la plus importante jamais commise en France. Cette vaste carambouille, qui a rapporté à ses instigateurs plus de 5 milliards d’euros, a coûté 1,6 milliard d’euros au Trésor français. L’arnaque consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe en Hollande et de les revendre en France TTC. Les « faux » traders empochaient les 19,6 % de TVA sans les reverser à l’État français. Ils les faisaient transiter sur des comptes à l’étranger : Écosse, Hong Kong et Israël.

Chargés de cette enquête délicate, les juges du pôle financier viennent d’écrire au directeur de cabinet de la garde des Sceaux pour dénoncer les entraves qu’ils rencontrent. Dans leur courrier daté du 15 octobre auquel Le Point.fr a eu accès, les magistrats pointent la mauvaise volonté de l’État d’Israël où ont trouvé refuge les principaux protagonistes de ce carrousel à la TVA et demandent l’aide du Quai d’Orsay pour débloquer la situation.

Entraide diplomatique

Les juges réclament aussi l’embauche de trois assistants spécialisés dont le nombre a fondu ces dernières années, passant de dix à deux. Un investissement dérisoire pour l’État au regard des 800 millions d’euros à recouvrer dans cette affaire. Interrogée par Le Point.fr, la chancellerie assure que « le courrier est pris très au sérieux » et « qu’une démarche d’entraide diplomatique va être engagée afin de permettre à l’enquête d’avancer ». L’absence de coopération d’Israël n’est pas nouvelle, mais le précédent gouvernement n’avait pour sa part initié aucune démarche.

La « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée » épinglée par la Cour des comptes
Hervé Kempf
Le Monde
08.02.2012

La Cour des Comptes consacre un chapitre de son rapport public annuel 2012 à la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone ». Selon elle, cette escroquerie qui s’est déroulée en 2008 et 2009, « est la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement.

La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union. La Cour décrit le mécanisme de la fraude, qui s’est déroulée sur le marché européen du carbone. Celui-ci, appelé ETS (Emissions Trading Scheme), organise les échanges entre les entreprises qui dépassent un plafond, fixé par les autorités, d’émissions de gaz à effet de serre, et les entreprises qui sont en-dessous de ce plafond. Les fraudeurs ont appliqué un système dit du « carrousel » : des sociétés, souvent créées pour l’occasion, achetaient hors taxe des quotas de CO2 dans un Etat membre, les revendaient en France en facturant la TVA de 19,6 %, et disparaissaient sans payer la TVA à l’Etat français.

AUCUN CONTRÔLE EXTERNE

Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe.

Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives.

Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz.

Voir aussi:

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[1er volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui ont été arrêtés

William Molinié

20 minutes

12.03.2014

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce premier volet s’intéresse à ceux qui ont été arrêtés.

> Lire le deuxième volet, ceux qui sont en cavale…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

A Lyon et à Cannes, il a été aperçu à bord de voitures de luxe à plusieurs reprises. Il prêtait d’ailleurs ses grosses cylindrées à Michel Neyret, l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise suspecté de corruption contre des renseignements relatifs aux acteurs de la fraude aux quotas de CO2. L’homme d’affaire est mis en examen dans ce dossier ainsi que dans deux autres concernant la fraude à la taxe carbone, l’un à Paris, l’autre à Lyon. Il louait une villa à 12.000 euros par mois dans l’arrière-pays cannois. En octobre 2013, les policiers qui l’avaient placé sur écoute se sont rendus compte que depuis sa cellule, il avait organisé le rapatriement d’affaires, revendus dans la foulée.

Cyril Astruc, le «gros poisson»

Des sources proches du dossier pensent qu’il s’est rendu à la police française parce qu’il n’était plus en sécurité en Israël. Interpellé au début de l’année à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle alors qu’il rentrait en France, Cyril Astruc, surnommé «Poulet», est présenté comme un «gros poisson» de cette fraude par les enquêteurs. D’ailleurs, la fraude belge lui serait attribué dans sa quasi-totalité (70 millions d’euros). Selon nos informations, on le retrouve dès le début des années 2000 dans un trafic international de cocaïne dont il était chargé de la logistique du réseau: fourniture de faux papiers, voitures de luxe, téléphones portables sécurisés, location d’appartements servant de caches… Il faisait l’objet de quatre mandats d’arrêt, notamment pour escroquerie à la taxe carbone en France et en Belgique, corruption dans l’affaire Neyret, et trafic de stupéfiants. Lors de son arrestation à l’aéroport parisien, il portait une montre d’une valeur de 330.000 euros.

Claude Bauduin, l’homme de paille jugé en Allemagne

Lui, il s’est fait repérer sur le marché allemand. Ce retraité de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), ancien gérant de théâtre, a été condamné fin 2011 à trois ans de prison par un juge de Francfort pour une affaire de fraude à la taxe carbone portant sur 10 millions d’euros. Il s’est toujours défendu d’avoir été au coeur de la carambouille. Et fait porter le chapeau à Yannick Dacheville, aujourd’hui en fuite (lire ici), qu’il a présenté comme étant le commanditaire. Selon lui, il se serait fait manipuler en acceptant 10.000 euros contre la création à son nom d’une société à Hambourg. Laquelle aurait été utilisée par Dacheville pour multiplier les opérations douteuses sur le marché du carbone. Après deux ans de prison, il est sorti de prison et n’est plus en détention.

Grégory Zaoui, le précurseur de la fraude

Il est présenté par Marius-Christian Frunza, auteur de «Fraud and Carbon Markets: The Carbon Connection», comme l’un des tous premiers acteurs de la fraude sur le marché parisien, et sans doute le premier cerveau de la fraude à la française. C’est aussi l’un de ceux qui a été arrêté parmi les premiers. Il est un ami proche de Fabrice Sakoun, en fuite (lire ici), avec qui il a partagé une cellule à la prison de la Santé, pourtant censée protéger les échanges d’informations. Il est aujourd’hui libre.

Mardoché Mouly, alias Marco, le pro du montage opaque

Il a été discrètement interpellé fin avril 2013 à Paris et placé en détention à Nanterre (Hauts-de-Seine). Cet ami proche de Samy Souied (lire ici), assassiné Porte Maillot, s’était déjà illustré dans des escroqueries. Selon un rapport de police que 20 Minutes a consulté, il avait, entre autres, été mis en cause dans une enquête portant sur une société spécialisée dans la téléphonie mobile «dont les comptes étaient susceptibles d’abriter d’importantes sommes d’argent provenant d’infractions financières réalisées avec d’autres entreprises, dont certaines installées à l’étranger». Les enquêteurs avaient d’ailleurs relevé des transferts de fonds, s’élevant à 1 million d’euros, entre lui et Samy Souied, par l’intermédiaire d’un certain Dan B., dit «Petit frère».

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[2ème volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui sont en cavale

William Molinié

20 minutes

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce deuxième volet s’intéresse à ceux qui sont en fuite.

> Lire le premier volet, ceux qui ont été arrêtés…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

Fabrice Sakoun, principal condamné du dossier Nathanaël

Au cours de son procès en première instance, le premier en France concernant la fraude aux quotas de CO2, Fabrice Sakoun était venu répondre de ses actes devant la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avant de se dérober entre la fin des audiences et la lecture du délibéré. L’escroc a flairé la lourde peine que les juges allaient prononcer à son encontre:  cinq ans de prison ferme et un millions d’euro d’amende.

Réfugié selon des proches du dossier en Israël, la grande question reste celle de son retour ce jeudi devant la cour d’appel de Paris, alors que son deuxième procès doit s’ouvrir. Sera-t-il présent à l’audience? Son avocate, contactée par 20 Minutes, se «refuse à tout commentaire». Cet ancien grossiste du quartier du Sentier à Paris s’est vu confisquer son Aston Martin ainsi que son bateau. C’est lui, qui avait lâché devant les enquêteurs et les juges la désormais célèbre formule: «le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires».

Yannick Dacheville, l’escroc millionnaire introuvable

C’est par lui que l’affaire Neyret a éclaté, quand après avoir fait fortune dans des escroqueries à la TVA, dont le carrousel portant sur le carbone, il s’est investi dans le trafic international de cocaïne. En novembre 2010, 110 kg de coke sont découverts dans l’appartement d’une princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).  Les policiers de la brigade de stupéfiants de Paris, qui l’ont mis sur écoute, le soupçonnent d’être le commanditaire de la drogue. Ils s’aperçoivent aussi qu’il entretient une relation incestueuse avec le numéro deux de la PJ de Lyon, Michel Neyret, lequel l’informe de son mandat d’arrêt international contre des cadeaux.

Yannick Dacheville, dit «Le Gros», est un proche de Stéphane Alzraa (lire ici) qui utilise certains de ses biens de luxe. Arrêté à Dubaï, il parvient à obtenir sa libération de prison et, selon nos informations, envoie un SMS à son ex-femme, Célia G., directrice-adjointe d’un hôtel de luxe, afin de la rassurer. Depuis, il est introuvable et voyagerait entre le Panama, Dubaï et les Etats-Unis où il dispose de nombreux biens immobiliers. Aux dernières nouvelles, il aurait par ailleurs remonté une affaire de location de voitures de luxe à Dubaï.

Michel Keslassy, «réfugié» en Israël, doit 65,5 millions d’euros à l’Etat

Condamné en juin 2013 à trois ans et demi de prison et 65,5 millions d’euros de dommages et intérêts pour une affaire d’escroquerie à la TVA sur le marché du carbone, Michel Keslassy, 50 ans, s’est volatilisé à la fin de l’année 2013. En novembre dernier, la cour d’appel de Paris avait décidé de le placer sous bracelet électronique, pour des raisons de santé. Mais «au bout de quelques jours», le dispositif a «cessé de fonctionner». Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre.

Sa ligne de défense depuis le début de l’affaire a été de se présenter comme un homme de paille. Selon lui, il aurait été abusé par Samy Souied (lire ici), un des principaux instigateurs de la fraude, assassiné en 2010, Porte Maillot. Son procès en appel a eu lieu mi-février, en son absence. Selon des sources contactées par 20 Minutes, il est actuellement en Israël. «Il se dit menacé», rapporte un proche du dossier. A plusieurs reprises, depuis Israël, il a écrit aux juges et s’est fait connaître au consulat. «D’autres individus, du même degré d’implication, n’ont jamais été interpellés, ni inquiétés dans cette procédure. C’est très regrettable», commente son avocat, Philippe Ohayon. Michel Keslassy est dans l’attente de son jugement.

Voir enfin:

Ecomouv’ et écotaxe : un fiasco qui coûtera plus de deux milliards d’euros
Samuel Laurent

Le Monde

10.10.2014
Après l’annonce surprise de la suspension sine die de l’écotaxe poids lourds, le 9 octobre par Ségolène Royal, le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, a confirmé jeudi 30 octobre que l’Etat allait résilier le contrat qui le liait à Ecomouv’, la société chargée de la mise en place et de la collecte de la taxe. Combien coûtera à l’Etat – et au contribuable – l’abandon de ce projet de fiscalité écologique ?

Rappel, tout d’abord : l’écotaxe, décidée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, devait permettre deux choses : faire évoluer les pratiques en matière de transport en « désincitant » à utiliser le transport routier et financer une série de projets, notamment d’alternatives au tout-camions.

Votée dans un relatif consensus, cette loi a ensuite subi de plein fouet le lobbying des transporteurs routiers et de quelques élus locaux, qui n’ont eu de cesse d’en réclamer le report ou l’aménagement. Le projet, plusieurs fois modifié, s’est tout de même peu à peu mis en place, via un consortium, Ecomouv, à qui en était confiée la gestion.

Il faut donc distinguer plusieurs éléments de ce que va coûter cet abandon :

1. Près de deux milliards d’euros de pénalités et de manque à gagner
800 millions d’euros, c’est la somme que l’Etat devra rembourser à Ecomouv. La société, filiale du groupe italien Autostrade et de plusieurs grands groupes français, a investi cette somme dans la mise en place technique des appareils destinés à collecter la taxe et d’une infrastructure complexe. Elle devra être remboursée.

1,15 milliard d’euros, c’est la somme que devait rapporter cette taxe. Sur cette manne, 800 millions devaient revenir à l’Etat, précisément à un fonds de financement d’infrastructures, l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), et 150 millions étaient destinés aux communes concernées par la taxe. Le reste devait revenir à Ecomouv. Les aménagements concédés en 2013 avaient déjà diminué cette somme, la ramenant à environ 600 millions d’euros.

250 Enfin, ajoutons que l’ajournement de la taxe, en 2013 puis en 2014, ainsi que les destructions de portiques ont déjà occasionné environ 50 millions d’euros de coût par trimestre, soit au moins 250 millions d’euros supplémentaires.

2. Au moins 200 emplois menacés

Avant même sa mise en place, la gestion de l’écotaxe avait déjà conduit à plusieurs centaines d’embauches :

200 salariés de la société Ecomouv travaillent à Metz, depuis plus d’un an pour la plupart. Ils ont déjà subi les retards successifs de la taxe, qui avait conduit la société à demander la possibilité de les mettre en chômage partiel. On ne sait pas encore quel sera leur avenir.

130 fonctionnaires des douanes avaient également été transférés à Metz pour gérer la taxe. Eux non plus ne savent pas ce qui les attend désormais.
3. Des projets d’aménagement en mal de financement
L’impact indirect de la décision de Ségolène Royal est également important. En effet, l’écotaxe était destinée à financer des alternatives au transport routier, qui devront désormais trouver d’autres moyens pour se réaliser :

122 Pas moins de 122 projets de transport urbain, plusieurs lignes à grande vitesse et des transports fluviaux, devaient être financés par l’AFITF… 78 collectivités locales et 14 millions d’habitants étaient concernés. Les chantiers auraient dû générer jusqu’à 4 000 emplois.

Voir également:

Jérôme Pierrat : “Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles”
Etienne Bouche
Télérama

07/01/2013

Jérôme Pierrat, spécialiste du banditisme, est le co-auteur d’un documentaire sur les nouvelles mafias en France. Il raconte son travail d’enquête sur ce milieu si particulier.
Dans leur enquête pour Spécial investigation (diffusé ce lundi 7 janvier sur Canal+), les journalistes Jérôme Pierrat et Barbara Conforti démontrent à quel point la mondialisation a fait prospérer les organisations mafieuses. Camorra napolitaine, Fraternité roumaine ou encore Vory v zakone géorgiens sont ainsi parvenus à s’exporter en s’appropriant les règles du capitalisme. Rencontre avec Jérôme Pierrat, auteur de plusieurs ouvrages et d’un blog consacrés au monde criminel.

D’où vous vient cet intérêt pour le crime organisé ?
Pour répondre à cette question, il faudrait que je m’allonge sur un divan ! Disons que depuis longtemps je suis passionné – mais pas fasciné – par les marges, les contre-sociétés… Les mafias sont un peu des négatifs de notre société, au sens photographique du terme. La lecture m’a également amené à ce sujet : j’ai dévoré Au Bagne, d’Albert Londres, mais aussi les reportages de Blaise Cendrars.

Comment est né ce projet ?
En 2008, j’ai écrit un livre sur le sujet, Mafias, gangs et cartels : la criminalité internationale en France (1). J’avais en tête d’en faire une adaptation pour la télévision. J’avais déjà travaillé pour Canal+ il y a deux ans en réalisant Caïds des cités, sur le grand banditisme dans les quartiers défavorisés. L’équipe de Spécial investigation m’a présenté Barbara Conforti, qui connaît très bien le milieu de la criminalité organisée. Notre enquête s’est étalée sur une année.

Travailler sur les mafias, n’est-ce pas s’exposer à des risques ?
Bien sûr, ce n’est pas comme aller cueillir des marguerites dans le Loiret. Il faut faire attention. J’ai déjà été l’objet de de menaces pour des articles de presse écrite, mais globalement je ne me suis jamais senti réellement inquiété. En général, les gens que j’interroge considèrent que je fais honnêtement mon travail. Bien sûr, il faut faire preuve de prudence, surtout lorsque l’on enquête à l’étranger. Lorsque nous avons tourné à Craiova, en Roumanie, la peur était palpable : les traducteurs qui travaillaient avec nous n’étaient pas vraiment à l’aise. Dans une petite ville de province comme celle-ci, tout se sait très rapidement.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Nous avions conscience que notre postulat de départ – se pencher sur quatre organisations internationales – était compliqué. En Roumanie, nous avons essuyé pas mal de déconvenues. Certains membres de la Fraternité n’ont jamais voulu nous rencontrer et nous conseillaient d’abandonner. Dans un autre registre, l’enquête a été éprouvante quand nous avons rencontré les prostituées nigérianes à Lyon : les intimidations dont elles font l’objet de la part de leur maquerelle sont bien réelles. Nous avons ressenti la peur et la violence qui règnent dans ce milieu.

Sur un tel sujet, quelle est / quelle doit être la position du journaliste ? Se sent-on justicier, ou au contraire, complice ?
J’estime que mon rôle, c’est de rendre compte de phénomènes. Les évoquer, c’est déjà une forme de dénonciation. Mais je ne suis pas un chevalier blanc : en tant que journaliste, je suis un observateur, qui porte à la connaissance du grand public une certaine réalité. J’apporte un éclairage, et le spectateur est suffisamment grand pour juger ce qu’il voit.

Comment s’adresse-t-on à un parrain de la mafia ?
Dans ce genre d’entretien, l’interlocuteur est un peu comme une huître : il faut réussir à saisir la perle – le faire parler – mais au moindre faux pas, le coquillage se referme ! Chaque mot compte, et la moindre parole déplacée peut interrompre l’échange. Inutile de vouloir faire la morale ou de poser des questions dérangeantes : contrairement à celui qui côtoie des lions depuis vingt ans, quelqu’un qui n’a jamais vu un animal sauvage de sa vie se fait forcément dévorer. Mon travail, c’est à force d’étudier les mentalités, de passer pour un « affranchi » et de montrer à la personne en face de moi que je peux comprendre sa manière de penser.

Quelles sont les raisons qui poussent un escroc à vous rencontrer ?
C’est certain, il y a une part d’ego, car ils n’ont aucun intérêt à parler. C’est un peu le syndrome de l’agent secret : ces gens ont une vie extraordinaire – au sens propre du terme -, mais ne peuvent pas la dévoiler. Dans le reportage, un pirate informatique roumain nous montre comment il procède pour détourner les cartes bancaires. A l’image d’un magicien, il avait clairement envie d’épater, de montrer avec quelle simplicité il nous piégeait.

L’échange que vous avez avec Crystal, un vor v zakone emprisonné en Ukraine, révèle combien l’appartenance à la mafia est codifiée…
Les mafias les plus anciennes ressemblent à des sociétés secrètes, avec des pratiques ritualisées : c’est une cérémonie qui marque l’entrée d’un membre dans le milieu. Même s’ils appartiennent davantage au folklore aujourd’hui, les tatouages, à une certaine époque, affichaient la carte d’identité de chacun. Dans un camp soviétique perdu en pleine Sibérie, le détenu ne pouvait pas mentir : son appartenance était inscrite sur son corps. Ces marqueurs permettaient de donner des repères, de structurer un système très flottant.

C’est aussi un milieu extrêmement machiste…
C’est une « valeur » universellement partagée par les criminels du monde entier ! Ce milieu idéalise la virilité à l’ancienne. Même si la presse insiste lourdement lorsqu’une femme de la mafia est arrêtée – quelques-unes l’ont été dans le sud de l’Italie –, la criminalité organisée est une affaire d’hommes. Même les maquerelles nigérianes, les fameuses « Madames », sont passées par la prostitution avant d’être actrices du monde criminel. Dans ce milieu, la femme est au mieux une marchandise.

La ville de Castel Volturno, près de Naples, est particulièrement représentative de cette réalité.
Cette ville a tout du no man’s land, plus aucune loi n’y est respectée. Elle est devenue l’une des plaques-tournantes du proxénétisme, une porte d’entrée en Europe pour les prostituées africaines. Sur place, des associations d’opportunisme se créent : les Italiens protègent les Nigérians à condition qu’ils se soumettent à eux. Si la mafia nigériane n’est pas inquiétée dans le sud de l’Italie, il ne faut pas se demander pourquoi… Ce rapport de domination consentie ne fait que rendre la lutte contre la corruption encore plus complexe.

Quelles sont, selon vous, les insuffisances des politiques menées contre les mafias ?
Une harmonisation législative et une meilleure coopération à l’échelle européenne sont nécessaires, urgentes même. En France, par exemple, il est très difficile de coincer de tels réseaux. La loi exige des preuves. S’il est à mon sens un peu liberticide, le « délit d’association mafieuse » – assez souple – est inscrit dans le code civil italien, et n’a pas de véritable équivalent chez nous. La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité.

Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée.
Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ?

French connections : au cœur des nouvelles mafias, diffusé lundi 7 janvier à 20h55 sur Canal+

Voir encore:

La lutte antimafia, l’autre guerre d’Israël
Cyrille Louis
Le Figaro

05/11/2013

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée ont été perpétrés à Ashkelon. Un dispositif exceptionnel a été déployé pour endiguer ces violences, plus meurtrières que le terrorisme palestinien.
Plusieurs centaines de policiers ont été déployés ces derniers jours pour tenter de ramener le calme dans les rues d’Ashkelon. Les habitants de cette ville balnéaire située au nord de la bande de Gaza, habitués à vivre sous la menace intermittente des roquettes du Hamas, viennent de découvrir un autre genre de terreur.

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée y ont été perpétrés dans le cadre de rivalités entre bandes mafieuses. Un épisode révélateur des méthodes ultraviolentes employées par la quinzaine de familles qui dominent le crime organisé en Israël.

«On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien», fait remarquer le journaliste belge Serge Dumont. Auteur d’une enquête* sur le crime organisé, il rappelle que ces gangs, apparus dès la naissance de l’État hébreu, se sont progressivement militarisés grâce à l’expérience acquise lors des conflits de 1967 et 1973.

«Très déterminés lorsqu’il s’agit de défendre leur territoire, ils se sont dotés de redou­tables arsenaux en commanditant des vols dans les entrepôts militaires ainsi qu’en débauchant des artificiers désireux d’arrondir leurs fins de mois, explique-t-il encore, si bien que les règlements de compte se pratiquent désormais à coups de roquettes ou de missiles antichars.»

Des trafics de sable dérobé
Jeudi 24 octobre, cette guerre des mafias s’est brusquement invitée à ­Ashkelon, où l’explosion d’un véhicule piégé a fait un mort et un blessé grave dans les rangs du clan Domrani. ­Furieuse, cette puissante famille a aussitôt organisé le vol d’un dispositif de vidéosurveillance installé à proximité de la scène de crime, sans doute dans l’espoir d’en châtier les auteurs. Mais la manœuvre, audacieuse, n’a pas suffi à les intimider: samedi dernier, toujours à Ashkelon, un attentat similaire a blessé un autre membre du même clan. «Face à ce pic de violence, il a été décidé de déployer un dispositif exceptionnel pour rassurer la population», indique Micky Rosenfeld. À entendre ce porte-parole de la police israélienne, la lutte contre le crime organisé est devenue la priorité des services répressifs, après avoir été longtemps négligée au profit des opérations antiterroristes.

Selon les statistiques officielles, plus de 300 mafieux présumés auraient ainsi été arrêtés cette année, principalement pour des faits de violence et de blanchiment. «Nous avons décidé de mettre le paquet sur le renseignement afin que ces familles ne puissent plus passer entre les mailles du filet», ajoute le policier.

Le clan Domrani, spécialisé dans le commerce de stupéfiants, le prêt d’argent à des taux usuraires mais aussi le trafic de sable dérobé dans les car­rières ou sur les plages d’Israël, est ainsi bien connu des services spécialisés. Parti du bas de l’échelle, il a profité des déboires judiciaires de certains concurrents pour développer ses activités, jusqu’à susciter l’aigreur du milieu.

L’an dernier, un projet d’attaque au missile antichar a ainsi visé la villa édifiée, à l’abri d’une paisible communauté agricole, par le «parrain» présumé, Shalom Domrani. Il se serait alors mis au vert quelques semaines avant de regagner Israël, où il a été brièvement interpellé début avril pour… une infraction routière.

«L’anecdote illustre les limites du travail policier, observe Serge Dumont. Malgré l’aide de leurs indics, ils ont beaucoup de mal à réunir des preuves et sont souvent contraints de remettre les “parrains” en liberté après deux ou trois jours d’interrogatoire.» Depuis que la dépression consécutive à la guerre d’octobre 1973 a poussé nombre d’entre elles à émigrer vers l’Amérique ou l’Europe, les grandes familles ont appris à brouiller les pistes en développant leurs activités internatio­nales.

Le parrain présumé Zeev Rosenstein, originaire de Tel-Aviv, a longtemps défié la police israélienne avant de «tomber» pour trafic de drogue aux États-Unis, en novembre 2004. ­Itzakh Abergil, chef d’une famille qui a développé ses activités en Europe et au Japon, a pour sa part été condamné aux États-Unis pour extorsion de fonds. Libérable en 2016, il serait sur le point d’être autorisé à purger la fin de sa peine au pays. Un retour qui, selon les spécialistes, contribue à expliquer le récent accès de fièvre du milieu israélien.

(*) L’Histoire vraie de la mafia israélienne, La Manufacture de livres, à paraître le 8 novembre

Voir par ailleurs:

Quelques jours avant la venue de François Hollande, perquisitions chez les « escrocs français du CO2″ en Israël
Jeremyah Albert

JSSNews

4 novembre 2013

Les policiers israéliens de l’Unité 433 (Lahav), une unité spéciale en charge de la lutte contre les mafias et la corruption, ont lancç ce lundi une opération de grande envergure à Herzliya (10km de Tel-Aviv) contre ‘des escrocs au CO2. »

Plusieurs habitations ont été perquisitionnées et plusieurs franco-israéliens sont soupçonnés de fraudes et d’évasion fiscale.

L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. Quelques clics sur Internet auront suffi pour empocher le pactole, un jeu d’enfants parfois très méchants. Car le butin a fait des envieux et causé quelques dégâts entre bandes rivales : assassinats, saucissonnages et autres recouvrements de créances musclés. Un premier volet de cette affaire vient d’être jugé à Paris, à la mi-janvier, les principaux organisateurs écopant de peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.

Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.»

Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française…

Le « marinopenisme » est un marxisme péroniste
L’économiste Christian Saint Etienne a étudié le programme économique du Front National. Il le décrypte pour Le Figaro.
Christian Saint Etienne
Le Figaro
13/11/2014

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire d’économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers. Auteur de «L’iconomie pour sortir de la crise» aux Éditions Odile Jacob.
Pour analyser le programme économique du Front national, j’ai choisi deux documents: le «Programme politique du Front national» disponible sur son site, lourd de 106 pages, et l’interview donnée par Marine Le Pen au JDD le 2 novembre 2014.

Le second document donne la substance du premier. Mme Le Pen déclare: «Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale.» Plus loin, elle note: «La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux.»

Le « marinopénisme », doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne.
Elle ajoute, à propos des mêmes orientations qu’elles partageraient avec l’extrême gauche: «Elle fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme.»

Le premier document donne des compléments à ces propos. Il est indiqué qu’il est nécessaire que la Banque de France puisse acheter des titres de dette publique tandis que «l’État doit inciter fortement les institutions financières à allouer en priorité l’épargne à long terme des Français à la dette publique». Par ailleurs: «La refondation de notre croissance, condition indispensable à un désendettement dans la durée, reposera sur la politique volontariste de souveraineté monétaire retrouvée, de réindustrialisation et de protection aux frontières qui sera mise en œuvre.»

Les options du FN sont donc explicites:

● 1. Sortie de la zone euro pour monétiser la dette publique ;

● 2. Sortie du marché unique et mise en place de barrières douanières («droits de douane et quotas d’importation») ;

● 3. Dévaluation de la monnaie redevenue nationale afin de développer les exportations ;

● 4. Planification de la  réindustrialisation par des «représentants de l’État», comprendre des «représentants du FN» ;

● 5. Diriger les investissements des entreprises vers le territoire national par une modification appropriée de l’impôt sur les sociétés ;

● 6. L’impôt sur le revenu sera rendu encore plus progressif par la «création de nouvelles tranches intermédiaires» ;

● 7. La taxe d’habitation sera rendue «aussi progressive que l’impôt sur le revenu» ;

● 8. L’ISF est renforcé par sa fusion avec  la taxe foncière et une progressivité maintenue ;

● 9. La TVA est rendue encore plus progressive par un taux surmajoré ;

● 10. Le pouvoir d’achat des salaires est augmenté tandis qu’est mise en place une «contribution sociale aux importations (CSI)», égale à 3 % du montant des biens importés.

Ces options sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde.

Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique.

Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen.

Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même.
Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de factopar des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc».

Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralismeet le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle.

Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés.

Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques.


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