Attentats Charlie hebdo/Hyper cacher: Nous étions israéliens et nous ne le savions pas (Israeli experts: If Europe won’t wiretap, they won’t know)

15 janvier, 2015

https://i2.wp.com/canal-supporters.com/wp-content/uploads/2015/01/Screen-Shot-2015-01-10-at-19.03.23.pnghttp://www.theyeshivaworld.com/wp-content/uploads/2015/01/dn.jpgMal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus
Nous devons révolutionner notre religion. Abd Al-Fattah Al-Sissi (28.12. 14)
Nous devons nous engager dans la promotion de réformes quand nécessaire, y compris une réinterprétation honnête et critique des écritures et de la charia, utilisées par les islamistes pour justifier la violence et l’oppression. (…) La théocratie est un échec prouvé. (…) Le chemin vers la justice et la réforme doit se faire à travers la liberté. Collectif d’intellectuels égyptiens
C’est l’islam aussi. En refusant de le reconnaître, les Occidentaux ne nous rendent pas service, à nous les musulmans démocrates. Car comment se battre si on n’identifie pas clairement l’ennemi? (…) Il faut qu’il aille plus loin. Qu’il explique qu’on ne peut continuer de tolérer que les juifs soient traités de singes et les chrétiens de cochons dans les mosquées égyptiennes. (…) Il est très important que le pouvoir politique donne l’exemple, car les grands centres théologiques comme l’université al-Azar ne bougeront que s’ils se sentent soutenus. Naser Khader (démocrate syro-danois)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Ceux qui affirment que Mahomet était pacifiste sont des menteurs et des incultes. Il a usé de la violence et l’a prêchée. Mohammed Bouyeri (assassin de Theo Van Gogh, 2 février 2006)
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. Anne-Marie Delcambre
Il est ironique et décourageant que beaucoup d’intellectuels occidentaux non-musulmans – qui prétendent sans cesse qu’ils soutiennent les droits de la personne – sont devenus des obstacles à la reforme de l’islam. Le politiquement correct parmi les Occidentaux empêche la critique non ambiguë de l’inhumanité de la charia. Ils trouvent des excuses socio-économiques ou politiques pour le terrorisme islamiste tels que la pauvreté, le colonialisme, la discrimination ou l’existence d’Israël. Quelle incitation peut-il y avoir pour que les musulmans exigent la réforme de leur religion quand les “progressistes” occidentaux préparent le terrain pour la barbarie islamiste? Tawfik Hamid
C’est à vous, théologiens et ecclésiastiques islamiques, de produire une charia qui soit acceptée par le monde islamique et qui enseigne que les juifs ne sont pas des porcs et des singes, que la guerre pour diffuser l’islam est inacceptable et que tuer les apostats est un crime. Un tel livre montrerait que l’islam est une religion de paix. Tawfik Hamid
Dans le monde moderne, même les ennemis de la raison ne peuvent être ennemis de la raison. Même les plus déraisonnables doivent être, d’une façon ou d’une autre, raisonnables. (…) En cohérence avec cette idée, les socialistes regardaient ce qui se passait outre-Rhin et refusaient simplement de croire que ces millions d’Allemands avaient adhéré à un mouvement politique dont les principes conjuguaient théories paranoïaques du complot, haines à glacer le sang, superstitions moyenâgeuses et appel au meurtre. Paul Berman (Terror and liberalism, 2001)
The progress of totalitarianism depends on and is inseparable from this kind of liberal naïveté. Without the cooperation of the Fellow Travelers with Stalin, without the French anti-war socialists in the case of Hitler, without the naïveté of any number of conservatives and democratic right-wingers in the case of a variety of fascists and Nazis, without the naïveté even of the United States with regard to Hitler straight through the 1930s, it would be inconceivable to imagine that these movements would have gotten very far. So it is a mistake to think of the totalitarian movements as isolated. They existed in a dynamic, and part of the dynamic is the liberal naïve unwillingness to recognize them as what they are. (…) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years. Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?” And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy. It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things. All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions. Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis. The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas. The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists. I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas. Paul Berman
S’il y a un retour aux années 1930, ce cliché qui diabolise les inquiétudes des gens, il est en fait dans l’endormissement des beaux esprits face au totalitarisme vert qui nous provoque. Leur même recherche de l’«apaisement» reproduit les erreurs des «pacifistes» d’hier devant le nazisme. Chez eux se recrutèrent bien des collaborateurs de Vichy. Or c’est cette même voie qu’empruntent les nigauds qui interdisent de prononcer les mots «islam» ou «immigration», de peur de «stigmatiser» une partie de la nouvelle société. Ceux-là sont prêts à se soumettre aux intimidations des fanatiques ou de leurs alliés plus présentables, en cédant sur la liberté d’expression. L’histoire de leur capitulation retiendra que la majorité des médias auront admis la décision d’i-Télé, fin décembre, d’obtempérer au PS qui réclamait la tête d’Éric Zemmour, pour plaire aux islamistes… La France va subir ce qu’endure Israël, cible de l’islam radical. Depuis l’attaque du commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) par un djihadiste, le 20 décembre, les initiatives individuelles s’accélèrent. Quand 7 000 compatriotes juifs quittent la France en 2014 pour éviter le danger islamiste, ils lancent une alerte et font comprendre qu’ils mettent en doute la protection de l’État. Ils ont leurs raisons, à en juger par le clientélisme socialiste qui affiche ses distances avec l’État hébreu: après le vote par les députés d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien, la France a appuyé à l’ONU la résolution palestinienne réclamant le retrait des «Territoires occupés». C’est Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui a confié en juillet 2014 qu’il aurait été parmi les manifestants propalestiniens s’il n’avait pas été ministre. C’est lors de ces démonstrations que furent criés: «Mort aux Juifs!» et que des synagogues furent prises pour cibles. La France fatiguée saura-t-elle résister à l’épreuve, qui veut la mettre à genoux? La réponse est assurément non, à considérer l’hébétude des dirigeants et la niaiserie de la gauche pyromane qui, après avoir encouragé le communautarisme, appelle à manifester dimanche contre les effets mortels de la fracture identitaire. Oser demander aux musulmans de France de se désolidariser de l’islam radical qui les caricature est considéré, par les roquets pleurnichards, comme une atteinte insupportable à leur dignité. Le délit d’islamophobie est davantage agité, par les dhimmis, que la judéophobie et la christianophobie qui tuent et poussent à l’exil. Ivan Rioufol
Paradoxal «effet Charlie»: le carnage de deux frères djihadistes contre l’hebdomadaire anarcho-satirique a amené la foule, dimanche, à applaudir les forces de l’ordre et à chanter La Marseillaise. La police et la nation, ces épouvantails à «anars», ont été plébiscitées par le peuple. Les Français, par leur mobilisation spontanée (près de quatre millions de personnes, partout dans le pays), ont mis un terme à quarante ans d’angélisme d’État et d’aveuglements médiatiques. Les assassinats commis par Cherif et Saïd Kouachi à Charlie Hebdo, puis par Amedy Coulibaly dans une épicerie kasher (17 tués, dont des journalistes, des policiers, des juifs) ont été commis par trois Français. Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical. Sans vergogne, les pyromanes étaient du défilé.(…) L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie. C’est lui qui interdit, depuis les années 1980, d’aborder les thèmes de l’immigration extra-européenne et de l’islam politique qui l’accompagne; ces bombes qu’il va falloir maintenant désamorcer. C’est cette idéologie des bons sentiments qui, par fascination pour l’Autre, cautionne les procès en «islamophobie» qui rendent délictueuse la critique du fondamentalisme, ce nouveau nazisme. C’est elle et ses aboyeurs à carte de presse qui désignent à la vindicte ceux qui ont la naïveté de décrire ce qu’ils voient. Dimanche, les télévisions saluaient les défilés de la «France multiculturelle», alors qu’elle en était majoritairement absente. À Marseille, le préfet s’est même étonné de la faible mobilisation des quartiers musulmans. Le temps des bidonnages est terminé. (…) Une partie de la jeunesse des cités a refusé, dans les écoles, de s’associer à la minute de silence. À Châteauroux, un lycéen a été tabassé pour avoir défendu la tolérance et la laïcité. Les soutiens aux Kouachi prolifèrent sur le Net. La violence est, partout, palpable. (…) L’antisémitisme chez des élèves musulmans a été exposé dès 2002 dans un livre collectif d’enseignants: Les territoires perdus de la république. Le rapport Obin a décrit en 2004 la montée de l’islam au cœur de l’école.La communauté juive, première visée, n’a cessé d’alerter en vain sur ces périls, singulièrement depuis l’assassinat d’Ilan Halimi (2006), puis les tueries de Mohammed Merah à Toulouse et de Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles. Ces tragédies, annonciatrices du pire, n’ont jamais suscité aucune manifestation d’indignation. Une chape de plomb, politique et médiatique, a voulu étouffer la haine antijuive et antifrançaise qui contredisait les odes à la diversité. Ce déni s’effondre et laisse voir la compromission des belles âmes. (…) Ce n’est pas l’islamophobie qui a créé l’islamisme, comme le soutient la dialectique victimaire à l’œuvre chez trop de responsables musulmans, incapables de la moindre critique sur les dérives de l’islam. Tout au contraire, ceux-là brandissent ce délit de blasphème dans le but de rendre impossible la survenue d’un islam éclairé. La presse de gauche est complice de ce refus d’aggiornamento. Télérama parle de «jeunes plus ou moins fanatisés», mais pour épingler les catholiques de la Manif pour tous. Il y a pourtant une urgente réflexion à mener sur la lecture littérale du Coran. Dimanche, le rejet de l’islamisme a été le non-dit du réveil de la civilisation française. Les Allemands du mouvement Pediga, qui manifestent tous les lundis, n’ont pas ces réserves. Ivan Rioufol
Beaucoup, violents ou pas, sont abreuvés par des sites qui montrent l’ennemi « croisé » ou « sioniste » dans son horreur destructrice, « tueur d’enfants et de civils »… Mais le point crucial est le retour qu’on leur fait faire au texte fondateur, au Coran, où les « gens du Livre », juifs et chrétiens, représentés aujourd’hui par l’Amérique, Israël et un peu l’Europe, sont qualifiés de pervers, faussaires, injustes, traîtres, etc. Certains leur citent des versets plus calmes, comme « Point de contrainte en religion », ou comme « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré », mais c’est qu’ils vont voir de près dans le texte, ils vérifient et ils trouvent : « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré sauf pour une cause juste. » Quant au verset du libre choix, ils le voient encadré de violentes malédictions contre ceux qui font le mauvais choix. En somme, on manque cruellement d’une parole ouverte et libre concernant les fondamentaux de l’islam ; et pour cause, ils sont recouverts d’un tabou, et toute remarque critique les concernant passe pour islamophobe dans le discours conformiste organisé, qui revient à imposer aux musulmans le même tabou, à les enfermer dans le cadre identitaire dont on décide qu’il doit être le leur (on voit même des juges de la République se référer au Coran pour arrêter leur décision…). Il y a donc un secret de Polichinelle sur la violence fondatrice de l’islam envers les autres, violence qui, en fait, n’a rien d’extraordinaire : toute identité qui se fonde est prodigue en propos violents envers les autres. Mais, avec le tabou et le conformisme imposés, cette violence reste indiscutée et semble indépassable. Récemment, dans Islam, phobie, culpabilité (Odile Jacob, 2013), j’ai posé ce problème avec sérénité, en montrant que les djihadistes, les extrémistes, sont au fond les seuls à crier une certaine vérité du Coran, portés par elle plutôt qu’ils ne la portent ; ils se shootent à cette vérité de la vindicte envers les autres, et même envers des musulmans, qu’il faut rappeler au droit chemin. Le livre est lu et circule bien, mais dans les médias officiels il a fait l’objet d’une vraie censure, celle-là même qu’il analyse, qui se trouve ainsi confirmée. Raconter ses méandres, ce serait décrire l’autocensure où nous vivons, où la peur pour la place est la phobie suprême : une réalité se juge d’après les risques qu’elle vous ferait courir ou les appuis qu’elle lui apporte. (…) La difficulté, c’est qu’un texte fondateur est comme un être vivant : dès qu’il se sent un peu lâché par les siens, il suscite des êtres « héroïques », des martyrs pour faire éclater sa vérité. Quitte à éclater le corps des autres. D’autres approches de cette « vérité » exigeraient un peu de courage de la part des élites, qui sont plutôt dans le déni. Pour elles, il n’y a pas de problème de fond, il y a quelques excités qui perdent la tête. Il ne faut pas dire que leur acte serait lié au Coran, si peu que ce soit. Le problème est bien voilé derrière des citations tronquées, des traductions édulcorées, témoignant, au fond, d’un mépris pour le Coran et ses fidèles. On a donc un symptôme cliniquement intéressant : quand un problème se pose et qu’il est interdit d’en parler, un nouveau problème se pose, celui de cet interdit. Puis un troisième : comment zigzaguer entre les deux ? Cela augmente le taux de poses « faux culs » très au-delà du raisonnable. Daniel Sibony
Reconnu d’intérêt général en juin 2011, le CCIF est également membre consultatif du Conseil économique et social des Nations unies depuis septembre 2011. L’inventaire des « actes islamophobes » recensés par le CCIF a, curieusement, disparu de ses rapports annuels depuis cette consécration… Or, c’est en investigant sur eux que l’on saisit sa double nature. Car si l’association lutte contre des violences et des discriminations bien réelles (principalement liées au port du voile), elle profite de ce combat légitime pour faire avancer des causes plus suspectes. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder de plus près certains des actes dénoncés par le CCIF entre 2003 et 2011. En juillet 2004, il signale la « fermeture d’une école coranique à Grisy-Suisnes ». L’école en question avait été ouverte illégalement et, surtout, sa fermeture était consécutive à l’agression de trois journalistes par quatre personnes, dont son directeur, Mohamed Hammami, expulsé en 2012 suite à des prêches incitant au djihad et à la haine envers les Juifs. En octobre 2006, il s’indigne d’un « rassemblement d’élus et de personnalités à Lyon contre la venue de Hani Ramadan »… dont on rappellera simplement qu’il a justifié l’application des châtiments corporels prévus par la charia, vantant entre autres les vertus dissuasives de la lapidation. En mars 2007, il dénonce la « demande de fermeture de la mosquée de Noisy-le-Grand car les voisins de la mosquée se plaignent de voir des « barbus » ». Une fois encore, le lieu de culte a été ouvert en violation des règles d’urbanisme par une association salafiste refusant tout droit de visite aux autorités. Le dernier exemple que je citerai, parmi des dizaines d’autres, mérite une attention particulière, tant il atteste du degré de mauvaise foi que peut atteindre le CCIF. En juillet 2012, il dénonce le licenciement, à Gennevilliers, de quatre animateurs qui, en période de Ramadan, refusaient de s’alimenter pendant leur travail. Le licenciement s’appuyait sur une clause ajoutée par la mairie au contrat de travail de tous les animateurs – leur imposant de « veiller à ce que les enfants et eux-mêmes se restaurent et s’hydratent convenablement » – après qu’une animatrice pratiquant le jeûne avait fait un malaise et provoqué un accident de la route dans lequel furent blessés plusieurs enfants. Alors que le licenciement était manifestement lié à des considérations de sécurité, le CCIF a joué la surenchère en affirmant qu’« identifier le jeûne comme altérant la capacité au travail est […] stigmatisant et insultant pour l’ensemble des musulmans dans le monde ». On comprend bien qu’à ses yeux, tout acte défavorable à un musulman, quelle que soit sa justification, peut être dénoncé comme « islamophobe ». Il n’a pas seulement l’ambition de repousser la diabolisation des musulmans, mais aussi celle de sanctuariser la supposée communauté musulmane contre certaines interventions de l’État. Quitte à disqualifier au passage la lutte contre la menace terroriste. Ainsi, deux semaines après la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le porte-parole du CCIF affirmait que la focalisation des autorités sur le terrorisme islamiste était « statistiquement irrationnelle » au regard du nombre d’actions commises, par exemple, par les mouvements séparatistes. Lorsqu’on apprend, en étudiant les rapports d’Europol (Office européen de police), que 70 % des victimes du terrorisme en Europe au cours de la dernière décennie ont péri dans des attentats islamistes, on est en droit de s’interroger sur la probité du CCIF. La lutte contre le terrorisme – malgré certains excès – n’est pas le fruit d’un préjugé anti-religieux ou d’un racisme déguisé. Elle répond à une menace bien réelle. (…) Pour ne pas être qu’une étape dans le naufrage de l’antiracisme, la lutte contre le racisme anti-musulman doit donc naviguer entre de nombreux écueils idéologiques, et commencer par rompre avec l’idée qu’on peut mater les préjugés racialistes à coups de tabous médiatico-politiques. Or, avec le CCIF, ce changement de paradigme n’est pas pour demain. L’association, en liant la lutte contre l’islamophobie à un déni de l’intégrisme, de la menace islamiste, bref de la crise que traverse l’islam, attise la défiance à l’égard des musulmans. Elle offre à la pensée racialiste son alibi préféré : le soupçon du communautarisme, l’idée que l’Autre agit en fonction d’intérêts distincts de ceux de la communauté nationale, en plaçant en l’occurrence le respect de la religion au-dessus de toute autre considération. Ce qui, l’évidence sociologique démontrant qu’il n’en est rien, revient à calomnier ces musulmans de France qu’il s’agissait de défendre. Jean-Christophe Moreau
Entre la motion de reconnaissance de l’Etat de Palestine » présentée à l’assemblée par les socialistes et les déclarations de la ministre des affaires étrangères européenne, que veut l’Union Européenne, que veut donc la France, leader de la diplomatie européenne, en reconnaissant cet Etat fantomatique et en l’assortissant d’un diktat d’autant plus brutal qu’il fait planer la menace d’un boycott progressif d’Israël qui le mettrait au ban de la planète à l’instar d’un État voyou, un traitement ignominieux que la « vertueuse » Europe n’applique à aucun autre État? Que cherche-t-elle en engageant Israël dans une impasse suicidaire qui verrait les katiouchas de cet État croupion, forcément irrédentiste et terroriste, tenir en respect la vie civile dans le corridor de Jérusalem, l’aéroport de Lod et toute la mégapole côtière? A réduire sa souveraineté à quémander la protection et la mansuétude de la si « vertueuse Europe »? Que cherche-t-elle en prônant la redivision de Jérusalem, en accusant le peuple juif d’être un colon dans Jérusalem, en se cachant que l’ »esplanade des mosquées », c’est le Mont du Temple, seule raison d’être de ces mosquées? Sinon humilier la dignité du peuple juif qui était prince à Jérusalem quand les Européens vivaient dans les forêts? Que s’acharne-t-elle à obtenir en rejetant les responsabilités de l’agression sur ceux qui en sont l’objet? Que cherche-t-elle à promouvoir en accusant Israël d’un « péché » congénital, celui d’exister sur la terre que l’univers entier, y compris l’islam, assimile au pays des Enfants d’Israël? Quelle « démocratie » défend-t-elle, elle qui se gargarise de ce mot à longueur de temps, en soutenant financièrement à bout de bras, un pouvoir palestinien corrompu et qui ne tiendrait pas un jour sans l’argent européen? Où est le « peuple en danger » face à une société palestinienne dont tous les organes célèbrent quotidiennement le meurtre des Juifs dans le plus pur antisémitisme ? Que veut-elle en ramenant tous les problèmes du monde, la violence permanente qui émane du monde arabo-musulman à l’encontre de toute la planète, au problème palestinien et à la faute d’Israël? Quel ressentiment la ravage-t-il dans son exaltation obsessionnelle de la cause palestinienne? Nous savons que cette Europe narcissique et ethnocentrique cultive une morale frelatée, que les pétrodollars du Qatar, celui-là même qui la combat en Afrique et en Irak, l’ont corrompue, que sa compromission avec l’Organisation de la Coopération Islamique à l’ONU et ailleurs, a engagé les sociétés européennes dans un parti-pris pour la cause islamique, que le Dialogue Euro-arabe, d’après le premier choc pétrolier, en 1973 a fait d’elle le champion de la cause palestinienne, que la morgue qu’elle manifeste à Israël est avalée devant la colonisation turque de Chypre, l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, l’esclavagisme du Qatar et de l’Arabie Saoudite, le terrorisme palestinien. Nous connaissons son silence hier sur le génocide au Soudan, sa complicité dans le génocide du Rwanda… (…) Certes, cette Europe-là ne peut que haïr Israël qu’elle perçoit comme la quintessence de ce qu’elle n’a pas la force d’être: assumer son identité, cultiver sa personnalité, avoir un visage face aux autres. Et inutile de se cacher qu’une partie de l’élite israélienne partage ce penchant suicidaire. Au sommet de l’Union Européenne, c’est le néant, depuis que ce nouvel empire se soit dénié ses racines culturelles, évidentes aux yeux de 20 siècles d’histoire, depuis qu’il a eu la faiblesse de se croire incarner le « droit international », les « droits de l’homme », faisant de son néant une occasion d’inflation narcissique, l’autorisant à intervenir sur la planète et à s’ériger en tribunal des peuples. Faisant d’une démission existentielle une célébration! (…) En empêchant Israël d’éliminer le Hamas, elle l’a condamné à rejouer la même guerre tous les deux ans et exposé la société israélienne au meurtre permanent. Et cette Europe-là tolère en son sein un antisémitisme structurel, qu’elle ne peut combattre parce qu’elle a créé les conditions de son développement. (…) Alors une question se pose: l’Europe en a-t-elle fini avec l’extermination des Juifs entamée au XX° siècle? Car c’est ce à quoi elle voue aujourd’hui le peuple juif! L’Union Européenne dans son délire mégalomaniaque a, semble-t-il, une « doctrine » pour les Juifs qui définit ce qu’ils doivent être. Ses ratiocinations sur la circoncision, la cacheroute, l’antisémitisme, le tout couché dans des « normes » européennes, sa politique israélienne, son discours sur ce que doit être Israël, le financement d’une nuée de ONG israéliennes destinées à subvertir du dedans la souveraineté du peuple israélien, tout cela nous montre bien que l’objectif de l’Union Européenne c’est d’empêcher que l’État d’Israël soit un État souverain, d’amoindrir sa capacité de résistance stratégique face à son ennemi, d’exposer les Juifs de toutes parts à l’adversité. Faire d’Israël, en somme, ce qu’elle voudrait qu’il soit, dans sa grande « mansuétude »: le camp humanitaire des réfugiés de la Shoah… Shmuel Trigano
La France a-t-elle pris du conscience du danger qui la guette depuis des années et dont elle a trop souvent nié l’existence ? A-t-elle pris la mesure des changements profonds qu’elle devra accomplir dans son état d’esprit, dans sa vie quotidienne, et dans sa volonté politique pour vaincre le fléau qui la menace ? Rien n’est moins sûr et les premiers signes au lendemain d’une mobilisation sans précédent et d’un grand happening national ne sont pas encourageants. Il faut espérer que nous ne sommes pas en train de revivre les heures tragiques de l’après Munich, lorsqu’en 1938 une foule en délire pensait avoir sauvé la paix alors qu’elle se condamnait à une guerre en situation d’infériorité. Aucune guerre n’a jamais été gagnée par une manifestation, aussi importante soit-elle ; ce qui ne signifie pas qu’il faut se priver de cet outil de démonstration. Cependant, l’important ce n’est pas l’esprit bon enfant, la convivialité, l’âge des participants, l’originalité des pancartes ou le nombre de célébrités reconnues, mais de s’entendre sur la nature de cette guerre, sur son sens, sur les valeurs communes qu’elle entend porter, et sur l’ordre qu’elle entend rétablir. Or on assiste, comme souvent dans la société française, à un déplacement à la fois sémantique et psychologique des questions et des problèmes. Comment peut-on croire un instant que les événements tragiques de la semaine dernière ont un rapport quelconque avec la laïcité ? Car de deux choses l’une, ou bien on dit laïcité pour ne pas dire islamisme intégral (et alors il faut se demander pourquoi ?), ou bien on ne comprend pas le terme de laïcité, qui, par définition, si j’ai bien relu mon dictionnaire grec provient de l’adjectif laïkos, dont l’origine est le mot laos et induit l’existence d’un peuple sacré. Réduire le conflit moral et politique avec le salafisme ou le djihadisme à un débat entre l’esprit de Voltaire, la tolérance ou les idéaux de la Révolution avec le Coran est une vision intellectuellement bien pauvre de ce qu’est la France, surtout si l’on se souvient de l’antisémitisme virulent de l’auteur de Candide, du génocide vendéen ou de l’application de la guillotine par la Terreur révolutionnaire. Michaël Bar-Zvi
L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage contre tout ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (…) Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens. Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens, est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). (…) On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils connaissent. Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.(…) En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes. Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001. (…) Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes. Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. (…) Donc (…) c’est cette liberté [d’expression] que l’on va enterrer en grand cortège. Daniel Sibony
Israël vit avec le terrorisme aveugle au quotidien depuis le jour de sa création. Nous n’avons pas connu d’autre mode de vie donc, nous n’avons eu aucun problème pour nous y adapter. Mais l’Europe à l’habitude d’un autre genre de vie : la bonne vie, sans restriction et sans souci. Si la terreur islamique menacent de priver les Européens de leur mode de vie, ils [les Européens] n’auront en fin de compte pas d’autre choix que de décider entre ces deux alternatives : se soumettre ou se battre. Expert en contre-terrorisme israélien
Les Européens ont quatre problèmes. Trois d’entre eux portent sur des fondamentaux, le troisième est technique. Le premier problème c’est une question de définition. Il faut appeler un chat un chat. La terreur à laquelle ils doivent faire face actuellement n’est pas idéologique. Il ne s’agit ni des Brigades Rouges [Italie] ni de la Bande à Bader [allemande], et n’est même pas une terreur d’origine criminelle. Cette terreur est alimentée par une forte idéologie religieuse. Certes, il est difficile pour les Européens de se l’avouer, mais le fait est que, bien que tous les musulmans ne soient pas des terroristes, tous les terroristes à notre époque sont musulmans. Vous ne pouvez pas gagner la guerre sans une identification précise de l’ennemi. Le deuxième problème, c’est le renseignement. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain et du milieu dans lequel gravitent les terroristes, pour obtenir des renseignements. Après tout, il est clair que ces terroristes ne se trouvent pas parmi la population calviniste suisse. Il n’y a pas d’autre moyen que d’utiliser des méthodes de renseignement agressives. La formule éprouvée et qui a fait ses preuves, c’est que si vous ne les mettez pas sur écoute, vous ne saurez rien. Oui, les populations civiles, aussi. Et oui, vos propres citoyens. Parce que ce sont vos citoyens aussi, qu’ils se fondent parmi eux, ont étudié dans votre système scolaire et c’est pourquoi vous n’avez pas le choix. Vous devez recourir aux écoutes électroniques, les prendre en filature, parce que sans cela il n’y a pas de renseignements et sans renseignements, vous ne pouvez pas gagner la guerre. C’est ce que la France a appris à ses dépends la semaine dernière. Le troisième problème, c’est l’utilisation des renseignements. Dans le milieu de criminalité qui relève du pénal, si les malfaiteurs sont sur écoute électronique et que vous les entendez planifier de braquer une banque, vous ne pouvez pas faire grand chose, sauf continuer à avoir l’œil sur eux. Vous ne pouvez pas poursuivre les gens pour leurs intentions. Mais quand il s’agit de terrorisme, où tant de vies humaines sont en jeu, vous n’avez pas d’autre choix que de prendre des mesures préventives, au moins d’avoir recours à des détentions administratives. Le quatrième problème est d’ordre technique. L’Europe est composée de 28 états et 28 forces de police. Il n’y a pas de système fédéral qui intègre toutes les informations. Vous pouvez voyager du Portugal à la Lituanie sans être contrôlé, même une seule fois en chemin. Dans ce contexte, vous pouvez faire un attentat quelque part puis disparaître, sans que personne ne soit en mesure de vous traquer. Vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme de cette façon. Amidror
Pour éviter et stopper la vague actuelle de radicalisation en Europe, il est indispensable d’intervenir ainsi dans la vie civique. Les autorités doivent créer des institutions qui doivent travailler à combler le fossé culturel entre les musulmans et les populations européennes. La radicalisation est le résultat du désespoir et de la jeunesse qui a le sentiment d’être privée de perspectives économiques. Des mouvements de jeunesse et des centres culturels doivent être fondés ; des ressources, de l’énergie et de la matière grise doivent être investis. C’est un processus long et sisyphique, mais c’est la vraie solution. L’organisation du renseignement et ses applications dont je viens de parler sont des mesures immédiates à prendre pour stopper le carnage, mais pas des solutions sur le long terme. Igra
Je conseille aux Européens de déplacer leurs curseurs entre ces deux opposés, tous deux d’importance ; d’une part un ensemble de valeurs : la vie privée et les droits humains, et d’autre part le droit des êtres humains à la vie et l’obligation qui en découle de préserver leur sécurité. Les Israéliens et les Américains ont trouvé un point d’équilibre entre les deux, avec lequel les autorités qui appliquent la loi sont autorisés [une fois l’autorisation reçue et assortie des restrictions appropriées] de recueillir des renseignements sur des citoyens du pays pour le bien et la sécurité de tous et parer au terrorisme. Les Européens sont prisonniers de leur discours « politiquement correct », et ne sont pas efficaces pour lutter contre le terrorisme. C’est pourquoi ils sont limités dans la lutte anti-terroriste au niveau national. En outre, ils n’empêchent pas le retour des combattants étrangers qui possèdent des passeports européens et se sont rendus au Moyen-Orient pour y être formés au combat dans des organisations comme al-Qaïda, Jabhat al-Nusra, l’État islamique et autres organisations djihadistes radicales. Ils ne surveillent pas assez ceux qui reviennent en Europe avec un passeport européen – tant qu’ils n’ont pas commis un crime en Europe – et quand cela arrive, il est parfois trop tard. Surtout qu’ils ne sont pas disposés à ficher ces combattants et les mettre sur des listes de personnes à surveiller par les renseignements », et pour recueillir des renseignements sur eux. Ancien chef du renseignement militaire israélien

Et si on revenait à Camus ?

Alors qu’une semaine après la vague d’attentats terroristes islamiques qui, comme son nom l’indique, a terrorisé la France et l’Europe et le monde …

Et quelques jours après la marche dite « républicaine » qui, comme son nom ne l’indique pas, était censée réarmer la France, l’Europe et le monde libre contre la censure islamique et son bras armé terroriste  …

Pendant que face à notre indifférence tant l’Etat islamique (pardon: Daesh) que Boko haram, nos djihadistes (se) tuent à nous rappeler la cruelle vérité de l’islam …

Sans parler de l’appel solennel (qui en a parlé ou en parle justement encore deux semaines à peine après?)  du président égyptien à une urgente réforme de l’islam …

Qui reparle encore de la courageuse banderole des supporters de Bastia, menacés de poursuites judiciaires par un ressortissant d’un Etat financier avéré du terrorisme islamique?

Et comment ne pas voir, avec le psychanalyste français Daniel Sibony comme avec les experts d’un pays qui vit avec depuis sa (re)création et contre son susdit « enterrement en grand cortège » de dimanch …

Cette vérité et réalité et la difficulté toute particulière d’une France et d’une Europe (mais l’absence remarquée du soi-disant chef du Monde libre dimanche n’est pas spécialement rassurante) avec une loi islamique adossée à la violence du Coran (ou plus précisément à sa partie violente) qui « en France consiste à empêcher qu’on la nomme » et donc qu’on la combatte ?

Des experts israéliens en contre-terrorisme conseillent à l’Europe d’appeler un chat un chat
 AlMonitor
14 janvier 2015

Trois hauts fonctionnaires spécialistes du terrorisme sont formels ; si la France veut faire face à la menace terroriste il va falloir qu’elle accepte certaines vérités.
Trois hauts fonctionnaires qui ont consacré leur vie à des questions tournant autour de la sécurité, des renseignements et de la terreur se sont exprimés au sujet de la vague de terreur islamique qui a déferlé sur l’Europe et les moyens d’y faire face.

Le premier est le major-général. (de Réserve.) Yaakov Amidror, ancien haut gradé dans les renseignements militaires israéliens et PDG du ministère de la défense. Il était jusqu’à présent chef du Conseil national de sécurité d’Israël et conseiller en sécurité nationale auprès du Premier ministre Benjamin Netanyahu (jusqu’en Novembre 2013).

Le second est Rami Igra, ancien fonctionnaire supérieur du Mossad spécialisé dans les questions de terrorisme et ancien chef de division dans la branche active de l’organisation de renseignement israélien.

Le troisième, qui a préféré garder l’anonymat, est également un ancien fonctionnaire haut placé dans les services de renseignement israéliens, qui a servi en tant que chef du renseignement militaire.

« Les Européens ont quatre problèmes », a déclaré Amidror. « Trois d’entre eux portent sur des fondamentaux, le troisième est technique.

Le premier problème c’est une question de définition. Il faut appeler un chat un chat. La terreur à laquelle ils doivent faire face actuellement n’est pas idéologique. Il ne s’agit ni des Brigades Rouges [Italie] ni de la Bande à Bader [allemande], et n’est même pas une terreur d’origine criminelle. Cette terreur est alimentée par une forte idéologie religieuse. Certes, il est difficile pour les Européens de se l’avouer, mais le fait est que, bien que tous les musulmans ne soient pas des terroristes, tous les terroristes à notre époque sont musulmans. Vous ne pouvez pas gagner la guerre sans une identification précise de l’ennemi « .

« Le deuxième problème, » a ajouté Amidror, « c’est le renseignement. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain et du milieu dans lequel gravitent les terroristes, pour obtenir des renseignements. Après tout, il est clair que ces terroristes ne se trouvent pas parmi la population calviniste Suisse. Il n’y a pas d’autre moyen que d’utiliser des méthodes de renseignement agressives. La formule éprouvée et qui a fait ses preuves, c’est que si vous ne les mettez pas sur écoute, vous ne saurez rien. Oui, les populations civiles, aussi. Et oui, vos propres citoyens. Parce que ce sont vos citoyens aussi, qu’ils se fondent parmi eux, ont étudié dans votre système scolaire et c’est pourquoi vous n’avez pas le choix. Vous devez recourir aux écoutes électroniques, les prendre en filature, parce que sans cela il n’y a pas de renseignements et sans renseignements, vous ne pouvez pas gagner la guerre. C’est ce que la France a appris à ses dépends la semaine dernière « .

« Le troisième problème », a déclaré Amidror, « c’est l’utilisation des renseignements. Dans le milieu de criminalité qui relève du pénal, si les malfaiteurs sont sur écoute électronique et que vous les entendez planifier de braquer une banque, vous ne pouvez pas faire grand chose, sauf continuer à avoir l’œil sur eux. Vous ne pouvez pas poursuivre les gens pour leurs intentions. Mais quand il s’agit de terrorisme, où tant de vies humaines sont en jeu, vous n’avez pas d’autre choix que de prendre des mesures préventives, au moins d’avoir recours à des détentions administratives « .

La quatrième problème, selon Amidror, est d’ordre technique. « L’Europe est composée de 28 états et 28 forces de police. Il n’y a pas de système fédéral qui intègre toutes les informations. Vous pouvez voyager du Portugal à la Lituanie sans être contrôlé, même une seule fois en chemin. Dans ce contexte, vous pouvez faire un attentat quelque part puis disparaître, sans que personne ne soit en mesure de vous traquer. Vous ne pouvez pas lutter contre le terrorisme de cette façon « , a-t-il dit.

Igra a été encore plus cinglant. « La seule façon dont les services de sécurité européens peuvent faire face à la menace terroriste musulmane c’est en prenant en compte cette réalité et en ciblant la population musulmane pour la collecte de renseignements et surtout il ne faut pas les lâcher », a-t-il dit. « Il n’y a pas d’autre alternative que d’en venir là ; sinon, il n’y a aucune chance de parvenir à des résultats vu la constellation terroriste de l’époque contemporaine. Il faut couvrir toute la population cible sur l’ensemble du territoire. Cette méthode est employée par le Shin Bet israélien et nécessite que des agents fassent de la collecte de renseignements en étant infiltrés dans la population des quartiers sous leur responsabilité. C’est exactement comme la police de quartier, qui patrouille dans les quartiers sous sa responsabilité pour y maintenir l’ordre et la sécurité. Ce procédé nécessite aussi des coordinateurs sur le terrain et l’exploitation de ressources humaines [agents] au sein de la population. Ces agents surveillent les éléments potentiellement suspects qui pourraient devenir des menaces terroristes. Dès qu’un agent de collecte de renseignements identifie un civil qui éveille ses soupçons, l’agent mettra des moyens supplémentaires pour le surveiller, humains ou technologiques, pour éliminer la menace « .

Mais là il est question de l’Europe, ai-je dit à Igra ; pas de Naplouse ni de Tulkarem, ni même de Gaza. Nous parlons de Paris, Bruxelles, Berlin et Genève. Pays des droits de l’homme, de la protection de la vie privée, de la la liberté – tout cela sont des valeurs suprêmes là-bas.

« Je sais, » a dit Igra. « J’espère que les Européens n’auront pas à apprendre de façon trop cruelle qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’apporter des modifications législatives qui permettront à l’Etat de recruter et d’exploiter des agents de renseignement au sein des populations à risque. S’il existait une autre façon de faire efficace, je serais heureux de la connaitre « , a-t-il ajouté. « Les agents de renseignement peuvent également être recrutés en leur offrant des avantages de la part du gouvernement, c’est aussi une méthode qui a fait ses preuves. Et n’oubliez jamais que, finalement, l’objectif est de préserver la vie humaine, et c’est, à mon avis, le saint des saints. Le droit à la vie surpasse tous les autres droits. « 

J’ai demandé a Igra, « Il n’y a pas de méthodes moins invasives sur le plan des droits civiques pour faire face au problème ? » Il a répondu que « pour éviter et stopper la vague actuelle de radicalisation en Europe, il est indispensable d’intervenir ainsi dans la vie civique. Les autorités doivent créer des institutions qui doivent travailler à combler le fossé culturel entre les musulmans et les populations européennes. La radicalisation est le résultat du désespoir et de la jeunesse qui a le sentiment d’être privée de perspectives économiques. Des mouvements de jeunesse et des centres culturels doivent être fondés ; des ressources, de l’énergie et de la matière grise doivent être investis. C’est un processus long et sisyphique, mais c’est la vraie solution. L’organisation du renseignement et ses applications dont je viens de parler sont des mesures immédiates à prendre pour stopper le carnage, mais pas des solutions sur le long terme. « 

La troisième personne interrogée, un ancien chef du renseignement militaire, d’accord avec les principes proposés par ses deux collègues a ajouté : « Je conseille aux Européens de déplacer leurs curseurs entre ces deux opposés, tous deux d’importance ; d’une part un ensemble de valeurs : la vie privée et les droits humains, et d’autre part le droit des êtres humains à la vie et l’obligation qui en découle de préserver leur sécurité.

Les Israéliens et les Américains ont trouvé un point d’équilibre entre les deux, avec lequel les autorités qui appliquent la loi sont autorisés [une fois l’autorisation reçue et assortie des restrictions appropriées] de recueillir des renseignements sur des citoyens du pays pour le bien et la sécurité de tous et parer au terrorisme.

« Les Européens sont prisonniers de leur discours « politiquement correct », et ne sont pas efficaces pour lutter contre le terrorisme. C’est pourquoi ils sont limités dans la lutte anti-terroriste au niveau national. En outre, ils n’empêchent pas le retour des combattants étrangers qui possèdent des passeports européens et se sont rendus au Moyen-Orient pour y être formés au combat dans des organisations comme al-Qaïda, Jabhat al-Nusra, l’État islamique et autres organisations djihadistes radicales. Ils ne surveillent pas assez ceux qui reviennent en Europe avec un passeport européen – tant qu’ils n’ont pas commis un crime en Europe – et quand cela arrive, il est parfois trop tard. Surtout qu’ils ne sont pas disposés à ficher ces combattants et les mettre sur des listes de personnes à surveiller par les renseignements », et pour recueillir des renseignements sur eux « .

Les trois éminences de la sécurité israéliennes, qui possèdent une expérience cumulée de 105 années de lutte contre le terrorisme, sont très conscientes que leurs propositions et leurs analyses ne peuvent être perçues par des oreilles européennes que comme un charabia incompréhensible, impossible et inadmissible. Pourtant, ils insistent qu’il n’y a pas d’autre moyen. L’un d’eux a dit : « Israël vit avec le terrorisme aveugle au quotidien depuis le jour de sa création. Nous n’avons pas connu d’autre mode de vie donc, nous n’avons eu aucun problème pour nous y adapter. Mais l’Europe à l’habitude d’un autre genre de vie : la bonne vie, sans restriction et sans souci. Si la terreur islamique menacent de priver les Européens de leur mode de vie, ils [les Européens] n’auront en fin de compte pas d’autre choix que de décider entre ces deux alternatives : se soumettre ou se battre.

Voir aussi:

À propos de l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo et du meurtre des Juifs

Daniel Sibony

11 janvier 2015

    Au journal, ils pensaient travailler en France, sous la protection de la loi française. Erreur fatale : il y a la loi française et il y a aussi la charia, la loi islamique, qui aujourd’hui encore, dans des pays musulmans, punit de mort ceux qui se moquent de la religion, qui n’en parlent pas comme il faut, avec une dévotion sans réserve. Donc, un groupe d’islamistes qui est venu exécuter la charia sur ces journalistes qui, croyant vivre sous la loi française, ne pensaient pas transgresser, en faisant des caricatures de l’islam. Ils ont fait comme si, en France, la charia et la loi française n’étaient pas rivales. (Et dans certains territoires – que des historiens qualifient de perdus pour la République, puisque même la police n’y va pas –  il n’y a qu’une loi, la charia.) Et les juifs, dans leur boutique hyper-cachère, croyaient que la France les protégeait du djihad ; du djihad français.

       L’emprise de la charia en France, ne se réduit pas à des exécutions sommaires. Elle consiste plus largement à interdire toute critique sur l’islam, surtout chez les non-musulmans. (Et dire qu’il comporte la charia et le djihad, c’est une critique. Donc la charia en France consiste à empêcher qu’on la nomme.) Mais si des foules importantes sont prêtes à manifester quand la charia ordonne des exécutions, ou qu’elle appelle à la guerre sainte, très peu sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre la censure. Et pour cause, la plupart ne s’en rendent pas compte. Les médias font le black out sur les agressions quotidiennes, et mènent un tir de barrage  contre tout  ce qui laisse entendre qu’il y aurait dans l’islam des appels à la violence envers les autres. Le Coran a beau maudire nommément les « gens du Livre » (juifs et chrétiens) parce qu’« ils se moquent de la religion des musulmans » (5,57), il ne faut pas en parler, car il y a risque d’amalgame, de stigmatisation, d’islamophobie (mon logiciel de dictée a écrit islam aux phobies…)

       Ainsi on est chaque fois dans une pensée totale : une critique sur les aspects violents que comporte l’islam, dans son texte fondateur, est exclue car elle est prise comme un rejet de tout l’islam, et un rejet de type raciste. C’est sans doute là le véritable amalgame que font ceux qui dénoncent l’amalgame. C’est le fait de mélanger le tout et la partie, et de poser que chaque chose est ce qu’elle est totalement, ou alors elle n’est pas. Or l’objet du débat, qui est le contenu du Coran, est justement partagé : un bon tiers de ce Livre est violent envers les juifs et les chrétiens. Cette partie correspond à ce qu’on appelle les sourates médinoises, les dernières, où Mahomet se déchaîne contre eux parce qu’ils ne l’ont pas suivi. L’autre partie du Coran, plus pacifique, transmet ce qu’il a élaboré dans sa période mecquoise, à partir de ce qu’il a appris des marchands juifs et chrétiens.

       Un problème majeur, c’est que la partie violente, qui demande que l’on combatte les injustes, les pervers, les infidèles que sont les juifs et les chrétiens,  est édulcorée dans les traductions. On trouvera par exemple : Tuez les faiseurs de dieux partout où vous les trouverez. (9,5). Or aujourd’hui, personne n’est vraiment un faiseur de dieux, donc la phrase semble anodine. Mais ceux qui l’apprennent en arabe savent qu’il s’agit des chrétiens (moushrikines) parce qu’ils font de Jésus un Dieu. Ayant vécu en terre arabe, je peux témoigner que l’accusation suprême, qu’il faut à tout prix éviter, c’est celle  d’avoir insulté la religion (la vraie, bien sûr, l’islamique) ou de s’en être moqué. On comprend que des croyants, soudain saisis  par un élan d’enthousiasme pour leur texte, puissent le mettre à exécution. On peut dire que les extrémistes violents qui mettent en acte le texte dur, ont le mérite de le faire connaître aux autres musulmans, qui semblent l’ignorer et qui aimeraient s’en tenir aux parties calmes qu’ils  connaissent.  Ils refusent qu’on les amalgame avec ces extrémistes ; mais l’extrémisme est dans le texte, et nul ne peut dire à l’avance quelle personne ou quel groupe voudra soudain le mettre en acte. Des foules musulmanes nombreuses qui défileraient pour dénoncer cet extrémisme auraient le mérite de s’en démarquer  réellement. Pour l’instant ce n’est pas le cas, la ritournelle obsédante qu’on répète est que la violence qui se réclame de l’islam provient de fous, de détraqués, de cas sociaux, mais qu’elle n’a rien à voir avec l’islam. On voit qu’elle a à voir de façon subtile : ce sont des gens calmes, discrets, comme tout le monde, qui soudain entrent en action. De braves psychologues s’échinent sur l’idée de passage à l’acte, mais elle est inopérante : un passage à l’acte, c’est quand les paroles manquent et que l’acte les remplace ; ici, les paroles sont déjà là, et demandent à être appliquées. Jusqu’à présent, très peu s’y essayaient, la présence islamique n’était pas assez importante dans le pays pour que l’idée d’appliquer la charia en France ait un sens. Mais s’il y a 6 millions de musulmans en France, il suffit que 2 % soient saisis de zèle pour qu’on ait 100 000 personnes décidées à agir. Or il suffirait de 10 000 pour que l’autocensure soit totale, et que la mise au pas dans les écoles, les cités, etc. soit vigoureuse.

        La réalité semble montrer que l’islam s’intègre à la France si la France s’intègre à l’islam, c’est-à-dire s’aligne sur lui sans objecter.

       En somme, les musulmans modérés, qui dénient tout simplement l’existence de la partie violente du Coran, pensent que leur déni couvrira cette partie violente sous des versets pacifiques ; en fait, leur déni protège cette partie violente et donc la transmet. De sorte que la partie dure de l’islam, celle qui en veut aux autres, se transmet efficacement par deux voies : le déni venant des modérés et l’action directe venant des extrémistes.

       Du reste, après l’exécution des journalistes, l’écart n’était pas si grand dans les discours entre : ils l’ont bien mérité, ils ont insulté le Prophète, et ils ont insulté le Prophète mais c’est une punition trop dure. La même nuance qu’on a connue après le 11 septembre 2001.

       Si les modérés veulent se démarquer de la charia et du djihad, ils ont tout loisir de les dénoncer comme tels. Pour l’instant, ils nient que cela existe dans le Coran.

       Mais tout cela est secondaire par rapport à l’attitude de l’Etat français. Il ne changera pas l’islam, mais peut-il empêcher que l’islam le change? Jusqu’ici, il a repris à son compte ce même déni, il s’interdit de traiter les  intégristes violents comme les combattants d’une idéologie voire d’un pays, l’État islamique. Donc, il leur applique les mesures légales qui protègent l’accusé dans un Etat de droit. Il connaît les réseaux, et il les « suit » de près jusqu’à ce que le meurtre soit commis moyennant quoi il a la preuve que tel et tel, dont on ne l’aurait vraiment pas cru, a tué. Ce fut le cas pour Mérah comme pour les deux frères qui ont « tué Charlie hebdo » On n’avait pas de preuves suffisantes pour les arrêter, jusqu’à ce que la preuve soit inutile. Bref, on traite des soldats d’un État et d’une Cause très précise comme des fous, des délinquants qui dérapent, des criminels de droit commun ; et c’est logique puisqu’on ne veut pas reconnaître l’existence d’une partie violente de l’islam, qui est endossée et prise en charge par un nombre important de personnes.

       Il y aura donc régulièrement des sacrifices humains pour payer ce déni qui se révèle confortable. À long terme, ce déni fait tort à l’islam, puisqu’il le pose comme une entité totale, sans faille, faite d’amour et de tolérance. Il faudra beaucoup d’ignorance et un fort matraquage idéologique pour faire croire qu’il n’y a pas de djihad dans l’islam, sachant que le vaste empire islamique s’est formé au fil des siècles par des djihads successifs.

       En analysant la question des caricatures, comme symbole[1], j’ai montré la difficulté d’auteurs musulmans éclairés à admettre réellement la liberté d’expression. C’est qu’elle entrave leur déni des parties violentes. Donc, à moins d’un réel sursaut  (mais d’où viendrait-il ?), c’est cette liberté que l’on va enterrer en grand cortège. Pourtant l’immense majorité de ceux qui vont défiler sont contre la charia et contre le djihad – qui a encore tué des juifs. Ce sera dur, d’entendre répéter qu’on est contre cette violence  qui n’a rien à voir avec l’islam, qu’elle est importée du dehors, de l’étranger (l’idée que le Coran est importé de l’étranger semble bizarre alors que des écoles coraniques en France enseignent sagement les versets en question.) Ce sera pénible à entendre, parce que Charlie Hebdo touchait à l’islam (qui doit rester intouchable), et qu’il a été tué par des gens qui appliquaient les parties dures de l’islam. Et les autres sont morts parce que « juifs », symbole de ce qui est à la source du Coran, et que le Coran s’acharne en vain à réduire.

[1] Voir Islam, Phobie, Culpabilité

Voir encore:

Chronique de Michaël Bar-Zvi
mercredi 14 janvier 2015
Boker tov amis auditeurs de Radio J.  La France a-t-elle pris du conscience du danger qui la guette depuis des années  et dont elle a trop souvent nié l’existence ? A-t-elle pris la mesure des changements profonds qu’elle devra accomplir dans son état d’esprit, dans sa vie quotidienne, et dans sa volonté politique pour vaincre le fléau qui la menace ?

Rien n’est moins sûr et les premiers signes au lendemain d’une mobilisation sans précédent et d’un grand happening national ne sont pas encourageants. Il faut espérer que nous ne sommes pas en train de revivre les heures tragiques de l’après Munich, lorsqu’en 1938 une foule en délire pensait avoir sauvé la paix alors qu’elle se condamnait à une guerre en situation d’infériorité.

Aucune guerre n’a jamais été gagnée par une manifestation, aussi importante soit-elle ; ce qui ne signifie pas qu’il faut se priver de cet outil de démonstration. Cependant, l’important ce n’est pas l’esprit bon enfant, la convivialité, l’âge des participants, l’originalité des pancartes ou le nombre de célébrités reconnues, mais de s’entendre sur la nature de cette guerre, sur son sens, sur les valeurs communes qu’elle entend porter, et sur l’ordre qu’elle entend rétablir.

Or on assiste, comme souvent dans la société française, à un déplacement à la fois sémantique et psychologique des questions et des problèmes. Comment peut-on croire un instant que les événements tragiques de la semaine dernière ont un rapport quelconque avec la laïcité ? Car de deux choses l’une, ou bien on dit laïcité pour ne pas dire islamisme intégral (et alors il faut se demander pourquoi ?), ou bien on ne comprend pas le terme de laïcité, qui, par définition, si j’ai bien relu mon dictionnaire grec provient de l’adjectif laïkos, dont l’origine est le mot laos et induit l’existence d’un peuple sacré.

Réduire le conflit moral et politique avec le salafisme ou le djihadisme à un débat entre l’esprit de Voltaire, la tolérance ou les idéaux de la Révolution avec le Coran est une vision intellectuellement bien pauvre de ce qu’est la France, surtout si l’on se souvient de l’antisémitisme virulent de l’auteur de Candide, du génocide vendéen ou de l’application de la guillotine par la Terreur révolutionnaire.

On peut ne pas aimer le Premier ministre israélien, blessé lui-même dans la libération d’otages dans l’avion de la Sabena en 1972 et dont le frère a été tué lors de l’opération d’Entebbé, mais ses propos, que certains ont trouvé malpolis, sur la possibilité de retour des Juifs, auront au moins servi à faire dire aux politiques français ce que nous n’avions pas entendu auparavant aussi fortement.

La France sans le peuple d’Israël n’est pas la France, non pas les Juifs en tant qu’individus mais les Juifs en tant que peuple, car on le sait le mot de religion n’existe pas en hébreu et le judaïsme se définit non pas par une foi mais par une alliance et la reconnaissance d’une loi.

Donner une place au peuple juif en France, ce n’est pas seulement accorder aux Juifs des droits de citoyens, mais comprendre leur apport spirituel, culturel, politique à l’histoire de la nation. Il ne s’agit pas de bénéficier d’un abri pour établir un « vivre-ensemble » dans lequel les Juifs meurent seuls, mais de bâtir l’arche vivante d’une demeure dont Paris et Jérusalem seront à l’avenir les piliers.

Voir encore:

L’appel ambitieux du Président égyptien à réformer l’Islam

Abdel Fattah el-Sissi fait encore un effort des plus audacieux pour se positionner comme modernisateur de l’Islam et déclare son objectif affiché de purger l’Islam de ses fondamentaux extrémistes d’intolérance et de violence qui alimentent des groupes tels qu’Al-Qaïda et l’Etat Islamique.
Le Président égyptien a inauguré la nouvelle année par un appel détonnant à une « révolution » en Islam, pour réformer les interprétations de cette foi, ancrées depuis des centaines d’années, qui, dit-il, a fait du monde musulman une source de « destruction » et qui le noyautent pour l’ériger contre le reste du monde.

Ce discours représente, à ce jour, l’effort le plus audacieux d’Abdel-Fattah el-Sissi de se positionner en tant que modernisateur de l’Islam. Son but affiché est de purger l’Islam des idées extrémistes d’intolérance et de violence qui nourrissent des groupes, tels qu’Al Qaeda et l’Etat Islamique – et qui se trouvent bien derrière l’attentat de mardi à Paris contre l’équipe d’un journal satirique français, qui a mené au meurtre de 12 personnes.

Des Egyptiens prient au sanctuaire du petit-fils de Mahomet. (Photo : Reuters)

Mais ceux qui cherchent encore le « Martin Luther King musulman », conduisant à une réforme radicale de l’Islam peuvent être dépassés – et font, pour commencer, une comparaison erronée. El-Sissi cherche clairement à provoquer un changement mené par l’appareil d’Etat, en utilisant les institutions du gouvernement, comme l’Institut al-Azhar, vieux de 1.000 ans, l’un des centres les plus éminents de la pensée et de l’enseignement musulmans sunnites.

La vision du changement d’al Azhar, cependant, se fait au coup par coup et reste conservatrice, en se focalisant sur le formalisme du message et la sensibilisation, mais redoute de pousser l’investigation plus en profondeur sur des sujets plus controversés.

Des Musulmans prient au sanctuaire du petit-fils de Mahomet. (Photo : Reuters)

Les responsables d’al Azhar gèrent une chaîne YouTube récemment lancée pour atteindre les jeunes, en imitant les réseaux sociaux des radicaux qui parviennent à sensibiliser avec succès la jeunesse privée de ses droits. Ils signalent fièrement que les dignitaires religieux portent des chemises sur les vidéos, et non les robes et turbans traditionnels d’al-Azhar, afin de se rendre plus accessibles.

Les jeunes gens « ont une image négative de cet accoutrement », explique Mohie Eddin Affifi, un des responsables d’al-Azhar. « Dès qu’ils l’aperçoivent, ils n’écoutent plus rien ».

Un musulman Soufi en Egypte. (Photo : Reuters)

Dans un effort encore plus ambitieux, les manuels scolaires des écoles religieuses sont en phase de relecture et de révision. Afifi affirme que les textes soulignant les règles liées à l’esclavage, par exemple, ont, purement et simplement, été supprimés.

Il s’agit d’un réel problème à travers le monde musulman : les institutions religieuses d’Etat sont accablées par la stagnation et le lourd contrôle des autorités.

Depuis des décennies, al-Azhar a perdu sa crédibilité aux yeux d’une grande partie de la jeunesse musulmane qui la perçoivent comme un porte-parole de l’Etat, plutôt que comme un interprète honnête de la religion en tant que telle. L’appel au retour vers les racines de la foi sont beaucoup plus attrayants, pour les jeunes gens et jeunes femmes en quête d’identité dans un monde qui change rapidement, y compris lorsqu’il parvient de la part des extrémistes d’al Qaïda et de l’Etat Islamique.

Lors de son discours du 1er janvier, s’adressant devant les dignitaires religieux, à la Fondation Al Azhar – qui se teniat pour marquer l’anniversaire du Prophète Mahomet – el-Sissi les a appelé à promouvoir une lecture des textes islamiques d’une façon nouvelle et « vraiment éclairée », de façon à reconsidérer des concepts « qui ont été consacrés depuis des centaines d’années.

Par de tels systèmes de pensée, le monde islamique « est en train de se faire des ennemis à travers le monde entier. Aussi, 1, 6 milliard de gens (dans le monde musulman) en viendraient à tuer les 7 milliards du monde entier ? C’est impossible… nous avons besoin d’une révolution religieuse ».

Les radicaux – et les opposants islamistes d’al-Sissi, qui ont de nombreux adepyes religieux – ont dénoncé avec colère les propos d’Al-Sissi, en affirmant qu’il tentait de coroompre la religion. Même les Laïcs, qui devraient, normalement, aider à promouvoir une interprétation plus moderne de l’Islam, ont froncé les sourcils, quant à l’approche statique d’al-Sissi, face à un problème aussi compliqué. « Une révolution approuvée par l’Etat ? », s’interroge Amina Khairi, éditorialiste au sein du journal al-Watan, généralement favorable à l’Etat.

Et même des responsables religieux proches de l’Etat repoussent l’idée de l’emploi du mot « révolution » et toute idée d’un changement radical.

Affifi, d’Al-Azhar, a déclaré à l’AP qu’Al-Sissi ne voulait pas dire qu’il fallait changer les textes – un point qu’al-Sissi a rapidement tenu à rendre clair, lors de son discours.

« Ce que le Président a voulu dire, c’est qu’il nous faut aboutir à une lecture contemporaine des textes religieux, pour faire face à notre réalité contemporaine », a précisé Affifi, qui est secrétaire-général du Centre de Recherche Islamique. Le centre est un organisme d’Al-Azhar, responsable de l’étude des thèmes islamiques et de la formation de prêcheurs capables d’expliquer les affaires religieuses, à l’attention de la police, de l’armée, des écoles, du gouvernement et des entreprises privées. Il est aussi responsable de la censure.

Il a déclaré qu’Al-Azhar travaille déjà depuis des mois autour d’une telle campagne, à la suite des appels à la modernisation de la foi qu’a fait Al sissi, depuis sa campagne présidentielle de mai. Des Commissions examinent les manuels utilisés dans le vaste réseau des hautes écoles et des universités qu’Al Azhar dirige à travers toute l’Egypte, afin de supprimer des choses qui « n’ont pas leur place dans la vie moderne ». Les textes portant sur l’esclavage et le refus de saluer les Chrétiens et les Juifs, par exemple, ont été supprimés.

Affifi affirme que les postures autour de problèmes comme l’esclavage, le Jihad et les relations envers les non-Musulmans ont été adoptées par des érudits il y a cinq cent ans, dans un contexte politique et historique particulier. « Il s’agissait des opinions des savants, mais ces interprétations n’ont rien de sacré ».

Il s’agit aussi d’une poussée visant à encourager un nationalisme que les dirigeants perçoivent comme un sentiment religieux trop modéré. Cette semaine, al-Sissi a assisté aux offices de Noël des Chrétiens orthodoxes coptes d’Egypte et il a déclaré que les Egyptiens ne devraient pas se percevoir comme Chrétiens ou Musulmans, mais d’abord comme Egyptiens.

Le Cheikh d’Al Azhar a lancé une campagne, au sein des écoles et des universités, pour promouvoir le message disant que « l’amour de la Nation fait partie intégrante de la foi », selon Affifi. Al-Azhar projette aussi d’introduire un cours de culture islamique totalement rénové dans toutes les universités d’Egypte, d’après Affifi.

Les Frères Musulmans

Pour Al Sissi, son élan vers la modernisation n’est pas seulement lié à la violence des groupes extrémistes au Moyen-Orient et à travers le monde. Il s’enracine aussi profondément dans sa rivalité politique avec les Frères Musulmans. Al-Sissi, alors chef de l’armée, a mené le renversement d’un Président élu issu des Frères Musulmans, en juillet 2013, et depuis lors a frappé dur dans la répression des Islamistes, faisant des centaines de tués dans des combats de rue et des milliers de prisonniers.

Pour contrer les prétentions des Islamistes au monopole de la religiosité, al-Sissi s’est présenté, tout au long de sa montée en puissance, comme un promoteur pieux d’un courant majoritaire d’Islam modéré.

En même temps, son gouvernement a montré assez peu de tolérance envers la dissidence d’où qu’elle vienne. Cela soulève un problème majeur avec sa « révolution religieuse » – le contrôle de l’Etat sur la réforme religieuse risque juste de l’étouffer. Al-Azhar a toujours prétendu être le bastion de l’Islam « modéré », mais elle a condamné au silence les réinterprétations progressistes et libérales, au moins aussi souvent que les radicaux le font.

« Toute modernisation religieuse se fera, en définitive, contre l’avis d’Al Azhar, puisque c’est la forteresse conservatrice du système », affirme Amr Ezzat, chercheurs sur les questions religieuses du mouvement de l’Initiative égyptienne pour les Droits Individuels ». « L’Autorité de la religion sur la vie moderne et les lois est, précisément, le point qui doit être revu de fond en comble. Ce dont nous avons le plus besoin c’est de la liberté d’avoir un discours religieux pluraliste permettant d’enrichir la discussion, parce que, comme cela se présente, c’est le pluralisme qui est hors-la-loi ».

Le contrôle d’al Azhar par l’Etat rend bien moins probable que les plus vulnérables au Jihadisme puissent essayer d’entendre ce message.

Associated Press

Israel News

Voir enfin:

Des intellectuels de confession musulmane appellent à une «révolution» dans l’islam
Laure Mandeville
Le Figaro
13/01/2015 à 19:45

Pour Naser Khader, ancien membre du Parlement danois d’origine syrienne, «les islamistes radicaux sont les nazis de l’islam». Il estime que les musulmans sont à même de les combattre.
Ce dimanche, dans le New York Times, 23 intellectuels musulmans influents des États-Unis, du Canada et de Grande-Bretagne, soutenus par le Gatestone Institute, ont signé un appel vibrant à une «réforme de l’islam». «Que peuvent faire les musulmans pour se réapproprier leur “belle religion”», s’interrogent-ils, soulignant que les massacres, les décapitations et mutilations perpétrés par l’État islamique, les prises d’otages de jeunes filles innocentes orchestrées par Boko Haram ou la mise en esclavage de chrétiens en Irak sont autant de crimes menés au nom d’Allah. «Notre déni et notre silence relatif doivent cesser», écrivent ces personnalités.

«Nous devons nous engager dans la promotion de réformes quand nécessaire, y compris une réinterprétation honnête et critique des écritures et de la charia, utilisées par les islamistes pour justifier la violence et l’oppression.» «La théocratie est un échec prouvé», disent-ils encore. «Le chemin vers la justice et la réforme doit se faire à travers la liberté», ajoutent ces musulmans laïcs, dévoués à la cause de la démocratie. Un propos bien éloigné du discours généralement entendu dans le monde musulman, selon lequel l’islam n’a rien à voir avec les dérives terroristes de certains de ses membres.

Parmi les signataires, se trouve notamment Naser Khader, un ancien membre du Parlement danois, d’origine syrienne, qui y a créé une association «des démocrates musulmans» pendant la crise des caricatures de 2006. Aujourd’hui chercheur au Hudson Institute de Washington, Khader est bien placé pour mesurer la gravité du défi qui se pose à l’Occident et à l’ensemble du monde musulman. Il a été très actif après 2006 au Danemark pour défendre le point de vue des musulmans laïcs contre la domination médiatique des radicaux islamistes. «J’en avais marre de leur monopole sur ce que doit être l’islam, c’était toujours eux que les journalistes allaient interviewer dans les mosquées, mais nous, les musulmans laïcs, avons notre mot à dire.» Il connaissait très bien les journalistes de Charlie Hebdo pour avoir témoigné à leur procès et aussi reçu un prix de la laïcité de la Mairie de Paris, dans le jury duquel figuraient presque tous les journalistes de Charlie.

La démocratie doit venir avant la religion
«J’ai essayé de créer des ponts. Ce que j’ai toujours expliqué aux musulmans, c’est que les Danois n’aiment pas ceux qui haïssent la liberté. Mais si vous êtes pour la liberté, vous serez toujours bien accueilli. Le fossé n’est donc pas entre promusulmans et antimusulmans, mais entre démocrates et antidémocrates», affirme Khader. «La démocratie doit venir avant la religion comme principe organisateur de la société», ajoute cet homme qui reçoit régulièrement des menaces de mort.

Naser Khader sait que seulement 20 % des musulmans danois sont d’accord avec lui, selon un sondage réalisé il y a quelques années. Mais il insiste pour qu’«une bataille s’engage à l’intérieur de la maison islam» afin que prévalent ces idées. «Pour moi, les islamistes radicaux sont les nazis de l’islam. Les gens les mieux placés pour les combattre sont les musulmans, nous devons être en première ligne. Actuellement, mon camp est petit, de même que celui des extrémistes, et au milieu il y a 80 % de gens passifs et silencieux, qu’il faut convaincre de nous rejoindre pour mener cette révolution», analyse l’ancien député, soulignant que pas un religieux n’a signé son appel pour l’instant.

Naser Khader affirme qu’Obama et Hollande«n’aident pas» en répétant sans cesse que les terroristes n’ont rien à voir avec l’islam. «Je ne suis pas d’accord. C’est l’islam aussi. En refusant de le reconnaître, les Occidentaux ne nous rendent pas service, à nous les musulmans démocrates. Car comment se battre si on n’identifie pas clairement l’ennemi?» Naser Khader se dit en revanche favorablement impressionné par les récentes déclarations du président égyptien al-Sissi qui a appelé à une révolution dans l’islam. «Il faut qu’il aille plus loin, dit-il. Qu’il explique qu’on ne peut continuer de tolérer que les juifs soient traités de singes et les chrétiens de cochons dans les mosquées égyptiennes.» «Il est très important que le pouvoir politique donne l’exemple, car les grands centres théologiques comme l’université al-Azar ne bougeront que s’ils se sentent soutenus», conclut Khader.

Voir par ailleurs:

Abdennour Bidar sur la nécessaire réforme de l’islam : « L’autocritique est la porte de la renaissance »
Abdennour Bidar, philosophe musulman français,

Le 13 octobre 2014,le philosophe musulman français Abdennour Bidar publiait dans l’hebdomadaire Marianne une Lettre ouverte au monde musulman (1) où il expliquait que l’indignation des musulmans face à  Daech (traduite par le mouvement «Not in my name») ne suffit plus, que le monde musulman doit cesser d’accuser l’Occident de ses maux, entamer son autocritique et réformer l’islam en profondeur – en légitimant la libre pensée. Dans un entretien accordé à Aujourd’hui le Maroc le 25 octobre 2014, (2) Abdennour Bidar développe sa vision d’un islam spirituel du XXIème siècle. Extraits :

Entre islam traditionnel et renonciation à la vie spituelle, une troisième voie est possible : celle d’un rapport libre à la religion (3)

Abdennour Bidar : J’appelle la culture de l’Islam à se réformer parce que je crois que nous devons sortir de l’alternative où nous sommes actuellement enfermés: soit garder l’Islam de la tradition, soit renoncer à la vie spirituelle. Une troisième voie est possible qui est d’imaginer une nouvelle vie spirituelle, un nouveau rapport à l’Islam, plus libre, plus personnel, plus en phase avec notre temps. Un Islam qui reconnaît le droit à chacun d’entre nous de choisir en son âme et conscience le musulman ou la musulmane qu’il veut être – sans jugement d’autrui, sans contrôle des uns sur les autres mais dans une reconnaissance et une tolérance pour la diversité interne de nos rapports à la religion.

Je crois en cette évolution parce que c’est ce à quoi aspirent aujourd’hui les jeunes générations : elles veulent un Islam libre, compatible avec la démocratie, les droits de l’Homme, l’égalité des femmes et des hommes, le respect du pluralisme des croyances religieuses et de toutes les convictions. C’est comme cela que j’espère convaincre le monde musulman : non pas en proposant le discours abstrait du philosophe mais en m’adressant directement à l’esprit et au cœur de chaque conscience musulmane, en répondant à ce qu’elle attend elle-même, c’est-à-dire un nouveau rapport à la culture, à la tradition, aux coutumes, un rapport libéré de tous les poids du passé…

« L’Occident est ‘sorti de la religion’ par la mauvaise porte, celle de l’abandon de la vie spirituelle, et les musulmans peuvent prendre une voie différente qui serait la régénération d’une vie spirituelle pour le XXIe siècle »

A cet égard j’entends souvent des musulmans me dire merci, «vous dites tout haut ce que beaucoup pensent tout bas» et vous nous donnez confiance dans notre droit à vouloir un autre islam qui n’a rien à voir avec le wahhabisme, le salafisme, le traditionalisme, et toutes ces fausses solutions qui voudraient ressusciter un passé imaginaire. Je crois que l’Occident est «sorti de la religion» par la mauvaise porte, celle de l’abandon de la vie spirituelle, et que les musulmans peuvent prendre une voie différente qui serait la régénération d’une vie spirituelle pour le XXIe siècle.

On me dit souvent, «vous les Occidentaux ne regardez que les terroristes, mais c’est l’arbre qui cache la forêt». Alors moi je demande : «Mais dans quel état est la forêt ?». Dans quel état est l’Islam dans son ensemble ? Dans quel état moral, social, politique, spirituel ? Je vois que c’est un monde qui souffre de multiples maladies, dont les groupes terroristes ne sont que le symptôme le plus grave, le plus visible. Mais derrière, il y a le traditionalisme, le littéralisme, le dogmatisme, c’est-à-dire tout ce qui transmet une sous-culture religieuse faite de taqlid, de répétition des traditions sans aucune éducation de l’individu à la réflexion personnelle: «Le Coran a dit, point», «la Sunna a dit, point». Tout ce que je dénonce dans mes livres comme une confusion entre Islam et soumission, religion et soumission. Mais Allah ne veut pas des esclaves ! Il veut des rois! Il a demandé aux anges de se prosterner devant Adam, dans la sourate Al Baqara. Et il a élevé Adam au rang de calife, chargé d’administrer l’univers avec justice. L’être humain est «Abderrahmane», «au service de la miséricorde»: c’est lui le roi de la terre qui fait exister la miséricorde divine sur la Terre. Il a été créé avec cette souveraineté et c’est pour cela qu’il est un être spirituellement libre: c’est à chacun de nous de choisir comment il veut servir la miséricorde. «La ikraha fi Din !»

« Ne pas laisser quelqu’un d’autre choisir mon islam à ma place. Refuser les discours de haine, de violence, de guerre, d’intolérance, de soumission et de domination »

Je suis philosophe, ce qui veut dire que pour moi c’est un combat de fond : au niveau des idées, et du «fond d’écran» de la civilisation de l’Islam. Ce fond d’écran c’est l’ensemble des fondements de notre spiritualité. Voilà ce qu’il faut revoir, il faut tout refonder, tout reprendre depuis le début que chacun relise aujourd’hui le Coran comme s’il venait de lui être révélé. Ne pas laisser quelqu’un d’autre choisir mon Islam à ma place. Refuser les discours de haine, de violence, de guerre, d’intolérance, de soumission et de domination. Entrer, comme le disait au XIIIe siècle le cheikh Al Akbar, Muhyiddin Ibn Arabi, dans une religion de l’amour.

[B]eaucoup de musulmans (…) sentent que le moment de l’autocritique est venu, parce que l’autocritique est la porte de la renaissance! Mais il faut que tous ces musulmans osent se mobiliser, osent agir, ne serait-ce qu’au niveau le plus modeste de l’éducation spirituelle qu’ils donnent à leurs enfants, et du modèle qu’ils donnent en société, en faisant la preuve par leur comportement de tous les jours d’une vie spirituelle à la fois riche et ouverte, profonde et tolérante, de telle sorte que, à la fois, l’image extérieure de l’Islam change, et que de l’intérieur ce soit une spiritualité de paix et d’approfondissement qui l’emporte. A cet égard, il y a beaucoup à prendre dans notre héritage soufi : un Islam discret, fait de vertus (générosité, désintéressement, tolérance) et de méditation profonde sur la beauté de l’univers, le mystère du cœur humain et de la présence qui s’y cache. L’Islam n’est pas dans les apparences – le vêtement, la barbe, etc. –, il est dans le secret d’un cœur ouvert aux autres, à la fraternité humaine avec tous nos frères humains de toutes couleurs et cultures. Il est dans la niya, l’intention de bien agir et de trouver le chemin de la sagesse. (…)

Le soufisme est le cœur spirituel de l’Islam. Il est à la fois malade et vivant. Il n’échappe pas à la dégradation spirituelle générale de l’islam du passé. Mais il contient toujours des germes de sagesse pour demain. Je prendrais volontiers une image : il y a dans le soufisme des graines de sagesse qui n’ont encore jamais été utilisées, qui sont restées inconnues pendant tous les siècles qui précèdent depuis la naissance de l’Islam. Aujourd’hui les sages ont reçu l’ordre – idhn, la permission divine – de les semer dans les cœurs et dans les sociétés, et nous allons tous être surpris des fruits et des fleurs qu’ils vont donner. Ce sera un nouveau Jardin spirituel que nous n’arrivons même pas à imaginer encore aujourd’hui. (…)

« [Le Printemps arabe] s’inscrit dans un processus à long terme : le monde musulman est en train, au prix de convulsions énormes, de s’arracher à son passé »

[Le Printemps arabe] s’inscrit dans un processus de long terme, à l’échelle de décennies et de siècles : le monde musulman est en train, lentement mais sûrement, et au prix de convulsions énormes, de régressions terribles parfois, c’est-à-dire de tragiques retours en arrière, de s’arracher tout de même à son passé, et de cheminer vers ce que mon ami le penseur Souleymane Bachir Diagne appelle l’équilibre entre la fidélité et le mouvement, l’équilibre entre le recueillement des héritages et l’invention de l’avenir. Ayons confiance, et essayons d’assumer chacun sa part de responsabilité dans cet immense processus en cours !

(1) Lettre ouverte aux musulmans, le 13 octobre 2014 :  http://www.marianne.net/Lettre-ouverte-au-monde-musulman_a241765.html

(2) Consulter l’interview intégrale sur Aujourd’hui le Maroc : http://www.aujourdhui.ma/maroc/societe/abdennour-bidar-%C2%ABpour-une-reforme-sereine-et-profonde-de-l-lslam%C2%BB-113861#.VFnwpzSsVUk

(3) Les sous-titres ont été ajoutés par la rédaction.

Voir de même:

Le Collectif contre l’islamophobie en France: un islamisme à visage humain?
Jean-Christophe Moreau

Huffington Post

27/12/2014

Suite à la présentation de notre essai Islamophobie, la contre-enquête par Caroline Fourest sur France Culture et à son émission Cahiers de doléances consacrée au racisme anti-musulman, un communiqué du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dénonce la « forfaiture intellectuelle » de l’ennemie préférée des intégristes de tous bords.

Le CCIF s’y défend, avec beaucoup de véhémence, d’avoir jamais cherché à « disqualifier toute vigilance envers l’intégrisme ou le terrorisme », selon l’expression de cette dernière. Son seul objectif, assure-t-il, est « non pas [d’]étouffer toute critique de l’islam, ou [de] réclamer un traitement de faveur […] mais [de] repousser la diabolisation des musulmans, [de] faire rétablir dans leurs droits les victimes d’une nouvelle forme de discrimination. »

Créé en 2003, le CCIF entretient d’excellentes relations avec l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), laquelle s’inspire de l’idéologie des Frères musulmans égyptiens. Il exerce principalement deux fonctions : un travail de recensement des « actes islamophobes » à partir des dépôts de plaintes et des signalements qui lui sont directement rapportés, et une mission d’information et d’assistance juridique auprès des victimes.

Reconnu d’intérêt général en juin 2011, le CCIF est également membre consultatif du Conseil économique et social des Nations unies depuis septembre 2011. L’inventaire des « actes islamophobes » recensés par le CCIF a, curieusement, disparu de ses rapports annuels depuis cette consécration… Or, c’est en investigant sur eux que l’on saisit sa double nature. Car si l’association lutte contre des violences et des discriminations bien réelles (principalement liées au port du voile), elle profite de ce combat légitime pour faire avancer des causes plus suspectes.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder de plus près certains des actes dénoncés par le CCIF entre 2003 et 2011.

En juillet 2004, il signale la « fermeture d’une école coranique à Grisy-Suisnes ». L’école en question avait été ouverte illégalement et, surtout, sa fermeture était consécutive à l’agression de trois journalistes par quatre personnes, dont son directeur, Mohamed Hammami, expulsé en 2012 suite à des prêches incitant au djihad et à la haine envers les Juifs.

En octobre 2006, il s’indigne d’un « rassemblement d’élus et de personnalités à Lyon contre la venue de Hani Ramadan »… dont on rappellera simplement qu’il a justifié l’application des châtiments corporels prévus par la charia, vantant entre autres les vertus dissuasives de la lapidation.

En mars 2007, il dénonce la « demande de fermeture de la mosquée de Noisy-le-Grand car les voisins de la mosquée se plaignent de voir des « barbus » ». Une fois encore, le lieu de culte a été ouvert en violation des règles d’urbanisme par une association salafiste refusant tout droit de visite aux autorités.

Le dernier exemple que je citerai, parmi des dizaines d’autres, mérite une attention particulière, tant il atteste du degré de mauvaise foi que peut atteindre le CCIF. En juillet 2012, il dénonce le licenciement, à Gennevilliers, de quatre animateurs qui, en période de Ramadan, refusaient de s’alimenter pendant leur travail. Le licenciement s’appuyait sur une clause ajoutée par la mairie au contrat de travail de tous les animateurs – leur imposant de « veiller à ce que les enfants et eux-mêmes se restaurent et s’hydratent convenablement » – après qu’une animatrice pratiquant le jeûne avait fait un malaise et provoqué un accident de la route dans lequel furent blessés plusieurs enfants.

Alors que le licenciement était manifestement lié à des considérations de sécurité, le CCIF a joué la surenchère en affirmant qu’« identifier le jeûne comme altérant la capacité au travail est […] stigmatisant et insultant pour l’ensemble des musulmans dans le monde ».

On comprend bien qu’à ses yeux, tout acte défavorable à un musulman, quelle que soit sa justification, peut être dénoncé comme « islamophobe ». Il n’a pas seulement l’ambition de repousser la diabolisation des musulmans, mais aussi celle de sanctuariser la supposée communauté musulmane contre certaines interventions de l’État.

Quitte à disqualifier au passage la lutte contre la menace terroriste. Ainsi, deux semaines après la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le porte-parole du CCIF affirmait que la focalisation des autorités sur le terrorisme islamiste était « statistiquement irrationnelle » au regard du nombre d’actions commises, par exemple, par les mouvements séparatistes. Lorsqu’on apprend, en étudiant les rapports d’Europol (Office européen de police), que 70 % des victimes du terrorisme en Europe au cours de la dernière décennie ont péri dans des attentats islamistes, on est en droit de s’interroger sur la probité du CCIF. La lutte contre le terrorisme – malgré certains excès – n’est pas le fruit d’un préjugé anti-religieux ou d’un racisme déguisé. Elle répond à une menace bien réelle.

Le racisme anti-musulman est une réalité en France. Les préjugés envers l’islam sont tenaces et, souvent sous prétexte de défendre la laïcité, peuvent devenir sources de violences ou de discriminations. Ils prennent en partie racine dans notre roman national, où la religion musulmane a longtemps servi de croquemitaine civilisationnel. Mais le poids de la mémoire n’explique pas tout. L’actualité internationale – et parfois nationale – nous rappelle avec une brutalité chronique que la méfiance envers l’islam, ou certaines de ses dérives, ne relève pas uniquement des stéréotypes qui y sont associés, surtout lorsqu’il est question d’islam politique ou de condition féminine.

Pour ne pas être qu’une étape dans le naufrage de l’antiracisme, la lutte contre le racisme anti-musulman doit donc naviguer entre de nombreux écueils idéologiques, et commencer par rompre avec l’idée qu’on peut mater les préjugés racialistes à coups de tabous médiatico-politiques.

Or, avec le CCIF, ce changement de paradigme n’est pas pour demain. L’association, en liant la lutte contre l’islamophobie à un déni de l’intégrisme, de la menace islamiste, bref de la crise que traverse l’islam, attise la défiance à l’égard des musulmans. Elle offre à la pensée racialiste son alibi préféré : le soupçon du communautarisme, l’idée que l’Autre agit en fonction d’intérêts distincts de ceux de la communauté nationale, en plaçant en l’occurrence le respect de la religion au-dessus de toute autre considération. Ce qui, l’évidence sociologique démontrant qu’il n’en est rien, revient à calomnier ces musulmans de France qu’il s’agissait de défendre.

Jean-Christophe Moreau est spécialiste de l’histoire du droit. Il est co-auteur avec Isabelle Kersimon de Islamophobie, la contre-enquête (Plein Jour, 288 p., 19 €, octobre 2014)

Voir enfin:

Juifs, réveillez-vous !
Shmuel Trigano
Actualité juive
21 novembre 2014

Entre la motion de reconnaissance de l’Etat de Palestine » présentée à l’assemblée par les socialistes et les déclarations de la ministre des affaires étrangères européenne, que veut l’Union Européenne, que veut donc la France, leader de la diplomatie européenne, en reconnaissant cet Etat fantomatique et en l’assortissant d’un diktat d’autant plus brutal qu’il fait planer la menace d’un boycott progressif d’Israël qui le mettrait au ban de la planète à l’instar d’un État voyou, un traitement ignominieux que la « vertueuse » Europe n’applique à aucun autre État?

Que cherche-t-elle en engageant Israël dans une impasse suicidaire qui verrait les katiouchas de cet État croupion, forcément irrédentiste et terroriste, tenir en respect la vie civile dans le corridor de Jérusalem, l’aéroport de Lod et toute la mégapole côtière? A réduire sa souveraineté à quémander la protection et la mansuétude de la si « vertueuse Europe »? Que cherche-t-elle en prônant la redivision de Jérusalem, en accusant le peuple juif d’être un colon dans Jérusalem, en se cachant que l’ »esplanade des mosquées », c’est le Mont du Temple, seule raison d’être de ces mosquées? Sinon humilier la dignité du peuple juif qui était prince à Jérusalem quand les Européens vivaient dans les forêts? Que s’acharne-t-elle à obtenir en rejetant les responsabilités de l’agression sur ceux qui en sont l’objet? Que cherche-t-elle à promouvoir en accusant Israël d’un « péché » congénital, celui d’exister sur la terre que l’univers entier, y compris l’islam, assimile au pays des Enfants d’Israël?

EXALTATION OBSESSIONNELLE DE LA CAUSE PALESTINIENNE

Quelle « démocratie » défend-t-elle, elle qui se gargarise de ce mot à longueur de temps, en soutenant financièrement à bout de bras, un pouvoir palestinien corrompu et qui ne tiendrait pas un jour sans l’argent européen? Où est le « peuple en danger » face à une société palestinienne dont tous les organes célèbrent quotidiennement le meurtre des Juifs dans le plus pur antisémitisme ? Que veut-elle en ramenant tous les problèmes du monde, la violence permanente qui émane du monde arabo-musulman à l’encontre de toute la planète, au problème palestinien et à la faute d’Israël? Quel ressentiment la ravage-t-il dans son exaltation obsessionnelle de la cause palestinienne?

Nous savons que cette Europe narcissique et ethnocentrique cultive une morale frelatée, que les pétrodollars du Qatar, celui-là même qui la combat en Afrique et en Irak, l’ont corrompue, que sa compromission avec l’Organisation de la Coopération Islamique à l’ONU et ailleurs, a engagé les sociétés européennes dans un parti-pris pour la cause islamique, que le Dialogue Euro-arabe, d’après le premier choc pétrolier, en 1973 a fait d’elle le champion de la cause palestinienne, que la morgue qu’elle manifeste à Israël est avalée devant la colonisation turque de Chypre, l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, l’esclavagisme du Qatar et de l’Arabie Saoudite, le terrorisme palestinien. Nous connaissons son silence hier sur le génocide au Soudan, sa complicité dans le génocide du Rwanda… « Droits de l’homme »?

Certes, cette Europe-là ne peut que haïr Israël qu’elle perçoit comme la quintessence de ce qu’elle n’a pas la force d’être: assumer son identité, cultiver sa personnalité, avoir un visage face aux autres. Et inutile de se cacher qu’une partie de l’élite israélienne partage ce penchant suicidaire. Au sommet de l’Union Européenne, c’est le néant, depuis que ce nouvel empire se soit dénié ses racines culturelles, évidentes aux yeux de 20 siècles d’histoire, depuis qu’il a eu la faiblesse de se croire incarner le « droit international », les « droits de l’homme », faisant de son néant une occasion d’inflation narcissique, l’autorisant à intervenir sur la planète et à s’ériger en tribunal des peuples. Faisant d’une démission existentielle une célébration!

LA TARTARINADE LIBYENNE

Mais cette Europe qui se croit incarner les droits de l’homme est un facteur de guerre objectif, à la politique aveugle et incompétente. La tartarinade libyenne a détruit en Afrique du centre et du nord l’ordre qui jugulait un terrorisme omniprésent et qui menace maintenant toute l’Europe occidentale. Ses interventions à la remorque de la politique décliniste d’Obama, cette croyance stupide en l’exportation de la démocratie ont détruit totalement la structure du Moyen Orient. Les populations civiles, les alliées naturelles de l’Occident, peuvent bien crever ensuite! L’Europe « humaniste » ne fait pas de service après vente! Son soutien aux Frères Musulmans, à la Turquie califesque ouvre les portes des pays européens aux ravages de l’islamisme. En empêchant Israël d’éliminer le Hamas, elle l’a condamné à rejouer la même guerre tous les deux ans et exposé la société israélienne au meurtre permanent. Et cette Europe-là tolère en son sein un antisémitisme structurel, qu’elle ne peut combattre parce qu’elle a créé les conditions de son développement

Que veut l’Europe? C’est une sorte de vengeance métaphysique qui se trame, inspirée d’un fond archéo-chrétien qui ne peut tolérer que l’Israel éternel se lève à nouveau et à Jérusalem; qui veut le rabaisser, le condamner à une situation stratégique précaire, le vouer à une adversité permanente, piétiner sa souveraineté. L’Union Européenne se livre à une guerre de religion contre Israël et elle fait tout pour l’exciter en Islam. Avec le « peuple palestinien » elle a trouvé un substitut à Israël qui lui permet de réinventer la théologie de la substitution. Ce qu’elle veut faire avec la reconnaissance du pseudo-État de Palestine (sans frontières, sans institution, sans économie viable, sans antécédents nationaux et étatiques sur cette terre et en dépit de ce que dit le droit international en matière de reconnaissance des Etats) c’est tout simplement substituer déjà ce peuple récemment inventé au peuple juif sur la terre de ses ancêtres. Elle donne consistance à un fantôme en lieu et place d’Israël. Et pour ce faire elle tourne en dérision le droit international, elle trahit ses propres traités qui voulaient que cela ne se fasse que dans le cadre des « Accords d’Oslo ». Elle précipite en toute conscience Israël dans une tourmente mortelle.

DÉLIRE MEGALOMANIAQUE

Alors une question se pose: l’Europe en a-t-elle fini avec l’extermination des Juifs entamée au XX° siècle? Car c’est ce à quoi elle voue aujourd’hui le peuple juif! L’Union Européenne dans son délire mégalomaniaque a, semble-t-il, une « doctrine » pour les Juifs qui définit ce qu’ils doivent être. Ses ratiocinations sur la circoncision, la cacheroute, l’antisémitisme, le tout couché dans des « normes » européennes, sa politique israélienne, son discours sur ce que doit être Israël, le financement d’une nuée de ONG israéliennes destinées à subvertir du dedans la souveraineté du peuple israélien, tout cela nous montre bien que l’objectif de l’Union Européenne c’est d’empêcher que l’État d’Israël soit un État souverain, d’amoindrir sa capacité de résistance stratégique face à son ennemi, d’exposer les Juifs de toutes parts à l’adversité. Faire d’Israël, en somme, ce qu’elle voudrait qu’il soit, dans sa grande « mansuétude »: le camp humanitaire des réfugiés de la Shoah…

Juifs réveillez-vous! Votre silence est une complicité. C’est maintenant que se joue l’avenir d’un peuple juif souverain qui déjouera la catastrophe qu’on lui programme!

SHMUEL TRIGANO

*paru dans Actualité Juive du 20 novembre 2014

Voir enfin:

La France angélique est la vraie menace
Ivan Rioufol
Le Figaro

08/01/2015

– Après le massacre de Charlie Hebdo, notre chroniqueur fustige la naïveté des élites politiques et d’une partie des médias face à la menace islamistes.

Le danger islamiste en France? Fantasmes xénophobes! La nation invivable? Élucubrations réactionnaires! Dans l’univers cotonneux de la Hollandie, où les peurs sont bruyamment moquées, l’inquiétude est bannie. L’optimisme d’État est repris par le chœur médiatique, prêt à avaliser les fadaises du Politburo sur le doux vivre ensemble et l’avantageux socialisme. On connaît la fin de l’histoire: mercredi, tandis que la France cédait à la Grande-Bretagne sa place de cinquième puissance mondiale, deux djihadistes faisaient un carnage à Charlie Hebdo (12 morts, dont six fameux journalistes). Une fusillade mortelle éclatait aussi jeudi matin dans une rue de Paris. Bien plus qu’une attaque contre la presse et la liberté d’expression, ces tueries sont une déclaration de guerre à la France. Elles obligent l’État pantouflard à se confronter à ses ennemis intérieurs, qu’il n’ose nommer par angélisme.

Les propagandistes du «Tout va très bien» peuvent mesurer leurs sottises, eux qui brocardent les «déclinistes» coupables de s’affoler de ce qu’ils voient. Depuis le 7 janvier – date qui clôt quarante années de désastres idéologiques – les dénégationnistes sont en sursis. Certes, ils persistent à édulcorer les dangers, obscurcir les causes, désigner de faux coupables. Ils ne peuvent admettre leur responsabilité dans le déclassement de la nation et son éclatement. Le complexe politico-médiatique, qui verrouille encore le Système, va ainsi s’accrocher à son pouvoir, et méchamment. De ce point de vue, 2015 promet son lot de faussetés qu’il faudra combattre. Mais les réalités brutales sont les meilleures alliées de ceux qui somment les autruches de relever la tête, ou de déguerpir.

S’observe, dans la France de ces faiseurs de morale, une odieuse complaisance pour le fascisme qui s’installe dans les cités et qui vient de tuer: tel est le scandale qu’étouffe la bonhomie élyséenne, qui se contente de répéter avec ses perroquets: «Pas d’amalgame!» Le flirt poussé du gouvernement avec l’électorat des banlieues l’empêche de désigner l’islam subversif qui s’y dissimule. Quand Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), reconnaît, le 3 janvier dans Le Figaro: «On est face à un danger islamiste qui pèse sur toute la France. Ce climat global fait fuir les Juifs français (…) La plupart des actes sont le fait de jeunes issus de l’immigration», ce témoignage ne réveille aucune indignation chez les «antiracistes». Ils combattent «l’incitation à la haine», mais uniquement chez ceux qui perçoivent la guerre civile qui vient.

S’il y a un retour aux années 1930, ce cliché qui diabolise les inquiétudes des gens, il est en fait dans l’endormissement des beaux esprits face au totalitarisme vert qui nous provoque. Leur même recherche de l’«apaisement» reproduit les erreurs des «pacifistes» d’hier devant le nazisme. Chez eux se recrutèrent bien des collaborateurs de Vichy. Or c’est cette même voie qu’empruntent les nigauds qui interdisent de prononcer les mots «islam» ou «immigration», de peur de «stigmatiser» une partie de la nouvelle société. Ceux-là sont prêts à se soumettre aux intimidations des fanatiques ou de leurs alliés plus présentables, en cédant sur la liberté d’expression. L’histoire de leur capitulation retiendra que la majorité des médias auront admis la décision d’i-Télé, fin décembre, d’obtempérer au PS qui réclamait la tête d’Éric Zemmour, pour plaire aux islamistes…

Résister à l’épreuve

La France va subir ce qu’endure Israël, cible de l’islam radical. Depuis l’attaque du commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) par un djihadiste, le 20 décembre, les initiatives individuelles s’accélèrent. Quand 7 000 compatriotes juifs quittent la France en 2014 pour éviter le danger islamiste, ils lancent une alerte et font comprendre qu’ils mettent en doute la protection de l’État. Ils ont leurs raisons, à en juger par le clientélisme socialiste qui affiche ses distances avec l’État hébreu: après le vote par les députés d’une reconnaissance unilatérale de l’État palestinien, la France a appuyé à l’ONU la résolution palestinienne réclamant le retrait des «Territoires occupés». C’est Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui a confié en juillet 2014 qu’il aurait été parmi les manifestants propalestiniens s’il n’avait pas été ministre. C’est lors de ces démonstrations que furent criés: «Mort aux Juifs!» et que des synagogues furent prises pour cibles.

La France fatiguée saura-t-elle résister à l’épreuve, qui veut la mettre à genoux? La réponse est assurément non, à considérer l’hébétude des dirigeants et la niaiserie de la gauche pyromane qui, après avoir encouragé le communautarisme, appelle à manifester dimanche contre les effets mortels de la fracture identitaire. Oser demander aux musulmans de France de se désolidariser de l’islam radical qui les caricature est considéré, par les roquets pleurnichards, comme une atteinte insupportable à leur dignité. Le délit d’islamophobie est davantage agité, par les dhimmis, que la judéophobie et la christianophobie qui tuent et poussent à l’exil. La renaissance de la France ne passera donc pas par ces déjà vaincus. Mais la résistance est à portée de main, pourvu que la société civile puisse avoir son mot à dire. La France naguère silencieuse n’a, en effet, aucune intention de se laisser humilier.

La fascination des agonisants

Si le roman de Michel Houellebecq (1), sorti mercredi, a une utilité politique, c’est de mettre opportunément en scène la montée de l’islam en France. Ce sujet tabou est au cœur de la crise qui parcourt l’Europe. Il fait descendre dans les rues, tous les lundis, des milliers d’Allemands qui jugent nécessaire de rappeler à leurs dirigeants qu’ils forment, eux aussi, un peuple aussi respectable qu’un autre. En France, le sujet est généralement dissimulé sous les mots laïcité, cohésion nationale, respect de l’autre et autres euphémismes. Le scénario que propose l’écrivain, l’électiond’un «musulman modéré» à la présidence de la République 2022, n’est pas vraisemblable. Cependant tout ce qui amène à ce basculement civilisationnel sonne juste: la cécité des médias conformistes, les censures opportunes, l’indifférence blasée des «élites» pour la nation et sa culture, la fascination de ces agonisants pour une idéologie conquérante, machiste, sûre d’elle-même. Prophétique?

(1) Soumission, Flammarion

Le sursaut national de la France en guerre
Le Figaro

Ivan Rioufol
16/01/2015

– Loin d’être un simple «selfie collectif», pour Ivan Rioufol, la mobilisation des français face aux attentats marque leur réveil et doit s’accompagner d’une véritable libération de la parole.

Paradoxal «effet Charlie»: le carnage de deux frères djihadistes contre l’hebdomadaire anarcho-satirique a amené la foule, dimanche, à applaudir les forces de l’ordre et à chanter La Marseillaise. La police et la nation, ces épouvantails à «anars», ont été plébiscitées par le peuple. Les Français, par leur mobilisation spontanée (près de quatre millions de personnes, partout dans le pays), ont mis un terme à quarante ans d’angélisme d’État et d’aveuglements médiatiques. Les assassinats commis par Cherif et Saïd Kouachi à Charlie Hebdo, puis par Amedy Coulibaly dans une épicerie kasher (17 tués, dont des journalistes, des policiers, des juifs) ont été commis par trois Français. Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical. Sans vergogne, les pyromanes étaient du défilé.

Ces meurtres obligent donc à prendre conscience des désastres produits par l’échec de l’intégration et par les reculades devant les intimidations de l’islam radical.
L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie. C’est lui qui interdit, depuis les années 1980, d’aborder les thèmes de l’immigration extra-européenne et de l’islam politique qui l’accompagne; ces bombes qu’il va falloir maintenant désamorcer. C’est cette idéologie des bons sentiments qui, par fascination pour l’Autre, cautionne les procès en «islamophobie» qui rendent délictueuse la critique du fondamentalisme, ce nouveau nazisme. C’est elle et ses aboyeurs à carte de presse qui désignent à la vindicte ceux qui ont la naïveté de décrire ce qu’ils voient. Dimanche, les télévisions saluaient les défilés de la «France multiculturelle», alors qu’elle en était majoritairement absente. À Marseille, le préfet s’est même étonné de la faible mobilisation des quartiers musulmans. Le temps des bidonnages est terminé.

L’«antiracisme» officiel, qui a exclu le FN de la marche nationale, a sa responsabilité dans la tragédie.
Se confirme la fracture identitaire que ce bloc-notes ne cesse de décrire: vaine lucidité en regard du champ de ruines qui s’étale. Le «Nous sommes Charlie», slogan désuet lancé dans l’émotion, n’est plus suffisant pour affronter la suite. Elle s’annonce rude. En effet, ce n’est pas seulement à un «selfie» collectif que se sont prêtés les Français, le 11 janvier. Par leur sursaut historique, qui a balayé la prétention des partis à récupérer leur part, les citoyens ont marqué l’acte de leur renaissance. Elle oblige à prendre conscience de leur conservatisme. Celui-ci s’oppose à la contre-société qui s’est développée à l’abri des curiosités. Une partie de la jeunesse des cités a refusé, dans les écoles, de s’associer à la minute de silence. À Châteauroux, un lycéen a été tabassé pour avoir défendu la tolérance et la laïcité. Les soutiens aux Kouachi prolifèrent sur le Net. La violence est, partout, palpable.

Ce n’est pas seulement à un «selfie» collectif que se sont prêtés les Français, le 11 janvier.
La ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, veut «expliquer l’inexplicable» (RTL, le 15 janvier). Mais les explications sont connues. L’antisémitisme chez des élèves musulmans a été exposé dès 2002 dans un livre collectif d’enseignants: Les territoires perdus de la république. Le rapport Obin a décrit en 2004 la montée de l’islam au cœur de l’école.La communauté juive, première visée, n’a cessé d’alerter en vain sur ces périls, singulièrement depuis l’assassinat d’Ilan Halimi (2006), puis les tueries de Mohammed Merah à Toulouse et de Mehdi Nemmouche au Musée juif de Bruxelles. Ces tragédies, annonciatrices du pire, n’ont jamais suscité aucune manifestation d’indignation. Une chape de plomb, politique et médiatique, a voulu étouffer la haine antijuive et antifrançaise qui contredisait les odes à la diversité. Ce déni s’effondre et laisse voir la compromission des belles âmes.

Guérir l’islam de l’islamisme

Manuel Valls a pris sa stature d’homme d’État, mardi, en déclarant devant les députés: «Oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islam radical.» Jusqu’alors, l’évidence était niée par François Hollande, au prétexte de ne pas stigmatiser l’islam (voir mon blog). Cette libération de la parole, voulue par le peuple, est à encourager. Elle est comparable à la glasnost qui a mené à l’effondrement du régime soviétique. Le système, charpenté par les mensonges et les désinformations, n’y résistera pas. Il tente en urgence de renverser les responsabilités et de présenter l’islam comme victime, avec la collaboration de journalistes prêts à larguer la liberté d’expression et la laïcité pour plaire aux cités persuadées d’un complot. Certes, bien des musulmans sont la cible du totalitarisme islamiste. Mais c’est ce cancer de l’islam qui décapite, crucifie, lapide, recourt à l’esclavage au Moyen-Orient. C’est lui qui, en France, tue au nom d’Allah. Le nier est vain.

Cette libération de la parole, voulue par le peuple, est à encourager. Elle est comparable à la glasnost qui a mené à l’effondrement du régime soviétique.
Ce n’est pas l’islamophobie qui a créé l’islamisme, comme le soutient la dialectique victimaire à l’œuvre chez trop de responsables musulmans, incapables de la moindre critique sur les dérives de l’islam. Tout au contraire, ceux-là brandissent ce délit de blasphème dans le but de rendre impossible la survenue d’un islam éclairé. La presse de gauche est complice de ce refus d’aggiornamento. Télérama parle de «jeunes plus ou moins fanatisés», mais pour épingler les catholiques de la Manif pour tous. Il y a pourtant une urgente réflexion à mener sur la lecture littérale du Coran. Dimanche, le rejet de l’islamisme a été le non-dit du réveil de la civilisation française. Les Allemands du mouvement Pediga, qui manifestent tous les lundis, n’ont pas ces réserves. Pour éviter le rejet brutal qui se profile, la proposition de l’UMP d’un nouveau Concordat obligeant les religions à des devoirs est une piste à suivre.

Crise de la politique

Entendre Hollande, mercredi, annoncer que le «rythme de réduction» des effectifs dans la Défense allait être freiné donne une idée de l’improvisation de sa doctrine et de l’impensé de son optimisme. Après avoir reconnu en 2013 qu’il avait sous-estimé la crise économique, il laisse comprendre qu’il avait aussi négligé la crise identitaire et le spectre d’une guerre civile. Cet ajustement décrédibilise un peu plus les dirigeants. Dans la manifestation parisienne, les puissants du monde étaient isolés dans un entre-soi lointain et hermétique. Cette rupture illustre la crise de la politique, claquemurée face au soulèvement de la société civile.

Défendre la liberté d’expression

Et ceci: c’est aussi pour la liberté d’expression que les Français se sont levés. Le pouvoir, qui veut réguler l’Internet et pénaliser des opinions (dont celle de Dieudonné), doit se garder de ce piège qui lui est tendu par le nouveau totalitarisme.


Violences: C’est la polygamie, imbécile ! (Polygamous societies are just more violent, researchers say)

21 décembre, 2014
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Tu ne prendras pas pour autre épouse la sœur de ta femme, car tu provoquerais des rivalités entre elles en ayant des relations avec la sœur, tant que ta femme est en vie. Lévitique 18: 18
C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère. (…) Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 8-14)
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures. Jihadiste français (Etat islamique)
Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part. Militant de l’Etat islamique
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
What do we want? Dead cops! When do we want it? Now! Manifestants de New York (13.12.14)
Plus de 1.000 combattants européens enrôlés dans ses rangs sont revenus dans l’espace Schengen. (…) L’adversaire n’est plus seulement aux portes de l’Europe, il en a franchi le seuil.  [d’où] la nécessité d’intégrer encore plus dans notre réflexion le retour de l’armée de terre sur son milieu naturel, celui du sol national, pour pourvoir y faire face, avec les forces de sécurité, à tous types de menaces dont celles que ces vingt dernières années avaient confinées à l’extérieur. Général Jean-Pierre Bosser (chef d’état-major de l’armée de terre)
C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées. Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration. François Hollande
De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats. Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros). Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant. (…) D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines. Le Figaro
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Certains islamistes peuvent se montrer respectueux des lois et raisonnables, mais ils font partie d’un mouvement totalitariste et, à ce titre, doivent être considérés comme des meurtriers potentiels. Daniel Pipes
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer. Proust
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie. (…) De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. Khalid Chraibi
Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny. The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it. Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. (…)  The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women. Prof. Joseph Henrich (University of British Columbia)
Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives. Science Daily
Selon les données anthropologiques disponibles, environ 85 % des sociétés humaines passées ont permis aux hommes d’avoir plus d’une épouse par un mariage polygame. On pourrait empiriquement penser que l’accroissement de la richesse des « élites » devraient favoriser encore plus les mariages polygames18. Or, la tendance est contraire : le mariage monogame s’est propagé à travers l’Europe, et plus récemment dans le monde, même chez les « élites », alors même que les écarts de richesse ont grandi. Peter Richerson et son équipe (Université UC Davis, Californie) ont utilisé les données criminologiques disponibles pour comparer sociétés polygames et monogames. Elles laissent penser que les cultures monogames connaissent moins de viol, d’enlèvement, assassinat et maltraitance d’enfants, et d’autres crimes que les sociétés polygames. Comparativement, selon cette étude, l’institutionnalisation du mariage ou couple monogame semble apporter plus d’avantages nets pour la société. Une explication proposée par les auteurs est que dans les sociétés polygames, de nombreux hommes sont contraints au célibat et laissés pour compte, avec moins d’espoir de pouvoir vivre avec une femme. Ils seraient alors plus susceptibles de violence et de comportements asociaux ; Peter Richerson pose l’hypothèse que la monogamie institutionnalisée est associée à un modèle culturel mieux adapté au monde moderne, réduisant la compétition intrasexuelle chez les jeunes, et réduisant par suite le taux de criminalité (dont en termes de viol, assassinat, agression, vol et fraude, ou de certains abus personnels) tout en diminuant les écarts d’âge entre conjoints, la fertilité, et l’inégalité des sexes et en déplaçant les efforts des hommes de la recherche d’une épouse vers plus d’investissement paternel, et une meilleure productivité économique. Peter Richerson estime qu’en augmentant le degré de parenté au sein des ménages, la monogamie normative réduit les conflits intra-ménage, et conduisant= à moins de négligence envers les enfants, moins d’abus, de mort accidentelle et d’homicide. Wikipedia

Viols, enlèvements, assassinats, maltraitance d’enfants, vols, fraudes, inégalités homme-femme …

A l’heure où après avoir exposé au monde, dans les textes sacrés les plus violents de l’histoire de l’humanité et d’Abraham à Jacob et de David à Salomon, tous les travers et méfaits imaginables des relations homme-femme …

Et démontré enfin avec la monogamie tout le bien-fondé d’une singularité judéo-chrétienne que nos élites s’étaient imposées contre leurs intérêts immédiats mêmes …

Nos sociétés dites avancées n’ont pas de mots plus durs pour la source de leurs avancées …

Et, après l’exaltation de la sérialité (polygamique ou monogamique) et du métissage, nous matraquent à présent avec l’aberration du « mariage homosexuel » …

Pendant qu’entre enlèvements, ventes et massacres de femmes et d’enfants et du Proche-Orient au Sous-continent indien et en passant par l’Afrique, la religion de paix et d’amour démontre chaque jour un peu plus malgré les premiers revers le véritable fond de sa pensée …

Et que poussés au passage à l’acte par la  fureur djihadiste ou la victimose ambiante et leur faisant éprouver à leur tour ce que subit depuis des années Israël, s’installent durablement en leur sein même, de New York à Ottawa et de Sydney à New York ou de Tours à Dijon, une véritable classe de perdants

Comment ne pas voir avec une récente étude canadienne …

L’une des évidentes sources, via le surplus de jeunes désoeuvrés et frustrés qu’elle produit, de la violence spécifique des sociétés musulmanes

A savoir sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin suite à leurs incessantes guerres …

La tolérance de la polygamie ?

Monogamy reduces major social problems of polygamist cultures
Science Daily
January 24, 2012

Source:
University of British Columbia
Summary:
In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage. That is a key finding of a new study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

Voir aussi:
Biblical Polygamy Does Not Turn out Well

Curated by Mike Schultz

Though polygamy is clearly allowed in the Bible, it almost always leads to really bad situations. Of the three religions coming out of the Bible, Christianity (early) and Judaism (much later) ended polygamy while Islam continued it.

Jacob Marries Two Sisters: Rachel and Leah
Source: biblegateway.com

There are several stories of polygamy in the Bible, and they almost all turn out badly.

In Genesis 29 (see this article attached to this learning for the complete story), Jacob has fled Canaan from his murderous brother Esau after deceptively obtaining Esau’s blessing from Isaac. He makes his way to Haran, to his uncle Laban’s house. There he ends up marrying Laban’s two daughters, Leah and Rachel, as well as their two handmaidens, Bilhah and Zilpah. But he only married Leah because he was tricked into it, and as verse 29:31 records, Leah was hated. Some translations offer the nicer « unloved » or « not loved, » but the literal Hebrew is quite clearly hate.

Reading through this chapter, and the explanations that Leah gives to the names each of her children receives, it’s heart-wrenching to see what it can be like for one wife when a different wife is clearly preferred by her husband. And when they’re sisters, of course, it’s that much worse.

This dynamic doesn’t end – the children of Rachel are preferred by Jacob to the children of Leah, leading to a lot of resentment and ultimately the brothers’ selling Joseph (Rachel’s son) down to Egypt.

Later on in the Bible, the reality that it’s not such a good idea to marry two sisters is turned into a proper prohibition:

« You shall not take a woman as a wife after marrying her sister, as her rival, to uncover her nakedness beside the other during her lifetime. » (Vayikra 18:18)

Abraham, Sarah and Hagar: Hagar Is Banished
Source: torah.org

A couple of generations earlier, Abraham’s wife, Sarah, who he loves, is barren for many years. So she suggests that Abraham take her maidservant, Hagar, as his second wife. But she ends up regretting it pretty quickly, as Hagar starts disrespecting her from the moment that she becomes pregnant. In two separate episodes, Sarah demands that Abraham banish Hagar, first when she is pregnant and then after Hagar’s teenaged son, Ishmael, is mistreating Sarah’s young son, Isaac (don’t let the image trick you – Ishmael is 13 years older than Isaac, not the same age as in this painting). In each case, Hagar and Ishmael almost perish in the desert but are miraculously saved.

So Sarah and Hagar did really poorly as co-wives. This post retells the full story and suggests based on a rabbinic source that Sarah acted inappropriately. Here maybe the message is not to marry your wife and her servant.

Very interestingly, after Sarah dies, the midrash suggests that Isaac took an unusual step. Abraham’s servant was off searching for a wife for Isaac. Isaac, according to the midrash, felt that the least he could in return was make sure his father wasn’t alone. So in Genesis 24:62, he went to the Well of the Eternal One Who Sees, the well named by Hagar after her miraculous salvation. Why did he go there? The midrash suggests that this is where Hagar went to live after having been sent away the second time. (Interestingly, I believe Islam says the same thing – this is the Zamzam well outside of Mecca.) And Isaac went there to bring Hagar back to be his father’s wife once more.

So there you have quite a co-wife dynamic: the son of the preferred wife encouraging his father to remarry the rejected wife after his preferred wife passes away. And then after Abraham dies, it says in 25:11 that Isaac went back to the Well again, to ensure that Hagar remains part of the family.

Rival Wives: Hannah and Peninah
Source: biblehub.com

Even when there’s no prior relationship between two wives, it still can go quite badly. In the beginning of the Book of Samuel, as you can read in this post, Elkanah has two wives, and as usual the one he loves better (Hannah) is barren while the one he loves less (Peninah) has kids. And just as this painting captures, Peninah does not hesitate to torture Hannah with incessant reminders of her barrenness.

In Biblical Hebrew, the word tzarah means both « trouble » and « co-wife. » So that makes it pretty clear, I’d say – no illusions here about whether co-wives were likely to get along happily.

King David & King Solomon and Their Many Wives
Source: mechon-mamre.org

When it came to the kings, they can’t say they weren’t warned. Deuteronomy 17:16-17 warns, « The king must not acquire great numbers of horses for himself or make the people return to Egypt to get more of them, for the Lord has told you, « You are not to go back that way again. » He must not take many wives, or his heart will be led astray. »

King David took at least 22 wives and concubines, and suffered greatly from the infighting as to who would inherit his throne.

But King Solomon’s story offers more of a warning. This learning takes you to I Kings 11, where we read of King Solomon’s 1000 wives (which doesn’t include the Queen of Sheba, pictured here, with whom he had a more ambiguous relationship, but the Ethiopian Orthodox Church claims descent from their union, as well as the resulting possession of the holy Ark of the Covenant).

Just as Deuteronomy warned, they lead him astray, building sites of idol worship in his old age, as a result of which he is punished by having the kingdom torn in two in the next generation.

Why (and When) Did Christianity Outlaw Polygamy?
Source: en.wikipedia.org

If polygamy was so clearly allowed in the Hebrew Bible, how did it come to pass that the early Church prohibited it?

You could say they were good readers of the Hebrew Bible and saw how this didn’t go so well. But this Wikipedia article suggests that a major driving force may have been the fact that Roman marriage had to be monogamous. And since Christianity began within the Roman empire, that may well have had a major impact.

As you can see in this article, there is debate as to what the Christian Bible has to say about polygamy. Though there are several Biblical passages that seem to outlaw it, none of them are 100% clear, leaving open the possibility that the Christian prohibition came only after the Bible.

TLC’s Sister Wives: Mormonism and Polygamy
Source: learni.st

It’s well known, thanks to shows like Big Love and the TLC’s series of documentaries of real-life families, that an offshoot of the Mormon church still practices polygamy today.

This  documentary from Discovery highlights TLC’s « Sister Wives »  featuring Kody Brown and his four wives. There’s also an interesting learning about the history of polygamy in the US and the original position of the Mormon church on the question.

Finally, there’s a learning that looks at this issue from a totally different perspective. Many traditional African societies today have polygamy, and in this learning the author argues why polygamy is a good thing.

Maasai Tribe: The Meaning of Love & Polygamy
Source: youtube.com

From the BBC show « Tribal Wives » (where British women get integrated into indigenous tribes around the world), this video provides some interesting perspective on polygamy. If marriage is not about love but about successfully running a household, then polygamy could take on a totally different feel. In the Bible, it kind of feels like marriage is about both love and practicality, or sometimes one and sometimes the other.

Does Jewish Law Forbid Polygamy?
Source: chabad.org

In Judaism, there’s no mention of polygamy in the rabbinic period (~2000 years ago), so it seems to have been a permitted but very uncommon practice. But 1000 years ago, the head of the Ashkenazi (Northern European) Jewish community, Rabbeinu Gershom, put out a new decree. Among other things (like forbidding reading other people’s mail), Rabbeinu Gershom outlawed polygamy.

This article suggests 5 different reasons for Rabbeinu Gershom’s decree, most of them to do with ensuring greater happiness within the home, either because of infighting between the wives or a husband not being nice to all his wives or just because of the financial strain.

However, this decree did not apply to the Sephardic Jewish communities in Spain and later on North Africa and the Middle East.

Jewish Polygamy
Source: jewishencyclopedia.com

This 1906 entry from the Jewish Encyclopedia gives a very thorough look at polygamy in Judaism, from a close reading of the Bible (When did polygamy start? What was the ideal, as represented by Adam and Eve? Why did the Judges take multiple wives? Why did the Prophets not do so?) through the rabbinic period and into the last millenia. Polygamy in the Sephardic world was certainly rare, but it remained a possibility until recent years, when there were basically almost no Jews left living in countries that permitted polygamy.

Why Polygamy Is Allowed in Islam
Source: patheos.com

This blog post written by a Muslim woman attempts to explain the underlying reason behind Islam’s allowing a man to take up to four wives. In addition, she offers suggestions to the women for how to make it work.

In Islam, explicit in the Quran and Hadith (oral teachings of the Prophet Muhammad), a man is allowed to marry up to 4 women. It’s neither encouraged nor discouraged, just allowed. The author argues, based on the context in the Quran of these teachings, that after a time of war, with so many fallen men, polygamy is a means of caring for the widows and orphans.

Islam requires the husband to treat all his wives equally – to divide his time and financial resources evenly and provide similar housing for each.

Towards the end of this post, the author provides an interesting collection of tips and advice for women considering marrying someone who is already married.

Polygyny in Islam: The Historical Context
Source: en.wikipedia.org

Among many interesting pieces in this Wikipedia article, two in particular jump out as worth paying attention to:

1) The historical context. In the Arabian peninsula in the time of the Prophet Muhammad, there were no limits on the number of wives a man could take. There was also in general a good deal of variety of the kinds of marriages allowed by different societies in the region. It was most definitely not a Christian-ruled area with monogamy as the norm. It’s quite possible that Islam actually greatly limited polygamy and added protections for that time period.

2) A current list of Muslim countries with some restrictions on polygamy and what those restrictions are.

Voir enfin:

La charia et la polygamie (1/4)

La polygamie en question

Khalid Chraibi

Oumma.com

25 septembre 2009

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

A propos de l’auteur
Khalid Chraibi

Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
A Rachida Benchemsi
« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.

Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de ce dérapage dans l’application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de la polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes et des enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les ONG féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et simple, soit, si cela n’est pas possible, du moins l’institution de contrôles sévères pour réduire ses effets pernicieux sur les familles et sur la société.

Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu’ici dans ce domaine. Ils estiment que chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l’enseignent les juristes musulmans depuis les temps de la Révélation.

Mais, au 19è s., le mufti d’Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de nouveaux axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu’en droit musulman, non seulement le mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D’après lui, ces derniers doivent être respectés au même titre que ceux du mari.

Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur la conclusion qu’il est licite, en droit musulman, d’interdire la polygamie, compte tenu de tous ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement tous les « bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.

La polygamie en perspective

La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un homme avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines depuis les temps les plus anciens. Les différentes religions l’ont explicitement acceptée ou tacitement tolérée pendant des siècles, avant de l’interdire parfois, comme ce fut le cas du Judaïsme et du Christianisme.(2) (3)

En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée, certains hommes prenant jusqu’à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs moyens. L’Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait épouser en même temps, et uniquement s’il remplissait certaines conditions. Mais, il appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s’il les satisfaisait.

Depuis le milieu du 20e siècle, sous la pression conjointe des mouvements féministes, des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué des procédures de contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d’ailleurs d’un pays à l’autre. Ces procédures ont été, dans l’ensemble, peu efficaces, parce qu’elles se basent sur des critères d’ordre qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à l’appréciation des magistrats et des notaires chargés de leur application.

Cependant, aujourd’hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est sur le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus difficiles et le niveau d’éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du dixième des foyers, et est plus répandue en milieu rural qu’urbain. Son taux est particulièrement élevé dans les familles aux revenus modestes, et au faible niveau d’éducation, alors qu’elle diminue de manière considérable, au fur et à mesure que le niveau de revenu et d’éducation du chef du foyer augmente. ( 4) Depuis quelques années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains pays, du fait de sa promotion par les groupes fondamentalistes.
La polygamie en question

La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21e siècle ? Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative. Elles soulignent ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au foyer, lorsque le mari prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de manière considérable les ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être redistribué de manière équitable entre plusieurs épouses et leurs enfants. La communauté elle-même se trouve concernée, parce que des femmes et des enfants en grands nombres se retrouvent abandonnés sans ressources et sans abri, par un mari et un père parti vivre avec sa nouvelle femme.

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. (6)
Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie

Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
« 3. Si vous craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins… alors épousez ce qui vous plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr moyen d’échapper à la partialité. »

« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée) comme en l’air. » (7)

Pour bien saisir le sens de ces versets, et l’importance des règles qu’ils instituent, il faut les replacer dans le contexte de l’époque de leur Révélation.
En Arabie, avant l’Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes pertes en hommes. Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état de se marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d’épouser autant de femmes qu’ils le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent.

La polygamie, qui était pratiquée sans aucune restriction, à l’époque, répondait ainsi à un besoin social, même si ses adeptes ne pensaient qu’à satisfaire leurs désirs sexuels personnels. Cependant, les épouses ne jouissaient d’aucun droit et servaient, avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)

Par ailleurs, à l’époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de nombreuses filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle d’hommes qui envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais, ces hommes se demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible avec les enseignements de la foi à laquelle ils s’étaient convertis.

Le verset 3 s’inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes de tels agissements, leur recommandant de chercher d’autres femmes à épouser, en dehors de celles sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la polygamie. Il plafonne à quatre le nombre maximum d’épouses par homme, et établit des conditions et des exigences que l’homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier avec plus d’une femme n’est pas donné à n’importe qui, n’importe comment. » (9)

La condition d’équité envers toutes les épouses

D’après les juristes, le verset 3 impose à l’homme la nécessité de réserver un traitement juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan matériel, en respectant scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de préférence à aucune d’elles par rapport aux autres. S’il craint de ne pas pouvoir faire cela, il doit se limiter à une seule épouse. De telles règles constituaient une innovation fondamentale en Arabie.

Le verset 3 impose également au mari d’avoir des ressources financières adéquates pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu’il n’ait le droit de prendre plus d’une femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également des facteurs dont il doit être tenu compte.
L’islam n’encourageait donc pas la polygamie. Bien au contraire, il la restreignait, puisqu’il limitait, désormais, à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait prendre simultanément, et établissait la contrainte de l’équité à respecter.

Le verset 129 avertissait, pour sa part, les hommes qu’ils ne pourraient pas faire preuve d’équité (dans les sentiments qu’ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers plusieurs épouses. (10) Mais il n’interdisait pas la pratique. Il appartenait à chaque homme de prendre ses responsabilités en la matière, de décider en son âme et conscience s’il serait capable de faire preuve d’équité, sur le plan matériel, et s’il serait capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les conditions fixées par le Coran.

Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles
De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. (11) On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » (12)

D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l’épouse est stérile, ou si elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels avec son mari, la majorité des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième femme. (14)
Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n’est légitime, en Islam, que lorsqu’elle est assortie des conditions et des limites prescrites dans le Coran ; et uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et rigoureusement respectées.

Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l’esprit de toutes les conditions prescrites par l’Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes

(1) Mortada Motahari, « L’Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p. 305

(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »

(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, Paris, 2007

(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000

(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities

(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995

(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris, 2002, p. 95 et p. 113

(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 91

(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260

(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93

(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la femme), Casablanca, 2000, pp. 88-92

(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319

(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324

(14) Muhammad Abduh, « ta’addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd. Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 95

(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322

Voir également:

Le trafic de femmes, une source de revenus pour Daech
Le Figaro
06/11/2014

Un site d’informations irakien dit avoir mis la main sur une «grille de tarifs» à appliquer sur les marchés où sont vendues les femmes chrétiennes et yazidies. Des profits qu’empoche ensuite l’organisation terroriste.

De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats.

Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros).

Un marché aux esclaves à Mossoul
Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant.

Un marchand propose d’échanger une fille contre un pistolet. Un djihadiste est prêt à avancer 500 dollars pour une captive. Des combattants expliquent que le montant qu’ils sont disposés à offrir dépend du physique des femmes: celles qui ont les yeux bleus ou verts sont très recherchées. Ils recommandent aussi de vérifier l’état de leurs dents.

D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines.

Voir encore:

« Pour les djihadistes les femmes sont des esclaves sexuelles »
Tatiana Chadenat

19 août 2014

Les fanatiques de l’Etat islamique vendraient des captives pour 150 dollars. Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, nous en parle

En Irak et en Syrie les djihadistes de l’État islamique se sont emparés de vastes régions et y ont proclamé un califat. Ils capturent et « vendent les femmes pour une centaine de dollars », assure le porte-parole du ministère des Droits de l’homme irakien. S’il faut rester prudent, car les rumeurs pullulent et les combattants jouent sur une communication de la terreur, cette marchandisation semble vraisemblable. On fait le point avec Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, chercheuse au CERI.

Lefigaro/madame.fr. – La vente de femmes dénoncée par le porte-parole du ministère des Droits de l’homme Irakien est-elle réelle ?
Myriam Benraad. Elle est vraisemblable car depuis 2003, les djihadistes sont de mèche avec des réseaux de prostitution. Pour l’État islamique les femmes doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. Récemment, ils ont imposé le voile à Mossoul, dans le Nord de l’Irak et en Syrie. Ces hommes assassinent froidement des populations. Mais la situation des femmes était déjà très périlleuse en Irak depuis 2003.

Ces violences dénoncées aujourd’hui par le porte-parole du ministre existent depuis longtemps ?
Le sort des Irakiennes s’est dégradé progressivement depuis dix ans. Le porte-parole est courageux d’avoir condamné ses exactions. Mais il faut que cela soit suivi d’actes, car jusqu’à présent le gouvernement n’a rien fait pour les protéger. Jusque dans les années 1970, les Irakiennes avait des droits. Avec le premier embargo en 1990, il y a eu une régression juridique et sociale. Dans les provinces tribales, le crime d’honneur est apparu : une femme violée est tuée par son clan car elle a été souillée. Après l’invasion américaine en 2003, l’État qui leur garantissait un statut, s’est effondré. Sans État de droit, elles sont particulièrement exposées à la violence, et ne peuvent pas faire porter leur droit devant les tribunaux. Pendant les élections en avril 2014, il y a eu des candidates, des affiches de campagne qui essayaient de mettre en avant la parité, mais en réalité cela ne changeait pas le fond du problème, les femmes restent exposées. Avec l’État islamique on parle souvent du danger encouru par les minorités, rarement du sort des Irakiennes. Or, elles sont les premières victimes de la guerre, de l’occupation américaine et des djihadistes. Il ne s’agit pas seulement de celles issues des minorités yézidis et chrétiennes, mais de l’ensemble des femmes, sunnites et chiites.

Comment expliquer cette haine des djihadistes envers la femme ?
Une femme libre est le symbole de tout ce que les djihadistes détestent : l’Occident et la liberté. Les islamistes radicaux ont interdit le port du jean ou des vêtements qui laissent apparaître la chair car ils y voient une influence néfaste et mécréante de l’Occident. Ces extrémistes pensent qu’en les soumettant, ils reviennent aux bases de l’Islam. Mais c’est faux. Il n’est écrit nul part dans le Coran qu’il faut asservir, violer, assassiner… ou même imposer le port du voile. C’est un choix personnel pas une obligation. Là aussi, il y a dérive. Les djihadistes vont chercher n’importe quelle justification dans le Coran ou certains Hadith (les paroles prêtées au prophète Mahomet), pour légitimer leurs actions, l’asservissement et le meurtre. Ils opèrent un glissement des textes. C’est une interprétation absurde et meurtrière qu’il ne faut pas chercher à expliquer rationnellement car elle relève d’une dérive salafiste et radicale. Les femmes disposent pourtant de nombreux droits dans l’Islam. Khadija bint Khuwaylid, la première épouse du prophète Mahomet, riche et indépendante, a largement contribué à son succès.

Voir de plus:

Isis morale falls as momentum slows and casualties mount
Erika Solomon in Beirut
Financial Times
December 19, 2014

Flagging morale, desertion and factionalism are starting to affect the Islamic State of Iraq and the Levant, known as Isis, testing the cohesion of the jihadi force as its military momentum slows.

Activists and fighters in parts of eastern Syria controlled by Isis said as military progress slows and focus shifts to governing the area, frustration has grown among militants who had been seen as the most disciplined and effective fighting force in the country’s civil war.

The group hurtled across western Iraq and eastern Syria over the summer in a sudden offensive that shocked the world. Isis remains a formidable force: it controls swaths of territory and continues to make progress in western Iraq. But its fighters have reached the limit of discontented Sunni Muslim areas that they can easily capture and US-led coalition air strikes partnered with offensives by local ground forces have begun to halt their progress.

The US military announced this week that air strikes had killed two senior Isis leaders — though there has been no confirmation of the claim by the group — and on Friday Kurdish peshmerga fighters broke the jihadis’ five-month siege of Mount Sinjar in Iraq.

“Morale isn’t falling — it’s hit the ground,” said an opposition activist from Isis-controlled areas of Syria’s eastern Deir Ezzor province. “Local fighters are frustrated — they feel they’re doing most of the work and the dying . . . foreign fighters who thought they were on an adventure are now exhausted.”

An activist opposed to both the Syrian regime and Isis, and well known to the Financial Times, said he had verified 100 executions of foreign Isis fighters trying to flee the northern Syrian city of Raqqa, Isis’s de facto capital. Like most people interviewed or described in this article, he asked for his name to be withheld for security reasons.

“After the fall of Mosul in June, Isis was presenting itself as unstoppable and it was selling a sense of adventure,” a US official said. He added that the dynamics have changed since the US launched air strikes in August and helped break the momentum of the Isis advance, which has helped stem the flow of foreign recruits — though he warned that the change of mood “doesn’t affect the hardcore people of Isis”.

Analyst Torbjorn Soltvedt, of Verisk Maplecroft, a UK-based risk analysis group, said morale may be taking a hit as militants grapple with the shift from mobile army to governing force.
« They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits »

“Before they were seizing territory, forcing armies in Iraq and Syria to retreat,” he said. “Now they’re basically an occupying force trying to govern.”

After flocking to Syria and Iraq during Isis’s heady days of quick victories, some foreigners may also be questioning the long, gruelling fight ahead.

Mr Solvedt said his organisation has had many reports of foreign fighters, including Britons, contacting family members and state authorities seeking ways to return home.

Isis members in Raqqa said the organisation has created a military police to crack down on fighters who fail to report for duty. According to activists, dozens of fighters’ homes have been raided and many have been arrested. Militants told a local journalist that they must now carry a document identifying them as a fighter and showing whether they are assigned to a mission.

An opposition activist in close contact with Isis fighters in Raqqa showed the Financial Times a document listing new regulations restricting jihadis’ behaviour. The paper, which could not be verified and which did not appear to have been issued in other Isis-held areas, warned that those who did not report to their offices within 48 hours of receiving the regulations would be punished.

“In Raqqa, they have arrested 400 members so far and printed IDs for the others,” the activist said.

The identification document for one fighter from the Gulf consisted of a printed form stating “name, location, section and mission assignment”, with his details filled in by hand.

“The situation is not good,” he grumbled, adding that fighters have become increasingly discontented with their leaders. He refused to give more details, saying only: “We aren’t able to speak the truth and we are forced to do useless things.”

Activists in Isis-held parts of Syria said many fighters in Raqqa were angry about being sent to Kobani, a small Kurdish town near the Syrian border with Turkey that has become a focal point for coalition strikes. The fighters argued that the town was not strategically important enough to justify the losses they were incurring. According to a December 7 report by the Syrian Observatory for Human Rights, a UK-based monitoring group with a network of activists across Syria, Isis lost about 1,400 fighters in 80 days of fighting. The US official said many Isis fighters have been killed in the town.

Foreign militants have often been the most active in major battles but opposition activists said as fighting intensifies, more demands are being made on local fighters who do not have deep-rooted loyalties to Isis.

Thousands of foreign fighters have flocked to Syria to help create an austere Islamic state harking back to the past. But as Erika Solomon, FT correspondent in Beirut, found out, they have retained their taste for modern-day snacks and gadgets. She spoke to Fiona Symon about what she discovered.

“They pledged allegiance to Isis so they could keep fighting the [Assad] regime and not have to go against Isis,” the Deir Ezzor activist said. “They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits — high salaries, a comfortable life, female slaves.”

Another problem, locals said, may be a rise in tensions among ethnic groups. Many fighters apparently group themselves by ethnicity or nationality — a practice which undermines Isis’s claim to be ridding Muslims of national borders.

A widely publicised example was a clash between Uzbek and Chechen fighters in Raqqa in early November over control of some villas near the captured Tabqa air base.

“Just like the Uzbek and Chechen issues in Tabqa, we are having similar issues in Manbij with the Tunisians,” said an activist in Syria’s northern city of Manbij. “They won’t let some of the highest level security members [of other nationalities] on to their bases.”

Residents in Raqqa also said they have seen growing signs of discontent. One man recalled a speech at the Fardous mosque last Friday by a Tunisian cleric who often appears in Isis videos.

“He urged the brothers to put aside their disputes, and said all brothers should stay together as one hand,” the man said. “Now I realise why the preacher was saying this . . . Something is wrong.”

(A journalist in Isis-held territory contributed reporting to this article. The name has been withheld for safety reasons.)

Voir enfin:

Discours d’inauguration du Musée de l’histoire de l’immigration
François Hollande

15 Décembre 2014

Présidence de la République française – Élysée.fr

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Défenseur des droits,

Madame la Présidente du Conseil d’Administration, chère Mercedes ERRA,

Monsieur le Président du Conseil d’Orientation, Cher Benjamin STORA,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, messieurs,

Je suis fier d’inaugurer aujourd’hui le Musée de l’Histoire de l’Immigration et de rappeler le rôle qui est le sien, dans nos institutions culturelles et éducatives.

Il s’agit de comprendre notre histoire pour aller vers l’avenir. Fernand BRAUDEL avait eu cette formule dans son dernier livre : « définir le passé de la France, c’est situer les Français dans leur propre existence ». Telle est la vocation du Musée national de l’Histoire de l’Immigration, rendre aux immigrés la place qui leur revient dans le récit national et se donner ainsi les moyens d’aborder de façon sereine la question toujours posée de l’immigration.

La vocation de votre musée est de montrer le processus continu par lequel la Nation a intégré les populations d’origine étrangère et a su préserver son unité tout en reconnaissant la diversité des origines et des cultures. Ce musée est plus qu’un symbole. C’est un message de confiance dans l’histoire de notre pays mais aussi dans ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire.

La France est un vieux pays d’immigration, l’un des plus vieux pays d’immigration d’Europe. Commencée dès la deuxième moitié du XIXème siècle pour répondre aux besoins de ce qu’on appelait la première révolution industrielle, l’immigration s’est poursuivie tout au long du XXème siècle et s’est amplifiée avec la reconstruction du pays après la guerre, avec la décolonisation et enfin avec la mondialisation. Aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un grand parent étranger. Evoquer l’histoire de l’immigration, c’est évoquer l’histoire de France, c’est l’histoire, c’est notre histoire.

Et pourtant, jusqu’à récemment, l’immigration n’apparaissait que faiblement dans les manuels scolaires. Elle n’était guère présentée comme une chance pour notre récit national et était souvent ignorée des Français y compris même de ceux qui en étaient issus. Elle n’avait pas de lieu de mémoire, pas de lieu pour partager les histoires familiales pour retrouver les récits, pour suivre les parcours qui avaient fait que des hommes, des femmes, des familles étaient venus s’échouer ici en France pour mieux réussir.

Il fallait donc une initiative, et je veux rendre justice à Lionel JOSPIN d’avoir dès 2001, pris conscience de cet étrange oubli, et d’avoir eu la volonté de le réparer en proposant la création d’un musée de l’immigration. Ce projet s’est poursuivi sous la présidence de Jacques CHIRAC, qui a chargé Jacques TOUBON de la responsabilité de faire aboutir cette belle entreprise. Le Palais de la Porte Dorée, qui avait connu son heure de gloire d’une époque dépassée, fut choisi. C’était en 2004. Ce lieu qui avait été celui de l’exposition coloniale, allait devenir le musée de toutes les immigrations, de toutes les fiertés après avoir été ce lieu où des peuples avaient exposé devant le colonisateur, leurs plus belles réussites. Le Musée national a finalement ouvert ses portes en octobre 2007, c’était il y a 7 ans.

Sept ans c’est long pour une inauguration officielle. Il fallait qu’elle soit suffisamment réfléchie pour qu’elle puisse avoir lieu aujourd’hui, comme si l’immigration devait être toujours un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler, ou alors avec certains mots et dans certaines circonstances. Mais le principal, c’est qu’aujourd’hui ce musée soit là et que la France soit dotée d’une institution destinée à conserver et à mettre en valeur le patrimoine de l’immigration, à montrer, à mesurer l’apport des immigrés et de leurs descendants, leur apport à la Nation. Par le sang versé, par le travail, par le talent, par la réussite. Ce Musée a une double volonté : la reconnaissance de toutes ces origines, de tous ces parcours, de toutes ces nationalités et en même temps, le rassemblement dans un même projet, celui de la France.

Je tiens à remercier les équipes de l’établissement qui, malgré les vicissitudes, ne se sont jamais découragées. Les efforts ont porté leurs fruits : l’exposition permanente aura vu passer 500.000 visiteurs depuis 2007. Deux mille enseignants viennent s’y former chaque année. Et les chiffres de fréquentation ne cessent d’augmenter grâce aux expositions temporaires qui s’y succèdent.

Ce musée doit être à la hauteur de l’ambition qui était celle de ses concepteurs, ce qui suppose à mes yeux de réaffirmer sa dimension culturelle et scientifique. C’est un lieu où il convient de mener un travail, un travail long, un travail obscur parfois, un travail de mémoire. Il convient de lui donner les moyens qui jusqu’à présent ne lui ont pas été accordés. C’est pourquoi une augmentation de près d’un million d’euros sera effective dès l’année prochaine, pour parvenir à un doublement de son budget en 5 ans.

Mais ce qui fait l’originalité, la spécificité de ce musée, c’est d’être à la fois une référence en matière de recherche, un espace de débat et une expression de la diversité, de la multiplicité de toutes les migrations, pour qu’il puisse y avoir cette mise en valeur des souvenirs, des mémoires ici rassemblées à travers ces objets familiers. Je remercie les donateurs qui ont fait en sorte de pouvoir par un instrument de musique, une machine, une étoffe, démontrer le lien qu’ils avaient avec la France et avec aussi leur pays d’origine. Comme si le pays d’origine venait ici s’offrir au pays d’accueil, c’est-à-dire à la France.

Comme la mémoire individuelle, la mémoire d’une Nation est capricieuse, tantôt elle est ingrate, tantôt elle est généreuse. Elle a ses propres rythmes et regarde trop souvent le passé avec les yeux du présent. C’est pourquoi nous avons besoin des historiens, c’est leur rôle. Ce sont eux qui nous rappellent que l’immigration fut à la fois le produit de nos propres nécessités, de nos propres besoins, j’entends par là ceux de la France, et en même temps des convulsions de l’Histoire, qui ont fait que des femmes et des hommes sont partis de très loin pour venir s’établir ici. D’abord ce furent des ouvriers, ce fut le labeur qui fut la justification de l’immigration.

Les premiers vinrent de tout près, ce furent les Belges, dans l’industrie textile du nord. Puis les Italiens dans l’industrie lourde de l’Est, les Polonais dans les mines. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, les Africains, qui contribuèrent à leur façon à la reconstruction du pays, à sa croissance à ce qu’on a appelé les trente glorieuses. Au bout de 30 ans après la guerre, on a estimé que ces forces-là auront construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sept, et de 90% des autoroutes de notre pays.

Les crises des années 70 paradoxalement n’ont pas tari les flux, parce que les entreprises continuaient d’appeler de nouveaux immigrés, qui venaient chaque fois de plus loin pour pouvoir occuper des emplois que nul ne voulait occuper. Ce mouvement ne s’est arrêté que récemment.

Enfin la décolonisation poussa des populations jusque-là intimement liées à la France à venir y travailler. Je veux saluer ici, le Président Abdou DIOUF qui jusqu’à récemment était le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et qui est là pour nous rappeler ce lien qui unit les pays autrefois dans la communauté française, et qui aujourd’hui ont un lien qui demeure avec la France, et qui parlent en français. Ces populations venaient de cette Afrique, de ce Maghreb, et considéraient qu’elles avaient le droit de venir, ici. Elles avaient le droit parce que l’histoire leur rappelait le rôle qui avait été celui des plus anciens, ce qu’on appelait les « troupes coloniales », et qui étaient venues sauver la France. Ces troupes venaient de partout. Parmi les « Poilus » de 14-18, on comptait ainsi 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 soldats d’Afrique noire, 34.000 Malgaches. C’était l’empire qui était venu sauver la France.

Comment oublier 30 ans après, les 100.000 soldats africains de l’Armée de De LATTRE, qui accomplirent le débarquement de Provence, les tirailleurs sénégalais, les goumiers, les tabors, les spahis, les zouaves. Comment oublier les résistants de la MOI (Main d’Œuvre Immigrée), juifs, arméniens, les martyrs de l’affiche rouge chantés par Aragon.

Comment oublier le dernier Poilu, Lazare PONTICELLI, né en 1897 dans un petit village en Italie. Il n’était même pas français lorsqu’il s’était engagé dans une unité étrangère à 17 ans, en trichant sur son âge. En 1939, il avait demandé à être naturalisé pour participer à la seconde guerre qui venait d’être déclarée. C’était finalement plus qu’un symbole que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration l’ait invité à célébrer son 110ème anniversaire ici-même. Tous s’étaient battus pour la France, mais pour une certaine idée de la France. Pour la France universelle, la France ouverte au monde, pour la France capable de promouvoir des idéaux de progrès. Cette France qu’ils voulaient rejoindre pour la servir, cette France qui était la terre espérée de ceux qui ont fui tout au long du 19ème et du 20ème siècle, les massacres, les pogroms, les guerres, les dictatures, et qui trouvèrent dans notre pays un refuge pour fonder leur foyer.

C’est une grande réussite de ce musée que d’évoquer toutes ces mémoires, de nous rappeler que les immigrés, les enfants d’immigrés ont apporté à la science française, à la physique à la chimie, aux mathématiques. Combien de Prix Nobel et de récompenses glorieuses, de Marie CURIE (qui s’appelait de son nom de jeune fille Maria SKLODOWSKA), à Arthur AVILA, franco-brésilien, qui a reçu la médaille Fields de Mathématiques. Tous ces étrangers, tous ces immigrés qui ont fait la fierté de la France dans les domaines qui paraissaient les plus inaccessibles. S’il fallait livrer ici tous les noms de ces milliers d’étrangers, d’immigrés, d’enfants d’immigrés devenus célèbres dans le cinéma, dans la littérature, la peinture, la musique, le sport et la mode. Je veux ici saluer cette belle exposition sur la mode. La mode fait partie de l’excellence française, la mode fait rayonner la France et nous donne à chaque fois la conviction que nous avons tout inventé. Cette mode, nous en savons maintenant toutes les origines, toutes les provenances, ce sont le plus souvent des créateurs, des créatrices qui ont permis à la France d’être toujours en avant-garde, toujours admirée, toujours reconnue. Voilà ce que montre ce musée, que notre réussite, la réussite la plus flamboyante de la France, elle est celle de tous les Français, et donc de tous ceux qui nés ici ou nés ailleurs, ont donné ce qu’ils avaient de meilleur pour la création, pour l’entreprise, pour l’innovation, pour la recherche, bref, pour la France.

Ce musée national est l’hommage de la Nation à ces millions de gens, qui sont venus en France, qui y ont donné le meilleur d’eux-mêmes et dont les enfants sont pleinement devenus Français et qui en même temps veulent que leur histoire, que leur parcours, que leur diversité, leur singularité et leur origine puissent être reconnus par la République, par celle qu’ils ont voulu servir et à laquelle ils ont profondément adhéré.

L’histoire de l’immigration rappelle néanmoins qu’elle fut toujours l’objet de controverses.

La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. Il y a toujours eu des démagogues, pour les attiser, pour utiliser les manquements aux règles communes – qu’il faut déplorer, pour justifier le rejet et démontrer qu’il y en a qui ne s’assimileront jamais. L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est donc en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique.

Dès août 1893, à Aigues-Mortes, des Français excités par d’absurdes rumeurs, avaient massacré des travailleurs italiens, parce qu’ils venaient prendre des emplois, occuper des villages et finalement mettre en cause les équilibres de telle ou telle famille. Puis la boue antisémite s’est déversée lors de l’affaire DREYFUS.

Les archives de ce musée sont pleines de témoignages dans lesquels des pseudo-scientifiques, mais de vrais idéologues tentaient de démontrer pourquoi les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Arméniens ne pourraient jamais être assimilés par la société française.

Dois-je évoquer la période si noire de la collaboration, le déchaînement des haines, les délations, les compromissions ? Puis la guerre d’Algérie qui déchaîna d’autres passions ? Les années 60 furent aussi des années de violence, des ratonnades. Les années 70 avec – on ne s’en souvient déjà plus, des attentats racistes, des assassinats ? Chaque époque fut marquée par des violences et des intolérances. On pourrait se dire que le pire est passé. Il y a toujours cette récurrence, il y a toujours ce retour.

Certes, il n’y a rien de neuf dans les discours, mais les contextes changent. Les étrangers sont toujours accusés des mêmes maux : venir prendre l’emploi des Français, bénéficier d’avantages sociaux indus quand bien même les études les plus sérieuses montrent qu’ils contribuent davantage aux comptes sociaux qu’ils n’en bénéficient.

Ce sont toujours les mêmes préjugés, les mêmes suspicions qui sont invariablement colportés. Mais le fait nouveau, et nous devons le regarder en face, c’est la pénétration de ces thèses dans un contexte de crise, qui paraît interminable, et d’une mondialisation qui est elle-même insaisissable. C’est là que réside le fait nouveau, le doute qui s’est installé sur notre capacité à vivre ensemble. Est-ce que la France sera encore la France ? Est-ce qu’elle sera en mesure d’intégrer, d’absorber, d’assimiler, de prendre le meilleur et d’éviter le pire ? C’est cette question qui taraude beaucoup de nos compatriotes. C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées.

Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration.

Le musée restitue le parcours de ces millions d’exilés dont la plupart ont fait souche dans notre pays pour devenir français soit directement par la naturalisation. Le musée montre bien les actes qui ont été ainsi posés, ainsi délivrés. On m’a rappelé cette reconnaissance de l’artiste à qui l’on demandait si elle voulait une décoration. « La décoration ? », a-t-elle répondu, « c’est mon acte de naturalisation, me faire devenir français c’est la plus belle reconnaissance que pouvait m’accorder la République ». Il y a aussi par la succession des générations, le droit du sol, le fait que ces descendants d’étrangers sont devenus des citoyens français, pleinement français, et donc pleinement citoyens.

C’est ainsi que les immigrés d’hier et les enfants se sont fondus dans notre société, et en même temps que s’est enrichie à chaque étape, à chaque période leur contribution. Voilà ce message que le musée transmet : avoir confiance dans notre histoire pour être capable de regarder le présent avec suffisamment de sérénité, de responsabilité et de force pour ne pas nous laisser emporter là où ne voulons pas aller. Les enfants des immigrés dépeints comme inassimilables hier, sont devenus des patriotes sans avoir jamais à renier leurs origines. Parce que depuis 150 ans, la République n’est pas liée aux origines, c’est l’adhésion à un projet commun. Renan, dans sa fameuse conférence de 1882, affirmait que l’existence d’une Nation était un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu était une affirmation perpétuelle de la vie. Savoir tous les jours que nous sommes Français, vouloir être Français, être pleinement conscient que de vivre en France, c’est une somme de devoirs et de droits. De GAULLE, lui-même, ne disait pas autre chose en disant qu’« Est Français celui qui souhaite que la France continue ». Continue dans sa marche, continue dans son destin, continue de porter le progrès, continue d’être à la hauteur de l’idéal qu’elle porte.

Pour y parvenir, l’école joue un rôle fondamental. Elle reste le creuset de l’intégration. Elle est de plus en plus sollicitée. L’école à qui l’on demande à la fois de former, avec une transmission du savoir exigeante et en même temps d’accueillir, d’accueillir parfois des enfants qui n’ont jamais été dans leur famille éduqués dans une autre langue que leur langue d’origine. On demande beaucoup à l’école, on lui demande aussi de faire en sorte que tous les enfants soient dans les mêmes conditions d’égalité. Les réussites scolaires en matière d’intégration sont multiples. Je veux saluer les enseignants qui s’y dévouent et qui parviennent à chaque fois, à chaque année qu’ils ont à recevoir des enfants, à les porter au plus haut niveau. Mais nous devons aussi regarder les échecs. Ils sont là : les décrochages concernent principalement certains quartiers et certains jeunes. Notre premier devoir est de tenir la promesse de l’égalité républicaine. C’est pourquoi la révision des cartes de l’enseignement prioritaire, les moyens donnés à l’éducation nationale, sont des leviers essentiels si nous voulons aller toujours vers une intégration réussie.

De même la lutte contre les discriminations qui existent dans l’orientation, dans la formation, dans l’accès à l’emploi, doivent être également combattues.

Le second pilier de l’intégration, c’est la laïcité. Elle est proclamée. Elle doit donc être enseignée, traduite en principes simples, intelligibles. La laïcité n’est ni la lutte contre la religion, contre une religion. La laïcité n’est pas la suspicion non plus à l’égard de telle ou telle communauté. La laïcité est une école de respect, de la règle commune, une reconnaissance de la liberté de croire ou de ne pas croire. Cette laïcité, nous devons l’ériger en valeur fondamentale mais nous devons aussi faire en sorte qu’elle puisse être, pour chaque jeune, non pas un concept mais une manière vivre, de respecter l’autre, de pouvoir être pleinement lui-même tout en étant entièrement dans la République. La laïcité n’est pas simplement un principe que l’on voudrait poser, c’est ce qui permet dans les actes de la vie quotidienne de savoir ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de montrer ou de faire.

Nous devons faire en sorte que la laïcité soit célébrée partout le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905, et en particulier dans les écoles où désormais est affichée la « Charte de la Laïcité ».

Traiter de façon républicaine la question de l’immigration, c’est imposer la vérité des faits mais c’est aussi nous obliger à agir.

La vérité, c’est de ne rien ignorer des tensions, des difficultés et des risques. L’obligation d’agir, c’est d’aller jusqu’au bout de l’intégration, de traiter avec fermeté aussi et humanité, l’immigration clandestine mais de mieux accompagner l’immigration régulière. Agir, c’est être convaincu que la République doit être sûre de ses principes, fière de ses valeurs mais ne doit jamais céder un pouce de terrain à la facilité et au repli sur soi.

C’est pourquoi, j’ai voulu que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme devienne une grande cause nationale. Parce que lorsque l’on a notre Histoire, que l’on porte nos valeurs, lorsque l’on a cette République qui nous rassemble tous, la France ne peut tolérer qu’un citoyen soit agressé pour sa religion, sa couleur de peau, ses origines.

Rien ne sera passé sous silence. Rien ne doit rester impuni. Rien de ce qui fait une insulte à notre République, à notre Histoire, rien ne doit pouvoir passer à côté de la punition qui est justifiée.

Certains s’interrogent sur la volonté des immigrés de s’intégrer – je l’ai dit, le thème n’est pas nouveau – d’autres dissertent sur la capacité de la France à accueillir ces étrangers qui sont là depuis longtemps, ou ces enfants d’étrangers qui sont devenus Français, et se posent la question de l’avenir même de notre identité. Il y en a même qui s’inquiètent de l’efficacité de notre politique migratoire à l’échelle de l’Europe et veulent la reconsidérer.

Nous devons répondre à toutes ces questions. Nous ne devons pas faire comme si elles devaient par principe ou par précaution être écartées. Car sinon, si nous n’avons pas cette franchise entre nous, nous laisserons la place vide pour des discours qui instrumentalisent la peur, la peur de la dissolution de notre pays, de la dislocation, de la disparition.

Vous savez, ceux qui rêvent d’une France en petit, d’une France de dépit, d’une France en repli, bref d’une France qui ne serait plus la France.

C’est pourquoi, nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France, pour la France, pour une France qui sera non seulement à la hauteur de son Histoire mais capable de porter un grand projet, de bâtir un avenir, de forger un destin.

C’est pourquoi, au sentiment de dépossession qui est entretenu avec malice, pour ne pas dire avec malignité, il nous faut rappeler à chaque fois aux Français d’où ils viennent, quelles sont les valeurs sur lesquelles notre pays s’est bâti et où nous voulons aller ensemble.

La France est un pays qui porte plus qu’une histoire mais une ambition, qui ne conçoit son destin que dans l’ouverture.

Certes nous devons nous protéger contre toutes les menaces mais la France n’a été victorieuse que lorsqu’elle a été capable de se dépasser. Un pays comme la France n’a pas besoin d’haïr les autres pour aimer les siens. Un pays qui a confiance en lui-même et d’abord dans sa jeunesse. Un pays qui croit en la place de chacun, qui pense que l’éducation est la matrice de tout ce qui fait la citoyenneté, qui fait confiance à la culture pour permettre que chacun puisse s’élever au-delà même de sa condition. Un pays qui veut aller jusqu’au bout de la citoyenneté.

C’est sur ces bases-là que nous devons définir une politique migratoire. Elle est nécessaire.

D’abord, pour ne pas affaiblir les pays d’émigration qui doivent s’appuyer sur leur dynamisme démographique pour leur développement, sur les compétences de leur jeunesse, sur la présence de leurs élites. C’est pourquoi, nous ne pouvons plus regarder le Sud avec les mêmes yeux. Le Sud et notamment l’Afrique qui est un continent de croissance, de développement qui n’a pas besoin de laisser partir sa population, qui a besoin qu’on lui apporte nos investissements, nos technologies et également notre capacité à créer ensemble.

Nous devons aussi avoir une politique migratoire parce que les pays d’accueil ne peuvent pas, justement, accorder aux migrants, notamment à ceux qui sont persécutés dans leur pays, une place digne si les conditions ne sont pas réunies. C’est-à-dire une capacité à donner un avenir et d’abord un emploi.

Nous devons enfin avoir une politique migratoire pour lutter contre les trafics, contre tous ceux qui font commerce. Il y en a toujours eu dans l’Histoire des étrangers avec des réseaux criminels qui mettent en danger la vie des hommes et des femmes chaque jour. Près de 3500 sont morts depuis janvier dans les eaux de la Méditerranée, la route la plus dangereuse du monde.

Cette politique passe par l’Europe. Notre frontière, c’est Schengen. Cet accord est né de la volonté de remplacer des contrôles aux frontières nationales qui n’avaient plus d’efficacité par des coopérations uniques et sans précédent en termes de liberté, de sécurité et de justice. Et on voudrait faire éclater Schengen ? C’est assez facile, personne ne sait exactement ce qu’est Schengen. Peut-être que certains croient que c’est un personnage dont il faudrait rechercher au plus vite l’identité et la personnalité pour le traduire en justice. Mais Schengen, c’est justement ce qui a permis à tous les pays d’Europe de s’organiser pour justement contrôler l’immigration et avoir une coordination des politiques.

Faire éclater Schengen ? Faire disparaître Schengen ? Mais cela serait reculer, aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. Peut-être est-ce pour créer des emplois que certains nous font la proposition, mais enfin généralement ce ne sont pas les fonctionnaires qui justifient leurs sentiments les plus doux et les plus accommodants.

Nous devons donc défendre ce principe et faire que l’avenir de l’Europe soit de bâtir avec l’ensemble des Etats du voisinage, une politique permettant – je pense à la Méditerranée et au-delà – de conjuguer, la gestion des crises, l’aide au développement, et les contrôles des mouvements de population.

La France sera à l’initiative dans les mois qui viennent, non pas pour défaire Schengen mais pour mieux assurer la sécurité à l’intérieur et le contrôle à l’extérieur, et pour mieux répartir les charges qui pèsent sur les Etats membres, en Europe.

Pour la France, où la question de l’immigration revient régulièrement, un devoir de vérité s’impose.

Depuis 10 ans, notre pays accueille environ 200 000 personnes par an, soit la proportion la plus faible d’Europe, rapportée, bien sûr, à notre propre population. 200 000, certains disent que c’est trop. Qui trouve-t-on ? 90 000 viennent au titre de l’immigration familiale, c’est notamment le cas des conjoints de citoyens français : va-t-on interdire un rapprochement dès lors que le lien a pu être vérifié ? Ce serait insupportable ! Ce serait même contraire aux principes du droit européen et même du droit international.

60 000 autres arrivent chaque année comme étudiants. C’est une volonté pour notre pays, c’est un enjeu d’accueillir les élites de demain, le temps de leur formation. Devrait-on préférer qu’ils se forment ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ? Alors que tout le discours que je porte depuis deux ans et demi, c’est de dire que nous avons besoin de plus d’étudiants étrangers parce que c’est un investissement considérable pour la France, c’est une chance extraordinaire de pouvoir avoir les meilleurs talents, chercheurs qui viennent, ici, en France, étudier.

Que serait la France dans 20 ou 30 ans si elle ne les accueillait plus alors que le nombre d’étudiants dans le monde va doubler d’ici 2020 ? C’est la raison pour laquelle, les obstacles concernant les mobilités étudiantes ont été progressivement levés parce que la France doit attirer tous les talents du monde entier.

Il y a deux ans, il y avait une circulaire – je ne rappellerais pas le nom de son auteur, qu’importe- dont le seul objet était de limiter le droit au séjour des étudiants et des chercheurs. Cette circulaire a été abrogée mais notre réglementation est encore trop dissuasive. C’est pourquoi, le Gouvernement a créé les « passeports talents » ouvrant un droit à séjour de quatre ans qui seront délivrés de manière simplifiée et de plein droit dès lors que les critères prévus (les ressources, le niveau d’études, le contrat de travail) seront remplis. « Passeport talent », il ne s’agit plus là, d’étudiants, il s’agit de chefs d’entreprise, de cadres, de jeunes techniciens. Ils amplifieront le mouvement initié avec les visas « talents internationaux » qui ont permis une augmentation de 7% du nombre d’étudiants venant en France, et de 20% pour les chercheurs.

Curieux paradoxe, notre pays ! Quand un jeune Français va à l’étranger, on considère que c’est un exil, que nous n’avons pas pu le retenir. Quand un étudiant étranger vient en France, on viendrait le suspecter. Nous devons faire en sorte qu’il y ait plus d’étudiants français qui aillent aussi à l’étranger pour revenir ensuite et que nous puissions accueillir plus d’étudiants étrangers en France.

Puis, pour arriver aux 200 000, il y a l’asile, c’est-à-dire un droit constitutionnel qui fait partie de l’identité même de la France. Il n’est pas tolérable que notre système d’examen du droit d’asile fonctionne aussi mal. Le constat a été fait depuis longtemps. Plus de 18 mois pour avoir une réponse, on a réduit les délais déjà depuis deux ans mais nous devons encore accélérer parce que c’est un double risque que nous faisons courir.

Si le refus est prononcé, toute chance que celui qui est là depuis 18 mois essaie de se réfugier dans l’immigration illégale et si c’est pour une réponse favorable, pourquoi ne lui a-t-elle pas été communiquée plus tôt pour qu’il puisse pleinement s’insérer ?

Nous avons donc préparé un texte qui est en ce moment en discussion au Parlement qui va être voté – je crois avec une large majorité – pour réduire à 9 mois le délai pour traiter une réponse en termes de droit d’asile.

Quant à l’immigration économique, qui a été considérable, elle est devenue résiduelle dans notre pays. La présence de ceux qu’on appelle les travailleurs détachés et qui n’a rien avoir avec ce que l’on croit être l’immigration économique, mais plutôt un abus de situation – ces travailleurs détachés qui ne sont d’ailleurs pas en cause en tant que tels mais qui sont ceux qui viennent en France, de pays européens pour être moins payés parce que les cotisations sociales ne sont pas facturées aux employeurs.

Alors si nous devons respecter la libre circulation qui est un acquis fondamental de l’Europe, elle ne doit pas être détournée, dévoyée parce qu’aujourd’hui la question des travailleurs détachés fait que sur le plan politique il y a l’exacerbation de tensions et sur le plan économique il y a une concurrence déloyale.

Je ferai donc en sorte dans les prochains Conseils européens de clarifier cette notion de travailleur détaché et d’éviter tous les abus.

Trop de nos concitoyens issus de l’immigration se considèrent encore comme des étrangers, assignés à leurs origines. Et trop de nos compatriotes ont le sentiment qu’ils ne sont plus chez eux quand d’autres se placent en dehors des règles communes. Voilà la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c’est la France qui est atteinte, qui est blessée. Nous devons donc réagir à cette double dislocation du pacte républicain pour que chacun se considère français en France et capable de vivre ensemble.

La République n’a d’avenir que si elle sait construire une politique de citoyenneté dont le principe est simple et clair : c’est l’égalité.

La République n’a d’avenir que si les droits et les devoirs sont rappelés à tous, quelle que soit leur nationalité.

La République n’a d’avenir que si aucun territoire n’est relégué, abandonné, oublié. Elle n’a d’avenir que si les quartiers ne deviennent pas des ensembles où vivent les mêmes populations dont la communauté de destin serait celle de leurs communautés supposées d’origines. C’est le sens de la politique de la ville : éviter les concentrations des mêmes sur les mêmes lieux, agir sur les causes des inégalités, multiplier les leviers d’insertion, offrir un avenir en termes de formation, d’emploi, d’accès à la culture.

Le sujet que nous avons à régler, c’est l’immigration d’hier et même d’avant-hier que nous avons à mieux appréhender, où le critère, d’ailleurs, n’est plus la nationalité mais la citoyenneté effective. Quant à l’immigration d’aujourd’hui – dont j’ai dit ici le caractère limité, elle doit être néanmoins accompagnée. C’est le sens du projet de loi sur le séjour des étrangers qui sera discuté au Parlement l’année prochaine. Toute personne qui arrivera en France, quelles qu’en soient les raisons –j’ai évoqué les sources de cette immigration- devra apprendre le français, être formé aux valeurs de la République, à ses règles, à ses usages, à ses droits, à ses devoirs.

Ce parcours d’intégration s’accompagnera de la remise de titres de séjour pluriannuels. A quoi sert-il de faire subir à des étrangers en situation régulière une attente interminable devant les Préfectures, les Sous-préfectures, pour le renouvellement de leur titre de séjour, comme pour bien les punir de ce qu’ils viennent réclamer : un titre de séjour. Ils l’ont déjà, c’est juste pour le renouvellement. Ils l’auront mais ils doivent attendre dans le froid, au petit matin, rien que pour leur montrer qu’ils ne sont pas vraiment, ici, bienvenus.

Ce n’est digne ni pour les fonctionnaires qui ont à traiter ces questions – je veux les saluer, ce n’est pas facile- ni digne pour les personnes ainsi traitées. A quoi sert-il d’instaurer une précarité inutile alors que ces étrangers ont déjà une activité professionnelle ?

Beaucoup d’étrangers, ce ne sont plus les mêmes, sont là depuis des décennies. Ils ont parfois gardé leur nationalité d’origine tout en étant parfaitement intégrés à la société française. C’était leur droit. Ils n’ont pas voulu changer de nationalité ou peut-être n’ont pas pu y accéder. C’est cette situation d’étranger depuis longtemps en France qui a justifié la revendication de leur ouvrir le droit de vote aux élections locales. Beaucoup de pays européens l’ont fait. Pour y parvenir en France, chacun en connait les conditions. Mieux vaut un langage de vérité si l’on veut éviter les passions ou les illusions. Rien ne peut se faire sans une révision de la Constitution, ce qui suppose, dans notre droit, une majorité des 3/5ème au Parlement. C’est-à-dire l’accord de toutes les forces républicaines. J’y suis pour ma part favorable, à elles de prendre leur responsabilité.

Ces difficultés – que nous connaissons depuis 30 ans – ne doivent pas nous empêcher d’agir pour favoriser l’autre versant de la citoyenneté, l’accès à la naturalisation. Il n’y a pas de meilleure preuve d’amour à la République que cette déclaration d’allégeance à ses principes et à ses valeurs. Dans le passé récent, certains ont été tentés de réduire le nombre de naturalisations, de compliquer ces procédures comme si devenir Français pour des étrangers qui étaient là depuis des années, qui avaient servi la France, constituait une menace. C’était encore une fois oublier, les vertus intégratrices de la République.

C’est pourquoi, j’ai demandé au Gouvernement, dès 2012, de fixer de nouveaux critères justes et transparents pour l’accès à la nationalité française. Des progrès ont été faits. Le nombre des naturalisations a augmenté mais il y a lieu, encore, d’accélérer les procédures, de les unifier sur le territoire et de bien fixer la nature des critères.

Je souhaite également que la République marque enfin sa reconnaissance à l’égard des vieux immigrés, ceux que l’on appelle les Chibanis. Beaucoup ont été recrutés, il y a des décennies, avec l’espoir d’un retour rapide au pays. Puis, ils ont fait souche dans le nôtre et ont contribué à sa construction.

A la France, ils ont donné leur jeunesse, leur labeur, leurs bras. Il est temps que l’on cesse de leur opposer des règles tatillonnes pour qu’ils ne puissent accéder véritablement à leurs droits ou à leurs prestations sociales.

Il est temps aussi que leur naturalisation soit facilitée, comme l’a proposé un rapport parlementaire. C’est la raison pour laquelle la loi sur le vieillissement, puisqu’il s’agit de travailleurs âgés, ouvrira la naturalisation de plein droit à tous les étrangers âgés de plus de 65 ans qui ont vécu plus de 25 ans en France et qui ont au moins un enfant français.

Il y a aussi les jeunes français qui veulent pleinement participer à la vie de notre pays. C’est toute la question de la représentation. Elle n’obéit pas à des logiques législatives, à des quotas ou des règles.

C’est une obligation pour toutes les forces politiques sociales économiques de notre pays. Faire en sorte que ceux qui parlent au nom des autres puissent ressembler aux autres. Faire en sorte que ceux qui décident pour les autres puissent être finalement comme les autres.

Ce travail-là doit être mené systématiquement parce que lorsqu’une représentation n’est plus fidèle à l’état d’une société, la société ne se reconnait plus dans celles et ceux qui les représentent.

C’est un grand enjeu. Des progrès ont été faits lors des élections locales – je sais que dans les entreprises, il y a également cette volonté – mais pourquoi y aurait-il cette facilité dans la culture, dans le sport et cette résistance dans nos institutions ou dans les entreprises ?

Bien sûr qu’il y a la méritocratie scolaire, et elle donne des résultats. Combien de jeunes qui sont de toutes les couleurs de la France ont réussi les meilleurs examens, obtenu les meilleurs diplômes ? Ils frappent à la porte, à leur tour, demandent leur part et à qui on demande plus qu’à d’autres d’attendre, d’attendre encore ? Eh bien non ! Il n’est plus temps d’attendre. Il faut que la société française puisse être représentée avec toutes les couleurs, toutes les forces, toutes les forces vives de la France.

L’immigration en France, c’est l’histoire de millions de personnes venues d’ailleurs, de très loin ou parfois de plus près qui voulurent un jour fondre leurs aspirations personnelles, familiales dans le rêve français.

C’est ainsi que notre histoire s’est faite. Notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans cette multiplication de talents et d’atouts. Bien sûr que cette immigration a suscité également tout au long de son histoire, frustrations, fractures, frictions, nous ne devons ni ignorer les talents ni occulter les peurs.

Cette diversité est une chance si nous savons la valoriser, l’enrichir, la dépasser, si nous savons affirmer une volonté commune de vivre ensemble, ce qui suppose une pleine adhésion à la République. Sinon c’est le piège de la division, la menace du communautarisme, la confrontation des cultures et donc, le racisme, l’antisémitisme, la détestation de l’autre.

C’est en prenant en compte ces risques qui sont là, dans la France du 21ème siècle, que nous ne pensions plus imaginer ou voir, c’est en prenant en compte ces risques que nous devons nous élever, pour faire en sorte que la Nation redevienne facteur d’espoir. La France doit avoir confiance dans la France.

C’est une responsabilité dont l’Etat a la charge pour garantir la cohésion et l’apaisement. Je l’ai dit, l’éducation en est la première condition mais l’école ne peut pas répondre à un défi aussi grand. Toutes les institutions sont concernées : les institutions publiques mais également les entreprises privées. La réussite de notre pays dépend de notre capacité à régler cette question de la citoyenneté et de l’immigration.

C’est aussi une responsabilité individuelle car l’histoire de l’immigration nous l’enseigne aussi. Vivre en France, c’est une chance. Elle doit être ressentie, comprise, saisie pour pouvoir être mise au service du destin commun.

Votre musée montre que cet espoir est possible puisqu’il apporte la preuve que des femmes et des hommes arrachés parfois dans la douleur à leur pays d’origine, qui ont connu bien des épreuves, ont été capables, sur notre propre sol, de donner le meilleur de leur vie, de faire en sorte que leurs enfants puissent être pleinement des citoyens et d’accomplir ce qui a été, un moment, leur destin.

L’histoire de l’immigration fait partie de notre histoire nationale mais la réussite de l’intégration déterminera notre destin national.

Votre musée, votre institution, votre Cité a l’immense mérite de donner à des générations d’immigrés la place qui doit leur revenir et de nous faire comprendre qu’ils ont fait le visage de la France.

Un visage qui a la couleur de la République. Celle qui unit, rassemble et fédère. Une Nation qui doit être fière d’elle-même et sûre de son destin. C’est quand la Nation est fière, quand elle sait où elle va et quand son destin est partagé que cette grande Nation qui s’appelle la France peut résister à tout pour faire le meilleur et conjurer le pire.

Merci.


Arnaques aux faux virements: La nouvelle French connection ne prend plus ses quartiers en Corse mais en Israël (A new Israeli-based French connection preys on France’s top companies and state)

16 novembre, 2014
https://i2.wp.com/altscreen.com/wp-content/uploads/2011/09/Editors-Pick-The-French-Connection.jpghttps://i1.wp.com/www.lefigaro.fr/medias/2014/11/05/INF0a9447b6-64e6-11e4-a22d-117ba881d835-805x514.jpg

Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier. Si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement. François Fillon (2007)
Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale. (…) La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux. (…) [l’extrême gauche] fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme. Marine Le Pen
Les options du FN (…) sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde. Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique. Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen. Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de facto par des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc». Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralisme et le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle. Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés. Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques. Christian Saint Etienne
[Selon la Cour des comptes] la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone » … est « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement. La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union.(…) Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe. Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives. Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz. Le Monde
Cette criminalité mobile] profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs. Serge Dumont
D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale. D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il. «Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes. Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net. D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale. Le Figaro
Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite. Jean-Louis Di Giovanni
La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité. Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée. Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ? Jérome Pierrat
On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien. Serge Dumont
L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. (…) Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.» Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française… JSSnews
La police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. (…) La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris. Le Télégramme
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain. (…) Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement. (…) Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement. Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude… Les Echos
En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds. Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois.  Jean-Marc Souvira (OCRGDF)
Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA. Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés. (…) C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ». (…) Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement. Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. Challenges

Attention: une arnaque peut en cacher une autre !

Virements internationaux, carte bancaire, TVA, sécurité sociale, taxe au carbone, expertise comptable, police, lutte contre la fraude financière, lutte antiterroriste …

A l’heure où en un pays techniquement en faillite depuis 2007 la suppression de l’écotaxe pourrait coûter quelque 2 milliards d’euros …

Et où nos extrême-droite comme extrême gauche prônent le suicidaire repli national

Pendant que nos médias et nos films servent la soupe à nos nouveaux Arsène Lupin …

Voici entre la France, Israël et la Chine et sans parler des débris de l’empire soviétique

Et derrière plusieurs centaines d’escroqueries ou tentatives d’escroqueries aux faux virements

Profitant des failles dans la législation et le contrôle ou dans les accords d’extradition …

Comme, dans un monde de plus en plus internationalisé et des échanges de plus en plus dématérialisés, des nouvelles exigences de transparence mais aussi des nouveaux services de répression …

Sans parler, sous couvert d’écologie, de l’amour immodéré de nos gouvernants pour les usines à gaz fiscales …

La nouvelle French connection non corse mais, après nos fameux frères Zemmour des années 70 et avec la récupération que l’on peut imaginer du côté des conspirationnistes antisémites, israélienne cette fois …

Mais surtout la « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref » …

A savoir la taxe carbone pour 5 milliards d’euros dont 1,6 milliard aux dépens du seul Etat français !

Menace sur le CAC 40 : les nouveaux escrocs pêchent au gros
Une vague d’arnaques déferle sur nos plus grandes entreprises et met les services secrets français sur les dents. Les aigrefins osent tout, jusqu’à contrefaire la voix des patrons pour passer des ordres de virement à l’étranger.
Thierry Fabre
Challenges
25-05-2012

Au siège de Media Participations à Paris, on est encore sous le choc. Ce géant de la bande dessinée (Dargaud, Dupuis…), avec 20 millions d’albums vendus chaque année, a connu des aventures qui auraient pu inspirer les auteurs de Blake et Mortimer, la célèbre BD qui fait partie de son catalogue.

Fin janvier, le siège et plusieurs filiales ont été attaqués par des spécialistes de l’arnaque aux faux virements, rebaptisée par les policiers « escroquerie au président ». Première cible, la directrice financière de Dargaud Suisse reçoit un appel de Vincent Montagne, le président du groupe, exigeant de virer de toute urgence 987.000 euros sur un compte HSBC à Hong-kong, afin de financer une acquisition en Asie. Et il lui interdit d’en parler au patron de la filiale suisse. Téméraire, la directrice téléphone à ses correspondants parisiens, le montant du virement dépassant le plafond autorisé. In extremis, la révélation de l’usurpation de l’identité du patron stoppe le processus.

Pourtant, dès le lendemain, Vincent Montagne (le vrai) reçoit un coup de fil du commandant Girard, de la brigade financière: « Nous savons que vous avez été attaqués. Faites le virement, cela nous permettra de prendre les escrocs la main dans le sac. « Prudent, Montagne vérifie auprès de ses contacts policiers: le commandant Girard n’existe pas… Puis c’est au tour de la Société générale, la banque de Media Participations, de recevoir un coup de fil de Vincent Montagne (le faux) affirmant appeler depuis la brigade financière et ordonnant d’effectuer le virement afin de pincer les malfaiteurs. La supercherie est à nouveau débusquée. En trois jours, l’éditeur a subi au moins 30 attaques téléphoniques! « Les escrocs avaient bien planifié leur opération et acquis une connaissance très fine de notre organisation, témoigne Claude Saint Vincent, directeur général de Media Participations. Leur capacité à usurper la voix du président et à exercer une pression psychologique sur leurs cibles est impressionnante. »

De Michelin à l’Elysée

Une déferlante. En quinze mois, 180 attaques similaires à celle dont Media Participations a été victime ont été recensées par l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), un service d’élite de la police. Areva, Scor, Quick, Nestle, CMA CGM ont repoussé ces offensives, tout comme Michelin, qui vient tout juste de déjouer une série d’escroqueries sur ses filiales belge, suisse, italienne et allemande. « Nous avons porté plainte dans les pays concernés », nous a confirmé une porte-parole du leader mondial des pneumatiques. De grosses PME sont aussi visées, comme Valrhona, le spécialiste du chocolat, ou encore le casino de Trouville (Calvados), qui a échappé de justesse, le 13 mars, à une arnaque de 400.000 euros. Sans oublier l’Elysée, dont les services comptables ont arrêté un faux ordre de virement de 2 millions d’euros en avril 2011.

Si leurs tentatives échouent souvent, les escrocs ont fait quelques prises spectaculaires: le transporteur Brittany Ferries, qui s’est fait subtiliser 1 million d’euros ; Vinci, le groupe de BTP, escroqué récemment, mais qui « ne souhaite faire aucun commentaire » ; ou encore Robertet, l’un des leaders mondiaux des parfums implanté à Grasse (Alpes-Maritimes), qui a été délesté de 900.000 euros. Au total, selon la police, plus 20 millions d’euros ont déjà été détournés.

Du coup, c’est la mobilisation générale pour protéger nos fleurons du business. Les services secrets – la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) – ont lancé une alerte aux entreprises dans une note sur « la prévention des escroqueries aux virements internationaux », où ils détaillent les techniques des escrocs. « La manipulation fonctionne d’autant mieux que son auteur a la capacité d’y aller au culot, souligne la DCRI. L’air assuré et entendu ne vous incitera alors pas à remettre en cause sa qualité ou sa démarche. »

Autre initiative policière: le 6 mars, le commissaire divisionnaire Jean-Marc Souvira, chef de l’OCRGDF, a discrètement réuni les responsables financiers et de la sécurité d’une quarantaine de grands groupes dans la salle du conseil du Medef à Paris. « Ils étaient très intéressés, car beaucoup avaient déjà été victimes d’attaques, nous confie Souvira. Et je leur ai donné des outils pour se protéger. »

Arsène Lupin high-tech

Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA.

Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés.

Une affaire qui a coûté 1,6 milliard d’euros à l’Etat, « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref », selon la Cour des comptes.

De véritables ingénieurs. Pour arriver à leurs fins, ces aigrefins ont recours à des méthodes très pointues. Dans l’arnaque aux faux virements, ils commencent par mener une enquête fouillée sur leurs cibles. « Pendant un mois, une équipe se renseigne sur la société et ses filiales à l’étranger, témoigne Bernard Petit, sous-directeur à la lutte contre la criminalité organisée, l’un des pontes de la police. Elle collecte les PV d’assemblées générales et de conseils d’administration, et s’imprègne de la culture maison en étudiant les messages des dirigeants aux salariés ou les newsletters internes aux directeurs. » Les filous vont même jusqu’à enquêter sur la vie privée des cadres de l’entreprise. « Grâce aux réseaux sociaux, Facebook ou Twitter, ils peuvent savoir le prénom des enfants ou la date d’anniversaire de la secrétaire », relève Michèle Bruno, chef de la brigade de répression de la délinquance astucieuse.

Leur technique est aussi très élaborée pour empêcher la police de les retrouver. D’abord, ils achètent leur « matériel » (par exemple, les informations d’Infogreffe sur les entreprises) avec des cartes de paiement prépayées, totalement anonymes puisqu’elles peuvent être rechargées en liquide sans être associées à un compte bancaire. « C’est un vrai problème, car la police ne peut retrouver la trace des paiements des malfaiteurs », regrette Jean-Marc Souvira. Ensuite, les larrons lancent leurs attaques téléphoniques de l’étranger – en particulier d’Israël, où opèrent beaucoup de spécialistes de cette arnaque -, tout en donnant l’illusion d’être en France. Pour cela, ils ont recours à des « plateformes de dématérialisation », qui permettent d’acquérir des numéros de téléphone ayant l’indicatif du pays visé. « Si l’entreprise cible est en France, les numéros de téléphone et de fax achetés commenceront par l’indicatif français, afin de mettre en confiance l’interlocuteur qui recevra l’appel », détaille une note de l’OCRGDF.

Vient ensuite la phase d’attaque téléphonique, confiée à une autre équipe. Elle révèle un pouvoir de persuasion hors pair, comme le montrent les enregistrements de la police, que Challenges a pu écouter: « C’est votre président. [ …] Vous devez faire partir ce virement exceptionnel dès aujourd’hui. Vous recevrez les documents demain. Je compte sur vous, c’est très important », lance l’escroc à la comptable d’une filiale d’un grand groupe. « Mais, monsieur, j’ai besoin de documents pour un tel montant », répond la salariée. « Je vous dis que c’est un virement exceptionnel, vous comprenez ou quoi? Vous pouvez le faire », s’énerve l’escroc, qui échouera, la comptable ayant alerté sa hiérarchie. « Ils exercent une pression psychologique énorme en invoquant l’urgence de la situation, ou en menaçant souvent de virer la personne », rapporte la commissaire Michèle Bruno.

Parmi ces as de la mise en scène, le champion, c’est Gilbert Chikli, qui aurait escroqué une quarantaine de banques françaises ces dernières années en se faisant passer pour un agent secret. Réfugié en Israël après avoir été mis en examen en 2008 pour « escroquerie à la lutte antiterroriste » par la juge parisienne Sylvie Gagnard, Gilbert Chikli a réalisé l’un de ses coups les plus spectaculaires avec La Poste. Se faisant passer pour Jean-Paul Bailly, le président du groupe, il a appelé la directrice d’une agence postale. « Vous allez recevoir un appel d’un agent de la DGSE [les services de renseignements] », lui a-t-il dit. Quelques minutes plus tard, l’agent secret téléphone à la directrice, l’avertit qu’un dangereux terroriste faisant partie de ses clients va bientôt retirer de l’argent. Et il ordonne à la patronne de l’agence de lui apporter tous les billets en caisse pour qu’il leur appose une puce électronique…

Un (mauvais) scénario à la James Bond qui a réussi! La directrice a remis 350.000 euros dans une mallette, qu’elle a glissée sous la porte des toilettes d’une brasserie parisienne! Après la découverte de l’arnaque, elle a été licenciée et serait tombée en dépression. « Cet escroc ne réalise pas les dégâts humains que ses agissements ont provoqués », déplore Sylvie Noachovitch, l’avocate de la malheureuse cadre de La Poste. Car, pour Gilbert Chikli, ce n’est pas une escroquerie, c’est un jeu. « Je joue une scène qui apporte une certaine jouissance, une certaine adrénaline », déclarait-il en 2010 à France 2 qui avait retrouvé sa trace.

Israël comme base arrière

C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ».

En septembre, trois Franco-Israéliens spécialisés dans les faux virements ont été arrêtés à Lyon et à Cannes, dans un palace, en pleine partie de poker. Mais ils sont nombreux à avoir échappé à la justice française en se réfugiant en Israël, entre Tel-Aviv et la station balnéaire de Netanya, très appréciée des Français. L’un d’eux, Alex K, aurait même fait venir le groupe américain Black Eyed Peas dans sa somptueuse villa pour fêter son premier milliard de « tève » (l’arnaque à la TVA), selon l’enquête de Jérôme Pierrat, auteur de Mafias, gangs et cartels. La criminalité internationale en France (Folio, 2011).

Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement.

Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. « Auparavant, il y avait une séparation entre les délinquants financiers en col blanc et le grand banditisme classique, souligne Bernard Petit. Désormais, il y a une hybridation. Les équipes sont intégrées. »

Conséquence: les différends peuvent se régler à l’arme de poing. Quatre meurtres liés à ces escroqueries ne sont toujours pas élucidés. En janvier 2009, Serge Lepage, une figure du milieu, a été abattu devant chez lui, dans l’Essonne, après sa sortie de prison. Le 30 avril 2010, c’est au tour d’Amar Azzoug, un ancien braqueur reconverti dans les arnaques financières, d’être exécuté, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Le 14 septembre, Samy Souied, surnommé « le caïd des hippodromes », pour avoir trempé dans une affaire de blanchiment dans le monde des courses, a été abattu Porte Maillot, à Paris. Il était soupçonné d’être l’un des cerveaux parisiens de l’arnaque à la taxe carbone. Enfin, le 25 octobre dernier, Claude Dray, 76 ans, un homme d’affaires possédant des hôtels de luxe à Saint-Tropez, à Jérusalem et Miami, a été retrouvé mort dans son hôtel particulier de 1.000 mètres carrés, villa de Madrid à Neuilly, trois balles de 7,65 dans le cou. Sans aucune trace d’effraction ni de vol. Ce riche collectionneur avait des contacts avec des artisans de l’arnaque au CO2. Tellement lucrative que le partage des profits a fini dans le sang.

Voir aussi:

Faux ordres de virement. Insaisissables suspects

Hervé Chambonnière

Le Télégramme

7 octobre 2014

Les auteurs d’escroqueries aux faux ordres de virements bancaires ne sont pas seulement ingénieux pour tromper des entreprises. Pour court-circuiter les procédures judiciaires, ils opèrent depuis l’étranger, en grande majorité en Israël. Explications.

Quel point commun entre la Brittany Ferries (Roscoff, Finistère) et PBM Import, une filiale du leader européen d’importation de bois Wolseley (Pacé, Ille-et-Vilaine) ? Ces deux sociétés bretonnes ont été victimes d’une arnaque aux faux ordres de virements internationaux (FOVI). Dans les deux cas, une personne se faisant passer pour le P-DG est parvenue à convaincre le service comptabilité de se faire verser, fin 2011, puis fin 2012, 1,1 million d’euros, puis 14 millions. Dans les deux cas encore, l’argent a transité par des comptes à l’étranger, via Chypre, la Bulgarie, la Chine (…). Destination finale ? Israël.

72 commissions rogatoires adressées à Israël, aucun retour

Ces quatre dernières années, l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a recensé plus de 700 faits commis ou tentés en France. Plus de 360 entreprises ont été victimes de cette carambouille (dite aussi « arnaque au président »), pour un préjudice dépassant désormais les 300 millions d’euros. En Bretagne et en Loire-Atlantique, plus de 80 faits ont été signalés. Dans le collimateur des escrocs : les multinationales, comme la société de Vincent Bolloré, victime, dans le Finistère, d’une tentative à 350.000 euros en juin dernier, mais aussi les établissements plus modestes : abattoirs, laboratoires, établissements bancaires, assurances, offices HLM…

Quand ils ont contacté leurs homologues d’Interpol et Europol, les organismes internationaux de coopération policière, les enquêteurs français n’en ont pas cru leurs oreilles. Les escroqueries aux faux ordres de virements internationaux ? Les deux offices internationaux… ne connaissaient pas ! Et pour cause. « Vous êtes le seul pays touché », leur ont répondu un peu plus tard, Interpol et Europol. C’était juste avant que la Belgique, la Suisse et le Luxembourg ne soient à leur tour pris pour cibles. Leur point commun ? On y parle français. « Tout simplement parce que les auteurs de ces arnaques sont français », explique un enquêteur, spécialiste des FOVI. Des Franco-Israéliens, réfugiés en Israël, dont certains sont « bien connus des services », pour avoir fait leurs armes en France dans les arnaques aux faux annuaires et fausses publicités, l’affaire du Sentier ou encore les fraudes à la TVA et à la taxe carbone.

« On a des noms, et même les sociétés qui blanchissent l’argent détourné », assurent des enquêteurs. Mais en Israël, où le fil de l’enquête se brise, aucune procédure n’aboutit. Selon nos informations, pas moins de 72 commissions rogatoires internationales ont été adressées à l’État hébreu depuis 2010. Aucune n’a été suivie d’effet. Police israélienne « peu efficace et débordée » « Les procédures sont longues, complexes, coûteuses, et mobilisent des moyens pour un résultat quasi nul », se désole un enquêteur. Israël laisse faire ? « C’est plus compliqué que cela, explique une source judiciaire. Il y a des problèmes juridiques mais le pays a manifesté son intention de coopérer. »

« La France a su convaincre Israël que tout ceci était illégal, affirme au Télégramme Serge Dumont, journaliste belgo-israélien, correspondant permanent en Israël pour Le Soir et auteur de « L’histoire vraie de la mafia israélienne » (La Manufacture de livres, octobre 2013). Mais la police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. Depuis, une seule a été autorisée vers la France : en 2008, celle, éphémère, du flamboyant Gilbert Chikli… qui se trouve être le père présumé de l’arnaque aux faux ordres de virement (lire ci-dessous). La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris.

En complément

Gilbert Chikli, faux agent secret, vrai millionnaire Il est le père présumé de « l’arnaque au président ». Gilbert Chikli est franco-israélien. Son coup d’éclat ? En 2005, l’homme reconnait s’être fait passer pour le président du groupe La Poste auprès d’une agence parisienne. Il convainc la directrice qu’un agent de la DGSE va prendre contact avec elle pour une opération secrète. L’un des clients de la banque est un dangereux terroriste qui va prochainement effectuer un gros retrait en vue de préparer un attentat. Il faut donc marquer les billets avant la transaction. Pendant deux jours, le faux agent harcèle la directrice à qui il a fait acheter un téléphone portable pour être joignable en permanence. Après une quarantaine d’appels, la directrice s’exécute : elle glisse 358.000 euros dans une mallette qu’elle laisse dans les toilettes d’une brasserie parisienne. Bien sûr, l’argent s’envole. La directrice, elle, sera licenciée. Pendant trois ans, l’homme répétera le même scénario auprès d’une quarantaine d’établissements bancaires. Montant du butin : au moins 23 millions d’euros. En 2008, Gilbert Chikli est extradé d’Israël, mis en examen et placé en détention provisoire en France pendant près de trois ans. Relâché en attendant la fin de l’instruction, il prend la fuite alors qu’il est sous contrôle judiciaire. « J’ai le don de convaincre. Et alors ? » C’est une équipe de France 2 qui retrouve sa trace, en 2010, probablement en Israël. Face à la caméra, Ray Ban sur le nez, bronzé et bravache, le quadragénaire ne conteste pas les faits. « C’était un jeu (…) Par une déballe assez exceptionnelle, il faut le dire, on arrive à se faire remettre des versements ou des espèces assez importantes, voilà. (…) Ou vous avez un don, ou vous l’avez pas. C’est comme les grands acteurs et les grands artistes. Considérons que j’ai un don de beau parleur, que j’ai cette force de convaincre. Et alors, est-ce qu’on peut me reprocher ça ? » Un an plus tard, il est suspecté d’être derrière une tentative d’escroquerie (2 M€) qui visait… l’Élysée. L’homme prend son téléphone et contacte les policiers pour affirmer qu’il est « totalement étranger » à cette affaire. Selon lui, son modus operandi aurait suscité de nombreuses vocations. Et à ce petit « jeu », les élèves, arrivés en nombre depuis deux ans en Israël, auraient « dépassé le maître ».

Les chiffres

Plus d’attaques.

Pour le seul premier semestre 2014, et pour la seule zone gendarmerie, douze attaques ont été recensées en Bretagne pour des préjudices s’élevant de quelques dizaines de milliers d’euros à 437.000 euros. Treize faits avaient été enregistrés en 2013, cinq en 2012, et un en 2011. Une tentative sur trois a réussi. Malgré la sensibilisation régulière des entreprises, les escrocs ont connu plus de succès en 2014 : une tentative sur trois a réussi. Sur les 13 recensées en 2013, deux avaient réussi (4,2 millions d’euros), une sur cinq en 2012, et une en 2011. 600.000 euros en moyenne. 56 faits (dont 45 tentatives) ont été déclarés en zone police Bretagne et Loire-Atlantique depuis 2011, pour un préjudice tournant généralement autour de 600.000 euros. Sur la ligne des escrocs, 143.000 appels en trois mois ! Comment des escrocs parviennent-ils à embobiner banques, entreprises, salariés ? Leurs très redoutables techniques ont été décryptées. Les voici, point par point.

1. Le principe

Téléphoner à l’un des salariés ayant l’autorisation de transférer des fonds, au sein du service comptabilité, pour le convaincre d’effectuer un virement à l’étranger.

2. La technique Pour convaincre le salarié visé, l’escroc se fait passer pour le P-DG ou l’un des cadres dirigeants de l’entreprise (d’où le nom d' »arnaque au président »), qui prétextera une situation urgente, vitale pour la société (contrôle ou redressement fiscal imminent, faire face à une OPA hostile, lancer une OPA sur un concurrent, etc.). Bien souvent, le malfrat agit alors que le P-DG en question et le responsable financier sont absents (en déplacement à l’étranger, malade…). L’opération est lancée de préférence avant midi, le vendredi, en fin de journée, la veille d’un jour férié… Le temps que l’argent transféré sur un compte soit retransféré vers d’autres comptes, où ils ne pourront plus être gelés (24 h à 48 h). « C’est psychologique aussi. Quand le week-end approche, on est plus détendu, on est moins vigilant, explique un enquêteur rompu à ce type d’arnaques. C’est aussi pour cela qu’il faut être Français pour mener à bien de telles opérations. Il faut connaître les us et coutumes du pays, sa mentalité. »

3. Avant l’attaque, des mois de préparatifs Pour réussir le coup, les escrocs ont réuni un maximum d’informations sur leur proie : qui contacter (personnel), qui sont les dirigeants, quelle est leur signature, leur voix, leurs intonations, leurs mots et tics de langage, qui sont les clients, les fournisseurs, avec quels pays la société a-t-elle des échanges (…). Pour la mettre à nu, de un à six mois de recherches sont généralement nécessaires. De nombreuses infos sont accessibles via Internet (presse spécialisée, site Web de l’entreprise, Infogreffe, etc.) : stratégie, organigramme, actes officiels, PV d’assemblées générales, comptes-rendus du comité d’entreprise, extraits Kbis, lettres internes… Cela ne suffit pas. Pour les compléter et les recouper, les aigrefins ne vont pas hésiter à téléphoner à l’entreprise visée, en se faisant passer pour un client mécontent, un avocat, un fournisseur, etc. – « Pourrais-je parler à M. Durand ? » – « Je regrette. Il est en vacances, il revient dans une semaine. Mais je peux vous passer Pierre Vincent qui prend le relais en son absence » (…). Récemment, des enquêteurs bretons ont établi qu’une société avait reçu 140 appels des escrocs avant que ceux-ci ne passent à l’attaque ! Dans une autre enquête, la ligne téléphonique que les malfrats avaient, notamment, utilisée dans le Finistère (128 appels en trois semaines) avait servi à passer en France, en trois mois… 143.000 appels ! Ces informations peuvent aussi être glanées ou complétées sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) : vie privée, agenda des responsables, etc. Les cadres ont participé à un week-end de cohésion le week-end dernier, ont mangé du homard au dernier repas d’affaires ? Une compétition de football a rassemblé les salariés, équipe jaune contre équipe rouge ? Michel est parti à la retraite après 35 ans de bons et loyaux services ? Tout intéresse ces escrocs. Car chaque information est susceptible, le moment venu, de faire tomber la garde de leur interlocuteur.

4. Un aplomb phénoménal Avec un aplomb phénoménal, l’escroc lancera l’information, livrera le détail qui endormira la vigilance du salarié. Celui-ci hésite ? Le faux P-DG va le placer sur un piédestal. On ne lui a peut-être pas donné la place qui lui revenait, on l’a peut-être négligé, oublié mais, là, il va pouvoir donner le meilleur de lui-même. C’est lui qui va permettre de sauver sa boîte ou de lui donner un gros coup de boost ! C’est lui qu’il a choisi, parce qu’il a confiance en lui, que la situation est urgente, secrète. Il ne doit en parler à personne. Lui seul est dans la confidence. Il résiste ? Un document signé viendra confirmer, par e-mail, dans les minutes suivantes l’autorisation. Il résiste encore ? L’escroc est le patron. Il hausse le ton. Le salarié est sommé d’obéir. Il risque son poste ! Veut-il aussi endosser la responsabilité d’une faillite et de licenciements massifs ? Si le stratagème échoue malgré tout, l’escroc retentera peut-être sa chance, avec d’autres salariés. L’entreprise Michelin a ainsi fait l’objet d’une vingtaine d’attaques, en vain, au siège à Clermont-Ferrand et auprès de ses filiales à l’étranger. Dans un autre cas, le jour suivant un échec, un escroc a même rappelé l’entreprise visée, en se faisant passer pour un enquêteur d’Interpol, pour tenter de débloquer les fonds qui avaient été gelés !

5. Anonymes et intraçables Les escrocs masquent tous leurs agissements. Les infos achetées sur Infogreffe ? Achetées avec une carte bancaire prépayée, rechargeable en espèces, sans être associée à un compte bancaire. Les numéros d’appels téléphoniques français ? Achetés par le même moyen (environ 15 € par mois en Israël) auprès de « plates-formes de dématérialisation » habituellement utilisées pour des services clients établis à l’étranger, pour donner l’illusion que cette activité est traitée dans le pays où se trouvent les clients (services de jeux aussi, etc.). Pour l’escroc, cela permet de mettre en confiance son interlocuteur en lui faisant croire qu’il reçoit un appel local. L’adresse e-mail ? Idem, auprès de fournisseurs français de noms de domaine. Il suffit de reproduire l’adresse Web de l’entreprise visée et les e-mails de ses dirigeants, à une lettre ou un signe près ! Pour les mouvements bancaires, le premier transfert est généralement effectué vers une banque d’un pays européen. Un second transfert, vers des pays où l’opacité bancaire règne, intervient très rapidement (dans les 48 h). La Chine est très prisée, car des liens ont semble-t-il été noués avec des contacts locaux. Les escrocs ont recours entre eux, à la manière des banques, au mécanisme de la compensation. L’argent transférée en Chine ne bouge plus, mais des complices chinois implantés à Paris paient en cash les escrocs.

Anglophones, pirates informatiques et faux stagiaires : alerte, les escrocs recrutent !

Ils ne ratent aucune opportunité. Quand les escrocs en col blanc ont appris qu’une nouvelle norme de virement bancaire international (norme SEPA) était mise en place, leur sang n’a fait qu’un tour. En quelques semaines, l’arnaque était ficelée : se faire passer pour une banque, prétexter des tests techniques pour effectuer des virements. Le premier, pour mettre en confiance, était bien restitué. Le second, jamais. Mais la mise aux normes s’est achevée cet été. Fini les arnaques SEPA. « Les escrocs sont déjà passés à autre chose, rapporte un spécialiste des escroqueries aux faux ordres de virement. Dans leurs équipes, ils ont des financiers, des informaticiens… » Nouveaux filons La nouvelle tendance, c’est l’intrusion informatique. Les pirates vont récupérer une foule d’infos sur les comptes bancaires, les fournisseurs, les clients. Et ils trouvent toujours une faille : par exemple, se faire passer pour le propriétaire des locaux et demander à ce que les loyers soient versés sur un nouveau compte bancaire, etc. Autre tendance : envoyer un faux stagiaire. De vraies techniques de renseignement économique ! Dans son livre consacré à la mafia (*) israélienne (édition La Manufacture des Livres, octobre 2013, 22,90 €), le journaliste belgo-israélien Serge Dumont estime que cette criminalité mobile « profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs ». La criminalité financière n’a pas de frontières… Mais ce jour-là n’est pas encore arrivé. Aux dernières nouvelles, les criminels en col blanc mènent grand train dans les établissements de nuit de la région de Tel-Aviv. Il se murmure aussi que de nouveaux filons devraient prochainement être exploités. Les groupes d’escrocs rêvent de nouvelles « parts de marché » et pensent international. Pour cela, ils ont la ferme intention de se mettre… à l’anglais.

* Plusieurs groupes sévissant ces dernières années ont été repérés à Ashdod et Netanya, deux cités à fortes composantes françaises, au sud et au nord de Tel-Aviv . « Ils ne font pas partie de la mafia israélienne, même s’ils commencent à faire partir du paysage criminel local et si les pactoles amassés suscitent la convoitise », constate le journaliste Serge Dumont.

Une vingtaine de millions d’euros gelés

Lorsque l’alerte est donnée rapidement, les services d’enquête parviennent à geler les fonds sur le premier compte où l’argent a été transféré. Sur les quelque 300 M€ envolés depuis 2011, une vingtaine auraient ainsi pu être stoppés. Pour les récupérer, la coopération interbancaire, en dehors de tout cadre judiciaire, à l’amiable, semble la mesure la plus efficace. Certains pays, pour des raisons juridiques, rechignent à restituer les sommes gelées.

Voir aussi:

L’arnaque aux faux virements explose en France
Le Figaro
05/11/2014

VIDÉO – Comme Michelin, de plus en plus de sociétés, petites ou grandes, sont victimes de cette escroquerie. La plupart des fonds atterrissent sur des comptes bancaires en Chine. Les autorités judiciaires françaises, en visite à Pékin, tentent d’organiser la riposte.

C’est un phénomène inquiétant, qui prend de plus en plus d’ampleur en France. Les arnaques aux faux ordres de virements explosent dans l’Hexagone. Ce qui n’était qu’un «phénomène émergent» en 2012 s’est transformé en «véritable raz-de-marée qui s’est abattu sur la France», selon les membres d’une délégation du ministère français de la Justice, en déplacement à Pékin où les fonds volés atterrissent majoritairement.

Ces virements totalement indus représentent 300 millions d’euros de préjudice et 700 procédures comptabilisées par les services d’enquête français, qui constatent une «accélération des faits fin 2013, début 2014». Dernière grosse arnaque en date: le groupe Michelin qui vient d’annoncer le vol de 1,6 million d’euros. Le fabricant de pneumatiques a été victime d’une personne se présentant comme le directeur financier de l’un de ses fournisseurs.

D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale.

«Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage»

D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il.

«Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes.

Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net.

Pression sur Pékin
D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale.

À Pékin, Robert Gelli a donc annoncé la mise en place d’un «comité de pilotage» chargé d’explorer les moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. Après avoir prêté une oreille attentive aux préoccupations françaises, les magistrats chinois ont, à leur tour, fait valoir des demandes s’inscrivant dans l’actuelle campagne anticorruption menée par le régime communiste. Pékin souhaite des actions efficaces contre les officiels chinois corrompus ayant fui en Europe. Un traité d’extradition est d’ailleurs en voie de ratification à Paris.

La fraude en entreprise, un mal très français
Jean-Bernard Litzler, Service infographie du Figaro
19/02/2014

INFOGRAPHIE – De nouvelles formes de délinquance apparaissent mais les sociétés se montrent de plus en plus vigilantes.

Pas moins de 10% des fraudes signalées par les entreprises françaises l’an dernier concernent l’escroquerie dite «au président», selon l’étude du cabinet PwC que Le Figaro présente en avant-première. Une nouveauté et une spécificité très française car cette méthode semble peu utilisée ailleurs. Le mécanisme est simple: l’aigrefin se fait passer au téléphone pour le dirigeant de l’entreprise et demande à un comptable d’effectuer un virement à l’étranger pour financer une acquisition confidentielle. L’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes a ainsi été délestée de 17 millions d’euros.

«Le problème n’avait pas été pris assez sérieusement par les entreprises, dans un premier temps, car elles ne pensaient pas pouvoir être victimes de ce genre de stratagème», souligne Jean-Louis Di Giovanni, associé PwC du département Litiges et investigations qui a réalisé l’étude. Toute la subtilité réside dans le fait que l’escroc s’adresse à un simple comptable, profitant généralement de l’absence de ses responsables. Il dispose souvent de bons renseignements sur le patron qu’il est censé incarner et met en valeur et en confiance son interlocuteur. Au besoin, le fraudeur lui met la pression en expliquant que cette transaction est vitale pour l’avenir de l’entreprise. Il ne lui reste qu’à profiter, la plupart du temps, d’un week-end prolongé pour réaliser son arnaque et empêcher ainsi le blocage du virement.

Malgré cette nouveauté, l’étude PwC montre une nette progression de l’aptitude des entreprises à déceler une fraude. En 2009, seules 29% d’entre elles déclaraient en avoir détecté une contre 55% cette année (voir graphique). «Cette augmentation est particulièrement forte en France, note Jean-Louis Di Giovanni. Elle montre que les entreprises ont pris conscience du problème et se donnent les moyens de dépister des fraudes plutôt que de les découvrir par hasard alors que le mécanisme s’est installé parfois depuis trois, cinq, voire dix ans.» Les sommes en jeu sont loin d’être négligeables: le tiers des fraudes représente plus de 100.000 dollars (73.000 euros).

Cybercriminalité en hausse
La méthode la plus courante de détection reste l’identification des transactions inhabituelles. En épluchant régulièrement la comptabilité, une part significative de la fraude peut être détectée: c’est celle des «opportunistes» qui profitent de la faible surveillance mise en place par l’entreprise. À noter: la fraude est commise dans 60% des cas par un salarié, plutôt âgé (entre 41 et 50 ans dans 43% des cas) et disposant d’une solide ancienneté (plus de dix ans dans 50% des cas) car il lui faut la confiance de son management et le temps de maîtriser les procédures de sa société.

C’est désormais la cybercriminalité qui préoccupe car elle s’organise et se professionnalise. Elle est devenue cette année la deuxième source de fraude la plus courante en France, derrière le détournement d’actifs et pas moins de 44% des entreprises redoutent d’en être victimes dans les deux ans qui viennent. «Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans, précise Jean-Louis Di Giovanni. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite.» Dernière victime en date: le distributeur américain Target auquel ont été volées les données sur 110 millions de ses clients!

Le mythe fondateur des escroqueries au virement : « l’affaire de l’agence postale »
Soren Seelow

Le Monde

11.11.2014

Comme toutes les « success stories » de la criminalité organisée, l’escroquerie aux faux ordres de virement a un pionnier, le Franco-Israélien Gilbert Chikli, et son mythe fondateur : l’affaire de l’agence postale de la rue des Capucines, à Paris, première entreprise française à avoir porté plainte en 2005.

Dans les mois qui ont suivi, 34 sociétés ont été visées tour à tour : l’affaire des faux ordres de virement internationaux était née. Le 30 septembre, quinze prévenus ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès, dont la date n’a pas encore été fixée, sera le premier du genre.

L’affaire de La Banque postale, telle qu’elle est relatée par l’ordonnance de renvoi, est un morceau d’anthologie criminelle. Lundi 25 juillet 2005, Mme G., directrice de l’agence, est affairée à son bureau quand un homme se faisant passer pour le président du groupe La Poste, Jean-Paul Bailly, l’appelle. Il l’informe qu’elle sera prochainement contactée sur son portable par un « agent des services secrets internationaux ».

Interloquée, sans doute un peu grisée par une telle marque de confiance, Mme G. reçoit bientôt l’appel d’un homme qui se fait appeler « Paul ». L’homme se présente comme un agent spécialisé dans la lutte contre le terrorisme international et la convainc de participer à une vaste opération d’espionnage.

Afin de la maintenir sous son emprise psychologique, « Paul » appelle la directrice à quarante reprises en trois jours. Il lui explique qu’il s’intéresse de près à certains clients de la banque soupçonnés de blanchir de l’argent pour le compte du terrorisme international, et parvient à obtenir les noms et numéros de compte des principaux clients de l’agence.

76 millions d’euros en quelques mois
A force de persuasion, le faux agent finit par convaincre Mme G. de procéder le 28 juillet à une commande de fonds exceptionnelle de 358 000 euros pour piéger les clients suspects. La directrice s’exécute, place la somme dans une sacoche, saute dans un taxi, file en direction de la place de la Nation et s’enferme dans les toilettes pour dames d’un bar, comme convenu.

Une femme – soupçonnée d’être la maîtresse de Gilbert Chikli – se présente devant les cabinets et prononce le mot de passe. Par l’entrebâillement de la porte, Mme G. lui remet la sacoche. « Paul » l’avait persuadée que les billets seraient scannés afin de les « tracer ». La sacoche devait lui être rendue quelques heures plus tard à la terrasse d’un bistrot de la rue de la Paix. Mme G. s’installe en terrasse. Ne voyant rien venir, elle se résout à porter plainte. Elle sera licenciée pour faute professionnelle.

Dans les mois qui suivent, 34 entreprises ou filiales françaises de renom (Thomson, LCL, HSBC, Adidas, American Express, Alcatel, Dassault ou encore Les Pages jaunes) ont été visées par des escroqueries similaires. A un détail près : la sacoche de billets, trop rudimentaire, a été remplacée par un virement bancaire, pierre angulaire de la vague d’escroqueries qui touche la France depuis bientôt dix ans.

Le montant total des tentatives se monte à 76 millions d’euros en quelques mois. Mais si l’escroquerie est lucrative et peu risquée, son taux d’échec est élevé : seules quatre entreprises ont perdu de l’argent pour un préjudice de 6 millions d’euros.

Commanditaire présumé de ces arnaques : Gilbert Chikli, ancienne tête pensante de « l’escroquerie au démarchage publicitaire ». Mis en examen en janvier 2008, libéré sous caution en septembre 2009, il s’est envolé trois semaines plus tard pour Israël. Il est visé depuis le 15 février 2010 par un mandat d’arrêt international. Et a depuis fait des émules sur la Riviera israélienne.

Voir également:

Les entreprises françaises victimes d’une vague d’escroqueries venue d’Israël
Soren Seelow (avec Richard Schittly, à Lyon)

Le Monde

11.11.2014

Le 14 mars 2013, Mme C. a reçu un mail inhabituel. Il était 10 h 15. Comptable chez un grand négociant en vin de Bourgogne, elle découvre, surprise et flattée, que son patron compte sur sa « discrétion » pour une importante opération financière. C’est la première fois que cette jeune femme de 35 ans échange par courriel avec son employeur, dont le bureau se trouve à quelques mètres du sien. Le caractère exceptionnel du message, se dit-elle, justifie ce moyen de communication inédit, bien qu’il soit truffé de fautes d’orthographe :

« Je vous ai choisi pour votre discrétion incontestable et votre travail irréprochable aux seins de notre entreprise et dans votre groupe de travail. Nous effectuons en ce moment une opération financière. Cette opération doit rester confidentielle jusqu’à son annonce à l’Autorité des marchés financiers et dans le cadre d’un strict confinement voulu aux seins de la direction du groupe. »

Le courriel poursuit ainsi : « L’annonce publique aura lieu avec la présence de toute l’administration le 22 mars 2013. Veuillez prendre contact avec notre cabinet Me Botin [suit une adresse mail] pour ma remise des coordonnées bancaires afin d’effectuer le virement immédiatement de la facture en pièce jointe. Merci de votre entière discrétion. »

« Braqueurs dématérialisés »
Mme C. ne s’en est pas aperçue, mais l’adresse de son patron a été contrefaite. Son interlocuteur n’est pas dans le bureau d’à côté : il est en Israël. La comptable est sur le point de se laisser embarquer dans une incroyable escroquerie qui coûtera plus d’un million d’euros à son entreprise. Et elle est loin d’être un cas isolé. Avant elle, des centaines d’entreprises ont été victimes du même procédé.

C’est une spécialité franco-israélienne : l’escroquerie aux « faux ordres de virement internationaux », ou « Fovi ». Les cibles sont pour la plupart des entreprises françaises ou francophones, dont plusieurs grands noms du CAC 40. Ses auteurs, qui ont la double nationalité, opèrent en toute impunité depuis les villes côtières de Netanya, Ashdod ou Herzliya, surnommée la « Silicon Valley israélienne ».

Ces riches équipes de « braqueurs dématérialisés » ont fait leurs armes dans les arnaques aux encarts publicitaires, la fraude à la TVA ou à la taxe carbone. Au fil des années, ils ont affûté leur maîtrise de l’informatique pour déjouer les systèmes de sécurité. Alliés aux Triades chinoises, qui réceptionnent les virements en Chine, ils prospèrent à l’abri des poursuites grâce aux lenteurs de la coopération judiciaire internationale.

« Chiffre noir gigantesque »
Né il y a une dizaine d’années, le phénomène, pourtant largement documenté, a explosé depuis quatre ans pour atteindre une intensité inégalée cette année, avec plusieurs tentatives par semaine. Depuis fin 2010, 700 entreprises françaises ont porté plainte, pour un préjudice estimé à 300 millions d’euros.

« Mais le chiffre noir est gigantesque », nombre de sociétés préférant ne pas ébruiter leur mésaventure, explique Jean-Marc Souvira, directeur de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Il s’agit d’une attaque massive contre le tissu économique français. »

Une liste non exhaustive des entreprises visées donne une idée de l’ampleur du phénomène. Le 27 octobre, Michelin se fait subtiliser 1,6 million d’euros ; début septembre, c’est le bureau parisien du plus grand cabinet d’avocats du monde, Baker & McKenzie, qui se fait escroquer de 900 000 euros.

En janvier, l’usine de production Seretram, propriété de la marque Géant vert, voit disparaître 17 millions de sa trésorerie. A ce jour, le record est détenu par Vallourec, leader mondial des tubes sans soudure, avec un préjudice de 20,6 millions d’euros en février 2013.

Cette gigantesque vague d’escroqueries associe les méthodes traditionnelles de l’imposture téléphonique et les techniques sophistiquées de l’espionnage industriel.

La première étape, dite d’« ingénierie sociale », consiste à recueillir un maximum d’informations sur l’entreprise visée grâce aux innombrables « données ouvertes » aisément disponibles sur Internet, dans les registres de commerce ou sur les réseaux sociaux. Très prisés, les rapports annuels d’entreprises, qui sont publics, permettent de scanner la signature du PDG et de repérer ses tics de langage.

Ces derniers mois s’est développée une technique plus intrusive consistant à aspirer les données d’un ordinateur grâce à un « cheval de Troie », envoyé sous forme de pièce jointe : organigramme, échanges de mails, fournisseurs, coordonnées bancaires, dates de congés…

Ces informations, souvent stratégiques et parfois très personnelles, sont triées et analysées. Elles permettront à l’escroc d’usurper l’identité du directeur, d’un fournisseur, d’un cabinet d’audit ou d’un policier. Cette première phase, qui souligne la fragilité des sociétés françaises face à la protection de leurs données, permet de crédibiliser la suite, qui repose plus classiquement sur la crédulité humaine.

Mais la naïveté a ses limites et la chance demeure le meilleur allié des escrocs. Malgré les mises en garde répétées de son interlocuteur lui demandant de ne lui parler de cette opération ni « physiquement, ni par téléphone », Mme C. se présente devant la porte vitrée du bureau de son patron pour obtenir des éclaircissements. Mais il est occupé et ne peut la recevoir.

« Dévouement et discrétion »
Quelques minutes plus tard, elle reçoit un appel de Me Botin depuis un numéro de téléphone acheté sur une plateforme de dématérialisation, qui permet d’afficher l’indicatif désiré. Le faux avocat lui reproche d’un ton péremptoire de ne pas avoir respecté les instructions. Ce coup de poker des escrocs, qui avaient anticipé sa réaction, achèvera de refermer le piège.

A 10 h 54, Me Botin lui fait parvenir par mail une facture de 395 700 euros au nom de la société suisse Libo Diamond and Jewellery LTD, accompagnée d’un RIB de la Liechtensteinische Landesbank de Genève. La comptable édite l’ordre de virement et en réfère au faux PDG : « Je viens juste de terminer, mais il me faut une signature écrite au-dessus du tampon pour que je puisse le valider par fax à la banque. Je le mets dans votre casier. Je le récupère quand vous l’aurez signé », écrit-elle. « Surtout pas, répond l’escroc avec un art tout personnel de la conjugaison : vous le scanner, vous le tamponner et vous me l’envoyer par mail de suite, merci. »

A 13 heures, Mme C. envoie l’ordre de virement à la banque. « Je vous félicite pour votre dévouement et votre discrétion », la complimente l’escroc. Dans les jours qui suivent, quatre nouveaux virements, d’un montant total de 3,5 millions d’euros, seront effectués. Seuls les deux premiers seront décaissés, pour un préjudice d’un million d’euros. Les suivants seront bloqués à temps, un cadre de l’entreprise ayant fini par déceler la supercherie.

Coût humain très lourd
« En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés », explique M. Souvira. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds.

« Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois. »

Ces escroqueries ont aussi un coût humain très lourd, avec des licenciements à la clé, et parfois des drames. Depuis cette folle semaine, Mme C. est en arrêt maladie pour dépression. Cette mère de deux enfants a confié à ses collègues s’être sentie « humiliée » et « violée ».

Pendant les six jours de l’escroquerie, elle n’en avait pas touché un mot à son patron. Elle s’en était en revanche ouverte à son directeur financier, Monsieur B., qui ne s’en était pas alarmé. Le cadre de 57 ans, dévoué à son entreprise depuis plus de trente ans, n’est jamais retourné travailler après l’escroquerie. Le 2 juin, il a annoncé à sa femme qu’il sortait acheter du vin. Il a poussé un peu plus loin et s’est jeté d’un pont.

La coopération internationale en question
La vague d’escroqueries, qui touche essentiellement la France, est un test pour la coopération judiciaire avec la Chine et Israël. Prenant conscience de l’ampleur du phénomène, le ministère de la justice a dépêché début novembre à Pékin une délégation chargée de réfléchir aux moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. « L’entraide avec la Chine était inexistante, c’est un premier pas  », souligne un magistrat parisien.

Mais l’échange d’informations avec Israël est pour l’heure au point mort. Si plusieurs escrocs ont été identifiés en Israël, les commissions rogatoires n’ont jusqu’ici rien donné. « La solution est politique », résume un haut fonctionnaire de police.

Voir encore:

L’arnaque Michelin : l’arbre qui cache la forêt pour les e-commerçants français
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude.

Chronique de Grégoire Vigroux
Directeur Marketing pour l’Europe, Telus International Europe
Journal du net
13/11/14 11:42

C’est aussi l’arbre qui cache la forêt d’une situation nettement plus problématique et qui touche l’ensemble des e-commerçants français.
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude: l’entreprise en question n’a pas connu de cas de fraude pendant une longue période, ce qui laissait laisse présumer que le sujet était bien maîtrisé et que les mesures préventives étaient efficaces. Or, alors que personne ne l’a vue venir, une attaque habile et organisée est parvenue à soustraire de l’argent à l’entreprise.

Michelin n’est pas la première société française à être victime d’une telle arnaque : selon la Fédération Bancaire Française (FBF), plusieurs centaines de procédures sont en cours pour des cas semblables, pour un montant total évalué à plusieurs centaines de millions d’euros.
Le cas de l’affaire Michelin, qui a fait la une de l’actualité, illustre un phénomène de plus grande ampleur: celui de la « fraude en bande organisée », également qualifiée de « fraude professionnelle », ou « industrielle » et qui gagne du terrain chaque année en France.
L’affaire Michelin est, d’une certaine manière, l’arbre qui cache la forêt, car les entreprises qui sont les premières victimes de la fraude organisée ne sont pas celles du CAC 40. Depuis plusieurs années, les sociétés qui appartiennent au secteur du commerce électronique sont au nombre des proies privilégiées des fraudeurs professionnels et ce, parce que ces entreprises ne sont pas armées pour lutter durablement contre la fraude moderne, qui est désormais menée à une échelle industrielle.
Les e-commerçants éprouvent notamment de grandes difficultés à dépister et à combattre les escroqueries lors des périodes de l’année pendant lesquelles ils doivent gérer les contextes opérationnels les plus difficiles, notamment les périodes de fêtes et de soldes. Au total, le montant des impayés bancaires sur les 138 000 sites marchands français actifs s’élevait ainsi à 125 millions d’euros l’an dernier. Soit 14 % de plus qu’en 2012 et deux fois et demi de plus qu’il y a cinq ans.
Quelles sont les solutions les plus utilisées par les e-commerçants pour combattre la fraude ?
Parmi les solutions les plus répandues, on répertorie: la procédure systématique de demandes de justificatifs – dont demande de pièce d’identité et attestation de domicile (concernant parfois, plus de 10 % des commandes); l’analyse manuelle des commandes à risque (dans bien des cas, près de 40 % des commandes); et l’augmentation de la part des transactions passées en 3D Secure. La mise en place des solutions que nous venons d’évoquer suscite naturellement des coûts additionnels pour le e-commerçant ainsi qu’une expérience client souvent détériorée pour le client.
Quelles sont les meilleures pratiques pour combattre la fraude ?
De plus en plus d’e-marchands s’engagent dans la mise en place d’une stratégie méthodique et menée à plus long terme. Cette catégorie d’e-marchands ne se focalise pas exclusivement sur la diminution des pertes financières dues à la fraude, mais prend également en compte les paramètres suivants : impact sur le taux de transformation; coût opérationnel du processus (coût de gestion des impayés inclus); et risques pris en terme d’impact sur l’image de marque.
Selon nous, seule une stratégie anti-fraude qui intègre chaque phase du processus peut s’avérer efficace. Cette stratégie doit prendre en compte chacune des étapes suivantes : ce qui se passe avant le paiement; en cours de paiement; après le paiement; et, enfin, au cours de la phase d’investigation. Il revient ensuite au e-commerçant de définir des indicateurs de performance homogènes sur l’ensemble des étapes du processus, pour établir un premier diagnostic et fixer les objectifs à atteindre.
L’externalisation est-elle la solution ?
Un nombre croissant d’e-marchands réalise qu’une protection efficace contre la fraude peut également favoriser une amélioration de l’expérience client et aussi entraîner une diminution des coûts opérationnels.
De fait, les e-commerçants français qui souhaitent confier la lutte contre la fraude à un prestataire externe sont de plus en plus nombreux. Les raisons qui incitent les donneurs d’ordre à envisager l’outsourcing sont variées. La nécessité d’être accompagné dans la conception d’une stratégie minutieusement adaptée de lutte systématique de la lutte contre la fraude est un élément souvent déterminant.
Une autre raison qui incite les e-marchands à envisager l’outsourcing est le besoin d’une solution « one-stop-shop », qui combine l’utilisation des meilleures technologies disponibles sur le marché (analyse prédictive, plateforme de détection temps réel, big data); des capacités d’externalisation de certaines activités; et enfin, les indispensables homologations aux réglementations en vigueur (dont PCI DSS et ISO 27000).
Par ailleurs, en réponse aux scénarios d’attaque organisée, l’outsourcing présente plusieurs avantages : une approche externe et neutre des processus, la capitalisation d’un savoir-faire construit en relation avec plusieurs grands donneurs d’ordre et la capacité à évaluer la performance par le biais de  « stress-tests ».
Recommandations
Pour les e-marchands, le succès en matière de lutte contre la fraude n’est possible qu’à condition de maîtriser les trois paramètres suivants : posséder un taux de protection efficace et parvenir à diminuer les coûts opérationnels en améliorant l’expérience client.
L’externalisation est, selon nous, le moyen à la fois le plus sûr et le plus pragmatique pour atteindre ces trois objectifs. Le management de la fraude est ainsi en passe de devenir un métier à part entière, ce qui conduit les e-commerçants à confier cette activité spécifique à des entreprises spécialisées.

Voir de plus:

12 recommandations pour se prémunir contre la « fraude au président »
Cecile Desjardins

Les Echos

19/03/2014
C’est en sécurisant leurs procédures de virements manuels, en contrôlant leur information, et en sensibilisant leurs salariés que les entreprises peuvent espérer échapper à ces escroqueries d’un nouveau type.

Lors d’une conférence organisée récemment par l’assureur AIG et le cabinet d’avocats Boken sur la « Fraude aux faux ordres de virements », Raphaël Gauvain avocat associé chez Boken a présenté un « Guide à l’usage des entreprises pour la protection contre la « fraude au président ». Les douze recommandations qui y sont présentées relèvent de trois domaines.

La sécurisation des procédures de virements manuels, tout d’abord (recommandations 1 à 3). « C’est la première des actions à mettre en place : les fraudes concernent des virements significatifs non récurrents : il faut donc contrôler l’accès au cash et auditer les virements manuels de l’entreprise et, en particulier, les procédures d’urgence », explique Raphaël Gauvain.

Sensibiliser, informer et former les salariés

Fraude : comment réagir à une tentative de détournement de fonds : Les entreprises sont de plus en plus souvent visées par des tentatives de fraude, souvent élaborées. Internet, réseaux sociaux, pression psychologique… Tous les moyens sont bons pour soutirer des fonds. L’AFTE publie un guide pratique pour se prémunir, ou réagir, face à ces manœuvres.

Le deuxième domaine d’actions porte sur le contrôle de l’information donnée par ou sur la société (Recommandations 3 à 6). « Nous avons constaté que les attaques surviennent souvent « au pire moment »: les entreprises nous disent « le patron était en vacances… » ou « on était sur une opération très importante », etc. Mais ce ne sont pas des « hasards » : les escrocs savaient que ces entreprises étaient en situation de crise. Pourquoi ? Parce qu’avant de mener leur attaque, ils ont su recueillir les bonnes informations, y compris sur les réseaux sociaux ou à travers une enquête approfondie de « social engineering »», indique Raphaël Gauvain.

Enfin, il est essentiel de sensibiliser, informer et former ses salariés (Recommandations 7 à 12). « Le point le plus important est de faire comprendre aux salariés que « cela n’arrive pas qu’aux autres ». Il faut non seulement les informer sur ce type d’escroquerie, mais aussi le faire régulièrement, souligne Raphaël Gauvain. C’est au dirigeant de s’engager personnellement pour dire à ses salariés pour leur dire que JAMAIS il ne leur demandera de passer outre les procédures de virements ». Douze procédures à suivre à la lettre quand on sait que quelque 350 entreprises françaises ou francophones ont été attaquées en 2013. Et que les services de police ont constaté une forte croissance des tentatives d’escroquerie de ce type depuis le début 2014…

1 – Respecter les règles essentielles du contrôle interne
Des procédures simples en matière de virements manuels peuvent limiter les risques. « Un simple comptable ne doit pas pouvoir ordonner un virement et il faut limiter au maximum le nombre de personnes qui ordonnent les paiements manuels », explique Raphaël Gauvain. Autre principe évident, mais pas toujours respecté : la séparation des taches, entre celui qui prépare le virement et celui qui l’ordonne. Enfin, il faut mettre en place une procédure de double signature au-delà d’un certain montant.

2 – Renforcer l’efficacité des procédures d’urgence
La plupart des escroqueries au président sont fondées sur le caractère « d’urgence » de l’opération frauduleuse demandée. Il est donc essentiel que l’urgence ne soit pas traitée en marge des procédures. « Il faut mettre en place des procédures spécifiques pour permettre des virements en urgence, et désigner un référent compétent pour les traiter, explique Raphaël Gauvain. Attention, il faut aussi obliger l’exécutant, en cas d’ordre de virement urgence, à mentionner sur l’ordre, l’heure et la date à laquelle il a obtenu l’accord du référent ».

3 – Conforter ses relations avec les banques
Il faut éviter que la banque ne constitue un maillon faible dans la sécurité de l’entreprise. « Et donc prévoir, systématiquement, un contre-appel de la banque en cas de virement manuel au-dessus d’un certain montant », indique Raphaël Gauvain. En outre, mieux vaut limiter le nombre d’établissements bancaires de l’entreprise et, en cas d’acquisitions de nouvelles sociétés, procéder aux transferts des comptes bancaires.

4 – Sécuriser les systèmes d’information et de communication

S’il est essentiel de sécuriser l’accès à l’intranet, il faut aussi faire attention aux supports de communication internes et externes (site internet, blog, plaquette, journal). Notamment en limitant  la communication d’informations sur l’organisation de la société, son organigramme et les plannings, la communication d’informations individuelles (numéro de poste direct et fonction précise) et la communication à propos d’événements internes (galas, etc.).

5 – Renouveler la réflexion sur l’information légale
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain.

6 – Maîtriser l’information donnée au marché
Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement

7 – Informer sur le mode opératoire des escrocs.
Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement.

8 – Informer sur les virements suspects
Une réflexion en amont sur les virements « suspects » peut aider à éveiller l’attention des salariés ciblés par les escrocs. Concrètement, il faut être attentif aux opérations ayant une cause incongrue (fonds mis à disposition d’un agent secret ; ordres manifestement illicites comme ceux ayant pour objet d’échapper à un contrôle fiscal…) ou un destinataire suspect, comme un compte inconnu ou qui ne correspond pas à la justification qui en est donnée. Mais aussi une destination étrange (en particulier lorsque le virement a pour destination un pays dans lequel l’entreprise n’a aucune activité), que le montant apparaît disproportionné au regard de la justification donnée ou, enfin, qu’il est fractionné pour éviter un certain seuil (ex : 990 000 euros).

9 – Sensibiliser régulièrement les salariés
Une information unique n’est pas suffisante : il faut procéder à des envois réguliers de mail ou memo internes signés de la Direction (notamment un rappel systématique avant les périodes de vacances). Et ainsi rappeler systématiquement le mode opératoire des escrocs, les caractéristiques des paiements suspects et les procédures internes en matière de virement et formuler un message personnalisé d’un membre de la Direction rappelant que jamais il n’ordonnera directement un ordre de paiement en urgence au mépris des procédures de contrôle internes.

10 – Accompagner les salariés face au risque de fraude
« Il faut désigner un référent qu’il faudra avertir en cas de soupçon de fraude (par exemple : directeur juridique/compliance) et envoyer régulièrement des mails ou mémos rappelant l’existence de ce référent, explique Raphaël Gauvain. Lors d’un appel à caractère urgent émanant d’un interlocuteur qui utilise la menace, l’intimidation ou le chantage pour ordonner un paiement, et/ou en se faisant passer pour un membre de la Direction, la communication doit être immédiatement interrompue et le référent informé sans attendre ».

11 – Responsabiliser les salariés
Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude…

« Mieux vaut réduire le nombre de personnes habilitées à transmettre des informations à des contractants extérieurs, explique Raphaël Gauvain. Mais il faut aussi faire attention aux réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn etc,) et diffuser une charte rappelant aux salariés le bon usage des moyens modernes de communication (pas d’information sur l’entreprise, profils privatisés…) ».

Pour réduire le risque ? Il faut contractualiser l’obligation renforcée de confidentialité et prévenir les salariés que tout manquement aux règles de procédure interne sera constitutif de licenciement (faute grave les privant de préavis et d’indemnités de licenciement).

12 – Organiser un « stress test »
C’est, sans aucun doute la phase ultime permettant de vérifier la solidité des procédures mises en place dans l’entreprise et de les corriger si nécessaire : la simulation d’une tentative d’escroquerie, qui peut être réalisée en interne ou en faisant appel à une société spécialisée en « sécurité économique ». « Le retour d’expérience sera la meilleure des sensibilisations et le stress test permet de déceler les points faibles de chaque entreprise et de pouvoir y remédier », souligne Raphaël Gauvain.

Voir de plus:

KPMG : Les dessous d’une escroquerie de 7,6 millions d’euros
Denis Lafay
la Tribune
26/06/2014

7,6 millions d’euros : c’est le montant de l’escroquerie record dont KPMG SA a été victime en 2012. Cette fraude, dite « au Président », résulte de méthodes et d’outils technologiques extrêmement sophistiqués. Elle engage aussi une chaine de responsabilités, qui interroge le contrôle interne d’un groupe lui-même chargé de le mettre en œuvre chez ses clients. Récit d’une incroyable arnaque.

L’affaire démarre en mai 2012. B.M*, comptable à la direction Rhône-Alpes de KPMG en charge des règlements fournisseurs, reçoit un appel téléphonique d’un interlocuteur se présentant sous l’identité de Jean-Luc Decornoy, le président du directoire de KPMG SA. Il la somme, sous le sceau de l’absolue confidentialité et après s’être inquiété de quelques soucis personnels qu’elle avait… réellement éprouvés – la mettant ainsi en confiance -, de procéder à un virement de 252 848 € nécessaire à l’accomplissement d’une étude de consulting « qui doit demeurer totalement secrète ». Elle insiste sur le caractère inapproprié de la demande, mais devant la persistance de son « grand patron » doit céder.

Une adresse IP aux Etats-Unis
L’usurpateur la met alors en relation électronique avec un certain Marius Kohl – marius.khol@financier.com, provenant d’une adresse IP qui se révélera ultérieurement basée aux Etats-Unis -, chargé de lui remettre les coordonnées bancaires pour effectuer la transaction. Puis il réceptionne sur une adresse électronique similaire à celle de Jean-Luc Decornoy – l’IP originelle sera, plus tard, isolée en République tchèque – la demande d’ordre de virement officielle que lui expédie B.M et qu’il retourne noircie d’une signature strictement identique à celle du « vrai » Jean-Luc Decornoy.

Une société anglaise, Myr Group, sise 12 Sherwood Street Piccadilly Circus à Londres, est appelée à réceptionner un virement émis par la banque de KPMG, l’agence Entreprises La Défense de BNP Paribas, au bénéfice de l’agence Canary Wharf de Barclays Bank à Londres.

Des virements compris entre 940 et 996 K€
Et c’est ainsi que le 5 juin, 13 jours après la datation de la facture, 252 848 € quittent les comptes de KPMG et rejoignent ceux d’une organisation de malfaiteurs aux méthodes particulièrement sophistiquées. Ces manoeuvres, pour l’essentiel libellées au nom de « rachat de filiales » et que B.M a l’absolue interdiction, rappelée par son soi-disant président du directoire, de partager avec « quiconque », se répètent à 8 reprises jusqu’au 10 juillet. Les sept factures émises du 21 juin au 10 juillet et honorées sont toutes comprises entre 967 350 et 996 641 euros…

Il faudra un échange interne presque anodin au sein de la direction financière puis avec B.M pour que « l’affaire » éclose. Le 10e ordre de virement de 941 637 euros émis le 11 juillet est stoppé in extremis, et la Police judiciaire est saisie de cet exemple de « fraude aux dirigeants » qui commence de voir le jour en France. Quelques mois plus tard, en décembre, P.Y*, alors responsable administratif et comptable de la direction Rhône-Alpes et que sa subalterne avait mis seul dans la confidence, est licencié.

Les interventions d’Alain Chamak, alors directeur Rhône-Alpes (et président du conseil de surveillance jusqu’en 2010) pour le disculper de toute responsabilité et considérant « inappropriée » l’éviction de « personnes innocentes » et de « bouc-émissaires » pris au piège de la discipline hiérarchique et « coupables » d’avoir respecter scrupuleusement l’injonction descendante, permirent, selon la défense de l’entreprise, de rétrograder le motif de licenciement de « grave » à « simple ». Le directeur régional invita également B.M et P.Y à consulter sur le champ un médecin et un psychologue.

Une propagation inquiétante
Les investigations confiées à la Direction Interrégionale de la Police Judiciaire à Lyon se poursuivent. L’instruction pénale porte sur les qualificatifs d’« escroquerie et tentative d’escroquerie en bande organisée », de « faux et usage de faux », et d’« usurpation d’identité ». Ce fléau, qui a surgi en 2012 en France, se propage et devient un phénomène « extrêmement inquiétant » observent des enquêteurs, est symptomatique de la prolifération tentaculaire et incontrôlée des nouvelles manifestations de cybercriminalité. Leurs auteurs « jouent » des outils d’ultratechnologisation mais aussi de l’évaporation des frontières devenues, dans ce domaine, virtuelles, enfin de la complexité des enquêtes induite par l’internationalisation des circuits – les investigations mèneraient principalement vers la Chine et surtout Israël via des malfaiteurs binationaux.

Et les méthodes ont de quoi effrayer ; ainsi B.M à la fois était le professionnel idoine pour procéder directement aux virements, ne figurait sur aucun organigramme accessible à des tiers de l’entreprise, entendit son interlocuteur évoquer au téléphone le nom d’autres salariés des services financiers de KPMG et même, avec exactitude, l’agenda d’Alain Chamak le jour de la première fraude…

Suicide
L’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et l’Office central de la lutte contre la criminalité liée aux technologies informatiques et de la communication (OCLCIC) sont mobilisés. En Rhône-Alpes, le montant cumulé de la vingtaine d’escroqueries réellement consommées et faisant l’objet de procédures tutoierait, selon nos informations, les 60 millions d’euros. Les répercussions ne sont pas que financières pour les entreprises et économiques pour des emplois fragilisés par l’ampleur des pertes ; elles sont aussi humaines pour les salariés instrumentalisés.

Pour preuves chez KPMG, le licenciement du responsable administratif et comptable, et le traumatisme psychique éprouvé par B.M : employée modèle depuis une trentaine d’années, devenue complice malgré elle, et abandonnée à son sort par une présidence qui ne témoigna ni empathie ni attention – jamais après le déclenchement de l’affaire elle n’eut de contact avec celui-même auquel elle était machiavéliquement liée : Jean-Luc Decornoy. « Je me suis sentie sale parce que l’on m’a salie », confiera-t-elle à un proche. Dans une autre entreprise de la région, les manifestations de cette culpabilisation ont été encore plus dramatiques : un salarié s’est suicidé.

Une forteresse inexpugnable
Dès le 12 juillet 2012, KPMG fait le choix de l’omerta. Pendant plusieurs mois, seule une grappe de dirigeants puis la cinquantaine de partners seront tenus informés de l’existence de l’escroquerie. L’atomisation du groupe – compartimenté par métiers et fractionné en 217 implantations – mais aussi l’intérêt commun des associés-actionnaires de préserver l’image de l’entreprise pour sauvegarder leurs intérêts personnels, favorisent l’imperméabilisation des transferts de communication et de diffusion des informations.

La forteresse semble inexpugnable, mais la stratégie d’un silence public cadenassé ne manque pas d’enflammer les rumeurs ni de surprendre dans la corporation. Aucun média, excepté La Lettre A dans un court article édité le 19 décembre 2013, n’y fera référence. Plus étonnant, dans la publication de ses comptes annuels clos en septembre 2012, KPMG Associés – le holding de tête, détenu à 80 % par des experts-comptables et commissaires aux comptes et à 20 % par les descendants de la famille fondatrice Galtier, possède 98 % du capital de KPMG SA – affirme « qu’aucun événement ayant une incidence significative sur les comptes n’est à signaler ». Dans son rapport remis à l’Assemblée générale mixte du 17 décembre le conseil de surveillance de KPMG SA estime, de son côté, « qu’il n’y a aucune observation particulière à formuler ».

Où sont passés les 5,3 millions restants ?
L’examen de la chaine des responsabilités et les interrogations sous-jacentes ont, il est vrai, de quoi malmener la réputation du cabinet. Comment l’envergure de la fraude, c’est-à-dire la concentration, l’accélération effrénée, et l’ampleur des virements, a-t-elle pu échapper à la vigilance du co-directeur Rhône-Alpes Bruno Paillard, responsable de la fonction-support comptabilité, et surtout du directeur financier de KPMG SA Thierry Lemarquis ?

Comment les opérateurs de BNP Paribas ont-ils pu, eux aussi, procéder sans jamais ciller à de tels transferts dont la fréquence (28 et 29 juin, 2, 5, 9, 10, 11 juillet), les montants (à ces dates, jamais moins de 940 000 € chacun), et même les objets étaient à ce point inhabituels et disproportionnés par rapport à l’activité du cabinet – leur cumul correspond à 1 % du chiffre d’affaires annuel ? Comment faut-il interpréter l’évocation, dans le rapport de gestion publié pour l’AG mixte du 17 décembre 2012, de la « survenance d’un sinistre sur un actif » mais dont l’impact résiduel sur le résultat net n’est « que » de 2,3 millions d’euros ; que sont devenus les 5,3 millions d’euros restants ? BNP Paribas ou, dans une moindre mesure, Barclays Bank ont-ils « partagé » avec KPMG la responsabilité pécuniaire d’une défaillance que d’aucuns arriment à une incurie ?

ERP en cause ?
Le soin extrême que la direction de KPMG a consacré, avec succès, à claquemurer « l’affaire » et à juguler toute divulgation publique, tient à la singularité schizophrénique de la situation : un prestigieux cabinet, dont la facturation des honoraires peut culminer, selon une source interne, à 1 000 € l’heure pour les partners, a pour mission de veiller chez ses clients à l’application d’un dispositif rigoureux et transparent de ce même contrôle interne (lire encadré à la fin) qui, chez lui, s’est révélé vulnérable, dysfonctionnel, opaque voire défaillant.

Depuis, d’ailleurs, l’architecture de ce contrôle interne – lézardé par le changement simultané de plusieurs process informatiques et crevassé par les fragilités du système d’exploitation informatique (ou ERP) peut-être trop hâtivement déployé et « coupable » d’avoir détricoté à partir de 2011 les procédures prévalant jusqu’alors – a été considérablement renforcée, et notamment le principe de la double signature comme la centralisation au siège de tout virement à l’étranger ont été adoptés.

Deux documents internes
Plus étonnant, la direction a adressé en 2014 à l’ensemble du personnel deux documents ; l’un alerte sur une « vague d’« escroqueries au président » dont de nombreuses entreprises ont récemment été victimes », l’autre indique que « la direction a été informée que des escrocs se font passer pour des professionnels de KPMG afin de demander la transmission urgente d’éléments relatifs à des factures clients »…

Les deux documents rappellent les procédures à respecter… sans jamais faire référence à l’origine véritable de cette communication : la propre fraude dont l’entreprise a été victime. « L’affaire Chamak » apparaît, en définitive, être la manifestation visible d’un tremblement de terre dont les causes et les répliques, multiples et souterraines, interrogent l’éthique, la gouvernance. Mais aussi l’exercice mêmes des métiers d’expertise-comptable ou de commissariat aux comptes.

*Les initiales ont été changées

Voir enfin:

EXCLUSIF – Scandale de la taxe carbone : le SOS des juges
Jean-Michel Décugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

Le Point

03/12/2012

C’est la fraude fiscale la plus importante jamais commise en France. Cette vaste carambouille, qui a rapporté à ses instigateurs plus de 5 milliards d’euros, a coûté 1,6 milliard d’euros au Trésor français. L’arnaque consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe en Hollande et de les revendre en France TTC. Les « faux » traders empochaient les 19,6 % de TVA sans les reverser à l’État français. Ils les faisaient transiter sur des comptes à l’étranger : Écosse, Hong Kong et Israël.

Chargés de cette enquête délicate, les juges du pôle financier viennent d’écrire au directeur de cabinet de la garde des Sceaux pour dénoncer les entraves qu’ils rencontrent. Dans leur courrier daté du 15 octobre auquel Le Point.fr a eu accès, les magistrats pointent la mauvaise volonté de l’État d’Israël où ont trouvé refuge les principaux protagonistes de ce carrousel à la TVA et demandent l’aide du Quai d’Orsay pour débloquer la situation.

Entraide diplomatique

Les juges réclament aussi l’embauche de trois assistants spécialisés dont le nombre a fondu ces dernières années, passant de dix à deux. Un investissement dérisoire pour l’État au regard des 800 millions d’euros à recouvrer dans cette affaire. Interrogée par Le Point.fr, la chancellerie assure que « le courrier est pris très au sérieux » et « qu’une démarche d’entraide diplomatique va être engagée afin de permettre à l’enquête d’avancer ». L’absence de coopération d’Israël n’est pas nouvelle, mais le précédent gouvernement n’avait pour sa part initié aucune démarche.

La « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée » épinglée par la Cour des comptes
Hervé Kempf
Le Monde
08.02.2012

La Cour des Comptes consacre un chapitre de son rapport public annuel 2012 à la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone ». Selon elle, cette escroquerie qui s’est déroulée en 2008 et 2009, « est la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement.

La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union. La Cour décrit le mécanisme de la fraude, qui s’est déroulée sur le marché européen du carbone. Celui-ci, appelé ETS (Emissions Trading Scheme), organise les échanges entre les entreprises qui dépassent un plafond, fixé par les autorités, d’émissions de gaz à effet de serre, et les entreprises qui sont en-dessous de ce plafond. Les fraudeurs ont appliqué un système dit du « carrousel » : des sociétés, souvent créées pour l’occasion, achetaient hors taxe des quotas de CO2 dans un Etat membre, les revendaient en France en facturant la TVA de 19,6 %, et disparaissaient sans payer la TVA à l’Etat français.

AUCUN CONTRÔLE EXTERNE

Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe.

Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives.

Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz.

Voir aussi:

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[1er volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui ont été arrêtés

William Molinié

20 minutes

12.03.2014

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce premier volet s’intéresse à ceux qui ont été arrêtés.

> Lire le deuxième volet, ceux qui sont en cavale…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

A Lyon et à Cannes, il a été aperçu à bord de voitures de luxe à plusieurs reprises. Il prêtait d’ailleurs ses grosses cylindrées à Michel Neyret, l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise suspecté de corruption contre des renseignements relatifs aux acteurs de la fraude aux quotas de CO2. L’homme d’affaire est mis en examen dans ce dossier ainsi que dans deux autres concernant la fraude à la taxe carbone, l’un à Paris, l’autre à Lyon. Il louait une villa à 12.000 euros par mois dans l’arrière-pays cannois. En octobre 2013, les policiers qui l’avaient placé sur écoute se sont rendus compte que depuis sa cellule, il avait organisé le rapatriement d’affaires, revendus dans la foulée.

Cyril Astruc, le «gros poisson»

Des sources proches du dossier pensent qu’il s’est rendu à la police française parce qu’il n’était plus en sécurité en Israël. Interpellé au début de l’année à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle alors qu’il rentrait en France, Cyril Astruc, surnommé «Poulet», est présenté comme un «gros poisson» de cette fraude par les enquêteurs. D’ailleurs, la fraude belge lui serait attribué dans sa quasi-totalité (70 millions d’euros). Selon nos informations, on le retrouve dès le début des années 2000 dans un trafic international de cocaïne dont il était chargé de la logistique du réseau: fourniture de faux papiers, voitures de luxe, téléphones portables sécurisés, location d’appartements servant de caches… Il faisait l’objet de quatre mandats d’arrêt, notamment pour escroquerie à la taxe carbone en France et en Belgique, corruption dans l’affaire Neyret, et trafic de stupéfiants. Lors de son arrestation à l’aéroport parisien, il portait une montre d’une valeur de 330.000 euros.

Claude Bauduin, l’homme de paille jugé en Allemagne

Lui, il s’est fait repérer sur le marché allemand. Ce retraité de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), ancien gérant de théâtre, a été condamné fin 2011 à trois ans de prison par un juge de Francfort pour une affaire de fraude à la taxe carbone portant sur 10 millions d’euros. Il s’est toujours défendu d’avoir été au coeur de la carambouille. Et fait porter le chapeau à Yannick Dacheville, aujourd’hui en fuite (lire ici), qu’il a présenté comme étant le commanditaire. Selon lui, il se serait fait manipuler en acceptant 10.000 euros contre la création à son nom d’une société à Hambourg. Laquelle aurait été utilisée par Dacheville pour multiplier les opérations douteuses sur le marché du carbone. Après deux ans de prison, il est sorti de prison et n’est plus en détention.

Grégory Zaoui, le précurseur de la fraude

Il est présenté par Marius-Christian Frunza, auteur de «Fraud and Carbon Markets: The Carbon Connection», comme l’un des tous premiers acteurs de la fraude sur le marché parisien, et sans doute le premier cerveau de la fraude à la française. C’est aussi l’un de ceux qui a été arrêté parmi les premiers. Il est un ami proche de Fabrice Sakoun, en fuite (lire ici), avec qui il a partagé une cellule à la prison de la Santé, pourtant censée protéger les échanges d’informations. Il est aujourd’hui libre.

Mardoché Mouly, alias Marco, le pro du montage opaque

Il a été discrètement interpellé fin avril 2013 à Paris et placé en détention à Nanterre (Hauts-de-Seine). Cet ami proche de Samy Souied (lire ici), assassiné Porte Maillot, s’était déjà illustré dans des escroqueries. Selon un rapport de police que 20 Minutes a consulté, il avait, entre autres, été mis en cause dans une enquête portant sur une société spécialisée dans la téléphonie mobile «dont les comptes étaient susceptibles d’abriter d’importantes sommes d’argent provenant d’infractions financières réalisées avec d’autres entreprises, dont certaines installées à l’étranger». Les enquêteurs avaient d’ailleurs relevé des transferts de fonds, s’élevant à 1 million d’euros, entre lui et Samy Souied, par l’intermédiaire d’un certain Dan B., dit «Petit frère».

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[2ème volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui sont en cavale

William Molinié

20 minutes

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce deuxième volet s’intéresse à ceux qui sont en fuite.

> Lire le premier volet, ceux qui ont été arrêtés…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

Fabrice Sakoun, principal condamné du dossier Nathanaël

Au cours de son procès en première instance, le premier en France concernant la fraude aux quotas de CO2, Fabrice Sakoun était venu répondre de ses actes devant la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avant de se dérober entre la fin des audiences et la lecture du délibéré. L’escroc a flairé la lourde peine que les juges allaient prononcer à son encontre:  cinq ans de prison ferme et un millions d’euro d’amende.

Réfugié selon des proches du dossier en Israël, la grande question reste celle de son retour ce jeudi devant la cour d’appel de Paris, alors que son deuxième procès doit s’ouvrir. Sera-t-il présent à l’audience? Son avocate, contactée par 20 Minutes, se «refuse à tout commentaire». Cet ancien grossiste du quartier du Sentier à Paris s’est vu confisquer son Aston Martin ainsi que son bateau. C’est lui, qui avait lâché devant les enquêteurs et les juges la désormais célèbre formule: «le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires».

Yannick Dacheville, l’escroc millionnaire introuvable

C’est par lui que l’affaire Neyret a éclaté, quand après avoir fait fortune dans des escroqueries à la TVA, dont le carrousel portant sur le carbone, il s’est investi dans le trafic international de cocaïne. En novembre 2010, 110 kg de coke sont découverts dans l’appartement d’une princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).  Les policiers de la brigade de stupéfiants de Paris, qui l’ont mis sur écoute, le soupçonnent d’être le commanditaire de la drogue. Ils s’aperçoivent aussi qu’il entretient une relation incestueuse avec le numéro deux de la PJ de Lyon, Michel Neyret, lequel l’informe de son mandat d’arrêt international contre des cadeaux.

Yannick Dacheville, dit «Le Gros», est un proche de Stéphane Alzraa (lire ici) qui utilise certains de ses biens de luxe. Arrêté à Dubaï, il parvient à obtenir sa libération de prison et, selon nos informations, envoie un SMS à son ex-femme, Célia G., directrice-adjointe d’un hôtel de luxe, afin de la rassurer. Depuis, il est introuvable et voyagerait entre le Panama, Dubaï et les Etats-Unis où il dispose de nombreux biens immobiliers. Aux dernières nouvelles, il aurait par ailleurs remonté une affaire de location de voitures de luxe à Dubaï.

Michel Keslassy, «réfugié» en Israël, doit 65,5 millions d’euros à l’Etat

Condamné en juin 2013 à trois ans et demi de prison et 65,5 millions d’euros de dommages et intérêts pour une affaire d’escroquerie à la TVA sur le marché du carbone, Michel Keslassy, 50 ans, s’est volatilisé à la fin de l’année 2013. En novembre dernier, la cour d’appel de Paris avait décidé de le placer sous bracelet électronique, pour des raisons de santé. Mais «au bout de quelques jours», le dispositif a «cessé de fonctionner». Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre.

Sa ligne de défense depuis le début de l’affaire a été de se présenter comme un homme de paille. Selon lui, il aurait été abusé par Samy Souied (lire ici), un des principaux instigateurs de la fraude, assassiné en 2010, Porte Maillot. Son procès en appel a eu lieu mi-février, en son absence. Selon des sources contactées par 20 Minutes, il est actuellement en Israël. «Il se dit menacé», rapporte un proche du dossier. A plusieurs reprises, depuis Israël, il a écrit aux juges et s’est fait connaître au consulat. «D’autres individus, du même degré d’implication, n’ont jamais été interpellés, ni inquiétés dans cette procédure. C’est très regrettable», commente son avocat, Philippe Ohayon. Michel Keslassy est dans l’attente de son jugement.

Voir enfin:

Ecomouv’ et écotaxe : un fiasco qui coûtera plus de deux milliards d’euros
Samuel Laurent

Le Monde

10.10.2014
Après l’annonce surprise de la suspension sine die de l’écotaxe poids lourds, le 9 octobre par Ségolène Royal, le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, a confirmé jeudi 30 octobre que l’Etat allait résilier le contrat qui le liait à Ecomouv’, la société chargée de la mise en place et de la collecte de la taxe. Combien coûtera à l’Etat – et au contribuable – l’abandon de ce projet de fiscalité écologique ?

Rappel, tout d’abord : l’écotaxe, décidée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, devait permettre deux choses : faire évoluer les pratiques en matière de transport en « désincitant » à utiliser le transport routier et financer une série de projets, notamment d’alternatives au tout-camions.

Votée dans un relatif consensus, cette loi a ensuite subi de plein fouet le lobbying des transporteurs routiers et de quelques élus locaux, qui n’ont eu de cesse d’en réclamer le report ou l’aménagement. Le projet, plusieurs fois modifié, s’est tout de même peu à peu mis en place, via un consortium, Ecomouv, à qui en était confiée la gestion.

Il faut donc distinguer plusieurs éléments de ce que va coûter cet abandon :

1. Près de deux milliards d’euros de pénalités et de manque à gagner
800 millions d’euros, c’est la somme que l’Etat devra rembourser à Ecomouv. La société, filiale du groupe italien Autostrade et de plusieurs grands groupes français, a investi cette somme dans la mise en place technique des appareils destinés à collecter la taxe et d’une infrastructure complexe. Elle devra être remboursée.

1,15 milliard d’euros, c’est la somme que devait rapporter cette taxe. Sur cette manne, 800 millions devaient revenir à l’Etat, précisément à un fonds de financement d’infrastructures, l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), et 150 millions étaient destinés aux communes concernées par la taxe. Le reste devait revenir à Ecomouv. Les aménagements concédés en 2013 avaient déjà diminué cette somme, la ramenant à environ 600 millions d’euros.

250 Enfin, ajoutons que l’ajournement de la taxe, en 2013 puis en 2014, ainsi que les destructions de portiques ont déjà occasionné environ 50 millions d’euros de coût par trimestre, soit au moins 250 millions d’euros supplémentaires.

2. Au moins 200 emplois menacés

Avant même sa mise en place, la gestion de l’écotaxe avait déjà conduit à plusieurs centaines d’embauches :

200 salariés de la société Ecomouv travaillent à Metz, depuis plus d’un an pour la plupart. Ils ont déjà subi les retards successifs de la taxe, qui avait conduit la société à demander la possibilité de les mettre en chômage partiel. On ne sait pas encore quel sera leur avenir.

130 fonctionnaires des douanes avaient également été transférés à Metz pour gérer la taxe. Eux non plus ne savent pas ce qui les attend désormais.
3. Des projets d’aménagement en mal de financement
L’impact indirect de la décision de Ségolène Royal est également important. En effet, l’écotaxe était destinée à financer des alternatives au transport routier, qui devront désormais trouver d’autres moyens pour se réaliser :

122 Pas moins de 122 projets de transport urbain, plusieurs lignes à grande vitesse et des transports fluviaux, devaient être financés par l’AFITF… 78 collectivités locales et 14 millions d’habitants étaient concernés. Les chantiers auraient dû générer jusqu’à 4 000 emplois.

Voir également:

Jérôme Pierrat : “Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles”
Etienne Bouche
Télérama

07/01/2013

Jérôme Pierrat, spécialiste du banditisme, est le co-auteur d’un documentaire sur les nouvelles mafias en France. Il raconte son travail d’enquête sur ce milieu si particulier.
Dans leur enquête pour Spécial investigation (diffusé ce lundi 7 janvier sur Canal+), les journalistes Jérôme Pierrat et Barbara Conforti démontrent à quel point la mondialisation a fait prospérer les organisations mafieuses. Camorra napolitaine, Fraternité roumaine ou encore Vory v zakone géorgiens sont ainsi parvenus à s’exporter en s’appropriant les règles du capitalisme. Rencontre avec Jérôme Pierrat, auteur de plusieurs ouvrages et d’un blog consacrés au monde criminel.

D’où vous vient cet intérêt pour le crime organisé ?
Pour répondre à cette question, il faudrait que je m’allonge sur un divan ! Disons que depuis longtemps je suis passionné – mais pas fasciné – par les marges, les contre-sociétés… Les mafias sont un peu des négatifs de notre société, au sens photographique du terme. La lecture m’a également amené à ce sujet : j’ai dévoré Au Bagne, d’Albert Londres, mais aussi les reportages de Blaise Cendrars.

Comment est né ce projet ?
En 2008, j’ai écrit un livre sur le sujet, Mafias, gangs et cartels : la criminalité internationale en France (1). J’avais en tête d’en faire une adaptation pour la télévision. J’avais déjà travaillé pour Canal+ il y a deux ans en réalisant Caïds des cités, sur le grand banditisme dans les quartiers défavorisés. L’équipe de Spécial investigation m’a présenté Barbara Conforti, qui connaît très bien le milieu de la criminalité organisée. Notre enquête s’est étalée sur une année.

Travailler sur les mafias, n’est-ce pas s’exposer à des risques ?
Bien sûr, ce n’est pas comme aller cueillir des marguerites dans le Loiret. Il faut faire attention. J’ai déjà été l’objet de de menaces pour des articles de presse écrite, mais globalement je ne me suis jamais senti réellement inquiété. En général, les gens que j’interroge considèrent que je fais honnêtement mon travail. Bien sûr, il faut faire preuve de prudence, surtout lorsque l’on enquête à l’étranger. Lorsque nous avons tourné à Craiova, en Roumanie, la peur était palpable : les traducteurs qui travaillaient avec nous n’étaient pas vraiment à l’aise. Dans une petite ville de province comme celle-ci, tout se sait très rapidement.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Nous avions conscience que notre postulat de départ – se pencher sur quatre organisations internationales – était compliqué. En Roumanie, nous avons essuyé pas mal de déconvenues. Certains membres de la Fraternité n’ont jamais voulu nous rencontrer et nous conseillaient d’abandonner. Dans un autre registre, l’enquête a été éprouvante quand nous avons rencontré les prostituées nigérianes à Lyon : les intimidations dont elles font l’objet de la part de leur maquerelle sont bien réelles. Nous avons ressenti la peur et la violence qui règnent dans ce milieu.

Sur un tel sujet, quelle est / quelle doit être la position du journaliste ? Se sent-on justicier, ou au contraire, complice ?
J’estime que mon rôle, c’est de rendre compte de phénomènes. Les évoquer, c’est déjà une forme de dénonciation. Mais je ne suis pas un chevalier blanc : en tant que journaliste, je suis un observateur, qui porte à la connaissance du grand public une certaine réalité. J’apporte un éclairage, et le spectateur est suffisamment grand pour juger ce qu’il voit.

Comment s’adresse-t-on à un parrain de la mafia ?
Dans ce genre d’entretien, l’interlocuteur est un peu comme une huître : il faut réussir à saisir la perle – le faire parler – mais au moindre faux pas, le coquillage se referme ! Chaque mot compte, et la moindre parole déplacée peut interrompre l’échange. Inutile de vouloir faire la morale ou de poser des questions dérangeantes : contrairement à celui qui côtoie des lions depuis vingt ans, quelqu’un qui n’a jamais vu un animal sauvage de sa vie se fait forcément dévorer. Mon travail, c’est à force d’étudier les mentalités, de passer pour un « affranchi » et de montrer à la personne en face de moi que je peux comprendre sa manière de penser.

Quelles sont les raisons qui poussent un escroc à vous rencontrer ?
C’est certain, il y a une part d’ego, car ils n’ont aucun intérêt à parler. C’est un peu le syndrome de l’agent secret : ces gens ont une vie extraordinaire – au sens propre du terme -, mais ne peuvent pas la dévoiler. Dans le reportage, un pirate informatique roumain nous montre comment il procède pour détourner les cartes bancaires. A l’image d’un magicien, il avait clairement envie d’épater, de montrer avec quelle simplicité il nous piégeait.

L’échange que vous avez avec Crystal, un vor v zakone emprisonné en Ukraine, révèle combien l’appartenance à la mafia est codifiée…
Les mafias les plus anciennes ressemblent à des sociétés secrètes, avec des pratiques ritualisées : c’est une cérémonie qui marque l’entrée d’un membre dans le milieu. Même s’ils appartiennent davantage au folklore aujourd’hui, les tatouages, à une certaine époque, affichaient la carte d’identité de chacun. Dans un camp soviétique perdu en pleine Sibérie, le détenu ne pouvait pas mentir : son appartenance était inscrite sur son corps. Ces marqueurs permettaient de donner des repères, de structurer un système très flottant.

C’est aussi un milieu extrêmement machiste…
C’est une « valeur » universellement partagée par les criminels du monde entier ! Ce milieu idéalise la virilité à l’ancienne. Même si la presse insiste lourdement lorsqu’une femme de la mafia est arrêtée – quelques-unes l’ont été dans le sud de l’Italie –, la criminalité organisée est une affaire d’hommes. Même les maquerelles nigérianes, les fameuses « Madames », sont passées par la prostitution avant d’être actrices du monde criminel. Dans ce milieu, la femme est au mieux une marchandise.

La ville de Castel Volturno, près de Naples, est particulièrement représentative de cette réalité.
Cette ville a tout du no man’s land, plus aucune loi n’y est respectée. Elle est devenue l’une des plaques-tournantes du proxénétisme, une porte d’entrée en Europe pour les prostituées africaines. Sur place, des associations d’opportunisme se créent : les Italiens protègent les Nigérians à condition qu’ils se soumettent à eux. Si la mafia nigériane n’est pas inquiétée dans le sud de l’Italie, il ne faut pas se demander pourquoi… Ce rapport de domination consentie ne fait que rendre la lutte contre la corruption encore plus complexe.

Quelles sont, selon vous, les insuffisances des politiques menées contre les mafias ?
Une harmonisation législative et une meilleure coopération à l’échelle européenne sont nécessaires, urgentes même. En France, par exemple, il est très difficile de coincer de tels réseaux. La loi exige des preuves. S’il est à mon sens un peu liberticide, le « délit d’association mafieuse » – assez souple – est inscrit dans le code civil italien, et n’a pas de véritable équivalent chez nous. La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité.

Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée.
Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ?

French connections : au cœur des nouvelles mafias, diffusé lundi 7 janvier à 20h55 sur Canal+

Voir encore:

La lutte antimafia, l’autre guerre d’Israël
Cyrille Louis
Le Figaro

05/11/2013

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée ont été perpétrés à Ashkelon. Un dispositif exceptionnel a été déployé pour endiguer ces violences, plus meurtrières que le terrorisme palestinien.
Plusieurs centaines de policiers ont été déployés ces derniers jours pour tenter de ramener le calme dans les rues d’Ashkelon. Les habitants de cette ville balnéaire située au nord de la bande de Gaza, habitués à vivre sous la menace intermittente des roquettes du Hamas, viennent de découvrir un autre genre de terreur.

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée y ont été perpétrés dans le cadre de rivalités entre bandes mafieuses. Un épisode révélateur des méthodes ultraviolentes employées par la quinzaine de familles qui dominent le crime organisé en Israël.

«On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien», fait remarquer le journaliste belge Serge Dumont. Auteur d’une enquête* sur le crime organisé, il rappelle que ces gangs, apparus dès la naissance de l’État hébreu, se sont progressivement militarisés grâce à l’expérience acquise lors des conflits de 1967 et 1973.

«Très déterminés lorsqu’il s’agit de défendre leur territoire, ils se sont dotés de redou­tables arsenaux en commanditant des vols dans les entrepôts militaires ainsi qu’en débauchant des artificiers désireux d’arrondir leurs fins de mois, explique-t-il encore, si bien que les règlements de compte se pratiquent désormais à coups de roquettes ou de missiles antichars.»

Des trafics de sable dérobé
Jeudi 24 octobre, cette guerre des mafias s’est brusquement invitée à ­Ashkelon, où l’explosion d’un véhicule piégé a fait un mort et un blessé grave dans les rangs du clan Domrani. ­Furieuse, cette puissante famille a aussitôt organisé le vol d’un dispositif de vidéosurveillance installé à proximité de la scène de crime, sans doute dans l’espoir d’en châtier les auteurs. Mais la manœuvre, audacieuse, n’a pas suffi à les intimider: samedi dernier, toujours à Ashkelon, un attentat similaire a blessé un autre membre du même clan. «Face à ce pic de violence, il a été décidé de déployer un dispositif exceptionnel pour rassurer la population», indique Micky Rosenfeld. À entendre ce porte-parole de la police israélienne, la lutte contre le crime organisé est devenue la priorité des services répressifs, après avoir été longtemps négligée au profit des opérations antiterroristes.

Selon les statistiques officielles, plus de 300 mafieux présumés auraient ainsi été arrêtés cette année, principalement pour des faits de violence et de blanchiment. «Nous avons décidé de mettre le paquet sur le renseignement afin que ces familles ne puissent plus passer entre les mailles du filet», ajoute le policier.

Le clan Domrani, spécialisé dans le commerce de stupéfiants, le prêt d’argent à des taux usuraires mais aussi le trafic de sable dérobé dans les car­rières ou sur les plages d’Israël, est ainsi bien connu des services spécialisés. Parti du bas de l’échelle, il a profité des déboires judiciaires de certains concurrents pour développer ses activités, jusqu’à susciter l’aigreur du milieu.

L’an dernier, un projet d’attaque au missile antichar a ainsi visé la villa édifiée, à l’abri d’une paisible communauté agricole, par le «parrain» présumé, Shalom Domrani. Il se serait alors mis au vert quelques semaines avant de regagner Israël, où il a été brièvement interpellé début avril pour… une infraction routière.

«L’anecdote illustre les limites du travail policier, observe Serge Dumont. Malgré l’aide de leurs indics, ils ont beaucoup de mal à réunir des preuves et sont souvent contraints de remettre les “parrains” en liberté après deux ou trois jours d’interrogatoire.» Depuis que la dépression consécutive à la guerre d’octobre 1973 a poussé nombre d’entre elles à émigrer vers l’Amérique ou l’Europe, les grandes familles ont appris à brouiller les pistes en développant leurs activités internatio­nales.

Le parrain présumé Zeev Rosenstein, originaire de Tel-Aviv, a longtemps défié la police israélienne avant de «tomber» pour trafic de drogue aux États-Unis, en novembre 2004. ­Itzakh Abergil, chef d’une famille qui a développé ses activités en Europe et au Japon, a pour sa part été condamné aux États-Unis pour extorsion de fonds. Libérable en 2016, il serait sur le point d’être autorisé à purger la fin de sa peine au pays. Un retour qui, selon les spécialistes, contribue à expliquer le récent accès de fièvre du milieu israélien.

(*) L’Histoire vraie de la mafia israélienne, La Manufacture de livres, à paraître le 8 novembre

Voir par ailleurs:

Quelques jours avant la venue de François Hollande, perquisitions chez les « escrocs français du CO2″ en Israël
Jeremyah Albert

JSSNews

4 novembre 2013

Les policiers israéliens de l’Unité 433 (Lahav), une unité spéciale en charge de la lutte contre les mafias et la corruption, ont lancç ce lundi une opération de grande envergure à Herzliya (10km de Tel-Aviv) contre ‘des escrocs au CO2. »

Plusieurs habitations ont été perquisitionnées et plusieurs franco-israéliens sont soupçonnés de fraudes et d’évasion fiscale.

L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. Quelques clics sur Internet auront suffi pour empocher le pactole, un jeu d’enfants parfois très méchants. Car le butin a fait des envieux et causé quelques dégâts entre bandes rivales : assassinats, saucissonnages et autres recouvrements de créances musclés. Un premier volet de cette affaire vient d’être jugé à Paris, à la mi-janvier, les principaux organisateurs écopant de peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.

Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.»

Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française…

Le « marinopenisme » est un marxisme péroniste
L’économiste Christian Saint Etienne a étudié le programme économique du Front National. Il le décrypte pour Le Figaro.
Christian Saint Etienne
Le Figaro
13/11/2014

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire d’économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers. Auteur de «L’iconomie pour sortir de la crise» aux Éditions Odile Jacob.
Pour analyser le programme économique du Front national, j’ai choisi deux documents: le «Programme politique du Front national» disponible sur son site, lourd de 106 pages, et l’interview donnée par Marine Le Pen au JDD le 2 novembre 2014.

Le second document donne la substance du premier. Mme Le Pen déclare: «Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale.» Plus loin, elle note: «La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux.»

Le « marinopénisme », doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne.
Elle ajoute, à propos des mêmes orientations qu’elles partageraient avec l’extrême gauche: «Elle fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme.»

Le premier document donne des compléments à ces propos. Il est indiqué qu’il est nécessaire que la Banque de France puisse acheter des titres de dette publique tandis que «l’État doit inciter fortement les institutions financières à allouer en priorité l’épargne à long terme des Français à la dette publique». Par ailleurs: «La refondation de notre croissance, condition indispensable à un désendettement dans la durée, reposera sur la politique volontariste de souveraineté monétaire retrouvée, de réindustrialisation et de protection aux frontières qui sera mise en œuvre.»

Les options du FN sont donc explicites:

● 1. Sortie de la zone euro pour monétiser la dette publique ;

● 2. Sortie du marché unique et mise en place de barrières douanières («droits de douane et quotas d’importation») ;

● 3. Dévaluation de la monnaie redevenue nationale afin de développer les exportations ;

● 4. Planification de la  réindustrialisation par des «représentants de l’État», comprendre des «représentants du FN» ;

● 5. Diriger les investissements des entreprises vers le territoire national par une modification appropriée de l’impôt sur les sociétés ;

● 6. L’impôt sur le revenu sera rendu encore plus progressif par la «création de nouvelles tranches intermédiaires» ;

● 7. La taxe d’habitation sera rendue «aussi progressive que l’impôt sur le revenu» ;

● 8. L’ISF est renforcé par sa fusion avec  la taxe foncière et une progressivité maintenue ;

● 9. La TVA est rendue encore plus progressive par un taux surmajoré ;

● 10. Le pouvoir d’achat des salaires est augmenté tandis qu’est mise en place une «contribution sociale aux importations (CSI)», égale à 3 % du montant des biens importés.

Ces options sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde.

Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique.

Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen.

Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même.
Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de factopar des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc».

Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralismeet le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle.

Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés.

Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques.


Société: Les limites de l’amitié (The limits of friendship: will online social networks replace offline friendships and turn us into basement-dwelling zombies ?)

2 novembre, 2014
Delousing scene ( Farmyard, detail, Jan Siberechts, 1662)
https://i0.wp.com/www.intercollegiatereview.com/wp-content/uploads/2013/08/gran_torino_2008_3.jpg
https://i2.wp.com/www.thestar.com/content/dam/thestar/life/2014/10/31/toronto_comparable_to_new_york_when_it_comes_to_street_harassment_advocate_says/listreetharassment2.jpghttps://i0.wp.com/www.52perfectdays.com/wp-content/uploads/2009/08/topless-beach-sign.jpgJ’ai plus en commun avec ces chinetoques qu’avec ma propre famille. Walt Kowalski (Gran Torino)
You have to learn how guys talk. Now watch how me and Martin communicate. We just throw it back and forth. You ready? Oh great, a Pollack and a chink. Afternoon, Martin, you dumb Italian prick. Walt, you cheap asshole, I should have known you’d come in, I was having such a pleasant day. Why, did you jew some blind man out of a few bucks, give him the wrong change? (…) And don’t lay down to people all the time. Always look a person in the eye. When you shake a man’s hand, you can usually tell where you stand with him. Barber scene (Gran Torino)
Sous le rapport de leurs contenus, les messages que nous nous adressons les uns les autres sont, le plus souvent, des banalités sans intérêt mais sous le rapport du chaud et du froid dans nos relations, ce sont des thermomètres ultra-sensibles, beaucoup plus importants que les paroles échangées. (…) Ce qui définit le conflit humain n’est pas la perte de la réciprocité mais le glissement, imperceptible d’abord puis de plus en plus rapide, de la bonne à la mauvais réciprocité. Ce glissement, on le remarque à peine, mais la moindre négligeance, le moindre oubli peuvent troubler durablement nos rapports. Le mouvement een sens inverse, de la mauvaise à la bonne réciprocité, exige au contraire beaucoup d’attention et d’abnégation. Il n’est pas toujours possible. (…) Dans plusieurs langues, le mot qui signifie le don, le cadeau, signifie aussi poison. Dans un univers encore très, très archaïque, tous les cadeaux, je pense, sont empoisonnés: leurs possesseurs initiaux ne donnent jamais que les choses qui empoisonnent leur existence et dont ils cherchent par conséquent à se débarrasser pour recevoir en retour des choses tout aussi utiles mais moins empoisonnées, du seul fait qu’elles viennent d’ailleurs. (…) Il est plus facile de vivre avec les femmes des autres que’avec les siennes propres. C’est là, je pense, l’origine de l’échange. (…) l’échange, aussi universel chez les hommes, est contraire à l’instinct animal, qui cherche toujours à se satisfaire au plus près, au sein de l’immédiat accessible. (…) Les différences artificielles protégeaient réellement les communautés archaïques, je pense, d’une mauvaise réciprocité toujours précédée et annoncée par l’accélération inquiétante de la bonne réciprocité. Récemment encore, en milieu paysan, des coutumes subsistaient, des habitudes anciennes sans doute, destinées à ralentir le rythme des échanges même les plus banals. (…) Si l’acheteur d’un veau à la foire du village sortait trop vite son porte-feuille, le vendeur l’invitait à boire un verre d’abord, au café du coin, afin de retarder (un peu, mais pas trop, bien sûr) le règlement de compte. Le double sens de cette expression, règlement de comptes, illumine la peur qu’inspire une réciprocité trop soudaine, déjà brutale. (…) notre monde a déjà supprimé avec les différences archaïques et traditionnelles tous les sacrifices sanglants qui visent à consolider celles-ci. Mais il a conservé et même multiplié les rites de bonne réciprocité qui existaient déjà dans le monde archaïque et qui sont destinés à empêcher la tendance des rapports pacifiques à glisser dans la violence. Plus que jamais nous nous répandons en salutations, protestations d’amitié, visites, festivals, cadeaux plus ou moins fréquents et précieux, etc. (…) Comme tous les rites bien sûr, [le rite du cadeau] vise à consolider les liens sociaux tout en contribuant à la bonne marche des affaires. On dit souvent que ce rite est manipulé par le grand business pour augmenter la consommation. C’est vrai, bien entendu,mais ce n’est pas toute la vérité. La preuve que le cadeau est un rite véritable, ce sont les règles strictes qui le régissent. Elles exigent un doigté extraordinaire dans l’exécution pour la bonne raison que, en fin de compte, elles se contredisent. Elles essaient de concilier l’impératif de la réciprocité et de l’égalité avec l’impératif de la différence qui n’est pas moins essentiel.(…) La prudence exige une équivalence des cadeaux aussi rigoureuse que s’il s’agissait d’un troc. Il faut s’imiter très exactement, mais en donnant une impression de grande spontanéité. Chacun doit convaincre son partenaire qu’en choisissant le cadeau qu’il lui donne, il obéit à une impulsion irrésistible, une inspiration foudroyante, étrangères aux calculs mesquins de la commune humanité. (…) Dans notre monde, comme dans tous les autres mondes du passé d’ailleurs, on n’échappe au Charybde de la différence insuffisante que pour tomber dans le Scylla de la différence excessive. Il ne faut pas s’étonner si les crises de dépression se multiplient chaque année lorsque revient la saison des cadeaux. Le drame, c’est que loin d’être imaginaire, l’angoisse suscitée par le cadeau est justifiée. Les sacrificateurs savaient tous, jadis, que plus un rite est efficace dans la réussite, plus il est redoutable dans l’échec. Si toutes les règles, même les plus byzantines, ne sont pas respectées, cette source de paix et d’harmonie que doit être le cadeau se métamorphose diaboliquement en une cause d’irritation infinie. René Girard (Celui par qui le scandale arrive)
Chez les Kwakiutl et d’autres tribus indiennes du nord-ouest, les grands chefs démontraient leur supériorité en distribuant leurs possessions les plus précieuses à leurs concurrents, les autres grands chefs. Ils essayaient tous de surpasser les autres dans leur mépris de la richesse. Le gagnant était celui qui abandonnait le plus et recevait le moins. Ce jeu étrange était institutionnalisé et il aboutissait à la destruction des biens que les deux groupes, en principe, essayaient de donner à l’autre, tout comme la plupart des groupes humains font dans toutes sortes d’échange rituel. D’immenses quantités de richesses étaient ainsi gaspillées dans des manifestations compétitives d’indifférence à la richesse, le but réel de cela était le prestige. Il peut y avoir des rivalités de renoncement plutôt que d’acquisition, de privation plutôt que de plaisir. A un moment, les autorités canadiennes ont rendu le potlatch illégal et nous pouvons bien comprendre pourquoi. Elles réalisaient que cette recherche de prestige collectif bénéficiait finalement seulement aux grands chefs et avait un impact négatif sur la grande majorité du peuple. Il est toujours dangereux pour une communauté de placer des formes négatives de prestige devant les formes positives qui ne contredisent pas encore les besoins réels des êtres vivants. Même dans notre société, il peut y avoir un aspect compétitif au don de cadeaux qui, dans le potlatch, devient exacerbé au-delà presque de la reconnaissance. Le but normal de l’échange de cadeaux, dans toutes les sociétés, est d’empêcher les rivalités mimétiques d’échapper à tout contrôle. Cependant, l’esprit de rivalité est si puissant qu’il peut transformer de l’intérieur même des institutions qui existent seulement dans le but de le prévenir. Le potlatch témoigne du formidable entêtement de la rivalité mimétique. Il pourrait être défini comme la tranche gelée de la crise mimétique qui devient ritualisée et finalement joue un rôle, mais à un grand coût, dans le contrôle et l’atténuation de la fièvre compétitive. Dans chaque société, la compétition peut assumer des formes paradoxales parce qu’elle peut contaminer les activités qui lui sont le plus étrangères, en particulier le don. Dans le potlatch, aussi bien que dans notre monde, la politique du toujours moins peut se substituer à la politique du toujours plus et finalement signifier la même chose. René Girard
Eastwood est-il croyant ? Tous ces films doivent un peu à la pensée chrétienne. Dans L’homme des hautes plaines (1973), son deuxième film, il représentait les sept pêchés capitaux dans une town isolée de tout, encerclée par une ceinture désertique. Dans Gran Torino, on peut le voir comme un ange pour Tao et sa famille. Le film possède des moments violents où la pusillanimité de certaines scènes reste choquante. Mais après tout, la passion du Christ dans l’Evangile ne dépeint-elle pas des actes de barbarie ? Eastwood met à mal la religion en proposant une réflexion et non par la facilité, quoique remarquable, comme dans Religolo (2008). Nous avons une figure de curé touchante à travers ce jeune tout juste sorti du séminaire. Il apprend de Walt et réciproquement. Le curé jure dans son église (« Jesus-Christ » dit-il à deux reprises) et chez Eastwood il se laisse aller à dire son sentiment envers cette bande de jeunes nihilistes : « They pissed me off like you » (Ils m’agacent comme vous). Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un prêtre se comportant ainsi. On dirait Karl Malden dans Sur les quais (1954) d’Elia Kazan. Avec ce tandem Walt/jeune prêtre, nous avons un voyage et quel voyage ! Le jeune curé ne débite que des leçons de vies tout droit sorties de la Bible, du « petit manuel du curé » dixit le personnage d’Eastwood. Il se fait un ennemi en la personne de Walt. Il essaiera de lui faire entendre raison et de l’amener à se confesser suite à la promesse qu’il a faite à sa femme avant de mourir. Il tente de rentrer en contact avec Walt, de pénétrer son monde par ses propos candides propres à ceux qui ne connaissent pas le côté obscur de la vie. Walt refuse la rencontre. Il est hostile. Le curé insiste. Walt lui dit le fond de sa pensée, qu’il ne s’est jamais confessé et si jamais il devait le faire ce ne serait pas avec un jeune prêtre tout juste sorti du séminaire qui récite la Bible et ce n’est surement pas un jeune puceau de vingt-sept ans qui va lui apprendre ce qui est bon dans la vie. Le curé le reconnaitra dans son fort intérieur tout d’abord puis publiquement à la fin lors de l’enterrement de ce dernier. Il comprend qu’il est vain de pénétrer l’univers opaque de Walt ainsi. Mais s’il y a bien une leçon de la Bible qu’il sait mettre en pratique, c’est celle de la persévérance du Christ. Il fait de même. S’ajoute à cela qu’il se met à parler dans le même langage que Walt – par influence de cette force de la nature en qui il voit surement une figure paternelle forte. Il réussit à amener Walt à confesse. Mais le Macguffin, le prétexte qui fit entrer en contact ces deux mondes diamétralement opposés, ne dure que très peu de temps. Le plus important étant le chemin pour y arriver. Le curé a apprit, il le dit. Walt, quant à lui, ne croit plus quand une seule chose : chasser cette bande de malfrats du quartier. Dans son discours final lors des funérailles de Walt, on voit le jeune prêtre changé, grandi. Il a beaucoup appris de Walt Kowalski. Il se rend compte que l’empirisme et le pragmatisme importent autant que les lectures saintes. Son élixir est la compréhension. Pour prêcher la bonne parole, il faut vivre la vie et non se réfugier dans des écrits didactiques. Un autre discours sous-jacent au film est celui de la colère. Comment lutter contre la colère ? Eastwood prône l’extériorisation. Walt fait passer sa colère en détruisant les armoires de sa cuisine avec ses poings suite à l’agression de Sue. Il ne fera pas de mal physique aux coupables mais se sacrifiera, se sachant condamné par la maladie, pour apporter la paix dans le quartier. Nicolas Brénéol
Le renoncement au désir d’emprise et la construction d’une empathie réciproque peuvent se faire à tout âge. C’est ce que nous montre le film de Clint Eastwood : Gran Torino.  Un Américain d’origine polonaise nommé Kowalski incarné par Clint Eastwood, habite dans un quartier jadis largement polonais, mais dont la majorité des occupants est désormais asiatique.  Le film commence au moment où le héros perd un repère essentiel de sa vie avec le décès de sa femme. Confronté à l’ insécurité psychique qui en résulte, il n’éprouve d’empathie pour personne, pas même pour lui. Il ne se fait plus à manger et renforce des habitudes qui lui tiennent lieu de cadre sécurisant : tondre son gazon, astiquer sa vieille Ford  « Gran Torino » et… râler contre les nouveaux occupants du quartier. Ceux-ci sont des Hmong, un groupe d’Asiatiques qui se sont rangés du côté des Américains pendant la guerre du Vietnam et qui ont été rapatriés après la défaite. Il n’apprécie pas plus  Kowalski que celui-ci ne les apprécie. Aux insultes et jurons marmonnés en argot américain par le vieux solitaire répondent des malédictions proférées en vietnamien par une vieille grand-mère. Son manque d’empathie à leur égard mobilise leur agressivité et leur mépris en miroir. Kowalski crache contre ses voisins qui font de même. Enfin, un troisième protagoniste de l’histoire est incarné par une bande de Hmong qui terrorise le quartier. Ses membres sont évidemment dénués d’empathie. Ainsi chacun hait-il ceux qui lui paraissent différents, que ce soit par la langue, l’origine ethnique ou les coutumes. Le changement débute par un quiproquo. Le vieil homme est réveillé en pleine nuit par une bagarre. Il décroche son ancien fusil militaire et en braque le canon sur le front de l’un des combattants Hmong qui vient de rouler sur son carré de gazon : Les cons comme toi, en Corée, on les empilait par paquets de 100 pour faire des barricades. » Nulle trace d’empathie là-dedans, et certainement pas pour la victime de l’agression. Kowalski ne fait que défendre son espace. Mais le lendemain, il a  la surprise de découvrir de nombreux cadeaux sur les marches de son perron. Son intervention a sauvé un adolescent. Pour tout le quartier, occupé exclusivement par des Asiatiques, rappelons-le, c’est un héros ! Pas facile pour un ancien combattant de Corée, traumatisé et xénophobe, de se retrouver dans cette situation. La gentillesse de la communauté Hmong aura peu à peu raison de ses réticences. Il en accepte d’abord la nourriture, puis se prend de sympathie pour l’adolescent qu’il a sauvé. Il décide même de l’aider à avoir un métier et lui achète des outils. C’est le premier stade de l’empathie relationnelle : il se met à la place du garçon pour lui venir en aide. Dans une séquence suivante, Kowalski décide de lui apprendre la façon de parler en vigueur dans sa communauté d’anciens émigrés polonais et italiens. Il accepte alors que ce garçon se mettre à sa place , c’est-à-dire, vu la différence de génération, qu’il la prenne un jour. C’est le second stade de l’empathie relationnelle : la réciprocité. Enfin au cours du repas chez ses voisins asiatiques, un vieux monde désigné comme chaman par ses pairs révèle à Kowalski qu’il existe en lui une blessure secrète et lointaine qui continue à le ronger. Kowalski accepte cette intrusion dans son intimité psychique. Il accepte que ce chaman, qui est pour lui un inconnu, accède à des parties de lui qu’il tenait jusque-là cacher. Il ne vit cette intrusion ni comme dangereuse ni comme condescendante. Et il accepte d’en être éclairé sur lui-même. La preuve en est que cet événement va permettre à Kowalski de raconter lui-même sa blessure au jeune Hmong qu’il a pris sous sa protection. Pendant la guerre de Corée, il s’est lancé à l’assaut d’un nid de mitrailleuses dont les occupants avaient été tués, à l’exception d’un adolescent. Rendu fou de colère par la mort de ses camarades de combat, il a exécuté le garçon d’une balle dans la tête. Kowalski était-il sur le chemin de l’empathie au moment de son départ en Corée ? En tout cas, cette guerre abominable l’en a détourné. Les expériences extrêmes ont le pouvoir de faire prendre d’autres directions que celles qu’on pouvait croire solidement installées. On connaît des déportés réputés calmes et capables de supporter de nombreuses frustrations de la vie, qui sont revenus des camps à jamais incapable d’attendre : ils avaient perdu confiance dans la générosité du monde à leur égard. L’image d’un monde secourable, capable de répondre à leurs désirs, avait laissé place à une assistance persécutrice prenant un plaisir sadique à les faire souffrir. Difficile d’être empathique dans ces conditions-là… Comment faire alors pour vivre ensemble malgré tout ? Dans les sociétés démocratiques, les citoyens élisent des délégués qui se portent garants de l’établissement d’un pouvoir régulateur : la justice et la police sont appelées à jouer ce rôle. Comprenant que son propre désir de faire justice contre la bande des Hmong n ’est qu’un avatar du désir d’emprise qui monte les  diverses communautés les unes contre les autres. Kowalski décide finalement de mobiliser ces instances de régulation. Il le fait d’une façon tellement inattendue que je me garderai bien de la dévoiler au lecteur. Qu’il sache seulement que la signification de ce film, et même celle de l’œuvre entière de Clint Eastwood, s’en trouve bouleversée… Serge Tisseron
L’évolution, dans l’espèce humaine, n’a pas uniquement trié les « gros bras » ou les gros QI, mais également le développement d’un mode particulier d’intelligence, « l’intelligence machiavélienne ». Roger Guillemin
Chez les animaux, l’intelligence peut prendre plusieurs formes. On parle d’intelligences multiples. Dans le cas des abeilles et des insectes sociaux en général (fourmis, guêpes, termites), on parle d’intelligence collective ou d’intelligence « en essaim ». Pour d’autres, on parle d’intelligence « machiavélienne ». C’est le cas de certains singes capables de manipuler d’autres congénères. C’est aussi vrai chez certains moutons qui dirigent volontairement le troupeau vers des endroits escarpés. Enfin, on parle d’intelligence « culturelle »: les chimpanzés de la forêt de Taï en Côte-d’Ivoire utilisent des techniques de chasse individuelles différentes de celles pratiquées habituellement pour la capture de colobes (petits singes arboricoles). Alix Paugam
In cognitive science and evolutionary psychology, Machiavellian intelligence (also known as political intelligence or social intelligence) is the capacity of an entity to be in a successful political engagement with social groups. The first introduction of this concept to primatology came from Frans de Waal’s book « Chimpanzee Politics » (1982), which described social maneuvering while explicitly quoting Machiavelli. Also known as machiavellianism, it is the art of manipulation in which others are socially manipulated in a way that benefits the user. Wikipedia
The social brain hypothesis was proposed by British anthropologist Robin Dunbar, who argues that human intelligence did not evolve primarily as a means to solve ecological problems, but rather intelligence evolved as a means of surviving and reproducing in large and complex social groups. Some of the behaviors associated with living in large groups include reciprocal altruism, deception and coalition formation. These group dynamics relate to Theory of Mind or the ability to understand the thoughts and emotions of others, though Dunbar himself admits in the same book that it is not the flocking itself that causes intelligence to evolve (as shown by ruminants). Dunbar argues that when the size of a social group increases, the number of different relationships in the group may increase by orders of magnitude. Chimpanzees live in groups of about 50 individuals whereas humans typically have a social circle of about 150 people, which is also the typical size of social communities in small societies and personal social networks;  this number is now referred to as Dunbar’s number. In addition, there is evidence to suggest that the success of groups is dependent on their size at foundation, with groupings of around 150 being particularly successful, potentially reflecting the fact that communities of this size strike a balance between the minimum size of effective functionality and the maximum size for creating a sense of commitment to the community.  According to the social brain hypothesis, when hominids started living in large groups, selection favored greater intelligence. As evidence, Dunbar cites a relationship between neocortex size and group size of various mammals. However, meerkats have far more social relationships than their small brain capacity would suggest. Another hypothesis is that it is actually intelligence that causes social relationships to become more complex, because intelligent individuals are more difficult to learn to know. There are also studies that show that Dunbar’s number is not the upper limit of the number of social relationships in humans either. Other studies suggest that social exchange between individuals is a vital adaptation to the human brain, going as far to say that the human mind could be equipped with a neurocognitive system specialized for reasoning about social change. Wikipedia
One by one, the berms we’ve built between ourselves and the beasts are being washed away. Humans are the only animals that use tools, we used to say. But what about the birds and apes that we now know do as well? Humans are the only ones who are empathic and generous, then. But what about the monkeys that practice charity and the elephants that mourn their dead? Humans are the only ones who experience joy and a knowledge of the future. But what about the U.K. study just last month showing that pigs raised in comfortable environments exhibit optimism, moving expectantly toward a new sound instead of retreating warily from it? And as for humans as the only beasts with language? Kanzi himself could tell you that’s not true. All of that is forcing us to look at animals in a new way. With his 1975 book Animal Liberation, bioethicist Peter Singer of Princeton University launched what became known as the animal-rights movement. The ability to suffer, he argued, is a great cross-species leveler, and we should not inflict pain on or cause fear in an animal that we wouldn’t want to experience ourselves. This idea has never met with universal agreement, but new studies are giving it more legitimacy than ever.(…) most scientists agree that awareness is probably controlled by a sort of cognitive rheostat, with consciousness burning brightest in humans and other high animals and fading to a flicker — and finally blackness — in very low ones. (…) Among animals aware of their existence, intellect falls on a sliding scale as well, one often seen as a function of brain size. Here humans like to think they’re kings. The human brain is a big one — about 1,400 g (3 lb.). But the dolphin brain weighs up to 1,700 g (3.75 lb.), and the killer whale carries a monster-size 5,600-g (12.3 lb.) brain. But we’re smaller than the dolphin and much smaller than the whale, so correcting for body size, we’re back in first, right? Nope. The brain of the Etruscan shrew weighs just 0.1 g (0.0035 oz.), yet relative to its tiny body, its brain is bigger than ours.While the size of the brain certainly has some relation to smarts, much more can be learned from its structure. Higher thinking takes place in the cerebral cortex, the most evolved region of the brain and one many animals lack. Mammals are members of the cerebral-cortex club, and as a rule, the bigger and more complex that brain region is, the more intelligent the animal. But it’s not the only route to creative thinking. Consider tool use. Humans are magicians with tools, apes dabble in them, and otters have mastered the task of smashing mollusks with rocks to get the meat inside — which, though primitive, counts. But if creativity lives in the cerebral cortex, why are corvids, the class of birds that includes crows and jays, better tool users than nearly all nonhuman species? (…) In the case of corvids and other animals, what may drive intelligence higher still is the structure not of their brains but of their societies. It’s easier to be a solitary animal than a social one. When you hunt and eat alone, like the polar bear, you don’t have to negotiate power struggles or collaborate in stalking prey. But it’s in that behavior — particularly the hunt — that animals behave most cleverly. Consider the king of the beasts. « Lions do very cool things, » says animal biologist Christine Drea of Duke University. « One animal positions itself for the ambush, and another pushes the prey in that direction. » More impressive still is the unglamorous hyena. « A hyena by itself can take out a wildebeest, but it takes several to bring down a zebra, » she says. « So they plan the size of their party in advance and then go out hunting particular prey. In effect, they say, Let’s go get some zebras. They’ll even bypass a wildebeest if they see one on the way. » (…) For these kinds of animals, it’s not clear what the cause-and-effect relationship is — whether living cooperatively boosts intelligence or if innate intelligence makes it easier to live cooperatively. It’s certainly significant that corvids are the most social of birds, with long lives and stable group bonds, and that they’re the ones that have proved so handy. It’s also significant that herd animals, like cows and buffalo, exhibit little intelligence. Though they live collectively, there’s little shape to their society. « In a buffalo herd, Bob doesn’t care who Betty is, » Drea says. « But among primates, social carnivores, whales and dolphins, every individual has a particular place. » It’s easy enough to study the brain and behavior of an animal, but subtler cognitive abilities are harder to map. One of the most important skills human children must learn is something called the theory of mind: the idea that not all knowledge is universal knowledge. A toddler who watches a babysitter hide a toy in a room will assume that anyone who walks in afterward knows where the toy is too. It’s not until about age 3 that kids realize that just because they know something, it doesn’t mean somebody else knows it also. The theory of mind is central to communication and self-awareness, and it’s the rare animal that exhibits it, though some do. Dogs understand innately what pointing means: that someone has information to share and that your attention is being drawn to it so that you can learn too. That seems simple, but only because we’re born with the ability and, by the way, have fingers with which to do the pointing. Great apes, despite their impressive intellect and five-fingered hands, do not seem to come factory-loaded for pointing. But they may just lack the opportunity to practice it. A baby ape rarely lets go of its mother, clinging to her abdomen as she knuckle-walks from place to place. (…) Pointing isn’t the only indicator of a smart species that grasps the theory of mind. Blue jays — another corvid — cache food for later retrieval and are very mindful of whether other animals are around to witness where they’ve hidden a stash. If the jays have indeed been watched, they’ll wait until the other animal leaves and then move the food. They not only understand that another creature has a mind; they also manipulate what’s inside it. The gold standard for demonstrating an understanding of the self-other distinction is the mirror test: whether an animal can see its reflection and recognize what it is. It may be adorable when a kitten sees itself in a full-length mirror and runs around to the other side of the door looking for what it thought was a playmate, but it’s not head-of-the-class stuff. Elephants, apes and dolphins are among the few creatures that can pass the mirror test. All three respond appropriately when they look in a mirror after a spot of paint is applied to their forehead or another part of their body. Apes and elephants will reach up to touch the mark with finger or trunk rather than reach out to touch the reflection. Dolphins will position themselves so they can see the reflection of the mark better. (…) With or without mirror smarts, some animals are also adept at grasping abstractions, particularly the ideas of sameness and difference. Small children know that a picture of two apples is different from a picture of a pear and a banana; in one case, the objects match, and in the other they don’t. It’s harder for them to take the next step — correctly matching a picture of two apples to a picture of two bananas instead of to a picture of an orange and a plum.(…) If animals can reason — even if it’s in a way we’d consider crude — the unavoidable question becomes, Can they feel? Do they experience empathy or compassion? Can they love or care or hope or grieve? And what does it say about how we treat them? For science, it would be safest simply to walk away from a question so booby-trapped with imponderables. But science can’t help itself, and at least some investigators are exploring these ideas too. It’s well established that elephants appear to mourn their dead, lingering over a herd mate’s body with what looks like sorrow. They show similar interest — even what appears to be respect — when they encounter elephant bones, gently examining them, paying special attention to the skull and tusks. Apes also remain close to a dead troop mate for days. Empathy for living members of the same species is not unheard of either. « When rats are in pain and wriggling, other rats that are watching will wriggle in parallel, » says Marc Hauser, professor of psychology and anthropological biology at Harvard. « You don’t need neurobiology to tell you that suggests awareness. » A 2008 study by primatologist Frans de Waal and others at the Yerkes National Primate Research Center in Atlanta showed that when capuchin monkeys were offered a choice between two tokens — one that would buy two slices of apple and one that would buy one slice each for them and a partner monkey — they chose the generous option, provided the partner was a relative or at least familiar. The Yerkes team believes that part of the capuchins’ behavior was due to a simple sense of pleasure they experience in giving, an idea consistent with studies of the human brain that reveal activity in the reward centers after subjects give to charity. (…) All creatures may exist on a developmental continuum, [Hauser] argues, but the gap between us and the second-place finishers is so big that it shows we truly are something special. « Animals have a myopic intelligence, » Hauser says. « But they never experience the aha moment that a 2-year-old child gets. » (…) Ultimately, the same biological knob that adjusts animal consciousness up or down ought to govern how we value the way those species experience their lives. A mere ape in our world may be a scholar in its own, and the low life of any beast may be a source of deep satisfaction for the beast itself. Kanzi’s glossary is full of words like noodles and sugar and candy and night, but scattered among them are also good and happy and be and tomorrow. If it’s true that all those words have meaning to him, then the life he lives — and by extension, those of other animals — may be rich and worthy ones indeed. Time
Les suricates vivent dans de vastes terriers aux entrées multiples qu’ils ne quittent que dans la journée. Ce sont des animaux sociaux de 20 à 30 membres au sein d’une même colonie. Hors du groupe, les suricates sont voués à une mort quasi certaine. Les animaux du même groupe se toilettent régulièrement entre eux pour tisser des liens sociaux puissants. Le couple dominant exprime son autorité sur le reste du groupe en le marquant de son odeur. Les animaux de second rang toilettent alors le couple dominant et lui lèchent la gueule. Ce comportement se rencontre habituellement lorsque les membres du groupe se trouvent réunis après une courte période de séparation. La plupart des suricates d’un même groupe sont la progéniture du couple dominant. Les suricates ont un comportement altruiste au sein de leur colonie. Un ou plusieurs d’entre eux surveillent en sentinelles les autres membres qui creusent ou jouent entre eux. Lorsqu’un prédateur est repéré, l’alerte est donnée par un aboiement particulier. La bande se précipite alors pour se cacher dans un des terriers dont ils ont parsemé leur territoire. La sentinelle est la première à réapparaître du terrier à la recherche d’éventuels prédateurs. Elle aboie en continu pour maintenir les autres suricates dans leurs terriers. Lorsqu’elle cesse d’aboyer les autres suricates peuvent émerger en toute sécurité. Lorsque les jeunes ont moins de 3 semaines, des individus du groupe restent avec eux au terrier durant toute la journée8. Ces babysitters, qui ne sont pas nécessairement parents des jeunes, ne mangent pas de toute la journée pour surveiller le terrier et les jeunes. Comme tous les babysitters ne sont pas parents des jeunes qu’ils gardent, la théorie de la sélection de parentèle ne suffit pas. Récemment, ce comportement a pu être expliqué par la théorie de l’augmentation du groupe9. Ainsi, des membres du groupe non apparentés aux jeunes ont aussi intérêt à prendre soin de ces jeunes car les groupes les plus nombreux ont plus de chances de survie10. Les femelles qui n’ont jamais mis bas sont chargées d’allaiter les petits de la femelle dominante pendant que cette dernière est partie au loin avec le reste du groupe. Elles protègent également les jeunes des attaques par des prédateurs, souvent au mépris de leur vie. En cas d’alerte, les babysitters conduisent les petits dans les terriers et s’apprêtent à les défendre si nécessaire. Si la retraite sous le sol est impossible, elle réunit les petits et s’allonge par-dessus. Les suricates partagent volontiers leur terrier avec la mangouste jaune et l’écureuil terrestre, espèces avec lesquelles ils n’entrent pas en compétition pour la nourriture. Ils hébergent parfois des serpents… s’ils n’ont pas de chance. Cependant, ils peuvent mordre leur « invité » en cas de mésentente. À l’instar de plusieurs espèces, les jeunes suricates font leur apprentissage en observant et en mimant le comportement des adultes qui s’impliquent cependant dans un enseignement actif. Par exemple, l’adulte enseigne aux petits comment attraper sans risque un scorpion venimeux et lui arracher le dard avant de le manger11 Malgré leur comportement altruiste, les suricates tuent parfois un jeune membre du groupe afin d’accroître leur propre position sociale au sein de ce groupe12 Les suricates sont également connus pour se livrer à des jeux de société comme des concours de lutte et de course (dans le sens course à pied). (…) Un groupe de suricates peut mourir après l’attaque d’un prédateur, si le couple dominant est stérile, lors d’une disette ou d’une épidémie. La taille du groupe est variable. Lorsqu’il comprend un nombre trop important d’individus, il se disperse au loin à la recherche de nouveaux territoires pour se nourrir. Ou bien, à l’occasion d’une alerte, le groupe recherche un abri dans différents terriers. Le résultat en est une scission du groupe. Wikipedia
Child grooming comprises actions deliberately undertaken with the aim of befriending and establishing an emotional connection with a child, to lower the child’s inhibitions in order to sexually abuse the child. Child grooming may be used to lure minors into trafficking of children, illicit businesses such as child prostitution, or the production of child pornography. It is a behavior that is characteristic of paedophilia.  Child grooming involves psychological manipulation in the form of positive reinforcement and foot-in-the-door tactics, using activities that are typically legal but later lead to illegal activities.[citation needed] This is done to gain the child’s trust as well as the trust of those responsible for the child’s well-being. Additionally, a trusting relationship with the family means the child’s parents are less likely to believe potential accusations. In the case of sexual grooming, child pornography images are often shown to the child as part of the grooming process. To establish a good relationship with the child and the child’s family, child groomers might do several things. For example, they might take an undue interest in someone else’s child, to be the child’s “special” friend to gain the child’s trust.[citation needed] They might give gifts or money to the child for no apparent reason (toys, dolls, etc.). They may show pornography—videos or pictures—to the child, hoping to make it easy for the child to accept such acts, thus normalizing the behavior. They may simply talk about sexual topics. These are just some of the methods a child groomer might use to gain a child’s trust and affection to allow them to do what they want. Hugging and kissing or other physical contact, even when the child does not want it, can happen. To the groomer, this is a way to get close. They might talk about problems normally discussed between adults, or at least people of the same age. Topics might include marital problems and other conflicts. They may try to gain the child’s parents’ trust by befriending them, with the goal of easy access to the child. The child groomer might look for opportunities to have time alone with the child. This can be done by offering to babysit. The groomer may invite the child for sleepovers. This gives them the opportunity to sleep in the same room or even the same bed with the child. Actions such as online communication have been defended by suspected offenders using the so-called ‘fantasy defense’, in which those accused argue that they were only expressing fantasies and not plans of future behavior. In the U.S., case law draws a distinction between those two and some people accused of ‘grooming’ have successfully used this defense. Sexual grooming of children also occurs on the Internet. Some abusers will pose as children online and make arrangements to meet with them in person. (…) Sexual grooming of children over the internet is most prevalent (99% of cases) amongst the 13–17 age group, particularly the 13–14 years old children (48%). The majority of them are girls. The majority of the victimization occurs over the mobile phone support. Children and teenagers with behavioral issues such as higher attention seekers have a much higher risk than others. Wikipedia
‘Honestly we did have a lot of white dudes in this video, but for whatever reason it worked out that they would be the ones to say something just in passing, or from a distance off camera. This made their screen time fairly short by comparison, but the numbers were relatively similar. As the video says at the end, it was upwards of 100+ harassments, so obviously not everything was shown, otherwise we’d have a video that’s too long for internet attention spans. But really it was across the board, just about everyone said/did something while we filmed.’ The 18 scenes that we show is a very small portion of street harassment that goes on, because it is a small size. We got 108 reactions but after editing down, the two longest incidents [involving a black man and a Latino man] make up half the video.’ If we filmed for a much longer time, it would show the breakdown of New York City and a much wider demographic.’ Rob Bliss
If you look at any bird or mammal, never mind things as smart as primates, never mind things as doubly smart as humans… any bird or mammal has its biological inheritance, as it were, which gives the rules of how to play the game of life. But how those rules get played out on a day-to-day basis depends on how the animal assesses the particular circumstances – it has a lot of flexibility in how it should behave, it just has some guidelines provided by evolution, and some constraints. If you don’t have wings, you can’t fly… [But there’s still] lots of scope for social, environmental, demographic circumstances… and grim economics. (…) The way in which our social world is constructed is part and parcel of our biological inheritance. Together with apes and monkeys, we’re members of the primate family – and within the primates there is a general relationship between the size of the brain and the size of the social group. We fit in a pattern. There are social circles beyond it and layers within – but there is a natural grouping of 150. This is the number of people you can have a relationship with involving trust and obligation – there’s some personal history, not just names and faces. (…) This looked implausibly small, given that we all live in cities now, but it turned out that this was the size of a typical community in hunter-gatherer societies. And the average village size in the Domesday Book is 150. It’s the same when we have much better data – in the 18th century, for example, thanks to parish registers. County by county, the average size of a village is again 150. Except in Kent, where it was 100. I’ve no idea why. (…)The Dunbar number probably dates back to the appearance of anatomically modern humans 250,000 years ago. If you go back in time, by estimating brain size, you can see community size declining steadily. (…) [sociality]’s the key evolutionary strategy of primates. Group living and explicitly communal solutions to the problem of survival out there on the plains or in the forests… that’s a primate adaptation, and they evolved that very early on. Most species of birds and animals aren’t as intensely social. Sociality for most species hovers around pair-bonds, that’s as complicated as it gets. The species with big brains are the ones who mate monogamously… The lesson is that there is something computationally very demanding about maintaining close relationships over a very long period of time – as we all know! (…) We’re caught in a bind: community sizes were designed for hunter-gatherer- type societies where people weren’t living on top of one another. Your 150 were scattered over a wide are, but everybody shared the same 150. This made for a very densely interconnected community, and this means the community polices itself. You don’t need lawyers and policemen. If you step out of line, granny will wag her finger at you. Our problem now is the sheer density of folk – our networks aren’t compact. You have clumps of friends scattered around the world who don’t know one another: now you don’t have an interwoven network. It leads to a less well integrated society. How to re-create that old sense of community in these new circumstances? That’s an engineering problem. How do we work around it? The alternative solution, of course, is that we could evolve bigger brains. But they’d have to be much bigger, and it takes a long time. (…) Can we manage to have meaningful relationships with more than just the old numbers? Yes, I can find out what you had for breakfast from your tweet, but can I really get to know you better? These digital developments help us keep in touch, when in the past a relationship might just have died; but in the end, we actually have to get together to make a relationship work. In the end, we rely heavily on touch and we still haven’t figured out how to do virtual touch. Maybe once we can do that we will have cracked a big nut. Words are slippery, a touch is worth a 1,000 words any day. Robin Dunbar
What Facebook does and why it’s been so successful in so many ways is it allows you to keep track of people who would otherwise effectively disappear  In the sandpit of life, when somebody kicks sand in your face, you can’t get out of the sandpit. You have to deal with it, learn, compromise. On the internet, you can pull the plug and walk away. There’s no forcing mechanism that makes us have to learn. It’s quite conceivable that we might end up less social in the future, which would be a disaster because we need to be more social—our world has become so large. The amount of social capital you have is pretty fixed. It involves time investment. If you garner connections with more people, you end up distributing your fixed amount of social capital more thinly so the average capital per person is lower. (…) We underestimate how important touch is in the social world. Words are easy. But the way someone touches you, even casually, tells you more about what they’re thinking of you. Robin Dunbar
Few ideas from social science have burrowed their way into the public imagination like Dunbar’s Number, the famous finding that we humans can’t cope with a social circle much larger than 150 people. It’s little surprise that it’s proven so captivating. (…) The average size of modern hunter-gatherer communities, it’s been calculated, is 148.8. The average size of army companies through history, from the Romans to the USSR, hovers around 150. And the average number of people to whom Britons send Christmas cards, according to a 2003 study, if you count every member of each household receiving a card? 153.5. No wonder so many panic-merchants worry that online social networks will destroy society. To accumulate 1,000 Facebook friends, Dunbar’s Number suggests, is to violate a law as old as humanity itself.(…) For centuries – and especially since the Industrial Revolution – we’ve been uprooting ourselves from the communities in which we were born. But until recently, on arriving in a new place, you’d inevitably lose your ties with the one you’d left; you’d be forced to invest fully in a new social circle. These days, thanks to motorways and airliners, email and Skype, you need never cut those ties. You never leave your old life behind, so your emotional investments are scattered. Ironically (…), it’s precisely your continuing bonds with the people you’ve loved for longest that risk leaving you feeling alienated where you are. One consequence is that the people in your circle of 150 are far less likely to know each other. (…) For example, Dunbar’s research shows that people are more altruistic towards each other in dense social networks. Clarence and Lucretia might be firm friends – but all else being equal, they’re less likely to help each other out if they have no other firm friends in common. Why are densely linked friends better friends? The motives involved aren’t necessarily all that virtuous. Maybe they just feel more social pressure, and worry that mutual friends will judge them if they’re not nice. Even so, the effect is that in a dense network, an act of friendship is two things at once: an expression of an individual bond, and another stitch in a bigger social fabric. At the very least, it’s an argument for getting over your hang-ups about introducing your friends to each other. True, they’ll probably gossip about you at some point, but then that strengthens the social fabric, too. Oliver Burkeman
S’ils permettent d’entrer en contact plus facilement avec des individus que l’on ne connaît pas, ou qui sont géographiquement éloignés, les services comme Twitter ou Facebook n’augmentent pas pour autant le nombre d’hommes et de femmes avec lesquels il est possible d’entretenir des relations régulières. Car les réseaux sociaux ne permettent pas de surmonter les limites du cerveau humain. C’est en tout cas la conclusion passionnante d’une étude (.pdf) menée par Bruno Gonçalves, Nicola Perra et Alessandro Vespignani. Les chercheurs se sont intéressés aux travaux de l’anthropologiste britannique Robin Dunbar, qui a découvert en 1992 que les primates ont un nombre limité d’individus dans leur groupe sociaux, et que ce nombre est proportionnel à la taille du neocortex. Extrapolant cette trouvaille à l’homme, il concluait qu’un humain peut entretenir une relation stable avec environ 150 personnes au maximum. Ce qui est devenu le « nombre de Dunbar ». « Au-dessus de ce nombre, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer le fonctionnement du groupe. Il faut ensuite passer à une hiérarchie plus importante, avec une structure et des règles importantes (on le voit par exemple à l’échelle d’un pays et de son gouvernement) », indique Wikipedia. Ce nombre se retrouve tout au long de l’histoire de l’Humanité dans des activités diverses comme la taille des villages de fermiers néolithiques, des unités militaires depuis l’armée romaine, ou les carnets d’adresse au 20ème siècle. C’est une constante de l’organisation sociale. Mais les réseaux sociaux sur Internet permettent-ils de dépasser ce nombre, grâce à l’assistance informatisée apportée au groupe ? Pour le savoir, Gonçalves et ses confrères ont étudié les liens noués entre 3 millions d’utilisateurs de Twitter pendant 4 ans, avec un volume total de 380 millions de tweets. (…) Lorsque les internautes commencent à « tweeter », le nombre de contacts avec lesquels ils discutent régulièrement augmente. Jusqu’à un point de saturation au delà duquel au contraire, le nombre d’échanges se resserre autour d’un nombre limité de contacts privilégiés. Or ce point de saturation se situe entre 100 et 200 « amis », c’est-à-dire précisément autour du nombre de Dunbar. (…) « Les réseaux sociaux n’ont pas changé les aptitudes sociales humaines (…) Même dans le monde en ligne les contraintes cognitives et biologiques opèrent comme l’avait prédit la théorie de Dunbar », conclut l’étude. Guillaume Champeau
Les grands singes sont surtout des as en matière de prévention des conflits, grâce à la pratique de l’épouillage ou « grooming ». Elle correspond, dans l’entreprise, à tous ces petits gestes qui consistent à dire bonjour, à parler de la pluie et du beau temps, pour avoir de l’échange social. Chez les primates, plus une espèce est évoluée, plus elle consacre du temps à ces attentions, et moins elle enregistre de conflits internes. Ce qu’il faut retenir : n’épouillez pas stricto sensu vos collaborateurs, ce serait mal vu ! Mais prenez soin de les saluer, de vous enquérir de leur travail (« Comment vas-tu ? T’en sors-tu sur le dossier Untel ? »). En privilégiant le dialogue, le fameux lien social, vous prévenez l’agressivité. (…) Années 1950, île de Koshima, Japon. Une femelle macaque nommée Imo se nourrit de patates douces que la population humaine, vénérant cette espèce, jette à son intention sur la plage. Pour débarrasser l’aliment des grains de sable, Imo a l’idée de nettoyer les patates douces dans la rivière. Plus tard, elle découvre que, en les lavant dans l’eau de mer, elle ajoute un petit goût salé fort ragoûtant. Imo vient d’innover. Mais voilà, chez les macaques, la hiérarchie est rigide, l’information circule verticalement et selon le lignage, jamais horizontalement. Imo va donc divulguer sa trouvaille à ses enfants, eux-mêmes en parleront à leur seule progéniture. Il faudra plus de cinq générations pour que l’ensemble des macaques de l’île en profitent ! Même genre d’aberration, chez les chimpanzés cette fois-ci. Pascal Picq se souvient d’un mâle ayant découvert comment ouvrir les noix de coco mais qui, devant le groupe, continuait à faire semblant de ne pas savoir, de peur que sa trouvaille ne soit accaparée par les dominants et qu’il n’en tire aucun mérite ! Ce qu’il faut retenir : plus un système est souple, plus les innovations peuvent se diffuser vite. Un patron a certes besoin d’une garde rapprochée, jamais de barons qui musellent la créativité des équipes. (…) Voici une histoire qui se déroule chez les babouins Hamadryas. Chaque matin, chez ces singes d’Ethiopie, il existe un rituel entre jeunes mâles arrogants pour décider de la direction à prendre afin de trouver un point d’eau. C’est à celui qui se dressera le plus haut devant le leader pour se faire entendre. Arrive la saison sèche. Aucun des jeunes mâles ne sait plus vers quelle orientation mettre le cap. L’heure est gravissime. L’épuisement des ressources pourrait conduire à la mort du groupe. C’est alors qu’un vieux mâle et sa femelle descendent de la falaise où ils ont élu refuge et se mettent à marcher dans une direction. Le reste du groupe les suit, dans le plus grand respect, car ils sont les seuls à pouvoir les mener vers une dernière source non asséchée. Ce qu’il faut retenir : dans l’entreprise, les seniors jouent le rôle de vieux babouins. Ils sont les dépositaires de l’histoire de la boîte. Leurs compétences peuvent se révéler extrêmement utiles en période de crise. Attribuez-leur une place de choix. Marianne Rey
A quelque espèce qu’il appartienne, un chef doit être reconnu , au sens premier du terme. Un orang-outang qui accède à cette dignité change physiquement. Certains macaques grandissent de quelques centimètres et grossissent de 3 à 5 kilos. Cependant, plus les singes sont évolués – comme les chimpanzés -, moins l’apparence physique compte pour dominer. Mais, même dans ce cas, le chef est le plus visible, il se poste sur une haute branche, il bombe le torse, il fait du bruit, il impressionne sa troupe, il s’entoure d’une bande de jeunes alliés et s’arroge des privilèges. Bref, il s’impose par son comportement, son regard, son hyperactivité. Sans hésiter, parfois, à menacer ses rivaux, à sanctionner ou intimider ses subordonnés : les gorilles frappent le sol avec leurs pieds ou leurs poings, tandis que les babouins haussent les sourcils. Les colères de chef se ressemblent toutes… (…) les singes sont polis! Ils se saluent rituellement tous les matins, le chef n’ayant pas le droit de déroger à cette règle sociale. Il doit répondre aux salutations de ses subordonnés, voire faire le premier geste : un regard droit dans les yeux, une tape amicale sur l’épaule ou une main tendue. S’il omet ce rituel, il risque d’y perdre sa popularité, et même son rang. Le salut n’est pas le seul moyen de souder la tribu : les singes passent beaucoup de temps en grooming, autrement dit en séances de toilettage ou d’épouillage mutuel. Ainsi, note Marie Muzard, ils favorisent la cohésion du groupe. Le plus groomé est, bien entendu, le chef. Tout un rituel dont l’auteur décrit la transposition dans les entreprises : poignées de main, visites impromptues, mots échangés au détour d’un couloir, pots de départ, réunions festives… (…)Plus une espèce est évoluée, plus elle consacre de temps au grooming, et moins elle enregistre de conflits internes! De fait, les macaques rhésus se livrent à cette activité pendant 7 % de leur temps, contre 30 % pour les macaques thibétanas : on constate vingt fois plus d’incidents chez les premiers que chez les seconds… (…) plus les sociétés de singes sont sophistiquées, plus le rôle du chef est limité et la créativité démultipliée. En dehors des périodes de crise – guerres intestines, menaces de prédateurs, sécheresse -, le chef chimpanzé n’est guère interventionniste. Sa sociabilité, son intelligence, sa détermination, son goût du risque l’ont conduit au pouvoir grâce à un réseau d’alliés. Mais, à l’inverse des macaques rhésus, dont la structure de pouvoir est pyramidale, le chef chimpanzé dirige une tribu décentralisée, dont les membres sont relativement autonomes. Les subordonnés peuvent partir chasser de leur côté. Avant de prendre quelque initiative que ce soit, le macaque rhésus consulte son chef. Le chimpanzé, lui, ne craint pas de se lancer dans des aventures et de quitter momentanément le groupe. La créativité d’un groupe de singes peu évolués, note Marie Muzard, est égale à celle de ses dominants. Alors que, chez les chimpanzés, elle est la somme de la créativité de tous ses membres. Il n’est pas surprenant que nos proches cousins soient plus habiles dans la fabrication d’outils que les macaques rhésus, par exemple, et que leur répertoire de parades soit nettement plus riche. Mais attention : la décentralisation comporte ses dangers. Habiles à nouer des alliances temporaires, les chimpanzés se livrent souvent des guerres fratricides pour la conquête de pouvoir. Aucun chef chimpanzé ne peut résister aux coalitions organisées par des subordonnés intelligents , écrit notre primatologue. Si vous appartenez au type patron-chimpanzé (…), surveillez votre entourage… Vincent Nouzille

Où l’on redécouvre l’importance de l’épouillage mutuel !

A l’heure des réseaux sociaux et des rencontres en ligne …

Mais aussi du cyberharcèlement, de la cyberpédophilie ou de la cybersollicitation d’enfants …

Comme du tranquille dénudement public voire de la véritable provocation

Retour, avec un récent article du New Yorker, sur les limites de l’amitié …

Qui, si l’on en croit les recherches de l’anthropologue et biologiste de l’évolution britannique Robin Dunbar et son fameux nombre de Dunbar

Se situeraient, taille de notre cortex oblige entre la musaraigne (au cerveau surdimensionné malgré sa minuscule taille) et le suricate (au petit cerveau mais au réseau social surdimensionné), autour de 150 individus avec lesquels on peut nouer des liens sociaux au même moment …

D’où la question de l’influence des réseaux sociaux …

Qui tout en multipliant nos possibilités de contacts mais aussi en nous privant de la synchronicité de l’expérience partagée comme de la dimension sensorielle du toucher …

Nous exposent, à taille de cerveau constante, au risque de saturation …

Mais d’où aussi la question, que semble oublier Dunbar en ces temps d’hypermixité sociale et ethnique, de la gestion de la violence …

Que tente de conjurer, comme l’a montré Girard avec son étude de l’échange de cadeaux, la multiplication de cette forme d’épouillage moderne que sont nos petits rituels quotidiens …

Pouvant aller, à l’image du film Grand Torino de Clint Eastwood et sans parler des habituels détournements et perversions, jusqu’à l’échange ritualisé d’insultes ou même à terme au sacrifice ultime et christique de soi …

The Limits of Friendship
Maria Konnikova
The New Yorker
October 7, 2014

Robin Dunbar came up with his eponymous number almost by accident. The University of Oxford anthropologist and psychologist (then at University College London) was trying to solve the problem of why primates devote so much time and effort to grooming. In the process of figuring out the solution, he chanced upon a potentially far more intriguing application for his research. At the time, in the nineteen-eighties, the Machiavellian Intelligence Hypothesis (now known as the Social Brain Hypothesis) had just been introduced into anthropological and primatology discourse. It held that primates have large brains because they live in socially complex societies: the larger the group, the larger the brain. Thus, from the size of an animal’s neocortex, the frontal lobe in particular, you could theoretically predict the group size for that animal.

Looking at his grooming data, Dunbar made the mental leap to humans. “We also had humans in our data set so it occurred to me to look to see what size group that relationship might predict for humans,” he told me recently. Dunbar did the math, using a ratio of neocortical volume to total brain volume and mean group size, and came up with a number. Judging from the size of an average human brain, the number of people the average person could have in her social group was a hundred and fifty. Anything beyond that would be too complicated to handle at optimal processing levels. For the last twenty-two years, Dunbar has been “unpacking and exploring” what that number actually means—and whether our ever-expanding social networks have done anything to change it.

The Dunbar number is actually a series of them. The best known, a hundred and fifty, is the number of people we call casual friends—the people, say, you’d invite to a large party. (In reality, it’s a range: a hundred at the low end and two hundred for the more social of us.) From there, through qualitative interviews coupled with analysis of experimental and survey data, Dunbar discovered that the number grows and decreases according to a precise formula, roughly a “rule of three.” The next step down, fifty, is the number of people we call close friends—perhaps the people you’d invite to a group dinner. You see them often, but not so much that you consider them to be true intimates. Then there’s the circle of fifteen: the friends that you can turn to for sympathy when you need it, the ones you can confide in about most things. The most intimate Dunbar number, five, is your close support group. These are your best friends (and often family members). On the flipside, groups can extend to five hundred, the acquaintance level, and to fifteen hundred, the absolute limit—the people for whom you can put a name to a face. While the group sizes are relatively stable, their composition can be fluid. Your five today may not be your five next week; people drift among layers and sometimes fall out of them altogether.

When Dunbar consulted the anthropological and historical record, he found remarkable consistency in support of his structure. The average group size among modern hunter-gatherer societies (where there was accurate census data) was 148.4 individuals. Company size in professional armies, Dunbar found, was also remarkably close to a hundred and fifty, from the Roman Empire to sixteenth-century Spain to the twentieth-century Soviet Union. Companies, in turn, tended to be broken down into smaller units of around fifty then further divided into sections of between ten and fifteen. At the opposite end, the companies formed battalions that ranged from five hundred and fifty to eight hundred, and even larger regiments.

Dunbar then decided to go beyond the existing evidence and into experimental methods. In one early study, the first empirical demonstration of the Dunbar number in action, he and the Durham University anthropologist Russell Hill examined the destinations of Christmas cards sent from households all over the U.K.—a socially pervasive practice, Dunbar explained to me, carried out by most typical households. Dunbar and Hill had each household list its Christmas card recipients and rate them on several scales. “When you looked at the pattern, there was a sense that there were distinct subgroups in there,” Dunbar said. If you considered the number of people in each sending household and each recipient household, each individual’s network was composed of about a hundred and fifty people. And within that network, people fell into circles of relative closeness—family, friends, neighbors, and work colleagues. Those circles conformed to Dunbar’s breakdown.

As constant use of social media has become the new normal, however, people have started challenging the continued relevance of Dunbar’s number: Isn’t it easier to have more friends when we have Facebook, Twitter, and Instagram to help us to cultivate and maintain them? Some, like the University of California, Berkeley, professor Morten Hansen, have pointed out that social media has facilitated more effective collaborations. Our real-world friends tend to know the same people that we do, but, in the online world, we can expand our networks strategically, leading to better business outcomes. Yet, when researchers tried to determine whether virtual networks increase our strong ties as well as our weak ones (the ones that Hansen had focussed on), they found that, for now, the essential Dunbar number, a hundred and fifty, has remained constant. When Bruno Gonçalves and his colleagues at Indiana University at Bloomington looked at whether Twitter had changed the number of relationships that users could maintain over a six-month period, they found that, despite the relative ease of Twitter connections as opposed to face-to-face one, the individuals that they followed could only manage between one and two hundred stable connections. When the Michigan State University researcher Nicole Ellison surveyed a random sample of undergraduates about their Facebook use, she found, while that their median number of Facebook friends was three hundred, they only counted an average of seventy-five as actual friends.

There’s no question, Dunbar agrees, that networks like Facebook are changing the nature of human interaction. “What Facebook does and why it’s been so successful in so many ways is it allows you to keep track of people who would otherwise effectively disappear,” he said. But one of the things that keeps face-to-face friendships strong is the nature of shared experience: you laugh together; you dance together; you gape at the hot-dog eaters on Coney Island together. We do have a social-media equivalent—sharing, liking, knowing that all of your friends have looked at the same cat video on YouTube as you did—but it lacks the synchronicity of shared experience. It’s like a comedy that you watch by yourself: you won’t laugh as loudly or as often, even if you’re fully aware that all your friends think it’s hysterical. We’ve seen the same movie, but we can’t bond over it in the same way.

With social media, we can easily keep up with the lives and interests of far more than a hundred and fifty people. But without investing the face-to-face time, we lack deeper connections to them, and the time we invest in superficial relationships comes at the expense of more profound ones. We may widen our network to two, three, or four hundred people that we see as friends, not just acquaintances, but keeping up an actual friendship requires resources. “The amount of social capital you have is pretty fixed,” Dunbar said. “It involves time investment. If you garner connections with more people, you end up distributing your fixed amount of social capital more thinly so the average capital per person is lower.” If we’re busy putting in the effort, however minimal, to “like” and comment and interact with an ever-widening network, we have less time and capacity left for our closer groups. Traditionally, it’s a sixty-forty split of attention: we spend sixty per cent of our time with our core groups of fifty, fifteen, and five, and forty with the larger spheres. Social networks may be growing our base, and, in the process, reversing that balance.

On an even deeper level, there may be a physiological aspect of friendship that virtual connections can never replace. This wouldn’t surprise Dunbar, who discovered his number when he was studying the social bonding that occurs among primates through grooming. Over the past few years, Dunbar and his colleagues have been looking at the importance of touch in sparking the sort of neurological and physiological responses that, in turn, lead to bonding and friendship. “We underestimate how important touch is in the social world,” he said. With a light brush on the shoulder, a pat, or a squeeze of the arm or hand, we can communicate a deeper bond than through speaking alone. “Words are easy. But the way someone touches you, even casually, tells you more about what they’re thinking of you.”

Dunbar already knew that in monkeys grooming activated the endorphin system. Was the same true in humans? In a series of studies, Dunbar and his colleagues demonstrated that very light touch triggers a cascade of endorphins that, in turn, are important for creating personal relationships. Because measuring endorphin release directly is invasive—you either need to perform a spinal tap or a PET scan, and the latter, though considered safe, involves injecting a person with a radioactive tracer—they first looked at endorphin release indirectly. In one study, they examined pain thresholds: how long a person could keep her hand in a bucket of ice water (in a lab), or how long she could maintain a sitting position with no chair present (back against the wall, legs bent at a ninety degree angle) in the field. When your body is flooded with endorphins, you’re able to withstand pain for longer than you could before, so pain tolerance is often used as a proxy for endorphin levels. The longer you can stand the pain, the more endorphins have been released into your system.They found that a shared experience of laughter—a synchronous, face-to-face experience—prior to immersion, be it in the lab (watching a neutral or funny movie with others) or in a natural setting (theatre performances at the 2008 Edinburgh Fringe Festival) enabled people to hold their hands in ice or maintain the chair position significantly longer than they’d previously been able to.

Next, in an ongoing study, Dunbar and his colleagues looked at how endorphins were activated in the brain directly, through PET scans, a procedure that lets you look at how different neural receptors uptake endorphins. The researchers saw the same thing that happened with monkeys, and that had earlier been demonstrated with humans that were viewing positive emotional stimuli: when subjects in the scanner were lightly touched, their bodies released endorphins. “We were nervous we wouldn’t find anything because the touch was so light,” Dunbar said. “Astonishingly, we saw a phenomenal response.” In fact, this makes a great deal of sense and answers a lot of long-standing questions about our sensory receptors, he explained. Our skin has a set of neurons, common to all mammals, that respond to light stroking, but not to any other kind of touch. Unlike other touch receptors, which operate on a loop—you touch a hot stove, the nerves fire a signal to the brain, the brain registers pain and fires a signal back for you to withdraw your hand—these receptors are one-way. They talk to the brain, but the brain doesn’t communicate back. “We think that’s what they exist for, to trigger endorphin responses as a consequence of grooming,” Dunbar said. Until social media can replicate that touch, it can’t fully replicate social bonding.

But, the truth is, no one really knows how relevant the Dunbar number will remain in a world increasingly dominated by virtual interactions. The brain is incredibly plastic, and, from past research on social interaction, we know that early childhood experience is crucial in developing those parts of the brain that are largely dedicated to social interaction, empathy, and other interpersonal concerns. Deprive a child of interaction and touch early on, and those areas won’t develop fully. Envelop her in a huge family or friend group, with plenty of holding and shared experience, and those areas grow bigger. So what happens if you’re raised from a young age to see virtual interactions as akin to physical ones? “This is the big imponderable,” Dunbar said. “We haven’t yet seen an entire generation that’s grown up with things like Facebook go through adulthood yet.” Dunbar himself doesn’t have a firm opinion one way or the other about whether virtual social networks will prove wonderful for friendships or ultimately diminish the number of satisfying interactions one has. “I don’t think we have enough evidence to argue either way,” he said.

One concern, though, is that some social skills may not develop as effectively when so many interactions exist online. We learn how we are and aren’t supposed to act by observing others and then having opportunities to act out our observations ourselves. We aren’t born with full social awareness, and Dunbar fears that too much virtual interaction may subvert that education. “In the sandpit of life, when somebody kicks sand in your face, you can’t get out of the sandpit. You have to deal with it, learn, compromise,” he said. “On the internet, you can pull the plug and walk away. There’s no forcing mechanism that makes us have to learn.” If you spend most of your time online, you may not get enough in-person group experience to learn how to properly interact on a large scale—a fear that, some early evidence suggests, may be materializing. “It’s quite conceivable that we might end up less social in the future, which would be a disaster because we need to be more social—our world has become so large” Dunbar said. The more our virtual friends replace our face-to-face ones, in fact, the more our Dunbar number may shrink.

Maria Konnikova is a contributor to newyorker.com, where she writes a weekly blog focussing on psychology and science.

Voir aussi:

The trouble with modern friendship
‘Panic-merchants worry that online social networks will replace offline friendships, turning users into basement-dwelling zombies, unable to converse face-to-face’
Oliver Burkeman
The Guardian
31 October 2014

Few ideas from social science have burrowed their way into the public imagination like Dunbar’s Number, the famous finding that we humans can’t cope with a social circle much larger than 150 people. It’s little surprise that it’s proven so captivating. As Maria Konnikova explained recently in a New Yorker profile of the anthropologist Robin Dunbar, the way it pops up unbidden in wildly different contexts is almost spooky. The average size of modern hunter-gatherer communities, it’s been calculated, is 148.8. The average size of army companies through history, from the Romans to the USSR, hovers around 150. And the average number of people to whom Britons send Christmas cards, according to a 2003 study, if you count every member of each household receiving a card? 153.5. No wonder so many panic-merchants worry that online social networks will destroy society. To accumulate 1,000 Facebook friends, Dunbar’s Number suggests, is to violate a law as old as humanity itself.

Judging by the research, the panic merchants are wrong: social networks don’t replace offline friendships, or turn users into basement-dwelling zombies, unable to converse face-to-face. Nonetheless, Dunbar’s work does suggest something troubling about modern friendship. For centuries – and especially since the Industrial Revolution – we’ve been uprooting ourselves from the communities in which we were born. But until recently, on arriving in a new place, you’d inevitably lose your ties with the one you’d left; you’d be forced to invest fully in a new social circle. These days, thanks to motorways and airliners, email and Skype, you need never cut those ties. You never leave your old life behind, so your emotional investments are scattered. Ironically (and as a British transplant to New York, I speak from experience), it’s precisely your continuing bonds with the people you’ve loved for longest that risk leaving you feeling alienated where you are.

One consequence is that the people in your circle of 150 are far less likely to know each other. Or, as Dunbar writes, “Our social networks are no longer as densely interconnected as they once were.” Anyone who’s ever fled small-town life might respond: thank God for that. After all, “dense interconnectedness” in villages is what explains that claustrophobic sense that everyone’s always snooping on your business. Yet it turns out that when close friends know each other, good things happen. For example, Dunbar’s research shows that people are more altruistic towards each other in dense social networks. Clarence and Lucretia might be firm friends – but all else being equal, they’re less likely to help each other out if they have no other firm friends in common.

Why are densely linked friends better friends? The motives involved aren’t necessarily all that virtuous. Maybe they just feel more social pressure, and worry that mutual friends will judge them if they’re not nice. Even so, the effect is that in a dense network, an act of friendship is two things at once: an expression of an individual bond, and another stitch in a bigger social fabric. At the very least, it’s an argument for getting over your hang-ups about introducing your friends to each other. True, they’ll probably gossip about you at some point, but then that strengthens the social fabric, too.

Voir également:

Robin Dunbar: we can only ever have 150 friends at most…
Evolutionary anthropologist Robin Dunbar tells Aleks Krotoski why even Facebook cannot expand our true social circle: our brains just aren’t big enough to cope
Aleks Krotoski
The Observer
14 March 2010

Not many people have a number named after them, but Robin Dunbar lays claim to the Dunbar Number. Confusingly, no precise value has been attached to this figure, but a commonly cited approximation is 150 – and this is the number of people with whom we can maintain a meaningful relationship, whether in a hunter-gatherer society or on Facebook.

The director of the Institute of Cognitive and Evolutionary Anthropology at Oxford University is also the author of How Many Friends Does One Person Need? (Faber). It’s no surprise he’s an engaging companion.

What is evolutionary anthroplogy?

Evolutionary anthropology is the generic study of how we came to be modern humans – how our bodies came to be the shape they are, how our minds came to be the way they are.

So how much of our social behaviour is rooted in our biology?

All of it! [But] by that you must be clear that you don’t mean genetically rooted – so that we have no choice about the way we behave, we’re programmed in the way that an an amoeba is.

If you look at any bird or mammal, never mind things as smart as primates, never mind things as doubly smart as humans… any bird or mammal has its biological inheritance, as it were, which gives the rules of how to play the game of life. But how those rules get played out on a day-to-day basis depends on how the the animal assesses the particular circumstances – it has a lot of flexibility in how it should behave, it just has some guidelines provided by evolution, and some constraints. If you don’t have wings, you can’t fly… [But there’s still] lots of scope for social, environmental, demographic circumstances… and grim economics.

What does your work tell us about the way we interact socially?

The way in which our social world is constructed is part and parcel of our biological inheritance. Together with apes and monkeys, we’re members of the primate family – and within the primates there is a general relationship between the size of the brain and the size of the social group. We fit in a pattern. There are social circles beyond it and layers within – but there is a natural grouping of 150.

This is the number of people you can have a relationship with involving trust and obligation – there’s some personal history, not just names and faces.

And this is is the Dunbar number! How did you come up with this concept?

I was working on the arcane question of why primates spend so much time grooming one another, and I tested another hypothesis – which says the reason why primates have big brains is because they live in complex social worlds. Because grooming is social, all these things ought to map together, so I started plotting brain size and group size and grooming time against one another. You get a nice set of relationships.

It was about 3am, and I thought, hmm, what happens if you plug humans into this? And you get this number of 150. This looked implausibly small, given that we all live in cities now, but it turned out that this was the size of a typical community in hunter-gatherer societies. And the average village size in the Domesday Book is 150 [people].

It’s the same when we have much better data – in the 18th century, for example, thanks to parish registers. County by county, the average size of a village is again 150. Except in Kent, where it was 100. I’ve no idea why.

Has this number evolved at all?

The Dunbar number probably dates back to the appearance of anatomically modern humans 250,000 years ago. If you go back in time, by estimating brain size, you can see community size declining steadily.

Why did we evolve as a social species?

Simply, it’s the key evolutionary strategy of primates. Group living and explicitly communal solutions to the problem of survival out there on the plains or in the forests… that’s a primate adaptation, and they evolved that very early on.

Most species of birds and animals aren’t as intensely social. Sociality for most species hovers around pair-bonds, that’s as complicated as it gets. The species with big brains are the ones who mate monogamously… The lesson is that there is something computationally very demanding about maintaining close relationships over a very long period of time – as we all know!

How can we grow the Dunbar number?

We’re caught in a bind: community sizes were designed for hunter-gatherer- type societies where people weren’t living on top of one another. Your 150 were scattered over a wide are, but everybody shared the same 150. This made for a very densely interconnected community, and this means the community polices itself. You don’t need lawyers and policemen. If you step out of line, granny will wag her finger at you.

Our problem now is the sheer density of folk – our networks aren’t compact. You have clumps of friends scattered around the world who don’t know one another: now you don’t have an interwoven network. It leads to a less well integrated society. How to re-create that old sense of community in these new circumstances? That’s an engineering problem. How do we work around it?

The alternative solution, of course, is that we could evolve bigger brains. But they’d have to be much bigger, and it takes a long time.

What about the role of the web in this?

Can we manage to have meaningful relationships with more than just the old numbers? Yes, I can find out what you had for breakfast from your tweet, but can I really get to know you better? These digital developments help us keep in touch, when in the past a relationship might just have died; but in the end, we actually have to get together to make a relationship work.

In the end, we rely heavily on touch and we still haven’t figured out how to do virtual touch. Maybe once we can do that we will have cracked a big nut.

Words are slippery, a touch is worth a 1,000 words any day.

Voir encore:

La taille du cerveau détermine le nombre d’amis sur Twitter
Guillaume Champeau
Numerama
01 Juin 2011

Au début des années 1990, un anthropologue britannique avait découvert que la taille du neocortex imposait à l’homme une limite d’environ 150 individus avec lesquels il peut nouer des liens sociaux au même moment. Une étude américaine et italienne démontre que la même limite existe sur Twitter, et probablement sur tous les réseaux sociaux.

Et si au fond, les réseaux sociaux ne changeaient rien à la capacité des hommes à socialiser ? S’ils permettent d’entrer en contact plus facilement avec des individus que l’on ne connaît pas, ou qui sont géographiquement éloignés, les services comme Twitter ou Facebook n’augmentent pas pour autant le nombre d’hommes et de femmes avec lesquels il est possible d’entretenir des relations régulières. Car les réseaux sociaux ne permettent pas de surmonter les limites du cerveau humain. C’est en tout cas la conclusion passionnante d’une étude (.pdf) menée par Bruno Gonçalves, Nicola Perra et Alessandro Vespignani.

Les chercheurs se sont intéressés aux travaux de l’anthropologiste britannique Robin Dunbar, qui a découvert en 1992 que les primates ont un nombre limité d’individus dans leur groupe sociaux, et que ce nombre est proportionnel à la taille du neocortex. Extrapolant cette trouvaille à l’homme, il concluait qu’un humain peut entretenir une relation stable avec environ 150 personnes au maximum. Ce qui est devenu le « nombre de Dunbar ». « Au-dessus de ce nombre, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer le fonctionnement du groupe. Il faut ensuite passer à une hiérarchie plus importante, avec une structure et des règles importantes (on le voit par exemple à l’échelle d’un pays et de son gouvernement) », indique Wikipedia.

Ce nombre se retrouve tout au long de l’histoire de l’Humanité dans des activités diverses comme la taille des villages de fermiers néolithiques, des unités militaires depuis l’armée romaine, ou les carnets d’adresse au 20ème siècle. C’est une constante de l’organisation sociale.

Mais les réseaux sociaux sur Internet permettent-ils de dépasser ce nombre, grâce à l’assistance informatisée apportée au groupe ? Pour le savoir, Gonçalves et ses confrères ont étudié les liens noués entre 3 millions d’utilisateurs de Twitter pendant 4 ans, avec un volume total de 380 millions de tweets. Puisque le nombre de « followers » (personnes qui nous suivent) et de « following » (personnes que l’on suit) n’est pas déterminant, le travail s’est concentré sur l’extraction de 25 millions de conversations entre les individus.

Lorsque les internautes commencent à « tweeter », le nombre de contacts avec lesquels ils discutent régulièrement augmente. Jusqu’à un point de saturation au delà duquel au contraire, le nombre d’échanges se resserre autour d’un nombre limité de contacts privilégiés. Or ce point de saturation se situe entre 100 et 200 « amis », c’est-à-dire précisément autour du nombre de Dunbar.

Ainsi le volume de messages envoyés vers un contact augmente avec le nombre des contacts établi jusqu’au point de saturation, puis l’utilisateur commence à négliger certains des contacts au profit de certains (graphique A). Par ailleurs, le nombre de réponses à des contacts qui envoient des messages sature autour de 250 personnes (graphique B).

« Les réseaux sociaux n’ont pas changé les aptitudes sociales humaines (…) Même dans le monde en ligne les contraintes cognitives et biologiques opèrent comme l’avait prédit la théorie de Dunbar », conclut l’étude.

Voir enfin:

Management
Pour être un bon manager, observez les grands singes
Marianne Rey
L’Entreprise
27/11/2009

Du chimpanzé à l’homme, il n’y a qu’un pas. Pour cultiver l’art de diriger et motiver, retournons à nos sources : ces primates tout sauf primaires. Et plutôt doués pour le travail en équipe. Entretien avec Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France.

Les gorilles, babouins, macaques, bonobos sont nos cousins, les chimpanzés, nos frères. Et si nos meilleurs coachs en matière de vie de groupe, à commencer par le microcosme de l’entreprise, étaient ces grands singes vivant en petits clans ? C’est la vision du paléoanthropologue Pascal Picq. Chercheur au Collège de France, il conseille l’Association pour le progrès du management (APM) et fut un grand témoin de la dernière Académie des entrepreneurs, organisée par L’Entreprise et Ernst&Young. Il nous ramène aux origines du leadership… sans tomber dans le piège de l’anthropomorphisme.

1. Autorité : rappeler qui mène le jeu… par petites touches
Chez les grands singes, comme dans l’entreprise, l’autorité ne va pas de soi. Celui qui la détient doit sans cesse s’activer pour la réaffirmer. Prenons le cas de Mama, une femelle chimpanzé que Pascal Picq a longuement observée. Autour d’elle, les mâles se succèdent à la place de numéro 1. Mais aucun n’obtient cette place sans son assentiment. C’est donc Mama qui détient l’autorité dans le groupe. Comment parvient–elle à la conserver ? Tout simplement par la négociation. Un exemple : sur un tronc d’arbre, Mama rencontre Zola, laquelle bloque son passage et fait semblant de ne pas l’avoir vue. En clair, Zola défie l’autorité de Mama. Que va faire cette dernière ? Surtout pas rabrouer violemment la rebelle, ce serait prendre le risque d’une contestation bien plus forte. Elle s’arrête donc un moment, pour montrer qu’elle respecte la position de Zola, avant de lui faire comprendre qu’elle doit tout de même lui céder le passage.
Ce qu’il faut retenir : l’autorité se construit à travers des négociations subtiles, au jour le jour, qui laissent à chaque individu la place de s’exprimer. En réunion, donnez à chacun un temps de parole pour laisser cours à ses frustrations. On acceptera mieux que vous ayez le dernier mot.

2. Conflits : s’interposer vite et mettre du liant tous les jours
Passons rapidement sur le mode alternatif de règlement des conflits en vigueur chez les bonobos, la simulation de l’acte sexuel… Plus adaptable à l’entreprise : chez les chimpanzés, il revient au mâle dominant d’intervenir pour éviter que les conflits ne s’enveniment. Si une bagarre éclate, il se pose en juge de paix, se place entre les deux protagonistes et, hérissant les poils pour manifester sa prestance, effectue une démonstration de force. L’interventionnisme est une obligation découlant du pouvoir. Mais les grands singes sont surtout des as en matière de prévention des conflits, grâce à la pratique de l’épouillage ou « grooming ». Elle correspond, dans l’entreprise, à tous ces petits gestes qui consistent à dire bonjour, à parler de la pluie et du beau temps, pour avoir de l’échange social. Chez les primates, plus une espèce est évoluée, plus elle consacre du temps à ces attentions, et moins elle enregistre de conflits internes.
Ce qu’il faut retenir : n’épouillez pas stricto sensu vos collaborateurs, ce serait mal vu ! Mais prenez soin de les saluer, de vous enquérir de leur travail (« Comment vas-tu ? T’en sors-tu sur le dossier Untel ? »). En privilégiant le dialogue, le fameux lien social, vous prévenez l’agressivité.

3. Motivation : récompenser le bon chasseur pour en faire un exemple
Chez les chimpanzés, la reconnaissance des mérites s’opère autour de la chasse. Seuls ont droit à une part du « gâteau » ceux qui ont participé à la prise. Si le mâle dominant n’a pas été de la partie, on l’invitera quand même au festin, mais les plus beaux morceaux reviendront au meilleur chasseur, pas à lui. Le chasseur numéro 1 ne s’attribuera pas toute la gloire, il rendra hommage aux camarades l’ayant aidé à capturer sa proie, en partageant la viande avec eux. A la prochaine chasse, le chasseur d’élite, sachant que le mâle dominant ne s’attribuera pas tous les éloges, sera motivé pour un nouvel exploit. Quant aux autres chimpanzés du groupe, ils ne rechigneront pas à l’aider, car ils sauront que leurs mérites seront aussi reconnus.
Ce qu’il faut retenir : un salarié a besoin d’être valorisé pour le travail qu’il fournit. La rémunération n’est qu’une forme de réponse à ce besoin de reconnaissance. Pensez à un éventuel élargissement des responsabilités ou, simplement, à complimenter tous ceux qui font des efforts !

4. Motivation encore : favoriser les échanges de compétences
Nos frères, les chimpanzés, ont intégré depuis longtemps dans leur manière de fonctionner les échanges de bons procédés et la mutualisation des compétences. Comme dans l’entreprise, le partage des ressources doit être un jeu gagnant/ gagnant pour fonctionner à long terme. Que va faire un chimpanzé en possession d’une noix de coco mais bien embêté de ne pas savoir l’ouvrir ? Il va négocier un deal avec une femelle compétente : tu ouvres la noix de coco, je partage le fruit avec toi. Dès que l’intérêt du groupe est en jeu, les chimpanzés collaborent. Ils sont capables de mener une action collective extrêmement efficace et organisée, pour aller faire la guerre à un autre groupe, par exemple, ou pour la chasse. Les coopérations fonctionnent aussi pour renverser l’autorité devenue illégitime. Un mâle numéro 2 prend rarement le pouvoir seul. Il fait alliance avec le numéro 3. La récompense pour celui-ci ? Devenir numéro 2.
Ce qu’il faut retenir : briefez vos managers de proximité. Ils doivent veiller à ce que les membres de leurs équipes trouvent dans chaque mission un rôle à part entière et un intérêt à collaborer.

5. Innovation : écouter ceux qui osent travailler autrement
Années 1950, île de Koshima, Japon. Une femelle macaque nommée Imo se nourrit de patates douces que la population humaine, vénérant cette espèce, jette à son intention sur la plage. Pour débarrasser l’aliment des grains de sable, Imo a l’idée de nettoyer les patates douces dans la rivière. Plus tard, elle découvre que, en les lavant dans l’eau de mer, elle ajoute un petit goût salé fort ragoûtant. Imo vient d’innover. Mais voilà, chez les macaques, la hiérarchie est rigide, l’information circule verticalement et selon le lignage, jamais horizontalement. Imo va donc divulguer sa trouvaille à ses enfants, eux-mêmes en parleront à leur seule progéniture. Il faudra plus de cinq générations pour que l’ensemble des macaques de l’île en profitent ! Même genre d’aberration, chez les chimpanzés cette fois-ci. Pascal Picq se souvient d’un mâle ayant découvert comment ouvrir les noix de coco mais qui, devant le groupe, continuait à faire semblant de ne pas savoir, de peur que sa trouvaille ne soit accaparée par les dominants et qu’il n’en tire aucun mérite !
Ce qu’il faut retenir : plus un système est souple, plus les innovations peuvent se diffuser vite. Un patron a certes besoin d’une garde rapprochée, jamais de barons qui musellent la créativité des équipes.

Le rituel matinal
Qui doit saluer en premier ? Le chef ou le collaborateur ? Chez les macaques Rhésus, adeptes d’une hiérarchie très pyramidale, digne de l’armée, il revient toujours au subalterne de saluer en premier le dominant. Chez les chimpanzés, en revanche, le mâle leader s’attache tous les matins à répondre aux salutations, voire à faire le premier geste. Petite tape amicale sur l’épaule, regard franc… Sinon, il risque de perdre sa popularité, voire son rang ! A votre avis, quelle est l’espèce la plus évoluée ?
6. Seniors : miser sur l’expérience pour sortir plus vite des crises
Voici une histoire qui se déroule chez les babouins Hamadryas. Chaque matin, chez ces singes d’Ethiopie, il existe un rituel entre jeunes mâles arrogants pour décider de la direction à prendre afin de trouver un point d’eau. C’est à celui qui se dressera le plus haut devant le leader pour se faire entendre. Arrive la saison sèche. Aucun des jeunes mâles ne sait plus vers quelle orientation mettre le cap. L’heure est gravissime. L’épuisement des ressources pourrait conduire à la mort du groupe. C’est alors qu’un vieux mâle et sa femelle descendent de la falaise où ils ont élu refuge et se mettent à marcher dans une direction. Le reste du groupe les suit, dans le plus grand respect, car ils sont les seuls à pouvoir les mener vers une dernière source non asséchée.
Ce qu’il faut retenir : dans l’entreprise, les seniors jouent le rôle de vieux babouins. Ils sont les dépositaires de l’histoire de la boîte. Leurs compétences peuvent se révéler extrêmement utiles en période de crise. Attribuez-leur une place de choix.

Pour en savoir plus Maître de conférences au Collège de France, Pascal Picq a étudié les hominidés préhistoriques et les grands singes actuels pour mieux comprendre la vie des clans. Une leçon de management. Il a publié Les origines de l’humanité. Un ouvrage de référence codirigé par Pascal Picq et Yves Coppens : Aux origines de l’humanité – Le propre de l’homme , éd. Fayard, 52 euros.

Hominidés : un site internet d’informations sur l’évolution de l’homme de la préhistoire à nos jours.

Voir enfin:

MANAGEMENT
DES PATRONS ET DES SINGES
Vincent Nouzille
L’Expansion
15/04/1993

Après les sociologues, les psychologues, les graphologues, faut-il se tourner vers les primatologues pour mieux comprendre le mode de fonctionnement des entreprises? Sans tomber dans la caricature, le rapprochement entre le management des firmes et l’organisation des tribus de singes est assez instructif : l’exercice de l’autorité, les relations au sein d’un groupe humain vont chercher leurs archétypes très loin dans les replis des cerveaux. Et nos grands PDG, comme nos dirigeants politiques, empruntent souvent des traits aux chefs macaques ou chimpanzés. C’est à cette découverte amusée et détaillée que nous invite Marie Muzard, à la fois consultante en communication et primatologue, auteur d’un livre sur la jungle entrepreneuriale (Ces grands singes qui nous dirigent, Albin Michel).

Premier constat : à quelque espèce qu’il appartienne, un chef doit être reconnu , au sens premier du terme. Un orang-outang qui accède à cette dignité change physiquement. Certains macaques grandissent de quelques centimètres et grossissent de 3 à 5 kilos.

Cependant, plus les singes sont évolués – comme les chimpanzés -, moins l’apparence physique compte pour dominer. Mais, même dans ce cas, le chef est le plus visible, il se poste sur une haute branche, il bombe le torse, il fait du bruit, il impressionne sa troupe, il s’entoure d’une bande de jeunes alliés et s’arroge des privilèges.

Bref, il s’impose par son comportement, son regard, son hyperactivité. Sans hésiter, parfois, à menacer ses rivaux, à sanctionner ou intimider ses subordonnés : les gorilles frappent le sol avec leurs pieds ou leurs poings, tandis que les babouins haussent les sourcils. Les colères de chef se ressemblent toutes…

Deuxième observation surprenante : les singes sont polis! Ils se saluent rituellement tous les matins, le chef n’ayant pas le droit de déroger à cette règle sociale. Il doit répondre aux salutations de ses subordonnés, voire faire le premier geste : un regard droit dans les yeux, une tape amicale sur l’épaule ou une main tendue. S’il omet ce rituel, il risque d’y perdre sa popularité, et même son rang.

Le salut n’est pas le seul moyen de souder la tribu : les singes passent beaucoup de temps en grooming, autrement dit en séances de toilettage ou d’épouillage mutuel. Ainsi, note Marie Muzard, ils favorisent la cohésion du groupe . Le plus groomé est, bien entendu, le chef. Tout un rituel dont l’auteur décrit la transposition dans les entreprises : poignées de main, visites impromptues, mots échangés au détour d’un couloir, pots de départ, réunions festives…

Grooming. Michel Bon, ex-PDG de Carrefour, en tire des leçons de management : Je passais beaucoup de temps à visiter les magasins, écrit-il dans la préface. Je sais maintenant que j’y faisais ce qu’on appelle chez les singes le grooming, c’est-à-dire des attentions réciproques, et que c’est très important. Plus une espèce est évoluée, plus elle consacre de temps au grooming, et moins elle enregistre de conflits internes! De fait, les macaques rhésus se livrent à cette activité pendant 7 % de leur temps, contre 30 % pour les macaques thibétanas : on constate vingt fois plus d’incidents chez les premiers que chez les seconds…

Troisième leçon : plus les sociétés de singes sont sophistiquées, plus le rôle du chef est limité et la créativité démultipliée. En dehors des périodes de crise – guerres intestines, menaces de prédateurs, sécheresse -, le chef chimpanzé n’est guère interventionniste. Sa sociabilité, son intelligence, sa détermination, son goût du risque l’ont conduit au pouvoir grâce à un réseau d’alliés. Mais, à l’inverse des macaques rhésus, dont la structure de pouvoir est pyramidale, le chef chimpanzé dirige une tribu décentralisée, dont les membres sont relativement autonomes.

Les subordonnés peuvent partir chasser de leur côté.

Avant de prendre quelque initiative que ce soit, le macaque rhésus consulte son chef. Le chimpanzé, lui, ne craint pas de se lancer dans des aventures et de quitter momentanément le groupe. La créativité d’un groupe de singes peu évolués, note Marie Muzard, est égale à celle de ses dominants. Alors que, chez les chimpanzés, elle est la somme de la créativité de tous ses membres. Il n’est pas surprenant que nos proches cousins soient plus habiles dans la fabrication d’outils que les macaques rhésus, par exemple, et que leur répertoire de parades soit nettement plus riche.

Mais attention : la décentralisation comporte ses dangers. Habiles à nouer des alliances temporaires, les chimpanzés se livrent souvent des guerres fratricides pour la conquête de pouvoir. Aucun chef chimpanzé ne peut résister aux coalitions organisées par des subordonnés intelligents , écrit notre primatologue. Si vous appartenez au type patron-chimpanzé (voir ci-dessous), surveillez votre entourage…

LES GORILLES : DES CHEFS DE CLAN TRADITIONNELS Forte stature, voix tonnante, le chef gorille dirige sa tribu en despote démonstratif.
Le patron-gorille, lui, règne sur son entreprise – souvent familiale – en autocrate généreux, capable du meilleur comme du pire. Avant tout homme de terrain, il apprécie d’être au contact de ses troupes. Il veut être aimé, ne comptant ni ses récompenses ni ses colères quand on ne lui manifeste pas une totale dévotion. C’est le modèle archétypique et archaïque du patron français des trente dernières années, à la tête d’une PME ou d’un groupe familial. Il a aujourd’hui les tempes grisonnantes, comme le chef gorille a le dos argenté…

Exemples : Francis Bouygues, Antoine Riboud, Serge Dassault, Jean-Luc Lagardère, Robert Hersant, Jacques Calvet (ascendant rhésus).

LES MACAQUES RHESUS : DES DURS SOLITAIRES PRETS A TOUT Plutôt solitaire et froid, grand et lourd, le macaque rhésus gouverne de haut et sans partage une organisation pyramidale. Le patron de ce type se place volontairement au sommet d’une hiérarchie nombreuse, où il compte peu d’alliés. Il use des privilèges de sa fonction : bureau spacieux, voiture luxueuse, distance dans les contacts. Il se moque de sa popularité, choisissant d’être craint plutôt qu’aimé. Il préfère la réflexion à l’émotion, les rendez-vous aux discussions de couloir. Mais c’est un visionnaire conquérant qui n’a peur de rien, prêt à se battre, quitte à prendre des risques ou à faire le ménage : chez les rhésus, le chef peut mordre le rebelle… Plutôt issus des grands corps de l’Etat, ces patrons sont présents à la tête des grands groupes privés et publics, ou parmi les redresseurs sans états d’âme.

Exemples : Loïk Le Floch-Prigent, Alain Gomez, Bernard Arnault, François Pinault, No »l Goutard, Guy Dejouany (ascendant chimpanzé), Jérôme Monod (ascendant chimpanzé).

LES CHIMPANZES : DES STRATEGES MANIPULATEURS A la tête d’un ensemble décentralisé, le patron-chimpanzé n’affiche pas son statut : on a même parfois du mal à le reconnaître dans son groupe. Il s’impose – souvent temporairement – grâce à des alliés, qu’il n’hésite pas à manipuler pour étendre son influence ou préserver son pouvoir. Courtois et conciliateur, parfois même très convivial, il délègue beaucoup, y compris la gestion des conflits.

Il laisse surtout une grande liberté d’initiative et de créativité à ses subordonnés et alliés. Qui peuvent se coaliser à tout moment pour le renverser… Ce modèle de patron-chimpanzé se répand de plus en plus, notamment dans les entreprises en plein développement ou dans les multinationales comme IBM, Hewlett-Packard ou Shell.

Exemples : Jean-Louis Beffa, Lindsay Owen-Jones, Gérard Worms, Vincent Bolloré, Bernard Attali, Serge Tchuruk, Didier Pineau-Valencienne (ascendant rhésus).

Voir de même:

Une étude se penche sur les « groomers », les abuseurs sexuels qui passent par internet
La Libre Belgique
22 septembre 2011

Sciences – Santé Les « groomers », ces adultes aux intérêts sexuels déviants qui entrent en contact avec des mineurs via internet, sont généralement des hommes d’une quarantaine d’années et leurs victimes ont en moyenne treize ans, selon les résultats d’une étude européenne qui s’est penchée sur le phénomène du « grooming » dont les résultats ont été dévoilés jeudi à l’Université de Mons.

Les chercheurs de l’UMons, en collaboration avec leurs confrères britanniques, norvégiens et italiens, ont exploré, dans le cadre d’un projet financé par la Commission Européenne, les processus par lesquels des abuseurs sexuels sélectionnent et « grooment » des enfants et des adolescents via internet et ses réseaux sociaux ou d’autres technologies de communication telles que le gsm, les jeux vidéo. Les abuseurs sélectionnent par des approches diverses leurs victimes afin d’abuser d’elles sexuellement.

Le profil moyen du groomer est, selon l’étude, très souvent celui d’un homme, le plus souvent quarantenaire, au quotient intellectuel assez élevé (moy. 104). L’âge moyen des victimes est de 13 ans. On y retrouve 84 pc de filles et 16 pc de garçons, souvent en manque d’affection ou désinhibés mais sensibles à la non-dénonciation du groomer par chantage. Les jeunes «résilients» coupent, par contre, les ponts dès qu’ils comprennent qu’ils sont menacés.

L’étude universitaire a permis d’établir de véritables relations «auteur-victime» dans le grooming et de proposer des techniques de prévention, entre autres la prise de conscience des parents et éducateurs, la mise en place de programmes de sécurité, un environnement en ligne sécurisant et la mesure du risque pris par les agresseurs.

Le projet a par ailleurs montré que, contrairement à la Norvège et au Royaume-Uni, il n’existait pas en Belgique de législation spécifique pour les « groomers ». « On peut cependant intervenir légalement en Belgique dès qu’il y a incitation à l’acte sexuel », a indiqué Thierry Pham, du service de psychologie légale de la faculté de psychologie de l’UMons.

« Le phénomène est du grooming est encore peu connu, il y a peu de données disponibles. Le présent projet se veut introductif et est donc appelé à se développer », a conclu le professeur Pham.

L’étude s’est concentrée, notamment, sur les interviews d’enquêteurs belges, d’élèves d’écoles secondaires belges et de groomers des pays concernés par le projet européen.

Voir enfin:

Draguer des enfants sur le Net bientôt puni plus durement?
Pédophilie
—Des politiciens veulent rendre condamnable la sollicitation d’enfants sur internet ou carrément l’interdire. D’autres estiment que c’est difficilement faisable. Le débat est lancé avant la votation 18 mai prochain.

Pascal Schmuck, Zurich

Le Matin

08.04.2014
Les Suisses doivent se prononcer le 18 mai sur l’initiative populaire «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants», ce qui permet de rappeler que les prédateurs utilisent souvent internet pour approcher leurs victimes, via principalement les outils et forums de discussion (chat).

Dragués après trois minutes

«Les enfants et adolescents qui utilisent un Chatroom destiné au moins de 15 ans sont dragués après trois minutes en moyenne», explique Chantal Billaud, criminologue et adjointe à la Prévention Suisse de la Criminalité (PSC).

Ces méthodes destinées à tisser un lien avec la victime sont qualifiées de cyber-sollicitation (cyber-grooming) et assez vite, ces discussions prennent un tour sexuel, voire pornographique. L’enfant est ainsi habitué à parler de sexualité. Si certains prédateurs s’en contentent, d’autres cherchent à rencontrer leurs victimes.

«La loi ne peut rester à la traîne»

Cette prise de contact sur internet constitue encore une zone grise dans le droit, alors que l’envoi de textes ou d’images pornographiques est condamnable. Une majorité de la Commission des affaires juridiques du Conseil national veut durcir les règles et a donc lancé une initiative parlementaire.

Elle travaille sur un article qui condamnerait le grooming. «Internet offre toujours plus de possibilité pour abuser des enfants. La loi ne peut rester à la traîne», explique la conseillère nationale socialiste Margret Kiener Nellen au Tages-Anzeiger. Sa collègue PDC Barbara Schmid-Federer milite pour une interdiction et elle espère plus de succès qu’il y a trois ans, lorsqu’elle avait lancé en vain une proposition en ce sens.

Une lacune dans la loi

La commission équivalente du Conseil des Etats a refusé de justesse le texte de leur collègues du National. «La majorité a des doutes sur la faisabilité d’une telle interdiction», explique le président de la commission le PDC Stefan Engler. Il sera difficile de prouver qu’une personne qui contacte un enfant sur internet veut l’abuser.

Un avis que partage le conseiller national socialiste Daniel Jositsch. «On court le risque de condamner des gens qui n’ont encore rien fait.». Ce serait comme retirer le permis à tout acheteur de Ferrari par précaution pour l’empêcher de rouler vite. En outre, la condamnation du grooming ne déboucherait que sur des peines légères. «Une amende ou un sursis n’empêcherait que peu de pédocriminels de reprendre contact avec des enfants», estime l’élu.

Parmi les spécialistes, le sujet fait débat mais le Service national de coordination de la lutte contre la criminalité sur Internet (SCOCI) reconnaît une lacune. «Comme une rencontre précède de peu, voire accompagne l’abus d’un enfant, la pénalisation intervient trop tard», indique une porte-parole du Département fédéral de justice et police (DFJP). La mesure préventive pour la protection de l’enfant n’est pas assez mise en avant.

Un délit d’office

Le PSC se montre aussi prudent. «Il serait inimaginable dans la vraie vie de punir un homme ou une femme simplement pour avoir parlé avec un enfant sur une place de jeu», estime Chantal Billaud. On ne peut donc prévoir pour internet des lois plus dures que pour le monde réel.

Le PSC rappelle que la plupart des cas de grooming débouchent tôt ou tard sur un abus sexuel. Ce qui est condamnable pour autant que la victime porte plainte, rappelle la porte-parole. Et de proposer plutôt de faire de tout abus sexuel envers les enfants un délit automatique. Ainsi la police, sur une simple annonce, pourrait démarrer d’office une enquête.

Le parlement doit aussi se pencher sur ce sujet, une motion de Barbara Schmid-Federer ayant déjà été déposée. Le Conseil fédéral s’oppose pour le moment à une pénalisation du grooming ainsi qu’aux enquêtes d’office pour les abus sexuels envers les enfants. (Newsnet)

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Le «grooming», c’est quoi?
Le verbe anglais «to groom» signifie préparer. L’abus sexuel est toujours précédé par du «grooming», cette phase de préparation où le pédocriminel met en confiance le mineur afin d’agir plus librement ensuite.

Voir par ailleurs:

Inside the Minds of Animals
Science is revealing just how smart other species can be — and raising new questions about how we treat them
Jeffrey Kluger
Time
Aug. 05, 2010

Not long ago, I spent the morning having coffee with Kanzi. It wasn’t my idea; Kanzi invited me, though he did so in his customary clipped way. Kanzi is a fellow of few words — 384 of them by formal count, though he probably knows dozens more. He has a perfectly serviceable voice — very clear, very expressive and very, very loud. But it’s not especially good for forming words, which is the way of things when you’re a bonobo, the close and more peaceable cousin of the chimpanzee.

But Kanzi is talkative all the same. For much of his day, he keeps a sort of glossary close at hand — three laminated, place mat — like sheets filled with hundreds of colorful symbols that represent all the words he’s been taught by his minders or picked up on his own. He can build thoughts and sentences, even conjugate, all by pointing. The sheets include not just easy nouns and verbs like ball and Jell-O and run and tickle but also concept words like from and later and grammatical elements like the -ing and -ed endings signifying tense.

Kanzi knows the value of breaking the ice before getting down to business. So he points to the coffee icon on his glossary and then points to me. He then sweeps his arm wider, taking in primatologist Sue Savage-Rumbaugh, an investigator at the Great Ape Trust — the research center in Des Moines, Iowa, that Kanzi calls home — and lab supervisor Tyler Romine. Romine fetches four coffees — hot, but not too hot — takes one to Kanzi in his patio enclosure on the other side of a Plexiglas window and then rejoins us. Kanzi sips — gulps, actually — and since our voices are picked up by microphones, he listens as we talk.

« We told him that a visitor was coming, » Savage-Rumbaugh tells me. « He’s been excited, but he was stubborn this morning, and we couldn’t get him to come out to the yard. So we had to negotiate a piece of honeydew melon in exchange. » Honeydew is not yet on Kanzi’s word list; instead, he points to the glyphs for green, yellow and watermelon. When he tried kale, he named it « slow lettuce » because it takes longer to chew than regular lettuce.

The not-for-profit Great Ape Trust is home to seven bonobos, including Kanzi’s baby son Teco, born this year on June 1. Kanzi is by no means the first ape to have been taught language. The famous Koko, Washoe and others came before him. But the Trust takes a novel approach, raising apes from birth with spoken and symbolic language as a constant feature of their days. Just as human mothers take babies on walks and chatter to them about what they see even though the child does yet not understand, so too do the scientists at the Trust narrate the lives of their bonobos. With the help of such total immersion, the apes are learning to communicate better, faster and with greater complexity.

All the same, today Kanzi is not interested in saying much, preferring to run and leap and display his physical prowess instead. « Ball, » he taps on one of his glossary sheets when he finishes his coffee.

« Tell him you’ll get it for him, » Savage-Rumbaugh instructs me and then shows me where the necessary symbols are on a sheet I have in hand. « Yes-I-will-chase-the-ball-for-you, » I slowly peck out, chase being a word Kanzi uses interchangeably with get.

It takes me a while to find the ball in an office down the hall, and when I finally return, Savage-Rumbaugh verbally asks Kanzi, « Are you ready to play? » He looks at us balefully. « Past ready, » he pecks.

Humans have a fraught relationship with beasts. They are our companions and our chattel, our family members and our laborers, our household pets and our household pests. We love them and cage them, admire them and abuse them. And, of course, we cook and eat them.

Our dodge — a not unreasonable one — has always been that animals are ours to do with as we please simply because they don’t suffer the way we do. They don’t think, not in any meaningful way. They don’t worry. They have no sense of the future or their own mortality. They may pair-bond, but they don’t love. For all we know, they may not even be conscious. « The reason animals do not speak as we do is not that they lack the organs, » René Descartes once said, « but that they have no thoughts. » For many people, the Bible offers the most powerful argument of all. Human beings were granted « dominion over the beasts of the field, » and there the discussion can more or less stop.

But one by one, the berms we’ve built between ourselves and the beasts are being washed away. Humans are the only animals that use tools, we used to say. But what about the birds and apes that we now know do as well? Humans are the only ones who are empathic and generous, then. But what about the monkeys that practice charity and the elephants that mourn their dead? Humans are the only ones who experience joy and a knowledge of the future. But what about the U.K. study just last month showing that pigs raised in comfortable environments exhibit optimism, moving expectantly toward a new sound instead of retreating warily from it? And as for humans as the only beasts with language? Kanzi himself could tell you that’s not true.

All of that is forcing us to look at animals in a new way. With his 1975 book Animal Liberation, bioethicist Peter Singer of Princeton University launched what became known as the animal-rights movement. The ability to suffer, he argued, is a great cross-species leveler, and we should not inflict pain on or cause fear in an animal that we wouldn’t want to experience ourselves. This idea has never met with universal agreement, but new studies are giving it more legitimacy than ever. It’s not enough to study an animal’s brain, scientists now say; we need to know its mind.

Conscious Critters
There are a lot of obstacles in the way of our understanding animal intelligence — not the least being that we can’t even agree whether nonhuman species are conscious. We accept that chimps and dolphins experience awareness; we like to think dogs and cats do. But what about mice and newts? What about a fly? Is anything going on there at all? A tiny brain in a simple animal has enough to do just controlling basic bodily functions. Why waste synapses on consciousness if the system can run on autopilot?

There’s more than species chauvinism in that question. « Below a certain threshold, it’s quite possible there’s no subjective experience, » says cognitive psychologist Dedre Gentner of Northwestern University. « I don’t know that you need to ascribe anything more to the behavior of a cockroach than a set of local reflexes that make it run away from bad things and toward good things. »

Where that line should be drawn is impossible to say, since our judgment is clouded by our feelings about any given species. A cockroach likely has no less brainpower than a butterfly, but we’re quicker to deny it consciousness because it’s a species we dislike. Still, most scientists agree that awareness is probably controlled by a sort of cognitive rheostat, with consciousness burning brightest in humans and other high animals and fading to a flicker — and finally blackness — in very low ones.

« It would be perverse to deny consciousness to mammals, » says Steven Pinker, a Harvard psychologist and the author of The Stuff of Thought. « Birds and other vertebrates are almost certainly conscious too. When it gets down to oysters and spiders, we’re on shakier ground. »

Among animals aware of their existence, intellect falls on a sliding scale as well, one often seen as a function of brain size. Here humans like to think they’re kings. The human brain is a big one — about 1,400 g (3 lb.). But the dolphin brain weighs up to 1,700 g (3.75 lb.), and the killer whale carries a monster-size 5,600-g (12.3 lb.) brain. But we’re smaller than the dolphin and much smaller than the whale, so correcting for body size, we’re back in first, right? Nope. The brain of the Etruscan shrew weighs just 0.1 g (0.0035 oz.), yet relative to its tiny body, its brain is bigger than ours.

While the size of the brain certainly has some relation to smarts, much more can be learned from its structure. Higher thinking takes place in the cerebral cortex, the most evolved region of the brain and one many animals lack. Mammals are members of the cerebral-cortex club, and as a rule, the bigger and more complex that brain region is, the more intelligent the animal. But it’s not the only route to creative thinking. Consider tool use. Humans are magicians with tools, apes dabble in them, and otters have mastered the task of smashing mollusks with rocks to get the meat inside — which, though primitive, counts. But if creativity lives in the cerebral cortex, why are corvids, the class of birds that includes crows and jays, better tool users than nearly all nonhuman species?

Crows, for example, have proved themselves adept at bending wire to create a hook so they can fish a basket of food from the bottom of a plastic tube. More remarkably, last year a zoologist at the University of Cambridge — the aptly named Christopher Bird — found that the rook, a member of the crow family, could reason through how to drop stones into a pitcher partly filled with water in order to raise the level high enough to drink from it. What’s more, the rooks selected the largest stones first, apparently realizing they would raise the level faster. Aesop wrote a tale about a bird that managed just such a task more than 2,500 years ago, but it took 21st century scientists to show that the feat is no fable.

How the birds performed such a stunt without a cerebral cortex probably has something to do with a brain region they do share with mammals: the basal ganglia, more primitive structures involved in learning. Mammalian basal ganglia are made up of a number of structures, while those in birds are streamlined down to one. Earlier this year, a collaborative team at MIT and Hebrew University of Jerusalem found that while the specialized cells in each section of mammalian basal ganglia do equally specialized work, the undifferentiated ones in birds’ brains multitask, doing all those jobs at once. The result is the same — information is processed — but birds do it more efficiently.

In the case of corvids and other animals, what may drive intelligence higher still is the structure not of their brains but of their societies. It’s easier to be a solitary animal than a social one. When you hunt and eat alone, like the polar bear, you don’t have to negotiate power struggles or collaborate in stalking prey. But it’s in that behavior — particularly the hunt — that animals behave most cleverly.

Consider the king of the beasts. « Lions do very cool things, » says animal biologist Christine Drea of Duke University. « One animal positions itself for the ambush, and another pushes the prey in that direction. » More impressive still is the unglamorous hyena. « A hyena by itself can take out a wildebeest, but it takes several to bring down a zebra, » she says. « So they plan the size of their party in advance and then go out hunting particular prey. In effect, they say, Let’s go get some zebras. They’ll even bypass a wildebeest if they see one on the way. »

Last year, Drea conducted a study of hyena cooperation, releasing pairs of them into a pen in which a pair of ropes dangled from an overhead platform. If the animals pulled the ropes in unison — and only in unison — the platform would spill out food. « The first pair walked into the pen and figured it out in less than two minutes, » Drea says. « My jaw literally dropped. »

For these kinds of animals, it’s not clear what the cause-and-effect relationship is — whether living cooperatively boosts intelligence or if innate intelligence makes it easier to live cooperatively. It’s certainly significant that corvids are the most social of birds, with long lives and stable group bonds, and that they’re the ones that have proved so handy. It’s also significant that herd animals, like cows and buffalo, exhibit little intelligence. Though they live collectively, there’s little shape to their society. « In a buffalo herd, Bob doesn’t care who Betty is, » Drea says. « But among primates, social carnivores, whales and dolphins, every individual has a particular place. »

Self and Other
It’s easy enough to study the brain and behavior of an animal, but subtler cognitive abilities are harder to map. One of the most important skills human children must learn is something called the theory of mind: the idea that not all knowledge is universal knowledge. A toddler who watches a babysitter hide a toy in a room will assume that anyone who walks in afterward knows where the toy is too. It’s not until about age 3 that kids realize that just because they know something, it doesn’t mean somebody else knows it also.

The theory of mind is central to communication and self-awareness, and it’s the rare animal that exhibits it, though some do. Dogs understand innately what pointing means: that someone has information to share and that your attention is being drawn to it so that you can learn too. That seems simple, but only because we’re born with the ability and, by the way, have fingers with which to do the pointing.

Great apes, despite their impressive intellect and five-fingered hands, do not seem to come factory-loaded for pointing. But they may just lack the opportunity to practice it. A baby ape rarely lets go of its mother, clinging to her abdomen as she knuckle-walks from place to place. But Kanzi, who was raised in captivity, was often carried in human arms, and that left his hands free for communication.

« By the time Kanzi was 9 months old, he was already pointing at things, » says Savage-Rumbaugh. I witnessed him do it in Iowa, not only when he pointed at me to invite me for coffee but also when he swept his hand toward the hallway in a be-quick-about-it gesture as I went to get him his ball.

Pointing isn’t the only indicator of a smart species that grasps the theory of mind. Blue jays — another corvid — cache food for later retrieval and are very mindful of whether other animals are around to witness where they’ve hidden a stash. If the jays have indeed been watched, they’ll wait until the other animal leaves and then move the food. They not only understand that another creature has a mind; they also manipulate what’s inside it.

The gold standard for demonstrating an understanding of the self-other distinction is the mirror test: whether an animal can see its reflection and recognize what it is. It may be adorable when a kitten sees itself in a full-length mirror and runs around to the other side of the door looking for what it thought was a playmate, but it’s not head-of-the-class stuff. Elephants, apes and dolphins are among the few creatures that can pass the mirror test. All three respond appropriately when they look in a mirror after a spot of paint is applied to their forehead or another part of their body. Apes and elephants will reach up to touch the mark with finger or trunk rather than reach out to touch the reflection. Dolphins will position themselves so they can see the reflection of the mark better.

« If you put a bracelet on an orangutan and put it in front of a mirror, it doesn’t just look at the bracelet, » says Bhagavan Antle, director of the Institute of Greatly Endangered and Rare Species in Myrtle Beach, S.C. « It puts the bracelet up to its face and shakes it. It interacts with its reflection. »

With or without mirror smarts, some animals are also adept at grasping abstractions, particularly the ideas of sameness and difference. Small children know that a picture of two apples is different from a picture of a pear and a banana; in one case, the objects match, and in the other they don’t. It’s harder for them to take the next step — correctly matching a picture of two apples to a picture of two bananas instead of to a picture of an orange and a plum.

« It’s called relations between relations, and it’s a basic scaffold of intelligence, » says psychologist Ed Wasserman of the University of Iowa. Last year Wasserman conducted a study that proved some animals have begun building that scaffold. In his research, baboons and — surprisingly — pigeons got the relations-between-relations idea, correctly identifying the proper pairings with a peck or a joystick when images were flashed on a screen.

Significantly, just as humans better understand an idea when they have a term to describe it (imagine explaining, say, satisfaction if the word didn’t exist), so do animals benefit from such labels. Psychologist David Premack of the University of Pennsylvania found that when chimps were taught symbols for same and different, they later performed better on analogy tests.

Beyond Smarts
If animals can reason — even if it’s in a way we’d consider crude — the unavoidable question becomes, Can they feel? Do they experience empathy or compassion? Can they love or care or hope or grieve? And what does it say about how we treat them? For science, it would be safest simply to walk away from a question so booby-trapped with imponderables. But science can’t help itself, and at least some investigators are exploring these ideas too.

It’s well established that elephants appear to mourn their dead, lingering over a herd mate’s body with what looks like sorrow. They show similar interest — even what appears to be respect — when they encounter elephant bones, gently examining them, paying special attention to the skull and tusks. Apes also remain close to a dead troop mate for days.

Empathy for living members of the same species is not unheard of either. « When rats are in pain and wriggling, other rats that are watching will wriggle in parallel, » says Marc Hauser, professor of psychology and anthropological biology at Harvard. « You don’t need neurobiology to tell you that suggests awareness. » A 2008 study by primatologist Frans de Waal and others at the Yerkes National Primate Research Center in Atlanta showed that when capuchin monkeys were offered a choice between two tokens — one that would buy two slices of apple and one that would buy one slice each for them and a partner monkey — they chose the generous option, provided the partner was a relative or at least familiar. The Yerkes team believes that part of the capuchins’ behavior was due to a simple sense of pleasure they experience in giving, an idea consistent with studies of the human brain that reveal activity in the reward centers after subjects give to charity.

Animal-liberationist Singer believes that such evidence of noble impulses among animals is a perfectly fine argument in defense of their right to live dignified lives, but it’s not a necessary one. Indeed, one of his central premises is that to the extent that humans and animals can experience their worlds, they are equals. « Similar amounts of pain are equally bad, » he says, « whether felt by a human or a mouse. »
Hauser takes a more nuanced view, arguing that people are possessed of what he calls humaniqueness, a suite of cognitive skills including the ability to recombine information to gain new understanding, a talent animals simply don’t have. All creatures may exist on a developmental continuum, he argues, but the gap between us and the second-place finishers is so big that it shows we truly are something special. « Animals have a myopic intelligence, » Hauser says. « But they never experience the aha moment that a 2-year-old child gets. »

No matter what any one scientist thinks of animal cognition, nearly all agree that the way we treat domesticated animals is indefensible — though in certain parts of the world, improvements are being made. The European Union’s official animal-welfare policies begin with the premise that animals are sentient beings and must be treated accordingly. This includes humane conditions on farms and in vehicles during transport and proper stunning before killing in slaughterhouses.
In the U.S., food animals are overwhelmingly raised on factory farms, where cattle and pigs are jammed together by the thousands and chickens are confined in cages that barely allow them to stand. But here too, public sentiment is changing. Roughly half of vegetarians list moral concerns as the chief reason for giving up meat. Still, vegetarians as a whole make up only about 3% of the U.S. population, a figure that has barely budged since before the days of Singer’s manifesto. And there are three times as many ex-vegetarians as practicing ones.

Even Singer doesn’t believe we’re likely to wake up in a vegan world anytime soon. For that matter, he doesn’t think it’s morally necessary. Eating meat to avoid starvation is all right, he believes, and some creatures are fair game all the time, provided they’re grown sustainably. « I think there’s very little likelihood that oysters, mussels and clams have any consciousness, so it’s defensible to eat them, » he says.

What’s more, we’re not going to quit using animals in other ways that benefit humans either — testing drugs, for example. But we could surely stop using them to test cosmetics, a practice the E.U. is also moving to ban. We could surely eat less meat and treat animals better before we convert them from creature to dinner. And we could rethink zoos, marine parks and other forms of animal entertainment.

Ultimately, the same biological knob that adjusts animal consciousness up or down ought to govern how we value the way those species experience their lives. A mere ape in our world may be a scholar in its own, and the low life of any beast may be a source of deep satisfaction for the beast itself. Kanzi’s glossary is full of words like noodles and sugar and candy and night, but scattered among them are also good and happy and be and tomorrow. If it’s true that all those words have meaning to him, then the life he lives — and by extension, those of other animals — may be rich and worthy ones indeed.

Voir enfin:

Viral ‘Catcalling video’ director denies editing out white men from clip – but admits ‘it was never going to be statistically accurate’
A hidden-camera clip released this week showed actress Shoshana Roberts being harassed by men on the street
She received a barrage of comments over ten hours from ‘What’s up, beautiful?’ to ‘Smile!’ – and even one man walking silently beside her for five minutes
Director Rob Bliss forced to deny clip was racially biased after he told Reddit fan ‘a lot of white dudes’ they had filmed did not make the final cut
He clarified that he edited out a lot of men from different racial backgrounds and the short clip was ‘statistically inaccurate’
Louise Boyle

Daily Mail

30 October 2014

The director of a video which showed a young woman being catcalled more than 100 times as she walked through the streets of Manhattan for ten hours has come under fire for the seeming racial bias of his film.

Director Rob Bliss filmed actress Shoshana Roberts, 24, as she walked through busy, New York City streets, wearing jeans and a T-shirt, while enduring a barrage of comments like: ‘What’s up, Beautiful?'; ‘Smile!’ and ‘God bless you, Mami…’. At one point, a man walks in step with her, silently, for five minutes.

The majority of men featured in the two-minute clip are black and Latino, a fact which Mr Bliss addressed on Thursday during a Q&A session on Reddit after the video garnered reams of media coverage

 One Reddit user, Murphyslol, remarked that almost all of the men on the video were black and asked the director if any white or Asian men harassed Shoshana.

Mr Bliss responded: ‘Honestly we did have a lot of white dudes in this video, but for whatever reason it worked out that they would be the ones to say something just in passing, or from a distance off camera. This made their screen time fairly short by comparison, but the numbers were relatively similar.

Director Rob Bliss (pictured) has come under fire for apparent racial bias in his viral video
‘As the video says at the end, it was upwards of 100+ harassments, so obviously not everything was shown, otherwise we’d have a video that’s too long for internet attention spans. But really it was across the board, just about everyone said/did something while we filmed.’

The response to the director’s remark drew heated responses.

Dr Welsana Asrat, a psychiatrist in Harlem, tweeted: ‘Rob Bliss’ biased catcalling video serves to support his ongoing gentrification campaign.’

Adam wrote: ‘Rob Bliss intentionally edited out the white men from that video to demonize PoC. He’s a professional gentrification proponent. It’s his MO.’

Automnia tweeted: ‘So this white guy, Rob Bliss, records a woman getting street harassment from loads of men, then cuts out most of the s*** from white guys.’

He also added: ‘Basically Rob Bliss is a rich white guy with a vested interest in portraying poor black men as the sole perpetrators of street harassment.’

MailOnline spoke to Mr Bliss on Thursday who defended his video, saying that his artistic decision to cap filming at ten hours ‘showed something that was realistic but statistically inaccurate’.

He said that although a number of white men were cut during the editing process – so were men of other races.

The director said that the number of white men in the video – roughly six – is representative of New York demographics, according to figures he quoted from Wikipedia.

Mr Bliss said: ‘The 18 scenes that we show is a very small portion of street harassment that goes on, because it is a small size.

‘We got 108 reactions but after editing down, the two longest incidents [involving a black man and a Latino man] make up half the video.’

He added: ‘If we filmed for a much longer time, it would show the breakdown of New York City and a much wider demographic.’

The director also pointed to the fact that there were no Asian men in the video – not to suggest that they didn’t harass women but ‘that’s what’s going to happen in a short-time span’.

Mr Bliss said he did understand why people would be angry at the perceived racial skew but added: ‘On this ten hour pass through, this was what we got. It wasn’t accurate.’

Hollaback!, the organization which teamed with Mr Bliss to promote the video, released a statement following the director’s comments on the racial skew today.

In part, it read: ‘First, we regret the unintended racial bias in the editing of the video that over represents men of color. Although we appreciate Rob’s support, we are committed to showing the complete picture. It is our hope and intention that this video will be the start of a series to demonstrate that the type of harassment we’re concerned about is directed toward women of all races and ethnicities and conducted by an equally diverse population of men.’

Miss Roberts was subject to 108 instances of catcalling during the filming of the video. In the two-minute clip, the majority of cat-callers are black and Latino – this individual is one of the white men included

The video struck a chord this week and instantly became a viral sensation. Since it was published on Tuesday, it has been viewed more than 17million times on YouTube.

The video was covered by bloggers and major news networks alike, leading to another disturbing consequence.

Miss Roberts, who is the subject of the film, has had multiple rape threats directed towards her.

Speaking about the experience of making the video, the 24-year-old told The Post : ‘I felt like crying and I have occurrences in my past of sexual assault, so I wasn’t even aware necessarily of all the times people were saying things to me.

‘I was just going over in my head and reliving, unfortunately, these memories while I was walking. I wanted to break down in tears.’

Emily May, executive director of Hollaback!, the anti-street harassment organization that put out the video, told The Washington Post: ‘We’ve had a number of rape threats and violent threats against Shoshana and we’re pulling those down as quickly as possible, but they exist.

‘That’s scary and I think what they’re trying to do is scare her and scare us into not speaking out about this. And both of us are saying no, we need to talk about this because if we don’t talk about this, if we don’t get this story out, then none of this is going to change.’

At no point did Roberts make eye contact with any of the men she passed or talk to any of them. That didn’t stop the comments from coming.

When she didn’t respond, one man told her: ‘Somebody’s acknowledging you for being beautiful. You should say thank you more!’

Miss Roberts said the number of comments the day the video was shot was nothing out of the ordinary for her.

‘The frequency is something alarming,’ she added.

Read more: http://www.dailymail.co.uk/news/article-2814745/Viral-Catcalling-video-director-denies-editing-white-men-admits-never-going-statistically-accurate.html#ixzz3Huy9E2fK
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Ebola: C’est Sarkozy qui avait raison (Perfect storm: Outdated beliefs and funeral rituals, witch craftery, denial, conspiracy theories, suspicion of local governments, distrust of western medicine, civil war, corrupt dictatorship, collapsed health systems)

18 octobre, 2014
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Nous sommes là pour dire et réclamer : laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l’Histoire. Aimé Césaire
Ebola (…) J’ai l’impression qu’il y a vraiment un programme d’extermination qui est en train d’être mis en place … Dieudonné
Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire, où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Guaino-Sarkozy
Moi, je pense que non seulement l’homme africain est entré dans l’histoire mais qu’il a même été le premier à y entrer. Rama Yade
Quelqu’un est venu ici vous dire que ‘l’Homme africain n’est pas entré dans l’histoire’. Pardon, pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et – je vous le dis en confidence – qui n’engagent ni la France, ni les Français. Ségolène Royal
Et si Sarkozy avait raison… (…) L’opinion africaine dite intellectuelle s’est mobilisée, depuis quelques temps, contre le discours de Dakar du président français Nicolas Sarkozy, considéré, à notre avis, sans raison, de discours raciste, méprisant, humiliant. Et pourtant il ne faisait que nous rappeler, amicalement, sans doute d’une manière brutale et maladroite, qu’il était temps que nous sortions de la préhistoire pour entrer dans l’histoire contemporaine d’un monde qui est faite d’imagination, de techniques, de sciences, au lieu de nous complaire dans la médiocrité actuelle de nos choix. Il nous faut, en effet, sortir de notre logique fataliste, fondée sur un ancrage intellectuel, philosophique et culturel dans un passé plusieurs fois centenaire alors que le siècle qui frappe à notre porte exige notre entrée dans l’histoire contemporaine. Baba Diouf (Le Soleil)
Aid, by itself, has never developed anything, but where it has been allied to good public policy, sound economic management, and a strong determination to battle poverty, it has made an enormous difference in countries like India, Indonesia, and even China. Those examples illustrate another lesson of aid. Where it works, it represents only a very small share of the total resources devoted to improving roads, schools, heath services, and other things essential for raising incomes. Aid must not overwhelm or displace local efforts; instead, it must settle with being the junior partner. Because of Africa’s needs, and the stubborn nature of its poverty, the continent has attracted far too much aid and far too much interfering by outsiders. (…) In the last 20 years, some states — like Ghana, Uganda, Tanzania, Mozambique, and Mali — have broken the mould, recognized the importance of taking charge, and tried to use aid more strategically and efficiently. Some commentators would add Benin, Zambia, and Rwanda to that list. But most African governments remain stuck in a culture of dependence or indifference. There are still too many dictators in Africa (six have been in office for more than 25 years) and many elected leaders behave no differently. (…) The Blair Commission Report on Africa in 2005 reported that 70,000 trained professionals leave Africa every year, and until they — and the 40 percent of the continent’s savings that are held abroad — start coming home, we need to use aid more restrictively. An obvious solution is to focus aid on the small number of countries that are trying seriously to fight poverty and corruption. Other countries will need to wait — or settle with only small amounts of aid — until their politics or policies or attitudes to the private sector are more promising. We should also consider introducing incentives for countries to match outside assistance with greater progress in raising local funds. (…) We must not be distracted by recent news of Africa’s « spectacular » growth and its sudden attractiveness to private investment. Some basic things are changing on the continent, with real effects for the future; above all, Africans are speaking out and refusing to accept tired excuses from their governments. But the truth is that most of Africa’s growth — based on oil and mineral exports — has not made a whit of difference to the lives of most Africans. Political freedoms shrank on the continent last year, according to the U.S.-based Freedom House index. A quarter of school-age children are still not enrolled, according to World Bank statistics; many of those that are, are receiving a very mediocre education. And agricultural productivity — the key to reducing poverty — is essentially stagnant. The really good news is likely to stay local and seep out in small doses, until it eventually overwhelms the inertia and indifference of governments. Five years ago, Kenya managed to double its tax revenues because a former businessman, appointed to head the national revenue agency, took a hatchet to the dishonest practices of many tax collectors. He had every reason to do so. Only five percent of Kenya’s budget comes from foreign aid, compared with 40 percent in neighboring countries. This is a good example of the sometimes-perverse effects of aid, but also of the importance of imagination and individual initiative in promoting a better life for Africans. Robert Calderisi
A month ago I visited Kibera, the largest slum in Africa. This suburb of Nairobi, the capital of Kenya, is home to more than one million people, who eke out a living in an area of about one square mile — roughly 75% the size of New York’s Central Park. (…)  Kibera festers in Kenya, a country that has one of the highest ratios of development workers per capita. This is also the country where in 2004, British envoy Sir Edward Clay apologized for underestimating the scale of government corruption and failing to speak out earlier. Giving alms to Africa remains one of the biggest ideas of our time — millions march for it, governments are judged by it, celebrities proselytize the need for it. Calls for more aid to Africa are growing louder, with advocates pushing for doubling the roughly $50 billion of international assistance that already goes to Africa each year. Yet evidence overwhelmingly demonstrates that aid to Africa has made the poor poorer, and the growth slower. The insidious aid culture has left African countries more debt-laden, more inflation-prone, more vulnerable to the vagaries of the currency markets and more unattractive to higher-quality investment. It’s increased the risk of civil conflict and unrest (the fact that over 60% of sub-Saharan Africa’s population is under the age of 24 with few economic prospects is a cause for worry). Aid is an unmitigated political, economic and humanitarian disaster. Few will deny that there is a clear moral imperative for humanitarian and charity-based aid to step in when necessary, such as during the 2004 tsunami in Asia. Nevertheless, it’s worth reminding ourselves what emergency and charity-based aid can and cannot do. Aid-supported scholarships have certainly helped send African girls to school (never mind that they won’t be able to find a job in their own countries once they have graduated). This kind of aid can provide band-aid solutions to alleviate immediate suffering, but by its very nature cannot be the platform for long-term sustainable growth. Whatever its strengths and weaknesses, such charity-based aid is relatively small beer when compared to the sea of money that floods Africa each year in government-to-government aid or aid from large development institutions such as the World Bank. Over the past 60 years at least $1 trillion of development-related aid has been transferred from rich countries to Africa. Yet real per-capita income today is lower than it was in the 1970s, and more than 50% of the population — over 350 million people — live on less than a dollar a day, a figure that has nearly doubled in two decades. Even after the very aggressive debt-relief campaigns in the 1990s, African countries still pay close to $20 billion in debt repayments per annum, a stark reminder that aid is not free. In order to keep the system going, debt is repaid at the expense of African education and health care. Well-meaning calls to cancel debt mean little when the cancellation is met with the fresh infusion of aid, and the vicious cycle starts up once again. (…) The most obvious criticism of aid is its links to rampant corruption. Aid flows destined to help the average African end up supporting bloated bureaucracies in the form of the poor-country governments and donor-funded non-governmental organizations. In a hearing before the U.S. Senate Committee on Foreign Relations in May 2004, Jeffrey Winters, a professor at Northwestern University, argued that the World Bank had participated in the corruption of roughly $100 billion of its loan funds intended for development. As recently as 2002, the African Union, an organization of African nations, estimated that corruption was costing the continent $150 billion a year, as international donors were apparently turning a blind eye to the simple fact that aid money was inadvertently fueling graft. With few or no strings attached, it has been all too easy for the funds to be used for anything, save the developmental purpose for which they were intended. (…) A constant stream of « free » money is a perfect way to keep an inefficient or simply bad government in power. As aid flows in, there is nothing more for the government to do — it doesn’t need to raise taxes, and as long as it pays the army, it doesn’t have to take account of its disgruntled citizens. No matter that its citizens are disenfranchised (as with no taxation there can be no representation). All the government really needs to do is to court and cater to its foreign donors to stay in power. Stuck in an aid world of no incentives, there is no reason for governments to seek other, better, more transparent ways of raising development finance (such as accessing the bond market, despite how hard that might be). The aid system encourages poor-country governments to pick up the phone and ask the donor agencies for next capital infusion. It is no wonder that across Africa, over 70% of the public purse comes from foreign aid. (…) Africa remains the most unstable continent in the world, beset by civil strife and war. Since 1996, 11 countries have been embroiled in civil wars. According to the Stockholm International Peace Research Institute, in the 1990s, Africa had more wars than the rest of the world combined. (…) Proponents of aid are quick to argue that the $13 billion ($100 billion in today’s terms) aid of the post-World War II Marshall Plan helped pull back a broken Europe from the brink of an economic abyss, and that aid could work, and would work, if Africa had a good policy environment. Dambisa Moyo
En Afrique, oui, il y a un risque d’épidémisation, mais je ne pense pas qu’elle puisse s’étendre au reste du monde. Bien sûr, il y aura des cas sporadiques en Occident, on recensera encore quelques personnes contaminées venues d’Afrique, ainsi que quelques cas d’infections survenues au contact de ces malades. Mais cela restera très rare. D’une part, les conditions du cycle de propagation naturelle du virus ne sont pas réunies comme c’est le cas en Afrique, où nous avons un parasite porteur du virus, de fortes concentrations humaines, certains comportements humains ou rites particuliers (comme toucher les morts), des conditions sanitaires défavorables, un certain type d’alimentation, etc. D’autre part, le développement de la médecine occidentale permet de mettre en place des moyens d’action pour éviter une généralisation, avec notamment l’isolement absolu du patient, un strict protocole, des équipements médicaux pointus et le développement de stratégies de détection rapide du virus. Malgré un manque au niveau des traitements à l’heure actuelle, le risque n’est donc pas majeur dans les pays développés, mais Ebola sera l’une des plus grandes épidémies africaines. Le XXe siècle a marqué le retour des épidémies : dans les années 70, sont apparues les fièvres hémorragiques (dont Ebola); dans les années 80, le VIH; dans les années 90, l’hépatite C; et dans les années 2000, le Sras, la grippe H1N1, le chikungunya, etc. Ces maladies n’ont pas toutes les mêmes caractéristiques épidémiologiques ni la même transmission vectorielle, mais elles se sont propagées à cause d’une série de facteurs, comportementaux et environnementaux. Les échanges, les migrations, les voyages intercontinentaux, mais aussi la pénétration humaine en forêt et la déforestation, qui ont amené les hommes à entrer en contact avec une faune sauvage porteuse d’agents pathogènes, ont favorisé la contamination. Et l’Afrique est un continent qui a un lot considérable d’agents infectieux. Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’Ebola n’est pas le seul fléau en Afrique. Des études ont montré que ce continent concentre 70% des cas de VIH et 90% des cas de choléra. Et 90% des décès de paludisme surviennent en Afrique. Mais il y a aussi toute une conjonction qui fait que c’est un continent malade. La structure sanitaire y est déficitaire, du fait des régimes instables ou des zones de guerre. C’est aussi un territoire de migration. Et encore une fois, les comportements humains sont souvent responsables de la propagation des virus. L’éducation en général, et l’éducation sanitaire en particulier, joue un rôle fondamental. De simples gestes d’hygiène permettraient de réduire les fléaux médicaux qui touchent l’Afrique. Par exemple, les diarrhées «normales» tuent chaque année des centaines de milliers d’enfants. Se laver les mains permettrait de réduire de 50% le taux de mortalité.(…)  Mais Ebola est plus dangereux dans le sens où tous les émonctoires (l’urine, la salive, le liquide séminal…) sont vecteurs de transmission. Le simple fait de toucher le patient est dangereux, ce qui n’est pas le cas avec le sida. Néanmoins, le sida est une maladie chronique de longue durée, tandis qu’Ebola est une maladie très aiguë, avec un très fort taux de mortalité, très rapide. Avec Ebola, l’épidémisation est donc moins forte. (…) J’espère en tout cas qu’Ebola servira de déclencheur pour les différents régimes politiques, qu’ils deviendront plus désireux d’investir l’argent dans un système de santé efficace, sans détourner les fonds. J’espère aussi que cette épidémie va faire prendre conscience aux organisations internationales qu’il faut accorder une aide majeure à l’Afrique, et lui apporter une aide logistique et humaine plus importante. On a commencé, mais c’est encore timide. Pour ce qui est de la société elle-même, des efforts considérables d’information sont à faire. Mais passé une période d’incompréhension et la recherche de responsables (la population met notamment en cause les pouvoirs politiques), la société pourra peut-être aussi changer beaucoup de comportements. Jean-Pierre Dedet
« After the typhoon, we got flooded with calls asking, ‘How do I give?' » Sweeny said. « With this (Ebola), we’re not getting those kinds of requests. » Why the difference? For starters, it’s been evident that national governments will need to shoulder the bulk of the financial burden in combatting Ebola, particularly as its ripple effects are increasingly felt beyond the epicenter in West Africa. Regine A. Webster of the Center for Disaster Philanthropy, which advises nonprofits on disaster response strategies, said the epidemic blurred the lines in terms of the categories that guide some big donors. « This is a confusing issue for the private donor community — is it a disaster, or a health problem? » Webster said. « Institutions and individuals have been quite slow to respond. » Officials at InterAction, an umbrella group for U.S. relief agencies active abroad, see other intangible factors at work, including the video and photographic images emerging from West Africa. Joel Charny, InterAction’s vice president for humanitarian policy, said it was clear from the imagery out of Haiti and the Philippines that donations could help rebuild shattered homes and schools, while the images of Ebola are more frightening and less conducive to envisioning a happy ending. « People give when they see that there’s a plausible solution, » Charny said. « They can say, ‘If I give my $50 or $200, it’s going to translate in some tangible way into relieving suffering.’ … That makes them feel good. » « With Ebola, there’s kind of a fear factor, » he said. « Even competent agencies are feeling somewhat overwhelmed, and the nature of the disease — being so awful — makes it hard for people to engage. » Huffington Post
Le drame avec Ebola, c’est que cette épidémie s’attaque cruellement et insidieusement à nos valeurs culturelles ! Il y a par exemple la question des enterrements traditionnels, où les familles touchent le corps pendant les rites funéraires. Qui, à présent, pour s’occuper d’une personne emportée par le virus Ebola ? Au Liberia, de nombreux malades atteints par le virus Ebola, préfèrent rester chez eux plutôt que de se rendre dans les centres de santé. La psychose s’est répandue partout. Nul ne se sent désormais à l’abri, dans une Afrique lacérée par des traditions hétéroclites et des pratiques religieuses tenaces. Combattre le virus Ebola, que d’engagements, d’implications mais surtout de renoncements ! Des marchés aux rassemblements qu’occasionnent les naissances, les mariages, les baptêmes, les deuils, les prières et autres rites funéraires, les Africains aiment à s’illustrer comme de bons exemples. Qu’ils soient simples fidèles, parents, amis, connaissances ou voisins, ils ne veulent pas se voir rejetés pour avoir failli un tant soit peu.(…) Avec Ebola, au-delà des modes de vie, c’est aussi le mode de fonctionnement de la cellule familiale et de la société tout entière qu’il faudra revoir. Il faudra oser s’attaquer à des valeurs ancrées dans la cosmogonie africaine, revisiter nos croyances et nos comportements. De vrais défis ! Au Nigeria, on a dû incinérer le cadavre d’une victime d’Ebola. Le médecin qui l’avait soigné a aussi été mis en quarantaine. Pourra-t-on intégrer ces pratiques dans les nouvelles habitudes ? Il le faut pourtant. Pire que la peste et le choléra réunis, l’épidémie d’Ebola détruit les espaces de solidarité. Les pesanteurs socioculturelles ajoutées au manque de moyens (humains, matériels, financiers), le manque de coordination des actions, font de la fièvre rouge, une maladie aussi redoutable qu’effroyable sur le continent. Le médecin traitant, lui-même, est vulnérable. Une implication de l’Occident est requise. Elle doit être forte. Mais, parce qu’il engloutit des sommes colossales, l’Occident doit exiger en contrepartie que les dirigeants africains s’assument plus sérieusement que face au SIDA. En effet, le problème de la délinquance politique et économique reste toujours posé du côté de l’Afrique. Outre les questions relatives à l’hygiène publique et à l’assainissement, des problèmes de mal gouvernance se trouvent au cœur même de la gestion de nos grands fléaux. Pour le cas d’Ebola, celle-ci se propage parce que les politiques africaines de développement, de santé, d’environnement, de population tout court, sont généralement inadéquates. A preuve, des mesures préventives sont recommandées, sans que des dispositions ne soient toujours prises pour annihiler les conséquences fâcheuses au plan socio-économique. Il est bien de défendre aux gens de manger de la viande de brousse ou de chauves-souris, pour se prémunir contre l’infection au virus d’Ebola. Mais, que faire pour compenser les pertes au niveau des chasseurs, des intermédiaires et des vendeurs de viandes prisées de certaines populations ? Il faudra veiller à une saine utilisation des fonds qui seront mis à la disposition des Etats frappés par le mal. Le passé est à ce sujet suffisamment lourd d’enseignements. Face au SIDA, que n’a-t-on pas vu sur ce continent? La délinquance à tous les étages, impliquant des personnes insignifiantes et des hauts cadres, y compris le sommet de l’Etat. Face à l’épidémie d’Ebola, des dispositions plus rigoureuses doivent être prises. Si Ebola fait des ravages au point d’ébranler l’âme de l’Afrique, il faut éviter que les délinquants à col blanc ne perpétuent continuellement la saignée du continent, en profitant sans vergogne et impunément des efforts de la communauté internationale. L’expérience de fléaux comme celle du SIDA montre qu’en Afrique, une saine gestion des fonds, sur fond de bonne gouvernance politique, est un bon préalable au recul de l’épidémie. Le Pays
L’état de vétusté des infrastructures sanitaires, la faiblesse des ressources humaines, les problèmes d’hygiène et les traditions funéraires, entre autres, font des pays africains un terreau fertile à la propagation de ce virus. Dans le domaine culturel justement, cette épidémie est en train de détruire l’âme africaine. Les efforts pour contenir les infections commandent, entre autres, une attitude à la limite du rejet des victimes. Les parents et voisins sont invités à éviter de toucher aux corps des personnes ayant succombé, afin d’éviter tout risque de contamination par le virus. Nul doute que cette capacité du virus à se transmettre même après la mort de sa victime, est une cause de panique au sein des populations et cela sape les valeurs légendaires de solidarité africaine de même que des pans de la culture en ce qui concerne le traitement des corps des personnes décédées. (…) la vérité c’est que l’Afrique a, une fois de plus, failli. Comme à son habitude, elle aura manqué de prospective. Si non, comment comprendre qu’un virus qui a fait son apparition depuis 1976 et fait jusque-là de nombreuses victimes en Afrique centrale, n’ait pas, près de 40 ans après, encore été pris au sérieux au point qu’il puisse ressurgir et faire autant de victimes ? Comment comprendre que malgré tous les discours sur la souveraineté de l’Afrique, le sort et le salut du continent soient encore entre les mains des mêmes Occidentaux régulièrement conspués ? Que reste-t-il vraiment encore de la fierté des Africains ? Hélas, tout ce qui intéresse vraiment les dirigeants africains, c’est le pouvoir. (…) Aux Africains donc de se ressaisir, à commencer par leurs dirigeants, pour mériter le respect qu’ils réclament des autres, mais aussi et surtout pour prendre en main eux-mêmes leur destin. Le Pays
Ebola met à nu les tares des systèmes sanitaires africains La gouvernance des Etats africains présente beaucoup d’insuffisances. (…) Une des illustrations les plus frappantes de ce fait est la situation chaotique dans laquelle se trouvent nos systèmes de santé. En effet, la propagation du virus Ebola a contribué à mettre à nu toute l’étendue de cette triste réalité, qui doit désormais interpeller toutes les consciences. Lorsque l’on fait l’état des lieux, l’on peut avoir des raisons objectives d’être remonté contre nos gouvernants.Les zones d’ombre sont nombreuses. Elles se rapportent notamment à l’insuffisance du personnel soignant qualifié, au niveau rudimentaire des plateaux techniques, à la gestion artisanale des structures de santé, au manque de professionnalisme et de motivation des agents de santé, etc. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi la moindre épidémie peut constituer une véritable épreuve pour les autorités sanitaires. (…) Lorsque l’on prend le cas du Libéria qui est l’un des pays le plus touché par le virus, l’on peut tomber des nues de constater que ce pays, qui est indépendant depuis 1847, dispose seulement de 250 médecins, soit un ratio effroyable d’un ou de deux médecins pour 100 000 habitants. Il n’est donc pas étonnant que le pays de William Tolbert ait beaucoup de mal à déployer un personnel qualifié suffisant, pour la prise en charge des personnes infectées et affectées. Que l’on n’aille surtout pas brandir l’insuffisance de moyens financiers pour justifier cet état de fait. En effet, le Libéria regorge d’énormes richesses minières dont l’exploitation judicieuse pourrait permettre au peuple libérien de sortir la tête de l’eau. Malheureusement, ces richesses sont exploitées au profit d’une caste politique qui vit sur un îlot d’opulence, dans un océan de misère et d’indigence indescriptibles. L’exemple du Libéria est celui de la plupart des Etats africains. Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de base des populations en termes d’éducation, de santé, de logement, l’on n’hésite pas en haut lieu à invoquer le manque de moyens financiers et à tendre sans gêne la sébile à la communauté internationale. Par contre, lorsqu’il s’agit de dépenser pour réaliser des activités dont l’intérêt pour les populations n’est pas évident, l’argent est vite mobilisé. Pour revenir à la propagation de la fièvre rouge, l’on a envie de dire que l’Afrique est en train de payer pour son manque de vision. Gouverner, dit-on, c’est prévoir. Mais en Afrique, c’est tout le contraire. C’est le pilotage à vue qui est érigé en mode de gouvernance. Lorsque survient la moindre urgence, c’est le sauve-qui-peut, nos Etats donnant l’impression d’être complètement désarmés. D’ailleurs, le fait qui consiste pour les princes qui nous gouvernent de courir, toutes affaires cessantes, en Occident, même pour soigner leurs petits bobos, est un aveu du peu d’intérêt et de crédit qu’ils accordent à nos structures sanitaires et à nos spécialistes de la santé. La tendance est loin d’être inversée. En effet, nos hôpitaux se présentent de plus en plus comme des antichambres de la mort : les urgences médicales sont difficilement assurées, l’encombrement et l’insalubrité crèvent les yeux. Le Pays
It is traditional beliefs and modern expressions of Christianity that is contributing to the spread of Ebola. This is not just a biomedical crisis, this is driven by beliefs, behaviours and denial. (…) It is enough to have one person who, for example, is at a funeral and can go on to contaminated 10 to 20 people, and it all starts again. (…) We thought it was over, and then a very well known person, a woman who was a powerful traditional practitioner and the head of a secret society, died (…) ‘People from three countries came to her funeral, there dozens of people got infected. From there the virus spread to Sierra Leone and Liberia. (…) It took about 1,000 Africans dying and two Americans being repatriated. That’s basically the equation in the value of life and what triggers an international response. Professor Peter Piot (director of the London School of Hygiene and Tropical Medicine)
Ultimately the spread is due to different cultural practices, as well as infrastructure. Chief among these is how people handle disease, from the avoidance, to the treatment, containment, and the handling of the victims. One aspect of certain beliefs and practices in the area is a deep distrust of medicine, as accusations of cannibalism by doctors, alongside suspicion that the disease is caused by witchcraft, and other conspiracy theories have caused riots outside treatment centres in Sierra Leone, and families to break into hospital to remove patients. The primary issue, however, is the funerary practices. The virus is able to capitalize on the tenderness in West African traditions, with devastating results. Traditional funeral proceedings in West Africa in involve lots of touching, kissing, and general handling (like washing) of the deceased; each victim, in effect, becomes far more dangerous after the virus has killed. A big part of this containment is the fact that urban centres are both better able to handle dangerous cases, and less likely to host them in the first place. This is especially bad, because it means that the most deadly strains are spread the most, and milder variants go extinct. The good news? It’s unlikely that Ebola will become a global pandemic. While there is some possibility of mutations occurring that increase the ability to spread, the fundamental mechanism that makes it deadly would likely be interrupted. The bad news is that until the population is educated in hygiene, the medical establishment, and the dangers of eating carrier species (pig, monkeys, and bats) the virus will continue to ravage these smaller villages. Oneclass
The idea is to train these people here to go back and disseminate the main instructions about the disease.” An Ebola infection often looks like malaria at first, so people may not suspect they have it. It later progresses to the classic symptoms of a hemorrhagic fever, with vomiting, diarrhea, high fever and both internal and external bleeding. With so many bodily fluids pouring from a patient, it is easy to see how caregivers could become infected. we’ve shown people how to do a traditional burial, only wearing gloves. And you can allow the body to be washed briefly. Workers have been attentive to the traditions, allowing the body to be wrapped without exposing people to the virus.” Genetic analysis of the virus causing the current outbreaks show it’s distinct from the virus seen in east Africa. This suggests it may be from a local source. No one’s sure just where Ebola cames from. It can affect great apes but fruit bats are a prime suspect. Today

 C’est Sarkozy qui avait raison !

Croyances et rites funéraires d’un autre âge, sorcellerie, déni, théories du complot, suspicion généralisée des administrations locales, méfiance à l’égard de la médecine occidentale, guerres civiles, dictatures corrompues, effondrement des systèmes de santé, attaques de centres d’isolement  …

A l’heure où 50 ans après les indépendances et des dizaines de milliards de ressources et d’aide détournées (pour un total d’au moins mille milliards de dollars sur 60 ans pour la seule aide au développement !) …

Un continent qui continue à concentrer les misères du monde (70% des cas de VIH, 90% des cas de choléra et des décès de paludisme, entre 26 et 40% d’alphabétisation, sans parler des filles, pour les pays les plus pauvres) 

Est en train, avec l’une des pires épidémies de son histoire et pendant qu’à l’instar de leurs coreligionnaires d’Irak les djihadistes sahéliens multiplient les exactions, de démontrer au monde toute l’étendue de son sous-développement …

Pendant que jusqu’en Occident même certains propagent les pires théories du complot

Comment ne pas repenser aux paroles, qui avait tant été dénoncées, du discours de Dakar de l’ancien président Sarkozy de juillet 2007 sur la non-entrée dans l’histoire de l’homme noir ?

Et ne pas voir, comme l’ont bien perçu nombre de commentateurs en Afrique même, que c’était bien Sarkozy qui avait raison ?

RAVAGES DE LA FIEVRE ROUGE : Quand Ebola ébranle l’âme de l’Afrique
Avec le virus Ebola, l’identité culturelle est dangereusement remise en cause par une épidémie qui, du début de l’année à ce jour, a fait 887 morts en Afrique subsaharienne. Des cas ont été signalés aux Etats-Unis.

Le Pays

5 août 2014

Si les deux cas révélés aux Etats-Unis étaient effectivement hors de danger, cela augurerait de bonnes perspectives pour la recherche. Celle-ci semble piétiner depuis la découverte du virus en 1976. A ce propos, l’Occident n’est point exempt de critique. Pourquoi avoir tant négligé les risques de propagation du mal qui avait d’abord sévi en Afrique centrale ? Sans aller jusqu’à jeter l’anathème sur l’Occident, il conviendrait de s’interroger sur le manque patent de médicaments à ce jour : insuffisance de ressources ou tout simplement manque de volonté politique ? Avec les révélations de cas en Occident (Etats-Unis), il faut souhaiter de meilleures dispositions, afin que la recherche vienne à bout de ce fléau.

Ebola s’attaque à nos valeurs culturelles

En tout cas, selon l’OMS, il existe des traitements, même si aucun vaccin homologué n’a encore vu le jour. Cela vient ainsi contredire les idées reçues selon lesquelles la maladie est mortelle à 100%. Que dire du docteur Kent Brantly et de son assistante Nancy Writebol, de retour aux Etats-Unis, après avoir contracté le virus lors de leur mission au Liberia ? Hospitalisés, ils avaient reçu plusieurs injections d’un mystérieux sérum baptisé ZMapp, conçu à San Diego en Californie. Les deux coopérants qui se trouvaient dans un état critique, seraient aujourd’hui dans un état « stable ». Jusque-là, le sérum n’avait été testé que sur quatre singes infectés par Ebola. Ils ont survécu après avoir reçu une dose du produit.Malheureusement, des membres des personnels de santé d’Afrique n’auront pas eu la chance des deux experts américains. Tombés les armes à la main, ces médecins, infirmiers ou sages-femmes méritent d’être célébrés. Le drame avec Ebola, c’est que cette épidémie s’attaque cruellement et insidieusement à nos valeurs culturelles ! Il y a par exemple la question des enterrements traditionnels, où les familles touchent le corps pendant les rites funéraires. Qui, à présent, pour s’occuper d’une personne emportée par le virus Ebola ? Au Liberia, de nombreux malades atteints par le virus Ebola, préfèrent rester chez eux plutôt que de se rendre dans les centres de santé.

La psychose s’est répandue partout. Nul ne se sent désormais à l’abri, dans une Afrique lacérée par des traditions hétéroclites et des pratiques religieuses tenaces. Combattre le virus Ebola, que d’engagements, d’implications mais surtout de renoncements ! Des marchés aux rassemblements qu’occasionnent les naissances, les mariages, les baptêmes, les deuils, les prières et autres rites funéraires, les Africains aiment à s’illustrer comme de bons exemples. Qu’ils soient simples fidèles, parents, amis, connaissances ou voisins, ils ne veulent pas se voir rejetés pour avoir failli un tant soit peu.

La lutte contre Ebola est difficile, mais pas impossible ! Elle devra se mener vaille que vaille, au plan individuel et collectif. Avec Ebola, au-delà des modes de vie, c’est aussi le mode de fonctionnement de la cellule familiale et de la société tout entière qu’il faudra revoir. Il faudra oser s’attaquer à des valeurs ancrées dans la cosmogonie africaine, revisiter nos croyances et nos comportements. De vrais défis ! Au Nigeria, on a dû incinérer le cadavre d’une victime d’Ebola. Le médecin qui l’avait soigné a aussi été mis en quarantaine. Pourra-t-on intégrer ces pratiques dans les nouvelles habitudes ? Il le faut pourtant. Pire que la peste et le choléra réunis, l’épidémie d’Ebola détruit les espaces de solidarité.

Des dispositions plus rigoureuses doivent être prises

Les pesanteurs socioculturelles ajoutées au manque de moyens (humains, matériels, financiers), le manque de coordination des actions, font de la fièvre rouge, une maladie aussi redoutable qu’effroyable sur le continent. Le médecin traitant, lui-même, est vulnérable. Une implication de l’Occident est requise. Elle doit être forte. Mais, parce qu’il engloutit des sommes colossales, l’Occident doit exiger en contrepartie que les dirigeants africains s’assument plus sérieusement que face au SIDA. En effet, le problème de la délinquance politique et économique reste toujours posé du côté de l’Afrique. Outre les questions relatives à l’hygiène publique et à l’assainissement, des problèmes de mal gouvernance se trouvent au cœur même de la gestion de nos grands fléaux. Pour le cas d’Ebola, celle-ci se propage parce que les politiques africaines de développement, de santé, d’environnement, de population tout court, sont généralement inadéquates. A preuve, des mesures préventives sont recommandées, sans que des dispositions ne soient toujours prises pour annihiler les conséquences fâcheuses au plan socio-économique. Il est bien de défendre aux gens de manger de la viande de brousse ou de chauves-souris, pour se prémunir contre l’infection au virus d’Ebola. Mais, que faire pour compenser les pertes au niveau des chasseurs, des intermédiaires et des vendeurs de viandes prisées de certaines populations ?

Il faudra veiller à une saine utilisation des fonds qui seront mis à la disposition des Etats frappés par le mal. Le passé est à ce sujet suffisamment lourd d’enseignements. Face au SIDA, que n’a-t-on pas vu sur ce continent? La délinquance à tous les étages, impliquant des personnes insignifiantes et des hauts cadres, y compris le sommet de l’Etat. Face à l’épidémie d’Ebola, des dispositions plus rigoureuses doivent être prises. Si Ebola fait des ravages au point d’ébranler l’âme de l’Afrique, il faut éviter que les délinquants à col blanc ne perpétuent continuellement la saignée du continent, en profitant sans vergogne et impunément des efforts de la communauté internationale. L’expérience de fléaux comme celle du SIDA montre qu’en Afrique, une saine gestion des fonds, sur fond de bonne gouvernance politique, est un bon préalable au recul de l’épidémie.

Voir aussi:

PROPAGATION DE LA FIEVRE ROUGE : Ebola ou la désintégration des peuples
C’est le branle-bas de combat dans tous les pays ou presque. Ceux qui sont touchés cherchent les voies et moyens de contenir le virus ; les autres pays prennent des mesures nécessaires pour prévenir une quelconque infection. En plus de la sous-région ouest-africaine où le cap des 1 000 morts d’Ebola a été dépassé, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les Etats-Unis d’Amérique, l’Inde et le Canada font face à la menace Ebola à travers leurs ressortissants vivant dans les pays touchés. Le virus fait des ravages au point d’être classé ennemi public à l’échelle mondiale.

Le Pays

10 août 2014

Pour l’Afrique, la situation est critique

En effet, face à la propagation de la fièvre rouge, la communauté internationale est à présent sur le pied de guerre. L’OMS, au regard de l’ampleur que prend l’épidémie, a estimé que «les conditions d’une urgence de santé publique de portée mondiale sont réunies » et a sonné la mobilisation générale.

Pour l’Afrique particulièrement, la situation est critique. L’état de vétusté des infrastructures sanitaires, la faiblesse des ressources humaines, les problèmes d’hygiène et les traditions funéraires, entre autres, font des pays africains un terreau fertile à la propagation de ce virus. Dans le domaine culturel justement, cette épidémie est en train de détruire l’âme africaine. Les efforts pour contenir les infections commandent, entre autres, une attitude à la limite du rejet des victimes. Les parents et voisins sont invités à éviter de toucher aux corps des personnes ayant succombé, afin d’éviter tout risque de contamination par le virus. Nul doute que cette capacité du virus à se transmettre même après la mort de sa victime, est une cause de panique au sein des populations et cela sape les valeurs légendaires de solidarité africaine de même que des pans de la culture en ce qui concerne le traitement des corps des personnes décédées. Les mesures prises de part et d’autre pour limiter la propagation du virus sont, bien entendu, fort compréhensibles. Les contrôles des passagers dans bien des pays en Afrique de l’Ouest, participent des moyens de contenir l’épidémie. Mais, on peut s’interroger sur l’efficacité de telles mesures. Les frontières en Afrique, faut-il le rappeler, sont très poreuses et il n’est pas évident de pouvoir soumettre à des tests toutes les personnes qui vont d’un pays à un autre. Cela est surtout vrai pour ceux qui voyagent en train, en bus ou par divers autres moyens de déplacement. Ils sont difficiles à passer au scanner des forces de contrôle. C’est le cas notamment des voyageurs qui empruntent de simples pistes et sentiers reliant des pays. Cela dit et loin de jouer les oiseaux de mauvais augure, il est certain que le virus touche déjà bien plus de pays ouest-africains que la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée et le Nigeria. Il ne faut pas se leurrer, le mal touche probablement plus de pays qu’on ne le pense. Et cela n’est pas sans conséquence sur l’intégration des peuples et les activités économiques. En effet, les mesures de riposte ou de prévention prises par la plupart des pays, ont un impact certain sur la libre circulation des personnes. Les entrées étant plus contrôlées aux frontières terrestres ou aériennes des pays, les voyages sont rendus de facto, plus difficiles. De plus, la psychose des contaminations amène des populations à limiter par elles-mêmes leurs déplacements vers d’autres pays, à défaut de les annuler purement et simplement.

La volonté politique et les moyens ne sont pas à la hauteur

En cela, on peut dire que le virus Ebola est un facteur de désintégration des peuples. Et cette désintégration s’accompagne d’une morosité des activités économiques. En témoigne la suspension des liaisons aériennes entre certains pays. L’espoir une fois de plus pourrait venir de l’Occident, notamment de l’Amérique. En tout cas, il est attendu beaucoup du sérum expérimental développé par les Etats-Unis d’Amérique. Il faut croiser les doigts pour que ce vaccin soit le plus rapidement possible, disponible avant 2015, comme initialement prévu et qu’il soit efficace. Certes, on peut se dire qu’il aura fallu que les économies et des vies occidentales soient en danger pour que la réponse s’organise à l’échelle mondiale et que des esquisses de solution voient le jour. Mais ce serait faire un faux procès à l’Occident que de ne voir la situation que sous ce prisme. Les Occidentaux défendent leurs intérêts et c’est, le moins du monde, normal. Il est de bon ton que les Etats-Unis d’Amérique se préoccupent du sort de leurs compatriotes contaminés par un virus de l’autre côté de la planète et cela devrait donner à réfléchir à bien des gouvernants. Car, la vérité c’est que l’Afrique a, une fois de plus, failli. Comme à son habitude, elle aura manqué de prospective. Si non, comment comprendre qu’un virus qui a fait son apparition depuis 1976 et fait jusque-là de nombreuses victimes en Afrique centrale, n’ait pas, près de 40 ans après, encore été pris au sérieux au point qu’il puisse ressurgir et faire autant de victimes ? Comment comprendre que malgré tous les discours sur la souveraineté de l’Afrique, le sort et le salut du continent soient encore entre les mains des mêmes Occidentaux régulièrement conspués ? Que reste-t-il vraiment encore de la fierté des Africains ? Hélas, tout ce qui intéresse vraiment les dirigeants africains, c’est le pouvoir. C’est le moins que l’on puisse dire au regard du fait qu’ils sont incapables de résoudre les problèmes de santé et d’éducation des populations pour ne citer que cela. L’Afrique devrait pouvoir prendre en charge elle-même la recherche dans des domaines où ses intérêts sont en jeu. Elle a la matière grise pour cela. Seulement, l’esprit d’anticipation fait largement défaut. On attend toujours que la situation soit hors de contrôle ou en passe de l’être, pour réagir. De plus, la volonté politique et les moyens ne sont pas à la hauteur pour des pays qui rêvent d’émergence. Il n’y a qu’à observer les parts des budgets réservées à la recherche qui, comme on le sait, sont généralement modiques sous nos tropiques. Pourtant, il est évident que dans la lutte contre le virus Ebola et les autres maladies qui écument le continent, si les chercheurs africains arrivaient à mettre au point des vaccins ou des remèdes dont la qualité scientifique est éprouvée, le reste du monde ne pourrait que s’incliner devant de telles découvertes. C’est dire que le respect et la reconnaissance des autres en matière de recherches scientifiques comme dans bien d’autres domaines, se méritent. Aux Africains donc de se ressaisir, à commencer par leurs dirigeants, pour mériter le respect qu’ils réclament des autres, mais aussi et surtout pour prendre en main eux-mêmes leur destin.

Voir encore:

PROPAGATION DE LA FIEVRE ROUGE : Quand Ebola met à nu les tares des systèmes sanitaires africains
La gouvernance des Etats africains présente beaucoup d’insuffisances. Il n’y a que les personnes de mauvaise foi qui peuvent en douter. Une des illustrations les plus frappantes de ce fait est la situation chaotique dans laquelle se trouvent nos systèmes de santé. En effet, la propagation du virus Ebola a contribué à mettre à nu toute l’étendue de cette triste réalité, qui doit désormais interpeller toutes les consciences. Lorsque l’on fait l’état des lieux, l’on peut avoir des raisons objectives d’être remonté contre nos gouvernants.

Pousdem Pickou

Le Pays
21 août 2014

L’Afrique est en train de payer pour son manque de vision

Les zones d’ombre sont nombreuses. Elles se rapportent notamment à l’insuffisance du personnel soignant qualifié, au niveau rudimentaire des plateaux techniques, à la gestion artisanale des structures de santé, au manque de professionnalisme et de motivation des agents de santé, etc. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi la moindre épidémie peut constituer une véritable épreuve pour les autorités sanitaires. Certes, Ebola n’est pas comme les autres maladies infectieuses, mais la précarité et le dénuement dans lesquels évoluent les systèmes sanitaires de bien des Etats africains, peuvent expliquer en partie sa propagation. Lorsque l’on prend le cas du Libéria qui est l’un des pays le plus touché par le virus, l’on peut tomber des nues de constater que ce pays, qui est indépendant depuis 1847, dispose seulement de 250 médecins, soit un ratio effroyable d’un ou de deux médecins pour 100 000 habitants. Il n’est donc pas étonnant que le pays de William Tolbert ait beaucoup de mal à déployer un personnel qualifié suffisant, pour la prise en charge des personnes infectées et affectées. Que l’on n’aille surtout pas brandir l’insuffisance de moyens financiers pour justifier cet état de fait. En effet, le Libéria regorge d’énormes richesses minières dont l’exploitation judicieuse pourrait permettre au peuple libérien de sortir la tête de l’eau. Malheureusement, ces richesses sont exploitées au profit d’une caste politique qui vit sur un îlot d’opulence, dans un océan de misère et d’indigence indescriptibles. L’exemple du Libéria est celui de la plupart des Etats africains. Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de base des populations en termes d’éducation, de santé, de logement, l’on n’hésite pas en haut lieu à invoquer le manque de moyens financiers et à tendre sans gêne la sébile à la communauté internationale. Par contre, lorsqu’il s’agit de dépenser pour réaliser des activités dont l’intérêt pour les populations n’est pas évident, l’argent est vite mobilisé. Pour revenir à la propagation de la fièvre rouge, l’on a envie de dire que l’Afrique est en train de payer pour son manque de vision. Gouverner, dit-on, c’est prévoir.

Il y a urgence à repenser les systèmes de santé des pays africains

Mais en Afrique, c’est tout le contraire. C’est le pilotage à vue qui est érigé en mode de gouvernance. Lorsque survient la moindre urgence, c’est le sauve-qui-peut, nos Etats donnant l’impression d’être complètement désarmés. D’ailleurs, le fait qui consiste pour les princes qui nous gouvernent de courir, toutes affaires cessantes, en Occident, même pour soigner leurs petits bobos, est un aveu du peu d’intérêt et de crédit qu’ils accordent à nos structures sanitaires et à nos spécialistes de la santé. La tendance est loin d’être inversée. En effet, nos hôpitaux se présentent de plus en plus comme des antichambres de la mort : les urgences médicales sont difficilement assurées, l’encombrement et l’insalubrité crèvent les yeux. Ces réalités laissent de marbre certains gouvernants. C’est dans ce contexte que certains Etats africains poussent l’indécence jusqu’à l’extrême, en parlant d’émergence. Face à un tel ridicule qui consiste à se chatouiller pour rire, l’on a envie de se poser la question suivante : Sacrée Afrique, quand est-ce que tu vas cesser d’être la risée des autres ? Cela dit, aujourd’hui plus jamais, il y a urgence à repenser les systèmes de santé des pays africains. Cela nécessite certes des moyens financiers, mais surtout de l’ingéniosité et de la volonté politique. L’Afrique a certainement des chercheurs de qualité. Mais encore faut-il qu’ils aient le minimum de moyens pour mener leurs recherches. C’est en adoptant de nouvelles résolutions, en termes de bonne gouvernance, que l’on pourra dire que l’Afrique a tiré leçon des ravages que la fièvre rouge est en train de faire sur son sol.

Voir de plus:

L’homme africain et l’histoire

Henri Guaino
Le Monde

26.07.2008

Il y a un an à Dakar, le président de la République française prononçait sa première grande allocution en terre africaine. On sait le débat qu’elle a provoqué. Jamais pourtant un président français n’avait été aussi loin sur l’esclavage et la colonisation : « Il y a eu la traite négrière. Il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité tout entière (…). Jadis les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont eu tort. »

Mais il a voulu rappeler en même temps que, parmi les colons, « il y avait aussi des hommes de bonne volonté (…) qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles (…) ». Il doit beaucoup à Senghor, qui proclamait : « Nous sommes des métis culturels. » C’est sans doute pourquoi il a tant déplu à une certaine intelligentsia africaine qui trouvait Senghor trop francophile. Il ne doit en revanche rien à Hegel. Dommage pour ceux qui ont cru déceler un plagiat. Reste que la tonalité de certaines critiques pose une question : faut-il avoir une couleur de peau particulière pour avoir le droit de parler des problèmes de l’Afrique sans être accusé de racisme ?

A ceux qui l’avaient accusé de racisme à propos de Race et culture (1971), Lévi-Strauss avait répondu : « En banalisant la notion même de racisme, en l’appliquant à tort et à travers, on la vide de son contenu et on risque d’aboutir à un résultat inverse de celui qu’on recherche. Car qu’est-ce que le racisme ? Une doctrine précise (…). Un : une corrélation existe entre le patrimoine génétique d’une part, les aptitudes intellectuelles et les dispositions morales d’autre part. Deux : ce patrimoine génétique est commun à tous les membres de certains groupements humains. Trois : ces groupements appelés « races » peuvent être hiérarchisés en fonction de la qualité de leur patrimoine génétique. Quatre : ces différences autorisent les « races » dites supérieures à commander, exploiter les autres, éventuellement à les détruire. »

Où trouve-t-on une telle doctrine dans le discours de Dakar ? Où est-il question d’une quelconque hiérarchie raciale ? Il est dit, au contraire : « L’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen. » Et « le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, de sa pensée, de sa culture, car pour ce qui est de l’art, de la pensée, de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique ».

Est-ce raciste de dire : « En écoutant Sophocle, l’Afrique a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait cru et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter » ?

Parler de « l’homme africain » était-il raciste ? Mais qui a jamais vu quelqu’un traité de raciste parce qu’il parlait de l’homme européen ? Nul n’ignore la diversité de l’Afrique. A Dakar, le président a dit : « Je veux m’adresser à tous les Africains, qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, la même religion, les mêmes coutumes, la même culture, la même histoire, et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme Africains. »

Chercher ce que les Africains ont en commun n’est pas plus inutile ni plus sot que de chercher ce que les Européens ont en partage. L’anthropologie culturelle est un point de vue aussi intéressant que celui de l’historien sur la réalité du monde.

UN DISCOURS POUR LA JEUNESSE

Revenons un instant sur le passage qui a déchaîné tant de passions et qui dit que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Nulle part il n’est dit que les Africains n’ont pas d’histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l’histoire n’est pas le même d’une époque à une autre, d’une civilisation à l’autre. Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l’emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l’histoire. Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse.

L’homme moderne est angoissé par une histoire dont il est l’acteur et dont il ne connaît pas la suite. Cette conception du temps qui se déploie dans la durée et dans une direction, c’est Rome et le judaïsme qui l’ont expérimentée les premiers. Puis il a fallu des millénaires pour que l’Occident invente l’idéologie du progrès. Cela ne veut pas dire que dans toutes les autres formes de civilisation il n’y a pas eu des progrès, des inventions cumulatives. Mais l’idéologie du progrès telle que nous la connaissons est propre à l’héritage des Lumières.

En 1947, Emmanuel Mounier partait à la rencontre de l’Afrique, et en revenant il écrivit : « Il semble que le temps inférieur de l’Africain soit accordé à un monde sans but, à une durée sans hâte, que son bonheur soit de se laisser couler au fil des jours et non pas de brûler les espaces et les minutes. » Raciste, Mounier ?

A propos du paysan africain, le discours parle d’imaginaire, non de faits historiques. Il ne s’agissait pas de désigner une classe sociale, mais un archétype qui imprègne encore la mentalité des fils et des petits-fils de paysans qui habitent aujourd’hui dans les villes.

L’Afrique est le berceau de l’humanité, et nul n’a oublié ni l’Egypte ni les empires du Ghana et du Mali, ni le royaume du Bénin, ni l’Ethiopie. Mais les grands Etats furent l’exception, dit Braudel, qui ajoute : « L’Afrique noire s’est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur. » Raciste, Braudel ?

L’homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ?

Ce discours ne s’adressait pas aux élites installées, aux notables de l’Afrique. Mais à sa jeunesse qui s’apprête à féconder l’avenir. Et il lui dit : « Vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le coeur et dans l’âme de l’Afrique », la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité vous appartiennent aussi.

L’Afrique n’est pas en dehors du monde. D’elle aussi, il dépend que le monde de demain soit meilleur. Mais l’engagement de l’Afrique dans le monde a besoin d’une volonté africaine, car « la réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes ». Cessons de ressasser le passé et tournons-nous ensemble vers l’avenir. Cet avenir a un nom : l’Eurafrique, et l’Union pour la Méditerranée en est la première étape. Voilà ce que le président de la République a dit en substance à Dakar.

On a beaucoup parlé des critiques, moins de ceux qui ont approuvé, comme le président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki. On n’a pas parlé du livre si sérieux, si honnête d’André Julien Mbem, jeune philosophe originaire du Cameroun. Parlera-t-on du livre si savant à paraître bientôt à Abidjan de Pierre Franklin Tavares, philosophe spécialiste de Hegel, originaire du Cap-Vert ?

L’éditorial du quotidien sénégalais Le Soleil du 9 avril dernier était intitulé : « Et si Sarkozy avait raison ? » Bara Diouf, grande figure du journalisme africain, qui fut l’ami de Cheikh Anta Diop (1923-1986, historien et anthropologue sénégalais), écrivait : « Le siècle qui frappe à notre porte exige notre entrée dans l’histoire contemporaine. »

Raciste, Bara Diouf ou mauvais connaisseur de l’Afrique ?

Toute l’Afrique n’a pas rejeté le discours de Dakar. Encore faut-il le lire avec un peu de bonne foi. On peut en discuter sans mépris, sans insultes. Est-ce trop demander ? Et si nous n’en sommes pas capables, à quoi ressemblera demain notre démocratie ?

Henri Guaino est conseiller spécial du président de la République

Voir encore:

Ebola : « Le risque n’est pas majeur dans les pays développés »
Tatiana Salvan

Libération

17 octobre 2014

INTERVIEW Selon le microbiologiste Jean-Pierre Dedet, les conditions d’une épidémie ne sont pas réunies en Occident. Mais Ebola sera bien l’une des plus grandes épidémies africaines.

Avec l’annonce d’un deuxième cas d’infection par le virus Ebola aux Etats-Unis, l’Occident redoute plus que jamais qu’Ebola ne franchisse les frontières. La France vient d’annoncer la mise en place d’un dispositif de contrôle sanitaire dans les aéroports français. Mais pour Jean-Pierre Dedet, professeur émérite à l’université Montpellier I et microbiologiste, auteur de Epidémies, de la peste noire à la grippe A/H1N1 (2010), l’épidémie d’Ebola restera concentrée en Afrique.

Sur le même sujetLe Sénégal n’est plus touché par Ebola
Selon l’OMS, l’épidémie d’Ebola pourrait faire 10 000 nouveaux cas par semaine. Existe-il un véritable risque de pandémie ?

En Afrique, oui, il y a un risque d’épidémisation, mais je ne pense pas qu’elle puisse s’étendre au reste du monde. Bien sûr, il y aura des cas sporadiques en Occident, on recensera encore quelques personnes contaminées venues d’Afrique, ainsi que quelques cas d’infections survenues au contact de ces malades. Mais cela restera très rare. D’une part, les conditions du cycle de propagation naturelle du virus ne sont pas réunies comme c’est le cas en Afrique, où nous avons un parasite porteur du virus, de fortes concentrations humaines, certains comportements humains ou rites particuliers (comme toucher les morts), des conditions sanitaires défavorables, un certain type d’alimentation, etc. D’autre part, le développement de la médecine occidentale permet de mettre en place des moyens d’action pour éviter une généralisation, avec notamment l’isolement absolu du patient, un strict protocole, des équipements médicaux pointus et le développement de stratégies de détection rapide du virus. Malgré un manque au niveau des traitements à l’heure actuelle, le risque n’est donc pas majeur dans les pays développés, mais Ebola sera l’une des plus grandes épidémies africaines.

Comment situer Ebola par rapport aux autres grandes épidémies ?

Le XXe siècle a marqué le retour des épidémies : dans les années 70, sont apparues les fièvres hémorragiques (dont Ebola); dans les années 80, le VIH; dans les années 90, l’hépatite C; et dans les années 2000, le Sras, la grippe H1N1, le chikungunya, etc. Ces maladies n’ont pas toutes les mêmes caractéristiques épidémiologiques ni la même transmission vectorielle, mais elles se sont propagées à cause d’une série de facteurs, comportementaux et environnementaux. Les échanges, les migrations, les voyages intercontinentaux, mais aussi la pénétration humaine en forêt et la déforestation, qui ont amené les hommes à entrer en contact avec une faune sauvage porteuse d’agents pathogènes, ont favorisé la contamination. Et l’Afrique est un continent qui a un lot considérable d’agents infectieux.

Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’Ebola n’est pas le seul fléau en Afrique. Des études ont montré que ce continent concentre 70% des cas de VIH et 90% des cas de choléra. Et 90% des décès de paludisme surviennent en Afrique. Mais il y a aussi toute une conjonction qui fait que c’est un continent malade. La structure sanitaire y est déficitaire, du fait des régimes instables ou des zones de guerre. C’est aussi un territoire de migration. Et encore une fois, les comportements humains sont souvent responsables de la propagation des virus.

Les fléaux médicaux en Afrique en 2012 comparés à l’épidémie d’Ebola en 2014

L’éducation est donc essentielle pour éviter les épidémies ?

L’éducation en général, et l’éducation sanitaire en particulier, joue un rôle fondamental. De simples gestes d’hygiène permettraient de réduire les fléaux médicaux qui touchent l’Afrique. Par exemple, les diarrhées «normales» tuent chaque année des centaines de milliers d’enfants. Se laver les mains permettrait de réduire de 50% le taux de mortalité.

Peut-on comparer le virus Ebola au VIH ?

Ils ont un point commun : la transmission directe interhumaine. Mais Ebola est plus dangereux dans le sens où tous les émonctoires (l’urine, la salive, le liquide séminal…) sont vecteurs de transmission. Le simple fait de toucher le patient est dangereux, ce qui n’est pas le cas avec le sida. Néanmoins, le sida est une maladie chronique de longue durée, tandis qu’Ebola est une maladie très aiguë, avec un très fort taux de mortalité, très rapide. Avec Ebola, l’épidémisation est donc moins forte.

Cette épidémie peut influencer le mode de fonctionnement de la société africaine ?

J’espère en tout cas qu’Ebola servira de déclencheur pour les différents régimes politiques, qu’ils deviendront plus désireux d’investir l’argent dans un système de santé efficace, sans détourner les fonds. J’espère aussi que cette épidémie va faire prendre conscience aux organisations internationales qu’il faut accorder une aide majeure à l’Afrique, et lui apporter une aide logistique et humaine plus importante. On a commencé, mais c’est encore timide.

Pour ce qui est de la société elle-même, des efforts considérables d’information sont à faire. Mais passé une période d’incompréhension et la recherche de responsables (la population met notamment en cause les pouvoirs politiques), la société pourra peut-être aussi changer beaucoup de comportements.

Voir de même:

Peur
Le virus Ebola alimente les théories du complot
Pierre Haski
Rue 89
03/08/2014

Obama veut imposer une « tyrannie médicale » et des médecins apportent la maladie en Afrique. Voilà les explications qui émergent alors que l’épidémie s’amplifie, et menacent prévention et mesures de précaution.

Une épidémie d’une maladie incurable, mystérieuse, alimente toujours les théories du complot ou les thèses farfelues. Ce fut le cas du sida dans les années 80, avant que le monde devienne -hélas- familier de ce virus ; c’est aujourd’hui le cas d’Ebola, qui sévit en Afrique de l’ouest.

Le rapatriement aux Etats-Unis, samedi, d’un médecin américain contaminé par le virus Ebola, a donné un nouvel élan aux amateurs de complots, jouant avec le risque de prolifération de l’épidémie sur le sol américain.

Le Dr Kent Brantly, qui travaillait au Libéria avec les patients d’Ebola, a été contaminé et rapatrié samedi à Atlanta, où il est arrivé revêtu d’un scaphandre de protection, suffisamment fort pour descendre seul de l’ambulance. Une deuxième américaine contaminée devrait être rapatriée dans les prochains jours, dans les mêmes conditions.

« Complot eugéniste et mondialiste »
Dès samedi, l’un des « complotistes » les plus célèbres des Etats-Unis, Alex Jones, qui débusque le « globaliste » derrière chaque geste de l’administration américaine et a l’oreille du « Tea Party », s’en est ému dans une vidéo sur son site Infowars.com et sur YouTube. Il s’insurge :

« Mesdames, Messieurs, c’est sans précédent pour un gouvernement occidental d’amener une personne atteinte de quelque chose d’aussi mortel qu’Ebola dans leur propre pays. (…) C’est le signe qu’on cherche à susciter la terreur et l’effroi, afin d’imposer une tyrannie médicale encore plus forte. »

Pour ce « guerrier de l’info », comme il se décrit, qui n’a pas moins de 250 000 abonnés à son compte Twitter, le virus ne restera pas confiné à l’hôpital et s’échappera. « Il s’agit d’un gouvernement et d’un système politique qui se moquent des gens », accusant les « eugénistes “ et les ‘mondialistes’ de déployer un scénario catastrophe.

Au même moment, pourtant, les autorités américaines expliquent qu’elles ont ramené le Dr Brantly à Atlanta pour lui donner une chance de survivre, en renforçant ses défenses dans l’espoir qu’il surmonte l’attaque du virus. Le taux de mortalité de cette souche d’Ebola n’est ‘que’ de 60% environ, contre plus de 90% pour d’autres épidémies antérieures en Afrique.

Et ils le font dans l’endroit le plus adapté : Atlanta est le siège du Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis, et de l’un des seuls labos au monde spécialisés dans les virus, un laboratoire de niveau P4, le plus élevé et dans lequel la sécurité est la plus rigoureuse, avec plusieurs sas de décontamination pour s’y déplacer. L’autre labo du même type au monde se trouve … à Lyon.

‘Ebola, Ebola’
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la menace d’Ebola suscite fantasmes et peurs quasi-millénaristes : Adam Nossiter, l’envoyé spécial du New York Times racontait il y a quelques jours de Guinée –l’un des pays les plus touchés par Ebola– comment des villageois ont constitué des groupes d’autodéfense pour empêcher les équipes médicales d’approcher. ‘Partout où elles passent, on voit apparaître la maladie’, dit un jeune Guinéen interdisant l’accès de son village.

Son récit se poursuit :

‘Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes.

C’est très inhabituel, on ne nous fait pas confiance, dit Marc Poncin, coordinateur pour la Guinée de Médecins sans Frontières, le principal groupe luttant contre le virus. Nous ne pouvons pas stopper l’épidémie.’
Le journaliste ajoute que les gens s’enfuient à la vue d’une croix rouge, et crient ‘Ebola, Ebola’ à la vue d’un Occidental. Un homme en train de creuser une tombe pour un patient décédé du virus conclut : ‘nous ne pouvons rien faire, seul Dieu peut nous sauver’.

Sur le site du New Yorker, Richard Preston, auteur d’un livre sur Ebola dont nous avons cité de larges extraits récemment, raconte qu’au Libéria, les malades d’Ebola quittent la capitale, Monrovia, dont le système de santé est dépassé par l’épidémie, et retournent dans leur village d’origine pour consulter des guérisseurs ou simplement rejoindre leurs familles. Au risque de diffuser un peu plus le virus.

Le sida pour ‘décourager les amoureux’
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées.

Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie.

Avec le temps, la connaissance de la maladie et de ses modes de transmission a progressé, même s’il reste de nombreuses inégalités dans les accès aux soins.

Bien que le virus ait été identifié en 1976, il y a près de quatre décennies, les épidémies ont été très localisées, et de brève durée. Elle reste donc peu connue en dehors des spécialistes, et surtout entourée d’une réputation terrifiante : pas de remède, fort taux de mortalité, virus mutant…

Avec retard, la mobilisation internationale se met en place pour contenir l’épidémie apparue en Afrique de l’Ouest. L’information des populations n’est pas la tache la moins importante. Même s’il est probable qu’aucun argument rationnel ne pourra convaincre Alex Jones et ses disciples que l’administration Obama, malgré tous ses défauts, n’est pas en train d’importer Ebola pour quelque projet d’eugénisme au sein de la population américaine…

Voir par ailleurs:

Kissing the Corpses in Ebola Country
Ebola victims are most infectious right after death—which means that West African burial practices, where families touch the bodies, are spreading the disease like wildfire.

Abby Hagelage

The Daily beast
08.13.14

From 8 a.m. to midnight, wearing three pairs of gloves, the young men of Sierra Leone bury Ebola casualities. An activity that’s earned the Red Cross recruits an unwelcome designation: The Dead Body Management Team.

Some days, just one call to collect a newly deceased victim comes in from the Kailahun district. Some days, the team receives nine. The calls from medical professionals at isolation centers are met with relief. These bodies have been quarantined. The infection can—with copious amounts of disinfectant (bleach) and meticulous attention to detail—end there. Once cleaned and sealed in two body bags, the corpse will be driven to a fresh row of graves. In gowns, boots, goggles, and masks, the men will lower the body into a 6-foot grave below. In these burials, safety trumps tradition.

The harder phone calls that the Dead Body Management Team receives, and the more dangerous burials they perform, take place in the communities themselves. Here, they must walk a delicate line between allowing the family to perform goodbye rituals and safeguarding the living from infecting themselves. The washing, touching, and kissing of these bodies—typical in many West African burials—can be deadly. But prohibiting communities from properly honoring their dead ones—and thereby worsening their distrust in medical professionals—can be deadly, too.

Insufficient medical care, shortage of supplies, and lack of money are undoubtedly contributing to an epidemic the World Health Organization has a deemed a “national disaster.” But with a death toll now topping 1,000 in four countries, it’s the battle over dead bodies that is fueling it.

***

In the remains of a deceased victim, Ebola lives on. Tears, saliva, urine, blood—all are inundated with a lethal viral load that threatens to steal any life it touches. Fluids outside the body (and in death, there are many) are highly contagious. According to the World Health Organization, they remain so for at least three days.

Dr. Terry O’Sullivan, director of the Center for Emergency Management and Homeland Security Policy Research, spent three years volunteering in Sierra Leone. He hasn’t witnessed an Ebola outbreak directly, but has watched a hemorrhagic fever overtake the body—which he describes in vivid detail. “Those that have just died are teeming with virus, in all their fluids,” says O’Sullivan. “That is in fact the worst point because their immune systems are failed…they are leaking out of every orifice. They are extremely dangerous.” A passage in the 2004 paper Containing a Haemorrhagic Fever Epidemic published in the International Journal of Infectious Diseases paints an even bleaker picture. Citing two specific studies, the authors suggest that a “high concentration of the virus is secreted on the skin of the dead.”

With fluids seeping out of every body opening, and potentially every pore, it’s no mystery why the burial rituals of West Africa pose such a danger. In a pamphlet on safety methods for treating victims of Ebola, The World Health Organization outlines proper procedures to prevent infection from spreading outward from a deceased Ebola victim. “Be aware of the family’s cultural practices and religious beliefs,” the WHO document reads. “Help the family understand why some practices cannot be done because they place the family or others at risk for exposure…explain to the family that viewing the body is not possible.”

Villagers began running from the ambulances, trying to burn down hospitals, and attacking humanitarian workers.

Telling this to the families of deceased is one thing—making sure they understand is entirely another. In Sierra Leone, a country whose literacy rate in 2013 was just over 35 percent, it’s particularly challenging. In neighboring Guinea and Liberia, two places with similar levels of poverty and illiteracy, education alone isn’t a viable solution either.

It’s a phenomenon O’Sullivan witnessed firsthand in Sierra Leone. “People have no idea how infectious diseases work. They see people go into the hospital sick and come out dead—or never come out at all,” he says. “They think if they can avoid the hospital they can survive.” This mistrust of the medical world seems to be validated when a family is prohibited from honoring the dead, participating in the funeral, or even seeing the body.

Prior Ebola outbreaks in Africa, specifically in Uganda in 2000, have yielded similar reactions among afflicted communities. Dr. Barry Hewlett and Dr. Bonnie Hewlett, the first anthropologist to be invited by WHO to join a medical intervention team, studied the Ugandan Ebola outbreak. In a book cataloging their experience—Ebola, Culture, and Politics: The Anthropology of an Emerging Disease— they explore the dangers of African burial rituals, as well as the dangers of prohibiting them.

In the Ugandan ceremonies the Hewletts witnessed, the sister of the deceased’s father is responsible for bathing, cleaning, and dressing the body in a “favorite outfit.” This task, they write, is “too emotionally painful” for the immediate family. In the event that no aunt exists, a female elder in the community takes this role on. The next step, the mourning, is where the real ceremony takes place. “Funerals are major cultural events that can last for days, depending on the status of the deceased person,” they write. As the women “wail” and the men “dance,” the community takes time to “demonstrate care and respect for the dead.” The more important the person, the longer the mourning. When the ceremony is coming to a close, a common bowl is used for ritual hand-washing, and a final touch or kiss on the face of the corpse (which is known as a “a love touch”) is bestowed on the dead. When the ceremony has concluded, the body is buried on land that directly adjoins the deceased’s house because “the family wants the spirit to be happy and not feel forgotten.”

According to the Hewletts’ analysis, these burial rituals and funerals are a critical way for the community to safely transfer the deceased into the afterlife. Prohibiting families from performing such rites is not only viewed as an affront to the deceased, but as actually putting the family in danger. “In the event of an improper burial, the deceased person’s spirit (tibo) will cause harm and illness to the family,” the Hewletts write. In Sierra Leone, O’Sullivan experienced similar sentiments when proper burials were not performed. “It is tragic. In those countries they feel very strongly about being able to say goodbye to their ancestors. To not be able to have that ritual, or treat them with the respect they traditionally give for those who passed away is very difficult,” says O’Sullivan. “Especially in concert with the fear of the disease in general.”

Worse than stopping burial rites, found the Hewletts, is keeping the body (and the burial) hidden. Barring relatives from seeing the dead in Uganda fueled hostility and fear—leading some communities to believe that medical professionals were keeping the corpses for nefarious purposes. A mass graveyard near an airfield—an attempt to remedy the problem by allowing families to see, but not touch, the graves—didn’t help. Villagers began running from the ambulances, trying to burn down hospitals, and attacking humanitarian workers. They feared the disease—but they feared the medicine even more, as well as the people delivering it.

***

In a July 28 interview with ABC News, Dr. Hilde de Clerck of Doctors Without Borders described resistance from residents in Sierra Leone, who, he says, accused him and his colleagues of bringing the disease to the country. “To control the chain of disease transmission it seems we have to earn the trust of nearly every individual in an affected family,” de Clerck said. It is, in this case, a seemingly impossible feat.

There aren’t enough health-care workers in all of West Africa to ensure that community burials are performed safely. There aren’t enough in the world to convince every family that banning such a burial isn’t the work of the devil. “It’s gotten out of control,” says O’Sullivan of this new outbreak. “So many people involved who have responded to this in the past are completely overwhelmed. They can’t get the messages out.” Until the medical community can win the trust of West Africans, the infected will miss their chance at potentially life-saving medicine.

Without it, their family members will likely face the same fate.

Voir aussi:

 As Ebola epidemic tightens grip, west Africa turns to religion for succour
Fears evangelical churches that hold thousands and services promising ‘healing’ could ignite new chains of transmission

Monica Mark, west Africa correspondent

The Guardian

17 October 2014

Every Sunday since she can remember, Annette Sanoh has attended church in Susan’s Bay, a slum of crowded tin-roofed homes in Freetown. Now as the Ebola epidemic mushrooms in the capital of Sierra Leone, Sanoh has started going to church services almost every night.

“I believe we are all in God’s hands now. Business is bad because of this Ebola problem, so rather than sit at home, I prefer to go to church and pray because I don’t know what else we can do,” said Sanoh, a market trader. At the church she attends, a small building jammed between a hairdresser’s and two homes, she first washes her hands in a bucket of chlorinated water before joining hands with fellow church members as they pray together.

“We pray Ebola will not be our portion and we pray for hope,” said Sanoh, as the disease this week reached the last remaining district that hadn’t yet recorded a case.

By any measure, West Africa is deeply religious and the region is home to some of the world’s fastest-growing Muslim and Christian populations. Posters and banners strewn across the city are constant reminders of the hope many find in spirituality amid a fearful and increasingly desperate situation. In one supermarket, a notice asking customers to pray for Ebola to end was taped on to a fridge full of butter. It urged Muslims to recite the alfathia; Christians, Our Father; and Hindus Namaste. “For non-believers, please believe in God. Amen, Amina,” it finished.

But officials have fretted about the impact of influential spiritual leaders, worrying that evangelical churches which sometimes hold thousands of faithful and services promising “healing” could ignite new chains of transmission.

As the outbreak races into its eleventh month, leaving behind almost 4,500 dead across Guinea, Liberia and Sierra Leone, experts have warned that an influx of international aid can only contain the epidemic alongside other measures in communities.

“Control of transmission of Ebola in the community, that’s going to be the key for controlling this epidemic,” said Professor Peter Piot, director of the London School of Hygiene and Tropical Medicine, speaking at Oxford University on Thursday.

“Will it be possible without the vaccine? We really don’t know, because it supposes a massive behavioural change in the community; behavioural change about funeral rites, so people don’t touch dead bodies any longer, in carers, as people could be infected while transporting someone to a hospital.”

But there are signs that messages are filtering through. Some churches are playing a critical role in educating their congregations about the disease, which is spread through direct contact with body fluids of those already showing symptoms.

In Liberia, pastor Amos Teah, said once full pews were now largely empty as members feared gathering in crowds, while he has changed the way he conducts his Methodist church services.

“These days we go to church, we sing, but we no longer carry out the tradition of passing the peace. We no longer shake hands. We are even thinking about using spoons to serve communion … to drop the bread into a person’s palm, avoiding all contacts with that person. The church has placed strong emphasis on prevention,” he said.

Among other changes, women no longer wore veils to church, as they were often shared among churchgoers.

In Guinea, an 85% Muslim country, Abou Fofana said he had stopped going to mosque for another reason. “Even though I survived Ebola, nobody wants to come near me. Even my children have faced problems as a result.”

He said he still continued to pray at home. Like many survivors, he credits his faith in helping him pull through.

At the MSF centre in Sierra Leone’s forested interior of Kailahun, Malcolm Hugo, a psychologist, said he hadn’t been able to find an imam willing to visit the centre. So the church services are “mainly filled with Muslims attending,” said Hugo, one particularly bad afternoon in which several children had died.

Health experts and officials warn that the longer the epidemic is left unchecked, the greater the risk of it spreading to other countries in a region where families extend across porous borders.

However, in one piece of rare good news, the UN health agency officially declared an end on Friday to the Ebola outbreak in Senegal. The WHO commended the country on its “diligence to end the transmission of the virus,” citing Senegal’s quick and thorough response.

A case of Ebola in Senegal was confirmed on 29 August in a young man who had travelled by road to Dakar from Guinea, where he had direct contact with an Ebola patient. By 5 September laboratory samples from the patient tested negative, indicating that he had recovered from Ebola. The declaration from WHO came because Senegal made it past the 42-day mark, which is twice the maximum incubation period for Ebola, without detecting more such cases.

“Senegal’s response is a good example of what to do when faced with an imported case of Ebola,” the WHO said in a statement. “The government’s response plan included identifying and monitoring 74 close contacts of the patient, prompt testing of all suspected cases, stepped-up surveillance at the country’s many entry points and nationwide public awareness campaigns.”

“While the outbreak is now officially over, Senegal’s geographical position makes the country vulnerable to additional imported cases of Ebola virus disease,” WHO said.

Additional reporting by Wade Williams in Monrovia

Voir également:

Why foreign aid and Africa don’t mix
Robert Calderisi, Special to CNN
August 18, 2010

Editor’s note: Robert Calderisi has 30 years of professional experience in international development, including senior positions at the World Bank. He is the author of « The Trouble with Africa: Why Foreign Aid Isn’t Working. » He writes for CNN as part of Africa 50, a special coverage looking at 17 African nations marking 50 years of independence this year.

Friday, Charles Abugre of the UN Millennium Campaign writes for CNN about why aid is important for Africa and how it can be made more effective.

(CNN) — I once asked a president of the Central African Republic, Ange-Félix Patassé, to give up a personal monopoly he held on the distribution of refined oil products in his country.

He was unapologetic. « Do you expect me to lose money in the service of my people? » he replied.

That, in a nutshell, has been the problem of Africa. Very few African governments have been on the same wavelength as Western providers of aid.

Aid, by itself, has never developed anything, but where it has been allied to good public policy, sound economic management, and a strong determination to battle poverty, it has made an enormous difference in countries like India, Indonesia, and even China.

Those examples illustrate another lesson of aid. Where it works, it represents only a very small share of the total resources devoted to improving roads, schools, heath services, and other things essential for raising incomes.

Aid must not overwhelm or displace local efforts; instead, it must settle with being the junior partner.

Because of Africa’s needs, and the stubborn nature of its poverty, the continent has attracted far too much aid and far too much interfering by outsiders.

From the start, Western governments tried hard to work with public agencies, but fairly soon ran up against the obvious limitations of capacity and seriousness of African states.

Early solutions were to pour in « technical assistance, » i.e. foreign advisers who stayed on for years, or to try « enclave » or turn-key projects that would be independent of government action.

More recently, Western agencies have worked with non-government organizations or the private sector. Or, making a virtue of necessity, they have poured large amounts of their assistance directly into government budgets, citing the need for « simplicity » and respect for local « sovereignty. »

Through all of this, the development challenge was always on somebody else’s shoulders and governments have been eager receivers, rather than clear-headed managers of Western generosity.

In the last 20 years, some states — like Ghana, Uganda, Tanzania, Mozambique, and Mali — have broken the mould, recognized the importance of taking charge, and tried to use aid more strategically and efficiently. Some commentators would add Benin, Zambia, and Rwanda to that list.

But most African governments remain stuck in a culture of dependence or indifference. There are still too many dictators in Africa (six have been in office for more than 25 years) and many elected leaders behave no differently.

In Zambia last year, journalist Chansa Kabwela sent photographs of a woman giving birth on the street outside a major hospital (where she had been refused admission) to the president’s office, hoping he would look into why this had happened.

Instead, the president, Rupiah Banda, ordered the journalist prosecuted for promoting pornography. She was later acquitted.

Government callousness is one thing. Discouraging investors is even worse. No aid professional ever suggested that outside help was more important than private effort; on the contrary, foreign aid was intended to help lay the foundations for greater public confidence and private savings and investment.

Few economists thought that aid would create wealth, although most hoped that it would help distribute the benefits of growth more evenly. It was plain that institutions, policy, and individual effort were more important than money.

So, where — despite decades of aid — the conditions for private savings and investment are still forbidding, it is high time we ask ourselves why we are still trying to improve them.

The Blair Commission Report on Africa in 2005 reported that 70,000 trained professionals leave Africa every year, and until they — and the 40 percent of the continent’s savings that are held abroad — start coming home, we need to use aid more restrictively.

An obvious solution is to focus aid on the small number of countries that are trying seriously to fight poverty and corruption. Other countries will need to wait — or settle with only small amounts of aid — until their politics or policies or attitudes to the private sector are more promising.

We should also consider introducing incentives for countries to match outside assistance with greater progress in raising local funds.

President Obama is being criticized for increasing U.S. contributions to the international fight against HIV/AIDS by only two percent, with the result that people in Uganda are already being turned away from clinics and condemned to die.

When challenged, U.S. officials have had a fairly solid answer. Uganda has recently discovered oil and gas deposits but has gone on a spending spree, reportedly ordering fighter planes worth $300 million from Russia, according to a recent report in the New York Times.

Does a government that shows such wanton disregard for common sense or even good taste really have the moral basis for insisting on more help with AIDS?

We must not be distracted by recent news of Africa’s « spectacular » growth and its sudden attractiveness to private investment. Some basic things are changing on the continent, with real effects for the future; above all, Africans are speaking out and refusing to accept tired excuses from their governments.

But the truth is that most of Africa’s growth — based on oil and mineral exports — has not made a whit of difference to the lives of most Africans.

Political freedoms shrank on the continent last year, according to the U.S.-based Freedom House index.

A quarter of school-age children are still not enrolled, according to World Bank statistics; many of those that are, are receiving a very mediocre education. And agricultural productivity — the key to reducing poverty — is essentially stagnant.

The really good news is likely to stay local and seep out in small doses, until it eventually overwhelms the inertia and indifference of governments.

Five years ago, Kenya managed to double its tax revenues because a former businessman, appointed to head the national revenue agency, took a hatchet to the dishonest practices of many tax collectors. He had every reason to do so. Only five percent of Kenya’s budget comes from foreign aid, compared with 40 percent in neighboring countries.

This is a good example of the sometimes-perverse effects of aid, but also of the importance of imagination and individual initiative in promoting a better life for Africans.

The opinions expressed in this commentary are solely those of Robert Calderisi.

Development aid to Africa
Top 10 « official development assistance » recipients in 2008:

1 Ethiopia $3.327 billion
2 Sudan $2.384 billion
3 Tanzania $2.331 billion
4 Mozambique $1.9994 billion
5 Uganda $1.657 billion
6 DR Cong $1.610 billion
7 Kenya $1.360 billion
8 Egypt $1.348 billion
9 Ghana $1.293 billion
10 Nigeria $1.290 billion

Net official development assistance to Africa in 2008: $44 billion.

Source: Organization for Economic Co-operation and Development.

Voir encore:

Why Foreign Aid Is Hurting Africa
Money from rich countries has trapped many African nations in a cycle of corruption, slower economic growth and poverty. Cutting off the flow would be far more beneficial, says Dambisa Moyo.
Dambisa Moyo
WSJ

March 21, 2009

A month ago I visited Kibera, the largest slum in Africa. This suburb of Nairobi, the capital of Kenya, is home to more than one million people, who eke out a living in an area of about one square mile — roughly 75% the size of New York’s Central Park. It is a sea of aluminum and cardboard shacks that forgotten families call home. The idea of a slum conjures up an image of children playing amidst piles of garbage, with no running water and the rank, rife stench of sewage. Kibera does not disappoint.

What is incredibly disappointing is the fact that just a few yards from Kibera stands the headquarters of the United Nations’ agency for human settlements which, with an annual budget of millions of dollars, is mandated to « promote socially and environmentally sustainable towns and cities with the goal of providing adequate shelter for all. » Kibera festers in Kenya, a country that has one of the highest ratios of development workers per capita. This is also the country where in 2004, British envoy Sir Edward Clay apologized for underestimating the scale of government corruption and failing to speak out earlier.

Giving alms to Africa remains one of the biggest ideas of our time — millions march for it, governments are judged by it, celebrities proselytize the need for it. Calls for more aid to Africa are growing louder, with advocates pushing for doubling the roughly $50 billion of international assistance that already goes to Africa each year.

Yet evidence overwhelmingly demonstrates that aid to Africa has made the poor poorer, and the growth slower. The insidious aid culture has left African countries more debt-laden, more inflation-prone, more vulnerable to the vagaries of the currency markets and more unattractive to higher-quality investment. It’s increased the risk of civil conflict and unrest (the fact that over 60% of sub-Saharan Africa’s population is under the age of 24 with few economic prospects is a cause for worry). Aid is an unmitigated political, economic and humanitarian disaster.

Few will deny that there is a clear moral imperative for humanitarian and charity-based aid to step in when necessary, such as during the 2004 tsunami in Asia. Nevertheless, it’s worth reminding ourselves what emergency and charity-based aid can and cannot do. Aid-supported scholarships have certainly helped send African girls to school (never mind that they won’t be able to find a job in their own countries once they have graduated). This kind of aid can provide band-aid solutions to alleviate immediate suffering, but by its very nature cannot be the platform for long-term sustainable growth.

Whatever its strengths and weaknesses, such charity-based aid is relatively small beer when compared to the sea of money that floods Africa each year in government-to-government aid or aid from large development institutions such as the World Bank.

Over the past 60 years at least $1 trillion of development-related aid has been transferred from rich countries to Africa. Yet real per-capita income today is lower than it was in the 1970s, and more than 50% of the population — over 350 million people — live on less than a dollar a day, a figure that has nearly doubled in two decades.

Even after the very aggressive debt-relief campaigns in the 1990s, African countries still pay close to $20 billion in debt repayments per annum, a stark reminder that aid is not free. In order to keep the system going, debt is repaid at the expense of African education and health care. Well-meaning calls to cancel debt mean little when the cancellation is met with the fresh infusion of aid, and the vicious cycle starts up once again.

In Zambia, former President Frederick Chiluba (with wife Regina in November 2008) has been charged with theft of state funds. AFP/Getty Images
In 2005, just weeks ahead of a G8 conference that had Africa at the top of its agenda, the International Monetary Fund published a report entitled « Aid Will Not Lift Growth in Africa. » The report cautioned that governments, donors and campaigners should be more modest in their claims that increased aid will solve Africa’s problems. Despite such comments, no serious efforts have been made to wean Africa off this debilitating drug.

The most obvious criticism of aid is its links to rampant corruption. Aid flows destined to help the average African end up supporting bloated bureaucracies in the form of the poor-country governments and donor-funded non-governmental organizations. In a hearing before the U.S. Senate Committee on Foreign Relations in May 2004, Jeffrey Winters, a professor at Northwestern University, argued that the World Bank had participated in the corruption of roughly $100 billion of its loan funds intended for development.

As recently as 2002, the African Union, an organization of African nations, estimated that corruption was costing the continent $150 billion a year, as international donors were apparently turning a blind eye to the simple fact that aid money was inadvertently fueling graft. With few or no strings attached, it has been all too easy for the funds to be used for anything, save the developmental purpose for which they were intended.

In Zaire — known today as the Democratic Republic of Congo — Irwin Blumenthal (whom the IMF had appointed to a post in the country’s central bank) warned in 1978 that the system was so corrupt that there was « no (repeat, no) prospect for Zaire’s creditors to get their money back. » Still, the IMF soon gave the country the largest loan it had ever given an African nation. According to corruption watchdog agency Transparency International, Mobutu Sese Seko, Zaire’s president from 1965 to 1997, is reputed to have stolen at least $5 billion from the country.

It’s scarcely better today. A month ago, Malawi’s former President Bakili Muluzi was charged with embezzling aid money worth $12 million. Zambia’s former President Frederick Chiluba (a development darling during his 1991 to 2001 tenure) remains embroiled in a court case that has revealed millions of dollars frittered away from health, education and infrastructure toward his personal cash dispenser. Yet the aid keeps on coming.

A nascent economy needs a transparent and accountable government and an efficient civil service to help meet social needs. Its people need jobs and a belief in their country’s future. A surfeit of aid has been shown to be unable to help achieve these goals.

A constant stream of « free » money is a perfect way to keep an inefficient or simply bad government in power. As aid flows in, there is nothing more for the government to do — it doesn’t need to raise taxes, and as long as it pays the army, it doesn’t have to take account of its disgruntled citizens. No matter that its citizens are disenfranchised (as with no taxation there can be no representation). All the government really needs to do is to court and cater to its foreign donors to stay in power.

Stuck in an aid world of no incentives, there is no reason for governments to seek other, better, more transparent ways of raising development finance (such as accessing the bond market, despite how hard that might be). The aid system encourages poor-country governments to pick up the phone and ask the donor agencies for next capital infusion. It is no wonder that across Africa, over 70% of the public purse comes from foreign aid.

In Ethiopia, where aid constitutes more than 90% of the government budget, a mere 2% of the country’s population has access to mobile phones. (The African country average is around 30%.) Might it not be preferable for the government to earn money by selling its mobile phone license, thereby generating much-needed development income and also providing its citizens with telephone service that could, in turn, spur economic activity?

Look what has happened in Ghana, a country where after decades of military rule brought about by a coup, a pro-market government has yielded encouraging developments. Farmers and fishermen now use mobile phones to communicate with their agents and customers across the country to find out where prices are most competitive. This translates into numerous opportunities for self-sustainability and income generation — which, with encouragement, could be easily replicated across the continent.

To advance a country’s economic prospects, governments need efficient civil service. But civil service is naturally prone to bureaucracy, and there is always the incipient danger of self-serving cronyism and the desire to bind citizens in endless, time-consuming red tape. What aid does is to make that danger a grim reality. This helps to explain why doing business across much of Africa is a nightmare. In Cameroon, it takes a potential investor around 426 days to perform 15 procedures to gain a business license. What entrepreneur wants to spend 119 days filling out forms to start a business in Angola? He’s much more likely to consider the U.S. (40 days and 19 procedures) or South Korea (17 days and 10 procedures).

Even what may appear as a benign intervention on the surface can have damning consequences. Say there is a mosquito-net maker in small-town Africa. Say he employs 10 people who together manufacture 500 nets a week. Typically, these 10 employees support upward of 15 relatives each. A Western government-inspired program generously supplies the affected region with 100,000 free mosquito nets. This promptly puts the mosquito net manufacturer out of business, and now his 10 employees can no longer support their 150 dependents. In a couple of years, most of the donated nets will be torn and useless, but now there is no mosquito net maker to go to. They’ll have to get more aid. And African governments once again get to abdicate their responsibilities.

In a similar vein has been the approach to food aid, which historically has done little to support African farmers. Under the auspices of the U.S. Food for Peace program, each year millions of dollars are used to buy American-grown food that has to then be shipped across oceans. One wonders how a system of flooding foreign markets with American food, which puts local farmers out of business, actually helps better Africa. A better strategy would be to use aid money to buy food from farmers within the country, and then distribute that food to the local citizens in need.

Then there is the issue of « Dutch disease, » a term that describes how large inflows of money can kill off a country’s export sector, by driving up home prices and thus making their goods too expensive for export. Aid has the same effect. Large dollar-denominated aid windfalls that envelop fragile developing economies cause the domestic currency to strengthen against foreign currencies. This is catastrophic for jobs in the poor country where people’s livelihoods depend on being relatively competitive in the global market.

To fight aid-induced inflation, countries have to issue bonds to soak up the subsequent glut of money swamping the economy. In 2005, for example, Uganda was forced to issue such bonds to mop up excess liquidity to the tune of $700 million. The interest payments alone on this were a staggering $110 million, to be paid annually.

The stigma associated with countries relying on aid should also not be underestimated or ignored. It is the rare investor that wants to risk money in a country that is unable to stand on its own feet and manage its own affairs in a sustainable way.

Africa remains the most unstable continent in the world, beset by civil strife and war. Since 1996, 11 countries have been embroiled in civil wars. According to the Stockholm International Peace Research Institute, in the 1990s, Africa had more wars than the rest of the world combined. Although my country, Zambia, has not had the unfortunate experience of an outright civil war, growing up I experienced first-hand the discomfort of living under curfew (where everyone had to be in their homes between 6 p.m. and 6 a.m., which meant racing from work and school) and faced the fear of the uncertain outcomes of an attempted coup in 1991 — sadly, experiences not uncommon to many Africans.

Civil clashes are often motivated by the knowledge that by seizing the seat of power, the victor gains virtually unfettered access to the package of aid that comes with it. In the last few months alone, there have been at least three political upheavals across the continent, in Mauritania, Guinea and Guinea Bissau (each of which remains reliant on foreign aid). Madagascar’s government was just overthrown in a coup this past week. The ongoing political volatility across the continent serves as a reminder that aid-financed efforts to force-feed democracy to economies facing ever-growing poverty and difficult economic prospects remain, at best, precariously vulnerable. Long-term political success can only be achieved once a solid economic trajectory has been established.

“ The 1970s were an exciting time to be African. Many of our nations had just achieved independence, and with that came a deep sense of dignity, self-respect and hope for the future. ”

Proponents of aid are quick to argue that the $13 billion ($100 billion in today’s terms) aid of the post-World War II Marshall Plan helped pull back a broken Europe from the brink of an economic abyss, and that aid could work, and would work, if Africa had a good policy environment.

The aid advocates skirt over the point that the Marshall Plan interventions were short, sharp and finite, unlike the open-ended commitments which imbue governments with a sense of entitlement rather than encouraging innovation. And aid supporters spend little time addressing the mystery of why a country in good working order would seek aid rather than other, better forms of financing. No country has ever achieved economic success by depending on aid to the degree that many African countries do.

The good news is we know what works; what delivers growth and reduces poverty. We know that economies that rely on open-ended commitments of aid almost universally fail, and those that do not depend on aid succeed. The latter is true for economically successful countries such as China and India, and even closer to home, in South Africa and Botswana. Their strategy of development finance emphasizes the important role of entrepreneurship and markets over a staid aid-system of development that preaches hand-outs.

African countries could start by issuing bonds to raise cash. To be sure, the traditional capital markets of the U.S. and Europe remain challenging. However, African countries could explore opportunities to raise capital in more non-traditional markets such as the Middle East and China (whose foreign exchange reserves are more than $4 trillion). Moreover, the current market malaise provides an opening for African countries to focus on acquiring credit ratings (a prerequisite to accessing the bond markets), and preparing themselves for the time when the capital markets return to some semblance of normalcy.

Governments need to attract more foreign direct investment by creating attractive tax structures and reducing the red tape and complex regulations for businesses. African nations should also focus on increasing trade; China is one promising partner. And Western countries can help by cutting off the cycle of giving something for nothing. It’s time for a change.

Dambisa Moyo, a former economist at Goldman Sachs, is the author of « Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa. »

Corrections & Amplifications

In the African nations of Burkina Faso, Rwanda, Somalia, Mali, Chad, Mauritania and Sierra Leone from 1970 to 2002, over 70% of total government spending came from foreign aid, according to figures from the World Bank. This essay on foreign aid to Africa incorrectly said that 70% of government spending throughout Africa comes from foreign aid.

Voir de même:

This Is Why Americans Are Donating Less To Fight Ebola Than Other Recent Disasters
Associated Press
10/16/2014

NEW YORK (AP) — Individual Americans, rich or not, donated generously in response to many recent international disasters, including the 2010 earthquake in Haiti and last year’s Typhoon Haiyan in the Philippines. The response to the Ebola epidemic is far less robust, and experts are wondering why.

There have been some huge gifts from American billionaires — $50 million from the Bill & Melinda Gates Foundation, $11.9 million from Microsoft co-founder Paul Allen’s foundation, and a $25 million gift this week from Facebook CEO Mark Zuckerberg and his wife, Priscilla Chan. Their beneficiaries included the Centers for Disease Control and Prevention, the World Health Organization and the U.S. Fund for UNICEF.

But the flow of smaller donations has been relatively modest.

The American Red Cross, for example, received a $2.8 million share of Allen’s donations. But Jana Sweeny, the charity’s director of international communications, said that’s been supplemented by only about $100,000 in gifts from other donors. By comparison, the Red Cross received more than $85 million in response to Typhoon Haiyan.

« After the typhoon, we got flooded with calls asking, ‘How do I give?' » Sweeny said. « With this (Ebola), we’re not getting those kinds of requests. »

Why the difference? For starters, it’s been evident that national governments will need to shoulder the bulk of the financial burden in combatting Ebola, particularly as its ripple effects are increasingly felt beyond the epicenter in West Africa.

Regine A. Webster of the Center for Disaster Philanthropy, which advises nonprofits on disaster response strategies, said the epidemic blurred the lines in terms of the categories that guide some big donors.

« This is a confusing issue for the private donor community — is it a disaster, or a health problem? » Webster said. « Institutions and individuals have been quite slow to respond. »

Officials at InterAction, an umbrella group for U.S. relief agencies active abroad, see other intangible factors at work, including the video and photographic images emerging from West Africa. Joel Charny, InterAction’s vice president for humanitarian policy, said it was clear from the imagery out of Haiti and the Philippines that donations could help rebuild shattered homes and schools, while the images of Ebola are more frightening and less conducive to envisioning a happy ending.

« People give when they see that there’s a plausible solution, » Charny said. « They can say, ‘If I give my $50 or $200, it’s going to translate in some tangible way into relieving suffering.’ … That makes them feel good. »

« With Ebola, there’s kind of a fear factor, » he said. « Even competent agencies are feeling somewhat overwhelmed, and the nature of the disease — being so awful — makes it hard for people to engage. »

Gary Shaye, senior director for emergency operations with Save The Children, suggested that donors were moved to help after recent typhoons, tsunamis and earthquakes because of huge death tolls reported in the first wave of news reports. The Ebola death toll, in contrast, has been rising alarmingly but gradually over several months.

Like other organizations fighting Ebola, Save the Children is trying to convey to donors that it urgently needs private gifts — cherished because they can be used flexibly — regardless of how much government funding is committed.

« We need both — it’s not either/or, » said Shaye. He said Save the Children was particularly reliant on private funding to underwrite child-protection work in the three worst-hit countries — Guinea, Liberia and Sierra Leone — where many children have been isolated and stigmatized after their parents or other relatives got Ebola.

By last count, Shaye said, Save the Children had collected about $500,000 in private gifts earmarked for the Ebola crisis.

« We’re proud that we raised $500,000 — but we’re talking about millions in needs that we will have, » he said.

Another group working on the front lines in West Africa is the Los Angeles-based International Medical Corps, which runs a treatment center in Liberia and plans to open one soon in Sierra Leone.

Rebecca Milner, a vice president of the corps, said it had been a struggle to raise awareness when Ebola-related fundraising efforts began in earnest in midsummer.

« It took a while before people began to respond, but now there’s definitely increased concern, » she said.

Thus far, Milner said, gifts and pledges earmarked for the Ebola response have totaled about $2.5 million — compared with about $6 million that her organization received in the first three months after the Haiti earthquake.

Among the groups most heartened by donor response is Doctors without Borders, which is widely credited with mounting the most extensive operations of any non-governmental organization in the Ebola-stricken region.

Thomas Kurmann, director of development for the organization’s U.S. branch, said American donors had given $7 million earmarked for the Ebola response, a portion of the roughly $40 million donated worldwide.

« It’s very good news, » Kurmann said. « There’s been significantly increased interest in the past three months. »

Doctors Without Borders said this week that 16 of its staff members have been infected with Ebola and nine have died.

A smaller nonprofit, North Carolina-based SIM USA, found itself in the headlines in August and September, when two of its American health workers were infected with Ebola in Liberia. Both survived.

SIM’s vice president for finance and operations, George Salloum, said the missionary organization — which typically gets $50 million a year in donations — received several hundred thousand dollars in gifts specifically linked to those Ebola developments.

Even as the crisis worsens, Salloum said nonprofits active in the Ebola zone need to be thinking long-term.

« At some point, we’ll be beyond the epidemic, » he said. « Then the challenge will be how to deal with the aftermath, when thousands of people have been killed. What about the elders, the children? There will be a lot of work for years. »

Support UNICEF’s efforts to combat Ebola through the fundraising widget below.

Voir enfin:

‘SNL’ Has One of the Year’s Most Surprisingly Sharp Critiques of Poverty Aid in Africa
Zak Cheney-Rice

Mic

October 15, 2014

Saturday Night Live still manages to surprise once in a while. The long-running sketch comedy show has drawn criticism for its lack of diversity and questionable joke decisions of late, but this past weekend saw its satirical gears in rare form:

The sketch features guest host Bill Hader as Charles Daniels, a soft-voiced, thick-bearded incarnation of a common late night infomercial trope, the philanthropy fund spokesperson. The clip opens with shots of an unnamed African village, where residents pass the time by gazing longingly into the camera and dolefully stirring pots of stew.

« For only 39 cents a day, » Daniels says to his viewers, « you can provide water, food and medicine for these people … That’s less than a small cup of coffee. »

« Ask for more, » whispers a villager played by Jay Pharoah. « Why you starting so low? »

So begins a three-minute interrogation around why this « cheap-ass white man » is asking for so little money — « [the] number has been decided by very educated and caring people, » Daniels claims — and more importantly, why he thinks throwing money at this problem will solve it in the first place.

The sketch ends with Daniels’ implied abduction, along with demands for a larger sum in exchange for his release. The question of where he’s getting a 39-cent cup of coffee remains unanswered.

While it’s unclear why the black performers are talking like they’re in a Good Times parody, the sketch brings up some valid political points. For one, the long-term effectiveness of foreign aid has been questioned for years, with critics at outlets ranging from CNN to the Wall Street Journal claiming it can foster a relationship of « dependence » while ultimately providing cosmetic solutions that fail to address systemic issues.

Even CARE, one of the biggest charities in the world, rejected $45 million a year in federal funding in 2007 because American food aid was so « plagued with inefficiencies » as to be detrimental, according to the New York Times (by the same token, many such organizations disagree).

SNL illustrates this perfectly when Daniels implies the villagers are ungrateful when they ask for more. « You know, for a starving village, you people have a lot of energy, » he says.

The sketch also touches on monolithic Western views of African diversity: When the villagers ask Daniels which country he thinks he’s in, he simply responds, « Africa. »

Considering SNL’s less than sterling record on racial humor, the overall pointedness of this skit is a pleasant surprise. Best-case scenario, it indicates that producer Lorne Michaels’ recent emphasis on casting and writer diversity is incrementally starting to pay dividends.


Hamas: De même que pour toutes les terres conquises par l’islam (For the Hamas, Palestine is an Islamic Waqf throughout all generations and to the Day of Resurrection as long as Heaven and earth last)

3 août, 2014
Le roi de Moab, voyant qu’il avait le dessous dans le combat, prit avec lui sept cents hommes tirant l’épée pour se frayer un passage jusqu’au roi d’Édom; mais ils ne purent pas. Il prit alors son fils premier-né, qui devait régner à sa place, et il l’offrit en holocauste sur la muraille. Et une grande indignation s’empara d’Israël, qui s’éloigna du roi de Moab et retourna dans son pays. 2 Rois 3: 26-27
Le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Charte du Hamas (article 7)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ? Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia, et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’islam et devenues terres de Waqf dès leur conquête, pour être consacrées à toutes les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Il en est ainsi depuis que les chefs des armées islamiques ont conquis les terres de Syrie et d’Irak et ont demandé au Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, s’ils devaient partager ces terres entre les soldats ou les laisser à leurs propriétaires. Suite à des consultations et des discussions entre le Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, et les compagnons du Prophète, Allah le bénisse, il fut décidé que la terre soit laissée à ses propriétaires pour qu’ils profitent de ses fruits. Cependant, la propriété véritable et la terre même doit être consacrée aux seuls musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Ceux qui se trouvent sur ces terres peuvent uniquement profiter de ses fruits. Ce waqf persiste tant que le Ciel et la Terre existent. Toute procédure en contradiction avec la Charia islamique en ce qui concerne la Palestine est nulle et non avenue.« C’est la vérité infaillible. Célèbre le nom d’Allah le Très-Haut » (Coran, LVI, 95-96). Charte du Hamas (article 11)
The Jews are the most despicable and contemptible nation to crawl upon the face of the Earth, because they have displayed hostility to Allah. Allah will kill the Jews in the hell of the world to come, just like they killed the believers in the hell of this world. Atallah Abu al-Subh (former Hamas minister of culture, 2011)
Right now, Israel is much more powerful than Hezbollah and Hamas. Let’s say tomorrow this was reversed. Let’s say Hamas had the firepower of Israel and Israel had the firepower of Hamas. What do you think would happen to Israel were the balance of power reversed? David Wolpe (rabbi of Los Angeles Sinai Temple)
The truth is that there is an obvious, undeniable, and hugely consequential moral difference between Israel and her enemies. The Israelis are surrounded by people who have explicitly genocidal intentions towards them. The charter of Hamas is explicitly genocidal. It looks forward to a time, based on Koranic prophesy, when the earth itself will cry out for Jewish blood, where the trees and the stones will say “O Muslim, there’s a Jew hiding behind me. Come and kill him.” This is a political document. We are talking about a government that was voted into power by a majority of Palestinians. (…) The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking. Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that itshould have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews. And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. And this is something I discussed in The End of Faith. To see this moral difference, you have to ask what each side would do if they had the power to do it. What would the Jews do to the Palestinians if they could do anything they wanted? Well, we know the answer to that question, because they can do more or less anything they want. The Israeli army could kill everyone in Gaza tomorrow. So what does that mean? Well, it means that, when they drop a bomb on a beach and kill four Palestinian children, as happened last week, this is almost certainly an accident. They’re not targeting children. They could target as many children as they want. Every time a Palestinian child dies, Israel edges ever closer to becoming an international pariah. So the Israelis take great pains not to kill children and other noncombatants. (…)What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas. And again, the charter of their government in Gaza explicitly tells us that they want to annihilate the Jews—not just in Israel but everywhere.(…) The truth is that everything you need to know about the moral imbalance between Israel and her enemies can be understood on the topic of human shields. Who uses human shields? Well, Hamas certainly does. They shoot their rockets from residential neighborhoods, from beside schools, and hospitals, and mosques. Muslims in other recent conflicts, in Iraq and elsewhere, have also used human shields. They have laid their rifles on the shoulders of their own children and shot from behind their bodies. Consider the moral difference between using human shields and being deterred by them. That is the difference we’re talking about. The Israelis and other Western powers are deterred, however imperfectly, by the Muslim use of human shields in these conflicts, as we should be. It is morally abhorrent to kill noncombatants if you can avoid it. It’s certainly abhorrent to shoot through the bodies of children to get at your adversary. But take a moment to reflect on how contemptible this behavior is. And understand how cynical it is. The Muslims are acting on the assumption—the knowledge, in fact—that the infidels with whom they fight, the very people whom their religion does nothing but vilify, will be deterred by their use of Muslim human shields. They consider the Jews the spawn of apes and pigs—and yet they rely on the fact that they don’t want to kill Muslim noncombatants.(…) Now imagine reversing the roles here. Imagine how fatuous—indeed comical it would be—for the Israelis to attempt to use human shields to deter the Palestinians. (…) But Imagine the Israelis holding up their own women and children as human shields. Of course, that would be ridiculous. The Palestinians are trying to kill everyone. Killing women and children is part of the plan. Reversing the roles here produces a grotesque Monty Python skit. If you’re going to talk about the conflict in the Middle East, you have to acknowledge this difference. I don’t think there’s any ethical disparity to be found anywhere that is more shocking or consequential than this. And the truth is, this isn’t even the worst that jihadists do. Hamas is practically a moderate organization, compared to other jihadist groups. There are Muslims who have blown themselves up in crowds of children—again, Muslim children—just to get at the American soldiers who were handing out candy to them. They have committed suicide bombings, only to send another bomber to the hospital to await the casualities—where they then blow up all the injured along with the doctors and nurses trying to save their lives. Every day that you could read about an Israeli rocket gone astray or Israeli soldiers beating up an innocent teenager, you could have read about ISIS in Iraq crucifying people on the side of the road, Christians and Muslims. Where is the outrage in the Muslim world and on the Left over these crimes? Where are the demonstrations, 10,000 or 100,000 deep, in the capitals of Europe against ISIS?  If Israel kills a dozen Palestinians by accident, the entire Muslim world is inflamed. God forbid you burn a Koran, or write a novel vaguely critical of the faith. And yet Muslims can destroy their own societies—and seek to destroy the West—and you don’t hear a peep. (…) These incompatible religious attachments to this land have made it impossible for Muslims and Jews to negotiate like rational human beings, and they have made it impossible for them to live in peace. But the onus is still more on the side of the Muslims here. Even on their worst day, the Israelis act with greater care and compassion and self-criticism than Muslim combatants have anywhere, ever. And again, you have to ask yourself, what do these groups want? What would they accomplish if they could accomplish anything? What would the Israelis do if they could do what they want? They would live in peace with their neighbors, if they had neighbors who would live in peace with them. They would simply continue to build out their high tech sector and thrive. (…) What do groups like ISIS and al-Qaeda and even Hamas want? They want to impose their religious views on the rest of humanity. They want stifle every freedom that decent, educated, secular people care about. This is not a trivial difference. And yet judging from the level of condemnation that Israel now receives, you would think the difference ran the other way. This kind of confusion puts all of us in danger. This is the great story of our time. For the rest of our lives, and the lives of our children, we are going to be confronted by people who don’t want to live peacefully in a secular, pluralistic world, because they are desperate to get to Paradise, and they are willing to destroy the very possibility of human happiness along the way. The truth is, we are all living in Israel. It’s just that some of us haven’t realized it yet. Sam Harris
On ne manque pas d’images du conflit de Gaza. Nous avons vu les décombres, les enfants palestiniens morts, les Israéliens courir aux abris pendant les attaques de roquettes, les manœuvres israéliennes et les images fournies par l’armée israélienne des militants du Hamas sortant de tunnels pour attaquer les soldats israéliens. Nous n’avons pratiquement pas vu aucune image d’hommes armés du Hamas à Gaza. Nous savons qu’ils sont là : il y a bien quelqu’un qui doit se charger de lancer les roquettes sur Israël (plus de 2 800) et de les tirer sur les troupes israéliennes dans Gaza. Pourtant, jusqu’à maintenant, les seules images que nous avons vues (ou dont nous avons même entendu parler) sont les vidéos fournies par l’armée israélienne de terroristes du Hamas utilisant les hôpitaux, les ambulances, les mosquées, les écoles (et les tunnels) pour lancer des attaques contre des cibles israéliennes ou transporter des armes autour de Gaza. Pourquoi n’avons nous pas vu des photographies prises par des journalistes d’hommes du Hamas dans Gaza ? Nous savons que le Hamas ne veut pas que le monde voit les hommes armés palestiniens en train de lancer de roquettes ou utilisant des lieux peuplés de civils comme des bases d’opération. Mais si l’on peut voir des images des deux côtés pratiquement dans toutes les guerres, en Syrie, en Ukraine, en Irak, pourquoi Gaza fait-elle figure d’exception ? Si des journalistes sont menacés et intimidés lorsqu’ils essaient de documenter les activités du Hamas dans Gaza, leurs agences de presse devraient le dire publiquement. (…) Pour de nombreux spectateurs, le récit de cette guerre doit apparaître très clair : le puissant Israël bombarde des Palestiniens sans défense. C’est compréhensible lorsque l’on ne voit presque aucune photographie des agresseurs palestiniens. (…) Ce n’est pas un détail. L’opinion publique est un élément crucial dans ce conflit. Elle va jouer un rôle pour déterminer quand les combats cesseront, à quoi ressemblera le cessez-le-feu et qui portera en priorité la responsabilité pour la mort d’innocents. Si les grands médias suppriment les images des terroristes du Hamas utilisant des civils comme des boucliers et utilisant des écoles et des hôpitaux comme des bases d’opérations, alors les gens autour du monde auront naturellement du mal à voir les Israéliens comme autre chose que des agresseurs et les Palestiniens comme autre chose que des victimes. Times of Israel
Les menaces du Hamas ne sont pas responsables de l’ignorance et de la stupidité de la couverture des hostilités à Gaza, mais elles sont en partie responsables. Les journalistes et les médias employeurs coopèrent avec le Hamas non seulement en passant sous silence des histoires qui ne servent pas la cause du Hamas, mais aussi en ne parlant pas des conditions restrictives dans lesquelles ils travaillent. Scott Johnson
Pourtant, le sionisme, sans doute plus que toute autre idéologie contemporaine, est diabolisé. « Tous les sionistes sont des cibles légitimes partout dans le monde! » énonce une bannière récemment brandie par des manifestants anti-Israël au Danemark. « Les chiens sont admis dans cet établissement, mais pas les sionistes, en aucune circonstance », prévient une pancarte à la fenêtre d’un café belge. On a dit à un manifestant juif en Islande : « Toi porc sioniste, je vais te couper la tête. »Dans certains milieux universitaires et médiatiques, le sionisme est synonyme de colonialisme et d’impérialisme. Les critiques d’extrême droite et gauche le comparent au racisme ou, pire, au nazisme. Et cela en Occident. Au Moyen-Orient, le sionisme est l’abomination ultime – le produit d’un Holocauste que beaucoup dans la région nient avoir jamais existé, ce qui ne les empêche pas de maintenir que les sionistes l’ont bien mérité. Qu’est-ce qui, dans ​​le sionisme, suscite un tel dégoût ? Après tout, le désir d’un peuple dispersé d’avoir son propre Etat ne peut être si révulsif, surtout sachant que ce même peuple a enduré des siècles de massacres et d’expulsions, qui ont atteint leur paroxysme dans le plus grand assassinat de masse de l’histoire. Peut-être la révulsion envers le sionisme découle-t-elle de sa mixture inhabituelle d’identité nationale, de religion et de fidélité à une terre. Le Japon s’en rapproche le plus, mais malgré son passé rapace, le nationalisme japonais ne suscite pas la révulsion provoquée par le sionisme. Il est clair que l’antisémitisme, dans ses versions européenne et musulmane, joue un rôle. Fauteurs de cabales, faucheurs d’argent, conquérants du monde et assassins de bébés – toutes ces diffamations autrefois jetées à la tête des Juifs le sont aujourd’hui à celle des sionistes. Et à l’image des capitalistes antisémites qui voyaient tous les Juifs comme des communistes et des communistes pour qui le capitalisme était intrinsèquement juif, les adversaires du sionisme le décrivent comme l’Autre abominable. Mais tous ces détracteurs sont des fanatiques, et certains parmi eux sont des Juifs. Pour un nombre croissant de Juifs progressistes, le sionisme est un nationalisme militant, tandis que pour de nombreux Juifs ultra-orthodoxes, ce mouvement n’est pas suffisamment pieux – voire même hérétique. Comment un idéal si universellement vilipendé peut-il conserver sa légitimité, ou même prétendre être un succès ? Michael Oren
To remember the historical milieu compels every sincere observer to admit that there is no necessary connection between al-Miraj and sovereign rights over Jerusalem since, in the time when the Prophet… consecrated the place with his footprints on the Stone, the City was not a part of the Islamic State – whose borders were then limited to the Arabian Peninsula – but under Byzantine administration. Moreover, although radical preachers try to remove this from exegesis, the Glorious Quran expressly recognizes that Jerusalem plays for the Jewish people the same role that Mecca has for Muslims. We read in Surah al-Baqarah: “…They would not follow thy direction of prayer (qiblah), nor art thou to follow their direction of prayer; nor indeed will they follow each other’s direction of prayer….” All Quranic annotators explain that « thy qiblah » is obviously the Kaabah of Mecca, while « their qiblah  » refers to the Temple Site in Jerusalem. To quote just one of the most important of them, we read in Qadi Baydawi’s Commentary : “Verily, in their prayers Jews orientate themselves toward the Rock (al-Sakhrah), while Christians orientate themselves eastwards….” As opposed to what sectarian radicals continuously claim, the Book that is a guide for those who abide by Islam—as we have just now shown—recognizes Jerusalem as Jewish direction of prayer…. After…deep reflection about the implications of this approach, it is not difficult to understand that separation in directions of prayer is a mean[s] to decrease possible rivalries in [the] management of [the] Holy Places. For those who receive from Allah the gift of equilibrium and the attitude to reconciliation, it should not be difficult to conclude that, as no one is willing to deny Muslims… complete sovereignty over Mecca, from an Islamic point of view… there is not any sound theological reason to deny an equal right of Jews over Jerusalem. Abdul-Hadi Palazzi (“Antizionism and Antisemitism in the Contemporary Islamic Milieu)
Affirming Israel’s « right to exist » is as unacceptable as denying that right, because even posing the question of whether or not the Children of Israel (Jews) — individually, collectively or nationally — have a « right to exist » is unacceptable. Israel exists by Divine Right, confirmed in both the Bible and Qur’an. I find in the Qur’an that God granted the Land of Israel to the Children of Israel and ordered them to settle therein (Qur’an, Sura 5:21) and that before the Last Day He will bring the Children of Israel to retake possession of their Land, gathering them from different countries and nations (Qu’ran, Sura 17:104). Consequently, as a Muslim who abides by the Qur’an, I believe that opposing the existence of the State of Israel means opposing a Divine decree. Every time Arabs fought against Israel they suffered humiliating defeats. In opposing the will of God by making war on Israel, Arabs were in effect making war on God Himself. They ignored the Qur’an, and God punished them. Now, having learned nothing from defeat after defeat, Arabs want to obtain through terror what they were unable to obtain through war: the destruction of the State of Israel. The result is quite predictable: as they have been defeated in the past, the Arabs will be defeated again. In 1919, Emir Feisal (leader of the Hashemite family, i.e., the leader of the family of the Prophet Muhammad) reached an Agreement with Chaim Weizmann for the creation of a Jewish State and an Arab Kingdom having the Jordan river as a border between them. Emir Feisal wrote, « We feel that the Arabs and Jews are cousins in race, having suffered similar oppressions at the hands of powers stronger than themselves, and by a happy coincidence have been able to take the first step towards the attainment of their national ideals together. The Arabs, especially the educated among us, look with the deepest sympathy on the Zionist movement. » In Feisal’s time, none claimed that accepting the creation of the State of Israel and befriending Zionism was against Islam. Even the Arab leaders who opposed the Feisal-Weizmann Agreement never resorted to an Islamic argument to condemn it. Unfortunately that Agreement was never implemented, since the British opposed the creation of the Arab Kingdom and chose to give sovereignty over Arabia to Ibn Sa’ud’s marauders, i.e., to the forefathers of the House of Sa’ud. When the Saudis started ruling an oil rich Kingdom, they also started investing a regular part of their wealth in spreading Wahhabism worldwide. Wahhabism is a totalitarian cult which stands for terror, massacre of civilians and for permanent war against Jews, Christians and non-Wahhabi Muslims. The influence of Wahhabism in the contemporary Arab world is such that many Arab Muslims are wrongly convinced that, in order to be a good Muslim, one must hate Israel and hope for its destruction. (…) The Bible says that God gave the Land of Israel as a heritage to the descendants of Abraham, Isaac and Jacob, and gave the rest of the world as a heritage to other peoples. As confirmed by the Qur’an and Islamic tradition, Abraham himself bequeathed to his descendants from Isaac the Land of Israel, and bequeathed to his descendants from Ishmael other lands, such as the Arabian peninsula. Now descendants of Ishmael, the Arabs, have a gigantic territory extending from Morocco to Iraq. The descendants of Isaac, the Jews, on the contrary, only have a tiny, narrow strip of land. However, Arab dictators are not satisfied with their huge territory. They want more. They also want the little heritage of the Children of Israel, and resort to terror in order to get it. Sheikh Prof. Abdul Hadi Palazzi (Director of the Cultural Institute of the Italian Islamic Community)
To win a war, one must identify who the enemy is and neutralize the enemy’s chain of command. World War Two was won when the German army was destroyed, Berlin was captured and Hitler removed from power. To win the War on Terror, it is necessary to understand that al-Qa’ida is a Saudi organization, created by the House of Sa’ud, funded with petro-dollar profits by the House of Sa’ud and used by the House of Sa’ud for acts of mass terror primarily against the West, and the rest of the world, as well. Consequently, to really win the War on Terror it is necessary for the U.S. to invade Saudi Arabia, capture King Abdallah and the other 1,500 princes who constitute the House of Sa’ud, to freeze their assets, to remove them from power, and to send them to Guantanamo for life imprisonment. Then it is necessary to replace the Saudi-Wahhabi terror-funding regime with a moderate, non-Wahhabi and pro-West regime, such as a Hashemite Sunni Muslim constitutional monarchy. Unless all this is done, the War on Terror will never be won. It is possible to destroy al-Qa’ida, to capture or execute Bin Laden, al-Zarqawi, al-Zawahiri, etc., but this will not end the War. After some years, Saudi princes will again start funding many similar terror organizations. The Saudi regime can only survive by increasing its support for terror. Saddam’s regime was one of the worst criminal dictatorships which existed in this world, and destroying it was surely a praiseworthy task for which, as a Muslim, I am thankful to President Bush, to the governments who joined the Coalition and to soldiers who fought in the field. Destroying the Taliban regime in Afghanistan and the regime of Saddam Hussein in Iraq were surely praiseworthy tasks, but I regret that focusing on these secondary enemies was — for the White House — a way to obscure the role of the world’s main enemy: the Saudis. (…)  I am extremely disappointed with him. I hoped that — after Saudi terrorists attacked the U.S. on 9/11 — this would necessarily cause a radical revision in U.S.-Saudi relations. The first action a U.S. President had to do after such a criminal attack as 9/11 was to immediately outlaw Saudi-controlled institutions inside the U.S. and acknowledge that viewing Saudis as « friends » was a mortal sin representing sixty years of failed U.S. foreign and economic policy. U.S. governmental agencies have plenty of evidence about the role of the House of Sa’ud in funding the worldwide terror network. U.S. citizens can even read in newspapers that some days before the 9/11 attack Muhammad Atta received a check from the wife of the former Saudi Ambassador to Washington, Prince Bandar, but unbelievably this caused no consequences. Let us consider plain facts: the wife of a foreign ambassador pays terrorists for attacks which murder thousands of U.S. citizens, and the U.S. government not only does not declare war on that foreign country, in this case Saudi Arabia, but does not even terminate diplomatic relations with that country. On the contrary, then-Crown Prince Abdallah, the creator (together with the new Saudi ambassador to the United States, former Saudi ambassador to the United Kingdom, and Father of 9/11, Prince Turki al-Feisal) of al-Qa’ida, is immediately invited to Bush’s ranch as a honored guest, and Bush tells him, « You are our ally in the War on Terror »! Can one image FDR inviting Hitler to the United States and telling him, « You are our ally in the war against Fascism in Europe »? Something very similar happened after 9/11. As a matter of fact, the Saudis supported Bush’s electoral campaign for his first term in office, and asked him in exchange to be the first U.S. President to promote the creation of a Palestinian State. Once he was elected, Bush refused to abide by the agreement, and the consequence was 9/11. « We paid for your election, and now you must do want we want from you », this was the message behind the 9/11 attack. Bush immediately started doing what the Saudis wanted from him: compelling Israel to withdraw from Judea, Samaria and Gaza, in order to permit the creation of a PLO state. Western media speak of a « Road Map, » while Arab media call it by its real name: « Abdallah’s Plan. » One hears about a U.S. President who allegedly leads a « War on Terror » and promotes the spread of « democracy » and « freedom » in the Islamic world, but the reality shows a U.S. president who — after a Saudi terror attack against the U.S. — abides by a Saudi diktat, hides the role of the Saudi regime behind al-Qa’ida and wants Israel, the only democratic state in the Middle East, cut to pieces to facilitate the creation of another dictatorial regime, lead by Arafat deputy Abu Mazen, the terrorist who organized the mass murder of Israeli athletes at the 1972 Munich Olympics. Theoretically, Bush proclaims his intention to punish terror and to spread democracy, but the Road Map is the exact opposite of all this: it means punishing the victims of terror and rewarding terrorists, compelling democracy to withdraw in order to create a new dictatorial Arab regime. For the U.S. there is only one single trustworthy ally in the entire Middle East: Israel. Now Bush is punishing America’s ally Israel to reward those who heartily supported « our brother Saddam », those who demonstrate by burning Stars and Strips flags and those who call America « the imperialist power controlled by Zionism ». In doing so, Bush seriously risks becoming the most anti-Israeli and anti-Jewish President in the history of the U.S. Sheikh Prof. Abdul Hadi Palazzi (Director of the Cultural Institute of the Italian Islamic Community)
The failure of the Ottoman Empire to maintain and reform its financial and political policies in the face of changes in the international order in the nineteenth century led to the British occupation of Egypt in 1882 and was capped by its calamitous decision to ally itself with Germany in the First World War, when the Empire was ultimately consigned to oblivion. Some Muslims confronted modern challenges to traditional Islam by focusing on the distant past, the Golden Age of the Rightly Guided Caliphs (Rashidun), or the Salafs, (ancestors). Those who seek to emulate these ancestors are called Salafis, and their movement is often referred to in Arabic as the Salafiyyah, and its first major ideologue was the Egyptian Rashid Rida. Despite the lack of a political consensus among Palestinian Arabs about what form of government ought to be constituted following the disintegration of the Ottoman Empire, officials administering the major Palestinian Islamic institutions in Jerusalem under the British Mandate to the present day have adhered to the ideology of the Muslim Brotherhood inspired by Rida and articulated by the Hajj Amin al-Husseini and Hassan al-Banna in the 1930s. This continuity was masked throughout the periods of Hashemite and Israeli rule as the world’s focus was on the emergence of the secular nationalist Palestinian Liberation Organization and its associated rivals. From a minority position that emerged following the First World War in the Middle East, the claim that Palestine is waqf has been widely accepted in the Muslim discourse following the failures of the secularists to win the battle against Israel by the mid-1990s.
However, taking the larger view, which includes not only the municipality of Jerusalem, but the issue of settlements and Israeli “heritage sites” in East Jerusalem, the West Bank, and Gaza, and the entire course of the conflict, it is not only the Jerusalem municipality or Israel’s policies regarding the Palestinians which is to blame for the current impasse. The Palestinians’ continued willingness to support violent action against Israel, and their continued hope for a one state solution, has resulted, contrary to all reason, to support for HAMAS. Emboldened by its defeat of FATAH in Gaza in 2007, and backed by an extraordinarily aggressive Iran, the maximalists again are threatening to lead the Palestinian remnant to their complete destruction. All attempts to convince the Palestinians to abandon jihadist ideology have failed, despite the fact that the Arab world is ready to accommodate Israel in the current Middle Eastern state system. Recent calls for a bi-national, secular state instead of a two-state solution are distractions from the real issues at hand. Improving the living conditions of the Palestinian people, fostering the development of municipal and national government in Gaza and the West Bank, and fighting against Islamist opportunism are goals that can be achieved under the shadow of the Iranian threat. Only on the micro-level can political progress be made. The conflict has to become localized. Only by rejecting the regionalization of the political issues facing the Palestinian and Israeli conflict can the international threats on the macro-level be challenged. A paradigm shift is needed to thwart the Islamist threat to Israel. Below are concrete steps towards localizing the conflict and to reinvigorate the peace process that could break the cycle of despair now characterizing the region within the parameters of the Beillin-Abu Mazen plan of 1995. Immediate Steps Within the Realm of Realpolitik and Reason: Localize Conflict Management and Resolution 1. Establish embassies in West and East Jerusalem All states having diplomatic relations with Israel should immediately establish embassies in Israel and Palestine. Arab League states establish embassies in East and West Jerusalem. Use these embassies to kick start economic development and housing in various neighborhoods. 2. Latin Patriarchate, Greek Orthodox Patriarchate, and other Christian landowners in Palestine/Israel to cooperate by developing local community development boards. 3) UNESCO overseas restoration and preservation of Islamic monuments and archeological sites. Turkey to cooperate with Israel and Palestine with historical preservation projects. 4) Educational programs for Palestinian and Israeli students focusing on holy sites throughout the land. Educational institutions currently training tour guides to spearhead these efforts, emphasizing change and continuity over time. 5) Truth and Reconciliation commissions to document and memorialize history. Institutions of higher learning to cooperate with education ministries. 6) UNRWA to close refugee camps throughout the Middle East. Repatriate and reimburse Arab and Jewish refugees according to their wishes—return, compensation, or memorials—on a case-by-case basis. Judith Mendelsohn Rood

Attention: une abomination peut en cacher une autre !

Attaques d’écoles, attaques d’hôpitaux, massacres de femmes, massacres d’handicapés, massacres d’enfants …

Alors que ce qui devrait être la révélation ultime d’une perfidie et d’un détournement systématique (jusqu’au recours quasi-archaïque au sacrifice d’enfants !) des valeurs civilisées que l’opinion occidentale n’arrive même pas à imaginer …

Est en train de transformer sur la base d’une information tout aussi systématiquement tronquée par l’intimidation et les menaces constantes sur les journalistes

La seule véritable démocratie du Moyen-Orient en l’abomination des abominations …

Retour, avec une intéressante analyse de  Judith Mendelsohn Rood, sur le véritable programme d’une organisation …

Qui funeste et monstrueux fruit comme on le sait d’un pacte faustien entre Israël et les Saoudiens …

Se révèle être à la fois explicitement guerrière et terroriste …

Et maximaliste et totalitariste …

Ne réclamant rien de moins, au-delà de quelques trêves purement tactiques, que la suppression pure et simple de toute présence juive en Palestine …

HAMAS in the Context of the Historic Islamicization of the Palestinian-Israeli Conflict
Judith Mendelsohn Rood

Academia

Judith Mendelsohn Rood, Ph.D. Department of History, Government, and Social Science Biola University

Abstract: Secular Palestinian nationalists and scholars have studied the emergence of the Islamic Resistance Movement, HAMAS, but few have paid attention to its characterization of Palestine as an Islamic waqf. Following Hamas’ successful ousting of Fatah from Gaza in 2006, Hamas has been gaining the upper hand in the West Bank and Jerusalem as well because of its continuation of armed resistance against Israel. Hamas’ political success must be understood as a success of the Muslim Brotherhood to repudiate the secular nationalist Palestinian movement. Should HAMAS’s position on land tenure in the Palestinian Authority, defined by the unfounded claim that all land in Palestine is waqf, new problems arise for the development of the secular Palestinian state and is already posing problems for individual municipalities on the West Bank. The ideologically driven Israeli policy in Jerusalem is again matched by ideological Islamist agenda. Introduction Palestinian scholar Nur Masalha has characterized HAMAS’s claim that Palestine is an Islamic waqf as “the main innovative idea” that the Islamic Resistance Movement has contributed to the Arab-Israel Conflict. However, to the contrary, the claim that all Palestine is waqf  has been the official position of the Muslim Palestinian political establishment since before the days of the British Mandate. This claim, however, does not fit with the theory or practice of Islamic land tenure during any other period in Muslim history.

I first presented a version of this paper on July 31, 2008 at William Carey International University. In July 2009 and March 2010 I interviewed a number of Bethlehem area residents about land tenure issues facing their municipalities. I wish to thank them for their insights and their help, but, because of the sensitivity of these situations, I will have to let them remain anonymous. Any mistakes are my own and no one else is responsible for them. I welcome comments and corrections: judith.rood@biola.edu.

The HAMAS charter refers to the land of Palestine as “waqf ” that is, set aside as an eternal charitable endowment for the Muslim community. This is exactly the concept that the infamous mufti of Jerusalem, al-Hajj Amin al-Husseini, used to oppose the establishment of a Jewish state in Palestine at the time of the British Mandate, a policy that directly led to the Palestinian catastrophe of 1948. Thus, the HAMAS position that the land of Palestine is an irrevocable waqf is the same position held by the mufti  during the Mandate Period to outlaw Palestinian land sales to Jews, by the Jordanians from 1947-1967, by Palestinian secular nationalist groups, and by the Palestinian Authority today. Land sales to Jews are still defined as treason, and accused collaborators are punishable by death, a penalty often imposed extrajudicially. Moreover, this was the position of the Muslim effendiyat  (elite) of Jerusalem in the 19th century (they actually recognized that all of Palestine was not waqf, but consisted mostly of military land grants). The Ottoman authorities explicitly rejected their claim before the rise of political Zionism in order to encourage the growth of commerce in the region of Jerusalem. However, now that HAMAS has become the Islamic Republic of Iran’s newest proxy, the claim is more dangerous than ever before. In this article, we will dissect the issue by defining the geographical, legal, and economic meanings of the terms used by HAMAS in order to disprove them strictly on the grounds of Islamic law and government during the Ottoman period. The 1988 Hamas Charter asserts in Article 11: The Islamic Resistance Movement believes that the land of Palestine is an Islamic Waqf consecrated for future Moslem generations until Judgment Day. It, or any part of it, should not be squandered: it, or any part of it, should not be given up. Neither a single Arab country nor all Arab countries, neither any king or president, nor all the kings and presidents, neither any organization nor all of them, be they Palestinian or Arab, possess the right to do that. Palestine is an Islamic Waqf land consecrated for Moslem generations until Judgment Day. This being so, who could claim to have the right to represent Moslem generations till Judgment Day?

The failure of the Ottoman Empire to maintain and reform its financial and political policies in the face of changes in the international order in the nineteenth century led to the British occupation of Egypt in 1882 and was capped by its calamitous decision to ally itself with Germany in the First World War, when the Empire was ultimately consigned to oblivion. Some Muslims confronted modern challenges to traditional Islam by focusing on the distant past, the Golden Age of the Rightly Guided Caliphs (Rashidun), or the Salafs, (ancestors). Those who seek to emulate these ancestors are called Salafis, and their movement is often referred to in Arabic as the Salafiyyah, and its first major ideologue was the Egyptian Rashid Rida. Despite the lack of a political consensus among Palestinian Arabs about what form of government ought to be constituted following the disintegration of the Ottoman Empire, officials administering the major Palestinian Islamic institutions in Jerusalem under the British Mandate to the present day have adhered to the ideology of the Muslim Brotherhood inspired by Rida and articulated by the Hajj Amin al-Husseini and Hassan al-Banna in the 1930s. This continuity was masked throughout the periods of Hashemite and Israeli rule as the world’s focus was on the emergence of the secular nationalist Palestinian Liberation Organization and its associated rivals. From a minority position that emerged following the First World War in the Middle East, the claim that Palestine is waqf  has been widely accepted  in the Muslim discourse following the failures of the secularists to win the battle against Israel by the mid-1990s.

The Muslim link to Palestine is through Jerusalem, based upon the identity of the Dome of the Rock with the Night Journey and Ascension to Heaven of Muhammad, described in the Quran as happening only at the indeterminate “Furthest Mosque,” which traditionally has been identified with Jerusalem. The reason for the journey to the “Furthest Mosque” was for Muhammad to ascend to heaven to meet with Moses and the biblical prophets on the site of the Temple, where the
Sakinah (Arabic) or Shechina (Hebrew), (the Glory of God) had once rested. To the consternation of well-educated Muslims worldwide, officials in charge of the Islamic institutions in Jerusalem serving the Palestinian National Authority, established May 4, 1994, took the position of HAMAS even further, stating that the Temple of Solomon itself was not located in Jerusalem. Ikramah Sabri, the then mufti  of Jerusalem, said that “There is no evidence that Solomon’s Temple was in Jerusalem; probably it was in Bethlehem or in some other place.”

He was also quoted as saying: « There is not [even] the smallest indication of the existence of a Jewish temple on this place in the past. In the whole city, there is not even a single stone indicating Jewish history. » This  assertion was made despite the existence of a well-known pamphlet for tourists published in 1935 by the Islamic authorities themselves, pointing out that it is “beyond dispute” that the Dome of the Rock sits on the site of Solomon’s Temple. The issue was so provocative that the Shaykh of Al-Azhar, the head of Islam’s most venerable and greatest religious university, in an article entitled “Does Solomon’s Temple Exist Under the Current Al-Aksa Mosque in Jerusalem?” published in Al-Ahram, November 2, 2000, felt compelled to explain its importance to his people. Yasser Arafat echoed this claim repeatedly until his death, and FATAH officials have continued to do so to this day, in total agreement with HAMAS, in order to deny any Jewish claims to the holy site. In July, 2009 Avi Diskin, head of the Shin Bet (Israel Security Agency), told the Israeli cabinet that “Egyptian cleric Sheikh Youssef al-Qaradawi of the Muslim Brotherhood « had allocated some $25 million for the purchase of property and to build Hamas charitable institutions that would expand the group’s reach in Jerusalem. » This activity points to the importance of properly understanding the evidence in the Islamic law records relating to the historic role of the Islamic institutions in administering Islamic awaqf in practical and political terms in order to prove that such claims cannot be substantiated according to Islamic law.

I. The Conquest of the Arab Provinces and Ottoman Empire Land Tenure

According to Hamas’ charter, the Islamic claim to eternal sovereignty over “Palestine” resides in the very fact of the Islamic conquest. This is the law governing the land of Palestine in the Islamic Sharia (law) and the same goes for any land the Moslems have conquered by force, because during the times of (Islamic) conquests, the Moslems consecrated these lands to Moslem generations till the Day of Judgment. It happened like this: When the leaders of the Islamic armies conquered Syria and Iraq, they sent to the Caliph of the Moslems, Umar bin-el-Khatab, asking for his advice concerning the conquered land – whether they should divide it among the soldiers, or leave it for its owners, or what? After consultations and discussions between the Caliph of the Moslems, Omar bin-el-Khatab and companions of the Prophet, Allah bless him and grant him salvation, it was decided that the land should be left with its owners who could benefit by its fruit. As for the real ownership of the land and the land itself, it should be consecrated for Moslem generations till Judgment Day. Those who are on the land, are there only to benefit from its fruit. This Waqf remains as long as earth and heaven remain. Any procedure in contradiction to Islamic Sharia, where Palestine is concerned, is null and void. This understanding, however, is incorrect and cannot be justified according to Islamic law as it was practiced “in Palestine” under the Ottomans, and before them the Mamluks and the Ayyubids, stretching back to the conquests of Salah al-Din in 1187 and even to the peaceful submission to the third Caliph, Umar, of Jerusalem in 636 by the Patriarch Sophronious. One of the hallmarks of Salafi teaching, which is at the heart of the Muslim Brotherhood, is that since the previous regimes which have ruled the Muslim world were not truly Islamic, the history of their governance and laws cannot be held to have correctly followed the Shariah, and therefore cannot be used to determine proper Islamic policies. This willful amnesia was repudiated by the Ottomans during the Wahhabist rebellions in Arabia in the eighteenth and nineteenth centuries, but since the end of the First World War there has been no Muslim authority powerful enough to challenge the Salafists today, as we have learned since 9/11.

The Ottomans followed a well-articulated Sunni system of imperial land tenure based on the Levitical concept that asserts that God is the owner of the land, and the state and its subjects are but its possessors, who are to use of it justly for the benefit of its subjects. As such, the sovereign had the right to dispose of the land—to utilize it for its peoples’ benefit—as he saw fit within the administrative laws of the empire. The right of usufruct, as the scholars name it, is earned by properly using the property—keeping it productive—and ensuring that the state can tax its produce so that it will be able to sustain the safety and prosperity of its subjects. The root of Ottoman identification of Jerusalem with Mecca and Medina lay both in their status as the three holy cities of Islam and in their juridical status following the original Muslim conquest of Syria. At an assembly in the Syrian military camp at Jabiya in 637, the Caliph ‘Umar declared the lands which surrendered unconditionally to his armies as fay, (lands that would pay tribute to the central government, and which were to be held as a perpetual trust for all Muslims). Thus, Syria and Iraq were regarded as lands subject to the kharaj  (land tax assessed upon non-Muslim landholders). According to the Jabiya agreement, revenue from the conquered territories was to be collected and given to the central government, and those who had participated in the campaigns of expansion would be enrolled in the diwan  (imperial) registers. Those so enrolled would be entitled to fixed stipends and land grants. The lands were thus not divided and parceled out among the military, but instead were controlled directly by the central government. Muslims would not settle these lands and pay the ushr (land tax assessed on Muslim proprietors, i.e., the tithe): rather, the original inhabitants would remain on their property, but would pay the kharaj. Under Islamic law, fay lands were thus held by the state, but its use was left in the possession of their inhabitants, who paid tribute from the revenues of the land to the central treasury of the state. Over the course of time the population increasingly became Muslim. The distinction between Hijazi and Syrian Muslims blurred, and the Muslims of Syria began, in effect, to pay the kharaj  along with the non-Muslims because they lived on conquered lands worked by non-Muslims. When the Mamluk territories, encompassing the later Ottoman provinces of Sidon, Damascus, Aleppo, Baghdad, Basra, Mosul, Tripoli (Libyan), Bengazi, the Hijaz, and Yemen, were conquered by the Ottomans, they were exempted from paying the normal miri  (imperial land) taxes because of their status as kharaj  land, unlike the Hijaz and Basra, which were categorizied as provinces paying the ushr  tax.

The Ottomans, after their conquest of the Arab provinces and the creation of the Eyalet (Province) of Damascus during the years 1517-1520, recognized existing practices regarding the taxation of arable land in the Province of Damascus. In keeping with the Hanafi school of jurisprudence, upon their conquest of the Arab provinces, the Ottomans declared these conquered territories as belonging to the bayt mal al-muslimin  (the common treasury of the state), to be used for the benefit of all Muslims, and by extension, the dhimmis, or protected minorities living among them. As such, under the Ottomans, the conquered lands of Syria continued to be considered kharaj  lands whose usufruct could be granted or leased out in the name of the bayt al-mal  by the Sultan as imam (leader), of the Muslim community. The Ottomans organized the systems administering awqaf, timars  (military land grants), and iltizams/malikanes (tax farms) on the varying types of land that they conquered. The Ottomans also had a well-articulated system for administering trade, and all other forms of production and property, based upon the sixteenth century Siyasetname  (Administrative Law Code) of Sulayman the Magnificent. Devised by the brilliant Ebu Su’ud Effendi, the Shaykh al-Islam  (Chief Jurisconsult of the Empire) based upon the Shari’ah and the Qanun (administrative law), this code stipulated that land could be disposed of (in the legal sense of disposition or use) in three ways: it could be assigned as a grant in return for military service, it could be leased directly to cultivators, or it could be held in perpetual trust for the Muslim subjects of the empire as waqf. Many parcels of land throughout the Ottoman Empire’s Arab provinces were divided and subdivided into fractions, some of which were assigned as military estates and some of which were assigned as waqf, while other portions may have been private property or shared pasture land. The land tenure system was designed to prevent the permanent alienation of land from the state, with one single exception: the assignment of land by the Sultan to an individual as milk (private property). This property always would revert ultimately to the state upon the death of the owner and his descendants. During much of the Ottoman period, the city of Jerusalem was administered as a part of the Province of Damascus following the pattern of the classical timar  system—some land in Jerusalem’s hinterlands was granted to military officers in return for their service to the Sultan. Other lands, recognized as property held as waqf  by the Greek Orthodox Church (and a few others as well) under previous Muslim dynasties (the Ayyubids and the Mamluks), were integrated into the Ottoman administration. The city was the capital of the sanjaq  of Jabal al-Quds  (the administrative district of the mountains of Jerusalem). Other sanjaqs  of the southern part of the Provinces of Sidon and Damascus—Jabal Nablus, Gaza, Jaffa, Ramla, Lydda, Acre, Hebron, Sidon, Jenin, Tulkarem, Karak—were all tied to Jerusalem through the legal system, evidenced by documents regarding cases from these towns scattered throughout the Ottoman Islamic court registers. The sanjaq  of Jerusalem and the mountainous lands of the sanjaq of Nablus (Jabal Nablus) were distinguished geographically from what is called in the court registers « the land of Palestine » (ard filastin) encompassing the towns of Gaza, Ramla, and Lydda (Lod).

This distinction tallies with the description of Palestine given by Volney in the late eighteenth century, who described it as a geographical unit including all of the land « between theMediterranean to the West and the chain of mountains to the East, and two lines, one drawnto the South, by Khan Younes, and the other to the North, between Kaisaria [Caesarea] andthe rivulet of Yafa [Jaffa]. » He noted that Palestine was « almost entirely a level plain, without either river or rivulet in summer, but watered by several torrents in winter » and thatit was « a district independent of every pashalic [sanjaq ], » which occasionally had « governorsof its own, who reside at Gaza under the title of Pashas; but it is usually, as at present,divided into three appanages, or melkana, viz. Yafa, Loudd [Lydda/Lod] and Gaza.” Thus, the term ard filastin, « the land of Palestine, » was used during the Ottoman period to refer specifically to a geographical area in agricultural use and divided into taxfarms, whether administered as independent sanjaqs or attached to adjacent sanjaqsHistorically this land was controlled directly by the central government in Istanbul by leasing it to Ottoman officers. In the period before the invasion, ‘Abdullah Pasha, governor of Sidon, obtained the lease. The important point here is that a significant portion of the richagricultural lands identified in the Islamic court records dating from the Ottoman period as“Palestine” were not attached to the imperial awqaf of Jerusalem, and thus were not administered by the notables of the city representing the Ottoman government, but directlyby the Ottoman government in Istanbul. To the south lay Hebron, sometimes nominally apart of the sanjaq of Jerusalem, but in fact a rebellious and nearly autonomous town with apowerful and militant leadership of its own.In Jerusalem, the Ottomans administered Al-Aqsa Mosque and the Dome of theRock together with the Waqf of the Two Noble Sanctuaries of Mecca and Medina (al- Haramayn al-Sharifayn ). This admininstrative feature explains the relative unimportance of Jerusalem in the Ottoman Empire. Since the three cities were organized for purposes ofrevenue as one institution, and since the Ottomans placed a higher degree of importance on Mecca and Medina, Jerusalem was overshadowed in an institutional sense. Nevertheless, its rank as the third holiest city did confer status and important privileges to the ulama (learned authorities) who served as administrators of the imperial awqaf  there. One of the most important posts in the city was the shaykh al-haram, (the superintendent of the Dome of theRock and Al-Aqsa). Moreover, al-Aqsa had its own waqf, as did other mosques, tombs,schools, hospices, etc., which received revenues from many shops, agricultural lands, andother income-producing urban and rural properties throughout Bilad al-Sham which were dedicated and assigned to them. In the sixteenth century, the wife of Sulayman the Magnificent, originally a Christian from somewhere in the Russian Empire, endowed the Khasseki Sultan imaret (foundation, waqf ) with Greek Orthodox church properties in the vicinity of Bethlehem, Lydda andRamla. The Palestinian National Authority still recognizes this fact, and the Christian tenantsand sharecroppers who have resided on these lands still are not the legal landowners. Thefinancial support of the Holy Cities, and the annual hajj pilgrimage, obviously were not solelya Palestinian responsibility. Financial obligations were imposed not only on towns and villages in the administrative districts of Jerusalem, Nablus, and Hebron, but also on othercities throughout the empire, including Damascus, Aleppo and cities in Anatolia and theBalkans. The Waqf of Sayyidna Ibrahim al-Khalil (Abraham, the Beloved Friend of God, as heis known to Muslims) located in Hebron, and known in the West as the Tomb of thePatriarchs, held claim to the revenues of many southern Palestinian villages and agriculturallands and was administered as a part of the other important imperial awqaf. Peasants livingon lands dedicated to the support of these awqaf were among those exempted from paying the miri (imperial land tax, or kharaj )—instead, they paid to support the Hajj and theHaramayn awqaf. For example, taxes (payable in kind) were assessed on land held as awqaf by the Greek Orthodox church in Bethlehem and its neighboring villages throughout thedistrict of Jerusalem. Such lands—and this means most of the arable lands in Bethlehem, for example— are still categorized in this manner to this day. This fact has the Christians livingin these regions are literally caught between a rock and a hard place today—their village lands are still categorized as waqf with double ownership: the Greek Orthodox Church, which is the owner of the use of the property and the property itself, and the KhassekiSultan Waqf, which claims a share of the produce of the land. This complicated situation hasallowed the Israelis to confiscate what they call abandoned state lands in the West Bank, which in the past were administered by the Porte, and by Hamas, which now claims allproperty is waqf, belonging to the Muslim community.

The sharecroppers and tenants who worked these lands never received the “tapu” registration required for private land under the Ottoman Land Law of 1858 because these lands were waqf. Moreover, unworked land lapsed after three years into the category of mawat, (waste lands), which the Israelis also claim to have the right to confiscate, as againstthe HAMAS claim that all land in Palestine belongs to the Muslim community as waqf, no matter its condition. Under Ottoman law, to the contrary, a tenant who brought dead landsinto cultivation could claim it as mulk, or freehold land. And if there was a time of politicalinstability, peasants could leave the region until calm was restored within three years withoutlosing their claim to land that they had improved. None of these laws is still in effect today.Some two-thirds of the actual sum of the jizya (per capital poll tax on non-Muslim dhimmis ) revenues collected in the district of Jerusalem in the first half of the nineteenth century ended up in the hands of the provincial governor of Damascus, who at the time also served as the amir al ! hajj, the commander of the hajj caravan from that city. It followed thatthe Porte would entrust this official with the collection and disbursement of the  jizya. Inother words, under the Ottomans, taxes paid by Jews and Christians in Jerusalem and itsenvirons actually were sent outside of their territories to support the pilgrimage caravan tothe Muslim Holy Cities in the Hijaz and the Haramayn Waqf  Jerusalem, governed within the framework of Ottoman provincial administration,derived its status, then, from Muslim land law, but was not identified with Palestine underOttoman rule. During the period of Sultan Mahmud II’s reforms in the 1820s, theOttomans explicitly identified the Muslim sanctuary in the city of Jerusalem, and itsimportant imperial awqaf, with the exempted Sharifate (the Office of the Descendants of theProphet) of Mecca and Medina (known to the Ottomans and other Muslims as the Haramayn (the Two Sanctuaries). Unlike current Palestinian usage of the term, during the Ottoman period « haramayn  » did not refer to the al-Aqsa Mosque and Dome of the Rock, or to thebuildings of the Haram al-Sharif in Jerusalem and the Tomb of Ibrahim al-Khalil (Cave ofMachpelah) in Hebron, each of which had their own awqaf in addition to becoming attached to the Haramayn waqf during the centralization of religious institutions under a new ministryby the Ottomans in the nineteenth century. The term traditionally had a specific meaning to Muslims, including the Ottomans: itreferred only to the Holy Cities of the Hijaz. Jerusalem was called « thalith al-haramayn, » (the third after the Two Holy Places). When, near the end of his life in 1566, Sulayman theMagnificent dedicated additional revenues and produce from throughout Bilad al-Sham (theSyrian Provinces of the Ottoman Empire) in support of the Khasseki Sultan Waqf (The Endowment of His Beloved Wife), for example, one of the titles he used to describe himself was « khadim al-Haramayn  » “Servant of the Two Holy Cities,” referring to the Holy Cities of  Mecca and Medina.

Indeed, this relationship was manifested in the special fiscal relationship of Jerusalem with the Haramayn that was central to Ottoman administration of the city, particularly during the reform period of Mahmud II, all the way up to the Turkish defeat in the First World War in 1917 and the abolition of the Ottoman Caliphate on March 3, 1924. Therefore, what was actually “waqf” were some lands scattered, throughout the empire: some of which belonged to the Greek Orthodox Church, which had to pay the jizya and kharaj taxes on lands it leased to peasants to work. These individuals had to pay taxes, including a land tax as a portion of the produce to support the waqf which funded the Hajj Pilgrimage and the four Muslim sanctuaries of Mecca, Medina, Jerusalem, and Hebron. “Palestine” therefore was most definitely NOT a waqf under Islamic or Ottoman law. It was governed completely separately under the military land grant system and its lands were leased as iltizam/malikane (tax-farms).

II. Awqaf Under Ottoman Control

Under Islamic law, a waqf is a legal entity, comprising land or property whose revenues are set aside to benefit the entire Muslim community and its non-Muslim inhabitants who were considered as having joined the ummah by agreeing to accept Islamic rule. It has long been thought that this stipulation meant that such trusts were endowed for charitable purposes, and that it was the charitable purpose of such awqaf which made them valid and sound under Islamic and Ottoman law. However, that is not the case. A valid Islamic waqf, the waqf sahih, came to mean an endowment that is made from lands that pay the ushr or kharaj tax. The meaning of the waqf in the Ottoman context is that such lands can never be permanently alienated from the central treasury of the Islamic state— bayt mal al- muslimin. Property and land so endowed thus became in essence inalienable, removed from legal transfer, as church property is in the West. Since the ownership of such property ultimately belongs to God, only the use of the property, and the produce and revenues that it yields can be allotted to the beneficiaries of the waqf. The logic of this arrangement is based on the Islamic notion of the common good of the people residing in a just state, whose resources are exploited and protected for the benefit of all Muslims. In the mid-1820s, Sultan Mahmud II began to implement reforms in waqf administration throughout the empire. He sought to reassert direct state control over all awqaf in the empire, based upon the formal recognition of the previously uncodified, but inherent distinction between canonically valid and invalid awqaf. This distinction was always inherent in the Ottoman system: Mahmud formalized it in order to reassert control of all miri—state lands in the empire. From this period onward, under Ottoman law, there were two officially recognized forms of awqaf: waqf sahih (the valid waqf) and the waqf ghayr sahih (invalid waqf). Valid awqaf were made from lands paying the kharaj and the ushr, and thus were located in Syria, Iraq, and the Hijaz. Invalid endowments, however, reassigned revenues due to the treasury ostensibly for some religious or charitable purpose or a specific purpose by which awqaf could legitimately be established. There were three types of the « invalid » awqaf accepted by the Ottomans until 1825. The first type allowed the revenues of land to be made waqf, while the substance of the land, and its right of use and possession, were kept by the treasury; the second, the right of use is given as waqf, while the substance and revenues remain with the treasury; and the third type assigned both possession and revenue to the waqf, while the substance remains with the treasury. Under Ottoman administrative law after 1826, all awqaf not falling under the category of sahih were deemed invalid, since they were established upon land that had been alienated at some point from imperial lands. It is often thought that charitable and religious trusts were valid because they were established for ostensibly religious or charitable purposes. However, this is a misplaced assumption that has caused great confusion in the interpretation of the institution of the waqf in the Ottoman period. What is important is not the purpose of the waqf, nor the type of possession, but the nature of the land in the Ottoman system of land tenure. These reforms reiterated that the lands of Syria, including the sanjaq of Jerusalem, Nablus, and Sidon were not waqf.

That this was the clear situation is the Ottoman response to a request made on 28 May 28, 1837 recorded in the registers of the Islamic court in Jerusalem. The governing council (majlis) of Jerusalem asserted in a petition asking the Sultan to bar a group of Ashkenazi Jews from conducting trade in the city because “the lands of this region are miri and waqf.” The Muslim authorities of the city clearly understood that the land in the region was state land, and that some of it had been set aside as waqf. This request the Porte denied. Indeed, in other cases, the Porte ruled that foreigners could purchase waqf property in order to restore it to productivity and usefulness. When the Ottoman Empire disintegrated and the Turks surrendered and withdrew from its Arab provinces, the Muslim community no longer had a Muslim sovereign whose legitimacy they accepted as the ultimate authority to decide political questions. When the Ottoman Caliphate was abolished, the problem of sovereignty thus became the basic political issue facing Muslims: should Islamic control be restored over the former Arab provinces, and if so, how should it be constituted? The Turkish defeat led to the de facto separation of the Palestinian, Syrian and Hijazi elements of the Haramayn Waqf. Thereafter, the term in Palestinian usage came to mean first, Jerusalem and Hebron, referring to the two sanctuaries—Al-Aqsa and Sayyidna Khalil. After 1948, when Hebron went under Hashemite sovereignty, the term “Haramayn” came to refer to the Al-Aqsa Mosque and the Dome of the Rock.

III. Enter The Muslim Brotherhood 
The Muslim Brotherhood is a modern ideological movement that was founded inEgypt in 1928. Ideologically it was shaped by the anti-colonialism and anti-imperialism inEgypt and the Middle East generally, and by the Arab-Jewish conflict in mandatory Palestine specifically. The Muslim Brotherhood has long been the most important of the Sunniopposition groups in the Arab world. Its aim is to reestablish the Caliphate and to governaccording to the Shariah. While legal in Transjordan and then Jordan, it has been banned inEgypt and Syria, where it threatens to overthrow the current regimes. Violent splintergroups of the Brotherhood have arisen worldwide. Rashid Rida, Hassan al-Banna, andSayyid Qutb are the chief ideologues of the movement. They sought to create a vanguard tooppose the secularization of Islamic society, which they thought was accelerated through theintroduction of imperialism, capitalism, Zionism, socialism, and communism in the periodleading up to the First World War. The Salafi Movement, and therefore the Muslim Brotherhood rejects all Muslimregimes since the death of ‘Ali as illegitimate and un-Islamic, and of all of these, considersthe Ottoman Empire the most illegitimate. The Wahhabi doctrine has been at the heart ofSaudi Arabian identity since its first irruption in 1740 when they rejected the legitimacy ofthe Ottoman Empire. The Arabs remember Turkish rule as a time of oppression andsubjugation. Arab nationalist animosity regarding the historic legacy of the Ottomans burnshot to this day: from this perspective, the Ottoman defeat was at once a judgment on the Turks and a challenge to the Arabs, who struggled between the various ideological options available to them in the period between the world wars and thereafter. The entire twentiethcentury framed the failures of all of their ideological movements to solve the politicaldilemmas posed to the Arabs by the fall of the Ottoman Empire. The Saudis and the Hashemite Jordanians competed for most of the last centuryover which dynasty could legitimately claim to be the rightful guardian of the Islamic HolyCities: Mecca, Medina, and Jerusalem. The impact of this competition was to furtherfragment the Arab Muslim political consensus over the fate of the lands entrusted by theLeague of Nations to the British in the form of a mandate to govern the region until itsinhabitants were ready for self-governance. When King Hussein ultimately relinquished hisclaims to the West Bank and Jerusalem in 1988, leaving the PLO to administer their Islamicinstitutions, Yasser Arafat actually had to make dual appointments of key Islamic positions.Both Jordanian- and Saudi-approved officials initially served the Palestinian National Authority, since the PLO needed to assuage both powers in order to continue to receivetheir financial—and political support. Only when it became clear that Arafat had thrown inhis lot with the Iranians during the Karina incident in the midst of the Al-Aqsa Intifada didboth Saudi Arabia and Jordan abandon the PA. Since Arafat’s death, both Saudi Arabia and Jordan have been cooperating with the PA in order to attempt to rein in HAMAS and keep Iran out. They have not succeeded.
IV. The Islamicization of the Palestinian Resistance 
The British, who invented a status quo in Palestine by creating de novo an Islamic administration in Palestine by placing in the office of the “mufti” Hajj Amin al-Hussayni, who engineered the policies that generated the dominant, and most radical, Arab response toZionism. His fingerprints are all over the Islamic administration in Jerusalem even today. The fact that the mufti’s religious polemic led to the Nakba, the catastrophic Arab defeat in 1948, was precisely the reason that the Palestinian liberation movement reframed its opposition to Israel in terms of secular Arab nationalism. The Islamicization of the Palestinian resistance to Zionism began with the British creation of the office of “Grand Mufti” in 1918 and the appointment of Hajj Amin as muftiin 1922. Traditionally, a mufti is a religious authority, or jurisconsult, who issues decisionsrelating to Islamic law. Under the British Mandate, for the first time the mufti became thehighest Muslim official in Palestine. He was also named president of the newly createdSupreme Muslim Council, becoming the officially recognized religious and political leader ofthe Palestinian Arabs. The fact that the mufti and his policies were opposed by the majorityof the Palestinian Arabs for many different reasons, including those who took exception to his interpretation of Islam and Zionism, has emerged in Palestinian and Zionist historiography only recently. Hajj Amin, whose influence on Palestinian political culture remains profound to thisday, was deeply influenced by Rashid Rida, the leading Islamist teacher when he was a youngman. As a soldier in the Ottoman army he was stationed in Smyrna where he witnessed the Turkish extermination of the Armenians, an event that left him deeply impressed by Turkishracial nationalism. He traveled to Damascus to support Faisal, who had declared an Arabstate in Syria only to be expelled by France. On Amin’s return to Palestine in 1921 he soonbecame involved in riots against the Balfour Declaration and Jewish immigration. Hebecame a fugitive from British justice for his radical politics, but then was neverthelesspardoned, and placed in control of all former Ottoman awqaf properties and the Islamiccourt bureaucracy in Jerusalem and throughout Palestine by Herbert Samuel, the High Commissioner of the British Mandate. The mufti, however, had had no Islamic religioustraining or certification as a member of the ulama, the Muslim officials trained and authorized to make religious decisions in the Islamic world. At first, the mufti may have been hopeful that the British would treat the Arabs in Palestine fairly. While he was working on building an Arab Islamic university in the Mamilla district in West Jerusalem adjacent to the site of a Muslim cemetery in the late ‘20s, he worked with Jewish architects and construction crews to build the Palace Hotel, which he envisioned as a business whose profits would fund the university. The cemetery actually extended further than was then known, as the builders discovered when they began excavating to lay the foundation of the new hotel. The mufti sought to change the purpose of the waqf, endowed by Salah al-Din after his siege of the city in 1187 in order to build the campus, including the hotel. Thus, despite the fact that he worked closely with Jews while he was leading the Arab Higher Committee’s building program, early on his attitude towards them changed. He also rejected and dissolved the secular-nationalist Moslem-Christian Associations and began emphasizing the idea that the Palestine was waqf   —the possession of the Muslim ummah in perpetuity. In the absence of Muslim sovereignty during the Mandate, he merged the idea of waqf, the kind of property that the Muslim authorities had administered before 1917, with the idea of state land (timar), a factor in 1837 but no longer.

Amin began collaborating with Hassan al-Banna, considered the father of the MuslimBrotherhood, in 1935. The mufti thus articulated the idea that Palestine itself is a “waqf” sometime between 1929, when the Palace Hotel opened, and 1935, when they founded theMuslim Brotherhood in support of the Arab Higher Committee’s opposition to Zionism. Hajj Amin was able to rally a force of about two thousand Egyptian Muslim Brotherhood volunteers who fought in the Negev against the nascent Israeli state, and to field a Palestinian militia under the leadership of Qassam al-Ahmad, who was killed at Qastel and who has become the eponymous inspiration for the armed brigade of Hamas today. Following the Mandate Period, the administration of Muslim institutions in Palestine shifted to the Transjordanian Ministry of Religious Foundations. Transjordan had de facto sovereignty over al-Haram al-Sharif  (aka the Temple Mount) and paid the salaries of the Muslim officials employed in the Islamic court. The Muslim Brotherhood became the channel for Salafi ideas during this time. Outlawed for decades in Egypt and Syria, after1948 clandestine cells operated in Muslim towns and villages in the West Bank and Gaza under Jordanian rule, even when the cells in Egypt and Syria were practically wiped out. However, as a result of the 1948 war, Transjordan took possession of the Temple Mount and the administration of waqf properties and the Islamic courts in the West Bank as protector and guardian of the Haram al-Sharif in Jerusalem and Haram al-Khalil in Hebron in 1950. Thus the Hashemite dynasty administered the Islamic institutions in Jerusalem until1988, when King Hussein relinquished his sovereign claim to the Palestinian National Authority. In 1964, President Gamal abd al-Nasser, Egypt, created the Palestinian Liberation Organization to fight a guerilla war against Israel. The PLO’s Muslim leadership included 

members of the Muslim Brotherhood, but the majority were secular nationalists, many of whom were nominal Christians. For the next thirty years, the PLO waged battle ostensibly with the support of the majority of all Palestinians, and, although the corruption and authoritarian nature of Arafat’s rule became well-known, they were willing to overlook his flaws in order to present a unified front against Israel, to share in his increasing power and international status, and to hold onto some sense of dignity. Egypt took over the Gaza Stripin 1948 using what Nasser claimed was the “State of Palestine” to infiltrate groups of Palestinian fighters into Israel until his ignominious defeat in 1967. In the 1970s and early 80s, Israel permitted Saudi Arabia to fund an alternative group of Muslim administrators and officials, which eventually led to the establishment of the Islamic Resistance Movement, HAMAS, as the Gazan branch of the Muslim Brotherhood.

 HAMAS emerged as an alternative to the failed policies of the Palestinian LiberationOrganization, FATAH in the late 1980s. For the employees of the court, like manyPalestinian Muslims, many of whom were sympathetic to, if not members of the MuslimBrotherhood, this was an exciting development, an opportunity for those who had remainedunder Israeli occupation to regain some of the power that the “outsiders” –the PLO—hadasserted over them, the “insiders” who had steadfastly endured under the Israeli“occupation.” Discussions surrounding the disposition of Saudi Arabian charity from the PLO via SAMED—the “Steadfastness Fund” which provided social services to the Palestinian poor, widows, and orphans, and the sick—to the nascent HAMAS organization were intense. SAMED: Palestinian Martyrs Works Society – established in 1970 to provide vocational training to the children of Palestinian martyrs; played an important role – in the1970s and 1980s, and especially during the First Intifada – in the economic and social welfare infrastructure of the Palestinian communities. The emergence of HAMAS in the mid-1980s resulted from a Faustian bargain the Israelis made with the Saudis, allowing them to build mosques and provide social servicesthrough funds and personnel as a counterbalance to the PLO. Some people even suspectthat an Israeli agent helped to name the movement—pronounced in Hebrew as “

KHamas,” which means “terror” –to make the message clear. Dividing the Palestinians along ideological lines certainly has been advantageous to those Israelis and Palestinians who oppose negotiating a settlement. The homicide bombings and their inevitable reprisals have made Palestinians and Israelis pay a heavy price for this political decision. The resulting polarization has hastened the re-Islamicization of Palestinian society. It has also prevented the PLO from achieving any tangible political goals and reignited virulent anti-Semitism.Popular Palestinian frustration with the corrupt and ineffective PLO, exiled into seeming oblivion in Tunis in 1982, particularly in the years before the First Intifada of the Stones (1987-2002), enabled HAMAS to emerge in 1986 as the most robust political rival to the PLO.

On July 28, 1988 King Hussein of Jordan relinquished the Hashemite claim to Jerusalem, as well as the right to govern the West Bank or the Palestinians. The Islamic court employees were now to be paid by the PLO, preparing the way for the Palestinian National Authority, led by the PLO, to take over the administration of Islamic institutions in Jerusalem. Weakened by the war in Lebanon, its Tunisian exile, and the fall of the SovietUnion in 1989 the PLO committed itself to the peace process just as HAMAS began to emerge as a political force. Meanwhile, during the Iraq War of 1990, Arafat had thrown his support behind Saddam Hussein, thereby incurring the wrath of Saudi Arabia. After a short period of time, during which there were two parallel groups of Muslim officials in the PNA, one Jordanian-trained and one Saudi-trained, the Palestinians chose the Saudis in order to placate them. These developments solidified the position of HAMAS in Palestinian Islamic institutions, and explain the intricate connections between FATAH/PNA and HAMAS during the al- Aqsa Intifada in the early 2000s. What the Israelis did not expect was the cooptation of the Islamists by the PLO, which lasted until the death of Arafat. The Al-Aqsa Intifada of 2000 was characterized by a vicious cycle of suicide bombings and Israeli reprisals, which, along with the corruption and tyranny of Arafat, destroyed law and order in the territories. With his passing, the time had come for HAMAS to challenge its “brother” resistance movement by leveraging Iranian support via Syria. The resulting complete breakdown of civil society in Palestine was the tragic legacy of the Oslo Peace Process. Eventually, to the horror of Palestinian moderates who supported a two-state agreement with Israel, including many members of the PLO, an overwhelming majority democratically elected HAMAS to power in Gaza January 6, 2006. Under the shadow of an increasingly belligerent Iran, a belated, and failed, Saudi attempt to forge a moderate coalition of the PLO and HAMAS was followed by the brutal expulsion of the PLO from Gaza on June 15, 2007. HAMAS is now completely under the control of Tehran, according to former Palestinian Foreign Minister Ziyad Abu Amr, the Palestinian scholar-diplomat who failed to convince HAMAS to recognize Israel and engage in diplomacy under the aegis of Saudi Arabia.

 The ideology that has driven Israeli policy in Jerusalem and the West Bank for more than four decades, especially the suppression of the emergence of municipal self-government in the Arab villages of East Jerusalem and the neglect of the Arab inhabitants in the Occupied Territories, has undermined moderate Palestinians who sought a negotiated peace. The Second Intifada resulted in the breakdown of Palestinian society, including its legal,political, and social institutions. The violence of the Israeli response has radicalized the Palestinians even more, because the deaths of many innocent victims—family members, friends, and neighbors—who now include everyone in Gaza— are indelibly imprinted inPalestinian minds. The re-Islamicization of the conflict, enabled by the belief that their only alternative is armed struggle is almost universal among both Muslim and Christian Palestinians that I spoke with during my most recent trip to Bethlehem. The first, theIntifada of the Stones, began as a non-violent tax revolt in Bethlehem soon turned violent when Islamists took control of the narrative. The catastrophic Islamist Al-Aqsa Intifada,characterized by the collaboration of the PLO with HAMAS, has just barely been quelled on the West Bank, where the PNA is achieving a semblance of law and order. However, the foreboding calls for “Days of Rage” called for by members of the Palestinian cabinet illustrate how easily the current campaign of non-violence could easily dissolve into another armed uprising. However, there is another dimension to this situation.
Since the establishment of the State of Israel in 1948 and the “Nakba” (“Catastrophe”) in which 600,000 Christian and Muslim Arabs lost their homes, the Palestinian national movement was basically secular. It is still politically incorrect to focus on sectarian identities in discussing Palestinian politics, primarily because Palestinian Christians desire to be understood as in fraternal solidarity with Muslim Palestinians against Zionism. The ahistorical claim that Palestine is waqf  however, now represents a very real threat to the historically Christian communities on the West Bank and in Jerusalem. In March 2010, Palestinian activists are resurrecting the 1970s/80s concept of “sumud” (“solidarity”) to frame the third, ostensibly non-violent, “Al-Quds” (“Jerusalem”) Intifada, which has been called in the wake of Israeli settlement projects in East Jerusalem. As Asma Afsarrudin, Associate Professor of Arabic and Islamic Studies at the University of Notre Dame has rightly asserted, …although the system of dhimma (literally, protection) extended to Jews and Christians was considered sufficiently humane in pre-Modern Muslim societies, today it would rightly be considered as plainly discriminatory and unjust within the modern state system, which defines citizenship not by faith but on the basis of birthplace and residence. This view, however, is under direct attack by HAMAS, which seeks to establish an Islamic state governed by Islamic law. Following the April 2, 2002 takeover of the Church of the Nativity in Bethlehem by the al-Aqsa Martyr’s Brigade/Tanzim and the punitive Israeli attacks on that town during the duration of the Al-Aqsa Intifada, the position of moderates in the West Bank became extremely tenuous. With the takeover of HAMAS in Gaza, the situation deteriorated completely. And, as Benny Morris argues, the maximalist Muslim position, that all Palestine is waqf, is at its heart the same jihadist position that has characterized Arab opposition to Israel all along.

V. Alternative Interpretations

War between Muslims and Jews is not inevitable. Muslim moderates are challenging the ideologically-driven Islamist apologetic against Israel. The most important one is Imam Abdul-Hadi Palazzi, Secretary-General of the Italian Muslim Association and Director of the Institute of the Italian Islamic Community, who has been calling for a revitalization of traditional Sunni Islam. He has taken aim at the historical amnesia of the Islamist movement.

In his response to the 2001 statement made by the mufti of Jerusalem denying Jewish ties to the Haram al-Sharif, Palazzi wrote that Sabri “is representative of those [Muslims] who repudiate “… the Jewish heritage [of Islam] as a whole, with the clear attempt even to remove it from historical memory.” Muslims are so ignorant of their own history that they are “really inclined to take these words for granted, notwithstanding the fact that they contradict both historical evidence and Islamic sources.” He argues against the Salafi claim that Palestine is an Islamic waqf by revisiting the issues surrounding the Night Journey. To remember the historical milieu compels every sincere observer to admit that there is no necessary connection between al-Miraj and sovereign rights over Jerusalem since, in the time when the Prophet… consecrated the place with his footprints on the Stone, the City was not a part of the Islamic State – whose borders were then limited to the Arabian Peninsula – but under Byzantine administration. Moreover, although radical preachers try to remove this from exegesis, the Glorious Quran expressly recognizes that Jerusalem plays for the Jewish people the same role that Mecca has for Muslims. We read in Surah al-Baqarah: “…They would not follow thy direction of prayer (qiblah), nor art thou to follow their direction of prayer; nor indeed will they follow each other’s direction of prayer….” All Quranic annotators explain that « thy qiblah » is obviously the Kaabah of Mecca, while « their qiblah » refers to the Temple Site in Jerusalem. To quote just one of the most important of them, we read in Qadi Baydawi’s Commentary: “Verily, in their prayers Jews orientate themselves toward the Rock (al-Sakhrah), while Christians orientate themselves eastwards….” Palazzi concludes that the Quran reveals the Jewish connection with Jerusalem. As opposed to what sectarian radicals continuously claim, the Book that is a guide for those who abide by Islam—as we have just now shown—recognizes Jerusalem as Jewish direction of prayer…. After…deep reflection about the implications of this approach, it is not difficult to understand that separation in directions of prayer is a mean[s] to decrease possible rivalries in [the] management of [the] Holy Places. For those who receive from Allah the gift of equilibrium and the attitude to reconciliation, it should not be difficult to conclude that, as no one is willing to deny Muslims…complete sovereignty over Mecca, from an Islamic point of view… there is not any sound theological reason to deny an equal right of Jews over Jerusalem. Other Muslims are challenging the HAMAS/Muslim Brotherhood’s doctrines on Israel to show that the Qur’an recognizes that God has given the Jews Jerusalem as an eternal bequest.

There is an alternative Muslim narrative regarding the Jews and the Muslims of these small settler enclaves is to proclaim Jewish superiority everywhere, while disrupting the tissue of co-existence that depends on leaving Palestinians spaces of their own. Israelis often protest Palestinian complaints that Israel really doesn’t want peace. Wahrman helps us to see why the Palestinians believe this. In every case the government and the municipality – currently run by a right-wing mayor, Nir Barkat, who seems all too eager to stoke any fire that comes his way – put forth arguments that supposedly justify the invasion. Some are legal arguments about ownership, sometimes going back eighty years (as in the case of Sheikh Jarrah) and sometimes based on a recent purchase (as in the case of the Shepherd Hotel). Some are historical arguments, mobilizing traditional Jewish associations of those particular spots – partly true, partly invented or stretched – to buttress a claim from times immemorial. But the goal, the methods, and the consequences are always the same: an intrusive encroachment into Palestinian space, eyesore houses emblazoned with Israeli flags, aggressive settlers that often seek confrontation with the neighboring Palestinians, and a permanent disruptive presence of Israeli military and police that inevitably follow the settlers. That the legal argument is but a veneer is demonstrated by the fact that ever since the incongruous high-rise intrusion into the Palestinian village of Silwan, named by the settlers “Yehonatan House,” was declared by Israeli courts illegal and due for immediate demolition, Jerusalem’s mayor has openly defied this ruling. Wahrman writes, “In terms of sheer damage to co-existence in a complicated city, therefore, twenty units in Sheikh Jarrah sow more immediate hatred than 1600 units in Ramat Shlomo.” And he is right. The propoganda value of such policies is great. Last fall, the Holy Land Christian Ecumenical Foundation invited a 16-year old Muslim girl whose entire family had been evicted from their home and was now living in the street to speak at a conference on Arab-Jewish relations. They young girl described in great detail how she and her family lived their lives day-to-day, trying to go to school and work while living on the street. Anecdote upon anecdote builds up the dossier against Israel’s infringements upon the human rights of the Palestinian people.

Wahrman argues against the assertions of Ambassador Harrop and authors Chesin, Hutman and Melamed, writing, To present such aggressive acts as a continuation of the policies of Israeli governments over 43 years is simply untrue. Until recently, Israeli governments carefully avoided such conflicts, and thus allowed Jewish-Arab coexistence in the Holy City to remain surprisingly resilient in the face of many challenges during the first generation after 1967. Efforts to disrupt this pattern began by individuals and small groups, often with private American funding. Their intensification over the last decade and a half has largely flown under the radar, despite being a development with momentous consequences (much greater, say, than those of the settlement ‘outposts’ that have received so much attention). Their protestations of innocence notwithstanding, the support for this game-changing policy from Netanyahu’s government together with the zealous mayor of Jerusalem is unprecedented. Wahrman finds the current Israeli government to blame for the deterioration of Israeli-Palestinian relations in Jerusalem. Netanyahu’s government is deliberately undermining this balance and rapidly changing the urban circumstances, thus rendering a compromise less and less likely. As it turns out, counter to Netanyahu’s claims, these actions are not in the Israeli vaunted “Consensus.” Even at this juncture when the left in Israel is unprecedently [sic] weak, many Israelis (42% according to a recent poll) oppose these new Israeli policies and support a complete freeze of Israeli construction in East Jerusalem. The U.S. should not let manipulative rhetoric about the eternal city and 3000 years of history obfuscate the actual intersection of historical and geographic facts, nor stand in the way of the policy conclusions that must be drawn from them. However, taking the larger view, which includes not only the municipality of Jerusalem, but the issue of settlements and Israeli “heritage sites” in East Jerusalem, the West Bank, and Gaza, and the entire course of the conflict, it is not only the Jerusalem municipality or Israel’s policies regarding the Palestinians which is to blame for the current impasse. The Palestinians’ continued willingness to support violent action against Israel, and their continued hope for a one state solution, has resulted, contrary to all reason, to support for HAMAS. Emboldened by its defeat of FATAH in Gaza in 2007, and backed by an extraordinarily aggressive Iran, the maximalists again are threatening to lead the Palestinian remnant to their complete destruction. All attempts to convince the Palestinians to abandon jihadist ideology have failed, despite the fact that the Arab world is ready to accommodate Israel in the current Middle Eastern state system.

Recent calls for a bi-national, secular state instead of a two-state solution are distractions from the real issues at hand. Improving the living conditions of the Palestinian people, fostering the development of municipal and national government in Gaza and the West Bank, and fighting against Islamist opportunism are goals that can be achieved under the shadow of the Iranian threat. Only on the micro-level can political progress be made. The conflict has to become localized. Only by rejecting the regionalization of the political issues facing the Palestinian and Israeli conflict can the international threats on the macro-level be challenged. The general squalor of the Muslim and Christian Quarters (including the Armenian Quarter) stands in contrast to the beautifully restored Jewish Quarter. The municipality should work with organizations seeking to preserve these monuments as a show of good faith before the radicals turn the city into a battleground. Perhaps Turkey, Egypt, Syria, and Jordan, as part of a reconceptualized peace process, could work to restore the neglected Muslim neighborhoods and monuments of Jerusalem in a bid to fend off Hamas and Islamic Jihad as they seek to cash in on Muslim anger over this neglect. Israel and her international allies could urge UNESCO to move on Jordan’s nomination of the Old City of Jerusalem as a World Heritage site, and invite international investment in the restoration of neglected treasures. Building a few playgrounds might prevent the march to making Jerusalem a battlefield once again. In 2009, the Palestinian academic, intellectual, and cultural communities attempted to celebrate Jerusalem’s Arab identity, but Israel frustrated these of these small settler enclaves is to proclaim Jewish superiority everywhere, while disrupting the tissue of co-existence that depends on leaving Palestinians spaces of their own. Israelis often protest Palestinian complaints that Israel really doesn’t want peace. Wahrman helps us to see why the Palestinians believe this. In every case the government and the municipality – currently run by a right-wing mayor, Nir Barkat, who seems all too eager to stoke any fire that comes his way – put forth arguments that supposedly justify the invasion. Some are legal arguments about ownership, sometimes going back eighty years (as in the case of Sheikh Jarrah) and sometimes based on a recent purchase (as in the case of the Shepherd Hotel). Some are historical arguments, mobilizing traditional Jewish associations of those particular spots – partly true, partly invented or stretched – to buttress a claim from times immemorial. But the goal, the methods, and the consequences are always the same: an intrusive encroachment into Palestinian space, eyesore houses emblazoned with Israeli flags, aggressive settlers that often seek confrontation with the neighboring Palestinians, and a permanent disruptive presence of Israeli military and police that inevitably follow the settlers. That the legal argument is but a veneer is demonstrated by the fact that ever since the incongruous high-rise intrusion into the Palestinian village of Silwan, named by the settlers “Yehonatan House,” was declared by Israeli courts illegal and due for immediate demolition, Jerusalem’s mayor has openly defied this ruling. Wahrman writes, “In terms of sheer damage to co-existence in a complicated city, therefore, twenty units in Sheikh Jarrah sow more immediate hatred than 1600 units in Ramat Shlomo.” And he is right. The propoganda value of such policies is great. Last fall, the Holy Land Christian Ecumenical Foundation invited a 16-year old Muslim girl whose entire family had been evicted from their home and was now living in the street to speak at a conference on Arab-Jewish relations. They young girl described in great detail how she and her family lived their lives day-to-day, trying to go to school and work while living on the street. Anecdote upon anecdote builds up the dossier against Israel’s infringements upon the human rights of the Palestinian people.

A paradigm shift is needed to thwart the Islamist threat to Israel. Below are concrete steps towards localizing the conflict and to reinvigorate the peace process that could break the cycle of despair now characterizing the region within the parameters of the Beillin-Abu Mazen plan of 1995.

Immediate Steps Within the Realm of Realpolitik and Reason: Localize Conflict Management and Resolution 1. Establish embassies in West and East Jerusalem All states having diplomatic relations with Israel should immediately establish embassies in Israel and Palestine. Arab League states establish embassies in East and West Jerusalem. Use these embassies to kick start economic development and housing in various neighborhoods. 2. Latin Patriarchate, Greek Orthodox Patriarchate, and other Christian landowners in Palestine/Israel to cooperate by developing local community development boards. 3) UNESCO overseas restoration and preservation of Islamic monuments and archeological sites. Turkey to cooperate with Israel and Palestine with historical preservation projects. 4) Educational programs for Palestinian and Israeli students focusing on holy sites throughout the land. Educational institutions currently training tour guides to spearhead these efforts, emphasizing change and continuity over time. 5) Truth and Reconciliation commissions to document and memorialize history. Institutions of higher learning to cooperate with education ministries. 6) UNRWA to close refugee camps throughout the Middle East. Repatriate and reimburse Arab and Jewish refugees according to their wishes—return, compensation, or memorials—on a case-by-case basis

Voir aussi:

The Anti-Terror, Pro-Israel Sheikh
FrontPageMagazine.com
Jamie Glazov

September 12, 2005

Frontpage Interview’s guest today is Sheikh Prof. Abdul Hadi Palazzi, Director of the Cultural Institute of the Italian Islamic Community and a vocal critic of militant Islam.

FP: Hello Sheikh Palazzi, welcome to Frontpage Interview. It is an honor to speak with you.

Palazzi: The honor is mine.

FP: One doesn’t find many prominent Muslim clerics today who openly denounce suicide bombings, let alone suicide bombings against Israelis. Yet you are quite vocal about supporting Israel’s right to exist. Tell us why, as a Muslim, you have come to this disposition and why you have received so much criticism from certain elements of the Muslim community for it.

Palazzi: As a scholar of Islamic Law, I believe that Islam permits wars under certain conditions (i.e., it permits some soldiers to fight against other soldiers when ordered to do so by the State), but strictly forbids taking military initiatives by individuals, groups or factions (which is referred as « fitnah », i.e., sedition), strictly forbids targeting civilians and strictly forbids committing suicide. Consequently, as a Muslim scholar, I must necessarily condemn suicide bombing as a matter of principle, irrespective of who the victims are. I am obliged to say that a suicide bomber is by no means a martyr of Islam, but a criminal who dies while committing acts which Islam views as capital crimes.

Regarding Israel, I beg your pardon but may I ask you to please consider refraining from speaking of Israel’s « right to exist. » Affirming Israel’s « right to exist » is as unacceptable as denying that right, because even posing the question of whether or not the Children of Israel (Jews) — individually, collectively or nationally — have a « right to exist » is unacceptable. Israel exists by Divine Right, confirmed in both the Bible and Qur’an.

I find in the Qur’an that God granted the Land of Israel to the Children of Israel and ordered them to settle therein (Qur’an, Sura 5:21) and that before the Last Day He will bring the Children of Israel to retake possession of their Land, gathering them from different countries and nations (Qu’ran, Sura 17:104). Consequently, as a Muslim who abides by the Qur’an, I believe that opposing the existence of the State of Israel means opposing a Divine decree.

Every time Arabs fought against Israel they suffered humiliating defeats. In opposing the will of God by making war on Israel, Arabs were in effect making war on God Himself. They ignored the Qur’an, and God punished them. Now, having learned nothing from defeat after defeat, Arabs want to obtain through terror what they were unable to obtain through war: the destruction of the State of Israel. The result is quite predictable: as they have been defeated in the past, the Arabs will be defeated again.

In 1919, Emir Feisal (leader of the Hashemite family, i.e., the leader of the family of the Prophet Muhammad) reached an Agreement with Chaim Weizmann for the creation of a Jewish State and an Arab Kingdom having the Jordan river as a border between them. Emir Feisal wrote, « We feel that the Arabs and Jews are cousins in race, having suffered similar oppressions at the hands of powers stronger than themselves, and by a happy coincidence have been able to take the first step towards the attainment of their national ideals together. The Arabs, especially the educated among us, look with the deepest sympathy on the Zionist movement. »

In Feisal’s time, none claimed that accepting the creation of the State of Israel and befriending Zionism was against Islam. Even the Arab leaders who opposed the Feisal-Weizmann Agreement never resorted to an Islamic argument to condemn it. Unfortunately that Agreement was never implemented, since the British opposed the creation of the Arab Kingdom and chose to give sovereignty over Arabia to Ibn Sa’ud’s marauders, i.e., to the forefathers of the House of Sa’ud.

When the Saudis started ruling an oil rich kingdom, they also started investing a regular part of their wealth in spreading Wahhabism worldwide. Wahhabism is a totalitarian cult which stands for terror, massacre of civilians and for permanent war against Jews, Christians and non-Wahhabi Muslims. The influence of Wahhabism in the contemporary Arab world is such that many Arab Muslims are wrongly convinced that, in order to be a good Muslim, one must hate Israel and hope for its destruction.

Incidentally, in countries where Wahhabism did not spread, this idea is not rooted. Most Muslims in Turkey, India, Indonesia, or the former Soviet Union do not believe at all that a good Muslim must necessarily be anti-Israel. To give some relevant examples, the leading Muslim scholar and former President of Indonesia, Shaykh Abdurrahman Wahid, is on friendly terms with Israel and also visited leaders of Jewish organizations in the United States. The Mufti of Sierra Leone, Sheikh Ahmed Sillah, is also a friend of Israel, as is the Mufti of European Russia, Sheikh Salman Farid.

An organization called « Muslims for Israel » was recently founded in Canada. Voicing pro-Israeli points of view obviously causes negative reactions from Wahhabi groups and Muslims influenced by Wahhabism. However, while those people verbally attack and circulate the most astonishing fabrications about me, I also receive encouragement and support from pro-Israel Muslims living in different parts of the world.

While visiting Israel, I was welcomed by a delegation of heads of Arab villages in the Jerusalem area. They were telling me how much they like living in Israel, and how much they fear being transferred to PLO rule. Many of the Arab inhabitants of Gush Katif today share the same feeling. They say, « Israelis give us jobs and an opportunity to live in peace. What kind of future awaits us under PLO? » I am sure that, were they free to speak and able to see the reality beyond propaganda, many more Arab Muslims would support my positions.

Irshad Manji, a pro-Israeli Muslim journalist from Canada, tells that some Muslims support her openly, yet many more Muslims tell her, « We are with you, but are afraid to tell it. » The same happens to me in Italy, or when I visit Israel. As one knows, being anti-Israeli has become « politically correct » among Arabs. People are afraid to oppose what is « politically correct » even when they live in a democracy. What can one expect from those who live under totalitarian regimes and who have no access to a free press, but to governmental propaganda only? The world should give pro-Israeli Muslims a chance. We owe this to the memory of Anwar Sadat, martyred by those same Wahhabi terrorists who today spread terror everywhere.

In 1996, the Islam-Israel Fellowship of the Root & Branch Association was co-founded by myself and Dr. Asher Eder to promote cooperation between the State of Israel and Muslim nations, and between Jews and Muslims in Israel and abroad, to build a better world based upon a proper Jewish understanding of the Tanakh (Bible) and Jewish Tradition, and upon a proper Muslim understanding of the Qur’an (Koran) and Islamic Tradition. I recommend to FrontPage readers « Peace is Possible between Ishmael and Israel according to the Qur’an and the Tanach (Bible) » by Dr. Eder, with a Foreward by myself, which may be found at [www.rb.org.il ]. I also welcome your readers to visit my website at [ http://www.amislam.com ].

FP: Thank you Sheikh Palazzi. Tell us, if you believe in the life of the soul after death, where does the soul of the suicide bomber go?

Palazzi: Everyone who dies while committing capital sins such as suicide and murder will enter hellfire, except for the one who repents before death catches him. As for the one who dies without repenting for a capital sin — while having a correct doctrinal belief and believing that his sin was a sin — he will dwell in hellfire until his sin is expiated, or even less because of the eventual intercession of Prophets and pious people. However, those who die without repenting for a capital sin and without even believing it is a capital sin, will be denied entrance to heaven, and will dwell in hellfire as long as God wishes. However, God’s mercy is such that it completely prevails over his wrath, to the point where hellfire ultimately becomes an abode of relief.

In Islam, both murder and suicide are capital sins about whose nature no Muslim can either doubt or claim ignorance. Every Muslim must know that committing suicide and murder are forbidden in Islam, exactly as every Muslim knows that daily prayers are five, that the month of fasting is Ramadan, that the destination of pilgrimage is Mecca, etc.

Consequently, the one who dies as a suicide bomber and who does so while wrongly believing that his action is in accordance with Islam, actually dies without having correct doctrinal faith and without any opportunity of repentance, and consequently will permanently dwell in hellfire and will never be admitted to heaven. Denying that suicide and murder are capital sins in Islam represents a lack of correct doctrinal faith according to the Shari’a.

FP: Kindly relate to us your experience at the University of California in Santa Barbara on March 4, 2004, when you came on campus and denounced terrorism. Many Muslim students from the Muslim Students Association at UCSB tried to shout you down. What happened and what do you make of it?

Palazzi: In reality, those who opposed my visit at UCSB were a small group of students, mostly related to the local Muslim Student Association (MSA; i.e., to the student branch of the Wahhabi Muslim Brotherhood). I invited them to be involved in the debate, to explain the reasons why they opposed my visit and/or the contents of my speech.

However, they were not in the least interested in real debate and discussion. They only shouted some slogans and left the hall. Other Muslim students, not related to the MSA, on the contrary appreciated my visit, and together with non-Muslim students went on asking me questions privately even after the public debate was over. Apart from that small group of vociferous opponents, both Muslim and non-Muslim students at UCSB were friendly and interested in thoughtful discussion of issues.

FP: Can you illuminate for us the humane and tolerant side of Islam?

Palazzi: In contrast to Wahhabism, which is a religion of terror, coercion and violence, Sunni Islam is a religion of peace and tolerance. A Muslim is called to be a loyal citizen of the country in which he lives, on the condition that the State does not deny his basic religious freedom and does not compel him to accept another religion by force. If the government is in other respects tyrannical, corrupt, oppressive, etc., a Muslim may seek redress through established legal channels, without resort to sedition or violence. If he thinks government oppression is unbearable, he must migrate elsewhere. This is the case regardless of whether or not Muslims are a majority or a minority, or the ruler is a Muslim or a non-Muslim.

Sunni Islam recognized different forms of efforts to support Islam (jihad), and acknowledges a military form of jihad. In the Sunni understanding, military jihad can only be undertaken by an Islamic State. Muslims may not initiate armed conflicts on their own initiative, but only after the head of an Islamic State has formally declared war against another state which oppresses Muslims or denies their religion freedom. Islamic sources foresaw that the Islamic State (Caliphate) would cease to exist, and that Muslims and non-Muslims alike would be ruled for a period of history by secular states alone.

According to Sunni belief, the Caliphate will be restored in messianic times, by Imam al-Mahdi, and not by politicians or military leaders. As long as Imam al-Mahdi is not present, no restoration of the Caliphate is possible, and without a Caliphate military jihad is impossible. The only legitimate jihad in our time is not-military jihad, i.e., competing with non-Muslims in good deeds, such as creating a better world and establishing enduring peace.

Wahhabis simply take words used in Islamic Law and apply them against Islamic Law itself. In Islamic Law, terrorism is a sin, and suicide another sin. Wahhabis call « jihad » acts of suicide terrorism and « martyrs » those who die while committing them. With regard to murder and suicide, the conflicting positions of Sunni Islam and Wahhabism are fundamental and irreconcilable.

FP: Tell us a bit about your upbringing and your own intellectual and spiritual journey? Who were some mentors/figures who influenced you? Has your philosophy and outlook always been the same or has it changed over the years? Tell us about a matter about which you have changed your mind or have had second thoughts over the years.

Palazzi: I was born in Rome into a non-observant Muslim family, having no special interest in religion. At that time, there existed in Italy no Muslim organization and no religious facilities. Apart from some Arabic words and some knowledge of major Islamic holidays, I received no formal religious education. Even so, since my youth I was interested in spirituality and metaphysics, and this led me to study philosophy at the State University of Rome.

During that period, I felt a need to rediscover my Islamic roots. After completing my secular education I moved to Cairo, wherein I studied at al-Azhar Islamic University. In Cairo, I had the opportunity to study under the best teachers. At that time, al-Azhar was not, as it is today, a nest of Wahhabi and neo-Salafi fanatics and extremists, but was still a center of traditional Islamic learning.

While living in Cairo, I also had the opportunity to study Sufism, the mystical tradition of Islam, under my main teachers, Sheikh Ismail al-Azhari and Sheikh Hussein al-Khalwati. I also benefited from the opportunity to study under the then Mufti of Egypt, the late Sheikh Muhammad al-Mutawali as-Sha’rawi, the one who convinced Sadat to make peace with Israel and who went with him to Jerusalem to pray in the al-Aqsa mosque.

When I came back to Rome, I met other Muslims sharing my attitude, and together we established the organization which today is called the Italian Muslim Assembly. While a teenager, I studied different ideologies and philosophies, and was to a certain extent influenced by them. However, after my stay in Cairo, I considered my basic period of intellectual and spiritual formation completed. My spiritual philosophy has remained more or less the same until today.

FP: What did you think about Pope John Paul II? What do you think of the new Pope?

Palazzi: I think the late Pope John Paul II was a contradictory personality. He made some decisions which were extremely progressive (interfaith meetings, visits to mosques and synagogues, etc.), but his individual theology was nevertheless extremely conservative and from a certain point of view naive. He publicly asked forgiveness for crimes committed by the Church against Jews, but afterwards canonized some very controversial personalities, such as his predecessor Pius IX (one of the most implacable enemies of democracy in the history of humanity), and even pro-Nazi Croatian Cardinal Stepinac.

John Paul II took no steps to censor priests and bishops who scandalously cooperated with mass-murderers such as Saddam Hussein or Yasser Arafat, and refused to take a clear position about bishops involved in covering up the scandal of pedophile priests. He approved the war in Kosovo to free the oppressed population from Milosevic, but had no courage to support the war for the liberation of Iraq from Saddam Hussein. The refusal of John Paul II to « bless » the international Coalition fighting for the liberation of Iraq is something I as a Muslim can hardly forgive, as I cannot forget Catholic organizations marching together with Communists and neo-Nazis « against Bush’s war » and objectively in support of Saddam’s regime.

On themes such as birth control and embryology John Paul II’s mentality was totally obscurantist and medieval. He compared abortion to massacres committed by Nazis and Communists. He promoted dialogue between the Church and non-Catholic religions, but permitted Cardinal Ratzinger (now Pope Benedict XVI) to silence theological debate and dissent within the Catholic Church itself.

From a political point of view, John Paul II supported a direct and constant interference of the Church in the affairs of European States, especially Italy. Many Italians, even practicing Catholic Italians, were disappointed by the idea of a foreign (in this case Polish) pope who interfered with the dialectic of majority rule and minority opposition in our country, and considered it a gross infringement of our national sovereignty.

To conclude, I must say that the pontificate of John Paul II was characterized by light and darkness. Positive elements were counter-balanced by many negative ones.

As for Benedict XVI, taking into consideration the documents he signed when he was President of the Congregation for the Doctrine of the Faith (formerly known as the « Sacred Congregation of the Universal Inquisition »), he seems to be even more conservative than was John Paul II, and even less inclined to tolerate theological pluralism inside the Catholic Church. In one these documents, the « Dominus Jesus » Declaration, the then Cardinal Ratzinger explained that « interfaith dialogue must be understood as a part of the missionary activity of the Catholic Church. » The same document openly says that non-Catholic religions are « seriously defective » from a theological and ethical point of view.

All this is not encouraging at all. We have a Pope, Benedict XVI, who simply rejects the notion of pluralism. He does not see the Catholic Church as an element of society which must co-exist with other elements on a basis of equality and dignity, but sees the Catholic Church as the master which must educate society.

According to the approach of Benedict XVI, religions do not represent different spiritual perspectives, each of which can make its unique contribution to help us partially understand the mystery of God. Benedict thinks the truth about God is already known, and the Pope (i.e., himself) is the only authorized interpreter of that truth. Catholics and non-Catholics alike must simply be educated by the one (i.e., himself) who represents that truth on earth.

Dialogue is not seen as an end in itself, but only as a tool to bring non-Catholic religions more in line with Catholicism. With regard to the attitudes of past Popes such as John XXIII and Paul VI, Benedict XVI seriously risks nullifying the results of the Second Vatican Council and returning Catholic theology to what it was at the time of the Counter Reformation.

Ratzinger, therefore, is a Pope who preaches a totalitarian understanding of religion, and incidentally is also the first Pope to have participated in a Nazi German youth movement. Perhaps this past will not affect relations with Jews, but Benedict recently chose not to mention Israel by name in a public statement of solidarity with nations that recently suffered terrorist attacks. When the Israeli government protested this omission, the reaction of the Press Office of the Holy See was arrogant, condescending, and dismissive, adding insult (a sin of commission) to the original injury (a sin of omission), especially when one considers that the omission was committed by a Bavarian Pope who was both a member of a Nazi German youth movement and a soldier in the Nazi German Wehrmacht.

FP: You are, of course, right about some of these things. I guess I will just say that Pope John Paul II was an incredible human being who provided crucial and meaningful spiritual leadership during a tumultuous time. His job was not to run a popularity contest. I think in some ways he was a very holy man and brought much light to a dark world. He was firm in several areas where it was necessary to be firm. And, of course, he played a tremendous role in the crumbling of an evil empire.

The hype that the media went on about Benedict XVI being in the Nazi German youth movement is also a vicious and dirty cheap shot. Pope XVI was never a Nazi and everyone knows it. All German boys at that time were forced to become members of the Hitler Youth – and so was he. This Pope has made it clear years ago how his faith showed him the evil of Nazism and anti-Semitism.

Palazzi: Although « all German boys at that time were forced to become members of the hitler youth, » the young Joseph Ratzinger nevertheless volunteered for a combat unit of the Hitler Youth. This circumstance is confirmed by the Vatican press office. Of course, we are dealing with a teenager living in a period when Nazi indoctrination was systematic, but at least during that period Joseph Ratzinger was a convinced Nazi who chose to join a military unit fighting against the Allies. I do not doubt that his faith showed him the evil of Nazism and anti-Semitism, but this happened after World War Two was over, not before.

FP: Well, Sheikh Palazzi, the evidence suggests that the Pope volunteering for a combat unit is simply untrue and that is why the Pope evaded people who were trying to force him to « volunteer » for a combat unit by declaring his intent to become a priest. There is no trace to the assertion that the Vatican Press Office confirmed the opposite. Ratzinger received a dispensation from the Hitler Youth because of his religious studies and he deserted the German army. He never attended any Hitler Youth meetings and his seminary professor secured the paper « proving » his attendance on his behalf.

And it is this upon this falsehood that you frame your further assertion that Ratzinger was at that time a « convinced Nazi » — which is, with all due respect, simply a historical falsehood and a personal slander. His own word, and those of all who knew him and his family, says otherwise: that he and his whole family were anti-Nazis. There is no trace of Nazism in anything Ratzinger has ever done since the war, and it seems that many people are just trying to smear him and his theological conservatism – quite an unworthy thing to do.

In any case, let’s get back to the terror war. What is the best way for the West to fight it? What do you think of the American liberation of Iraq?

Palazzi: To win a war, one must identify who the enemy is and neutralize the enemy’s chain of command. World War Two was won when the German army was destroyed, Berlin was captured and Hitler removed from power. To win the War on Terror, it is necessary to understand that al-Qa’ida is a Saudi organization, created by the House of Sa’ud, funded with petro-dollar profits by the House of Sa’ud and used by the House of Sa’ud for acts of mass terror primarily against the West, and the rest of the world, as well.

Consequently, to really win the War on Terror it is necessary for the U.S. to invade Saudi Arabia, capture King Abdallah and the other 1,500 princes who constitute the House of Sa’ud, to freeze their assets, to remove them from power, and to send them to Guantanamo for life imprisonment.

Then it is necessary to replace the Saudi-Wahhabi terror-funding regime with a moderate, non-Wahhabi and pro-West regime, such as a Hashemite Sunni Muslim constitutional monarchy.

Unless all this is done, the War on Terror will never be won. It is possible to destroy al-Qa’ida, to capture or execute Bin Laden, al-Zarqawi, al-Zawahiri, etc., but this will not end the War. After some years, Saudi princes will again start funding many similar terror organizations. The Saudi regime can only survive by increasing its support for terror.

Saddam’s regime was one of the worst criminal dictatorships which existed in this world, and destroying it was surely a praiseworthy task for which, as a Muslim, I am thankful to President Bush, to the governments who joined the Coalition and to soldiers who fought in the field. Destroying the Taliban regime in Afghanistan and the regime of Saddam Hussein in Iraq were surely praiseworthy tasks, but I regret that focusing on these secondary enemies was — for the White House — a way to obscure the role of the world’s main enemy: the Saudis.

FP: What do you think of President Bush?

Palazzi: I am extremely disappointed with him. I hoped that — after Saudi terrorists attacked the U.S. on 9/11 — this would necessarily cause a radical revision in U.S.-Saudi relations. The first action a U.S. President had to do after such a criminal attack as 9/11 was to immediately outlaw Saudi-controlled institutions inside the U.S. and acknowledge that viewing Saudis as « friends » was a mortal sin representing sixty years of failed U.S. foreign and economic policy.

U.S. governmental agencies have plenty of evidence about the role of the House of Sa’ud in funding the worldwide terror network. U.S. citizens can even read in newspapers that some days before the 9/11 attack Muhammad Atta received a check from the wife of the former Saudi Ambassador to Washington, Prince Bandar, but unbelievably this caused no consequences. Let us consider plain facts: the wife of a foreign ambassador pays terrorists for attacks which murder thousands of U.S. citizens, and the U.S. government not only does not declare war on that foreign country, in this case Saudi Arabia, but does not even terminate diplomatic relations with that country.

On the contrary, then-Crown Prince Abdallah, the creator (together with the new Saudi ambassador to the United States, former Saudi ambassador to the United Kingdom, and Father of 9/11, Prince Turki al-Feisal) of al-Qa’ida, is immediately invited to Bush’s ranch as a honored guest, and Bush tells him, « You are our ally in the War on Terror »! Can one image FDR inviting Hitler to the United States and telling him, « You are our ally in the war against Fascism in Europe »?

Something very similar happened after 9/11. As a matter of fact, the Saudis supported Bush’s electoral campaign for his first term in office, and asked him in exchange to be the first U.S. President to promote the creation of a Palestinian State. Once he was elected, Bush refused to abide by the agreement, and the consequence was 9/11.

« We paid for your election, and now you must do want we want from you », this was the message behind the 9/11 attack. Bush immediately started doing what the Saudis wanted from him: compelling Israel to withdraw from Judea, Samaria and Gaza, in order to permit the creation of a PLO state. Western media speak of a « Road Map, » while Arab media call it by its real name: « Abdallah’s Plan. »

One hears about a U.S. President who allegedly leads a « War on Terror » and promotes the spread of « democracy » and « freedom » in the Islamic world, but the reality shows a U.S. president who — after a Saudi terror attack against the U.S. — abides by a Saudi diktat, hides the role of the Saudi regime behind al-Qa’ida and wants Israel, the only democratic state in the Middle East, cut to pieces to facilitate the creation of another dictatorial regime, lead by Arafat deputy Abu Mazen, the terrorist who organized the mass murder of Israeli athletes at the 1972 Munich Olympics.

Theoretically, Bush proclaims his intention to punish terror and to spread democracy, but the Road Map is the exact opposite of all this: it means punishing the victims of terror and rewarding terrorists, compelling democracy to withdraw in order to create a new dictatorial Arab regime. For the U.S. there is only one single trustworthy ally in the entire Middle East: Israel.

Now Bush is punishing America’s ally Israel to reward those who heartily supported « our brother Saddam », those who demonstrate by burning Stars and Strips flags and those who call America « the imperialist power controlled by Zionism ». In doing so, Bush seriously risks becoming the most anti-Israeli and anti-Jewish President in the history of the U.S.

Let us look at the impending victims of Bush’s foreign policy, at the inhabitants of Gush Katif. What is their crime? What did they do to merit deportation from their homes and the theft of their farms and businesses? They live in peace, work hard and provide jobs for thousands of Gaza Arabs. To please the Saudis, Bush wants a Judenrein Gaza, with the Jews of Gush Katif deported from their homes, their houses destroyed and even the remains of their relatives exhumed and buried elsewhere.

Were one to proclaim « Jews, for the only reason of their being Jews, must be deported from New York and forcibly resettled in New Jersey », the whole world would shout and say this is racist deportation, ethnic cleansing, violation of basic human rights, etc. Now, by supporting the infamous anti-Israeli Saudi Plan, Bush is applying the same identical principle: he accepts the idea that Jews, for the only fault of being Jews, must be deported from their homes in Judea, Samaria and Gaza, and resettled elsewhere.

Throughout history, Jews were frequently deported from country to country by Romans, Popes, Czars, Nazis, etc. Now, thanks to Bush’s policy, Jews will also be deported from Israel, and deported not by anti-Semitic regimes, but by Jews and others wearing Israeli uniforms. It is the norm for Arab dictators to conceive a political project based on ethnic cleansing and deportation of Jews, but it is simply unbelievable that a U.S. President approves such a project and compels Israel to accept it.

I am shocked to realize that a U.S. President supports ethnic cleansing of Jews from parts of the Land of Israel, and that most American Jewish organizational leaders either keep silent or even approve of this deportation plan. With the few praiseworthy exceptions of the Zionist Organization of America (Morton Klein), Americans for a Safe Israel (Herb Zweibon and Helen Freedman), National Council of Young Israel (Pesach Lerner) and a few other groups, most Jewish organizations in the U.S. collaborate with Bush’s plans against their own brothers and sisters in Israel.

The implications of the Road Map are staggering: A Jew is not like other human beings, he can be deported from place to place, according to the cynical oil drenched dictates of political opportunism. Deporting Jews and cutting Israel into pieces was the original goal of Arab dictators supported by the Soviet Union.

The U.S. has consistently opposed this racist policy and supported Israel against terrorists who wanted to destroy it. Now Bush is granting those same terrorists a victory: what was not accomplished by terror will be accomplished by the Israeli Defence Forces with the support of the United States. Saudis are able to compel a U.S. President to betray U.S. allies and to force the creation of an entity (« Palestine ») controlled by terrorists.

President Bush claims to be a Born Again Christian and also claims to read the Bible every day. The Bible says that God gave the Land of Israel as a heritage to the descendants of Abraham, Isaac and Jacob, and gave the rest of the world as a heritage to other peoples. As confirmed by the Qur’an and Islamic tradition, Abraham himself bequeathed to his descendants from Isaac the Land of Israel, and bequeathed to his descendants from Ishmael other lands, such as the Arabian peninsula.

Now descendants of Ishmael, the Arabs, have a gigantic territory extending from Morocco to Iraq. The descendants of Isaac, the Jews, on the contrary, only have a tiny, narrow strip of land. However, Arab dictators are not satisfied with their huge territory. They want more. They also want the little heritage of the Children of Israel, and resort to terror in order to get it.

U.S. Presidents have always opposed this attempt to steal from the Jewish People what God granted them. Now we have a U.S. President who claims to honor the Bible, and yet wants to give Arab dictators what belongs to the Jewish People. By doing so, Bush is not only rewarding terror, encouraging further terror and showing the world that terror works, but he is also opposing God’s will. I pray that the citizens of the U.S. will be spared the full consequences of this anti-Israel, anti-Jewish and anti-God foreign policy.

FP: There is indeed a tragedy inherent in the Israelis not being defended the way they should be. And the disengagement from Gaza truly comes with many dangerous risks. But there are several very shrewd strategic reasons involved in this move and they are in Israel’s interests. We shouldn’t forget that. Bush and Sharon are making wise and calculated steps in their own context. It is more complicated than simply seeing this as a great malicious betrayal. But we’ll have to debate this another time.

Let us turn to your personal interests for a moment. What are some of your favorite books?

Palazzi: Books I prefer reading are those dealing with spirituality. I am especially interested in the study of similarities between Sufism and Kabbalah, and consequently I consider « al-Futuhat al-Makkiyyah » by Ibn ‘Arabi and the « Zohar » as my basic sources. I am also interested in the study of non-monotheistic mysticism, and consequently appreciate the Upanishad, the Vedantasutra and the Purana of the Hindu tradition, the Buddhist Canon and the Greek Philokalia. I am also interested in the history of Middle East. Books such as « Battle Ground » by Shmuel Katz and « The Secret War Against the Jews » by John Loftus are among my favorites.

FP: Do you listen to music? If so, tell us what music you like.

Palazzi: Because of my academic interests in ethnomusicology and ritual dance, I frequently listen to Medieval music, be it Arabic-Andalusi, Maghrebi, Persian, European or Byzantine. Then I am also fond of symphonic music, and my favorite composers are Bruckner, Mahler and Stravinsky. I also like jazz, especially from New Orleans.

FP: Why do you think Islamic extremists demonize music? For instance, the Taliban illegalized all music, Khomeini illegalized many forms of “Western music” etc. What is it about music that they see so threatening? Isn’t music a divine gift? Also, do you think dancing is anti-Islamic?

Palazzi: Khomeini was not so extreme about music as are the Taliban (who follow an Indian version of Saudi Wahhabism known as Deobandism) or the Saudis. Khomeini never demonized music in principle. He rather imposed his personal preferences regarding which music was acceptable and which was not. Khomeini deemed traditional Islamic music and Western classical music to be acceptable, and modern Western popular music to be unacceptable. The Taliban, on the contrary, even banned Sufi music and traditional Islamic chants, and the Saudis go on doing the same until today.

Some Muslim scholars of the past restricted the range of acceptable music to a minimum, but Imam al-Ghazali, a leading authority in the Shafi’i school of jurisprudence to which I belong, preferred to emphasize the positive value of music. A chapter of al-Ghazali’s book in Persian, « The Alchemy of Happiness », is entitled « Concerning Music and Dancing as Aids to the Religious Life ».

al-Ghazali writes: « The heart of man has been so constituted by the Almighty that, like a flint, it contains a hidden fire which is evoked by music and harmony, and renders man beside himself with ecstasy. These harmonies are echoes of that higher world of beauty which we call the world of spirits; they remind man of his relationship to that world, and produce in him an emotion so deep and strange that he himself is powerless to explain it. The effect of music and dancing is deeper in proportion as the natures on which they act are simple and prone to motion; they fan into a flame whatever love is already dormant in the heart, whether it be earthly and sensual, or divine and spiritual ».

While other scholars tried to classify musical instruments and musical styles as permissible or forbidden on the basis of their personal preferences, Imam al-Ghazali on the contrary classified music according to the effects it produces on the soul: music which promotes illicit and immoral desires must be avoided, while music which echoes spiritual harmony and awakens contemplation should be encouraged. The latter kind of music is surely a divine gift. Till today Sufi musicians play traditional songs and mystical melodies in order to increase love for God and to cause listeners to join in ecstatic dancing.

FP: So do you ever dance to your favorite music?

Palazzi: I not only regularly dance according to the teachings of the Mevlevi school as they were received by the Naqshbandi and Qadiri Sufi Orders, but I also teach my students, with the authorization of my Sheikhs, what in the West is known as the ritual dance of the Whirling Dervishes. In Arabic, this same dance is called Sama’, meaning « listening ». The ritualized techniques of Sufi dance are necessary since an ordinary person lacks spontaneity. For those who reach a certain spiritual level, technique itself is not necessary anymore: listening to traditional Mevlevi music, especially to the sound of flute and drum, is enough to lead to spontaneous dance out of love for God.

During the last years, I have led seminars and arranged performances of the ritual dance of the Whirling Dervishes in cultural centers, universities and dancing schools. Students at dancing schools have some technical advantages over participants who never attended such schools, but in many cases the dance students were less spontaneous and more concerned with external appearances. These dance students were educated to perform for the public in performances which must please audiences. In Dergas, Sufi dancing halls, students dance exclusively for the Beloved One, and to be united with Him. That is the basic difference.

FP: Do you think that veiling of women in Islam should me mandatory or voluntary?

Palazzi: Wearing or not wearing a veil should be the choice of a Muslim woman alone. No one has the right to compel her to wear or not wear a veil. As with prayer, fasting and all the other religious practices, veiling has meaning when it is spontaneous and reflects one’s will to please God by choosing to observe a religious precept. Forcing people to observe religious precepts does not result in an increase in faith, but rather an increase in hypocrisy. One does not pray, fast or wear a veil as an expression of freely chosen faith to submit to what one believes to be commanded by God, but only due to human coercion.

Consequently, I strongly condemn those regimes, such as Saudi Arabia and Iran, which force women who do not want to wear the veil to do so; and regimes, such as Turkey and France, which prevent women who do want to wear the veil from doing so. My ideal of religious freedom is that, if a woman wants to veil, she must be free to do so, and the State must defend her right to veil; while if a woman does not want to veil, she must be free to do so, and the State must defend her right not to do so.

Voir encore:

What Would Hamas Do If It Could Do Whatever It Wanted?
Understanding what the Muslim Brotherhood’s Gaza branch wants by studying its theology, strategy, and history
Jeffrey Goldberg

The Atlantic

AUG 4 2014

In the spring of 2009, Roger Cohen, the New York Times columnist, surprised some of his readers by claiming that Iran’s remaining Jews were “living, working and worshiping in relative tranquility.”

Cohen wrote: “Perhaps I have a bias toward facts over words, but I say the reality of Iranian civility toward Jews tells us more about Iran—its sophistication and culture—than all the inflammatory rhetoric.”

Perhaps.

In this, and other, columns, Cohen appeared to be trying to convince his fellow Jews that they had less to fear from the Iran of Khamenei and (at the time) Ahmadinejad than they thought. To me, the column was a whitewash. It seemed (and seems) reasonable to worry about the intentions of those Iranian leaders who deny or minimize the Holocaust while hoping to annihilate the Jewish state, and who have funded and trained groups—Hezbollah and Hamas—that have as their goal the killing of Jews.

It is a dereliction of responsibility not to try to understand the goals and beliefs of Islamist totalitarian movements.
Cohen’s most acid critics came from within the Persian Jewish exile community. The vast majority of Iran’s Jews fled the country after the Khomeini revolution; many found refuge in Los Angeles. David Wolpe, the rabbi of Sinai Temple there, invited Cohen to speak to his congregants, about half of whom are Persian exiles, shortly after the column appeared. Cohen, to his credit, accepted the invitation. The encounter between Cohen and an audience of several hundred (mainly Jews, but also Bahais, members of a faith persecuted with great intensity by the Iranian regime) was tense but mainly civil (you can watch it here). For me, the most interesting moment came not in a discussion about the dubious health of Iran’s remnant Jewish population, but after Wolpe asked Cohen about the intentions of Iran and its allies toward Jews living outside Iran.

“Right now,” Wolpe said, “Israel is much more powerful than Hezbollah and Hamas. Let’s say tomorrow this was reversed. Let’s say Hamas had the firepower of Israel and Israel had the firepower of Hamas. What do you think would happen to Israel were the balance of power reversed?”

“I don’t know what would happen tomorrow,” Cohen answered. This response brought a measure of derisive laughter from the incredulous audience. “And it doesn’t matter that I don’t know because it’s not going to happen tomorrow or in one or two years.” Wolpe quickly told Cohen that he himself knows exactly what would happen if the power balance between Hamas and Israel were to be reversed. (Later, Wolpe told me that he thought Cohen could not have been so naïve as to misunderstand the nature of Hamas and Hezbollah, but instead was simply caught short by the question.)

At the time, Cohen suggested that he was uninterested in grappling with the nature of Hamas and its goals. “I reject the thinking behind your question,” he said. “It’s not useful to go there.”

“Going there,” however, is necessary, not only to understand why Israelis fear Hamas, but also to understand that the narrative advanced by Hamas apologists concerning the group’s beliefs and goals is false. “Going there” also does not require enormous imagination, or a well-developed predisposition toward paranoia. It is, in my opinion, a dereliction of responsibility on the part of progressives not to try to understand the goals and beliefs of Islamist totalitarian movements.

(This post, you should know, is not a commentary on the particulars of the war between Israel and Hamas, a war in which Hamas baited Israel and Israel took the bait. Each time Israel kills an innocent Palestinian in its attempt to neutralize Hamas’s rockets, it represents a victory for Hamas, which has made plain its goal of getting Israel to kill innocent Gazans. Suffice it to say that Israel cannot afford many more “victories” of the sort it is seeking in Gaza right now. I supported a ceasefire early in this war precisely because I believed that the Israeli government had not thought through its strategic goals, or the methods for achieving those goals.)

While it is true that Hamas is expert at getting innocent Palestinians killed, it has made it very plain, in word and deed, that it would rather kill Jews. The following blood-freezing statement is from the group’s charter: “The Islamic Resistance Movement aspires to the realization of Allah’s promise, no matter how long that should take. The Prophet, Allah bless him and grant him salvation, has said: ‘The day of judgment will not come until Muslims fight the Jews (killing the Jews), when the Jews will hide behind stones and trees. The stones and trees will say ‘O Muslims, O Abdulla, there is a Jew behind me, come and kill him.”

This is a frank and open call for genocide, embedded in one of the most thoroughly anti-Semitic documents you’ll read this side of the Protocols of the Elders of Zion. Not many people seem to know that Hamas’s founding document is genocidal. Sometimes, the reasons for this lack of knowledge are benign; other times, as the New Yorker’s Philip Gourevitch argues in his recent dismantling of Rashid Khalidi’s apologia for Hamas, this ignorance is a direct byproduct of a decision to mask evidence of Hamas’s innate theocratic fascism.

The historian of totalitarianism Jeffrey Herf, in an article on the American Interest website, places the Hamas charter in context:

[T]he Hamas Covenant of 1988 notably replaced the Marxist-Leninist conspiracy theory of world politics with the classic anti-Semitic tropes of Nazism and European fascism, which the Islamists had absorbed when they collaborated with the Nazis during World War II. That influence is apparent in Article 22, which asserts that “supportive forces behind the enemy” have amassed great wealth: « With their money, they took control of the world media, news agencies, the press, publishing houses, broadcasting stations, and others. With their money they stirred revolutions in various parts of the world with the purpose of achieving their interests and reaping the fruit therein. With their money, they took control of the world media. They were behind the French Revolution, the Communist revolution and most of the revolutions we heard and hear about here and there. With their money, they formed secret societies, such as Freemason, Rotary Clubs, the Lions and others in different parts of the world for the purpose of sabotaging societies and achieving Zionist interests. With their money they were able to control imperialistic countries and instigate them to colonize many countries in order to enable them to exploit their resources and spread corruption there. »

The above paragraph of Article 22 could have been taken, almost word for word, from Nazi Germany’s anti-Jewish propaganda texts and broadcasts.
The question Roger Cohen refused to answer at Sinai Temple was addressed in a recent post by Sam Harris, the atheist intellectual, who is opposed, as a matter of ideology, to the existence of Israel as a Jewish state (or to any country organized around a religion), but who for practical reasons supports its continued existence as a haven for an especially persecuted people, and also as a not-particularly religious redoubt in a region of the world deeply affected by religious fundamentalism. Referring not only to the Hamas charter, Harris writes that, “The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking.”

Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that it should have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews.

And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. …

What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas.
The first time I witnessed Hamas’s hatred of Jews manifest itself in large-scale, fatal violence was in late July of 1997, when two of the group’s suicide bombers detonated themselves in an open-air market in West Jerusalem. The attack took 16 lives, and injured 178. I happened to be only a few blocks from the market at the time of the attack, and arrived shortly after the paramedics and firefighters. Over the next hours, a scene unfolded that I would see again and again: screaming relatives; members of the Orthodox burial society scraping flesh off walls; the ground covered in blood and viscera. I remember another Hamas attack, on a bus in downtown Jerusalem, in which body parts of children were blown into the street by the force of the blast. At yet another bombing, I was with rescue workers as they recovered a human arm stuck high up in a tree.

After each of these attacks, Hamas leaders issued blood-curdling statements claiming credit, and promising more death. “The Jews will lose because they crave life but a true Muslim loves death,” a former Hamas leader, Abdel-Aziz Rantisi, told me in an interview in 2002. In the same interview he made the following imperishable statement: “People always talk about what the Germans did to the Jews, but the true question is, ‘What did the Jews do to the Germans?’”

I will always remember this interview not only because Rantisi’s Judeophobia was breathtaking, but because just as I was leaving his apartment in Gaza City, a friend from Jerusalem called to tell me that she had just heard a massive explosion outside her office at the Hebrew University (not far, by the way, of an attack earlier today). A cafeteria had just been bombed, my friend told me. This was another Hamas operation, one which killed nine people, including a young woman of exceptional promise named Marla Bennett, a 24-year-old American student who wrote shortly before her death, “My friends and family in San Diego ask me to come home, it is dangerous here. I appreciate their concern. But there is nowhere else in the world I would rather be right now. I have a front-row seat for the history of the Jewish people.”

Hamas is an organization devoted to ending Jewish history. This is what so many Jews understand, and what so many non-Jews don’t. The novelist Amos Oz, who has led Israel’s left-wing peace camp for decades, said in an interview last week that he doesn’t see a prospect for compromise between Israel and Hamas. « I have been a man of compromise all my life, » Oz said. « But even a man of compromise cannot approach Hamas and say: ‘Maybe we meet halfway and Israel only exists on Mondays, Wednesdays and Fridays.' »

In the years since it adopted its charter, Hamas leaders and spokesmen have reinforced its message again and again. Mahmoud Zahar said in 2006 that the group « will not change a single word in its covenant. » To underscore the point, in 2010 Zahhar said, « Our ultimate plan is [to have] Palestine in its entirety. I say this loud and clear so that nobody will accuse me of employing political tactics. We will not recognize the Israeli enemy. »

In 2011, the former Hamas minister of culture, Atallah Abu al-Subh, said that « the Jews are the most despicable and contemptible nation to crawl upon the face of the Earth, because they have displayed hostility to Allah. Allah will kill the Jews in the hell of the world to come, just like they killed the believers in the hell of this world. » Just last week, a top Hamas official, Osama Hamdan, accused Jews of using Christian blood to make matzo. This is not a group, in other words, that is seeking the sort of peace that Amos Oz—or, for that matter, the Palestinian Authority president, Mahmoud Abbas—is seeking. People wonder why Israelis have such a visceral reaction to Hamas. The answer is easy. Israel is a small country, and most of its citizens know someone who was murdered by Hamas in its extended suicide-bombing campaigns; and most people also understand that if Hamas had its way, it would kill them as well.

Voir par ailleurs:

In Defense of Zionism
The often reviled ideology that gave rise to Israel has been an astonishing historical success.
Michael B. Oren
WSJ
Aug. 1, 2014

They come from every corner of the country—investment bankers, farmers, computer geeks, jazz drummers, botany professors, car mechanics—leaving their jobs and their families. They put on uniforms that are invariably too tight or too baggy, sign out their gear and guns. Then, scrambling onto military vehicles, 70,000 reservists—women and men—join the young conscripts of what is proportionally the world’s largest citizen army. They all know that some of them will return maimed or not at all. And yet, without hesitation or (for the most part) complaint, proudly responding to the call-up, Israelis stand ready to defend their nation. They risk their lives for an idea.

The idea is Zionism. It is the belief that the Jewish people should have their own sovereign state in the Land of Israel. Though founded less than 150 years ago, the Zionist movement sprung from a 4,000-year-long bond between the Jewish people and its historic homeland, an attachment sustained throughout 20 centuries of exile. This is why Zionism achieved its goals and remains relevant and rigorous today. It is why citizens of Israel—the state that Zionism created—willingly take up arms. They believe their idea is worth fighting for.

Yet Zionism, arguably more than any other contemporary ideology, is demonized. « All Zionists are legitimate targets everywhere in the world! » declared a banner recently paraded by anti-Israel protesters in Denmark. « Dogs are allowed in this establishment but Zionists are not under any circumstances, » warned a sign in the window of a Belgian cafe. A Jewish demonstrator in Iceland was accosted and told, « You Zionist pig, I’m going to behead you. »

In certain academic and media circles, Zionism is synonymous with colonialism and imperialism. Critics on the radical right and left have likened it to racism or, worse, Nazism. And that is in the West. In the Middle East, Zionism is the ultimate abomination—the product of a Holocaust that many in the region deny ever happened while maintaining nevertheless that the Zionists deserved it.

What is it about Zionism that elicits such loathing? After all, the longing of a dispersed people for a state of their own cannot possibly be so repugnant, especially after that people endured centuries of massacres and expulsions, culminating in history’s largest mass murder. Perhaps revulsion toward Zionism stems from its unusual blend of national identity, religion and loyalty to a land. Japan offers the closest parallel, but despite its rapacious past, Japanese nationalism doesn’t evoke the abhorrence aroused by Zionism.

Clearly anti-Semitism, of both the European and Muslim varieties, plays a role. Cabals, money grubbing, plots to take over the world and murder babies—all the libels historically leveled at Jews are regularly hurled at Zionists. And like the anti-Semitic capitalists who saw all Jews as communists and the communists who painted capitalism as inherently Jewish, the opponents of Zionism portray it as the abominable Other.

But not all of Zionism’s critics are bigoted, and not a few of them are Jewish. For a growing number of progressive Jews, Zionism is too militantly nationalist, while for many ultra-Orthodox Jews, the movement is insufficiently pious—even heretical. How can an idea so universally reviled retain its legitimacy, much less lay claim to success?

The answer is simple: Zionism worked. The chances were infinitesimal that a scattered national group could be assembled from some 70 countries into a sliver-sized territory shorn of resources and rich in adversaries and somehow survive, much less prosper. The odds that those immigrants would forge a national identity capable of producing a vibrant literature, pace-setting arts and six of the world’s leading universities approximated zero.

Elsewhere in the world, indigenous languages are dying out, forests are being decimated, and the populations of industrialized nations are plummeting. Yet Zionism revived the Hebrew language, which is now more widely spoken than Danish and Finnish and will soon surpass Swedish. Zionist organizations planted hundreds of forests, enabling the land of Israel to enter the 21st century with more trees than it had at the end of the 19th. And the family values that Zionism fostered have produced the fastest natural growth rate in the modernized world and history’s largest Jewish community. The average secular couple in Israel has at least three children, each a reaffirmation of confidence in Zionism’s future.

Indeed, by just about any international criteria, Israel is not only successful but flourishing. The population is annually rated among the happiest, healthiest and most educated in the world. Life expectancy in Israel, reflecting its superb universal health-care system, significantly exceeds America’s and that of most European countries. Unemployment is low, the economy robust. A global leader in innovation, Israel is home to R&D centers of some 300 high-tech companies, including Apple, Intel and Motorola. The beaches are teeming, the rock music is awesome, and the food is off the Zagat charts.

The democratic ideals integral to Zionist thought have withstood pressures that have precipitated coups and revolutions in numerous other nations. Today, Israel is one of the few states—along with Great Britain, Canada, New Zealand and the U.S.—that has never known a second of nondemocratic governance.

These accomplishments would be sufficiently astonishing if attained in North America or Northern Europe. But Zionism has prospered in the supremely inhospitable—indeed, lethal—environment of the Middle East. Two hours’ drive east of the bustling nightclubs of Tel Aviv—less than the distance between New York and Philadelphia—is Jordan, home to more than a half million refugees from Syria’s civil war. Traveling north from Tel Aviv for four hours would bring that driver to war-ravaged Damascus or, heading east, to the carnage in western Iraq. Turning south, in the time it takes to reach San Francisco from Los Angeles, the traveler would find himself in Cairo’s Tahrir Square.

In a region reeling with ethnic strife and religious bloodshed, Zionism has engendered a multiethnic, multiracial and religiously diverse society. Arabs serve in the Israel Defense Forces, in the Knesset and on the Supreme Court. While Christian communities of the Middle East are steadily eradicated, Israel’s continues to grow. Israeli Arab Christians are, in fact, on average better educated and more affluent than Israeli Jews.

In view of these monumental achievements, one might think that Zionism would be admired rather than deplored. But Zionism stands accused of thwarting the national aspirations of Palestine’s indigenous inhabitants, of oppressing and dispossessing them.

Never mind that the Jews were natives of the land—its Arabic place names reveal Hebrew palimpsests—millennia before the Palestinians or the rise of Palestinian nationalism. Never mind that in 1937, 1947, 2000 and 2008, the Palestinians received offers to divide the land and rejected them, usually with violence. And never mind that the majority of Zionism’s adherents today still stand ready to share their patrimony in return for recognition of Jewish statehood and peace.

The response to date has been, at best, a refusal to remain at the negotiating table or, at worst, war. But Israelis refuse to relinquish the hope of resuming negotiations with President Mahmoud Abbas of the Palestinian Authority. To live in peace and security with our Palestinian neighbors remains the Zionist dream.

Still, for all of its triumphs, its resilience and openness to peace, Zionism fell short of some of its original goals. The agrarian, egalitarian society created by Zionist pioneers has been replaced by a dynamic, largely capitalist economy with yawning gaps between rich and poor. Mostly secular at its inception, Zionism has also spawned a rapidly expanding religious sector, some elements of which eschew the Jewish state.

About a fifth of Israel’s population is non-Jewish, and though some communities (such as the Druse) are intensely patriotic and often serve in the army, others are much less so, and some even call for Israel’s dissolution. And there is the issue of Judea and Samaria—what most of the world calls the West Bank—an area twice used to launch wars of national destruction against Israel but which, since its capture in 1967, has proved painfully divisive.

Many Zionists insist that these territories represent the cradle of Jewish civilization and must, by right, be settled. But others warn that continued rule over the West Bank’s Palestinian population erodes Israel’s moral foundation and will eventually force it to choose between being Jewish and remaining democratic.

Yet the most searing of Zionism’s unfulfilled visions was that of a state in which Jews could be free from the fear of annihilation. The army imagined by Theodor Herzl, Zionism’s founding father, marched in parades and saluted flag-waving crowds. The Israel Defense Forces, by contrast, with no time for marching, much less saluting, has remained in active combat mode since its founding in 1948. With the exception of Vladimir Jabotinsky, the ideological forbear of today’s Likud Party, none of Zionism’s early thinkers anticipated circumstances in which Jews would be permanently at arms. Few envisaged a state that would face multiple existential threats on a daily basis just because it is Jewish.

Confronted with such monumental threats, Israelis might be expected to flee abroad and prospective immigrants discouraged. But Israel has one of the lower emigration rates among developed countries while Jews continue to make aliyah—literally, in Hebrew, « to ascend »—to Israel. Surveys show that Israelis remain stubbornly optimistic about their country’s future. And Jews keep on arriving, especially from Europe, where their security is swiftly eroding. Last week, thousands of Parisians went on an anti-Semitic rant, looting Jewish shops and attempting to ransack synagogues.

American Jews face no comparable threat, and yet numbers of them continue to make aliyah. They come not in search of refuge but to take up the Zionist challenge—to be, as the Israeli national anthem pledges, « a free people in our land, the Land of Zion and Jerusalem. » American Jews have held every high office, from prime minister to Supreme Court chief justice to head of Israel’s equivalent of the Fed, and are disproportionately prominent in Israel’s civil society.

Hundreds of young Americans serve as « Lone Soldiers, » without families in the country, and volunteer for front-line combat units. One of them, Max Steinberg from Los Angeles, fell in the first days of the current Gaza fighting. His funeral, on Mount Herzl in Jerusalem, was attended by 30,000 people, most of them strangers, who came out of respect for this intrepid and selfless Zionist.

I also paid my respects to Max, whose Zionist journey was much like mine. After working on a kibbutz—a communal farm—I made aliyah and trained as a paratrooper. I participated in several wars, and my children have served as well, sometimes in battle. Our family has taken shelter from Iraqi Scuds and Hamas M-75s, and a suicide bomber killed one of our closest relatives.

Despite these trials, my Zionist life has been immensely fulfilling. And the reason wasn’t Zionism’s successes—not the Nobel Prizes gleaned by Israeli scholars, not the Israeli cures for chronic diseases or the breakthroughs in alternative energy. The reason—paradoxically, perhaps—was Zionism’s failures.

Failure is the price of sovereignty. Statehood means making hard and often agonizing choices—whether to attack Hamas in Palestinian neighborhoods, for example, or to suffer rocket strikes on our own territory. It requires reconciling our desire to be enlightened with our longing to remain alive. Most onerously, sovereignty involves assuming responsibility. Zionism, in my definition, means Jewish responsibility. It means taking responsibility for our infrastructure, our defense, our society and the soul of our state. It is easy to claim responsibility for victories; setbacks are far harder to embrace.

But that is precisely the lure of Zionism. Growing up in America, I felt grateful to be born in a time when Jews could assume sovereign responsibilities. Statehood is messy, but I regarded that mess as a blessing denied to my forefathers for 2,000 years. I still feel privileged today, even as Israel grapples with circumstances that are at once perilous, painful and unjust. Fighting terrorists who shoot at us from behind their own children, our children in uniform continue to be killed and wounded while much of the world brands them as war criminals.

Zionism, nevertheless, will prevail. Deriving its energy from a people that refuses to disappear and its ethos from historically tested ideas, the Zionist project will thrive. We will be vilified, we will find ourselves increasingly alone, but we will defend the homes that Zionism inspired us to build.

The Israeli media have just reported the call-up of an additional 16,000 reservists. Even as I write, they too are mobilizing for active duty—aware of the dangers, grateful for the honor and ready to bear responsibility.

Mr. Oren was Israel’s ambassador to the U.S. from 2009 to 2013. He holds the chair in international diplomacy at IDC Herzliya in Israel and is a fellow at the Atlantic Council. His books include « Six Days of War: June 1967 and the Making of the Modern Middle East » and « Power, Faith, and Fantasy: America in the Middle East, 1776 to the Present. »

Pour la défense du sionisme
L’idéologie souvent honnie qui a donné naissance à Israël est un succès historique étonnant.
Michael B. Oren

Wall Street Journal

Traduction française JSSNews

Ils sont venus de tous les coins du pays – banquiers, agriculteurs, informaticiens, batteurs de jazz, professeurs de botanique, mécaniciens – ils ont quitté leurs emplois et de leurs familles. Ils ont endossé leurs uniformes, toujours trop serrés ou trop amples, ont signé pour leur équipement et leur fusil. Ensuite, entassés dans des véhicules militaires, 70 000 réservistes – femmes et hommes – ont rejoint les jeunes conscrits de la plus grande armée de citoyens du monde. Ils savent tous que certains d’entre eux reviendront estropiés ou ne reviendront pas du tout. Et pourtant, sans hésitation ni plainte, répondant fièrement à l’appel, les Israéliens se dressent, prêts à défendre leur nation. A risquer leur vie pour un idéal.

Cet idéal est le sionisme. C’est la conviction que le peuple juif est en droit d’avoir son propre État souverain sur la terre d’Israël. Bien que fondé il y a moins de 150 ans, le mouvement sioniste est né de 4 000 longues années de lien entre le peuple juif et sa patrie historique, un attachement qui a perduré pendant 20 siècles d’exil. C’est pourquoi le sionisme a atteint ses objectifs et qu’il demeure plus que jamais actuel et fort. C’est pourquoi les citoyens d’Israël – l’Etat créé par le sionisme – prennent volontiers les armes. Car ils sont convaincus que leur idéal vaut la peine de se battre.

Pourtant, le sionisme, sans doute plus que toute autre idéologie contemporaine, est diabolisé. « Tous les sionistes sont des cibles légitimes partout dans le monde! » énonce une bannière récemment brandie par des manifestants anti-Israël au Danemark. « Les chiens sont admis dans cet établissement, mais pas les sionistes, en aucune circonstance », prévient une pancarte à la fenêtre d’un café belge. On a dit à un manifestant juif en Islande : « Toi porc sioniste, je vais te couper la tête. »

Dans certains milieux universitaires et médiatiques, le sionisme est synonyme de colonialisme et d’impérialisme. Les critiques d’extrême droite et gauche le comparent au racisme ou, pire, au nazisme. Et cela en Occident. Au Moyen-Orient, le sionisme est l’abomination ultime – le produit d’un Holocauste que beaucoup dans la région nient avoir jamais existé, ce qui ne les empêche pas de maintenir que les sionistes l’ont bien mérité.

Qu’est-ce qui, dans ​​le sionisme, suscite un tel dégoût ? Après tout, le désir d’un peuple dispersé d’avoir son propre Etat ne peut être si révulsif, surtout sachant que ce même peuple a enduré des siècles de massacres et d’expulsions, qui ont atteint leur paroxysme dans le plus grand assassinat de masse de l’histoire. Peut-être la révulsion envers le sionisme découle-t-elle de sa mixture inhabituelle d’identité nationale, de religion et de fidélité à une terre. Le Japon s’en rapproche le plus, mais malgré son passé rapace, le nationalisme japonais ne suscite pas la révulsion provoquée par le sionisme.

Il est clair que l’antisémitisme, dans ses versions européenne et musulmane, joue un rôle. Fauteurs de cabales, faucheurs d’argent, conquérants du monde et assassins de bébés – toutes ces diffamations autrefois jetées à la tête des Juifs le sont aujourd’hui à celle des sionistes. Et à l’image des capitalistes antisémites qui voyaient tous les Juifs comme des communistes et des communistes pour qui le capitalisme était intrinsèquement juif, les adversaires du sionisme le décrivent comme l’Autre abominable.

Mais tous ces détracteurs sont des fanatiques, et certains parmi eux sont des Juifs. Pour un nombre croissant de Juifs progressistes, le sionisme est un nationalisme militant, tandis que pour de nombreux Juifs ultra-orthodoxes, ce mouvement n’est pas suffisamment pieux – voire même hérétique. Comment un idéal si universellement vilipendé peut-il conserver sa légitimité, ou même prétendre être un succès ?

La réponse est simple : le sionisme a fonctionné. Les chances étaient infimes qu’un groupe dispersé à travers le monde puisse rassembler des membres de quelque 70 pays dans un territoire de la taille d’un ruban, dénué de ressources et riche en adversaires, survivre, et même prospérer. Les chances que ces immigrants se forgent une identité nationale, soient capables de produire une littérature palpitante, des arts de référence et six des plus grandes universités mondiales, étaient proches de zéro.

Ailleurs dans le monde, les langues autochtones sont en voie de disparition, les forêts sont décimées, et les populations des pays industrialisés vieillissent. Pourtant, le sionisme a fait revivre la langue hébraïque, qui est aujourd’hui plus largement parlée que le danois et le finnois et dépassera bientôt le suédois. Les organisations sionistes ont planté des centaines de forêts, faisant entrer la terre d’Israël dans le 21ème siècle avec plus d’arbres qu’à la fin du 19ème. Et les valeurs familiales que le sionisme défend produisent le taux d’accroissement naturel le plus rapide du monde moderne et la plus grande communauté juive de l’histoire. Le couple laïc moyen en Israël a au moins trois enfants, chacun étant une preuve vivante que le sionisme est confiant en l’avenir.

En effet, dans presque tous les critères internationaux, Israël n’est pas seulement victorieux, mais florissant. Sa population est chaque année classée parmi les plus heureuses, les plus saines et les plus éduquées du monde. L’espérance de vie en Israël, qui reflète son excellent système de santé universel, dépasse largement celle des Etats-Unis et de la plupart des pays européens. Le chômage est faible, l’économie robuste. Chef de file mondial en matière d’innovation, Israël est le foyer de centres R & D de 300 entreprises de haute technologie, y compris Apple, Intel et Motorola. Les plages sont prises d’assaut, la musique rock géniale et la nourriture exquise.

Les idéaux démocratiques inhérents à la pensée sioniste ont résisté aux pressions qui ont déclenché coups d’Etat et révolutions dans de nombreux autres pays. Aujourd’hui, Israël est l’un des rares Etats – avec la Grande-Bretagne, le Canada, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis – n’ayant pas connu une seconde de gouvernance non démocratique.

Ces réalisations seraient suffisamment étonnantes si elles avaient eu lieu en Amérique du Nord ou en Europe du Nord. Mais le sionisme a prospéré dans l’environnement extrêmement inhospitalier –même meurtrier – du Moyen-Orient. A deux heures de route à l’est des boîtes de nuit animées de Tel Aviv – à une distance inférieure de celle entre New York et Philadelphie – se trouve la Jordanie, qui a accueilli plus d’un demi-million de réfugiés de la guerre civile syrienne. A quatre heures de route depuis le nord de Tel-Aviv, vous êtes à Damas, ravagé par la guerre, et vers l’est, dans le carnage de l’ouest de l’Irak. Vers le sud, dans la distance de San Francisco à Los Angeles, vous vous trouvez à la place Tahrir du Caire.

Dans une région envahie de conflits ethniques et de massacres religieux, le sionisme a engendré une société multiethnique, multiraciale et pluriconfessionnelle. Les Arabes servent dans les Forces de défense israéliennes, à la Knesset et à la Cour suprême. Alors que les communautés chrétiennes du Moyen-Orient sont régulièrement éradiquées, celles d’Israël continuent de croître. Les Arabes chrétiens sont, en fait, en moyenne plus instruits et plus riches que les Juifs israéliens.

Compte tenu de ces réalisations monumentales, on pourrait penser que le sionisme serait admiré plutôt que critiqué. Mais le sionisme accusés d’obstruer les aspirations nationales des habitants autochtones de la Palestine, de les opprimer et de les déposséder.

Peu importe que les Juifs peuplaient cette terre – ses noms de lieux arabes révèlent des origines hébraïques – des millénaires avant les Palestiniens ou la montée du nationalisme palestinien. Peu importe que, en 1937, 1947, 2000 et 2008, les Palestiniens aient reçu des propositions de diviser la terre et les ont rejetées, généralement avec violence. Et peu importe que la majorité des partisans du sionisme soient aujourd’hui encore prêts à partager leur patrimoine en contrepartie de la reconnaissance d’un Etat juif et de la paix.

La réponse à ce jour a été, au mieux, un refus de rester à la table de négociation ou, au pire, la guerre. Mais les Israéliens refusent de renoncer à l’espoir d’une reprise des négociations avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Vivre en paix et en sécurité avec nos voisins palestiniens reste le rêve sioniste.

Pourtant, malgré ses triomphes, sa capacité de résistance et son ouverture à la paix, le sionisme n’a pas réalisé certains de ses objectifs initiaux. La société égalitaire agraire créée par les pionniers sionistes a été remplacée par une économie dynamique, en grande partie capitaliste, creusant le fossé entre les riches et les pauvres. Partiellement laïc à ses débuts, le sionisme a également donné naissance à un secteur religieux en pleine expansion, dont certains éléments rejettent l’Etat juif.

Environ un cinquième de la population d’Israël est non-juive, et même si certaines communautés (comme les Druzes) sont intensément patriotiques et servent souvent dans l’armée, d’autres le sont beaucoup moins, et certaines appellent même à la dissolution d’Israël. Et il y a la question de la Judée-Samarie – généralement appelée la Cisjordanie – autrefois lieu de déclenchement de guerres de destruction nationale contre Israël, mais qui, depuis son annexion en 1967, divise le peuple.

Nombre de sionistes maintiennent que ces territoires représentent le berceau de la civilisation juive et doivent, de droit, être peuplés. Mais d’autres avertissent que ce contrôle de la population palestinienne de Cisjordanie érode le fondement moral d’Israël et finira par forcer à faire un choix entre être juif et rester démocratique.

Pourtant, la vision du sionisme qui ne s’est douloureusement pas réalisée est celle que les Juifs puissent être libérés de la peur d’être anéantis. L’armée imaginée par Théodore Herzl, fondateur du sionisme, devait parader dans les défilés et saluer la foule agitant des drapeaux. Les Forces de défense israéliennes, en revanche, n’ont pas le temps de défiler, encore moins de saluer, consacrées depuis leur fondation en 1948 à défendre leur pays sans relâche. A l’exception de Vladimir Jabotinsky, le père du Likoud, aucun des pionniers du sionisme n’avait prévu que les nouveaux Juifs devraient toujours être prêts à prendre les armes. Ils n’avaient pas envisagé que cet Etat serait constamment en butte à de multiples menaces existentielles, pour la simple raison qu’il est juif.

Face à de telles menaces monumentales, on devait voir les Israéliens fuir à l’étranger et les immigrants potentiels baisser les bras. Israël connaît un des taux d’émigration les plus faibles parmi les pays développés et les Juifs continuent à faire leur aliya, littéralement, en hébreu, « monter » à Israël. Les enquêtes montrent que les Israéliens restent obstinément optimistes quant à l’avenir de leur pays. Et les Juifs continuent d’affluer, en particulier d’Europe, où leur sécurité s’est rapidement détériorée. La semaine dernière, des milliers de Parisiens ont manifesté aux sons d’une diatribe antisémite, pillé des magasins juifs et tenté de saccager des synagogues.

Les Juifs américains ne connaissent pas de menace comparable, et pourtant nombre d’entre eux continuent à faire leur aliya. Ils ne viennent pas à la recherche d’un refuge, mais pour relever le défi sioniste, évoqué dans l’hymne national israélien, « être un peuple libre sur notre terre, la terre de Sion et de Jérusalem. »

Des centaines de jeunes Américains sont des « soldats seuls », sans aucune famille dans le pays, et se portent volontaires aux premières lignes des unités combattantes. L’un d’eux, Max Steinberg de Los Angeles, est tombé aux premiers jours des combats à Gaza. Ses funérailles, au Mont Herzl à Jérusalem, ont réuni 30 000 personnes, la plupart d’entre eux des étrangers, venus par respect pour ce sioniste intrépide et altruiste.

J’ai aussi rendu hommage à Max, dont l’épopée sioniste ressemble beaucoup à la mienne. Après avoir travaillé dans un kibboutz, j’ai fait mon aliya, et suivi une formation de parachutiste. J’ai participé à plusieurs guerres, et mes enfants ont servi dans les rangs de l’armée, et parfois combattu. Notre famille s’est abritée des Scuds irakiens et des M-75 du Hamas, et un terroriste suicide a assassiné l’un de nos proches parents.

Malgré ces épreuves, ma vie sioniste est extrêmement enrichissante. Et non grâce aux succès de cette idéologie – les prix Nobel remportés par des chercheurs israéliens, les remèdes israéliens aux maladies chroniques ou les percées dans les énergies alternatives. Mais, paradoxalement, grâce à ses échecs.

L’échec est le prix de la souveraineté. Gouverner signifie faire des choix difficiles et souvent angoissants – attaquer le Hamas dans les zones peuplées, par exemple, ou de subir des tirs de roquettes sur notre propre territoire. Il faut concilier entre notre désir d’être éclairé et celui de rester en vie. Souvent en payant le prix, la souveraineté implique d’assumer ses responsabilités. Le sionisme, pour moi, est une responsabilité juive. Il signifie endosser la responsabilité de notre infrastructure, de notre défense, de notre société et de l’âme de notre Etat​​. Il est facile de s’attribuer les victoires ; beaucoup plus difficile d’assumer les échecs.

Mais c’est précisément l’attrait du sionisme. En grandissant en Amérique, j’étais reconnaissant d’être né à une époque où les Juifs peuvent assumer des responsabilités souveraines. Gouverner est chaotique, mais ce chaos est une bénédiction refusée à mes ancêtres depuis 2 000 ans. Et je ressens toujours ce privilège aujourd’hui, même si Israël est face à une situation à la fois périlleuse, douloureuse et injuste. Même s’il lutte contre des terroristes qui tirent en se cachant derrière leurs propres enfants, même si nos enfants en uniformes sont tués et blessés, tandis que le monde les traite de criminels de guerre.

Le sionisme, néanmoins, vaincra. Tirant son énergie d’un peuple qui refuse de disparaître et sa philosophie d’idéaux qui ont fait leurs preuves historiquement, le projet sioniste prospérera. Nous serons honnis, nous nous retrouverons de plus en plus seuls, mais nous défendrons les maisons que ce sionisme nous a poussés à construire.

Par M. Oren – Wall Street Journal – Traduction JSSNews

M. Oren était l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis de 2009 à 2013. Il est titulaire de la chaire de diplomatie internationale au IDC Herzliya en Israël et est membre du Conseil de l’Atlantique. Parmi ses livres, “Six Days of War: June 1967 and the Making of the Modern Middle East”, et “Power, Faith, and Fantasy: America in the Middle East, 1776 to the Present.”

Voir enfin:

Les images manquantes de la guerre contre le Hamas

En coopérant à la censure médiatique du Hamas sur ses combattants, la presse internationale ne relate qu’une partie de l’histoire

Uriel Heilman

Times of Israel

1 août 2014

On ne manque pas d’images du conflit de Gaza.

Nous avons vu les décombres, les enfants palestiniens morts, les Israéliens courir aux abris pendant les attaques de roquettes, les manœuvres israéliennes et les images fournies par l’armée israélienne des militants du Hamas sortant de tunnels pour attaquer les soldats israéliens.

Nous n’avons pratiquement pas vu aucune image d’hommes armés du Hamas à Gaza.

Nous savons qu’ils sont là : il y a bien quelqu’un qui doit se charger de lancer les roquettes sur Israël (plus de 2 800) et de les tirer sur les troupes israéliennes dans Gaza. Pourtant, jusqu’à maintenant, les seules images que nous avons vues (ou dont nous avons même entendu parler) sont les vidéos fournies par l’armée israélienne de terroristes du Hamas utilisant les hôpitaux, les ambulances, les mosquées, les écoles (et les tunnels) pour lancer des attaques contre des cibles israéliennes ou transporter des armes autour de Gaza.

Pourquoi n’avons nous pas vu des photographies prises par des journalistes d’hommes du Hamas dans Gaza ?

Nous savons que le Hamas ne veut pas que le monde voit les hommes armés palestiniens en train de lancer de roquettes ou utilisant des lieux peuplés de civils comme des bases d’opération. Mais si l’on peut voir des images des deux côtés pratiquement dans toutes les guerres, en Syrie, en Ukraine, en Irak, pourquoi Gaza fait-elle figure d’exception ?

Si des journalistes sont menacés et intimidés lorsqu’ils essaient de documenter les activités du Hamas dans Gaza, leurs agences de presse devraient le dire publiquement. Elles ne le font pas.

Mardi, le New York Times a publié un article du photographe Sergeï Ponomarev sur ses journées à Gaza. Voici ce que Ponomarev écrit :

C’était une guerre de routine. On part tôt le matin pour voir des maisons détruites la veille. Ensuite on va aux funérailles, ensuite aux hôpitaux parce que plus de personnes blessées arrivent et dans la soirée on retourne voir plus de maisons détruites.

C’était la même chose chaque jour, en passant simplement de Rafah à Khan Younis.

Y-a-t-il des tentatives de documenter les activités du Hamas ?

Si, comme moi, vous vous demandez si le New York Times a envoyé un autre photographe pour couvrir cet aspect de l’histoire : le New York Times n’a pas publié de photos de combattants du Hamas à Gaza, point final. En regardant les trois dernières séries de reportages photographiques du journal sur le conflit, sur un total de 37 images, il n’y en a pas une seule sur un combattant du Hamas.

Dans la série de reportage photo du L.A Times, sur plus de 75 photographies du conflit, il n’y a pas non plus une seule image de combattants du Hamas, selon le Comité américain pour la Précision du reportage au Moyen Orient.

Pour de nombreux spectateurs, le récit de cette guerre doit apparaître très clair : le puissant Israël bombarde des Palestiniens sans défense. C’est compréhensible lorsque l’on ne voit presque aucune photographie des agresseurs palestiniens.

Dans un article du Washington Post de William Booth datant du 15 juillet, l’utilisation du Hamas de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza comme une base opératoire est mentionnée, mais on consacre seulement une demi-phrase dans le huitième paragraphe de l’article.

Le ministre a été refoulé avant qu’il ne puisse atteindre l’hôpital qui est devenu de facto un quartier général pour les dirigeants du Hamas, comme on peut le voir dans les couloirs et les bureaux.

Comme l’a noté Tablet, c’est ce que l’on appelle noyer le poisson.

Dans la même logique, une agence de presse palestinienne a annoncé cette semaine que le Hamas a exécuté des dizaines de Palestiniens suspectés d’avoir collaboré avec Israël la semaine dernière. Le JTA a repris cette information, mais elle n’a pas été mentionnée par les grandes agences de presse.

Soit les journalistes et les rédacteurs de chef ne sont pas intéressés à raconter cette partie de l’histoire qui montre ce que le Hamas fait dans Gaza soit ils n’en sont pas capables. Arrêtons-nous sur cette dernière possibilité.

On a beaucoup parlé du côté des soutiens d’Israël d’une décision de Nick Casy du Wall Street Journal d’effacer un tweet au sujet du mode d’utilisation du Hamas de l’hôpital Shifa comme une base d’opérations. On peut supposer que Casy a effacé le tweet à cause des menaces du Hamas soit sur sa personne ou sur sa capacité à continuer à couvrir le conflit.

Un article du Times of Israel suggérait déjà cela plus tôt dans la
semaine :

Plusieurs journalistes occidentaux travaillant actuellement à Gaza ont été harcelés et menacés par le Hamas pour avoir documenté des cas de l’implication par le groupe terroriste de civils dans sa guerre contre Israël, ont déclaré des officiels israéliens en exprimant leur indignation que certains média internationaux se laissent apparemment intimider sans même évoquer ce type d’incidents.

Le Times of Israel a confirmé plusieurs incidents au cours desquels des journalistes ont été interrogés et menacés. Cela incluait des cas où des photographes qui avaient pris des photos de terroristes du Hamas dans des circonstances compromettantes, des hommes armés préparant des tirs de roquettes dans des structures civiles, et/ou des combattants en habits civils, et qui avaient été approchés par des hommes du Hamas, menacés physiquement et on leur avait pris leurs équipements. Un autre cas impliquant un journaliste français avait tout d’abord été annoncé par le journaliste impliqué, mais le récit avait ensuite été retiré d’Internet.

Après avoir quitté Gaza, la journaliste indépendante Gabriele Barbati, dans une série de tweets condamnant le Hamas pour un incident récent avec des victimes civiles, avait soutenu les déclarations que le Hamas menaçait des journalistes :

Sorti de #Gaza loin des représailles du #Hamas : tir de roquette manqué a tué des enfants hier à Shati. Témoin : des militants se sont précipités pour enlever les débris (29 juillet).

Pourquoi peut-on seulement lire des articles sur l’intimidation dans des médias juifs ou israéliens, ou sur des blogs, mais pas dans les grands médias occidentaux ?

Sur son blog Powerline, l’avocat Scott Johnson demande aux agences de presse de remédier à cela :

Les menaces du Hamas ne sont pas responsables de l’ignorance et de la stupidité de la couverture des hostilités à Gaza, mais elles sont en partie responsables. Les journalistes et les médias employeurs coopèrent avec le Hamas non seulement en passant sous silence des histoires qui ne servent pas la cause du Hamas, mais aussi en ne parlant pas des conditions restrictives dans lesquelles ils travaillent.

Ce n’est pas un détail. L’opinion publique est un élément crucial dans ce conflit. Elle va jouer un rôle pour déterminer quand les combats cesseront, à quoi ressemblera le cessez-le-feu et qui portera en priorité la responsabilité pour la mort d’innocents.

Si les grands médias suppriment les images des terroristes du Hamas utilisant des civils comme des boucliers et utilisant des écoles et des hôpitaux comme des bases d’opérations, alors les gens autour du monde auront naturellement du mal à voir les Israéliens comme autre chose que des agresseurs et les Palestiniens comme autre chose que des victimes.

Ils n’ont pourtant qu’une partie de l’histoire. Et d’où je viens, une demi-vérité est considérée comme un mensonge.


Israël: Le seul pays dont les voisins font de l’anéantissement un objectif national explicite (And the only nation on earth that inhabits the same land, bears the same name, speaks the same language, and worships the same God that it did 3,000 years ago – on a territory smaller than Vermont)

24 juillet, 2014
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Mesha stele
Tel Dan stele

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Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 Av. JC)
Je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Mesha (roi de Moab, Stèle de Mesha, 850 av. J.-C.)
J’ai tué Jéhoram, fils d’Achab roi d’Israël et j’ai tué Ahziahu, fils de Jéoram roi de la Maison de David. Et j’ai changé leurs villes en ruine et leur terre en désert. Hazaël (stèle de Tel Dan, c. 835 av. JC)
Le roi de Moab, voyant qu’il avait le dessous dans le combat, prit avec lui sept cents hommes tirant l’épée pour se frayer un passage jusqu’au roi d’Édom; mais ils ne purent pas. Il prit alors son fils premier-né, qui devait régner à sa place, et il l’offrit en holocauste sur la muraille. Et une grande indignation s’empara d’Israël, qui s’éloigna du roi de Moab et retourna dans son pays. 2 Rois 3: 26-27
Je les planterai dans leur pays et ils ne seront plus arrachés du pays que je leur ai donné, dit L’Éternel, ton Dieu. Amos (9: 15)
Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu? (…) Je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, le Dieu des cieux, qui a fait la mer et la terre. Jonas 1-8-9
La petite nation est celle dont l’existence peut être à n’importe quel moment mise en question, qui peut disparaître, et qui le sait. Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or, l’hymne polonais commence par le vers : La Pologne n’a pas encore péri. Milan Kundera
L’Etat d’Israël est né du même processus légitime qui a créé les autres nouveaux États de la région, la conséquence du démantèlement de l’Empire Ottoman après la Première guerre mondiale. En conformité avec la pratique traditionnelle des États victorieux, les puissances alliées de France et d’Angleterre ont créé le Liban, la Syrie, l’Irak et Jordan et bien sûr Israël, pour consolider et protéger leurs intérêts nationaux. Ce droit légitime de réécrire la carte peut avoir été mal fait et à courte vue – des régions contenant beaucoup de différentes sectes et groupes ethniques étaient de mauvais candidats pour devenir des Etats-nation, comme l’histoire de l’Irak et le Liban le montre, alors que des candidats de premier plan pour l’identité nationale, comme les Kurdes, ont été écartés. Mais le droit de le faire a été accordé par la victoire des alliés et la défaite des puissances centrales, le prix vieux comme le monde de que doivent payer ceux qui déclenchent une guerre et la perdent. De même, en Europe, l’Autriche-Hongrie a été démantelée, et les nouveaux États de l’Autriche, de la Hongrie, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie ont été créés. Et l’agresseur par excellence qu’est l’Allemagne se vit infliger une perte importante de territoire, laissant environ 10 millions d’Allemands bloqués à l’extérieur de la patrie. le droit d’Israël à son pays est aussi légitime que ceux de la Jordanie, de la Syrie et du Liban. Bruce Thornton
Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin. Charles Krauthammer

Mais qui aujourd’hui se souvient encore de Moab ?

Alors que sous la furie combinée des roquettes palestiniennes (gracieusement fournies, via l’Egypte et le Soudan et le financement du Qatar, par l’Iran qui brusquement semblent inquiéter l’Occident) et des critiques occidentales

En cette drôle de guerre où le plus fort doit s’excuser de trop bien protéger sa population pendant que le plus faible fait la une des médias pour l’avoir sacrifiée

Un peuple annoncé « détruit à jamais » à trois reprises par un pharaon, un roi moabite et un roi syrien au XIIIe puis au IXe siècles AVANT Jésus-Christ …

Voit à nouveau son droit à défendre son existence contesté …

Comment ne pas repenser à ce magnifique texte que le célèbre éditorialiste américain Charles Krauthammer avait écrit pour le cinquantenaire …

De la (re)création, à l’instar des autres Etats de la région suite au démembrement de l’Empire ottoman, de l’Etat d »un peuple annoncé, comme nous le rappelions ici même pour son « 60e anniversaire », « détruit à jamais » à trois reprises par un pharaon, un roi moabite et un roi syrien au XIIIe puis au IXe siècles AVANT Jésus-Christ …

Rappelant, à tous nos ignorants donneurs de leçons, que sur un territoire plus petit que l’infinitésimalissime état américain du Vermont (ou de la Lorraine ou la Sicile) …

« Le seul pays au monde dont les voisins font de l’anéantissement un objectif national explicite »  …

Est aussi « la seule nation au monde à habiter la même terre, porter le même nom, parler la même langue et vénérer le même Dieu qu’il y a 3000 ans » !

Extraits:

Israël n’est pas uniquement une petite nation. Israël est la seule petite nation – la seule, point ! – dont les voisins déclarent publiquement que son existence même est un affront au droit, à la morale et à la religion, et qui font de son anéantissement un objectif national explicite. Et cet objectif n’est pas une simple déclaration d’intention. L’Iran, la Libye, et l’Iraq mènent une politique étrangère qui vise au meurtre des Israéliens et à la destruction de leur État. Ils choisissent leurs alliés (Hamas, Hezbollah) et développent leurs armements (bombes-suicide, gaz toxiques, anthrax, missiles nucléaires) conformément à cette politique. Des pays aussi éloignés que la Malaisie n’autorisent pas la présence d’un représentant d’Israël sur leur sol, allant jusqu’à interdire la projection du film « La Liste de Schindler », de peur qu’il n’engendre de la « sympathie pour Sion ».

D’autres sont plus circonspects dans leurs déclarations. La destruction n’est plus l’objectif unanime de la Ligue Arabe, comme cela a été le cas pendant les trente années qui ont précédé Camp David. La Syrie, par exemple, ne le dit plus de façon explicite. Cependant, la Syrie détruirait Israël demain, si elle en avait les moyens. (Sa retenue actuelle sur le sujet est largement due à son besoin de liens avec les Etats-Unis d’après la guerre froide). Même l’Égypte, première à avoir fait la paix avec Israël et prétendu modèle de « faiseur de paix », s’est dotée d’une grande armée équipée de matériel américain, qui effectue des exercices militaires très clairement conçus pour combattre Israël. Son exercice « géant », Badr 96, par exemple, le plus grand mené depuis la guerre de 1973, simulait des traversées du canal de Suez.

Et même l’OLP, obligée de reconnaître ostensiblement l’existence d’Israël dans les accords d’Oslo de 1993, est toujours régie par une charte nationale qui, dans au moins quatorze passages, appelle à l’éradication d’Israël. Le fait qu’après cinq ans [rappelons que Krauthammer écrit ceci en 1998] et quatre promesses spécifiques d’amender cette charte, elle reste intacte, est un signe qui montre à quel point le rêve de faire disparaître Israël reste profondément ancré dans l’inconscient collectif arabe.

Le monde islamique, berceau de la grande tradition juive séfarade et patrie d’un tiers de la population juive mondiale, est aujourd’hui pratiquement Judenrein. Aucun pays du monde islamique ne compte aujourd’hui plus de 20 000 Juifs. Après la Turquie, qui en compte 19 000, et l’Iran, où l’on en dénombre 14 000, le pays ayant la plus grande communauté juive dans le monde islamique est le Maroc, avec 6 100 Juifs – il y en a davantage à Omaha, dans le Nebraska. Ces communautés ne figurent pas dans les projections. Il n’y a d’ailleurs rien à projeter. Il n’est même pas besoin de les comptabiliser, il faut juste s’en souvenir. Leur expression même a disparu. Le yiddish et le ladino, langues respectives et distinctives des diasporas européennes et sépharades, ainsi que les communautés qui les ont inventées, ont quasiment disparu.

Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin.

Soit, appelez ces gens comme vous le voulez. Après tout, « Juif » est une dénomination plutôt récente de ce peuple. Ils furent d’abord des « Hébreux », puis des « Israélites ». « Juif » (qui vient du royaume de Juda, un des deux États qui ont succédé au royaume de David et de Salomon) est l’appellation post-exilique pour « Israélite ». C’est un nouveau venu dans l’histoire.

Comment qualifier un Israélien qui ne respecte pas les règles alimentaires, ne va pas à la synagogue, et considère le Shabbat comme le jour où l’on va faire un tour en voiture à la plage – ce qui, soit dit en passant, est une assez bonne description de la plupart des Premiers ministres d’Israël ? Cela n’a aucune importance. Installez un peuple juif dans un pays qui se fige le jour de Kippour, parle le langage de la Bible, vit au rythme (lunaire) du calendrier hébraïque, construit ses villes avec les pierres de ses ancêtres, produit une littérature et une poésie hébraïques, une éducation et un enseignement juifs qui n’ont pas d’égal dans le monde – et vous aurez la continuité. Les Israéliens pourraient s’appeler autrement. Peut-être un jour réserverons-nous le terme de « Juifs » à l’expérience d’exil d’il y a 2000 ans, et les appellerons-nous « Hébreux » [c’est le terme qu’utilise la langue italienne : « ebrei » – Note de Menahem Macina]. Ce terme a une belle connotation historique, c’est le nom que Joseph et Jonas ont donné en réponse a la question : « Qui êtes-vous ? »

Certains ne sont pas d’accord avec l’idée qu’Israël est porteur de la continuité du peuple juif, à cause de la multitude de désaccords et de fractures entre Israéliens : Orthodoxes contre Laïcs, Ashkénazes contre Sépharades, Russes contre Sabras, etc. Israël est aujourd’hui engagé dans d’amers débats à propos de la légitimité du judaïsme conservateur et réformiste, ainsi que de l’empiétement de l’orthodoxie sur la vie sociale et civique du pays.

Et alors, qu’y a-t-il là de nouveau ? Israël est tout simplement en train de revenir à la norme juive. Il existe des divisions tout aussi sérieuses au sein de la Diaspora, tout comme il en existait au sein du dernier État juif : « Avant la suprématie des Pharisiens et l’émergence d’une orthodoxie rabbinique, après la chute du second Temple», écrit l’universitaire Frank Cross, «le judaïsme était plus complexe et varié que nous le supposions ». Les Manuscrits de la Mer Morte, explique Hershel Shanks, «attestent de la variété – mal perçue jusqu’à ce jour – du judaïsme de la fin de la période du Second Temple, à tel point que les universitaires évoquent souvent, non pas le judaïsme, mais les judaïsmes. »

Le second État juif était caractérisé par des rixes entre sectaires juifs : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, apocalypticiens de tous bords, sectes aujourd’hui oubliées par l’histoire, sans parler des premiers chrétiens. Ceux qui s’inquiètent des tensions entre laïcs et religieux en Israël devraient méditer sur la lutte, qui dura plusieurs siècles, entre les Hellénistes et les Traditionalistes, durant la période du deuxième État juif. La révolte des Macchabées, entre 167 et 164 avant J.-C., célébrée aujourd’hui à Hanoukka, était, entre autres, une guerre civile entre Juifs.

Certes, il est peu probable qu’Israël produise une identité juive unique. Mais ce n’est pas nécessaire. Le monolithisme relatif du judaïsme rabbinique au Moyen-Âge est l’exception. Fracture et division sont les réalités du quotidien, à l’ère moderne, tout comme elles l’étaient dans le premier et le second États juifs. Ainsi, durant la période du premier Temple, le peuple d’Israël était divisé en deux États [le royaume de Juda, au sud, et celui d’Israël, au nord – note du réviseur de la version française], qui étaient en conflit quasi permanent. Les divisions actuelles au sein d’Israël ne supportent pas la comparaison.

La position centrale d’Israël est plus qu’une question de démographie. Elle représente une nouvelle stratégie, hardie et dangereuse pour la survie du peuple juif. Pendant deux millénaires, le peuple juif a survécu grâce à la dispersion et à l’isolement. Après le premier exil, en 586 avant J.-C., et le second, en 70, puis en 132, les Juifs se sont d’abord installés en Mésopotamie et autour du bassin Méditerranéen, puis en Europe de l’Est et du Nord, et, finalement, au Nouveau Monde, à l’Ouest, avec des communautés situées presque aux quatre coins du monde, jusqu’en Inde et en Chine.

Tout au long de cette période, le peuple juif a survécu à l’énorme pression de la persécution, des massacres et des conversions forcées, non seulement par sa foi et son courage, mais aussi grâce à sa dispersion géographique. Décimés ici, ils survivaient ailleurs. Les milliers de villes et de villages juifs répartis dans toute l’Europe, le monde islamique et le Nouveau Monde, constituaient une sorte d’assurance démographique. Même si de nombreux Juifs ont été massacrés lors de la première Croisade, le long du Rhin, même si de nombreux villages ont été détruits au cours des pogroms de 1648-1649, en Ukraine, il y en avait encore des milliers d’autres répartis sur toute la planète pour continuer. Cette dispersion a contribué à la faiblesse et la vulnérabilité des communautés juives prises séparément. Paradoxalement, pourtant, elle a constitué un facteur d’endurance et de force pour le peuple juif dans son ensemble. Aucun tyran ne pouvait réunir une force suffisante pour menacer la survie du peuple juif partout dans le monde.

Jusqu’à Hitler. Les nazis sont parvenus à détruire presque tout ce qu’il y avait de juif, des Pyrénées aux portes de Stalingrad, une civilisation entière, vieille de mille ans. Il y avait neuf millions de Juifs en Europe lorsque Hitler accéda au pouvoir. Il a exterminé les deux tiers d’entre eux. Cinquante ans plus tard, les Juifs ne s’en sont pas encore remis. Il y avait seize millions de Juifs dans le monde, en 1939. Aujourd’hui, ils sont treize millions.

Toutefois, les conséquences de l’Holocauste n’ont pas été que démographiques. Elles ont été psychologiques, bien sûr, et aussi idéologiques. La preuve avait été faite, une fois pour toutes, du danger catastrophique de l’impuissance. La solution était l’autodéfense, ce qui supposait une re-centration démographique dans un lieu doté de souveraineté, d’armement, et constituant un véritable État.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, il y avait un véritable débat, au sein du monde juif, à propos du sionisme. Les juifs réformistes, par exemple, avaient été antisionistes durant des décennies. L’Holocauste a permis de clore ce débat. A part certains extrêmes – la droite ultra-orthodoxe et l’extrême gauche – le sionisme est devenu la solution reconnue à l’impuissance et à la vulnérabilité juives. Au milieu des ruines, les Juifs ont pris la décision collective de dire que leur futur reposait sur l’autodéfense et la territorialité, le rassemblement des exilés en un endroit où ils pourraient enfin acquérir les moyens de se défendre eux-mêmes.

C’était la bonne décision, la seule décision possible. Mais ô combien périlleuse ! Quel curieux choix que celui de ce lieu pour l’ultime bataille : un point sur la carte, un petit morceau de quasi-désert, une fine bande d’habitat juif, à l’abri de barrières naturelles on ne peut plus fragiles (et auxquelles le monde exige qu’Israël renonce). Une attaque de tanks suffisamment déterminée peut la couper en deux. Un petit arsenal de Scuds à tête nucléaire peut la détruire intégralement.

Pour détruire le peuple juif, Hitler devait conquérir le monde. Tout ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est conquérir un territoire plus petit que le Vermont [aux Etats-Unis]. La terrible ironie est qu’en résolvant leur problème d’impuissance, les Juifs ont mis tous leurs oeufs dans le même panier, un petit panier au bord de la Méditerranée. Et, de son sort, dépend le sort de tous les Juifs.

Nous présumons que l’histoire juive est cyclique : exil babylonien en 586 av. J.-C., suivi par le retour, en 538 av. J.-C., exil romain en 135, suivi par le retour, légèrement différé en 1948. C’est oublier la part linéaire de l’histoire juive : il y a eu une autre destruction, un siècle et demi avant la chute du premier Temple. Elle restera irréparable. En 722 av. J.-C., les Assyriens firent la conquête de l’autre État juif, le plus grand, le royaume du nord d’Israël (la Judée, dont descendent les juifs modernes, constituait le royaume du Sud). Il s’agit de l’Israël des Dix Tribus, exilées et perdues pour toujours.

Leur mystère est si tenace que, lorsque les explorateurs Lewis et Clark partirent pour leur expédition [vers les vastes Plaines de l’Ouest américain], une des nombreuses questions préparées à leur intention par le Dr Benjamin Rush, à la demande du président Jefferson lui-même, fut la suivante : Quel lien existe-t-il entre leurs cérémonies [celles des Indiens] et celles des Juifs ? – « Jefferson et Lewis avaient longuement parlé de ces tribus », explique Stephen Ambrose. «Ils conjecturaient que les tribus perdues d’Israël pouvaient être quelque part dans les Plaines. »

Hélas, ce n’était pas le cas. Les Dix Tribus se sont dissoutes dans l’histoire. En cela, elles sont représentatives de la norme historique. Tout peuple conquis de cette façon et exilé disparaît avec le temps. Seuls les Juifs ont défié cette norme, à deux reprises.

Mais je crains que ce ne soit plus jamais le cas.

Charles Krauthammer

En fin de compte: Sion, Israël et le destin des Juifs

Charles  Krauthammer

The Weekly Standard

11 mai 1998

Traduction française de Nathalie Lerner, révisée par Menahem Macina.

1. Un petit État

Milan Kundera a défini un jour un petit État comme étant « un État dont l’existence même pourrait être remise en question à tout instant; un petit État peut disparaître, et il le sait » [1] Les États-Unis ne sont pas un ‘petit État’. Le Japon non plus. Ni même la France. Ces nations peuvent subir des défaites. Elles peuvent même être envahies. Mais elles ne peuvent pas disparaître. La Tchécoslovaquie de Kundera pouvait disparaître, et ce fut même le cas, en une occasion [2]. La Tchécoslovaquie d’avant-guerre est une petite nation paradigmatique: une démocratie libérale créée sur les cendres de la guerre par un monde déterminé à laisser les petites nations vivre librement; menacée par la convoitise et la taille importante d’un voisin en expansion; fatalement compromise par une lassitude grandissante de la part de l’Ouest à propos d’«une querelle dans un pays lointain – un pays dont nous ignorons tout»; laissée morcelée et sans défense, succombant finalement à la conquête. Quand Hitler est entré dans Prague, en mars 1939, il a déclaré : « La Tchécoslovaquie a cessé d’exister».

Israël est également une petite nation. Cela ne signifie pas que son destin soit de disparaître. Mais que ce pourrait l’être. Qui plus est, par sa vulnérabilité face à l’anéantissement, Israël n’est pas uniquement une petite nation. Israël est la seule petite nation – la seule, point ! – dont les voisins déclarent publiquement que son existence même est un affront au droit, à la morale et à la religion, et qui font de son anéantissement un objectif national explicite. Et cet objectif n’est pas une simple déclaration d’intention. L’Iran, la Libye, et l’Iraq mènent une politique étrangère qui vise au meurtre des Israéliens et à la destruction de leur État. Ils choisissent leurs alliés (Hamas, Hezbollah) et développent leurs armements (bombes-suicide, gaz toxiques, anthrax, missiles nucléaires) conformément à cette politique. Des pays aussi éloignés que la Malaisie n’autorisent pas la présence d’un représentant d’Israël sur leur sol, allant jusqu’à interdire la projection du film « La Liste de Schindler », de peur qu’il n’engendre de la « sympathie pour Sion ».

D’autres sont plus circonspects dans leurs déclarations. La destruction n’est plus l’objectif unanime de la Ligue arabe, comme cela a été le cas pendant les trente années qui ont précédé Camp David. La Syrie, par exemple, ne le dit plus de façon explicite. Cependant, la Syrie détruirait Israël demain, si elle en avait les moyens. (Sa retenue actuelle sur le sujet est largement due à son besoin de liens avec les Etats-Unis d’après la guerre froide). Même l’Égypte, première à avoir fait la paix avec Israël et prétendu modèle de « faiseur de paix », s’est dotée d’une grande armée équipée de matériel américain, qui effectue des exercices militaires très clairement conçus pour combattre Israël. Son exercice « géant », Badr 96, par exemple, le plus grand mené depuis la guerre de 1973, simulait des traversées du canal de Suez.

Et même l’OLP, obligée de reconnaître ostensiblement l’existence d’Israël dans les accords d’Oslo de 1993, est toujours régie par une charte nationale qui, dans au moins quatorze passages, appelle à l’éradication d’Israël. Le fait qu’après cinq ans [rappelons que Krauthammer écrit ceci en 1998] et quatre promesses spécifiques d’amender cette charte, elle reste intacte, est un signe qui montre à quel point le rêve de faire disparaître Israël reste profondément ancré dans l’inconscient collectif arabe [4].

« Comme l’a dit l’imam (Khomeiny), Israël doit être rayé de la carte… ».

« Les dirigeants de la nation musulmane qui reconnaîtront Israël brûleront dans les flammes de la colère de leur propre peuple ».

(Le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, lors d’un discours prononcé le 26 octobre 2005 devant un public de quatre mille étudiants radicaux, à l’occasion d’une conférence intitulée « Le monde sans le sionisme ».)

2. Les enjeux

La perspective de la disparition d’Israël pose problème à cette génération. Pendant 50 ans, Israël « a fait partie des meubles ». La plupart des gens ne se souviennent pas d’avoir vécu dans un monde où Israël n’existerait pas. Pourtant ce sentiment de « permanence » a plus d’une fois été mis à rude épreuve – pendant les premiers jours de la guerre du Kippour, lorsqu’il semblait qu’Israël allait être envahi, ou encore durant les quelques semaines de mai et début juin 1967, quand Nasser instaura un blocus du détroit de Tiran et fit déferler 100 000 soldats dans le Sinaï pour rejeter les Juifs à la mer.

Pourtant, la victoire étourdissante d’Israël, en 1967, sa supériorité en armes conventionnelles, son succès dans chaque guerre durant laquelle son existence était en jeu, ont engendré l’autosatisfaction. L’idée même de la non-permanence d’Israël paraissait ridicule. Israël, écrivait un intellectuel de la diaspora, « est fondamentalement indestructible. Yitzhak Rabin le savait. Les dirigeants arabes sur le Mont Herzl (lors de l’enterrement de Rabin) le savaient. Seuls les saints de la droite, voleurs de terres et dégainant à toute occasion, l’ignorent. Ils sont animés par l’espoir de la catastrophe, l’exaltation d’assister à la fin ».

L’exaltation n’était pas exactement la sensation éprouvée par les Israéliens lorsque, pendant la guerre du Golfe, ils durent s’enfermer dans des pièces hermétiquement isolées et porter des masques à gaz pour se protéger d’une destruction de masse – et ce pour une guerre dans laquelle Israël n’était même pas impliqué. Il y eut alors une vague de peur, de terreur, d’impuissance, ces sentiments juifs ancestraux que la mode post-sioniste d’aujourd’hui juge anachroniques, si ce n’est réactionnaires. Mais la volonté ne change pas la réalité. La guerre du Golfe a rappelé, même aux plus optimistes, qu’à l’époque des armes chimiques, des missiles, et des bombes nucléaires, époque dans laquelle aucun pays n’est à l’abri d’armes de destruction de masse, Israël, avec sa population compacte et son territoire réduit, est particulièrement exposé à l’anéantissement.Israël n’est pas au bord du gouffre. Il n’est pas au bord du précipice. Nous ne sommes ni en 1948, ni en 1967 ou 1973. Et il le sait.

Il peut sembler étrange de commencer une étude sur la signification d’Israël et de l’avenir des Juifs en envisageant sa fin. Mais cela contribue à concentrer l’esprit. Et cela permet de mettre les enjeux en évidence. Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. J’affirme que l’existence et la survie du peuple juif sont directement liées à l’existence et à la survie d’Israël. Ou encore, pour exprimer cette thèse sur un mode négatif, que la fin d’Israël signifierait la fin du peuple juif. Le peuple juif a survécu à la destruction et à l’exil des Babyloniens, en 586 avant l’ère chrétienne. Il a survécu à la destruction et à l’exil des Romains, en 70 de notre ère, et pour la dernière fois en 132. Mais il ne pourrait survivre à une autre destruction, ni à un autre exil. Ce troisième État – l’Israël moderne -, né il y a de cela [63] ans, est le dernier.

Le retour à Sion est maintenant le principal drame du peuple Juif. Ce qui a commencé comme une expérience constitue dorénavant le coeur même du peuple juif – son centre culturel, spirituel, et psychologique, et cet État est devenu également son centre démographique. Israël est la clé de voûte. C’est sur lui que reposent les espoirs – l’unique espoir même – de continuité et de survie des Juifs.

3. La Diaspora moribonde

En 1950, il y avait 5 millions de Juifs aux États-Unis. En 1990, leur nombre dépassait à peine les 5,5 millions. Durant ces décennies, la population globale des États-Unis a augmenté de 65%. Celle des Juifs stagne. En fait, durant le dernier demi-siècle, le pourcentage de Juifs au sein de la population américaine est passé de 3 à 2. Et aujourd’hui, se précise un déclin, non pas relatif mais absolu. Ce qui a maintenu la population juive et son niveau actuel a été tout d’abord le « Baby boom » d’après-guerre, puis l’arrivée de 400 000 Juifs, principalement de l’Union soviétique.

Mais le « baby boom » est terminé. Et l’immigration russe touche à sa fin. Le nombre de Juifs qui se trouvent aux États-Unis n’est pas illimité. Si nous laissons de côté ces anomalies historiques, la population juive américaine est moins importante aujourd’hui que ce qu’elle était en 1950. Elle sera certainement encore plus faible dans l’avenir. En fait, elle est aujourd’hui vouée à un déclin catastrophique. Steve Bayme, directeur du Jewish Communal Affairs, prévoit carrément que, d’ici 20 ans, la population juive aura baissé jusqu’à 4 millions, une perte d’environ 30%. Et qu’en sera-t-il dans 20 ans ? Une projection de quelques décennies de plus annonce un avenir encore plus effrayant.

Comment une communauté peut-elle se décimer dans des conditions aussi favorables que celles des États-Unis ? – La raison est simple : fertilité basse et phénomène endémique de mariages mixtes. Le taux de fertilité, chez les Juifs américains, est de 1,6 enfants par femme. Le taux de remplacement (c’est à dire le taux nécessaire pour que la population reste constante) est de 2,1. Le taux courant est donc inférieur de 20% à ce qui serait nécessaire pour une progression nulle. Ainsi le taux de fertilité, à lui seul, entraînerait une baisse de 20% à chaque génération. En trois générations, la population diminuerait de moitié.

 Le faible taux de natalité ne découle pas d’une aversion particulière des femmes juives à l’égard des enfants. C’est tout simplement un cas flagrant du phénomène bien connu du déclin du taux de naissance, proportionnel à l’augmentation du niveau d’éducation et du niveau socio-économique. Des femmes éduquées, à la carrière brillante, ont tendance à se marier tard et à avoir moins de bébés. Ajoutons maintenant un second facteur : les mariages mixtes. Aux États-Unis, aujourd’hui, les Juifs se marient plus avec des chrétiens qu’avec des Juifs. Le taux de mariages mixtes est de 52%. (un calcul plus conservateur donne 47%, mais l’effet démographique reste fondamentalement le même). En 1970 le taux était de 8%.

Plus important encore pour la continuité juive est l’identité finale des enfants nés de ces mariages. Or, seul un sur quatre est élevé dans la tradition juive. Ainsi, deux tiers des mariages juifs produisent des enfants dont les trois-quarts sont perdus pour le peuple juif. À lui seul, le taux de mariages mixtes causerait un déclin de 25% de la population juive à chaque génération […] A ce rythme, la moitié des Juifs disparaîtraient en deux générations.

Combinez maintenant les effets de la fertilité et des mariages mixtes et faites la supposition, très optimiste, que chaque enfant élevé dans la tradition juive grandira en conservant son identité juive (c’est-à-dire avec un coefficient zéro de perte). Vous commencez avec 100 Juifs américains ; il vous en reste 60. En une génération, plus d’un tiers aura disparu. En deux générations seulement, 2 sur 3 se seront volatilisés.

On peut parvenir à la même conclusion par un autre raisonnement (en ne prenant pas du tout en compte les mariages mixtes). Un sondage du Los Angeles Times, effectué auprès des Juifs américains, en mars 1998, posait une question simple : élevez-vous vos enfants dans la tradition juive ? Seuls 70% ont répondu par l’affirmative. Une population dont le taux de remplacement biologique est de 80% et le taux de remplacement culturel de 70% est vouée à l’extinction. Selon ce calcul, 100 Juifs élèvent 56 enfants juifs. En deux générations, 7 Juifs sur 10 disparaîtront.

Les tendances démographiques dans le reste de la Diaspora ne sont pas plus encourageantes. En Europe de l’Ouest, la fertilité et les mariages mixtes sont le reflet de ceux des Etats-Unis. Prenons le cas de l’Angleterre. Durant la dernière génération, la communauté juive anglaise s’est comportée comme une sorte de cobaye expérimental : une communauté de la diaspora vivant dans une société ouverte, mais, contrairement à celle des États-Unis, sans être artificiellement alimentée par l’immigration. Que s’est-il passé ? Durant le dernier quart de siècle, le nombre de Juifs anglais a diminué de plus de 25%.

Durant la même période, la population juive de France n’a que légèrement diminué. Cependant la raison de cette stabilité relative est un facteur « unique » : l’afflux de la communauté juive d’Afrique du Nord. Cet apport est terminé. En France, aujourd’hui, seule une minorité de Juifs âgés de 20 et 44 ans, vivent dans une famille conventionnelle avec deux parents juifs. La France, elle aussi, suivra le chemin des autres pays.

« La dissolution de la communauté juive d’Europe », observe Bernard Wasserstein [5], « ne se situe pas dans un lointain futur hypothétique. Le processus est en train de se dérouler sous nos yeux et est déjà largement avancé ». D’après les tendances actuelles, « le nombre de Juifs en Europe en l’an 2000 ne dépasserait pas le million – le chiffre le plus bas depuis la fin du Moyen-Age ». En 1900, ils étaient 8 millions.

Ailleurs, la situation est encore plus décourageante. Le reste de ce qui fut un jour la Diaspora est maintenant soit un musée, soit un cimetière. L’Europe de l’Est a été vidée de ses Juifs. En 1939, la Pologne comptait 3,2 millions de Juifs. Il en reste aujourd’hui 35 000. La situation est à peu près identique dans les autres ca