Réseaux sociaux: Facebook confirme Girard (Universal theater of envy: Welcome to the brave new world of mimetic desire that social media has now brought to our personal computers !)

31 décembre, 2018

https://www.digitaltrends.com/wp-content/uploads/2010/12/facebook-high-res-friendship-world-map-paul-butler.png

Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes. (…) Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Paul (Romains 5 : 18-20)
Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. Molière (Tartuffe, V, III)
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Si Jésus ne parle jamais en termes d’interdits et toujours en termes de modèles et d’imitation, c’est parce qu’il tire jusqu’au bout la leçon du dixième commandement. Ce n’est pas par narcissisme qu’il nous recommande de l’imiter lui-même, c’est pour nous détourner des rivalités mimétiques. Sur quoi exactement l’imitation de Jésus-Christ doit-elle porter ? Ce ne peut pas être sur ses façons d’être ou ses habitudes personnelles : il n’est jamais question de cela dans les Evangiles. Jésus ne propose pas non plus une règle de vie ascétique au sens de Thomas a Kempis et de sa célèbre Imitation de Jésus-Christ, si admirable que soit cet ouvrage. Ce que Jésus nous invite à imiter c’est son propre désir, c’est l’élan qui le dirige lui, Jésus, vers le but qu’il s’est fixé : ressembler le plus possible à Dieu le Père. L’invitation à imiter le désir de Jésus peut sembler paradoxale car Jésus ne prétend pas posséder de désir propre, de désir « bien à lui ». Contrairement à ce que nous prétendons nous-mêmes, il ne prétend pas « être lui-même », il ne se flatte pas de « n’obéir qu’à son propre désir ». Son but est de devenir l’image parfaite de Dieu. Il consacre donc toutes ses forces à imiter ce Père. En nous invitant à l’imiter lui, il nous invite à imiter sa propre imitation. Loin d’être paradoxale, cette invitation est plus raisonnable que celle de nos gourous modernes. Ceux-ci nous invitent tous à faire le contraire de ce qu’ils font eux-mêmes, ou tout au moins prétendent faire. Chacun d’eux demande à ses disciples d’imiter en lui le grand homme qui n’imite personne. Jésus, tout au contraire, nous invite à faire ce qu’il fait lui-même, à devenir tout comme lui un imitateur de Dieu le Père. Pourquoi Jésus regarde-t-il le Père et lui-même comme les meilleurs modèles pour tous les hommes ? Parce que ni le Père ni le Fils ne désirent avidement, égoïstement. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Il donne aux hommes sans compter, sans marquer entre eux la moindre différence. Il laisse les mauvaises herbes pousser avec les bonnes jusqu’au temps de la moisson. Si nous imitons le désintéressement divin, jamais le piège des rivalités mimétiques ne se refermera sur nous. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Demandez et l’on vous donnera… » Lorsque Jésus déclare que, loin d’abolir la Loi, il l’accomplit, il formule une conséquence logique de son enseignement. Le but de la Loi, c’est la paix entre les hommes. Jésus ne méprise jamais la Loi, même lorsqu’elle prend la forme des interdits. A la différence des penseurs modernes, il sait très bien que, pour empêcher les conflits, il faut commencer par les interdits. L’inconvénient des interdits, toutefois, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle de façon satisfaisante. Leur caractère surtout négatif, saint Paul l’a bien vu, chatouille en nous, forcément, la tendance mimétique à la transgression. La meilleure façon de prévenir la violence consiste non pas à interdire des objets, ou même le désir rivalitaire, comme fait le dixième commandement, mais à fournir aux hommes le modèle qui, au lieu de les entraîner dans les rivalités mimétiques, les en protégera. (…) Loin de surgir dans un univers exempt d’imitation, le commandement d’imiter Jésus s’adresse à des êtres pénétrés de mimétisme. Les non-chrétiens s’imaginent que, pour se convertir, il leur faudrait renoncer à une autonomie que tous les hommes possèdent naturellement, une autonomie dont Jésus voudrait les priver. En réalité, dès que nous imitons Jésus, nous nous découvrons imitateurs depuis toujours. Notre aspiration à l’autonomie nous agenouillait devant des êtres qui, même s’ils ne sont pas pires que nous, n’en sont pas moins de mauvais modèles en ceci que nous ne pouvons pas les imiter sans tomber avec eux dans le piège des rivalités inextricables. (…) Même si le mimétisme du désir humain est le grand responsable des violences qui nous accablent, il ne faut pas en conclure que le désir mimétique est mauvais. Si nos désirs n’étaient pas mimétiques, ils seraient à jamais fixés sur des objets prédéterminés, ils seraient une forme particulière d’instinct. Les hommes ne pourraient pas plus changer de désir que les vaches dans un pré. Sans désir mimétique il n’y aurait ni liberté ni humanité. Le désir mimétique est intrinsèquement bon. L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir. Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre. Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs. Cet emprunt se fait souvent sans que ni le prêteur ni l’emprunteur s’en aperçoivent. Ce n’est pas seulement leur désir qu’on emprunte à ceux qu’on prend pour modèles c’est une foule de comportements, d’attitudes, de savoirs, de préjugés, de préférences, etc., au sein desquels l’emprunt le plus lourd de conséquences, le désir, passe souvent inaperçu. La seule culture vraiment nôtre n’est pas celle où nous sommes nés, c’est la culture dont nous imitons les modèles à l’âge où notre puissance d’assimilation mimétique est la plus grande. Si leur désir n’était pas mimétique, si les enfants ne choisissaient pas pour modèles, forcément, les êtres humains qui les entourent, l’humanité n’aurait ni langage ni culture. Si le désir n’était pas mimétique, nous ne serions ouverts ni à l’humain ni au divin. C’est dans ce dernier domaine, nécessairement, que notre incertitude est la plus grande et notre besoin de modèles le plus intense. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair)
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret? René Girard
In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components. René Girard
Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés. Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation. Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence. La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils. L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme». Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix. Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence. Jean-Marc Bourdin
René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior. (…) Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception. (…) For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical. (…)The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to (…) Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.” Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart. Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers. Robert Pogue Harrison
After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders. Paul Butler
Depuis lors, les médias sociaux ont porté « l’universalisation de la médiation interne » à un nouveau niveau, tout en réduisant considérablement les « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres ». Les médias sociaux sont le miasme du désir mimétique. Si vous publiez des photos de vos vacances d’été en Grèce, vous pouvez vous attendre à ce que vos « amis » publient des photos d’une autre destination attrayante. Les photos de votre dîner seront égalées ou surpassées par les leurs. Si vous m’assurez, par le biais des médias sociaux, que vous aimez votre vie, je trouverai un moyen de dire à quel point j’aime la mienne. Lorsque je publie mes plaisirs, mes activités et mes nouvelles familiales sur une page Facebook, je cherche à susciter le désir de mes médiateurs. En ce sens, les médias sociaux fournissent une plate-forme hyperbolique pour la circulation imprudente du désir axé sur le médiateur. Alors qu’il se cache dans tous les aspects de la vie quotidienne, Facebook s’insinue précisément dans les domaines de la vie qui sépareraient les gens. Très certainement, l’énorme potentiel commercial de Facebook n’a pas échappé à Peter Thiel, l’investisseur en capital-risque et l’un de ses étudiants à Stanford à la fin des années 80 et au début des années 90. Girardien dévoué qui a fondé et financé un institut appelé Imitatio, dont le but est de « poursuivre la recherche et l’application de la théorie mimétique dans les sciences sociales et les domaines critiques du comportement humain », Thiel a été le premier investisseur extérieur de Facebook, vendant la plupart de ses actions. en 2012 pour plus d’un milliard de dollars (elles lui avaient coûté 500 000 dollars en 2004). Seul un girardien très intelligent, bien initié à la théorie mimétique, pouvait comprendre aussi tôt que Facebook était sur le point d’ouvrir un théâtre mondial de désir mimétique sur les ordinateurs personnels de ses utilisateurs. Robert Pogue Harrison

Après la neuroscience et les djihadistesHarry Potter et Superman, devinez qui confirme René Girard ?

En ce nouveau et dernier réveillon de l’année 2018 …

Dont les meilleures photos ne devraient pas manquer pour bon nombre d’entre nous …

De faire les meilleures pages et les beaux jours de la formidable invention du docteur Frankenstein-Zuckerberg

Comme hélas depuis bientôt deux mois le déchainement auto-entretenu de la violence et de l’envie des casseurs aux gilets jaunes

Comment ne pas repenser avec la NY Review of books

Ou le girardien Jean-Marc Bourdin

 

Aux découvertes et analyses de René Girard sur « l’universalisation de la médiation interne » dont est faite notre modernité même …

Avec la réduction toujours plus implacable qu’elle implique …

Des « domaines de la vie qui séparaient les gens les uns des autres » …

Et qui avec les réseaux sociaux et ses « influenceurs » et « suiveurs » trouve sa confirmation la plus éclatante …

Ouvrant littéralement à la planète entière

Et pour le meilleur comme pour le pire

La scène sur laquelle chacun peut désormais s’exposer …

Au déchainement quasiment sans frein des « feux de l’envie »  ?

The Prophet of Envy
Robert Pogue Harrison
NY Review of Books
December 20, 2018

Violence and the Sacred

by René Girard, translated from the French by Patrick Gregory
Johns Hopkins University Press (1977)

Battling to the End: Conversations with Benoît Chantre

by René Girard, translated from the French by Mary Baker
Michigan State University Press (2010)

René Girard (1923–2015) was one of the last of that race of Titans who dominated the human sciences in the nineteenth and twentieth centuries with their grand, synthetic theories about history, society, psychology, and aesthetics. That race has since given way to a more cautious breed of “researchers” who prefer to look at things up close, to see their fine grain rather than their larger patterns. Yet the times certainly seem to attest to the enduring relevance of Girard’s thought to our social and political realities. Not only are his ideas about mimetic desire and human violence as far-reaching as Marx’s theories of political economy or Freud’s claims about the Oedipus complex, but the explosion of social media, the resurgence of populism, and the increasing virulence of reciprocal violence all suggest that the contemporary world is becoming more and more recognizably “Girardian” in its behavior.

In Evolution of Desire: A Life of René Girard, Cynthia Haven—a literary journalist and the author of books on Joseph Brodsky and Czesław Miłosz—offers a lively, well-documented, highly readable account of how Girard built up his grand “mimetic theory,” as it’s sometimes called, over time. Her decision to introduce his thought to a broader public by way of an intellectual biography was a good one. Girard was not a man of action—the most important events of his life took place inside his head—so for the most part she follows the winding path of his academic career, from its beginnings in France, where he studied medieval history at the École des Chartes, to his migration to the United States in 1947, to the various American universities at which he taught over the years: Indiana, Duke, Bryn Mawr, Johns Hopkins, SUNY Buffalo, and finally Stanford, where he retired in 1997.

Girard began and ended his career as a professor of French and comparative literature. That was as it should have been. Although he was never formally trained in literary studies (he received a Ph.D. in history from Indiana University in 1950), he effectively built his theory of mimetic desire, in all its expansive anthropological aspects, on literary foundations. Somewhat like Heinrich Schliemann, who discovered the site of ancient Troy by assuming that the Homeric epics contained a substrate of historical truth, Girard approached literary works as coffers containing the most fundamental truths about human desire, conflict, and self-deception.

His first book, Deceit, Desire, and the Novel, published in French in 1961 when he was a professor at Johns Hopkins, treated the novels of Cervantes, Stendhal, Flaubert, Dostoevsky, and Proust as forensic evidence of the essential structures of desire, not just of literary characters but of those who find themselves reflected in them. The prevailing modern belief that my desires are my own, that they arise from my autonomous inner self, is a “Romantic” falsehood that the novelistic tradition, according to Girard, exposes as a delusion (I’m echoing here the French title of the book: Mensonge romantique et vérité romanesque, literally “Romantic falsehood and novelistic truth”). Instead, he argues, my desires are mimetic: I want what others seem to want. Whether I am conscious of it or not (mostly not), I imitate their desires to such a degree that the object itself becomes secondary, and in some cases superfluous, to the rivalries that form around it.

Girard postulated that between a desiring subject and its object there is usually a “model” or “mediator,” who can be either “external” or “internal.” External mediators exist outside of my time and place, like Amadís de Gaule’s chivalric heroes, who impel Don Quixote’s desire to become a knight-errant; or Lancelot and Guinevere, whose adulterous kiss is imitated by Paolo and Francesca in Dante’s account in canto 5 of the Inferno; or the celebrities whom advertisers enlist to sell us products. The external mediator often figures as a hero or ego ideal, and there is typically no rivalry involved.

With internal mediators, however, we are in the realm of what Girard calls “interdividuals,” or people who interact with one another in the same social world. The internal mediator is my neighbor, so to speak, and is often a rival who arouses hatred or envy, or both at once. In the novels Girard dealt with, internal mediation often involves “triangulated desire” between three characters, two of whom vie for the other: Mathilde and Mme de Fervacques vying for Julien in Stendhal’s The Red and the Black, for instance, or Julien and Valenod vying for Mme de Rênal. Even when a character views the mediator as an enemy, the former often secretly envies and idolizes the latter, as in the case of Proust’s Mme Verdurin, who loathed the Guermantes family until she married into it.

A crucial concept in Deceit, Desire, and the Novel is that of “metaphysical desire,” a somewhat misleading term for a common sentiment. We tend to attribute to the mediator a “fullness of being” that he or she does not in fact enjoy. For Girard there is no such thing as fullness of being among mortals. All of us—including the rich, the famous, the powerful, and the glamorous—have our mimetic models and suffer from a deficiency of being. That deficiency nourishes our desires, physical or metaphysical.

The English translation of Deceit, Desire, and the Novel came out in 1965, two years before V.S. Naipaul published The Mimic Men, which seems like a ringing endorsement of Girard’s claims about deficiency. (I don’t know if he ever read Girard.) In the novel Naipaul probes the psychology of elite ex-colonial “mimic men” who, after decolonization, model their desires on their former British masters. The mimic man will never enjoy the “fullness of being” he ascribes to his model, who, in Girard’s words, “shows the disciple the gate of paradise and forbids him to enter with one and the same gesture.” Naipaul’s narrator, Ralph Singh, knows this, yet such knowledge does not alleviate his unhappy consciousness. “We become what we see of ourselves in the eyes of others,” he declares. Girard would most likely deny Singh his one consolation, namely his belief that he is different from, and superior to, the mimic men who lack his own heightened self-awareness.

Girard might go even further and ask whether Naipaul’s mimic men in fact imitate one another more than the British models they share. The whole business gets altogether murkier—and more Girardian—when one considers that Naipaul himself was the perfect expression of the mimic man he defined and despised. The writer’s bearing, speech, racism, and invectives betray an ex-colonial subject mimicking the habits of his masters and the class to which he desperately wanted to belong. In this Naipaul falls well short of the novelists Girard dealt with in Deceit, Desire, and the Novel, all of whom, Girard claims, ended up forswearing the mimetic mechanisms they so insightfully depicted in their work.

The common currency of mimetic desire is envy. Envy is a form of hostile worship. It turns admiration into resentment. Dante considered it radix malorum, the root of all evil, and Girard agreed. He claimed that envy is the one taboo that is alive and well in contemporary society—the vice that few will ever talk about or confess to:

Our supposedly insatiable appetite for the forbidden stops short of envy. Primitive cultures fear and repress envy so much that they have no word for it; we hardly use the one we have, and this fact must be significant. We no longer prohibit many actions that generate envy, but silently ostracize whatever can remind us of its presence in our midst. Psychic phenomena, we are told, are important in proportion to the resistance they generate toward revelation. If we apply this yardstick to envy as well as to what psychoanalysis designates as repressed, which of the two will make the more plausible candidate for the role of best-defended secret?

These sentences come from the introduction to the only book that Girard wrote in English, A Theater of Envy: William Shakespeare (1991), which is full of insights into the envy and imitative behavior of Shakespeare’s characters. Proceeding as incautiously as Schliemann did in his excavations, Girard bores through Shakespeare’s corpus to arrive at the substrate of mediated desire that he believed lies at its foundation. Girard plays by none of the rules of the tradition of commentary on Shakespeare, so it is not surprising that the book remains largely neglected, yet one day A Theater of Envy will likely be acknowledged as one of the most original, illuminating books on Shakespeare of its time, despite its speculative recklessness and relative ignorance of the vast body of secondary literature on Shakespeare’s works.

Speaking of “a theater of envy,” in Evolution and Conversion (in French, Les origines de la culture, 2004; the English translation was recently republished by Bloomsbury)—his conversations with Pierpaolo Antonello and João Cezar de Castro Rocha, which took place a couple of years before Facebook launched its website in 2004—Girard made some remarks that seem particularly resonant today:

In the affluent West, we live in a world where there is less and less need therefore and more and more desire…. One has today real possibilities of true autonomy, of individual judgments. However, those possibilities are more commonly sold down the river in favour of false individuality, of negative mimesis…. The only way modernity can be defined is the universalization of internal mediation, for one doesn’t have areas of life that would keep people apart from each other, and that would mean that the construction of our beliefs and identity cannot but have strong mimetic components.

Since then social media has brought “the universalization of internal mediation” to a new level, while at the same time dramatically narrowing the “areas of life that would keep people apart from each other.”

Social media is the miasma of mimetic desire. If you post pictures of your summer vacation in Greece, you can expect your “friends” to post pictures from some other desirable destination. The photos of your dinner party will be matched or outmatched by theirs. If you assure me through social media that you love your life, I will find a way to profess how much I love mine. When I post my pleasures, activities, and family news on a Facebook page, I am seeking to arouse my mediators’ desires. In that sense social media provides a hyperbolic platform for the promiscuous circulation of mediator-oriented desire. As it burrows into every aspect of everyday life, Facebook insinuates itself precisely into those areas of life that would keep people apart.

Certainly the enormous market potential of Facebook was not lost on Girard’s student Peter Thiel, the venture capitalist who studied with him at Stanford in the late 1980s and early 1990s. A devoted Girardian who founded and funds an institute called Imitatio, whose goal is to “pursue research and application of mimetic theory across the social sciences and critical areas of human behavior,” Thiel was the first outside investor in Facebook, selling most of his shares in 2012 for over a billion dollars (they cost him $500,000 in 2004). It took a highly intelligent Girardian, well schooled in mimetic theory, to intuit early on that Facebook was about to open a worldwide theater of imitative desire on people’s personal computers.

In 1972, eleven years after Deceit, Desire, and the Novel appeared, Girard published Violence and the Sacred. It came as a shock to those familiar with his previous work. Here the literary critic assumed the mantle of cultural anthropologist, moving from the triangular desire of fictional bourgeois characters to the group behavior of primitive societies. Having immersed himself during the intervening decade in the work of Alfred Radcliffe-Brown, Bronisław Malinowski, Claude Lévi-Strauss, Émile Durkheim, Gabriel Tarde, and Walter Burkert, Girard offered in Violence and the Sacred nothing less than an anthropogenic theory of mimetic violence.

I will not attempt to describe the theory in all its speculative complexity. Suffice it to say that the only thing more contagious than desire is violence. Girard postulates that, prior to the establishment of laws, prohibitions, and taboos, prehistoric societies would periodically succumb to “mimetic crises.” Usually brought on by a destabilizing event—be it drought, pestilence, or some other adversity—mimetic crises amount to mass panics in which communities become unnerved, impassioned, and crazed, as people imitate one another’s violence and hysteria rather than responding directly to the event itself. Distinctions disappear, members of the group become identical to one another in their vehemence, and a mob psychology takes over. In such moments the community’s very survival is threated by internecine strife and a Hobbesian war of all against all.

Girard interpreted archaic rituals, sacrifices, and myth as the symbolic traces or aftermath of prehistoric traumas brought on by mimetic crises. Those societies that saved themselves from self-immolation did so through what he called the scapegoat mechanism. Scapegoating begins with accusation and ends in collective murder. Singling out a random individual or subgroup of individuals as being responsible for the crisis, the community turns against the “guilty” victim (guilty in the eyes of the persecutors, that is, since according to Girard the victim is in fact innocent and chosen quite at random, although is frequently slightly different or distinct in some regard). A unanimous act of violence against the scapegoat miraculously restores peace and social cohesion (unum pro multis, “one for the sake of many,” as the Roman saying puts it).

The scapegoat’s murder has such healing power over the community that the victim retroactively assumes an aura of sacredness, and is sometimes even deified. Behind the practice of sacrifice in ancient societies Girard saw the spasmodic, scapegoat-directed violence of communities in the throes of mimetic crises—a primal murder, as it were, for which there exists no hard evidence but plenty of indirect evidence in ancient sacrificial practices, which he viewed as ritualized reenactments of the scapegoat mechanism that everywhere founded the archaic religions of humanity. (“Every observation suggests that, in human culture, sacrificial rites and the immolation of victims come first.”)

Violence and the Sacred deals almost exclusively with archaic religion. Its argument is more hypothetical and abstract, more remote and less intuitive, than what Girard put forward in Deceit, Desire, and the Novel. The same can be said for the main claims of his next major book, Things Hidden Since the Foundation of the World (1978; the title comes from Matthew 13:35). There he argued that the Hebrew Scriptures and the Christian Gospels expose the “scandal” of the violent foundations of archaic religions. By revealing the inherent innocence of the victim—Jesus—as well as the inherent guilt of those who persecute and put him to death, “Christianity truly demystifies religion because it points out the error on which archaic religion is based.”*

Girard’s anthropological interpretation of Christianity in Things Hidden is as original as it is unorthodox. It views the Crucifixion as a revelation in the profane sense, namely a bringing to light of the arbitrary nature of the scapegoat mechanism that underlies sacrificial religions. After publishing Things Hidden, Girard gained a devoted following among various Christian scholars, some of whom lobbied him hard to open his theory to a more traditional theological interpretation of the Cross as the crux of man’s deliverance from sin. Girard eventually (and somewhat reluctantly) made room for a redemptive understanding of the Crucifixion, yet in principle his theory posits only its revelatory, demystifying, and scandalous aspect.

Orthodox Girardians insist that his corpusfrom Deceit, Desire, and the Novel to his last worksforms a coherent, integrated system that must be accepted or rejected as a whole. In my view, that is far from the case. One need not buy into the entire système Girard to recognize that his most fundamental insights can stand on their own.

Some of Girard’s most acute ideas come from his psychology of accusation. He championed legal systems that protect the rights of the accused because he believed that impassioned accusation, especially when it gains momentum by wrapping itself in the mantle of indignation, has a potential for mimetic diffusion that disregards any considered distinction between guilt and innocence. The word “Satan” in Hebrew means “adversary” or “accuser,” and Girard insisted in his later work that there is a distinctly satanic element at work in the zeal for accusation and prosecution.

Girard’s most valuable insight is that rivalry and violence arise from sameness rather than difference. Where conflicts erupt between neighbors or ethnic groups, or even among nations, more often than not it’s because of what they have in common rather than what distinguishes them. In Girard’s words: “The error is always to reason within categories of ‘difference’ when the root of all conflicts is rather ‘competition,’ mimetic rivalry between persons, countries, cultures.” Often we fight or go to war to prove our difference from an enemy who in fact resembles us in ways we are all too eager to deny.

A related insight of equal importance concerns the deadly cycles of revenge and reciprocal violence. Girard taught that retaliation hardly ever limits itself to “an eye for an eye” but almost always escalates the level of violence. Every escalation is imitated in turn by the other party:

Clausewitz sees very clearly that modern wars are as violent as they are only because they are “reciprocal”: mobilization involves more and more people until it is “total,” as Ernst Junger wrote of the 1914 war…. It was because he was “responding” to the humiliations inflicted by the Treaty of Versailles and the occupation of the Rhineland that Hitler was able to mobilize a whole people. Likewise, it was because he was “responding” to the German invasion that Stalin achieved a decisive victory over Hitler. It was because he was “responding” to the United States that Bin Laden planned 9/11…. The one who believes he can control violence by setting up defenses is in fact controlled by violence.

Those remarks come from the last book Girard wrote, Battling to the End (2010). It is in many ways one of his most interesting, for here he leaves behind speculations about archaic origins and turns his attention to modern history. The book’s conversations with Benoît Chantre, an eminent French Girardian, feature a major discussion of the war theorist Carl von Clausewitz (1780–1831), whose ideas about the “escalation to extremes” in modern warfare converge uncannily with Girard’s ideas about the acceleration of mimetic violence.

Toward the end of his life, Girard did not harbor much hope for history in the short term. In the past, politics was able to restrain mass violence and prevent its tendency to escalate to extremes, but in our time, he believed, politics had lost its power of containment. “Violence is a terrible adversary,” he wrote in Battling to the End, “especially since it always wins.” Yet it is necessary to battle violence with a new “heroic attitude,” for “it alone can link violence and reconciliation…[and] make tangible both the possibility of the end of the world and reconciliation among all members of humanity.” To that statement he felt compelled to add: “More than ever, I am convinced that history has meaning, and that its meaning is terrifying.” That meaning has to do with the primacy of violence in human relations. And to that statement, in turn, he added some verses of Friedrich Hölderlin: “But where danger threatens/that which saves from it also grows.”

  • *Girard goes so far as to argue that “Christianity is not only one of the destroyed religions but it is the destroyer of all religions. The death of God is a Christian phenomenon. In its modern sense, atheism is a Christian invention.” The Italian philosopher Gianni Vattimo was very drawn to Girard’s understanding of Christianity as a secularizing religion, and the two collaborated on a fine book on the topic, Christianity, Truth, and Weakening Faith: A Dialogue (Columbia University Press, 2010). 

Voir aussi:

Influenceurs et «followers» : les nouveaux maîtres du désir mimétique

Jean-Marc Bourdin

Iphilo

17/12/2018

BILLET : Sur Instagram ou sur leur chaîne YouTube, les influenceurs médiatisent nos désirs dans une relation triangulaire qui est au cœur de la thèse du désir mimétique de René Girard, analyse Jean-Marc Bourdin dans iPhilo. 


Ancien élève de l’ENA, inspecteur général de la ville de Paris, Jean-Marc Bourdin a également soutenu en 2016 une thèse de doctorat en philosophie sur René Girard à l’Université Paris-VIII. Créateur du blog L’Emissaire et membre de l’Association Recherche Mimétique (ARM), il a publié René Girard philosophe malgré lui et René Girard promoteur d’une science des rapports humains chez L’Harmattan en 2018.


René Girard affirme en 1961 dans Mensonge romantique et vérité romanesqueque seuls les plus grands romanciers, à la liste desquels il ajoutera par la suite quelques dramaturges, ont la faculté de comprendre les mécanismes du désir mimétique. Ceux-ci resteraient inconnus non seulement du commun des mortels mais aussi d’écrivains moins doués qui se laissent duper par la prétention du désir à l’autonomie.

Cette affirmation radicale souffrirait-elle désormais d’au moins une exception de taille ? Dans notre époque où il n’est plus indécent de se vanter de manipulations en tous genres, le marketing a franchi un pas décisif grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Il avait compris depuis longtemps les mécanismes du mimétisme et le rôle des modèles dans les décisions d’achat : la publicité n’a cessé d’en jouer. Mais délibérément ou en suivant un mouvement dont il n’a pas eu l’initiative, le marketing vient de révéler le pot aux roses. Des modèles de consommation officiels ont désormais un nom : influenceuses ou influenceurs. Et les victimes du désir mimétique sont des « followers », autrement dit des suiveurs ou des suiveuses des conseils ainsi dispensés.

Ces modèles ont le plus souvent des comptes Instagram ou des chaînes YouTube. Ils parlent de beauté, de mode, de voyages, de sport, de culture… bref interviennent dans autant de marchés sur lesquels ils sont susceptibles d’orienter des comportements de consommation.

Du point de vue de la théorie mimétique, ils sont plutôt des médiateurs externes, insusceptibles d’entrer en rivalité avec la plupart de leurs suiveurs, si ce n’est certains d’entre eux mus par leur ressentiment et qui sont dénommés « haters », donc haineux. Nous retrouvons ici les passions stendhaliennes de l’envie, de la jalousie et de la haine impuissante ou encore la figure du narrateur des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, cet homme du ressentiment par excellence.

La puissance des influenceurs se mesure au volume et à la croissance du nombre de leurs suiveurs. En découle une valeur économique qui se traduit par les rémunérations que leur servent les marques promues. Mais la relation n’est pas si simple : elle suppose aussi que l’influenceur donne des gages d’indépendance à ceux qui suivent leurs conseils.

L’influenceur ne peut étendre et maintenir son influence qu’en apparaissant comme souverain vis-à-vis de ses suiveurs mais aussi des marques qu’il promeut. Sinon, il serait lui-même considéré comme influençable par les entreprises dont il vante les qualités, du moins celles de leurs produits et services. Cette suprématie est obtenue par sa capacité à modeler les goûts de ses suiveurs. Il est en effet beaucoup plus efficace, efficient et pertinent qu’une campagne de publicité par voie de presse – écrite, radiophonique ou télévisuelle. Il regroupe une population rendue homogène par l’attraction commune que ses membres ressentent pour son «charisme».

Des jeunes gens de moins de vingt peuvent ainsi devenir ce qu’on appelait autrefois des leaders d’opinion. Sans avoir fait autre chose que s’enregistrer en vidéo dans leur appartement en tenant des propos persuasifs, ils peuvent être suivis par des millions d’admirateurs qui attendent leurs avis pour faire leurs choix.

Enjoy Phenix, Cyprien, Natoo, Caroline Receveur ou encore SqueeZie seraient-ils les nouveaux maîtres du désir mimétique ? Au moins sont-ils d’indéniables révélateurs de sa persistante actualité et de sa pertinence.

Voir encore:

Visualizing Friendships
Paul Butler
Facebook
December 14, 2010

Visualizing data is like photography. Instead of starting with a blank canvas, you manipulate the lens used to present the data from a certain angle.

When the data is the social graph of 500 million people, there are a lot of lenses through which you can view it. One that piqued my curiosity was the locality of friendship. I was interested in seeing how geography and political borders affected where people lived relative to their friends. I wanted a visualization that would show which cities had a lot of friendships between them.

I began by taking a sample of about ten million pairs of friends from Apache Hive, our data warehouse. I combined that data with each user’s current city and summed the number of friends between each pair of cities. Then I merged the data with the longitude and latitude of each city.

At that point, I began exploring it in R, an open-source statistics environment. As a sanity check, I plotted points at some of the latitude and longitude coordinates. To my relief, what I saw was roughly an outline of the world. Next I erased the dots and plotted lines between the points. After a few minutes of rendering, a big white blob appeared in the center of the map. Some of the outer edges of the blob vaguely resembled the continents, but it was clear that I had too much data to get interesting results just by drawing lines. I thought that making the lines semi-transparent would do the trick, but I quickly realized that my graphing environment couldn’t handle enough shades of color for it to work the way I wanted.

Instead I found a way to simulate the effect I wanted. I defined weights for each pair of cities as a function of the Euclidean distance between them and the number of friends between them. Then I plotted lines between the pairs by weight, so that pairs of cities with the most friendships between them were drawn on top of the others. I used a color ramp from black to blue to white, with each line’s color depending on its weight. I also transformed some of the lines to wrap around the image, rather than spanning more than halfway around the world.

After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw. The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life.

Later I replaced the lines with great circle arcs, which are the shortest routes between two points on the Earth. Because the Earth is a sphere, these are often not straight lines on the projection.

When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.

Paul is an intern on Facebook’s data infrastructure engineering team.

Voir également:

Check out this stunning Facebook world map

Jeffrey Van Camp

Digital trends

12.14.10

Have you ever wondered what 10 million friendships would look like on a world map? Well, a Facebook engineer has the answer for you. The map below was made by Paul Butler, an engineering intern at Facebook. In a blog post, he explains how he created this visualized representation of friendships. His quest began when he became curious as to whether country or physical location had a big impact on friendships. In other words, he wondered if people had a lot of friends who live far away from them, perhaps around the world. So he took a sample of 10 million friendship pairs from the Facebook database and made this image.

The results are fairly evident and we recommend you check it out in high resolution to fully understand what you’re looking at. This data was not graphed onto a map, by the way. Every lit up dot of land is the geo-location of a friend. The map formed itself by the sheer number of connections. The most lit areas–Europe and the United States–are bright because of the density of smaller range friendships inside them.

“After a few minutes of rendering, the new plot appeared, and I was a bit taken aback by what I saw,” said Butler. “The blob had turned into a surprisingly detailed map of the world. Not only were continents visible, certain international borders were apparent as well. What really struck me, though, was knowing that the lines didn’t represent coasts or rivers or political borders, but real human relationships. Each line might represent a friendship made while travelling, a family member abroad, or an old college friend pulled away by the various forces of life…When I shared the image with others within Facebook, it resonated with many people. It’s not just a pretty picture, it’s a reaffirmation of the impact we have in connecting people, even across oceans and borders.”

As much as we dog Facebook here and there, this perfectly shows the great qualities of social networking. With only 10 million of the 500 million connections, we are able to build a map of the world solely from our own personal connections. Very cool.


Polémique Chouard: Attention, un hommage fâcheux peut en cacher un autre ! (When Ruffin quotes Chouard, guess who quotes Castro and Chavez ?)

24 décembre, 2018

"Macron -whore of the Jews"

Image result for Etienne Chouard Ruffin
Image result for Etienne Chouard
Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Huey Long (?)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Un État d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir” et “un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur” qui “en dépit du flot tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement dans certains pays et à certaines époques” … Charles De Gaulle (conférence de presse de nov. 67)
Ah, Vichy, Ah Pétain (…) c’était un vieillard un peu dépassé mais… magnifique … Une carrière ainsi brisée à trente-cinq ans, ce n’est pas supportable… Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carrière foudroyée … François Mitterrand (sur Pétain et l’ancien secrétaire général de la police de Vichy René Bousquet)
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de « petit pays de merde », Londres, décembre 2001)
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (Al Ahram, 2006)
Cet attentat odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. Raymond Barre (le 3 octobre 1980, TFI, suite à l’attentat de la synagogue parisienne de la rue Copernic, 4 morts, 20 blessés)
J’ai tellement entendu les propos de M. Gollnisch à Lyon que cela finissait par ne plus m’émouvoir. Quand on entend à longueur de journée tout ce qui se dit à droite et à gauche, à la fin on n’y porte plus attention. Raymond Barre
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
French Jews have become a focal point for the “Yellow Vest” protests across France, with an increase in anti-Semitism by demonstrators. In recent days, the Jewish community has reported numerous anti-Semitic videos, graffiti and actual threats appearing in central locations and on social media. Last Saturday, the Chabad House on the Champs-Elysées Boulevard temporarily closed its doors for the first time due to safety concerns. (…) On Route A6, the main artery between Paris and Marseilles, a huge banner was hung on a bridge, accusing Jews of controlling French President Emmanuel Macron. The banner read: “Macron is a whore of the Jews.” Social networks have also become an arena for spreading anti-Semitic expression. Thus, for example, a message circulated by an anonymous source wearing a mask: “It was the rich Jews who brought Macron to power so that he would be their puppet and they are pulling the strings. The Jews are responsible for the lowering of taxes on the rich and for the whole financial situation.” In another video, an activist from the “Yellow Vests” invited demonstrators to come to a Chabad Hanukkah candle lighting, saying: “The Jewish people celebrate while the French have nothing to eat.” The anti-Semitic French entertainer Dieudonné M’bala M’bala and his admirers joined the demonstrators and gave the Nazi salute. (…) The International Fellowship of Christians and Jews, which helps Jews immigrate to Israel, noted that following the events in France there has been a surge in the number of Jews interested in immigrating to Israel. Uriel Saada, head of the France Desk at the Fellowship, said that he received dozens of requests from Jewish families interested in immigrating to Israel. Ynet
Inconnu de la plupart des Français, le militant politique est devenu en une grosse dizaine d’années une des étoiles de la contre-culture politique sur Internet. Sa notoriété remonte à 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Âgé de 48 ans, Etienne Chouard est alors un anonyme prof de lycée à Marseille, électeur sans grande conviction du Parti socialiste (PS). Happé par les débats autour du TCE, il se décide à analyser de près le projet de nouveau traité européen, et en tire une tribune percutante, publiée sur son blog, qui dénonce le projet comme un « secret cancer de notre démocratie ». Fouillé, argumenté, offensif voire excessif, le texte est partagé en masse et se répand comme la poudre. Etienne Chouard devient, à sa propre surprise, un des chefs de file discrets du camp du « non », qui triomphe au référendum. Il change de dimension. Le professeur se fait penseur et militant : lui qui ne s’y était jamais intéressé dévore des milliers de livres sur la politique et économique, partage ses réflexions sur son blog, donne des conférences. Il forme autour de lui une communauté de fidèles qui répandent ses idées, surnommés les « gentils virus ». Chantre de l’éducation populaire, Etienne Chouard élabore de bric et de broc sa propre doctrine politique. Au centre de sa réflexion, la nécessité d’un « processus constituant ». D’après lui, l’origine des maux de nos sociétés est inscrite dans la Constitution : en laissant le soin aux « responsables politiques, aux mains des grands marchands », de « l’écrire à notre place », nous (c’est-à-dire les 99% de moins riches) leur (les 1%) avons cédé le pouvoir. Dans la pensée de Chouard, toutes les dérives du capitalisme financier (inégalités, pauvreté, disparition des services publics, destruction de l’écosystème) sont reliées à ce péché originel : confier le pouvoir à des représentants, acte qui équivaudrait immanquablement à en priver le peuple. (…) Afin d’y remédier, le blogueur exclut logiquement toute élection : il veut former une assemblée constituante tirée au sort, qui définirait par la discussion collective des nouvelles institutions. Celles-ci devraient faire la part belle à la démocratie directe : les responsables seraient tirés au sort, pourraient être révoqués à tout moment, et le peuple prendrait lui-même l’initiative d’écrire les lois… grâce au RIC, évidemment. (…) En attendant cette révolution pacifique, le blogueur s’est attaché à appliquer ses principes au niveau local, en organisant des « ateliers constituants » destinés à faire de simples citoyens des « adultes politiques », souverains et capables de penser le bien commun. Influencé par la pensée anarchiste, il se définit comme un démocrate radical, persuadé que le peuple est « capable de mener lui-même ses affaires » ; convaincu de la nature intrinsèquement bonne des humains, Etienne Chouard est convaincu que « si on prend les décisions ensemble à la majorité, ce ne seront pas les quelques affreux, égoïstes, violents, méchants, qui sont minoritaires, qui vont faire la loi. » A cette pensée politique, le sexagénaire adjoint des idées économiques radicalement opposées au libéralisme de l’Union Européenne. Dénonçant le statut de la Banque centrale européenne, Chouard affirme que « le premier privilège est celui pour un petit nombre de créer la monnaie », et que « les peuples qui ont perdu, renoncé à la création monétaire publique ont perdu en même temps leur souveraineté politique. La création monétaire est actuellement entre les mains des banquiers. » Invité de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais en 2014, Etienne Chouard s’y livre à une longue tirade, très partagée sur Internet, qui synthétise ses idées. Elle lui permet d’accroître encore sa notoriété (…) Détournement de la démocratie, désir de représentation des idées populaires, impuissance du politique face aux grands intérêts économiques : les thèmes développés par Etienne Chouard depuis 13 ans sont en parfaite concordance avec le mouvement des gilets jaunes. Il n’est donc pas très étonnant de voir le blogueur, abondamment cité sur les rond-points par des gilets jaunes ayant formé leur réflexion politique sur Internet, soutenir le mouvement et s’afficher à ses côtés. Jacline Mourand, l’une des têtes d’affiches, l’a spontanément mentionné comme influence clé auprès de Marianne. Le 4 décembre, à Saint-Claire du Rhône (Isère), il a tenu une réunion publique sur le RIC en compagnie de plusieurs gilets jaunes, dont Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », un autre leader. Mais Etienne Chouard, ce n’est pas que la démocratie directe et la critique des banques. Entre 2005 et aujourd’hui, dans sa volonté effrénée de dialogue avec tous les pans de la société, le professeur a frayé avec de nombreuses figures controversées… sans s’en détacher clairement, et parfois en les soutenant ouvertement. Ainsi, le 9 décembre 2007, Etienne Chouard conseille sur son blog le visionnage d’un « entretien passionnant » entre Thierry Meyssan (écrivain et diffuseur privilégié de théories du complot concernant le 11 septembre 2001) et l’essayiste Alain Soral, connu pour sa vision conspirationniste et violemment antisémite du monde. Ce dernier, qu’il rencontre en chair et en os dans les années 2010, ne va plus cesser d’empoisonner la réputation d’Etienne Chouard : incapable de s’en détacher clairement, le blogueur s’est longtemps montré d’une complaisance incompréhensible avec ce pamphlétaire virulent, condamné par la justice à de multiples reprises pour injures antisémites ou incitation à la haine raciale. Récusant les propos de Soral concernant les homosexuels et les féministes, Chouard ne le situe pas moins dans L’Express en 2014 comme « à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges », et indique qu’il l’a « rendu sensible » à la problématique du sionisme. Les qualificatifs élogieux pleuvent : « courageux », « résistant », « lanceur d’alerte qui proteste contre l’ordre établi »… Comme un renvoi d’ascenseur, Etienne Chouard est alors mis régulièrement en valeur sur Egalité et Réconciliation (E&R), le site internet qui promeut les idées d’Alain Soral. Culture libre, une association dont l’animateur est un responsable local d’E&R, diffuse et commercialise même certaines des conférences de Chouard. Iconoclaste ou sulfureux, Etienne Chouard brouille en tout cas tous les repères politiques traditionnels : originellement identifié dans les rangs de la gauche radicale, il s’affiche avec des personnalités de l’autre versant : conférence commune sur les Lumières avec Marion Sigaut, militante d’E&R, en novembre 2012. Proximité avec François Asselineau, candidat souverainiste à la présidentielle de 2017 (Chouard a finalement voté pour Jean-Luc Mélenchon) et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR). Il conseille aussi des lectures pour le moins curieuses aux visiteurs de son blog – notamment les ouvrages du conspirationnistes Antony C. Sutton et du négationniste Eustace Mullins. Chouard défend son éthique politique : la volonté de se situer en dehors des clivages partisans et des critères de respectabilité édictés par le mainstream. « Cela fait douze ans que je travaille, parle en public, réfléchis aux pouvoirs et abus de pouvoir ; que je cherche à mettre un processus constituant qui, à mon avis, doit intégrer tout le monde », argumente le prof de gestion, bien décidé à n’exclure personne tout en enjambant le clivage gauche-droite. Mais il ne s’est pas contenté de discuter : au fil des années, les contacts avec la sphère « dissidente » ont semblé infuser dans les analyses d’Etienne Chouard. Dans un entretien vidéo en 2014, il qualifie l’Union européenne de « projet fasciste », et applaudit la manière dont Alain Soral « dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, explique que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire (…) ». Ses développements s’apparentent fréquemment au complotisme : on y trouve les mêmes méthodes d’analyse, trouvant dans un grand complot ourdi par les plus riches l’unique explication des malheurs du monde, élaborant des chaînes d’équivalence bancales mais définitives, faisant référence à des faits historiques parfois obscurs (notamment la création de la banque d’Angleterre en 1694) mais considérés comme capitaux… Etienne Chouard a également une manière bien à lui de définir le fascisme : dans un entretien avec le média Internet La Mutinerie, il explique refuser de « lyncher untel ou untel parce qu’il est fasciste, parce qu’il est d’extrême droite ». D’après lui, on commet une erreur en utilisant le vocable ‘fasciste’ pour « désigner ceux qui ont un avis non conforme sur les étrangers, sur la peine de mort, sur l’avortement, sur la religion catholique, sur la nation. » Les vrais fascistes ? Ce sont « les grands propriétaires, les possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand les élections leur donnent tout le pouvoir. Ils se montrent comme fascistes et d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. C’est les 1% contre les 99%. C’est ça l’extrême droite. » Une classification qui permet notamment à Chouard de ranger le Parti socialiste dans le camp du fascisme… A sa manière, Etienne Chouard est parfaitement représentatif des « gentils virus » qui le soutiennent : comme eux, il a construit sa culture politique sur le tas. Sur Internet et dans les livres plutôt que par l’intermédiaire de professeurs dispensant un savoir officiel. (…) Résultat : les constructions idéologiques traditionnelles sont totalement brouillées. Dans cette « culture YouTube », faite de liberté et de désordre, on a parfois l’impression que tout ce qui se situe en dehors du mainstream est adoubé par principe comme faisant partie du combat pour la démocratie. (…) Dans une longue analyse publiée en 2013, où il était déjà accusé de complaisances avec Etienne Chouard, François Ruffin livrait une lecture similaire, qualifiant la « construction idéologique » du blogueur, bâtie « en accéléré, de bric et de broc, comme tout le monde », de « bien récente, bien fragile, bien confuse ».  Ces errances ont valu de nombreuses excommunications à Chouard, faisant souvent suite à des pressions exercées par des groupes antifascistes. Comme en novembre 2012, où les cinémas Utopia et le Front de gauche annulent la venue du blogueur à une projection, après avoir découvert que le site de Chouard mentionnait dans sa liste de liens le Réseau Voltaire ainsi qu’Egalité & Réconciliation. Un an plus tard survient la première explication avec François Ruffin, que le fondateur de Fakir a donc relatée sur le site de son journal, qui venait alors de faire la promotion de la pièce de théâtre d’Etienne Chouard, La dette expliquée à mon banquier. Après une première rencontre peu productive en 2009, Ruffin aborde frontalement la question de l’antisémitisme d’Alain Soral avec Chouard, qui se borne alors à répondre que l’auteur de Comprendre l’empire évoque l’antisionisme, refuse de « trier selon les appartenances politiques » et affirme sa volonté de « toucher tout le monde de gauche à droite ». Finalement, Ruffin tiendra encore un dialogue avec Etienne Chouard, sans parvenir à se mettre tout à fait d’accord avec lui, mais indiquant qu’il se sent « davantage son ‘ami’, un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges. » (…) En novembre 2014, Etienne Chouard s’est nettement éloigné du penseur d’extrême droite. Faisant le constat des « accusations violentes » reçues après avoir posté le lien d’E&R sur son blog, le militant écrivait avoir « rapidement compris que [Soral] n’est pas du tout un démocrate », mais estimait que « une partie de son analyse du monde actuel » lui semblait « utile ». Abordant enfin la question de l’antisémitisme, Chouard regrette que l’injure « antisémite » serve trop souvent « à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont absolument racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien ». Mais il se rend enfin à l’évidence, après avoir découvert une vidéo accablante datée de juin 2014, dans laquelle Soral tient « des propos terribles et dangereux ». Reconnaissant s’être « trompé en publiant un lien sans mise en garde », Chouard retire le lien d’E&R de son site, dénonçant un « mélange toxique » entre une « lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination » et « un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés ». Et aujourd’hui ? A franceinfo, il assure qu’il refuse désormais les invitations d’E&R et a coupé tous les liens avec son leader, tout en objectant : « Le danger pour la société humaine, ça n’est pas Soral ! On n’en a rien à foutre de ces mecs-là, ils ne représentent que des groupuscules ». Il a également publié une nouvelle note de blog ce jeudi 20 décembre, dans laquelle il assure que depuis son billet de 2014, il « ne parle jamais de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui [l’]accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… » Populaire et controversée, la figure d’Etienne Chouard illustre à sa manière les clivages qui minent la France insoumise en interne. Certains, adeptes d’une stratégie « populiste », estiment que LFI a vocation a s’adresser à des figures qui transcendent son électorat traditionnel de gauche radicale, devenu très minoritaire – sans forcément aller jusqu’à prôner un dialogue régulier avec Etienne Chouard. D’autres, qui défendent plutôt une union de la gauche, sont partisans d’un strict « cordon sanitaire » et jugent que LFI se compromettrait en approchant des figures n’étant pas clairement identifiées sur le spectre politique. Les deux conceptions ont leurs raisons d’être, et également leurs dérives. A vouloir ratisser trop large pour ne pas s’enfermer à gauche, on court ainsi le risque de s’acoquiner avec des personnalités a priori peu compatibles avec le « nouvel humanisme » défendu par Jean-Luc Mélenchon ; de l’autre côté, en cherchant à excommunier tous ceux qui ne s’identifient pas à la gauche, la base se rétrécit, et ceux qui cherchent à dialoguer avec d’autres reçoivent des anathèmes insensés. Autre lecture possible : François Ruffin, qui donne des gages à l’une ou l’autre des deux options à intervalles réguliers, a tout simplement pris acte du fait que s’agissant du référendum d’initiative citoyenne, Etienne Chouard est devenu en France une référence incontournable. Qu’on l’apprécie ou non. Hadrien Mathoux (Marianne)
Mon curseur politique est simple, c’est celui de la révolution. Celui qui soutient le peuple qui veut se soulever contre ses maîtres est à gauche. A droite, il y a la défense des privilèges. Etienne Chouard
Pour Chouard, il suffit de critiquer l’Union Européenne, les banques, la mondialisation, le capitalisme, pour être du bon côté. Philippe Marlière
Et puis, on a vu aussi le petit Elkabach (..) qui est finalement  le petit sémite sépharade (…) se soumettre comme une femme à quelqu’un qui représente encore – je dirais – la virilité aryenne. Alain Solal
Mon sentiment profond, c’est que tu es comme un adolescent en politique. Tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. François Ruffin
Le référendum d’initiative citoyenne a fleuri. Oh, il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction – nommons-les : Etienne Chouard et ses amis – ont semé, ont arrosé, depuis des années. François Ruffin (député LFI)
Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun…Clémentine Autain (députée LFI)
J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? Tel n’est pas [mon] choix. François Ruffin (député LFI)
De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans. (…) Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre. Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre. À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais). (…) Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment. Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis. On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ». Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux. Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site. Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément : [Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.] Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite. Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc. En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter. Étienne Chouard (28.11.2014)
Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer. Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes. Etienne Chouard (29.11.2014)
Je désapprouve ce prix qui entre dans les rites, les ritournelles du Parlement. C’est la troisième fois qu’un Cubain reçoit ce prix de la part d’un Parlement qui n’a pas trouvé une minute pour condamner le coup d’Etat au Honduras, et ne s’est jamais intéressé aux Cinq de Miami. Le Parlement européen est embrigadé dans des croisades anticommunistes qui m’exaspèrent. Ça ne veut pas dire qu’on approuve l’emprisonnement, ça veut dire qu’on désapprouve la manière dont le Parlement est bienveillant pour des dictatures fascistes, et malveillant vis-à-vis du camp progressiste. Jean-Luc Mélenchon
Les dirigeants du PS français et de la social-démocratie européenne, en effet, sont en général des personnages que je considère comme des poulets élevés en batterie. Ils sortent des grandes écoles, sans aucun passé militant dans les luttes populaires, et encore moins dans l’internationalisme politique. Ils montent les marches du pouvoir politique en croyant que leur discours de gestionnaires, c’est du socialisme. Et ils font croire que ça se résume à ça. Ces dirigeants n’ont jamais compris ce qui se passe en Amérique latine parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Dans le meilleur des cas, ils se contentent de reproduire le discours de la propagande étasunienne, repris par la majorité des médias. (…) Le président Hugo Chavez note, comme moi : « Les gens ne veulent pas comprendre que pour redistribuer les richesses auprès des pauvres, il faut changer les institutions ». Et Chavez nous interpelle : « Parce qu’il existerait une alternative ? Et où se trouvent donc vos magnifiques modèles, vous les Européens, que l’on devrait prétendument imiter ? ». (…) C’est donc pour cela que j’ai demandé à ces dirigeants qu’ils se taisent, et qu’ils observent avec respect le chemin montré par Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur ou José Mujica en Uruguay. Non pas pour les imiter, mais pour apprendre d’euxJean-Luc Mélenchon
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï-lama ni pour le régime qu’il incarne. (…) seule l’enquête « d’arrêt sur image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un pogrom de commerçants chinois par des « Tibétains ». (…) autant dire que le gouvernement français de l’époque a ordonné de pousser deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif qu’il avait alors une politique de main dure face aux banlieues. Personne n’oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. (…) Robert Ménard est un défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats-Unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? (…) Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. (…) Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? (…) La version tibétaine de la Charia a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. (…) Depuis la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. Jean-Luc Melenchon
Parler d’invasion en 1959 pour qualifier un événement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Jean-Luc Mélenchon
Il y a entre nous une culture commune bien plus étendue et profonde qu’avec les Nord-Américains. Les Chinois, comme nous, accordent depuis des siècles une place centrale à l’Etat dans leur développement. Dans leurs relations internationales, ils ne pratiquent pas l’impérialisme aveugle des Américains. La Chine est une puissance pacifique. Il n’existe aucune base militaire chinoise dans le monde. (…) La Chine n’est pas intéressée au rapport de forces de cet ordre. Jean-Luc Mélenchon
Car la consigne (« Qu’ils s’en aillent tous ») ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon (extrait du livre)
Je suis toujours partisan d’interdire les partis contre-républicains. Jean-Luc Mélenchon
Quand Ruffin cite Chouard, devinez qui cite… Castro et Chavez ?
 
 Alors qu’à la faveur de la levée des censures qui a suivi la remise en cause, par la France d’en bas des gilets jaunes, du casse du siècle présidentiel et législatif du printemps 2017
Ressurgissent avec le retour du réel et faisant opportunément oublier la vraie menace islamiste et tout simplement musulmane, tant le racisme ordinaire des « déplorables » que la version prétendument « savante » des professionnels de l’antisémitisme à la Dieudonné ou Soral …
Et que l’antifachosphère bruisse et bourdonne de l’ « hommage fâcheux » du député de la France insoumise Ruffin au chantre anti-européen du référendum d’initiative citoyenne et actuel théoricien des gilets jaunes Etienne Chouard …
Qui rejetant avec raison la stigmatisation faschisante systématique de toute pensée refusant la pensée unique …
Dont on a tant abusé pour condamner les avertissements qui se sont révélés ô combien justifiés du Front national contre l’immigration incontrôlée …
S’était un temps laissé tenter emporté par son révolutionnarisme attrape-tout …
Par la séparation condamnée à l’avance entre l’antisémitisme « dévoyé » …
Et l’antisémitisme prétendument légitime d’un Soral
Qui  entre la défense de la « virilité aryenne » d’un Poutine et la condamnation de la « soumission » féminine d’un « petit sémite sépharade » comme Elkabach …
Dénonce le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête aux États-Unis mais aussi en France » …
Comment ne pas s’étonner en même temps …
De l’étrange indulgence pour le chef de file d’un mouvement et parti qui a lui multiplié les références …
A Castro et Chavez ?
Portrait

Vrai démocrate ou complotiste infréquentable ? Le blogueur Etienne Chouard divise la France insoumise

Marianne
21/12/2018

Militant infatigable du référendum d’initiative citoyenne, le blogueur s’est imposé comme une référence des gilets jaunes. Mais ses fréquentations sulfureuses et ses ambiguïtés avec l’extrême droite ont valu à François Ruffin, qui l’a cité, une polémique au sein de la France insoumise…

Bastien Lachaud et Caroline Fiat échangent un regard interloqué. Adrien Quatennens sursaute et tourne la tête vers ses collègues, bientôt suivi dans sa surprise par Michel Larive. Ce mardi 18 décembre, réunis pour une conférence de presse de soutien à l’idée de « référendum d’initiative citoyenne » (RIC), les députés de la France insoumise (LFI) sont pris de court. François Ruffin, membre du groupe parlementaire, vient de rendre un hommage inattendu à Etienne Chouard : « Le référendum d’initiative citoyenne a fleuri. Oh, il n’a pas fleuri par hasard. Il a fleuri parce que des hommes de conviction – nommons-les : Etienne Chouard et ses amis – ont semé, ont arrosé, depuis des années. »

La référence au blogueur de 61 ans n’est pas anodine : depuis 2005, ce professeur de gestion est devenu un des chantres de la démocratie directe, un penseur influent voire un gourou pour certains… mais dans le même temps, ses « errances » et ambivalences lui ont valu d’être considéré comme infréquentable par toute une partie de la gauche. Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a ainsi dégainé un tweet offensif à l’encontre de François Ruffin : « Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun… »

Le qualificatif est lancé : « rouge-brun », adjectif infamant désignant des personnalités politiques issues du marxisme et du communisme ayant dérivé vers le fascisme ou l’extrême droite. Il a forcé François Ruffin à une mise au point, via Twitter lui aussi : « J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. Parce que, avec honnêteté, il faut dire que sur ce RIC, avec foi, il a battu la campagne et les estrades depuis une décennie. Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ? Tel n’est pas [mon] choix. »

Qui donc est Etienne Chouard, et pourquoi fait-il tant parler ? Inconnu de la plupart des Français, le militant politique est devenu en une grosse dizaine d’années une des étoiles de la contre-culture politique sur Internet. Sa notoriété remonte à 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Âgé de 48 ans, Etienne Chouard est alors un anonyme prof de lycée à Marseille, électeur sans grande conviction du Parti socialiste (PS). Happé par les débats autour du TCE, il se décide à analyser de près le projet de nouveau traité européen, et en tire une tribune percutante, publiée sur son blog, qui dénonce le projet comme un « secret cancer de notre démocratie« . Fouillé, argumenté, offensif voire excessif, le texte est partagé en masse et se répand comme la poudre. Etienne Chouard devient, à sa propre surprise, un des chefs de file discrets du camp du « non », qui triomphe au référendum. Il change de dimension. Le professeur se fait penseur et militant : lui qui ne s’y était jamais intéressé dévore des milliers de livres sur la politique et économique, partage ses réflexions sur son blog, donne des conférences. Il forme autour de lui une communauté de fidèles qui répandent ses idées, surnommés les « gentils virus« .

Un démocrate radical

Chantre de l’éducation populaire, Etienne Chouard élabore de bric et de broc sa propre doctrine politique. Au centre de sa réflexion, la nécessité d’un « processus constituant« . D’après lui, l’origine des maux de nos sociétés est inscrite dans la Constitution : en laissant le soin aux « responsables politiques, aux mains des grands marchands« , de « l’écrire à notre place« , nous (c’est-à-dire les 99% de moins riches) leur (les 1%) avons cédé le pouvoir. Dans la pensée de Chouard, toutes les dérives du capitalisme financier (inégalités, pauvreté, disparition des services publics, destruction de l’écosystème) sont reliées à ce péché originel : confier le pouvoir à des représentants, acte qui équivaudrait immanquablement à en priver le peuple.

« Les grands marchands, notamment les marchands d’argent ont pris le contrôle du politique et c’est une catastrophe, affirmait-il ainsi l’an dernier dans un long entretien pour Thinkerview. Depuis 200 ans, les marchands se sont mis à écrire la Constitution, ils ont donc mis en place l’élection leur permettant de désigner les acteurs qui les aideraient et qui sont donc leur « chose » écrivant leurs lois (…)« . Afin d’y remédier, le blogueur exclut logiquement toute élection : il veut former une assemblée constituante tirée au sort, qui définirait par la discussion collective des nouvelles institutions. Celles-ci devraient faire la part belle à la démocratie directe : les responsables seraient tirés au sort, pourraient être révoqués à tout moment, et le peuple prendrait lui-même l’initiative d’écrire les lois… grâce au RIC, évidemment. « Le suffrage universel digne de ce nom, c’est : nous devrions voter nos propres lois« , soutient le professeur Chouard.

En attendant cette révolution pacifique, le blogueur s’est attaché à appliquer ses principes au niveau local, en organisant des « ateliers constituants » destinés à faire de simples citoyens des « adultes politiques« , souverains et capables de penser le bien commun. Influencé par la pensée anarchiste, il se définit comme un démocrate radical, persuadé que le peuple est « capable de mener lui-même ses affaires » ; convaincu de la nature intrinsèquement bonne des humains, Etienne Chouard est convaincu que « si on prend les décisions ensemble à la majorité, ce ne seront pas les quelques affreux, égoïstes, violents, méchants, qui sont minoritaires, qui vont faire la loi. »

1% contre 99%

A cette pensée politique, le sexagénaire adjoint des idées économiques radicalement opposées au libéralisme de l’Union Européenne. Dénonçant le statut de la Banque centrale européenne, Chouard affirme que « le premier privilège est celui pour un petit nombre de créer la monnaie« , et que « les peuples qui ont perdu, renoncé à la création monétaire publique ont perdu en même temps leur souveraineté politique. La création monétaire est actuellement entre les mains des banquiers. »

Invité de l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais en 2014, Etienne Chouard s’y livre à une longue tirade, très partagée sur Internet, qui synthétise ses idées. Elle lui permet d’accroître encore sa notoriété : « C’est une erreur de penser que les politiques sont impuissants, incapables ou ne comprennent pas. Comme s’ils voulaient servir l’intérêt général et n’étaient pas bons. Si on renverse la perspective en comprenant que ces gens-là servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire, à savoir les 1% les plus riches de la population, à ce moment-là ce n’est pas une catastrophe. C’est même formidable : tout se passe comme prévu. (…) Tout se passe bien du point de vue des 1% qui se gavent plus que jamais. (…) Les gens sont gentils, ils croient les candidats pendant les campagnes électorales. Mais après 200 ans d’échec du suffrage universel qui permet aux riches d’acheter le pouvoir politique… Le fait de désigner des maîtres au lieu de voter des lois est une imposture politique. Nous ne sommes pas en démocratie. En démocratie, nous voterions nos lois nous-mêmes. L’impuissance politique est programmée, il y a un endroit où il est proclamé que le peuple n’a aucune puissance : ça s’appelle la constitution, le problème c’est que tout le monde s’en fout. »

Détournement de la démocratie, désir de représentation des idées populaires, impuissance du politique face aux grands intérêts économiques : les thèmes développés par Etienne Chouard depuis 13 ans sont en parfaite concordance avec le mouvement des gilets jaunes. Il n’est donc pas très étonnant de voir le blogueur, abondamment cité sur les rond-points par des gilets jaunes ayant formé leur réflexion politique sur Internet, soutenir le mouvement et s’afficher à ses côtés. Jacline Mourand, l’une des têtes d’affiches, l’a spontanément mentionné comme influence clé auprès de Marianne. Le 4 décembre, à Saint-Claire du Rhône (Isère), il a tenu une réunion publique sur le RIC en compagnie de plusieurs gilets jaunes, dont Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », un autre leader.

Sulfureuses fréquentations

Mais Etienne Chouard, ce n’est pas que la démocratie directe et la critique des banques. Entre 2005 et aujourd’hui, dans sa volonté effrénée de dialogue avec tous les pans de la société, le professeur a frayé avec de nombreuses figures controversées… sans s’en détacher clairement, et parfois en les soutenant ouvertement. Ainsi, le 9 décembre 2007, Etienne Chouard conseille sur son blog le visionnage d’un « entretien passionnant » entre Thierry Meyssan (écrivain et diffuseur privilégié de théories du complot concernant le 11 septembre 2001) et l’essayiste Alain Soral, connu pour sa vision conspirationniste et violemment antisémite du monde. Ce dernier, qu’il rencontre en chair et en os dans les années 2010, ne va plus cesser d’empoisonner la réputation d’Etienne Chouard : incapable de s’en détacher clairement, le blogueur s’est longtemps montré d’une complaisance incompréhensible avec ce pamphlétaire virulent, condamné par la justice à de multiples reprises pour injures antisémites ou incitation à la haine raciale.

Récusant les propos de Soral concernant les homosexuels et les féministes, Chouard ne le situe pas moins dans L’Express en 2014 comme « à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges« , et indique qu’il l’a « rendu sensible » à la problématique du sionisme. Les qualificatifs élogieux pleuvent : « courageux« , « résistant« , « lanceur d’alerte qui proteste contre l’ordre établi« … Comme un renvoi d’ascenseur, Etienne Chouard est alors mis régulièrement en valeur sur Egalité et Réconciliation (E&R), le site internet qui promeut les idées d’Alain Soral. Culture libre, une association dont l’animateur est un responsable local d’E&R, diffuse et commercialise même certaines des conférences de Chouard.

Brouilleur de repères

Iconoclaste ou sulfureux, Etienne Chouard brouille en tout cas tous les repères politiques traditionnels : originellement identifié dans les rangs de la gauche radicale, il s’affiche avec des personnalités de l’autre versant : conférence commune sur les Lumières avec Marion Sigaut, militante d’E&R, en novembre 2012. Proximité avec François Asselineau, candidat souverainiste à la présidentielle de 2017 (Chouard a finalement voté pour Jean-Luc Mélenchon) et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR). Il conseille aussi des lectures pour le moins curieuses aux visiteurs de son blog – notamment les ouvrages du conspirationnistes Antony C. Sutton et du négationniste Eustace Mullins. Chouard défend son éthique politique : la volonté de se situer en dehors des clivages partisans et des critères de respectabilité édictés par le mainstream. « Cela fait douze ans que je travaille, parle en public, réfléchis aux pouvoirs et abus de pouvoir ; que je cherche à mettre un processus constituant qui, à mon avis, doit intégrer tout le monde« , argumente le prof de gestion, bien décidé à n’exclure personne tout en enjambant le clivage gauche-droite.

Proximité de la sphère « dissidente »… d’extrême-droite

Mais il ne s’est pas contenté de discuter : au fil des années, les contacts avec la sphère « dissidente » ont semblé infuser dans les analyses d’Etienne Chouard. Dans un entretien vidéo en 2014, il qualifie l’Union européenne de « projet fasciste« , et applaudit la manière dont Alain Soral « dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, explique que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire (…) ».

Ses développements s’apparentent fréquemment au complotisme : on y trouve les mêmes méthodes d’analyse, trouvant dans un grand complot ourdi par les plus riches l’unique explication des malheurs du monde, élaborant des chaînes d’équivalence bancales mais définitives, faisant référence à des faits historiques parfois obscurs (notamment la création de la banque d’Angleterre en 1694) mais considérés comme capitaux… Etienne Chouard a également une manière bien à lui de définir le fascisme : dans un entretien avec le média Internet La Mutinerie, il explique refuser de « lyncher untel ou untel parce qu’il est fasciste, parce qu’il est d’extrême droite« .

D’après lui, on commet une erreur en utilisant le vocable ‘fasciste’ pour « désigner ceux qui ont un avis non conforme sur les étrangers, sur la peine de mort, sur l’avortement, sur la religion catholique, sur la nation. » Les vrais fascistes ? Ce sont « les grands propriétaires, les possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand les élections leur donnent tout le pouvoir. Ils se montrent comme fascistes et d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. C’est les 1% contre les 99%. C’est ça l’extrême droite. » Une classification qui permet notamment à Chouard de ranger le Parti socialiste dans le camp du fascisme…

A sa manière, Etienne Chouard est parfaitement représentatif des « gentils virus » qui le soutiennent : comme eux, il a construit sa culture politique sur le tas. Sur Internet et dans les livres plutôt que par l’intermédiaire de professeurs dispensant un savoir officiel. Chouard indique avoir dévoré, depuis 2005, plus de 3.500 ouvrages en tous genres. « (…) Je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination« , écrit-il sur son blog. Tout y passe, et est partagé instantanément et « exposé à l’intérêt et à la critique de [ses] lecteurs« . Résultat : les constructions idéologiques traditionnelles sont totalement brouillées.

Dans cette « culture YouTube« , faite de liberté et de désordre, on a parfois l’impression que tout ce qui se situe en dehors du mainstream est adoubé par principe comme faisant partie du combat pour la démocratie. Ce que résumait ainsi Chouard en 2014 dans L’Express : « Mon curseur politique est simple, c’est celui de la révolution. Celui qui soutient le peuple qui veut se soulever contre ses maîtres est à gauche. A droite, il y a la défense des privilèges. » Philippe Marlière, universitaire de gauche opposé au professeur de gestion, est plus sévère : « Pour Chouard, il suffit de critiquer l’Union Européenne, les banques, la mondialisation, le capitalisme, pour être du bon côté« .

Sentiments mêlés de Ruffin

Dans une longue analyse publiée en 2013, où il était déjà accusé de complaisances avec Etienne Chouard, François Ruffin livrait une lecture similaire, qualifiant la « construction idéologique » du blogueur, bâtie « en accéléré, de bric et de broc, comme tout le monde« , de « bien récente, bien fragile, bien confuse« . « Mon sentiment profond, c’est que tu es comme un adolescent en politique, jugeait alors Ruffin. Tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance. » Ces errances ont valu de nombreuses excommunications à Chouard, faisant souvent suite à des pressions exercées par des groupes antifascistes. Comme en novembre 2012, où les cinémas Utopia et le Front de gauche annulent la venue du blogueur à une projection, après avoir découvert que le site de Chouard mentionnait dans sa liste de liens le Réseau Voltaire ainsi qu’Egalité & Réconciliation.

Un an plus tard survient la première explication avec François Ruffin, que le fondateur de Fakir a donc relatée sur le site de son journal, qui venait alors de faire la promotion de la pièce de théâtre d’Etienne Chouard, La dette expliquée à mon banquier. Après une première rencontre peu productive en 2009, Ruffin aborde frontalement la question de l’antisémitisme d’Alain Soral avec Chouard, qui se borne alors à répondre que l’auteur de Comprendre l’empire évoque l’antisionisme, refuse de « trier selon les appartenances politiques » et affirme sa volonté de « toucher tout le monde de gauche à droite« . Finalement, Ruffin tiendra encore un dialogue avec Etienne Chouard, sans parvenir à se mettre tout à fait d’accord avec lui, mais indiquant qu’il se sent « davantage son ‘ami’, un peu, pas trop mais un peu, après ces échanges. »

Plus de liens avec Soral depuis 2014

Depuis, le blogueur qui divise s’est-il rangé de ces douteuses fréquentations ? C’est toute la question. D’après le site Conspiracy Watch, la réponse est non. « Non seulement le blogueur n’est jamais revenu sur les multiples théories du complot qu’il a pu diffuser publiquement sur son blog ou dans des interviews mais, le 6 août 2018, Le Média pour tous, la chaîne YouTube récemment lancée par l’ancien collaborateur d’Alain Soral, Vincent Lapierre, mettait en ligne un entretien de 14 minutes avec lui« , relève l’observatoire sur son site, tout en précisant que « Chouard n’a, du reste, jamais pris ses distances avec la nébuleuse antisémite gravitant autour d’Alain Soral et d’E&R » et n’est « jamais non plus revenu sur ses propos élogieux concernant Alain Soral« .

Une assertion quelque peu inexacte. En novembre 2014, Etienne Chouard s’est nettement éloigné du penseur d’extrême droite. Faisant le constat des « accusations violentes » reçues après avoir posté le lien d’E&R sur son blog, le militant écrivait avoir « rapidement compris que [Soral] n’est pas du tout un démocrate« , mais estimait que « une partie de son analyse du monde actuel » lui semblait « utile« . Abordant enfin la question de l’antisémitisme, Chouard regrette que l’injure « antismémite » serve trop souvent « à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont absolument racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien« . Mais il se rend enfin à l’évidence, après avoir découvert une vidéo accablante datée de juin 2014, dans laquelle Soral tient « des propos terribles et dangereux« .

Reconnaissant s’être « trompé en publiant un lien sans mise en garde« , Chouard retire le lien d’E&R de son site, dénonçant un « mélange toxique » entre une « lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination » et « un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés« . Et aujourd’hui ? A franceinfo, il assure qu’il refuse désormais les invitations d’E&R et a coupé tous les liens avec son leader, tout en objectant : « Le danger pour la société humaine, ça n’est pas Soral ! On n’en a rien à foutre de ces mecs-là, ils ne représentent que des groupuscules ». Il a également publié une nouvelle note de blog ce jeudi 20 décembre, dans laquelle il assure que depuis son billet de 2014, il « ne parle jamais de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui [l’]accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… »

Illustration des clivages de FI

Populaire et controversée, la figure d’Etienne Chouard illustre à sa manière les clivages qui minent la France insoumise en interne. Certains, adeptes d’une stratégie « populiste », estiment que LFI a vocation a s’adresser à des figures qui transcendent son électorat traditionnel de gauche radicale, devenu très minoritaire – sans forcément aller jusqu’à prôner un dialogue régulier avec Etienne Chouard. D’autres, qui défendent plutôt une union de la gauche, sont partisans d’un strict « cordon sanitaire » et jugent que LFI se compromettrait en approchant des figures n’étant pas clairement identifiées sur le spectre politique. Les deux conceptions ont leurs raisons d’être, et également leurs dérives.

A vouloir ratisser trop large pour ne pas s’enfermer à gauche, on court ainsi le risque de s’acoquiner avec des personnalités a priori peu compatibles avec le « nouvel humanisme » défendu par Jean-Luc Mélenchon ; de l’autre côté, en cherchant à excommunier tous ceux qui ne s’identifient pas à la gauche, la base se rétrécit, et ceux qui cherchent à dialoguer avec d’autres reçoivent des anathèmes insensés. Autre lecture possible : François Ruffin, qui donne des gages à l’une ou l’autre des deux options à intervalles réguliers, a tout simplement pris acte du fait que s’agissant du référendum d’initiative citoyenne, Etienne Chouard est devenu en France une référence incontournable. Qu’on l’apprécie ou non.

Voir aussi:

Quand Ruffin cite Chouard, un hommage fâcheux

Rachid Laïreche
Libération
19 décembre 2018

Une scène étrange. Mardi matin, dans une petite salle de presse du Palais-Bourbon, La France insoumise (LFI) a organisé une conférence de presse afin de présenter sa proposition de loi visant à instaurer le référendum d’initiative citoyenne, le fameux RIC. Huit députés sur la petite estrade, parmi eux, François Ruffin. Et l’élu de la Somme, jamais avare d’effet de style, ne s’est pas adressé à la petite poignée de journalistes face à lui, mais à la caméra de son collaborateur. Un discours tourné vers l’extérieur sous le regard de ses collègues insoumis les bras croisés, la mine sérieuse. Une gêne mal dissimulée face à l’envolée Ruffin, digne de ses prestations sur les parkings de Goodyear ou Norauto.

Entre les mots et sa rage contre les politiciens qui se «goinfrent» de «petits fours», le député de la Somme a rendu hommage à Etienne Chouard, le chantre du tirage au sort, qui a porté, bien avant la naissance des gilets jaunes, l’idée de référendum d’initiative citoyenne. Une dédicace qui passe mal. Pour cause : il a été un temps proche d’Alain Soral, qui avait des «positions intéressantes» selon lui, et au passage, il a également répandu quelques théories du complot. François Ruffin connaît la réputation d’Etienne Chouard sur le bout des doigts. En 2013, dans un long papier sur Fakir, il soulignait sa trajectoire à sa manière : «Etienne, tu voles d’émerveillements en indignations. C’est beau, en un sens, ça apporte de la naïveté, de la fraîcheur, de la hardiesse aussi. Mais ça comporte une part d’errance.»

Depuis, plusieurs collègues insoumis tirent la tronche. Notamment Clémentine Autain. «Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j’avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge-brun», a-t-elle tapoté sur les réseaux sociaux. D’autres élus LFI se grattent la tête en cachette. Ils évitent de sortir publiquement, pas question de paraître divisés face au «parti médiatique». Au risque de trinquer collectivement ? «C’est vrai que ce n’est pas toujours évident mais tout le monde sait que François a son style et qu’il parle très souvent en son nom», affirme un député.

Ces derniers mois, François Ruffin évite de répondre aux polémiques qui le concernent. Pas cette fois. «J’ai cité Chouard dans mon discours sur le RIC hier. Parce que, objectivement, quel nom revient sur les ronds-points : le sien. […] Ce qui n’ôte rien à nos désaccords, déjà signalés ici, avec force, avec clarté, il y a plusieurs années. Depuis, Chouard a mis fin à ses étranges liens. Alors, doit-on éternellement traiter les hommes en pestiférés ?» a-t-il argumenté sur Twitter.

Résultat : François Ruffin, après avoir assuré que la DGSI a enquêté sur lui et demandé la démission de Macron de manière étrange, crée une nouvelle polémique. Le député de la Somme, au-delà de sa personne, met en porte-à-faux les insoumis en marchant sur un fil brûlant, persuadé que le peuple est derrière lui, au risque de trébucher, et surtout de se perdre en route.

 Voir de plus:

Pour que les choses soient claires
Etienne Chouard
28 novembre 2014

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Voir encore:

Pour que les choses soient claires – suite
Etienne Chouard
29 Nov 2014

Quand on s’aperçoit qu’on se trompe, il faut se corriger.

Quand on s’aperçoit qu’on a trop corrigé, ou pas assez, il faut encore se corriger.
C’est un travail qui dure toute la vie.

Ça donne une trajectoire en zig-zag, qui peut suggérer une instabilité ou une fragilité, mais c’est plutôt le résultat d’une honnêteté, et il faut l’assumer : tout ce qui est vivant sur terre se trompe, et se trompe souvent ; et il faut donc s’adapter. Je ne prétends pas, comme les donneurs de leçon qui prétendent avoir définitivement tout compris mieux que tout le monde, avoir trouvé la vérité le premier et ensuite tenir un cap sûr et droit, déterminé à n’en pas changer. Si vous m’accompagnez, préparez-vous à zig-zaguer.

Sur le plan de la pression que je subis, ça devient raide, je vous prie de croire. Je suis là tout seul devant mon clavier, et vous êtes des milliers — des milliers ! — à parler, ou à crier, soit pour féliciter, soit pour condamner, soit pour exiger, soit pour renoncer, mais des milliers c’est inhumain, presque incompréhensible tellement c’est varié et animé de pensées argumentées, contrastées, violemment opposées. Essayer de tous vous contenter, c’est certainement devenir bientôt fou à lier. Je vais donc me retourner sur moi-même, c’est plus simple, et tâcher d’évaluer — isolé — ce que j’ai fait.

J’ai passé des jours et des nuits à préparer le billet d’hier, et il me semble équilibré. Sauf à la fin, où ma conclusion va trop loin, parce qu’elle est, je pense, exagérée. Il fallait exprimer — clairement, fortement — mon opposition farouche aux paroles dangereuses, et peut-être corriger le lien en lui ajoutant un commentaire explicite sur le risque d’escalade des racismes ; mais pas supprimer un lien, ce petit lien, avec toute une communauté (geste trop fort, symboliquement), même pour cause de très mauvaises paroles. En coupant complètement les ponts, je me rends moi-même coupable, précisément, du travers anti-politique que je condamne d’habitude.

Je vous rappelle quelle est ma position sur le racisme et sur « l’antiracisme » :

Je pense (et c’est précisément ce qu’on me reproche, si j’ai bien compris) que, pour servir à quelque chose d’utile, le mot « extrême droite » devrait servir à désigner les ennemis extrêmes du peuple et du bien commun, et PAS « les racistes » ; car les paroles racistes sont un fléau qu’on retrouve partout et elles sont plus une conséquence des problèmes sociaux qu’une cause. J’utilise l’expression paroles racistes car je refuse le mot « raciste » pour désigner une personne, comme si elle n’allait jamais changer d’avis, comme si sa nature c’était d’être raciste, comme si elle n’était plus humaine, inférieure politiquement… Je trouve cette façon de penser précisément… raciste, antipolitique.

La haine de la haine, c’est encore de la haine. En traitant quelqu’un de « raciste », avec haine (et… racisme), en enfermant l’adversaire (à vie) dans ses mauvaises paroles du moment, on s’interdit absolument, selon moi, d’améliorer la situation, aussi peu que ce soit : les accusés vont s’enferrer dans leurs mauvais discours et même se préparer à une guerre. Contre les paroles racistes, je ne vois pas d’autre issue que politique : la vision raciste du monde est une grave erreur d’analyse, une honte au regard de l’humanité, mais ça se démontre, ça ne s’impose pas.

N’oubliez pas que ceux qui ont aujourd’hui des paroles racistes sont des êtres humains. N’oubliez pas que, DONC, ils changent. Peut-être cette personne que vous détestez aujourd’hui (parce qu’elle pense et dit effectivement des horreurs) vous sauvera-t-elle la vie demain. Il ne faut jamais renoncer à l’action politique (qui n’est PAS la guerre sans merci des partis, misérable parodie d’action politique). Il vaut mieux chercher les causes premières du racisme que d’invectiver ceux qui sont aujourd’hui frappés de cette maladie (honteuse).

En plus, quand vous mettez toutes vos forces dans « l’antiracisme » (sic), vous ne mettez plus aucune force dans la lutte contre le capitalisme : contre les 1% « libéraux »-esclavagistes, ni contre leurs « élus » et leurs traîtrises. Donc, ces derniers doivent bien se frotter les mains de « l’antiracisme », ce « confusionnisme politique, sciemment organisé, intellectuellement structuré, qui vise à déplacer la vraie ligne de divergence démocratique majeure entre les héritiers possédants et les dépossédés »…

Et si l’expression extrême droite désigne simplement, comme je pense que nous devrions le décider, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment, et que les chiffons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite frénétiquement devant nous dans toutes nos discussions servent de LEURRES, qui nous distraient de l’essentiel et qui nous empêchent — littéralement — de penser et de progresser.

Hier, sans m’en apercevoir, je me suis rendu coupable moi-même de cet « antiracisme » qui fabrique une race des « racistes », sorte de sous-hommes à combattre en toute matière pour cause de péché impardonnable, de crime de la pensée : quand on repère une parole raciste, il faut la combattre, bien sûr, en dénoncer fortement le danger, la honte et l’inhumanité, mais pas couper les ponts avec les hommes, pas couper l’humanité en deux catégories (les purs : les non racistes, et les impurs : les racistes), sinon on n’arrivera jamais à faire société : il faut garder confiance dans la politique : les êtres humains peuvent changer, et il faut s’y atteler. Les exclure, c’est y renoncer.

Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer.

Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes.

Je suis désolé de vous mécontenter, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui ; ce ne sont pas les mêmes et je risque fort de tous vous énerver. Je vous demande de me pardonner. Je suis bouleversé, tout noué, mal au bide, comme percé par la violence des mille commentaires qui fusent de toute part chaque jour, comme si je devais ne jamais me tromper, ou comme si, pour m’être trompé, je devais maintenant expier. Vous tous, qui m’aimez ou qui me détestez, vous m’épuisez. Quelque temps, je vais m’éloigner.

Je fais ce que je peux, mais là, je n’en peux plus.

Étienne.

[Edit, 22h30 : j’ai supprimé carrément tous mes liens.]

Voir enfin:

Une mauvaise constitution
qui révèle un secret cancer de notre démocratie
Etienne Chouard
Marseille, le 17 juin 2005

Chers collègues et amis,

Après six mois de réflexion intense, se cristallise une argumentation autour du « traité constitutionnel », à partir de lui mais au-delà de lui, une argumentation qui n’est ni de droite ni de gauche, et qui montre un danger historique pour nous tous, au-dessus de la politique. Pour ces raisons, cette courte argumentation devrait intéresser les citoyens de tous bords.

Il y a six mois, en septembre 2004, j’étais, comme tout le monde, favorable à ce texte sans l’avoir lu, par principe, « pour avancer », même si je savais bien que les institutions étaient très imparfaites. Je ne voulais pas être de ceux qui freinent l’Europe. Je crois vraiment que l’immense majorité des Européens, au-delà des clivages gauche/droite, aiment cette belle idée d’une Europe unie, plus fraternelle, plus forte. C’est un rêve de paix, consensuel, très majoritaire.

Je n’avais pas lu le texte et je n’avais absolument pas le temps : trop de travail… Et puis l’Europe c’est loin, et puis avec tous ces hommes politiques, je me sentais protégé par le nombre : en cas de dérive, il allait bien y en avoir quelques-uns pour nous défendre… et je me dispensais de « faire de la politique », c’est-à-dire que je me dispensais de m’occuper de mes propres affaires.

Déjà des appels s’élevaient contre le traité, mais ils venaient des « extrêmes » de l’échiquier politique et pour cette simple raison, je ne commençais même pas à lire leurs arguments, restant en confiance dans le flot de l’avis du plus grand nombre sans vérifier par moi-même la force des idées en présence.

Et puis soudain, des appels sont venus de personnes non suspectes d’être antieuropéennes. J’ai alors lu leurs appels, sans souci des étiquettes, et j’ai trouvé les arguments très forts. Je me suis mis à lire, beaucoup, des livres entiers, de tous bords, Fabius, Strauss-Kahn, Giscard, Jennar, Fitoussi, Généreux, etc. et beaucoup plus d’articles des partisans du traité parce que je voulais être sûr de ne pas me tromper. Et plus je lis, plus je suis inquiet. Finalement, aujourd’hui, je ne pense plus qu’à ça, je ne dors presque plus, j’ai peur, simplement, de perdre l’essentiel : la protection contre l’arbitraire.

Je continue aujourd’hui à lire toutes les interventions, ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, je continue à chercher où est la faille dans mon raisonnement et le présent texte est un appel à réfléchir et à progresser : si vous sentez une faille, parlons-en, s’il vous plaît, tranquillement, honnêtement, c’est très important. Je peux me tromper, je cherche sincèrement à l’éviter, réfléchissons ensemble, si vous le voulez bien.

Je sens que c’est mon rôle de professeur de droit[1] d’en parler un peu plus que les autres, d’en parler à mes collègues, mais aussi à mes élèves, aussi aux journalistes. Je serais complice si je restais coi.

J’ai ainsi trouvé plus de dix raisons graves de s’opposer à ce texte dangereux, et encore dix autres raisons de rejeter un texte désagréable, pas fraternel du tout en réalité. Mais les cinq raisons les plus fortes, les plus convaincantes, celles qui traversent toutes les opinions politiques parce qu’elles remettent en cause carrément l’intérêt d’avoir une réflexion politique, me sont apparues tardivement car il faut beaucoup travailler pour les mettre en évidence. Ce sont ces raisons-là, les cinq plus importantes, sur lesquelles je voudrais attirer votre attention et solliciter votre avis pour que nous en parlions ensemble, puisque les journalistes nous privent de débats publics.

Dans cette affaire d’État, les fondements du droit constitutionnel sont malmenés, ce qui rappelle au premier plan cinq principes traditionnels conçus pour protéger les citoyens.

  1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.
  2. Une Constitution n’impose pas une politique ou une autre : ce texte-là est partisan.
  3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.
  4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là n’organise pas un vrai contrôle des pouvoirs ni une réelle séparation des pouvoirs.
  5. Une Constitution n’est pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.

Préalable : Constitution ou traité ?

Quelle est la juste qualification de ce projet ?

Il faut rappeler ce qu’est une Constitution et pourquoi on entoure son élaboration de précautions particulières.

Une Constitution est un pacte passé entre les hommes et leurs gouvernants. C’est parce qu’ils ont signé ce pacte que les hommes acceptent d’obéir aux lois. C’est par ce pacte que l’autorité trouve sa légitimité. Ce pacte doit protéger les hommes contre l’injustice et l’arbitraire. Les principes dont on va parler servent à garantir que le pacte joue son rôle protecteur et que les hommes pourront le contrôler.

Le projet de Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) est exécutoire sans limitation de durée[2], il s’impose sur presque tous les sujets essentiels à la vie des gens[3], sa force juridique est supérieure à toutes nos normes nationales (règlements, lois, Constitution)[4], il met en place les grands pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et il en règle les équilibres.

Le projet de TCE est donc, par nature, une Constitution, il fixe « le droit du droit ».

Les débats en cours montrent que ce préalable est au centre des réfutations. Je renforce donc mon affirmation par une citation d’Olivier Gohin, professeur à l’Université de Paris II : « Le nouveau Traité est une véritable Constitution dès lors qu’elle correspond à la définition matérielle de toute constitution : organisation des pouvoirs publics et garantie des libertés fondamentales, avec identification d’un pouvoir constituant (…) la nouvelle Union européenne réunit, dès à présent, les éléments nécessaires de la définition de l’État »[5].

De plus, la primauté du droit européen, même d’un simple règlement, sur l’ensemble du droit des États membres, même sur leur Constitution, est fortement démontrée par plusieurs professeurs d’Université qui tempêtent évidemment contre ce séisme juridique sciemment sous-évalué par le Conseil Constitutionnel (voir les textes de Frédéric Rouvillois et Armel Pécheul, note 4)

Le plus important n’est donc pas, à mon avis, la qualification que les auteurs ont eux-mêmes donnée à leur texte, puisque les principes dont on va parler servent à protéger les citoyens contre des institutions dangereuses : tout texte fondamental qui définit ou modifie les pouvoirs des institutions devrait donc respecter ces principes, quelle que soit sa dénomination officielle.

Est-ce que ce texte à vocation constitutionnelle, donc, offre les garanties qu’on peut en attendre ?[6]

Premier principe de droit constitutionnel : une Constitution est un texte lisible.

Une constitution doit être acceptée, directement, par le peuple qui s’y soumet.

Pour que cette acceptation ait un sens, il faut que le texte soit lisible par le peuple, celui qui va signer (et pas seulement par des experts).

De ce point de vue, le « traité constitutionnel » est long et complexe[7] : 485 pages A4, soit presque une ramette (dans la version compacte actuellement disponible sur le site http://www.constitution-europeenne.fr).

Cette longueur, unique au monde pour une Constitution, se double d’une multiplicité de renvois qui la rendent simplement illisible pour les citoyens de base.

Certains points importants comme la définition des SIEG n’apparaissent pas dans le texte[8].

Des contradictions apparaissent même entre des parties éloignées[9].

Pour illustrer encore la difficulté de lecture de ce texte, on doit relever également, et c’est grave, l’absence de liste des domaines dans lesquels chaque institution peut créer le droit. Ainsi, on ne trouve nulle part (et on peut donc parfaitement ignorer qu’existe) la liste des domaines où le Parlement européen est complètement tenu à l’écart du droit de légiférer (ce n’est pourtant ni banal, ni anodin). Pour connaître cette répartition, il faut scruter les centaines d’articles un à un, en espérant de ne pas en avoir oublié (voir plus loin). Est-ce qu’on peut parler de lisibilité ?

D’autres articles importants, comme l’article I-33 qui institue les « actes non législatifs » (règlements et décisions) qui permettent à une Commission (non élue) de créer sans contrôle parlementaire des normes aussi contraignantes que des lois[10], ne sont pas suivis d’une liste contrôlable.

Cette longueur et cette complexité interdisent la critique pour le commun des mortels[11].

Les 75% d’Espagnols votants qui ont approuvé ce texte, comme les 60% qui se sont abstenus, ne l’ont probablement pas lu : ni les ministres, ni les parlementaires, ni les professeurs, ni les journalistes, ni les citoyens, qui ont tous autre chose à faire : qui a le temps matériel de lire 500 pages A4 ? Il suffit de se poser la question pour soi-même : ce n’est pas différent pour les autres.

Ces citoyens prennent ainsi le risque majeur, pour eux, mais aussi pour leurs enfants et leurs petits-enfants, de découvrir trop tard ce qu’ils ne pourront plus changer.

Il faut évidemment lire et comprendre ce que l’on signe.   Ou bien, on refuse de signer.

Même s’il était simple (et il ne l’est pas), un texte aussi long ne permet pas de le juger avec discernement.

Et pourtant, il faut bien avoir un avis. Comment faire pour avoir un avis sur un texte qu’on ne peut pas lire ? En s’alignant sur « les autres », on se rassure, comme les moutons de Panurge.

Cette longueur est, par elle-même, non démocratique : le débat est réservé aux experts.

Une Constitution est la loi fondamentale, elle est « le droit du droit », elle doit pouvoir être lue par tous, pour être approuvée ou rejetée en connaissance de cause.

Deuxième   principe de droit constitutionnel : une Constitution n’impose pas une politique ou une autre, elle permet le débat politique sans en imposer l’issue

Une Constitution démocratique n’est pas de droite ou de gauche, elle n’est pas socialiste ou libérale, une Constitution n’est pas partisane : elle rend possible le débat politique, elle est au-dessus du débat politique.

À l’inverse, le TCE, en plus de fixer la règle du jeu politique, voudrait fixer le jeu lui-même !

En imposant dans toutes ses parties[12] (I, II et surtout III) des contraintes et références libérales, ce texte n’est pas neutre politiquement : il impose pour longtemps des choix de politique économique qui devraient évidemment dépendre du débat politique quotidien, variable selon la conjoncture. C’est une sorte de hold-up sur l’alternance des politiques économiques.

Notamment, ce texte confirme pour longtemps que l’Europe se prive elle-même des trois principaux leviers économiques qui permettent à tous les États du monde de gouverner :

Pas de politique monétaire : nous sommes les seuls au monde à avoir rendu notre banque centrale totalement indépendante, avec en plus, comme mission principale, constitutionnelle, intangible, la lutte contre l’inflation et pas l’emploi ou la croissance[13]. Aucun moyen n’est accordé aux pouvoirs politiques pour modifier ces missions. On sait pourtant que les politiques anti-inflation­nistes se paient en chômage[14], par un effet presque mécanique. (bien lire la note 14)

Pas de politique budgétaire : le pacte de stabilité[15] enferme les États dans une rigueur budgétaire qui est certes une politique possible, mais qui ne doit pas être la seule ad vitam aeternam. Aucune relance de type Keynésien (grands travaux) n’est plus possible.

Pas de politique industrielle : l’interdiction de toute entrave à la concurrence[16] emporte avec elle l’interdiction d’aider certains acteurs nationaux en difficulté ou fragiles.

C’est une politique de l’impuissance économique décrite par l’économiste Jean-Paul Fitoussi[17] qui est ainsi institutionnalisée, imposée pour longtemps.

À ce sujet, il faut lire la passionnante synthèse de douze économistes contre le TCE[18].

Le projet de TCE infantilise les citoyens d’Europe : il nous prive tous de l’intérêt de réfléchir à des alternatives. À quoi bon continuer le débat politique, en effet, puisque toute alternative réelle est expressément interdite dans le texte suprême ?

Concrètement, si demain, une majorité européenne voulait changer de direction et repasser à un mode d’organisation non marchand, plus solidaire, elle ne le pourrait pas : il faudrait l’unanimité.

Mise à part la constitution soviétique (qui imposait, elle aussi, une politique, le collectivisme), cette constitution partisane serait un cas unique au monde.

Troisième principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est révisable

Tous les peuples du monde vivant en démocratie peuvent réviser leur pacte de gouvernement.

Le projet de TCE est beaucoup trop difficilement révisable[19] : pour changer une virgule à ce texte, il faut d’abord l’unanimité des gouvernements pour tomber d’accord sur un projet de révision, puis il faut l’unanimité des peuples (parlements ou référendums) pour le ratifier (cela s’appelle la procédure de révision ordinaire).

Avec 25 États, cette procédure de double unanimité est une vraie garantie d’intangibilité pour les partisans de l’immobilisme. Ce texte semble pétrifié dès sa naissance.

Concrètement, si une large majorité d’Européens souhaitent modifier leur loi fondamentale, ils ne le pourront pas. C’est ça qui est choquant, inquiétant.

C’est inacceptable pour une Constitution[20] et ce serait, là encore, un cas unique au monde.

On me répond en mettant en avant le mot « traité » pour prétendre que l’unanimité est normale (ce qui est vrai en matière de traités), mais ça ne tient pas : ce texte, à l’évidence, joue le rôle d’une constitution et l’oxymore « Traité constitutionnel » (assemblage de mots contradictoires) conduit, en jouant sur les mots, à créer une norme suprême trop rigide, trop difficile à réviser.

Curieusement, cette rigidité excessive avoisine une souplesse étonnante à l’occasion d’une autre procédure qui, elle, ne requiert pas l’accord direct des peuples : la procédure de révision simplifiée[21] autorise un des organes de l’Union (le Conseil des ministres) à modifier de sa propre initiative l’un des éléments clefs de la Constitution qui conditionne le degré de souveraineté conservé par les États membres dans tel ou tel domaine (puisque le passage à la majorité fait perdre à tous le droit de blocage)[22].   Ça, c’est grave : cette Constitution est à géométrie variable, mais sans l’aval direct des peuples à chaque variation.

Par ailleurs, pour l’entrée d’un nouvel État dans l’UE, la règle de l’unanimité est une protection, mais ce n’est pas l’unanimité des peuples consultés par référendum qui est requise : c’est d’abord l’unanimité des 25 représentants des gouvernements (dont beaucoup ne sont pas élus, et dont aucun ne l’est avec le mandat de décider sur ce point important), puis l’unanimité des États selon leur procédure nationale de ratification[23]. Seuls les pays qui ont une procédure référendaire, et la France en fait partie, verront donc leur peuple directement consulté.

On dirait vraiment que la volonté des peuples compte peu pour ceux qui les gouvernent.

Quatrième  principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique garantit contre l’arbi­traire en assurant à la fois la séparation des pouvoirs et le contrôle des pouvoirs

L’esprit des lois décrit par Montesquieu est sans doute la meilleure idée de toute l’histoire de l’Humanité : tous les pouvoirs tendent naturellement, mécaniquement, à l’abus de pouvoir. Il est donc essentiel, pour protéger les humains contre la tyrannie, d’abord de séparer les pouvoirs, et ensuite d’organiser le contrôle des pouvoirs : pas de confusion des pouvoirs, et pas de pouvoir sans contre-pouvoirs.

Ainsi le peuple dit : « Toi, le Parlement, tu fais les lois, mais tu ne les exécutes pas. Et toi, le Gouvernement, tu exécutes les lois, mais tu ne peux pas les écrire toi-même. » Ainsi, aucun pouvoir n’a, à lui seul, les moyens d’imposer sa volonté.   Ceci est essentiel.

« D’autre part, si l’un des pouvoirs estime que l’autre a un comportement inacceptable, il peut le révoquer : l’assemblée peut renverser le gouvernement, et le gouvernement peut dissoudre l’assemblée. Dans les deux cas, on en appelle alors à l’arbitrage (élection) du peuple qui doit rester la source unique de tous les pouvoirs. » Il faut que chaque pouvoir ait à rendre des comptes et se sache contrôlé à tout moment.     Ceci est également essentiel.

C’est peut-être ça, la meilleure idée du monde, celle qui libère de la crainte d’un despote.

Même dans le cadre moderne d’une union d’États, on ne voit pas pourquoi ces principes protecteurs de bons sens auraient perdu leur valeur.

L’équilibre entre les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) est cependant difficile à trouver.

Le pouvoir législatif tire une forte légitimité du suffrage universel direct et il est tentant de le rendre plus fort que les autres. Mais une assemblée, même légitime, peut tout à fait devenir tyrannique car le mécanisme de l’élection ne tient absolument pas lieu de contre-pouvoir. Par ailleurs, une assemblée n’est pas nécessairement le meilleur lieu pour décider : des effets de foule ou une certaine dilution de la responsabilité individuelle au moment de décider collectivement peuvent conduire à des excès[24].

C’est pourquoi on prévoit souvent des limites au pouvoir parlementaire malgré la souveraineté qu‘il incarne : on prévoit ainsi souvent deux chambres (système bicaméral) pour que l’une tempère l’autre : en France, c’est le Sénat, élu lui aussi, mais plus âgé, qui joue ce rôle modérateur de l’Assemblée Nationale, modérateur mais sans risque de blocage (en cas de désaccord, c’est l’Assemblée nationale qui a le dernier mot).

Souvent, on prévoit une autre limite importante au pouvoir législatif : il faut pouvoir dissoudre l’assemblée, toujours dans cette optique essentielle des contre-pouvoirs qui responsabilisent les acteurs publics.

Dans le cadre de ces limites (deux chambres et menace de dissolution), le Parlement devrait jouer un vrai rôle législatif, avec l’initiative des lois, la possibilité d’amender les textes dans tous les domaines, un vrai rôle dans la fixation des impôts (c’est un de ses rôles primitifs essentiels : contrôler le poids des prélèvements opérés par l’autorité publique)…

Ce n’est pas exactement ce qui est prévu dans le projet de TCE : le Parlement n’a pas du tout l’initiative des lois[25], ce qui est déjà inacceptable, et son rôle dans le vote du budget, quoique augmenté, reste limité, et surtout il est exclu de la délibération des lois dans certains domaines, réservés au Conseil des Ministres (procédures législatives spéciales[26]).

En fait, c’est peut-être plus grave : j’ai longtemps concentré mon attention sur les lois (actes législatifs), et je suis en train de découvrir avec étonnement les « décisions », (art. I-33, I-35), « actes non législatifs » bien distincts des simples règlements. Il n’y a rien à redire au règlement qui est un texte d’application, comme les décrets et arrêtés en France, qui justifie un pouvoir normatif limité traditionnellement conféré à l’exécutif pour fixer rapidement les simples modalités pratiques de l’applica­tion des lois. Mais les « décisions » sont différentes, elles sont décrites à part[27].

Les « décisions » semblent aussi contraignantes que les lois, elles peuvent avoir une portée générale, mais semblent plus faciles à créer que les lois, moins contrôlées (probablement par la CJE mais pas par une discussion parlementaire). En lisant le texte du TCE, je cherche : qui peut prendre ces « décisions » qui ressemblent à des « lois sans Parlement » ? Le Conseil européen (entre chefs d’États et de gouvernements), le Conseil des ministres et la Commission (tous membres de l’exécutif, au niveau national ou européen, et souvent non élus), et… la BCE. La BCE a le pouvoir de prendre seule des « décisions ». Et qui la contrôle, cette banque centrale ? Quels sont les garde-fous qui existent autour de ces normes élaborées sans discussion parlementaire ?

Il nous reste à faire ensemble l’inventaire (puisque la liste ne nous est pas fournie) des articles du TCE qui permettent (pour l’instant) de produire ainsi des « lois sans parlement » (procédure législative spéciale et actes non législatifs à portée générale). À suivre…

On nous présente donc un « triangle » composé du Parlement qui représente les peuples, du Conseil des Ministres qui représente les États et de la Commission qui représente l’intérêt général (sic).

La Commission est principalement l’émanation du Conseil[28] qui en nomme les membres avec un droit de regard du Parlement qui « élit » même son Président (sur proposition du Conseil). La commission est totalement indépendante, elle ne doit recevoir de consignes de personne, mais elle peut quand même être révoquée par le Parlement à travers une motion de censure et chacun des commissaires peut être « démissionné » par le Président de la Commission.

C’est la Commission qui est en charge de la préparation technique du droit et qui soumet ses propositions au Conseil des Ministres et au Parlement, présentés comme deux organes législatifs.

On présente donc le Conseil des Ministres comme une « chambre haute » qui jouerait le rôle du Sénat, mais c’est inacceptable : d’abord, les ministres ne sont pas élus, mais surtout, ils détiennent dans leur pays le pouvoir exécutif, c’est-à-dire qu’il maîtrisent la force publique qui leur permettra, en rentrant au pays, d’appliquer les règles qu’ils ont eux-mêmes élaborées.

Ce sont donc les mêmes personnes qui créent le droit au niveau européen et qui l’appliquent au niveau national (une fois transposé) : il y a donc ici une évidente confusion des pouvoirs.
Le Conseil des M. est un organe clairement lié à l’exécutif à qui on a confié un rôle législatif.

Avec la non séparation des pouvoirs, c’est un important rempart contre l’arbitraire qui nous échappe. Même si c’est sur un nombre limité de sujets (21 ? qui sait ?), c’est dangereux.

Laurent Lemasson, dans l’article précité[29], fait remarquer, lui, que le Parlement est composé d’une seule chambre, et que le Parlement est irresponsable : personne ne peut le dissoudre. On a vu qu’il est privé de l’initiative des lois, mais il peut révoquer la Commission qui dispose de cette initiative, ce qui donne au Parlement un certain ascendant sur elle pour « suggérer » des propositions. L. Lemasson voit dans cette organisation des pouvoirs un risque de régime d’assemblée (une sorte de tyrannie parlementaire). Cette crainte est sans doute exagérée car la censure n’est possible qu’aux deux tiers des suffrages exprimés et surtout seulement sur la gestion de la Commission, ce qui semble bien exclure la censure politique[30].

On peut concevoir la codécision positivement, comme un contre-pouvoir dans les deux sens : ainsi, le Parlement ne peut pas abuser de son pouvoir, et le Conseil des Ministres non plus. Mais on aurait trouvé plus démocratique un système bicaméral qui mette en jeu, par exemple, une Assemblée des Parlements nationaux ou une Assemblée des Régions, plutôt qu’une « Assemblée des Ministres ».

En plus, cette codécision disparaît quand le Parlement est carrément mis à l’écart d’une série de sujets où les Conseils, la Commission et la BCE créent le droit seuls (comme par hasard ce sont des domaines économiques importants) (Art. III-130-3 : marché intérieur et Art. III-163 et III-165 : règles de la concurrence). Alors ça, c’est choquant parce que, sur ces sujets, il n’y a presque plus de contre-pouvoir : la Commission (qui garde souvent l’initiative) peut-elle être considérée comme une vraie force capable de s’interposer en cas de dérive arbitraire des Conseils (dont elle est si proche) ?

Il semble donc y avoir un vrai problème démocratique dans tous les domaines enlevés au Parlement : ni séparation, ni contrôle. La liste de ces sujets interdits n’existe nulle part, et cette exclusion du Parlement de certains domaines n’est même jamais formulée clairement.[31]

Là où le contrôle des pouvoirs n’existe pas, c’est encore un rempart essentiel contre l’arbitraire qui va nous manquer.

Pour un citoyen qui débarque là sans avoir été conditionné psychologiquement au préalable, c’est choquant. Mais peut-être que je me trompe. Peut-on m’expliquer cet étrange « équilibre » des pouvoirs ? Pour qui a-t-on écrit ce texte ?

En tant que citoyen, on aimerait qu’on nous explique pourquoi cette exclusion existe, sur quels critères on a choisi ces sujets interdits, et pourquoi aucune liste explicite (et donc critiquable) n’a été formulée.

On aimerait aussi savoir qui est réellement responsable de ses actes dans cette organisation européenne, car enfin :

Le parlement n’est responsable devant personne (en dehors des élections dont on a déjà dit qu’elles ne peuvent pas tenir lieu de contre-pouvoir) car il n’y a pas de procédure de dissolution.

Le Conseil européen n’est responsable devant personne au niveau européen (et il faut s’en remettre à la lointaine responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait qu’il soit évidemment difficile d’organiser cette responsabilité, puisqu’il s’agit des chefs d’État, ne suffit pas à nous rassurer car le résultat est quand même une irresponsabilité au niveau fédéral.

Le Conseil des Ministres n’est responsable devant personne au niveau européen (et il faut encore s’en remettre à la responsabilité nationale pour mettre en cause ses membres un par un). Le fait qu’il soit, là aussi, évidemment difficile d’organiser cette responsabilité, puisqu’il s’agit des ministres dépositaires d’une autre souveraineté populaire que celle de l’Europe, ne suffit pas à rassurer non plus car le résultat est quand même une irresponsabilité là où sont prises les décisions.
Sans compter que la mise en œuvre de cette responsabilité paraît aussi compliquée qu’illusoire.

La Cour Européenne de Justice (CJE), non élue, dont les juges dépendent directement des exécutifs qui les nomment (ça c’est fou), est aussi hors de contrôle (parlementaire ou citoyen), (c’est souvent le cas mais avec des juges vraiment indépendants) et sans recours, malgré les pouvoirs immenses dont elle est dotée à travers l’interprétation de tous les textes et l’arbitrage de tous les litiges.   Démocratiques, ces institutions ?   (À lire : [32]).

La Banque Centrale Européenne (BCE), non élue, rigoureusement indépendante des pouvoirs publics, est également hors de contrôle, donc irresponsable, malgré l’influence considérable de ses décisions sur la vie quotidienne des 450 millions d’européens (voir plus haut).

C’est quand même consternant cette impression d’irresponsabilité générale, non ?
Est-il si urgent de signer un texte pareil ?

La commission, finalement, est la seule qui risque quelque chose[33] : la censure globale par le Parlement, d’une part, (mais seulement aux 2/3 ce qui est beaucoup, et seulement pour sa « gestion », ce qui rend peut-être la censure théorique), et d’autre part la démission individuelle d’un commissaire qui peut être exigée par le Président de la Commission.

Mais la Commission est-elle réellement le siège du pouvoir ? Là-dessus, les avis sont partagés, mais compte tenu du tableau d’ensemble, j’aurais tendance à penser comme Yves Salesse[34] que le vrai pouvoir est détenu par le Conseil des Ministres (irresponsable) et que la Commission fait écran, une sorte de « fusible politique », un bouc émissaire commode qui permet aux ministres de créer le droit tout en disant « C’est pas moi, c’est elle, et je n’y peux rien, je ne peux pas la forcer : elle est indépendante… ».

La Commission est cependant un lieu de pouvoir important. Exemple : le commissaire chargé du commerce international, par le mandat qu’il a reçu une fois pour toutes, est le représentant unique de l’Union dans toutes les négociations internationales (OMC et autres). À lui seul, cet homme concentre donc un pouvoir vertigineux. C’est à ce titre qu’il négocie l’AGCS (Accord général sur les services, gigantesque projet de dérégulation[35], version mondiale de la directive Bolkestein) au nom de tous les Européens, mais dans le plus grand secret : il ne rend aucun compte au Parlement des négociations qu’il mène sur un accord qui va pourtant profondément changer la vie de tous les Européens, et le Parlement ne peut pas lui imposer de rendre des comptes[36].

On peut donc déjà observer des signes tangibles d’une dérive de type tyrannique. Et le « traité constitutionnel » verrouille pour longtemps un déséquilibre institutionnel qui le permet.

La commission peut être censurée par le Parlement, mais seulement à la majorité des deux tiers, ce qui signifie que la Commission peut gouverner 450 millions de personnes avec l’accord d’un tiers seulement du Parlement.

Même le mode de scrutin (par liste) garantit aux leaders des partis leur place au Parlement sans aucun risque, ce qui rend plus théorique la responsabilité de ces élus au moment des élections.

Tous ces pouvoirs sans contrôle réel, cette irresponsabilité générale… Où est la démocratie ?
Où sont les garde-fous contre l’arbitraire ?

Il paraît que, depuis vingt ans, les manuels scolaires des étudiants en sciences politiques appellent ça pudiquement le « déficit démocratique » de l’UE. Un terme bien anodin pour désigner en fait un abandon des peuples, trop confiants en ceux qu’ils ont désignés pour les défendre.

Il me semble que toutes les conversations des citoyens de base devraient en ce moment analyser point par point ce recul de la démocratie : dans les institutions européennes, les organes de l’Union semblent être presque tous irresponsables, la volonté des peuples semble compter peu pour les gouvernants, et une certaine politique économique est imposée pour longtemps.

Comment les analystes et commentateurs peuvent-ils glisser là-dessus comme si c’était secondaire ? C’est l’Europe à tout prix ? N’importe quelle Europe ? Même non démocratique ?! On n’a pas le droit d’en parler sans être qualifié d’antieuropéen ?

L’argument selon lequel « c’est partout pareil » ne me rassure pas mais m’inquiète plus encore : pendant que la plupart des citoyens négligent la démocratie, hypnotisés par la pub, le foot et la télé, d’autres s’en occupent activement, et discrètement, on voit comment.

On nous dit : « ce texte est meilleur qu’avant, il faudrait être idiot pour refuser de progresser ». C’est masquer qu’avec ce texte, on ne ferait pas que progresser : on figerait, on bloquerait, on entérinerait, on renforcerait, on donnerait une caution populaire aux textes qui s’en sont dispensés jusque-là, (à l’exception de Maastricht pour la France), on voit pour quel résultat.

Même mieux qu’avant, le texte proposé est dangereux. Montesquieu se retourne dans sa tombe.

Triste paradoxe que ces peuples qui accepteraient eux-mêmes le recul de la démocratie, c’est-à-dire des différents remparts qui les protègent de l’injuste loi du plus fort.

On voudrait nous faire croire que tous ces défauts trouvent une juste compensation dans des avancées spectaculaires :

Par exemple, ceux qui claironnent la naissance d’un référendum d’initiative populaire à l’initiative d’un million de citoyens[37] n’ont pas bien lu : le traité ne définit qu’un triste droit de pétition sans aucune force contraignante pour la Commission qui n’est qu’invitée à réfléchir et qui peut parfaitement jeter la proposition à la poubelle sans même devoir se justifier[38].

Un lecteur vient de m’envoyer la Constitution du Venezuela. J’y ai trouvé des exemples académiques (vivants) de démocratie authentique : ainsi l’article 72 qui permet à 20 % des électeurs inscrits de demander, et à 25 % de provoquer, la révocation de n’importe quel élu et le rappel aux urnes. Il faut un certain courage politique et un réel souci démocratique, je trouve, pour exposer ainsi à tout moment son propre pouvoir à la censure citoyenne. L’instabilité est évitée car cette révocation d’initiative populaire n’est possible qu’après un demi mandat et une seule fois par mandat. Cette procédure a déjà fonctionné plusieurs fois sans semer le trouble. D’autres référendums d’initiative populaire sont également prévus pour créer ou supprimer des lois. On est bien loin, en Europe, d’une telle responsabilité politique des acteurs institutionnels, aussi bien au niveau national qu’au niveau de l’Union. L’article I-47.4 du TCE est bien affligeant.

De la même façon, les beaux principes généraux et généreux, répétés partout, sur toutes les radios, les télés, les journaux, tout au long des spots officiels, sont en fait en recul par rapport à notre droit actuel[39]. Par ailleurs, leur force contraignante est extrêmement controversée parmi les plus grands juristes, qui expriment les plus vifs désaccords sur ce point[40].

Partout, ce texte est en trompe-l’œil et masque une maladie mortelle de la démocratie : progressivement et subrepticement, en affirmant le contraire sans vergogne, les exécutifs nationaux, de droite comme de gauche, à l’occasion de la naissance de l’Europe, sont en train, en cinquante ans, de s’affranchir du contrôle parlementaire là où ils en ont le plus besoin (en matière économique), et d’une façon plus générale de toute responsabilité réelle de la plupart de leurs décisions politiques.

Cinquième  principe de droit constitutionnel : une Constitution démocratique est forcément établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place

Une Constitution n’est pas octroyée au peuple par les puissants. Elle est définie par le peuple lui-même, ou par des représentants choisis pour cette tâche précise, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants.

À l’inverse, les institutions européennes ont été écrites (depuis cinquante ans) par les hommes politiques au pouvoir qui sont donc évidemment juges et parties : de droite comme de gauche, en fixant eux-mêmes les contraintes qui allaient les gêner tous les jours, ces responsables ont été conduits, c’est humain mais c’est aussi prévisible, à une dangereuse partialité.

C’est, là encore, un cas unique au monde, pour une démocratie.

Et on observe les résultats comme une caricature de ce qu’il faut éviter : un exécutif complètement libre de ses mouvements sur des sujets économiques choisis, presque tous les organes de l’Union irresponsables à leur niveau de décision, une apparence de démocratie avec des trompe-l’œil partout, de petits progrès montés en épingle, mais un recul réel des garanties contre l’arbitraire.

La seule voie crédible pour créer un texte fondamental équilibré et protecteur est une assemblée constituante, indépendante des pouvoirs en place, élue pour élaborer une Constitution, rien que pour ça, révoquée après, et respectant une procédure très publique et très contradictoire[41] (en droit, le mot « contradictoire » signifie que les points de vue opposés doivent pouvoir s’exprimer totalement).

C’est aux citoyens d’imposer cette procédure si les responsables politiques tentent de s’en affranchir.

La composition assez variée et riche en personnalités de grande valeur de la Convention Giscard n’est pas un argument satisfaisant : on reste à mille lieues d’une assemblée Constituante : ses membres n’ont pas été élus avec ce mandat, ses membres n’étaient pas tous indépendants des pouvoirs en place, et surtout ses membres n’avaient pas les pouvoirs pour écrire un nouveau texte, équilibré et démocratique : ils ne pouvaient que valider, compiler (et légèrement modifier) les textes antérieurs écrits par des acteurs à la fois juges et parties[42].

De plus, la réécriture du texte, encore par les gouvernants au pouvoir, pendant une année après que la Convention a rendu sa proposition, est encore une énormité d’un point de vue constitutionnel[43].   Ce n’est pas au pouvoir en place d’écrire le droit du droit. L’État n’est pas le peuple.

En établissant une Constitution par voie de traité, procédure beaucoup moins contraignante qu’une lourde assemblée constituante, (publique, longuement contradictoire et validée directement par le peuple), les parlements et gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait comme s’ils étaient propriétaires de la souveraineté populaire, et ce traité, comme les précédents, peut s’analyser comme un abus de pouvoir : nos élus, tout élus qu’ils sont, n’ont pas reçu le mandat d’abdiquer notre souveraineté. C’est au peuple, directement, de contrôler que les conditions de ce transfert, (à mon avis souhaitable pour construire une Europe forte et pacifiée), sont acceptables.

Je respecte profondément, bien sûr, tous les membres éminents de la Convention, mais je crois simplement qu’ils n’avaient pas mandat pour faire ce qu’ils ont fait.

On est d’ailleurs sidéré de voir de nombreux acteurs politiques de premier plan qui osent regretter tout haut que le TCE ait été soumis à référendum, en soulignant que tout ça aurait été moins compliqué et moins incertain avec le Parlement qui aurait voté ça comme un seul homme, sans même rien lire peut-être[44]Que valent les peuples pour nos élites ?

À propos, les nombreux gouvernements qui ont fait ratifier ce texte par leur Parlement national[45], plutôt que par leur peuple (référendum), signent une véritable forfaiture : les peuples de ces pays sont ainsi privés à la fois du débat et de l’expression directe qui leur aurait permis de résister au recul démocratique qui les expose à l’arbitraire.

Quel moyen reste-t-il à ces citoyens pour résister à cette confiscation de leur souveraineté ?[46]
Il y a une solution plus pacifique que l’émeute : un Non ferme et résolu du peuple français.

Ce mépris des peuples et de leurs choix réels est très révélateur du danger qui grandit dans la plus grande discrétion : nos élites, de droite comme de gauche, se méfient de la démocratie et nous en privent délibérément, progressivement et insidieusement.

Conclusion

Le TCE paraît donc dangereux à plusieurs titres. Que m’a-t-on répondu pour l’instant ?
(Pardon pour les arguments encore oubliés, mais c’est un travail immense de compiler tout ça.)

Pour calmer mes craintes, on me parle de progrès, mais à la vérité tout est dans la référence qu’on prend pour évaluer le progrès : car en effet, si l’on prend la situation de Nice (que je tiens pour déplorable sur le plan démocratique), c’est effectivement « mieux », c’est un « progrès », et on comprend donc pourquoi on se réfère à ce texte pour nous vendre le TCE.

Mais si je me réfère à la démocratie nationale que je perds au profit de la « démocratie européenne » que je gagne, c’est objectivement un recul qu’on me demande d’entériner : recul sur la responsabilité des actes quotidiens de tous les pouvoirs, recul sur le contrôle du pouvoir exécutif sur ses (x) domaines réservés, recul sur les droits fondamentaux et surtout recul sur la politique économique imposée, très probablement cause du chômage endémique et de la croissance molle en Europe, et imposée clairement pour longtemps.

Or je rappelle que c’est la première fois en cinquante ans qu’on me demande mon avis : en tant que citoyen, je ne suis donc pas cosignataire de Nice, ni des traités précédents. À Maastricht, on m’interrogeait sur la monnaie et les contraintes économiques, si je me souviens bien, pas ou peu sur l’équilibre et le contrôle des pouvoirs. Et pour les contraintes économiques (les critères de convergence), on s’était bien promis de faire le bilan. A-t-on fait ce bilan ? A-t-on de bonnes raisons d’être satisfaits des performances économiques de ces institutions pourtant à vocation plus économique que politique ? Relire Fitoussi et Généreux.

Pourquoi n’aurais-je donc à juger que du petit différentiel qui sépare Nice du TCE ?

Pourquoi n’aurais-je pas mon mot à dire (« moi », citoyen de base, évidemment) sur l’ensemble de ce fantastique coup de force des exécutifs nationaux, depuis cinquante ans, sur le contrôle citoyen des politiques menées ?

Je ne vois pas pourquoi il faudrait que le texte soumis au vote soit artificiellement circonscrit aux quelque 50 articles nouveaux du TCE.

Quand je vois d’éminents experts prétendre qu’il n’y a que 60 pages à juger, 50 petits articles de rien du tout, prétendre que le reste existe déjà et se trouve donc hors du sujet, pas soumis au référendum, quand j’entends ça, je me dis, et j’ai l’impression que je ne suis pas tout à fait seul, qu’il est temps de se réveiller.

Si on refuse cette vue d’ensemble dont je parle, si cette période de cinquante ans est sacrée, promue intouchable, irréversible, si on impose Nice comme référence, alors, effectivement, le TCE est un « bon texte » puisqu' »on progresse« , mais il ne vous apparaît pas qu’il manque une petite partie de la démonstration ? qu’on nous impose ainsi de valider un chemin qui n’est pas bon ?

C’est vrai que c’est sans doute une erreur (pour ceux qui construisent cette Europe peu démocratique)  d’avoir qualifié le texte de Constitution (ils nous ont mis la puce à l’oreille), et une autre erreur d’avoir proposé le texte par référendum à ces râleurs arrogants que sont les français, mais pour nous, citoyens, j’ai bien l’impression que ces deux erreurs nous donnent une chance historique, celle de voir plus clairement le danger et d’enfin résister.

Il y a quand même un progrès incontestable dans ce traité… C’est la nouvelle possibilité qui est offerte de s’échapper du piège : Article I-60-1 : « Le retrait volontaire de l’Union Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. ». Ce droit actuellement n’existe pas, ce qui fait du rejet du texte un enfermement dans un autre piège, celui de Nice. C’est gai…

Finalement, ce « traité constitutionnel » est un révélateur qui met en lumière ce qui se décide sans nous depuis longtemps.

D’une certaine façon, le loup est sorti du bois et les citoyens peuvent enfin voir le danger, et résister.

Une des grandes erreurs, probablement, c’est de faire passer l’économique avant le politique, c’est de renoncer à la possibilité d’agir, c’est de s’en remettre aveuglément aux marchés, c’est de confier la barre aux économistes alors qu’ils devraient rester dans les soutes pour faire tourner le moteur (c’est Bernard Maris, dans son savoureux antimanuel d’économie, qui le suggère en souriant).

En prônant la liberté comme une valeur supérieure, au lieu de la fraternité, en institutionnalisant la compétition, la concurrence, au lieu de la collaboration et l’entraide, en l’imposant dans le texte suprême à travers le dogme de la concurrence absolue, et finalement une morale du « chacun pour soi et contre tous », en détruisant la régulation par l’État, gardien de l’intérêt général, pour instaurer la régulation par le marché, somme d’intérêts particuliers, les économistes néolibéraux s’en prennent aux fondements de la démocratie pour, tout compte fait, affranchir les principaux décideurs économiques de tout contrôle.

La dérégulation systématique menée en Europe (par ses institutions, par sa politique et par le verrou de la Constitution non révisable), et plus généralement sur la terre entière (OMC, AGCS, ADPIC) est un recul de la civilisation, un retour vers la barbarie de la loi du plus fort[47].

Par optimisme, par crédulité, par indifférence, les peuples modernes laissent s’affaiblir leur bien le plus précieux, très rare sur cette planète, celui qui conditionne leur sérénité quotidienne : les différentes protections contre l’arbitraire des hommes forts, depuis le cœur des entreprises (droits sociaux) jusqu’à la patrie (institutions démocratiques contrôlées et révocables).

La démocratie n’est pas éternelle, elle est même extrêmement fragile. En la croyant invulnérable, nous sommes en train de la laisser perdre.

Même après le refus de ce texte-là, il faudra se battre pour la garder, et continuer à militer pour imposer à nos représentants de construire une autre Europe, simplement démocratique.            Je n’ai pas d’alternative toute prête, peut-être d’autres en ont-ils.
Sinon, il faut l’imaginer et la construire.

Ce texte fondateur en trompe-l’œil est présenté aux citoyens à travers un débat lui aussi en trompe-l’œil[48].

De nombreux journalistes, en assimilant les opposants au texte à des opposants à l’Europe, font un amalgame malhonnête : la double égalité « Oui au traité=Oui à l’Europe, Non au traité=Non à l’Europe » est un mensonge insultant, une inversion de la réalité, un slogan trompeur jamais démontré, fait pour séduire ceux qui n’ont pas lu le traité et qui n’ont pas étudié les arguments, pourtant forts, de ceux qui s’opposent à ce traité précisément pour protéger la perspective d’une Europe démocratique.

Les journalistes sont un rempart essentiel, moderne, pour protéger la démocratie. Montesquieu ne pouvait pas prévoir l’importance capitale qu’ils allaient prendre, mais c’est certain : le pouvoir immense des journalistes mériterait lui-même un vrai contre-pouvoir (de ce point de vue, on peut sûrement se demander si on ne commet pas une grave erreur en laissant acheter et vendre les médias comme de simples marchandises) et leur responsabilité est ici historique.

Plus de 70% des temps de parole pour le Oui, moins de 30% pour le Non, tout un attirail qui ressemble à une propagande d’État, et ces questions bienveillantes quand on questionne un partisan du Oui, ces questions malveillantes quand on questionne un partisan du Non

Est-ce que ce projet est honnête pour nécessiter tant de ruses ?
Consulter le dossier très riche en détails : http://www.acrimed.org/article1950.html

C’est, pour l’instant, l’Internet qui est le média le plus démocratique, non censuré, le meilleur outil pour résister. Si ce message vous semble utile, diffusez-le vite dans vos propres réseaux et au-delà de l’Internet, sur papier.

Conseil aux partisans du TCE (je ne peux pas les aider, je n’ai pas trouvé moi-même les arguments qui leur manquent ;o) : pour rassurer ceux qui sentent un grand danger dans le TCE, c’est une mauvaise réponse de souligner ce qui est bon dans le TCE : ça ne suffit pas à rassurer, évidemment. On ne signe pas un texte s’il contient ne serait-ce qu’une seule ligne inacceptable, quand bien même il contiendrait par ailleurs monts et merveilles. Et ce traité comporte de nombreux points inacceptables.

Il faut donc plutôt démontrer qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter, par exemple que chaque organe de l’Union est pleinement responsable de ses actes (au-delà du simple mécanisme électoral) dans toutes les phases de création du droit, que les politiques économiques ne sont pas aussi encagées qu’il y paraît, que les volontés à venir des peuples européens ont toutes les garanties d’être respectées… Cette démonstration devra bien sûr s’appuyer sur le texte plutôt que sur des incantations ou des imprécations injurieuses.

Quant aux opposants au traité, ils ne convaincront vraiment ceux qui, pour l’instant, votent oui en se bouchant le nez faute de mieux (il y en a tant…) qu’en proposant une alternative crédible, une perspective plausible.

La masse des messages que je reçois tous les jours a une unité, une cohérence, une force : quel que soit le bord politique (et ça vient vraiment de partout), le sentiment général est fondamentalement proeuropéen et exigeant sur la démocratie et le respect de la volonté des peuples. Et il y a beaucoup d’humanité et de générosité dans ces messages (à part les affreux qui m’insultent, mais ils sont rares).

J’y vois un socle (ou un germe de socle) pour que les politiques professionnels se ressourcent, se regroupent différemment, modifient leurs programmes, et imaginent un projet pour l’après non, une vraie Europe pour les hommes, pas pour les États.

On a bien deux ou trois ans pour rallier nos frères européens et engager cet élan partout, n’est-ce pas ? Et si c’était les peuples d’Europe qui réclamaient fermement aux partis politiques cette refondation démocratique, en partant de la base, communiquant à travers le net pour se passer le mot sans forcément respecter les clivages des partis ? On peut rêver…

Je prends conscience, en effet, que ce sont les États (ou leur personnel politique ?) qui ne veulent pas de l’Europe et qui refusent les transferts de souveraineté.

Ne faut-il pas commencer par le commencement : demander aux 25 peuples s’ils veulent s’unir pour créer une République européenne ? Puis engager, seulement avec les pays qui le veulent, un vrai processus constituant, organisé par les pouvoirs en place mais indépendant d’eux ?

On peut y réfléchir, non ?

J’ai entendu à la radio, il y a quelques semaines, une phrase qui a fait mouche, qui depuis résonne sans cesse dans ma tête et qui me change.   Elle dit : on ne naît pas citoyen : on le devient.

Étienne Chouard, Trets (Marseille).
Texte mis à jour le 17 juin 2005.

Je répète ici que je n’ai absolument aucune autorité pour expliquer le droit communautaire que je découvre en ce moment, pas à pas (de surprise en surprise).

Post scriptum (3 & 12 avril 2005) :

Ce texte a un succès inattendu et il a déjà suscité des milliers de réactions. Des centaines de messages me parviennent chaque jour, presque toujours enthousiastes, parfois critiques, ce qui m’a permis de progresser. Certaines questions, des doutes aussi, reviennent dans les messages et je voudrais ici, d’un mot, y répondre pour anticiper les prochaines.

Je suis professeur de droit, d’économie et d’informatique, en BTS, dans un lycée de Marseille, j’ai 48 ans, quatre enfants, je n’appartiens à aucun parti, syndicat ou association. Dans ma vie, j’ai fait beaucoup plus de parapente que de politique où je suis vierge, un débutant absolu qui s’est « réveillé » il y a six mois, et où je ne ferai pas de vieux os (le vol libre est une drogue dure qui me rappellera vite à elle).

Je ne suis donc le « sous-marin » de personne (question marrante reçue récemment).

Je suis un simple citoyen, « de base »… :o)

J’ai reçu des propositions de publication sur des sites ou dans des revues que j’ai acceptées sans contrôler que la CIA ou le KGB n’agisse en sous-main. De nombreux sites ont déjà publié des liens vers ce texte, parfois sans m’en parler, et ils font bien.

Je voudrais anticiper sur les probables calomnies à venir, à base d’étiquetage politique hâtif en vue d’un discrédit facile. Je ne suis pas un homme politique, je n’aspire pas à le devenir, je ne prétends pas non plus être juriste pour imposer mon point de vue de façon prétentieuse mais pour expliquer ma démarche, d’ailleurs je ne suis pas vraiment juriste, j’ai surtout une formation de juriste, ce n’est, de toutes façons, pas important car je voudrais que le débat reste concentré sur le fond des problèmes sans dériver sur de stériles et parfois malveillantes querelles de personne ou procès d’intention dont les commentateurs politiques ont le secret

Ne me rendez pas non plus responsable de tout ce que devient ce document, de toutes les prévisibles récupérations et déformations. Chacun comprendra qu’il m’échappe et vit sa vie tout seul… :o)

Je ne cherche à manipuler personne : je me trompe peut-être dans mon analyse, j’attends simplement qu’on me le démontre et un débat respectueux est toujours fertile : « de la discussion jaillit la lumière » me disait mon père quand j’étais petit.

S’il vous plaît, fiez-vous surtout aux idées et arguments, abordez le débat comme si votre interlocuteur était de bonne foi, sans noires arrière-pensées, et ne vous laissez pas polluer l’analyse par des considérations parasites.

Ce débat important appartient au commun des mortels, c’est la beauté de la démocratie, ne le laissez pas confisquer par les experts. Lisez, réfléchissez et prenez la parole sans complexes   :o)

Ne me reprochez pas les erreurs éventuelles comme si j’étais malhonnête : elles sont prévisibles, prévues, et pas du tout définitives si on recherche sincèrement à identifier les vrais enjeux de ce traité : admettez que la tâche est rude avec ce texte complexe et sibyllin, et qu’on est beaucoup plus forts à plusieurs pour affiner une critique qui deviendra (peut-être) finalement irréfutable.      

Enfin, vous avez compris que ce texte évolue, s’améliore, au gré de vos contributions, il est donc daté. Pour le faire circuler, envoyez donc de préférence un lien vers le site, plutôt qu’un document pdf figé, pour être sûr que ce soit la version la plus récente qui circule.

J’exprime ici un chaud merci aux milliers de personnes qui, c’est émouvant je peux vous dire, m’ont exprimé leur enthousiasme depuis que j’ai lancé cet appel au débat comme on jette une bouteille à la mer. Je voulais un débat, je suis servi :o)

Merci aussi à tous ceux qui, profondément en désaccord avec mes analyses iconoclastes, m’ont écrit des mails splendides, très argumentés, respectueux et comprenant ma crainte sans pourtant la partager. Ces interlocuteurs de toutes origines me font beaucoup progresser, je change, j’essaie de leur répondre individuellement mais je n’y arrive plus comme je voudrais, je dois avoir 1 500 mails de retard (4 000 à la mi mai)…
Ne m’en veuillez pas, c’est juste impossible, vous êtes trop nombreux.

Merci à tous pour votre écoute attentive et bienveillante :o)

ÉC
BIBLIOGRAPHIE

Parmi les livres et articles que j’ai lu depuis six mois, tous profondément proeuropéens, certains aident particulièrement à se forger une opinion construite et solidement argumentée sur ce texte complexe, et plus généralement sur la construction européenne et la dérégulation mondiale :

  • Raoul Marc Jennar, docteur en sciences politiques, chercheur pour le compte de l’ONG OXFAM, « Europe, la trahison des élites», 280 pages, décembre 2004, Fayard : pour un réquisitoire rigoureux et passionnant. Une étude consternante des rouages européens et des dérives foncièrement antidémocratiques de cette Europe qui ment tout le temps. Comment la défense des intérêts privés des grands groupes a d’ores et déjà pris la place de celle de l’intérêt général. Les chapitres sur l’OMC, l’AGCS et l’ADPIC sont absolument é-di-fiants. Un livre essentiel, à lire d’urgence.
    Tous les journalistes, par exemple, devraient avoir lu ce livre.
  • Laurent Lemasson, diplômé de l’IEP de Paris, docteur en droit public et sciences politiques, chargé de cours à l’ESSEC, a écrit un article captivant « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », 15 déc. 2004 : une lectrice m’a envoyé cette référence il y a quelques jours et je pense que c’est l’analyse la plus finement argumentée, la plus pénétrante qu’il m’ait été donné de lire sur la question de l’équilibre et du contrôle des pouvoirs. À lire absolument, ça va vous passionner. C’est sur le site le d’institut Thomas More : http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24.
  • À 15 jours du scrutin, un jeune homme vient d’écrire un argumentaire, passionnant, serré, convaincant qui s’intitule « témoignage d’un revenu du oui, suivi d’un inventaire d’arguments inédits en faveur du Non », par Thibaud de La Hosseraye. C’est à http://www.ineditspourlenon.com/.
  • « Douze économistes contre le projet de constitution européenne », par Gilles Raveaud, docteur en économie et enseignant (Institut d’études européennes, Université Paris VIII, et onze autres : une analyse remarquable, très argumentée, du projet actuel de l’Union, plus économique que politique, à lire :
    http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2231 et http://econon.free.fr/index.html
  • Paul Alliès, « Une constitution contre la démocratie ? Portrait d’une Europe dépolitisée », 223 pages, mars 2005, Climats : ce professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier I rappelle d’abord les fondements de la démocratie, parmi lesquels un authentique processus constituant, et explique ensuite que le projet de TCE interdit à l’Europe de devenir une véritable puissance politique, sonne le glas d’un gouvernement économique et plus grave encore, d’un fonctionnement démocratique.
  • Stéphane Marchand, « L’Europe est mal partie », 361 pages, février 2005, Fayard : ce journaliste au Figaro a un style agréable à lire, il nous raconte l’Europe politique d’une façon vivante, il défend une Europe des cercles. Un livre optimiste malgré son titre, vraiment intéressant.
  • « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la constitution européenne », 182 pages, avril 2005, éd. XF de Guibert. Sous la direction d’Olivier Gohin et Armel Pécheul, préface de Jean Foyer, tous professeurs de l’Université : ce petit livre important regroupe les analyses de neuf jeunes constitutionnalistes universitaires et argumente de façon rigoureuse sur les vices rédhibitoires du TCE au regard de la démocratie. (rapport du colloque du 12 mars 2005, disponible sur commande, 3 rue JF Gerbillon 75006 PARIS).
  • Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, a écrit dans le Monde, le 11 mars 2005, un article qui résume bien l’essentiel : « Qui veut de la post-démocratie ? »: un article court (une page) et percutant : http://decrypt.politique.free.fr/constitution/lemonde.shtml.
  • Jean-Paul Fitoussi, économiste distingué, Professeur des Universités à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l’IEP de Paris, Président de l’OFCE et Secrétaire général de l’Association Internationale des Sciences Économiques, propose : « La Politique de l’impuissance», 160 pages, janvier 2005, Arléa : un passionnant petit livre d’entretiens avec Jean-Claude Guillebaud pour comprendre comment l’Europe abandonne sciemment la démocratie et renonce à l’intervention économique des États. En nous rappelant la chronologie des grandes décisions, on comprend quelle progression insensible nous a conduit là. Fitoussi est d’une rigueur étonnante, un grand personnage de l’analyse économique.
  • Raoul Marc Jennar, « Quand l’Union Européenne tue l’Europe», 40 pages, janvier 2005 : une brochure résumant un argumentaire serré contre le « traité constitutionnel ». Également un DVD où Jennar présente lui-même, de façon pédagogique, très posée, trois exposés sur l’AGCS, la directive Bolkestein et le traité On y sent très fortement la terrifiante cohérence qui relie ces textes. Documents importants disponibles sur www.urfig.org.
  • Jacques Généreux, économiste, professeur à Sciences Po, « Manuel critique du parfait Européen – Les bonnes raisons de dire « non » à la constitution », 165 pages, février 2005, Seuil : encore un excellent petit livre, très clair, vivant, incisif, très argumenté, avec une tonalité à la fois économique et très humaine.
    Encore un enthousiasmant plaidoyer pour une vraie Europe !
  • « Contre rapport – l’Europe des démocraties », par un groupe de conventionnels qui ont refusé de signer le projet de TCE, jugé comme « allant à l’encontre de tous les principes démocratiques », pour une série de raisons qui méritent d’être étudiées. Voir l’annexe III, pages 21 à 24:
    http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf
  • Dominique Strauss-Kahn, « Oui ! Lettre ouverte aux enfants d’Europe », 173 pages, oct. 2004, Grasset : un petit livre facile à lire qui défend bien les points forts du Traité, avec un style énergique, agréable à lire. Il tempête contre les opposants au traité en insistant sur les avancées qu’on perdrait avec un Non, mais il ne les rassure pas sur les points inacceptables du texte.
  • Laurent Fabius, « Une certaine idée de l’Europe », 125 pages, nov. 2004, Plon : un petit livre sans longueurs, agréable à lire, qui résume bien ce qui n’est pas acceptable et qui dédramatise le Non.
  • Yves Salesse, membre du Conseil d’État, « Manifeste pour une autre Europe », 120 pages, janvier 2005, Le Félin : un argumentaire précis, rigoureux, constructif. Agréable à lire et très instructif.
  • Yves Salesse a également rédigé un article plus court qui résume en 10 pages son analyse : « Dire non à la « constitution » européenne pour construire l’Europe »:
    http://www.fondation-copernic.org/Flash-septembre2004.pdf.
  • Un document passionnant de Raoul Marc Jennar, daté d’avril 2004, intitulé « Combien de temps encore Pascal Lamy ? »: on y comprend rapidement ce qu’est en fait « l’indépendance » de la Commission, l’incroyable perméabilité des commissaires aux pressions extérieures, on découvre l’imbuvable ADPIC (accord sur les droits de propriété intellectuelle) et ses implications en matière de médicaments, on y retrouve le révoltant AGCS (accord général sur le commerce des services). Il faut lire cet article important : http://politique.eu.org/archives/2004/04/11.html.
  • Un petit film d’une demi-heure résume de façon pédagogique les griefs contre le TCE recensés par Jennar, Salesse et Cassen : clip téléchargeable à http://www.fondation-copernic.org/
  • Valéry Giscard d’Estaing, « présente la Constitution pour l’Europe », 396 pages, sept. 2003, Albin Michel : l’introduction est intéressante car elle décrit les travaux de la Convention, les difficultés rencontrées, les choix effectués. Le plus gros du livre est le texte du TCE mais avec une ancienne numérotation.
  • Olivier Duhamel, « Pour l’Europe, le texte intégral de la Constitution expliqué et commenté », Seuil 2004: une explication de texte de première main, par un grand professeur de droit constitutionnel qui a participé à la Convention et à l’écriture du TCE.
  • Ces temps-ci, une source majeure d’information non censurée, très orientée politiquement (à gauche), mais absolument foisonnante, est le site portail rezo.net. J’y trouve chaque jour au moins un document intéressant.
  • Bernard Maris, « Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie», novembre 1999, Albin Michel : pour une démonstration de l’imposture de « l’indispensable guerre économique », avec un parallèle très convaincant avec la guerre de 1914 : comme d’habitude, la guerre n’est pas inévitable, et ceux qui poussent à faire la guerre ne sont pas ceux qui se battent et qui souffrent. Un bel appel à la désertion.
    À mettre en parallèle avec la religion de la concurrence (compétition) sans entrave, rabâchée par le « traité constitutionnel » qui, finalement, monte les États et les peuples les uns contre les autres, à coups de dumping social, fiscal, et environnemental.
  • Bernard Maris, « Anti-manuel d’économie », 355 pages, octobre 2003, Bréal : un livre important et savoureux pour comprendre l’ineptie du dogme de la religion du marché et de la concurrence. Un livre qui remet de la chair et du sang dans les théories économiques, qui fait l’éloge de la collaboration et de la gratuité. Passionnant, souvent drôle. Un livre formidable, à lire et à relire. Un économiste enthousiasmant.
  • Agnès Bertrand et Laurence Kalafatides, « OMC, le pouvoir invisible», 325 pages, juillet 2003, Fayard : un livre palpitant et éclairant pour comprendre les objectifs et les moyens de cette énorme machine à déréguler que sont le GATT puis l’OMC, outils de contrainte pour les États mais jamais pour les entreprises. Ce livre permet de ressentir fortement la parfaite cohérence qui existe entre les objectifs et les influences de l’OMC et ceux de la construction européenne actuelle. À lire en priorité.
  • Joseph E. Stiglitz, « La grande désillusion », 324 pages, sept. 2003, Fayard : un pavé dans la mare : un grand économiste libéral, patron de la banque mondiale, qui a travaillé avec les plus grands hommes de ce monde, et qui décrit en détail le dogmatisme aveugle et criminel des technocrates libéraux du FMI et ses conséquences sur les économies et les peuples. Un style soigné, 0% de matière grasse. Un grand bouquin, une référence. À lire en priorité.
  • Pour comprendre la logique d’ensemble de ce qui prend forme au niveau planétaire, il faut lire l’article à la fois terrifiant et lumineux de Lori M. Wallach, « Le nouveau manifeste du capitalisme mondial », dans Le Monde diplomatique de février 1998, à propos de l’Accord Multilatéral sur l’investissement (AMI), (une de ces « décisions Dracula », appelées ainsi parce qu’elles ne supportent pas la lumière, tellement elles sont évidemment inacceptables) : http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/WALLACH/10055.
    On y perçoit clairement, comme grâce à une caricature, la logique qui sous-tend de nombreux textes et accords essentiels en préparation aujourd’hui : AGCS, Construction européenne libérale, OMC, ADPIC, directive Bolkestein, etc. La parenté de tous ces textes devient évidente : un redoutable « air de famille ».
  • Serge Halimi, « Le grand bond en arrière, comment l’ordre libéral s’est imposé au monde », 618 pages, mars 2004, Fayard : un gros bouquin qui permet de comprendre comment on en est arrivé là. On retrouve cette cohérence d’ensemble, et on ne lit plus le TCE de la même façon après avoir lu Jennar et Halimi. On change. On a l’impression de se réveiller. Référence passionnante.
  • Robert Joumard et Christian Darlot, enfin, simples citoyens comme moi apparemment, ont fait la même démarche : ils ont beaucoup lu, digéré, résumé, rassemblé, organisé tout ça avec talent pour faire deux synthèses un peu longues, comme la mienne, mais vraiment très intéressantes.
    Deux documents très bien faits à : http://institut.fsu.fr/chantiers/europe/traite_constit/joumard.pdf et Liens.

Mise au point importante (21 avril 2005)

Je viens d’apprendre que des hommes politiques se font interpeller dans leurs meetings par des citoyens qui leur demandent : « Que répondez-vous à Étienne Chouard, prof de droit à Marseille qui dit (citation de Chouard) »

Je viens aussi de recevoir un fichier pdf carrément intitulé « Fac de droit Marseille », avec la version du 25 mars qui suit derrière ce titre inventé, cette première version qui contenait encore de gênantes erreurs (sur la Turquie et la durée du traité de Nice, notamment).

Je comprends mieux les messages furieux de quelques profs de fac qui crient à l’imposture.

Si ça tourne comme ça, ils ont raison, il ne faut pas du tout me lire comme si j’étais un spécialiste de droit international, il ne faut pas me présenter comme ça, c’est un malentendu : je n’ai rigoureusement aucune autorité pour dire le droit communautaire, et je commets, comme tout le monde en ce moment parce que le texte n’est pas simple, des erreurs.

Je précise dès mon introduction qu’il y a encore six mois, « comme tout le monde », je m’occupais peu de l’Europe et je ne connaissais donc pas grand-chose au droit communautaire. Je dis partout que je peux me tromper et que je cherche précisément à progresser. Il est paradoxal, et c’est vrai, dangereux pour la qualité de l’information de tous, que je passe après seulement 15 jours pour « le prof de fac de droit public qui fait autorité ».

Ce malentendu m’est imputable par le style que j’employais au début, mais ce document n’était pas destiné à la terre entière. L’enchaînement rapide des faits a, lui aussi, créé ce malentendu.

Il est essentiel de rétablir la réalité de mon message qui est en train d’aller, sans que j’y puisse grand-chose, bien au-delà de ce que j’imaginais au départ : voyez, pour me comprendre, la page Avertissement de mon site, que j’ai actualisée hier matin.

Les interpellations publiques devraient plutôt être ainsi formulées : « Que répondez-vous à Étienne Chouard, citoyen à Marseille qui dit (citation) ».

Je parle en citoyen. J’ai d’ailleurs retiré dans cette version de mon texte (trop tard, je le reconnais, je n’avais pas vu le problème) cette litanie « N’est-ce pas la mission des profs… ? ».

J’insiste : il y a en ce moment un grand débat qui s’amplifie entre citoyens, pour mieux décrypter ce texte complexe qui sera peut-être notre Constitution. Je vois tous les jours, à travers des centaines de messages, des gens qui découvrent aujourd’hui l’importance d’une Constitution dans leur vie quotidienne et qui se plongent dans le TCE.

Je trouve remarquable que les citoyens de base s’investissent autant dans le texte qui dit pour eux le droit du droit.

Je regrette que le temps nous manque pour mieux échanger entre nous.

S’il vous plaît, faites disparaître les anciennes versions de mon texte et discutons de bonne foi sur l’état actuel de nos réflexions respectives.

Notre échange me fait vraiment évoluer, c’est une réalité.

Je prends conscience d’une irresponsabilité quasi générale dans cette « Europe-qui-a-besoin-d’une-Constitution-pour-être-plus-forte ». Je constate aussi le peu d’importance donnée aux citoyens pour infléchir les politiques qui régissent leurs vies. Oui, nous avons évidemment besoin d’une Constitution. Mais celle-là protège-t-elle vraiment les peuples censés s’unir pour se renforcer ?

On a vraiment un problème de rapport démocratique entre les peuples et leurs élites.

Que ce texte est compliqué à évaluer… et quelle maladie grave il révèle pour notre Cité.

NOTES

[1]   Je suis professeur d’Éco-Gestion au lycée Marcel Pagnol à Marseille, en BTS. J’ai été longtemps prof de droit civil, commercial et constitutionnel en Terminale, et prof de droit fiscal en BTS Compta. Aujourd’hui, je suis devenu essentiellement professeur d’informatique et je suis aussi administrateur du réseau de 150 PC de mon lycée.
J’invoque mon métier de professeur pour qu’on comprenne mon goût d’expliquer, pas du tout pour me servir d’un argument d’autorité que je ne mérite pas. En effet, je ne suis pas prof de fac, pas prof de droit public, pas spécialisé en droit constitutionnel. Mais ma formation de juriste (maîtrise) m’a donné le goût du droit et je parle ici en simple citoyen, étonné par l’absence de débat constaté au début de l’année 2005. Je commets sans doute des erreurs, mais je les corrige si on me les signale.
Je prétends que les citoyens eux-mêmes, tout ignorants du droit communautaire qu’ils sont, comme moi, devraient être invités à réfléchir à leur Constitution
, et que ce texte devrait être élaboré par des représentants élus pour ça, avec un programme politique adapté à la circonstance. À mon avis, ce débat-là ne doit pas être confisqué par les spécialistes. Il le sera finalement peut-être.
Ce texte « Une mauvaise constitution… » m’échappe aujourd’hui complètement. Tout ce que je peux faire, et c’est l’idée de départ, c’est corriger mes erreurs ou les mauvaises formulations et le compléter parfois, au gré de mes lectures qui se poursuivent et des innombrables conseils de mes lecteurs bienveillants.

[2]   Durée d’application du texte : Art. IV-446 : « Le présent traité est conclu pour une durée illimitée. »

[3]   Liste des domaines où l’Europe est compétente : Article I-13 : « Les domaines de compétence exclusive : §1. L’Union dispose d’une compétence exclusive dans les domaines suivants: a) l’union douanière; b) l’établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur; c) la politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro; d) la conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche; e) la politique commerciale commune. §2. L’Union dispose également d’une compétence exclusive pour la conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée. » Article I-14 : « Les domaines de compétence partagée : (…) §2. Les compétences partagées entre l’Union et les États membres s’appliquent aux principaux domaines suivants: a) le marché intérieur; b) la politique sociale, pour les aspects définis dans la partie III; c) la cohésion économique, sociale et territoriale; d) l’agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer; e) l’environnement; f) la protection des consommateurs; g) les transports; h) les réseaux transeuropéens; i) l’énergie; j) l’espace de liberté, de sécurité et de justice; k) les enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans la partie III. (…)».

Parmi les compétences exclusives, voir l’art.I-13, §1 : « e) la politique commerciale commune. »…
Les parlements nationaux sont ainsi totalement dépouillés, par exemple, de la moindre capacité d’influencer les accords commerciaux internationaux (AGCS, ADPIC et autres avatars de l’OMC), alors que la vie des citoyens est promise à des bouleversements majeurs à l’occa­sion de ces accords qui se préparent dans la plus grande discrétion.

[4]   Force supérieure des normes européennes sur toutes les autres normes, nationales et internationales : Art. I-6 : « La Constitution et le droit adopté par les institutions de l’Union, dans l’exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des États membres. »
C’est la première fois qu’un traité européen qui se veut Constitution énonce expressément cette règle et, surtout, rien n’impose à la Cour de Justice Européenne (CJE), seul arbitre au final (sans recours), d’interpréter ce texte de façon restrictive comme l’a fait notre Conseil Constitutionnel (CC, 19 nov. 2004, 505 DC) : il est même hautement probable qu’elle lui donne toute sa portée possible, c’est-à-dire que la moindre norme européenne primera jusqu’à la Constitution des États membres. Voir la passionnante analyse de Frédéric Rouvillois, professeur à l’Université » de Paris V, dans le chapitre 1 « Le double jeu du Conseil constitutionnel » du petit livre « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la Constitution européenne », (éditions XF de Guibert).
Art. I-12 : « §1. Lorsque la Constitution attribue à l’Union une compétence exclusive dans un domaine déterminé, seule l’Union peut légiférer et adopter des actes juridiquement contraignants, les États membres ne pouvant le faire par eux-mêmes que s’ils sont habilités par l’Union, ou pour mettre en oeuvre les actes de l’Union. ».
Voir aussi « La primauté du droit communautaire sur la constitution française : l’abrogation implicite de la Constitution », par Armel Pécheul, professeur à l’Université d’Angers (20 p.), chap. 3 du même livre « La nouvelle UE. Approches critiques … », (XF de Guibert) :
« Dans sa décision n°2004-505 DC du 19 nov. 2004, le Conseil Constitutionnel affirme simplement que la constitutionnalisation du principe de primauté ne va pas au-delà de ce que requiert actuellement la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE).
Mais, précisément, c’est déjà beaucoup. La Cour de Luxembourg a effectivement déjà tout dit sur ce sujet et ce qu’elle a dit est essentiel puisqu’elle impose la primauté du droit communautaire sur les Constitutions nationales ! »
Un peu plus loin, p. 54, Armel Pécheul rappelle l’arrêt Tanja Kreil du 11 janvier 2000 (CJCE, aff. C-285/98, Rec. I, p. 69) où une simple directive du Conseil de 1976 s’est imposée à des dispositions spécifiques et expresses de la Constitution allemande (article 12) et dans un domaine qui n’était pas communautarisé puisqu’il s’agissait du domaine de la défense.
Je cite Armel Pécheul, dans sa conclusion d’un argumentaire rigoureux : « l’essence de la Constitution française, l’ADN, les dispositions spécifiques et expresses, les dispositions inhérentes à sa structure fondamentale ne sont plus protégées par le gardien de la Constitution [le Conseil Constitutionnel]. Celui-ci en a donné les clefs aux juges européens. Elles ne dépendent pas plus du pouvoir constituant puisque le peuple français est appelé à confirmer cet abandon par la ratification du Traité. Alors oui, l’essentiel est bien remis en cause, c’est-à-dire comme le dit le Président Mazeaud l’existence même de la Constitution française. »
Quelles sont les différentes normes prévues par le TCE ?
Art. I-33 : « Les actes juridiques de l’Union : Les institutions, pour exercer les compétences de l’Union, utilisent comme instruments juridiques, conformément à la partie III, la loi européenne, la loi-cadre européenne, le règlement européen, la décision européenne, les recommandations et les avis.
• La loi européenne est un acte législatif de portée générale. Elle est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre.
• La loi-cadre européenne est un acte législatif qui lie tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
• Le règlement européen est un acte non législatif de portée générale pour la mise en oeuvre des actes législatifs et de certaines dispositions de la Constitution. Il peut soit être obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre, soit lier tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
La décision européenne est un acte non législatif obligatoire dans tous ses éléments. Lorsqu’elle désigne des destinataires, elle n’est obligatoire que pour ceux-ci. [Voir autre note, un peu plus loin, sur ce point]
• Les recommandations et les avis n’ont pas d’effet contraignant. »

[5]   Voir les arguments d’Olivier Gohin, dans le chapitre 4 du petit livre « La nouvelle Union européenne. Approches critiques de la Constitution européenne », éd. XF de Guibert.

Certains professeurs vont plus loin : « la personnalité juridique de l’Union, instituée par l’art. I-7 », selon François-Guilhem Bertrand, professeur émérite à l’Université de Paris XI, « doit se lire avec l’arrêt du 31 mars 1971 de la Cour de Justice AETR qui décide que la personnalité donnée à l’Europe efface celle des États membres et leur interdit de se manifester lorsque l’Europe s’exprime » (même ouvrage).

C’est peut-être exagéré, C’est peut-être la réalité, c’est peut-être bien ou mal, je n’ai pas de certitude là-dessus, mais on pourrait au moins en débattre, au lieu de faire comme si de rien n’était et de parler du sexe des anges comme cette Charte ou ce droit de pétition qui n’imposent quasiment rien à personne.

[6]   On retrouvera la plupart de ces principes, entre autres, dans le livre de Paul Alliès, professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier I, « Une constitution contre la démocratie ? Portrait d’une Europe dépolitisée ».   Encore un livre absolument passionnant. Extrait (chaque mot compte) :
« La construction européenne a mis silencieusement en péril la tradition de souveraineté populaire qui justifiait l’exercice du pouvoir par les autorités étatiques, leurs décisions n’étant qu’une émanation du peuple souverain. Elle l’a fait de deux façons : d’un côté, le droit constitutionnel européen ignore le moindre souverain constituant ; si bien que les décisions des autorités sont imputées à une entité, l’Union, qui n’est pas une communauté politique. D’un autre côté, il est de plus en plus difficile d’imputer les normes nationales, déduites des normes européennes, au peuple que les Constitutions de chacun des pays membres proclament souverain.
Nous entrons donc dans un système inédit, celui de l’Union où ni les traités en vigueur ni la Constitution ne mentionne aucun « souverain ». Aucun de ces textes n’a su désigner une source légitime du pouvoir de l’Union pour mieux faire semblant de respecter l’héritage d’une souveraineté populaire nationalement morcelée État par État. Le problème n’est pas là de savoir si sociologiquement, ou culturellement, un peuple européen existe. Il est de trancher la nature politique de l’Union à travers le fondement du pouvoir qu’elle contient. Jusqu’ici, le pouvoir constituant inventait un peuple et le faisait vivre. Désormais, une Constitution invente une autorité sans sujet ni fin. » (page 57)

[7]   Constitution européenne : Comment se procurer le texte intégral ?
http://www.constitution-europeenne.fr
À lire avant de voter :
a/ Le traité établissant une Constitution pour l’Europe – 349 pages.
b/ Les protocoles et annexes I et II – 382 pages. Document nommé « Addendum 1 au document CIG 87/04 REV 1.
c/ Les déclarations à annexer à l’acte final de la CIG et l’acte final – 121 pages. Doc. Nommé « Addendum 2 au document CIG 87/04 REV 2.         Total : 349 + 382 + 121 = 852 pages dans la version fin 2004.
La version actuellement disponible (mi avril 2005) est désormais plus compacte : un seul fichier pdf : 485 pages. En écrivant serré, en petite taille, et sur des grandes pages de journal, on peut tout faire tenir en moins de cinquante pages.
À titre de comparaison, les Constitutions françaises et américaines font chacune environ 20 pages.
Autres unités de mesure, moins sujettes à variation typographique, les mots et les caractères : la Constitution européenne contient 70 904 mots, soit 14,7 fois plus que la Constitution française, et 441 895 caractères (contre 46 515).

Argument quantitatif des défenseurs du traité : « Pour réunir 450 millions de personnes, le texte fondateur ne peut pas être court. » La seule raison de cette longueur extravagante (448 articles) est la troisième partie, inutile d’en chercher les raisons ailleurs. Intéressé par cette approche quantitative, je suis allé chercher la constitution de l’Inde, un milliard d’individus, et j’ai trouvé… 151 articles ;o)   http://www.oefre.unibe.ch/law/icl/in00000_.html.
De son côté, la Constitution des USA, 300 millions de personnes, tient en 7 articles.

Enfin, un lien intéressant qui permet de comparer de nombreuses constitutions à travers le monde :
http://mjp.univ-perp.fr/constit/constitintro.htm

[8]   Pourtant, malgré sa longueur, tout n’y figure pas : une information aussi essentielle que la définition des SIEG, services d’intérêt économique général, (cités aux art. II-96, III-122, III-166), à ne pas confondre avec les services publics, ne figurent pas dans les 485 pages : il faut, dans cet exemple, consulter le « livre blanc » de la Commission pour apprendre que les SIG et SIEG ne sont pas synonymes de « services publics » :
http://europa.eu.int/comm/secretariat_general/services_general_interest/index_fr.htm , p. 23 : « Il convient de souligner que les termes « service d’intérêt général » et « service d’intérêt économique général » ne doivent pas être confondus avec l’expression « service public » (…) ».

[9]   Il faut lire toutes les pages jusqu’au bout : l’interprétation de la Charte des droits fondamentaux est décrite en dehors de la Constitution elle-même, dans un texte qui s’appelle Déclaration 12 : le préambule de la Charte prévoit que « Dans ce contexte, la Charte sera interprétée par les juridictions de l’Union et des États membres en prenant dûment en considération les explications établies sous l’autorité du praesidium de la Convention qui a élaboré la Charte. »
Dans cette déclaration n°12, on trouve parfois le contraire de ce que la Charte affirme haut et fort.
Ainsi, après qu’ait été affirmé le droit à la vie et l’interdiction de la peine de mort dans l’article II-62 de la Charte, l’article 2 de la déclaration n°12, page 435 (qui parle de texte lisible ?) précise : «La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:
a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection
Le même article précise aussi : « «Un État peut prévoir dans sa législation la peine de mort pour des actes commis en temps de guerre ou de danger imminent de guerre; une telle peine ne sera appliquée que dans les cas prévus par cette législation et conformément à ses dispositions…». On constate donc que tout n’est pas dit dans la Charte elle-même et qu’il faut bien lire toutes les pages.

[10] Le danger des « actes non législatifs », qui permettent aux organes non parlementaires (non élus) de créer librement des règles contraignantes de portée générale, a été dénoncé par le contre rapport des conventionnels jugeant le TCE non démocratique. Un document intéressant, à lire à :
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=14058
Pour les actes juridiques de l’Union, voir l’art. I-33, note ci-dessus.

[11] Extrait du cours de droit administratif de J. Morand-Deviller (éd. Montchrestien), page 256 : « C’est un problème préoccupant que l’inflation des textes, de plus en plus bavards et confus. Cette inclination, si préjudiciable à la sécurité juridique et contraire à la belle rigueur du droit français, a été dénoncée en des termes énergiques dans le rapport public du Conseil d’État pour 1991 : « surproduction normative… logorrhée législative et réglementaire… Qui dit inflation dit dévalorisation : quand le droit bavarde, le citoyen ne lui prête plus qu’une oreille distraite… Si l’on n’y prend garde, il y aura demain deux catégories de citoyens : ceux qui auront les moyens de s’offrir les services d’un expert pour détourner ces subtilités à leur profit, et les autres, éternels égarés du labyrinthe juridique, laissés-pour-compte de l’État de droit. » Le Conseil Constitutionnel a fait du principe de « l’accessibilité » et de ‘l’intelligibilité de la loi » un objectif à valeur constitutionnelle (décision du 16 décembre 1999). »

[12] Des livres entiers ont été écrits pour dénoncer fortement cette institutionnalisation du néolibéralisme
C’est vrai qu’il faut les lire pour comprendre leurs arguments :o)
On peut citer quelques articles qui portent en eux le néolibéralisme (le néolibéralisme pouvant se résumer à la dépossession des États de leur moyens d’intervention économique au profit de la liberté individuelle, qui débouche finalement invariablement sur la loi du plus fort) :

  • Article I-3.2 « L’Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, et un marché intérieur où, la concurrence est libre et non faussée. »
    Si l’on comprend « non faussée par les grands groupes», on ne peut qu’acquiescer.
    Mais si l’on comprend « non faussée par l’État », on voit le néolibéralisme trouver ici des racines institutionnelles.
  • L’indépendance de la BCE, c’est une dérégulation, c’est priver les États du levier monétaire pour gouverner, c’est du libéralisme doctrinaire, à un degré unique au monde. (Article I-30 et III-188).
  • Un budget minuscule (1,27%) et l’impossibilité pour le Parlement d’augmenter ce budget (pas de pouvoir parlementaire sur les recettes), c’est la garantie d’une Europe relativement pauvre donc peu interventionniste, c’est néolibéral.
  • Article III-314 : L’Union contribue (…) à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres.
    Cet article interdit aux États d’interdire, ce qui s’appelle la dérégulation, c’est de l’ultra libéralisme. L’expression apparemment anodine « et autres » est nouvelle par rapport à Nice et permet toutes les dérives futures : suppression des barrières sociales, environnementales, etc.
  • Article III-148 : Les États membres s’efforcent de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire (…) si leur situation économique générale et la situation du secteur intéressé le leur permettent.
    On demande à chaque État d’être « plus royaliste que le roi », carrément par principe.
    Si ce n’est pas de l’ultra libéralisme, ça…
    Je rappelle que le contexte mondial est l’OMC et l’AGCS qui dérégulent méthodiquement toute la planète et qui finiront par tuer tous les services publics ainsi que toute forme de résistance des États contre les grandes firmes. Est-il urgent que la Constitution européenne confirme et amplifie cette épouvantable tendance ?
  • Article III-156 : les restrictions tant aux mouvements de capitaux qu’aux paiements entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.
    Encore une interdiction d’interdire, encore un levier d’action important dont sont privés les États membres, encore le néolibéralisme… Pour le bien de qui ? Pour le peuple ?
    Chacun peut noter la force impérative (qui ne laisse que peu de place à l’interprétation jurispruden­tielle) qu’il y a dans cette disposition à vocation économique et qui fait bien défaut dans les grands beaux principes des parties I et II.
  • Article III-167.1: Sauf dérogations prévues par la Constitution, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États membres ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions.
    L’interdiction d’aider tout acteur, sous quelque forme que ce soit, devient le principe central. C’est encore une marque du néolibéralisme qui vise progressivement l’affaiblissement de l’État providence, même si des exceptions sont encore prévues dans l’alinéa suivant (pour combien de temps ?).
  • Article 178 : Les États membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources (…)
    « C’est une loi fondamentale de la théorie économique néolibérale qui entre dans le traité : l’économie de marché libre assure l’allocation efficace des ressources. C’est aussi faux, insensé et politiquement choquant que d’écrire que la planification centrale de l’économie assure une allocation efficace des ressources. » (Jacques Généreux, prof à Sciences Po, p. 88).
  • Le comble est atteint avec l’article III-131 dont on se demande s’il faut en rire ou en pleurer : en cas de guerre ou de tension internationale grave constituant une menace de guerre… (c’est grave) …les États membres se consultent (jusque là, on est d’accord), en vue de prendre en commun les dispositions nécessaires (ils font bien…) pour éviter que le fonctionnement du marché intérieur ne soit affecté par les mesures qu’un État membre peut être appelé à prendre en cas de troubles intérieurs graves affectant l’ordre public…
    Ça ne s’invente pas : même en cas de guerre, il est interdit aux États d’interdire, pour protéger le saint marché, et les autres États s’en portent garants. Plus dogmatique, comme libéralisme, tu meurs !

J’arrête les citations d’articles parce que la partie III est simplement truffée de ce libéralisme qui suinte partout et qui ligote les États membres. Chacun peut le constater en lisant le texte.

Le fait que des ultras extrémistes outre-Manche réclament encore plus et rejettent ce traité parce qu’il n’est pas assez libéral n’est pas la démonstration que le TCE n’est pas une bible libérale. Chacun doit lire le texte et constater le sort qu’on fait aux États et à leur pouvoir d’intervention.

Comme le démontre bien Jacques Généreux (prof à Sciences Po), « au total, la prétendue Constitution pour l’Europe nous promet une compétition toujours plus dure et une exposition croissante aux méfaits sociaux et écologiques de la guerre économique. »

Le libéralisme débridé, c’est le dogme de la responsabilité individuelle, c’est « chacun pour soi et contre tous », la négation de la civilisation et de l’humanisme.

Le néolibéralisme doctrinaire est juste aussi redoutable pour les hommes que le collectivisme aveugle.

À propos, j’ai trouvé la vraie définition de l’expression (trompeuse) « économie sociale de marché ». Frédéric Lordon rappelle fort opportunément la génèse de ce vocable dans son passionnant document « Le mensonge social de la Constitution », http://www.sociotoile.net/article104.html, p. 8 et suiv. où l’on découvre que cette expression désigne un libéralisme extrême, plus encore que celui d’Hayek lui-même, et où le mot social n’a rigoureusement rien à voir avec ce que les français y devinent. « Ce social là n’est que l’effet du marché lui-même et pas autre chose, certainement pas une régulation qui lui serait adjointe de l’extérieur. » Il faut lire ce texte de Lordon, il est fort, il éclaire bien l’aspect profondément doctrinaire du TCE (voir ma page ‘Liens et docs’ sur http://etienne.chouard.free.fr/Europe/index.htm).

[13] Indépendance et missions de la banque centrale : art. I-30 : « §1 (…) La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l’euro, qui constituent l’Eurosystème, conduisent la politique monétaire de l’Union. §2. Le Système européen de banques centrales est dirigé par les organes de décision de la Banque centrale européenne. L’objectif principal du Système européen de banques centrales est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, il apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union pour contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci. Il conduit toute autre mission de banque centrale conformément à la partie III et au statut du Système européen de banques centrales et de la Banque centrale européenne. §3. La Banque centrale européenne est une institution. Elle a la personnalité juridique. Elle est seule habilitée à autoriser l’émission de l’euro. Elle est indépendante dans l’exercice de ses pouvoirs et dans la gestion de ses finances. Les institutions, organes et organismes de l’Union ainsi que les gouvernements des États membres respectent cette indépendance. » et art. III-188 : « ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme. »

[14] Voir JP Fitoussi, Professeur des Universités à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Président du Conseil Scientifique de l’IEP de Paris, Président de l’OFCE et Secrétaire général de l’Association Internationale des Sciences Économiques, entretiens avec JC Guillebaud, « La politique de l’impuissance », 2005, Arléa :

– JCG : « Vous êtes en train de dire qu’au fond, obsédé par la lutte contre l’inflation, on a littéralement consenti au chômage. »
– JPF : « Pis que ça ! On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque « banquier central » de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier. » (p. 45)
(…)
– JCG : « Que pensez-vous des deux arguments martelés à cette époque [après 1982] à propos de l’inflation et du respect des grands équilibres ? Premièrement on a dit qu’il était légitime (y compris moralement) de lutter contre l’inflation parce qu’elle pénalisait les plus pauvres ; deuxièmement, qu’il fallait maintenir les grands équilibres par simple respect et générosité pour les générations à venir, afin de ne pas faire peser une charge trop lourde sur la tête de nos enfants. On a habillé, en quelque sorte, cette politique d’un discours de générosité… »
– JPF : « C’était un double mensonge. En augmentant les taux d’intérêts, et surtout en les maintenant à un niveau élevé une fois l’inflation vaincue, on savait qu’on favorisait ceux qui détiennent le capital financier, et que l’on excluait de l’accès aux biens durables (qui exigent un recours à l’emprunt) les catégories les plus vulnérables de la population. (…) Le second mensonge, c’est qu’en augmentant les taux d’intérêt on faisait du service de la dette un des postes les plus importants du budget de l’État. » (P. 46)

– JPF : « Que l’orientation des politiques économiques de l’Union soit, pour l’essentiel, indépendante de tout processus démocratique est à la fois contraire aux traditions politiques des peuples européens, et dangereux pour l’efficacité économique de l’ensemble. » (p. 72)

– JPF : « En forçant le trait, on pourrait affirmer que le « gouvernement économique » de l‘Europe se rapproche à s’y méprendre d’un despote éclairé qui, à l’abri des pressions populaires, chercherait le bien commun au travers de l’application d’une doctrine rigoureuse – le libéralisme -, supposée supérieure à toutes les autres en termes d’efficacité économique. La démocratie ne serait donc pas le système politique le mieux à même d’appréhender l’intérêt général ; elle placerait les gouvernements en position de vulnérabilité devant les pressions des populations en faveur de la redistribution.  Le pouvoir a ainsi changé de mains. Les politiques ont préféré le confier à des agences indépendantes. (…)

Mais il est vrai aussi que, dès l’origine, la construction européenne fut l’œuvre d’une démocratie des élites, plutôt que de la démocratie tout court. Cependant les élites ont changé (…) aujourd’hui elles ont tendance à assimiler le bien public au marché.»

La suite est édifiante… Un petit livre important, à lire…

[15] Pacte de stabilité : art. III-184 (2 pages) et art. 1 du protocole n°10 sur la procédure concernant les déficits excessifs « Les valeurs de référence visées à l’article III-184, paragraphe 2, de la Constitution sont les suivantes: a) 3 % pour le rapport entre le déficit public prévu ou effectif et le produit intérieur brut aux prix du marché; b) 60 % pour le rapport entre la dette publique et le produit intérieur brut aux prix du marché. » Voir aussi la note précédente.

[16] Interdiction de fausser la concurrence : cette interdiction est partout dans le texte, elle est formelle et contraignante, y compris pour les entreprises publiques :
Art. III-166 : « §1. Les États membres, en ce qui concerne les entreprises publiques et les entreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs, n’édictent ni ne maintiennent aucune mesure contraire à la Constitution, notamment à l’article I-4, paragraphe 2 [non discrimination], et aux articles III-161 à III-169 [règles de concurrence].
§2. Les entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général ou présentant le caractère d’un monopole fiscal sont soumises aux dispositions de la Constitution, notamment aux règles de concurrence, dans la mesure où l’application de ces dispositions ne fait pas échec à l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie. Le développement des échanges ne doit pas être affecté dans une mesure contraire à l’intérêt de l’Union. §3. La Commission veille à l’application du présent article et adopte, en tant que de besoin, les règlements ou décisions européens appropriés. »
Article III-167 : « §1. Sauf dérogations prévues par la Constitution, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États membres ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. »

[17] « La politique de l’impuissance » : voir le petit livre lumineux de Jean-Paul Fitoussi (économiste de premier plan) qui démontre cette dépossession progressive des responsables politiques par méfiance de la démocratie. Voir extrait plus haut.
Voir aussi le livre enthousiasmant de Jacques Généreux, Professeur à Sciences Po, « Manuel critique du parfait européen » qui proteste, lui aussi, contre le sabordage des outils européens d’intervention économique, et contre le dogmatisme aveugle qui soutient cette folie unique au monde. On lit ce livre sans pouvoir s’arrêter…

[18] « Douze économistes contre le projet de constitution européenne », par Gilles Raveaud, docteur en économie et enseignant (Institut d’études européennes, Université Paris VIII, et onze autres : une analyse remarquable, très argumentée, du projet actuel de l’Union, projet plus économique que politique, à lire : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2231 et http://econon.free.fr/index.html

[19] Procédure de révision ordinaire : art. IV-443.3 : « Une Conférence des représentants des gouvernements des États membres est convoquée par le président du Conseil en vue d’arrêter d’un commun accord les modifications à apporter au présent traité. Les modifications entrent en vigueur après avoir été ratifiées par tous les États membres conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. »

[20] Rappel : l’article 28 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’an I de la République française (1793) précisait : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut pas assujettir à ses lois les générations futures. »

[21] Procédure de révision simplifiée :
art. IV-444 : « 1. Lorsque la partie III prévoit que le Conseil statue à l’unanimité dans un domaine ou dans un cas déterminé, le Conseil européen peut adopter une décision européenne autorisant le Conseil à statuer à la majorité qualifiée dans ce domaine ou dans ce cas.
Le présent paragraphe ne s’applique pas aux décisions ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense.
2. Lorsque la partie III prévoit que des lois ou lois-cadres européennes sont adoptées par le Conseil conformément à une procédure législative spéciale, le Conseil européen peut adopter une décision européenne autorisant l’adoption desdites lois ou lois-cadres conformément à la procédure législative ordinaire.
3. Toute initiative prise par le Conseil européen sur la base des paragraphes 1 ou 2 est transmise aux parlements nationaux. En cas d’opposition d’un parlement national notifiée dans un délai de six mois après cette transmission, la décision européenne visée aux paragraphes 1 ou 2 n’est pas adoptée. En l’absence d’opposition, le Conseil européen peut adopter ladite décision.
Pour l’adoption des décisions européennes visées aux paragraphes 1 et 2, le Conseil européen statue à l’unanimité, après approbation du Parlement européen, qui se prononce à la majorité des membres qui le composent. »

[22] Voir la passionnante analyse de Laurent Lemasson, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, titulaire d’un doctorat en Droit Public et Sciences Politiques et chargé de cours à l’Essec, « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », document à lire sur le site de l’institut Thomas More : http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24. Pour le risque d’extension des pouvoirs des institutions de leur propre initiative et sans l’accord direct des peuples, voir page 10.

[23] Procédure de ratification pour l’entrée d’un nouvel État dans l’UE : Article I-58 : « Critères d’éligibilité et procédure d’adhésion à l’Union : (…) §2. Tout État européen qui souhaite devenir membre de l’Union adresse sa demande au Conseil. Le Parlement européen et les parlements nationaux sont informés de cette demande. Le Conseil statue à l’unanimité après avoir consulté la Commission et après approbation du Parlement européen, qui se prononce à la majorité des membres qui le composent. Les conditions et les modalités de l’admission font l’objet d’un accord entre les États membres et l’État candidat. Cet accord est soumis par tous les États contractants à ratification, conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. » Ces derniers mots font dépendre du droit national la procédure de ratification de l’entrée d’un nouveau membre.
En février 2005, le Parlement français, réunis en Congrès, a changé la Constitution française pour que cette ratification soit forcément soumise au référendum : article 2 de la loi de révision : « I. – Le titre XV de la Constitution est complété par un article 88-5 ainsi rédigé : « Art. 88-5. – Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République. » » Quand le texte précise « est soumis », c’est obligatoire (en droit, l’indicatif vaut impératif).

[24] Je renvoie encore à la lecture de l’excellent article de Laurent Lemasson, page 5 :
http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24

[25] Exclusivité de l’initiative des lois pour l’exécutif :
Article I-26 : « (…) §2. Un acte législatif de l’Union ne peut être adopté que sur proposition de la Commission, sauf dans les cas où la Constitution en dispose autrement.
Les autres actes sont adoptés sur proposition de la Commission lorsque la Constitution le prévoit. »
Donc, pour les actes non législatifs (voir note suivante), la norme est l’initiative libre : même pas besoin de la Commission si la Constitution ne le prévoit pas expressément.

[26] Domaines exclusifs, où l’exécutif peut légiférer seul :
Le principe de la codécision :
art. I-34, §1 : « Les lois et lois-cadres européennes sont adoptées, sur proposition de la Commission, conjointement par le Parlement européen et le Conseil conformément à la procédure législative ordinaire visée à l’article III-396. Si les deux institutions ne parviennent pas à un accord, l’acte en question n’est pas adopté.
Les exceptions à la codécision (dans les deux sens) :
art. I-34, §2 : Dans les cas spécifiques prévus par la Constitution, les lois et lois-cadres européennes sont adoptées par le Parlement européen avec la participation du Conseil ou par celui-ci avec la participation du Parlement européen, conformément à des procédures législatives spéciales
La « participation » pouvant être la simple consultation (non contraignante), le principe de la possibilité de « lois sans Parlement » semble donc ici acquis (première surprise), mais aucune liste claire (et donc contrôlable) n’est précisée (deuxième surprise).

[27] Un outil politique antidémocratique ? Les décisions européennes :
Article I-33 : Les actes juridiques de l’Union : [rappel]
« (…) Le règlement européen est un acte non législatif de portée générale pour la mise en oeuvre des actes législatifs et de certaines dispositions de la Constitution. Il peut soit être obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre, soit lier tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant au choix de la forme et des moyens.
La décision européenne est un acte non législatif obligatoire dans tous ses éléments. Lorsqu’elle désigne des destinataires, elle n’est obligatoire que pour ceux-ci. » Et quand elle ne désigne pas des destinataires ?… Pourrait-on expliquer aux citoyens quelle est la différence avec une loi, à part la source ? On dirait qu’il n’y en a aucune. Pour l’instant, je dirais que les décisions ressemblent diablement à des « lois sans parlement » (pauvre Montesquieu) :
Article I-35 : Les actes non législatifs :
1. Le Conseil européen adopte des décisions européennes dans les cas prévus par la Constitution.
2. Le Conseil et la Commission, notamment dans les cas prévus aux articles I-36 et I-37, ainsi que la Banque centrale européenne dans les cas spécifiques prévus par la Constitution, adoptent des règlements ou décisions européens.
On note que le Parlement est exclu (par définition ? Alors pourquoi ne pas avoir exclu aussi le Conseil des Ministres qu’on nous présente comme une « chambre haute » composant le pouvoir législatif ?) de ces « actes non législatifs » et alors que les auteurs de ces normes sont rarement élus et souvent hors contrôle. Les « actes non législatifs » ont été décriés comme antidémocratiques par certains conventionnels auteurs d’un « Contre rapport » qui juge le TCE comme « allant à l’encontre de tous les principes démocratiques ». Voir l’annexe III, pages 21 à 24 :
http://europa.eu.int/constitution/futurum/documents/contrib/doc180703_fr.pdf

[28] Qui nomme les commissaires :
l’art. I-19 établit que l’expression « Conseil » sans autre précision désigne le Conseil des ministres : « —le Conseil des ministres (ci-après dénommé «Conseil »), ».
L’art. I-27.2 qui décrit la désignation des commissaires parle de « Conseil » sans autre précision :
« 2.Le Conseil, d’un commun accord avec le président élu, adopte la liste des autres personnalités qu’il propose de nommer membres de la Commission. »   Quel Conseil ? Le paragraphe précédent de l’article 27 fait référence au Conseil Européen (pour nommer le Président de la Commission) : « 1.En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d’un mois, un nouveau candidat,qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure. » On peut se demander quel est le Conseil dont il est question au paragraphe 2 : qui nomme les membres de la Commission ?

[29] Laurent Lemasson, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, titulaire d’un doctorat en Droit Public et Sciences Politiques et chargé de cours à l’Essec, « Constitution européenne : l’Europe y trouve-t-elle son compte ? », document à lire sur le site de l’institut Thomas More :
http://www.institut-thomas-more.org/showNews/24.

[30] Censure de la Commission par le Parlement :
Article I-26.8 : 8 : « La Commission, en tant que collège, est responsable devant le Parlement européen. Le Parlement européen peut adopter une motion de censure de la Commission conformément à l’article III-340.Si une telle motion est adoptée, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le ministre des Affaires étrangères de l’Union doit démissionner des fonctions qu’il exerce au sein de la Commission. »
Article III-340 : « Le Parlement européen, saisi d’une motion de censure sur la gestion de la Commission, ne peut se prononcer sur cette motion que trois jours au moins après son dépôt et par un scrutin public. Si la motion de censure est adoptée à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés et à la majorité des membres qui composent le Parlement européen, les membres de la Commission doivent démissionner collectivement de leurs fonctions et le ministre des Affaires étrangères de l’Union doit démissionner des fonctions qu’il exerce au sein de la Commission. (…) »

[31] Apparemment, il n’y a pas de liste des domaines réservés à l’exécutif législateur (Montesquieu fait la toupie dans sa tombe avec des expressions pareilles), c’est-à-dire les domaines réservés d’une part grâce aux exceptions à la codécision (I-34-§2), et d’autre part grâce à l’existence même des décisions européennes (I-33 et I-35) : il faut partir à la pêche dans les 485 pages pour trouver les articles qui prévoient une procédure législative spéciale (sans le Parlement), ou bien le pouvoir de créer du droit par « décision » (sans le Parlement).

Ces domaines étant en quelque sorte une zone franche de contrôle parlementaire, on aimerait pourtant savoir simplement quelles sont les matières concernées.

Ne trouvant pas ce que je cherchais dans mes 485 pages du texte original, j’ai trouvé les explications suivantes sur http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2157 : « Les 21 domaines dont le Parlement est exclu et où le Conseil des ministres décide seul sont d’une importance décisive : le marché intérieur, l’essentiel de la Politique Agricole Commune, le Tarif Douanier Commun, la Politique Étrangère et de Sécurité Commune, la politique économique, la politique sociale, la fiscalité… ».

Interrogé sur les sources de cette affirmation, l’auteur Jean-Jacques Chavigné m’a rapidement donné les n° d’articles précis en commentant : « il ne sera jamais écrit noir sur blanc que le Parlement est exclu de la décision. Il faudra comprendre qu’il est exclu lorsqu’un article de la Constitution précisera que c’est le Conseil décide et/ou que le Parlement sera simplement consulté. (JJC) »

Opacité incroyable du texte suprême qui devrait pourtant être absolument clair, on comprend bien ici pourquoi.  JJC continue : « Voilà donc les domaines (ou les parties de domaine) les plus importants où le Conseil décide seul et où le Parlement n’est pas co-décideur : (JJC jusqu’à la fin de la note) »

Politique Étrangère et de Sécurité Commune :
Article III-295 : Alinéa 1 : « Le Conseil européen définit les orientations générales de la politique étrangère et de sécurité commune, y compris pour les questions ayant des implications en matière de défense ».
Article III-300, Alinéa 1 : « Les décisions européennes visées au présent chapitre sont adoptées par le Conseil statuant à l’unanimité ».
Alinéa 2 : « Par dérogation au paragraphe 1, le Conseil statue à la majorité qualifiée ».
Le rôle du Parlement est défini à l’article III-304 : Alinéa 1 : « Le ministre des affaires étrangères de l’Union consulte et informe le Parlement européen… »
Alinéa 2 : « Le Parlement européen peut adresser des questions ou formuler des recommandations… »

Marché intérieur :
Article III-130-3 :
« Le Conseil, sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens… »

Tarif Douanier Commun :
Article III-151-5 : « Le Conseil sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens qui fixent les droits du tarif douanier commun ».

Concurrence :
Article III-163 : « Le Conseil, sur proposition de la Commission, adopte les règlements européens pour l’application des principes fixés aux articles III-161 et III-162 [règles de concurrence]. Il statue après consultation du Parlement européen. »
Le Conseil s’occupe des « règlements », et le Parlement aura les « recommandations ».
Est-ce qu’on s’est préoccupé de la séparation et du contrôle des pouvoirs ?

Politique Agricole Commune :
Article III-231 : Alinéa 2 : « La loi ou loi-cadre européenne établit l’organisation commune des marchés… »
L’expression « Loi-cadre européenne », sans autre précision, signifie que la procédure législative ordinaire, définie à l’article III-396 s’applique. Il s’agit alors d’une co-décision du Conseil et du Parlement européen. Ce qui est un progrès par rapport aux traités précédents.

Mais :
Alinéa 3 : « Le Conseil sur proposition de la Commission adopte les règlements ou décisions européens relatifs à la fixation des prix, des prélèvements, des aides et des limitations quantitatives… ». Le Conseil décide donc seul, sur proposition de la Commission, des prix, des aides, des quotas

Fiscalité :
Article III-171 : « Une loi-cadre européenne du Conseil établit les mesures concernant l’harmonisation des législations relatives aux taxes sur le chiffre d’affaires, aux droits d’accises et autres impôts indirects, pour autant que cette harmonisation soit nécessaire pour assurer l’établissement ou le fonctionnement du marché intérieur et éviter des distorsions de concurrence. Le Conseil statue à l’unanimité, après consultation du Parlement européen et du Comité économique et social ».

Social :
Il faut distinguer trois niveaux :
1er niveau : domaine de co-décision :
Article III-210-1 :
a- L’amélioration du milieu de travail…
b- Les conditions de travail.
e- L’information et la consultation des travailleurs.
h- l’intégration des personnes exclues du marché du travail
i- L’égalité entre hommes et femmes.
j- La lutte contre l’exclusion sociale
k- La modernisation des systèmes de protection sociale, sans préjudice du point c.
2ème niveau : le Conseil décide seul :
Article III-210-3 : « … dans les domaines visés au paragraphe 1, point c, d, f et g, la loi ou loi-cadre européenne est adoptée par le Conseil statuant à l’unanimité, après consultation du Parlement européen… »
c- la sécurité sociale et la protection sociale des travailleurs.
d- La protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail.
f- La représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs y compris la cogestion, sous réserve du paragraphe 6.
g- Les conditions d’emploi des ressortissants de pays tiers se trouvant en séjour régulier sur le territoire de l’Union.
3ème niveau : l’Union (que ce soit le Conseil seul ou le Parlement avec le Conseil) n’est pas compétente :
Article III-210-6 :
« Le présent article ne s’applique ni aux rémunérations, ni au droit d’association, ni au droit de grève, ni au lock-out… »
Ce qui rend impossible tout Smic européen.
Ce qui vide de son contenu l’article II-210-3-f.
Ce qui vide de son contenu l’article II-88 : le droit de grève ne pourra être imposé par l’Union à un Etat-membre qui ne le prévoirait pas ou le retirait de sa législation. Ce qui a l’avantage de ne pas, non plus, imposer le « lock out » à une législation nationale qui (telle la législation française) ne le reconnaîtrait pas. (JJC)

[32] La CJE : pierre angulaire du TCE ? La CJE joue à la fois le rôle de Cour de Cassation et de Conseil constitutionnel. En France, le CC est nommé pour partie par le Sénat, l’AN et le Psdt de la République, ce qui permet à chaque pouvoir de se retrouver un peu dans le tribunal suprême. Rien de tel en Europe : le Parlement n’intervient pas dans la nomination des juges qui dépendent directement de l’exécutif.
On lira dans le livre de Paul Alliès, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques à l’Université de Montpellier, « Une constitution contre la démocratie », des explications passionnantes (pages 121 et s.) sur le danger que constitue la Cour de Justice Européenne (CJE), ex CJCE :
« La CJE s’est érigée peu à peu en véritable Cour suprême de l’Union. (…)
La CJE comprend toujours un juge par État membre désigné par eux. (…) Ces juges sont donc nommés dans la plus grande discrétion, à l’opposé de ce qu’on connaît aux États-Unis où la procédure de confirmation par le Sénat donne une publicité maximale à leur sélection. (…) Ils sont privés de garantie d’inamovibilité. Leur mandat est de six ans, ce qui est très bref, d’autant plus qu’ils sont renouvelables. Ce double caractère est traditionnellement considéré comme contraire à l’indépendance des juges qui peuvent ainsi avoir le souci de ne pas déplaire à l’autorité à laquelle ils doivent leur nomination et leur carrière. On comprend aisément que les gouvernements soient attachés à ce dispositif.
Ils ont repoussé, lors de l’adoption du traité de Maastricht, une proposition du Parlement européen qui voulait porter à douze ans la durée du mandat sans réélection possible. »  (page 122) (…)

« C’est par la voie d’autres recours [que le « recours en manquement »] que la cour s’est imposée comme cour constitutionnelle. Par le « recours en annulation », elle est appelée à contrôler la conformité des actes de toutes les institutions européennes, y compris la Banque centrale, à la demande de l’une d’entre elles. Par le « recours en carence », elle peut imposer à une institution l’obligation d’appliquer un acte normatif, à la demande des organes de l’Union, des États membres et des personnes privées. Enfin et surtout, par le « recours préjudiciel » introduit par le traité de Rome, elle accueille les saisines des juridictions nationales confrontées à des contentieux concernant des particuliers et incluant des questions de droit communautaire.
Elle détient donc le monopole de l’interprétation centralisée et unifiée du droit européen en général, ainsi que de celui de son application obligatoire par toutes les composantes de l’Union, des États membres, y compris leurs juridictions nationales. » (page 123)

Paul Alliès prend ensuite l’exemple de la laïcité pour illustrer l’immense danger d’un gouvernement des juges : « L’article II-70 (…) est en contradiction absolue avec le droit français de la laïcité depuis un siècle. (…) Au terme de l’art. II-112, la CJE devra interpréter la Charte au regard des explications (…) du Praesidium de la Convention. (…) Voici donc que le socle de la laïcité dépend de la sagesse de la CJE. (…) Bref, tous les éléments sont réunis pour que (…) la Cour crée un droit spécifique en matière de sécularisation au sein de l’Union. (…) Le secret des délibérations et l’absence de publicité des « opinions dissidentes » n’incitent pas à l’optimisme. » (Page 132)

[33] La Commission peut être censurée par le Parlement, en bloc : voir note 30 ci-dessus.
Un commissaire peut aussi être « démissionné » par le président de la Commission (lui-même entériné par le Parlement) : art. 1-27, dernier § : « Un membre de la Commission présente sa démission si le président le lui demande. ».
Mais ni le Conseil des ministres, ni le Conseil européen, ne sont responsables devant personne.
Le Conseil européen nomme les membres de la Commission (art.1-27 §2), seul le Président de la Commission est « élu » par le Parlement (art. 1-27 §1) sur proposition du Conseil européen. Ce n’est pas le parlement qui choisit le Président. Le parlement n’est pas responsable non plus : personne ne peut le dissoudre.

[34] Yves Salesse, membre du Conseil d’État, « Manifeste pour une autre Europe », pages 36 et s. :

« Le pouvoir de la Commission est surestimé. En droit comme en fait, ce pouvoir est fondamentalement détenu par le Conseil des Ministres. (…) La Commission n’est pas dépourvue de pouvoir, mais elle est subordonnée au premier. Elle est composée de politiques et de fonctionnaires des États qui n’ont pas rompu avec ceux-ci. (…) Ainsi, non seulement le pouvoir de la Commission est subordonné, mais la tendance n’est pas à son renforcement. Elle est au contraire au développement de l’emprise des États.
Lorsqu’ils prétendent avoir été surpris par une décision, ils mentent.

La méconnaissance du pouvoir des États a des conséquences politiques. Elle exonère les gouvernements de leur responsabilité dans les décisions européennes. Ils sont les premiers à propager : « C’est pas nous, c’est Bruxelles
. »

[35] Voir de bonnes explications sur l’AGCS sur le site www.urfig.org (par Raoul Marc Jennar).

[36] Voir le détail de l’humiliation infligée par Pascal Lamy aux parlementaires qui voulaient consulter les documents préparatoires pour l’AGCS dans le livre passionnant de Raoul Marc Jennar, « Europe, la trahison des élites », pages 64 et s., et notamment 70 et 71.
Voir aussi un passionnant article de Jennar intitulé « Combien de temps encore Pascal Lamy ? », à propos des deux accords AGCS et ADPIC : http://politique.eu.org/archives/2004/04/11.html.

[37] Noëlle Lenoir, alors ministre française déléguée aux affaires européennes du gouvernement Raffarin, a déclaré : « il suffira de rassembler un million de signatures en Europe pour obliger la Commission à engager une procédure législative » (Le Monde, 30 octobre 2003).

[38] Droit de pétition : art. I-47, §4 : « Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application de la Constitution. La loi européenne arrête les dispositions relatives aux procédures et conditions requises pour la présentation d’une telle initiative citoyenne, y compris le nombre minimum d’États membres dont les citoyens qui la présentent doivent provenir. » On est vraiment à mille lieues du référendum d’initiative populaire (suisse, américain ou vénézuélien) qu’on fait miroiter aux électeurs.

[39] Pour le détail des reculs des droits fondamentaux par rapport au droit en vigueur : voir Raoul Marc Jennar, « Europe, la trahison des élites », pages 102 et s.
Voir aussi le point de vue d’Alain Lecourieux, « L’illusion des droits fondamentaux dans la Constitution européenne » : http://www.eleves.ens.fr/attac/Lecourieux-droits-fondam.pdf
Voir aussi la thèse de Anne-Marie Le Pourhiet, professeur à l’Université Rennes I : « Les valeurs et objectifs de l’Union », dans le livre « La nouvelle UE. Approches critiques de la Constitution européenne ».
Voir aussi Jacques Généreux, dans son « manuel critique du parfait européen », pages 113 et s. : aucune avancée des droits sociaux.

[40] Article II-111 : « Champ d’application [de la Charte] :
1. Les dispositions de la présente Charte s’adressent aux institutions, organes et organismes de l’Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu’aux États membres uniquement lorsqu’ils mettent en oeuvre le droit de l’Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l’application, conformément à leurs compétences respectives et dans le respect des limites des compétences de l’Union telles qu’elles lui sont conférées dans les autres parties de la Constitution.
2. La présente Charte n’étend pas le champ d’application du droit de l’Union au-delà des compétences de l’Union, ni ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelles pour l’Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution.

Article II-112 : Portée et interprétation des droits et des principes [de la Charte] :
1. Toute limitation de l’exercice des droits et libertés reconnus par la présente Charte doit être prévue par la loi et respecter le contenu essentiel desdits droits et libertés. Dans le respect du principe de proportionnalité, des limitations ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général reconnus par l’Union ou au besoin de protection des droits et libertés d’autrui.
2. Les droits reconnus par la présente Charte qui font l’objet de dispositions dans d’autres parties de la Constitution s’exercent dans les conditions et limites y définies. [Cet alinéa fait de la Charte une partie inférieure aux autres parties, et pas l’inverse]
3. Dans la mesure où la présente Charte contient des droits correspondant à des droits garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, leur sens et leur portée sont les mêmes que ceux que leur confère ladite convention. Cette disposition ne fait pas obstacle à ce que le droit de l’Union accorde une protection plus étendue.
4. Dans la mesure où la présente Charte reconnaît des droits fondamentaux tels qu’ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux États membres, ces droits doivent être interprétés en harmonie avec lesdites traditions.
5. Les dispositions de la présente Charte qui contiennent des principes peuvent être mises en œuvre par des actes législatifs et exécutifs pris par les institutions, organes et organismes de l’Union, et par des actes des États membres lorsqu’ils mettent en oeuvre le droit de l’Union, dans l’exercice de leurs compétences respectives. Leur invocation devant le juge n’est admise que pour l’interprétation et le contrôle de la légalité de tels actes. »

J’ai reçu cet après-midi un mail formidable : un espagnol nommé Rodrigo, avocat à Bruxelles, ancien professeur de droit communautaire et fervent partisan du TCE, il parle un français impeccable. Avec un respect parfait, presque déjà de l’amitié, il me dit qu’il est enthousiaste pour ce que je fais en ce moment même s’il n’est absolument pas d’accord avec moi. Puis il m’explique en long, en large et en travers pourquoi c’est excessif de dire que l’article 111-2 « stérilise » la Charte. Je lis attentivement ses explications, je les recoupe avec ce que dit Paul Alliès (c’est l’interprétation de la CJE qui fera la force ou pas de la Charte, et cette force est potentielle, mais réelle)… OK, je retire de mon texte le paragraphe « 111-2 stérilisant » et je ne garde que le recul sur le fond (plutôt moins de droits que plus) et de simples réserves sur la force de la partie. Après, on s’est parlé une heure au téléphone. C’est un exemple, très chaleureux, des échanges que suscite ce débat. On n’est pas obligés de s’empailler sur ce sujet, on survivra au oui comme au non, on peut rêver ensemble d’une autre Europe.

[41] Élection d’une Assemblée Constituante pour fonder une démocratie : chaque fois que l’ONU organise la démocratie dans un pays, elle commence toujours par programmer l’élection d’une Assemblée Constituante.
Donc, le modèle fondateur que l’ONU propose à tous les pays du monde est cette procédure-là.
Je suis donc étonné de constater que certains juristes européens acceptent de s’en affranchir.

[42] Sur ce qu’on peut reprocher à la convention « Giscard », lire l’analyse de Robert Joumard, page 13 et s., voir aussi celle de Christian Darlot. Voir aussi Paul Alliès (professeur en sciences Politiques à l’Universi­té Montpellier I), « Une Contitution contre la démocratie ? », p. 38 et s. Voir aussi le contre rapport des Conventionnels cité plus haut.

[43] Lire à ce propos la position de Pervenche Berès, membre de la convention Giscard, coauteur du texte donc, qui renie pourtant le résultat final tant il a été défiguré par les gouvernements dans l’année qui a suivi, et qui appelle finalement à « Dire « non » pour sauver l’Europe » : http://www.ouisocialiste.net/IMG/pdf/beresMonde290904.pdf.

[44] « Vérole » antidémocratique ? Le Figaro, 11 avril 2005, Alain Minc parle : « Valéry Giscard d’Estaing n’a commis qu’une seule erreur : nommer le texte du traité «Constitution». C’est précisément cette dénomination qui a empêché une ratification par la voie parlementaire. Le référendum est pareil à une «vérole» antidémocratique que la France aurait propagée dans l’ensemble de l’Europe. »
Cette phrase résonne dans ma tête depuis une semaine, elle prend son sens, comme un aveu.
Je ne veux plus que ces gens-là décident de mon sort. Je vais cesser de faire confiance aveuglément et je vais maintenant essayer de m’occuper moi-même de mes affaires.

[45] Planning des ratifications :

Pays qui ne soumettent pas le traité à leur peuple : Lituanie (11 décembre 2004), Hongrie (20 décembre 2004), Italie (25 janvier 2005), Slovénie (1er février 2005), Allemagne (12 mai 2005), Slovaquie (mai 2005), Chypre (mai 2005), Autriche (printemps 2005), Belgique (printemps 2005), Grèce (printemps 2005), Malte (juillet 2005), Suède (décembre 2005 et pourtant 58 % des suédois réclament un référendum), Estonie (2005), Finlande (fin 2005), Lettonie (?).

Pays qui ont opté pour le référendum : Espagne (20 février 2005), Pays-Bas (1er juin 2005), France (29 mai 2005), Luxembourg (10 juillet 2005), Danemark (27 septembre 2005), Portugal (octobre 2005), Pologne (fin 2005), Royaume-Uni (printemps 2006), République tchèque (juin 2006), Irlande (2006).

Trois référendums ne sont que consultatifs (Espagne, Pays-Bas et Luxembourg) et, finalement, seuls six peuples sont véritablement consultés dans ce projet:
le Portugal et l’Irlande (qui vont vraisemblablement voter Oui)
et la République Tchèque, la Pologne, la Grande Bretagne et la France (qui s’apprêtent à voter Non).

Six pays réellement consultés sur vingt-cinq…
Je trouve que ça en dit long sur ce que représente la volonté des peuples pour leurs dirigeants en Europe.

[46] RM Jennar à raison : il faut réaffirmer nos fondamentaux et rappeler ce que proclamait, le 26 juin 1793, l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de l’an I : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». (« Europe, la trahison… », p. 218).

[47] Selon la célèbre formule de Lacordaire :  » Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».
Chacun peut prévoir ce qu’il adviendra avec des renards libres dans un poulailler libre.
Les charmes de la liberté débridée sont une fable, une imposture.

[48] Lire les analyses du site Acrimed sur la partialité des médias sur cette affaire :
http://www.acrimed.org/article1950.html.
Lire aussi l’article de Bernard Cassen dans Le Monde diplomatique : « Débat truqué sur le traité constitutionnel » : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/02/CASSEN/11908

O O O O O

Vous pouvez m’écrire à etienne.chouard@free.fr mais je n’ai plus le temps de vous répondre comme il le faudrait, ou seulement de temps en temps. Pardon, vous êtes trop nombreux.

Vous pouvez lire des compléments et télécharger ce document à : http://etienne.chouard.free.fr/Europe
et le diffuser comme bon vous semble, mais envoyez de préférence un lien vers mon site, car un fichier fige mon texte alors que je l’améliore sans cesse grâce à vos vigilantes, bienveillantes et patientes observations.

Voir par ailleurs:

France’s ‘Yellow Vest’ protests take an antisemitic turn
Banner hung on main road calls Macron ‘whore of the Jews’; Paris synagogues shuttered for first time as spike in emigration inquiries is reported
Itamar Eichner
YNET

French Jews have become a focal point for the “Yellow Vest” protests across France, with an increase in anti-Semitism by demonstrators. In recent days, the Jewish community has reported numerous anti-Semitic videos, graffiti and actual threats appearing in central locations and on social media.
Last Saturday, the Chabad House on the Champs-Elysées Boulevard temporarily closed its doors for the first time due to safety concerns. The Chabad House issued a message saying that “for the first time, the Chabad House will not open on Shabbat morning; the police do not have the situation under control and today is a very dangerous day.”
At another synagogue in the city, emails were sent to members of the community before Shabbat, warning of the riots. “In the Eli Dray synagogue they recommended us not to conduct services in the morning,” said Tova and Yehoshua Nagler who were staying in the city for Shabbat. “The caretaker announced that anyone who nevertheless wants to go will only be able to enter until nine in the morning, and take into account that the synagogue will remain closed until evening because the gates will be closed from inside, so they asked people who come to pray to bring food along.”
‘The Jews are pulling the strings’
On Route A6, the main artery between Paris and Marseilles, a huge banner was hung on a bridge, accusing Jews of controlling French President Emmanuel Macron. The banner read: “Macron is a whore of the Jews.” Social networks have also become an arena for spreading anti-Semitic expression. Thus, for example, a message circulated by an anonymous source wearing a mask: “It was the rich Jews who brought Macron to power so that he would be their puppet and they are pulling the strings. The Jews are responsible for the lowering of taxes on the rich and for the whole financial situation.”
In another video, an activist from the “Yellow Vests” invited demonstrators to come to a Chabad Hanukkah candle lighting, saying: “The Jewish people celebrate while the French have nothing to eat.” The anti-Semitic French entertainer Dieudonné M’bala M’bala and his admirers joined the demonstrators and gave the Nazi salute.
A video circulated on the social networks of French musician Stephen Ballet, who lives in Istanbul, inciting protesters to “understand that the real enemy is the Jews.” Ballet, an esteemed musician with a racist reputation, last week uploaded a YouTube video which garnered 36,000 views before it was blocked. In the video, Ballet claims that lighting Hanukkah candles in front of the Eiffel Tower “while the French are dying of hunger” is a deliberate provocation by Jews against the French people. He also expressed regret that he could not come and “say hello” to the Jews who lit the candles.

An increase in number of French Jews wishing to emigrate

The International Fellowship of Christians and Jews, which helps Jews immigrate to Israel, noted that following the events in France there has been a surge in the number of Jews interested in immigrating to Israel. Uriel Saada, head of the France Desk at the Fellowship, said that he received dozens of requests from Jewish families interested in immigrating to Israel.
“Only last Friday I received about ten phone calls, which is very rare because usually they do not call at all on Fridays,” he said. According to Saada, since police forces in Paris are occupied with the riots and attempts to restore order, the Jews began to secure the synagogues themselves, and even warned the weekend that it would be better not to bring children to prayers.
He also noted that the trend of Jewish families planning to immigrate to Israel is increasing. “As long as the activists do not accept what they are demanding — raising the minimum wage — the situation will continue and may even escalate. I do not think that everyone will rush in and make this move, but there is no visible end to this protest.”
Rabbi Yechiel Eckstein, president of the Fellowship, said: “Anti-Semitism in France has become widespread and very blatant in recent years, and the authorities are still acting feebly against it. Due to the situation, we are prepared with the necessary resources to assist any Jew who wishes to immigrate to Israel through us and be successfully absorbed in Israel.”We are also working in France and throughout Europe to secure Jewish institutions. I hope that the European leadership will succeed in its efforts to eradicate anti-Semitism, but until then it is important that we all stand guard.”

Mimétisme: Superman confirme Girard (Hagiography: Superhero imagery boosts our helping intentions and causes us to feel our lives have more meaning, but social media ‘like’ buttons can cause malicious envy, researchers confirm)

30 novembre, 2018
Watching superhero movies just might help you become a better person. A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities. A still from the 2016 Superman film is pictured Researchers found that subtle superhero imagery boosted participants' helping intentions, which in turn caused some to feel their lives had more meaning. Stock imageA team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content. A study of Facebook users found the 'like' button is used to maintain relationships or to develop new ones
Regarde, et fais d’après le modèle qui t’est montré sur la montagne. Le Seigneur (Exode 25: 40)
En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. (…) Je ne puis rien faire de moi-même: selon que j’entends, je juge; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Jésus (Jean 5: 19-30)
Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Jésus (Matthieu 5:48)
Je ne fais rien de moi-même, mais je parle selon ce que le Père m’a enseigné. Jésus (Jean 8: 28)
Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. Jésus (Jean 13: 15)
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 35-37)
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. Saint Paul (I Corinthiens 11 : 1)
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19: 18
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Jésus (Matthieu 7: 12)
Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux (…) Il leur dit: Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux (…), si c’est un garçon, faites-le mourir; si c’est une fille, laissez-la vivre. Un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. Cette femme devint enceinte et enfanta un fils. Elle vit qu’il était beau, et elle le cacha pendant trois mois. Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix; elle y mit l’enfant, et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. (…) La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit, et vit l’enfant: c’était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit: C’est un enfant des Hébreux! (…) Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux. Exode (1: 15 – 2: 1-10)
Jerry Siegel, un garçon intellectuellement et physiquement circoncis qui a ses sièges sociaux à New York, est l’inventeur d’une figure colorée dotée d’un physique impressionnant, d’un corps puissant et d’un maillot de bain rouge qui possède la capacité de voler à travers l’éther. L’inventif Israélite a baptisé ce type sympathique au corps surdéveloppé et à l’esprit sous-développé « Superman. » Il a clamé haut et fort le sens de la justice de ce Superman, parfait modèle pour la jeunesse américaine. Comme on peut le voir, il n’y a rien que les Sadducéens ne feront pour gagner de l’argent! (…) Une image finale triomphante montre Superman, le conquérant de la mort, s’invitant au siège des moulins à paroles de la Ligue des Nations à Genève. Bien que les règles de l’établissement interdisent probablement aux personnes vêtues de maillots de bain de participer à leurs discussions, Superman les ignore tout comme les autres lois de la physique, de la logique, et de la vie en général. Il apporte avec lui le méchant ennemi allemand ainsi que la Russie Soviétique. Certes, il vaudrait probablement mieux ignorer ces élucubrations de Jerry Israel Siegel, mais il y a une entourloupe. Les audacieux exploits de Superman sont ceux d’un doryphore. Il travaille dans l’obscurité, de manière incompréhensible. Il crie « Force ! Courage ! Justice! » aux désirs nobles des enfants américains. Au lieu de profiter de l’occasion pour encourager des vertus vraiment utiles, il sème la haine, le soupçon, le mal, la paresse, et la criminalité dans leurs jeunes coeurs (..) Jerry Siegellack pue. Malheur à la jeunesse américaine, qui doit vivre dans une atmosphère si empoisonnée et ne remarque même pas le poison qu’elle avale quotidiennement. Das Schwarze Korps (hebdomadaire des SS, le 25 avril, 1940)
C’est ainsi qu’une innocente souris peut cacher, dans son ombre, un grand fauve hitlérien. (…) L’esthétique de Brick Bradford est celle du music hall, femmes nues ou peu s’en faut, hommes non moins déshabillés, défilés de girls empanachées, baisers et étreintes partout, c’est le plus bas et le plus direct appel au sexe. Qu’on n’oublie pas que cette publication est lue par des enfants de huit à seize ans et qu’une telle littérature de style Folies-Bergères est de nature à compromettre leur formation et leur équilibre sexuel. Georges Sadoul (1938?)
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Exode 20: 17
Les envieux mourront, mais non jamais l’envie. Molière (Tartuffe, V, III)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
« Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’agir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
Des neurones qui stimulent en même temps, sont des neurones qui se lient ensemble. Règle de Hebb (1949)
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…) et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. De toutes ces applications du désir mimétique, j’en suis venu à la théorie plus globale d’une « psychologie mimétique » – qui trouve également une vérification dans la découverte des neurones miroirs et leur rôle dans l’apprentissage. Le désir de l’autre entraîne le déclenchement de mon désir. Mais il entraîne aussi, ainsi, la formation du moi. En fait, c’est le désir qui engendre le moi par son mouvement. Nous sommes des « moi du désir ». Sans le désir, né en miroir, nous n’existerions pas ! Seulement voilà : le temps psychologique fonctionnant à l’inverse de celui de l’horloge, le moi s’imagine être possesseur de son désir, et s’étonne de voir le désir de l’autre se porter sur le même objet que lui. Il y a là deux points nodaux, qui rendent la psychologie mimétique scientifique, en étant aussi constants et universels que la gravitation l’est en physique : la revendication du moi de la propriété de son désir et celle de son antériorité sur celui de l’autre. Et comme la gravitation, qui permet aussi bien de construire des maisons que de faire voler des avions, toutes les figures de psychologie – normale ou pathologique – ne sont que des façons pour le sujet de faire aboutir ces deux revendications. On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. (…) Boris Cyrulnik explique (…) que – souvent par défaut d’éducation et pour n’avoir pas été suffisamment regardé lui-même – l’être humain peut ne pas avoir d’empathie. Les neurones miroirs ne se développent pas, ou ils ne fonctionnent pas, et cela donne ce que Cyrulnik appelle un pervers. Je ne sais pas si c’est vrai, ça mérite une longue réflexion. (…) Ce rôle de la pression sociale est extraordinairement bien expliqué dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littel. Il montre qu’en fait, ce sont des modèles qui rivalisent : révolté dans un premier temps par le traitement réservé aux prisonniers, le personnage principal, officier SS, finit par renoncer devant l’impossibilité de changer les choses. Ses neurones miroirs sont tellement imprégnés du modèle SS qu’il perd sa sensibilité aux influences de ses propres perceptions, et notamment à la pitié. Il y a lutte entre deux influences, et les neurones miroirs du régime SS l’emportent. La cruauté envers les prisonniers devient finalement une habitude justifiée. Plutôt qu’une absence ou carence des neurones miroirs, cela indique peut-être simplement la force du mimétisme de groupe. Impossible de rester assis quand la « ola » emporte la foule autour de vous lors d’un match de football – même si vous n’aimez pas le foot ! Parce que tous vos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. De même, les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des auditeurs ou spectateurs. Et c’est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d’un groupe en viennent à s’exprimer de la même façon. Il semblerait normal que les neurones miroirs soient dotés, comme les autres, d’une certaine plasticité. Ils agissent en tout cas tout au long de la vie. Et la pression du groupe n’a pas besoin d’être totalitaire : dans nos sociétés, c’est de façon « spontanée » que tout le monde fait la même chose. Jean-Michel Oughourlian
You might be a rock ‘n’ roll addict prancing on the stage You might have drugs at your command, women in a cage But you’re gonna have to serve somebody Well, it may be the devil or it may be the Lord But you’re gonna have to serve somebody … Bob Dylan
Contrary to western mythology, black resistance to American apartheid did not come purely through Ghandi and nonviolence .… Rather, slave revolts and self-defense and tactics otherwise divergent from Dr. King or Gandhi were equally important to preserving safety and attaining freedom. If we are to operate in true solidarity with the Palestinian people, we must allow Palestinian people the same range of opportunity and political possibility.If we are standing in solidarity with the Palestinian people, we must recognize the right of an occupied people to defend itself. We must prioritize peace, but we must not romanticize or fetishize it. We must advocate and promote nonviolence at every opportunity, but cannot endorse a narrow politics of respectability that shames Palestinians for resisting, for refusing to do nothing in the face of state violence and ethnic cleansing. We have an opportunity to not just offer solidarity in words but to commit to political action, grassroots action, local action, and international action that will give us what justice requires. And that is a free Palestine from the river to the sea. Marc Lamont Hill
Nous devons donner au peuple palestinien le même éventail d’opportunités et de possibilités politiques. Si nous sommes solidaires du peuple palestinien, nous devons reconnaître le droit d’un peuple occupé à se défendre. Nous devons défendre et promouvoir la non-violence chaque fois que l’occasion se présente, mais nous ne pouvons souscrire à une politique étroite de respectabilité qui fait honte aux Palestiniens qui résistent, qui refusent de faire quoi que ce soit face à la violence étatique et au nettoyage ethnique. (…) Nous avons l’occasion non seulement d’offrir notre solidarité en paroles, mais aussi de nous engager dans l’action politique, l’action à la base, l’action locale et l’action internationale qui nous donneront ce que la justice exige, à savoir une Palestine libre du fleuve à la mer. Marc Lamont Hill
Cette phrase n’était pas un appel à détruire quoi que ce soit ou qui que ce soit (…) Dans mon discours, j’ai parlé de la nécessité de revenir aux frontières d’avant 1967, de donner tous les droits aux citoyens palestiniens d’Israël et d’autoriser le droit au retour. Il ne s’agit en aucun cas d’un appel à la destruction d’Israël. C’est absurde en soi. Je soutiens la liberté de la Palestine. Je soutiens l’auto-détermination de la Palestine. Je suis profondément critique de la politique et des pratiques d’Israël.  Je ne soutiens pas l’antisémitisme, l’assassinat de personnes juives, ou toutes les autres choses attribuées à mon discours. J’ai passé ma vie à combattre ces choses. Marc Lamont Hill
While social networking sites are powerful tools for building relationships, research has shown that certain social media features can adversely affect users. For instance, a study found that impersonal gestures such as the one-click ‘like’ communication may not promote user well-being. A particularly harmful byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative social comparisons. A review of research on the topic has found that social media use correlates with measurable increases in envy and depression. These feelings of envy can take two different forms: malicious envy and benign envy. Malicious envy involves resentment and a desire to harm the other person. Benign envy involves admiration and a desire to obtain what the other person possesses. One of the studies in the review involved 194 college-aged Facebook users in Germany. In this study, researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’ These digital showrooms allow people to present the best version of themselves for everyone else to see. Often, people use the number of likes to judge others and themselves. That little heart-shaped button becomes a publicly quantifiable measure of social support. According to this research, the ‘like’ button works as a ‘mechanism to compare oneself with others.’ The number of ‘likes,’ make social support quantifiable. It can then be easily viewed for making social comparisons. Daily Mail
Given that superheroes are an increasingly large and accessible part of our cultures, even if merely symbolically, we were interested in exploring their role in inspiring virtuous and meaningful lives. These experiments highlight how even the subtle activation of heroic constructs through visual images of superheroes may influence intentions to help as well as actual helping behaviour. Heroes loom large as exemplars of morality. They often embody virtues that we wish to express in our lives. If subtle images of heroes trigger such positive behaviors, their inspirational role may well have the potential to extend beyond the prosocial behaviors explored in this study. Jeffrey Green (Virginia Commonwealth University)
Being generous really does make people happier, according to research from an international team of experts. Neurons in an area of the brain associated with generosity activate neurons in the ventral striatum, which are associated with happiness, the study found. In the future, the team says it would be useful to explore the effects of real-life heroic figures as well, instead of just fictional superheroes. Different types of media, including talking or writing about a hero, may also influence a person’s prosocial inclinations. Daily Mail
Si Jésus ne parle jamais en termes d’interdits et toujours en termes de modèles et d’imitation, c’est parce qu’il tire jusqu’au bout la leçon du dixième commandement. Ce n’est pas par narcissisme qu’il nous recommande de l’imiter lui-même, c’est pour nous détourner des rivalités mimétiques. Sur quoi exactement l’imitation de Jésus-Christ doit-elle porter ? Ce ne peut pas être sur ses façons d’être ou ses habitudes personnelles : il n’est jamais question de cela dans les Evangiles. Jésus ne propose pas non plus une règle de vie ascétique au sens de Thomas a Kempis et de sa célèbre Imitation de Jésus-Christ, si admirable que soit cet ouvrage. Ce que Jésus nous invite à imiter c’est son propre désir, c’est l’élan qui le dirige lui, Jésus, vers le but qu’il s’est fixé : ressembler le plus possible à Dieu le Père. L’invitation à imiter le désir de Jésus peut sembler paradoxale car Jésus ne prétend pas posséder de désir propre, de désir « bien à lui ». Contrairement à ce que nous prétendons nous-mêmes, il ne prétend pas « être lui-même », il ne se flatte pas de « n’obéir qu’à son propre désir ». Son but est de devenir l’image parfaite de Dieu. Il consacre donc toutes ses forces à imiter ce Père. En nous invitant à l’imiter lui, il nous invite à imiter sa propre imitation. Loin d’être paradoxale, cette invitation est plus raisonnable que celle de nos gourous modernes. Ceux-ci nous invitent tous à faire le contraire de ce qu’ils font eux-mêmes, ou tout au moins prétendent faire. Chacun d’eux demande à ses disciples d’imiter en lui le grand homme qui n’imite personne. Jésus, tout au contraire, nous invite à faire ce qu’il fait lui-même, à devenir tout comme lui un imitateur de Dieu le Père. Pourquoi Jésus regarde-t-il le Père et lui-même comme les meilleurs modèles pour tous les hommes ? Parce que ni le Père ni le Fils ne désirent avidement, égoïstement. Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Il donne aux hommes sans compter, sans marquer entre eux la moindre différence. Il laisse les mauvaises herbes pousser avec les bonnes jusqu’au temps de la moisson. Si nous imitons le désintéressement divin, jamais le piège des rivalités mimétiques ne se refermera sur nous. C’est pourquoi Jésus dit aussi : « Demandez et l’on vous donnera… » Lorsque Jésus déclare que, loin d’abolir la Loi, il l’accomplit, il formule une conséquence logique de son enseignement. Le but de la Loi, c’est la paix entre les hommes. Jésus ne méprise jamais la Loi, même lorsqu’elle prend la forme des interdits. A la différence des penseurs modernes, il sait très bien que, pour empêcher les conflits, il faut commencer par les interdits. L’inconvénient des interdits, toutefois, c’est qu’ils ne jouent pas leur rôle de façon satisfaisante. Leur caractère surtout négatif, saint Paul l’a bien vu, chatouille en nous, forcément, la tendance mimétique à la transgression. La meilleure façon de prévenir la violence consiste non pas à interdire des objets, ou même le désir rivalitaire, comme fait le dixième commandement, mais à fournir aux hommes le modèle qui, au lieu de les entraîner dans les rivalités mimétiques, les en protégera. (…) Loin de surgir dans un univers exempt d’imitation, le commandement d’imiter Jésus s’adresse à des êtres pénétrés de mimétisme. Les non-chrétiens s’imaginent que, pour se convertir, il leur faudrait renoncer à une autonomie que tous les hommes possèdent naturellement, une autonomie dont Jésus voudrait les priver. En réalité, dès que nous imitons Jésus, nous nous découvrons imitateurs depuis toujours. Notre aspiration à l’autonomie nous agenouillait devant des êtres qui, même s’ils ne sont pas pires que nous, n’en sont pas moins de mauvais modèles en ceci que nous ne pouvons pas les imiter sans tomber avec eux dans le piège des rivalités inextricables. (…) Même si le mimétisme du désir humain est le grand responsable des violences qui nous accablent, il ne faut pas en conclure que le désir mimétique est mauvais. Si nos désirs n’étaient pas mimétiques, ils seraient à jamais fixés sur des objets prédéterminés, ils seraient une forme particulière d’instinct. Les hommes ne pourraient pas plus changer de désir que les vaches dans un pré. Sans désir mimétique il n’y aurait ni liberté ni humanité. Le désir mimétique est intrinsèquement bon. L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir. Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide. Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre. Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs. Cet emprunt se fait souvent sans que ni le prêteur ni l’emprunteur s’en aperçoivent. Ce n’est pas seulement leur désir qu’on emprunte à ceux qu’on prend pour modèles c’est une foule de comportements, d’attitudes, de savoirs, de préjugés, de préférences, etc., au sein desquels l’emprunt le plus lourd de conséquences, le désir, passe souvent inaperçu. La seule culture vraiment nôtre n’est pas celle où nous sommes nés, c’est la culture dont nous imitons les modèles à l’âge où notre puissance d’assimilation mimétique est la plus grande. Si leur désir n’était pas mimétique, si les enfants ne choisissaient pas pour modèles, forcément, les êtres humains qui les entourent, l’humanité n’aurait ni langage ni culture. Si le désir n’était pas mimétique, nous ne serions ouverts ni à l’humain ni au divin. C’est dans ce dernier domaine, nécessairement, que notre incertitude est la plus grande et notre besoin de modèles le plus intense. René Girard (Je vois Satan tomber comme l’éclair)

Après Harry Potter, devinez qui confirme René Girard ?

A l’heure où les apprentis-sorciers qui nous gouvernent …

N’ont de cesse de casser, au nom de l’ouverture à l’autre, tout ce qui nous restait de protections et de frontières …

Et pouvait encore nous retenir ensemble ou nous empêcher du moins de nous entre-tuer …

Où un universitaire américain et intervenant à CNN pousse la solidarité avec le peuple palestinien jusqu’à appeler en pleine session des Nations unies à rien de moins que la Solution finale

Et au moment où la science confirme, comme accélérateurs d’envie, les effets potentiellement délétères de nos médias sociaux

Voilà que l’on redécouvre, entre Superman et Spiderman, les vertus de la contemplation de ces nouvelles images pieuses et de ces nouvelles vies de saints …

Mais aussi comme l’avait magistralement théorisé le regretté René Girard

Cette nécessité proprement humaine où nous sommes …

De nous trouver des modèles qui ne se transforment pas en rivaux …

Seeing images of superheroes makes people more likely to help others in real life

Participants were exposed to images containing superheroes or neutral objects
They found people who saw superhero images were more likely to be prosocial
The effects applied to both intentions and their likelihood to help in tedious task
Cheyenne Macdonald
The Daily Mail
26 November 2018

Watching superhero movies just might help you become a better person.

A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities.

While the imagery wasn’t enough to reshape participants’ perception of their own purpose, the researchers found it did boost their helping intentions, which in turn caused some to feel their lives had more meaning.

Watching superhero movies just might help you become a better person. A new study has found that exposure to superhero imagery, even in subtle forms, can inspire people to help others and engage in pro-social activities. A still from the 2016 Superman film is pictured

‘Given that superheroes are an increasingly large and accessible part of our cultures, even if merely symbolically, we were interested in exploring their role in inspiring virtuous and meaningful lives,’ says Dr Jeffrey Green of the Virginia Commonwealth University.

‘Heroes come in many shapes and forms. Some are fictional and others are real-life role models.

‘We decided to study the effect of well-known fictional heroes, such as Superman or Spiderman, as people may tend to be more motivated to emulate behaviors where there is a little realism.’

More than 200 participants in the study were exposed to common household images which either contained superheroes or neutral objects, such as a bicycle.

Those who were primed with the superhero imagery reported they were more likely to partake in prosocial behaviors.

In a second experiment, participants were invited to actually help with a tedious experiment, rather than simply report their intentions.

And, the team found those who had been primed with a Superman poster were much more likely to help than those exposed to neutral imagery.

‘These experiments highlight how even the subtle activation of heroic constructs through visual images of superheroes may influence intentions to help as well as actual helping behaviour,’ Green says.

In the future, the team says it would be useful to explore the effects of real-life heroic figures as well, instead of just fictional superheroes.

Different types of media, including talking or writing about a hero, may also influence a person’s prosocial inclinations.

‘Heroes loom large as exemplars of morality,’ Green says.

‘They often embody virtues that we wish to express in our lives. If subtle images of heroes trigger such positive behaviors, their inspirational role may well have the potential to extend beyond the prosocial behaviors explored in this study.’

DOES GENEROSITY BRING HAPPINESS?

Being generous really does make people happier, according to research from an international team of experts.

Neurons in an area of the brain associated with generosity activate neurons in the ventral striatum, which are associated with happiness, the study found.

A group of 50 volunteers in Switzerland took part in a spending experiment, with each given 25 Swiss Francs (£20/$25) per week for four weeks.

As part of the experiment, participants performed an independent decision-making task, in which they could behave more or less generously while brain activity was measured using functional magnetic resonance imaging (fMRI).

They were asked to choose to give between three and 25 francs of their money as a present to a recipient different from those previously chosen.

The researchers found that participants who had committed to spending their endowment on others behaved more generously in the decision-making task.

They also discovered greater self-reported increases in happiness as compared to the control group.

The full results were published in the journal Nature Communications.

Voir aussi:

Why the like button should be banned: Researchers warn they lead to malicious envy and call for an ‘ethical overhaul’ of social media sites

The ‘like’ buttons on Facebook and Twitter are likely to cause malicious envy

Social media users use the ‘like’ button as a gauge of social support and when a post receives little recognition, it’s likely to heightens feelings of depression

People behind the platforms should be cognizant of how their design decisions – such as the like button – have real ‘ripple effects’ on society over time
A. Trevor Sutton
The Daily mail
27 November 2018

Jack Dorsey, Twitter’s founder and CEO, was recently reported to have questioned how the site ‘incentivizes people to want (the number of likes on their posts) to go up.’

He also said that ‘he was not a fan of the heart-shaped (‘like’) button and that Twitter would be getting rid of it ‘soon.’

Twitter has since released a statement indicating that there are no immediate plans to remove the ‘like’ button.

Whatever the future of Twitter’s ‘like’ button may be, as a scholar of social media and religion I’d argue that the cute little heart-shaped button on Twitter and Facebook is far more impactful than it appears.

Twitter is considering killing off the ‘like’ button on its platform. CEO Jack Dorsey has spoken out at length about how it may contribute to negative behavior on the site

WHY IS THE LIKE BUTTON EVIL? 

Many studies have shown that the ‘like button’ on social media platforms has tangible effects on users’ mental health, leading to negative social comparisons.

In particular, the like button has been found to increase envy and depression.

The like button fuels two types of envy: benign envy and malicious envy.

Benign envy mostly concerns us comparing ourselves to other people and feeling jealous, while malicious envy results in not just jealousy, but also the desire to harm someone.

Researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’

The ‘like’ button is not there by accident.

Instead, this one-click feature exists as an intentional design decision.

Like most big tech companies, Twitter has an entire department dedicated to understanding users.

Every feature and font, based on their research, is there to maximize the overall user experience.

The design decisions furtively influence users’ feelings and behaviors.

Chris Nodder, a user experience researcher and the author of ‘Evil by Design,’ explains how designers must always ask the question: ‘How do we influence behavior through the medium of software?’

In other words, design decisions are made not only to improve a users’ experience but also influence their behaviors.

The ‘like’ button is one example.

While the heart-shaped button is seemingly only for expressing appreciation for the content of a social media post, researchers have determined that people use the button for many other reasons.

A team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content.

Another study of Facebook users found that the ‘like’ button is used to maintain relationships with existing friends or to develop new relationships.

A team of researchers, for example, found that users in the United States often chose to like something for bonding purposes rather than simply liking the content. A study of Facebook users found the ‘like’ button is used to maintain relationships or to develop new ones

IS TWITTER KILLING OFF THE LIKE BUTTON?

Twitter could soon kill off the ‘Like’ button.

The social media giant said it’s in the ‘early stages’ of considering whether or not to remove the like button, which appears as a heart icon, as part of an overall redesign of the platform.

It comes after CEO Jack Dorsey reportedly said that he would get rid of the heart-shaped button ‘soon.’

Some have noted that Twitter may get rid of the like button and, in its place, emphasize the ‘Bookmark’ feature rolled out earlier this year.

Twitter has gradually introduced new features to its platform while phasing out others, as it works to improve the ‘health’ of its platform.

The firm continues to face big concerns around the proliferation of hate speech, harassment and other toxic user behavior on the site.

People may use the ‘like’ button as a way to publicly show closeness to another person, or even as an effort toward dating someone.

The point being that the ‘like’ button does far more than just express how much a person likes a particular picture or post.

Research has also shown that the ‘like’ button is not entirely harmless.

While social networking sites are powerful tools for building relationships, research has shown that certain social media features can adversely affect users.

For instance, a study found that impersonal gestures such as the one-click ‘like’ communication may not promote user well-being.

According to Facebook researcher Moira Burke and Robert Kraut, an emeritus professor at Carnegie Mellon University, ‘simply reading about friends, receiving text communication from weak ties, and receiving one-click communication did not affect well-being.’

On the other hand, more personal and direct communication such as a direct message or personalized comment can have an impact on user well-being.

A particularly harmful byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative social comparisons.

A review of research on the topic has found that social media use correlates with measurable increases in envy and depression.

These feelings of envy can take two different forms: malicious envy and benign envy.

Malicious envy involves resentment and a desire to harm the other person. Benign envy involves admiration and a desire to obtain what the other person possesses.

A byproduct of the ‘like’ button is found in the way social networking sites foster negative comparisons. Research has found social media is linked with increases in envy and depression

HOW CAN SOCIAL MEDIA HARM USERS’ HEALTH?

Twitter isn’t the first social media giant to look into how its platform affects users’ health.

Facebook admitted in December that the site could be damaging to people’s health if used the wrong way.

The company recommended that people use Facebook in an active, rather than passive, way, by communicating with friends, instead of just scrolling through their fee

Facebook said it consulted with social psychologists, social scientists and sociologists to determine that the site can be good for users’ well-being if used the right way

By interacting with people when you use Facebook, it can improve your well-being, according to the company.

The report came after a former Facebook executive Chamath Palihapitiya said Facebook ‘destroyed how society works’.

Facebook went on to say that while there were some downsides to social media, that by and large it has the potential for benefits if it’s used correctly.

In January, Facebook also acknowledged that social media can harm democracy.

One of the studies in the review involved 194 college-aged Facebook users in Germany.

In this study, researchers found that ‘the closer the relationship, the more a Facebook user will experience benign envy.’

These digital showrooms allow people to present the best version of themselves for everyone else to see.

Often, people use the number of likes to judge others and themselves.

That little heart-shaped button becomes a publicly quantifiable measure of social support.

According to this research, the ‘like’ button works as a ‘mechanism to compare oneself with others.’

The number of ‘likes,’ make social support quantifiable. It can then be easily viewed for making social comparisons.

Given the impact of social networking sites on the feelings and behaviors of billions of users, I believe there needs to be an ethical component to designing these technologies.

As Twitter is busy ‘rethinking everything,’ the company would do well to think about how the platform is shaping the feelings and behaviors of its users.

Michigan Tech humanities scholar Robert Johnson, in his book, ‘User-Centered Technology,’ writes how technologies have ‘ripple effects’ that ‘shape culture in defining ways.’

The same argument is true for social networking sites.

As such, every design feature – even that little heart-shaped button – must be carefully scrutinized.


Vulgarisation: Même Hollande s’y était mis (With over 400,000 sold, L’Histoire de France Pour Les Nuls tops sales for non-English Dummies titles)

25 novembre, 2018
Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité. (…) Parmi quelques hommes excellents, il y en eut de faibles, de médiocres & de tout à fait mauvais. De là cette bigarrure dans l’ouvrage où l’on trouve une ébauche d’écolier, à côté d’un morceau de maître ; une sottise voisine d’une chose sublime, une page écrite avec force, pûreté, chaleur, jugement, raison, élégance au verso d’une page pauvre, mesquine, plate & misérable. Diderot
Imaginez un monde où chaque individu peut accéder gratuitement à la totalité des connaissances de l’humanité. C’est ce que nous voulons faire. Jimmy Wales
Consulter Wikipedia, c’est comme poser des questions à un type rencontré dans un bar. Vous pouvez tomber sur un physicien nucléaire ou… le premier cinglé venu! Paul Vallely
On n’avait pas connu une telle mobilisation, une telle émotion du monde instruit depuis L’Encyclopédie de D’Alembert et Diderot (1772), accusée elle aussi de déposséder les « maîtres » de leur pouvoir. Bruno Le Gendre
Wikipedia est une encyclopédie, et toutes les encyclopédies ont des limites intrinsèques. (…) Les encyclopédies « vous donnent les têtes de chapitre »; elles sont  » le Reader’s Digest de la connaissance en profondeur « . Il y a cinquante ans, l’encyclopédie familiale offrait cette  » notion brute de fonderie sur un nom ou une idée « ; désormais c’est Internet qui joue ce rôle et de plus en plus Wikipedia. (…) Mais faut-il reprocher à Wikipedia l’appétit pour de l’information prédigérée et préparée ou pour la tendance à croire que tout ce qu’on lit est vrai? Ce problème existait déjà à l’époque des encyclopédies familiales. Et une des solutions cruciales est restée la même: Prendre plus de temps à enseigner les limites de toutes les sources d’information, y compris Wikipedia, et à souligner les qualités d’analyse critique des sources primaires et secondaires. (…) Si les historiens croient que ce qu’on trouve gratuitement sur la Toile est de mauvaise qualité, alors nous avons la responsabilité de rendre de meilleures sources d’information disponibles en ligne. Pourquoi autant de nos revues universitaires sont-elles enfermées derrière les grilles de l’abonnement? Que dire de l’American National Biography Online—écrite par des historiens professionnels, soutenue par nos sociétés savantes, et avec des millions de dollars de subventions venant de fondations et de l’Etat? Pourquoi n’est-elle disponible qu’aux bibliothèques qui paient souvent des milliers de dollars par an, plutôt qu’à tout le monde sur la Toile comme l’est Wikipedia? Les historiens professionnels ne devraient-ils pas se joindre à la grande democratisation de l’accès au savoir que reflètent Wikipedia et l’Internet en général? (…) Pourrions-nous, par exemple, écrire à plusieurs mains un manuel d’histoire des EU qui serait en accès libre et gratuit pour tous nos étudiants ? Après tout, les deux douzaines de manuels en usage dans nos universités se recoupent massivement, aussi bien dans les contenus factuels que dans l’interprétation. Malgré tout, cela n’empêche pas chaque éditeur de demander aux auteurs de systématiquement repartir de zéro. Un manuel  » libre  » garantirait non seulement un accès libre à la lecture, mais il permettrait à chacun de contribuer librement à la rédaction. (…) Un enseignant qui n’apprécierait pas la présentation de la guerre de 1812 pourrait écrire une autre version, libre aux autres utilisateurs de l’intégrer ou non à l’ouvrage. De même, un professeur qui estimerait que l’histoire du Nouveau-Mexique au XIXe siècle occupe une place insuffisante pourrait proposer de compléter le chapitre. Roy Rosenzweig
J’aime Renaud sur certains chansons… pas toutes. Celle-là, je ne l’ai pas entendue, donc je ne peux pas vous dire si je l’aime ou pas. Nadine Morano
Déjà, en avril 2011, Nadine Morano, alors invitée de la matinale de Canal+ avait été interrogée sur le constructeur automobiles mais avait répondu à côté… (…) avant d’être reprise par la journaliste, estomaquée. Cette séquence avait animé les médias et les réseaux sociaux à l’époque. Cette fois, c’est la chaîne d’informations franceinfo qui a confondu le chanteur et le constructeur français. En plein sommaire, « Renault recrute 1000 CDI » s’inscrit sur l’écran, tandis que des images de Renaud sur scène sont projetées en arrière-plan. « Renault va embaucher mille personnes en CDI d’ici la fin de l’année. Le constructeur automobile a besoin de main d’oeuvre pour mener à bien ses nouveaux projets. Reportage à suivre dans l’usine de Sandouville » nous dit la journaliste avec aplomb. Un fail – signé du stagiaire de franceinfo ? – qui amuse la toile depuis plusieurs heures déjà... Charts in France
Zadig et Voltaire. C’est une leçon de vie et je m’y replonge d’ailleurs assez souvent. Frédéric Lefebvre
J’avoue sans aucun problème que je n’ai pas du tout le temps de lire depuis deux ans (…) Je lis beaucoup de notes, beaucoup de textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP mais je lis très peu. Fleur Pellerin
Je suis un peu scandalisée quand je lis certaines choses ! Ce n’est pas parce que j’ai dit que je lisais *moins* actuellement – et ça me semble naturel quand on travaille 16 heures par jour – qu’il y a deux ans où je lisais à peu près deux livres par semaine. Et j’entends dire que je suis inculte, je trouve ça proprement scandaleux ! Je n’ai aucune difficulté à le dire, j’ai toujours été une très grande lectrice, et donc faire ce procès je trouve ça absolument lamentable. Je ne vois pas très bien comment on peut s’autoriser à déformer mes propos : j’ai dit que je lisais *moins*, je n’ai pas dit que je ne lisais *pas*. J’ai lu beaucoup pendant mes vacances, je peux faire des fiches de lecture à ceux qui le souhaitent … Voilà, on n’est pas autorisé à raconter n’importe quoi. Fleur Pellerin
La nostalgie, et notamment la nostalgie de l’Algérie française, n’apportera rien de bon. Aujourd’hui, on a besoin de regarder l’avenir avec de l’optimisme et le Front national n’aime pas la France. Le Front national n’est pas un parti républicain, c’est rance, c’est triste. La France, elle a besoin d’optimisme et de regarder son histoire avec lucidité, mais elle a aussi besoin de regarder l’avenir. Je suis mobilisé parce que je ne veux pas que le Front national soit le premier parti de France. Manuel Valls
Nous sommes rentrés dans un monde de puissances, qui se développent à l’échelle planétaire, dans une forme de concurrence et un ordre qui reste à composer. L’Europe est face à un risque : celui de se démembrer par la lèpre nationaliste et d’être bousculée par des puissances extérieures. Et donc de perdre sa souveraineté. C’est-à-dire d’avoir sa sécurité qui dépende des choix américains et de ses changements, d’avoir une Chine de plus en plus présente sur les infrastructures essentielles, une Russie qui parfois est tentée par la manipulation, des grands intérêts financiers et des marchés qui dépassent parfois la place que les États peuvent prendre. (…) Je suis frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres. Dans une Europe qui est divisée par les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique, on voit presque méthodiquement se réarticuler tout ce qui a rythmé la vie de l’Europe de l’après Première Guerre mondiale à la crise de 1929. Il faut l’avoir en tête, être lucide, savoir comment on y résiste. Emmanuel Macron
Les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort: des idéologies nouvelles manipulent des religions, l’Histoire menace de reprendre son cours tragique. Emmanuel Macron
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant ‘nos intérêts d’abord et qu’importent les autres !’, on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre : ses valeurs morales. Emmanuel Macron
Quand je regarde le monde où nous vivons, l’Europe est de plus en plus fracturée. Quand je regarde le monde où nous vivons, vous avez des puissances autoritaires qui réémergent et qui se réarment aux confins de l’Europe. Nous sommes basculés par les tentatives d’intrusion dans le cyberespace et l’intervention d’ailleurs dans notre vie démocratique de plusieurs… Nous nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique. Quand je vois le président Trump annoncer il y a quelques semaines le fait qu’ils sortent d’un grand traité de désarmement, qui avait été pris je le rappelle après la crise des euromissiles, au milieu des années 80, qui avaient frappé l’Europe, qui en est la victime principale? L’Europe et sa sécurité. (…) Moi je crois dans un projet d’une Europe souveraine, d’une Europe puissante. On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante. Moi, je veux construire un vrai dialogue de sécurité avec la Russie, qui est un pays que je respecte, qui est européen. Mais on doit avoir une Europe qui se défend, davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis, et de manière plus souveraine» Emmanuel Macron
Le président Macron vient de suggérer que l’Europe construise sa propre armée pour se protéger contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Très insultant mais peut-être que l’Europe devrait d’abord payer sa part à l’OTAN que les Etats-Unis subventionnent largement !  Donald Trump
On ne devrait jamais imiter Mitterrand. François Hollande n’est pas Tonton et Manuel Valls n’est pas Max Gallo. En 1983, l’historien, alors porte-parole du gouvernement, publiait à la fin du mois de juillet une tribune de très bonne facture dans Le Monde: «Les intellectuels, la politique et la modernité.» Il y déplorait l’abandon par la gauche de la bataille des idées et le silence des penseurs et des philosophes retirés «sur l’Aventin». Le 5 mars dernier, Manuel Valls lançait à son tour «Où sont les intellectuels? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture qui doivent monter eux aussi au créneau? Où est la gauche?» C’est le même qui, pourtant, rejetait dans les rayons de l’enfer un essayiste, un romancier et un philosophe dont les œuvres cristallisent une large partie des angoisses contemporaines et qui à eux trois vendent des centaines de milliers de livres. Le Suicide français, d’Éric Zemmour, selon Manuel Valls, ne méritait pas d’être lu. La France ça n’est pas «celle de Houellebecq» a-t-il affirmé. Enfin, il s’est embrouillé dans ses fiches, sur Europe 1, en estampillant, malgré lui, Bernard-Henri Lévy comme penseur officiel du régime et en tatouant sur le bras de Michel Onfray le signe infâmant de l’extrême droite. Si l’on comprend bien le premier ministre, le silence des intellectuels est révoltant quand ils sont issus de la gauche morale mais impératif quand ils ont emprunté d’autres chemins. Pour savoir qui doit parler et qui doit se taire, s’adresser à l’hôtel Matignon. Cette approche enfantine illustre la place qu’ont véritablement les intellectuels dans l’esprit du gouvernement (et disons-le de la plus grande part de la droite): des pions noirs ou blancs que des communicants, plus ou moins incultes, placent sur le damier. L’ouvrage de François Bazin,Les Ombres d’un président (Plon),détaille avec cruauté cette paresse et cette indifférence chez François Hollande. La littérature et la vie de l’esprit établissent pourtant des liens indestructibles entre l’homme public et la population. Plus encore que la séance du marché le samedi matin, la lecture de Balzac expose toutes les nuances de l’âme humaine et de l’ambition, celle de Proust des vanités sociales et des intermittences du cœur. Les Particules élémentaires ou Soumission offrent un tableau de la classe moyenne que les sociologues mettront dix ans à établir dans leurs rapports. Mais ceux qui nous gouvernent ou souhaiteraient le faire considèrent le livre comme un meuble. L’ornement secondaire d’une ambition accomplie. Le chef de l’État assume son ignorance et se fait prendre en photo, sourire ravi, avec L’Histoire de France pour les Nuls. Manuel Valls ne sait pas qui est Hélie de Saint Marc, Fleur Pellerin se fout de Modiano, Frédéric Lefebvre confond Zadig et Voltaire, Nicolas Sarkozy s’est longtemps demandé à quoi pouvait bien servir La Princesse de Clèves. Les journalistes, reconnaissons-le, ne sont pas en reste. Ils classent eux aussi les auteurs chez les blancs ou chez les noirs sans même prendre la peine d’ouvrir leur livre. Christophe Guilluy, géographe de gauche qui ne cesse d’essai en essai d’établir les causes de la dérive identitaire, est qualifié de «pousse» de la droite la plus réactionnaire. L’auteur de L’Insécurité culturelle, Laurent Bouvet, alerte la gauche sur ses impensés: il est renvoyé sur l’autre rive parce qu’il a osé évoquer la crise de l’intégration. L’œuvre d’Alain Finkielkraut, maître de l’inquiétude et de la nuance, est réduite au rang de tract pour le Front national. Leurs noms remplissent les listes noires. Contre eux, le lexique olfactif, «rance», «moisi», est exploité jusqu’à la nausée. Tous sont coupables du même crime: plutôt que de peindre une surréalité heureuse, ils livrent par fragments les peurs et les espérances de l’inconscient collectif. En un mot, ils appellent un chat, un chat. Ce que les sondeurs voient venir, à la veille des élections départementales, ils l’annoncent et le déplorent depuis des années. Ils ne se sont pas contentés de publier des essais et d’attendre «sur l’Aventin». Ils supportent les ricanements, les couleurs criardes des studios de télévision, les comiques pas drôles, les critiques jaloux. En vain. Certes, les politiques les reçoivent, les écoutent, les raccompagnent, leur tapotent l’épaule, mais l’idée ne leur est pas encore venue de jeter un œil sur leurs livres. Pas le temps: le rappeur Joey Starr, fondateur de l’inoubliable Nique ta mère, vient dîner à l’Élysée. Vincent Tremolet de Villers
Dans le passé, le patriotisme a été souvent compris comme défense de la liberté politique, qu’il s’agisse de la liberté d’une nation ou d’une autre entité, une cité, une ville, un royaume, une province. Il était classique d’opposer Pétain et De Gaulle sur ce point: le patriotisme du Général De Gaulle l’a conduit à la résistance, alors que le nationalisme du Maréchal Pétain l’a poussé au contraire à la collaboration avec l’Allemagne nazie. Cette opposition, valable pour l’époque, n’est plus très évidente dans le contexte actuel. Le souverainisme n’est pas fasciste par nature, la liberté politique prend parfois un chemin nationaliste, comme on l’a vu à chaque phase de décolonisation ou de fin d’un empire. L’éclatement de l’Union soviétique en plusieurs États-nations en est l’exemple le plus récent. Dans les années 20, De Gaulle avait douté de l’efficacité du Traité de Versailles, aujourd’hui exagérément tenu pour responsable de tous les maux du siècle, parce que, selon le général inquiet, il n’offrait pas assez de garanties contre une remilitarisation de l’Allemagne. L’avenir ne lui a pas donné tort. Aujourd’hui une telle analyse serait probablement qualifiée de nationaliste et non de patriotique. Dans un autre registre, De Gaulle, dirigeant une France active dans le Marché Commun européen de l’époque, n’hésitait pas à utiliser la politique de la «chaise vide» ou des rapports de force. Il semble que ces positions sont nationalistes, tout au moins si l’on suit la définition suggérée par le président Macron dans son discours: «nos intérêts d’abord et qu’importent les autres!» L’opposition entre patriotisme et nationalisme n’est pas nouvelle chez les présidents français: De Gaulle se considérait uniquement comme patriote et rejetait le terme «nationaliste» sur les pétainistes. Quant à Mitterrand, il déclarait d’une part devant le Parlement européen en janvier 1995: «le nationalisme, c’est la guerre!» et parlait quelques mois plus tard, le 8 mai 1995 à Berlin, du patriotisme des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit, remarquons-le, du «patriotisme» des soldats d’Hitler et d’une armée qui a combattu jusqu’au bout, même quand la guerre était évidemment perdue. Quelle liberté défendaient-ils? Le nationalisme non-violent proclamé et pratiqué par Gandhi apparaît préférable au supposé patriotisme des soldats allemands des années 40. Emmanuel Macron a utilisé cette opposition entre patriotisme et nationalisme devant 70 chefs d’État du monde entier qui parlent des dizaines de langues différentes. Cela pose un vrai problème de traduction. Toutes les langues ne font pas une telle distinction entre «patriotisme» et «nationalisme». Il aurait au moins fallu préciser en quoi le patriotisme se distinguait du nationalisme, ce qui dans de nombreuses langues oblige à distinguer deux sortes de nationalisme. Quant au patriotisme, n’est-il que politique? Une mesure protectionniste, par exemple, est-elle nationaliste ou patriotique? Autre exemple: la défense d’une langue, est-ce nationaliste ou patriotique? Le but du président, si l’on adopte un point de vue plus mondial que provincial dans l’usage des mots, revenait à faire la différence entre un «bon» et un «mauvais» nationalisme, et à faire entrer les dirigeants de certains pays (suivez mon regard…) dans la case des mauvais. (…) Si l’on écoute le discours de Macron avec des oreilles d’historien, ce qu’il tente de faire, c’est de «dégermaniser» ces deux conflits, en attribuant toute la responsabilité à des passions nationalistes très générales, très vagues. On oublie au passage les rivalités entre l’Allemagne et les autres empires coloniaux, en premier lieu le Royaume-Uni et la France. On met Angela Merkel au centre de la cérémonie et «en même temps», on relègue dans l’ombre les Britanniques. Le Brexit a-t-il un rapport avec la Guerre de 14? Pour expliquer sérieusement la Première Guerre et ses atrocités, il faut au minimum parler des nationalismes et des impérialismes. Au pluriel! Quant à la Seconde Guerre mondiale, dans cette perspective, elle se trouve également dégermanisée, présentée comme moment du nazisme, du totalitarisme, apogée du fascisme. Les situations nationales historiques deviennent secondaires au regard de la possibilité du fascisme à toute époque, en tout lieu. Hitler est vu comme un dictateur antisémite à la tête d’un totalitarisme concentrationnaire. Toute continuité avec les politiques de Bismarck ou de Stresemann a disparu. La volonté politique de revanche dans les années 30 n’était pourtant pas le monopole des nazis. Et la rivalité avec le communisme stalinien pour la suprématie mondiale semble n’avoir joué aucun rôle dans la constitution du nazisme comme totalitarisme. C’est pourtant lui qui donnait certains éléments du modèle totalitaire, et non les passions nationalistes ou patriotiques du début du siècle. Dans les millions d’exemplaires de Mein Kampf vendus avant 1933, les thèmes racistes, conspirationnistes et exterminateurs, très nouveaux, voisinent avec la reprise d’une politique de militarisme et d’expansion bien antérieure au nazisme. Et puis il y a des causes imputables aux démocraties européennes et au stalinisme. La France a agi à contretemps: l’intransigeance de Poincaré au début des années 20 n’a pas aidé l’Allemagne de Weimar. Après 1925 c’est l’erreur inverse, et c’est quand l’Allemagne devient revancharde que Briand fait une politique de compromis dépourvue de fermeté. Pire, Staline renvoie dos à dos sociaux-démocrates et nazis, contribuant ainsi à la victoire de ces derniers aux élections de 1933. Il signe un pacte germano-soviétique quelques années plus tard. Toutes ces erreurs à répétition sont une des causes de la guerre de 40. (…) Le monde d’aujourd’hui est tellement différent de celui des années 30! L’économie s’est mondialisée, globalisée, l’Union européenne existe, de nouvelles tensions religieuses sont apparues. (…) Ce genre de comparaison est largement contre-productif. Cela ne permet pas d’identifier les causes spécifiques de la poussée des nationalismes actuels, qui sont entre autres choses, un mouvement de défense économique et d’inquiétude ethnoculturelle. Le nationalisme des années 30 était, au contraire, un nationalisme de conquête et entraînait une compétition aux conséquences impérialistes. Le nationalisme contemporain veut protéger ses frontières, celui des années 30 les franchissait par la force et la guerre. Il existe plusieurs types de nationalismes, comme il existe plusieurs types de démocraties, plusieurs catégories de dictatures, plusieurs sortes d’économie de marché… Le nationalisme de Gandhi n’est pas le nationalisme de Bismarck et celui de Franco n’est pas celui de Mandela. Certains nationalismes sont fascistes et d’autres démocratiques. Si le nationalisme d’aujourd’hui était vraiment celui des années 30, alors cela signifierait l’imminence d’un totalitarisme ou de la dictature sous sa forme la plus brutale. Notons au passage que l’impact du communisme soviétique dans l’Europe des années 30 est toujours oublié ou gommé dans les raccourcis historiques qu’on nous propose. Emmanuel Macron semble faire la critique d’un nationalisme illibéral, qui refuse les droits de l’homme et s’oppose à la démocratie. Le nationalisme qui perce aujourd’hui en Europe ou dans le monde (aux États-Unis, au Royaume-Uni par exemple) s’appuie sur des procédures démocratiques (élections, référendums) et se manifeste comme réaction face aux changements économiques, sociaux et culturels. Qu’est-ce qui doit définir le nationalisme aujourd’hui? Trump ou Poutine? Erdogan ou Bolsonaro? Le Brexit ou le souverainisme écossais? On voit bien qu’une réponse unique est absurde. Se protéger n’est pas toujours méprisable et la compétition sans fin, sans limite, sans frontière n’améliore pas toujours la qualité de la vie. Il faut donc se méfier des oppositions binaires trop creuses, telles qu’«ouvert/fermé», «repli/diversité». S’il ne s’agit pas de propagande, il s’agit au minimum de simplification, non exempte d’intérêts matériels bien cachés. Le capitalisme contemporain s’est paré d’un vernis d’ouverture. Comme si l’ouverture des marchés était le seul véritable cosmopolitisme. Sans parler des dégâts écologiques et toxicologiques induits. Limiter les pires effets du commerce mondialisé n’est ni nationaliste, ni patriotique. Seuls ceux qui s’opposent à toute limitation ont intérêt à les qualifier ainsi. Gil Delannoi
D’un pacifisme à l’autre. En quelques jours, Emmanuel Macron est passé d’Angela Merkel à Philippe Pétain. Il y a une semaine, il voulait un 11 novembre civil, voué à célébrer l’amitié-franco-allemande et voilà qu’il nous ressort le père de la Collaboration. Lui qui, il y a quelques jours encore, prétendait escamoter le souvenir de l’affrontement militaire, pour ne pas fâcher nos amis allemands avec ces sombres rappels, craint aujourd’hui qu’on efface les faits d’armes du vainqueur de Verdun. Entretemps, le président a sans doute remarqué que, dans les rangs de l’armée, l’idée de démilitariser la mémoire de la guerre n’avait pas le succès escompté. Sans doute a-t-il cru se rattraper avec cet hommage aux maréchaux, y compris au moins sortable d’entre eux. Croire que l’on peut câliner les militaires en honorant (même entre autres) celui qui a trahi la patrie qu’ils servent, c’est au minimum désinvolte et au pire insultant. Ce grand écart prouve bien, si besoin était, que la mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. L’histoire recherche (avec plus ou moins de bonheur) la vérité. La mémoire choisit, hiérarchise, promeut, sacralise ou oublie. En l’occurrence, elle n’a pas très bien choisi. Depuis qu’a éclaté cette nouvelle affaire Pétain, les défenseurs du président se drapent dans la vérité historique et accusent leurs contradicteurs de céder à l’injonction du politiquement correct. Une belle entourloupe. Nul ne conteste que Pétain fut un des artisans de la drôle de victoire de 1918, ni que c’est ce passé qui lui a permis, en 1940, d’accéder à la direction du pays. S’il y a discussion, c’est en réalité, sur le Pétain de 1940, en particulier depuis qu’Eric Zemmour a remis au goût du jour la thèse du glaive et du bouclier. Du reste, aucune discussion ne devrait être interdite quant à l’histoire et son interprétation. Il n’y a pas d’histoire officielle – fût-elle écrite par Paxton. En revanche, il y a bel et bien une mémoire officielle. Et Emmanuel Macron n’est pas prof d’histoire, il est le médiateur privilégié de cette mémoire. « Le futur n’efface pas le passé », affirme l’historien Michel Goya dans Le Figaro. Personne ne veut effacer le passé. Mais le président ne s’est pas contenté de rappeler factuellement la contribution de Pétain à la Grande guerre, ce qui aurait été parfaitement acceptable, il a déclaré qu’il était légitime de l’honorer. Même si on sait qu’il n’a voulu honorer que le vainqueur de Verdun, cette position est difficilement tenable. Simone Veil serait-elle au Panthéon si elle avait tué ou volé ? Sans doute que non. Une vie humaine ne se découpe pas en tranches aussi aisément. Ajoutons qu’aujourd’hui, n’importe quel grand homme suspecté d’avoir troussé trop de jupons serait décrété inéligible à l’hommage de la nation – à l’exception de Johnny Hallyday, mais lui, c’était un artiste… Philippe Pétain a été condamné à l’indignité nationale et, comme me l’apprend l’excellent Jean-Baptiste Roques, de la web-télé La France libre, la première mesure de ses geôliers, après sa condamnation, a été de le priver de son uniforme. Le 15 août 1945, Philippe Pétain a cessé d’être un soldat. Il appartient à l’histoire de l’armée française – car on ne peut pas réécrire l’histoire – pas à sa mémoire. Il en a été effacé au nom du peuple français. Emmanuel Macron n’a pas le pouvoir de l’y réintégrer. Macron (…) voulait-il adresser un clin d’œil au parti zemmourien – non pas que celui-ci soit pétainiste dans l’âme mais parce que beaucoup, en son sein, considèrent que le fait de ne pas partager l’opinion générale au sujet du maréchal (ça il paraît qu’il l’est toujours car maréchal n’est pas un titre militaire) est le comble de l’insolence ? Peut-être a-t-il simplement fait une gaffe. On nous bassine depuis des jours avec son « itinérance mémorielle » – qui a donc inventé un truc aussi ridicule ? On imaginait que des tas de conseillers avaient planché sur le contenu, voire qu’ils s’étaient interrogés sur le traitement à réserver au cas Pétain. Que le président, sur un sujet aussi épineux, se contente d’improviser, c’est un peu fâcheux. (…) Mais pour nombre de lecteurs de Zemmour, comme chez beaucoup de dieudonnistes, agiter le nom de Pétain est d’abord l’une des mille façons d’épater le bourgeois. (…) Ce qui rend la bourde d’Emmanuel Macron passablement agaçante, c’est que, jusque-là, il était un anti-pétainiste de choc, qui multipliait les allusions lourdingues sur le retour des années 30, suivez mon regard. Traquant les miasmes des heures les plus sombres chez ses adversaires populistes, il se campait volontiers en Saint Georges terrassant la nouvelle bête immonde. Et il est vraisemblable qu’il recommencera dès que le 11 novembre sera derrière lui et qu’il entrera en campagne pour les européennes. En somme, Macron voit du pétainisme partout, sauf sur la tombe de Pétain. Reste que la magie qui lui a permis de faire passer son incohérence idéologique pour la pratique du consensuel « en même temps » a cessé d’opérer. « Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel » (ou en l’occurrence pour Raphaël Glucksmann, nouvel espoir de la gauche), ça ne marche pas. Ça veut juste dire que le président nous prend pour des billes. Elisabeth Lévy
Avant, les spécialistes réputés rechignaient à collaborer avec nous ; aujourd’hui, ce sont eux qui nous sollicitent. Vincent Barbare
Souvenez-vous, cet été, François Hollande en train de lire L’Histoire de France pour les Nuls, pendant ses vacances dans le sud de la France… La photo n’est pas passée inaperçue. « Même Hollande s’y est mis », clamait un article du Nouvel Observateur sur le succès de ce titre, sorti fin 2004 aux Éditions First et vendu, à ce jour, à 430 000 exemplaires. Les Guignols en ont fait leurs choux gras, exhibant la marionnette du premier secrétaire du PS le livre entre les mains ! Une consécration pour l’auteur, Jean-Joseph Julaud, 56 ans, prof d’histoire-géo et de français pendant trente ans dans un collège de Conquereuil (Loire-Atlantique), qui a signé ensuite La Littérature française pour les Nuls et qui vient récemment de rempiler avec La Géographie française pour les Nuls. Il revient de loin, lui dont les élites ont longtemps boudé l’entreprise, sa typographie, son ton potache, et cette façon de prendre constamment le lecteur par la main. For Dummies est né aux États-Unis en 1993 à l’initiative d’un jeune informaticien soucieux de rendre la micro-informatique intelligible aux néophytes. Gros succès, des licences dans le monde entier, du Para Totos portugais au Per Negati italien, et déjà 150 millions d’exemplaires écoulés. Quelques variantes sur le jardinage, le tricot, la santé et le bien-être. Les Éditions First, fondées en 1992, sont justement sur ce créneau. Pourquoi ne pas l’élargir à d’autres domaines de la connaissance, réputés moins accessibles ? « Puisque le concept marchait si bien pour l’informatique, qui représente toujours un quart des ventes de la collection, nous avons eu l’idée de le décliner sur d’autres thèmes, avec des créations spécifiquement françaises », explique Vincent Barbare, PDG des Éditions First pour la France. Au début, l’éditeur américain est sceptique mais La Bible pour les Nuls, qui paraît en 2003 et se vendra à quelque 35 000 exemplaires, le convainc de laisser le champ libre à sa licence française. Laquelle, depuis, a enfoncé le clou, multipliant son chiffre d’affaires par quinze en dix ans (40 millions d’euros en 2006) avec la philosophie (60 000 exemplaires vendus), la mythologie, l’histoire de l’art, la culture générale, l’Égypte ancienne, l’opéra, la franc-maçonnerie, sans oublier la chanson française, dernier ouvrage paru (…) Du reste, bon nombre d’enseignants ont été séduits par la formule, même s’il reste quelques sceptiques. En tout cas, aujourd’hui, les auteurs se bousculent au portillon (…) Avis à François Hollande : un titre sur la politique française est en préparation… Le Figaro
Et si Emmanuel Macron se mettait à L’Histoire pour les nuls ?

A l’heure où, de François Lefebvre à Nadine Morano ou de Manuel Valls à Fleur Pellerin …

Les lapsus ou rares accents de vérité de nos responsables politiques surmenés sur leurs ignorances respectives font les choux gras de nos médias en panne de contenu …

Et où entre une variation sur lexique olfactif du « rance » ou du « moisi …
Un lamento sur « les heures les plus sombres de notre histoire », « le retour des années 30 » ou « la lèpre nationaliste » …
Un appel aux armes à l’Europe contre les cyberattaques russes et chinoises comme américaines …
Ou une leçon d’histoire publique à son principal invité au centenaire même du premier, sans compter les 50 ans de bouclier nucléaire contre l’ours communiste, de ses deux sauvetages du Vieux continent …
Un président français au plus bas dans les sondages  se prend les pieds dans le tapis d’une bien improbable défense du maréchal Pétain
Au moment même où se vérifie presque quotidiennement dans la rue …
Les avertissements d’un Finkielkraut à un Zemmour ou d’un Houellbecq à un Guilluy …
Et sans compter les pestiférés de la famille Le Pen
Des lanceurs d’alerte longtemps voués aux gémonies sur la colère du peuple qui montait …
Comment ne pas regretter …
Cette étrange suspicion qui semble s’attacher après le cas, on s’en souvient, de l’encyclopédie collaborative Wikipedia

A une étonnante et méritante entreprise de vulgarisation …

Qui née aux États-Unis sous le titre de For Dummies mais écrite à l’heure des premiers balbutiements de la micro-informatique voilà 25 ans par des spécialistes à l’instar du jeune informaticien Dan Gookin qui en fut à l’initiative …

Se décline depuis dans tous les domaines et la plupart des grandes langues de la planète …

Et qui avec L’Histoire de France pour les nuls …

Et ses plus de 400 000 titres vendus et l’aide bien involontaire d’un autre président français …
A produit le best-seller non-anglophone absolu de la célèbre collection aux bandes noire et jaune ?
Des Nuls plébiscités
Delphine Peras
le Figaro
15/10/2007

SOUVENEZ-VOUS, cet été, François Hollande en train de lire L’Histoire de France pour les Nuls, pendant ses vacances dans le sud de la France… La photo n’est pas passée inaperçue. « Même Hollande s’y est mis », clamait un article du Nouvel Observateur sur le succès de ce titre, sorti fin 2004 aux Éditions First et vendu, à ce jour, à 430 000 exemplaires. Les Guignols en ont fait leurs choux gras, exhibant la marionnette du premier secrétaire du PS le livre entre les mains ! Une consécration pour l’auteur, Jean-Joseph Julaud, 56 ans, prof d’histoire-géo et de français pendant trente ans dans un collège de Conquereuil (Loire-Atlantique), qui a signé ensuite La Littérature française pour les Nuls et qui vient récemment de rempiler avec La Géographie française pour les Nuls. Il revient de loin, lui dont les élites ont longtemps boudé l’entreprise, sa typographie, son ton potache, et cette façon de prendre constamment le lecteur par la main. For Dummies est né aux États-Unis en 1993 à l’initiative d’un jeune informaticien soucieux de rendre la micro-informatique intelligible aux néophytes. Gros succès, des licences dans le monde entier, du Para Totos portugais au Per Negati italien, et déjà 150 millions d’exemplaires écoulés. Quelques variantes sur le jardinage, le tricot, la santé et le bien-être. Les Éditions First, fondées en 1992, sont justement sur ce créneau.

Derniers titres : L’Histoire de l’art pour les Nuls ; La Géographie française pour les Nuls ; La Mythologiepour les Nuls ; L’Opéra pour les Nuls ; L’Égypte ancienne pour les Nuls ; La Culture générale pour les Nuls (en librairie le 6 décembre) ; Le Rugby pour les Nuls (en librairie le 17 janvier) ; L’Arabe pour les Nuls (14 janvier) et, pour le mois de mars, est annoncée La Politique pour les Nuls.
Voir aussi:

Nationalisme vs. patriotisme : « Il faut se méfier des oppositions binaires »
Paul Sugy
Le Figaro
14/11/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Lors de la cérémonie de célébration des 100 ans de l’armistice, à Paris, ce dimanche, Emmanuel Macron a opposé le nationalisme au patriotisme. Mais pour Gil Delannoi, tout n’est pas si simple : ce chercheur rappelle qu’il n’existe pas un, mais des nationalismes, et que celui d’aujourd’hui n’est pas celui des années 30.

Gil Delannoi est docteur en science politique, professeur à Sciences Po et chercheur au CEVIPOF. Il a notamment publié La Nation contre le nationalisme (PUF, 2018).

FIGAROVOX.- Emmanuel Macron a déclaré dimanche, dans son discours de commémoration de l’armistice: «le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme: le nationalisme en est la trahison». Que vous inspirent ces propos?

Gil DELANNOI.- Il y a deux façons de comprendre cette phrase: au passé, auquel cas on parle du nationalisme tel qu’il s’est manifesté dans l’histoire, ou alors au présent, et il faudrait en ce cas savoir plus précisément et plus clairement ce qu’Emmanuel Macron désigne par là.

Dans le passé, le patriotisme a été souvent compris comme défense de la liberté politique, qu’il s’agisse de la liberté d’une nation ou d’une autre entité, une cité, une ville, un royaume, une province. Il était classique d’opposer Pétain et De Gaulle sur ce point: le patriotisme du Général De Gaulle l’a conduit à la résistance, alors que le nationalisme du Maréchal Pétain l’a poussé au contraire à la collaboration avec l’Allemagne nazie. Cette opposition, valable pour l’époque, n’est plus très évidente dans le contexte actuel. Le souverainisme n’est pas fasciste par nature, la liberté politique prend parfois un chemin nationaliste, comme on l’a vu à chaque phase de décolonisation ou de fin d’un empire. L’éclatement de l’Union soviétique en plusieurs États-nations en est l’exemple le plus récent.

Dans les années 20, De Gaulle avait douté de l’efficacité du Traité de Versailles, aujourd’hui exagérément tenu pour responsable de tous les maux du siècle, parce que, selon le général inquiet, il n’offrait pas assez de garanties contre une remilitarisation de l’Allemagne. L’avenir ne lui a pas donné tort. Aujourd’hui une telle analyse serait probablement qualifiée de nationaliste et non de patriotique. Dans un autre registre, De Gaulle, dirigeant une France active dans le Marché Commun européen de l’époque, n’hésitait pas à utiliser la politique de la «chaise vide» ou des rapports de force. Il semble que ces positions sont nationalistes, tout au moins si l’on suit la définition suggérée par le président Macron dans son discours: «nos intérêts d’abord et qu’importent les autres!»

L’opposition entre patriotisme et nationalisme n’est pas nouvelle chez les présidents français: De Gaulle se considérait uniquement comme patriote et rejetait le terme «nationaliste» sur les pétainistes. Quant à Mitterrand, il déclarait d’une part devant le Parlement européen en janvier 1995: «le nationalisme, c’est la guerre!» et parlait quelques mois plus tard, le 8 mai 1995 à Berlin, du patriotisme des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit, remarquons-le, du «patriotisme» des soldats d’Hitler et d’une armée qui a combattu jusqu’au bout, même quand la guerre était évidemment perdue. Quelle liberté défendaient-ils? Le nationalisme non-violent proclamé et pratiqué par Gandhi apparaît préférable au supposé patriotisme des soldats allemands des années 40.

Emmanuel Macron a utilisé cette opposition entre patriotisme et nationalisme devant 70 chefs d’État du monde entier qui parlent des dizaines de langues différentes. Cela pose un vrai problème de traduction. Toutes les langues ne font pas une telle distinction entre «patriotisme» et «nationalisme». Il aurait au moins fallu préciser en quoi le patriotisme se distinguait du nationalisme, ce qui dans de nombreuses langues oblige à distinguer deux sortes de nationalisme. Quant au patriotisme, n’est-il que politique? Une mesure protectionniste, par exemple, est-elle nationaliste ou patriotique? Autre exemple: la défense d’une langue, est-ce nationaliste ou patriotique? Le but du président, si l’on adopte un point de vue plus mondial que provincial dans l’usage des mots, revenait à faire la différence entre un «bon» et un «mauvais» nationalisme, et à faire entrer les dirigeants de certains pays (suivez mon regard…) dans la case des mauvais.

La guerre, en particulier les deux conflits mondiaux du XXe siècle, est-elle seulement imputable au nationalisme?

Non. Si l’on écoute le discours de Macron avec des oreilles d’historien, ce qu’il tente de faire, c’est de «dégermaniser» ces deux conflits, en attribuant toute la responsabilité à des passions nationalistes très générales, très vagues. On oublie au passage les rivalités entre l’Allemagne et les autres empires coloniaux, en premier lieu le Royaume-Uni et la France. On met Angela Merkel au centre de la cérémonie et «en même temps», on relègue dans l’ombre les Britanniques. Le Brexit a-t-il un rapport avec la Guerre de 14? Pour expliquer sérieusement la Première Guerre et ses atrocités, il faut au minimum parler des nationalismes et des impérialismes. Au pluriel! Quant à la Seconde Guerre mondiale, dans cette perspective, elle se trouve également dégermanisée, présentée comme moment du nazisme, du totalitarisme, apogée du fascisme. Les situations nationales historiques deviennent secondaires au regard de la possibilité du fascisme à toute époque, en tout lieu. Hitler est vu comme un dictateur antisémite à la tête d’un totalitarisme concentrationnaire. Toute continuité avec les politiques de Bismarck ou de Stresemann a disparu. La volonté politique de revanche dans les années 30 n’était pourtant pas le monopole des nazis. Et la rivalité avec le communisme stalinien pour la suprématie mondiale semble n’avoir joué aucun rôle dans la constitution du nazisme comme totalitarisme. C’est pourtant lui qui donnait certains éléments du modèle totalitaire, et non les passions nationalistes ou patriotiques du début du siècle. Dans les millions d’exemplaires de Mein Kampf vendus avant 1933, les thèmes racistes, conspirationnistes et exterminateurs, très nouveaux, voisinent avec la reprise d’une politique de militarisme et d’expansion bien antérieure au nazisme.

Et puis il y a des causes imputables aux démocraties européennes et au stalinisme. La France a agi à contretemps: l’intransigeance de Poincaré au début des années 20 n’a pas aidé l’Allemagne de Weimar. Après 1925 c’est l’erreur inverse, et c’est quand l’Allemagne devient revancharde que Briand fait une politique de compromis dépourvue de fermeté. Pire, Staline renvoie dos à dos sociaux-démocrates et nazis, contribuant ainsi à la victoire de ces derniers aux élections de 1933. Il signe un pacte germano-soviétique quelques années plus tard. Toutes ces erreurs à répétition sont une des causes de la guerre de 40.

Tout ramener au nationalisme est un raccourci. Cette interprétation fait s’écrouler plusieurs pans de l’histoire, n’en retient que quelques-uns. Une telle conception de l’amitié est discutable: rappeler les faits n’est en rien un obstacle à la réconciliation, bien au contraire. Entre amis on se doit la vérité, et on prend plaisir au franc-parler. Les guerres sont des compétitions que l’on perd ou gagne d’abord sur le terrain militaire. La France a perdu deux fois sur trois face à l’Allemagne. L’Allemagne a perdu les deux dernières guerres en raison de leur mondialisation. Garder en mémoire les victimes ne doit pas obliger à méconnaître les détails de l’histoire. La paix aujourd’hui ne reproduira pas celle du passé. Ce qui la menace est, au moins, aussi différent que comparable aux dangers du passé.

Emmanuel Macron a également multiplié les références aux années 30 ces derniers jours. Là encore, la comparaison avec aujourd’hui est-elle valable?

Le monde d’aujourd’hui est tellement différent de celui des années 30! L’économie s’est mondialisée, globalisée, l’Union européenne existe, de nouvelles tensions religieuses sont apparues.

On pourrait tout aussi bien comparer la période actuelle avec un bon nombre d’autres époques. Pourquoi pas les années 1900, par exemple? Ce genre de comparaison est largement contre-productif. Cela ne permet pas d’identifier les causes spécifiques de la poussée des nationalismes actuels, qui sont entre autres choses, un mouvement de défense économique et d’inquiétude ethnoculturelle. Le nationalisme des années 30 était, au contraire, un nationalisme de conquête et entraînait une compétition aux conséquences impérialistes. Le nationalisme contemporain veut protéger ses frontières, celui des années 30 les franchissait par la force et la guerre.

Il existe plusieurs types de nationalismes, comme il existe plusieurs types de démocraties, plusieurs catégories de dictatures, plusieurs sortes d’économie de marché… Le nationalisme de Gandhi n’est pas le nationalisme de Bismarck et celui de Franco n’est pas celui de Mandela. Certains nationalismes sont fascistes et d’autres démocratiques. Si le nationalisme d’aujourd’hui était vraiment celui des années 30, alors cela signifierait l’imminence d’un totalitarisme ou de la dictature sous sa forme la plus brutale. Notons au passage que l’impact du communisme soviétique dans l’Europe des années 30 est toujours oublié ou gommé dans les raccourcis historiques qu’on nous propose.

Emmanuel Macron semble faire la critique d’un nationalisme illibéral, qui refuse les droits de l’homme et s’oppose à la démocratie. Le nationalisme qui perce aujourd’hui en Europe ou dans le monde (aux États-Unis, au Royaume-Uni par exemple) s’appuie sur des procédures démocratiques (élections, référendums) et se manifeste comme réaction face aux changements économiques, sociaux et culturels. Qu’est-ce qui doit définir le nationalisme aujourd’hui? Trump ou Poutine? Erdogan ou Bolsonaro? Le Brexit ou le souverainisme écossais? On voit bien qu’une réponse unique est absurde. Se protéger n’est pas toujours méprisable et la compétition sans fin, sans limite, sans frontière n’améliore pas toujours la qualité de la vie. Il faut donc se méfier des oppositions binaires trop creuses, telles qu’«ouvert/fermé», «repli/diversité». S’il ne s’agit pas de propagande, il s’agit au minimum de simplification, non exempte d’intérêts matériels bien cachés. Le capitalisme contemporain s’est paré d’un vernis d’ouverture. Comme si l’ouverture des marchés était le seul véritable cosmopolitisme. Sans parler des dégâts écologiques et toxicologiques induits. Limiter les pires effets du commerce mondialisé n’est ni nationaliste, ni patriotique. Seuls ceux qui s’opposent à toute limitation ont intérêt à les qualifier ainsi. Il faut observer sérieusement et tâcher de comprendre précisément les causes et les effets des nationalismes contemporains, et les relier aux défaillances des sociétés dans lesquelles ils émergent.

Manuel Valls, les intellectuels et l’inculture triomphante


Le Figaro
20/03/2015

FIGAROVOX/ ANALYSE- Plus de trente ans après Max Gallo, Manuel Valls se plaint du silence des intellectuels. Pour Vincent Trémolet de Villers les politiques ne les lisent pas et les utilisent comme des outils de communication.

Vincent Tremolet de Villers est rédacteur en chef des pages Débats/opinions du Figaro et du FigaroVox

On ne devrait jamais imiter Mitterrand. François Hollande n’est pas Tonton et Manuel Valls n’est pas Max Gallo. En 1983, l’historien, alors porte-parole du gouvernement, publiait à la fin du mois de juillet une tribune de très bonne facture dans Le Monde: «Les intellectuels, la politique et la modernité.» Il y déplorait l’abandon par la gauche de la bataille des idées et le silence des penseurs et des philosophes retirés «sur l’Aventin». Le 5 mars dernier, Manuel Valls lançait à son tour «Où sont les intellectuels? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture qui doivent monter eux aussi au créneau? Où est la gauche?» C’est le même qui, pourtant, rejetait dans les rayons de l’enfer un essayiste, un romancier et un philosophe dont les œuvres cristallisent une large partie des angoisses contemporaines et qui à eux trois vendent des centaines de milliers de livres.

Le Suicide français, d’Éric Zemmour, selon Manuel Valls, ne méritait pas d’être lu. La France ça n’est pas «celle de Houellebecq» a-t-il affirmé. Enfin, il s’est embrouillé dans ses fiches, sur Europe 1, en estampillant, malgré lui, Bernard-Henri Lévy comme penseur officiel du régime et en tatouant sur le bras de Michel Onfray le signe infâmant de l’extrême droite.

Si l’on comprend bien le premier ministre, le silence des intellectuels est révoltant quand ils sont issus de la gauche morale mais impératif quand ils ont emprunté d’autres chemins. Pour savoir qui doit parler et qui doit se taire, s’adresser à l’hôtel Matignon. Cette approche enfantine illustre la place qu’ont véritablement les intellectuels dans l’esprit du gouvernement (et disons-le de la plus grande part de la droite): des pions noirs ou blancs que des communicants, plus ou moins incultes, placent sur le damier. L’ouvrage de François Bazin,Les Ombres d’un président (Plon),détaille avec cruauté cette paresse et cette indifférence chez François Hollande.

La littérature et la vie de l’esprit établissent pourtant des liens indestructibles entre l’homme public et la population. Plus encore que la séance du marché le samedi matin, la lecture de Balzac expose toutes les nuances de l’âme humaine et de l’ambition, celle de Proust des vanités sociales et des intermittences du cœur. Les Particules élémentaires ou Soumission offrent un tableau de la classe moyenne que les sociologues mettront dix ans à établir dans leurs rapports. Mais ceux qui nous gouvernent ou souhaiteraient le faire considèrent le livre comme un meuble. L’ornement secondaire d’une ambition accomplie. Le chef de l’État assume son ignorance et se fait prendre en photo, sourire ravi, avec L’Histoire de France pour les Nuls. Manuel Valls ne sait pas qui est Hélie de Saint Marc, Fleur Pellerin se fout de Modiano, Frédéric Lefebvre confond Zadig et Voltaire, Nicolas Sarkozy s’est longtemps demandé à quoi pouvait bien servir La Princesse de Clèves.

Les journalistes, reconnaissons-le, ne sont pas en reste. Ils classent eux aussi les auteurs chez les blancs ou chez les noirs sans même prendre la peine d’ouvrir leur livre. Christophe Guilluy, géographe de gauche qui ne cesse d’essai en essai d’établir les causes de la dérive identitaire, est qualifié de «pousse» de la droite la plus réactionnaire. L’auteur de L’Insécurité culturelle, Laurent Bouvet, alerte la gauche sur ses impensés: il est renvoyé sur l’autre rive parce qu’il a osé évoquer la crise de l’intégration. L’œuvre d’Alain Finkielkraut, maître de l’inquiétude et de la nuance, est réduite au rang de tract pour le Front national. Leurs noms remplissent les listes noires. Contre eux, le lexique olfactif, «rance», «moisi», est exploité jusqu’à la nausée. Tous sont coupables du même crime: plutôt que de peindre une surréalité heureuse, ils livrent par fragments les peurs et les espérances de l’inconscient collectif. En un mot, ils appellent un chat, un chat. Ce que les sondeurs voient venir, à la veille des élections départementales, ils l’annoncent et le déplorent depuis des années. Ils ne se sont pas contentés de publier des essais et d’attendre «sur l’Aventin». Ils supportent les ricanements, les couleurs criardes des studios de télévision, les comiques pas drôles, les critiques jaloux. En vain. Certes, les politiques les reçoivent, les écoutent, les raccompagnent, leur tapotent l’épaule, mais l’idée ne leur est pas encore venue de jeter un œil sur leurs livres. Pas le temps: le rappeur Joey Starr, fondateur de l’inoubliable Nique ta mère, vient dîner à l’Élysée.

Voir également:

Hélie de Saint Marc,l’honneur d’un commandant

Etienne de Montety

Le Figaro
16/03/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Robert Ménard a rebaptisé ce samedi l’une des rues de Béziers «Commandant Hélie Denoix de Saint Marc», honneur qui a suscité l’indignation de la gauche. Ce dernier était pourtant une grande figure de l’histoire militaire française rappelle Etienne de Montety.

Journaliste et écrivain, Etienne de Montety est directeur du Figaro Littéraire.

Le maire de Béziers a inauguré samedi une rue Hélie Denoix de Saint Marc. L’électorat pied-noir, nombreux dans cette ville, a certainement été sensible à ce geste qui met à l’honneur une figure des dernières heures de la présence française en Algérie. La gauche, elle, s’est indignée. Manuel Valls a commenté la cérémonie: «C’est rance, c’est triste» et Stéphane Le Foll dénoncé «la nostalgie de l’Algérie française».

«Rance», «nostalgie», des mots qui conviennent bien mal à la personnalité du commandant de Saint Marc. Né en 1922, il était entré très jeune dans la Résistance (réseau Jade Amicol). Est-il rance ce geste de révolte, cet engagement courageux qui lui valut d’être arrêté par la police allemande et déporté à Buchenwald où il passera dix-huit mois dans un des pires satellites du camp, Langenstein?

«Les justes mouraient comme des chiens, écrira-t-il plus tard dans ses Mémoires. Les crapules avaient leur chance (…). Dans ma chute, j’ai éprouvé la validité de quelques attitudes éthiques élémentaires: refuser la lâcheté, la délation, l’avilissement.»

Après la Libération, il choisira la carrière des armes, servant en Indochine et en Algérie. En désaccord avec la politique du général de Gaulle -notamment le choix du FLN comme unique interlocuteur des négociations pour l’indépendance-, il entraîna le 1er régiment étranger de parachutistes dans la sédition, en rejoignant les généraux du putsch d’Alger. Il paiera cet acte d’une condamnation de dix ans de réclusion. À son procès, de nombreux observateurs comme Jean Daniel, Jacques Duquesne, Gilles Perrault furent frappés par sa personnalité lumineuse et sa hauteur de vues. Sa déclaration devant le tribunal militaire en avait saisi plus d’un: «Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves: la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suezet puis, encore, la guerre d’Algérie…»Il n’était ni un idéologue, ni un factieux.

Fut-il nostalgique l’homme qui, tournant le dos à tout militantisme, se lança dans l’écriture de livres (avec le concours de son neveu l’éditeur Laurent Beccaria) qui rencontrèrent un large public? Leur qualité valut à l’un d’eux, Les Champs de braises, de recevoir le prix Femina. Et l’armée française lui décerna son prix littéraire Erwan-Bergot. À la même époque, Saint Marc prononça des centaines de conférences. À chaque fois, son auditoire était frappé par son souci de faire des événements qu’il avait vécus un récit apaisé. Il parlait posément de sa vie, de ses passions, de ses doutes, de ses contradictions, sans que jamais n’affleure l’esprit de revanche. Son message évoquait souvent la résistance, c’est-à-dire un état d’esprit face à l’oppression ou à des ordres qui heurtent manifestement la conscience de l’homme. L’actualité du monde (terrorisme islamique, menace technologique, dérives médicales) donnait à ses propos une résonance exceptionnelle.

Un moment important de la vie d’Hélie de Saint Marc avait été ce jour de septembre 1982 où il avait été réintégré dans ses droits; ses décorations lui avaient été restituées. Cette réhabilitation, il la devait à un personnage qui a façonné François Hollande et que tout le PS révère: c’était le président Mitterrand. En novembre 2011, par les mains du président Nicolas Sarkozy, la République française l’avait fait grand-croix de la Légion d’honneur.

À ses obsèques à Lyon, en août 2013, se pressaient tous les corps constitués de l’État, au premier rang desquels le sénateur maire de la ville, Gérard Collomb, qui salua alors «une figure d’une extrême intégrité, un être authentique habité d’un humanisme profond». Honneurs, décorations, reconnaissances: Hélie de Saint-Marc n’était cependant pas dupe des grandeurs d’établissements:«Je cherche constamment à décaper sur mon visage, écrivait-il, le fard insensible qui vient à ceux qui accède à une petite renommée, ceux qu’on mentionne en note dans les livres d’histoire (…). Je me souviens du Revier de Langenstein, de la cellule de Tulle et d’une chambre d’hôpital la nuit. Là, j’ai rencontré la vérité de mon destin.» Rance? Nostalgique?

Manuel Valls et Stéphane Le Foll devraient s’inspirer du conseil qu’Hélie de Saint Marc donnait à ses jeunes lecteurs: «comprendre avant de juger».

Voir de même:

Macron voit du pétainisme partout… sauf sur la tombe de Pétain
La mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. En trouvant « légitime » d’honorer le Pétain de la Grande guerre, Emmanuel Macron a fauté.
Elisabeth Lévy
Causeur
9 novembre 2018

D’un pacifisme à l’autre. En quelques jours, Emmanuel Macron est passé d’Angela Merkel à Philippe Pétain. Il y a une semaine, il voulait un 11 novembre civil, voué à célébrer l’amitié-franco-allemande et voilà qu’il nous ressort le père de la Collaboration. Lui qui, il y a quelques jours encore, prétendait escamoter le souvenir de l’affrontement militaire, pour ne pas fâcher nos amis allemands avec ces sombres rappels, craint aujourd’hui qu’on efface les faits d’armes du vainqueur de Verdun. Entretemps, le président a sans doute remarqué que, dans les rangs de l’armée, l’idée de démilitariser la mémoire de la guerre n’avait pas le succès escompté. Sans doute a-t-il cru se rattraper avec cet hommage aux maréchaux, y compris au moins sortable d’entre eux. Croire que l’on peut câliner les militaires en honorant (même entre autres) celui qui a trahi la patrie qu’ils servent, c’est au minimum désinvolte et au pire insultant.

Les choix de bois
Ce grand écart prouve bien, si besoin était, que la mémoire n’obéit pas aux lois de l’histoire. L’histoire recherche (avec plus ou moins de bonheur) la vérité. La mémoire choisit, hiérarchise, promeut, sacralise ou oublie. En l’occurrence, elle n’a pas très bien choisi. Depuis qu’a éclaté cette nouvelle affaire Pétain, les défenseurs du président se drapent dans la vérité historique et accusent leurs contradicteurs de céder à l’injonction du politiquement correct. Une belle entourloupe. Nul ne conteste que Pétain fut un des artisans de la drôle de victoire de 1918, ni que c’est ce passé qui lui a permis, en 1940, d’accéder à la direction du pays. S’il y a discussion, c’est en réalité, sur le Pétain de 1940, en particulier depuis qu’Eric Zemmour a remis au goût du jour la thèse du glaive et du bouclier. Du reste, aucune discussion ne devrait être interdite quant à l’histoire et son interprétation. Il n’y a pas d’histoire officielle – fût-elle écrite par Paxton.

Pétain appartient à l’histoire, pas à la mémoire
En revanche, il y a bel et bien une mémoire officielle. Et Emmanuel Macron n’est pas prof d’histoire, il est le médiateur privilégié de cette mémoire. « Le futur n’efface pas le passé », affirme l’historien Michel Goya dans Le Figaro. Personne ne veut effacer le passé. Mais le président ne s’est pas contenté de rappeler factuellement la contribution de Pétain à la Grande guerre, ce qui aurait été parfaitement acceptable, il a déclaré qu’il était légitime de l’honorer. Même si on sait qu’il n’a voulu honorer que le vainqueur de Verdun, cette position est difficilement tenable. Simone Veil serait-elle au Panthéon si elle avait tué ou volé ? Sans doute que non. Une vie humaine ne se découpe pas en tranches aussi aisément. Ajoutons qu’aujourd’hui, n’importe quel grand homme suspecté d’avoir troussé trop de jupons serait décrété inéligible à l’hommage de la nation – à l’exception de Johnny Hallyday, mais lui, c’était un artiste… Philippe Pétain a été condamné à l’indignité nationale et, comme me l’apprend l’excellent Jean-Baptiste Roques, de la web-télé La France libre, la première mesure de ses geôliers, après sa condamnation, a été de le priver de son uniforme. Le 15 août 1945, Philippe Pétain a cessé d’être un soldat. Il appartient à l’histoire de l’armée française – car on ne peut pas réécrire l’histoire – pas à sa mémoire. Il en a été effacé au nom du peuple français. Emmanuel Macron n’a pas le pouvoir de l’y réintégrer.

Les limites de la com’
Macron savait-il que ses propos ne seraient pas disséqués avec minutie mais résumés, rapportés et évidemment déformés pour devenir une sorte de réhabilitation générale ? Autrement dit, voulait-il adresser un clin d’œil au parti zemmourien – non pas que celui-ci soit pétainiste dans l’âme mais parce que beaucoup, en son sein, considèrent que le fait de ne pas partager l’opinion générale au sujet du maréchal (ça il paraît qu’il l’est toujours car maréchal n’est pas un titre militaire) est le comble de l’insolence ? Peut-être a-t-il simplement fait une gaffe. On nous bassine depuis des jours avec son « itinérance mémorielle » – qui a donc inventé un truc aussi ridicule ? On imaginait que des tas de conseillers avaient planché sur le contenu, voire qu’ils s’étaient interrogés sur le traitement à réserver au cas Pétain. Que le président, sur un sujet aussi épineux, se contente d’improviser, c’est un peu fâcheux.On l’a abondamment rappelé, Macron n’est pas le premier à vouloir honorer le héros de Verdun – ni à susciter la polémique en le faisant. Rappelons cependant que De Gaulle devait bien faire avec les Français tels qu’ils étaient – vichysso-résistants comme l’a dit un historien. Ceux d’aujourd’hui ont été déniaisés. Il doit bien rester quelques vrais maréchalistes parmi les ex-partisans de l’Algérie française – et c’est peut-être la raison pour laquelle on attend toujours une réaction de Marine Le Pen. Mais pour nombre de lecteurs de Zemmour, comme chez beaucoup de dieudonnistes, agiter le nom de Pétain est d’abord l’une des mille façons d’épater le bourgeois.

« Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel »
Ce qui rend la bourde d’Emmanuel Macron passablement agaçante, c’est que, jusque-là, il était un anti-pétainiste de choc, qui multipliait les allusions lourdingues sur le retour des années 30, suivez mon regard. Traquant les miasmes des heures les plus sombres chez ses adversaires populistes, il se campait volontiers en Saint Georges terrassant la nouvelle bête immonde. Et il est vraisemblable qu’il recommencera dès que le 11 novembre sera derrière lui et qu’il entrera en campagne pour les européennes. En somme, Macron voit du pétainisme partout, sauf sur la tombe de Pétain. Reste que la magie qui lui a permis de faire passer son incohérence idéologique pour la pratique du consensuel « en même temps » a cessé d’opérer. « Une cuillère pour Zemmour, une cuillère pour Plenel » (ou en l’occurrence pour Raphaël Glucksmann, nouvel espoir de la gauche), ça ne marche pas. Ça veut juste dire que le président nous prend pour des billes.

Voir encore:

The For Dummies Success Story

Gaining notice and garnering popularity quickly after the series’ introduction, For Dummies has become a widely recognized and regarded companion around the world — a personal or professional friend who’s not only informative and reliable, but also downright fun.

Starting with the publication of DOS For Dummies in November 1991, For Dummies products have shown millions how to make the most of their PCs, get on the Internet, and explore the world of Windows.

Now — with more than 150 million books in print — For Dummies products show you how to do everything — cook, garden, manage finances, run a business, plan a trip, exercise, and eat right.

The inspiration

In 1987, new technologies were popping up all over the place. But computer manuals were dull and difficult to understand. A frustrated customer in a computer store, who knew nothing about computers, was looking for a simple, basic book about the difficult DOS operating system. « Something, » he suggested, « like DOS for dummies. » We knew the man’s frustration was shared by many other computer users, and we set out to do something about it. Thus, the For Dummies phenomenon began.

From the start, For Dummies was a simple, yet powerful concept: Relate to the anxiety and frustration that people feel about technology by poking fun at it with books that are insightful and educational and make difficult material interesting and easy. Add a strong dose of personality, a dash of comic relief with entertaining cartoons, and — voilá — you have a For Dummies book.

The presses roll

In November 1991, DOS For Dummies by Dan Gookin was initially met with skepticism — most bookstore chains didn’t want to carry the book at all, claiming that the title insulted their customers and readers in general. But we responded to the critics by calling the title a « term of endearment » that readers would immediately relate to and identify with. After convincing the bookstores to give us a chance, consumers agreed.

Onward and upward

And the For Dummies experience just keeps expanding! For Dummies now covers virtually all topics, including Flipping Houses For Dummies, Manga For Dummies, eBay For Dummies, Blogging For Dummies,  and even Food Allergies For Dummies. For Dummies tackles any topic that’s complex, confusing, intimidating, or conjures up any feelings of anxiety. What’s more, For Dummies books are now translated into over 30 languages.

Today, the For Dummies impact extends beyond the printed word — into the realms of software, videos, and Dummies.com.

Voir également:

Books for Dummies
Sean Green
Bossier press
October 28, 2013

I guess you could say I was judging a book by its cover when I first saw the “Books for Dummies” series. I had some serious doubts about the publisher’s approach to getting the message across. After all, who would pick up a book written for Dummies? Well come to find out a huge number of people did and still do.

The series was first created in 1991, to help readers with computer related topics. They were such a hit that before long there was an extensive list of titles on a wide variety of subjects being offered. The statistics I found on dummies.com are impressive.

“Books for Dummies.” More than 1,800: With books covering everything from A+ certification to the Zune, it’s not surprising that the “For Dummies” series boasts such a large number of titles – and the list just keeps on growing!

More than 250 million: That’s how many “For Dummies” books are in print today – a far cry from those DOS days. Just 7,500: This relatively small number is how many copies of “DOS For Dummies,” the first book in the series, were printed back in 1991.

More than 30: Dummies truly is a global phenomenon, with books having been translated into this many languages, including Arabic, Estonian, Greek, Russian, and Vietnamese.

(http://www.dummies.com/Section/Ten-or-So-Eye-Popping-Statistics.id-420239.html)

“iPad Apps for Kids For Dummies” by Jinny Gudmundsen; “Kindle Fire HD For Dummies” by Nancy Muir; “French All-in-one For Dummies” by Eliane Kurbegov; and “Small Business For Dummies” by Tyson, Eric are just a few of the many titles the library owns in the series. In addition, electronic resources are available to download from the library website at http://www.bossierlibrary.org.

Each book is written by specialists in their field. The easy to follow format is concise, provides tips for the reader, things to remember, warnings, illustrations, and technical stuff. Students can take advantage of the cheat sheet feature found at http://www.dummies.com/cheatsheet and print out a study guide. The website also offers “videos, step-by-step examples, how-to-articles, and shopping.”


Médias: Attention, un pompier-pyromane peut en cacher un autre ! (No Trump, no ratings: Are media-influenced perceptions of political polarization self-serving self-fulfilling prophecies ?)

3 novembre, 2018
Résultat de recherche d'images pour "POLL: Media More Divisive Than Trump" Il y a une grande colère dans notre pays causée en partie par le traitement erroné, et souvent fourbe, des informations par les médias. Les médias Fake News, le véritable Ennemi du Peuple, doivent arrêter l’hostilité ouverte et évidente et rapporter les informations correctement et de manière équitable. Ça fera beaucoup pour éteindre l’incendie de la Colère et de l’Indignation et nous serons alors en mesure de rapprocher les deux côtés dans la Paix et l’Harmonie. Les Fake News Doivent Cesser! Donald Trump
Le président a pris des mesures, mais, sur le plan législatif, il n’a rien fait hormis la baisse des impôts. Il y a très peu de chances qu’il forge un compromis sur les projets sociaux. Les démocrates ont déjà sorti les couteaux, préparé des enquêtes, et ils sont prêts à engager une procédure de destitution. Je serais étonnée qu’ils ne trouvent pas de chefs d’inculpation contre Donald Trump, sachant qu’une procédure de destitution peut être adoptée à la majorité simple à la Chambre des représentants. Au Sénat, une telle procédure n’aboutirait pas avec des républicains toujours majoritaires. Mais face à une Chambre sous contrôle démocrate, je ne sais pas où Donald Trump s’arrêtera pour sauver sa peau. (…) [l’élément le plus saillant de la campagne électorale, c’est] La mobilisation des femmes. Je n’ai jamais vu autant de femmes faire acte de candidature au Congrès, surtout dans le camp démocrate. Mais les circonscriptions électorales étant ce qu’elles sont, il n’y aura pas de tsunami féminin à Washington. (…) Dans la même semaine, des Noirs américains ont été tués parce qu’ils étaient Noirs, des colis piégés auraient pu tuer des figures démocrates comme Barack Obama ou Hillary Clinton, et enfin Pittsburgh a été le théâtre de la pire tuerie antisémite de l’histoire du pays. A l’époque de la présidence de George W. Bush, Elie Wiesel m’avait demandé: faut-il avoir peur pour l’Amérique? Avec ce qu’on a vu ces derniers jours, je dirais qu’il faut avoir peur pour, mais aussi de l’Amérique. On sait que c’est un pays violent où circulent 300 millions d’armes à feu. En 2016, plus de 11 000 personnes ont été tuées par de telles armes. Mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu un tel déferlement de haine raciste et meurtrière dans un temps aussi resserré. Sous la présidence de George W. Bush, il y avait de fortes divisions, mais les gens se parlaient encore de manière civile. Je l’ai vécu. On n’avait pas le sentiment d’être remis en cause dans son être profond. Là, avec Donald Trump, c’est très différent. Les pro- et anti-Trump divergent tellement sur des valeurs essentielles qu’ils ne peuvent plus s’adresser la parole. (…) Si vous regardez ses meetings, ils se déroulent tous selon le même schéma. Il dramatise la question de l’immigration, décrit les journalistes comme des ennemis du peuple et vitupère contre les alliés qui profitent de l’Amérique. Il arrive à susciter une rage incroyable chez les gens. Il a un grand talent pour manipuler les foules. Il désigne à la vindicte publique tous ceux qui représentent une opposition. L’exemple vient d’en haut. Les gens se sentent habilités à insulter, voire à tuer, des individus qui ne pensent pas comme eux. Dans ces meetings, il y a indubitablement des incitations à la violence. Les Américains ont un président qui piétine toutes les valeurs de civilité, de tolérance mutuelle propres à une démocratie, et qui a fait de la violence une valeur à part entière. (…) Pour la communauté juive, c’est un choc énorme. Dans l’histoire américaine, il y a eu des agressions et des insultes antisémites, des périodes de quotas défavorables ou d’hostilité envers les juifs de Pologne et de Russie qui arrivaient aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Mais les juifs ont toujours eu le sentiment de vivre aux Etats-Unis plus en liberté qu’ailleurs à l’exception d’Israël, d’être des piliers du pays. Ils ont beaucoup défendu l’intégration des migrants, se sont engagés pour les droits civiques. Ils se sont souvent considérés comme ce qu’il y avait de plus américain. Donald Trump n’a pas appelé à la violence antisémite. Mais la manière dont il a libéré la parole raciste a un impact. Quand des suprémacistes blancs criaient à Charlottesville en 2017 que «les juifs ne les remplaceraient pas» et qu’ils défilaient avec des torches enflammées rappelant Nuremberg, Donald Trump ne les a pas encouragés, mais il ne les a pas contredits. (…) C’est son calcul. Il ne cherche pas à apaiser les tensions, mais à générer le plus de colère possible au sein même de son électorat. Sa technique, c’est le mensonge avéré quotidien, sans vergogne, érigé en système. Or, quand les faits ne comptent plus, cela rappelle les années 1930. C’est en tout cas ainsi que ça commence. La honte a disparu. Le migrant devient l’ennemi. Si je pouvais résumer la présidence Trump, je choisirais cette image: l’homme à la tête de l’armée la plus puissante du monde promet d’envoyer jusqu’à 15 000 soldats à la frontière américano-mexicaine face à quelque 4000 déguenillés. Il y a la grandeur de la fonction et la petitesse de l’homme. Donald Trump maintient son électorat dans une vraie paranoïa. Si vous êtes un Américain qui regarde Fox News et qui écoute le polémiste Rush Limbaugh, vous vous sentez menacé par tout. Selon moi, Donald Trump est habité par la peur. Il l’a identifiée avec un véritable génie comme un moyen qui fait sa fortune. Quand les gens n’auront plus peur, ils ne voteront plus pour lui. (…) Le temps commence à presser. Un an et demi avant leur élection en 1992 et en 2008, on voyait toutefois mal Bill Clinton et Barack Obama l’emporter. Chez les démocrates, ils sont très nombreux à vouloir se lancer pour la présidentielle. Mais ils restent pour l’heure assommés par la défaite de novembre 2016, qui n’aurait pas dû avoir lieu. C’est un fait: sans chercher à l’éteindre, Barack Obama n’a pas porté la nouvelle génération. Le parti est aussi très divisé entre les héritiers d’Obama et de Clinton d’un côté et le camp Bernie Sanders de l’autre. Les premiers n’ont pas un message très emballant pour l’instant et les seconds, qui ont une volonté marquée de s’en prendre frontalement aux inégalités sociales, n’auront jamais de majorité dans un pays comme les Etats-Unis. (…) Les républicains n’ont rien accompli en termes législatifs. Ils n’ont pas réussi à abroger l’Obamacare, la loi sur le système de santé. Mais leur stratégie électorale à long terme s’est révélée très payante. Je pense que les démocrates ont désormais appris la leçon, même s’ils n’ont pas forcément un système en place pour renverser la vapeur. (…) On se pose en effet beaucoup de questions sur l’avenir de la démocratie et de la Constitution américaine, en particulier à l’ère des réseaux sociaux. La Constitution a déjà résisté à des périodes très difficiles. L’Amérique est au bord du gouffre. (…) la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême a été dévastatrice. La manière très partisane dont il a répondu aux questions d’une commission sénatoriale aurait dû le disqualifier. Or il n’en fut rien. La Cour suprême n’est plus respectée. Elle est devenue une institution purement partisane, avec d’un côté des juges progressistes et de l’autre des juges non pas conservateurs, mais ultra-conservateurs. On va sans doute voir une haute cour en décalage continu avec l’évolution de la société américaine. (…) Face à l’érosion de la vérité et à la promotion de la violence politique combinées à l’effet amplificateur des réseaux sociaux, il faudra de grandes ressources démocratiques aux Etats-Unis pour se remettre de la présidence d’un Donald Trump qui se décrit comme l’Ernest Hemingway des 140 signes, de Twitter. L’Amérique est capable de nous surprendre. En bien et en mal. (…) C’est un aspect de la dégradation du climat politique outre-Atlantique dont Donald Trump n’est pas responsable. Le Parti républicain est à la dérive depuis une vingtaine d’années. On est désormais à des années-lumière du parti de Rockefeller. Il est aujourd’hui la carpette du président. Le Tea Party a pris le pouvoir en 2009 avec une haine raciale incroyable sous la présidence Obama et un refus complet de l’esprit de compromis qui est pourtant l’essence même de la Constitution américaine. Nicole Bacharan
Non, Monsieur Macron, notre époque n’a rien à voir avec les années 30 (…) l’URSS et le IIIe Reich avaient des ambitions d’expansion territoriale, sinon d’hégémonie planétaire, et il s’agissait de nations hyper militarisées. En quoi les «lépreux» Orban et Salvini – pour ne retenir qu’eux – ont-ils une quelconque ambition belliqueuse de cette nature? Ils souhaitent simplement se concentrer sur leurs intérêts strictement nationaux, protéger leurs frontières de flux migratoires incontrôlés par l’Europe de Schengen, refuser la société multiculturelle dont ils observent les échecs en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique. C’est un choix de souveraineté politique, leurs citoyens les ont élus pour cette politique et peuvent se dédire aux prochaines élections puisque ni Orban ni Salvini pour l’heure n’ont remplacé la démocratie par l’autocratie. Barbara Lefebvre
The media have devolved into a weird Ministry of Truth. News seems defined now as what information is necessary to release to arrive at correct views.  In recent elections, centrists, like John McCain and Mitt Romney – once found useful by the media when running against more-conservative Republicans — were reinvented as caricatures of Potterville scoundrels right out of a Frank Capra movie. When the media got through with a good man like McCain, he was left an adulterous, confused septuagenarian, unsure of how many mansions he owned, and a likely closeted bigot. Another gentleman like Romney was reduced to a comic-book Ri¢hie Ri¢h, who owned an elevator, never talked to his garbage man, hazed innocents in prep school, and tortured his dog on the roof of his car. If it were a choice between shouting down debate moderator Candy Crowley and shaming her unprofessionalism, or allowing her to hijack the debate, Romney in Ajaxian style (“nobly live, or nobly die”) chose the decorous path of dignified abdication. In contrast, we were to believe Obama’s adolescent faux Greek columns, hokey “lowering the seas and cooling the planet,” vero possumus seal on his podium as president-elect, and 57 states were Lincolnesque. Why would 2016 not end up again in losing nobly? Would once again campaigning under the Marquess of Queensberry rules win Republicans a Munich reprieve? In such a hysterical landscape, it was possible that no traditional Republican in 2016 was likely to win, even against a flawed candidate like Hillary Clinton, who emerged wounded from a bruising primary win over aged socialist Bernie Sanders. Then came along the Trump, the seducer of the Right when the Republican establishment was busy early on coronating Jeb Bush. (…) That Trump was an amateur, a cad, his own worst enemy, cynically leveraging a new business or brand, and at any time could say anything was supposedly confirmation of Hillary’s inevitable victory. Trump’s hare-and-tortoise strategy, his mishmash politics, reinventions, mastery of free publicity, and El Jefe celebrity had always offered him an outside chance of winning. But he is most aided by the daily news cycle that cannot be quite contorted to favor Hillary Clinton. (…) That the establishment was repulsed by his carroty look, his past scheming, his Queens-accented bombast, and his nationalist policies only made him seem more authentic to his supporters, old and possibly new as well. Victor Davis Hanson (20.09.2016)
Entre janvier et avril 2017, le Centre Shorenstein (en) sur les médias et la politique de l’université Harvard examine ce que les journalistes de dix grands médias ont publié par écrit sur Donald Trump durant les cent premiers jours de sa présidence. De cette étude, il ressort que538,539 : Trump domine la couverture médiatique. Il est le sujet de 41 % de toutes les nouvelles (trois fois plus que pour les précédents présidents américains). Son aptitude à présider est mise en doute plus souvent en Europe qu’aux États-Unis. La couverture journalistique crée un nouveau standard en matière de presse défavorable. Pas un seul media n’est plus positif que négatif. Globalement, le ton est négatif dans 80 % des nouvelles (57 % négatif pour George W. Bush, 60 % pour Bill Clinton). Le ton négatif s’élève à 93 % pour CNN et NBC, à 91 % pour CBS, à 87 % pour le New York Times, à 83 % pour le Washington Post, à 70 % pour The Wall Street Journal, à 52 % pour Fox News ; en Europe, le ton négatif atteint un record de 98 % pour ARD, de 84 % pour le Financial Times et de 74 % pour la BBC. Les trois sujets les moins contestés par les journalistes sont l’économie (54 % de ton négatif), la menace terroriste (70 %) et les autres affaires de politique intérieure (72 %)538. Commentant cette étude, plusieurs médias rappellent qu’une tonalité négative ne signifie pas que le traitement de l’information soit biaisé540,541. Commentant cette étude, le Washington Post souligne par ailleurs que « quand on fait des choses controversées – et les sondages montrent qu’une énorme quantité des choses que fait Trump le sont – on se retrouve critiqué par certaines personnes. Et quand on promet d’accomplir des choses extraordinaires et que les résultats contredisent vos promesses, il est difficile de couvrir cela comme une victoire. » Wikipedia
European reporters were more likely than American journalists to directly question Trump’s fitness for office.Trump has received unsparing coverage for most weeks of his presidency, without a single major topic where Trump’s coverage, on balance, was more positive than negative, setting a new standard for unfavorable press coverage of a president. Fox was the only news outlet in the study that came close to giving Trump positive coverage overall, however, there was variation in the tone of Fox’s coverage depending on the topic. Shorenstein center
While we understand this is a work of fiction, the insinuation that the U.S. Secret Service would participate in the assassination of a President is outrageous and an insult to the men and women of this agency. The U.S. Secret Service prides itself on being an apolitical agency with a long and distinguished history of protecting our nation’s elected officials. Secret Service spokesperson
Some 40 percent of black likely voters approve of the job President Donald Trump is doing, according to the daily Rasmussen poll released on Oct. 29. The number marks a record high, the pollster noted, and shows a rapid rise in support for the president among black voters, compared to Rasmussen’s own results from a year ago. The poll showed 29 percent support for Trump among blacks on Aug. 6, compared with 15 percent on Aug. 3, 2017. Reuters/Ipsos polls also have revealed an increase, though more modest, to 16.5 percent approval among blacks in an Oct. 18–22 survey, from 11 percent at the end of August. Among all likely voters, Rasmussen has been tracking Trump job approval at around the 50 percent mark throughout October, compared to the 40 to 47 percent range being reported by other pollsters. Black Americans have voted exceedingly left since the 1960s. The presidential election in 1964, especially, fixated black voters on the Democrats. The assassination of President John F. Kennedy the year before primed the nation to choose his vice president, Lyndon Johnson, to continue his legacy. Democrats also portrayed the Republican contender, Barry Goldwater, as a racist, because he opposed the 1964 Civil Rights Act. (…) Trump, with an unabashedness of his own, received only 8 percent of the black vote in 2016. But that was still more than Goldwater or even Mitt Romney. Trump has steered clear of talking up welfare cuts at large, taking more popular angles, such as repealing Obamacare and imposing job requirements on welfare seekers. But, perhaps more than Goldwater, he was liberally accused of racism by Democrats. Those attacks, however, seem to be losing effectiveness. To begin with, Trump hadn’t been considered racist in the left-leaning circles of mainstream media and entertainment until he ran for president. He’s also spent considerable effort to appeal to black voters, asking them to consider how electing Democrats for decades benefited them. Trump promised them jobs, safety, and education. (…) Black unemployment, a powerful talking point, has dropped to historic lows under his administration’s “America First” economic agenda. Violent crime also slightly declined in 2017, after two years of increases. The support of singer, producer, and businessman Kanye West has been helping Trump from another angle. (…) Conservative political commentators such as Candace Owens and Dinesh D’Souza have popularized the expression “the Democratic Plantation,” which draws a parallel between the racism against blacks advocated by the Democratic Party in the past and the system of government dependency represented by the welfare state advocated by the Democrats of the present. Some effects of the efforts of Owens and others can be seen among the blacks joining the Walk Away movement to leave the Democratic Party. Owens has recently announced a new initiative called “Blexit,” which specifically urges black Americans to leave the Democratic Party. The Epoch Times
There were 1,211 antisemitic incidents in Obama’s first year in office. This was after four straight years of declining antisemitism. For instance, in 2008, there were 1,352 incidents. Attacks had peaked in 2004 with 1,821. Over the years, the number of incidents continued to decline. After an initial uptick to 1,239 in 2010, they declined to 751 in 2013. They began to rise again to 914 in 2015, the last year for which we have data. When we tally the total number of incidents between 2009 and 2015, the overall number of attacks reaches more than 7,000. However, the number of assaults increased, almost doubling during the Obama administration. Overall, there was an average of 84 incidents a month under the Obama administration. Let’s step back for a moment and compare that to the 95 incidents between January and February 2017. That’s a 10% increase. It could be more once all the data comes in. But the media haven’t been telling us there is a slight increase; the narrative has been that there is an antisemitic wave sweeping the US. In Berlin, there was a 16% increase in antisemitic incidents by comparison. It was also “sweeping” the UK in 2014. One of the key indicators of rising antisemitism during the Obama years was the number of physical assaults. From a low of 17 in 2012 they rose to 56 in 2015. The ADL noted a “dramatic rise” in assaults that year. So why are headlines today claiming a “pandemic” of antisemitism in the US? Abe Foxman used the word “pandemic” to describe antisemitism in the US in 2009. “This is the worst, the most intense, the most global that it’s been in most of our memories. And the effort to get the good people to stand up is not easy,” he said in a speech that year. Jonathan Greenblatt said in November of 2016 that the US was suffering extreme levels of hate. “Anti-Jewish public and political discourse in America is worse than at any point since the 1930s,” he was quoted by JTA as saying. Looking back almost a decade puts things in perspective. Where was the media in 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 to highlight thousands of incidents of antisemitism? 210 physical assaults on Jews. 3,900 threats against Jews and Jewish institutions. 2,900 incidents of vandalism. 180 incidents of antisemitism on campus. Every six days, a Jewish person in America was being attacked in 2015 and it went largely ignored. On average, there were threats every day against Jews and Jewish institutions over the last eight years and most of them did not receive headlines. There were also incidents of vandalism every day on average. Why did 7,034 incidents of antisemitism not get major headlines for so long? Was it because of an agenda to protect the Obama administration from criticism, or due to complacency and people becoming inured to the phenomenon? The cesspool and swamp from which today’s hate crimes on Jewish cemeteries emerge is not in a vacuum and it may not be due to the toxic divisions of 2016; it may have deeper roots. That’s the elephant in the room: 7,000 incidents that were recorded — and reported by the ADL — which almost no one wants to talk about. Is the media misleading us through fear-mongering about antisemitism in the United States? The data seems to show that the recent wave of threats, while unique in their target and regularity, are not a massive increase from years past. Threats occurred throughout the last decades, and many went unreported. The key indicator of physical assaults has been rising in the last years. Campus antisemitism, the ADL says, peaked in 2015. The most important thing is to present the public with real data on the number of incidents. The 24-hour news cycle tends to encourage the feeling that antisemitism is leaving people under siege, with swastikas on subways and memorials, at rural synagogues and on homes. There is also a tendency to feed a narrative that there is a major rise in hate crimes in the United States connected with the toxic election of Trump. There may be a rise in hate crimes, but many of them are not directed at Jews; many of them are directed at Muslims and other groups, such as the Georgia couple recently sentenced for threatening African-Americans. The reality is that the American press even ignores serious antisemitism in other countries, while reporting on its expression in the US. Video footage recently emerged of a preacher at Canada’s Al Andalous Islamic Centre — Sheikh Wael Al-Ghitawi — claiming Jews were “people who slayed the prophets, shed their blood and cursed the Lord.” Another sermon in Toronto referred to the “filth of the Jews.” Are there videos in America of anyone preaching such hatred openly without a pushback? This raises serious questions about how we discuss and learn from antisemitism. When people sit through a sermon and don’t raise a hand in protest when a preacher says Jews should be killed, that’s a huge problem. What about when there are clear cases of antisemitism whose perpetrators are not charged with hate crimes? In Avignon, a man tried to light firecrackers in front of a synagogue, but was cleared of antisemitism charges. He just happened to do it in front of a synagogue, not any of the dozens of churches in the town? This is one of but many examples. The question is: Are we only offended by certain types of antisemitism and not others? Seth Frantzman
Donald Trump pourrait être pour les médias d’information la plus grande opportunité de construire un modèle économique viable. Ken Doctor
There is a segment of the ideological national media that’s actively working to stoke divisions for shorter or long-term political gain. The press themselves have become a tribe, as opposed to a foundational source of information. They’re viewed as much as a political player as advocate groups or partisan interests are. Angelo Carusone (Media Matters)
To a certain extent, a new Morning Consult/Politico survey suggests Trump’s criticism rang true for roughly two-thirds of Americans, although it shows a majority also says he has been a mostly divisive presence. In the new Morning Consult/Politico poll, 64 percent of registered voters said the press has done more to divide the country than unite it since Trump took office, compared with 56 percent who said the same was true of the president. The poll of 2,543 voters was conducted Oct. 25-30, after news first broke of mail bomb suspect Cesar Sayoc’s attempted acts of politically motivated violence and amid news of a shooting by suspect Robert Bowers at the Tree of Life Synagogue in Pittsburgh. The view that the national news media has been a mostly divisive presence was shared among partisans: A plurality of Democrats (46 percent) said the national media has done more to divide than unite — about half the share of Democrats (88 percent) who said the same of Trump. Eight in 10 Republicans agree that the media has done more to divide, while a quarter of Republicans said Trump has been mostly divisive. Much of this can be driven by opinions from political elites, such as that of the president, as political commentator Craig Crawford wrote in his 2005 book on politicians in the press: “Politicians won the war against the media with a simple rule: first, attack the messenger.” A Morning Consult/Politico poll in July found that 28 percent of voters said they had “a lot” of confidence in the presidency — more than twice the 13 percent who said the same of television news and double the 14 percent who said the same of newspapers. When it comes to the media’s involvement in political division, one theory — detailed in a 2013 paper by Matthew Levendusky of the University of Pennsylvania and Neil Malhotra of Stanford — suggests that press coverage of polarization leads people to overestimate its actual degree, leading to a phenomenon among moderates of antipathy toward partisans and more intensity in opposition to the other side among shrewder partisans. Morning consult
Across multiple studies, we show that media coverage of polarization leads citizens to exaggerate the degree of polarization in the mass public, a phenomenon known as false polarization. We also find that false polarization causes voters to moderate their own issue positions but increases dislike of the opposing party. (…) Our findings (…) suggest that the media likely are not shrinking mass polarization, as their moderating effects are centered on those who are already middle-of-the-road ex ante.  Rather, the media help to further segment and stratify the electorate into a more moderate core turned off by polarization (…) and a more extreme segment (…). However, our results also make clear that polarized media coverage causes all citizens come to view the opposing party less positively. (…) By presenting the public as deeply polarized, similar to political elites, the media shape ordinary Americans’ attitudes and their perceptions of politics more generally. Although false polarization is a basic cognitive phenomenon, media coverage exacerbates people’s views of the partisan divide, and has real—and politically important—consequences. Matthew S. Levendusky & Neil A. Malhotra
People say all the time, ‘Oh, I don’t want to talk about Trump. I’ve had too much Trump. And yet at the end of the day, all they want to do is talk about Trump. We’ve seen that, anytime you break away from the Trump story and cover other events in this era, the audience goes away. So we know that, right now, Donald Trump dominates. Jeff Zucker (CNN)

Cherchez l’erreur !

Un président français en chute libre dans les sondages qui, contre toute réalité historique, nous ressort la vieille ficelle des « heures les plus sombres de notre histoire » … ?

Un président américain objet de la couverture médiatique la plus biaisée de l’histoire mais au plus haut dans les sondages, minorités comprises, voué aux gémonies pour avoir pointé la part des médias dans l’actuelle polarisation de son pays … ?

Un sondage américain qui montre (à quelques arrondis près ?) des médias perçus comme plus clivants même que le président … ?

Un décompte de mars 2017 rappelant que plus de 7 000 actes antisémites sous la présidence Obama avaient quasiment été passés sous silence … ?

Une étude américaine qui dès 2013 montrait qu’à la manière des prophéties auto-réalisatrices les médias peuvent non seulement exagérer le degré de polarisation du pays mais l’accentuer dans la perception des gens … ?

Le plus grand quotidien américain qui, entre deux nouvelles appelant à l’assassinat du président, voit ses ventes et abonnements exploser depuis l’arrivée du président Trump à la Maison Blanche … ?

Le patron de la plus influente chaine satellite de la planète qui reconnait que sans Trump ils n’ont plus d’audience … ?

Donald Trump s’en prend à nouveau aux médias, « véritables ennemis du Peuple »

Les déclarations du président américain interviennent au lendemain d’un week-end endeuillé par la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh
Le HuffPost avec AFP
9/10/2018

ÉTATS-UNIS – Les attaques du président américain contre les journalistes se répètent, encore. Donald Trump a rejeté la responsabilité de la « grande colère » ressentie à travers les États-Unis sur les médias, ce lundi 29 octobre. « Il y a une grande colère dans notre pays causée en partie par le traitement erroné, et souvent fourbe, des informations par les médias », a tweeté le milliardaire républicain, deux jours après la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh.

« Les médias Fake News, le véritable Ennemi du Peuple, doivent arrêter l’hostilité ouverte et évidente et rapporter les informations correctement et de manière équitable », a-t-il poursuivi. « Ça fera beaucoup pour éteindre l’incendie de la Colère et de l’Indignation et nous serons alors en mesure de rapprocher les deux côtés dans la Paix et l’Harmonie. Les Fake News Doivent Cesser! ».

Familier des attaques, le président américain voit sa rhétorique anti-médias de plus en plus critiquée, y compris au sein de son propre camp. « Il n’y a aucune raison d’avoir une guerre avec les médias », a ainsi indiqué Anthony Scaramucci, ex-directeur de la communication de la Maison Blanche, au micro de CNN dimanche.

À Pittsburgh, Trump accusé d’attiser la haine

Ces déclarations sur les réseaux sociaux interviennent surtout au lendemain d’un week-end endeuillé par une fusillade dans un synagogue de Pittsburgh. Au total, onze personnes ont été abattues samedi dernier. Donald Trump a fait savoir qu’il se rendrait dans cette ville de Pennsylvanie pour présenter ses condoléances. Mais des familles de victimes ne souhaitent pas rencontrer celui qu’elles accusent d’attiser la haine.

Lynnette Lederman, ancienne présidente de la synagogue Tree of Life où s’est déroulé le drame, a fait savoir lundi matin sur CNN que Donald Trump n’était « pas le bienvenu dans [sa] ville ». « Parce que c’est un pourvoyeur du discours de haine. Les mots hypocrites qui sortent de sa bouche ne signifient rien pour moi », a-t-elle expliqué. « Nous avons des gens auprès de nous qui croient en nos valeurs, pas seulement les valeurs juives, et ce ne sont pas les valeurs de ce président ».

Trump « toujours le bienvenu »

En revanche, le rabbin de la synagogue, Jeffrey Myers, a précisé sur la chaîne américaine que le « président des Etats-Unis est toujours le bienvenu ». « Je suis un citoyen. Il est mon président. Il est bien sûr le bienvenu », a ajouté le rabbin qui se trouvait dans le bâtiment lorsque Robert Bowers, 46 ans, y a fait irruption et a fait feu sur les fidèles.

« Je ne jette pas vraiment le blâme sur quiconque. La haine ne connaît pas de religion, de race, de croyance, de parti politique. Ce n’est pas un problème politique d’une quelconque manière. La haine ne connaît pas l’une de ces choses. Elle existe dans toute personne », a-t-il relevé.

Voir aussi:

Barbara Lefebvre : «Non, Monsieur Macron, notre époque n’a rien à voir avec les années 30»

Barbara Lefebvre
Le Figaro
01/11/2018

FIGAROVOX/TRIBUNE – Dans ses propos rapportés par Ouest-France, le chef de l’État a comparé la période actuelle avec celle de l’entre-deux-guerres. Selon l’enseignante, le contexte est radicalement différent : les États nations européens ne cherchent pas à s’étendre mais à conserver leur souveraineté.

Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste, est l’auteur de Génération j’ai le droit, (éd. Albin Michel 2018).

Pierre Nora avait mis en garde contre «ce moment historique habité par l’obsession commémorative» et la captation de cette belle expression, les «lieux de mémoire», utilisée pour célébrer la mémoire alors que la profondeur du travail historiographique des trois tomes qu’il avait dirigés était précisément de composer «une histoire de type contre-commémoratif». Les historiens scrupuleux, ceux qui écrivent l’histoire sans tomber dans les pièges idéologiques de leur temps, sont souvent incompris par les technocrates, qui ne s’embarrassent pas de nuances pour rédiger les formules-chocs autrement appelées «éléments de langage». Le service communication de l’Élysée nous a annoncé une semaine «d’itinérance mémorielle» pour commémorer le centenaire de l’armistice, et elle s’ouvre par une «itinérance historique» du président Macron dans Ouest France suivant un chemin tortueux qui le conduit à une impasse comparative!

Dans les propos rapportés par Ouest-France, le Président Macron se lance dans des comparaisons historiques pour le moins problématiques: «je suis frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres». Tout y est: «la lèpre nationaliste», «la souveraineté européenne (sic) bousculée par des puissances extérieures», «la crise économique». Et dans un élan de prophétie, véritable représentation mécaniste de l’Histoire avec son «H» majuscule grandiloquent, Emmanuel Macron nous révèle sa vision: «on voit presque méthodiquement se réarticuler tout ce qui a rythmé la vie de l’Europe de l’après Première Guerre mondiale à la crise de 1929». L’histoire, éternelle répétition du même? Emmanuel Macron, président-historien après le président-philosophe? Les permanences et les continuités de l’histoire ne sont pas des répétitions, Monsieur le Président, et les ruptures ne sont en général comprises et analysées qu’une fois survenues. Non l’histoire n’a pas le hoquet, car l’histoire n’est pas une réalité tangible qui s’opère sous nos yeux comme des bactéries visibles sous la loupe du microscope. L’histoire est modeste, elle n’est qu’une écriture, un récit humain qui se modifie sans cesse, se réécrit au fil du temps qui passe. L’histoire n’est pas un point fixe, établie une fois pour toutes. En revanche, on le sait, elle est fort utile pour servir les idéologies, servir la politique politicienne, pour jouer le «sachant» qui éclaire les ténèbres du présent en se donnant des airs de prophète d’un futur, si possible apocalyptique, sauf à suivre la marche du sauveur.

Comparer l’Europe de 2018 à celle des années 1930 répond à cette inflation inquiétante de la récupération politicienne de l’histoire nationale et européenne, inflation qui s’accentue depuis bientôt vingt ans à mesure que nous produisons des générations d’amnésiques sortis frais émoulus avec un baccalauréat mais ignorants de leur histoire. Il faut faire un détour par l’histoire scolaire actuelle pour comprendre comment de tels propos peuvent être entendus par l’opinion en dépit de leur non-véracité. En effet, elle alimente les élèves en simplismes manichéens depuis plus de trois décennies, depuis que l’histoire postmoderne (donc postnationale) a mis la main sur l’organisation des programmes officiels. Au lieu de transmettre des connaissances simplifiées qui rendent la complexité du passé intelligible pour des élèves âgés de dix à dix-sept ans, on a réduit l’histoire scolaire à une histoire finaliste. Le passé n’est plus qu’un perpétuel combat entre des gentils et des méchants. Ce simplisme autorise tous les anachronismes. Or la simplification n’est pas le simplisme ; la vulgarisation n’est pas la platitude du binaire. L’histoire scolaire qui avait forgé, pendant près d’un siècle, chez des générations de Français – autochtones ou venus d’ailleurs – le sentiment d’appartenance nationale, aussi appelé patriotisme, s’appuyait certes sur des simplifications historiques non exemptes d’une part de mythes, mais elle ne versait pas dans les simplismes actuels où l’idéologie postmoderne affleure sous chaque thématique, où l’histoire nationale n’est plus qu’une histoire criminelle. La France a une histoire nationale. Les mémoires des groupes composant notre nation qui n’est pas fondée sur l’homogénéité ethno-religieuse, ont toujours existé mais jusqu’aux années 1990 elles n’avaient pas été valorisées au point de supplanter l’histoire nationale. En glorifiant les revendications mémorielles, souvent réinventions du passé, contre l’histoire commune, le projet poursuivi est bien la destruction de l’attachement à la nation, à cet héritage forgé par l’histoire et porté par des mœurs et des coutumes communes.

Ni de Gaulle, ni Mitterrand n’auraient osé une comparaison aussi manichéenne.

Ni de Gaulle, ni Mitterrand n’auraient osé une comparaison aussi manichéenne, simpliste, que celle opérée par Emmanuel Macron. Et pour cause, les deux seuls «vrais» Présidents d’après-guerre avaient une vision, car ils étaient d’abord «enracinés» par une ample culture littéraire et historique – la composition de la bibliothèque de François Mitterrand en est l’illustration frappante – et ensuite parce qu’ils avaient connu l’entre-deux-guerres et la guerre. Cela fait toute la différence. Cela explique leur hauteur de vue, eux qui étaient passés par cette épreuve de la guerre, qu’ils connaissaient la complexité de cet avant-guerre, qu’ils ne réduisaient pas cette période à des caricatures binaires. L’un comme l’autre ont vu monter les périls, ils ont eux-mêmes fait des choix politiques qui ne suivaient pas toujours la ligne droite que les politiques actuels ont réinventée pour trier dans cette époque troublée les bons des méchants, pour juger les hommes du passé au regard du confort dans lequel est plongée notre Europe pacifiée, abrutie par la société de consommation.

Personne ne viendrait nier que Staline, Hitler et Mussolini étaient des dirigeants néfastes pour leurs peuples et pour la paix du monde, que les idéologies portées par les deux premiers en particulier ont conduit à des ravages d’une ampleur inédite en Europe et au-delà et que nous sommes encore héritiers des ravages moraux qu’ils ont constitués pour l’humanité. Néanmoins oser les comparer à Orban, Salvini et pourquoi pas Morawiecki en Pologne et Kurz en Autriche, est non seulement une absurdité historique, mais une opération politique profondément anti-européenne qui attise les colères. Anti-européenne car celui qui aggrave les tensions entre partenaires européens en insultant les peuples qui ont élu les dirigeants précités, c’est le président français. Cette montée en tension n’est pas imputable au seul Emmanuel Macron, elle est à l’œuvre depuis que les progressistes autoproclamés ont décidé que l’Europe se ferait contre les peuples, c’est-à-dire depuis le non au référendum sur la Constitution européenne en 2005 qui ne fut pas respecté. Le mépris du «non», pourtant majoritaire, par les présidents Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron est fondamental pour comprendre la défiance des Français à qui on dénie toute forme d’intelligence politique quand ils ne votent pas comme on le leur prescrit. Cette atteinte profonde au contrat civique fondateur de la démocratie n’est pas le fait des partis «lépreux» que je sache.

Plus grave, l’énormité historique suivante: l’Europe de l’entre-deux-guerres n’est évidemment pas lisible en termes politiques comme l’Union européenne des 28. Elle était composée d’États-nations souverains qui n’obéissaient pas à une entité supranationale comme c’est notre cas. En outre, aujourd’hui, l’hégémonie mondiale de l’idéologie capitaliste ultralibérale est telle qu’aucun modèle n’émerge pour s’opposer sérieusement à elle, alors que dans l’Europe d’entre-deux-guerres, des idéologies concurrentes puissantes avaient pris forme parmi les peuples (communisme, fascisme, nazisme) et se sont cristallisées politiquement dans trois pays, la Russie, l’Italie puis l’Allemagne. Autre différence et non des moindres s’agissant de menaces pour la paix: l’URSS et le IIIe Reich avaient des ambitions d’expansion territoriale, sinon d’hégémonie planétaire, et il s’agissait de nations hyper militarisées. En quoi les «lépreux» Orban et Salvini – pour ne retenir qu’eux – ont-ils une quelconque ambition belliqueuse de cette nature? Ils souhaitent simplement se concentrer sur leurs intérêts strictement nationaux, protéger leurs frontières de flux migratoires incontrôlés par l’Europe de Schengen, refuser la société multiculturelle dont ils observent les échecs en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Belgique. C’est un choix de souveraineté politique, leurs citoyens les ont élus pour cette politique et peuvent se dédire aux prochaines élections puisque ni Orban ni Salvini pour l’heure n’ont remplacé la démocratie par l’autocratie.

Autre aspect de cet absurde raccourci comparatif: dans les trois cas, URSS, Italie fasciste, Allemagne nazie, la prise du pouvoir n’a rien eu de démocratique à la différence des gouvernements italiens, autrichiens ou hongrois vilipendés par Emmanuel Macron. La Russie est devenue l’URSS à la suite de la révolution bolchévique qui fut pour le moins un coup de force, venue d’une minorité politique extrémiste, favorisé par le contexte tragique des défaites militaires russes, la Russie de Nicolas II étant membre de la Triple entente. Staline prit le pouvoir après la mort de Lénine en 1924 après avoir éliminé tous ses concurrents, tout aussi violents politiquement et antidémocrates que lui, mais probablement moins malades mentalement que le Petit père des peuples. Mussolini accéda au pouvoir après une forme d’itinérance au demeurant ratée, la marche sur Rome d’octobre 1922. Cette démonstration de force maquillée a posteriori par le Duce en coup d’État, aura suffi à vaincre une démocratie italienne sans boussole, minée par les conflits internes, qui s’effondrera d’elle-même laissant Mussolini instaurer sa dictature fasciste, qui servira en partie de modèle à Hitler.

Dans les trois cas, URSS, Italie fasciste, Allemagne nazie, la prise du pouvoir n’a rien eu de démocratique.

Ce dernier n’a pas été élu démocratiquement, contrairement à la doxa qui sert le discours sentencieux actuel envers les citoyens-électeurs, à grand renfort de «retour des heures sombres» et d’entrisme par les Forces du Mal au sein de notre vertueuse machine démocratique. En effet, dans l’Allemagne de la jeune République de Weimar, née de l’effondrement du Reich en 1918, l’assemblée était élue à la proportionnelle intégrale et jusqu’aux élections de 1932 le NSDAP, le Parti des Travailleurs allemands Socialiste et National, ne dépasse pas les 20 %. Hitler échoue également à l’élection présidentielle de 1932 qui voit la réélection d’Hindenburg. Cette campagne aidera en effet le NSDAP à engranger des voix aux législatives suivantes puisque le parti dépasse les 30 % des suffrages, pour autant il n’est pas majoritaire. La majorité était composée par une coalition de centre-gauche qui n’échappa pas aux luttes intestines largement alimentées par la gauche (SPD et KPD), et empêchera la nomination d’un gouvernement d’union nationale qui aurait peut-être pu réduire la puissance montante du NSDAP. C’est l’incapacité des forces politiques démocratiques (cet adjectif est-il seulement admissible pour le KPD…) à s’entendre pour gouverner ensemble qui explique aussi qu’Hindenburg dût se résoudre à nommer Hitler. Il était après tout le chef du parti qui avait obtenu, seul, 33 % des voix aux législatives, mais les démocrates, en se coalisant durablement, pouvaient faire obstacle à sa nomination au poste de Chancelier. C’est leur faiblesse qui fit sa force, et non pas un imaginaire raz-de-marée électoral laissant penser que le peuple allemand aspirait unanimement à suivre Hitler dans les années 1930.

Quant à réduire la montée des totalitarismes dans l’entre-deux-guerres à une conséquence de la crise de 1929 comme le laisse croire le président Macron, c’est encore ne voir l’histoire par le petit bout de la lorgnette. Ce genre de raccourci ne sert à faire comprendre ni le passé, ni le présent, il sert à manipuler l’opinion pour une politique à venir décidée sans le consulter. La crise de 1929 a montré pour la première fois à l’échelle mondiale, où conduisaient le capitalisme financier et sa spéculation sans limite, les prises de bénéfices indignes des gros opérateurs financiers en plein cœur d’une crise sans précédent, son culte de l’argent-roi et déjà l’économie ouverte à tous les vents mauvais. La critique de ce capitalisme amoral, contraire aux intérêts des peuples souverains, destructeur de la nature, asservi aux machines et transformant l’homme lui-même en machine, fut étouffée pendant des décennies par les délires des théoriciens de la lutte prolétarienne. Ils ne firent qu’alimenter la puissance capitaliste qui conduira à la multiplication des crises économiques jusqu’à celle de 2008 dont aucun dirigeant n’a réellement tiré la moindre analyse qui se transformerait en action politique. Au contraire, comme dans une course vers l’abyme on alimente plus que jamais la destruction de tout ce que l’humanité a forgé en plus de cinq mille ans d’histoire. L’homme atomisé machine à consommer est le produit de cette crise, on l’endort en lui promettant comme seul horizon de bonheur «plus de pouvoir d’achat». Emmanuel Macron est l’homme de ce système: la société ouverte, inclusive, du village global, des flux sans contrôle de marchandises et des hommes – catégories bientôt synonymes. Et pourtant il ose accuser dans ces propos les «grands intérêts financiers qui dépassent parfois la place des États». On peut être stupéfait quand cela est dit par le fondé de pouvoir de la Commission de Bruxelles! Mais c’est habile pour convaincre une opinion publique rendue amnésique qu’on la protège des petits Hitler à nos portes, elle qu’on a rendue aveugle aux conséquences de l’irréparable. Cet irréparable est né quand l’économie industrielle au XIXe siècle prit le pas sur la politique au nom du Progrès, quand le capitalisme financier décréta la mise à mort des nations européennes seules capables de circonscrire sa dangerosité tant pour l’humanité que les écosystèmes. Cet irréparable est né quand des experts-comptables au service d’une oligarchie financière mondiale prirent la place des hommes d’État soucieux de défendre les intérêts de leur nation et de protéger leurs citoyens, tous leurs citoyens.

Voir également:

CNN boss: If we break away from Trump coverage ‘the audience goes away’
John Bowden
The Hill
11/01/18

CNN President Jeff Zucker said his network’s audience would dwindle if its news programming shifted away from covering President Trump.

In an interview published in the latest issue of Vanity Fair, Zucker said the reason why CNN spends much of the day reporting on Trump’s day-to-day activities and his rhetoric is viewer demand.

“People say all the time, ‘Oh, I don’t want to talk about Trump, I’ve had too much Trump,’ ” Zucker told Vanity Fair. “And yet at the end of the day, all they want to do is talk about Trump. »

« We’ve seen that anytime you break away from the Trump story and cover other events in this era, the audience goes away, » he added. « So we know that, right now, Donald Trump dominates.”

Zucker said he wants CNN to be a home for both supporters and opponents of the president, despite harsh criticism of the news outlet from Trump and other Republicans.

“On MSNBC, you rarely hear from people who do support Trump, » Zucker said. « We want to be home to both those points of view. »

« It is true some of these folks are not very good with the facts, but that’s OK in the sense that it’s our job then to call them out, » he added.

CNN is projected to report its most profitable year ever, a source familiar told Vanity Fair, though it lags behind both Fox News and MSNBC in average prime-time viewership.

Donald Trump Jr. on Thursday suggested it was time for CNN to embrace a « new business model. »
« CNN’s audience went away anyway. That’s why their ratings are so bad, » he tweeted, adding that the network should focus on his father’s « amazing wins. »

The president frequently trashes CNN and its ratings, and has taken aim at Zucker in the past. He wrote in August on Twitter that CNN’s parent company should fire Zucker over CNN’s ratings, which have improved significantly since Zucker took over.

« The hatred and extreme bias of me by @CNN has clouded their thinking and made them unable to function, » the president tweeted. « But actually, as I have always said, this has been going on for a long time. Little Jeff Z has done a terrible job, his ratings suck, & AT&T should fire him to save credibility! »

Voir encore:

POLL: Media More Divisive Than Trump
Saagar Enjeti | White House Correspondent

The Daily caller
11/01/2018

A larger part of the electorate believes the media does more to divide the country than President Donald Trump, a new Politico/Morning Consult poll finds.

Sixty four percent of voters told Politico/Morning Consult they believe the media has done more to divide the country than unite it, compared with 56 percent of those who responded similarly when discussing Trump. Opinions on divisiveness diverges significantly along party lines with the vast majority of Democrats believing the president is responsible for dividing the country and a slight majority of Republicans believing he has done more to unite it.

The poll has a sampling error of +/- 2 percentage points.

The poll comes as Trump continues to accuse a large group of the U.S. media of playing the most divisive role in American politics. “The left wing media doesn’t want to solve problems, they want to stoke resentment, it has to stop,” he declared Wednesday evening at a Florida rally.

Trump has tweeted multiple times to this effect making a distinction between the media writ large and what he calls “the fake news media.”

Voir de même:

Trump Approval Among Black Voters Rises to Record 40 Percent in Rasmussen Poll

Petr Svab
The Epoch Times

October 29, 2018

Some 40 percent of black likely voters approve of the job President Donald Trump is doing, according to the daily Rasmussen poll released on Oct. 29.

The number marks a record high, the pollster noted, and shows a rapid rise in support for the president among black voters, compared to Rasmussen’s own results from a year ago.

The poll showed 29 percent support for Trump among blacks on Aug. 6, compared with 15 percent on Aug. 3, 2017.

Reuters/Ipsos polls also have revealed an increase, though more modest, to 16.5 percent approval among blacks in an Oct. 18–22 survey, from 11 percent at the end of August.

Among all likely voters, Rasmussen has been tracking Trump job approval at around the 50 percent mark throughout October, compared to the 40 to 47 percent range being reported by other pollsters.

Why Trump

Black Americans have voted exceedingly left since the 1960s. The presidential election in 1964, especially, fixated black voters on the Democrats. The assassination of President John F. Kennedy the year before primed the nation to choose his vice president, Lyndon Johnson, to continue his legacy. Democrats also portrayed the Republican contender, Barry Goldwater, as a racist, because he opposed the 1964 Civil Rights Act.

Goldwater was actually against segregation and racial discrimination, The Heritage Foundation’s Lee Edwards wrote in 2014. Goldwater had voted for the civil rights bills of 1957 and 1960, but warned, prophetically, that the 1964 legislation was written in a way that would lead to another form of racial discrimination—affirmative action.

It didn’t help that Goldwater was, to a degree, a small-government libertarian who believed that welfare would lead to moral erosion by means of government dependency. His unabashed rhetoric gave his opponents ammunition to accuse him of wanting to drastically cut welfare.

Trump, with an unabashedness of his own, received only 8 percent of the black vote in 2016. But that was still more than Goldwater or even Mitt Romney.

Trump has steered clear of talking up welfare cuts at large, taking more popular angles, such as repealing Obamacare and imposing job requirements on welfare seekers. But, perhaps more than Goldwater, he was liberally accused of racism by Democrats.

Those attacks, however, seem to be losing effectiveness. To begin with, Trump hadn’t been considered racist in the left-leaning circles of mainstream media and entertainment until he ran for president.

He’s also spent considerable effort to appeal to black voters, asking them to consider how electing Democrats for decades benefited them. Trump promised them jobs, safety, and education.

“We’re fighting every day for African-Americans, for more jobs, for higher wages, for safer communities, for great schools, and we want school choice. We got to have,” Trump said at the Oct. 27 rally in Evansville, Indiana. “We’re fighting hard. It’s going to make a big difference.”

Black unemployment, a powerful talking point, has dropped to historic lows under his administration’s “America First” economic agenda. Violent crime also slightly declined in 2017, after two years of increases.

‘Blexit’

The support of singer, producer, and businessman Kanye West has been helping Trump from another angle. West says he doesn’t agree with Trump on everything, but that it frees his mind to put on a Trump hat, as it allows him to escape the certain modes of thinking that society expects of him.

Conservative political commentators such as Candace Owens and Dinesh D’Souza have popularized the expression “the Democratic Plantation,” which draws a parallel between the racism against blacks advocated by the Democratic Party in the past and the system of government dependency represented by the welfare state advocated by the Democrats of the present.

Some effects of the efforts of Owens and others can be seen among the blacks joining the Walk Away movement to leave the Democratic Party.

Owens has recently announced a new initiative called “Blexit,” which specifically urges black Americans to leave the Democratic Party. A clothing line accompanies the movement, sporting “Blexit” and “We Free” in capital letters.

Voir de plus:

Newsonomics: Trump may be the news industry’s greatest opportunity to build a sustainable model

Readers have finally understood that their payments for the news will actually make a difference in what they and their community know. That model needs to be extended down to states and cities.
Ken Doctor
Nieman lab
Jan. 20, 2017

One of the most challenging periods in American press history begins at noon Eastern today. The cries of “Lügenpresse” (defended by the outlet until recently run by new chief strategist to the president) echo almost as much as the stiff-arm salutes in the nation’s capital in late October. The Russian propaganda service Russia Today (now nicely rebranded as RT America) somehow taking over the airwaves of C-SPAN for 10 minutes is just icing on the cake. Who knows what language cable news’ crawls will be in soon?

As we feel the ever-louder banging on the doors of a free press, we should also hear, weirdly, another knocking. That’s the knocking of opportunity.

It’s not just the “journalistic spring” that Jack Shafer predicts as the conflicts and controversies of the Trump administration prove fertile ground for investigation. It’s the opportunity to rewrite the tattered social contract between journalists and readers, a chance to rebuild a relationship that’s been weakening by the year for a decade now.

That’s not just some wishful sentiment expressed in the face of the reality of Trump. We’ve seen it proven out over the past several months, and we must grasp this chance to reset an American press that has been withering away.

In both the immediate run-up to the election, and more so in its dramatic aftermath, we’ve witnessed one greatly ironic unintended benefit of Trumpism. More than 200,000 new subscribers signed up for New York Times subscriptions, many of them not even directly solicited — they just figured out it was the right thing to do. The Washington Post saw its own double-digit percentage increase in new subscriptions, and Jeff Bezos — sensing opportunity —- has just taken the dramatic step of adding more than five dozen journalists to the

Readers opened their wallets more widely, as The Atlantic, ProPublica, The Guardian, NPR, The New Yorker, Mother Jones, Vanity Fair, and the Los Angeles Times have all reported increased public support.What’s the lesson here?

Beyond “support,” readers clearly recognize value. They reward reporting, factual reporting, secure in the knowledge that certain news brands are more immune from the fakeries, forgeries, and foolishness than others. They see their own questions being answered with dutiful reporting and thoughtful analysis. The Times, in its 2020 report, long in the works, renewed the new social contract, as it designated $5 million for deeper and wider national government coverage, given the Trump ascendance.

Readers see courage and they support it. The Times and the Post led courageously in 2016, even as the din of press attacks got louder. (And, here, let us recognize the uneven but growing courage of CNN, its reporters and its hosts, for more insistently piercing the bellows of nonsense they encounter. At the same, time, let’s recognize the potential of CNN-taming implicit in Trump’s meeting last week with AT&T chief Randall Stephenson, the would-be buyer of CNN through the acquisition of its corporate parent, Time Warner.)And, yet, all of that outpouring of post-election support still amounts to a meager down payment on what the American press needs. The national news media lives on the thread of profit. It is not “failing,” as in the Trumpian taunt, but it’s just hanging on, having absorbed financial blow after blow of digital disruption. At the local level — where all but four of the nation’s 1,375 or so dailies operate -— the unraveling is far worse.

Those dailies approached the election emaciated, their weakness exacerbated by 10 years of disinvestment. Make no mistake: Most of the U.S. daily press still returns profits. They just don’t return as much news, or reporting, or knowledge, as they used to.

Further, it’s in that local press that Americans long got their basic news, the basic facts that informed their voting habits. We can draw a straight line between the decline of the American local press and a populace whose factual ignorance has been further distorted by the polarization of democratic discourse. We may struggle to point out a few direct illustrations of that straight line, but the impact — civic and electoral — is only logical. We can’t cut the number of journalists in the American daily workforce in half — replacing the most locally knowledgeable with less experienced, lower-paid recruits — and expect no loss.Looking forward, though, it’s that local press that we must look to cover the day-by-day repercussions of health, environmental, education, and racial justice policies and laws turned upside down. We’ll see mad spin coming out of Washington, and the national media will cover that. That national media, stretched as thin as it is, has little prayer to cover what seems likely to happen in the 50 states to the formerly insured, the women facing clinic closures, the aggrieved looking to federal legal insistence on fairness and justice, and the families seeking clean drinking water. Those are stories that must be unearthed, and told, across the country.

It’s a question that comes down to a single word: capacity.

Long-time media watcher Merrill Brown pointed recently to the drained ability of American news companies to adequately report on the administration that takes power today.

“There are not enough institutions in the American journalism community that are healthy enough to deal with what the Trump administration is likely to do in its early years,” he said on Brian Stelter’s Reliable Sources on CNN a week ago. Speaking of both national and regional insufficiency, “We need more ProPublicas. We need more Jeff Bezoses. Philanthropists and investors need to be focused on how important media is, right now, during a dramatic change in government. We need more people to step up to the changes in journalism.”

Is it a news emergency? We can make a good case for that, but even if we want to classify it merely as a deepening crisis, let’s remember the advice of Rahm Emanuel as Barack Obama took over a country on the edge of depression in 2009. “You never let a serious crisis go to waste. And what I mean by that is it’s an opportunity to do things you think you could not do before.”

I’ve had many conversations with those in and around the industry since the election, and there’s clearly a greater realization of this existential moment in American journalistic life, yet no singular sense of what to do.

Let me suggest we act on what we’ve learned.

First, that means recognizing the new power of the reader/journalist relationship, one underutilized by-product of the digital age. Though the national/global newspaper-based media (The New York Times, the Financial Times, The Washington Post, and The Wall Street Journal, which is finally finding its feet, bringing its business acumen to tougher Trump conflict of interest reporting) still struggle with the digital transition, they’ve each crossed over. More than 50 percent of their revenue comes directly from readers; that’s up from the industry average of 20 to 25 percent just a decade ago.That not only provides them a more stable source of ongoing revenue, as digital ad markets prove increasingly troublesome — it also makes the point of journalists’ work crystal-clear. Journalists report and write to satisfy readers.

Finally, in the recent cases of Times and Post subscription spurts, paying readers have finally understood that deeper connection: My payment for the news will actually make a difference in what I know and what my community and country know.

So, on a national level, that message needs to be reinforced at every opportunity, just as John Oliver and Meryl Streep, among others, have begun to do. Another half million to a million digital subscriptions could well certify the successful digital transformation of national news outlets proving themselves indispensable to the democracy. That number now appears in reach, as we assess the progress noted in Monday’s New York Times 2020 report.

It is in local markets that the reader revenue lesson is going largely untested. Yes, most dailies have put up paywalls, but only a relative handful — mostly outside the major chains — have funded still-robust, if diminished, newsrooms. The common arithmetic I’ve described: Halve the product, double the price. Rather than invest in that reader/journalist relationship, too many companies simply milk the life of the disappearing print paper.My simple proposition: More Americans will pay more for a growing, smarter, and in-touch local news source if they are presented with one. As the local newspaper industry has shriveled, most readers have never been presented with that choice. Rather they’ve had to witness smaller and smaller papers, and then less and lower-quality digital news offerings.

It’s not simply an “It’s the content, stupid” moment. Too many news publishers have failed to create products, especially smartphone ones, that display well even what these local companies today produce. That, though, is a topic for another day.)Out of the welter of possibility in 2017, we need to see multiple tests of ramping up local quality, volume, and product. We need new scale brought back to local news reporting, which can now exploit the wonders of multimedia presentation, and do it far more cheaply than print could ever offer.

Will any of the local chain owners invest in a Bezosian long-term strategy? Already, I’ve heard discussion at the high levels of a couple of chains about the new public expectation of “watchdog journalism” and how to meet it — and benefit from it.

Will the trying-to-be-feisty independents — perhaps led by The Boston Globe with its own small bump to 70,000 paying digital subscribers and a broad reinvention plan taking shape — see Times- or Post-like rewards for their efforts? Will any of the larger public radio stations tie growing news capabilities to a kind of “news membership,” moving to fill the vacuum of news in their cities? How many local TV stations will test out the idea of becoming broader TV/digital news providers, and doing enough to get reader payment? What kind of stronger, regional roles might the likes of Kaiser Health News (health), The Marshall Project (criminal justice), and Chalkbeat (education) play? Can any of the most ambitious of LION’s 110 local member news sites step up their coverage to benefit significantly from the new reader/journalist virtuous circle?

In business — and news is a business — consumers expect the improved product to be offered first, and then to be asked to pay (or pay more) for it. That’s why we need to see the kind of investment — from investors to philanthropists, as Merrill Brown suggests.

It’s been astounding to me that so few people of wealth have come forward to rebuild the American press in digital form. Why will an Elon Musk, an early investor in newspaper entertainment product Zip2, pour hundreds of millions into space, cars, and batteries, but nothing into his local Silicon Valley news sources? For the most part, even the most sympathetic haven’t seen a sustainable model that they thought worthy of their time and money.Now, though, that model cries out before us: Majority reader revenue, built on a nationally proven next-generation content-and-product strategy. That’s the carrot. The big stick: Unless a new model is worked out soon, know-nothingism will find fewer challenges across the expanse of America’s news deserts.

Majority-reader-revenue models won’t work overnight, and, there, the bridging aid of a small fleet of foundations that have so far failed to fund a new sustainability will be key. I believe they will renew their own spirits — if and when they see building success.

Finally, let’s consider the intangible of civic pride in this strangest of political times. John Oliver made subscribing to the Times and Post and supporting ProPublica hip. Clearly, he tapped an open reservoir of goodwill. As high hundreds of thousands of people take to the streets this weekend, apprehensive of the future, and looking for accountability, the appetite for aggressive news media — national and local — may never have been as high.

Who will step forward and rise to the occasion?

Voir encore:

Why Were the 7,000 Antisemitic Incidents Under Obama Largely Ignored?
Seth Frantzman
The Algemeiner
March 1, 2017

In the last two months, almost 100 Jewish community centers and day schools have been targeted with antisemitic threats. The map of the threats is shocking. It stretches from Maine to Florida, Texas, Colorado, all the way to California and Washington. Despite more than 190 antisemitic incidents, no arrests have been made. These are terrifying times for many, and there is a feeling that antisemitism is reaching a crescendo in the US. The perception is that America has historically been safe and tolerant, but today a rising “wave” of antisemitism may be breaking on its golden door.

The US administration’s response has been tepid at best, and a case of denial at worst. Although Vice President Mike Pence stopped by a desecrated cemetery in St. Louis, it took more than a month for US President Donald Trump to make his denunciations clear, despite numerous chances to do. Trump is personally blamed for “unleashing” antisemitism during the election campaign last year. Rabbi Daniel Bogard, a victim of online antisemitic abuse, told the JTA,“There has been permission that’s been given to say these things we didn’t used to say.”

This feeds a growing narrative about the rise in antisemitism. There are more than nine million results in Google relating to “Trump antisemitism,” including the recent headlines “Report: Trump mulling axing antisemitism envoy as part of budget plan,” and “Trump suggests Jewish community is spreading antisemitic threats.”

However, Mark Oppenheimer at The Washington Post notes, “There is no good statistical evidence (yet, anyway) that Americans have grown more anti-Semitic in recent months…Overall, however, we won’t know for many more months, when the FBI and the Anti-Defamation League have better data to work with, if Nov. 9, 2016, was the start of something new or just a continuation of a regrettable but enduring legacy.”

The Anti-Defamation League has released a list of the 10 worst antisemitic incidents of 2016, though the data for that year is not yet complete. There is data, however, for previous years.

If there was a major rise in antisemitism, then the 190 incidents that the media have reported on in the first two months of 2017 should be significant. That’s 95 a month. Let’s use that as a barometer and look at the first seven years of Barack Obama’s presidency. The 2016 data, when it is released, will be influenced by the apparent rise in antisemitism during the election. But the years 2009-2015, for which we have data, are untainted by the alleged rise in attacks from Trump supporters.

There were 1,211 antisemitic incidents in Obama’s first year in office. This was after four straight years of declining antisemitism. For instance, in 2008, there were 1,352 incidents. Attacks had peaked in 2004 with 1,821.

Over the years, the number of incidents continued to decline. After an initial uptick to 1,239 in 2010, they declined to 751 in 2013. They began to rise again to 914 in 2015, the last year for which we have data. When we tally the total number of incidents between 2009 and 2015, the overall number of attacks reaches more than 7,000. However, the number of assaults increased, almost doubling during the Obama administration.

Overall, there was an average of 84 incidents a month under the Obama administration. Let’s step back for a moment and compare that to the 95 incidents between January and February 2017. That’s a 10% increase. It could be more once all the data comes in. But the media haven’t been telling us there is a slight increase; the narrative has been that there is an antisemitic wave sweeping the US. In Berlin, there was a 16% increase in antisemitic incidents by comparison. It was also “sweeping” the UK in 2014.

One of the key indicators of rising antisemitism during the Obama years was the number of physical assaults. From a low of 17 in 2012 they rose to 56 in 2015. The ADL noted a “dramatic rise” in assaults that year.

So why are headlines today claiming a “pandemic” of antisemitism in the US? Abe Foxman used the word “pandemic” to describe antisemitism in the US in 2009. “This is the worst, the most intense, the most global that it’s been in most of our memories. And the effort to get the good people to stand up is not easy,” he said in a speech that year. Jonathan Greenblatt said in November of 2016 that the US was suffering extreme levels of hate. “Anti-Jewish public and political discourse in America is worse than at any point since the 1930s,” he was quoted by JTA as saying.

Looking back almost a decade puts things in perspective. Where was the media in 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 to highlight thousands of incidents of antisemitism? 210 physical assaults on Jews. 3,900 threats against Jews and Jewish institutions. 2,900 incidents of vandalism. 180 incidents of antisemitism on campus. Every six days, a Jewish person in America was being attacked in 2015 and it went largely ignored. On average, there were threats every day against Jews and Jewish institutions over the last eight years and most of them did not receive headlines.

There were also incidents of vandalism every day on average. Why did 7,034 incidents of antisemitism not get major headlines for so long? Was it because of an agenda to protect the Obama administration from criticism, or due to complacency and people becoming inured to the phenomenon? The cesspool and swamp from which today’s hate crimes on Jewish cemeteries emerge is not in a vacuum and it may not be due to the toxic divisions of 2016; it may have deeper roots. That’s the elephant in the room: 7,000 incidents that were recorded — and reported by the ADL — which almost no one wants to talk about.

Is the media misleading us through fear-mongering about antisemitism in the United States? The data seems to show that the recent wave of threats, while unique in their target and regularity, are not a massive increase from years past. Threats occurred throughout the last decades, and many went unreported. The key indicator of physical assaults has been rising in the last years. Campus antisemitism, the ADL says, peaked in 2015. The most important thing is to present the public with real data on the number of incidents. The 24-hour news cycle tends to encourage the feeling that antisemitism is leaving people under siege, with swastikas on subways and memorials, at rural synagogues and on homes.

There is also a tendency to feed a narrative that there is a major rise in hate crimes in the United States connected with the toxic election of Trump. There may be a rise in hate crimes, but many of them are not directed at Jews; many of them are directed at Muslims and other groups, such as the Georgia couple recently sentenced for threatening African-Americans.

The reality is that the American press even ignores serious antisemitism in other countries, while reporting on its expression in the US. Video footage recently emerged of a preacher at Canada’s Al Andalous Islamic Centre — Sheikh Wael Al-Ghitawi — claiming Jews were “people who slayed the prophets, shed their blood and cursed the Lord.” Another sermon in Toronto referred to the “filth of the Jews.”

Are there videos in America of anyone preaching such hatred openly without a pushback?

This raises serious questions about how we discuss and learn from antisemitism. When people sit through a sermon and don’t raise a hand in protest when a preacher says Jews should be killed, that’s a huge problem.

What about when there are clear cases of antisemitism whose perpetrators are not charged with hate crimes? In Avignon, a man tried to light firecrackers in front of a synagogue, but was cleared of antisemitism charges. He just happened to do it in front of a synagogue, not any of the dozens of churches in the town?

This is one of but many examples.

The question is: Are we only offended by certain types of antisemitism and not others?

Voir par ailleurs:

Nicole Bacharan: «Aujourd’hui, il faut avoir peur de l’Amérique»

Politologue et historienne ayant longtemps vécu aux Etats-Unis, Nicole Bacharan commente la violence des mots et des actes sous la présidence Trump, et estime que la deuxième moitié de son mandat pourrait être fortement entravée par les enquêtes de la Chambre des représentants si celle-ci est reconquise par les démocrates
LE TEMPS
2 novembre 2018

Elle connaît Houston et New York comme sa poche pour y avoir vécu. Dans sa famille, on est Français, mais aussi Américains. Auteure de nombreux livres sur l’Amérique, Nicole Bacharan observe la scène politique outre-Atlantique avec intérêt et parfois effroi. A quelques jours des élections de mi-mandat (6 novembre) qui battent un nouveau record en termes de dépenses de campagne (5,2 milliards de dollars), cette historienne et politologue a reçu Le Temps dans son appartement parisien. Elle commente le climat de très forte tension sociale qui règne dans le pays à l’aube d’un scrutin qui pourrait avoir un impact majeur sur la deuxième moitié de la présidence de Donald Trump.

Le Temps: Pour les démocrates, l’un des enjeux majeurs des élections de mi-mandat, c’est la reconquête de la majorité de la Chambre des représentants. La majorité du Sénat étant vouée à rester en mains républicaines, quelles seraient les conséquences d’un tel scénario?

Nicole Bacharan: La première serait l’ouverture de plusieurs enquêtes. La Chambre des représentants a des pouvoirs d’enquête très larges. Je pense d’ailleurs que les enquêtes sont déjà prêtes. Vu ce qui se passe outre-Atlantique, les démocrates ne feront aucun cadeau. On peut imaginer deux scénarios. Les démocrates pourraient chercher un compromis avec Donald Trump sur les investissements dans les infrastructures, sur l’extension de Medicare (l’assurance maladie des plus de 65 ans) ou encore sur la réduction des prix des médicaments. Mais c’est très improbable dans un Washington aussi polarisé. Le président a pris des mesures, mais, sur le plan législatif, il n’a rien fait hormis la baisse des impôts. Il y a très peu de chances qu’il forge un compromis sur les projets sociaux.

Les démocrates ont déjà sorti les couteaux, préparé des enquêtes, et ils sont prêts à engager une procédure de destitution. Je serais étonnée qu’ils ne trouvent pas de chefs d’inculpation contre Donald Trump, sachant qu’une procédure de destitution peut être adoptée à la majorité simple à la Chambre des représentants. Au Sénat, une telle procédure n’aboutirait pas avec des républicains toujours majoritaires. Mais face à une Chambre sous contrôle démocrate, je ne sais pas où Donald Trump s’arrêtera pour sauver sa peau.

Quel est l’élément le plus saillant de la campagne électorale qui s’achève?

La mobilisation des femmes. Je n’ai jamais vu autant de femmes faire acte de candidature au Congrès, surtout dans le camp démocrate. Mais les circonscriptions électorales étant ce qu’elles sont, il n’y aura pas de tsunami féminin à Washington.

Les tentatives d’attentat aux colis piégés contre des personnalités démocrates, la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh ont créé un climat délétère. Pour reprendre le titre de l’un de vos ouvrages, faut-il avoir peur de l’Amérique?

Dans la même semaine, des Noirs américains ont été tués parce qu’ils étaient Noirs, des colis piégés auraient pu tuer des figures démocrates comme Barack Obama ou Hillary Clinton, et enfin Pittsburgh a été le théâtre de la pire tuerie antisémite de l’histoire du pays. A l’époque de la présidence de George W. Bush, Elie Wiesel m’avait demandé: faut-il avoir peur pour l’Amérique? Avec ce qu’on a vu ces derniers jours, je dirais qu’il faut avoir peur pour, mais aussi de l’Amérique. On sait que c’est un pays violent où circulent 300 millions d’armes à feu. En 2016, plus de 11 000 personnes ont été tuées par de telles armes. Mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu un tel déferlement de haine raciste et meurtrière dans un temps aussi resserré. Sous la présidence de George W. Bush, il y avait de fortes divisions, mais les gens se parlaient encore de manière civile. Je l’ai vécu. On n’avait pas le sentiment d’être remis en cause dans son être profond. Là, avec Donald Trump, c’est très différent. Les pro- et anti-Trump divergent tellement sur des valeurs essentielles qu’ils ne peuvent plus s’adresser la parole.

Donald Trump multiplie les meetings électoraux, radicalise son discours. Porte-t-il une part de responsabilité dans les événements de ces derniers jours?

Si vous regardez ses meetings, ils se déroulent tous selon le même schéma. Il dramatise la question de l’immigration, décrit les journalistes comme des ennemis du peuple et vitupère contre les alliés qui profitent de l’Amérique. Il arrive à susciter une rage incroyable chez les gens. Il a un grand talent pour manipuler les foules. Il désigne à la vindicte publique tous ceux qui représentent une opposition. L’exemple vient d’en haut. Les gens se sentent habilités à insulter, voire à tuer, des individus qui ne pensent pas comme eux. Dans ces meetings, il y a indubitablement des incitations à la violence. Les Américains ont un président qui piétine toutes les valeurs de civilité, de tolérance mutuelle propres à une démocratie, et qui a fait de la violence une valeur à part entière.

La tuerie de onze juifs dans une synagogue de Pittsburgh le week-end dernier a été un traumatisme.

Pour la communauté juive, c’est un choc énorme. Dans l’histoire américaine, il y a eu des agressions et des insultes antisémites, des périodes de quotas défavorables ou d’hostilité envers les juifs de Pologne et de Russie qui arrivaient aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Mais les juifs ont toujours eu le sentiment de vivre aux Etats-Unis plus en liberté qu’ailleurs à l’exception d’Israël, d’être des piliers du pays. Ils ont beaucoup défendu l’intégration des migrants, se sont engagés pour les droits civiques. Ils se sont souvent considérés comme ce qu’il y avait de plus américain. Donald Trump n’a pas appelé à la violence antisémite. Mais la manière dont il a libéré la parole raciste a un impact. Quand des suprémacistes blancs criaient à Charlottesville en 2017 que «les juifs ne les remplaceraient pas» et qu’ils défilaient avec des torches enflammées rappelant Nuremberg, Donald Trump ne les a pas encouragés, mais il ne les a pas contredits.

Donald Trump (et par ricochet les républicains) va-t-il bénéficier de ce climat de haine le 6 novembre?

C’est son calcul. Il ne cherche pas à apaiser les tensions, mais à générer le plus de colère possible au sein même de son électorat. Sa technique, c’est le mensonge avéré quotidien, sans vergogne, érigé en système. Or, quand les faits ne comptent plus, cela rappelle les années 1930. C’est en tout cas ainsi que ça commence. La honte a disparu. Le migrant devient l’ennemi. Si je pouvais résumer la présidence Trump, je choisirais cette image: l’homme à la tête de l’armée la plus puissante du monde promet d’envoyer jusqu’à 15 000 soldats à la frontière américano-mexicaine face à quelque 4000 déguenillés. Il y a la grandeur de la fonction et la petitesse de l’homme. Donald Trump maintient son électorat dans une vraie paranoïa. Si vous êtes un Américain qui regarde Fox News et qui écoute le polémiste Rush Limbaugh, vous vous sentez menacé par tout. Selon moi, Donald Trump est habité par la peur. Il l’a identifiée avec un véritable génie comme un moyen qui fait sa fortune. Quand les gens n’auront plus peur, ils ne voteront plus pour lui.

Les démocrates semblent encore sonnés par la défaite d’Hillary Clinton face à Donald Trump le 8 novembre 2016. Les noms qui circulent actuellement pour la présidentielle de 2020 sont ceux de Joe Biden (76 ans), Bernie Sanders (77 ans) voire Hillary Clinton (71 ans) ou Michael Bloomberg (76 ans), l’ex-maire de New York. Où est le renouveau?

Le temps commence à presser. Un an et demi avant leur élection en 1992 et en 2008, on voyait toutefois mal Bill Clinton et Barack Obama l’emporter. Chez les démocrates, ils sont très nombreux à vouloir se lancer pour la présidentielle. Mais ils restent pour l’heure assommés par la défaite de novembre 2016, qui n’aurait pas dû avoir lieu. C’est un fait: sans chercher à l’éteindre, Barack Obama n’a pas porté la nouvelle génération. Le parti est aussi très divisé entre les héritiers d’Obama et de Clinton d’un côté et le camp Bernie Sanders de l’autre. Les premiers n’ont pas un message très emballant pour l’instant et les seconds, qui ont une volonté marquée de s’en prendre frontalement aux inégalités sociales, n’auront jamais de majorité dans un pays comme les Etats-Unis.

Il y a surtout ce constat: les démocrates ont déserté les zones rurales et la politique locale. Ils ont perdu plus de 800 sièges dans les parlements des Etats et 13 postes de gouverneur, le pire bilan depuis Eisenhower.

Les républicains n’ont rien accompli en termes législatifs. Ils n’ont pas réussi à abroger l’Obamacare, la loi sur le système de santé. Mais leur stratégie électorale à long terme s’est révélée très payante. Je pense que les démocrates ont désormais appris la leçon, même s’ils n’ont pas forcément un système en place pour renverser la vapeur.

Au Congrès, ces mêmes républicains que l’éditorialiste américain Frank Rich appelle les «Vichy Republicans» ne constituent pourtant plus un contrepoids au pouvoir exécutif. On pensait que l’Amérique avait un système de poids et contrepoids inébranlable garant du bon fonctionnement démocratique des Etats-Unis…

On se pose en effet beaucoup de questions sur l’avenir de la démocratie et de la Constitution américaine, en particulier à l’ère des réseaux sociaux. La Constitution a déjà résisté à des périodes très difficiles. L’Amérique est au bord du gouffre.

L’autre contrepoids, c’est la Cour suprême…

Oui, la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême a été dévastatrice. La manière très partisane dont il a répondu aux questions d’une commission sénatoriale aurait dû le disqualifier. Or il n’en fut rien. La Cour suprême n’est plus respectée. Elle est devenue une institution purement partisane, avec d’un côté des juges progressistes et de l’autre des juges non pas conservateurs, mais ultra-conservateurs. On va sans doute voir une haute cour en décalage continu avec l’évolution de la société américaine.

Les Américains ont-ils les moyens de restaurer leur démocratie?

Face à l’érosion de la vérité et à la promotion de la violence politique combinées à l’effet amplificateur des réseaux sociaux, il faudra de grandes ressources démocratiques aux Etats-Unis pour se remettre de la présidence d’un Donald Trump qui se décrit comme l’Ernest Hemingway des 140 signes, de Twitter. L’Amérique est capable de nous surprendre. En bien et en mal.

Comment expliquez-vous l’attitude très suiviste du Parti républicain?

C’est un aspect de la dégradation du climat politique outre-Atlantique dont Donald Trump n’est pas responsable. Le Parti républicain est à la dérive depuis une vingtaine d’années. On est désormais à des années-lumière du parti de Rockefeller. Il est aujourd’hui la carpette du président. Le Tea Party a pris le pouvoir en 2009 avec une haine raciale incroyable sous la présidence Obama et un refus complet de l’esprit de compromis qui est pourtant l’essence même de la Constitution américaine.

Quel est votre rapport personnel aux Etats-Unis?

En France, j’ai grandi dans un milieu franco-américain. C’était une volonté de ma mère, qui avait été une très jeune résistante durant la guerre. Ayant vécu des moments très durs, elle avait vu arriver les Américains comme des libérateurs. Elle nous disait: si tout va mal en Europe, il y a toujours l’Amérique. Au vu de cette histoire, ce qui se passe outre-Atlantique me touche affectivement et la présidence Trump est une expérience très difficile à vivre. Je vis personnellement depuis une vingtaine d’années en France, mais j’ai longtemps vécu aux Etats-Unis. J’ai habité à New York et au Texas, à Houston, un endroit que j’aime beaucoup et qui est très agréable pour les familles. Les gens y sont très gentils. J’avais l’impression que, dans les années 1980-1990, Houston était un peu la New York des années 1960 sur le plan culturel. Tout était possible. Les jeunes artistes y démarraient leur carrière.

Plus tard, à Stanford, où j’ai travaillé comme chercheuse associée à la Hoover Institution, j’ai découvert un écosystème où tout est fait pour faciliter le travail. Les bibliothèques sont ouvertes jour et nuit. Il y a un formidable mélange générationnel. Il y a des professeurs qui n’ont plus d’âge qui viennent toujours dans leur labo en déambulateur. Ils ont toujours quelque chose à apporter. Le foisonnement intellectuel est extraordinaire. Mais Stanford, c’est aussi la bulle de la Silicon Valley. Il ne faut jamais l’oublier.

Voir enfin:

News Coverage of Donald Trump’s First 100 Days

Thomas E. Patterson
Bradlee Professor of Government and the Press

Shorenstein center

May 18, 2017,

A new report from Harvard Kennedy School’s Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy analyzes news coverage of President Trump’s first 100 days in office.

The report is based on an analysis of news reports in the print editions of The New York Times, The Wall Street Journal, and The Washington Post, the main newscasts of CBS, CNN, Fox News, and NBC, and three European news outlets (The UK’s Financial Times and BBC, and Germany’s ARD).

Findings include:

  • President Trump dominated media coverage in the outlets and programs analyzed, with Trump being the topic of 41 percent of all news stories—three times the amount of coverage received by previous presidents. He was also the featured speaker in nearly two-thirds of his coverage.
  • Republican voices accounted for 80 percent of what newsmakers said about the Trump presidency, compared to only 6 percent for Democrats and 3 percent for those involved in anti-Trump protests.
  • European reporters were more likely than American journalists to directly question Trump’s fitness for office.
  • Trump has received unsparing coverage for most weeks of his presidency, without a single major topic where Trump’s coverage, on balance, was more positive than negative, setting a new standard for unfavorable press coverage of a president.
  • Fox was the only news outlet in the study that came close to giving Trump positive coverage overall, however, there was variation in the tone of Fox’s coverage depending on the topic.

This research is partially funded by Rebecca Donatelli, with special thanks to the USC Annenberg Center on Communication Leadership & Policy.

Listen to Thomas Patterson discuss the report with Shorenstein Center director Nicco Mele on our Media and Politics Podcast. Subscribe to the podcast on iTunes, Google Play, iHeart Radio or Stitcher. 
https://html5-player.libsyn.com/embed/episode/id/5365382/height/200/width/640/theme/legacy/autonext/no/thumbnail/yes/autoplay/no/preload/no/no_addthis/no/direction/backward/

Introduction and Methodology

“The press is your enemy,” said the president. “Enemies. Understand that? . . . Because they’re trying to stick the knife right in our groin.”

Donald Trump’s ongoing feud with the media is not the first time a president has felt wronged by the press. The opening words are those of Richard Nixon.[1] Virtually every president since Nixon has obsessed over what they’ve seen as unfair treatment by the press. In the first two years of his presidency, Bill Clinton persuaded Congress to enact a tax increase on upper incomes, a family leave program, NAFTA, deficit reduction, the Brady bill, a youth training program, and other initiatives, yet was mired in a slew of headlines about Travelgate, Whitewater, and other alleged wrongdoings.  In a Rolling Stone interview, Clinton exploded at his treatment by the press: “I’ve fought more damn battles here than any president in 20 years with the possible exception of Reagan’s first budget and not gotten one damn bit of credit from the knee-jerk liberal press. I am damn sick and tired of it.”[2]

What’s different with President Trump is that he’s taken the fight to the press, openly and with relish. Nixon worked largely behind the scenes, threatening to take away broadcasters’ licenses if they didn’t shape up. Ronald Reagan created what amounted to a White House news service, feeding stories directly to local news outlets in order to bypass the national press. George W. Bush extended that strategy, adding video feeds to the mix. Clinton and Barack Obama relied on one-on-one interviews with reporters in an effort to get out their side of the story. During his presidency, Obama held more than a thousand such interviews.[3]

Trump’s dislike of the press was slow in coming. When he announced his presidential candidacy, journalists embraced him, and he returned the favor.  Trump received far more coverage, and far more positive coverage, than did his Republican rivals.[4] Only after he had secured the Republican nomination did the press sharpen its scrutiny and, as his news coverage turned negative, Trump turned on the press. [5] Trump tweeted that the “election is being rigged by the media, in a coordinated effort with the Clinton campaign.”[6] It’s been a running battle ever since. On his 100th day in office, he became the first president in more than three decades to skip the White House Correspondents Dinner, choosing instead to go to Pennsylvania for a rally with supporters. Said Trump: “I could not possibly be more thrilled than to be more than 100 miles away from the Washington swamp spending my evening with all of you and with a much, much larger crowd and much better people.”

This paper examines Trump’s first 100 days in office, not through the lens of what he said about the news media, but what they reported about him. The research is based on news coverage in the print editions of three U.S. daily papers (The New York Times, The Wall Street Journal, and The Washington Post), the main newscasts of four U.S. television networks (CBS Evening News, CNN’s The Situation Room, Fox’s Special Report, and NBC Nightly News), and three European news outlets (Financial Times, based in London; BBC, Britain’s public service broadcaster; and ARD, Germany’s oldest public service broadcaster). The president’s role as a global leader, and Trump’s pledge to redefine that role, prompted the inclusion of European news in the study.[7]

The newspaper analysis covers all sections except sports, obituaries, and letters to the editor. Op-eds and editorials are included, but letters from the public are not. For television, the analysis covers the full daily content of each network’s major newscast. Network talk shows are not included. Except where individual news outlets are identified, the U.S. percentages presented in this paper are the combined averages for the seven U.S. news outlets whereas the European percentages are the combined averages for the three European news outlets.

The data for our studies are provided by Media Tenor, a firm that specializes in collecting and coding news content. Media Tenor’s coding of print and television news stories is conducted by trained full-time employees who visually evaluate the content. Coding of individual actors (in this case, Trump) is done on a comprehensive basis, capturing all mentions of more than five lines (print) or five seconds (TV) of coverage. For each report, coders identify the source(s), topic(s), and tone.

Tone is judged from the perspective of the actor. Negative stories include stories where the actor is criticized directly. An example is a headline story where Senate minority leader Chuck Schumer criticized Trump when the Labor Department’s April economic report showed that fewer jobs were created than had been predicted. Schumer was quoted as saying, in part: “Eleven weeks into his administration, we have seen nothing from President Trump on infrastructure, on trade, or on any other serious job-creating initiative.”[8] Negative stories also consist of stories where an event, trend, or development reflects unfavorably on the actor. Examples are the stories that appeared under the headlines “President Trump’s approval rating hits a new low”[9] and “GOP withdraws embattled health care bill, handing major setback to Trump, Ryan.”[10]

All Trump, All the Time

On national television, Trump was the topic of 41 percent of all news stories—three times the usual amount.

Until the early 1960s, news coverage of national politics divided rather evenly between Congress and the president.[11] That situation began to shift in 1963, the year that the broadcast television networks expanded their evening newscasts to 30 minutes and hired the correspondents and camera crews needed to produce picture-driven news. With a national audience, the networks focused their coverage on the president who, in any case, was easier than Congress to capture on camera. Newspapers followed suit and, ever since, the president has received more coverage in the national press than all 535 members of Congress combined.[12] The White House’s dominance has been such that, on national television, the president typically accounts for roughly one-eighth of all news coverage.[13]

Even by that standard, Trump’s first 100 days were a landmark.[14] On national television, Trump was the topic of 41 percent of all news stories—three times the usual amount.[15] It was also the case that Trump did most of the talking (see Figure 1). He was the featured speaker in nearly two-thirds (65 percent) of his coverage. Members of the administration, including his press secretary, accounted for 11 percent of the sound bites. Other Republicans, including Mitch McConnell and Paul Ryan, accounted for 4 percent. Altogether, Republicans, inside and outside the administration, accounted for 80 percent of what newsmakers said about the Trump presidency.

Figure 1. Who Does the Talking When Trump Is the Story?

Percentage of TV talking time when Trump is topic of story

For their part, Democrats did not have a large voice in Trump’s coverage, accounting for only 6 percent of the sound bites. Participants in anti-Trump protests and demonstrations accounted for an additional 3 percent.

For their part, Democrats did not have a large voice in Trump’s coverage, accounting for only 6 percent of the sound bites.

The media have been fascinated by Trump since the first days of his presidential candidacy. Our studies of 2016 presidential election coverage found that Trump received more news coverage than rival candidates during virtually every week of the campaign.[16] The reason is clear enough. Trump is a journalist’s dream. Reporters are tuned to what’s new and different, better yet if it’s laced with controversy. Trump delivers that type of material by the shovel full. Trump is also good for business.[17] News ratings were slumping until Trump entered the arena.  Said one network executive, “[Trump] may not be good for America, but [he’s] damn good for [us].”[18]

Immigration, Health Care, Russia, and the Rest

Given the number of tasks facing an incoming administration, it is no surprise that Trump’s news coverage during his first 100 days in office touched on an array of topics (see Figure 2). Immigration was the most heavily covered topic, accounting for 17 percent of Trump’s coverage.[19] Health care ranked second (12 percent), followed by the terrorism threat (9 percent), and Russia’s involvement in the 2016 election (6 percent). Presidential appointments, global trade, Trump’s family and personal life, and the economy were the other topics that received 4 percent or more of the coverage.

Figure 2. Topics of Trump’s U.S. Coverage

percentage of news coverage

Compared with American journalists, [European reporters] were more likely to question directly Trump’s fitness for office.

The seven U.S. news outlets in our study had similar agendas. Each of them devoted considerable attention to immigration, health care, and the terrorist threat. Nevertheless, there were some measurable differences. Our print outlets devoted proportionally more attention to the immigration issue and Trump appointees while the TV outlets devoted proportionally more attention to the health care issue. Fox News was an outlier on one topic—Russia’s meddling in the U.S. election. Fox gave it less than half as much attention as it received on average from the other six U.S. outlets.

The European media’s coverage of Trump had a somewhat different focus (see Figure 3). Although, like their American counterparts, immigration was at the top of the agenda, they gave relatively more space to international trade, military, and foreign policy issues, a reflection of the extent to which Europe is affected by U.S. policies in these areas. On the other hand, Russia’s interference in the U.S. election received considerably less attention in the European media than in the U.S. media.[1]

Figure 3. Topics of Trump’s European Coverage

percentage of news coverage

European reporters stood out in another way as well. Compared with American journalists, they were more likely to question directly Trump’s fitness for office. For the most part, U.S. journalists worked around the edges of that issue, as when one of them reported that “Sen. Al Franken (D-Minn.) suggested Sunday that he thought President Trump was suffering from poor mental health and claimed some of his Republican colleagues felt the same way.”[20] Only 3 percent of Trump’s U.S. coverage explicitly explored the issue of Trump’s fitness for office. European journalists were less restrained with the exception of BBC journalists, who are governed by impartiality rules that prohibit such reporting.[21] Journalists at ARD, Germany’s main public broadcasting outlet, are not governed by the same rules, and Trump’s suitability for the presidency was ARD’s leading topic in January, accounting for a full fifth (20 percent) of its Trump coverage. ARD stayed on the issue in its February coverage, when it consumed 18 percent of its Trump coverage. In March and April, Trump’s fitness for office got less attention from ARD, but it nonetheless accounted for about 10 percent of ARD’s coverage. Even that reduced amount exceeded the level of any of our seven U.S. outlets in any month. And ARD’s journalists were unequivocal in their judgment—98 percent of their evaluations of Trump’s fitness for office were negative, only 2 percent were positive.

[1] Trump’s first 100 days were nearing their end when Russian meddling in the French presidential election was becoming a major issue. If the French election had come earlier, it’s conceivable that the European media would have given more coverage to Russia’s involvement in the U.S. election.

Bad News, Twice Over

Trump’s coverage during his first 100 days set a new standard for negativity.

Presidents are more than the main focus of U.S. reporters. Presidents are also their main target. Although journalists are accused of having a liberal bias, their real bias is a preference for the negative.[22] News reporting turned sour during the Vietnam and Watergate era and has stayed that way.[23] Journalists’ incentives, everything from getting their stories on the air to acquiring a reputation as a hard-hitting reporter, encourage journalists to focus on what’s wrong with politicians rather than what’s right.[24] Once upon a time, the “honeymoon” period for a newly inaugurated president included favorable press coverage.[25] That era is now decades in the past. Today’s presidents can expect rough treatment at the hands of the press, and Donald Trump is no exception (see Figure 4). Of the past four presidents, only Barack Obama received favorable coverage during his first 100 days, after which the press reverted to form. During his second 100 days, Obama’s coverage was 57 percent negative to 43 percent positive.[26]

Figure 4. Tone of President’s News Coverage during First 100 Days

tone of coverage

Trump’s coverage during his first 100 days set a new standard for negativity. Of news reports with a clear tone, negative reports outpaced positive ones by 80 percent to 20 percent. Trump’s coverage was unsparing. In no week did the coverage drop below 70 percent negative and it reached 90 percent negative at its peak (see Figure 5). The best period for Trump was week 12 of his presidency, when he ordered a cruise missile strike on a Syrian airbase in retaliation for the Assad regime’s use of nerve gas on civilians. That week, his coverage divided 70 percent negative to 30 percent positive. Trump’s worst periods were weeks 3 and 4 (a combined 87 percent negative) when federal judges struck down his first executive order banning Muslim immigrants, and weeks 9 and 10 (a combined 88 percent negative) when the House of Representatives was struggling without success to muster the votes to pass a “repeal and replace” health care bill.

Figure 5. Weekly Tone of Trump’s Coverage

tone of news coverage

In Unison, Almost

Fox was the only outlet where Trump’s overall coverage nearly crept into positive territory…Fox’s coverage was 34 percentage points less negative than the average for the other six outlets.

Trump’s attacks on the press have been aimed at what he calls the “mainstream media.” Six of the seven U.S. outlets in our study—CBS, CNN, NBC, The New York Times, The Wall Street Journal, and The Washington Post—are among those he’s attacked by name. All six portrayed Trump’s first 100 days in highly unfavorable terms (see Figure 6). CNN and NBC’s coverage was the most unrelenting—negative stories about Trump outpaced positive ones by 13-to-1 on the two networks. Trump’s coverage on CBS also exceeded the 90 percent mark. Trump’s coverage exceeded the 80 percent level in The New York Times (87 percent negative) and The Washington Post (83 percent negative). The Wall Street Journal came in below that level (70 percent negative), a difference largely attributable to the Journal’s more frequent and more favorable economic coverage.

Figure 6. Tone of Trump’s Coverage by News Outlet

Fox was the only outlet where Trump’s overall coverage nearly crept into positive territory—52 percent of Fox’s reports with a clear tone were negative, while 48 percent were positive. Fox’s coverage was 34 percentage points less negative than the average for the other six outlets.

Trump’s news coverage in the three European news outlets tilted strongly in the negative direction. Of the three, the BBC provided Trump with his best coverage, though only in relative terms. BBC’s coverage ran 3-to-1 negative over positive.  The Financial Times’ reporting was roughly 6-to-1 negative over positive. Germany’s ARD portrayed Trump in deeply unfavorable terms—98 percent of its Trump-based stories with a clear tone were negative.

Negative on All Counts

Trump’s coverage during his first 100 days was not merely negative in overall terms. It was unfavorable on every dimension. There was not a single major topic where Trump’s coverage was more positive than negative (see Figure 7).

Figure 7. Tone of Trump’s U.S. Coverage by Topic

tone of news coverage

Immigration was, at once, both the most heavily covered topic in U.S. news outlets and the topic that drew the most negative coverage. The proportion of negative news reports to positive ones exceeded 30-to-1. Health care reform and Russia’s election involvement were also subject to starkly negative coverage—in each case, the breakdown was 87 percent negative to 13 percent positive. International trade, Trump’s personal background, foreign and defense issues, Trump’s appointees, and Trump’s fitness for office were the other topics where the coverage was at least 80 percent negative.

The economy provided Trump with his most favorable coverage. Sources of positive stories were upward trends in economic growth, employment, and the stock market, as were Trump’s negotiations with firms threatening to relocate abroad. Nevertheless, when the full range of news about the economy is taken into account, the balance of coverage was slightly unfavorable—54 percent of reports were negative, while 46 percent were positive.

When Trump’s category-by-category coverage was examined for each of the seven U.S. news outlets in our study, a consistent pattern emerged. The sources of Trump’s most and least negative coverage were similar for every outlet, except for Fox News, as will be described in the next section.[2]

[2]The Wall Street Journal’s coverage less closely resembled Fox’s coverage than it did that of the other news outlets in our study. The main difference between their coverage and the Journal’s was on the issue of the economy. The Journal gave it more coverage, which, on balance, was more positive than negative. It was the only news category in which the Journal’s coverage was in positive territory. In the case of the other outlets, except Fox, no category had a positive balance of coverage.

A Ray of Sunshine

Trump had a few moments during his first 100 days when all the news outlets in our study gave him positive press, none more so than when he launched cruise missile strikes on a Syrian airbase.

Fox was the only news outlet in our study that came close to giving Trump positive coverage overall—the split was 52 percent negative to 48 percent positive. But Fox’s coverage varied widely by topic, ranging from highly negative to highly positive (Figure 8).[27] As was true at the other outlets, Fox’s reporters found few good things to say about the public and judicial response to Trump’s executive orders banning Muslim immigrants or the collapse of the House of Representatives’ first attempt to repeal and replace Obamacare. Fox’s reporting on Trump’s appointees and Russian involvement in the election was also negative in tone.

Figure 8. Tone of Trump’s Coverage on Fox News

tone of news coverage

On the other hand, trade and terrorism were news categories where Fox’s coverage was starkly different from that of the other outlets. Whereas their coverage in these areas tipped strongly in the negative direction, Fox’s coverage tipped strongly positive.

Trump’s suitability for the presidency was also a topic where Fox News was at odds with what the other outlets were reporting (see Figure 9). Fox was the only U.S. outlet where news reports that spoke directly to Trump’s fitness for office were positive on balance. The ratio on Fox was 2-to-1 favorable. The other outlets averaged 6-to-1 unfavorable, with the range varying from 24-to-1 unfavorable to 4-to-1 unfavorable.

Figure 9. Trump’s “Fitness for Office” Coverage by Outlet

Trump had a few moments during his first 100 days when all the news outlets in our study gave him positive press, none more so than when he launched cruise missile strikes on a Syrian airbase. Although some critics questioned Trump’s larger objective in ordering the strikes, his action was widely praised in the policy community, including many top Democrats (see Figure 10).[28] In this instance, the tone of the other news outlets aligned with Fox’s—in each case, positive stories outnumbered negative ones by 4-1 (see Figure 10).

Figure 10. Tone of Coverage on Cruise Missile Attack on Syria

Thoughts on Trump’s Coverage

…the fact that Trump has received more negative coverage than his predecessor is hardly surprising. The early days of his presidency have been marked by far more missteps and miss-hits, often self-inflicted, than any presidency in memory, perhaps ever.

Trump’s coverage during his first 100 days was negative even by the standards of today’s hyper-critical press. Studies of earlier presidents found nothing comparable to the level of unfavorable coverage afforded Trump. Should it continue, it would exceed even that received by Bill Clinton. There was not a single quarter during any year of Clinton’s presidency where his positive coverage exceeded his negative coverage, a dubious record no president before or since has matched.[29] Trump can’t top that string of bad news but he could take it to a new level. During his first 100 days, Clinton’s coverage was 3-to-2 negative over positive.[30] Trump’s first 100 days were 4-to-1 negative over positive.

Have the mainstream media covered Trump in a fair and balanced way? That question cannot be answered definitively in the absence of an agreed-upon version of “reality” against which to compare Trump’s coverage. Any such assessment would also have to weigh the news media’s preference for the negative, a tendency in place long before Trump became president. Given that tendency, the fact that Trump has received more negative coverage than his predecessor is hardly surprising. The early days of his presidency have been marked by far more missteps and miss-hits, often self-inflicted, than any presidency in memory, perhaps ever.

What’s truly atypical about Trump’s coverage is that it’s sharply negative despite the fact that he’s the source of nearly two-thirds of the sound bites surrounding his coverage. Typically, newsmakers and groups complain that their media narrative is negative because they’re not given a chance to speak for themselves. Over the past decade, U.S. coverage of Muslims has been more than 75 percent negative. And Muslims have had little chance to tell their side of the story. Muslims account for less than 5 percent of the voices heard in news reports about Islam.[31] So why is Trump’s coverage so negative even though he does most of the talking? The fact is, he’s been on the defensive during most of his 100 days in office, trying to put the best face possible on executive orders, legislative initiatives, appointments, and other undertakings that have gone bad. Even Fox has not been able to save him from what analyst David Gergen called the “’worst 100 days we’ve ever seen.”[32]

Nevertheless, the sheer level of negative coverage gives weight to Trump’s contention, one shared by his core constituency, that the media are hell bent on destroying his presidency. As he tweeted a month after taking office,  “The FAKE NEWS media (failing @nytimes, @NBCNews, @ABC, @CBS, @CNN) is not my enemy, it is the enemy of the American People!”

That tweet made headlines, as have many of Trump’s attacks on the press.[33] It’s understandable why journalists would report and respond to such attacks, but it could be counterproductive. A long-running battle in which Trump accuses the press of trafficking in fake news while journalists reply that their news is anything but fake would probably, fairly or not, weaken the public’s confidence in the press. Research has found that familiarity with a claim increases the likelihood people will believe it, whether it’s true or not. The more they hear of something, the more likely they are to believe it.[34]

If a mud fight with Trump will not serve the media’s interests, neither will a soft peddling of his coverage. Never in the nation’s history has the country had a president with so little fidelity to the facts, so little appreciation for the dignity of the presidential office, and so little understanding of the underpinnings of democracy. The media’s credibility today is at low ebb, but the Trump presidency is not the time for the press to pull back. The news media gave Trump a boost when he entered presidential politics. But a head-on collision at some point was inevitable. It’s happened, it isn’t pretty, and it isn’t over.

…except for his court-challenged immigration orders, the press paid only minimal attention to Trump’s executive orders…Collectively, these orders, immigration aside, accounted for less than 1 percent of Trump’s coverage, and rarely did a news report track an executive order into the agencies to see how it was being handled.

At the same time, the news media need to give Trump credit when his actions warrant it. The public’s low level of confidence in the press is the result of several factors, one of which is a belief that journalists are biased. That perception weakens the press’s watchdog role. One of the more remarkable features of news coverage of Trump’s first 100 days is that it has changed few minds about the president, for better or worse. The nation’s watchdog has lost much of its bite and won’t regain it until the public perceives it as an impartial broker, applying the same reporting standards to both parties. The news media’s exemplary coverage of Trump’s cruise missile strike on Syria illustrates the type of even-handedness that needs to be consistently and rigorously applied.

How might the press better navigate the days ahead? For starters, journalists need to keep their eye on the ball. We live in a fast-paced media era, as journalists rush to be at the crest of breaking news. Through his tweets and actions, Trump exploits this habit, enabling him to change the subject when it suits his needs. During the presidential campaign, that tactic enabled him to shed a number of damaging revelations before many voters had a chance to hear about them, much less think about them.

The press should also start doing what it hasn’t done well for a long time—focus on policy effects. Journalists’ focus on the Washington power game—who’s up and who’s down, who’s getting the better of whom—can be a fascinating story but at the end of the day, it’s food for political junkies. It’s remote enough from the lives of most Americans to convince them that the political system doesn’t speak for them, or to them.

A broadening of the scope of political coverage would require journalists to spend less time peering at the White House. Our analysis of news coverage of Trump’s first 100 days found that, except for his court-challenged immigration orders, the press paid only minimal attention to Trump’s executive orders. He issued a large number of them, covering everything from financial regulation to climate change. Collectively, these orders, immigration aside, accounted for less than 1 percent of Trump’s coverage, and rarely did a news report track an executive order into the agencies to see how it was being handled.

Since Trump’s inauguration, the press has been paying more attention to Main Street. But judging from the extent to which Trump’s voice has dominated coverage of his presidency, the balance is still off. More voices need to be aired.

Journalists would also do well to spend less time in Washington and more time in places where policy intersects with people’s lives. If they had done so during the presidential campaign, they would not have missed the story that keyed Trump’s victory—the fading of the American Dream for millions of ordinary people. Nor do all such narratives have to be a tale of woe. America at the moment is a divided society in some respects, but it’s not a broken society and the divisions in Washington are deeper than those beyond the Beltway.

The lesson of the 2016 election has been taken to heart by many journalists. Since Trump’s inauguration, the press has been paying more attention to Main Street. But judging from the extent to which Trump’s voice has dominated coverage of his presidency, the balance is still off. More voices need to be aired. Trump might be good for ratings but he’s not the only voice worth hearing. Never have journalists fixated on a single newsmaker for as long as they have on Trump. If he sees journalists as his main opponents, one reason is that between Trump and themselves there’s not much air time for everyone else. Journalists need to resist even the smallest temptation to see themselves as opponents of government. It’s the competition between the party in power and the opposing party, and not between government and the press, that’s at the core of the democratic process.[35] When spokespersons for the opposing party get a mere 6 percent of the airtime, something’s amiss.

Endnotes

[1] Nancy Benac, “Remember Nixon: There’s History Behind Trump’s Attacks on the Press,” Associated Press, February 17, 2017. The quote was originally reported by the Washington Post’s Bob Woodward and Carl Bernstein. https://apnews.com/8b29195631f44033ad94d8b2b74048c0/remember-nixon-theres-history-behind-trumps-press-attacks

[2] Quoted in Thomas E. Patterson, Out of Order (New York: Vintage, 1993), p. 245.

[3] Martha Joynt Kumar, “Obama Meets the Press — on His Terms,” Real Clear Politics, August 29, 2015. http://www.realclearpolitics.com/articles/2015/08/29/obama_meets_the_press_–_on_his_terms_127907.html

[4] Thomas E. Patterson, “Pre-Primary News Coverage of the 2016 Presidential Race: Trump’s Rise, Sanders’ Emergence, Clinton’s Struggle,” Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy, Kennedy School of Government, Harvard University, June 13, 2016. http://shorensteincenter.org/pre-primary-news-coverage-2016-trump-clinton-sanders/

[5] Thomas E. Patterson, “News Coverage of the 2016 Presidential Primaries: Horse Race Reporting Has Consequences,” Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy, Kennedy School of Government, Harvard University, July 11, 2016. http://shorensteincenter.org/news-coverage-2016-presidential-primaries/

[6] Trump tweet, October 16, 2016.

[7] See Stephen J. Farnsworth, S. Robert Lichter, and Roland Schatz, The Global President: International Media and the US Government (Lanham, MD: Rowman & Littlefield, 2006).

[8] Allan Smith, “Schumer rips Trump after underwhelming jobs report: He’s ‘failed to deliver’ on his economic promises,” Business Insider, April 7, 2016. http://www.businessinsider.com/schumer-rips-trump-march-jobs-report-2017-4

[9] Jessica Estepa, “President Trump’s approval rating hits a new low,” USA Today, March 20, 2017. https://www.usatoday.com/story/news/politics/onpolitics/2017/03/20/trump-approval-rating-low/99409570/

[10] Katie Leslie and Jamie Lovegrove, “GOP withdraws embattled health care bill, handing major setback to Trump, Ryan,” Dallas News, March 24, 2017. https://www.dallasnews.com/news/politics/2017/03/24/gop-health-care-bill-vote-peril-ryan-heads-white-house-debrief-trump

[11] Richard Davis, “News Coverage of National Political Institutions,” Ph.D. dissertation, Syracuse University, 1986, p. 58.

[12] See, for example, Stephen J. Farnsworth and Robert S. Lichter, The Mediated Presidency: Television News and Presidential Governance (Lanham, MD: Rowman & Littlefield, 2006), 29-58.

[13] Estimated from data in Jeffrey E. Cohen, The Presidency in the Era of 24-Hour News (Princeton, NJ: Princeton University Press, 2008), 33.

[14] One indicator of Trump’s dominance is MediaQuant’s analysis. It records the number of times a newsmaker’s name is mentioned and then compares the relative amount of attention each of them receives. In January, 2017, Trump broke MediaQuant’s record for the most news attention afforded a newsmaker. Excluding outgoing President Barack Obama, Trump got more coverage than the next 1000 most heavily covered newsmakers combined.

[15] Media Tenor, January 20-April 29, 2017. Based on combined average for CBS, CNN, Fox, and NBC.

[16] Thomas E. Patterson, “News Coverage of the 2016 General Election: How the Press Failed the Voters,” Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy, Kennedy School of Government, Harvard University, December 7, 2016. https://shorensteincenter.org/news-coverage-2016-general-election/

[17] See, for example, John Koblinian, “Trump’s First Days in White House Keep Cable News Ratings Strong,” The New York Times, January 31, 2017. https://www.nytimes.com/2017/01/31/business/media/trumps-first-days-in-white-house-keep-cable-news-ratings-strong.html?_r=0

[18] CBS CEO Les Moonves, February 29, 2016.

[19] Media Tenor has several hundred topic categories that are applied to news reports. The graphs and percentages reported in this paper are based on all categories that received more than 0.5 percent of the coverage.

[20] Adam Edelman, “Sen. Al Franken admits some Senate Republicans have concerns about President Trump’s mental health,” New York Daily News, April 12, 2017. http://www.nydailynews.com/news/politics/sen-al-franken-admits-concerns-trump-mental-health-article-1.2970427

[21] Helen Boaden, draft paper, untitled, comparing U.S. and BBC journalism norms, Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy, Kennedy School of Government, Harvard University, May 6, 2017. Expected publication date of summer, 2017.

[22] See, for example, Patricia Moy and Michael Pfau, With Malice Toward All? (Westport, CT: Praeger, 2000).

[23] Thomas E. Patterson, The Vanishing Voter (New York: Knopf, 2002), 70.

[24] Kathleen Hall Jamieson, Dirty Politics (New York: Oxford University Press, 1992), 215; Joe Klein, quoted in Peter Hamby, “Did Twitter Kill the Boys on the Bus?” Shorenstein Center on the Media, Politics and Public Policy, Kennedy School of Government, Harvard University, Cambridge, MA., September 2013, p. 93. http://shorensteincenter.org/d80-hamby/

[25] Cohen, The Presidency in the Era of 24-Hour News, 35.

[26] Center for Media and Public Affairs, George Mason University, as reported in Nikki Schwab, “Media Coverage of Obama Grows More Negative,” US News, September 14, 2009. https://www.usnews.com/news/washington-whispers/articles/2009/09/14/media-coverage-of-obama-grows-more-negative

[27] There were a few marginal differences of note in the amount of attention Fox gave to various issues. Fox gave somewhat more news attention to health care and presidential appointments and somewhat less attention to immigration than did the other news outlets.

[28] See, for example, Feliz Solomon, “What to Know About the U.S. Missile Attack on Syria,” Time, April 7, 2017. http://time.com/4730231/us-missile-airstrike-attack-syria-donald-trump-bashar-assad/

[29] Center for Media and Public Affairs, Media Monitor, various dates.

[30] Farnsworth and Lichter, The Mediated Presidency, p. 37.

[31] The content and data for the Muslim example, as well as the suggestion to compare it to Trump, were provided to the author in an email on May 15, 2017 from Roland Schatz, CEO of Media Tenor. The data cited are those of Media Tenor.

[32] Gergen spoke those words on CNN, March 24, 2017.

[33] Examples: Michael M. Grynbaum, “Trump Calls the News Media the ‘Enemy of the American People,’” The New York Times, February 17, 2017; Jenna Johnson and Matea Gold, “Trump calls the news media ‘the enemy of the American People,’” Chicago Tribune, February 17, 2017.

[34] In forming their opinions, rather than through careful study, people typically rely on heuristics, as when they adopt an opinion because a trusted friend holds it. As it turns out, “familiarity” is a heuristic for many people, which is why a claim that is heard repeatedly is more likely to be believed than one that people find unfamiliar. The extent to which this is true was documented in research presented by Gordon Pennycook’s presentation at the Fake News Conference held at Harvard University on February 17, 2017. https://shorensteincenter.org/combating-fake-news-agenda-for-research/

[35] The classic analysis of the role of political parties in democratic government is E.E. Schattschneider, Party Government (New York: Rinehart, 1942), p. 1.


Mépris de classe: Qui veut être traité de déplorable ou de Dupont Lajoie ? (Jaws for sharks: 40 years of hollywoodization and they put you in the basket of racist deplorables and bitter clingers)

25 octobre, 2018

Deliverance Poster

Résultat de recherche d'images pour "Deliverance film poster"
Easy Rider (Special Edition) (Sous-titres français)Résultat de recherche d'images pour "Easy Rider film poster rednecks"
https://vignette.wikia.nocookie.net/cinemorgue/images/d/de/Dupont_Lajoie_film_Boisset.jpg/revision/latest/scale-to-width-down/352?cb=20160919175315
Résultat de recherche d'images pour "Dupont lajoie film poster"
Résultat de recherche d'images pour "Les Deschiens affiche"
Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. Jésus (Matthieu 20: 16)
The line it is drawn, the curse it is cast. The slow one now will later be fast as the present now will later be past. The order is rapidly fadin’ and the first one now will later be last for the times they are a-changin. Bob Dylan
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Alexis de Tocqueville
Deliverance did for them what Jaws, another well-known movie, would later do for sharks. Daniel Roper (North Georgia Journal)
Depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. Pasolini
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)
 Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment. The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners. [The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.] According to slogans on promotional posters, they were on a search: A man went looking for America and couldn’t find it anywhere… Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs. (…) Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, unhappy ending), and a pulsating rock and roll soundtrack reinforcing or commenting on the film’s themes. Groups that participated musically included Steppenwolf, Jimi Hendrix, The Band and Bob Dylan. The pop cultural, mini-revolutionary film was also a reflection of the « New Hollywood, » and the first blockbuster hit from a new wave of Hollywood directors (e.g., Francis Ford Coppola, Peter Bogdanovich, and Martin Scorsese) that would break with a number of Hollywood conventions. It had little background or historical development of characters, a lack of typical heroes, uneven pacing, jump cuts and flash-forward transitions between scenes, an improvisational style and mood of acting and dialogue, background rock ‘n’ roll music to complement the narrative, and the equation of motorbikes with freedom on the road rather than with delinquent behaviors. However, its idyllic view of life and example of personal film-making was overshadowed by the self-absorbent, drug-induced, erratic behavior of the filmmakers, chronicled in Peter Biskind’s tell-all Easy Riders, Raging Bulls: How the Sex-Drugs-and Rock ‘N Roll Generation Saved Hollywood (1999). And the influential film led to a flurry of equally self-indulgent, anti-Establishment themed films by inferior filmmakers, who overused some of the film’s technical tricks and exploited the growing teen-aged market for easy profits. (…) Death seems to be the only freedom or means to escape from the system in America where alternative lifestyles and idealism are despised as too challenging or free. The romance of the American highway is turned menacing and deadly. Filmsite
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qui se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
I do think that when you combine that demographic change with all the economic stresses that people have been going through because of the financial crisis, because of technology, because of globalization, the fact that wages and incomes have been flatlining for some time, and that particularly blue-collar men have had a lot of trouble in this new economy, where they are no longer getting the same bargain that they got when they were going to a factory and able to support their families on a single paycheck. You combine those things, and it means that there is going to be potential anger, frustration, fear. Some of it justified, but just misdirected. I think somebody like Mr. Trump is taking advantage of that. That’s what he’s exploiting during the course of his campaign. Barack Hussein Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
My mother is not watching. She said she doesn’t watch white award shows because you guys don’t thank Jesus enough. That’s true. The only white people that thank Jesus are Republicans and ex-crackheads. Michael Che
Rire général, même chez les sans-dents. François Hollande
Dans les sociétés dans mes dossiers, il y a la société Gad : il y a dans cet abattoir une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées ! On leur explique qu’elles n’ont plus d’avenir à Gad et qu’elles doivent aller travailler à 60 km ! Ces gens n’ont pas le permis ! On va leur dire quoi ? Il faut payer 1.500 euros et attendre un an ? Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien, qui créent de la mobilité, de l’activité ! Emmanuel Macron
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system. Joe Biden
After the election, in liberal, urban America, one often heard Trump’s win described as the revenge of the yahoos in flyover country, fueled by their angry “isms” and “ias”: racism, anti-Semitism, nativism, homophobia, Islamophobia, and so on. Many liberals consoled themselves that Trump’s victory was the last hurrah of bigoted, Republican white America, soon to be swept away by vast forces beyond its control, such as global migration and the cultural transformation of America into something far from the Founders’ vision. As insurance, though, furious progressives also renewed calls to abolish the Electoral College, advocating for a constitutional amendment that would turn presidential elections into national plebiscites. Direct presidential voting would shift power to heavily urbanized areas—why waste time trying to reach more dispersed voters in less populated rural states?—and thus institutionalize the greater economic and cultural clout of the metropolitan blue-chip universities, the big banks, Wall Street, Silicon Valley, New York–Washington media, and Hollywood, Democrat-voting all. Barack Obama’s two electoral victories deluded the Democrats into thinking that it was politically wise to jettison their old blue-collar appeal to the working classes, mostly living outside the cities these days, in favor of an identity politics of a new multicultural, urban America. Yet Trump’s success represented more than simply a triumph of rural whites over multiracial urbanites. More ominously for liberals, it also suggested that a growing minority of blacks and Hispanics might be sympathetic with a “country” mind-set that rejects urban progressive elitism. For some minorities, sincerity and directness might be preferable to sloganeering by wealthy white urban progressives, who often seem more worried about assuaging their own guilt than about genuinely understanding people of different colors. Trump’s election underscored two other liberal miscalculations. First, Obama’s progressive agenda and cultural elitism prevailed not because of their ideological merits, as liberals believed, but because of his great appeal to urban minorities in 2008 and 2012, who voted in solidarity for the youthful first African-American president in numbers never seen before. That fealty wasn’t automatically transferable to liberal white candidates, including the multimillionaire 69-year-old Hillary Clinton. Obama had previously lost most of America’s red counties, but not by enough to keep him from winning two presidential elections, with sizable urban populations in Wisconsin, Michigan, Ohio, and Pennsylvania turning out to vote for the most left-wing presidential candidate since George McGovern. Second, rural America hadn’t fully raised its electoral head in anger in 2008 and 2012 because it didn’t see the Republican antidotes to Obama’s progressive internationalism as much better than the original malady. Socially moderate establishmentarians like the open-borders-supporting John McCain or wealthy businessman Mitt Romney didn’t resonate with the spirit of rural America—at least not enough to persuade millions to come to the polls instead of sitting the elections out. Trump connected with these rural voters with far greater success than liberals anticipated. Urban minorities failed in 2016 to vote en bloc, in their Obama-level numbers; and rural Americans, enthused by Trump, increased their turnout, so that even a shrinking American countryside still had enough clout to win. What is insufficiently understood is why a hurting rural America favored the urban, superrich Trump in 2016 and, more generally, tends to vote more conservative than liberal. Ostensibly, the answer is clear: an embittered red-state America has found itself left behind by elite-driven globalization, battered by unfettered trade and high-tech dislocations in the economy. In some of the most despairing counties, rural life has become a mirror image of the inner city, ravaged by drug use, criminality, and hopelessness. Yet if muscular work has seen a decline in its relative monetary worth, it has not necessarily lost its importance. After all, the elite in Washington and Menlo Park appreciate the fresh grapes and arugula that they purchase at Whole Foods. Someone mined the granite used in their expensive kitchen counters and cut the timber for their hardwood floors. The fuel in their hybrid cars continues to come from refined oil. The city remains as dependent on this elemental stuff—typically produced outside the suburbs and cities—as it always was. The two Palo Altoans at Starbucks might have forgotten that their overpriced homes included two-by-fours, circuit breakers, and four-inch sewer pipes, but somebody somewhere made those things and brought them into their world. In the twenty-first century, though, the exploitation of natural resources and the manufacturing of products are more easily outsourced than are the arts of finance, insurance, investments, higher education, entertainment, popular culture, and high technology, immaterial sectors typically pursued within metropolitan contexts and supercharged by the demands of increasingly affluent global consumers. A vast government sector, mostly urban, is likewise largely impervious to the leveling effects of a globalized economy, even as its exorbitant cost and extended regulatory reach make the outsourcing of material production more likely. Asian steel may have devastated Youngstown, but Chinese dumping had no immediate effect on the flourishing government enclaves in Washington, Maryland, and Virginia, filled with well-paid knowledge workers. Globalization, big government, and metastasizing regulations have enriched the American coasts, in other words, while damaging much of the nation’s interior. Few major political leaders before Trump seemed to care. He hammered home the point that elites rarely experienced the negative consequences of their own ideologies. New York Times columnists celebrating a “flat” world have yet to find themselves flattened by Chinese writers willing to write for a fraction of their per-word rate. Tenured Harvard professors hymning praise to global progressive culture don’t suddenly discover their positions drawn and quartered into four part-time lecturer positions. And senators and bureaucrats in Washington face no risk of having their roles usurped by low-wage Vietnamese politicians. Trump quickly discovered that millions of Americans were irate that the costs and benefits of our new economic reality were so unevenly distributed. As the nation became more urban and its wealth soared, the old Democratic commitment from the Roosevelt era to much of rural America—construction of water projects, rail, highways, land banks, and universities; deference to traditional values; and Grapes of Wrath–like empathy—has largely been forgotten. A confident, upbeat urban America promoted its ever more radical culture without worrying much about its effects on a mostly distant and silent small-town other. In 2008, gay marriage and women in combat were opposed, at least rhetorically, by both Barack Obama and Hillary Clinton in their respective presidential campaigns. By 2016, mere skepticism on these issues was viewed by urban elites as reactionary ignorance. In other words, it was bad enough that rural America was getting left behind economically; adding insult to injury, elite America (which is Democrat America) openly caricatured rural citizens’ traditional views and tried to force its own values on them. Lena Dunham’s loud sexual politics and Beyoncé’s uncritical evocation of the Black Panthers resonated in blue cities and on the coasts, not in the heartland. Only in today’s bifurcated America could billion-dollar sports conglomerates fail to sense that second-string San Francisco 49ers quarterback Colin Kaepernick’s protests of the national anthem would turn off a sizable percentage of the National Football League’s viewing audience, which is disproportionately conservative and middle American. These cultural themes, too, Trump addressed forcefully. In classical literature, patriotism and civic militarism were always closely linked with farming and country life. In the twenty-first century, this is still true. The incubator of the U.S. officer corps is red-state America. “Make America Great Again” reverberated in the pro-military countryside because it emphasized an exceptionalism at odds with the Left’s embrace of global values. Residents in Indiana and Wisconsin were unimpressed with the Democrats’ growing embrace of European-style “soft power,” socialism, and statism—all the more so in an age of European constitutional, financial, and immigration sclerosis. Trump’s slogan unabashedly expressed American individualism; Clinton’s “Stronger Together” gave off a whiff of European socialist solidarity. Trump, the billionaire Manhattanite wheeler-dealer, made an unlikely agrarian, true; but he came across during his presidential run as a clear advocate of old-style material jobs, praising vocational training and clearly enjoying his encounters with middle-American homemakers, welders, and carpenters. Trump talked more on the campaign about those who built his hotels than those who financed them. He could point to the fact that he made stuff, unlike Clinton, who got rich without any obvious profession other than leveraging her office. Give the thrice-married, orange-tanned, and dyed-haired Trump credit for his political savvy in promising to restore to the dispossessed of the Rust Belt their old jobs and to give back to farmers their diverted irrigation water, and for assuring small towns that arriving new Americans henceforth would be legal—and that, over time, they would become similar to their hosts in language, custom, and behavior. Ironically, part of Trump’s attraction for red-state America was his posture as a coastal-elite insider—but now enlisted on the side of the rustics. A guy who had built hotels all over the world, and understood how much money was made and lost through foreign investment, offered to put such expertise in the service of the heartland—against the supposed currency devaluers, trade cheats, and freeloaders of Europe, China, and Japan. Trump’s appeal to the interior had partly to do with his politically incorrect forthrightness. Each time Trump supposedly blundered in attacking a sacred cow—sloppily deprecating national hero John McCain’s wartime captivity or nastily attacking Fox superstar Megyn Kelly for her supposed unfairness—the coastal media wrote him off as a vulgar loser. Not Trump’s base. Seventy-five percent of his supporters polled that his crude pronouncements didn’t bother them. As one grape farmer told me after the Access Hollywood hot-mike recordings of Trump making sexually vulgar remarks had come to light, “Who cares? I’d take Trump on his worst day better than Hillary on her best.” Apparently red-state America was so sick of empty word-mongering that it appreciated Trump’s candor, even when it was sometimes inaccurate, crude, or cruel. Outside California and New York City and other elite blue areas, for example, foreigners who sneak into the country and reside here illegally are still “illegal aliens,” not “undocumented migrants,” a blue-state term that masks the truth of their actions. Trump’s Queens accent and frequent use of superlatives—“tremendous,” “fantastic,” “awesome”—weren’t viewed by red-state America as a sign of an impoverished vocabulary but proof that a few blunt words can capture reality. To the rural mind, verbal gymnastics reveal dishonest politicians, biased journalists, and conniving bureaucrats, who must hide what they really do and who they really are. Think of the arrogant condescension of Jonathan Gruber, one of the architects of the disastrous Obamacare law, who admitted that the bill was written deliberately in a “tortured way” to mislead the “stupid” American voter. To paraphrase Cicero on his preference for the direct Plato over the obscure Pythagoreans, rural Americans would have preferred to be wrong with the blunt-talking Trump than to be right with the mush-mouthed Hillary Clinton. One reason that Trump may have outperformed both McCain and Romney with minority voters was that they appreciated how much the way he spoke rankled condescending white urban liberals. Poorer, less cosmopolitan, rural people can also experience a sense of inferiority when they venture into the city, unlike smug urbanites visiting red-state America. The rural folk expect to be seen as deplorables, irredeemables, and clingers by city folk. My countryside neighbors do not wish to hear anything about Stanford University, where I work—except if by chance I note that Stanford people tend to be condescending and pompous, confirming my neighbors’ suspicions about city dwellers. And just as the urban poor have always had their tribunes, so, too, have rural residents flocked to an Andrew Jackson or a William Jennings Bryan, politicians who enjoyed getting back at the urban classes for perceived slights. The more Trump drew the hatred of PBS, NPR, ABC, NBC, CBS, the elite press, the universities, the foundations, and Hollywood, the more he triumphed in red-state America. Indeed, one irony of the 2016 election is that identity politics became a lethal boomerang for progressives. After years of seeing America reduced to a binary universe, with culpable white Christian males encircled by ascendant noble minorities, gays, feminists, and atheists—usually led by courageous white-male progressive crusaders—red-state America decided that two could play the identity-politics game. In 2016, rural folk did silently in the voting booth what urban America had done to them so publicly in countless sitcoms, movies, and political campaigns. In sum, Donald Trump captured the twenty-first-century malaise of a rural America left behind by globalized coastal elites and largely ignored by the establishments of both political parties. Central to Trump’s electoral success, too, were age-old rural habits and values that tend to make the interior broadly conservative. That a New York billionaire almost alone grasped how red-state America truly thought, talked, and acted, and adjusted his message and style accordingly, will remain one of the astonishing ironies of American political history. Victor Davis Hanson
Né à Detroit dans les années 1950, j’ai grandi dans une famille où personne n’avait fréquenté l’université. Lorsque j’ai obtenu une bourse pour l’université du Michi­gan, j’ai été confronté à un snobisme de gauche qui méprisait la classe ouvrière, son attache­ment à la famille, la religion. Cette gauche caviar a suscité chez moi une forte réaction. Mark Lilla
Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche « diversitaire ». Hillary Clinton n’a jamais été aussi excellente et stimulante que lorsqu’elle évoquait l’engagement des États-Unis dans les affaires du monde et en quoi il est lié à notre conception de la démocratie. En revanche, dès qu’il s’agissait de politique intérieure, elle n’avait plus la même hauteur de vue et tendait à verser dans le discours de la diversité, en en appelant explicitement à l’électorat noir, latino, féminin et LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans). Elle a commis là une erreur stratégique. Tant qu’à mentionner des groupes aux États-Unis, mieux vaut les mentionner tous. Autrement, ceux que l’on a oubliés s’en aperçoivent et se sentent exclus. C’est exactement ce qui s’est passé avec les Blancs des classes populaires et les personnes à fortes convictions religieuses. Pas moins des deux tiers des électeurs blancs non diplômés du supérieur ont voté pour Donald Trump, de même que plus de 80 % des évangéliques blancs. (…) l’obsession de la diversité à l’école et dans la presse a produit à gauche une génération de narcissiques, ignorant le sort des personnes n’appartenant pas aux groupes auxquels ils s’identifient, et indifférents à la nécessité d’être à l’écoute des Américains de toutes conditions. Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont incités à parler de leur identité individuelle, avant même d’en avoir une. Au moment où ils entrent à l’université, beaucoup pensent que le discours politique se réduit au discours de la diversité, et on est consterné de voir qu’ils n’ont pas d’avis sur des questions aussi éternelles que les classes sociales, la guerre, l’économie et le bien commun. L’enseignement de l’histoire dans les écoles secondaires en est grandement responsable, car les programmes adoptés plaquent sur le passé le discours actuel de l’identité et donnent une vision déformée des grandes forces et des grands personnages qui ont façonné notre pays (les conquêtes du mouvement pour les droits des femmes, par exemple, sont réelles et importantes, mais on ne peut les comprendre qu’à la lumière des accomplissements des Pères fondateurs, qui ont établi un système de gouvernement fondé sur la garantie des droits). Quand les jeunes entrent à l’université, ils sont incités à rester centrés sur eux-mêmes par les associations étudiantes, par les professeurs ainsi que par les membres de l’administration qui sont employés à plein temps pour gérer les « questions de diversité » et leur donner encore plus d’importance. La chaîne Fox News et d’autres médias de droite adorent railler la « folie des campus » autour de ces questions, et il y a le plus souvent de quoi. Cela fait le jeu des démagogues populistes qui cherchent à délégitimer le savoir aux yeux de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un campus. Comment expliquer à l’électeur moyen qu’il y a censément urgence morale à accorder aux étudiants le droit de choisir le pronom personnel par lequel ils veulent être désignés ? Comment ne pas rigoler avec ces électeurs quand on apprend qu’un farceur de l’université du Michigan a demandé à se faire appeler « Sa majesté » ? Cette sensibilité à la diversité sur les campus a déteint sur les médias de gauche, et pas qu’un peu. L’embauche de femmes et de membres des minorités au titre de la discrimination positive dans la presse écrite et l’audiovisuel est une formidable avancée sociale – et cela a même transformé le visage des médias de droite. Mais cela a aussi contribué à donner le sentiment, surtout aux jeunes journalistes et rédacteurs en chef, qu’en traitant de l’identité ils avaient accompli leur travail. (…) Combien de fois, par exemple, nous ressert-on le sujet sur le « premier ou la première X à faire Y » ? La fascination pour les questions d’identité se retrouve même dans la couverture de l’actualité internationale qui est, hélas, une denrée rare. Il peut être intéressant de lire un article sur le sort des personnes transgenre en Égypte, par exemple, mais cela ne contribue en rien à informer les Américains sur les puissants courants politiques et religieux qui détermineront l’avenir de l’Égypte et, indirectement, celui de notre pays. (…) Mais c’est au niveau de la stratégie électorale que l’échec de la gauche diversitaire a été le plus spectaculaire, comme nous venons de le constater. En temps normal, la politique nationale n’est pas axée sur ce qui nous différencie mais sur ce qui nous unit. Et nous choisissons pour la conduire la personne qui aura le mieux su nous parler de notre destin collectif. Ronald Reagan a été habile à cela, quoiqu’on pense de sa vision. Bill Clinton aussi, qui a pris exemple sur Reagan. Il s’est emparé du Parti démocrate en marginalisant son aile sensible aux questions d’identité, a concentré son énergie sur des mesures de politique intérieure susceptibles de bénéficier à l’ensemble de la population (comme l’assurance-maladie) et défini le rôle des États-Unis dans le monde d’après la chute du mur de Berlin. En poste pour deux mandats, il a ainsi été en mesure d’en faire beaucoup pour différentes catégories d’électeurs membres de la coalition démocrate. La politique de la différence est essentiellement expressive et non persuasive. Voilà pourquoi elle ne fait jamais gagner des élections – mais peut en faire perdre. L’intérêt récent, quasi ethnologique, des médias pour l’homme blanc en colère en dit autant sur l’état de la gauche américaine que sur cette figure tant vilipendée et, jusqu’ici, dédaignée. Pour la gauche, une lecture commode de la récente élection présidentielle consisterait à dire que Donald Trump a gagné parce qu’il a réussi à transformer un désavantage économique en colère raciste – c’est la thèse du whitelash, du retour de bâton de l’électorat blanc. C’est une lecture commode parce qu’elle conforte un sentiment de supériorité morale et permet à la gauche de faire la sourde oreille à ce que ces électeurs ont dit être leur principale préoccupation. Cette lecture alimente aussi le fantasme selon lequel la droite républicaine serait condamnée à terme à l’extinction démographique – autrement dit, que la gauche n’a qu’à attendre que le pays lui tombe tout cuit dans l’assiette. Le pourcentage étonnamment élevé du vote latino qui est allé à M. Trump est là pour nous rappeler que plus des groupes ethniques sont établis depuis longtemps aux États-Unis, moins leur comportement électoral est homogène. Enfin, la thèse du whitelash est commode parce qu’elle disculpe la gauche de ne pas avoir vu que son obsession de la diversité incitait les Américains blancs, ruraux, croyants, à se concevoir comme un groupe défavorisé dont l’identité est menacée ou bafouée. Ces personnes ne réagissent pas contre la réalité d’une Amérique multiculturelle (en réalité, elles ont tendance à vivre dans des régions où la population est homogène). Elles réagissent contre l’omniprésence du discours de l’identité, ce qu’elles appellent le « politiquement correct ». La gauche ferait bien de garder à l’esprit que le Ku Klux Klan est le plus ancien mouvement identitaire de la vie politique américaine, et qu’il existe toujours. Quand on joue au jeu de l’identité, il faut s’attendre à perdre. Il nous faut une gauche postdiversitaire, qui s’inspire des succès passés de la gauche prédiversitaire. Cette gauche-là s’attacherait à élargir sa base en s’adressant aux Américains en leur qualité d’Américains et en privilégiant les questions qui concernent une vaste majorité d’entre eux. Elle parlerait à la nation en tant que nation de citoyens qui sont tous dans le même bateau et doivent se serrer les coudes. Pour ce qui est des questions plus étroites et symboliquement très chargées qui risquent de faire fuir des électeurs potentiels, notamment celles qui touchent à la sexualité et à la religion, cette gauche-là procéderait doucement, avec tact et sens de la mesure. Les enseignants acquis à cette gauche-là se recentreraient sur la principale responsabilité politique qui est la leur dans une démocratie : former des citoyens engagés qui connaissent leur système politique ainsi que les grandes forces et les principaux événements de leur histoire. Cette gauche postdiversitaire rappellerait également que la démocratie n’est pas qu’une affaire de droits ; elle confère aussi des devoirs à ses citoyens, par exemple le devoir de s’informer et celui de voter. Une presse de gauche postdiversitaire commencerait par s’informer sur les régions du pays dont elle a fait peu de cas, et sur les questions qui les préoccupent, notamment la religion. Et elle s’acquitterait avec sérieux de sa responsabilité d’informer les Américains sur les grandes forces qui régissent les relations internationales. J’ai été invité il y a quelques années à un congrès syndical en Floride pour parler du célèbre discours du président Franklin D. Roosevelt de 1941 sur les quatre libertés. La salle était bondée de représentants de sections locales – hommes, femmes, Noirs, Blanc, Latinos. Nous avons commencé par chanter l’hymne national puis nous nous sommes assis pour écouter un enregistrement du discours de Roosevelt. J’observais la diversité des visages dans l’assistance et j’étais frappé de voir à quel point ces personnes si différentes étaient concentrées sur ce qui les rassemblait. Et, en entendant Roosevelt invoquer d’une voix vibrante la liberté d’expression, la liberté de culte, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur – des libertés qu’il réclamait « partout dans le monde » – cela m’a rappelé quels étaient les vrais fondements de la gauche américaine moderne. Mark Lilla
Dix jours à peine après l’élection de Trump, Lilla publie une tribune dans le New York Times, où il étrille la célébration univoque de la diversité par l’élite intellectuelle progressiste comme principale cause de sa défaite face à Trump. «Ces dernières années, la gauche américaine a cédé, à propos des identités ethniques, de genre et de sexualité, à une sorte d’hystérie collective qui a faussé son message au point de l’empêcher de devenir une force fédératrice capable de gouverner […], estime-t-il. Une des nombreuses leçons à tirer de la présidentielle américaine et de son résultat détestable, c’est qu’il faut clore l’ère de la gauche diversitaire.» De cette diatribe à succès, l’universitaire a fait un livre tout aussi polémique, The Once and Future Liberal. After Identity Politics, dont la traduction française vient d’être publiée sous le titre la Gauche identitaire. L’Amérique en miettes (Stock). Un ouvrage provocateur destiné à sonner l’alerte contre le «tournant identitaire» pris par le Parti démocrate sous l’influence des «idéologues de campus», «ces militants qui ne savent plus parler que de leur différence.» «Une vision politique large a été remplacée par une pseudo-politique et une rhétorique typiquement américaine du moi sensible qui lutte pour être reconnu», développe Lilla. Dans son viseur : les mouvements féministes, gays, indigènes ou afro comme Black Lives Matter («le meilleur moyen de ne pas construire de solidarité»). Bref, tout ce qui est minoritaire et qui s’exprime à coups d’occupation de places publiques, de pétitions et de tribunes dans les journaux est fautif à ses yeux d’avoir fragmenté la gauche américaine. L’essayiste situe l’origine de cette «dérive» idéologique au début des années 70, lorsque la Nouvelle Gauche interprète «à l’envers» la formule «le privé est politique», considérant que tout acte politique n’est rien d’autre qu’une activité personnelle. Ce «culte de l’identité» et des «particularismes» issus de la révolution culturelle et morale des Sixties a convergé avec les révolutions économiques sous l’ère Reagan pour devenir «l’idéologie dominante.» «La politique identitaire, c’est du reaganisme pour gauchiste», résume cet adepte de la «punchline» idéologico-politique. Intellectuel au profil hybride, combattant à la fois la pensée conservatrice et la pensée progressiste, Lilla agace plus à gauche qu’à droite où sa dénonciation de «l’idéologie de la diversité», de «ses limites» et «ses dangers» est perçue comme l’expression ultime d’un identitarisme masculin blanc. Positionnement transgressif qu’on ferait volontiers graviter du côté de la «nouvelle réaction», ce qu’il réfute. (…) L’essai de Lilla peut se lire comme un avertissement lancé à la gauche intellectuelle française, aujourd’hui divisée entre «républicanistes» et « décoloniaux ». Libération
Notre situation est parfaitement paradoxale. Jamais les ennemis de l’Union européenne n’ont eu à ce point le sentiment de toucher au but, de presque en voir la fin, et cependant jamais, je le crois, les peuples d’Europe n’ont été plus sérieusement, plus gravement attachés à l’Union. Quel malentendu! Voilà bien l’un des plus fâcheux résultats de notre incapacité à discuter, de notre nouvelle inclination pour la simplification à outrance des points de vue. L’hypothèse d’un repli nationaliste procède d’une erreur d’interprétation. Il n’y a pas de demande de repli nationaliste, mais une demande de protection, de régulation politique, de contrôle du cours des choses. C’est une demande de puissance publique qui ne heurte pas l’idée européenne. C’est en refusant de répondre à cette demande éminemment légitime et recevable que l’Union finira par conduire les Européens à revenir, la mort dans l’âme, au dogme nationaliste. (…) Trump marque le retour d’une figure classique mais oubliée chez nous, celle de l’homme d’État qui n’a d’intérêt que pour son pays. Il assume une politique de puissance. (…) [ souligner le clivage avec l’Europe de l’Est] C’est un risque politique, sur le plan national comme sur le plan européen. (…) La double défaite signifierait a posteriori l’imprudence du pari et pèserait sur les deux niveaux, européen et national en affaiblissant dangereusement le président. (…) Du côté des gouvernements, cessons de surjouer l’opposition frontale. (…) nous devons accepter cet attachement viscéral des Européens à leur patrimoine immatériel, leur manière de vivre, leur souveraineté, parfois si récente ou retrouvée depuis si peu et si chèrement payée. Dominique Reynié
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
La société ouverte (…), c’est la grande fake news de la mondialisation. Quand on regarde les choses de près, les gens qui vendent le plus la société ouverte sont ceux qui vivent dans le plus grand grégarisme social, ceux qui contournent le plus la carte scolaire, ceux qui vivent dans l’entre-soi et qui font des choix résidentiels qui leur permettent à la fin de tenir le discours de la société ouverte puisque de toute façon, ils ont, eux, les moyens de la frontière invisible. Et précisément, ce qui est à l’inverse la situation des catégories modestes, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de la frontière invisible. Ca n’en fait pas des xénophobes ou des gens qui sont absolument contre l’autre. Ca fait simplement des gens qui veulent qu’un Etat régule. Christophe Guilluy
Que nous dit Christophe Guilluy ? Que la scission est aujourd’hui consommée entre une élite déconnectée et une classe populaire précarisée. Et que la classe moyenne, qu’il définit comme « une classe majoritaire dans laquelle tout le monde était intégré, de l’ouvrier au cadre », est un champ de ruines. Ce dernier point est affirmé, répété, martelé, « implosion d’un modèle qui n’intègre plus les classes populaires, qui constituaient, hier, le socle de la classe moyenne occidentale et en portait les valeurs ». Dès lors, les groupes sociaux en présence « ne font plus société ». C’est là le sens du titre, « No Society », reprise qui n’a rien d’innocente d’un aphorisme de feu la Première ministre britannique Margaret Thatcher – déjà responsable du célèbre Tina, « There is no alternative » –, dont la politique néolibérale agressive, véritable plan de casse sociale dans les années 1980, définit toujours le modèle outre-Manche. Guilluy se fait lanceur d’alerte. Il constate, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty, dont il cite les travaux à plusieurs reprises, le fossé toujours plus large qui sépare les catégories les plus aisées, des classes défavorisées. Une situation qui induit une nouvelle géographie sociale et politique. Et explique, selon lui, l’insécurité culturelle s’ajoutant à l’insécurité sociale, la vague populiste qui balaie la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et aujourd’hui le Brésil. Pour l’auteur, comme pour d’autres analystes, l’élection de Trump n’est pas un accident, mais l’aboutissement d’un processus que les élites, drapées dans « un mépris de classe », auraient voulu renvoyer aux marges. Ce qui fâche politiques, chefs d’entreprise et médias ? Cette propension à mettre tout le monde dans le même sac, tous complices de défendre, « au nom du bien commun », une idéologie néolibérale jugée destructrice. Et de masquer les vrais problèmes à l’aide d’éléments de langage. Guilluy conspue les 0,1 %, ces superpuissances économiques, tentées par l’anarcho-capitalisme, qui siphonnent les richesses mondiales. Tout comme il rejette la métropolisation des territoires, encouragée par l’Europe, qui tend à concentrer les créations d’emplois dans les zones urbaines, alors même que les classes populaires en sont rejetées par le coût du logement et une fiscalité dissuasive. Effondrement du modèle intégrateur, ascenseur social en berne… Cette France à qui on demande de traverser la rue attend vainement, selon lui, que le feu repasse au vert pour elle. Guilluy la crédite cependant d’un « soft power », capacité, amplifiée par les réseaux sociaux, à remettre sur la table les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que les élites aimeraient conserver sous le tapis. Une donnée que les tribuns populistes, de droite comme de gauche, ont bien intégrée, s’en faisant complaisamment chambre d’écho. Sud Ouest
The slide in his popularity – Macron is now more unpopular than his predecessor, François Hollande, at the same stage – is a dire warning to “globalists”. It comes at a time when Trump’s popularity among his voters is relatively stable by comparison and the American economy is growing. Macron’s fate could have far-reaching consequences for Europe’s political future. What makes the contrast between Trump’s and Macron’s fortunes so striking is that the two presidents have so much in common. Both found electoral success by breaking free of their own side: Macron from the left and Trump from mainstream Republicanism; they both moved beyond the old left-right divide. Both realised that we were seeing the disappearance of the old western middle class. Both grasped that, for the first time in history, the working people who make up the solid base of the lower middle classes live, for the most part, in regions that now generate the fewest jobs. It is in the small or middling towns and vast stretches of farmland that skilled workers, the low-waged, small farmers and the self-employed are concentrated. These are the regions in which the future of western democracy will be decided. But the similarities end there. While Trump was elected by people in the heartlands of the American rustbelt states, Macron built his electoral momentum in the big globalised cities. While the French president is aware that social ties are weakening in the regions, he believes that the solution is to speed up reform to bring the country into line with the requirements of the global economy. Trump, by contrast, concluded that globalisation was the problem, and that the economic model it is based on would have to be reined in (through protectionism, limits on free trade agreements, controls on immigration, and spending on vast public infrastructure building) to create jobs in the deindustrialised parts of the US. It could be said that to some extent both presidents are implementing the policies they were elected to pursue. Yet, while Trump’s voters seem satisfied, Macron’s appear frustrated. Why is there such a difference? This has as much to do with the kind of voters involved as the way the two presidents operate politically. Trump speaks to voters who constitute a continuum, that of the old middle class. It is a body of voters with clearly expressed demands – most call for the creation of jobs, but they also want the preservation of their social and cultural model. Macron’s problem, on the other hand, is that his electorate consists of different elements that are hard to keep together. The idea that Macron was elected just by the big city “winners” isn’t accurate: he also attracted the support of many older voters who are not especially receptive to the economic and societal changes the president’s revolution demands.This holds true throughout Europe. Those who support globalisation often tend to forget a vital fact: the people who vote for them aren’t just the ones on the winning side in the globalisation stakes or part of the new, cool bourgeoisie in Paris, London or New York, but are a much more heterogeneous group, many of whom are sceptical about the effects of globalisation. In France, for example, most of Macron’s support came in the first instance from the ranks of pensioners and public sector workers who had been largely shielded from the effects of globalisation. (…) These developments are an illustration of the political difficulty that Europe’s globalising class now finds itself in. From Angela Merkel to Macron, the advocates of globalisation are now relying on voters who cling to a social model that held sway during the three decades of postwar economic growth. Thus their determination to accelerate the adaptation of western societies to globalisation automatically condemns them to political unpopularity. Locked away in their metropolitan citadels, they fail to see that their electoral programmes no longer meet the concerns of more than a tiny minority of the population – or worse, of their own voters. They are on the wrong track if they think that the “deplorables” in the deindustrialised states of the US or the struggling regions of France will soon die out. Throughout the west, people in “peripheral” regions still make up the bulk of the population. Like it or not, these areas continue to represent the electoral heartlands of western democracies. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy
Les pays de l’OCDE, et plus encore les démocraties occidentales, répondent pleinement au projet que la Dame de fer appelait de ses vœux. Partout, trente ans de mondialisation ont agi comme une concasseuse du pacte social issu de l’après-guerre. La fin de la classe moyenne occidentale est actée. Et pas seulement en France. Les poussées de populisme aux Etats-Unis, en Italie, et jusqu’en Suède, où le modèle scandinave de la social-démocratie n’est désormais plus qu’une sorte de zombie, en sont les manifestations les plus évidentes. Personne n’ose dire que la fête est finie. On se rassure comme on peut. Le monde académique, le monde politique et médiatique, chacun constate la montée des inégalités, s’inquiète de la hausse de la dette, de celle du chômage, mais se rassure avec quelques points de croissance, et soutient que l’enjeu se résume à la question de l’adaptabilité. Pas celle du monde d’en haut. Les gagnants de la mondialisation, eux, sont parfaitement adaptés à ce monde qu’ils ont contribué à forger. Non, c’est aux anciennes classes moyennes éclatées, reléguées, que s’adresse cette injonction d’adaptation à ce nouveau monde. Parce que, cahin-caha, cela marche, nos économies produisent des inégalités, mais aussi plus de richesses. Mais faire du PIB, ça ne suffit pas à faire société. (…) Election de Trump, Brexit, arrivée au pouvoir d’une coalition improbable liant les héritiers de la Ligue du Nord à ceux d’une partie de l’extrême gauche en Italie. De même qu’il y a une France périphérique, il y a une Amérique périphérique, un Royaume-Uni périphérique, etc. La périphérie, c’est, pour faire simple, ces territoires autour des villes-mondes, rien de moins que le reste du pays. L’agglomération parisienne, le Grand-Londres, les grandes villes côtières américaines, sont autant de territoires parfaitement en phase avec la mondialisation, des sortes de Singapour. Sauf que, contrairement à cette cité-Etat, ces territoires disposent d’un hinterland, d’une périphérie. L’explosion du prix de l’immobilier est la traduction la plus visible de cette communauté de destin de ces citadelles où se concentrent la richesse, les emplois à haute valeur ajoutée, où le capital culturel et financier s’accumule. Cette partition est la traduction spatiale de la notion de ruissellement des richesses du haut vers le bas, des premiers de cordée vers les autres. Dans ce modèle, la richesse créée dans les citadelles doit redescendre vers la périphérie. Trente ans de ce régime n’ont pas laissé nos sociétés intactes. Ce sont d’abord les ouvriers et les agriculteurs qui ont été abandonnés sur le chemin, puis les employés, et c’est maintenant au tour des jeunes diplômés d’être fragilisés. Les plans sociaux ne concernent plus seulement l’industrie mais les services, et même les banques… Dans les territoires de cette France périphérique, la dynamique dépressive joue à plein : à l’effondrement industriel succède celui des emplois présentiels lequel provoque une crise du commerce dans les petites villes et les villes moyennes. Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Emmanuel Macron est le candidat du front bourgeois. A Paris, il n’est pas anodin que les soutiens de François Fillon et les partisans de La Manif pour tous du XVIe arrondissement aient voté à 87,3 % pour le candidat du libéralisme culturel, et que leurs homologues bobos du XXe arrondissement, contempteurs de la finance internationale, aient voté à 90 % pour un banquier d’affaires. Mais cela ne fait pas une majorité. Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. Il semble récemment pris de vertige par le risque encouru pour les prochaines élections, comme le montre sa courbe de popularité, laquelle se trouve sous celle de François Hollande à la même période de leur quinquennat. Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire dix fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de ll’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des caommunautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
La réalisation [de « Dupont Lajoie »] ne se fit pas sans difficultés. Le film s’inspire en partie de la vague de meurtres racistes commis dans le sud de la France au début des années 1970, notamment à Marseille durant l’été 1973, mais également d’un fait divers réel s’étant déroulé à Grasse. Le sujet est encore très sensible dans le Var où Boisset souhaite tourner. Ses autorisations de tournage sont souvent retirées, et l’agressivité reste présente autour de l’équipe. (…) Le groupe extrémiste Charles Martel (qui a été notamment l’auteur d’un attentat à la bombe à Marseille en 1973) menace l’équipe de Boisset. Le camping, principal lieu de tournage, est caillassé, et reçoit même des grenades et des cocktails Molotov. Les figurants devant jouer les Maghrébins ne trouvent pas de logement, et l’acteur Mohamed Zinet est même agressé par un groupe de quatre personnes ; hospitalisé, il ne reprendra pas le tournage. Les figurants « blancs », bien que connaissant le scénario, auraient troqué leurs accessoires contre de vrais gourdins, supposant que leurs homologues maghrébins ont quelque chose à se reprocher. La censure veut l’interdire aux moins de seize ans, sauf si Boisset accepte trois coupes : une scène de dialogue, et deux plans (les images où l’on voit le sexe d’Isabelle Huppert, et celui où la tête de la victime de la ratonnade heurte le pavé). Boisset accepte sans sourciller : les plans n’existent pas dans le film, les scènes n’étant que suggérées par la mise en scène. Le film sort dans les salles en février 1975. Mal accueilli par ceux qui ne voulaient voir que l’aspect polémique du sujet, il est parfois soumis au refus des exploitants de salle, qui refusent de le diffuser, comme le patron du cinéma Pathé de la place Clichy, qui craint que le public arabe attiré par le film ne fasse fuir ses « habitués ». Les salles connaissent également des échauffourées à la sortie des séances. Ce film fut aussi un grand succès public, et l’œuvre la plus importante d’Yves Boisset. Il proposait une peinture sans complaisance de gens ordinaires, qui collectivement se laissent gagner par la haine raciste. Caricature et réalisme s’y confondent sans qu’il soit possible de les démêler. La qualité de la distribution assura le succès du film : Carmet en meurtrier lâche et raciste, Lanoux en fier à bras, beauf et ancien d’Algérie, des acteurs généralement sympathiques Marielle, Peyrelon, interprétant avec justesse des personnages aussi odieux qu’ordinaires, archétypes du fameux « Français moyen ». L’animation et jeu Intercamping animé par Léo Tartaffione (Jean-Pierre Marielle) était largement inspirée de l’émission télévisée Intervilles, le nom lui-même de Léo Tartaffione rappelant celui de Léon Zitrone. Wikipedia
Les Deschiens ont un style très personnel et reconnaissable : décor minimaliste (fond de couleur unie, très peu voire aucun élément de mobilier), costumes au kitsch volontaire (vêtements surannés, couleurs démodées, matières bon marché), cadrage immuable (séquences réalisées en plan fixe et en plan séquence). Les dialogues, en langage courant voire relâché, font surgir l’absurde dans le quotidien de personnages incarnant un certain bon sens populaire, mais dont l’ignorance ou l’étroitesse d’esprit vire souvent au burlesque. Les Deschiens font un usage comique des accents régionaux, chaque comédien représentant les stéréotypes d’une région. Ainsi, François Morel et Olivier Saladin représentent la Normandie (Orne pour François Morel et Seine-Maritime pour Olivier Saladin), Bruno Lochet la Sarthe, Philippe Duquesne le Nord-Pas-de-Calais, et Yolande Moreau la Belgique. M. Morel : c’est le personnage principal de la série. Il est extrêmement rationnel, attaché à la vie quotidienne, et n’entend jamais utiliser la technologie moderne. C’est le stéréotype du Français « moyen » et il est hermétique à la culture (principalement aux livres). M. Saladin : c’est un ami de M. Morel avec lequel il discute de toutes sortes de sujets. Il est la plupart du temps dans l’ombre de M. Morel et il cherche toujours à exprimer ses idées, bien qu’il ait du mal à les faire clairement comprendre. Yolande : la femme de M. Morel. Elle suit souvent les préceptes de son mari sur l’éducation de leurs enfants. Elle représente elle aussi un stéréotype : celui de la femme au foyer inculte. Olivier : le fils de M. Morel et de Yolande. Il essaye sans cesse de se cultiver en lisant des ouvrages de littérature classique (Gide, Yourcenar…) au grand dam de ses parents qui l’obligent à avoir des activités moins intellectuelles. Atmen « Atemen » Kelif : c’est « l’arabe de service » qui se fait maltraiter verbalement et physiquement par M. Morel et M. Duquesne. (…) Les auteurs des Deschiens ont été accusés de brocarder la France d’en-bas. François Morel a dit ne pas comprendre qu’on les ait en partie tenus responsables de l’échec de Lionel Jospin en 2002 parce qu’ils auraient « déculpabilisé la gauche bobo enfin autorisée à se moquer des pauvres ». Il attribue ce malentendu à leur réussite qui entraîne des commentaires mettant davantage en avant la portée politique de leurs sketchs que l’aspect humoristique. Gérard Guégan reproche aux Deschiens (et à « l’humour Canal+ » de cette époque) de rendre grotesque par la parodie une seule classe sociale : les ouvriers. Toutefois, les acteurs défendent une démarche théâtrale qui ne vise pas à stigmatiser les « petites gens », bien plutôt, à travers un miroir déformant, à nous renvoyer tous à l’aspect dérisoire de notre vie. Wikipedia
An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place. (…) There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong. The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people. James Dickey
They’re buildin’ a dam across the Cahulawassee River. They’re gonna flood a whole valley, Bobby (…) Dammit, they’re drownin’ the river…Just about the last wild, untamed, unpolluted, unf–ked up river in the South. Don’t you understand what I’m sayin’?…They’re gonna stop the river up. There ain’t gonna be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake…You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape. We’re gonna rape it. (…) We didn’t lose it – we sold it. Lewis Medlock (principal protagoniste de Delivrance)
 These are the men. Nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. Ed Gentry – he runs an art service, his wife Martha has a boy Dean. Lewis Medlock has real estate interests, talks about resettling in New Zealand or Uruguay. Drew Ballinger – he’s sales supervisor for a soft drink company. Bobby Trippe – bachelor, insurance and mutual funds. These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead, they sought the river. Bande-annonce de Deliverance
Deliverance (1972) is British director John Boorman’s gripping, absorbing action-adventure film about four suburban Atlanta businessmen friends who encounter disaster in a summer weekend’s river-canoeing trip. It was one of the first films with the theme of city-dwellers against the powerful forces of nature. The exciting box-office hit, most remembered for its inspired banjo duel and the brutal, violent action (and sodomy scene), was based on James Dickey’s adaptation of his own 1970 best-selling novel (his first) of the same name – he contributed the screenplay and acted in a minor part as the town sheriff. (…) The increasingly claustrophobic, downbeat film, shot in linear sequence along forty miles of a treacherous river, has been looked upon as a philosophical or mythical allegory of man’s psychological and grueling physical journey against adversity. It came during the 70s decade when many other conspiracy or corruption-related films were made with misgivings, paranoia or questioning of various societal institutions or subject areas, such as the media (i.e., Dog Day Afternoon (1975), Network (1976)), politics (i.e., The Parallax View (1974), All the President’s Men (1976)), science (i.e., Capricorn One (1977), Coma (1978), The China Syndrome (1979)), and various parts of the US itself (i.e., Race with the Devil (1975), The Hills Have Eyes (1977), and later Southern Comfort (1981)). A group of urban dwellers test their manhood and courage, totally vulnerable in the alien wild, and pit themselves against the hostile violence of nature. At times, however, they are attracted to nature, and exhilarated and joyful about their experiences in the wild. (Director Boorman pursued the same complex eco-message theme of man vs. nature in other films, including Zardoz (1973) and The Emerald Forest (1985).) As they progress further and further along in uncharted territory down the rapids, the men ‘rape’ the untouched, virginal wilderness as they are themselves violated by the pristine wilderness and its degenerate, inbred backwoods inhabitants. Survivalist skills come to the forefront when civilized standards of decency and logic fail. (…) The river is the potent personification of the complex, natural forces that propel men further and further along their paths. It tests their personal values, exhibiting the conflict between country and city, and accentuates what has been hidden or unrealized in civilized society. The adventurers vainly seek to be ‘delivered’ from the evil in their own hearts, and as in typical horror films, confront other-worldly forces in the deep woods. The flooding of the region after the completion of a dam construction project alludes to the purification and cleansing of the sins of the world by the Great Flood. The film was also interpreted as an allegory of the US’ involvement in the Vietnam War – as the men (the US military) intruded into a foreign world (Southeast Asia), and found it was raped or confronted by wild forces it couldn’t understand or control.The film opens with voice-overs of the main characters discussing the « vanishing wilderness » and the corruption of modern civilization, while the credits play over views of the flooding of one of the last untamed stretches of land, and the imminent wiping out of the entire Cahulawassee River and the small town of Aintry. (…) They leave behind their business jobs and civilized values for their « last chance » to go back to unspoiled nature for a weekend of canoeing, hunting, and fishing, in northern Georgia’s scenic Appalachian wilderness. (…) More threatening than the untamed river are two evil, violent, primitive, degenerate and hostile mountain men, a gay hillbilly (Bill McKinney) and a grizzly, toothless man (Herbert « Cowboy » Coward) armed with a 12 gauge double-barreled shotgun who suddenly appear from the woods and confront the intruders. [The wilderness isn’t populated with romantic survivalists or enobled, heroic characters as in adventure stories, but sadistic brutes.] The two inexperienced, naive adventurers, assuming that the menacing backwoodsmen (who are harrassing them) are hiding a still to manufacture bootleg whiskey, promise not to tell anyone where it is located. Even away from his urban citified element, Ed maintains an inappropriate decorum of decency and ineffectually calls the animalistic rednecks ‘gentlemen’ (…) At shotgun point, in a nightmarish and frightening sequence, the two sexually-perverted rustics viciously target them. They order them up into the woods where they tie Ed (with his own belt) to a tree. The mountain man sexually humiliates Bobby – the chubby-faced, defenseless intruder into his territory. (…) Returning home, Ed is ‘delivered’ from the malevolent horrors of nature and reunited with his wife (Belinda Beatty) and son (Charlie Boorman, the director’s son who played a major role in The Emerald Forest (1985)). The final frightening image is of Ed, snapping awake next to his wife from a vivid nightmare of his journey. He is fearfully haunted by a white, bony hand (of the murdered Mountain Man) rising above the surface of the water of the newly-flooded wilderness. The man’s stiff, outstretched hand – pointing nowhere – serves as a signpost. Ed lies back in his wife’s arms – unable to rest and experience ‘deliverance’ from his recurring nightmare of their experience with extreme violence. Filmsite
And we all know what happens to funny city people in rural Georgia. Jon Stewart (The Daily Show)
We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies. That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.  There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again. Stanley “Butch” Darnell  (Rabun County Commissioner)
Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers. The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South. (…) Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’” [But] though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be. He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life. (…) The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance. (…) Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview. From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis. (…) Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’” Emily Satterwhite
The release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners. The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River. Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans.  As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’” (…) The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience. (…) To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence. Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son. But all of that meaning appeared to be lost in the film. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies. (…) Resentment grew even while the film was being made. As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’” Anthony Harkins (Western Kentucky University)
The movie, « Deliverance, » made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here. Locals say the film painted the county’s residents as deviant, uneducated mountain folk. (…) But despite any negative stereotypes, the Rabun County Convention and Visitor’s Bureau says more than a quarter-million people flock to the area each year to shoot the same rapids they saw come to life on the big screen. (…) County officials say tourism brings in $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget is about $17 million. These days, the county has an 80% high school graduation rate, and its average home price is more than $300,000. (…) The area has become a playground for high-end homeowners with lakefront property in the multimillion-dollar range on places like Lake Burton, which has 62 miles of shoreline. (…) Indeed, downtown shops and art galleries convey an image far from anything portrayed in the 1972 film. Jeanne Kronsoble (…) said (…) « When people build houses and they come here, they need art on their walls. » But despite this prosperity, the 40-year pain has managed to hang on, because so many people saw a fictional film. « There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again, » Darnell said. CNN
The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept. (…) By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force. (…) Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming. But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival. (…) Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film. (…) Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia. In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival. (…) The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time. (…) “It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.” (…) “When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along. (…) Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie. (…) “Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.” (…) But there was also some growing pains. Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.” These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.” Some of those individuals paid a price. “Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote. Stacey Edson
Since its release, [Deliverance] has provoked passionate critiques, inspired different analyses, and has become a cult phenomenon. The imagery, stereotypes, and symbols produced by the film still inform popular perceptions of the US South, even by those who have never actually watched it. (…) The “rise of the Sunbelt” brought Dixie economic and political power, creating a need for the reconfiguration of the traditional North vs. South identity dynamic. World War II government defense spending led to an impressive economic development of the region. The New South economy and the migration of people and jobs below the Mason-Dixon line produced rapid urbanization and industrialization, contributing to the rise of education and income levels and an upheaval to the system of racial segregation. (…) If the 1970s delivered films and television series that presented southern white working-class men as charming rebels, it also solidified the image of a degenerate « race » of underclass southern whites, marking the rise of the redneck nightmare movie. (…) According to The New Encyclopedia of Southern Culture, “Deliverance has powerfully shaped national perceptions of Appalachia, the South, and indeed all people and places perceived as ‘backwoods.’” It has done so, in no small part, by ushering in a host of similar films inaugurating a new subgenre in Hollywood and independent US cinema. (…) It has been spoofed, parodied, and referenced in countless movies, TV shows, and cartoons since its release. Furthermore, references to the film still serve as shorthand for poor white (especially southern) backwardness and degeneracy. (…) Deliverance seems to be a curse and a blessing to everyone and everything involved with it. It brought money and tourism to the region, but it also caused ecological problems and the death of several people who tried to emulate the film’s stars. It brought James Dickey fame and fortune but, according to his son, it also caused great personal and emotional damage to him and his family. It simultaneously popularized and stigmatized banjo music. And it helped create a fascination with (and prejudices against) poor, rural southern whites. Maybe that is quite fitting for a story that seemed to condemn while being inescapably part of a complicated moment in American history. Isabel Machado

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

A l’heure où se déchaine, à la mesure de ses désormais indéniables succès en matière d’emploi et même de popularité, la véritable hystérie collective contre l’idiot du village de la Maison blanche …

Et où de ce côte-ci de l’Atlantique n’en finit pas de plonger, à la mesure de la déconvenue des retraités et fonctionnaires jusqu’ici protégés de la mondialisation à qui il devait son élection, la popularité du dernier défenseur du progressisme et de l’ouverture …

Pendant que nos valeureux journalistes découvrent des décennies après les faits l’islamisation de la société française

Retour après la conquête de l’espace sans drapeau et à l’instar du film américain de 1972 « Deliverance » (trois ans après déjà les victimes hippies de la vindicte « redneck » d' »Easy Rider« ) …

Ou de leurs avatars français comme « Dupont Lajoie » ou les Deschiens  à la télévision …

Sur ces décennies de délégitimation des classes populaires que rappelle dans son dernier livre le géographe français Christophe Guilluy …

Auxquelles nous devons, sur fond d’un évident mépris de classe, tant les tristement fameux « aigris accros aux armes et à la religion » d’un Obama que le « panier de déplorables » d’une Hillary Clinton ….

Ou plus près de chez nous les « sans-dents » d’un François Hollande et les « illettrés » d’un Emmanuel Macron …

Avec bien sûr, sur fond de migration massive et hors contrôle, les conséquences tant sur la sécurité culturelle que l’assimilation des nouveaux arrivants …

Mais que, signe de ce nouveau « soft power » des oubliés de la mondialisation amplifié par les réseaux sociaux et les nouveaux tribuns du populisme dont parle Guilluy, les élites semblent avoir de plus en plus de mal à conserver sous le tapis …

The Impact of “Deliverance”

Stacey Eidson
Metro spirit
April 15, 2015

Long before moviegoers watched in horror as actor Ned Beatty was forced to strip off his clothes and told to “squeal like a pig” during a film set in the rural mountains of North Georgia, there was the novel by Atlanta writer and poet James Dickey that started it all.

It’s been 45 years since “Deliverance” first hit the book shelves across this nation, but the profound impact that the tale of four suburban men canoeing down the dangerous rapids of a remote Georgia river and encountering a pair of deranged mountain men can still be felt today.

When the book was first released back in April of 1970, the reaction was definitely mixed, to say the least. Most critics praised the adventurous tale, describing the novel as “riveting entertainment” or a “monument to tall stories.”

The New York Times called the book a “double-clutching whopper” of a story that was a “weekend athlete’s nightmare.”

“Four men decide to paddle two canoes down the rapids of a river in northern Georgia to get one last look at pure wilderness before the river is dammed up and ‘the real estate people get hold of it,’” the New York Times book review stated in 1970.

But to the shock of the reader, the whitewater adventure turns into a struggle for survival when the character Bobby Trippe is brutally sodomized by a mountain man while his friend Ed Gentry is tied to a nearby tree.

“In the middle of the second day of the outing, two of the campers pull over to the riverbank for a rest,” the New York Times wrote in 1970. “Out of the woods wander two scrofulous hillbillies with a shotgun, and proceed to assault the campers with a casual brutality that leaves the reader squirming.

“It’s a bad situation inside an impossible one wrapped up in a hopeless one, with rapids crashing along between sheer cliffs and bullets zinging down from overhead. A most dangerous game.”

The New Republic described “Deliverance” as a powerful book that readers would not soon forget.

“I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

“How a man acts when shot by an arrow, what it feels like to scale a cliff or to capsize, the ironic psychology of fear,” The New Republic review stated. “These things are conveyed with remarkable descriptive writing.”

But the Southern Review probably said it best by stating that “Deliverance” touched on the basic “questions that haunt modern urban man.”

The book spent 26 weeks on the New York Times best-selling hardback list, and 16 weeks on that newspaper’s paperback list.

Within two years, it had achieved its eighth printing and sold almost 2 million copies.

The novel was having an immediate impact on the image of northern Georgia, according to the book, “Dear Appalachia: Readers, Identity, and Popular Fiction since 1878” by author Emily Satterwhite.

“Dickey’s novel created for readers an Appalachia that served as the site of a collective ‘nightmare,’ to use a term adopted by several of Dickey’s reviewers,” Satterwhite wrote. “The rape of city men by leering ‘hicks,’ central to the novel… became almost synonymous with popular conceptions of the mountain South.”

The book is a tall tale written by a man raised in a wealthy neighborhood in Atlanta, who both loved and feared the mountains of North Georgia, according to Satterwhite.

“Dickey’s father, James II, was a lawyer who loved hunting and cockfighting; his North Georgia farm served as a refuge from his wife, her family inheritance and the Buckhead mansion and servants that her wealth afforded them even in the depths of the Great Depression,” Satterwhite wrote, adding that James Dickey, like his father, was also uncomfortable with his family’s wealth. “Dickey preferred to claim that he grew up in the mountains. He attributed his blustery aggressiveness to his ‘North Georgia folk heritage’ and averred, ‘My people are all hillbillies. I’m only second-generation city.’”

But that was far from the truth.

“Though Dickey’s ancestors had indeed lived in mountainous Fannin County, Georgia, they were not the plain folks he made them out to be,” Satterwhite wrote. “He failed to acknowledge that they were slaveholders and among the largest landowners and wealthiest residents of the county. Dickey’s romantic — and racist — vision of Appalachia as a place apart stayed with him his entire life.”

Dickey’s conflicting feeling about these so-called “mountain people” of North Georgia is evident in many of the conversations between two of the novel’s main characters, graphic artist Ed Gentry and outdoor survivalist Lewis Medlock.

In the beginning of the book, Lewis attempts to describe to Ed, the narrator of the novel and the character who is generally believed to be loosely based on Dickey himself, what makes the mountains of northern Georgia so special.

Lewis insists that there “may be something important in the hills.”

But Ed quickly fires back, “I don’t mind going down a few rapids with you and drinking a little whiskey by a campfire. But I don’t give a fiddler’s f*** about those hills.”

Lewis continues to try to persuade Ed by telling him about a recent trip he took with another friend, Shad Mackey, who got lost in these very same mountains.

“I happened to look around, and there was a fellow standing there looking at me,” Lewis said. “‘What you want, boy down around here?’ he said. He was skinny, and had on overall pants and a white shirt with the sleeves rolled up. I told him I was going down the river with another guy, and that I was waiting for Shad to show up.”

The man who stepped out of the woods was a moonshiner who, to Lewis’ surprise, offered to help.

“‘You say you got a man back up there hunting with a bow and arrow. Does he know what’s up there?’ he asked me. ‘No,’ I said. ‘It’s rougher than a night in jail in south Georgia,’ he said, ‘and I know what I’m talking about. You have any idea whereabouts he is?’ I said no, ‘just up that way someplace, the last time I saw him.’”

What happened next opened Lewis’ eyes to these mountain people, he told Ed.

“The fellow stood up and went over to his boy, who was about fifteen. He talked to him for a while, and then came about halfway back to me before he turned around and said, ‘Son, go find that man.’

“The boy didn’t say a thing. He went and got a flashlight and an old single-shot twenty-two. He picked up a handful of bullets from a box and put them in his pocket. He called his dog, and then he just faded away.”

Several hours later, the boy returned with Shad, who had broken his leg. When Lewis finishes his story, it’s obvious the tale means very little to Ed.

“That fellow wasn’t commanding his son against his will,” Lewis said. “The boy just knew what to do. He walked out into the dark.”

Ed quickly asks, “So?”

“So, we’re lesser men, Ed,” Lewis said. “I’m sorry, but we are.”

“From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

When the pair reaches the fictitious mountain town of Oree, Georgia, in the novel, Ed is clearly even less impressed.

“An old man with a straw hat and work shirt appeared at Lewis’ window, talking in. He looked like a hillbilly in some badly cast movie, a character actor too much in character to be believed. I wondered where the excitement was that intrigued Lewis so much; everything in Oree was sleepy and hookwormy and ugly, and most of all, inconsequential. Nobody worth a damn could ever come from such a place.”

As Lewis continues to negotiate with the mountain men, Ed becomes even more harsh in his description of Oree and its residents.

“There is always something wrong with people in the country, I thought. In the comparatively few times I had ever been in the rural South I had been struck by the number of missing fingers. Offhand, I had counted around twenty, at least. There had also been several people with some form of crippling or twisting illness, and some blind or one-eyed. No adequate medical treatment maybe. But there was something else. You’d think that farming was a healthy life, with fresh air and fresh food and plenty of exercise, but I never saw a farmer who didn’t have something wrong with him, and most of the time obviously wrong.

“The catching of an arm in a tractor park somewhere off in the middle of a field where nothing happened but that the sun blazed back more fiercely down the open mouth of one’s screams. And so many snakebites deep in the woods as one stepped over a rotten log, so many domestic animals suddenly turning and crushing one against the splintering side of a barn stall. I wanted none of it, and I didn’t want to be around where it happened either. But I was there, and there was no way for me to escape, except by water, from the country of nine-fingered people.”

The South Squeals Like a Pig

The portrait of mountain people as toothless, sexual deviants in a “country of nine-fingered people” was too much for many Southerners to accept.

“The consequences of fictional representation have never been more powerful for the imagination of mountainness — or perhaps even for southernness, ruralness, and ‘primitiveness’ more generically — than in the case of ‘Deliverance,’” Satterwhite wrote.

By the time director John Boorman brought “Deliverance” to the big screen in 1972 starring Burt Reynolds as Lewis and Jon Voight as Ed, the damage to the South’s reputation was in full force.

The movie, which was primarily filmed in Rabun County in North Georgia during the summer of 1971, grossed about $6.5 million in its first year and was considered a great success at home and internationally.

“Indeed, it would be difficult to overstate the thoroughness with which ‘Deliverance,’ transformed by Dickey and director John Boorman into a film classic, has imbricated itself into Americans’ understanding and worldview,” Satterwhite wrote. “From the ubiquitous rendition of the ‘Dueling Banjos’ theme song to allude to danger from hicks to bumper stickers for tourists reading, ‘Paddle faster, I hear banjoes,’ the novel and film have created artifacts that many of us encounter on an almost weekly basis.”

Ironically, the movie’s most memorable line, “Squeal like a pig!” was never a part of the book. It was allegedly improvised by the actor during filming.

But the South wanted to still promote Dickey, an accomplished Atlanta author, so articles in the Columbia Record and other South Carolina and Georgia newspapers frequently featured Dickey’s novel. The film version of “Deliverance” was also honored at the Atlanta film festival.

“Southern hopes for self-promotion were evident at the film’s premiere in Atlanta,” Satterhite wrote. “Dickey leaned over to say to Jimmy Carter, then the governor: ‘Ain’t no junior league movie is it, Governor?’ ‘It’s pretty rough,’ Carter agreed, ‘but it’s good for Georgia.’ Carter paused. ‘It’s good for Georgia. I hope.’”

However, the success of “Deliverance” had such an impact on the Peach State, Carter decided to create a state film office in 1973 to ensure Georgia kept landing movie roles.

As a result, the film and video industry has contributed more than $5 billion to the state’s economy since the Georgia Film Commission was established.

But the release of “Deliverance” was, without question, a difficult time for rural Southerners, wrote Western Kentucky University professor Anthony Harkins, author of “Hillbilly: A Cultural History of an American Icon.”

The mountaineers of “Deliverance” were “crippled misfits and savage sodomizers of the North Georgia wilderness” who terrorize the foursome of Atlanta canoeists who simply want to run the rapids of the fictitious Cahulawassee River.

“Indisputably the most influential film of the modern era in shaping national perceptions of southern mountaineers and rural life in general, Deliverance’s portrayal of degenerate, imbecilic, and sexually voracious predators bred fear into several generations of Americans,” Harkins wrote. “As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

“As film scholar Pat Arnow only partly facetiously argued in 1991, the film ‘is still the greatest incentive for many non-Southerners to stay on the Interstate.’”

In fact, Harkins points out that Daniel Roper of the North Georgia Journal described the movie’s devastating local effect as “Deliverance did for them [North Georgians] what ‘Jaws’ did for sharks.”

“The film’s infamous scenes of sodomy at gunpoint and of a retarded albino boy lustily playing his banjo became such instantly recognizable shorthand for demeaning references to rural poor whites that comedians needed to say only ‘squeal like a pig’ or hum the opening notes of the film’s guitar banjo duet to gain an immediate visceral reaction from a studio audience,” Harkins writes.

Harkins believes that’s not at all what Dickey intended in writing both the book and the movie’s screenplay.

“To (the character) Lewis (and Dickey), the mountain folk’s very backwardness and social isolation has allowed them to retain a physical and mental toughness and to preserve a code of commitment to family and kin that has long ago been lost in the rush to a commodified existence,” Harkins wrote. “Lewis praised the ‘values’ passed down from father to son.”

But all of that meaning appeared to be lost in the film, Harkins wrote. Instead, Hollywood was much more interested in the horrific tale and captivating adventure of traveling down a North Georgia river being chased by crazed hillbillies.

The film was about the shock and fear of such an incident in the rural mountains that enthralled moviegoers.

“The film explicitly portrays Lewis (Burt Reynolds) shooting the rapist through the back with an arrow and the man’s shocked expression as he sees the blood smeared projectile protruding from his chest just before he dies violently,” Harkins wrote.

Surprisingly, Dickey seemed to thoroughly enjoy that scene in the film during the movie’s New York premiere, Harkins writes.

“Known for his outrageous antics and drunken public appearances, (Dickey) is said to have shouted out in the crowded theater, ‘Kill the son of a bitch!’ at the moment Lewis aims his fatal arrow,” Harkins wrote. “And then ‘Hot damn’ once the arrow found its mark.”

Many years later, Ned Beatty, the actor in the famous rape scene wrote an editorial for the New York Times called “Suppose Men Feared Rape.”

“‘Squeal like a pig.’ How many times has that been shouted, said or whispered to me since then?” wrote Beatty, who, according to Atlanta’s Creative Loafing would reply, “When was the last time you got kicked by an old man?”

Beatty wrote the editorial amid the outcry of 1989’s high-profile Central Park jogger rape case, and offered his experience with the snide catcalls, Creative Loafing reported.

“Somewhere between their shouts and my threats lies a kernel of truth about how men feel about rape,” he wrote. “My guess is, we want to be distanced from it. Our last choice would be to identify with the victim. If we felt we could truly be victims of rape, that fear would be a better deterrent than the death penalty.”

The Shock in Rabun County, Georgia

The rape of Ned Beatty’s character was easily the most memorable scene in the film, and, needless to say, many of the residents in Rabun County who were interviewed after the movie was released were less than thrilled.

“Resentment grew even while the film was being made,” Harkins wrote. “As word of how the mountaineers were being portrayed spread, (James Dickey’s son) Christopher Dickey, who was staying with his family in a low-budget motel and had more contact with the local residents acting or working on the set than did Boorman and the lead actors staying in chalets at a nearby golf resort, began to fear for his safety. Shaped by a century of media depictions of brutally violent mountaineers, he worried that some ‘real mountain men’ with ‘real guns’ might ‘teach some of these movie people a lesson.’”

Although many people in the region still bristle at the movie’s portrayal of locals as ignorant hillbillies, there were some major benefits to the book and film.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out. Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book.”

Both helped create the more than $20 million rafting and outdoor sports industry along the Chattooga River in North Georgia.

In 2012, the national media descended on Rabun County again when reporters quickly learned the film’s 40th anniversary was going to be celebrated during the Chattooga River Festival.

“The movie, ‘Deliverance’ made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here,” CNN reported in 2012.

Rabun County Commissioner Stanley “Butch” Darnell told the media he was disgusted by the way the region was depicted in the film.

“We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies,” he told CNN. “That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people.”

“There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again,” he added.

The news media interviewed everyone, including Rabun County resident Billy Redden, who as a teen was asked to play the “Banjo boy” in the film.

“I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie,” Redden, who still lives in Rabun County and works at Walmart, told CNN in 2012. “It’s not like it’s real.”

The Rabun County Convention and Visitor’s Bureau also pointed out that tourism brings in more than $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget was about $17 million at the time.

Several local businesses embraced the 2012 festival including the owners of the Tallulah Gorge Grill.

The Tallulah Gorge is the very gorge that Jon Voight climbed out of near the end of the 1972 film and the owners of the Tallulah Gorge Grill wanted to celebrate that milestone.

“It is hard to believe that 40 years have passed since this movie first brought fame to the Northeast Georgia Mountains,” Tanya Jacobson-Smith wrote on the grill’s website promoting the festival. “Much has happened over the years here in Rabun County Georgia and around the world. Some good, some bad. Some still believe the movie was a poor portrayal of this county and it’s people. Other’s believe it is at least part of what has helped this region survive.”

Both thoughts are justified, Jacobson-Smith wrote.

“When ‘Deliverance’ was released in 1972, it was for many outside the community their first introduction to the beauty of the Blue Ridge Mountains, and the ways of the people living and working in their shadow,” she wrote. “Many of us (myself included) saw the breathtaking beauty of this area for the first time via the big screen. We caught a glimpse into the lives of the people who inhabit this place, some good and some not so good. There are those who believe that ‘Deliverance’ made the mountain people seem ‘backwards, uneducated, scary, and even deviant.’ I believe there were also many who, like myself, saw a people of great strength, caring and compassion. A community knit together by hardship, sharing and caring for each other and willing to help anyone who came along.”

She wrote that, as in any community, if people look hard enough and thoroughly examine its residents, they will find some bad, but most often they will find “a greater good that outshines the bad.”

“That is certainly the case here in the Northeast Georgia Mountains,” she wrote. “Most importantly ‘Deliverance’ introduced the world to the natural beauty of this mountain region, the unforgettable sounds of the Appalachian music and the wild excitement of river rafting. Drawn here by what they saw on the big screen, tourists flocked to the area to see and experience for themselves the good things they had seen in the movie.”

As a result, tourists filled hotels and campgrounds to capacity, tasted the local fare in restaurants and cafes and discovered the thrill of swimming in, or paddling on, the state’s beautiful rivers and lakes.

“Forty years later, people from all over the world still come to this area to experience the beauty and simplicity of mountain living,” she wrote. “It is here in these beautiful mountains that ‘strangers’ find a vibrant community of lifelong residents and newcomers, working together to maintain a quality of life that has been lost in much of today’s world.”

Over the years, Rabun County and surrounding North Georgia communities have embraced these changes. Some parts of the area have become a playground for high-end homeowners with multi-million-dollar lakefront property.

But there was also some growing pains.

Thousands of “suburbanites” flocked to the river in search of whitewater thrills and exhibited what author Anthony Harkins calls “the Deliverance syndrome.”

These individuals showed the “same lack of respect and reverence for the river that the characters in the film had displayed,” Harkins wrote, adding “to the shame of local guides, some even would make pig squeals when they reached the section of the river where the rape scene had been filmed.”

Some of those individuals paid a price.

“Seventeen people drowned on the river between 1972 and 1975, most with excessive blood-alcohol levels, until new regulations were imposed when the river was officially designated Wild and Scenic in 1974,” Harkins wrote.

Ironically, some people like to point out that “Deliverance” author James Dickey tried to warn people prior to his death in 1997 about their need to respect the rivers located in the mountains of North Georgia.

“That river doesn’t care about you. It’ll knock your brains out,” Dickey told the Associated Press in 1973. “Most of the people going up there don’t know about whitewater rivers. They are just out for a lark, just like those characters in ‘Deliverance.’ They wouldn’t have gone up there if I hadn’t written the book. There’s nothing I can do about it. I can’t patrol the river. But it just makes me feel awful.”

Voir aussi:

40 years later, ‘Deliverance’ still draws tourists, stereotypes
Rich Phillips
CNN
June 23, 2012

One look at the landscape and you know why people come here — running white water, along a portion of the Appalachian Trail.

This is Rabun County, Georgia. It was the residents’ own best-kept secret until the world discovered it by way of a 1972 movie.

The movie, « Deliverance, » made tourist dollars flow into the area, but there was one memorable, horrifying male rape scene that lasted a little more than four minutes, but has lasted 40 years inside the hearts and minds of the people who live here.
Locals say the film painted the county’s residents as deviant, uneducated mountain folk.
« We were portrayed as ignorant, backward, scary, deviant, redneck hillbillies, » said Rabun County Commissioner Stanley « Butch » Darnell.
« That stuck with us through all these years and in fact that was probably furthest from the truth. These people up here are a very caring, lovely people. »
This weekend, the film’s 40th anniversary will be celebrated at the Chattooga River Festival. A re-release of the iconic film on Blu-ray by Warner Home Video will play at the local drive-in on Saturday.
The film tells the story of four big-city guys who take a drive up to northern Georgia to canoe the white water of the Chattooga River that separates Georgia from South Carolina. It’s remembered for the dueling banjo scene at the beginning of the film, where one man, played by Ronnie Cox, plays a duet with a local teen, who is portrayed as inbred and mentally challenged.
« Dueling banjos, of course, was iconic, but then there’s the rape scene, too, » Cox said. « And for a lot of people it became a tough pill to swallow.
« Some people, I think they missed the artistic essence of it (the film), the value of it. »
But it’s the rape scene that seems to dominate any conversation about the film.
« You were in the middle of the Bible Belt, the biggest thing we had gong back then is we had square dancing at the Mountain City Playhouse, » said Darnell, the county commissioner.
But many people, like Billy Redden, say the local folks should put this behind them. The 40th anniversary means a lot to him. He’s 56 now, but 40 years ago, he was a student who was asked to play the « Banjo boy » after the film’s producers found him on a visit to his high school.
« I don’t think it should bother them. I think they just need to start realizing that it’s just a movie. It’s not like it’s real, » said Redden, who still lives in Rabun County.
But despite any negative stereotypes, the Rabun County Convention and Visitor’s Bureau says more than a quarter-million people flock to the area each year to shoot the same rapids they saw come to life on the big screen.
« It essentially started the white-water rafting industry in the Southeast,  » said Larry Mashburn, who owns Southeastern Expeditions, a rafting company.
County officials say tourism brings in $42 million a year in revenue, which makes for a huge surplus for a county whose operating budget is about $17 million. These days, the county has an 80% high school graduation rate, and its average home price is more than $300,000.
« It’s allowed us to do things with our education system, with all these different services that we offer, we could not have offered, » Darnell said.
The area has become a playground for high-end homeowners with lakefront property in the multimillion-dollar range on places like Lake Burton, which has 62 miles of shoreline.
« Once people come to Rabun County, they don’t want to leave, » said Debra Butler, a real estate agent. « This is a lifestyle that you have here. It’s a way of life. ‘Deliverance’ depicts a backwoods, inbred kind of community. That is not Rabun County. »
Indeed, downtown shops and art galleries convey an image far from anything portrayed in the 1972 film. Jeanne Kronsoble’s Main Street Gallery in Clayton shows off a wide range of contemporary folk artists, many self-taught. She’s been open for 28 years.
« I became interested in contemporary folk art because of the things I’d seen up here, » she said. « When people build houses and they come here, they need art on their walls. »
Most believe « Deliverance » got it all started.
But despite this prosperity, the 40-year pain has managed to hang on, because so many people saw a fictional film. « There are lots of people in Rabun County that would be just as happy if they never heard the word, ‘Deliverance’ again, » Darnell said.
Voir également:

Revisiting Deliverance
The Sunbelt South, the 1970s Masculinity Crisis, and the Emergence of the Redneck Nightmare Genre
Isabel Machado
June 19, 2017

1Introduction

On May 1, 2013, Vice President Joe Biden delivered the keynote speech at the Voices Against Violence event in Washington, D.C. Even though the VP had written the 1994 Violence Against Women Act, and therefore had the authority to speak about the subject, he decided to add a clumsy personal touch to his address:

You often hear men say, “Why don’t they just leave?” [. . .] And I ask them, how many of you seen the movie Deliverance? And every man will raise his hand. And I’ll say, what’s the one scene you remember in Deliverance? And every man here knows exactly what scene to think of. And I’ll say, “After those guys tied that one guy in that tree and raped him, man raped him, in that film. Why didn’t the guy go to the sheriff? What would you have done? “Well, I’d go back home get my gun. I’d come back and find him.” Why wouldn’t you go to the sheriff? Why? Well, the reason why is they are ashamed. They are embarrassed. I say, why do you think so many women that get raped, so many don’t report it? They don’t want to get raped again by the system.1

The plot of Deliverance (1972) is relatively simple and so familiar that the vice president of the United States used it as shorthand to convey the humiliation and horror of sexual assault in the celebration of the anniversary of an institution dedicated to help victims of domestic abuse. (In the film, four middle-class suburban men paddle down the Cahulawassee River to explore the Georgia Mountains’ wilderness before it is flooded by the construction of a dam. Their adventure turns into a nightmare when they come across two “inbred hillbillies” and one of the canoeists is violently raped. In order to survive the southern “heart of darkness,” the suburbanites must give in to their primal instincts and break a series of laws and moral codes.) But what exactly does Vice Pres. Biden’s reference to the film mean? Is Deliverance a story about survivalism? An ecological cautionary tale? An allegory of the rise of the Sunbelt? A thinly veiled homoerotic fantasy?

Since its release, the film has provoked passionate critiques, inspired different analyses, and has become a cult phenomenon. The imagery, stereotypes, and symbols produced by the film still inform popular perceptions of the US South, even by those who have never actually watched it. Readings of Deliverance have tended to privilege one particular interpretation, failing to fully grasp its relevance. The movie is a rich cultural text that provides historians with multiple ways to analyze the South, particularly concepts such as southern identity and masculinity.

What makes a film an important, iconic, cultural text? It is not simply a matter of popularity at the moment of its release. Deliverance premiered in New York on July 30, 1972, and was quite successful that year, but so were Deep Throat and What’s Up Doc? And it did not even closely approach the box office numbers achieved by The Godfather. The Blaxsploitation classic Super Fly (1972) premiered the same week and, by August 9, had made $145,000. Deliverance earned almost a third of that, making $45,023.2 The initial Variety review described it as a “heavy” and uneven version of a novel that would “divide audiences, making promotion a major challenge” for Warner Brothers.3 The two New York Times critics who reviewed Deliverance appear to have watched different films. Although Vincent Canby had some kind words about the film’s cinematography and performances, he calls it a “an action melodrama that doesn’t trust its action to speak louder than words.” Stephen Farber, however, saw an “uncompromising adventure movie” that “also happens to be the most stunning piece of moviemaking released this year.”4

This essay argues that an important cultural text needs to fulfill three criteria: 1) It reinforces or reworks ideas, images, and stereotypes of the past. 2) It captures the sociocultural spirit and anxieties of the present. And 3) it leaves a legacy that informs future representations. Deliverance accomplishes all of those. It dialogues with past representations of underclass white southerners; reflects and questions the historical moment in which it was produced and consumed; and, to this day, affects the way the region and its inhabitants are perceived and depicted. It can be read as a reflection of the reconfiguration of southern identity during the rise of the Sunbelt, but also as an expression of the perceived masculinity crisis of the 1970s. In addition, although other, more positive images of working-class white southerners were also emerging in the 1970s, the “ redneck nightmare” trope popularized by Deliverance became iconic and enduring.5

In general, studies of the South in film tend to either focus on a specific period and analyze how a particular set of films represent certain views or ideas, or to survey a larger time frame and show how images and perceptions have changed.6 This article proposes instead to analyze a single film, trying to glean from it the sociocultural climate of the period in which it was produced and consumed. Yet, it also connects Deliverance with past stereotypes, archetypes, and discourses, while considering how it affected future representations of underclass white southerners. It is not the objective of this study, however, to argue that this was the only portrayal of the South in celluloid in that period. Other contemporary texts presented very different images of the region.7

2The South as “Other”

In his seminal 1985 article about horror movies, film critic Robin Wood discusses how “the Other” in those texts has to be rejected and eliminated or rendered safe by assimilation. Wood contends that Otherness “functions not simply as something external to the culture or to the self, but also as what is repressed (but never destroyed) in the self and projected outwards in order to be hated and disowned.”8 He uses the depictions of Native Americans and white settlers in classical Westerns as examples of this process. Yet, strong parallels also exist in relation to representations of the South.

Scholars from different disciplines have demonstrated how the South and southerners have played the fundamental role of the “Other” in the establishment of an elevated national identity. Historian James Cobb has pointed out that the tendency to compare South and North “and to see the latter as the normative standard for the entire nation” can be dated at least as far back as to the earliest days of US independence.9 Geographer David R Jansson sees this process as “internal orientalism.”10 Film critic Godfrey Cheshire places Hollywood in the role of colonizer, while Southern Cultures editor Larry Griffin argues that there are as many different “Americas” as there are “Souths,” therefore, we need to question why a particular paradigm is chosen and think about the implications of that choice.11 In “The Quest for the Central Theme in Southern History,” David L. Smiley, suggests: “Perhaps a more fruitful question for students of the American South would be not what the South is or has been, but why the idea of the South began, and how it came to be accepted as axiomatic among Americans.”12 The same advice can also be applied to analyses of representations of Dixie in popular culture.

The stigmatization of a group as “the Other” always implies a relation of power.13 The negotiation of power in Deliverance happens not only on an interregional level, but also between classes. The new, educated, and “redeemed” Sunbelt white South needed to construct its own “Other.” In the post–civil rights era, African Americans, the other “Others,” seemed to be off limits. Hence, what better demographic group to serve this function than the historically stigmatized poor white southerners?14

3The Exoticization of “Poor White Trash”

They are “crackers,” “hillbillies,” and especially “rednecks,”‑all pejoratives bestowed by representatives of a long succession of southern hegemonies, then consumed and broadcast by Yankees who share hegemonic understanding and control communications media.15

Poor white trash, not a nickel in my jeans
Poor white trash, don’t know what lovin’ means
Poor white trash, never had no fun
Poor white trash, ain’t got no one.
In the swamp I live, in the swamp I die.
For poor white trash no one will cry.
16

Underclass southern whites complicate our understanding of US racial dynamics by challenging two important concepts: white supremacy and white privilege. The novel Deliverance describes the North Georgia region as “the country of the nine-fingered people.”17 James Dickey’s son, Christopher, says that this is “because there’s so much inbreeding and so many bad accidents (in the region) that everybody’s missing something.”18 In the film’s DVD audio commentary, director John Boorman notes that the people he encountered in the Georgia Mountains were “all hillbillies” whose “notorious” inbreeding he maladroitly explains: “The reason, I discovered up there, is that these are the descendants of white people who married Indians, and they were then ostracized by the Indians and the whites, and so they had to turn in on themselves, and this strange, hostile, inward-looking group grew up around that history. And you can see, in some of those people’s faces, traces of the Indian.”19 Although it is unclear where the director got this information, he is inadvertently employing the same rationale used to stigmatize and oppress underclass white southerners in the past.

Even prior to the Civil War, abolitionists and proslavery groups portrayed poor southern whites as people outside of a respectable white society.20 Both Harriet Beecher Stowe’s A Key to Uncle Tom’s Cabin (1854) and white supremacist Daniel R. Hundley’s Social Relations in Our Southern States (1860) have chapters entitled “Poor White Trash.” Stowe believed that slavery not only corrupted the “black working classes,” but also produced “a poor white population as degraded and brutal as ever existed in any of the most crowded districts of Europe.” She notes that this “inconceivably brutal” group of whites resemble “some blind, savage monster, which, when aroused, tramples heedlessly over everything in its way.”21Hundley sees underclass southern whites as the “laziest two-legged animals that walk erect on the face of the Earth” whose appearance was: lank, lean, angular, and bony, with . . . sallow complexion, awkward manners, and a natural stupidity or dullness of intellect that almost surpasses belief.”22 The focus on the appearance of poor whites is indicative of the association between poverty and physical deformity and the tendency to see poor whites as practically an inferior race. This rationale allowed southerners to ignore the structural barriers to upward mobility in a slave society. Hunley blames “bad blood” and not the “peculiar institution” for the degeneracy of poor whites.23

In 1926 Arthur H. Estabrook and Ivan E. McDougle published Mongrel Virginians: The Win Tribe, which examined a mixed-population group in the Blue Ridge Mountains of Western Virginia, not all that far from Deliverance country.24 According to Eastabrook and McDougle, “the white folks look down on them, as do the negroes, and this, with their dark skin color, has caused segregation from the general community.”25 As we have seen, Deliverance director John Boorman gave a similar explanation to the strange appearance of the people he used as extras in his film.

The general acceptance of eugenics laws and involuntary sterilization in the early twentieth century informed public perception of poor whites as potentially dangerous.26 Yet, the stigmatization of underclass whites also had some relatively positive outcomes. In 1909 John D. Rockefeller Sr. granted $1,000,000 to the creation of the Rockefeller Sanitary Commission for the Eradication of Hookworm Disease. Although they did not necessarily represent underclass southern whites negatively, hookworm crusaders provided one more instance in which this group of people would be perceived as a socially marginal “Other.”27 During the New Deal, another benevolent stereotype of underclass white southerners captured the country’s imagination as Rexford Tugwell instructed Roy Striker “to tell people about the lower third‑how ill-fed, ill-clothed and ill-housed they are.”28 In the hands of talented Farm Securities Administration (FSA) photographers like Walker Evans, Dorothea Lange, and Arthur Rothstein, southern tenants and sharecroppers were transformed into icons of New Deal populism, but the headlines accompanying the powerful images highlighted their exoticism: “Poverty’s Prisoners,” “Uncensored Views of Sharecroppers’ Misery,” or “Is This America?”29

Social realism in the US was not only manifested in the FSA photographs. The Depression also generated socially engaged literature, also known as “sharecropper realism,” which offered dignified depictions of southern sharecroppers.30 At the same time, however, poor southern whites were popularized by a different set of novels: the Southern Gothic literary tradition, which influenced the perception of poor white southerners not only on the printed page, but also on movie screens.31 It can be argued that the work of Flannery O’Connor, Erskine Caldwell, William Faulkner, Carson McCullers, among others, provided a more direct antecedent for the redneck nightmare genre.

These images, archetypes, and stereotypes, some dating back to the nineteenth century, have served as a template for the haunting images of the mountain people in Deliverance. The “creepy banjo boy” played by Billy Redden provides one of the most iconic images of the film. The scene is praised in the Variety review as a “very touching banjo and giutar [sic] duet between [Ronnie] Cox and a retarded.”32 According to J. W. Williamson, some of the local people “felt queasy about the filming of Mrs. Webb’s retarded granddaughter and the use of Billy Redden, who played the inbred banjoist.”33 Redden was a special-education student at the time of the shooting who would later enjoy the status of a local celebrity, having his picture taken with tourists and even resuming his “Hollywood career” three decades later by making a cameo playing banjo on Tim Burton’s Big Fish (2003).34 Much has been said about the “authenticity” of the scene, but little attention has been paid to the fact that the character is described in a second draft of film’s screenplay as “probably a half-wit, likely from a family inbred to the point of imbecility and Albinism.”35 Redden’s “face was powdered and his head was shaven for the part” to accentuate his exoticism.36 In the audio commentary over the scene with Mrs. Webb and her grandchild, director John Boorman states: “Look at this character now, this woman, look, the way they live there, that was just absolutely how it was. No set up in any way. It was just us peering through a window with a camera.”37 He ignores the process of pre-production that selected people and locations that fit the screenplay’s descriptions, the ideas and ambiance the filmmakers wanted to convey, and their assumptions about underclass rural southerners.

Ellen Glasgow criticized the Southern Gothic School for its exclusive focus on negative aspects of life in the South and for presenting its Gothic elements as pseudo-realism.38 Similar criticism has been made of Deliverance’s portrayal of the Georgia mountain folk. Former mayor of Clayton, Georgia, Edward Cannon Norton, told the Atlanta Journal-Constitution in 1990 that he “despises Deliverance” for the way it depicted his people, noting the film is “too filthy” and it “pictures us as a sorry lot of people.” S. K. Graham, who wrote the article quoting Mr. Norton, also notes that the film “played to every stereotype the mountaineers have tried to live down.”39

4A Sunbelt Allegory?

The “rise of the Sunbelt” brought Dixie economic and political power, creating a need for the reconfiguration of the traditional North vs. South identity dynamic. World War II government defense spending led to an impressive economic development of the region. The New South economy and the migration of people and jobs below the Mason-Dixon line produced rapid urbanization and industrialization, contributing to the rise of education and income levels and an upheaval to the system of racial segregation.40

Nevertheless, as Bruce J. Schulman has argued, the process that transformed the US South from the Cotton Belt to the Sunbelt did not affect the whole section equally: the Sunbelt had its “shadows.” In the decades that produced this drastic change, the coexistence of extreme poverty and prosperity led commentators to criticize the moniker.41 Federal intervention, Schulman notes, “ignited growth at the top,” neglecting “the poverty smoldering at the bottom.” Southern politicians and elites used their influence and supported federal programs for industrial development and agricultural subsidies, while opposing welfare programs.42 Therefore, the Sunbelt did not shine equally to everyone. In the 1970s as the New South reconstructed the image of a region “too busy to hate,” uneducated, underclass whites represented an unredeemed link to the section’s troublesome past. As Christopher Dickey notes, Deliverance “played with the tension between the new South and the old South. The new South was Atlanta. The old South up in the mountains was a whole different world. You didn’t have to drive far to hit it.”43

Jimmy Carter’s inauguration seemed to affirm the acceptance of the New South into the national fold.44 In 1976, the year Carter took office, a captivating representation of the southern redneck conquered the nation when Burt Reynolds’s Bo “Bandit” Darville charmed audiences in Smokey and the Bandit and a number of subsequent “Good Ol’ Boy” movies. Yet, Reynolds’s charming outlaws were not the only images of working-class white southern masculinity to emerge in that decade. If the 1970s delivered films and television series that presented southern white working-class men as charming rebels, it also solidified the image of a degenerate “race” of underclass southern whites, marking the rise of the redneck nightmare movie. Unlike previous films that associated southern evilness with racism, redneck nightmare films generally ignored the social context in which these terrifying “natives” exist. There is no reason why they are the way they are, and their deviance appears to be something congenital or fostered by the evil environment they inhabit. Early prototypes of the subgenre include the adaptation of William Faulkner’s Sanctuary (1931), The Story of Temple Drake (1933) and the exploitation cult classic Two Thousand Maniacs! (1964). The subgenre is solidified in the 1970s with films such as Easy Rider (1969), Deliverance (1972), Texas Chainsaw Massacre (1974), Macon County Line (1974), and Southern Comfort (1981).

Derek Nystrom argues that Hollywood’s white working-class southern men in the 1970s can only be understood in the context of the Sunbelt industrialization and urbanization. Nystrom analyzes the “move from redneck to the good ole boy” in representations of white working-class southern masculinity, placing Deliverance as a precursor to what he calls the “southern cycle” or as “an allegory of the Sunbelt’s rise.”45 Along with the transfer of economic and political power to the region, the rise of the Sunbelt also meant a shift from the unionized North to the antiunion South, a process that also contributed to the rise of the New Right. According to Nystrom, the role of class identity in the film’s “allegorical structure” must be considered in order to fully understand “the social history” of its production, identifying Deliverance as a key part of the period’s “larger cultural rearticulation of the South.” His analysis explains the “good ol’ boy” movies, but by placing Deliverance as an anomaly he obscures the film’s true legacy. Boorman’s film actually engendered a host of similar texts, affecting the way that poor southern whites are portrayed and represented.

Deliverance is a complex text, created by skillful artists, which complicates any easy reading of it as just a product of Sunbelt sociocultural angst. Although it has undoubtedly contributed to the stigmatization of underclass southern whites, it refuses to make the suburbanite protagonists the heroes of the story. The film’s opening sequence makes it very clear who attacks first. Lewis (Burt Reynolds) tells his companions that after the dam is built “there ain’t gon’ be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake. . . . You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape.46 We’re gonna rape it.” It can be argued, then, that the suburban Sunbelt is violating the wilderness and the “savage locals” are only retaliating. The plot also does not make it clear if the canoers’ actions are based on actual threat. Nevertheless, by producing the ultimate emasculating humiliation in the harrowing homosexual rape scene, the film essentially justifies any act of violence committed by its protagonists. When Christopher asked his father why was that scene in the story, James Dickey replied he “had to put the moral weight of murder on the suburbanites.”47

Although Deliverance refuses to have straightforward heroes and villains, the film’s publicity material clearly establishes with whom the audience should identify. Here is how the theatrical trailer introduces the characters: “These are the men, nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. . . . These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead they sought the river.”48 Although the trailer proposes a more generically suburban identity for the protagonists, the film does not shy away from their “southerness.” A few years before the symbol had been reconfigured to symbolize carefree rebelliousness in good ol’ boy movies and television series, Lewis drives a car with a Confederate flag license plate. The trailer emphasizes the canoers’ middle-class suburban identity and contrasts them with the local rednecks, but it also makes it very clear that these are “men,” these are “guys.”

5Anxieties Over Masculinity

A few weeks after the film’s release, Life published an article about Jon Voight’s participation in Deliverance. The article has four images of the actor on the set. One larger, dominant image shows Voight climbing a cliff and describes the actor’s “nerve” to shoot the scene without a double. The smaller, central, picture shows him and Reynolds wrestling in the river and discusses their on-screen rivalry, noting how both men “pride themselves in being athletic.” The image on the lower right side shows “a dramatic white-water scene from the film.” The other small image, however, seems slightly out of place. It is a photo of Voight “relaxing with Marcheline Bertrand, the gentle, storybook pretty girl” he had recently married.49 Marcheline’s lovely, peaceful smile contrasts with the other images of intense male action. She is there to comfort her man. She presents no threat to his masculinity. And she is obviously not a part of the men’s sphere. If after some unforeseeable catastrophe that article were the only surviving artifact left of the 1970s, future investigators would have a hard time guessing that women were agitating for equality and against the patriarchy in the 1970s.50

Suburbanization and a pattern of domesticated consumer-oriented masculinity emerged by the 1950s, spawning the notion that US masculinity was in crisis. The social movements of the 1960s intensified that process, and by the 1970s a rhetoric proposing the emasculation of the white male was consolidated.51 The three cores of masculine identity‑breadwinning, soldiering, and heterosexuality‑were no longer guaranteed.52 Women started to gain prominence in the public sphere and to demand equal rights.53 As Steve Estes notes, the civil rights and Black Power movements defied the exclusion of African American males “from claiming their stake in American manhood.”54 The Gay Liberation movement defied heterosexual normalcy, counterculture challenged moral standards and family “values,” and the antiwar movement questioned the military service.55

These radical changes inspired the emergence of scientific, academic, and popular literature trying to deal with the perceived emasculation of American men. Magazines catering to this distressed male audience grew popular in the 1970s. A good example of this rhetoric in action is the advertisement for the revamped TRUE magazine: “One word describes the new TRUE magazine: MACHO. The honest-to-God American MAN deserves a magazine sans naked cuties, Dr. Spock philosophies, foppish, gutless ‘unisex’ pap, and platform shoes.” The ad advocates for the liberation the American male from the “sterile couches of pedantic psychiatrists” and from “the frivolous skirts of libbers.”56 In 1974 Ann Steinmann and David J. Fox published The Male Dilemma: How to Survive the Sexual Revolution. The book tries to find solutions for the crisis faced by American men in a rapidly changing society, in which for every gain made by women, “there is a corresponding loss of male power and prestige.”57 Sexual ambivalence, the authors argued, was affecting every aspect of men’s lives. Steinmann and Fox denounced the “highly mechanized, highly specialized society of the midcentury” in which males’ physical strength, individual expression, and moral codes are not appreciated, compromising their manhood.58 Furthermore, they contend, this world in which “the once clear-cut distinctions that separated men from women in their sexual and social roles have began to blur and break down” was not only detrimental to men. It caused constant marital conflict, venereal disease epidemics, “soaring” divorce and illegitimacy rates, and “the less identifiable atmosphere of object love, of sex for sex’s sake.”59

Deliverance is a crucial text to consider these issues, not only because of the onscreen story, but also because of how it was promoted, discussed, and criticized upon its release. Much of the film’s publicity revolved around the personalities of the men involved in its production. The set of Deliverance was a man’s world. According to Christopher Dickey, “It was like the whole film was becoming some kind of macho gamble in which each man had to prove he could take the risks the characters were running.”60 In promotional materials and interviews, cast members often complimented each other’s manly attributes: There are constant praises to Burt Reynolds’ physicality, Jon Voight’s courage and focus, and director John Boorman’s pushing them all to their limits. James Dickey’s persona also provided an important subtext for the film’s reception. Part suburbanite, part rugged outdoorsman, he was, according various commentators, a combination of the four protagonists’ qualities and defects. The Atlanta Journal-Constitution refers to him as “an almost mythical macho man in the Hemingway mold.”61 While describing the men involved in the picture, the documentary promo for the film’s release exudes testosterone. Dickey is as a man who “leaves his imprint on everything, and everybody he meets.” An accomplished college professor, he is “one of the major American poets of his generation” but also someone who has a “striking physical presence,” with the authority conferred by personal experience to write about “raging white water in a frail canoe, or hunting deer with a bow and arrow in the wilderness.” In the promo, Boorman compliments Reynolds’s “magnificent physique” and Dickey raves about the cast: “All I can say about these actors, Burt Reynolds and Jon Voight, and Ned Beatty and Ronny Cox is that every one of them’s got more guts than a burglar.” Even the film’s production is portrayed as a battle of wills between two powerful dominant males: the director and the author/screenwriter. Boorman describes his relationship with Dickey as “turbulent,” but boasts that he maintained his ground: “I can say that I went fifteen rounds with a champ and I’m still on my feet.”62 There were even rumors that they actually engaged in a fistfight that left the director with a broken nose and minus four teeth.63 The intense level of competition and conflict resolution through homosocial bonding was an important subtext in both the film’s plot and publicity.

In the 1970s, Joan Mellen assessed gender in US cinema with two influential books: Women and Their Sexuality in the New Film (1974) and Big Bad Wolves: Masculinity in the American Cinema (1977). Her work shows how Deliverance was already considered an important text for understanding gender and sexuality shortly after its release. Mellen sees the disappearance of women from 1970s films as a punishment for their new demands and gains and as a reflection of “the belief that a relationship of equals would lead to male impotence.”64 Ultimately she reads the film through a logic of repressed homosexual desire, saying that rape scene was “exciting because it evoked an act they would willingly perform on each other were they not so repressed and alienated by the false accouterments of civilization.”65 Yet, the assumption that class and location affect men’s ability to express their sexual desires is latent in her analysis. Mellen mentions “cultures where male physical feeling does not impair masculine identity” without providing any concrete examples, but also describes the suburbanites’ attackers as “two rural degenerates, men primitive enough to act out those forbidden sexual impulses ‘civilized’ men like our heroes deflect into more acceptable manifestations such as hunting and contact sports.”66 Interestingly, she does not mention the regional identity of the characters, talking about them in terms of archetypes of American masculinity or in psychoanalytical terms by interpreting the story as a reflection of repressed desires projected into the “ghoulish hillbillies” (or the men’s “id”), concluding that the film is a “Freudian fable of the dangers of our instinctual life.” Robert Armour provides a similar reading in “Deliverance: Four Variations of the American Adam” (1973), noting that violence of nature and raw sexual instincts are familiar to the “hillbillies,” for whom “sexual acts satisfy natural urges, whether they are committed with a man, woman, cousin, or pig.”67 The film worked so well because for contemporary readers and critics, the role of the “exotic southern Other” was confined to the rural, underclass whites, which meant they could identify with the Atlanta suburbanites.

Stephen Farber’s reading of Deliverance’s depiction of masculinity contrasts sharply with Mellen’s. The New York Times critic sees it as “a devastating critique of machismo.” He compares Deliverance to Sam Peckinpah’s Straw Dogs (1971), noting that “the heroes of both movies are decent, rather fastidious men forced to confront the violent nature in themselves.” Yet, he argues that whereas Peckinpah “clings to the code of the Old West, implying that in a savage world a baptism of blood is the first step to becoming a man,” Boorman makes “a sardonic comment against the sportsman mystique.” Farber concludes that Deliverance “is a major work, important for the artistic vision it brings to the urgent question of understanding and redefining masculinity.”68 Although Farber and Mellen have different opinions about the movie and come to different conclusions about its representation of masculinity, they both reveal how the film resonated with 1970s audiences and critics trying to deal with a “masculinity crisis.”

6The Legacy

Trying to establish a film’s popularity through box office figures and reviews alone can be tricky. It is possible to establish if it was widely seen or favorably reviewed, but that does not necessarily tell us who related to the film or how. What makes Deliverance such a relevant text is that it helped establish a subgenre (and a few tropes) in US cinema; it had a lasting impact on the people, the region, and even objects related to it; and it still serves as shorthand for poor white, and especially southern, scary backwardness and degeneracy.

Deliverance premiered on August 11, 1972, at the Atlanta International Film Festival. At 2:00 p.m. the following day a “Deliverance Seminar” was held.69 The Atlanta Journal-Constitution’s review was not exactly raving. Howell Raines called it a “peacock of a movie‑beautiful and proud, but rendered faintly ridiculous by an inflated sense of its own importance.” Raines praised the film’s action and photography, but was less impressed by its philosophical pretention. Nevertheless, he calls it the “most anxiously awaited film here since Gone with the Wind,” noting that more than 1,750 tickets were sold for its first local showing.70 Georgia’s governor, Jimmy Carter, along with the Atlanta’s vice mayor, Maynard Jackson, attended the screening. Also in attendance were James Dickey, Burt Reynolds (who came in a Playboy private airplane), and Hollywood director Otto Preminger. Reynolds was made honorary citizen of Atlanta at the event.71 Deliverance received the festival’s top award, the Golden Phoenix Best of the Festival prize. It also grabbed Best Director, Best Actor (Jon Voight), Best Supporting Actor (Ned Beatty), and Best Editor (Tom Priest).72 It then set in motion four decades of film production in Georgia. For the fiscal year of 2011 alone, the impact of that industry for the state’s economy was $2.4 billion.73 The movie made Burt Reynolds a bankable star, rescued Jon Voight’s career, and introduced two great theater performers to the movie screen: Ned Beatty and Ronny Cox.

Despite all that success, according to Christopher Dickey, “the book appeared in the stores in the summer of 1970 and quickly became a bestseller. The next summer, it was made into a movie with Jon Voight and Burt Reynolds. And after that, nothing good was the same.”74 Deliverance has left an ambiguous legacy to the region it made infamous. Environmental historian Timothy Silver notes that the film’s success “spawned a boom in tourism that inevitably led to overdevelopment, pollution, and a host of other environmental problems within the Chattooga watershed.”75 Only 7,600 people had floated down the Chattooga River in 1972. That number almost tripled the following year and reached an astounding 67,784 in 1989.76 The death of twenty-two rafters following the film’s release made the US Forest Services heighten safety restrictions in the area, but rafting has become the cornerstone of the region’s tourism industry.

Doug Woodward, a technical advisor on the set, who later founded Southeastern Expedition, notes that there was some strife in the relationship between cast and crew and the locals. He recalls that when the film’s producers returned to a previously selected location, the owner of the property told them, “I just read the book and you’re not shooting that filthy story on my place!”77 The Rabun County Board of Commissioners, Stan Darnell, had mixed feelings about the film. Referring to the infamous rape scene he remarks: “Everybody up here was kind of up in arms. They didn’t expect that one scene to be in there. But we got the rafting industry, and quite a few other movies came here and helped real estate, and other businesses around.”78 An Atlanta Journal-Constitution piece celebrating the twentieth anniversary of the novel explored this ambiguous legacy, noting that the movie had a positive effect on the region’s economy, boosting its tourism and putting it on the map for future film productions, while stigmatizing the local population. George Reynolds, a folklorist and music teacher who worked in the area, contends that the film affected the way that the people of the region perceived themselves, and how they “perceived the way the world sees them.”79

According to The New Encyclopedia of Southern Culture, “Deliverance has powerfully shaped national perceptions of Appalachia, the South, and indeed all people and places perceived as ‘backwoods.’”80 It has done so, in no small part, by ushering in a host of similar films inaugurating a new subgenre in Hollywood and independent US cinema.81 Although the redneck nightmare subgenre has antecedents that go as far back as the 1930s, it can be argued that Deliverance established its “semantic and syntactic” elements.82 It has been spoofed, parodied, and referenced in countless movies, TV shows, and cartoons since its release.

Furthermore, references to the film still serve as shorthand for poor white (especially southern) backwardness and degeneracy. On September 18, 2013, The Daily Show presented a sketch about a land dispute on the Georgia-Tennessee border. The clichéd piece interviewed “ignorant hillbillies” and ridiculed them for a quick laugh. When “reporter” Al Madrigal makes a silly Honey Boo Boo joke, one of the interviewees, Dade County, Georgia, executive chairman Ted Rumley tells him the issue is not “something to joke about.” The segment then cuts to five seconds of Deliverance footage with the voice over: “And we all know what happens to funny city people in rural Georgia.” No context is given. No introduction is made. Five seconds of the movie are enough to provide the joke’s punch line.83

One of the most interesting anecdotes about the film’s international appeal comes from anthropologist Jim Birckhead, who studies popular media and minority group identity, focusing on both Appalachia and Aboriginal Australia. Birckhead watched a play in the Australian Outback that had a vignette about southern snake handling, performed by the Wagga Wagga theater company. When the cast and crew realized that he was a “specialist” on the topic, they asked him if snake handlers are “inbred like Deliverance.” After inquiring where the play’s director and cast got information to build their characters, he finds out that they did not find actual literature on Holiness people, but rather relied on media representation of mountain people, especially Deliverance, which “conjured up for them lurid images of bizarre, grotesque, inbred ‘hillbillies.’”84

Deliverance seems to be a curse and a blessing to everyone and everything involved with it. It brought money and tourism to the region, but it also caused ecological problems and the death of several people who tried to emulate the film’s stars. It brought James Dickey fame and fortune but, according to his son, it also caused great personal and emotional damage to him and his family. It simultaneously popularized and stigmatized banjo music.85 And it helped create a fascination with (and prejudices against) poor, rural southern whites. Maybe that is quite fitting for a story that seemed to condemn while being inescapably part of a complicated moment in American history. President Jimmy Carter, who was the governor of the state made infamous by the feature summarized it well: “It’s pretty rough. But it’s good for Georgia . . . I hope.”86

A short documentary film on Deliverance from 1972, which includes footage of James Dickey and John Boorman discussing the film. Directed by Ronald Saland, written by Jay Anson, photographed by Marcel Brockman and Morris Cruodo, and edited by Welater Hess. A Professional Films/Robbins Nest Production

Isabel Machado is a Brazilian historian currently living in Monterrey, Mexico, while writing her PhD dissertation for the University of Memphis. Her two master’s‑in history (University of South Alabama) and film studies (University of Iowa)‑provided her the interdisciplinary lens through which she approaches cultural history. Her current research uses Mardi Gras as a vehicle for understanding social and cultural changes in Mobile, Alabama, in the second half of the twentieth century. On her breaks from academic work she directed documentaries that also explored her fascination with, and affection for, the US South, where she lived for most of the thirteen years she spent in the United States. Her film Rootsy Hip: Hip-Hop Alabama Folk (2009) is a portrait of struggling musicians in Mobile, Alabama, and a meditation on what it means to be a white young man who makes quintessentially African American music in the South. Grand Fugue on the Art of Gumbo (2011) uses Eugene Walter’s radio broadcasts as narration and takes a peek at the ingredients that compose the Gulf Coast and its signature cuisine.

Notes

  • A Portuguese version of this article will be published simultaneously by the academic journal O Olha da Historia (Brazil).
    1. “Dueling Banjos: Joe Biden Talks about ‘Man Rape’ in Deliverance.” Filmed May 2013. YouTube video, 1:36. Posted May 2013. http://www.youtube.com/watch?v=BSszgkaWMwY.
    2. “50 Top‑Grossing Films [Week ending August 9].” Variety, August 16, 1972, 11. It should be noted that even though Deliverance was released five days earlier, while Super Fly opened in two theaters, Deliverance was screened in only one that first week. “‘Fat City’ Fat Start 31G; ‘Deliverance’ Delivers Big First Days in NY; Nixon Spoof, Self‑Sold, Watched,” Variety, August 2, 1972, 8.
    3. “Deliverance,” Variety, July 19, 1972, 14.
    4. Stephen Farber, “Deliverance‑How It Delivers,” New York Times, August 20, 1972.
    5. “Redneck nightmare” films are those in which a person, or a group of people, travel to or through the US South and have dreadful things done to them by monstrous “natives.” For more on the definition and contextualization of the redneck nightmare subgenre/cycle see: Isabel Machado dos Santos Wildberger, “The Redneck Nightmare Film Genre: How and Why the South of Moonshine and Inbred Maniacs Replaced the South of Moonlight and Magnolias in Popular Imagination” (MA Thesis, University of South Alabama, 2013).
    6. For studies that follow the former approach, see Allison Graham, Framing the South: Hollywood, Television, and Race during the Civil Rights Struggle (Baltimore: John Hopkins University Press, 2001), Karen L. Cox, Dreaming of Dixie: How the South Was Created in American Popular Culture (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 2011), and articles in Deborah E. Barker and Kathryn McKee eds., American Cinema and the Southern Imaginary (Athens: University of Georgia Press, 2011). For examples of the latter, see Edward Campbell Jr., The Celluloid South: Hollywood and the Southern Myth (Knoxville: University of Tennessee Press, 1981), Warren French, ed., The South and Film (Jackson: University Press of Mississippi, 1981), Jack Temple Kirby, Media‑Made Dixie: The South in the American Imagination (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 1978), Larry Langman and David Ebner, eds., Hollywood’s Image of the South: A Century of Southern Films (Westport, Connecticut: Greenwood Press, 2001).
    7. Peter Applebome has contended that the country, and Hollywood in particular, “has Ping‑Ponged between views of the South as a hellhole of poverty, torment, and depravity and as an American Eden of tradition, strength, and grace.” This is an interesting analogy, but only if we disregard the fact that negative and positive images of the section tend to historically coexist rather that alternate. Tara McPherson might be closer to the mark when she notes that there seems to be a recurring “cultural schizophrenia about the South” in popular culture. See Peter Applebome, Dixie Rising: How the South Is Shaping American Values, Politics, and Culture (San Diego: Harcourt Brace, 1997), 11; Tara McPherson, Reconstructing Dixie: Race, Gender, and Nostalgia in the Imagined South (Durham: Duke University Press, 2003) 3.
    8. Robin Wood, “An Introduction to the American Horror Film,” in Movies and Methods Volume II, ed. Bill Nichols (Berkeley: University of California Press, 1985), 199.
    9. James C. Cobb, Away Down South: A History of Southern Identity (New York: Oxford University Press, 2005), 4.
    10. David R. Jansson, “Internal Orientalism in America: W. J. Cash’s The Mind of the South and the Spatial Construction of American National Identity,” Political Geography, vol. 22 (March 2003), 293‑316.
    11. Larry J. Griffin, “Southern Distinctiveness, Yet Again, or, Why America Still Needs the South,” Southern Cultures 6, no. 3 (2000): 47‑72. 68.
    12. David L Smiley, “The Quest for the Central Theme in Southern History,” in The New South, volume 2 of Major Problems in the History of the American South: Documents and Essays, ed. Paul D. Escott et al. (Boston: Houghton Mifflin, 1999), 18.
    13. J. F. Staszak, “Other/Otherness,” in International Encyclopedia of Human Geography, eds. Rob Kitchin and Nigel Thrift (Oxford: Elsevier, 2009), 43‑44.
    14. See Matt Wray, Not Quite White: White Trash and the Boundaries of Whiteness (Durham: Duke University Press, 2006).
    15. Jack Temple Kirby, The Countercultural South (Athens: University of Georgia Press, 1995), 56.
    16. This song is from the re‑edited version of the film Bayou, directed by Harold Daniels (1957). In 1961 the movie was revamped with more nudity and violence along with a prologue featuring a banjo player singing this tune. This new version was re‑baptized Poor White Trash. See https://youtu.be/H2ZFPW5Cm6s.
    17. James Dickey, Deliverance (Boston: Houghton Mifflin, 1970), 56.
    18. Christopher Dickey, Summer of Deliverance (New York: Touchstone, 1999), 164.
    19. John Boorman, audio commentary, Deliverance, directed by John Boorman (1972; Burbank, CA: Warner Home Video, 2007), DVD.
    20. Wray, Not Quite White, 48.
    21. Harriet Beecher Stowe, The Key to Uncle Tom’s Cabin (London: Clarke, Beeton, and Co., 1853), 365, 368.
    22. Daniel Robinson Hundley, Social Relations in Our Southern States (New York: Henry B. Price, 1860), 264
    23. Hunley contends that unlike the noble Cavaliers, the “thrifty Middle classes,” or “useful Yeomanry,” the poor white trash were descended from the “paupers and convicts whom Great Britain sent over to her faithful Virginia,” and of “indentured servants who were transported in great numbers from the mother country, or who followed their masters, the Cavaliers and Huguenots.” See Hundley, 264–65.
    24. Arthur H. Estabrook and Ivan E. McDougle, Mongrel Virginians: The Win Tribe (Baltimore: Williams & Wilkins Co., 1926).
    25. Wray, Not Quite White, 82
    26. Mongrel Virginians denunciation of the “degenerative” nature of interracial families helped justify stricter antimiscegenation marriage legislation, such as the Virginia Racial Integrity Act (1924), throughout the South. Interracial marriage had already been outlawed in Virginia since 1691, but what the new act added was a definition of whiteness. For more on this subject, see Gregory Michael Dorr, “Racial Integrity Laws of the 1920s,” in Encyclopedia Virginia, ed. Brendan Wolfe (Virginia Foundation for the Humanities, 2011), http://www.EncyclopediaVirginia.org/Racial_Integrity_Laws_of_the_1920s.
    27. By the turn of the twentieth century, there were estimates that least 40 percent of southerners, mostly poor whites, were infected with the hookworm parasite. See Thomas Waisley, “Public Health Programs in Early Twentieth-Century Louisiana,” Louisiana History: The Journal of the Louisiana Historical Association, 41, no. 1 (Winter, 2000), 41; William J. Cooper and Thomas E. Terril, The American South: A History, vol. 2, rev. ed. (New York: Rowman & Littlefield Publishers, 2009), 613.
    28. Tugwell was the director of the Resettlement Administration at the Information Division of the Agricultural Adjustment Administration, and Striker was chief of the Historical Section of the Information Division of the Resettlement Administration. See Richard D. MacCann, The People’s Films: A Political History of US Government Motion Pictures (New York: Hastings House Publishers, 1973), 60.
    29. Stuart Kidd, “FSA Photographers and the Southern Underclass, 1935–1943,” in Reading Southern Poverty Between the Wars, 1918–1939, ed. Richard Godden and Martin Crawford (Athens: University of Georgia Press, 2006).
    30. It includes works such as Edith Summers Kelly’s Weeds (1923) and Henry Kroll’s The Cabin in the Cotton (1931). See Jack Temple Kirby, The Countercultural South (Athens: University of Georgia Press, 1995).
    31. O’Connor’s work only had one major feature adaptation, John Huston’s Wise Blood (1979), but there were several adaptations of Faulkner’s fiction. The work of Erskine Caldwell has arguably generated some of the greatest sources of poor white southerner stereotypes. Two contemporary adaptations of well-known novels, directed by the same acclaimed Hollywood director, provide a good example of the impact of the southern gothic tradition of the portrayal of underclass southern whites. The Grapes of Wrath (1940) and Tobacco Road (1941) were both directed by John Ford, but the representations of the Joads and the Lesters could not be more contrasting; while the Okie family is dignified, the Georgia sharecroppers are a collection of hillbilly stereotypes.
    32. “Deliverance,” Variety, July 19, 1972, 14.
    33. J. W. Williamson, Hillbillyland: What the Movies Did to the Mountains and What the Mountains Did to the Movies (Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1995), 195.
    34. Redden was also featured in a number of fortieth anniversary articles on Deliverance. See Rich Philips, “40 years later, Deliverance still draws tourists, stereotypes,” CNN.com, June 22, 2012, http://www.cnn.com/2012/06/22/us/deliverance-40-years/index.html?iref=allsearch; Charles Bethea, “Mountain Men: An Oral History of Deliverance,” Atlanta Magazine, September 01, 2011, http://www.atlantamagazine.com/great-reads/deliverance/.
    35. James Dickey, Deliverance, Screenplay Second Draft (January 11, 1971), 13. http://www.dailyscript.com/scripts/deliverance.pdf.
    36. S. Keith Graham, “Twenty Years after Deliverance: A Tale of a Mixed Blessing for Rabun County,” Atlanta Journal-Constitution, March 18, 1990, M4.
    37. Deliverance, directed by John Boorman (1972; Burbank, CA: Warner Home Video, 2007), DVD.
    38. Ellen Glasgow, “Heroes and Monsters,” Saturday Review of Literature, May 4, 1934, 4.
    39. Graham, M4.
    40. Robert P. Steed, Lawrence W. Moreland, and Tod A. Baker, eds., The Disappearing South? Studies in Regional Change and Continuity (Tuscaloosa: University of Alabama Press, 1990), 125.
    41. See Bruce J. Schulman, From Cotton South to Sunbelt: Federal Policy, Economic Development, and the Transformation of the South, 19381980 (New York: Oxford University Press, 1991) and Randall M. Miller and George E. Pozzetta, Shades of the Sunbelt: Essays on Ethnicity, Race, and the Urban South (New York: Greenwood Press, 1988).
    42. Schulman, From Cotton South to Sunbelt, 180.
    43. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 170.
    44. Jack Temple Kirby relates Carter’s political success to “the redemption of the white masses from pity and from racism.” See Kirby, Media-Made Dixie: The South in the American Imagination, 170.
    45. Derek Nystrom, Hard Hats, Rednecks, and Macho Men: Class in 1970s American Cinema (New York: Oxford University Press, 2009), 57.
    46. This association of the landscape with a violated body mirrors a previous scene in the screenplay (which did not make it to the final film), where Lewis calls Atlanta “that old whore.” See Deliverance, Boorman, and James Dickey, Deliverance, Screenplay Second Draft.
    47. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 180.
    48. Deliverance Theatrical Trailer, in Deliverance, Boorman.
    49. Joan Downs, “Ascent of a Reluctant Winner,” Life, August 15, 1972, 44.
    50. As an interesting side note: The same issue has an article about chess champion Bobby Fischer with the subhead, “The news from Reyjavik is that the Big Bad Wolf of chess has turned into Little Red Riding Hood.” See Brad Darrach, “Can This Be Bobby Fischer?,” Life, August 15, 1972, 42.
    51. K. Michael Prince, “Neoconfederates in the Basement: The League of the South and the Crusade against Southern Emasculation,” in White Masculinity in the Recent South, ed. Trent Watts (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 2008), 235.
    52. Robert O. Self shows how the shift from “breadwinner liberalism” to “breadwinner conservatism,” a reaction to the gains made by nonwhites, women, and gay men and lesbians, would lead to a discourse of the defense of family values that would fuel the rise of the New Right and Religious Right. See Robert O. Self, All in the Family: The Realignment of American Democracy Since the 1960s (New York: Hill and Wang, 2012).
    53. Michael Kimmel, Manhood in America: A Cultural History (New York: Free Press, 1996), 262.
    54. Steve Estes shows that the relationship between white southern masculinity and sexual control was manifested in their violence against black men, which usually had sexual undertones, and that challenges to segregation also fueled male anxieties. See Steve Estes, “A Question of Honor: Masculinity and Massive Resistance to Integration” in White Masculinity in the Recent South, ed. Trent Watts (Baton Rouge: Louisiana State University Press, 2008), 111.
    55. See Kimmel, Manhood in America; Self, All in the Family.
    56. Kimmel, Manhood in America, 332n29.
    57. Ann Steinmann and David J. Fox, The Male Dilemma: How to Survive the Sexual Revolution (New York: Jason Aronson, 1974), ix.
    58. Steinmann and Fox, The Male Dilemma, 6.
    59. Steinmann and Fox, The Male Dilemma, 9.
    60. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 182.
    61. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    62. Ronald Saland, The Dangerous World of Deliverance (short promo documentary,1972), in Deliverance, Boorman.
    63. Oliver Lyttelton, “5 Things You Might Not Know about Deliverance, Released 40 Years Ago Today,” Indiewire, July 30, 2012, http://blogs.indiewire.com/theplaylist/5-things-you-might-not-know-about-deliverance-released-40-years-ago-today-20120730.
    64. Joan Mellen, Big Bad Wolves: Masculinity in American Film (New York: Pantheon, 1977), 311.
    65. Mellen, Big Bad Wolves, 320
    66. Mellen, Big Bad Wolves, 318
    67. Robert Armour, “Deliverance: Four Variations of the American Adam,” Literature Film Quarterly 1, no. 3 (July 1973), 280–82.
    68. Farber, “Deliverance—How It Delivers.”
    69. Advertising for the festival on Atlanta Journal-Constitution, August 11, 1972.
    70. Howel Raines, “Deliverance—A Too-Proud Peacock,” Atlanta Journal-Constitution, August 20, 1972, 8-F.
    71. Sam Lucchese, “Burt Reynolds, Mister Nude, Flies to Atlanta (On Playboy’s Plane),” Variety, August 16, 1972, 7.
    72. It was also nominated for three Academy Awards: Best Picture, Best Director, and Best Film Editor in the 45th Annual Academy Awards (1973). Sam Lucchese, “Deliverance is Mostest of Bestest at Atlanta; Sounder and Tyson, Too,” Variety, August 23, 1972, 7. Scott Cain, “Deliverance Wins Top festival Prize,” Atlanta Journal-Constitution, August 20, 1972.
    73. Bethea, “Mountain Men.”
    74. Christopher Dickey, Summer of Deliverance, 14.
    75. Timothy Silver, “The Deliverance Factor,” Environmental History 12, no. 2 (April 2007), 371.
    76. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    77. Bethea, “Mountain Men.”
    78. Bethea, “Mountain Men.”
    79. Graham, “Twenty Years after Deliverance.”
    80. Emily Satterwhite, “Deliverance,” in Media, vol. 18 of The New Encyclopedia of Southern Culture, ed. Allison Graham and Sharon Monteith, (Chapel Hill: University of North Carolina Press), 233.
    81. See Wildberger, “The Redneck Nightmare Genre.”
    82. For film scholar Rick Altman, the analysis of a film genre is only complete once we consider both its semantic (iconic codes) and syntactic (narrative construction) elements. See Rick Altman, Film/Genre (London, BFI, 1999).
    83. “Georgia vs. Tennessee,” The Daily Show with Jon Stewart, September 18, 2013, http://www.cc.com/video-clips/4txix4/the-daily-show-with-jon-stewart-georgia-vs–tennessee.
    84. Jim Birkhead, “On Snakes and People,” in Images of the South: Constructing a Regional Culture on Film and Video, ed. Karl G. Heider (Athens: University of Georgia Press), 1993.
    85. Timothy Silver noted that on a visit to favorite breakfast stop in the Appalachian Mountains he spotted T-shirts for sale that read, “Paddle faster. I think I hear banjo music.” Different versions of the T-shirt can also be easily found online. See Silver, “The Deliverance Factor.”
    86. Satterwhite, “Deliverance.”

Voir encore:

40 years later, ‘Deliverance’ causes mixed feelings in Georgia
Cory Welles
Market place
August 22, 2012

Tess Vigeland: When big movies are filmed in small towns, they can pour money into the local economy. Crews need to be fed, housed, moved about and entertained. Productions need extras, and every once in awhile a local gets cast in a speaking part. Some movies even leave a footprint long after the cameras are gone. Santa Barbara Wine Country saw a huge influx of tourists after « Sideways. »

But not every production leaves a sweet taste in locals’ mouths. Film producer Cory Welles and director Kevin Walker decided to make a documentary about one such movie, and the people it portrayed. Cory filed this story about her own film, « The Deliverance of Rabun County. »


Cory Welles: The folks in Rabun County, Ga., put on the Chattooga River Festival this past June to encourage people to visit and take care of their river. But it wasn’t the moonshine tastin’ or banjo pickin’ that got me out to this lush, green mountainous part of the state. It was “Deliverance.”

The movie was shot on and around the Chattooga 40 years ago this year, and they were using that as the hook for the festival.  What Sarah Gillespie and others who helped put the event together didn’t count on was how it would split the community.

Sarah Gillespie: We had a commissioners meeting, and someone stood up and was very emotional — very real feelings — and said that the movie had ruined her life.

I heard stories of people being passed up for jobs because they came from Rabun County. And those negative images have been reinforced by 40 years of “Deliverance” jokes.

But not everyone around has bad feelings about “Deliverance.” And that includes Billy Redden, the backwoods-looking boy who played Dueling Banjos with Ronny Cox in the film. Billy’s 55 years old now, and he says “Deliverance” was the best thing that ever happened to him. But that doesn’t mean he saw much money from it.

Billy Redden: I’d like to have all the money I thought I’d make from this movie. I wouldn’t be working at Walmart right now. And I’m struggling really hard to make ends meet.

Billy didn’t make alot from “Deliverance,” but Rabun County did. Before the movie came out, the number of people who visited the Chattooga was in the hundreds. Afterwards, it was in the tens of thousands. Rafting is now a $20 million industry here and tourism is the area’s number one source of revenue.  So you can understand why the organizers of the Chattooga River Festival decided to highlight the film.

But you can also understand the objections.

Tammy Whitmire: A lot of people tried to talk me into supporting this and so they justified it and said, « Tammy, but it’s making money, it’s tourism, it’s bringing people to the county, why does it matter how they get here? »

Tammy Whitmire is a county official who’s lived in the area since she was nine and married a man whose family has been here for 15 generations. But she refused to support the Chatooga River Festival because of “Deliverance.”

Whitmire: As long as they get here and spend their money, and my thought to that particularly is, you know you’re gonna sell what are you selling, to get those few dollars? Is it worth a few dollars? For people around the world to think that’s what we are here? No. Or for me, it is not worth it.

But it’s more than just a few dollars. Then-governor Jimmy Carter established a film commission in Georgia after “Deliverance” came out.  And since then, the state’s become one of the top five production destinations in the U.S. And it’s not just movie money that’s been drawn to this part of the state, it’s people with money. These days, million-dollar vacation homes line the shores of the area’s lakes.

You can understand why city-folk might want to have a place in these parts. The Chattooga is beautiful — unbelievably beautiful. On a raft ride down the river, our guide pointed to a tree-lined bank and said “That’s where the rape scene was filmed!” And 40 years after “Deliverance” hit theaters, that’s still the issue: Can this gorgeous river and the disturbing scenes that were filmed here ever be separated? Do they need to be?

Sarah Gillespie: “Deliverance” is a significant part of our history, good or bad. It’s a significant part of the river’s history.  It was filmed here. Stereotypes are stereotypes — they’re in every single movie that you’ll see in your life.

For what it’s worth, my partner Kevin and I found the stereotypes to be anything but true. We met so many great people in Rabun County — especially Billy Redden, the “banjo boy.”

Redden: We’re not a bad people up here, we’re a loving people. Rabun County is a pretty good town. It’s peaceful, not a lot of crime going on, just a real peaceful town. Everybody pretty much gets along with everybody.

I’m Cory Welles for Marketplace.

Voir de plus:

Deliverance (1972)

Background

Deliverance (1972) is British director John Boorman’s gripping, absorbing action-adventure film about four suburban Atlanta businessmen friends who encounter disaster in a summer weekend’s river-canoeing trip. It was one of the first films with the theme of city-dwellers against the powerful forces of nature.

The exciting box-office hit, most remembered for its inspired banjo duel and the brutal, violent action (and sodomy scene), was based on James Dickey’s adaptation of his own 1970 best-selling novel (his first) of the same name – he contributed the screenplay and acted in a minor part as the town sheriff.

The stark, uncompromising film was nominated for three Academy Awards (Best Picture, Best Director, and Best Film Editing), but went away Oscar-less. The beautifully-photographed film, shot entirely on location (in northern Georgia’s Rabun County that is bisected by the Chattooga River), was the least-nominated film among the other Best Picture nominees. Ex-stuntman Burt Reynolds took the role of bow-and-arrow expert Lewis after it was turned down by James Stewart, Marlon Brando, and Henry Fonda on account of its on-location hazards.

The increasingly claustrophobic, downbeat film, shot in linear sequence along forty miles of a treacherous river, has been looked upon as a philosophical or mythical allegory of man’s psychological and grueling physical journey against adversity. It came during the 70s decade when many other conspiracy or corruption-related films were made with misgivings, paranoia or questioning of various societal institutions or subject areas, such as the media (i.e., Dog Day Afternoon (1975), Network (1976)), politics (i.e., The Parallax View (1974), All the President’s Men (1976)), science (i.e., Capricorn One (1977), Coma (1978), The China Syndrome (1979)), and various parts of the US itself (i.e., Race with the Devil (1975), The Hills Have Eyes (1977), and later Southern Comfort (1981)).

A group of urban dwellers test their manhood and courage, totally vulnerable in the alien wild, and pit themselves against the hostile violence of nature. At times, however, they are attracted to nature, and exhilarated and joyful about their experiences in the wild. (Director Boorman pursued the same complex eco-message theme of man vs. nature in other films, including Zardoz (1973) and The Emerald Forest (1985).) As they progress further and further along in uncharted territory down the rapids, the men ‘rape’ the untouched, virginal wilderness as they are themselves violated by the pristine wilderness and its degenerate, inbred backwoods inhabitants. Survivalist skills come to the forefront when civilized standards of decency and logic fail.

The film’s taglines were tantalizing:

      • « This is the weekend they didn’t play golf. »
      • « Where does the camping trip end…and the nightmare begin…? »
      • « What did happen on the Cahulawassee River?

The river is the potent personification of the complex, natural forces that propel men further and further along their paths. It tests their personal values, exhibiting the conflict between country and city, and accentuates what has been hidden or unrealized in civilized society. The adventurers vainly seek to be ‘delivered’ from the evil in their own hearts, and as in typical horror films, confront other-worldly forces in the deep woods. The flooding of the region after the completion of a dam construction project alludes to the purification and cleansing of the sins of the world by the Great Flood. The film was also interpreted as an allegory of the US’ involvement in the Vietnam War – as the men (the US military) intruded into a foreign world (Southeast Asia), and found it was raped or confronted by wild forces it couldn’t understand or control.

The Story


The film opens with voice-overs of the main characters discussing the « vanishing wilderness » and the corruption of modern civilization, while the credits play over views of the flooding of one of the last untamed stretches of land, and the imminent wiping out of the entire Cahulawassee River and the small town of Aintry.

[The film’s trailer provides details about the foursome: « These are the men. Nothing very unusual about them. Suburban guys like you or your neighbor. Nothing very unusual about them until they decided to spend one weekend canoeing down the Cahulawassee River. Ed Gentry – he runs an art service, his wife Martha has a boy Dean. Lewis Medlock has real estate interests, talks about resettling in New Zealand or Uruguay. Drew Ballinger – he’s sales supervisor for a soft drink company. Bobby Trippe – bachelor, insurance and mutual funds. These are the men who decided not to play golf that weekend. Instead, they sought the river. »]

The four characters include:

      • Lewis Medlock (Burt Reynolds), a bow-hunter and avowed, macho survivalist and outdoorsman
      • Bobby Trippe (Ned Beatty in his film debut), an overweight insurance salesman
      • Drew Ballinger (Ronny Cox in his film debut), a guitar player and sales supervisor
      • Ed Gentry (Jon Voight, a star actor due to his appearance in Midnight Cowboy (1969)), married, runs an art service

Lewis lectures his friends and anxiously bemoans the dam construction that will soon destroy the (‘damned’ or ‘dammed’) Cahulawassee River and town. He urges his friends to take a ride down the river before a man-made lake will forever flood it:

…because they’re buildin’ a dam across the Cahulawassee River. They’re gonna flood a whole valley, Bobby, that’s why. Dammit, they’re drownin’ the river…Just about the last wild, untamed, unpolluted, unf–ked up river in the South. Don’t you understand what I’m sayin’?…They’re gonna stop the river up. There ain’t gonna be no more river. There’s just gonna be a big, dead lake…You just push a little more power into Atlanta, a little more air-conditioners for your smug little suburb, and you know what’s gonna happen? We’re gonna rape this whole god-damned landscape. We’re gonna rape it.

His friends Bobby, Ed, and Drew label Lewis’ views as « extremist. » In voice-over, Lewis coaxes his three, soft city-slicker friends to join him for a weekend canoe trip down the Cahulawassee River – to pit themselves against the US wilderness. (The film’s major poster declared: « This is the weekend they didn’t play golf. ») They leave behind their business jobs and civilized values for their « last chance » to go back to unspoiled nature for a weekend of canoeing, hunting, and fishing, in northern Georgia’s scenic Appalachian wilderness.

Their two cars, Lewis’ International Scout 4 x 4 and Drew’s station wagon with canoes strapped on top, drive into the hillbilly wilderness to their odyssey’s starting point:

We’re gonna leave Friday, from Atlanta. I’m gonna have you back in your little suburban house in time to see the football game on Sunday afternoon. I know you’ll be back in time to see the pom-pom girls at halftime ’cause I know that’s all you care about…Yeah, there’s some people up there that ain’t never seen a town before, no bigger than Aintry anyway. And then those woods are real deep. The river’s inaccessible except at a couple of points…This is the last chance we got to see this river. You just wait till you feel that white-water under you, Bobby…I’ll have you in the water in an hour.

The first view of the city-dwelling buddies in the film occurs when the vehicles pull into a junk-littered, backwoods area that appears « evacuated already. » The men reveal more of their believable personalities by their reactions to the community of mountain folk they meet in this first scene:

      • the virile, dark-haired, dare-devil, savvy, somewhat repulsive leader Lewis (a patch on his jacket identifies him as the Co-captain of a skydiving group
      • the chubby-overweight, comical, middle-class salesman Bobby
      • the soft-spoken, decent, liberal and intellectually-minded, gentle, guitar-strumming Drew
      • and the thoughtful, complex, timid, mild-mannered, pipe-smoking, curious Ed

From behind a dilapidated, squalid shanty building, the first primitive hillbilly emerges, suspicious that they are from the power company. Lewis asks the old mountain man (Ed Ramey) about hiring him to drive their two cars to a point downstream at their landing point of Aintry:

Lewis: We want somebody to drive ’em down to Aintry for us.
Man: Hell, you’re crazy.
Lewis: No s–t. Hey, fill that one up with gas, huh, OK?

As the mountain man pumps gas, Bobby ridicules the strange man’s repulsive look:

Say, mister, I love the way you wear that hat.

He is told: « You don’t know nuthin’. » Possible drivers are suggested to Lewis for hire: « You might get the Griner Brothers…They live back over that way. »

One of the film’s highlights is a lively, captivating banjo duel of bluegrass music, « Dueling Banjos » (actual title « Feudin’ Banjos » – arranged and played by Eric Weissberg with guitarist Steve Mandell). [The song was authored by Arthur « Guitar Boogie » Smith in the 50s, and copyrighted by the Combine Music Corp.] Drew begins by playing chords on his guitar. A deformed, retarded, albino hillbilly youngster (Billy Redden) (on banjo) appears on the porch and answers him. Under his breath, Bobby criticizes the cretinous hillbilly boy: « Talk about genetic deficiencies. Isn’t that pitiful? » From behind him, one of the backwoods folks asks: « Who’s pickin’ a banjo here? » The impromptu song is played as a rousing challenge between the two. Toward its furious ending, Drew admits to the grinning boy: « I’m lost. » When Drew, seen as a suspicious stranger, compliments the moon-faced winner when they are done – « God damn, you play a mean banjo, » the mute, inbred, half-witted boy resumes his stony stare, turns his head sharply, and refuses to shake hands with the interloping foreigner. Drew is obviously disappointed that the boy ignores him.

As Lewis drives to the nearby Griner Bros. garage, he ridicules Bobby’s means of making a living – insurance sales, thereby tempting fate: « I’ve never been insured in my life. I don’t believe in insurance. There’s no risk. » In an edgy, volatile encounter, Lewis bargains firmly with one of the grimy, poverty-stricken Griner brothers (Seamon Glass and Randall Deal) to have them drive their vehicles to Aintry for $40 – and receives a second ominous warning about the hazardous river:

Griner: Canoe trip?
Lewis: That’s right, a canoe trip.
Griner: What the hell you wanna go f–k around with that river for?
Lewis: Because it’s there.
Griner: It’s there all right. You get in there and can’t get out, you’re gonna wish it wasn’t.

Ed fears that they have pushed too hard: « Listen, Lewis, let’s go back to town and play golf…Lewis, don’t play games with these people. » With Ed as his passenger, Lewis races his Bronco against the Griner’s pickup truck to the river’s launch point a few miles away through the dense woods – in his station wagon, Drew follows at a safe distance behind with Bobby. The reflections of leaves from the colorful canopy above shrouds and obscures a clear view of Ed and Lewis through the windshield – the jostling ride frightens Ed: « Lewis, you son-of-a-bitch, why do we have to go so god-damned fast?…Lewis, you’re gonna kill us both, you son-of-a-bitch, before we ever see any water. » When they reach the peaceful water’s edge, Lewis philosophically contemplates the view:

Sometimes you have to lose yourself before you can find anything…A couple more months, she’ll all be gone…from Aintry on up. One big dead lake.

They finally venture onto the river in two canoes: Drew with Ed, and Bobby with Lewis. Through the trees, they are observed at the water’s edge by the Griners – inhabitants of the area before ‘civilization’ took over. The neophyte canoers are unsure of their direction:

Bobby: Which way are we goin’, this way or that?
Lewis: I think, uh, downstream would be a good idea, don’t you? Drew – you and Bobby see some rocks, you yell out now, right?…
Bobby: Lewis, is this the way you get your rocks off?

At first, their encounter with the river and nature is peaceful and tranquil as they paddle along – on a sunny day. Above them on a cross-walk bridge high above the placid river, the banjo-playing lad silently but intently watches them – the camera shooting from Drew’s perspective. Before the first of many, increasingly-exciting sequences on the water, Lewis stands upright in the canoe and announces: « This gonna be fun! » They confront the twisting and turning white-water rapids of the swift-moving Chattooga River. They are exuberant and euphoric after victoriously navigating the challenging but not overwhelming wild-flowing water – under Lewis’ expert instruction. Bobby is thrilled about shooting the rapids:

That’s the best – the second best sensation I ever felt.

But Ed isn’t as certain: « Damn, I thought we bought the farm there, for a while. » Lewis reminisces about how it must have been for the original pioneers, while Bobby foolishes thinks they’ve masterfully beaten the river:

Lewis: The first explorers saw this country, saw it just like us.
Drew: I can imagine how they felt.
Bobby: Yeah, we beat it, didn’t we? Did we beat that?
Lewis: You don’t beat it. You don’t beat this river.

With a high-powered bow-and-arrow fishing rod, Lewis takes aim at a fish, misses and then warns:

Machines are gonna fail and the system’s gonna fail…then, survival. Who has the ability to survive? That’s the game – survive.

Lewis remarks that the mild-mannered, secure-in-life Ed has all the comforts of civilization, but does he know how to survive in the wild like a man? His implication to his companion is that only the strong survive:

Ed: Well, the system’s done all right by me.
Lewis: Oh yeah. You gotta nice job, you gotta a nice house, a nice wife, a nice kid.
Ed: You make that sound rather s–tty, Lewis.
Lewis: Why do you go on these trips with me, Ed?
Ed: I like my life, Lewis.
Lewis: Yeah, but why do you go on these trips with me?
Ed: You know, sometimes I wonder about that.

The comrades camp at night by the river’s edge, setting up tents, sitting around a campfire, listening to Drew’s guitar playing, drinking beer, and roasting a fish that Lewis has speared. Bobby expresses some appreciation for the virgin river and the wilderness surrounding it:

Bobby: It’s true, Lewis, what you said. There’s somethin’ in the woods and in the water that we have lost in the city.
Lewis: We didn’t lose it. We sold it.
Bobby: Well, I’ll say one thing for the system – the system did produce the air-mattress. Or as it’s better known among we camping types the instant broad. And if you fellows will excuse me, I’m gonna go be mean to my air mattress.

Tension is heightened when Lewis senses « something or someone » in the blackness of the night around them. The three tenderfoots criticize Lewis’ affinity to nature as he disappears to investigate: « He wants to be one with nature and he can’t hack it. » Ed drunkenly philosophizes about their isolation from the world:

No matter what disasters may occur in other parts of the world, or what petty little problems arise…, no one can find us up here.

The next morning after rising early, Ed takes his bow and arrow and stalks a deer – emulating his buddy. But his hands tremble at the moment of the arrow’s release toward a live animal, and the shot veers into a tree trunk. Drew sensitively comments: « I don’t understand how anyone could shoot an animal. » Ed later explains his reason for faltering: « I lost control psychologically. » No longer intoxicated by the thrill of the outdoors, Bobby complains about his mosquito bites: « I got eaten alive last night. My bites have got bites…I’m a salesman, Ed. » Further down the river, Ed and Bobby become separated from the other two behind them. They pull their canoe out of the river when they decide to rest in the thick wilderness next to it.

More threatening than the untamed river are two evil, violent, primitive, degenerate and hostile mountain men, a gay hillbilly (Bill McKinney) and a grizzly, toothless man (Herbert « Cowboy » Coward) armed with a 12 gauge double-barreled shotgun who suddenly appear from the woods and confront the intruders. [The wilderness isn’t populated with romantic survivalists or enobled, heroic characters as in adventure stories, but sadistic brutes.] The two inexperienced, naive adventurers, assuming that the menacing backwoodsmen (who are harrassing them) are hiding a still to manufacture bootleg whiskey, promise not to tell anyone where it is located. Even away from his urban citified element, Ed maintains an inappropriate decorum of decency and ineffectually calls the animalistic rednecks ‘gentlemen’:

Mountain Man: What the hell you think you’re doin’?
Ed: Headin’ down river. A little canoe trip, headin’ for Aintry.
Mountain Man: Aintry?
Bobby: Sure, this river only runs one way, captain, haven’t you heard?
Mountain Man: You ain’t never gonna get down to Ain-.
Ed: Well, why not?
Mountain Man: ‘Cause. This river don’t go to Aintry. You done taken a wrong turn. See uh, this here river don’t go nowhere near Aintry.
Bobby: Where does it go, then?
Mountain Man: Boy, you are a lost one, ain’t ya?
Bobby: Well, hell, I guess this river comes out somewhere, don’t it? That’s where we’re goin’. Somewhere. Look, we don’t want any trouble here.
Ed: If you gentlemen have a still near here, hell, that’s fine with us.
Bobby: Why sure. We’d never tell anybody where it is. You know somethin’, you’re right, we’re lost. We don’t know where in the hell we are.
Toothless Man: A still?
Bobby: Right, yeah. You’re makin’ some whiskey up here. We’ll buy some from ya, we could use it, couldn’t we?
Mountain Man: Do you know what you’re talkin’ about?
Ed: We don’t know what we’re talkin’ about, honestly we don’t.
Mountain Man: No, no. You said somethin’ about makin’ whiskey, right? Isn’t that what you said?
Ed: We don’t know what you’re doin’ and we don’t care. That’s none of our business.
Mountain Man: That’s right. It’s none of your god-damned business, right.
Ed: We got quite a long journey ahead of us, gentlemen.
Toothless Man: Hold it. You ain’t goin’ no damn wheres.
Ed: This is ridiculous.
Toothless Man: Hold it, or I’ll blow your guts out all over these woods.
Ed: Gentlemen, we can talk this thing over. What is it you require of us?


At shotgun point, in a nightmarish and frightening sequence, the two sexually-perverted rustics viciously target them. They order them up into the woods where they tie Ed (with his own belt) to a tree. The mountain man sexually humiliates Bobby – the chubby-faced, defenseless intruder into his territory. He forces the fat salesman to first strip down to his underwear.

After a degrading roll around in the dirt and up a steep, leaf-strewn hillside while fondling and groping his prey, the mountain man/rapist makes Bobby squeal like a female sow before sodomizing him. Strapped against a tree, Ed helplessly watches in horror:

Mountain Man: Now, let’s you just drop them pants.
Bobby: Drop?
Mountain Man: Just take ’em right off.
Bobby: I-I mean, what’s this all about?
Toothless Man: Don’t say anything, just do it.
Mountain Man: Just drop ’em, boy! (To Ed – at knifepoint) You ever had your balls cut off, you f–kin’ ape?
Bobby: Lord.
Mountain Man: Look at there, that’s sharp. I bet it’d shave a hair.
Toothless Man: Why don’t ya try it and see?
Bobby: Lord, lord. Deliver us from all.
Toothless Man (To Bobby): Pull off that little ol’ bitty shirt there, too. (To Mountain Man) Did he bleed?
Mountain Man: He bled. (To Bobby) Them panties, take ’em off. (After attacking him) Get up, boy. Come on, get on up there.
Bobby: No, no, no. Oh, no. No. Don’t.
Mountain Man: Hey boy. You look just like a hog.
Bobby: Don’t, don’t.
Mountain Man: Just like a hog. Come here, piggy, piggy, piggy. (Holding Bobby’s nose as he straddled him from behind) Come on, piggy, come on, piggy, come on, piggy, give me a ride, a ride. Hey, boy. Get up and give me a ride.
Bobby: All right.
Mountain Man: Get up and give me a ride, boy.
Bobby: All right. All right.
Mountain Man: Get up! Get up there!
Bobby: All right. (His underwear was pulled off) Oh no, no!
Mountain Man: Looks like we got us a sow here, instead of a boar.
Bobby: Don’t. Don’t.
Mountain Man: What’s the matter, boy? I bet you can squeal. I bet you can squeal like a pig. Let’s squeal. Squeal now. Squeal. (Bobby’s ear was pulled)
Bobby: Wheeeeeeeeeeeeeee!
Mountain Man: Squeal. Squeal louder. Louder. Louder, louder. Louder! Louder! Louder! Get down now, boy. There, get them britches down. That’s that. You can do better than that, boy. You can do better than that. Come on, squeal. Squeal.

Lewis and Drew silently paddle up and come upon the scene of brutalization. Meanwhile, the Toothless Man (with a bare-gummed sneer on his face) prepares to order Ed to perform fellatio upon him at gunpoint: « He’s got a real purty mouth, ain’t he? » With his bow and arrow, Lewis shoots and kills the Mountain Man with one arrow that is shot through his back and protrudes from his chest. The Toothless Man drops his shotgun and scurries away into the woods, as the Mountain Man staggers around with the arrow through his body – and then falls dead.

Nervously and dramatically, the outsider-tourists argue about what to do next – should they report the killing to the authorities or submerge the evidence in the ground?

Lewis: What are we gonna do with him?
Drew: There’s not but one thing to do. Take the body down to Aintry. Turn it over to the Highway Patrol. Tell ’em what happened.
Lewis: Tell ’em what exactly?
Drew: Just what happened. This is justifiable homicide if anything is. They were sexually assaulting two members of our party at gunpoint. Like you said, there was nothin’ else we could do.
Ed: Is he alive?
Lewis: Not now. Well, let’s get our heads together. (To vengeful Bobby) Come on now, let’s not do anything foolish. Does anybody know anything about the law?
Drew: Look, I-I was on jury duty once. It wasn’t a murder trial.
Lewis: A murder trial? Well, I don’t know the technical word for it, Drew, but I know this. You take this man down out of the mountains and turn him over to the Sheriff, there’s gonna be a trial all right, a trial by jury.
Drew: So what?
Lewis: We killed a man, Drew. Shot him in the back – a mountain man, a cracker. It gives us somethin’ to consider.
Drew: All right, consider it, we’re listenin’.
Lewis: S–t, all these people are related. I’d be god-damned if I’m gonna come back up here and stand trial with this man’s aunt and his uncle, maybe his momma and his daddy sittin’ in the jury box. What do you think, Bobby? (Bobby rushes at the corpse, but is restrained) How about you, Ed?
Ed: I don’t know. I really don’t know.
Drew: Now you listen, Lewis. I don’t know what you got in mind, but if you try to conceal this body, you’re settin’ yourself up for a murder charge. Now that much law I do know! This ain’t one of your f–kin’ games. You killed somebody. There he is!
Lewis: I see him, Drew. That’s right, I killed somebody. But you’re wrong if you don’t see this as a game…Dammit, we can get out of this thing without any questions asked. We get connected up with that body and the law, this thing gonna be hangin’ over us the rest of our lives. We gotta get rid of that guy!…Anywhere, everywhere, nowhere.
Drew: How do you know that other guy hasn’t already gone for the police?
Lewis: And what in the hell is he gonna tell ’em, Drew, what he did to Bobby?
Drew: Now why couldn’t he go get some other mountain men? Now why isn’t he gonna do that? You look around you, Lewis. He could be out there anywhere, watchin’ us right now. We ain’t gonna be so god-damned hard to follow draggin’ a corpse.
Lewis: You let me worry about that, Drew. You let me take care of that. You know what’s gonna be here? Right here? A lake – as far as you can see hundreds of feet deep. Hundreds of feet deep. Did you ever look out over a lake, think about something buried underneath it? Buried underneath it. Man, that’s about as buried as you can get.
Drew: Well, I am tellin’ you, Lewis, I don’t want any part of it.
Lewis: Well, you are part of it!
Drew: IT IS A MATTER OF THE LAW!
Lewis: The law? Ha! The law?! What law?! Where’s the law, Drew? Huh? You believe in democracy, don’t ya?
Drew: Yes, I do.
Lewis: Well then, we’ll take a vote. I’ll stand by it and so will you.

Under stress, the normal demeanor of the urban professionals becomes more primal and crazed. Drew persuasively argues that they must take the body with them and lawfully report the incident as self-defense (a « justifiable homicide ») to the police. Drew is outvoted when the decent, pipe-smoking Ed casts the decisive vote in the ‘democratic’ process – a consequential vote that Drew calls « the most important decision of your whole life…We’re gonna have to live with this for the rest of our lives. » Lewis’ viewpoint eventually wins out with Ed’s collaboration – they decide to bury the man without reporting the incident (fearing the vengeful local residents wouldn’t accept their explanation and would be antagonistic toward them in a local trial). They expect that the waters of the future dam site would keep the corpse a secret and cover up their own awful crime. They add another dead creature to the soon-to-be dead wilderness.

To prepare for the burial, Lewis pulls the arrow out of the chest of Bobby’s attacker. The foursome awkwardly carry the body to a chosen gravesite. In a frenzy, they dig a grave with their bare hands, animalistically scratching and clawing with their hands. The gravediggers place the Mountain Man and the shotgun in the shallow grave, but the body’s stubborn, outstretched arm won’t willingly remain buried under the soft earth.

In haste, the panicked quartet anxiously race to their canoes to « paddle on down to Aintry to get the cars and go home. » As they descend and approach more frightening rapids downriver, Drew has neglected to put on his lifejacket. He rises, shakes his dazed head, loses his balance, topples and pitches (or falls) forward into the rough water in some noisy, churned-up rapids and disappears under the surface – he doesn’t resurface. Ed’s wooden canoe hits a large boulder, capsizes, and splinters into two pieces. The second canoe collides with it and also capsizes. All of the men are catapulted and spilled into a vicious set of cascading water and carried downstream in the frothy white foam. Lewis suffers an excruciatingly-painful right thighbone compound fracture when he strikes some underwater rocks – he cries out: « My leg’s broke. » With viscera (bone and flesh) hanging out of his pant’s leg where the wound was sustained, Lewis conjectures that « Drew was shot » by « that toothless bastard. » Clutching his leg and screaming in agony, Lewis finds refuge on some jagged rocks on the shoreline next to the river where high cliffs overlook them. Drew’s damaged guitar floats by in the water, as Ed vainly calls out for his companion – his voice echoes throughout the gorge’s canyons.

They paranoically suspect that they are the targets of gunshots, fired by the murdered man’s buddy poised high atop the towering cliff above them (« he’s right up there »). Ed surmises that they are retaliatory targets: « He’s gonna try and kill us, too. If he killed Drew, he’s gonna have to kill us. » The three are trapped in a gorge, feeling like sitting ducks [filmed at Tallulah Gorge]. Now they are compelled to play the deadly ‘game’ of survival. Ed yells at the group’s self-proclaimed leader who has suffered a debilitating fate:

Ed: What are we gonna do, Lewis? You’re the guy with the answers. What the hell do we do now?
Lewis: Now you get to play the game.
Ed: Lewis, you’re wrong.

Bobby is reduced to a fearful, whimpering weakling, and Lewis is so seriously injured that his leg must be splinted with a canoe paddle. Alone, Ed must provide active leadership and guide his friends to safety and civilization. He becomes changed forever by the struggle to survive in the malevolent, backwoods world. In a daring scene, he scales the face of the sheer rock cliff within the gorge in the darkness, with a bow and arrow on his back, to end the threat of a rifleman that he suspects shot Drew. Hanging precariously, he glances at his wallet’s picture of his wife and child – but they slip from his grasp. He fears: « God damn it, you’re never gonna get out of this gorge alive! »

Exhausted by the torturous climb, he falls asleep at the top, waking to the early morning light and a silhouetted glimpse of an unidentified mountaineer with a Winchester Model 1892 lever-action repeating rifle. He presumes the figure is the toothless man bent on revenge. Ed’s hands shake as he aims his bow and arrow. At the same instant the arrow releases, he slips on the rocks and painfully falls on his side onto one of his own arrows – it pierces his side. It first looks like he has missed his target. The hillbilly with the rifle staggers over to shoot his wounded attacker from point-blank range, but then falls dead from the arrow protruding through his neck.

Ed frantically searches inside the man’s mouth to identify him but remains uncertain whether he is the toothless man. He hurls both his bow and the man’s shotgun into the river far below, and then slowly lowers the corpse down the gorge’s cliff face at the end of a rope. When he uses the rope to rappel down the cliff, the line snaps and he is tossed into the river with the corpse. He is almost drowned under the surface when he becomes entangled with both the line and the clinging dead man. To hide any possible clues of the unknown killer, he later weights down the body with rocks and sinks it into the river.

The three finish their journey (with the seriously-wounded Lewis lying on the floor of the canoe). They locate Drew’s lifeless, drowned body along the way, lodged against a boulder and a fallen tree with his disfigured arm twisted behind his head. They scour his body for evidence of bullet wounds [whether he was shot or not remains uncertain], and then are also compelled to dispose of his weighted body at the bottom of the river:

Bobby: What are you going to do with Drew?
Ed: If a bullet made this, there are people who can tell.
Bobby: Oh God, there’s no end to it. I didn’t really know him.
Ed: Drew was a good husband to his wife Linda and you were a wonderful father to your boys, Drew – Jimmie and Billie Ray. And if we come through this, I promise to do all I can for ’em. He was the best of us.
Bobby: Amen.

In the final, jostling leg of the journey, the sides of their aluminum canoe scrape and crash against the rocks, causing severe pain for the incapacitated Lewis. At last, they return to civilization at Aintry, marked by junked cars at the river’s edge. Bobby is jubilant at the sight of rusted hulks of cars:

We made it. We made it, Ed. We made it. We’re back, Ed.

Tenaciously insistent that they all have the same story, Ed manufactures an explanatory alibi for their entire weekend:

Ed: Everything happened right here. Lewis broke his leg in those rapids there, and Drew drowned here.
Bobby: No, nothin’ happened here.
Ed: Bobby, listen to me. We got to stop them from lookin’ up river. It’s important that we get together on this thing. Do you understand?…We’re not out of this yet.

At Aintry, Ed is stunned to discover that the Griner brothers delivered their cars as they had arranged. After phoning for help, both Lewis and Ed are taken away in an ambulance for medical attention. Even the simplest signs of civilization (paper tissues and hot water) are appreciated by Ed who is obviously overwhelmed by his experience. In a local boarding house where they are placed by country lawmen, Bobby and Ed are served a home-cooked meal that includes corn, and a conversation about « the darndest-looking cucumber you ever seen. »

But they do not tell the local law officers what has really happened to them, and deny having any encounters with hillbillies. Bobby is worried that their story isn’t holding together: « We’re in trouble. They don’t believe us. » Even though Bobby claims he « told ’em like we said, » Ed doesn’t believe that his cowardly pal is telling the truth. Their story (that both Lewis’ broken leg and Drew’s drowning occurred at the end of the trip) contradicts the discovery of their shattered wooden canoe upstream. At the river’s edge, a skeptical Deputy Queen (Macon McCalman) and suspicious Aintry County Sheriff Ed Bullard (James Dickey) report a missing hunter in the woods (related by marriage to Deputy Queen) from a couple of days earlier, but the officials have no proof and « nothin’ to hold them for. » The Sheriff knowingly responds with an omen of their gruesome secrets:

Let’s just wait and see what comes out of the river.

As Ed and Bobby are driven back into town to the County Memorial Hospital to visit Lewis, the taxicab driver (Pete Ware) confirms their own guilt-ridden hopes:

All this land’s gonna be covered with water. Best thing ever happened to this town.

To their relief, when Lewis regains consciousness in the hospital, he confirms their story by claiming: « I don’t remember nuthin’. Nuthin' ». Before they leave Aintry, the smiling, omniscient Sheriff asks a few more biting questions and then offers home-grown advice:

Sheriff: How come you all end up with four life jackets?
Bobby: Didn’t we have an extra one?
Ed: No, Drew wasn’t wearin’ his.
Sheriff: Well, how come he wasn’t wearin’ it?
Ed: I don’t know.
Sheriff: Don’t ever do nothin’ like this again. Don’t come back up here.
Bobby: You don’t have to worry about that, Sheriff.
Sheriff: I’d kinda like to see this town die peaceful.

Ed and Bobby agree to not see each other for a while. Returning home, Ed is ‘delivered’ from the malevolent horrors of nature and reunited with his wife (Belinda Beatty) and son (Charlie Boorman, the director’s son who played a major role in The Emerald Forest (1985)).

The final frightening image is of Ed, snapping awake next to his wife from a vivid nightmare of his journey. He is fearfully haunted by a white, bony hand (of the murdered Mountain Man) rising above the surface of the water of the newly-flooded wilderness. The man’s stiff, outstretched hand – pointing nowhere – serves as a signpost. Ed lies back in his wife’s arms – unable to rest and experience ‘deliverance’ from his recurring nightmare of their experience with extreme violence.

Voir enfin:

Easy Rider (1969)

Easy Rider (1969) is the late 1960s « road film » tale of a search for freedom (or the illusion of freedom) in a conformist and corrupt America, in the midst of paranoia, bigotry and violence. Released in the year of the Woodstock concert, and made in a year of two tragic assassinations (Robert Kennedy and Martin Luther King), the Vietnam War buildup and Nixon’s election, the tone of this ‘alternative’ film is remarkably downbeat and bleak, reflecting the collapse of the idealistic 60s. Easy Rider, one of the first films of its kind, was a ritualistic experience and viewed (often repeatedly) by youthful audiences in the late 1960s as a reflection of their realistic hopes of liberation and fears of the Establishment.

The iconographic, ‘buddy’ film, actually minimal in terms of its artistic merit and plot, is both memorialized as an image of the popular and historical culture of the time and a story of a contemporary but apocalyptic journey by two self-righteous, drug-fueled, anti-hero (or outlaw) bikers eastward through the American Southwest. Their trip to Mardi Gras in New Orleans takes them through limitless, untouched landscapes (icons such as Monument Valley), various towns, a hippie commune, and a graveyard (with hookers), but also through areas where local residents are increasingly narrow-minded and hateful of their long-haired freedom and use of drugs. The film’s title refers to their rootlessness and ride to make « easy » money; it is also slang for a pimp who makes his livelihood off the earnings of a prostitute. However, the film’s original title was The Loners.

[The names of the two main characters, Wyatt and Billy, suggest the two memorable Western outlaws Wyatt Earp and Billy the Kid – or ‘Wild Bill’ Hickcock. Rather than traveling westward on horses as the frontiersmen did, the two modern-day cowboys travel eastward from Los Angeles – the end of the traditional frontier – on decorated Harley-Davidson choppers on an epic journey into the unknown for the ‘American dream’.]

According to slogans on promotional posters, they were on a search:

A man went looking for America and couldn’t find it anywhere…

Their costumes combine traditional patriotic symbols with emblems of loneliness, criminality and alienation – the American flag, cowboy decorations, long-hair, and drugs.

Both Peter Fonda and Dennis Hopper co-starred, Fonda produced, and 32 year old Hopper directed (his first effort). [It was produced by B.B.S. (formed by Bob Rafelson – the director of Five Easy Pieces (1970), Bert Schneider, and Steve Blauner), already known for the groundbreaking, surrealistic Head (1968), a cult masterpiece that starred the Monkees (from the popular TV series) and was co-written by unemployed actor Jack Nicholson.] Fonda (as lead actor), Hopper (as uncredited second unit director), and Jack Nicholson (as screenwriter) had participated in director Roger Corman’s low-budget, definitive LSD film The Trip (1967) a few years earlier. And Fonda had also starred in Roger Corman’s and American International’s ground-breaking The Wild Angels (1966) – a biker’s tale about the ‘Hell’s Angels’. The first scenes to be shot were on grainy 16 mm. in New Orleans (during Mardi Gras) on a budget of $12,000, afterwards followed by funds for a total budget of $380,000.

This follow-up film to The Wild Angels (1966) premiered at the 1969 Cannes Film Festival and won the festival’s award for the Best Film by a new director. The film received two Academy Award nominations: Best Original Screenplay (co-authored by Peter Fonda, Dennis Hopper, and Terry Southern – known previously for scripting Stanley Kubrick’s Dr. Strangelove, or… (1964)), and Best Supporting Actor for Jack Nicholson in one of his earlier, widely-praised roles as a drunken young lawyer.

Easy Rider surprisingly, was an extremely successful, low-budget (under $400,000), counter-cultural, independent film for the alternative youth/cult market – one of the first of its kind that was an enormous financial success, grossing $40 million worldwide. Its story contained sex, drugs, casual violence, a sacrificial tale (with a shocking, u