Harcèlement en ligne: Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont (As colonialism-themed bar learns colonialism will only yield to greater violence, cyberbullied journalist recalls the media’s social responsibility)

3 août, 2018

 


"Concerning Violence", un documentaire de Göran Hugo Olsson, © Happiness distribution
trump-targetPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. Frantz Fanon
La violence du colonisé, avons-nous dit, unifie le peuple. De par sa structure en effet, le colonialisme est séparatiste et régionaliste. Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie. Le système colonial alimente les chefferies et réactive les vieilles confréries maraboutiques. La violence dans sa pratique est totalisante, nationale. De ce fait, elle comporte dans son intimité la liquidation du régionalisme et du tribalisme. Aussi les partis nationalistes se montrent-ils particulièrement impitoyables avec les caïds et les chefs coutumiers. La liquidation des caïds et des chefs est un préalable à l’unification du peuple. Frantz Fanon
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
Je voulais surtout sortir de la spéculation – à l’époque, les livres de Franz Fanon, notamment Les damnés de la terre, étaient à la mode et ils me paraissaient à la fois faux et dangereux. Pierre Bourdieu
Ce que Fanon dit ne correspond à rien. Il est même dangereux de faire croire aux Algériens ce qu’il leur dit. Cela les conduirait à une utopie. Et je pense que ces personnes [Sartre et Fanon] ont leur part de responsabilité dans ce que l’Algérie est devenue, parce qu’ils ont raconté des histoires aux Algériens, qui ne connaissaient souvent pas mieux leur pays que les Français qui en parlaient. C’est pourquoi les Algériens ont continué à avoir une vision illusoire, utopique et irréaliste de l’Algérie (…). Du fait de cette irresponsabilité, les textes de Fanon et de Sartre ont quelque chose de terrifiant. Il fallait être mégalomane pour se croire autorisés à dire de telles absurdités. Pierre Bourdieu
« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes. Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique. La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés. A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ? France info Martinique
La colonisation est un crime contre l’humanité. Emmanuel Macron
Le truc qu’ont ces joueurs en commun, c’est que si vous retracez leur histoire, leurs ancêtres ont tous appris à parler français de la même manière. Ils ont tous quelque chose en commun. Si on se demande pourquoi leur familles ont commencé à parler français et qu’on remonte leur histoire on comprend vite pourquoi. Trevor Noah
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Nous sommes le Grand Remplacement. Sûrement pas celui que les fous peuvent fantasmer. Nous sommes un grand remplacement naturel, celui d’une génération face aux « autres », du cycle de la vie. Nous sommes le présent. Nous sommes le Grand Remplacement d’un système archaïque, qui ne nous parle plus et qui ne nous a jamais considéré comme ses enfants. Nous sommes radicaux dans nos idées : nous irons au bout de la beauté. Nous écrirons quand vous voudrez qu’on se taise, et nous nous battrons quand vous aurez décidé qu’il est l’heure qu’on s’endorme. Nous reprendrons notre place, prise par ceux qu’on autorise à penser. Nous ne voulons parler qu’en NOTRE nom. De NOS gouts et de NOS couleurs. Nous sommes le Grand Remplacement d’une génération qui s’active sur Internet pour contrer les coups bas. D’artistes, seul au front, pour porter tous les combats. De révoltés d’une société qui ne sait plus se regarder dans les yeux et écouter les coeurs qui se battent. (…) Nous n’avions pas peur de créer des réactions puisque nous n’avions été que cela jusqu’ici : il fallait réagir aux approximations et aux humiliations diverses. Tous les jours, nous devions entendre « islam » à la télévision. Nous devions accepter « les débats » qui n’allaient nulle part ailleurs. Nous devions comprendre que « l’islamophobie » n’existait pas et que certains hommes politiques voulaient radier les musulmans de l’espace public. D’ailleurs, nous devions éviter de dire « musulman » pour ne pas effrayer les effarouchés. Téléramadan est né de ces frustrations. De ces « analyses » qui n’apportaient aucune réflexion à longueur de journaux. De ces chaines de télé qui comblaient le vide par l’hostilité. De ces mots qu’on lançait comme des bombes pour faire sursauter les âmes. (…) Il est temps de grand-remplacer ce présent qui nous oppresse, qui nous divise. Nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion. Téléramadan n’est pas une démarche militante. C’est une démarche politique qui passe par la littérature, le regard et la poésie. Laissez-nous la naïveté de dire qu’on est les potes de personne, mais les frères de tout le monde. Bismillah. [Au nom de Dieu] Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah
Depuis le temps qu’on lutte et espère le grand remplacement de la vieille France Bravo Meklat et Badrou ! Edouard Louis
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier
Lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington (…) algré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah (…) a (…) étrillé le président américain dans son discours. Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres… Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » ! Le Parisien
J’ai été expulsée d’un restaurant ! Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment. Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison blanche)
La porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée. Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte. A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Le Parisien
I was asked to leave because I worked for President Trump. We are allowed to disagree but we should be able to do so freely and without fear of harm, and this goes for all people regardless of politics. Healthy debate on ideas and political philosophy is important, but the calls for harassment and push for any Trump supporter to avoid the public is unacceptable. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison Blanche)
“La Première Plantation” est un cocktail-bar né de l’imagination de deux barmen passionnés, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry. Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été au croisement des rues Bossuet et Professeur Weill. Pas encore trentenaires, les deux compères se sont croisés au cours de leurs carrières déjà bien remplies. C’est d’une rencontre avec la ville de Berlin qu’est née leur envie d’ouvrir leur établissement. Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares, avec une carte qui évolue au rythme des saisons. La maison propose une sélection de vins, bières et cocktails sans alcool. Le Progrès
Envie de déguster un cocktail dans un endroit authentique et différent ? La Première Plantation saura vous satisfaire… (…) Ce bar à cocktails est un endroit vivant avec une atmosphère plutôt industrielle et végétale à la fois. Un mix surprenant où les clients seront accueillis chaleureusement et dans une ambiance assez funky ! (…) Les deux entrepreneurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry sont des habitués du domaine de la restauration. Sachez que ces professionnels ne vous décevront pas car, avant de se lancer dans La Première Plantation, ils ont participé à plusieurs concours en agitant leurs shakers préférés ! Gabriel Desvallées a été à la 3ème place nationale au trophée du bar en 2014, quant à Matthieu Henry, il est le vainqueur France et finaliste monde à la Bacardi Legacy en 2016. La Première Plantation est un endroit jeune, dynamique, à l’image des deux jeunes hommes. Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. Fourniresto
Une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché. Inside-lyon
Chaleur, douceur des îles, parfum des Caraïbes et cocktails au rhum. Plutôt que de parcourir des milliers de kilomètres jusqu’au bout du monde, on vous propose un dépaysant voyage à seulement quelques stations de métro. Prochain arrêt : La Première Plantation. (…) a décidé de changer la rue Bossuet en une majestueuse jungle tropicalo-industrielle. Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux. D’un côté, une luxuriante verdure nous plonge au fin fond de la forêt tropicale. De l’autre, des lampes suspendues et des tuyaux de cuivre créent une ambiance industrielle feutrée dans laquelle se perdre des heures durant. Pour sublimer cette déco de folie, LPP invite ses clients à déguster une immense et succulente carte de cocktails rares. (…) Avec un tel nom, l’adresse se devait de faire honneur à l’alcool le plus exotique qui soit : le rhum. Originaires du monde entier ou faits maison, les rhums made in LPP se dégustent à toutes les sauces. (…) Alors enfilez votre chemisette à fleurs, enfilez vos claquettes (sans chaussettes, pour l’amour du ciel…) et offrez-vous un voyage supersonique à La Première Plantation, ce petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. Le Bonbon
In 2016, Henry was the French representative at Bacardi Legacy; Desvallees came with him to Berlin, where Henry was to highlight his cocktail “The Epicurean.” They discovered the Monkey Bar at the 25hours Hotel, looking out over the Zoo, which would be the starting point of their inspiration for the new bar.(…)  La Première Plantation. The bar is a tribute to their common passion, rum, and a demonstration of their skills and prowess in a classical bar scene largely dominated by two personalities: Marc Bonneton, winner of Bacardi Legacy in 2011, and owner of L’Antiquaire and Redwood, and Arnaud Gosset, the musician barman, owner of Soda Bar, Monkey Club and Casa Jaguar. (…) But it hasn’t all been easy. They’ve had their fair share of hurdles so far, too: “We had to be tenacious to get the funding of our bar because we take the place of a hostess bar. A sulphurous reputation that must now be forgotten.” Such an unseemly beginning could be a sign of greater things to come – after all, the now successful Tiki bar Dirty Dick opened in an old brothel on rue Frochot, in the infamous Paris district of Pigalle. La Première Plantation will be the second Lyon bar specializing in rum after Redwood. The bar is marked by the identity of these audacious owners but also by the new codes of the French bar today: entrepreneurship, creativity, freedom, audacity and aestheticism. (…) It’s still a bit difficult to imagine the décor of this “street bar” with immaculate walls, but the architectural plans show a creative combination. Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar: a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel. “Here, the jungle takes precedence over the city in a colonial spirit of the eighteenth century,” the pair explain. The design is being overseen by Desvallees’s father, an architect. All in all, it’s a totally new concept and atmosphere, which reflects the creativity of a new generation of bartenders operating outside the Parisian landscape. Mixology
Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. (…)[cool] Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. (…) [et la partie esclaves] Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. Gabriel Desvallées
Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut. Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes. Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.  Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.  Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu. Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. S’agissant des photos dans les toilettes, ce sont d’anciennes gravures du 18e et 19e siècles de bouteilles de rhum, d’une maison victorienne et d’un champ de production d’ananas, ce qui n’a rien d’offensant envers quiconque. Notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne. En conclusion, nous ne pouvons que déplorer que ce quiproquo manifeste entre la journaliste et nous-mêmes l’ai conduite à rédiger un article dont les conséquences sont aujourd’hui gravement préjudiciables pour nous tant sur le plan professionnel que personnel. Nous espérons que ces explications dissiperons ce regrettable malentendu. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là. Nous sommes désolés (…) et n’avons aucune nostalgie de cette période là. (…) Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas. (…) le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines. (…) Nous sommes les victimes dans cette histoire. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement. (…) Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. (…) L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier. (…) Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. Julie Hainaut
Si la France se targue d’être le « pays des Droits de l’Homme », force est de constater qu’elle abrite encore en son sein une certaine nostalgie pour des temps coloniaux qui – faut-il le rappeler ? – furent tissés d’atrocités, de crimes contre l’humanité, de pillages et de barbarie. C’est en effet avec horreur, tristesse et déception que nous découvrions ce 12 septembre l’entretien promotionnel donné au Petit Bulletin par Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, les propriétaires du bar La Première Plantation. Dans l’établissement nouvellement ouvert, l’article nous décrit deux hommes déterminés à « retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, […] une période sympathique [où] il y avait du travail ». Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable. En faisant de cette histoire leur fonds de commerce, MM. Desvallées et Henry ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité. Au titre de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, Chapitre IV, Paragraphe 1er, articles 23 et 24, nous rappelons que MM. Desvallées et Henry pourraient être condamnés à hauteur de 45000€ d’amende et cinq ans d’emprisonnement. Pour que ce crime cesse, nous exigeons la fermeture immédiate de La Première Plantation. Collectif Desracinées
Nous sommes à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s. Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli. Collectif Desracinées
La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »… Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire. Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. (…) « une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises » (…) « l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. » On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés. On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. (…) « une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » (…) [l’esclavage] « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » (…) L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certains avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournés en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin. En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir. On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. (…) Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Rebellyon
While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love. Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right. So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment. Sally Krantz
Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline. Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus. (…) When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant. Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing. Eater
A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme. La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”) The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.” Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.” Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.” She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms. The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.” The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” (…) Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change. This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC. Eater
La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence. Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ? L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite. C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence. Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne. Sylvie Thénault
L’article que nous avons publié mardi sur notre site, évoquant le bar La Nouvelle Plantation, a interpellé plusieurs de nos lecteurs, scandalisés par certains des propos tenus par les interviewés. L’ampleur prise par le bad buzz et les insultes voire menaces physiques envers les patrons du lieu qui en découlent nous amènent à revenir sur ce sujet. L’article en question, rédigé par Julie Hainaut, correspond à des faits : elle s’est rendue sur place, s’est présentée en tant que journaliste du Petit Bulletin et les propos cités, enregistrés, ont été prononcés lors de l’interview. Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale : nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article. Pour reprendre une citation fort connue d’Albert Londres, il est de notre devoir de porter la plume dans la plaie. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour.  Nous sommes retournés (Sébastien Broquet, rédacteur en chef du journal) voir les deux gérants de La Première Plantation, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, ce jeudi matin. Pour discuter, de nouveau, de leurs propos et de leur positionnement. Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage. Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. Nous avons aussi vu les photographies affichées dans les toilettes : contrairement à ce qui est déclaré dans l’interview par eux-mêmes (et retranscrit par nous), nous n’avons pas vu ce matin de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas. Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau : le Président de la République lui-même l’a clairement exprimé avant l’été (…) Les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. Sébastien Broquet
Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac. Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo. Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons (…) Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne. De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc. La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir. Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond  (…) Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ». Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. » Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme. La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage. Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux : Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté. Dalya Daoud
« Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation ». Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août. Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar. La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes. Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage. (…) Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». (…) Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il. Huffington Post
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. (…) « La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre. S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing. Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques : «Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ». Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes. Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter : »Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ». Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ». De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée. A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération). (…) Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». (…) De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation ». Les Inrocks
L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel. Eric Morain
Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre. Christophe Deloire (Reporters sans frontières)
Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes. Elodie Vialle (RSF)
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. (…) Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau. (…) RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi. RSF
Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques. (…) En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre. Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents. Gabrielle Périer (Causeur)
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants. Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook. Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin. Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. » LCI
Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ». Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent. On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître. Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance. Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ». Dalya Daoud
Je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe. Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite. Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur. Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence. Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien. Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot. Julie Hainaut
J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion. C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux. Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques. Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing. (…) Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe. J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher. Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression. (…) combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas. Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée. En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça. Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ». Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel. (…) Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie. Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer. (…) J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain. Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long. (…) J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr]. Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique. (…) J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends. (…) Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi. Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés. Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne. C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules. (…) Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise. Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles. Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique. Julie Hainaut

Attention: un harcèlement peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, pour tenter de juguler les forces que par leur imprudence et manque de jugement ils ont eux-mêmes déchainées …

Nos gouvernants multiplient, entre suppression du mot racisme de la constitution et criminalisation du harcèlement de rue ou de la désinformation sur les réseaux sociaux, les mesures aussi dérisoires les unes que les autres …

Pendant qu’entre deux appels à l’assassinat du président de l’autre côté de l’Atlantique, une porte-parole de la Maison Blanche se voit ridiculisée au Diner de la presse étrangère, expulsée d’un restaurant et peut-être pour la première fois dans l’histoire américaine, contrainte à une protection policière

Et qu’un humoriste métis sud-africain s’attribue en tant qu’Africain la Coupe du monde des Bleus tout en l’assignant dans la phrase d’après au colonialisme français

A l’heure où, malgré ou peut-être à cause de l’été et non sans rappeler la tristement fameuse chasse à l’homme anti-Fillon d’il y a deux ans, le feuilleton Benalla continue plus fort que jamais …

Et où l’association Reporters sans frontières pointe avec raison les ravages, entre militarisation étatique et agrégation spontanée de trolls, du cyberharcèlement des journalistes

Comment ne pas repenser …

A la fameuse formule de Proust sur la facilité avec laquelle la moindre blessure peut réveiller le goût du sang et la bande d’anthropophages qui, instinct d’imitation et absence de courage aidant, sommeillent dans notre société en général et en chacun de nous en particulier …

Que ce soit, d’un emballement à l’autre, pour aduler nos Mehdi Meklat appelant à « l’autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde » …

Ou lyncher nos Benalla et, derrière lui et après l’adulation qui l’a porté comme on sait au pouvoir, le président qu’il servait ?

Et surtout qui prend la peine de rappeler avec la journaliste lyonnaise Julie Hainaut …

Derrière l’inacceptable cyberharcèlement dont elle a été victime l’an dernier pour avoir relevé les problèmes éthiques que soulevait l’ouverture d’un bar à rhum (« La première plantation ») tentant de surfer sur la vogue de la décoration coloniale

Le lot tout aussi invraisemblable d’accusations d’apologie de l’esclavage et du colonialisme – jusqu’à l’invocation des appels au meurtre d’un Fanon – dont elle s’était bien malgré elle fait l’involontaire complice contre ces derniers pour leur maladresse finalement vite reconnue et réparée (rebaptisé L’Artchimiste) …

Et donc en fait la responsabilité sociale des journalistes qu’oublie tant de ses collègues ?

« Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing »
Entretien / Son article publié dans un journal culturel lyonnais avait suscité une véritable tempête. Médiatisée d’abord puis silencieuse avec le temps, cette bourrasque n’est pas finie ni moins violente aujourd’hui pour la journaliste
Dalya Daoud
Rue89Lyon
04/04/2018

Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ».

Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent.

On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître.

Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance.

Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ».

« Sale pute à nègre, on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre »

Rue89Lyon : Le club de la presse de Grenoble vous a remis ce vendredi 23 mars un prix pour votre tribune publiée dans Libération, sur le cyberharcèlement. Le matin-même, vous avez reçu un mail de menaces particulièrement violent, dont l’expéditeur est sans doute rattaché au site néonazi « democratie participative ».  Cela signifie-t-il qu’il surveille toujours tout ce qui peut vous concerner ?

Julie Hainaut : J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion.

C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux.

Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques.

Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing.

« Le victim-blaming est insupportable. La victime n’est responsable ni de son harcèlement, ni de son agression »

Quel est l’impact aujourd’hui de ce type de pressions sur vous ?

Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe.

J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher.

Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression.

« Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite »

On vous enjoint souvent de « sortir de cette histoire ».

Oui, combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas.

Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée.

En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça.

Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ».

Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel.

Est-ce que le prix que vous avez reçu est important pour vous ?

Oui, clairement, et je tiens d’ailleurs à remercier le Club de la presse de Grenoble. Ça fait du bien de sentir que ma profession, mes confrères et consœurs sont à mes côtés et conscients du problème.

Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie.

Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer.

Depuis six mois, vous avez subi des attaques de la part d’activistes racistes, des menaces et des pressions directes ; vous avez tout tenté pour que le site pourvoyeur de ces propos répréhensibles ferme, en vain. Vous avez déposé quatre plaintes, que concernent-elles exactement et sur quel calendrier ?

J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain.

Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long.

Vous avez remonté les sources pour tenter de trouver qui se cache derrière ce site néonazi : expliquez-nous ce que vous avez découvert.

J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr].

Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique.

Vous avez été contactée par un conseiller de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, au lendemain des articles diffamatoires et injurieux publiés par ce site ; cela a-t-il abouti à d’autres échanges depuis ?

Effectivement, nous avons échangé en septembre suite au début du cyberharcèlement. Depuis, rien. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le recontacter en octobre, novembre et décembre, pour l’informer notamment de mails reçus par des personnes ayant également fait l’objet de menaces par le biais de ce site, se sentant isolées, démunies, et me demandant de l’aide.

J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends.

« Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes »

Vous avez été plus récemment reçue par un membre de la DILCRAH. Quelle a été la teneur des échanges et est-ce que vous en ressortez satisfaite ? Cette délégation vous semble-t-elle dotée de ressources suffisantes et à la hauteur de l’opération de communication qui a accompagné son lancement ?

J’ai interpellé Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) sur Twitter, suite à l’un de ses tweets concernant le fameux site néonazi.

J’ai ensuite été reçue à Paris par Donatien Le Vaillant, le conseiller pour la justice et les relations internationales de la DILCRAH. Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes.

« Le harcèlement sur Internet est un fléau qui touche particulièrement les femmes »

Les annonces politiques relatives à la lutte contre le cyberharcèlement et le racisme propagé notamment via le web ont été nombreuses ces dernières semaines. Avez-vous le sentiment qu’elles reflètent une réalité et un investissement concret, pensez-vous avoir été entendue ?

Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi.

Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés.

Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne.

C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules.

« La police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux »

Vous êtes retournée au commissariat à l’issue du dernier mail de menace de mort, datant d’il y a quelques jours. Pensez-vous que les agents soient formés ?

Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise.

Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles.

Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique.

Voir aussi:

Cyberharcèlement : les mots ont un sens

Pour avoir rapporté les propos choquants sur l’époque coloniale des propriétaires d’un bar lyonnais, la journaliste Julie Hainaut a été harcelée, insultée et menacée sur Internet. Elle revient sur l’affaire et les mots, de soutien ou violents, qu’elle a reçus et entendus
Julie Hainaut
Libération

 

Depuis une semaine, j’en ai lu, des mots. Des beaux, des moches, des violents. J’ai été fascinée, mais aussi pétrifiée, par tous ces gens qui ont un avis sur tout, surtout sur celui des autres. Ceux qui jugent sans chercher l’information à la source. Ceux qui confondent presse et publicité, liberté d’expression et libération de la parole, déontologie et conséquentialisme, devoir d’information et droit de se taire.

Je m’appelle Julie Hainaut, je suis journaliste freelance depuis dix ans. Je travaille pour divers médias, dont le Petit Bulletin, un hebdomadaire culturel lyonnais.

Le 12 septembre paraissait mon article intitulé «La Première plantation, ou l’art de se planter», dans lequel je m’indignais des propos des patrons d’un bar à cocktails. Dans ce lieu, dont le nom fait «référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises», les patrons affirment «chercher à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, une période sympathique où il y avait du travail». Les mots ont un sens. Pas besoin d’être journaliste pour le savoir.

Ces mots prononcés avec légèreté – et enregistrés sur bande-son avec le consentement des intéressés – sur ce qu’il convient d’appeler un crime contre l’humanité m’ont heurtée. Beaucoup. J’ai d’abord cru à un humour un peu gras ou un manque de connaissance, mais après plusieurs perches lancées, ils me confirment le sérieux de leurs propos lorsque j’évoque la partie «esclave» de la colonisation. «Ah, on a mis quelques photos de gens dans les toilettes», me disent-ils. Certes.

J’ai réécouté l’interview dix fois. Puis je l’ai retranscrite et j’ai exprimé ma désapprobation dans mon papier, de la même manière que je l’ai fait pendant l’interview. Mon article provoquera ensuite un véritable tollé. Les propriétaires ont souhaité avoir un droit de réponse, qu’ils ont bien évidemment obtenu. «Contrairement à ce qui a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.»

«L’affaire» aurait pu s’arrêter là. Mais non. Sur les réseaux sociaux, la façon dont l’interview s’est déroulée sera réécrite. Je serais venue en plein service, sournoisement, poser des questions auxquelles ils n’ont pu répondre avec attention parce qu’ils étaient occupés à faire leur boulot. J’ai beau préciser – et donc me justifier d’avoir retranscrit des faits, l’essence même de mon métier – être venue avant l’affluence et que l’interview a bien été enregistrée, l’engrenage continue. De nombreuses associations, dont le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), condamnent fermement ces propos. Mais beaucoup d’internautes semblent penser qu’il est plus acceptable de les tenir que de les dénoncer.

Je ne suis pas l’Elise Lucet de la tapenade, l’Albert Londres du gin tonic, la Florence Aubenas de l’espuma. Avec la casquette du Petit Bulletin, je ne traque pas le scoop, je ne dénonce pas des injustices. Je viens – en toute indépendance – mettre en lumière des endroits de ma ville où l’on consomme (du boire, du manger, du vêtement, de la culture). Et pourtant, cette semaine, je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe.

Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite.

Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur.

Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence.

Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien.

Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot.

 

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!
Reporters sans Frontières découvre la lune
Gabrielle Périer
Causeur
1 août 2018

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Voir également:

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

RSF
26 juillet 2018
Dans son nouveau rapport, Reporters sans frontières (RSF) révèle l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur les journalistes : le cyberharcèlement perpétré massivement par des armées de trolls, individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires.

LIRE LE RAPPORT sur le harcèlement en ligne

Reporters sans frontières publie, ce 26 juillet, son nouveau rapport intitulé “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”, dans lequel l’organisation s’alarme de l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur la liberté de la presse : le harcèlement en ligne massif des journalistes.

Leurs auteurs ? De simples “haters”, individus ou communautés d’individus dissimulés derrière leur écran, ou des mercenaires de l’information en ligne, véritables “armées de trolls” mises en place par des régimes autoritaires.

Dans les deux cas, l’objectif est le même : faire taire ces journalistes dont les propos dérangent, quitte à user de méthodes d’une rare violence. Pendant des mois, RSF a documenté ces nouvelles attaques en ligne et analysé le mode opératoire de ces prédateurs de la liberté de la presse qui ont su utiliser les nouvelles technologies pour mieux étendre leur modèle répressif.

“Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre.”

Ce que révèle le rapport de RSF :

  • Difficile d’établir le lien direct entre les cabales en ligne à l’encontre des journalistes et les Etats. RSF a enquêté et documenté des cas de harcèlement en ligne de journalistes dans 32 pays, révélant ainsi des campagnes de haine orchestrées par des régimes autoritaires ou répressifs comme en Chine, en Russie, en Inde, en Turquie, au Vietnam, en Iran, en Algérie, etc.
  • RSF analyse et met en lumière le mode opératoire des Etats prédateurs de la liberté de la presse qui orchestrent ces attaques en ligne contre les journalistes en trois étapes :
  1. désinformation : le contenu journalistique est noyé sur les réseaux sociaux sous un flot de fausses nouvelles et de contenus en faveur du régime,
  2. amplification : ces contenus sont valorisés artificiellement via des commentateurs payés par les Etats pour laisser des messages sur les réseaux sociaux, ou bien via des programmes informatiques qui rediffusent automatiquement le contenu, les bots
  3. intimidation : les journalistes sont pris pour cibles personnellement, insultés et menacés de mort, pour les discréditer et les faire taire.
  • Les violentes campagnes de cyberharcèlement sont également lancées par des communautés d’individus ou des groupes politiques dans des pays dits démocratiques – au Mexique notamment, voire même dans des pays très bien notés au Classement mondial de la liberté de la presse, comme la Suède ou la Finlande.
  • Les conséquences sont parfois dramatiques : la plupart des journalistes victimes de cyberharcèlement interrogés par RSF sont pour beaucoup contraints à l’auto-censure face à cette vague de violence dont ils n’avaient pas imaginé l’ampleur.
  • En Inde par exemple, Rana Ayyub est la cible des soutiens du régime, les Yoddhas de Narendra Modi, qui attaquent la journaliste pour ses enquêtes sur l’accession au pouvoir du Premier ministre indien : “On m’a traitée de prostituée. Mon visage a été apposé à la photo d’un corps nu et la photo de ma mère a été prise sur mon compte Instagram et ‘photoshoppée’ de toutes les manières possibles.”
  • Aux Philippines, la journaliste Maria Ressa est également attaquée par les trolls, alors que le média qu’elle dirige, Rappler, doit faire face à un acharnement judiciaire. Depuis l’élection de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016, les journalistes philippins qui mènent, comme elle, des enquêtes indépendantes sur le pouvoir sont constamment pris pour cible.
  • En France, deux individus ont été condamnés début juillet à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir menacé en ligne la journaliste Nadia Daam. Un troisième, qui l’a menacée de mort à la suite du procès, a également été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Face à constat, Reporters sans frontières formule 25 recommandations envers les Etats, la communauté internationale, les plateformes, les médias et les annonceurs pour une meilleure prise en compte de ces nouvelles menaces numériques. RSF propose également dans son rapport un tutoriel intitulé “Journalistes : comment faire face aux armées de trolls”, dans lequel l’organisation rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique.
Voir de même:
Procès des harceleurs présumés de Nadia Daam : le cyber-harcèlement à l’encontre des journalistes ne doit pas rester impuni
RSF
4 juin 2018
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. “L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel”, affirme à RSF son avocat, Eric Morain.

Des cabales en ligne destinées à museler les journalistes

Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau.

“Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes.”

RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi.

Voir de plus:

« L’esprit colonial, un esprit à la cool » : les gérants d’un bar lyonnais se défendent de faire l’apologie du colonialisme

BAD BUZZ – Visiblement, il s’agissait plutôt d’une énorme maladresse. Mais les deux gérants d’un bar appelé la Première plantation, située à Lyon, ont été vivement critiqués, accusées de faire l’apologie de l’esclavagisme, après des propos sur « l’esprit colonial ».
LCI

15 sept. 2017

L’histoire avait pourtant bien commencé. Ouverture d’un bar à cocktails, tourné vers le rhum, dans un quartier branché de Lyon. Une déco de bois brut, un esprit récup’, des supers cocktails. C’est d’ailleurs ce qui était mis en avant dans les magazines liftstyle qui ont parlé de la Première plantation à son ouverture. « La Première plantation, le bar à cocktail qui va te faire voyager très loin », titrait ainsi Le Bonbon. Carrément emballé : « Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux », raconte le journaliste. Qui loue la « déco de folie », la « carte de cocktails rare », et n’hésite pas : « La Première Plantation, c’est un petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. » Le Progrès, quotidien local, est plus mesuré mais lui aussi bien conquis : « Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares ».

Mais c’est un article paru ce mardi dans un guide de sorties locales, Le Petit bulletin, qui a déclenché la tornade. Intitulé « La Première Plantation ou l’art de se planter », la journaliste y raconte l’échange qu’elle a eu avec les jeunes gérants. Echange qui depuis a fait le tour du web. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », rapporte la journaliste dans son article.

Elle raconte encore, pas sûre d’avoir bien entendue, avoir demandé : « C’était cool, la colonisation ? » Ce à quoi les gérants ont répondu : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Elle s’est indignée : « Et la partie esclaves, là-dedans ? » Référence à la traite des Noirs dans les Antilles à laquelle le gérant répond benoîtement : « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. »

Réactions en chaîne
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants.

Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook.

Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin.

Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. »

 

Voir encore:

Retour sur la polémique autour du bar lyonnais accusé de faire l’apologie de l’esclavage

Fanny Marlier
Les Inrocks
15/09/17
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. On fait le point sur la polémique.

« La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre.

S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing.

« Nous écoutions à peine les questions »

Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques :

«Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ».

Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes.

Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter :« Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ».

Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ».

De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée.

« Négationnisme » et « apologie de crime contre l’humanité »

A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération).

«Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable », dénoncent les signataires qui soulignent également l’exploitation de « ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité ».

Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». Il ajoute :

«Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli.»

De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation » :

«Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau (…)»

Voir encore:

Polémique autour d’un bar lyonnais, « La Première Plantation », accusé de faire l’apologie de l’esclavage
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir
Marine Le Breton
Huffington Post
14/09/2017

POLÉMIQUE – « Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation« . Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août.

Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar.

La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes.

Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage.

Amandine Gay, La réalisatrice du documentaire « Ouvrir la voix », qui donne la parole aux femmes noires, a notamment fait toute une série de tweets pour dénoncer ces propos.

Une pétition dénonçant « l’apologie de l’esclavagisme » a également été lancée sur le site Change.org par Le Collectif Des Raciné.e.s.

La journaliste, devant les centaines de commentaires en réactions aux propos des créateurs du lieu, a tenu a préciser ce jeudi 14 septembre que les propos cités dans son article sont bel et bien authentiques:

Plusieurs internautes, ainsi que Le Progrès, soulignent que les avis ont été supprimés de la page Facebook du bar depuis.

Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». Au HuffPost, ils affirment que ce post sera publié dans Le Petit Bulletin, annoté par le directeur de la rédaction qui s’est rendu sur les lieux.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Flapremiereplantation%2Fposts%2F275219106324041&width=500

Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il.

Voir aussi:

La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »…

Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire.

Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. Pourquoi ? C’est Le Petit Bulletin qui le révèle dans un article intitulé « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Voici ce qu’ils ont confié à la rédactrice :

Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir.

On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés.
On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. La rédactrice du Petit Bulletin écrit ainsi :

Peut-être avais-je mal entendu, finalement. (…) Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Pour ceux et celles qui douteraient de la réalité de ces propos, la journaliste les a confirmé sur twitter :

PNG - 244.1 ko

L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certain avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournées en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin.

JPEG - 58.6 ko
La colonisation en réalité

En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir.

On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. Petite revue de presse :

Fourniresto, le 21 août : « Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. »

- Inside-lyon, le 24 août : « une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché »

- Mixology (en anglais), le 16 août : « Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar : a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel »

- Le Progrès, le 11 septembre : « idéal pour une soirée conviviale ».

Tous ces propos s’entendent donc à condition d’être blanc et raciste, sans doute…

Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » [1]

Notes

[1Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 61

Voir également:

L’« esprit cool » de la colonisation ou la pire stratégie marketing d’un bar lyonnais

Se démarquer de ses concurrents avec un style bien à soi, un objectif pour tout commerce cherchant à se faire connaître. La Première Plantation, bar à cocktails lyonnais ouvert cet été dans le 6e arrondissement à Lyon, vient de faire les frais de son positionnement : distiller un esprit colonial pour vendre du rhum, car la période selon eux était « à la cool » et « accueillante ».

Dalya Daoud
Rue89Lyon
15/09/2017

Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac.

Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo.

Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons :

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

La journaliste s’étrangle :

« Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe.

Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ».« Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

« Invitation au voyage et à l’exotisme »

Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne.

De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc.

La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir.

Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond :

« Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. »

Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ».

« Une méconnaissance de cette période de l’Histoire »

Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse :

« Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. »

Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme.

La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage.

Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux :

« – Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement.

– Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. »

Puis encore :

« – L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier.

– Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. »

Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté.

Voir de même:

La Première Plantation, ou l’art de se planter
Ne jamais se fier aux apparences : c’est ce qu’on retiendra de ce nouveau bar à cocktails spécialisé dans le rhum.
Julie Hainaut
Le Petit Bulletin
12 septembre 2017

Elle avait pourtant bien commencé, cette histoire. Lui et moi, on était fait pour s’entendre, c’était couru d’avance. Je rentrais de vacances, la tête dans les nuages, il était là, frais et dispo, prêt à me faire atterrir et revenir à la réalité en douceur.

Dès l’entrée, il m’avait séduite à coup de déco brute esprit récup’, de cocktails détonnants – le LPP Swizzle et The Epicurian sont idéaux pour contrer la canicule ou récupérer d’un jet lag –, et de mixtures improbables – la liqueur Falernum réalisée à partir de clous de girofles et de café, entre autres, est exquise.

L’assiette veggie (15 € pour trois artichauts marinés, cinq olives, deux grammes de courgettes marinées, une cuillère à café de houmous, une autre de tapenade) m’avait déçue, mais il avait su me réconforter : « les produits viennent d’Italie, la qualité est top » avait-il alors précisé, sous la houlette de ses deux créateurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry.

Mais l’histoire s’est compliquée. Il disait avoir choisi de s’installer « dans un arrondissement underground. » Le 6e, underground, vraiment ? Il entendait imposer une ambiance de « jungle, là où les plantes prennent le dessus sur la ville ». À peine cinq se couraient après. Je n’ai rien dit, j’ai voulu laisser sa chance au produit.

Puis il a commencé à tenir des propos douteux.

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe. Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Des gouttes ont commencé à couler le long de mon visage – ce n’était pas la canicule mais un mélange de colère et de stupeur. J’ai quand même vérifié s’il n’y avait pas de caméra cachée – mon rédac chef est taquin –, il n’y en avait pas, j’ai payé, je suis allée me changer les idées à grand renfort de pintes et d’amis sur les quais, et je suis rentrée, la gorge nouée. Cette histoire qui avait si bien commencé avec des cocktails savoureux s’est mal terminée.

Voir de plus:

La Première Plantation
Droit de Réponse
Le Petit Bulletin
14 septembre 2017

Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut.

Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes.

Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.

Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.

Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement.

Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative.

Henry Matthieu et Gabriel Desvallees, La Première Plantation
Voir encore:

Colonialism-Themed Bar in France Stokes Outrage

Backlash to La Première Plantation has been swift

A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme.

La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”)

The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.”

Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.”

Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.”

She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms.

The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.”

The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” Henry spoke to the Huffington Post’s French edition, saying he refused to validate Hainaut’s report on the bar, implying that he had been quoted out of context.

Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change.

This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC.

Voir de plus:

Controversial Colonial-Themed Restaurant Changes Name

Saffron Colonial is officially renamed British Overseas Restaurant Corporation

Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline.

Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus.

In an email sent to Eater, Krantz explained why she made the name change:

While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love.

Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right.

So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment.

When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant.

Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing.

Voir encore:

Sylvie Thénault sur les violences coloniales : « Allons vers un travail collectif de connaissance du passé »

Sylvie Thénault est une historienne française spécialiste de la Guerre d’Algérie.
Penser le post-colonialisme
« Les écritures post-coloniales » se déroule du vendredi 2 au samedi 3 février 2018 au Théâtre National Populaire. Deux soirées pour penser le post-colonialisme en faisant dialoguer la littérature, l’histoire, la musique et la poésie.
Un événement organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.
Tout le programme est ici.

La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence.

Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ?

L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite.

« Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés »

Sylvie Thénault, une spécialiste de la Guerre d’Algérie
Née en 1969, cette historienne française est agrégée d’histoire et directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne. Ses travaux portent sur le droit et la répression légale pendant la guerre d’indépendance algérienne. Elle a en particulier étudié des mesures ponctuelles, comme les couvre-feux en région parisienne et les camps d’internement français entre 1954 et 1962.

C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence.

Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne.

Voir enfin:

Le Martiniquais Frantz Fanon inspire un réalisateur suédois
« Les damnés de la terre » de Frantz Fanon est en filigrane de Concerning Violence, ce documentaire de Göran Hugo Olsson, qui s’est interrogé sur l’histoire des peuples africains pour accéder à l’indépendance. Un documentaire à voir actuellement à Madiana, Schoelcher.
Fabrice Théodose
France info Martinique
16/01/2015

« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes.

Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique.

Violence et décolonisation

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » (Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961).

La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés.

A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ?

« Concerning Violence » de Göran Hugo Olsson, lundi 19 janvier à Madiana, à 19h30

Voir parallèlement:

Harcèlement de rue: «Les policiers savent très bien que cette loi est purement inapplicable!»
Etienne Campion
Le Figaro
31/07/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Fonctionnaire de police et déléguée syndicale de l’Unité SGP Police, Linda Kebbab fait entendre le point de vue des forces de l’ordre sur le projet de loi de Marlène Schiappa qui prévoit de punir d’amendes l’outrage sexiste. Elle dénonce une loi inapplicable qui relève de la communication.

Linda Kebbab est déléguée nationale de l’Unité SGP Police. Elle a contribué cette année au numéro hors-série d’«Actu Police»: Femmes flics, héroïnes nationales<
FIGAROVOX.- Le secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, prévoit l’application de la loi de «lutte contre les violences sexistes et sexuelles» dès l’automne, rendant le harcèlement de rue verbalisable. En tant que représentante des forces de l’ordre, êtes-vous favorable à cette loi, et est-elle applicable?

Linda KEBBAB.- Favorables à une loi pour défendre les femmes dans l’espace public, nous le sommes évidemment dans le principe, c’est une noble cause. D’ailleurs, avant que le ministère de l’Intérieur s’engage dans le label «Égalité professionnelle entre les femmes et les hommes», notre organisation syndicale était sur le sujet depuis longtemps: nous avons par exemple sorti un numéro d’«ActuPolice» à l’attention des femmes policières mettant en avant les difficultés rencontrées au sein des forces de l’ordre en matière de discrimination. Donc c’est évidemment un sujet qui nous touche et pour lequel on s’estime précurseurs, bien avant le ministère de l’Intérieur et le gouvernement…

En revanche, la façon dont le problème a été abordé nous trouble particulièrement et nous sommes très pessimistes quant à l’application de cette loi dans l’espace public.

D’abord parce qu’il s’agit d’une contravention et non pas d’un délit. Le délit peut être rapporté et donner lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire: chacun peut rapporter les faits pour un délit dont il a été témoin ou victime. Ce qui n’est pas le cas pour une contravention.

Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique.

Pour une contravention, il faut que l’agent de police ait constaté de ses propres yeux l’infraction, et qu’un citoyen la rapporte aux autorités ne changera rien. Aller dire à un agent de police qu’on s’est fait insulter ou harceler revient ainsi à lui rapporter qu’un chauffard a grillé un feu rouge: il sera d’accord pour dire que c’est mal, mais sans flagrant délit il ne pourra rien faire, hormis vous répondre qu’il n’a rien constaté. Car la contravention nécessite une constatation. Et en matière d’outrage sexiste, il est peu probable que les policiers déjà submergés – allons-nous devoir rallonger leurs journées? – puissent rester planqués au coin d’une rue ou patrouiller à pied dans l’attente de constater, et ce dans le plus grand des hasards, un outrage sexiste en flagrant délit. Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique. Et les femmes ne pourront de toute façon pas saisir les policiers puisqu’il s’agit d’une contravention…

Comment les policiers perçoivent-ils ce potentiel nouveau rôle d’appréhension et de discernement de ce qui est, ou n’est pas, du harcèlement?

Les policiers disent tous qu’il s’agit d’une loi faite pour communiquer, totalement inapplicable, même si bien sûr ils ont conscience du problème et qu’ils ont l’habitude d’être sollicités pour cela. Mais c’est justement parce qu’ils ont conscience de ces réalités grâce au contact du terrain qu’ils considèrent que l’arrivée de cette loi relève de la pure communication: les policiers savent très bien qu’elle est purement inapplicable, ils ne l’affirment pas par plaisir! Et de toute façon, sauf si par hasard quelques cas ponctuels fonctionnent, ce n’est pas cela qui changera la société! Les policiers ont conscience que cette contravention ne modifiera en rien les rouages de la société et considèrent, de toute façon, que ce n’est pas à eux de le faire. Ce n’est en effet pas à eux de faire de la prévention et de l’admonestation – car si cette loi passe il s’agira bien pour les policiers de sermonner les dragueurs de rue… Les moyens n’ont pas été mis en amont dans l’éducation et la prévention et on nous demande à nous policiers d’expliquer à un homme comment il doit se comporter avec une femme!

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler !

Ce n’est pas aux policiers de faire de la pédagogie?

En effet, ce n’est pas leur travail. Et, de toute façon, même si nous le voulions, nous n’aurions pas les moyens pour le faire. Si on estime qu’il s’agit d’une vraie cause nationale, il aurait fallu en faire un délit pour permettre aux victimes de se plaindre et de vraiment pouvoir déposer plainte pour mesurer l’impact psychologique et les potentiels jours d’ITT afin de lancer des procédures judiciaires.

Et ce qui sera considéré comme du harcèlement chez certaines femmes ne le sera pas chez d’autres…

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler! On peut trouver scandaleux la «Tribune des cent femmes» et le droit d’importuner, mais si aujourd’hui une femme se fait siffler dans la rue et qu’un policier intervient, à quel moment la contravention devra être constatée? Quand l’homme aura répondu à la liste exhaustive des sifflements établis par le gouvernement? Mais comment fera-t-on si la jeune fille dit que c’est une drague qu’elle accepte? Le policier se trouvera en porte-à-faux… Ce n’est pas à un policier de résoudre des problèmes de société! Et les contraventions, qui sont des éléments objectifs (feu rouge grillé, tapage nocturne…), tiennent à des faits réprimés par la société dont on n’a pas à discuter. Tandis qu’un sifflement ou une remarque peuvent être acceptés par certaines femmes: ce n’est pas à un policier de le verbaliser.

Selon vous et au vu de votre expérience de terrain, comment faire pour lutter en profondeur contre le problème de la sécurité des femmes dans l’espace public?

C’est une question qui renvoie à l’éducation et à la prévention. Or, jamais dans cette loi il n’a été question de mesures éducatives et de prévention auprès des hommes. Les stages de sanctions complémentaires ne suffiront pas, et les policiers ne peuvent travailler que s’il y a une véritable œuvre de prévention en amont, ce qui n’est pas le cas. D’autant plus qu’ils ne peuvent dénoncer des pratiques qui sont à l’ordre du jour seulement depuis «#metoo»: on ne peut pas leur demander de devenir manichéens quant à des outrages qui n’étaient pas perçus comme tels il y a encore quelques mois.

L’« outrage sexiste » et les « regards appuyés » : il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

Par ailleurs, souvent dans les outrages sexistes, dès lors que la jeune fille se rebiffe, elle devient victime de violence. Comme pour le cas récent de Marie Laguerre, qui a eu raison de faire preuve de courage. Tout comme elle a eu aussi raison de dire que même les femmes policières sont victimes d’outrages, nous le constatons également à notre échelle. Il faut par ailleurs rappeler que dans le cas de cette femme qui a été agressée, si la police était intervenue et que l’homme avait été interpellé, cette affaire aurait pu rester à l’échelle de la contravention et être traitée entre les tapages nocturnes et les excès de vitesse… Elle est devenue un délit parce que l’homme, en lançant un cendrier au visage de Marie Laguerre, a fait usage d’une arme par destination. Ce qui a donné lieu à une circonstance aggravante.

Il est donc primordial que, au-delà des sifflements et des remarques de rue, le gouvernement prenne en compte la circonstance aggravante en fonction du genre de la personne atteinte. Car un homme qui frappe une femme aujourd’hui ne pâtit pas de circonstance aggravante, sauf lorsque c’est sa concubine.

On fait beaucoup de bruit pour des contraventions, mais la grosse erreur du gouvernement est d’être complètement passé à côté de cette question des circonstances aggravantes en fonction de l’appartenance à un genre, et de ne même pas y avoir songé.

Nous n’avons pas été entendus, hormis quelques invitations symboliques, le gouvernement ne prend absolument pas en compte le terrain et se contente de communiquer par des lois inapplicables. L’«outrage sexiste» et les «regards appuyés»: il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

La loi sur les fake news : vaine, liberticide ou utile ?

La proposition de loi, voulue par Macron et portée par les députés LREM, arrive devant l’Assemblée. Les avis sont souvent tranchés sur son utilité.

Thierry Noisette

Les députés lois examinent, à partir de ce jeudi 7 juin, en séance publique les deux propositions de loi « anti-fake news » (leur appellation officielle est « lutte contre les fausses informations »).

Il s’agit en fait d’un projet de loi maquillé en propositions, puisque l’on sait qu’il a été voulu par le président de la République et préparé au ministère de la Culture, même s’il est présenté formellement par des députés LREM.

Un texte examiné en accéléré

Lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier, Emmanuel Macron déclarait : « En période électorale, en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé. »

Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée sur ces deux textes (proposition de loi organique n° 772 et proposition de loi n° 799), ils ne feront donc l’objet que d’une seule lecture à l’Assemblée puis au Sénat.

Ce projet a suscité de nombreuses réactions, souvent critiques. Deux reproches sont fréquemment adressés aux deux textes : ils ajoutent encore une loi alors qu’il existe déjà dans le droit français un délit de diffusion de fausses nouvelles (article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse), et ils vont confier à un juge, en procédure d’urgence, la tâche de déterminer si une nouvelle est fausse ou non.

Lors de l’audition de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, mardi 22 mai par les députés, rapporte Euractiv, le député Nouvelle Gauche Hervé Saulignac s’est inquiété : « Comment un juge en 48 heures peut-il qualifier une information ? […] Va-t-on remettre en cause le secret des sources ? »

« Un concept fourre-tout »

La rapporteure pour la commission des lois, Naïma Moutchou, a annoncé que des précisions seraient apportées au texte au travers d’amendements notamment pour définir clairement le terme de « fausse information ».

Nicolas Vanderbiest, animateur du blog Reputatio Lab, qui analyse les crises et l’e-réputation sur les réseaux sociaux, était très critique lors de l’annonce présidentielle, sur le terme même de fake news :

« C’est un mot qui ne devrait même pas exister. C’est un concept fourre-tout qui a le sens qu’on lui donne. Est-ce une rumeur ? Une fausse information ? Une opération de déstabilisation comme on a pu en voir pendant l’élection présidentielle ? »

Et il ajoutait sur son blog : « Il n’y a aucun accord sur la définition de fake news, ce mot étant une coquille vide. Ensuite parce que la réalité des fake news ne peut être combattue uniquement par une loi. Le parallèle avec le piratage est criant. C’est illégal, mais tout le monde le pratique. »

« Liberticide, démagogique »

L’avocat Emmanuel Pierrat, le 4 mars sur BFMTV (à 16h30), mettait en avant l’ancienneté des textes existants (la loi du 27 juillet 1849, article 4, interdisait déjà « la publication ou reproduction, faite de mauvaise foi, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées, ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque ces nouvelles ou pièces seront de nature à troubler la paix publique ») :

« Il y a déjà en droit français presque 400 textes qui encadrent la liberté d’expression. […] Depuis 1850, il existe un délit de fausses nouvelles en France. Quelle est l’utilité de créer un délit de fake news qui ressemble peu ou prou au délit de fausses nouvelles ? […] On rend le juge responsable de dire la vérité, et en urgence. […] C’est une loi liberticide, démagogique, qui ne servira à rien. »

Après l’annonce présidentielle de janvier, la présidente du Syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, déclarait à « Libération » : « Il ne paraît pas du tout évident de vérifier ce qui relève ou non de la fausse information dans le cadre de l’urgence. »

Les actuelles propositions de loi sur les fake news ont cependant une spécificité, celle de viser les périodes préélectorales et électorales (en imposant aux plateformes « des obligations de transparence renforcées en vue de permettre » aux autorités de détecter des campagnes de déstabilisation par la diffusion de fausses informations, et aux internautes de connaître l’annonceur des contenus sponsorisés.

« Ne pas ouvrir la boîte de Pandore »

Interrogé début mai par « le Nouveau Magazine littéraire », Pierre Haski, président de Reporters sans frontières et chroniqueur à « l’Obs », déclarait :

« Qu’un Etat veuille protéger son débat public d’une ingérence étrangère cachée ne me choque pas. Durant la campagne électorale américaine, 126 millions d’Américains ont été exposés à des contenus sponsorisés achetés par la Russie sans apparaître comme tel mais sous un prête-nom. Cela pose un grave problème démocratique dans la mesure où il y a manipulation d’un processus électoral. Si l’Etat français veut imposer un encadrement et une transparence de ces pratiques, je n’y suis pas opposé sur le principe. Mais il faudra être extrêmement vigilant sur la formulation d’un tel texte de loi pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. »

Lorsque « le Monde » retrace l’histoire de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et de sa répression des fausses nouvelles, il cite l’historien de la presse Patrick Eveno. Ce dernier note qu’en pratique, les poursuites contre les journaux accusés d’avoir publié des fausses nouvelles furent très rares :

« Il faut montrer qu’il y a eu une intention de ­publier une fausse nouvelle et faire le lien entre celle-ci et un trouble à la paix publique, ce qui est très compliqué. Si bien que le délit de fausse nouvelle a été peu invoqué par les parquets. Mais il l’a été pendant la guerre d’Algérie. En termes de droit, le juge est démuni : produire des fausses nouvelles afin de convaincre les gens de voter pour Macron ou Le Pen ne trouble pas la paix publique. »

Alors, inutile ou comblant un réel vide juridique ? Limité ou dangereux pour la liberté de la presse ? Les débats à l’Assemblée et au Sénat ne manqueront pas d’intérêt pour tenter de répondre à ces interrogations.

Et les réseaux sociaux ?

Reste aussi à savoir si ces textes ont une chance de répondre au défi du partage de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux : en mars, le sociologue spécialiste d’Internet Antonio Casilli le relevait dans « l’Obs » :

« Les modèles économiques des plateformes numériques ne favorisent pas tant la militance spontanée émanant de la base d’un parti, que des campagnes de propagande et de dénigrement montées de toute pièce. » « Les grands médias sociaux jouent un rôle extrêmement ambigu dans cette économie du clic. D’une part, Facebook et Google s’engagent depuis 2016 dans des remaniements réguliers de leurs algorithmes de référencement et de ciblage publicitaire afin de corriger les biais qui ont permis aux fake news de se répandre et ils s’adonnent depuis toujours à des ‘purges’ de faux profils, voire proscrivent les utilisateurs ayant recours aux plateformes de crowdturfing. Mais, d’autre part, le réseau de Mark Zuckerberg semble fonctionner grâce à des mécanismes d’achat de visibilité qui entretiennent de nombreuses similitudes avec le fonctionnement des usines à faux clics. »

Voir également:

Sur Twitter, les fake news se propagent beaucoup plus vite que la vérité

Elles se diffusent beaucoup plus rapidement et touchent davantage de gens : trois chercheurs du MIT décortiquent le mécanisme de propagation des fausses nouvelles.

Jean-Paul Fritz

L’ère Trump est celle des « fake news », mais peu d’éléments scientifiques étaient jusqu’à présent disponibles sur la manière dont elles se propagent. Aujourd’hui, trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, réparent ce manque en publiant une étude à grande échelle sur la diffusion des fausses nouvelles, ce que l’on désigne souvent par l’anglicisme « fake news ».

Dans cette étude, parue jeudi soir dans le magazine « Science », ces spécialistes des interactions homme-machine et de l’analyse des mécanismes des réseaux sociaux ont décortiqué la transmission de l’information, révélant des éléments pour le moins surprenants.

Après l’attentat de Boston

A l’origine de cette étude, un constat effectué par Soroush Vosoughi lors de l’attentat du marathon de Boston en avril 2013. « Twitter est devenu notre source principale d’informations », explique le chercheur. « J’ai réalisé qu’une bonne partie de ce que je lisais sur les réseaux sociaux était des rumeurs, des fausses nouvelles. » Avec son professeur de l’époque et d’autres collègues, il a commencé à étudier la propagation des nouvelles, vraies et fausses.

Dans l’étude publiée ce jeudi, plutôt que de se focaliser sur le chemin suivi par quelques événements significatifs, les chercheurs ont misé sur la quantité pour déterminer, indépendamment des thèmes véhiculés, ce qui pouvait différencier la propagation d’une fausse nouvelle par rapport à une vraie ou même une « mixte », une nouvelle comportant des éléments vrais et des éléments faux.

« Même si les expressions ‘fake news’ et ‘désinformation’ impliquent également une distorsion volontaire de la vérité, nous ne prétendons rien sur les intentions des pourvoyeurs des informations que nous avons analysées. Nous concentrons plutôt notre attention sur la véracité et sur les histoires qui ont été vérifiées comme vraies ou fausses, » avertissent les auteurs de l’étude.

Des rumeurs en cascade

Le mécanisme de diffusion d’une nouvelle sur les réseaux sociaux est organisé en « cascades ». Une cascade débute lorsqu’un utilisateur va diffuser une information, vraie ou fausse. Cette information sera ensuite reprise par d’autres utilisateurs dans une sorte d’effet boule de neige. Mais une même nouvelle peut faire l’objet de plusieurs cascades, lorsque des utilisateurs différents vont de manière indépendante commencer à diffuser la même information ou rumeur.

Par exemple, si je découvre une information intéressante sur un site et que j’en tweete le lien (ou que je le partage sur une autre plateforme), je démarre une cascade sur cette information qui va éventuellement provoquer des retweets qui eux-mêmes déclencheront d’autres retweets. Mais d’autres personnes peuvent avoir également tweeté le même lien de leur côté, déclenchant des cascades séparées.

Pour chaque cascade, les chercheurs ont notamment déterminé la profondeur (nombre de retweets par d’autres utilisateurs depuis l’origine), la taille (le nombre d’utilisateurs impliqués dans la cascade), la largeur (nombre maximum d’utilisateurs à un moment donné)…

« Plus loin, plus vite, plus largement »

Les auteurs de l’étude ont pu constater que les fausses nouvelles sont diffusées « significativement plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’information ».

Pour une même cascade, les fausses informations ont ainsi touché beaucoup plus de personnes que les vraies. « Alors que la vérité est rarement diffusée à plus de 1.000 personnes, le top 1% des cascades de fausses nouvelles touche généralement entre 1.000 et 100.000 personnes », précise l’étude. Le constat est que beaucoup plus de personnes retweetent des informations fausses que la vérité. C’est cette diffusion virale, qui ne passe pas par les canaux habituels de transmission verticale d’informations, qui va faire la différence.

Les fausses nouvelles auraient ainsi 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que les véritables informations, et par un beaucoup plus grand nombre d’utilisateurs uniques.

La diffusion des fausses nouvelles est également rapide : « Il faut à la vérité à peu près six fois plus longtemps que la fausseté pour toucher 1.500 personnes », expliquent les scientifiques.

Les informations (vraies ou fausses) les plus diffusées appartiennent en premier à la catégorie politique. Viennent ensuite les légendes urbaines, les affaires, le terrorisme, la science, les loisirs et les catastrophes naturelles.  Ce n’est pas vraiment une surprise, mais les fake news politiques sont celles qui touchent le plus de monde et sont les plus virales : « Elles touchent 20.000 personnes en trois fois moins de temps qu’il en faut à une vraie nouvelle pour en toucher 10.000. »

Les influenceurs et les robots n’y sont pour rien

On pourrait croire que des influenceurs sont à l’origine de la propagation large et rapide des fausses nouvelles, mais il n’en est rien. Ce ne sont pas ceux qui ont le plus d’abonnés à leur fil Twitter, qui postent le plus souvent ou qui sont « vérifiés » qui expliquent ce mouvement, au contraire. Ceux qui diffusent les fausses nouvelles ont moins de « followers », suivent moins de personnes et sont moins actifs (et moins vérifiés).

Les robots, ces programmes automatisés qui font du retweet à la chaîne, sont aussi souvent suspectés. L’étude montre qu’ils n’y sont pas pour grand-chose. Les trois chercheurs ont identifié les « bots » et ont effectué des analyses avec et sans eux sans que cela ne change les résultats : « Les fausses nouvelles se diffusent plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité parce que les humains, et pas les robots, ont plus de chances de les répandre », affirme l’étude. Le terreau des fake news, ce serait donc monsieur et madame-tout-le-monde…

Les fausses nouvelles plus originales que les vraies ?

En modélisant les probabilités d’être retweeté, les auteurs ont donc découvert que les fausses informations avaient 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que la vérité. Pourquoi un tel écart ? La réponse pourrait être « l’originalité ». « La nouveauté attire l’attention, contribue à une prise de décision productive et encourage le partage de l’information parce que la nouveauté met à jour notre compréhension du monde, » décryptent les auteurs.

Ils ont ainsi analysé les différences entre les tweets auxquels était exposé un échantillon d’utilisateurs avant qu’ils ne diffusent une information. En comparaison, « les fausses nouvelles étaient, de manière significative, plus originales que la vérité, en exhibant une unicité d’information nettement plus importante ».

« Les fausses nouvelles sont plus originales, et les gens ont plus de chances de partager des informations originales », explique Sinan Aral. Sur les réseaux sociaux, les personnes qui sont les premières à diffuser une information jusque-là inconnue attirent l’attention. Ils « semblent être au courant ». Même si l’information en question se révèle fausse.

Pour les auteurs, « même si nous ne pouvons pas affirmer que l’originalité provoque les retweets ou que la nouveauté est la seule raison pour laquelle les fausses nouvelles sont retweetées plus souvent, nous avons découvert que les fausses nouvelles sont plus novatrices et que cette information originale a plus de chances d’être retweetée ».

Ils ont également étudié les émotions associées aux fausses nouvelles (déterminées par le vocabulaire des utilisateurs qui les rediffusaient). Surprise et dégoût étaient en tête chez les fake news, alors que les véritables informations inspiraient davantage de tristesse, d’anticipation, de joie et de confiance. Pour les trois chercheurs, « les émotions exprimées en réponse aux fausses informations pourraient éclairer des facteurs additionnels, en plus de la nouveauté, qui inspirent les gens à partager des fausses nouvelles ».

Que faire contre les fake news ?

Si elle a pour ambition de décortiquer certains mécanismes de la diffusion des fake news, l’étude du MIT n’offre pas de solutions miracle. « Il faut davantage de recherches sur les explications comportementales des différences de diffusion entre les vraies et fausses nouvelles », admettent les auteurs. « Comprendre comment les fausses nouvelles se diffusent est la première étape pour les contenir. »

Pour Vosoughi, Roy et Aral, les résultats de leur étude donnent cependant une piste importante : il faut s’occuper du comportement des utilisateurs, alors que « s’il s’agissait juste de robots, nous aurions eu besoin d’une solution technologique ».

« Si des personnes diffusent volontairement des fausses nouvelles alors que d’autres le font sans le savoir, le phénomène est double et nécessite de multiples tactiques pour y répondre », suggère Soroush Vosoughi. 

En tant qu’utilisateur, on peut également appliquer une solution de bon sens suggérée par Deb Roy : « Réfléchir avant de retweeter. »

Une étude à grande échelle

Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral ont étudié la manière dont des nouvelles, fausses et vraies, ont été diffusées sur Twitter entre 2006 et 2017. Ils ont analysé le parcours de 126.000 d’entre elles, rediffusées plus de 4,5 millions de fois par 3 millions de personnes.

Pour déterminer si les nouvelles étaient vraies ou fausses, les trois chercheurs ont fait appel à six organisations indépendantes spécialisées dans le fact-checking. Le résultat est ce que certains qualifient déjà comme « la plus grande étude longitudinale [suivie dans le temps] jamais réalisée sur la diffusion des fausses nouvelles en ligne ».

Le but avoué des trois chercheurs est de répondre aux « deux des questions scientifiques les plus importantes : comment la vérité et la fausseté se diffusent de manière différente, et quels facteurs du jugement humain expliquent ces différences ».

Voir encore:

Washington : la comédienne anti-Trump en a-t-elle trop fait ?

Michelle Wolf a fait un discours très mordant lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Le Parisien
30 avril 2018

« Comme dit une star porno lorsqu’elle se met au lit avec Trump, finissons-en au plus vite ! » C’est ainsi que Michelle Wolf a commencé son discours, samedi, lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington.

Comme l’année dernière, Donald Trump avait rompu avec la tradition en refusant de participer à ce rituel où son administration est toujours plus ou moins vilipendée.

Malgré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah, n’avait rien perdu de son mordant. Bien au contraire. Elle a donc étrillé le président américain dans son discours.

« Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières »

Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres…

Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » !

« Une honte »

Selon des commentateurs, la comédienne serait allée un peu trop loin dans la « mise en boîte ». Même si certains ont trouvé cela « courageux », d’autres, pas tendres avec l’administration Trump, ont trouvé ces plaisanteries « pas drôles, voire méchantes ou insultantes ».

« J’ai complimenté son sens du maquillage, au contraire ! » a plaisanté la comédienne sur Twitter, répondant à ses critiques. Elle s’est permis également de répondre d’un « merci ! » au prédécesseur de Sarah Sanders, Sean Spicer qui avait écrit que ce discours était « une honte ».

Voir également:

Etats-Unis : un restaurant refuse de servir sa porte-parole, Donald Trump se venge sur Twitter

PERSONA NON GRATA – Par les temps qui courent, il ne fait pas bon travailler pour Donald Trump. Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche en a fait les frais vendredi en se faisant virer d’un restaurant où elle devait dîner. Ce qui a valu, lundi, un tweet matinal fracassant du président américain.
Virginie Fauroux
LCI
25 juin 2018

« J’ai été expulsée d’un restaurant ! ». Scandale outre-Atlantique, en pleine polémique sur la gestion de la crise migratoire, la porte-parole de la Maison blanche a indiqué qu’un restaurant de l’Etat de Virginie dans lequel elle souhaitait dîner vendredi soir avait refusé de la servir au motif qu’elle travaillait pour Donald Trump.

« Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment », a expliqué Sarah Sanders sur son compte Twitter samedi matin. « Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire », a-t-elle ajouté.

Trump en colère

Comme le rapporte CBS News, l’incident a été révélé sur Facebook par un homme affirmant être un employé de l’établissement, qui a précisé dans son message avoir servi Sarah Sanders « lors d’une durée totale de deux minutes ». Ce post a été tweeté par Brennan Gilmore, le directeur exécutif du groupe environnemental Clean Virginia.

La propriétaire du restaurant, Stéphanie Wilkinson, a confirmé l’information au Washington Post et expliqué qu’elle ne regrettait pas sa décision : « Je ne suis pas une grande fan de la confrontation », a-t-elle déclaré. « Mais il est grand temps dans notre démocratie que les gens prennent des mesures, même inconfortables, pour défendre leur moralité. J’aurais refait la même chose », a-t-elle poursuivi. « Nous pensons juste qu’il y a des moments où il faut être fidèle à ses convictions ».

La mésaventure de sa porte-parole a suscité la colère de Donald Trump, qui s’est vengé lundi dans un tweet, comme il en a l’habitude. « Le restaurant Red Hend devrait se concentrer sur le nettoyage de ses verrières, portes et fenêtres crasseux plutôt que de refuser de servir une personne bien comme Sarah Huckabee Sanders. J’avais une règle, si un restaurant est dégoûtant de l’extérieur, il l’est à l’intérieur ».

Voir enfin:

Politique migratoire de Trump : sa porte-parole protégée par le Secret service

Vendredi 22 juin, Sarah Sanders avait été congédiée d’un restaurant à cause des idées et de la politique de son patron.
J.Cl.
Le Parisien
27 juin 2018

Cinq jours après sa mésaventure du week-end, la porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée.

Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte.

A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Trump avait pris la défense de Sanders dans un tweet rageur.


Politiquement correct: Cachez cette race que je ne saurai voir ! (No race, please, we’re French)

6 juillet, 2018

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
En Afrique, ils vont renverser le président, ils renversent le palais, ils rentrent dans le palais, ça se passe comme ça en Afrique, pourquoi ça devrait pas se passer comme ça en France. Assa Traoré
Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. Le racisme de l’intelligence est un racisme de classe dominante qui se distingue par une foule de propriétés de ce que l’on désigne habituellement comme racisme, c’est-à-dire le racisme petit-bourgeois qui est l’objectif central de la plupart des critiques classiques du racisme, à commencer par les plus vigoureuses, comme celle de Sartre. Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d’une essence supérieure. Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Sciences humaines et sciences naturelles ne font pas bon ménage. Quand les biologistes s’aventurent dans les domaines de l’anthropologie et de la psychologie, ils extrapolent souvent abusivement des causes matérielles aux conséquences sociales. L’homme fait certes partie de la nature, mais les lois biologiques expliquent-elles tous les comportements ? L’hérédité est certes un facteur puissant, mais comment nier que l’histoire des sociétés comme celle des individus a un impact sur notre identité ? Les analyses sociobiologiques des arts et des cultures, à force de se croire capables de tout expliquer à leur aune, laissent souvent sceptique. Du côté des sciences humaines et sociales, c’est moins la boulimie que l’anorexie qui fait des ravages : penseurs et philosophes contemporains semblent avoir adopté pour devise la célèbre formule « Commençons par écarter tous les faits ». D’où vient cette cécité volontaire, obstinée, parfois loufoque, vis-à-vis des sciences naturelles ? En grande partie, bien sûr, de la catastrophe qu’a représentée, au XXe siècle, l’interprétation finaliste de la découverte darwinienne, qui a débouché sur l’idéologie nazie et sur sa traduction dans le réel. Hitler croyait au déterminisme biologique, Hitler était un salaud, donc le déterminisme biologique n’existe pas : le caractère spécieux du raisonnement saute aux yeux. On aurait pu aussi bien tirer la conclusion inverse à partir des pratiques adoptées en Russie communiste au cours des mêmes années, où l’on envoyait les généticiens dans les camps et idolâtrait l’agronome Trofim Lyssenko (1898-1976), d’après qui l’hérédité était inexistante et la nature des plantes pouvait être modifiée à volonté par les conditions environnementales et les hommes. Malgré ces excès, l’idée que l’intervention volontariste peut être utile n’a pas été pourfendue autant que celle de la pertinence du biologique. Certains domaines sont tout simplement désossés de toute influence biologique ; la thèse qui en résulte n’est pas bien différente d’une mythologie moderne. Ainsi de l’idée selon laquelle toutes les différences non physiologiques entre hommes et femmes seraient construites (« la théorie du genre », introduite depuis peu dans les manuels scolaires français). Dans le monde vivant, mâles et femelles diffèrent toujours biologiquement, y compris pour une partie de leurs comportements, car chaque sexe a une façon spécifique de se reproduire, ainsi chez les gorilles, chimpanzés et bonobos, dont nous sommes les plus proches cousins. Quelle force mystérieuse aurait effacé ces différences dans notre espèce à nous ? Les faits, quand on cherche à les connaître, nous montrent que déjà à la naissance – donc avant toute influence sociale – filles et garçons n’ont pas les mêmes comportements. Et comment ne pas reconnaître que le pic d’hormones de la puberté, que partagent les adolescents humains avec les adolescents chimpanzés, a une origine biologique et un effet marqué sur les comportements ? A cela s’ajoute bien évidemment une forte intervention sociale, qui aura le plus souvent tendance à exacerber les différences biologiques. Autre exemple : celui des différences entre groupes humains. Il existe une multitude de races de chiens, neuf sous-espèces de girafes, quatre de chimpanzés, quelques variétés de mésanges bleues, une liste impressionnante de sous-espèces de ratons laveurs. Quel que soit le mot employé, il s’agit là de différences génétiques. Et chez Homo sapiens ? La fiction actuellement à la mode nous assène que les différences génétiques entre groupes humains sont proches de zéro, que la notion de race est scientifiquement infondée. Idée aussi généreuse dans ses intentions politiques que farfelue sur le plan des faits. La diversité de l’espèce humaine est grande : une partie de notre héritage génétique est largement partagée, mais une autre est caractéristique de groupes géographiques. D’ailleurs, il suffit de séquencer le génome d’un inconnu pour savoir d’où proviennent ses ancêtres. Comment nommer ces différences ? Le mot « race » fait peur – il va du reste prochainement disparaître de la Constitution française, on se demande s’il sera suivi par « sexe » –, mais peu importe le terme, il s’agit de ne pas enseigner des inanités. Ces mythes modernes ont en commun avec les religions de reposer sur la dénégation tranquille de faits physiques et biologiques avérés et irréfutables. Ils ont aussi en commun avec les religions de nous flatter et nous rassurer sur notre statut « unique », « choisi », « élu » parmi les espèces terriennes : loin de faire partie du règne animal et de la nature, nous assurent-ils, les humains jouiraient d’un statut à part. Les races et les sexes, c’est bon pour les plantes et les animaux. Nous, on est supérieurs ! On décide de notre propre sort ! Cet orgueil inné de l’humain est particulièrement coriace en France, où il se combine avec la certitude nationale de disposer d’une intelligence exceptionnelle. Ainsi les faits biologiques ont-ils tendance, ici, à être instantanément traduits en concepts philosophiques. Si vous affirmez l’existence chez les humains de deux sexes, plutôt que d’un seul ou de toute une kyrielle, vous êtes aussitôt taxé d' »essentialisme ». Pourtant, dire que seules les femmes ont un utérus, ou que les hommes ont en moyenne un niveau de testostérone plus élevé qu’elles, ce n’est ni spéculer quant à l' »essence » de l’un ou l’autre sexe, ni promouvoir une idéologie sexiste, ni décréter l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, ni recommander que les femmes soient tenues à l’écart de l’armée et les hommes des crèches, c’est énoncer des faits ! Des faits qui, en l’occurrence, ont eu un impact décisif sur l’histoire de l’humanité – son organisation sociale (patriarcat), familiale (mariage, primogéniture), politique (guerre). Nier la différence des sexes, c’est s’interdire toute possibilité de comprendre, donc d’avancer. De même, affirmer que Homo sapiens, à partir d’une même souche africaine voici soixante-dix mille à cent mille années, a évolué de façon relativement autonome dans différentes parties du globe et s’est peu à peu diversifié en sous-espèces, ou variétés, ou – pardon ! – races différentes, ce n’est pas une opinion, encore moins un décret politique, c’est une simple réalité. Elle n’implique aucun jugement de valeur ; la génétique moderne se contente de décrire. (…) Notre identité biologique est elle-même le résultat, non seulement de l’hérédité, mais aussi de l’interaction avec le milieu dans lequel nous vivons. Depuis des millénaires, les populations humaines se sont adaptées au terrain, au climat et aux conditions de vie extrêmement variables d’une partie du globe à l’autre. Aujourd’hui, les différentes populations humaines n’ont ni la même pilosité, ni la même couleur de la peau, ni les mêmes maladies et systèmes de défense contre celles-ci. Les médecins savent qu’il existe une variation dans la réponse aux médicaments – les psychotropes par exemple – selon le groupe auquel appartient le malade. Les Inuits sont adaptés au froid, tout comme les sherpas de l’Himalaya sont adaptés à la vie en altitude. Même si des traits culturels interviennent également, ces adaptations sont génétiques. (…) Soulignons au passage que la différence des sexes est d’une autre nature que celle-là, car les sexes ne se métissent pas : en croisant un mâle et une femelle, on n’obtient ni un hermaphrodite ni une transsexuelle mais, dans la quasi-totalité des cas, un mâle ou une femelle. La connaissance du vivant n’a pas à se soumettre au choix politique entre droite conservatrice, qui exagère toujours le poids du donné, et gauche révolutionnaire, qui croit tout transformable. Il est temps de passer outre ces réponses simplistes à des questions infiniment difficiles, car si nous continuons à ignorer et à maltraiter le monde, nous risquons de compromettre nos chances de survie. L’antagonisme entre nature et culture est intenable. L’être humain est un animal pas comme les autres : pas facile d’accepter vraiment les deux parties de cette phrase en même temps ! Comme l’on ne disposera jamais d’un discours unique, capable de rendre compte de sa complexité, au lieu de se cantonner dans le sectarisme et le dogmatisme qui conduisent à la cécité réciproque, nous avons tout intérêt à partager nos différents savoirs. Ceux d’entre nous qui gagnent leur vie par la pensée devraient donner l’exemple en matière de modestie et de curiosité. Nancy Huston et Michel Raymond
« Quand j’avais 14 ans, mes parents m’ont kidnappée et emmenée au Pakistan où j’ai dû vivre un an et demi.» Confidence de la cinéaste Iram Haq. Elle vivait en Norvège et mariait sans difficultés la chaleureuse, gourmande, joyeuse culture familiale et la modernité sympathique, un peu brute de ses camarades d’école. Jusqu’à l’adolescence. Premiers troubles sensuels, premiers flirts, premières cachotteries… la routine qu’on a tous pratiquée. Sauf qu’avec un père et une mère fortement imprégnés du «déshonneur», la désobéissance d’une fille se paie cher. Ce film est à la fois un thriller et le portrait d’un écartèlement. On ne quitte pas le cerveau de la jeune Nisha -en réalité l’auteur du film. On vit d’abord avec elle dans cette Norvège avant-gardiste, accueillante envers d’autres cultures mais intraitable sur l’égalité homme-femme et la liberté de choix. Les assistantes sociales, rodées à la question, se doutent que quelque chose ne tourne pas rond dans la famille de Nisha… Mais celle-ci ne veut pas trahir ses parents, ne veut pas les faire apparaitre rétrogrades, pas trahir leur autorité, donc leur dignité… Jamais on n’a si bien donné à ressentir ce déchirement. Ensuite, la gamine se retrouve contre son gré dans sa famille pakistanaise et il lui est impossible de nier ce qu’elle est profondément. Nouveaux drames… On ressort de la salle bouleversé, complètement déboussolé. Non seulement c’est formidablement bien filmé, bien joué, vif, naturel, intense, mais ce film prenant pose des questions complexes et terrifiantes. Comment un père peut-il être fou de sa fille… et la maltraiter pareillement ? La réalisatrice avoue n’avoir presque plus revu ses parents pendant 26 ans. Et en découvrant ce qu’elle a vécu, on la comprend. Ca n’est que lorsque son père, en fin de vie, l’a contactée qu’ils ont renoué : «Il m’a demandé pardon, je ne m’y attendais pas du tout!» Le savoir réconcilie le spectateur avec ce personnage qu’on a envie d’étrangler. Rien n’est simple… Paris Match
La réalisatrice signe un film magnifique que l’on devine personnel : l’histoire de cette gamine, kidnappée par ses propres parents, et emmenée au Pakistan pour laver ce qu’ils considèrent comme une souillure, fut la sienne : on le sent dans chaque humiliation subie par l’héroïne, chaque ­obstacle qui l’empêche de devenir la femme libre qu’elle voudrait être. Plusieurs moments épouvantent : des policiers pakistanais ripoux forçant Nisha à se déshabiller pour avoir embrassé un jeune homme ou son père prêt à la précipiter dans le vide, plutôt que de subir une « honte » supplémentaire. Ce film est un vibrant appel à la survie. Télérama
Je vous demande de ne rien céder, dans ces temps troublés que nous vivons, de votre amour pour l’Europe. Je vous le dis avec beaucoup de gravité. Beaucoup la détestent, mais ils la détestent depuis longtemps et vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de la voir réapparaître. Et des amis voisins, ils disent le pire et nous nous y habituons. Emmanuel Macron
On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. Emmanuel Macron
Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux. (…) « Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions. (…) Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. (…) En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même. (…) Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. (…) Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. (…) Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés. (…) Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes. (…) Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. François Héran
Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. François Héran (Collège de France)
Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. [Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline »] sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres (…) Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique. (…) On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… (…) Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir. (…) Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte ! (…) La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert. Yves Pascouau
Ce n’est pas une crise. Une crise, c’est un moment aigu dans des circonstances particulières. Ce à quoi nous assistons n’est, au contraire, que la poursuite d’une tendance de fond qui s’est amplifiée ces dernières années avec les migrations africaines et asiatiques notamment. Cette pression migratoire accrue n’est pas un accident, c’est un problème chronique structurel, un phénomène fondamental qui va troubler l’horizon européen pendant des décennies, bien au-delà de la question ponctuelle de tel ou tel bateau de migrants qui ne trouve pas de port d’accueil. Il faut regarder les choses en face : l’Europe représente un havre de paix, de prospérité et de protection sociale unique au monde, alors brite que 7% de la population mondiale. Nous ne sommes qu’un demi-milliard d’habitants et nous avons beaucoup plus que les autres. Marcel Gauchet
Les musulmans sont, de loin, ceux qui expriment le plus faible sentiment national. Plus la foi de ces jeunes est affirmée, plus leur adhésion à l’Etat est faible (…) seulement 30,7% des collégiens musulmans disent se sentir français, alors que leurs camarades catholiques répondent oui à 76,8%. L’Express
Il faut préciser que nous avons tout fait pour cela. Nous avons cassé tous les lieux où s’opérait le mixage social. Le rapport parle du service militaire, qui n’était d’ailleurs plus depuis longtemps le principal lieu de brassage : tous les jeunes des classes supérieures partaient en coopération et ne moisissaient plus dans les casernes. Mais plus encore : sous prétexte de principe de précaution, on a rendu le scoutisme carrément impraticable – or c’était un lieu suprême pour le brassage social. Il en va de même pour les écoles libres : en leur imposant cette limite non-écrite mais réelle des 20%, on en fait des écoles d’élite, alors que si elles pouvaient se développer elles seraient davantage des lieux d’éducation pour ceux qui en manquent. Car le problème aigu, c’est la place qu’a pris l’éducation dans la vie sociale. Ce qui importe est moins à présent de savoir que de savoir-être. On va embaucher un jeune moins en raison de son diplôme que parce qu’il sera arrivé à l’heure au rendez-vous et sans chewing-gum dans la bouche. Et cela ne s’apprend que dans la famille, ou bien dans une troupe scoute, ou bien dans certaines écoles plus attentives que d’autres… Il faut bien convenir que nos gouvernements ont tout fait pour déconsidérer tous ces lieux éducatifs et jeter sur eux la dérision. Evidemment E.Macron est le représentant typique de cette classe supérieure désormais détachée du peuple. Pour être élu il lui a fallu déborder largement cette couche sociale, qui demeure très restreinte. Mais il en demeure le prisonnier typique : apparemment il ignore que les autres classes existent, et ne les a jamais rencontrées. C’est inquiétant. Le « séparatisme social » qui s’est développé en France dans les catégories les plus favorisées a progressivement engendré un recul du sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Et si le populisme pouvait être un outil qui, dosé avec une juste mesure, permettrait de renouer ce lien social perdu ? N’est-ce pas, dans un certaine mesure, ce qu’essaye de faire Emmanuel Macron avec le service civil pour renforcer la cohésion nationale ? Chantal Delsol
L’importance des réactions suscitées par le rapport Kepel révèle en filigrane le malaise de la société française face au surgissement d’une société multiculturelle encore impensée. Il faut dire que, en la matière, nous nous sommes beaucoup menti. Convaincus de la supériorité du modèle républicain, en comparaison du modèle communautariste anglo-saxon, nous nous sommes longtemps bercés d’illusions sur la capacité de la République à poursuivre, comme c’était le cas par le passé, « l’assimilation républicaine ». La réalité est que, depuis la fin des années 1970, ce modèle assimilationniste a été abandonné quand l’immigration a changé de nature en devenant familiale et extra-européenne (pour beaucoup originaire de pays musulmans). Alors que l’on continuait à s’enorgueillir du niveau des mariages mixtes, les pratiques d’évitement explosaient. Aujourd’hui, le séparatisme culturel est la norme. Il ne s’agit pas seulement d’un séparatisme social mais d’abord d’un séparatisme culturel. Pire, il frappe au coeur des classes populaires. Désormais, les classes populaires d’origine étrangère et d’origine française et d’immigration ancienne ne vivent plus sur les mêmes territoires. Les stratégies résidentielles ou scolaires concernent une majorité de Français, tous cherchent à ériger des frontières culturelles invisibles. Dans ce contexte, la fable des mariages mixtes ne convainc plus grand monde et ce d’autant plus que les chiffres les plus récents indiquent un renforcement de l’endogamie et singulièrement de l’homogamie religieuse. La promesse républicaine qui voulait que « l’autre », avec le temps, se fondît dans un même ensemble culturel, a vécu. Dans une société multiculturelle, « l’autre » reste « l’autre ». Cela ne veut pas dire « l’ennemi » ou « l’étranger », cela signifie que sur un territoire donné l’environnement culturel des gens peut changer et que l’on peut devenir culturellement minoritaire. C’est ce constat, pour partie occulté, qui explique la montée des partis populistes dans l’ensemble des pays européens. Si le rapport Kepel est « dérangeant », c’est d’abord parce qu’il nous parle d’un malaise identitaire qui touche désormais une majorité de Français. A ce titre, il faut relever l’importance de cette question pour l’ensemble des classes populaires d’origine française ou étrangère. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la montée de l’abstention et de la défiance pour les grands partis aussi bien en banlieue que dans les espaces périurbains, ruraux et industriels. Si un islam identitaire travaille les banlieues, l’adhésion pour les thèses frontistes d’une part majoritaire des classes populaires de la France périphérique souligne que la question sociale est désormais inséparable de la question culturelle. Christophe Guilluy
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion. Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates. (…) Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc. Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires. La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif. (…) Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties. Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte. Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines. (…) Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières. Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent. (…) Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple. On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire. (…) Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun. (…) Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine. Laurent Bouvet
Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse. Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré. Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie. Arnaud Benedetti
La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. (…) La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.). Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants. Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques. L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. (…) Les organisations féministes ont fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. (…)  Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause. (…)  L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique. (…) Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. (…)  En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer. (…)  Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés? (…) on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux? Alexis Carré
Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain. (…) La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse. Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». (…)  Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien. (…) Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes. Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela. Causeur
Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières. Mme Monéger-Guyomarc’h
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre. Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires. (…) La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations. Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu. (…) La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ». Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur. (…) Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Le Monde
Nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel. Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort. (…) Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité. Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame. (…) Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine. (…) les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement. (…) L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre. Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France. Thibault de Montbrial
Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture. Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D. Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants. A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement. Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers. Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. (…) Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier. Le Parisien

Cachez cette race que je ne saurai voir !

Quartier « sensible », envoi de renforts policiers suite à un blessé par kalachnikov la semaine précédente, infraction routière,  contrôle de police, refus d’obtempérer d’un jeune conducteur d’origine (nord-)africaine, mandat d’arrêt (pour trafic de stupéfiants), multirécidiviste (vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs), tir apparemment accidentel du policier, décès du conducteur, nuits d’émeutes …

Au lendemain d’une « bavure » semblable à tant de « bavures » policières américaines

Où une France pourtant si prompte à crier au racisme et à la brutalité policière quand il s’agit des Etats-Unis

Mais qui, à l’exception toute récente des victimes des forces de l’ordre, interdit (statistiques ethniques) ou cache ses chiffres (homicides des DOMTOM) …

N’a évoqué à cette occasion ni l’une ou l’autre de ces deux accusations …

Et où à l’instar de la diversité d’une équipe nationale de football réduite à quatre joueurs d’origine non-africaine …

Entre séparatisme choisi (des élites) et séparatisme contraint (des autres, juifs compris) …

La « mixité ethnique » (pardon:  » sociale ») tant louée de nos belles âmes ressemble de plus en plus la fable qu’elle a probablement toujours été …

Et où en une Europe sous le coup d’une assimilation toujours plus illusoire de deux millions de migrants illégaux en deux ans …

Sans compter les autres millions qui ne vont manquer de s’amasser de l’autre côté de la Méditerranée …

La crise migratoire est si vite passée aux pertes et profits

Devinez quel mot infâme contre « cette nouvelle lèpre qui monte »

Nos valeureux parlementaires vont enfin bouter définitivement et contre toute évidence hors de notre constitution ?

LREM déchire la « race »: un vote dangereux et inutile
En pleine racialisation de la société française, la mesure interroge…
Stanislas François
Causeur
4 juillet 2018

Les députés (LREM, principalement) ont voté pour la disparition du mot « race » de la Constitution. En pleine racialisation de l’Etat et de la société française, la mesure interroge…

Le gouvernement a déposé, le mercredi 9 mai 2018, le projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace. Pêle-mêle, ce projet prévoit la création d’une chambre de la société civile en remplacement du Conseil économique, social et environnemental, la réduction du nombre de parlementaires, la suppression de la Cour de justice de la République, la création d’incompatibilités entre les fonctions ministérielles et l’exercice de certaines responsabilités locales, la simplification de la procédure législative ou encore l’inscription de la Corse dans la Constitution. Conformément à la procédure de révision de la Constitution, le Conseil d’Etat a donné un avis sur le projet de loi constitutionnelle le 3 mai dernier.

Le tour de passe-race des députés

Une mesure symbolique de cette réforme ne figure toutefois pas dans le projet déposé : la suppression du mot « race » de l’article 1er de la Constitution. Elle est issue d’un amendement parlementaire ajouté pendant les discussions sur le projet. Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain.

Ajouter des mesures à un texte dans le cadre des discussions parlementaires comporte un avantage considérable, cela permet d’éviter opportunément l’avis du Conseil d’Etat (qui ne peut porter que sur le projet présenté par le gouvernement) au cas où le Conseil mettrait en lumière les incohérences juridiques de tels ajouts. Et il y a effectivement lieu à discuter de la nécessité tant juridique que symbolique de cette mesure.

La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse.

La Constitution n’a pas le monopole de la « race »

Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». Supprimez le mot « race », il demeurera malgré tout en vigueur au sommet de l’ordonnancement juridique. Les tribunaux français sont les juges de droit commun du droit international, en particulier de celui de l’Union européenne, rien ne les empêchera de se fonder sur ces textes, quand bien même le mot « race » aurait été expurgé de la Constitution.

A lire aussi: Niquez vos (prétendues) races !

Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien.

Si elle part d’un bon sentiment, cette démarche trahit une méconnaissance de l’histoire constitutionnelle de la France. L’introduction du terme « race » dans la Constitution en 1946, confirmée en 1958 n’a jamais eu pour objet ou pour effet d’exprimer une pensée raciste. Bien au contraire, il s’agissait, après l’horreur du nazisme, de nommer clairement son ennemi afin de mieux le combattre. La volonté de prohiber toute distinction de race s’inscrit dans la droite ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, selon laquelle les distinctions ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Vouloir supprimer le mot « race » en considérant d’une part qu’il affirme l’existence des races et d’autre part qu’il permet de valider le racisme, c’est manifestement ne rien comprendre à son utilité dans le texte suprême.

La sacralisation du racialisme

Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes.

Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela.

Du sommet de l’Etat jusqu’à la base, la société se racialise, le travail de sape du modèle français républicain est à l’œuvre et on glisse dangereusement vers une américanisation de la pensée (mais qu’importe après tout, pour notre chef de l’Etat, la culture française n’existerait pas).

Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race ». Sans distinction de race, nous pouvons justifier toutes les revendications farfelues, à commencer par les fameux ateliers racisés en non mixité qui sont particulièrement à la mode. Sans distinction de race, on banalise les discours effrayants comme celui tenu à l’occasion de la scène surréaliste survenue dans l’émission « Arrêt sur images », ce week-end, dans laquelle l’homme qui prétendait ne pas en être un regrettait aussi d’être considéré comme « blanc ». Comme s’il ne pouvait exister de débat sans composition raciale.

La Constitution n’est pas un tract 

Comme l’a très justement écrit l’essayiste Mathieu Bock-Côté : « Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances ? »

Certains défenseurs de cette suppression considèrent que c’est parce que les races n’existent pas que le mot doit disparaître. Soit, mais si la Constitution ne devait comporter que des notions qui existent, pourquoi ne supprimerions-nous pas celle qui donne au gouvernement le pouvoir de « déterminer et de conduire la politique de la nation » ? Pour beaucoup d’adeptes de la déconstruction du roman national, il n’existe pas de nation française et nous serions face à une fiction juridique. Mais peut-être devrions-nous aussi supprimer la référence à la parité au motif que pour certains la distinction homme-femme n’a aucune consistance et qu’ils ne s’y retrouvent pas ?

Tout cela n’a aucun sens. La Constitution n’est pas un essai biologique. C’est un texte de droit.

Voir aussi:

Bock-Côté : «La France fait un pas de plus vers le politiquement correct à l’américaine»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
31/07/2017

ENTRETIEN – Mathieu Bock-Côté voit dans un amendement adopté mardi dernier par l’Assemblée une étape supplémentaire vers un multiculturalisme d’inspiration nord-américaine funeste pour la liberté d’expression. Il nous met en garde contre une « dérive orwellienne » qu’il constate déjà dans son propre pays.

C’est le plus Français des intellectuels québécois. Mathieu Bock-Côté scrute avec un mélange d’admiration et de crainte notre pays. Et s’interroge sur son devenir. La France va-t-elle conserver sa culture du débat? Rester la patrie des paroles et des idées dissidentes? Ou va-t-elle se soumettre à ce que le sociologue appelle le «nouveau régime diversitaire». Nouveau régime marqué par un politiquement correct tatillon qui, selon lui, imposerait une police du langage et de la pensée.

LE FIGARO – Les députés LREM ont voté un amendement à l’article 1 du projet de loi de moralisation de la vie politique prévoyant une «peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité» en cas de manquement à la probité. La probité impliquerait «les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle» précise l’amendement. Que cela vous inspire-t-il?

Mathieu BOCK-CÔTÉ – Vous me permettrez et me pardonnerez d’être franc: j’en suis effaré. Et je pèse mes mots. Évidemment, tout le monde s’entend pour condamner le racisme, le sexisme ou l’homophobie. J’ajouterais que nos sociétés sont particulièrement tolérantes et ont beaucoup moins de choses à se reprocher qu’on veut bien le croire. Mais le problème apparait rapidement: c’est celui de la définition. À quoi réfèrent ces concepts? Nous sommes devant une tentative peut-être sans précédent d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante. Il faut inscrire cet amendement dans un contexte plus large pour comprendre sa signification: nous sommes devant une offensive idéologique bien plus brutale qu’il n’y paraît.

Prenons l’exemple du racisme. On a vu à quel point, depuis quelques années, on a amalgamé le racisme et la défense de la nation. Pour la gauche diversitaire et ceux qui se soumettent à ses prescriptions idéologiques, un patriotisme historique et enraciné n’était rien d’autre qu’une forme de racisme maquillé et sophistiqué. Ceux qui voulaient contenir l’immigration massive étaient accusés de racisme. Ceux qui affirmaient qu’il y avait un lien entre l’immigration et l’insécurité étaient aussi accusés de racisme. De même pour ceux qui confessaient l’angoisse d’une dissolution de la patrie. Cette assimilation du souci de l’identité nationale à une forme de racisme est une des tendances lourdes de l’histoire idéologique des dernières décennies. On l’aura compris, on accuse de racisme ceux qui ne se plient pas à l’idéologie diversitaire. Quelle sort sera réservé à ceux qui avouent, de manière articulée ou maladroite, de telles inquiétudes?

Prenons l’exemple du débat sur le mariage pour tous aussi. Il ne s’agit pas de revenir sur le fond du débat mais sur la manière dont il a été mené. Pour une partie importante des partisans du mariage homosexuel, ceux qui s’y opposaient, fondamentalement, étaient homophobes. Ils n’imaginaient pas d’autres motifs à leur engagement. Comme toujours, chez les progressistes, il y a les intolérants et les vertueux. Deux philosophies ne s’affrontaient pas: il y a avait d’un côté l’ombre, et de l’autre la lumière. Doit-on comprendre que dans l’esprit de nos nouveaux croisés de la vertu idéologique, ceux qui ont défilé avec la Manif pour tous devraient être frappés d’inéligibilité? Posons la question autrement: faudra-t-il simplement proscrire juridiquement le conservatisme moral et social de la vie politique?

Prenons aussi le cas de la théorie du genre et de ses dérivés, comme l’idéologie transgenre, qui prétend abolir la référence au masculin et au féminin dans la vie publique, et qui émerge un peu partout dans le monde occidental. C’est pour plier à ses injonctions, par exemple, que le métro de Londres cessera de dire Ladies and Gentleman pour se tourner vers un fade «hello everyone». Celui qui s’oppose frontalement – ou même subtilement – à cette idéologie peut être accusé à n’importe que moment de sexisme ou de transphobie, comme c’est déjà le cas en Amérique du nord. Faudra-t-il aussi interdire la vie politique à ceux qui en seront un jour reconnus coupables? Faudra-t-il criminaliser tôt ou tard ceux qui continuent de croire que la nature humaine est sexuée?

Ce n’est pas d’hier qu’on assiste à une pathologisation du conservatisme, réduit à une série de phobies ou de passions mauvaises. Il est depuis longtemps frappé d’un soupçon d’illégitimité. Il y a une forme de fondamentalisme de la modernité qui ne tolère pas tout ce qui relève de l’imaginaire de la finitude et de l’altérité. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on assiste à sa diabolisation: on le présente comme une force régressive contenant le mouvement naturel de la modernité vers l’émancipation. D’une certaine manière, maintenant, on entend le pénaliser. On l’exclura pour de bon de la cité. C’est une forme d’ostracisme postmoderne. Disons l’essentiel: cet amendement crée un climat d’intimidation idéologique grave, il marque une étape de plus dans l’étouffement idéologique du débat public. Et ne doutons pas du zèle des lobbies victimaires qui patrouillent l’espace public pour distribuer des contraventions idéologiques. On me dira que l’amendement ne va pas jusque-là: je répondrai qu’il va dans cette direction.

À mon avis, derrière cet amendement, il y a la grande peur idéologique des progressistes ces dernières années. Ils croyaient avoir perdu la bataille des idées. Ils croyaient la France submergée par une vague conservatrice réactionnaire qu’ils assimilaient justement à une montée du racisme, de la xénophobie, du sexisme et de l’homophobie. Ils se sont dit: plus jamais ça. Ils veulent reprendre le contrôle du débat public en traduisant dans le langage de l’intolérance la philosophie qui contredit la leur. Il s’agit désormais de verrouiller juridiquement l’espace public contre les mal-pensants.

LE FIGARO. – En France, le racisme n’est pas une opinion, mais un délit…

Mathieu BOCK-COTÉ. – Ce qu’il faut savoir, c’est que la sociologie antiraciste ne cesse d’étendre sa définition du racisme. Elle instrumentalise le concept noble de l’antiracisme à des fins qui ne le sont pas.

J’en donne deux exemples.

Pour elle, ou du moins, ceux qui s’opposent à la discrimination positive se rendraient coupables, sans nécessairement s’en rendre compte, de racisme universaliste, qui écraserait la différence et la diversité. Traduisons: le républicanisme est raciste sans le savoir, et ceux qui la soutiennent endossent, sans nécessairement s’en rendre compte, toutefois, un système raciste. Ils participeraient à la perpétuation d’une forme de racisme systémique.

Inversement, ceux qui soutiendraient qu’une communauté culturelle ou une religion particulière s’intègre moins bien que d’autres à la nation seront accusés de racisme différentialiste car ils essentialiseraient ainsi les communautés et hiérarchiseraient implicitement ou explicitement entre les différentes cultures et civilisation. Ainsi, une analyse sur la question ne sera pas jugée selon sa pertinence, mais disqualifiée parce qu’elle est à l’avance assimilée au racisme.

Je note, soit dit en passant, que les seuls militants décomplexés en faveur de la ségrégation raciale se retrouvent dans l’extrême-gauche anticoloniale, qui la réhabilite dans sa défense des espaces non-mixtes, comme si elle devenait légitime lorsqu’elle concerne les minorités victimaires. Mais ce racisme, apparemment, est respectable et trouve à gauche ses défenseurs militants …

Nous avons assisté, en quelques décennies, à une extension exceptionnelle du domaine du racisme: il faut le faire refluer et cesser les amalgames. En gros, soit vous êtes favorable au multiculturalisme dans une de ses variantes, soit vous êtes raciste. Multiculturalisme ou barbarie? On nous permettra de refuser cette alternative. Et de la refuser vigoureusement.

Il y a aujourd’hui une tâche d’hygiène mentale: il faut définir tous ces mots qui occupent une place immense dans la vie publique et surtout, savoir résister à ceux qui les utilisent pour faire régner un nouvel ordre moral dont ils se veulent les gardiens passionnés et policiers. Il faut se méfier de ceux qui traquent les arrière-pensées et qui surtout, rêvent de vous inculper pour crime-pensée.

LE FIGARO. – Cela rappelle-t-il le politiquement correct nord-américain? En quoi?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le politiquement correct n’est plus une spécificité nord-américaine depuis longtemps. Mais pour peu qu’on le définisse comme un dispositif inhibiteur qui sert à proscrire socialement la critique de l’idéologie diversitaire, on constatera qu’il s’impose à la manière d’un nouvel ordre moral, et qu’on trouve à son service bien des fanatiques. Ils se comportent comme des policiers du langage: ils traquent les mots qui témoigneraient d’une persistance de l’ancien monde, d’avant la révélation diversitaire. Ceux qui n’embrassent pas l’idéologie diversitaire doivent savoir qu’il y aura un fort prix à payer pour entrer en dissidence. On les traitera comme des proscrits, comme des parias. On leur collera une sale étiquette dont ils ne pourront plus se départir. Populiste, réactionnaire, extrême-droite: les termes sont nombreux pour désigner à la vindicte publique une personnalité insoumise au nouvel ordre moral. Dès lors, celui qui se présente dans la vie publique avec cette étiquette est disqualifié à l’avance: il s’agit d’une mise en garde adressée à l’ensemble de ses concitoyens pour leur rappeler de se méfier ce se personnage. C’est un infréquentable: on ne l’invitera, à la rigueur, que pour servir de repoussoir. On lui donnera la parole peut-être mais ce sera pour dire qu’il dissimule ses vraies pensées en multipliant les ruses de langage. Alors nos contemporains se taisent. Ils comprennent que s’ils veulent faire carrière dans l’université, dans les médias ou en politique, ils ont intérêt à se taire et à faire les bonnes prières publiques et à ne pas aborder certaines questions. La diversité est une richesse, et ceux qui bémoliseront cette affirmation n’auront tout simplement plus droit de cité. En France, le politiquement correct a pour fonction de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas globalement ce qu’on pourrait appeler la société néo-soixante huitarde. Avec cet amendement, le pays fait un pas de plus vers le politiquement correct en le codifiant juridiquement, ou si on préfère, en le judiciarisant: désormais, il modèlera explicitement le droit.

La liberté d’expression est pourtant un droit sacré aux États-Unis protégé par la constitution? Qu’en est-il au Canada?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Nous sommes à front renversé. Pour le dire rapidement, la liberté d’expression est juridiquement bien balisée chez nous mais la vie publique est écrasée par une forme de consensus idéologique diversitaire qui rend impossible des débats semblables à ceux qu’on trouve en France. Autrement dit, le contrôle de la parole dissidente s’exerce chez nous moins par le droit que par le contrôle social. Un politicien qui, clairement, s’opposerait au multiculturalisme, par ailleurs inscrit dans la constitution canadienne, verrait sa carrière exploser. On a le droit de dire bien des choses, mais personne ne dit rien – il faut néanmoins tenir compte de l’exception québécoise, où la parole publique est plus libre, du moins en ce qui concerne la question identitaire. Je note, cela dit, que ces dernières années, on a assisté à des tentatives pour judiciariser le politiquement correct. Inversement, en France, la liberté d’expression est soumise à mille contraintes qui me semblent insensées mais la culture du débat demeure vive, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où elle est inscrite dans l’histoire du pays et dans la psychologie collective.

Comment ce «politiquement correct» est-il né? Quels sont les conséquences sur le débat public?

Mathieu BOCK-COTÉ. – C’est un des résultats de la mutation de la gauche radicale engagée dans la suite des Radical Sixties. Il s’institutionnalisera vraiment dans les années 1980, dans l’université américaine. On connait l’histoire de la conversion de la gauche radicale, passée du socialisme au multiculturalisme et des enjeux économiques aux enjeux sociétaux. La lutte des classes s’effaçait devant la guerre culturelle, et la bataille pour la maîtrise du langage deviendra vitale, ce qui n’est pas surprenant pour peu qu’on se souvienne des réflexions d’Orwell sur la novlangue. Celui qui maîtrise le langage maîtrisera la conscience collective et certains sentiments deviendront tout simplement inexprimables à force d’être censurés.

Mais revenons à l’histoire du politiquement correct: dans les universités nord-américaines, on a voulu s’ouvrir aux paroles minoritaires, ce qui impliquait, dans l’esprit de la gauche radicale, de déboulonner les grandes figures de la civilisation occidentale, rassemblées dans la détestable catégorie des hommes blancs morts. Autrement dit, la culture n’était plus la culture, mais un savoir assurant l’hégémonie des dominants sur les dominés: on a voulu constituer des contre-savoirs idéologiques propre aux groupes dominés ou marginalisés. C’est une logique bien bourdieusienne. Les humanités ont été le terrain inaugural de cette bataille. Ce serait maintenant le tour historique des minorités (et plus exactement, de ceux qui prétendent parler en leur nom, cette nuance est essentielle) et ce sont elles qui devraient définir, à partir de leur ressenti, les frontières du dicible dans la vie publique. Ce sont elles qui devraient définir ce qu’elles perçoivent comme du «racisme», du «sexisme», de «l’homophobie». Et on devrait tous se soumettre à cette nouvelle morale. On invite même le «majoritaire» à se taire au nom de la décence élémentaire. On demeure ici dans la logique du postmarxisme: les nouvelles minorités identitaires sorties des marges de la civilisation occidentales sont censées incarner un nouveau sujet révolutionnaire diversifié.

Mais on a oublié qu’il peut y avoir un intégrisme victimaire et un fanatisme minoritaire, qui a versé dans la haine décomplexée de l’homme blanc, jugé salaud universel de l’histoire du monde. La société occidentale est soumise à un procès idéologique qui jamais, ne s’arrête. Je vous le disais tout juste: ces notions ne cessent de s’étendre et tout ce qui relève de la société d’avant la révélation diversitaire finira dans les déchets du monde d’hier, dont il ne doit plus rester de traces. Et il est de plus en plus difficile de tenir tête à ce délire. À tout le moins, cela exigera beaucoup de courage civique.

Et en ce moment, l’université nord-américaine, qui demeure la fabrique institutionnelle du politiquement correct, est rendue très loin dans ce délire: on connait le concept de l’appropriation culturelle qui consiste à proscrire les croisements culturels dans la mesure où ils permettraient à l’homme blanc de piller les symboles culturels des minorités-victimes. On chantait hier le métissage, on vante désormais l’intégrité ethnique des minorités victimaires. On veut aussi y multiplier les safe spaces, qui permettent aux minorités victimaires de transformer l’université en un espace imperméabilisé contre les discours qui entrent en contradiction avec leur vision du monde. C’est sur cette base que des lobbies prétendant justement représenter les minorités-victimes en ont appelé, à plusieurs reprises, à censurer tel discours ou tel événement. Pour ces lobbies, la liberté d’expression ne mérite pas trop d’éloges car elle serait instrumentalisée au service des forces sociales dominantes. Ils n’y reconnaissent aucune valeur en soi et croient nécessaire de transgresser les exigences de la civilité libérale, qui permettaient à différentes perspectives de s’affronter pacifiquement à travers le débat démocratique. Ces lobbies sont animés par une logique de guerre civile.

Ce qui est terrible, c’est que la logique du politiquement correct contamine l’ensemble du débat public. Elle vient de l’extrême-gauche mais en vient à redéfinir plus globalement les termes du débat politique. Tous en viennent à se soumettre peu à peu à ses exigences. Le politiquement correct entraine un appauvrissement effrayant de la vie intellectuelle et politique. Les thèmes interdits se multiplient: la démocratie se vide des enjeux essentiels qui devraient être soumis à la souveraineté populaire dans la mesure où on ne veut voir derrière elle que la tyrannie de la majorité. On psychiatrise de grands pans de la population en l’accusant de mille phobies. On présente le peuple comme une masse intoxiquée par de vilains préjugés et stéréotypes: il faudrait conséquemment le rééduquer pour le purger de la part du vieux monde qui agirait encore en lui.

On trouve de plus en plus de spécialistes du procès idéologique. Ils patrouillent l’espace public à la recherche de dérapages – ce terme est parlant dans la mesure où il nous dit que la délibération publique doit se faire dans un couloir bien balisé et qu’il n’est pas permis d’en sortir.

J’ajouterais une chose: les gardiens du politiquement correct ne se contentent pas d’un ralliement modéré aux thèses qu’ils avancent: ils exigent de l’enthousiasme. Il faut manifester de manière ostentatoire son adhésion au nouveau régime diversitaire en parlant son langage. Bien des journalistes militants se posent aussi en inquisiteur: ils veulent faire avouer aux hommes politiques ou aux intellectuels leurs mauvaises pensées. Ils les testent sur le sujet du jour en cherchant la faute, en voulant provoquer la déclaration qui fera scandale. Ils veulent prouver qu’au fond d’eux-mêmes, ce sont d’horribles réactionnaires.

LE FIGARO. – Est-il le corollaire du multiculturalisme?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le multiculturalisme est traversé par une forte tentation autoritaire – pour ne pas dire plus. Il est contesté – plus personne ne croit sérieusement qu’il dispose d’une adhésion populaire. Il doit alors faire taire ses contradicteurs. Il le fait en les diabolisant. Ceux qui rapportent les mauvaises nouvelles à son sujet sont accusés de propager la haine. Une information qui ne corrobore pas les récits lénifiants sur le vivre-ensemble sera traitée au mieux comme un fait divers ne méritant pas une attention significative, au pire comme un fait indésirable qui révélerait surtout la psychologie régressive de celui qui en témoigne. D’ailleurs, on le voit avec les poursuites à répétition contre Éric Zemmour: on pensera ce qu’on voudra de ses idées, mais ce qui est certain, c’est qu’il est poursuivi pour ce qu’on appellera des crimes idéologiques. Il ne voit pas le monde comme on voudrait qu’il le voit alors on travaille fort à le faire tomber. Et on se dit qu’une fois qu’on sera débarrassé de ce personnage, plus personne ne viendra troubler la description idyllique de la société diversitaire. On veut faire un exemple avec lui. Je note par ailleurs que Zemmour n’est pas seul dans cette situation: Georges Bensoussan et Pascal Bruckner ont aussi goûté aux charmes de la persécution juridique. J’en oublie. Il s’agissait d’odieux procès.

Mais on peut aussi vouloir aller plus loin. Au Québec, en 2008, une universitaire bien en vue proposait au gouvernement de donner à certaines autorités devant réguler la vie médiatique le pouvoir de suspendre pour un temps la publication de journaux proposant une représentation négative de la diversité.

Tout cela pour dire que le multiculturalisme, pour se maintenir, doit diaboliser et maintenant pénaliser ceux qui en font le procès.

Mais il faut voir que le multiculturalisme ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression, dans la mesure où la cohabitation entre différentes communautés présuppose une forme de censure généralisée où chacun s’interdit de juger des traditions et coutumes des autres. On appelle cela le vivre-ensemble: c’est une fraude grossière. On le voit quand certaines communautés veulent faire inscrire dans le droit leur conception du blasphème ou du moins, quand elles veulent obliger l’ensemble de la société à respecter leurs interdits moraux, comme on a pu le voir dans l’affaire des caricatures. Je dis certaines communautés: il faudrait parler, plus exactement, des radicaux qui prennent en otage une communauté en prétendant parler en son nom.

Le génie propre de la modernité, c’est le droit d’examiner et de remettre en question n’importe quelle croyance, sans avoir à se soumettre à ses gardiens qui voudraient nous obliger à la respecter. Ce sont les croyants qui doivent accepter que des gens ne croient pas la même chose qu’eux et se donnent le droit de moquer leurs convictions les plus profondes, sans que cette querelle ne dégénère dans la violence. On nous demande de respecter la sensibilité des uns et des autres, comme s’il existait un droit de ne pas être vexé et un droit de veto accordé à chaque communauté pour qu’elle puisse définir la manière dont on se la représente.

LE FIGARO. – Ce type de disposition peut-il être également utilisé par les islamistes pour interdire toute critique de l’islam?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Naturellement. C’est tout le sens de la querelle de l’islamophobie: il s’agit de transformer en pathologie haineuse et socialement toxique la simple critique d’une religion ou le simple constat de sa très difficile inscription dans les paramètres politiques et culturels de la civilisation occidentale.

Les islamistes excellent dans le retournement de la logique des droits de l’homme contre le monde occidental pour faire avancer des revendications ethnoreligieuses. De la même manière, ils sauront user de ces nouvelles dispositions pour présenter comme autant de propos haineux les discours qui cherchent à contenir et refouler leur influence, notamment en critiquant la stratégie de l’exhibitionnisme identitaire fondée en bonne partie sur la promotion du voile islamique dans l’espace public. On cherchera à faire passer toute critique un tant soit peu musclée de l’islamisme pour une forme de haine raciale ou religieuse méritant sanction juridique et politique. Soit dit en passant, en 2015-2016, le Québec est passé bien près d’adopter une loi qui aurait entrainé une pénalisation de la critique des religions en général et de l’islam en particulier. Elle était portée par une institution paragouvernementale officiellement vouée à la défense et la promotion des droits de la personne. On voit à quel point aujourd’hui, cette mouvance s’est retournée contre les idéaux qu’elle prétend servir.

Mais l’islamisme n’est pas l’islam, me direz-vous? C’est vrai. Mais il devrait être permis de critiquer aussi l’islam, à la fois dans son noyau théologique et dans ses différentes variétés culturelles, tout comme il est possible de critiquer n’importe quelle autre religion. À ce que j’en sais, la critique abrasive, la moquerie, l’humour, la polémique, appartiennent aussi au registre de la liberté d’expression en démocratie libérale. Il est à craindre que dans une société de plus en plus patrouillée médiatiquement par la bien-pensance progressiste, la critique de l’islam devienne tout simplement inimaginable.

On en revient à l’essentiel: la restauration de la démocratie libérale passe aujourd’hui par la restauration d’une liberté d’expression maximale, qui ne serait plus tenue sous la tutelle et la surveillance des lobbies qui participent à l’univers du politiquement correct. L’amendement dont nous parlons propose exactement le contraire. C’est très inquiétant.

Voir également:

Laurent Bouvet : «La défaite d’Hillary Clinton, dernier avertissement pour la gauche française»
Alexis Feertchak
Le Figaro
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Hillary Clinton a perdu dans plusieurs États traditionnellement démocrates. Pour Laurent Bouvet, c’est l’ensemble des partis sociaux-démocrates qui ont perdu la confiance des catégories populaires en plébiscitant un multiculturalisme normatif.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015.

FIGAROVOX. – Donald Trump a déjoué la plupart des pronostics en battant Hillary Clinton à l’élection présidentielle américaine. Peut-on faire un parallèle entre les vies politiques américaine et française?

Laurent BOUVET. – Il est à la fois difficile de faire un parallèle tant les systèmes électoraux et les modes de scrutin sont différents (un seul tour, grands électeurs…) et évident qu’il y a des similitudes entre ce qui se passe en Europe, pas seulement en France, et aux États-Unis, où des leaders et des formations populistes ont le vent en poupe.

Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion.

Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates.

On a dit souvent que la candidature de Donald Trump était le baroud d’honneur des «petits blancs» face à un multiculturalisme transformé en projet politique. N’assiste-t-on pas à la cristallisation des mêmes clivages en France?

Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc.

Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires.

La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif.

Finalement, l’insécurité culturelle est au cœur des inquiétudes occidentales de part et d’autre de l’Atlantique?

Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties.

Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte.

Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines.

Que dire de la gauche Clinton? Quelles leçons la gauche française peut-elle en tirer?

On peut y voir, outre l’échec d’une personnalité et d’un clan, d’une «machine» politique, au sens américain du terme, qui domine le Parti démocrate depuis près de 30 ans, la difficulté pour la gauche de gouvernement aujourd’hui, pour la social-démocratie en général, à conquérir et conserver le pouvoir sans pouvoir s’appuyer sur une base électorale suffisamment large dont font partie historiquement les catégories populaires, ou du moins une partie d’entre elles.

Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières.

Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent.

Trump, c’est aussi le rejet du libre-échangisme maximaliste, un partisan de l’État stratège, du protectionnisme intelligent. Il souhaitait également augmenter les impôts des plus riches et diminuer ceux des classes moyennes, etc. La gauche française, en se privant de ces outils traditionnels qui reposent sur l’État-nation, a-t-elle abandonné l’idée de faire des politiques économiques de gauche?

Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple.

On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire.

Il ne faut pas oublier non plus le succès important de Bernie Sanders aux primaires démocrates. Mélenchon doit-il se réjouir de l’échec de la gauche Clinton?

Je ne suis pas certain que ce que l’on appelle la gauche de la gauche ou la gauche radicale (par opposition à la gauche de gouvernement) ait des raisons de se réjouir de l’échec de Clinton. Car même si Bernie Sanders a fait une excellente campagne et a su capter notamment l’attention de nombreux jeunes Américains, il n’a pas attiré à lui les suffrages des ouvriers de la Rust Belt. Cette gauche radicale pas plus que la gauche de gouvernement ne convainc les électeurs. En particulier parce que ses solutions économiques apparaissent souvent comme décalées par rapport au besoin de trouver de nouvelles solutions aux difficultés économiques que nous vivons. Et que ces solutions ne doivent pas nécessairement venir de la puissance et de l’argent publics.

Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun.

Bref, il n’y a pas là de solution nouvelle à la crise structurelle de la gauche, et le talent indéniable d’un Mélenchon en France par exemple, qui a bien compris ces enjeux en infléchissant substantiellement son discours par rapport à 2012, ne suffira pas à convaincre nos concitoyens issus des catégories populaires notamment de voter pour lui en 2017.

Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine.

Voir de plus:

Comment le langage de la gauche identitaire détruit le bien commun
Alexis Carré
Le Figaro
FIGAROVOX/ANALYSE- Alexis Carré propose une généalogie des mouvements de la «gauche identitaire» venus des universités américaines désormais présents en France. Selon lui, leur rhétorique menace l’université et l’esprit républicain qui est censé y régner.

Alexis Carré est doctorant en philosophie politique à l’École normale supérieure. Il travaille à l’Institut pour la Justice. Retrouvez-le sur twitter.

La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. Alors même que la politique de segmentation électorale de ce dernier inspire ses homologues partout en Europe, des intellectuels progressistes américains, Mark Lilla, William Galston ou encore Yascha Mounk, l’accusent d’être à l’origine des difficultés de leur famille politique et d’avoir contribué à la montée d’un populisme de ressentiment. Les transformations politiques auxquelles ils s’opposent font, et feront de plus en plus, partie de notre quotidien. Aussi est-il plus important que jamais de voir en quoi la situation américaine éclaire notre avenir politique afin de pouvoir nous prémunir des dangers qu’il nous réserve.

La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.).

Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants.

Politisation de l’université et durcissement communautaire

Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques.

L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. L’idée, de plus en plus populaire au sein des cercles féministes, que tout contact sexuel devrait être précédé, et ce dans ses différentes étapes, d’un «consentement verbal explicite et enthousiaste» fut formulée dans un premier temps en 1990 par un groupe d’étudiantes d’Antioch College dans l’Ohio. Le document issu de cette mobilisation, Politique de Prévention des Infractions Sexuelles [Sexual Offense Prevention Policy], fut à l’époque de sa publication la risée de tout le pays . Plus tard dans les années 90 une série de procès visant des établissements d’enseignement supérieur dans des affaires de harcèlement sexuel entre étudiants amenèrent la Cour Suprême à étendre la responsabilité des établissements à s’abstenir de discriminations d’accès à l’enseignement sur la base du sexe (connu sous le nom de Title IX) aux cas de harcèlement et d’agression sexuels. Une lettre de l’administration Obama de 2011, précisant les conditions d’application de cette extension, a entraîné la multiplication des bureaux de lutte contre le harcèlement sexuel au sein même des universités (Title IX offices). Par crainte de poursuites mettant en cause leur responsabilité, ces nouveaux organes ont été encouragés à définir de plus en plus restrictivement les limites du consentement. Chargés d’enquêtes internes, ils sont désormais capables de délivrer des sanctions disciplinaires sur la base de leur propre définition du harcèlement ou de l’agression sexuels. Ces mesures peuvent gravement affecter la vie des étudiants mis en cause, et ce, même dans les cas où le système judiciaire traditionnel n’est pas susceptible de réunir des preuves suffisantes pour engager des poursuites. Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause.

Cette stratégie, qui va de l’université aux périphéries sans passer par la société, et son monde commun, a profondément modifié la physionomie de l’éducation supérieure, non seulement aux États-Unis, mais partout en Occident. Et si elle a effectivement décuplé l’influence et l’écho de ces revendications minoritaires, elle a aussi contribué à discréditer l’autorité des institutions dont elle cherchait à se servir. L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique.

L’autoségrégation des progressistes

Pour Mark Lilla , William Galston et Yascha Mounk , les partis progressistes ont de fait beaucoup souffert de leur association avec ces nouvelles formes militantes qui ont peu à peu paralysé leur capacité à participer à la délibération démocratique en vue de diriger notre action collective. Cette paralysie a pris plusieurs formes. Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs .

À mesure qu’ils cultivaient leur relation avec ces nouveaux alliés de la société civile les partis progressistes se sont donc coupés de leurs homologues politiques et, avec eux, de l’habitude de la délibération par laquelle s’organise le partage du gouvernement en régime pluraliste. À la puissance organisatrice de la parole politique, celle des adversaires qui s’accordent, et celle de la loi qui commande, a succédé le langage cathartique des professions de foi et des confessions publiques dont la fonction est l’expression des sentiments et la mise en cause des oppresseurs. Dans un tel contexte la conversation entre citoyens égaux, avec toutes les incertitudes et les tensions qu’elle comporte, a laissé place à la dénonciation, nécessairement inégalitaire, qui sépare la souffrance indiscutable de la victime et le privilège injustifiable du dominant. La conversation démocratique ne vise plus à déterminer les motifs et les moyens de l’action, on lui intime de protéger chacun contre l’opinion de tous les autres. En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer.

Ces effets sont encore plus visibles dans la vie interne des partis de gauche, tant celle-ci s’est éloignée du fonctionnement habituel des institutions dont ils prétendaient exercer le contrôle. Comme école de citoyenneté, ils ont peu à peu cessé de préparer leurs cadres à parler ou à diriger des gens qui ne leur ressemblaient pas ou qui n’appartenaient pas à leur électorat captif . De peur d’être accusé d’indifférence ou de collusion avec l’oppression dont ces communautés se disaient victimes, il est devenu dangereux pour eux de faire preuve de prudence ou de modération. Si de vivants espoirs et de réels problèmes ont pu justifier ces transformations, elles se sont finalement avérées beaucoup plus dangereuses que ne l’avaient anticipé les acteurs politiques qui croyaient en bénéficier.

Une antipolitique de la lutte

À y regarder de plus près, le nouvel activisme sur le soutien duquel ils comptaient repose sur la critique radicale des institutions et de leurs représentants. Ces derniers ne sauraient donc en emprunter la force sans en valider l’analyse, et valider cette analyse sans porter un coup fatal à leur propre légitimité. Celle-ci émane effectivement du dispositif libéral et démocratique, plus précisément de la capacité de la délibération collective à donner ses raisons à l’action commune, et donc de la capacité de chacun à comprendre et donc intégrer ou rejeter les motifs ainsi exposés. Or la critique de la domination à l’œuvre dans l’analyse en question nie la capacité du discours à exprimer autre chose que la particularité d’une identité inscrite dans les relations de pouvoir dont elle est l’effet. Il donne voix à la résistance de la victime ou à l’oppression du dominant, mais pas à une raison partagée. La parole résistante ainsi formulée se refuse d’emblée à la possibilité de la contradiction ou même du dialogue démocratique. On ne saurait que la reconnaître sans rien y ajouter, toute tentative de réponse relevant de l’appropriation ou de la négation par le dominant de la souffrance du dominé. Dans ce cadre, tout discours sur le bien commun ne saurait être que la dissimulation ou la justification du pouvoir exercé par les uns sur les autres (par les blancs sur les personnes de couleurs, par les hommes sur les femmes, ou encore par les hétérosexuels sur les personnes pratiquant d’autres sexualités). À la communauté d’action que suppose et engendre toute politique, cette nouvelle gauche oppose une antipolitique de la lutte fondée sur la communauté d’être des identités.

En recherchant l’aide de ces forces métapolitiques la gauche s’est en quelque sorte empêtrée dans sa propre querelle des investitures, soumettant constamment le pouvoir politique à l’inquisition jalouse d’une légitimité spirituelle résolument antipolitique, ayant le témoignage de la victime, et l’imaginaire qui en découle, pour seul critère de vérité. Pris au piège entre cette compréhension du monde et leurs impératifs électoraux, les progressistes ont souvent choisi d’obéir le plus silencieusement possible aux revendications identitaires tout en taisant la condamnation de la majorité des «déplorables» qu’elles contenaient implicitement. Ce divorce de la parole et de l’action a validé l’accusation d’hypocrisie portée à leur encontre, et alimenté la défiance de leur ancien électorat ouvrier.

Une politique fondée sur la défense des intérêts des classes populaires peut admettre des phases de tranquillité et de compromis dans la mesure où ces intérêts ne sont pas toujours en danger, et parce que ces catégories de populations ne sont pas toujours insatisfaites. Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés?

La république et l’université

Face à cela, Lilla, Galston et Mounk partagent l’idée d’un retour au politique, c’est-à-dire à une parole partagée. Or cette parole partagée ne saurait se limiter à l’expression de particularités incommensurables, et de droits éternellement opposables, à une société conçue exclusivement comme l’instrument d’oppression des élites. Ce patriotisme civique a de puissantes racines historiques aux États-Unis et ailleurs. Mais si la cause n’est pas perdue, une telle réforme de nos comportements politiques requiert toutefois un retour à l’éducation libérale qui fut durant toute notre histoire le préalable indispensable à la citoyenneté. Car notre incapacité croissante au gouvernement de soi s’explique aisément par notre éloignement croissant d’une compréhension de soi permettant l’action commune. À cet égard, l’empire des sciences sociales sur notre éducation politique, ou l’empire de la critique de la domination sur les sciences sociales, sont indissociables de notre désarroi pratique. La participation politique, l’engagement de la majorité dans l’élaboration d’une action commune, supposent qu’une telle action soit en mesure de produire un certain bien que chacun recherche mais que nul ne peut obtenir isolément. À l’inverse on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux?

Voir encore:

«Dans une logique clanique, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures de l’État»
À Nantes, des individus ont mis le feu à des dizaines de voitures et à plusieurs bâtiments suite à la mort d’un jeune homme de 22 ans, tué par un policier.
Eugénie Bastié
Le Figaro
06/07/2018

GRAND ENTRETIEN – Après l’attaque d’un couple de policiers en Seine-et-Marne et les émeutes de nantes, l’avocat Thibault de Montbrial analyse les rapports tendus entre police et population.

LE FIGARO. – Deux gardiens de la paix ont été roués de coups à Othis (Seine-et-Marne) alors qu’ils sortaient de chez des amis. Que vous inspire cette attaque? Le nombre d’agressions envers les policiers est-il en hausse?

Thibault de MONTBRIAL. -Cette agression est insupportable. Elle s’est déroulée devant les enfants du jeune couple, en dehors des heures de service. Cela témoigne d’une évolution inquiétante: nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel.

Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort.

Un homme de 22 ans a été abattu à Nantes alors qu’il fuyait un contrôle de police, ce qui a donné lieu à plusieurs nuits d’émeute dans les cités. Que dit cette ambiance des rapports entre police et population?

«Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag « La justice se fera avec la mort d’un CRS » à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame»

Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité.

Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame.

Pendant la troisième nuit d’émeute, un lycée et une bibliothèque ont été incendiés. Pourquoi le moindre incident devient-il le prétexte à de telles destructions? Quelle est la logique?

Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine.

La dénonciation de «bavures policières» donne lieu de plus en plus fréquemment à la mise en cause d’un «racisme d’État». Que vous inspire ce discours? Les violences policières envers les jeunes des cités sont-elles selon vous un véritable problème?

«Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes : elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles»

Ce discours est d’abord faux. Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement.

L’affaire Théo avait été très médiatisée, alors qu’on s’était rendu compte que la «victime» n’était pas aussi innocente. Que nous a enseigné cette affaire?

L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre.

Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France.

Voir encore:

Sommet du 28 juin
Dernier bobard à la mode : la crise migratoire serait finie !
Hervé Nathan
Marianne
29/06/2018

Pour le célèbre démographe François Héran, les flux de migrants sont en train de s’éteindre. Et donc la « crise » n’est plus qu’une manipulation de l’extrême droite. Une vision myope du problème, en partie récupérée par Emmanuel Macron, mais qui défie la réalité des centaines de milliers d’étrangers, errant dans l’espace européen.

« Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique ». C’est avec cette phrase bien péremptoire que le célèbre démographe François Héran, titulaire de la chaire du même nom au prestigieux Collège de France, envoie balader dans l’Obs les opinions publiques européennes. L’argumentaire se veut imparable puisque statistique : « La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. » Conclusion, tout ceci n’est que mise en scène poussée par les droites xénophobes en Europe à qui la « figure du migrant sert de bouc émissaire ».

Certes, il reste bien quelques scories de la vague migratoire de 2015, par exemple, les personnes qui campent sur les trottoirs de Paris porte de la Chapelle. Mais pour le célèbre chercheur, ce ne sont plus que « des situations à régler ». Problème négligeable, voire secondaire si l’on comprend bien. Mais ce qu’évacue ainsi François Héran, c’est que les situations à régler se chiffrent en centaines de milliers d’individus. En 2017, Eurostat estimait à 619.000, dont 115.000 en France, le nombre de personnes en situation illégale sur le territoire de l’Union européenne. Et tout le monde s’accorde à estimer qu’il s’agit là d’une estimation très basse, puisqu’il s’agit des personnes ayaat reçu un ordre de quitter le territoire (OQTF). Par exemple, les migrants en situation irrégulière étaient 156.000 en Allemagne mais on pense que l’Allemagne a encore 300.000 déboutés du droit d’asile sur son sol (un chiffre identique à la France), fait qui provoque l’ultimatum du ministre de l’Intérieur Hosrt Seehofer vis-à-vis d’Angela Merkel. Le « problème politique », c’est donc bien celui des « dublinés » (voir encadré ci-dessous), que le conseil européen s’est montré dans l’incapacité de traiter ce 28 juin, et il a bien un rapport avec la réalité des migrations.

Déclarer forclose la crise des migrants engendrée par la guerre en Syrie, au motif que les flux traversant la Méditerranée se sont heureusement affaiblis, mais alors que plusieurs centaines de milliers de personnes errent en Europe, de pays en pays, est pour le moins imprudent. et surtout irréaliste quant à l’avenir. Les citoyens du XXIe siècle sont quand même informés de la dynamique démographique de l’Afrique subsaharienne, qui devrait passer de 1 milliard d’habitants en 2010 à 2,5 milliards en 2050.

Sans attendre des décennies, tant que des malheureux camperont sur les trottoirs à Paris, Rome ou Madrid (en Europe du Nord, tout le monde est à l’abri), les opinions publiques s’estimeront en situation de crise et aucun discours d’autorité, qu’il soit scientifique comme celui de François Héran, ou politique, comme celui du président Emmanuel Macron qui l’imite dans ses discours, ne sera audible. Pire ils attiseront le sentiment de délaissement des populations. En 2002, le Premier ministre socialiste s’était rendu malheureusement célèbre par son expression : « Il n’y a pas d’insécurité, mais un sentiment d’insécurité ». Dix sept-ans après, on tombe dans « il n’y a pas de crise des migrants, mais un sentiment de crise des migrants ». Avec le résultat politique que l’on sait !

Voir de plus:

Migrants : « Les derniers arrivés servent toujours de boucs émissaires »

Professeur au Collège de France, François Héran revient sur la longue et tumultueuse histoire des migrations… et de la xénophobie.

Nathalie Funes

L’Italie qui refuse l’accostage de l' »Aquarius », l’île de Malte qui renvoie le « Lifeline ». Ce n’est pas la première fois que des pays s’opposent au débarquement d’exilés…

L’histoire bégaie. En 1849 déjà, 200 libéraux polonais expulsés par l’Autriche quittent Trieste à bord du « Gian Matteo » et supplient la France de pouvoir débarquer à Marseille. Mais le gouvernement les refoule vers l’Algérie, sans leur accorder de statut. Cet épisode ouvre le livre de Delphine Diaz, « Un asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle » (1).

Je songe aussi au « Saint-Louis », parti de Hambourg en mai 1939 avec 963 juifs allemands et qui tente vainement d’accoster à Cuba, aux Etats-Unis et au Canada. Un sondage révèle que l’opinion publique américaine, à 84%, refuse de relever les quotas d’étrangers, et Roosevelt recule. Le bateau doit revenir en Europe. Il accoste à Anvers quelques semaines avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. Nombre de passagers finiront dans les camps.

 

Le monde subissait alors les effets de la crise de 1929. Vous constatez un lien entre les périodes de récession économique et le rejet de l’étranger ?

C’est certain. La crise des années 1930 est la période la plus xénophobe de notre histoire en temps de paix. Deux ans avant le krach de 1929, la France avait adopté une loi de naturalisation très libérale : trois ans de séjour suffisaient pour devenir français…

Voir encore:

François Héran : « Sur les réfugiés, l’Europe doit changer d’échelle et d’approche »
Elsa Freyssen et Virginie Robert
Les Echos
03/09/15

INTERVIEW – Le démographe François Héran décrypte pour « les Echos  » les ressorts et l’origine des désaccords entre pays européens sur l’accueil des réfugiés. Malgré ses discours volontaristes, la France n’est, « dans les faits », pas « une grande terre d’asile » montre-il, chiffres à l’appui. Face à l’urgence actuelle, il estime que séparer « immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens « .

Pensez-vous, comme Angela Merkel, que les blocages de certains pays européens sur les réfugiés remettent en question les fondements de l’Europe ?

Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux.

Un tel afflux est-il soutenable dans une Europe en crise économique ?

« Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions.

La Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, les pays Baltes bloquent tout plan d’accueil concerté au niveau de l’Europe…

Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. La Hongrie et son mur ne sont qu’un exemple. Voyez aussi le fossé qui sépare encore aujourd’hui l’ouest et l’est de l’Allemagne. Il n’y a quasiment pas de migrants ou d’enfants de migrants sur le territoire de l’ex-RDA — 4 % ou 5 % de la population — alors qu’on monte à 25 % dans les autres Länder. En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même.

De tels mouvements migratoires sont-ils si nouveaux dans l’histoire européenne ?

Ni pour l’Allemage ni pour la France. Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. Mais l’histoire montre que de grands Etats ont su mettre sur pied un plan d’urgence pour accueillir un flot imprévu de migrants. Le frein est d’abord politique.

A voir. VIDEO : François Héran : « Les réticences à l’Est face aux migrants est un héritage communiste  »

Paris est pourtant en pointe, aux côtés de Berlin, pour faire bouger l’Europe sur la question des réfugiés…

Dans les faits, la France reste en retrait. En dépit du travail accompli par les offices de sélection et d’accueil, la France n’est pas une grande terre d’asile. Sur les 200.000 entrées de migrants non-européens qu’elle enregistre chaque année, seuls 10 % sont des réfugiés, et cette part est stable depuis dix ans. La spécialité de la France, c’est l’accueil du flux continu de migrants ordinaires. Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. Mais l’écart subsiste entre les deux pays.

Comment l’expliquer ?

Cette différence est ancienne. Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés.

Mais, s’agissant des réfugiés, la part prise en charge par la France vous paraît-elle suffisante ?

Non, bien sûr. Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes.

A supposer qu’il soit un jour adopté, le plan Juncker est-il adapté à la situation ?

Quand le président de la Commission suggère de répartir les demandes d’asile entre les pays de l’Union au prorata de leur population et de leur richesse, il reprend les critères classiques d’Eurostat. La France a demandé qu’on tienne compte également du taux de chômage. Elle aurait pu soutenir aussi qu’elle prend continûment sa part de la migration économique ordinaire, et qu’en cela elle garantit l’exercice des droits de l’homme. Mais, surtout, l’Europe doit changer radicalement d’échelle et d’approche.

C’est-à-dire ?

La convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile est exigeante : le demandeur doit démontrer qu’il est personnellement exposé à la persécution. D’où de laborieuses enquêtes au cas par cas pour différencier la demande d’asile de la migration économique. Manuel Valls a beau se cramponner à cette distinction, elle est inadaptée au cas des guerres civiles. Quand vous fuyez un pays où l’économie s’effondre, où les salaires ont été divisés par quatre, où les écoles et les boulangeries sont fermées, vous ne pouvez plus démontrer que vous êtes personnellement persécuté, alors que vous êtes bel et bien un exilé à la fois politique et économique. L’Organisation internationale des migrations parle de « migration mixte « . Le mur mental et administratif qu’on veut dresser entre immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens dans de telles extrémités. L’UE doit réviser ses catégories. On parle beaucoup aujourd’hui de « réfugié climatique ». Or le « réfugié économique « , plus tangible à mon sens, mériterait au moins autant d’attention.

Nicolas Sarkozy voudrait suspendre l’actuel accord de Schengen pour le remplacer par un accord de libre circulation réservé aux pays européens ayant la même politique migratoire. Qu’en pensez-vous ?

Rétablir au sein de l’Union des frontières intérieures ou des sous-Schengen serait une régression analogue à la sortie de l’euro. On le voit déjà entre la France et l’Angleterre, du fait que les Britanniques nous sous-traitent le contrôle des frontières de l’espace Schengen. Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. Faut-il s’étonner que les hommes tentent de s’agripper aux marchandises pour pouvoir circuler avec la même liberté qu’elles ?

La question que vous posez va au-delà de la demande d’asile ; elle vaut aussi pour la migration ordinaire. Durant la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy promit, s’il était élu, de diviser par deux les 200.000 entrées légales en France, alors qu’il n’avait pas réussi à faire bouger ce chiffre sous son mandat. Et Mme Le Pen de surenchérir en proposant de diviser ce chiffre par 10, puis par 20, autant dire en abolissant la migration légale. Ces annonces sont déconnectées de la réalité, puisque l’essentiel des entrées correspond à l’exercice d’un droit garanti par les conventions internationales. On ne peut interdire le regroupement familial ou mettre en cause le mariage avec des Africains ou des Asiatiques sans appliquer les mêmes mesures aux Américains ou aux Canadiens. Vous imaginez les rétorsions ? Ceux qui rêvent d’un pays sans migration semblent ignorer que la migration ne répond pas à la loi du marché mais à la logique des droits. Le modèle dont ils rêvent évoque celui des régimes soviétiques : un monde de coercition, où l’on vivrait entre soi, à l’écart des grands courants de circulation et d’échange.

Voir de plus:

« Il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise politique »
Les discours xénophobes fleurissent sur la scène européenne. Pourtant, les flux migratoires n’ont rien de comparable à ceux de 2015. Entretien avec le chercheur Yves Pascouau.
Marie Campistron
L’Obs
27 juin 2018

Après l’odyssée de l' »Aquarius », un nouveau navire venant en aide aux migrants patientait ce mardi en mer, dans l’espoir qu’un port européen daigne bien l’accueillir. Accusé de transporter de la « chair humaine » (!) selon les mots du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, le bateau et ses 239 migrants à bord, s’était vu interdire l’accès aux côtes italiennes. Il pourra finalement accoster à Malte.

Le navire, propriété de l’ONG allemande « Lifeline », incarne le nouveau symbole d’un épuisant bras de fer entre les pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée. Un sujet brûlant qui, après avoir nourri les discours xénophobes de l’Italie et de l’Autriche, fera l’objet d’un sommet européen, le 28 juin prochain.

Mais alors que l’Europe durcit sa ligne vis-à-vis de l’accueil des migrants, la situation observée à ses frontières n’a rien de comparable avec celle de 2015, souligne Yves Pascouau, chercheur spécialiste des questions européennes en matière d’immigration. Interview.

L’Union européenne s’écharpe sur la question migratoire. Pour autant, la situation n’est plus aussi explosive qu’en 2015…

Totalement. Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017.

Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline » masquent donc une réalité plus complexe…

Attention, ce sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres, mais évidemment pas si on regarde du côté de l’individu. Le parcours migratoire est un parcours individuel. On a trop souvent tendance à l’oublier, en le noyant derrière des chiffres plus ou moins grands. Oui, 629 personnes sur un navire ne représentent pas grand-chose… sauf pour celle ou celui qui est à bord.

A quoi correspondait le « pic » des flux migratoires de 2015 ?

Il y a eu cette année-là une arrivée massive de personnes qui avaient besoin d’une protection internationale : des Syriens, des Irakiens, des Érythréens, des Afghans… Beaucoup ont quitté la Syrie, en guerre depuis 2011, et se sont retrouvés en Turquie, au Liban, en Jordanie. De là, on a vu des « colonnes » de personnes remontant depuis la Grèce, la route des Balkans occidentaux pour atteindre l’Allemagne.

La logique de Berlin a alors été d' »endiguer » ces flux, c’est-à-dire d’empêcher les personnes d’entrer dans un parcours migratoire. La route des Balkans a été fermée. Un accord a également été passé entre l’Union européenne et la Turquie. En échange d’une aide de 3 milliards d’euros de l’UE, Ankara s’est engagé à contrôler les départs depuis ses côtes. Les flux depuis la Turquie vers la Grèce et l’Allemagne se sont alors considérablement taris.

Les chiffres ont donc significativement baissé. Peut-on encore parler de crise migratoire ?

Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique.

Justement, malgré la baisse des flux migratoires, des discours de plus en plus extrémistes et xénophobes ont fleuri sur la scène européenne. Comment expliquer leur portée ?

On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… Certains Etats, à l’image de la Hongrie et de la Pologne, se définissent même comme des « démocraties illibérales ».

Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir.

Emmanuel Macron a affirmé que la France « n’a de leçon à recevoir de personne » sur le dossier des migrants car elle est le « deuxième pays d’accueil des demandeurs d’asile cette année ». Un argument qui mériterait selon vous, une nuance ?

En effet, car les chiffres sont toujours parlants… mais à condition de les regarder dans leur réalité. Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte !

On constate aussi que la Suède accueille le plus de demandes d’asile si on rapporte ce chiffre à sa population. On entend pourtant rarement parler les autorités suédoises évoquer une « crise migratoire »…

La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert.

Selon vous, que peut-on attendre du sommet du 28 juin ?

Il est très compliqué de savoir ce qui peut en sortir. Les 28 pays vont sans doute se mettre d’accord sur le renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Ils risquent de s’entendre aussi sur la création de zones/camps/centres – on verra bien le nom qui sera retenu – à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de l’UE. Sur tout le reste, c’est le grand point d’interrogation.

Propos recueillis par Marie Campistron

Voir de même:

Il n’y a pas de crise migratoire, mais…
Jean-Pierre Denis
La Vie
02/07/2018

Les chiffres ne souffrent guère discussion. Il n’y a pas de crise migratoire en Europe, mais un retour à l’ordinaire. La pression n’a rien à voir avec celle qui s’exerçait au moment où Angela Merkel prit la décision d’accueillir plus de un million de personnes en Allemagne, lâchant son fameux : « Nous y arriverons. » En 2015, 1,8 million de personnes ont illégalement franchi les limites de l’espace Schengen, et encore 511.000 l’année suivante. On évoque environ 20.000 entrées illégales depuis le début de l’année. L’épaisseur du trait à l’échelle de Schengen et de pays aussi importants que la France ou l’Allemagne. La montagne n’était qu’une aiguille abrupte, précédée et suivie de molles collines. Donc, oui, Emmanuel Macron a eu raison de le déclarer : « On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. »

Mais à bien y réfléchir, la distinction opérée par le Président français est-elle si juste ? D’abord, si l’on élargit le cercle et que l’on regarde en Turquie, au Liban, en Libye, en Algérie, et plus loin dans la zone sahélienne, on voit bien que la crise migratoire n’a pas disparu. Elle s’est juste éloignée, avec son lot de trafics et d’exploitation, de violence et d’espérance. Ensuite, on doit se rappeler que la crise politique n’a pas surgi du néant mais peut se définir, justement, comme l’effet retard de la crise migratoire de 2015. Angela Merkel a fait alors une double erreur d’appréciation. La chrétienne-démocrate a pensé que les Allemands, hantés par les souvenirs du nazisme, accepteraient d’ouvrir leur pays et leur cœur. Et la fille de pasteur a estimé que la question relevait de la morale, celle qu’enseigne l’Évangile. Or c’est, hélas, plus compliqué. D’autant plus compliqué, précisément, que l’humanitaire a perdu de son importance au profit de l’identitaire.

En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique.

Les craquelures et les failles sont devenues des gouffres si profonds qu’ils menacent d’engloutir l’insubmersible Merkel. En France, en Allemagne, une coalition de circonstance unissant l’Église catholique, les ONG, les médias, les milieux économiques et culturels insiste sur l’universalisme et invoque encore l’humanitaire. Mais elle cède du terrain. Partout des partis nationalistes en croissance ou de vieux partis conservateurs en perte de vitesse prétendent défendre le peuple trahi. Dans l’Obs, Marcel Gauchet estime que la question migratoire est devenue la nouvelle question sociale. D’où le déclin de la social-démocratie. En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique, menant la coalition au pouvoir au bord de l’implosion. À l’échelle de l’Europe, et jusqu’aux États-Unis, tout l’édifice démocratique vacille.

Une deuxième faille, géographique, séparait l’Ouest et l’Est. Le gouvernement hongrois ressent ou présente les migrants, pourtant presque inexistants, comme une menace existentielle. Il veut leur opposer le rempart d’un christianisme néomaurrassien. Pour tout arranger, les élections en Autriche puis en Italie et la perspective des élections régionales en Bavière, dans le sud de l’Allemagne, ont brisé net la plaque occidentale. Voilà pourquoi, bien loin de se distinguer, la crise politique et la crise migratoire se rejoignent aujourd’hui sur une question et de plus en plus épineuse : comment gérer les flux migratoires internes, dans la zone Schengen ? Plus aucune règle ne fait consensus, plus aucune coordination n’est acceptée, plus aucune solidarité n’est envisageable, et les camps fermés que l’on annonce dans le sud de l’Allemagne offrent une solution peu crédible. Cette Europe du chacun pour soi et chez soi validée par le dernier Conseil européen est-elle encore l’Europe ?

Voir par ailleurs:

Lettre d’un « lépreux » ch’ti au président de la République
La « lèpre » n’est peut-être pas là où vous le croyez
David Duquesne
Causeur
5 juillet 2018

Emmanuel Macron a dénoncé dans un discours, fin juin, la « lèpre qui monte en Europe ». David Duquesne s’est senti visé. Il lui répond.

Monsieur le président de la République,

Je vous écris de mon Nord natal, du bassin minier précisément, une terre de souffrance généreuse dans ses sacrifices et dans l’accueil qu’elle aura réservé à des centaines de milliers de Polonais, d’Italiens ou de Nord-africains venus user leur santé dans nos mines et nos industries. Je voudrais vous parler des Ch’tis, des gens simples et attachants qui n’ont pas la chance d’avoir des origines extra-européennes et qu’on peut brocarder et humilier à loisir, ils ne menaceront personne de mort. Leurs grands-parents formaient le plus gros des bataillons de ceux qui remontaient le charbon.

Les plus pauvres d’entre eux vivent aujourd’hui dans des anciens corons et des cités HLM et subissent l’insécurité culturelle, physique, économique et n’ont pas tellement le droit de dire ce qu’ils voient et ce qu’ils vivent, ils subiraient autrement une forme de terrorisme intellectuel.

Dans certains milieux laïques, on dit d’eux qu’ils feraient partie de la tenaille identitaire.

Ils préfèrent se taire ou ne parlent qu’avec des personnes de confiance et ils votent souvent pour la « lèpre » puisqu’ils ne sont pas écoutés par les gens qui pensent bien et qui sont susceptibles de danser sur votre perron à la gloire d’une fellation ou d’une explosion. En terme d’enrichissement culturel, nous avons franchi un cap, atteint un sommet !

Les fiers et humbles descendants des mineurs, ces gueules noires qui ont sacrifié leurs vies dans les mines de charbon ont vécu 270 ans d’humiliations, de manifestations réprimées dans le sang, subi deux guerres sur leur sol et n’ont eu de cesse de se remettre à la tâche pour reconstruire leurs maisons, leurs cités, leurs villes.

Si les gamins des banlieues, qui brûlent des voitures et tirent à vue sur la police, avaient enduré le dixième du quart de ce que le peuple ch’ti a encaissé, notre pays serait à feu et à sang.

Le petit peuple laborieux de cette France périphérique n’a jamais décidé des guerres que les puissants aux affaires ont commencées ou déclarées.

Ils ne se sont jamais enrichis sur l’esclavage et la colonisation, ils sont justes responsables de leurs actes. En 1948, on envoyait les chars écraser les bicyclettes des mineurs en grève, des milliers furent blessés, il y eut de nombreux morts, mais aucun BHL pour demander une intervention pour libérer le bassin artésien de la cruauté des dirigeants de l’époque. Ils auraient pu fuir dans des barcasses en mer du Nord. Ils ont préféré continuer à participer à l’effort de solidarité nationale, toute l’économie française reposait sur les bras de ces femmes et de ces hommes au cœur vaillant.

Les ch’tis ont une identité culturelle qui fait partie de l’identité culturelle française, leur identité n’est pas un suprématisme ethnique ni un racisme. Cette identité culturelle, c’est leur épanouissement car c’est ce qui leur va le mieux et leur permet d’être heureux.

Leur identité, c’est ce qui leur reste, une fois qu’on leur a tout pris, à l’image de tous les Français qui ne vivent pas dans ces « villes-monde », où le bobo devise dans un Starbucks près d’un centre d’affaires, à quelques coudées seulement de quartiers où les lois de la République ne sont plus appliquées.

Ces enclaves où les prêches de religieux importés de pays liberticides, encouragent la partition culturelle, territoriale, quand ils n’encouragent pas le djihad.

La France des terroirs et des clochers n’est pas un nazisme, vous pourrez abuser de la qualification « identitaires », toutes les cultures ne se valent pas, elles n’ont rien de biologique ou d’ethnique, le racisme n’a rien à faire dans cette histoire !

Au contraire, humilier les Français sur leur histoire, leur culture, leur identité, leur religion historique, c’est un racisme hideux qui procède par l’inversion accusatoire et qui se soumet dans la collaboration avec les récipiendaires de la Charia et de l’indigénisme revanchard.

Le « barbensemblisme » de façade entre barbus hipsters et barbus salafistes n’est pas notre tasse de thé et nous goûtons peu l’entrisme des Frères musulmans dans toutes les strates de la société.

La lèpre n’est pas là où certains le croient.

Apres quatre décennies d’impéritie dans la gestion de l’immigration, des quartiers en partition sont séparés de la communauté nationale.

Cinq millions de personnes y vivent, dominées par des caïds qui régentent une économie parallèle. Les islamistes protégés par le service de sécurité local colonisent les cœurs d’enfants offerts par les élus. Des professeurs qui se censurent pour éviter les menaces physiques, des immeubles défigurés et abîmés par le civisme de quelques uns. Cette contre-société nous a été imposée, et vous et vos prédécesseurs l’avez accompagnée pour de sombres avantages économiques d’un côté et des gains électoralistes de l’autre. Cette contre-société n’est pas la France, n’est pas notre continuité historique, nous ne l’aimons pas car elle est l’antithèse de tout ce qui fonde notre socle républicain et nos valeurs communes.

Nos voisins d’Europe centrale, mais aussi allemands et italiens n’ont pas envie de connaître les joies d’un tel échec qui risque d’atomiser notre pays. Ils ne souffrent pas non plus du syndrome postcolonial.

Après 42 ans d’échec dans la gestion de l’immigration et d’importation de normes socioculturelles qui changent dangereusement la nature de portions importantes de notre territoire national, on peut être méfiant.

D’autant plus que les mêmes phénomènes s’observent à Cologne, Marseille, Londres, Malmö ou Amsterdam.

Plutôt que de lutter contre la peste islamiste et la gangrène des caïds, vous préférez insulter ceux qui attendent de l’État d’être protégés de ces entités dangereuses.

François Mitterrand a mis en place un épouvantail permettant de jouer avec les peurs, méfiez-vous de cet épouvantail, il y a fort à parier qu’une majorité de Français finissent par le retourner contre ces « élites » qui ont trahi leur peuple en recevant des communautés qu’elles ont encouragées à détester notre mode de vie, notre culture, notre histoire, nos enfants.

Je suis d’autant mieux placé par rapport à ce sujet que je suis moi-même issu de l’immigration nord-africaine et que j’ai joué le jeu de l’assimilation et de la méritocratie, refusant la victimisation perpétuelle, systématique.

Aujourd’hui, je suis trahi car je passe pour un traitre aux yeux de communautés qui haïssent la France, j’agace cette gauche qui refuse l’émancipation à une culture rétrograde et je peux être victime de racistes, heureusement très minoritaires.

Votre France, c’est le communautarisme, le séparatisme culturel et ethnique et à terme la libanisation du pays.

Votre Europe, c’est les « élites » contre le peuple.

Je vous invite, Monsieur le président, à revoir vos positions sur la gestion de l’immigration, de l’islamisme et des territoires perdus de la République, avant que le peuple ne redevienne souverain, car c’est vous qui lui êtes redevable et non l’inverse.

Le peuple français a été accueillant, bienveillant, patient, ne le poussez pas vers des issues radicales, une colère sourde traverse le pays, écoutez-la et soyez au rendez-vous de notre histoire et à la hauteur de notre nation.

Voir encore:

Le recours aux armes à feu par les policiers a fortement augmenté en France en 2017
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre.
Elise Vincent
Le Monde
27.06.2018

Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires.

Pour tous ces nouveaux indicateurs, l’IGPN a donné ses explications. « Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières », a tenu d’emblée à préciser Mme Monéger-Guyomarc’h avant d’en détailler la méthode de comptage.

La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations.

Règles de la légitime défense élargies

Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu.

Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas souhaité attribuer cette hausse des tirs à cette évolution législative. L’augmentation était « déjà sensible avant février 2017 », selon elle. D’après elle, il n’y a qu’un seul cas où la nouvelle loi a été utilisée stricto sensu durant l’année écoulée : lorsqu’à Montargis (Loiret), en août 2017, un homme d’une cinquantaine d’années a été tué à bord de sa voiture après avoir fait de violentes manœuvres et menacé de « tuer des fonctionnaires ».

La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ».

Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur.

Hausse de l’usage des pistolets à impulsion électrique

Le comptage des blessés, lui, concerne seulement la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2017. Il se limite par ailleurs aux personnes ayant eu des incapacités totales de travail d’au moins huit jours. Un critère destiné à permettre à l’IGPN de se concentrer sur les « blessés sérieux ». Le but : mieux identifier les cas dans lesquels peut être améliorée la doctrine d’emploi.

Les armes à feu ne sont pas les seules à faire l’objet d’un usage plus intensif dans le bilan de l’IGPN. Si le recours à la grenade à main de désencerclement, souvent utilisée lors des manifestations contre la loi travail en 2016, a connu une baisse de 8 %, l’emploi des pistolets à impulsion électrique et lanceurs de balles de défense ont connu, eux aussi une hausse : de respectivement 20 % et 46 %. Soit, en valeur absolue, 1 403 déclarations d’usage pour les premiers, et 2 495 pour les seconds. « Malgré sa très mauvaise réputation, le pistolet à impulsion électrique permet de faire baisser la pression et de sauver des vies », a insisté Mme Monéger-Guyomarc’h.

Lire aussi :   Les grenades de désencerclement, arme controversée du maintien de l’ordre

Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Les enquêtes pour corruption quant à elles, sont stables (43). Le nombre total d’enquêtes ouvertes a été de 1 108, contre 1 015 au bilan 2016, soit un peu moins de 10 % d’augmentation.

Voir de plus:

Nantes : violences après la mort d’un jeune lors d’un contrôle de police

Un homme de 22 ans a été mortellement blessé par un policier lors d’un contrôle. Des violences ont éclaté dans trois quartiers sensibles de la ville
Jérémie Pham-Lê et Mehdi Pfeiffer
Le Parisien
04 juillet 2018

Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture.

Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D.

Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants.

Nantes : nuit de violences après le décès d’un jeune homme tué par la police A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement.

Trois quartiers touchés, jusqu’à 3 heures du matin

Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers.

Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. La mairie annexe et la maison de la justice et du droit ont été détériorées. Les pompiers ont dû intervenir jusque très tard dans la nuit, au-delà de 3 heures ce mercredi matin.

Johanna Rolland, la maire PS de Nantes, s’est rendue aux Dervallières vers 2h30 pour appeler au calme. « Mes premières pensées vont à ce jeune homme mort, à sa famille, à tous les habitants de ce quartier, de nos quartiers », a-t-elle déclaré.

« La police et la justice dans son indépendance devront faire la clarté et la plus totale des transparences sur ce qui s’est passé ce soir », a-t-elle martelé, « mais l’urgence ce soir, c’est l’appel au calme dans nos quartiers ».

« Rien ne justifie de faire subir maintenant aux habitants, policiers et pompiers des incendies et violences », a réagi, moins diplomatiquement, François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, député de Loire-Atlantique.

« Le SRPJ de Nantes et l’Inspection générale de la police nationale sont saisis de l’enquête afin de préciser la commission des faits et déterminer dans quelles circonstances le policier a été amené à faire usage de son arme », a précisé à l’AFP le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès.

Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier.

Voir enfin

«Je ne suis pas un homme» : l’ultime naufrage du politiquement correct
Arnaud Benedetti
Le Figaro
05/07/2018
FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Arnaud Benedetti, l’épisode «Je ne suis pas un homme» ayant fait le tour des réseaux sociaux est l’expression absurde et tragicomique de la fin de course d’un certain conformisme idéologique.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il vient de publier Le coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) dans lequel il détaille avec lucidité les stratégies de communication d’Emmanuel Macron.

Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse.

Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré.

L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie….

Voir par ailleurs:

Sexes et races, deux réalités

Alors que M. Hollande veut supprimer le mot « race » de la Constitution, la romancière Nancy Huston et le biologiste Michel Raymond soutiennent que réduire nos comportements à la nature ou à la culture, est une impasse.

Nancy Huston et Michel Raymond

Le Monde

Sciences humaines et sciences naturelles ne font pas bon ménage. Quand les biologistes s’aventurent dans les domaines de l’anthropologie et de la psychologie, ils extrapolent souvent abusivement des causes matérielles aux conséquences sociales. L’homme fait certes partie de la nature, mais les lois biologiques expliquent-elles tous les comportements ? L’hérédité est certes un facteur puissant, mais comment nier que l’histoire des sociétés comme celle des individus a un impact sur notre identité ? Les analyses sociobiologiques des arts et des cultures, à force de se croire capables de tout expliquer à leur aune, laissent souvent sceptique.

Du côté des sciences humaines et sociales, c’est moins la boulimie que l’anorexie qui fait des ravages : penseurs et philosophes contemporains semblent avoir adopté pour devise la célèbre formule « Commençons par écarter tous les faits« . D’où vient cette cécité volontaire, obstinée, parfois loufoque, vis-à-vis des sciences naturelles ? En grande partie, bien sûr, de la catastrophe qu’a représentée, au XXe siècle, l’interprétation finaliste de la découverte darwinienne, qui a débouché sur l’idéologie nazie et sur sa traduction dans le réel.

Hitler croyait au déterminisme biologique, Hitler était un salaud, donc le déterminisme biologique n’existe pas : le caractère spécieux du raisonnement saute aux yeux. On aurait pu aussi bien tirer la conclusion inverse à partir des pratiques adoptées en Russie communiste au cours des mêmes années, où l’on envoyait les généticiens dans les camps et idolâtrait l’agronome Trofim Lyssenko (1898-1976), d’après qui l’hérédité était inexistante et la nature des plantes pouvait être modifiée à volonté par les conditions environnementales et les hommes. Malgré ces excès, l’idée que l’intervention volontariste peut être utile n’a pas été pourfendue autant que celle de la pertinence du biologique.

UNE DIFFÉRENCE BIOLOGIQUE

Certains domaines sont tout simplement désossés de toute influence biologique ; la thèse qui en résulte n’est pas bien différente d’une mythologie moderne. Ainsi de l’idée selon laquelle toutes les différences non physiologiques entre hommes et femmes seraient construites (« la théorie du genre« , introduite depuis peu dans les manuels scolaires français). Dans le monde vivant, mâles et femelles diffèrent toujours biologiquement, y compris pour une partie de leurs comportements, car chaque sexe a une façon spécifique de se reproduire, ainsi chez les gorilles, chimpanzés et bonobos, dont nous sommes les plus proches cousins.

Quelle force mystérieuse aurait effacé ces différences dans notre espèce à nous ? Les faits, quand on cherche à les connaître, nous montrent que déjà à la naissance – donc avant toute influence sociale – filles et garçons n’ont pas les mêmes comportements. Et comment ne pas reconnaître que le pic d’hormones de la puberté, que partagent les adolescents humains avec les adolescents chimpanzés, a une origine biologique et un effet marqué sur les comportements ? A cela s’ajoute bien évidemment une forte intervention sociale, qui aura le plus souvent tendance à exacerber les différences biologiques.

Autre exemple : celui des différences entre groupes humains. Il existe une multitude de races de chiens, neuf sous-espèces de girafes, quatre de chimpanzés, quelques variétés de mésanges bleues, une liste impressionnante de sous-espèces de ratons laveurs. Quel que soit le mot employé, il s’agit là de différences génétiques. Et chez Homo sapiens ? La fiction actuellement à la mode nous assène que les différences génétiques entre groupes humains sont proches de zéro, que la notion de race est scientifiquement infondée.

« AUSSITÔT TAXÉ D’ESSENTIALISME »

Idée aussi généreuse dans ses intentions politiques que farfelue sur le plan des faits. La diversité de l’espèce humaine est grande : une partie de notre héritage génétique est largement partagée, mais une autre est caractéristique de groupes géographiques. D’ailleurs, il suffit de séquencer le génome d’un inconnu pour savoir d’où proviennent ses ancêtres. Comment nommer ces différences ? Le mot « race » fait peur – il va du reste prochainement disparaître de la Constitution française, on se demande s’il sera suivi par « sexe » –, mais peu importe le terme, il s’agit de ne pas enseigner des inanités.

Ces mythes modernes ont en commun avec les religions de reposer sur la dénégation tranquille de faits physiques et biologiques avérés et irréfutables. Ils ont aussi en commun avec les religions de nous flatter et nous rassurer sur notre statut « unique« , « choisi« , « élu » parmi les espèces terriennes : loin de faire partie du règne animal et de la nature, nous assurent-ils, les humains jouiraient d’un statut à part. Les races et les sexes, c’est bon pour les plantes et les animaux. Nous, on est supérieurs ! On décide de notre propre sort !

Cet orgueil inné de l’humain est particulièrement coriace en France, où il se combine avec la certitude nationale de disposer d’une intelligence exceptionnelle. Ainsi les faits biologiques ont-ils tendance, ici, à être instantanément traduits en concepts philosophiques.

Si vous affirmez l’existence chez les humains de deux sexes, plutôt que d’un seul ou de toute une kyrielle, vous êtes aussitôt taxé d' »essentialisme ». Pourtant, dire que seules les femmes ont un utérus, ou que les hommes ont en moyenne un niveau de testostérone plus élevé qu’elles, ce n’est ni spéculer quant à l' »essence » de l’un ou l’autre sexe, ni promouvoir une idéologie sexiste, ni décréter l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, ni recommander que les femmes soient tenues à l’écart de l’armée et les hommes des crèches, c’est énoncer des faits ! Des faits qui, en l’occurrence, ont eu un impact décisif sur l’histoire de l’humanité – son organisation sociale (patriarcat), familiale (mariage, primogéniture), politique (guerre). Nier la différence des sexes, c’est s’interdire toute possibilité de comprendre, donc d’avancer.

L’IDENTITÉ, RÉSULTAT DE NOS INTERACTIONS

De même, affirmer que Homo sapiens, à partir d’une même souche africaine voici soixante-dix mille à cent mille années, a évolué de façon relativement autonome dans différentes parties du globe et s’est peu à peu diversifié en sous-espèces, ou variétés, ou – pardon ! – races différentes, ce n’est pas une opinion, encore moins un décret politique, c’est une simple réalité. Elle n’implique aucun jugement de valeur ; la génétique moderne se contente de décrire.

Le racisme hitlérien, scientifiquement aberrant, s’enracinait – comme toutes les autres formes de racisme – dans des convictions autrement anciennes et tribales.

Notre identité biologique est elle-même le résultat, non seulement de l’hérédité, mais aussi de l’interaction avec le milieu dans lequel nous vivons. Depuis des millénaires, les populations humaines se sont adaptées au terrain, au climat et aux conditions de vie extrêmement variables d’une partie du globe à l’autre. Aujourd’hui, les différentes populations humaines n’ont ni la même pilosité, ni la même couleur de la peau, ni les mêmes maladies et systèmes de défense contre celles-ci.

Les médecins savent qu’il existe une variation dans la réponse aux médicaments – les psychotropes par exemple – selon le groupe auquel appartient le malade. Les Inuits sont adaptés au froid, tout comme les sherpas de l’Himalaya sont adaptés à la vie en altitude. Même si des traits culturels interviennent également, ces adaptations sont génétiques.

DÉPASSER UNE CÉCITÉ RÉCIPROQUE

L’évolution ne s’arrête jamais. Ces différents groupes humains donneront-ils à l’avenir de véritables espèces ne pouvant plus se croiser ? C’est une possibilité, assez banale dans l’histoire des mammifères et plusieurs fois observée dans notre lignée évolutive récente. A l’inverse, si les reproductions entre les groupes actuels deviennent très fréquentes, cela pourrait homogénéiser l’ensemble. On en est bien loin, même aux Etats-Unis. A l’heure actuelle, donc, les groupes humains génétiquement différenciés existent.

Soulignons au passage que la différence des sexes est d’une autre nature que celle-là, car les sexes ne se métissent pas : en croisant un mâle et une femelle, on n’obtient ni un hermaphrodite ni une transsexuelle mais, dans la quasi-totalité des cas, un mâle ou une femelle. La connaissance du vivant n’a pas à se soumettre au choix politique entre droite conservatrice, qui exagère toujours le poids du donné, et gauche révolutionnaire, qui croit tout transformable. Il est temps de passer outre ces réponses simplistes à des questions infiniment difficiles, car si nous continuons à ignorer et à maltraiter le monde, nous risquons de compromettre nos chances de survie. L’antagonisme entre nature et culture est intenable. L’être humain est un animal pas comme les autres : pas facile d’accepter vraiment les deux parties de cette phrase en même temps !

Comme l’on ne disposera jamais d’un discours unique, capable de rendre compte de sa complexité, au lieu de se cantonner dans le sectarisme et le dogmatisme qui conduisent à la cécité réciproque, nous avons tout intérêt à partager nos différents savoirs. Ceux d’entre nous qui gagnent leur vie par la pensée devraient donner l’exemple en matière de modestie et de curiosité.


Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
robbie-williams-middle-finger-world-cup-opening-ceremonyMedine
 
Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi, certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
I’m a Rotherham grooming gang survivor. (…) I’m part of the UK’s largest ever child sexual abuse investigation. As a teenager, I was taken to various houses and flats above takeaways in the north of England, to be beaten, tortured and raped over 100 times. I was called a “white slag” and “white c***” as they beat me. They made it clear that because I was a non-Muslim, and not a virgin, and because I didn’t dress “modestly”, that they believed I deserved to be “punished”. They said I had to “obey” or be beaten. (…) Like terrorists, they firmly believe that the crimes they carry out are justified by their religious beliefs. Experts say that grooming gangs are not the same as paedophile rings. It’s something that central Government really needs to understand in order to prevent more grooming gang crime in the future. In November 2017, the Swedish government held a meeting where they stated that: “Sexual violence is being used as a tactic of terrorism”, and as such, it was recognised as a threat to Sweden’s national security. The link between terrorism and rape undertaken by Islamist gangs was not being ignored. They called for counter-extremism education. This sounds like a balanced and intelligent governmental response to me. Religious indoctrination is a big part of the process of getting young men involved in grooming gang crime. Religious ideas about purity, virginity, modesty and obedience are taken to the extreme until horrific abuse becomes the norm. It was taught to me as a concept of “othering”. “Muslim girls are good and pure because they dress modestly, covering down to their ankles and wrists, and covering their crotch area. They stay virgins until marriage. They are our girls. « White girls and non-Muslim girls are bad because you dress like slags. You show the curves of your bodies (showing the gap between your thighs means you’re asking for it) and therefore you’re immoral. White girls sleep with hundreds of men. You are the other girls. You are worthless and you deserve to be gang-raped.” This hateful religious hypocrisy strikes people to their very core. But it’s far from unique. My main perpetrator quoted scriptures from the Quran to me as he beat me. (…) I experienced horrific, religiously sanctioned sexual violence and torture – so I definitely believe that we need to be aware of religious extremism as something potentially harmful, so that we can protect people from it. I witnessed the ways young men are groomed to become perpetrators by older grooming gang members. It’s very similar to the tactics used in grooming for terrorism, with love-bombing, emotive language (“brother”, “cuz”, “blud”), and promises of wealth and fame, then humiliation, controlling with guilt and shame, training with weapons, and instilling hate and fear of outsiders. Always, at the same time, they continue to convince these young men that they must find girls to be gang-raped too. Grooming gang crime is upheld by religious extremism. Like Sweden, we must officially recognise this, and work to curb extremist preaching, teach religious counter-narratives, give gendered extremism education and deliver quality relationships education, while learning the lessons from Prevent and Channel. We need a careful, considered approach that is respectful of the human rights of everyone. Rotherham grooming gang victim
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018. Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution. Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire. Télérama
Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails. (…) Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…(…) C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer. Simon Lewis
Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux. (…) Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs. (…) J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes. (…)  La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées. Philippa Lowthorpe
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda. The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too. They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back. One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ». We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children. It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused. Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. » Anne-Marie Carrie
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
In May 2012, nine men from the Rochdale area of Manchester were found guilty of sexually exploiting a number of underage girls. Media reporting on the trial focused on the fact that eight of the men were of Pakistani descent, while all the girls were white. Framing similar cases in Preston, Rotherham, Derby, Shropshire, Oxford, Telford and Middlesbrough as ethnically motivated, the media incited moral panic over South Asian grooming gangs preying on white girls. While these cases shed light on the broader problem of sexual exploitation in Britain, they also reveal continuing misconceptions that stereotype South Asian men as ‘natural’ perpetrators of these crimes due to culturally-specific notions of hegemonic masculinity. Examining newspaper coverage from 2012 to 2013, this article discusses the discourse of the British media’s portrayal of South Asian men as perpetrators of sexual violence against white victims, inadvertently construing ‘South Asian men’ as ‘folk devils’. Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
In more inflammatory terms, the Mail Online referred to the perpetrators as a ‘small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens’ (Dewsbury 2012) Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)

Attention: un entrainement peut en cacher un autre !

Au lendemain de la diffusion sur Arte, un an après la Grande-Bretagne, de la mini-série britannique Three girls

Sur la découverte, contre les services de la police et des services sociaux, d’un trafic sexuel de jeunes mineures par notamment des réseaux d’origine pakistanaise qui a touché pendant des années une dizaine de villes britanniques …

A l’heure où les peuples européens commencent à se rebiffer contre la folie tant immigrationniste que « sociétale » que prétendent leur imposer à coup de sondages ventriloques des dirigeants eux-mêmes protégés des conséquences de leurs décisions …

Pendant qu’entre nos écrans, nos scènes musicales et les téléphones portables de nos jeunes, l’on rivalise de vulgarité et d’irrespect y compris pour les morts …

Comment ne pas voir une nouvelle illustration de ce politiquement correct …

Qui contre les membres mêmes de ces communautés les plus lucides comme la baronesse Warsi ou l’imam d’Oxford Taj Hargey, va jusqu’à nier l’évidence …

A savoir l’existence et la sur-représentation d’une partie des immigrés pakistanais et donc musulmans qui, sourates du Coran à l’appui, considèrent les femmes et les filles blanches comme des « proies faciles » et des « citoyennes de 3e zone » …

Mais aussi contre le discours déligitimateur de nos sociologues maitres ès « paniques morales » qui à force de crier au loup finissent par produire les passages à l’acte mêmes des individus ou des groupes qu’ils dénoncent …

La dimension éminemment salutaire de ce sursaut de lucidité …

Face tant à la conjonction de la désagrégation des familles blanches les plus fragilisées et de l’indéniable radicalisation des prêches de certains imams …

Qu’à cette perversion de la démocratie qui voudrait, entre deux distributions de préservatifs et bientôt de godemichés (pardon: de « sex toys » !) à des gamines de 11 ans

Imposer « au plus grand nombre », selon le mot d’Henry Berque, les « vices de quelques-uns » ?

Entretien
“Three Girls”, une série qui révèle “l’intolérable mépris envers les classes les plus pauvres”
Pierre Langlais
Télérama
14/06/2018

iaux : une minisérie de la BBC revient sur l’inaction des institutions britanniques dans l’affaire des adolescentes de Rochdale, victimes de trafic sexuel. Fruit d’un minutieux “travail de mémoire”, elle a contribué à libérer la parole outre-Manche.

Entre 2008 et 2010, quarante-sept adolescentes, pour les plus jeunes âgées d’à peine 13 ans, ont été victimes d’un réseau de trafic sexuel à Roch­dale, dans la banlieue de Manchester, dans le nord de l’Angleterre. Three Girls, minisérie de la BBC en trois épisodes, reconstitue le calvaire de trois d’entre elles dans un drame bouleversant, ­rigoureusement documenté. Une œuvre filmée à hauteur de ses jeunes héroïnes, doublée d’une dénonciation puissante des injustices sociales et des ratés institutionnels que l’affaire révéla, comme l’expliquent sa réalisatrice, Philippa Lowthorpe, et son producteur, Simon Lewis (1).

La presse britannique a largement relaté cette affaire à l’époque des faits. Qu’aviez-vous à ajouter ?

Simon Lewis : Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails.

C’est aussi l’histoire d’un terrible manquement des institutions…

Philippa Lowthorpe : Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux.

S.L. : Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…

Chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire.”

Comment condenser en trois heures une affaire qui a duré cinq ans [le procès a eu lieu en 2012, ndlr] ?

P.L. : Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

P.L. : J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes.

“Three Girls” a été diffusé sur le service public. Le considérez-vous comme une œuvre d’utilité publique ?

P.L. : La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées.

S.L. : C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer.

(1) Interview réalisée dans le cadre du Festival de la fiction TV de La Rochelle, en septembre 2017.


on aime passionnément Three Girls, jeudi à 20.55 sur Arte et dès maintenant sur arte.tv.

Voir aussi:

Streaming
Regardez en replay “Three Girls”, mini-série puissante et nécessaire

Sébastien Mauge
Télérama
15/06/2018

Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018.

Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution.

Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire.

The Oxford sex ring and the preachers who teach young Muslim men that white girls are cheap

The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community.

It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration.

There is no doubt that the evil deeds of these men have badly set back the cause of cross-community harmony.

In its harrowing details, this grim saga of exploitation, misogyny, perversion and cruelty fills me not only with desperate sorrow for those girls and their families, but also with dread and despair.

Seven members of a paedophile ring were found guilty at the Old Bailey of a catalogue of child sex abuse charges: The case has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community

If I were the judge in this case, I would hand out the harshest possible jail sentences to these monstrous predators, both to see that justice is done for their victims and to send out a message to other exploiters.

And when I say harsh, I mean it: none of this fashionable nonsense about prisoners being released only a quarter of the way through their sentences. There is no pattern of good conduct these men could follow behind bars that could possibly make up for all the terrible suffering they have inflicted on others.

Depravity

But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities.

The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases.

Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’.

Brothers Bassam Karrar (left) and Mohammed Karrar (right) were found guilty at the Old Bailey yesterday. It can not be ignored that all all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim

But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality.

Commentators and poli-ticians tip-toe around it, hiding behind weasel words.

We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case.

One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls.

‘As so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to the reality that their actions are tied up with religion and race’

But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby.

In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls.

Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population.

To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial.

But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes.

Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse.

Brothers Anjum Dogar (left) and Akhtar Dogar (right) have been convicted of offences involving underage girls. one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’

Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity.

Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’.

In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia.

Zeeshan Ahmed (left) and Kamar Jamil (right) were among those who were convicted at the Old Bailey. Some aspects of the trial highlighted an attitude where women are seen as nothing more than personal property

What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism.

If they had been real, genuine followers of Islam, they would not have dreamt of indulging in such vile crimes, for true Islam preaches respect for women and warns against all forms of sexual licence, including adultery and exploitation.

Contempt

Assad Hussain was convicted of having sex with a child. Reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims

By all accounts, this was not the version that these men heard in their mosques. On the contrary, they would have been drip-fed for years a far less uplifting doctrine, one that denigrates all women, but treats whites with particular contempt.

In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority.

That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls.

There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property.

The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers.

Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded.

Brutish

On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring.

For those of us who support effective and meaningful integration, it is dispiriting to see how little these criminals, several of them second-generation Britons, have been integrated into our society.

If they were possessed by the slightest sense of belonging or shared citizenship, they would have had some respect for the welfare of these girls.

Instead, they saw only people from an alien world with which they felt no connection. For them, there was no sense of kinship or solidarity for people in their neighbourhood who were not Muslims.

It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case.

We will build a secure society only when we are all taught to have respect for one another, regardless of creed or colour.

Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism.

Voir aussi:

Full interview with Baroness Warsi: Father asked me ‘why be a leader if you don’t take the lead?’
Joe Murpy
The Evening Standard
18 May 2012

Baroness Warsi may be a Cabinet minister with all the finely-honed minds of the civil service to call upon, but sometimes the adviser she trusts most is simply her dad.

So it was when the horrific details of the Rochdale sexual grooming scandal poured out in a shocking court case this month.

Five white girls, aged 13 to 15, were plied with alcohol, food and money and subjected to multiple sex attacks. The guilty men were Muslims of mainly Pakistani origin, some regarded as pillars of their community.

Shortly after nine men were convicted, Lady Warsi sat down to dinner at her parents’ house and her father asked what the Government was going to do about it. She did not know. The baroness recalled: “Dad then said, ‘Well, what are you doing about it?’ I said, ‘Oh, it’s not me, it’s a Home Office issue’.” At this her father, Safdar, gave her a remarkable lecture.

“He said to me: ‘Sayeeda, what is the point in being in a position of leadership if you don’t lead on issues that are so fundamental? This is so stomach churningly sick that you should have been out there condemning it as loudly as you could. Uniquely, you are in a position to show leadership on this.’

“I thought to myself, he’s absolutely right.” Today she has decided to use an interview with the Evening Standard to do as her father advised.

Until now, Lady Warsi — Britain’s most senior Muslim politician and the first Muslim woman to reach the Cabinet — has declined media requests for comment on the case. But in fact, the 41-year-old former solicitor has strong views of what went so badly wrong in a community just like the one in which she was raised.

“There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game,” she said — choosing her words with care but not mincing them. “And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first.”

She is clear that the colour of the victims’ skin, as well as their vulnerability, helped to make them a target. “This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against,” she said.

This puts her at odds with some commentators who argue that the racial element was coincidental and that sex abuse occurs in white gangs. She says the Rochdale case was “even more disgusting” than cases of girls being passed around street gangs. “These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own,” she said. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong.”

Her second challenge is to British Muslim leaders and preachers who have been equally appalled but nervous of speaking out.

“In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them,” she said. “Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’.”

So far, she added, the response from organisations like the British Muslim Forum and the Muslim Council of Britain has been “fantastic”.

Her third plea is for the authorities to stop being squeamish about investigating allegations involving minorities. “Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law,” she said.

Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled”.  The leader of the racist BNP, Nick Griffin, has already gloated about “Muslim paedophile rapists”.

Nobody could accuse Lady Warsi of what she calls “pussyfooting” around political minefields. In her five years as a top-level Tory she has hit out at voting fraud, attacked “militant secularisation”, been pelted by eggs and gone eyeball to eyeball against Mr Griffin.

But she says her aim is to resolve this issue, not pick a fight. “Leadership is about moving people with you, not just pissing them off,” she said.

Her passion is catching. She talks non-stop in a broad Yorkshire accent, acquired in her childhood in Dewsbury where she went to a state school.

Fluent in English, Urdu and Punjabi, she is a comfortable mix of cultures. Her mum, Hafeeza, arranged her first marriage, which lasted 17 years. In  2009 she married ”my rock”,  Iftikhar Azam, in a ceremony at her parents’ house in Dewsbury.  Although a practicing Muslim, who eschews alcohol and fasts at Ramadan, she hints at bending some rules. “Strictly, I should be doing my prayers five times a day. But I hate answering that: If I answer it truthfully my mum won’t be best pleased. If I said I was perfect, I would be lying.”

THE key to her confidence and success was a father whom she describes as “an amazing feminist” as well as a remarkable success story. Safdar Hussain came to Britain from a rural village in the Punjab with £2.50 to his name and worked double-shifts in a rag mill to make ends meet.

He became a bus conductor, bus driver, taxi driver and driving instructor before co-founding a firm manufacturing hand-made beds that now turns over £5 million a year.

Safdar encouraged his wife to have driving lessons in the Seventies, put his five daughters through university and into professional careers — and told them all to embrace the best of their Pakistani heritage as well as British culture.

When travelling abroad, she urges Muslim parents to give their girls the same chances, arguing that the Koran clearly exhorts followers to acquire knowledge. “Nowhere does it say, ‘Only if you are a bloke’.”

It’s hard to imagine any bloke telling Lady Warsi what to do. Except, of course, her dad.

Voir également:

Sexual exploitation of children: Derby and Rochdale are tip of an iceberg
Grooming is becoming more widespread and sophisticated throughout the UK. We must tackle the full horror of this abhorrent abuse
Anne Marie Carrie
The Guardian
17 January 2011

Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda.

The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too.

They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back.

One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ».

We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children.

It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused.

Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. »

If we are to truly learn from the lessons of the cases in Derby and Rochdale, the government must recognise this as a child protection issue and appoint a dedicated children’s minister to formulate a national action plan to fully address the scale and horror of child sexual exploitation in the UK.

This issue must not be a flash in the pan – we need to use the leverage that the current media debate has given us to ensure that this hidden issue is now very much out in the open and tackled at all levels.

Our « Cut them free » campaign hopes to turn around the lives of these young victims. We want better training for professionals who work with children in order to improve early identification of child sexual exploitation, including police, schools and social services. Statutory responses and the provision of services for exploited children must also be improved. We need greater clarity about the numbers of children abused in this way, so methods of gathering evidence and data kept on the numbers of children being sexually exploited should be strengthened. And we absolutely must see improvements in prosecution procedures in order to increase the number of cases that lead to a conviction.

We need to send a loud and clear message to perpetrators – we will find them and they will be punished for the intolerable abuse they have inflicted upon so many young lives.

Voir de plus:

Finsbury Park van attack
How London mosque attacker became a terrorist in three weeks
Darren Osborne’s warped beliefs led him to Finsbury Park, where he killed Makram Ali for his faith
Vikram Dodd Crime correspondent

The Guardian

1 Feb 2018

Darren Osborne rented a van and drove from Cardiff to London intending to kill Muslims. Photograph: Frank Augstein/AP
In a country that prides itself on tolerance, and in a city that celebrates its diversity, Makram Ali’s final journey to honour his god ended with him being murdered for his religion.

He lived in Finsbury Park, north London, about 400 yards from the mosque he had attended for the past 25 years, located in Muslim Welfare House.

On a warm June evening last year, Ali walked, through pain and with the aid of a stick, to join late-night prayers. It was Ramadan, an especially holy time for Muslims.

Ali’s faith guided a life that saw him raise four daughters and two sons, and feel pride in seeing two of the eldest children reach university. Those who knew him knew a man who demonstrated the values of a model British citizen, despite hardships with health and money that would lead others to make excuses and embrace the worst values. Ali, 51, was about to come across one such person.

In the weeks before that day, Darren Osborne had found a warped belief system, styling himself as an extremist rightwing “soldier”. On 18 June 2017, he left his home in Cardiff in a rented van and drove to London, looking for Muslims to kill.

He scoured the centre of London for an Islamic pro-Palestinian march, and then moved on to the south in search of a mosque. By 11.30pm, he found a target in the north of the city. Having reached the Finsbury Park area, Osborne asked for directions to the mosque, and left his van to walk there, police believe, to carry out reconnaissance ahead of his attack.

Just after midnight, prayers ended. As worshippers headed home, Ali fell to the floor, unwell, on a cul-de-sac off Seven Sisters Road. He was breathing, speaking barely audibly, but still alive.

Makram Ali had six children and was said to be a model British citizen. Photograph: Metropolitan police/PA
Other Muslims rushed to Ali’s aid, offering him water and help. For Osborne, the crowd, some of them wearing Islamic clothing, was the target he sought for his hatred.

He was driving a rented white Citroën, which veered left across Seven Sisters Road, across a bus lane, and then across the pavement.

Osborne was driving at 16mph (26km/h) as his van slammed into the crowd. It was the fourth terrorist attack in Britain in three months, but this time, the ideology behind it was not Islamist.

Ibrahim Benaounda described the impact as like “being on a rollercoaster, spinning round and round. I felt everything. I felt my bones breaking”.

Mohammed Geedi was also knocked to the ground. When he got up, he said he saw people “splattered all over the place”.

Adnan Mohamud had called 999 for help for the stricken Ali. He was still on the phone when the van hit.

Mohamud shouted: “Someone’s just come and run over a whole lot of people … People are dying, man.”

One witness described a limb being stuck under the van’s wheel. Waleed Salim said he and others tried to lift the van to get his cousin, Hamdi Alfaiq, out from underneath it. Alfaiq, who suffered extensive injuries and needed months of rehabilitation, was one of 12 people wounded.

The front van’s offside wheel ran over Ali on the upper right side of his chest, leaving a tyre track across his torso. Within an hour, he died, struck down 100 yards from where he lived.

Watching were some of his family, who had been alerted that Ali had fallen ill. Toufik Kacimi of Muslim Welfare House said: “His daughter saw the van hit her dad.”

Osborne fled the van. Despite his claims to the contrary at the trial, where he said he had been changing his trousers in the footwell while someone else drove, CCTV footage showed he was alone. He tried to escape, shouting “I want to kill more Muslims”. The Muslim people Osborne had tried to murder captured him, then saved him.

Mohammed Mahmoud, the mosque’s imam, shielded Osborne from the crowd. He told Woolwich crown court: “I shouted ‘No one touch him’ [and] told people to get back, and said: ‘We are handing him in unscathed to the police’.

“He should answer for his crime in a court, and not in a court in the street.”

In the van, Osborne had left a note, which he had written 24 hours before in a Cardiff pub, from which he was ejected after making racist and anti-Muslim remarks.

The note gave voice to what was inside him, and showed the attack was premeditated.

“Why are their terrorists on our streets today? We’ve had three recent terror attacks …” Osborne wrote.

It referenced the Rotherham sexual abuse scandal, which involved gruesome attacks by men from a mainly Pakistani, and therefore Muslim, background. It had led to claims that surfaced in mainstream media debate that there was something in the men’s heritage that made them target white girls.

The note railed against the Labour leader, Jeremy Corbyn, and the London mayor, Sadiq Khan. It mentioned the Islamist terrorist attacks on London and Manchester between March and June 2017. It echoed the talking points of extremist propaganda.

Osborne launched into further diatribes while in police custody. But in contrast to some other committed violent extremists, he started to ramble about losing control of the van, rather than claiming the attack as a deliberate act of which he was proud.

Commander Dean Haydon of Scotland Yard’s counter-terrorism command said: “He is a devious, vile and hate-filled individual.”

Despite his violence, Osborne had not been a hardcore, long-term ideologue. Unlike Thomas Mair, who murdered the MP Jo Cox in 2016, he did not have a longstanding interest in extremist rightwing propaganda.

Some of his behaviour in court was jarringly mundane. In the dock as the prosecution started its case against him, Osborne turned to one of his guards. She was young, female and black. Osborne smiled and winked at her. She smiled back, then turned her head out of his view and let the disgust show on her face.

Sarah Andrews, his estranged partner, told detectives that Osborne was radicalised into a terrorist murderer in three weeks. Friends and family say there were no previous signs of racism or extremism.

The catalyst, police believe, came three weeks before the attack, when his attitudes began to metastasise after he watched Three Girls, a BBC TV drama about the Rochdale grooming scandal. He also read extremist rightwing propaganda online that left him “brainwashed” and a “ticking timebomb”.
Paul Gill, a terrorism expert and senior lecturer at at University College London, said radicalisation can be rapid, making it almost impossible to detect.

“It is rare, but violent extremism can occur quickly,” he said. “Brusthom Ziamani was a Jehovah’s Witness three months prior to his arrest for an Isis-inspired plot. It is usually expedited by primitive attack plans and a history of criminal activity and violence.”

Andrews, for her part, said she believed Osborne had become angry “about seeing young girls exploited” and developed his fixation with Muslims from that point.

“In recent weeks, he has become obsessed with Muslims, accusing them all of being rapists and being part of paedophile gangs,” she said.

Osborne gorged on social media postings by the former EDL leader Tommy Robinson, as well as members of the far-right group Britain First.

Like much of the modern British far right, it rails against multiculturalism and Muslims.

Osborne had not worked for a decade and had mental health issues, as well as problems with alcohol and drug abuse. He had convictions for violence, once serving a two-year jail term, and had an unpredictable temper.

Haydon confirmed that none of the material Osborne viewed from the extreme right crossed the line into being either criminal or breaking terrorism laws. “We are concerned about the role the internet played in this case,” he said.

Some see the pathway to Osborne’s extreme rightwing views being smoothed by some mainstream media opinion allegedly demonising all Muslims for the atrocities and violent extremist views of a small minority.

Harun Khan, the secretary general of the Muslim Council of Britain, said: “Osborne was motivated by anti-Muslim groups and Islamophobic tropes not only prevalent in far-right circles, but also made acceptable in our mainstream. The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people.”

Security officials fear Osborne may be more than a one-off. They are concerned about extremist rightwing attacks being incited in the same way as Islamist violence: insidious propaganda cast out wide online, only needing some people to be infected by it to believe they should carry out violence. The consequent effects on society would be, to put it mildly, destabilising.

One senior counter-terrorism source told the Guardian that extremist rightwing activity was on the increase and a growing threat to national security. But there were also concerns that violence from Islamists and white terrorists would become symbiotic, citing the fear of each other to bolster support for their calls to terrorism.

The government has banned three far-right groups, and counter-terrorism sources say operations targeting the extreme right are increasing. Haydon said 30% of referrals to Prevent concern domestic extremism.

Gill said: “If you’ve got nothing else going on in your life and experience personal grievances, then rightwing propaganda helps turn your sadness from something personal into something much bigger.”

Osborne’s rage came as his life had stalled, and the hatred from extremist propaganda spoke to, then exacerbated, his existing demons. It was a tragedy for Ali’s family that Osborne found his voice only in such dangerous and destructive language.

Voir encore:

By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media.

Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further.

Imagine you were living in a town of 20,000 people – the size of, say, Penzance in Cornwall – and one day it was discovered that one of its residents had been involved in a sex crime. Would it be reasonable to say that the whole town had a cultural problem, that it needed to address the scourge – that anyone not doing so was part of a « conspiracy of silence »? But the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000: one person per Penzance.

Make no mistake, the Rochdale crimes were vile, and those convicted deserve every year of their sentences. But where, amid all the commentary, was the evidence that this is a racial issue; that there’s something inherently perverted about Muslim or Asian culture?

Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent).

But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things?

In fact, Penzance had not just one paedophile, but a gang of four. They abused 28 girls, some as young as five, and were finally convicted two years ago. All were white. And last month, at a home affairs select committee, deputy children’s commissioner Sue Berelowitz quoted a police officer who had told her that « there isn’t a town, village or hamlet in which children are not being sexually exploited ».

Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world.

How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people.

It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web.

Despite all we know about racism, genocide and ethnic cleansing, the Rochdale case showed how shockingly easy it is to demonise a community. Before long, the wider public will believe the problem is endemic within that race/religion, and that anyone within that group who rebuts the claims is denying this basic truth. Normally, one would expect a counter-argument to force its way into the discussion. But in this case the crimes were so horrific that right-thinking people were naturally wary of being seen to condone them. In fact, the reason I am writing this is that I am neither Asian nor Muslim nor Pakistani, so I cannot be accused of being in denial or trying to hide a painful truth. But I am black, and I know how racism works; and, more than that, I have a background in maths and science, so I know you can’t extrapolate a tiny, flawed set of data and use it to make a sweeping generalisation.

I am also certain that, if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown?

While our media continue to exclude minority voices in general, such lazy racial generalisations are likely to continue. Even the story of a single Asian man acting alone in a sex case made the headlines. As in Derby this month, countless similar cases involving white men go unreported.

We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off.

What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion.

But in Asia, Pakistan or Islam there is no culture of grooming or sex abuse – any more than there is anywhere else in the world – so the tiny number of cases have no cultural significance. Which means those who believe it, or perpetuate it, are succumbing to racism, much as they may protest. Exactly the same mistake was made after 9/11, when the actions of a tiny number of fanatics were used to cast aspersions against a 1.5 billion-strong community worldwide. Motives were questioned: are you with us or the terrorists? How fundamental are your beliefs? Can we trust you?

Imagine if, after Anders Breivik’s carnage in Norway last year, which he claimed to be in defence of the Christian world, British people were repeatedly asked whether they supported him? Lumped together in the same white religious group as the killer and constantly told they must renounce him, or explain why we should believe that their type of Christianity – even if they were non-believers – is different from his. « It’s nothing to do with me », most people would say. But somehow that answer was never good enough when given by Muslims over al-Qaida. And this hectoring was self-defeating because it caused only greater alienaton and resentment towards the west and, in particular, its foreign policies.

Ultimately, the urge to vilify groups of whom we know little may be very human, and helps us bond with those we feel are « like us ». But if we are going to deal with the world as it is, and not as a cosy fantasyland where our group is racially and culturally supreme, we have to recognise when sweeping statements are false.

And if we truly care about the sexual exploitation of girls, we need to know that we must look at all communities, across the whole country, and not just at those that play to a smug sense of superiority about ourselves.

Voir encore:

What do we know about the grooming gangs?
Patrick Worrall
Channel 4 Fact check
28 Aug 2014

The publication of a damning report into how the authorities handled child exploitation in Rotherham has prompted the leader of the local council to resign.

The independent inquiry by Professor Alexis Jay found that 1,400 youngsters suffered sexual exploitation including rape and trafficking in the South Yorkshire town over a 16-year period.

We know that the case which led to the conviction of five men in Rotherham is not the only one of its kind. Could the abuse that has already come to light be just the tip of the iceberg?

Here’s what we know (and what we don’t) about the child grooming gangs.

How many gangs?

The Child Exploitation and Online Protection Centre (Ceop) – the national anti-paedophile police command – divides networks of sex offenders into two groups.

So-called “Type 1 offenders” target young people “on the basis of their vulnerability, rather than as a result of a specific preferential sexual interest in children”.

Ceop received intelligence from 31 out of 43 police forces on groups like this who were known or suspected to have abused vulnerable children in 2012.

28_ceop_2

There were 57 such groups, ranging from two to 25 suspects, on the radar of those 31 constabularies. We don’t know if any have now been convicted.

So-called “Type 2” groups – where the offenders have a long-standing sexual interest in children, were much less common. Only seven known or suspected paedophile rings were reported to Ceop.

It is possible to track cases that have been through the courts via media reports, although this is pretty unscientific.

In 2011 the Times journalist Andrew Norfolk identified 17 cases that had led to convictions where there had been a similar pattern of grooming.

In all cases, the victims were vulnerable teenage girls, often in the care of social services. They were approached on the street by men, befriended and plied with alcohol or drugs, before being sexually abused.

Updating the list to include more recent convictions that fit the same pattern, we find that there have been at least 27 similar cases in the last decade.

By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013).

This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete.

Race and religion

The Jay report into failings in Rotherham says: “By far the majority of perpetrators were described as Asian by victims, yet throughout the entire period, councillors did not engage directly with the Pakistani-heritage community to discuss how best they could jointly address the issue.

“Some councillors seemed to think it was a one-off problem, which they hoped would go away. Several staff described their nervousness about identifying the ethnic origins of perpetrators for fear of being thought racist; others remembered clear direction from their managers not to do so.”

Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete.

The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.”

Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups.

Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent).

By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”.

Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white.

Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care.

The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin.

Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials.

Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions.

Why are so many victims white?

We’re into the realm of opinion now.

Sentencing nine men in 2012 over offences in Rochdale, judge Gerald Clifton told the defendants they had treated their victims “as though they were worthless and beyond all respect”, adding: “I believe that one of the factors that led to that was that they were not of your community or religion.”

But at the Derby trial in 2010 the judge said he thought the race of the victims and their abusers was “coincidental”.

One of the victims of the Oxford gang told the Guardian that her abusers had asked her to recruit other teenagers and “specified that they wanted only white girls”.

Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation.

“They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.”

How many children are at risk?

A report by the Office of the Children’s Commissioner found that 2,409 children were confirmed as victims of sexual exploitation in gangs and groups in the 14 months between August 2010 to October 2011.

If that sounds low compared to the 1,400 identified in Rotherham alone, remember that this number covers 16 years.

This probably only scratches the surface of the real number of victims, and the children’s commissioner said that at least 16,500 children had been identified as being “at risk of sexual exploitation” during one year.

Voir encore:

Gangs, Girls and Grooming: The Truth

Standpoint
December 2010

At Sheffield Crown Court throughout September and October, eight men sat in the dock accused of rape and other sexual crimes against four girls, three aged 13 and one 16. The case resulted in five being convicted and three acquitted. All of the eight defendants were Pakistani Muslims and the girls white British. Does this matter? Not for the reasons the British National Party would have us believe, but it is nonetheless significant.

Razwan Razaq, 30, his 24-year-old brother Umar, Muhammed Zafran Ramzan, 21, Adil Hussain, 20, and Mohsin Khan, 21, were sent to prison for between four-and-a-half to 11 years.

The crimes were committed in and around Rotherham, a fairly typical south Yorkshire town. Although unemployment is fairly high, Rotherham is now also a popular summer visitors’ destination when All Saints Square is transformed into a seaside beach. Every month, there is a farmers’ market that sells produce from local farmers and traders, and Jamie Oliver’s TV series, Jamie’s Ministry of Food, tried to teach the town’s inhabitants to establish healthy eating as part of daily life.

But many parents are concerned far more with the safety of their children than with organic food. Rotherham, along with many other towns, cities and villages in northern England has become infected with the vile activities of criminal gangs using children as currency. While child sexual abuse occurs in every community and culture, what is happening in Rotherham and elsewhere in Yorkshire and Lancashire is organised pimping of girls by Asian gangs who trade their victims for cash and favours.

« These men all know and trust each other, » says Jane, the mother of one of the victims. « They don’t abuse these girls because they are Muslim, but because they are criminals who think they are above the law. »

Although there is no hard evidence of financial gain in the Rotherham case, child protection professionals tell me that the pattern in such cases is that the girls are traded for cash as well as favours between criminals. A number of the gangs operating in the region have found that the sharp drop in the price of drugs has led them to losing considerable income, and that selling girls is increasingly filling the gap.

Jane’s daughter Sophie (not their real names) was a happy, ordinary 12-year-old until she met a group of adult males who would control every aspect of her life. Before she escaped, a year later, Sophie had been raped by the gang members as a way of « breaking her in » and then passed around various other men for sex.

The methods used by the pimps are sophisticated and sinister. First, the girls are identified in locations, such as parks, schools, leisure facilities and shopping malls after which boys of their age are sent to befriend them. After a friendship is established, the boys introduce their contacts to young men whom they often describe as cousins.

Then the grooming process gets really under way. The young man will take the girl out in his car, give her vodka, cigarette and cannabis, and take her to venues she would not normally experience until older.

Often giving the girl a mobile telephone as a « gift », the pimp is then able to track her every move by calls and texting, which eventually will be used by him to send instructions as to details of arrangements with punters. The men sell the girls on to contacts for around £200 a time or as currency for a business deal. « I was always asked why I kept going back to my pimp, » says Sophie, « but they flatter you and make you think you are really loved. I thought he was my boyfriend until it was too late to get away. » Another tactic of the pimp is getting the girl to despise and mistrust her own parents in order that he can achieve total control over her. The pimps routinely tell their victims that their parents are racist towards Asian people and that they disapprove of the relationships because the men are of Pakistani Muslim heritage, not because they are older. Some of the parents I met were racist, and some had developed almost a phobia against Asian men, fuelled by the misinformation and bigotry trotted out by racist groups in response to the pimping gangs.

The Leeds-based Coalition for the Removal of Pimping (Crop) supports the families of children caught up in sexual exploitation networks. Crop is understandably reticent about commenting on any issues concerning the race or religion of child abusers and pimps. As far as it is concerned, we should not focus on one particular ethnic group because the problem is about men’s abuse of children. Its research earlier this decade found that the vast majority of the children groomed are white and the majority of perpetrators of Asian origin. « Society seeks to condemn female sexual activity, and culturally within the statutory sector and community the victims are seen as asking for it, » says Crop’s Rachel Loise. « The perpetrators are the last to be condemned. Prosecutions are rare, and sentencing is not severe enough. »

Unfortunately, the reluctance of the various anti-child abuse campaigns and charities to engage openly with the fact that, in the north of England, the majority of men involved in child-grooming criminal gangs are Pakistani Muslim means that racist organisations such as the BNP hijack the issue.

« The fact that these particular gangs are made up of Pakistani men is significant but not in the way racists would have us believe, » says one child protection expert who asked not to be named. « While the BNP would have us believe that abusing white girls is an endemic part of these men’s culture — which it absolutely is not — the truth is that these men are aware that the police do not want to be accused of racism in today’s climate. »

In 2004, Channel 4 withdrew Edge of the City, its controversial documentary made by Annie Hall that depicted parents trying to stop groups of young Asian men grooming white girls as young as 11 for sex. It had been seized on by the BNP as a party political broadcast.

Colin Cramphorn, the then Chief Constable of West Yorkshire, joined groups such as Unite against Fascism in calling for the documentary to be withdrawn. Channel 4 complied, saying that the issue was not censorship but timing because of the proximity with the local and European elections. But many argued at the time that the delay in transmission had strengthened the case of the BNP.

After the film was withdrawn, one of the mothers sent Annie Hall a text message: « It’s a real shame when votes come before young girls’ lives. »

For many white girls growing up in fairly traditional communities, the unfamiliarity of boys and men from different ethnic backgrounds can be exciting and attractive.

« The man I thought was my boyfriend used to dress really well and always smelt nice, » says Sophie, « and I thought it were dead nice the way he talked, and even his manners seemed better than boys I were used to. »

Emma Jackson knows exactly how the pimping gangs operate in Rotherham because she was also a victim of one. When Emma was 12, she was befriended by Asian boys around her own age who soon introduced her to relatives in their twenties and thirties.

Emma had no idea she was being groomed and brainwashed until one day, totally out of the blue, she was taken to wasteland and raped by the gang leader. The attack was watched by laughing gang members and recorded on a number of mobile phones.

« People ask me why I kept going back to Tarik, even after he raped me, » says Emma, « but he threatened to firebomb my home and rape my own mother if I tried to escape. »

Emma now gives support, through a charity set up to prevent the sexual abuse of children, to a number of victims of pimping gangs and has found that the girls are being targeted at an even younger age.

« The gangs want virgins and girls who are free of sexual diseases. Most of the men buying sex with the girls have Muslim wives and they don’t want to risk infection. The younger you look, the more saleable you are. »

One youth worker in south Yorkshire told me that because religious Muslims are being pressurised to marry virgins within their own extended family networks, it means that some are more likely to view white girls as easily available and « safer » than Pakistani girls.

When I first wrote about the issue of Asian grooming gangs in 2007, my name was included on the website Islamophobia Watch: Documenting anti-Muslim Bigotry. So was that of Ann Cryer, the former Labour MP for Keighley in Yorkshire, who had been at the forefront of attempting to tackle the problem, after receiving requests for help from some of the parents of children caught up with the gangs in her constituency.

According to some of the mothers, a fear of being branded racist makes many of the police and social services reluctant to investigate the crimes as organised and connected. One mother from Rotherham, whose 14-year-old daughter was groomed into prostitution and multiply raped during a 12-month period, told me that almost every man convicted of these crimes in the north of England is from Pakistan but that the authorities insist that it is not relevant.

There are, however, a growing number of individuals within the Muslim communities who are willing to speak out against the criminals. Mohammed Shafiq, the director of the Lancashire-based Ramadhan Foundation, a charity working for peaceful harmony between different ethnic communities, advocates better education about sexual exploitation to be disseminated through imams and other community leaders.

« I was one of the first within the Muslim community to speak out about this, four years ago, » says Shafiq, « and at the time I received death threats from some black and Asian people. But what I said has been proved right — that if we didn’t tackle it there would be more of these abusers and more girls getting harmed. »

Shafiq says he is « disgusted » to hear some perpetrators refer to their victims as « white trash ». He adds: « I say to them, would you treat your sister or daughter like this? »

Joyce Thacker, the strategic director of the children and young people’s services directorate at Rotherham Metropolitan Borough Council, has a vast amount of experience in dealing with sexual exploitation of young people. She says that it is « interesting » to note that most of the men involved are Asian but that it is primarily an issue of the abuse of children by older men.

« What about the younger boys who are sent to befriend the girls in the first place? » says Thacker, « Are they also victims of abuse? Certainly we need to ensure that more work is done within all communities that explores positive, healthy relationships, or these young men may end up being the abusers themselves. »

Rotherham-based Apna Haq offers support for women and their children suffering domestic abuse. Its director Zlakha Ahmed told me that much of the community express their disgust at what came out in the recent trial in private and that there needs to be more public discussion of the issues. « This abuse is appalling and needs to be raised within the community. There are still people denying that it happens so the more of us who speak out about it the better. »

Emma Jackson is now 22 and devotes much of her time raising awareness about grooming networks among child-protection workers, police officers and the general community. Much remains to be done, she says, to end the complacency in dealing with the criminal gangs. « I didn’t have much help from police or agencies because grooming and sexual exploitation had not been recognised and understood when it happened to me. Now it has, I think it’s important that all agencies work together to protect these children and their families to help stamp out the problem. »

These gangs will be allowed to operate with impunity if we deny their existence in some sort of twisted attempt to be anti-racist and culturally sensitive. Some people, including many white liberals, are loath to admit what it is going on. If we do not tackle the problem head-on, and work together to combat this dreadful abuse of children, the only beneficiaries will be the extremists.

Voir encore:

As a Rotherham grooming gang survivor, I want people to know about the religious extremism which inspired my abusers
Grooming gangs are not like paedophile rings; instead, they operate almost exactly like terrorist networks, with all the same strategies
Ella Hill
The Independent
18 March 2018

I’m a Rotherham grooming gang survivor. I call myself a survivor because I’m still alive. I’m part of the UK’s largest ever child sexual abuse investigation.

As a teenager, I was taken to various houses and flats above takeaways in the north of England, to be beaten, tortured and raped over 100 times. I was called a “white slag” and “white c***” as they beat me.

They made it clear that because I was a non-Muslim, and not a virgin, and because I didn’t dress “modestly”, that they believed I deserved to be “punished”. They said I had to “obey” or be beaten.

Fear of being killed, and threats to my parents’ lives, made it impossible for me to escape for about a year. The police didn’t help me.

As I write this, it has been widely reported that a letter has been sent to Muslim groups around the country declaring a national “Punish a Muslim” day; elsewhere, the leaders of Britain First have been found guilty of religiously aggravated harassment.

In mainland Europe, conflict surrounding immigrants and refugees has been fuelled by stories of women being raped by migrants. People have been calling for violent attacks against “any Muslims” and have declared “war on Islam”.

Islamophobic online hate and personal attacks occur every day. In response, anti-fascist groups and the “far left” have carried out their own violent attacks on groups they perceive to comprise “white supremacists” or “Nazis”.

As someone who has experienced life inside a grooming gang, I can tell you with certainty that none of this is likely to make any difference to the behaviours of groomers. Like terrorists, they firmly believe that the crimes they carry out are justified by their religious beliefs.

If anything, rising anti-Muslim hate will probably make groomers stronger in their convictions, and drive ordinary young Muslim men towards fundamentalism, grooming gangs and terrorism. The camaraderie, protection, money, and kudos that these groups offer, makes them a strong pull for anyone. Worryingly, several young men I have spoken to joke that being a gangster and going to jail are their “life goals”.

However big or small the problem of grooming gang crime is, it is big enough to warrant national concern, not only because of the severity of crimes, but because of the degree of terror and threats to life involved. This really does devastate lives, families and communities. We don’t even talk about the non-survivors.

Experts say that grooming gangs are not the same as paedophile rings. It’s something that central Government really needs to understand in order to prevent more grooming gang crime in the future.

In November 2017, the Swedish government held a meeting where they stated that: “Sexual violence is being used as a tactic of terrorism”, and as such, it was recognised as a threat to Sweden’s national security.

The link between terrorism and rape undertaken by Islamist gangs was not being ignored. They called for counter-extremism education. This sounds like a balanced and intelligent governmental response to me.

Religious indoctrination is a big part of the process of getting young men involved in grooming gang crime. Religious ideas about purity, virginity, modesty and obedience are taken to the extreme until horrific abuse becomes the norm. It was taught to me as a concept of “othering”.

“Muslim girls are good and pure because they dress modestly, covering down to their ankles and wrists, and covering their crotch area. They stay virgins until marriage. They are our girls.

« White girls and non-Muslim girls are bad because you dress like slags. You show the curves of your bodies (showing the gap between your thighs means you’re asking for it) and therefore you’re immoral. White girls sleep with hundreds of men. You are the other girls. You are worthless and you deserve to be gang-raped.”

This hateful religious hypocrisy strikes people to their very core. But it’s far from unique. My main perpetrator quoted scriptures from the Quran to me as he beat me. However, almost identical scriptures (about the stoning to death of virgins who don’t scream when they are raped) can also be found in the Bible.

The problem isn’t the text itself; it’s how it’s fundamentally interpreted. In fact, there are many cases of Bible quotes being used to justify terrible human injustices, like the enslavement of people from Africa, antisemitism and violence towards LGBT+ people.

All the major world religions, including Hinduism and Buddhism, have also at some time been associated with extreme human rights abuses against men, women and children.

I experienced horrific, religiously sanctioned sexual violence and torture – so I definitely believe that we need to be aware of religious extremism as something potentially harmful, so that we can protect people from it.

But for Tommy Robinson and his followers to focus on an entire religion, based on the cruel interpretations of some scriptures by some people, is unhelpful, to say the least. Many of his religious theories and conjecture are not anything that I can relate to in my real life experiences.

Most grooming gang survivors I know absolutely condemn anti-Islamic hate, and we’re uncomfortable with English Defence League protests. We certainly don’t want random attacks on “all Muslims”. You can’t cure harm with more harm. Free-thinking men from Pakistani Muslim backgrounds, like Nazir Afzal, agree, and many deal with all of this incredibly graciously.

As a Rotherham grooming gang survivor, I am told that both child protection services and the prosecution of offenders is improving in most areas. But frustratingly, prevention hasn’t really begun.

I witnessed the ways young men are groomed to become perpetrators by older grooming gang members. It’s very similar to the tactics used in grooming for terrorism, with love-bombing, emotive language (“brother”, “cuz”, “blud”), and promises of wealth and fame, then humiliation, controlling with guilt and shame, training with weapons, and instilling hate and fear of outsiders.

Always, at the same time, they continue to convince these young men that they must find girls to be gang-raped too.

Grooming gang crime is upheld by religious extremism. Like Sweden, we must officially recognise this, and work to curb extremist preaching, teach religious counter-narratives, give gendered extremism education and deliver quality relationships education, while learning the lessons from Prevent and Channel. We need a careful, considered approach that is respectful of the human rights of everyone.

Ella Hill is a pseudonym

Voir par ailleurs:

Darren Osborne guilty of Finsbury Park mosque murder

BBC

1 February 2018

A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder.

Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others.

Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday.

Prosecutors said they were « clear throughout that this was a terrorist attack ».

The jury took an hour to return the verdict at Woolwich Crown Court after a nine day trial.

Sue Hemming, from the Crown Prosecution Service, said: « Darren Osborne planned and carried out this attack because of his hatred of Muslims. He must now face the consequences of his actions. »

Cdr Dean Haydon from the Metropolitan Police said: « Osborne’s evil and cowardly actions meant a family has tragically lost a husband, father and grandfather. »

Some of those injured « could suffer from health issues for the rest of their lives », he added.

Jurors heard the area outside the Muslim Welfare House had been busy with worshippers attending Ramadan prayers on 19 June.

Mr Ali had collapsed at the roadside in the minutes before the attack.

Several of those who went to help him said he was alive and conscious in the moments before being struck by the van.

Osborne drove the van into the crowd at about 00:15. Jurors were told the van only stopped when it hit some bollards.

He then got out of the van and ran towards the crowd.

Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ».

He also wrote that Muslim men were « preying on our children ».

The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal.

Analysis

Dominic Casciani, BBC home affairs correspondent

In just a few weeks, Darren Osborne went from a troubled, angry and unpredictably violent alcoholic to a killer driven by ideology.

The rapid radicalisation – the way he became fixated on the idea that Muslims in Britain were some kind of nation within a nation, is one of the most shocking parts of this awful crime.

The sources of that radicalisation, including his obsession with a television programme about the Rochdale abuse scandal, show how difficult it is to predict who will become a danger to society.

But the fact that he smiled contentedly after he had run over and killed Makram Ali proved to the jury that his motive was ideological.

Osborne is not the first terrorist to have radicalised so quickly. In 2014, a young man who was groomed by Islamists went through a similarly rapid change.

The speed at which these men and others went from a change of mindset to planning an attack is one of the issues that most concerns the security services.

Osborne told the court he had originally hired the van to kill Labour leader Jeremy Corbyn at a march he was due to attend.

He said it « would have been even better » if London Mayor Sadiq Khan had been present, adding: « It would have been like winning the lottery. »

Responding to the verdict, Mr Corbyn – who is MP for the area where the attack took place – said it was « a hate-filled attack that… shocked us all ».

« I was proud of how, in the wake of this terrible event, we all came together to reject hate and embrace hope, and that is the kind of country we live in, » he added.

‘Loner and alcoholic’

A statement from his partner Sarah Andrews, read out in court, said he seemed « brainwashed » and « totally obsessed ».

Ms Andrews – who had been in a relationship with Mr Osborne for about 20 years and with whom she had four children – described him as a « loner and a functioning alcoholic » with an « unpredictable temperament ».

Osborne started following Tommy Robinson, one of the founders of the English Defence League (EDL), and other far-right leaders on social media, in the fortnight before the attack.

Mr Robinson sent him a group email saying: « There is a nation within a nation forming beneath the surface of the UK. It is a nation built on hatred, on violence and on Islam. »

Cdr Haydon said the investigation had the « full weight » of the Met’s Counter Terrorism Command behind it.

He warned that online material had played a « significant role » in how Osborne was radicalised and « brainwashed ».

If Osborne’s aim had been to « create divisions and hate between communities », then he had « failed », he said.

« The response [of those involved], and the overwhelmingly positive reaction my officers and teams have witnessed since, highlights how far from reality Osborne’s sick and twisted views really are, » he added.

‘Scars will stay’

The Muslim Council of Britain (MCB) welcomed the verdict, but added: « We cannot be complacent and regard this as a one-off terrorist incident. »

Harun Khan, secretary general of the MCB, said: « The scenes we witnessed last summer were the most violent manifestation of Islamophobia yet in our country.

« The case tells us that we must all exercise caution when tempted to stigmatise any group of people, regardless of colour, creed or community. »

Khalid Oumar, a trustee of the mosque and founder of the Finsbury Park Attack victims’ voice forum, praised the strength of the community, adding: « The scars will stay with them forever, but the community is determined to go about daily life without fear and to stand together against victimisation and violence. »

Voir aussi:

Ronnie Polaneczky: If you think 11-year-olds in this city don’t need condoms, think again
Ronnie Polaneczky
The Enquirer
April 13, 2011

THE EMAIL was from a wigged-out mom I know well.

She was appalled that the city’s campaign to reduce sexually transmitted diseases allows kids as young as 11 to get free condoms via mail-order from the Public Health Department. Eleven!

Go to the website www.takecontrolphilly.org and see for yourself. Be warned: The site contains very straightforward info, including explicit animations illustrating the proper way to don or insert a condom.

« Every girl is different, » the website notes in its instructions on female-condom use. « Figure out what position works for you. You can stand with one foot on a chair, sit on the edge of a chair, lie down, squat, or for fun, have your partner help you out. »

The idea of an 11-year-old reading this makes me want to cry.

« As a parent, I am personally outraged, » wrote my friend, who has a 14-year-old. « What’s the back story on this campaign? What is it telling our youth? I get the sex-education thing for kids in schools, but mail-order condoms for 11-year-olds??? It’s shocking to me. »

We don’t know the half of what’s going on out there.

Depress us, Gary Bell.

« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. »

Good Lord. Orgies?

« Yes, indeed, » says Bell. « It’s sad. It’s horrifying. »

But no longer startling to those on the front lines of adolescent sexuality.

« We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. »

Now, Foster and her colleagues barely twitch when a child barely in his or her teens tests positive for HIV.

Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids.

People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago.

« But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says.

« They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer.

« I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. »

It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city:

Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence.

And those left on their own.

Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house.

Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night.

These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it.

« We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. »

He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex.

« Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them.

« I don’t have all the answers on this, » says Schwarz. « But I do think in economic terms. I think that jobs and education are the key to turning this ship. But it will take time and hard work in a period when the city is struggling financially. »

There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column.

Like I said, thinking about it makes me want to cry.

But that’s not a good enough reason to keep condoms out of the backpacks of 11-year-olds who will be sexually active whether we like it or not.

Voir de même:

Free condoms at school don’t always help teen girls avoid pregnancy and when given out can actually INCREASE fertility rates
Access to condoms in school increases teen fertility rates by about 10 per cent according to a new study
However giving teens counseling in addition to birth control could have the opposite effect, Notre Dame researchers found
Access to other kinds of birth control has been shown to lower teen fertility rate – or do nothing at all
But condoms might have a different effect because of their failure rate and the time and frequency at which they’re used
Access to free condoms in high schools could have led to two extra births per 1,000 teenage women so far
Clemence Michallon

The Daily mail

4 July 2016

Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough.

Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame.

However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study.

Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used.

Access to condoms in schools increases teen fertility by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame (file picture)
Buckles and Hungerman looked at 22 school districts located in 12 different states, using data from the 1990s.
Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote.

Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling.

The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said.

‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote.

Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling.

Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all.

But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives.

Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote.

The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance.

Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term.

Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found.

This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms.

Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote.

But these findings should be used with caution when reflecting on policy proposals, they added.

Health clinics based in schools that offered contraceptives were shown to significantly lower teen fertility in a 2014 study.

‘If health clinics can effectively combine contraception access and counseling, this may lead to very different effects than access alone,’ Buckle and Hungerman said.

Voir de plus:

Ce si gênant Tommy Robinson…

La condamnation du militant nationaliste pose la question de la liberté d’expression


Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. 

Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion.

La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes.

Tommy Robinson et ce dont on ne doit pas dire le nom

Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement.

Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés.

Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire.

Le vendredi noir de Tommy Robinson

Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit.

Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres.

Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens.

Les démocraties libérales contre elles-mêmes

Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ?

Certes, Tommy Robinson est condamné pour avoir troublé le bon fonctionnement d’un procès, tel est le motif juridique invoqué contre lui. Mais personne n’est dupe du montage judiciaire qui a abouti à son arrestation, jugement et emprisonnement en 5 heures chrono. Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ?

Voir  également:

Un nouvel «axe alpin» se constitue en Europe contre les migrants

De notre correspondant à Bruxelles,

Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien.

À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet.

La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie.

» LIRE AUSSI – Les pays de l’Est veulent avoir voix au chapitre sur l’avenir du projet européen

Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières.

Cynisme contre hypocrisie

Les Italiens, même déçus de l’UE et gouvernés par des extrémistes, restent assez réalistes pour chercher la solution dans un cadre européen, plutôt qu’à Vienne ou à Budapest. C’est donc à Paris et à Berlin que Giuseppe Conte a pris des rendez-vous, avant son premier sommet à Bruxelles le 28 juin. De leur côté, l’Allemagne et la France surmontent leurs réticences à accueillir à bras ouverts le rejeton de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles. Si l’on suit la fameuse formule de Lyndon B. Johnson, mieux vaut que l’Italie soit à l’intérieur de la tente pissant à l’extérieur, plutôt que l’inverse.

» LIRE AUSSI – Aquarius: retour sur la passe d’armes entre Paris et Rome

Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens».

L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens.

Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. À charge pour ces capitales de traiter les demandes d’asile et de renvoyer les déboutés au sud du Sahara. Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. C’est un projet imaginé par David Cameron que ressuscitent aujourd’hui Vienne et Copenhague. Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte».

Voir de même:

GB: les photos sous les jupes des filles bientôt passibles de prison

Prendre secrètement une photo sous la robe d’une personne devrait devenir une infraction passible de deux ans d’emprisonnement au Royaume-Uni, après que le gouvernement britannique a décidé de soutenir une proposition de loi en ce sens. « Ce type de comportement est une intrusion odieuse dans la vie privée, qui laisse les victimes en détresse », a déclaré la secrétaire d’État à la Justice, Lucy Frazer.

« En faisant de ce comportement une infraction spécifique, nous envoyons un message clair que cela ne sera pas toléré et que les auteurs seront punis », a-t-elle ajouté. Elle a salué la campagne menée par Gina Martin, une jeune femme de 26 ans, elle-même victime de cette pratique voyeuriste désignée par le terme « upskirting » en anglais. La jeune femme avait lancé une campagne pour demander aux autorités de légiférer sur la question.

« C’est évidemment une excellente nouvelle », a réagi l’intéressée, « et c’est grâce à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu dans notre démarche. Il reste du chemin à faire, mais il semble désormais que cela aboutira sans trop d’accrocs ». Gina Martin s’était lancée dans cette campagne en 2017, après que deux hommes avaient pris une photo sous sa jupe lors d’un festival à Londres. Alors qu’ils partageaient la photo à partir de leurs téléphones, Gina Martin avait tenté d’alerter la police, mais aucune poursuite n’avait pu être engagée.

L’interdiction de tels comportements doit être intégrée dans une proposition de loi contre le voyeurisme portée par la députée Wera Hobhouse, membre du Parti libéral-démocrate. Le texte est soumis vendredi au vote de la Chambre des Communes. Il a reçu un soutien trans-partis et la position du gouvernement devrait faciliter son adoption. « Le fait que le gouvernement ait entendu notre appel témoigne du large consensus sur l’existence d’une lacune dans la loi à laquelle il fallait s’attaquer », a commenté Wera Hobhouse.

Voir encore:

À deux jours de la fête des pères, dimanche 17 juin, un sondage Ifop mené pour Alliance Vita met en lumière l’importance de la figure paternelle.

Une donnée essentielle dans le débat entre les partisans et les opposants de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.

C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique.

Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ».

Sondage Les Français et la paternité

Ifop pour Alliance VITA

« Il est frappant de voir à quel point le rôle du père est consensuel, alors que nous assistons aujourd’hui à un fort questionnement de son rôle », analyse le délégué général d’Alliance Vita, Tug­dual Derville. « Il apparaît aussi clairement que le fait de connaître son père relève de l’intérêt supérieur de l’enfant pour une majorité de nos concitoyens », poursuit-il. À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ».

« Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent »

Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.

« Ces résultats ne sont absolument pas contradictoires », affirme Jérôme Fourquet, le directeur du département Opinion et Stratégies de l’Ifop. « Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. »

En France, un enfant sur trente est conçu grâce à la PMA

Faut-il y voir un signe de la versatilité de l’opinion publique ? « Non, répond Jérôme Fourquet. Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. »

Des différences d’approche

Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points.

Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet.

Extension de la PMA, les médecins plus réticents que l’ensemble des Français

Une analyse que ne partage pas Tugdual Derville, le délégué général d’Alliance Vita. « Je ne pense pas que nous soyons face à une évolution inéluctable, avance-t-il. J’y vois plutôt le poids de l’expérience : lorsque l’on est père, on se rend davantage compte de la nécessité de cette présence. Dans tous ces sujets, l’expérience de la vie n’est pas inutile. »

––

« L’aventure de la paternité n’est plus portée par la société »

Jacques Sédat, Psychanalyste, membre d’Espace analytique (1)

« On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais
je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. »

(1) Auteur de Sigmund Freud. Les grandes étapes de la pensée freudienne, Armand Colin, 2e édition, 2013.

Loup Besmond de Senneville

(1) Réalisé entre le 7 et le 11 juin 2018, par questionnaire auto-administré, auprès de 2016 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas

Voir enfin:

Good Moral Panics and Late Modernity

Dimitar Panchev

Lasala foundation

2013

/…/

As Rohloff and Wright (2010) point out, the concept of ‘moral panic’ has several problems. The first one is the problem of normativity. Since its introduction the concept has been used as a form of social critique where panics were characterised as social reactions that are ‘irrational’ and misdirected (Rohloff and Wright, 2010). Hier (2002a) argues that it is the concept’s normativity that has made it unappealing to newer developments in social theory. Second comes the problem of temporality, according to which moral panics can be characterized as short-lived episodes (exceptions are Hall et al.’s (1978) analysis of the mugging panic and Jenkins’ (1998) study on child molestation). In other words, the moral panics studied do not focus on the historically structured processes that have an impact on the development of the moral panics in the first place. Subsequent revisions have led to the acknowledgement of the necessity for a time-frame and contextual analysis: ‘…Moral panics are a crucial element of the fabric of social change. They are not marginal, exotic, trivial phenomena, but one key by which we can unlock the mysteries of social life…’ (Goode and Ben – Yehuda, 1994: 229). The third problem is the one of (un)intentionality which ultimately is concerned with the question of responsibility. In Cohen’s (1972) original analysis, the moral panic surrounding the mods and the rockers was presented as unintended and unanticipated, with focus being placed on the media as medium for deviancy amplification and stigmatization. In contrast, the analysis of the mugging moral panic (Hall et al. 1978) presented the scare as a strategy on behalf of the ruling elites in order to divert public attention from the crisis in the capitalist system. Last but not least, Goode and Ben-Yehuda (1994) constructed the problem as one of intentional actions versus unintentional developments. Their approach distinguished between grassroots, interest groups and elite- engineered moral panics.

The first model based the problem onto sentiments that were present in society in the general. The second model suggested that the reaction should be considered as an outcome of the efforts of specific moral entrepreneurs and particular interest groups in society. The last model, the elite-engineered panic, was presented as a deliberated organised propaganda campaign aimed at diverting attention from real structural problems. Revision of these ‘ideal types’ (ibid.) of moral panics have moved towards the more rigorous appreciation of the plurality of reactions that might accompany the process of moral assertion and an appreciation of the resistance efforts which might occur in line with the panics (Hier, 2002b; McRobbie & Thorton, 1995; de Young, 2004). Even with such contribution being made, the concept has been criticised for falling short of providing alternative means of explanation and theorisation (Hier, 2008).

Attempts have been made to tackle the ‘heuristic’ nature of the concept by incorporating the developments in risk theory and the works of Norbert Elias (Rohloff and Wright, 2010). A fourth problem is the one of anthropomorphizing. The claim that a society can engage in hysterical, panic-stricken behaviour has been criticised on the grounds that collective social processes cannot be rendered as individual psychological ones. Some of the earlier analyses of moral panics discussed ‘society’ and ‘social reaction’ as if they were unified and undifferentiated, when in fact the interests of the police, the media and the public were quite different (McRobbie and Thornton, 1995). Another problem, outlined by Garland (2008) is concerned with the ethics of attribution, according to which the critical ascriptions which the concept carries also have an impact on its use. This creates situations in which the conditions for the analysis of a moral panic exist, but due to ethical consideration such an inquiry is not pursued. An example is the post- 9/11 response of the media and the government (ibid.).

The aftermath of the tragedy contained all the necessary conditions included in the definition of the concept – expressed concern, hostility, disproportionality, consensus and a moral dimension was attached to all of the above, yet the episode itself was not categorised as a moral panic. The commentators involved into the analysis of the terrorist attack avoid the use of the term and considerable caution was exercised when discussing the event (Walker, 2002). According to Garland (2008) one explanation is the widespread uncertai nty of the nature of the attack itself. Secondly, and what he considers more important, the reluctance of applying the label ‘successfully’ was based on ethical reasons. The use of the concept would clash with the prevailing moral sentiments of fear and grief that drove the reaction to the attack.

Thus it took some time for the first academic publication considering the post- 9/11 as an example of a moral panic to be published (Rothe and Muzzatti, 2004; Welch, 2006). Even though Garland (2008) himself notes that the ethical inhibitors might not be as important, they will have some impact on the way in which tragedies and disasters are approached by ‘moral panic’ scholars. What it shows, however, is the relationship that exists between the analysts and the social actors and the way in which they influence each other. It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s.

Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’ (Cohen, 2002: xxxi – xxxv). Cohen (2011) discusses the changes that h ave occurred in society and how this has had re – directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuin e’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite – engineered, the contemporary ones are much more lik ely to populist – based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist – focused.

The new criminalizers (Cohen, 1988) who address the moral panics are either post – liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen (2011) considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti – denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover – up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attentio n, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heu ristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher (2003, 2009; 2011), to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation.

Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter – hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt (1999 ) has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past centu ry, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse (Garland, 2001; Biressi and Nunn, 2003; Haggerty, 2003).

Moral panics (Hier, 2002a, 2008) can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of th e self. With the shift towards neo – liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier (2008) the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fa ct that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour , expression and self – presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time – space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass for ms of moral regulation is that it is too broad (Critcher, 2009) and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis.

Conclusion

The aim of the following paper was to provide an overview of the concept of ‘moral panics’ and the possibility for applying its analytical tools in the study of ‘good moral panics’. As the focus of the concept was expanded significantly over the past 40 years, it can be argued that such a task is within the scope of academia due the cha nging nature of the contemporary world and social relation. In fact, in such a world full of insecurity and one that is characterized by a constant fear of falling (Young, 2007a) such an approach of putting reality on trial would be much appreciated.


Société: L’Apocalypse pour tous (Aid paradox and fifty-shades-of-greyization of the world: Is Africa about to overrun Europe with its aid-fueled migrants ?)

22 février, 2018

 
Note de la SNCF sur la présence de migrants
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde Comme une mer noircie de sang : partout On noie les saints élans de l’innocence …Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt … Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt. La Seconde Venue ! A peine dits ces mots, Une image, immense, du Spiritus Mundi Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert, Une forme avec corps de lion et tête d’homme Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux… La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant, Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar, – Et quelle bête brute, revenue l’heure, Traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? Yeats (1919)
La Raison sera remplacée par la Révélation. À la place de la Loi rationnelle et des vérités objectives perceptibles par quiconque prendra les mesures nécessaires de discipline intellectuelle, et la même pour tous, la Connaissance dégénérera en une pagaille de visions subjectives (…) Des cosmogonies complètes seront créées à partir d’un quelconque ressentiment personnel refoulé, des épopées entières écrites dans des langues privées, les barbouillages d’écoliers placés plus haut que les plus grands chefs-d’œuvre. L’Idéalisme sera remplacé par le Matérialisme. La vie après la mort sera un repas de fête éternelle où tous les invités auront 20 ans … La Justice sera remplacée par la Pitié comme vertu cardinale humaine, et toute crainte de représailles disparaîtra … La Nouvelle Aristocratie sera composée exclusivement d’ermites, clochards et invalides permanents. Le Diamant brut, la Prostituée Phtisique, le bandit qui est bon pour sa mère, la jeune fille épileptique qui a le chic avec les animaux seront les héros et héroïnes du Nouvel Age, quand le général, l’homme d’État, et le philosophe seront devenus la cible de chaque farce et satire. Hérode (Pour le temps présent, oratorio de Noël, W. H. Auden, 1944)
Just over 50 years ago, the poet W.H. Auden achieved what all writers envy: making a prophecy that would come true. It is embedded in a long work called For the Time Being, where Herod muses about the distasteful task of massacring the Innocents. He doesn’t want to, because he is at heart a liberal. But still, he predicts, if that Child is allowed to get away, « Reason will be replaced by Revelation. Instead of Rational Law, objective truths perceptible to any who will undergo the necessary intellectual discipline, Knowledge will degenerate into a riot of subjective visions . . . Whole cosmogonies will be created out of some forgotten personal resentment, complete epics written in private languages, the daubs of schoolchildren ranked above the greatest masterpieces. Idealism will be replaced by Materialism. Life after death will be an eternal dinner party where all the guests are 20 years old . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal human virtue, and all fear of retribution will vanish . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. »What Herod saw was America in the late 1980s and early ’90s, right down to that dire phrase « New Age. » (…) Americans are obsessed with the recognition, praise and, when necessary, the manufacture of victims, whose one common feature is that they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class white male. The range of victims available 10 years ago — blacks, Chicanos, Indians, women, homosexuals — has now expanded to include every permutation of the halt, the blind and the short, or, to put it correctly, the vertically challenged. (…) Since our newfound sensitivity decrees that only the victim shall be the hero, the white American male starts bawling for victim status too. (…) European man, once the hero of the conquest of the Americas, now becomes its demon; and the victims, who cannot be brought back to life, are sanctified. On either side of the divide between Euro and native, historians stand ready with tarbrush and gold leaf, and instead of the wicked old stereotypes, we have a whole outfit of equally misleading new ones. Our predecessors made a hero of Christopher Columbus. To Europeans and white Americans in 1892, he was Manifest Destiny in tights, whereas a current PC book like Kirkpatrick Sale’s The Conquest of Paradise makes him more like Hitler in a caravel, landing like a virus among the innocent people of the New World. Robert Hughes (24.06.2001)
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
An advertent and sustained foreign policy uses a different part of the brain from the one engaged by horrifying images. If Americans had seen the battles of the Wilderness and Cold Harbor on TV screens in 1864, if they had witnessed the meat-grinding carnage of Ulysses Grant’s warmaking, then public opinion would have demanded an end to the Civil War, and the Union might well have split into two countries, one of them farmed by black slaves. (…) The Americans have ventured into Somalia in a sort of surreal confusion, first impersonating Mother Teresa and now John Wayne. it would help to clarify that self-image, for to do so would clarify the mission, and then to recast the rhetoric of the enterprise. Lance Morrow (1993
In recent years, skewering the politically correct and the political correctness of those mocking political correctness has become a thriving journalistic enterprise. One of the more interesting examples of the genre was a cover-story essay by Robert Hughes, which appeared in the February 3, 1992, edition of Time magazine. The essay was entitled “The Fraying of America.”  In it, Hughes cast a cold eye on the American social landscape, and his assessment was summarized in the article’s subtitle: “When a nation’s diversity breaks into factions, demagogues rush in, false issues cloud debate, and everybody has a grievance.” “Like others, Hughes found himself puzzling over how and why the status of ‘victim’ had become the seal of moral rectitude in American society. He began his essay by quoting a passage from W. H. Auden’s Christmas oratorio, For the Time Being. The lines he quoted were ones in which King Herod ruminates over whether the threat to civilization posed by the birth of Christ is serious enough to warrant murdering all the male children in one region of the empire. (The historical Herod may have been a vulgar and conniving Roman sycophant, but Auden’s Herod, let’s not forget, is watching the rough beast of the twentieth century slouching toward Bethlehem.) Weighing all the factors, Herod decides that the Christ child must be destroyed, even if to do so innocents must be slaughtered. For, he argues in the passage that Hughes quoted, should the Child survive: Reason will be replaced by Revelation . . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal virtue, and all fear of retribution will vanish . . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. “Hughes quoted this passage from Auden in order to point out that Auden’s prophecy had come true. As Auden’s Herod had predicted, American society was awash in what Hughes termed the “all-pervasive claim to victimhood.” He noted that in virtually all the contemporary social, political, or moral debates, both sides were either claiming to be victims or claiming to speak on their behalf. It was clear to Hughes, however, that this was not a symptom of a moral victory over our scapegoating impulses. There can be no victims without victimizers. Even though virtually everyone seemed to be claiming the status of victim, the claims could be sustained only if some of the claims could be denied. (At this point, things become even murkier, for in the topsy-turvy world of victimology, a claimant denied can easily be mistaken for a victim scorned, the result being that denying someone’s claim to victim status can have the same effect as granting it.) Nevertheless, the algebraic equation of victimhood requires victimizers, and so, for purely logical reasons, some claims have to be denied. Some, in Hughes’s words, would have to remain “the butt of every farce and satire.” Hughes argued that all those who claim victim status share one thing in common, “they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class, white male.” “Hughes realized that a hardy strain of envy and resentment toward this one, lone nonvictim continued to play an important role in the squabbles over who would be granted victim status. Those whose status as victim was secure were glaring at this last nonvictim with something of the vigilante’s narrow squint. Understandably, the culprit was anxious to remove his blemish. “Since our new found sensitivity decrees that only the victim shall be the hero,” Hughes wrote, “the white American male starts bawling for victim status too.” Gil Bailie
The gospel revelation gradually destroys the ability to sacralize and valorize violence of any kind, even for Americans in pursuit of the good. (…) At the heart of the cultural world in which we live, and into whose orbit the whole world is being gradually drawn, is a surreal confusion. The impossible Mother Teresa-John Wayne antinomy Times correspondent (Lance) Morrow discerned in America’s humanitarian 1992 Somali operation is simply a contemporary manifestation of the tension that for centuries has hounded those cultures under biblical influence. Gil Bailie
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. (…) Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. (…) Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant. (…) Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (…) L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…)  il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse. René Girard
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. René Girard
Bailie livre une sorte d’Apocalypse — « révélation » où il ne s’agit pas tant de montrer la violence que de la dire — de la dire dans des termes irrécusables alors que, précisément, toute l’histoire de l’humanité pourrait se résumer en cette tentative pour taire la violence, pour nier qu’elle fonde toute société, et qu’elle doit être dépassée. Choix de taire ou de dire, choix de sacraliser ou de démasquer pour toujours. Un livre qui (…) révèle avec tant de clarté et de lucidité les « choses cachées » depuis la fondation du monde : il nous révèle dans un aujourd’hui pressant des choix qui nous concernent. Il traque le sens qui se cache au coeur des monstres sacrés ( ! ) de la littérature ou des faits retentissants de notre actualité. Impossible d’échapper à l’interpellation, de ne pas re-considérer toutes ces « choses » et surtout ce sujet — la violence — qui fait tellement partie de notre quotidien qu’on en oublie son vrai visage. (…) un cheminement révélateur pour parcourir des sentiers que nous empruntons : la littérature, la philosophie, la politique, la culture, l’information, bref, tout ce qui fait de nous des membres de cette humanité convoquée pour une lecture violente de notre heure. (…) La Violence révélée propose une analyse de la crise anthropologique, culturelle et historique que traversent les sociétés contemporaires, à la lumière de l’oeuvre de René Girard. Dans La Violence et le sacré, puis Des choses cachées depuis la fondation du monde, Girard avait montré le rôle essentiel de la violence pour les sociétés : un meurtre fondateur est à l’origine de la société. Girard met en évidence la logique victimaire : pour assurer la cohésion, le groupe désigne un bouc émissaire et défoule la violence sur lui — violence qui devient sacrée puisque ritualisée. Le meurtre et le sacrifice rituel renforcent les liens de la communauté qui échappe ainsi au chaos de la violence désorganisée. La violence sur le bouc émissaire a donc une fonction cathartique. Elle reste de la violence mais elle est dépouillée de son effet anarchique et destructeur. Les mythes garderaient mémoire de ce sacrifice mais tairaient la violence faite à la victime en la rationalisant : « le mythe ferme la bouche et les yeux sur certains événements ». Voilà donc le grand « mensonge », relayé par les rituels, des religions archaïques qui sont incapables de découvrir le mécanisme victimaire qui les fonde. Un autre concept girardien fondamental est celui du « désir mimétique ». Les passions (jalousie, envie, convoitise, ressentiment, rivalité, mépris, haine) qui conduisent à des comportements violents trouvent leur origine dans ce désir mimétique. Dans l’acceptation girardienne du terme, le désir représente l’influence que les autres ont sur nous ; le désir, « c’est ce qui arrive aux rapports humains quand il n’y a plus de résolution victimaire, et donc plus de polarisations vraiment unanimes, susceptibles de déclencher cette résolution » [Girard]. La « mimesis », souvent traduite par « imitation » (ce qui est inexact, ainsi que le souligne Bailie, car ce terme comporte une dimension volontaire alors que ce n’est pas conscient) est cette « propension qu’a l’être humain à succomber à l’influence des désirs positifs, négatifs, flatteurs ou accusateurs exprimés par les autres » . Personne n’échappe à cette logique. D’où l’effet de foule qui exacerbe les comportements mimétiques. La rivalité qui naît de la mimesis — on désire ce que désire l’autre — oblige à résoudre le conflit en le déplaçant sur une victime. Or le Christianisme démonte le schéma sacrificiel en révélant l’innocence de la victime : la Croix révèle et dénonce la violence sacrificielle. Elle met à nu l’unanimité fallacieuse de la foule en proie au mimétisme collectif et la violence contagieuse : la foule, elle, « ne sait pas ce qu’elle fait », pour reprendre les paroles du Christ en croix. Jésus propose une voie hors de la logique des représailles et de la vengeance en invitant à « tendre l’autre joue ». La non-violence révèle à la violence sa propre nature et la désarme. A partir des concepts girardiens, Bailie examine les conséquences de la révélation évangélique pour la société humaine. Il entreprend l’exploration systématique de l’histoire de l’humanité et sa tentative pour sortir du schéma de la violence sacrificielle. Son hypothèse centrale est que « la compassion d’origine biblique pour les victimes paralyse le système du bouc émissaire dont l’humanité dépend depuis toujours pour sa cohésion sociale. Mais la propension des êtres humains à résoudre les tensions sociales aux dépens d’une victime de substitution reste ». Ce que les Ecritures « doivent accomplir, c’est une conversion du coeur de l’homme qui permettra à l’humanité de se passer de la violence organisée sans pour autant s’abîmer dans la violence incontrôlée, dans la violence de l’Apocalypse » [p. 31]. Or qu’en est-il ? La Bible, en proposant la compassion pour les victimes, a permis « l’éclosion de la première contre-culture du monde, que nous appelons la ‘‘culture occidentale’’ ». La Bible, notre « cahier de souvenirs », est une chronique des efforts accomplis par l’homme pour renoncer aux formes primitives de religion et aux rituels sacrificiels, et s’extirper des structures de la violence sacrée. Ainsi, avec Abraham, le sacrifice humain est abandonné ; les commandements de Moise indiquent la voie hors du désir mimétique (« tu ne convoiteras pas » car c’est la convoitise qui mène à la rivalité et la violence). Baillie s’attarde sur le récit biblique car pour lui il contient une valeur anthropologique essentielle ; il permet en effet d’observer « les structures et la dynamique de la vie culturelle et religieuse conventionnelles de l’humanité et d’être témoin de la façon dont ces structures s’effondrent sous le poids d’une révélation incompatible avec elles ». Peut-être peut-on parler de prototype de l’avènement de l’humanité à elle-même. Dans la Bible, la révélation est en cours et l’on peut mesurer les conséquences déstabilisantes sur le peuple de cette révélation. Pas un hasard, donc, que le Christ se soit incarné dans la tradition hébraïque déjà aux prises avec la révélation. (…) Les Evangiles, donc, ont rendu moralement et culturellement problématique le recours au système sacrificiel. Toutefois, « les passions mimétiques qu’il pouvait jadis contrôler ont pris de l’ampleur, jusqu’à provoquer la crise sociale, psychologique et spirituelle que nous connaissons ». L’Occident, en effet, est sorti du schéma de la violence sacrificielle, mais son impossibilité à embrasser le modèle proposé par l’Evangile a pour conséquence la descente dans la violence première. La distinction morale entre « bonne violence » et « mauvaise violence » n’est plus « un impératif catégorique ». Puisque nous vivons dans un monde où la violence a perdu son prestige moral et religieux, « La violence a gagné en puissance destructrice »: elle a perdu «  son pouvoir de fonder la culture et de la restaurer ». L’effondrement de la distinction cruciale entre violence officielle et violence officieuse se révèle par exemple dans le fait que les policiers ne sont plus respectés (Bailie oppose cela à la scène finale de Lord of the Flies où les enfants sont arrêtés dans leur frénésie de violence par la simple vue de l’officier de marine : son « autorité morale » bloque le chaos). Donc, puisque le violence a perdu son aura religieuse, « la fascination que suscite sa contemplation n’entraîne plus le respect pour l’institution sacrée qui en est à l’origine. Au contraire, le spectacle de la violence servira de modèle à des violences du même ordre ». De la violence thérapeutique, on risque fort de passer à une violence gratuite, voire ludique. A l’instar du Christ qui utilise les paraboles pour « révéler les choses cachées depuis la fondation du monde  », Bailie utilise des citations tirées de la presse contemporaine « de façon à montrer quelles formes prend la révélation de la violence dans le monde d’aujourd’hui ». Bailie note plusieurs résurgences du « religieux », dans le culte du nationalisme par exemple. Le nationalisme fournit en effet une forme de transcendance sociale qui renforce le sentiment communautaire, et devient un « ersatz de sacré » qui conduit encore à la violence sur des « boucs émissaires ». Il note aussi comment la rhétorique de la guerre légitime (mythifie même) la violence. Ainsi ce général salvadorien chargé du massacre de femmes et d’enfants en 1981 s’adresse à son armée en ces termes : « Ce que nous avons fait hier et le jour d’avant, ça s’appelle la guerre. C’est ça, la guerre […] Que les choses soient claires, il est hors de question qu’on vous entende gémir et vous lamenter sur ce que vous avez fait […] c’est la guerre, messieurs. C’est ça la guerre ». La philosophie même, pour Bailie, participerait du sacré mais n’en serait peut-être que le simulacre car « elle a érigé des formes de rationalité dont la tâche a été d’empêcher la prise de conscience de la vérité ». D’ou son impasse en tant que vraie transcendance. Dans le combat entre les forces du sacrificiel et de la violence collective, et la « déconstruction à laquelle se livre l’Evangile », qu’en est-il de l’autre protagoniste du combat, celui qui représente la révélation évangélique ? Sa puissance est d’un autre ordre. Bailie la voit à l’oeuvre, par exemple, dans deux moments, le chant d’une victime sur la montagne de la Cruz, et la prière d’un Juif à Buchenwald : « Paix à tous les hommes de mauvaise volonté  ! Qu’il y ait une fin à la vengeance, à l’exigence de châtiments et de représailles ». Et Bailie de conclure : « si nous ne trouvons le repos auprès de Dieu, c’est notre propre inquiétude qui nous servira de transcendance ». Le texte de l’Apocalypse « révèle » ce que les hommes risquent de faire « s’ils continuent, dans un monde désacralisé et sans garde-fou sacrificiel, de tenir pour rien la mise en garde évangélique contre la vengeance ». La seule façon d’éviter que l’Apocalypse ne devienne une réalité est d’accueillir l’impératif évangélique de l’amour. Pour Girard, « l’humanité est confrontée à un choix […] explicite et même parfaitement scientifique entre la destruction totale et le renoncement total à la violence ». A sa suite, Bailie identifie deux alternatives : soit un retour à la violence sacrée dans un contexte religieux non biblique, soit une révolution anthropologique que la révélation chrétienne a générée. Il s’agira donc d’arriver à résister au mal pour en empêcher la propagation : « la seule façon d’éviter la transcendance fictive de la violence et de la contagion sociale est une autre forme de transcendance religieuse au centre de laquelle se trouve un dieu qui a choisi de subir la violence plutôt que de l’exercer ». Marie Liénard
La concurrence entre États a pris une forme nouvelle et nous devons être prêts à y faire face. Les menaces auxquelles nous sommes confrontés ne sont pas à des milliers de kilomètres mais sont maintenant aux portes de l’Europe. Nous avons vu comment la guerre informatique peut être menée sur le champ de bataille et perturber la vie des gens. Au Royaume-Uni, nous ne sommes pas à l’abri de cela. Général Nick Carter
La menace du terrorisme international (…) s’est diversifiée et est plus dispersée, et nous voyons le phénomène que Daech représente émergeant dans d’autres parties du monde. Et bien sûr, nous avons appris que n’importe qui peut devenir un terroriste ces jours-ci – simplement en louant un véhicule ou à coups de machette. (…) Nous vivons aujourd’hui dans un monde beaucoup plus compétitif et multipolaire, et la nature complexe du système mondial a créé les conditions dans lesquelles les États sont en mesure d’affronter la concurrence de nouvelles façons, en deçà de ce que nous aurions défini comme une « guerre » dans le passé. Mais, ce qui est inquiétant, c’est que tous ces États sont passés maîtres dans l’exploitation des zones d’ombre entre la paix et la guerre. Ce qui constitue une arme dans cette zone d’ombre ne fait pas nécessairement “boum”. L’énergie, l’argent sous forme de pots-de-vin, les pratiques commerciales malhonnêtes, les cyberattaques, les assassinats, les fausses nouvelles, la propagande et même l’intimidation militaire sont autant d’exemples d’armes utilisées pour tirer profit de cette ère de « concurrence constante. L’architecture internationale fondée sur des règles qui a assuré notre stabilité et notre prospérité depuis 1945 est donc menacée. Il ne s’agit pas d’une crise, ni d’une série de crises auxquelles nous sommes confrontés. C’est un défi stratégique. Et cela nécessite une réponse stratégique. Gen Nick Carter (chef d’état-major des forces britanniques)
L’islamisme, c’est le FN du musulman déclassé. Hakim El Karoui
J’étais outré lors des débats par les rires. Moi, ça ne me fait pas rire. Je ne suis pas ici au spectacle. Bendaoud a réussi à transformer le tribunal en théâtre de boulevard. Ces énergumènes n’ont ni foi ni loi. Victime des attentats du Bataclan
Alors d’abord, une femme ayant été violée considère qu’elle a été souillée, à mon avis elle intériorise le discours des autres autour d’elle. (…) Je pense que ça c’est un résidu d’archaïsme (…) Ça c’est mon grand problème, je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort. Mais par contre ça m’est arrivé d’avoir des rapports sexuels avec des gens qui ne me plaisaient pas spécialement. Parce que voilà c’était plus facile de céder à la personne ou parce que c’était une partouze et qu’on était en groupe. Catherine Millet
Les hébergements proposés ne le sont que pour quelques jours et on ballotte les gens d’un bout à l’autre de l’Ile-de-France. Beaucoup ne veulent pas quitter leur bout de trottoir de peur de perdre leur place et le peu d’affaires qu’ils conservent, mais aussi de couper les liens qu’ils ont pu nouer avec les riverains, les commerçants. Ils ont besoin de stabilité et on ne la leur offre pas. Nicolas Clément (collectif Les morts de la rue, bénévole au Secours catholique)
Pour ces jeunes gens, la rue, c’est d’abord le choix d’être en marge, souvent en groupe. Et même quand ce choix n’en est plus un, il reste le désir de ne pas être contraint par des horaires, la collectivité, la promiscuité ou la nécessité de quitter ses animaux, comme c’est le cas dans les centres d’accueil. Marie-Laurence Sassine
Trois Capverdiens ont été interpellés, dimanche soir à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pour violences volontaires, acte de barbarie et anthropophagie ayant entraîné une mutilation permanente. Vers 18 heures, allée Hector-Berlioz, quatre hommes se disputent pour une histoire d’argent. Trois hommes se liguent pour en frapper un quatrième. Ils le mordent violemment à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant d’ingérer les morceaux de chair arrachés. La victime se défend en portant des coups à ses agresseurs. Elle parvient à blesser l’un d’eux à une cheville. La police et les secours sont finalement intervenus. Les trois agresseurs ont été arrêtés. Les deux blessés, victime et agresseur, ont été transportés à l’hôpital de Montfermeil (Seine Saint-Denis). Le commissariat est chargé de l’enquête. Le Parisien
This election season, the candidacy of Donald Trump has provoked a crise de conscience in the ranks of conservatives. But whatever our sympathy for those who banded together to oppose Trump in the January 21 issue of The National Review or for the politicians who have brawled with him on stage, and of whatever use such gestures are politically, they surely have had little value in clarifying the crisis of conservatism that has led to Trump’s rise. Instead of focusing on Trump’s business practices and on the ignorance of his supporters, conservatives might do well to consider the possibility that his success reflects an objective political reality: the relative uselessness in a victimocracy of taking “conservative positions,” when the more urgent task is to relegitimize the liberal-conservative dialogue through which policy has traditionally gotten made in a democratic republic. In a word, restoring the art of the deal.  (…) And it goes unmentioned on the right as well as the left that the result of the latter’s promotion of minority concerns not as group interests but in the guise of victimary social justice is that, while its bureaucratic saviors enrich themselves, the minority community has experienced previously unknown levels of social disintegration, with results clearly visible in Detroit, Baltimore, Washington DC, Saint Louis…. There are precious few fora to the left of the ominous “alt-right” where such concerns can be aired. As I pointed out in Chronicle 508, Trump embodies far more than he articulates resistance to the victimocracy. Yet this is indeed an issue concerning which, at this historical moment, embodiment is more important than articulation. Although Trump rarely denounces PC by name, his demeanor loudly proclaims his rejection of White Guilt—unlike Bernie, he has no trouble telling Black Lives Matter protesters that “all lives matter.” Trump’s unexpected staying power—leading to his “presidential” performance at the March 10 debate—reflects to my mind far more than attractiveness to the benighted bearers of poor-white resentment. On the contrary, Trump’s continual emphasis on “deals” suggests a sharp intuition of how to adapt conservatism to the current victimocratic context. Before we can exercise Buckley’s Burkean resistance to unnecessary change, we have to return to the left-right dichotomy of the Assemblée Nationale. What is required at this moment is not conservatism as usual, but second-degree conservatism, metaconservatism. The contempt of the voting public for Washington’s inability to “get anything done” reflects the fact that under the current administration, the shift of Democratic politics from liberalism to progressivism, from focusing on the concerns of the working class to those of ascriptive minorities, involves a fundamental change from defending interests to seeking justice. The first can be negotiated on a more or less level footing with opposing interests; the second can only be resisted by unregenerate evil-doers, which is more or less the way the current president and his potential Democratic successors characterize the representatives of the other party. In this noxious context, the (meta)conservative position is not to deny victimary claims, but tonormalize them: to turn them back into assertions of interests to be negotiated as political questions were in days of old—in a word, into issues that can be settled by making a deal. Victimary activism should not in itself guarantee representative status for its leaders on campuses and elsewhere. But when university officials find it appropriate to hold discussions with representatives of the black or gay or Muslim student body, by making it clear that they view the latter as interest groups rather than as communities of the oppressed, they can avoid putting themselves, as such officials all too often do, in a situation of moral inferiority. There is no reason not to allow a group to express what it considers its legitimate interests; there is every reason not to consider the expression of these interests a priori as “demands for justice.” In their preoccupation with denouncing Trump as a false conservative, the guardians of the flame forget that at a time when the victimary left seeks to portray the normal order of things in American society as founded on privilege and discrimination, Trump’s supporters turn to him as a figure of hope because his mind, unclouded by White Guilt, views the political battlefield, foreign as well as domestic, as a place for making deals. This used to be called Realpolitik. All too often, to read today’s mainstream press, let alone more extreme publications such as the new New Republic or Salon, is to be subjected to the verbal equivalent of race war. The political discourse of Sanders and Clinton is deeply impregnated with this same rhetoric. Whether or not Trump is its nominee, I hope the Republican party does not need another general election loss to teach it that to articulate and defend a conservative position today, it is first necessary to reject the victimary moralization of politics and return to the liberal-democratic continuum within which conflicts can be mediated. At that point, regardless of the party in power, liberals and conservatives can argue their points, and then come together and make a deal. Eric Gans
One of Christianity’s contributions to civilization has been a startling compassion for the victim. As René Girard has pointed out, from the beginning of time primitive peoples focused their animus on the outsider, the oddball, or the eccentric in their midst. It was the disabled, the alien, the poor, and the weak who most often took the blame for society’s ills. The crowd turned on them as the origin and cause of their problems. They became the scapegoat. As they were ostracized, excluded, persecuted, and killed, the source of the tribe’s problems was eliminated. Consequently, the tribe felt cleansed. The violence unleashed a feeling of power and freedom. As the evil was purged, thrill surged. All was well. Life could continue and the tribe could prosper. Until, of course, another crisis developed—and at that point another victim would be needed. Because of the regularity of the crises, religions developed the ritual of regular sacrifice. Victims were found, throats were cut, blood was shed, and if animals were substituted, it did not mitigate the truth that the society still ran on the blood-fuel of the victim. This may seem terribly primitive in a modern age, until one see videos of ISIS soldiers ritually beheading their victims. Modern Americans may think they are far removed from the barbarities of the Aztecs until they view a video of a wine-sipping high priestess of the cult of abortion describing how she dismembers children and harvests their organs. Is this so far removed from the haruspication of the ancients? When crazed and enraged young men—be they Islamist or racist extremists—open fire on their innocent victims, are we so far from Girard’s theory of the scapegoat? Girard points out that Jesus of Nazareth turned the model on its head. He does so first by valuing the victim. The poor, the outcast, the crippled, diseased, blind, and demon-possessed are his prizes. He treasures children and magnifies women. He turns the sacrificial system upside down not only by valuing the victim, but by becoming the victim. He accepts the victim role and willingly becomes “the Lamb of God” who takes away the sin of the world. He defeats the sacrificial system by embracing it. He breaks it from the inside. For the last two thousand years, the world has been learning that the victim is the hero. The problem is that everyone is jumping on the bandwagon. Being a victim is fashionable—ironically, becoming bullied is now the best way to bully others. It works like this: If you want to move forward in the world, make progress for you and your tribe, further your ambitions, justify your immoral actions, grab a bigger piece of the pie, and elbow others away from the trough, simply present yourself and your tribe as victims. Once you successfully portray yourselves as a poor, outcast, persecuted, minority group you instantly gain the sympathy of all. The first key to success in this campaign is to portray your victim condition as something over which you have no control. This is clear when the victim group is a racial or ethnic minority. The same sense of unjust destiny has to be produced for other groups. So the feminists have exploited the technique to portray all women as downtrodden. Homosexual campaigners have likewise insisted that their condition is something they were born with, and now anyone with a sexual proclivity that is other than heterosexual can be portrayed as a misunderstood and persecuted victim. People suffering from any kind of illness, disability, or misfortune are victims of some sort of injustice, cruelty, or neglect. Those who suffer from poverty, addiction, broken families, psychological problems, emotional distress, or just plain unhappiness are victims too. The victim mentality is linked with an entitlement culture: Someone must be culpable for the unhappiness of the victims because someone should be responsible for making them happy. The second step in effective victim-campaigning is to accumulate and disseminate the propaganda. Academic papers must be written. Sociological studies must be undertaken. Groundbreaking books must be published. Stories of the particular minority group being persecuted must make front page news. The whimpers of the persecuted must rise to heaven. The shock at their victimhood must be expressed as “sadness,” “concern,” and “regret.” If one is not sympathetic, if one is reticent to pour balm in the victim’s wounds, then the bullying begins. You must recognize the victim. You must be sympathetic. You must be tolerant. You must join the campaign to help the victim, solve their problems, and make them happy at last. If you do not, you are not only hard-hearted, you are part of the problem. The third stage of the campaign is the release of anger. Once the victim is identified and the information is widespread, the rage can be released. The anger must be expressed because, without knowing it, a new cycle of tribal scapegoating has developed. As the tribe gathers around the victim in sympathy, they must find the culprit, and their search for the culprit (whether he is guilty or not does not matter) sends them on the same frantic scapegoating quest that created their victim in the first place. The supposed persecutors have now become the persecuted. The unhappiness of the tribe (which presents itself as sympathy for the victim) is now focused on violence against the new victim—and so the cycle of sin and irrational rage continues. Observe American society today. Everywhere you look we are apportioning blame and seeking scapegoats. The blacks blame the whites. The whites blame the blacks. The homosexuals blame the Christians. The Christians blame the homosexuals. The Republicans blame the immigrants. The immigrants blame the residents. The workers blame the wealthy. The wealthy blame the workers. Why has our society descended into the violence of scapegoating and blame? Because it is inevitable. The victimhood cycle will continue through cycles of revenge and further victimhood unless there is an outlet. Where is there an end to the cycle of violence and victimization? There is only one solution: Find a constant victim—one who is the eternal victim and remains the victim. How is this done? It is done within the religion of a society. If a society has a religion of sacrifice the ritual victim becomes the focus of the tribal animus. The ritual victim becomes the constant scapegoat. The ritual victim becomes the psychological safety valve. Catholicism, of course, is the only religion in the modern world which, astoundingly, still claims to be offering a sacrifice. This is why the ancient celebration of the Mass is still so vital in the modern world—because there the one, full, final sacrifice is re-presented for the salvation of the world. The problem is that we are not a sacrificial and a sacramental people. We do not understand what the liturgy calls “these holy mysteries.” Most Catholics in America are embarrassed by the language of sacrifice. We are a blandly utilitarian race–shallow, and lacking in imagination. We are uncomfortable with blood sacrifices and cannot understand the rituals of redemption. American Catholics prefer their liturgy to be a banal family meal where they sing happy songs about making the world a better place. It is no longer a sacred sacrifice or a holy mystery, but a cross between a campfire and a pep rally. Dwight Longenecker
In recent years, a number of Christian writers, inspired by French critic and philosopher René Girard, have stressed with new urgency how the Bible shows the way in which groups and societies work out their fears and frustrations by finding scapegoats. Because we compete for the same goods and comforts, we need to sustain our competition with our rivals and maintain distance from them. But to stop this getting completely out of hand, we unite with our rivals to identify the cause of the scarcity that makes us compete against each other, with some outside presence we can all agree to hate. Just as the BBC drama suggested, Jesus’s context was one where Judaeans and Romans equally lived in fear of each other, dreading an explosion of violence that would be destructive for everyone. Their leaders sweated over compromises and strategies to avoid this. In such a context, Jesus offered a perfect excuse for them to join in a liberating act of bloodletting which eliminated a single common enemy. The spiral of fear was halted briefly. Frequently in this mechanism, the victim has little or nothing to do with the initial conflict itself. But in the case of Jesus, the victim is not only wholly innocent; he is the embodiment of a grace or mercy that could in principle change the whole frame of reference that traps people in rivalry and mutual terror. Thus the scapegoat mechanism is exposed for what it is – an arbitrary release of tension that makes no difference to the underlying problem. And if you want to address the underlying problem, perhaps you should start listening to the victim. (…) But what if the Christian story (…) proposed a way of understanding some of the most pervasive and dangerous mechanisms in human relationships, interpersonal or international? It doesn’t take much imagination to see how internally divided societies find brief moments of unity when they have successfully identified some other group as the real source of their own insecurity. Look at any major conflict in the world at the moment and the mechanism is clear enough. Repressive and insecure states in the Islamic world demonise a mythical Christian ‘West’, while culturally confused, sceptical and frightened European and North American societies cling to the picture of a global militant Islam, determined to ‘destroy our way of life’. Two fragile and intensely quarrelsome societies in the Holy Land find some security in at least knowing that there is an enemy they can all hate on the other side of the wall. A crumbling dictatorship in Zimbabwe steps up the rhetoric of loathing and resentment towards the colonial powers that create the poverty and the shortages. Nearer home, disadvantaged communities make sense of their situation by blaming migrants and asylum seekers. It’s not that the fears involved are unreal. Global terrorism is a threat, Israel and Palestine really do menace each other’s existence, colonialism isn’t an innocent legacy and so on. But the exploitation of these real fears to provide a ‘solution’ to more basic problems both breeds collective untruthfulness and makes any rational handling of such external fears infinitely harder. It breeds a mentality that always seeks to mirror the one who is threatening you. It generates the ‘zero-sum game’ that condemns so many negotiations to futility. Worst of all, it gives a fragile society an interest in keeping some sort of external conflict going. Consciously or not, political leaders in a variety of contexts are reluctant to let go of an enemy who has become indispensable to their own stability. The claim of Christianity is both that this mechanism is universal, ingrained in how we learn to behave as human beings and that it is capable of changing. It changes when we recognise our complicity and when we listen to what the unique divine scapegoat says: that you do not have to see the rival as a threat to everything, that it is possible to believe that certain values will survive whatever happens in this earth’s history because they reflect the reality of an eternal God; that letting go of the obsessions of memory and resentment is release, not betrayal. (…) Yes, the Christian church has been guilty of colossal evasion, colluding in just those scapegoating mechanisms it exists to overcome. Its shameful record of anti-semitism is the most dramatic reversal of the genuine story it has to tell, the most dramatic example of claiming that the killing of Jesus was indeed about them and not us. Rowan Williams (Archbishop of Canterbury)
In Girard’s analysis, the Cult of Victimhood is, though unacknowledged by its practicioners, literally a Christian heresy (or more accurately, a Judeo-Christian heresy, if one can say that).  For Girard, the death and resurrection of Jesus Christ reveals to the world the mechanism of scapegoating–a victim is selected from among the people and sacrificed in order to discharge our rivalrous, imitative desires, and that sacrifice becomes both ritualized and camouflaged so that we are unaware of our participation.  Jesus, finishing a process begun at the beginning of the Hebrew Scriptures, comes to strip off the veil over our eyes, to reveal to us the truth.  Where once we held fast to the idea that the victim really deserved to be sacrificed, we now understand that the victim is innocent. Girard insists that this bell cannot be un-rung, and society can never go back to the way it was prior to Easter Sunday.  But that does not mean that scapegoating is ended forever.  It simply means that we as a people cannot rely on the simplistic old versions of the sacred to sustain the Big Lie.  Instead, if we want to avoid the hard work of imitating Jesus, forgiving our enemies, and learning to live in peace, we have to construct a new version of the Big Lie.  This new narrative has to incorporate on some level what Alison calls the « Intelligence of the Victim » that is provided by Jesus’s life, death and resurrection (since that is now a permanent part of human understanding), while still finding a way to create space for sacrificing victims. One way to do this, as Jean-Pierre Dupuy has explored in Marks of the Sacred and Economy and the Future, is to set up supposedly « neutral, » technocratic systems to, in essence, « do the dirty work for you » while keeping a clean conscience (« I’m not punishing the poor, it’s just ‘market forces’ that are leaving people destitute » etc.).  But the other way is through the Cult of Victimhood.  The Cult of Victimhood begins by appropriating the Intelligence of the Victim, recognizing the truth that discrete groups are often persecuted unjustly by virtue of being a discrete group, and not as a result of anything for which they are responsible.  And the Cult of Victimhood insists, correctly, that persecution of the particular discrete group at issue is unjust and should be stopped.  So far, so good.  But then the Cult of Victimhood turns being a victim into a status, defining itself in terms of the marker (either directly or indirectly) of having been through the experience of being a victim. The Cult of Victimhood is thus an inversion of the normal, pre-Christian process of the Sacred–rather than the majority forming an identity over and against some identifiable minority victim or group of victims through the process of victimization, the minority forms an identity over and against the majority by virtue of being victimized, either presently or at some point in the past. This creates three serious problems.  First, the identity of the group is tied up in the status of being a victim.  Thus, perversely, there is an incentive for the minority to seek to be victimized, because it supports and reinforces the group identity, leading to counter-productive co-dependent relationships with the persecuting majority.  Or, at a minimum, the minority needs to perceive itself as being victimized in order to shore up its self-identity, leading to incentives to find persecution behind every rock or tree, even when it is not there. The second problem is that the Cult of Victimhood creates a tempting platform to seize the moral high ground.  In light of the message of Jesus, we have an obligation to have special moral concern for victims as victims.  But it does not follow that those that are victimized have some special moral qualities or status by virtue of being victims.  Being a victim does not necessarily make you wiser, or more just, or better able to discern moral realities in the world around you, because being a victim is ultimately and fundamentally arbitrary.  As the great Ta-Nehisi Coates says, « [w]e, too, are capable of fictions because, as it turns out, oppression confers no wisdom and is rarely self-improving. »  But the Cult of Victimhood seizes on being a victim to provide a kind of imputed righteousness.  Once again, this is an inversion for the old vision of the Sacred–whereas before the society explained that victims became victims through some narrative of moral failure, now the victims understand their victim status through a narrative of their own moral superiority. In doing so, it sets up a purely binary, Manichean distortion of the Gospel message, dividing the world into fixed categories of victims who are righteous and victimizers who are unrighteous.  This binary system acts as a kind of moral shield for their own behavior.  The logical chain goes like this:  because I am a victim, I am righteous; because I am righteous, those that challenge or critique that righteousness (especially if the critique comes from those that victimized me) are per se wrong and their critique is per se illegitimate; thus, I can stay in a comfortable bubble of my own imputed righteousness.  Because I am an innocent victim, I don’t have to take seriously any critiques of my own actions. This in turn leads to the third problem.  Because of the power of feature #1 and especially feature #2 of the Cult of Victimhood, everyone wants to get in on the action.  And, given both the pervasive nature of scapegoating and the cultural awareness of the phenomenon (even if inchoate) brought about by thousands of years of Judeo-Christian presence, everyone can get in on the action if they look hard enough.  Everyone can craft a story of why they are the « real » victims over and against some group of victimizers.  What results is an utterly intractable set of mutually incompatible victimhood narratives, in which every group is the righteous but persecuted minority over and against some nefarious overculture. In an attempt to resolve this deadlock, the basic instinct (especially for the partisans of one competing narrative or another) is to try to adjudicate who are the « real » victims and who is the « fake » victims.  Girard would insist that this is an utterly futile activity, because all of these stories of victimhood are on some level true and on some level self-serving nonsense.  The fact of being the victim is true, but the narrative of why the victimization occurred, tied into some group identity and moral status, is not.  And it is not true because, again, being a victim is arbitrary.  Sometimes you are victimized because of some trait you happen to have (like race or gender), sometimes it is because of some social group you happen to belong to that happens to be on the short end of the stick for whatever reason (like LGBT folks), sometimes it is for no reason at all.  The only real difference between the victim and the victimizer is circumstance.  Or, to put it another way, there has only been one truly innocent victim in all of history, and He was last seen outside of Jerusalem 2000 years ago and 40 days after Easter Sunday. Again, it’s crucial, here and elsewhere, to draw a very clear line between the fact of victimization and the status as a victim.  People get victimized, and we have a moral obligation to try to end the victimization.  But the Cult of Victimization makes that project more difficult, because it weaponizes victimization and intermixes genuine victimization with dubious claims of moral righteousness.  It also incentivizes out-and-out bogus claims of victimization, because the power of victimhood status is too enticing. To see an example of the Cult of Victimhood in action, consider this piece from Andrew Sullivan about Trump.  In the piece, Sullivan makes the point that one key dimension of why white, working-class voters have rallied to Trump is the disdain shown by cultural elites (mostly liberal but also conservative, to the extent those are still distinct categories) toward the culture and values of said white working-class people.  The reaction on social media to the piece was very telling.  Instead of pushing back on the thesis (i.e., « you are wrong, Andrew, we don’t disdain the values of these folks. »), or to admit the thesis and stand firm on the position (i.e. « yes, Andrew, we do disdain the values of these folks because these values are bad. »), the reaction was to criticize Sullivan for failing to assert that racism (and, to a lesser extent, homophobia) was the « real » reason why these voters were supporting Trump. First off, Sullivan does talk about that in the piece.  But, more to the point, seizing on Sullivan’s purported failure to talk about race or homophobia is a way to side-step and de-legitimize the basic point that cultural elites disdain a big chunk of the population.  Because, if the « real » issue is race or homophobia, then in the Cult of Victimhood world the issues and objections of white working class folks are per se illegitimate, because they are the unrighteous victimizers.  In other words, yelling at Sullivan for failing to talk about race is another way of saying « their assertion of victimhood status is bogus because my victimhood status is real, and because my victimhood status is real their assertion of victimhood status must be bogus. »  And, of course, the same story can (and is) being said on the other side.  Which is why, along the lines of Sullivan’s piece, the 2016 U.S. Presidential election has been a heretofore unprecedented orgy of the Cult of Victimhood from all sides, and promises to become even more grotesque as we get closer to November. (…) The point is to talk about how the Cult of Victimhood works, and why it makes these kinds of debates so intractable.  No matter how real the persecution, the stories people tell regarding the persecution are fundamentally unreliable, especially if they divide the world into an « us » and a « them. »  And, once they are a « them, » we can stay safe in our bubble of righteousness. The power of Girard’s ideas, for me, is the constant and destabilizing claim of a radical equality–we are all victims, and we are all victimizers.  This doctrine cuts through both our self-serving claims to goodness as well as the paralyzing guilt of our wickedness. Michael Boyle
Even his most sympathetic biographers acknowledge that, as an officer of the Indian Imperial Police in Burma, he paid regular visits to the waterfront brothels of Rangoon. After spending time in Morocco, he also confessed to his friend Harold Acton that he ‘seldom tasted such bliss as with certain Moroccan girls’. A friend recalled Orwell saying that ‘he found himself increasingly attracted by the young Arab girls’. He confessed to the same friend that he told his wife, Eileen, he ‘had to have one of these girls on just one occasion’. Eileen agreed, and so he went ahead. During his marriage to Eileen, Orwell made an improper advance to a young woman, Lydia Jackson. ‘He did not attract me as a man and his ill health even aroused in me a slight feeling of revulsion,’ she recalled. Once he was better, he wrote Lydia a suggestive letter, letting her know when his wife was away, and adding: ‘I know it’s indiscreet to write such things in letters, but you’ll be clever & burn this, won’t you?’ But Lydia had no wish to go along with this deceit. ‘His masculine conceit annoyed me,’ she said. After the sudden death of Eileen, Orwell made a pass at another young woman, who lived in the flat below. ‘I wonder if you were angry or surprised when I sort of made advances to you that night . . .’ he wrote to her. ‘It is only that I feel so desperately alone . . . Of course, it’s absurd to make love to someone of your age.’ A few years ago, letters were discovered in which a childhood friend, Jacintha Buddicom, revealed that when Orwell was 15 and she was 17, a bit of canoodling had accelerated into something more violent, and he had attempted to rape her. Jacintha shouted, kicked and screamed before running home with a bruised hip and a torn skirt. Afterwards, she broke off all contact with him. Nearly 60 years later, Jacintha wrote to a relative about the additional hurt she suffered when she realised he had turned her into a character in his most famous book. She wrote: ‘At least you have not had the public shame of being destroyed in a classic book as Eric did to me. Julia in Nineteen Eighty-Four is clearly Jacintha, of that I feel certain . . . in the end he absolutely destroys me, like a man in hobnailed boots stamping on a spider. ‘It hurt my mother so much when she read that book that we always thought it brought on her final heart attack a few days later. Be glad you have not been torn limb from limb in public.’ Does this mean the works of George Orwell should be removed from libraries and bookshops? Of course not. But if he is to be excused, then why not other literary heroes? The Daily Mail
What a scandal for our times. Oxfam, that upholder of modern-day virtue, unassailable in its righteousness, buried for seven years that its aid workers exploited young girls. The men abused their power to have sex with desperate victims of the Haiti earthquake — the very people they were supposed to protect. Sadly Oxfam is not alone. Andrew Macleod, former chief operator of the UN Emerging Coordination Centre warns the infiltration of the aid industry by paedophiles is on the scale of the Catholic church — if not bigger. The aid industry has manipulated public opinion with the help of celebrities and politicians eager for the glitz of poverty porn. It’s a powerful and cosy lobby. Oxfam and Save the Children are prime overseas contractors for the DfID1. Many DfID workers are former activists from the NGO sector. Western media depend on aid agencies for access and transport in conflict areas. Dambisa Moyo, a global economist from Zambia, points out the first world has sent more than $1 trillion to Africa over the past 50 years. Far from ending extreme poverty, this fabulous sum promoted it. Between 1970 and 1998, when aid flows to Africa were at their peak, poverty in Africa rose from 11 per cent to a staggering 66 per cent. Of course there are other factors. But the more development aid a country receives, the less likely it is to enjoy economic success. Aid distorts home markets. Food aid, for example, causes agricultural sectors to shrink and makes famine more rather than less likely. The cascade of aid money permits government to abdicate its responsibility to fund health care, education and infrastructure. It promotes a disconnect between a government and its citizens. When foreign donors cover 40 per cent of the operating budgets of countries such as Kenya and Uganda, why would leaders listen to their citizens? Schmoozing2 foreign donors comes first. What Africa needs is not more ‘Band Aid solutions’ but jobs for the 60 per cent of Africans under the age of 24. ’And aid,’ as Moyo says, ‘has never created a single job.’ On Radio 4’s Today programme this week, Madeleine Rees, a human rights lawyer, insisted: ‘The majority of aid does good.’ She went on, ‘Who is going to get hurt if the aid budget is destroyed?’ Of course, like obedient children, we are meant to reply, ‘The poor.’ But as more and more stories emerge about waste and abuse, I wonder if aid doesn’t do more harm than good. Harriet Sergeant
Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050 ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l’Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir. De fait, personne n’en parle, surtout à Bruxelles où l’on préfère produire des rapports sur les révolutions technologiques, le développement durable ou la transition énergétique. Nous devons remplir notre fonction d’alerte, même si nous savons que nous ne serons plus là en 2050 pour regretter de ne pas avoir été entendus. Contrairement à l’Amérique du Nord qui verrait sa population augmenter de 75 millions d’habitants (soit deux fois moins que l’Amérique du Sud), l’Europe pourrait stagner autour de 500 millions d’habitants et perdre 49 millions de personnes en âge de travailler dans la tranche des 20-64 ans, dont 11 millions pour l’Allemagne. L’Espagne et l’Italie devraient aussi perdre de 7 à 8 millions d’actifs potentiels. La France pourrait se réjouir de quasiment rattraper l’Allemagne, ce qu’en réalité le Royaume-Uni devrait réaliser avant elle. Il est illusoire de se réjouir d’une telle perspective car nos voisins sont aussi nos principaux débouchés : 87% de ce qui est produit en France est consommé en Europe dont 70% pour la France, et 17% pour les exportations (56% des 30% exportés dans le monde). Les autres enseignements de la tectonique démographique d’ici à 2050 ne sont pas moins interpellants : la Chine, le Japon et la Russie perdraient respectivement 38 millions, 20 millions et 15 millions d’habitants alors que l’Inde augmenterait de près de 400 millions d’habitants et dépasserait la Chine d’au moins 300 millions d’habitants. La saignée sera particulièrement forte pour la tranche d’âge des 20-64 ans d’ici à 2050 : – 22 millions pour la Russie, -20 millions pour le Japon et – 195 millions pour la Chine. Les Etats-Unis verraient leurs actifs potentiels augmenter de presque 20 millions dans la période. Il faudra des bras et des cerveaux pour compenser ces pertes d’actifs. Chance ? Dans le même temps, la population de l’Afrique devrait augmenter de 1,3 milliard, dont 130 millions rien que pour l’Afrique du Nord. C’est dire que la pression migratoire sur l’Europe va être plus forte que jamais ! Ce choc démographique (implosion interne et explosion externe), l’Europe n’en parle pas et ne s’y prépare pas. Tout se passe comme si le tsunami démographique était moins important que la vague numérique. Pour que cesse l’omerta, nous invitons nos interlocuteurs à imaginer quelques millions de réfugiés climatiques en provenance d’Asie ou encore plus de réfugiés politiques et économiques en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Relevons que si 1% du surcroît de la population africaine s’installait en France d’ici à 35 ans (ce qui est aussi proche de nous que 1980), cela ferait quand même 13 millions d’habitants en plus dans l’hexagone d’ici à 2050, soit 20% de plus ! Quand on songe que l’Union européenne a été fragilisée et ébranlée en 2015 par un million de réfugiés dont les trois-quarts politiques, on se rend compte que l’Europe ne devrait pas attendre pour se préparer à de telles perspectives. Elle devrait s’inspirer du Canada qui n’hésite pas à pratiquer une politique de quotas en fonction des besoins du marché du travail. Et aussi encourager la relance de la fécondité dans le vieux continent. Car l’intégration se fait d’abord par le brassage des cultures dans les écoles. (…) Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays quelle que soit leur couleur. Bref, pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant. Mais qui parle de politique familiale dans une Europe qui permet qu’il y ait des hôtels et lieux de vacances réservés aux adultes, interdits aux enfants et tolérant seulement les animaux familiers ! Les médias commencent tout juste à s’alarmer du fait qu’en 2016 pour la première fois, en Europe, le nombre de cercueils a dépassé celui des berceaux. Il est intéressant de relever que c’est le cas en Allemagne depuis 1971, de l’Italie depuis 1991, de l’Espagne depuis 2016, de la Russie depuis 1991, du Japon depuis 2006. Le tour de la Chine viendra en 2028. Le phénomène ne devrait concerner la France, voire les Etats-Unis, qu’après 2050. On ne fabrique pas de berceaux avec des cercueils. Le suicide démographique de la vieille Europe est annoncé mais il est encore temps : la bonne prévision n’est pas forcément celle qui se réalise mais celle qui conduit à l’action pour l’éviter. Les chercheurs s’interrogent sur les causes du ralentissement concomitant de la croissance et de la productivité alors que les révolutions technologiques de l’information et de la communication (TIC), des biotechnologies, des nanotechnologies ou des énergies (nouvelles et stockage) sont plus que jamais perceptibles. C’est le fameux paradoxe de Solow (on trouve des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité). Curieusement, ces mêmes chercheurs ne s’interrogent pas sur le lien qu’il pourrait y avoir entre ce ralentissement de la croissance et le vieillissement démographique des anciennes zones développées : Etats-Unis, Japon, Europe. Michel Godet
Les pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. Jeremy Harding
La guerre, la faim et l’effondrement social n’ont pas causé des migrations massives au-delà de la frontière naturelle que constitue le Sahara. Mais les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Jeremy Harding
Plus de 11 000 femmes nigérianes ont été secourues en Méditerranée l’année dernière, selon l’Office pour les migrations internationales (OMI). 80% d’entre elles faisaient l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. “Il y a maintenant des filles qui n’ont que 13, 14 ou 15 ans”, m’a dit un agent anti-trafic de l’OMI. “L’Italie n’est qu’un point d’entrée. De la, elles sont dispatchées et vendues à des mères maquerelles partout en Europe.” Ben Taub
En 2015, le risque de mourir en Méditerranée (0, 37%) était inférieur au risque en France d’une personne de plus de 45 ans de subir un AVC (0, 4$%); en 2016, 363 000 migrants ont traversé la Mare nostrum (…) et 4 576 s’y sont noyés ou ont disparu, soit 1, 3% ou le double du risque de décéder apres une intervention chirurgicale – toutes catégories confondues – dans un pays industrialisé, ou encore le double du risque de mourir d’une anesthésie générale au sud du Sahara. En 2017, entre janvier et fin aout, 126 000 migrants ont traversé la Méditerranée et 2 428 ont été portés disparus, soit 1, 92%, ce qui est légèrement inférieur à la mortalité post-opératoire en chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%). Même si le risque est heureusement limité, on se demande évidemment pourquoi il ne cesse d’augmenter alors que les yeux du monde sont braqués sur la Méditerranée et que les secours devraient se perfectionner. La réponse: l’humanitaire est trop bon ! En effet, les bateaux de secours se rapprochent de plus en plus des eaux territoriales libyennes et, s’il y a danger de naufrage, n’hésitent plus à y entrer pour sauver les migrants. Si bien que les trafiquants embarquent un nombre croissant de migrants sur des embarcations toujours plus précaires (notamment des canots pneumatiques longs de 9 mètres, fabriqués en Chine, sur lesquels se serrent 130 personnes). (…) Les trafiquants emmènent donc les migrants à la limite des eaux territoriales, avant de repartir avec le moteur hors-bord dans un autre bateau en laissant les leurs clients dériver. A charge pour les humanitaires … Ceux-ci font bien, voire très bien leur travail, au risque de voir les migrants de moins en moins regardants sur la navigabilité des embarcations choisies par les trafiquants. Au cours des premiers six mois de 2017, quelque 93 000 migrants ont été secourus et transportés vers l’Italie, soit presque les trois quarts du total ayant embarqué pour la traversée pendant cette période. Stephen Smith
Je dis ça sans affolement. Quand vous avez un voisin qui en 2050 sera 5 fois plus nombreux que toute l’Europe comprise, il y a une pression migratoire qui est très forte et il faut s’arranger entre voisins (européens), il faut négocier. Il faut prendre la mesure du réel d’abord. Puis il faut des négociations entre l’Europe et l’Afrique pour éviter notamment que ses forces vives quittent le continent. Tant que l’Afrique croit à ce rythme, c’est impossible (de juguler). Tous les progrès sont noyés par la progression démographique. Il faut à un moment maitriser cette croissance démographique. C’est un problème de long terme qui se jouera sur les deux générations à venir, pas avant 2050. Toutes les régions du monde ont migré. En Europe il y avait 300 millions d’habitants et 60 millions en sont partis, dont 40 millions vers les Etats-Unis. L’Afrique ne fait que reproduire des scenarii qui ont eu lieu en Europe et en Amérique latine. Et il est évident que l’Europe va faire face à une migration très forte depuis l’Afrique, c’est inévitable. [l’aide au développement] c’est une imposture. Nous allons développer un continent d’1,3 milliards, soit l’équivalent de la Chine. Et tous ceux qui se sont développés, les millions de personnes qui sont sortis de la pauvreté ces dernières décennies – les Chinois, les Indiens -, n’en sont jamais sortis par l’aide au développement. L’aide au développement va d’abord permettre à une classe moyenne qui émerge de migrer, de partir du continent. Toutes les volontés de fermer les frontières sont inutiles. Avec 6 milliards d’euros, les européens se sont achetés la paix de 2,5 millions de migrants, bloqués en Turquie. Mais c’est cynique de parler comme ça. Les gens passeront, par une porte ou une autre. C’est inévitable. Mettez-vous à la place des Africains qui voient de telles inégalités et qui pensent à leur vie ou à leurs enfants. Nous ferions pareil à leur place. Bien sûr qu’un moment l’Afrique arrivera à retenir ses forces vives. On oublie souvent qu’un tiers des européens partis en Amérique sont revenus en Europe. Ce n’est pas forcément le bonheur d’arriver en Europe, beaucoup de migrants sont déçus, et vous préférez toujours rester parmi les vôtres ». Stephen Smith
Le problème, c’est que quand vous aidez, dans un premier temps, vous créez un horizon qui est plus large: les gens commencent à penser qu’ils peuvent bouger puisqu’ils ont aussi les moyens – il faut plusieurs milliers d’euros pour entreprendre ce voyage – et donc ce ne sont pas les plus pauvres, les plus désespérés qui partent mais ceux qui commencent à sortir la tête de l’eau. Et c’est donc cet effet de seuil qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir. Stephen Smith
Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale. Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen. Stephen Smith

Vous avez dit cinquante-nuances-de-grisation du monde ?

« Fan fiction » parasite devenant succès mondial de librairie et du cinéma en fusionnant roman de gare et sadomasochisme; déboulonnage généralisé de tous nos maitres à penser, y compris les plus lucides; chef d’état-major annonçant, après l’avènement du terrorisme pour tous, la contamination de la guerre par « l’exploitation » systématiques par certains Etats « des zones d’ombre entre la paix et la guerre »;  migrants clandestins important la pratique anthropopagique au sein même des sociétés théoriquement les plus avancées; société nationale de chemin de fer ayant déjà connu des attaques terroristes sur ses passagers sommée de s’excuser pour avoir osé s’opposer à l’arrivée massive de clandestins dont on ne sait rien à bord de ses trains; études montrant outre le détournement systématique et l’infiltration généralisée d’oeuvres caritatives par des pédophiles les effets contreproductifs d’une aide qui « aide en fait les gens à quitter leur pays »; intellectuelle regrettant de ne pas avoir été violée pour pouvoir prouver aux femmes que le traumatisme est surmontable; culpabilisation entretenue d’une obligation charitable face à des gens qui au nom de leur droit à la liberté en abusent ou même la refusent; apologie de l’ouverture à tous crins et dénonciation du repli identitaire par des élites protégées des conséquences des décisions qu’elles imposent aux plus vulnérables; procès concernant des centaines de victimes tournant à la farce; hommage national d’un chanteur de rock se finissant en crêpage de chignons médiatique, risque de mortalite reel du « cimetiere a ciel ouvert » qu’affrontent pour nos journalistes les migrants clandestins partis a l’assaut de nos cotes se revelant ne pas depasser celui de la chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%), chiffres d’ailleurs pousses a la hausse par le zele meme de nos humanitaires incitant toujours plus nombreux les trafiquants a entasser et a abandonner sans moteur a la limite des eaux territoriales libyennes toujours plus de clients, chair à eros centers comprise, sur des embarcations toujours plus precaires, conjonction annoncée d’un véritable suicide démographique d’une Europe vieillissante et d’une jeune Afrique à la démographie explosive…

En ces temps de plus en plus étranges …

Où avec la dénonciation comme fascisme ou repli de toute barrière ou protection …

La perte des repères se généralise et se mondialise …

Comment ne pas repenser aux prophéties à présent centenaires de nos poètes …

Annonçant la « dislocation de toutes choses et le déchainement de l’anarchie sur le monde » (Yeats) ou la « dégénérescence de la connaissance en une pagaille de visions subjectives », le  « remplacement de la justice par la pitié » et la « disparition de toute crainte de représailles » (Auden) …

Et  surtout ne pas voir avec René Girard …

Que loin des représentations fondamentalistes d’une brutale rétribution divine à venir …

Cette fameuse Apocalypse annoncée depuis plus de 2 000 ans qui est avant tout et étymologiquement dévoilement …

Pourrait bien en fait sous l’effet de la privation, initiée par le Christ lui-même, du recours multimillénaire à la violence légitime …

Avoir tout simplement déjà commencé  ?

Migrations : « La Ruée vers l’Europe », le livre qui dérange
EXCLUSIF. Que dit Stephen Smith, spécialiste de l’Afrique, des migrations vers l’Europe ? Sa principale thèse : le développement économique du continent les alimente.
Le Point Afrique
01/02/2018

Ce n’est que dans les années 2000 que l’Europe grisonnante a pris conscience de son déclin démographique, du vieillissement de sa population et des effets à long terme sur l’emploi et les retraites. Dans le même temps, l’Afrique s’est mise à rimer avec boom démographique. Une explosion initiée dans les années 1930 par des politiques de développement de la France et de la Grande-Bretagne, qui entendaient recadrer leur « mission civilisatrice ». C’est récemment aussi que la « tragédie statistique » de l’Afrique a commencé à préoccuper sa voisine européenne en matière de politique migratoire. Cette exceptionnelle jeunesse, Stephen Smith, spécialiste de ce continent qui est à la fois à part et déjà mondialisé, en fait la matrice de l’avenir où viennent aussi se télescoper une pauvreté persistante, les conflits armés, la montée des extrémismes religieux, les défis sanitaires, urbains, économiques, l’affrontement entre les générations.

Mais la ruée vers l’Europe est-elle inéluctable ? Partant de cette « loi des grands nombres » démographique, Smith répond par l’affirmative. Tout en s’écartant des afro-pessimistes, il ne tombe pas dans l’optimisme béat des tenants de l’Afrique qui gagne. Pour lui, dans le cadre d’une telle explosion de population, c’est le développement économique de l’Afrique qui va nourrir cette levée en masse, ceux qui partent constituant le sel même de ce continent. Sur ce sujet complexe, qu’il traite du point de vue africain, il prend donc à rebrousse-poil certaines idées reçues, envisageant plusieurs scénarios, dont il évalue la probabilité et les conséquences. Au final, il signe un ouvrage indispensable pour bien comprendre l’un des enjeux majeurs des prochaines décennies.

Extraits

Le codéveloppement alimente la ruée

Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale.

Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen.

« La Ruée vers l’Europe », de Stephen Smith (Grasset, 272 pages, 19,50 euros). Parution le 7 février

Voir aussi:

Migrants : « L’aide au développement de l’Afrique aide les gens à partir »

Stephen Smith, journaliste, écrivain, enseignant, spécialiste de l’Afrique et qui publie La ruée vers l’Europe, est l’invité du Grand Soir 3 ce mardi 6 février.

France 3


L’Union européenne compte 510 millions d’habitants en 2018 et en comptera 450 en 2050. En parallèle, l’Afrique compte 1,25 milliard d’habitants et en comptera 2,5 milliards en 2050. Pour Stephen Smith, la jeune Afrique va se ruer sur le Vieux continent, c’est inscrit dans l’ordre des choses. « C’est la loi des grands nombres. l’Afrique crée des hôpitaux et des écoles pour la population actuelle, mais tous les quinze ans, il y a deux fois plus d’habitants« , explique l’auteur du livre La ruée vers l’Europe.

Les aides des pays occidentaux à l’Afrique « fonctionnent parfois, mais ce ne sont pas les plus pauvres ni les plus désespérés qui partent, ce qui fait que dans un premier temps l’aide aide les gens à partir », affirme l’enseignant spécialiste de l’Afrique.

« Il faut faire du tri »

Il rappelle que « 60 millions d’Européens sont partis au moment de la transition démographique du Vieux continent, dont 40 millions aux États-Unis. L’Afrique en est là. Il n’y a rien d’exceptionnel ».

Stephen Smith juge la politique envers les migrants d’Emmanuel Macron « cohérente, réaliste. Il faut faire du tri. Une frontière est là pour que la barrière se lève et se baisse. Les migrants comme leurs hôtes doivent pouvoir s’épanouir ».

Voir également:

Stephen Smith, journaliste et écrivain, spécialiste de l’Afrique était l’invité de Bourdin Direct ce jeudi. Pour lui, les États européens vont devoir négocier entre eux pour faire face à la forte pression migratoire en provenance de l’Afrique ces prochaines décennies.

Europe 2050 : ce suicide démographique que rien ne semble pouvoir arrêter

Quel silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050[1] ! Les projections démographiques des grandes régions du monde d’ici là sont connues et réévaluées tous les deux ans par les Nations unies et régulièrement par Eurostat pour les Etats membres de l’Union européenne[2], mais il faut être un spécialiste des bases de données pour s’en servir.
Michel Godet

Atlantico
21 Février 2018

De fait, personne n’en parle, surtout à Bruxelles où l’on préfère produire des rapports sur les révolutions technologiques, le développement durable ou la transition énergétique.

Nous devons remplir notre fonction d’alerte, même si nous savons que nous ne serons plus là en 2050 pour regretter de ne pas avoir été entendus. Contrairement à l’Amérique du Nord qui verrait sa population augmenter de 75 millions d’habitants (soit deux fois moins que l’Amérique du Sud), l’Europe pourrait stagner autour de 500 millions d’habitants et perdre 49 millions de personnes en âge de travailler dans la tranche des 20-64 ans, dont 11 millions pour l’Allemagne. L’Espagne et l’Italie devraient aussi perdre de 7 à 8 millions d’actifs potentiels.

La France pourrait se réjouir de quasiment rattraper l’Allemagne, ce qu’en réalité le Royaume-Uni devrait réaliser avant elle. Il est illusoire de se réjouir d’une telle perspective car nos voisins sont aussi nos principaux débouchés : 87% de ce qui est produit en France est consommé en Europe dont 70% pour la France, et 17% pour les exportations (56% des 30% exportés dans le monde).

LA TECTONIQUE DÉMOGRAPHIQUE

Les autres enseignements de la tectonique démographique d’ici à 2050 ne sont pas moins interpellants : la Chine, le Japon et la Russie perdraient respectivement 38 millions, 20 millions et 15 millions d’habitants alors que l’Inde augmenterait de près de 400 millions d’habitants et dépasserait la Chine d’au moins 300 millions d’habitants. La saignée sera particulièrement forte pour la tranche d’âge des 20-64 ans d’ici à 2050 : – 22 millions pour la Russie, -20 millions pour le Japon et – 195 millions pour la Chine. Les Etats-Unis verraient leurs actifs potentiels augmenter de presque 20 millions dans la période.

Il faudra des bras et des cerveaux pour compenser ces pertes d’actifs. Chance ? Dans le même temps, la population de l’Afrique devrait augmenter de 1,3 milliard, dont 130 millions rien que pour l’Afrique du Nord. C’est dire que la pression migratoire sur l’Europe va être plus forte que jamais ! Ce choc démographique (implosion interne et explosion externe), l’Europe n’en parle pas et ne s’y prépare pas. Tout se passe comme si le tsunami démographique était moins important que la vague numérique. Pour que cesse l’omerta, nous invitons nos interlocuteurs à imaginer quelques millions de réfugiés climatiques en provenance d’Asie ou encore plus de réfugiés politiques et économiques en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient. Relevons que si 1% du surcroît de la population africaine s’installait en France d’ici à 35 ans (ce qui est aussi proche de nous que 1980), cela ferait quand même 13 millions d’habitants en plus dans l’hexagone d’ici à 2050, soit 20% de plus ! Quand on songe que l’Union européenne a été fragilisée et ébranlée en 2015 par un million de réfugiés dont les trois-quarts politiques, on se rend compte que l’Europe ne devrait pas attendre pour se préparer à de telles perspectives. Elle devrait s’inspirer du Canada qui n’hésite pas à pratiquer une politique de quotas en fonction des besoins du marché du travail. Et aussi encourager la relance de la fécondité dans le vieux continent. Car l’intégration se fait d’abord par le brassage des cultures dans les écoles.

En Europe et au Japon, la croissance du PIB a été supérieure dans les années 1980 à celle des années 1990 : 2.5% contre 2.3% en Europe et 4.6% contre 1.1% au Japon. Au cours de ces deux décennies, la croissance du PIB des États-Unis est supérieure d’environ un point à celle de l’Europe. L’explication est essentiellement (pour plus de la moitié) démographique, car l’écart de croissance du PIB par habitant n’est que de 0.2 point plus élevé outreAtlantique qu’en Europe sur les mêmes périodes. En effet, la croissance démographique, de l’ordre de 1% par an aux Etats-Unis, est depuis le début des années 60, deux à trois fois plus élevée qu’en Europe. Une autre partie de l’explication de la croissance du PIB plus élevée aux Etats-Unis est à rechercher du côté du taux d’emploi et de la durée annuelle du travail plus élevés[4]. Si les Américains avancent plus vite, c’est parce qu’ils sont plus nombreux et rament plus. Nous avons retenu un panel de 23 pays, membres depuis longtemps de l’OCDE : Belgique, Danemark, Allemagne, Irlande, Grèce, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche, Portugal, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Islande, Norvège, Suisse, Etats-Unis, Japon, Canada, Australie et Nouvelle- Zélande. A partir de la base de données Ameco de la Commission européenne, nous avons calculé pour chaque pays et sur la période 1993-2015 la moyenne des variations annuelles (en %) de la population totale d’une part et la moyenne des variations annuelles (en %) du volume du PIB/habitant d’autre part. Le nuage de 23 couples de données que nous obtenons s’ordonne significativement d’un point de vue statistique autour d’une droite de régression avec un R2 de 0,42.

Quand il y a trop de sable, le ciment ne prend pas. Pour accueillir le maximum de sable, il faut plus de ciment, c’est-à-dire d’enfants parlant la langue du pays quelle que soit leur couleur. Bref, pour rester ouvert au monde, il faudrait relancer la fécondité en Europe dès maintenant. Mais qui parle de politique familiale dans une Europe qui permet qu’il y ait des hôtels et lieux de vacances réservés aux adultes, interdits aux enfants et tolérant seulement les animaux familiers ! Les médias commencent tout juste à s’alarmer du fait qu’en 2016 pour la première fois, en Europe, le nombre de cercueils a dépassé celui des berceaux. Il est intéressant de relever que c’est le cas en Allemagne depuis 1971, de l’Italie depuis 1991, de l’Espagne depuis 2016, de la Russie depuis 1991, du Japon depuis 2006. Le tour de la Chine viendra en 2028. Le phénomène ne devrait concerner la France, voire les Etats-Unis, qu’après 2050. On ne fabrique pas de berceaux avec des cercueils. Le suicide démographique de la vieille Europe est annoncé mais il est encore temps : la bonne prévision n’est pas forcément celle qui se réalise mais celle qui conduit à l’action pour l’éviter.

CHEVEUX GRIS ET CROISSANCE MOLLE[3] 

Il est classique d’attribuer la forte croissance économique de l’après-guerre en Europe à la reconstruction et au rattrapage par rapport aux Etats-Unis. Ces trente glorieuses ont coïncidé avec la vague démographique. Il est plus rare de relever que dans les années 50 et 60, l’augmentation de la productivité apparente du travail était deux à trois fois plus élevée que dans les années 80 et suivantes alors qu’à l’époque il n’y avait pas d’ordinateurs et qu’on ne parlait pas de révolution technologique. Comment ne pas voir dans cette productivité élevée, un effet de courbe d’expérience et de baisse des coûts unitaires de production dans des marchés en expansion continue ? A l’inverse, la croissance économique comme celle de la productivité n’ont cessé de ralentir aux Etats-Unis, en Europe et au Japon depuis le début des années 1980.

Les chercheurs s’interrogent sur les causes du ralentissement concomitant de la croissance et de la productivité alors que les révolutions technologiques de l’information et de la communication (TIC), des biotechnologies, des nanotechnologies ou des énergies (nouvelles et stockage) sont plus que jamais perceptibles. C’est le fameux paradoxe de Solow (on trouve des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de productivité). Curieusement, ces mêmes chercheurs ne s’interrogent pas sur le lien qu’il pourrait y avoir entre ce ralentissement de la croissance et le vieillissement démographique des anciennes zones développées : Etats-Unis, Japon, Europe.

QUAND LA VAGUE NUMÉRIQUE CACHE LE TSUNAMI DÉMOGRAPHIQUE

A la Commission européenne, mais aussi dans la plupart des instances internationales et nationales, la question du lien entre démographie et croissance est rarement évoquée. Les rapports sur la technologie, l’innovation, la compétitivité sont légions. L’homme n’est abordé que comme capital humain, et sous l’angle de la formation, considérée à juste titre comme un investissement et un facteur de croissance à long terme. La démographie n’est traitée qu’à travers le vieillissement par le haut et les problèmes qui en découlent pour l’équilibre des systèmes de retraites, les dépenses de santé, la prise en charge de la dépendance, mais quasiment jamais relativement aux conséquences du vieillissement par le bas sur la croissance et sur la place de l’Europe dans le monde. En 2000, l’ambitieuse stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi misait essentiellement sur les technologies de l’information et l’économie de la connaissance pour assurer à l’Europe son avenir et sa puissance sur la scène internationale à l’horizon 2010. A presque mi-parcours, le rapport Wim Kok (2004) maintenait le cap sur la société de la connaissance et un développement durable pour une Europe élargie et consacrait, fait nouveau, une petite page au vieillissement de l’Europe. Ce dernier pouvait faire baisser le potentiel de croissance de l’Union d’un point (autour de 1% au lieu de 2%) d’ici à 2040. Mais rien n’était dit des évolutions démographiques comparées de l’Europe avec les Etats-Unis. Oubli d’autant plus remarquable que les mêmes comparaisons sont systématiques pour l’effort de recherche, l’innovation et la mesure de la productivité.

LES EFFETS MULTIPLICATEURS DE LA DÉMOGRAPHIE

Comme le disait Alfred Sauvy, les économistes « refusent de voir » le lien entre croissance économique et dynamique démographique et ne cherchent donc pas à le vérifier. Pourtant, les Trente Glorieuses et le baby-boom sont allés de pair, et l’essor des Etats-Unis s’explique sans doute, aussi, par une meilleure santé démographique. Depuis trente ans, le taux de fécondité y est en moyenne de près de 2,1 enfants par femme, contre 1,5 dans l’Europe ; la population, du fait aussi d’importants flux migratoires, continue d’augmenter fortement. La comparaison des taux de croissance entre l’Europe et les Etats-Unis fait généralement appel à la technique pour expliquer des différences sur le long terme. On peut se demander s’il n’y a pas aussi un effet de « multiplicateur démographique». Cette hypothèse permet de mieux comprendre pourquoi la croissance et, surtout, les gains de productivité des années 1950 et 1960 ont été en moyenne deux fois plus élevés que dans les années 1980 et 1990, marquées pourtant par les révolutions techniques, sources théoriques de gains de productivité. Avec la nouvelle économie, la question paraissait résolue, les Etats-Unis connaissant une période de forte croissance économique avec des gains de productivité (apparente du travail) bien supérieurs à ceux de l’Europe. N’était-ce pas la preuve du décrochage technologique de l’Europe par rapport aux Etats-Unis ?

On peut douter de cette explication maintenant que l’on connaît les statistiques validées pour le passé. Dans les années 1980, la croissance du PIB par actif était comparable dans les deux zones (autour de 1.5%) avec un léger avantage pour l’Europe dans les années 1980. Cependant, depuis les années 1990, l’Europe semble décrocher par rapport aux Etats-Unis, dont la productivité apparente (PIB/actif occupé) a augmenté de plus de 2% par an dans les années 1990 et 1.5% par an jusqu’en 2007, 1% depuis la crise. Dans le même temps, la hausse de la productivité de l’Europe est passée de 1.7% dans les années 1990 à 1% par an entre 2000 et 2007 pour s’effondrer à 0.3% depuis 2008. La question est donc posée : faut-il attribuer cet écart au gap technologique ou au gap démographique ? Nous avançons l’hypothèse que ce dernier facteur joue un rôle déterminant car le fossé démographique se creuse plus que jamais. Tous les habitants ne sont pas actifs, mais le nombre d’heures travaillées explique l’essentiel de la différence de niveau de productivité apparente du travail par actif employé, puisque les Américains travaillent 46% de plus que les Français par an. S’ils travaillent, c’est qu’il y a une demande solvable à satisfaire, peut-être aussi plus soutenue qu’ailleurs pour cause d’expansion démographique. Si l’on renonce à l’hypothèse d’indépendance entre les deux variables « PIB par habitant » et « croissance démographique », alors nous pouvons avancer une nouvelle hypothèse, celle d’un multiplicateur démographique qui serait à l’origine d’une part importante des gains de productivité plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe. Généralement, les économistes (se référant à la fameuse fonction de production de Cobb-Douglas) expliquent la croissance par trois facteurs : le capital, le travail et le progrès technique. Revenons aux sources : la productivité est le résidu de croissance supplémentaire, qui ne s’explique pas par l’augmentation des facteurs de production (capital et travail). Faute de mieux, on attribue ce surcroît de croissance du PIB par actif au progrès technique (en l’occurrence la diffusion des technologies de l’information), ce qui est une manière positive de désigner le résidu non expliqué.

Voir de même:

Does aid do more harm than good?

The Oxfam abuse scandal has revealed a sinister side to international charities

The Spectator

17 February 2018

What a scandal for our times. Oxfam, that upholder of modern-day virtue, unassailable in its righteousness, buried for seven years that its aid workers exploited young girls. The men abused their power to have sex with desperate victims of the Haiti earthquake — the very people they were supposed to protect.

Michelle Russell of the Charity Commission is clear about the deception. ‘We were categorically told by Oxfam; there were no allegations of abuse of beneficiaries. We are very angry and cross about this.’

Nor was this a one-off. Helen Evans, the charity’s global head of safeguarding, begged senior staff, ministers and the Department for International Development to act. She had uncovered sexual abuse allegations both abroad — three in one day — and in Oxfam’s charity shops. Nothing was done.

This is the same Oxfam that recently blamed capitalism for world poverty and set up deck chairs in Trafalgar square to protest against corruption and tax havens. Now the virtue signallers are hoisted on the shard of their own fallibility. Compared with the emerging sins of our aid agencies, tax havens look almost benign.

Sadly Oxfam is not alone. Andrew Macleod, former chief operator of the UN Emerging Coordination Centre, contends paedophiles and ‘-predatory’ sex abusers use the halo of charity work to get close to desperate women and children. ‘You have the impunity to do whatever you want. It is endemic across the aid industry and across the world.’ He warns the infiltration of the aid industry by paedophiles is on the scale of the Catholic church — if not bigger. The difficult truth is that ‘child rape crimes are being inadvertently funded in part by the United Kingdom taxpayer’.

These revelations threaten to extinguish the virtuous glow that has protected the aid industry from scrutiny. We should seize the opportunity. Is the £13.5 billion we spend on aid each year doing its job? What is its impact on the countries it is supposed to transform at the local and on the national level?

Until now the aid industry has escaped such examination. It is astonishing to learn that aid effectiveness was not even seen as a priority until 2005. Evaluations still use dubious methods, Jonathan Foreman points out in his excellent report ‘Aiding and Abetting’ (Civitas 2013). One man recalls being told about a splendid school in a village in Pakistan. He had visited the village the week before. There had been no school.

The aid industry has manipulated public opinion with the help of celebrities and politicians eager for the glitz of poverty porn. It’s a powerful and cosy lobby. Oxfam and Save the Children are prime overseas contractors for the DfID. Many DfID workers are former activists from the NGO sector. Western media depend on aid agencies for access and transport in conflict areas.

Most of us would back humanitarian aid and international help when disaster strikes. Few would argue with aid that is there for a specific purpose and ends when that purpose is accomplished. But that is not the same as the open-ended commitment demanded by aid agencies. An Oxfam advert sums up the myth we have been sold: ‘Together we can end extreme poverty for good. Will you join in?’ Who can resist that exhortation? Who wants to sound like a spoilsport by questioning how much must be spent, for how long and how do we judge the job done?

Dambisa Moyo, a global economist from Zambia, points out the first world has sent more than $1 trillion to Africa over the past 50 years. Far from ending extreme poverty, this fabulous sum promoted it. Between 1970 and 1998, when aid flows to Africa were at their peak, poverty in Africa rose from 11 per cent to a staggering 66 per cent. Of course there are other factors. But in her book Dead Aid, Moyo states, ‘Aid has been and continues to be an unmitigated political, economic and humanitarian disaster for most parts of the developing world.’

Indeed the more development aid a country receives, the less likely it is to enjoy economic success. In 1957, Ghana boasted a higher per capita GDP than South Korea. Thirty years later, it was lower by a factor of ten — the toxic effect of official development aid being one factor. On the other hand, South Korea, Singapore and Malaysia, the recipients of relatively little aid, flourished. Aid distorts home markets. Food aid, for example, causes agricultural sectors to shrink and makes famine more rather than less likely. As Moyo puts it, in no other sector, business or politics, are such proven failures ‘allowed to persist in the face of such stark and unassailable evidence’.

Aid does little to promote peace, security, trade and good governance. If anything, it hinders effective government. The cascade of aid money permits government to abdicate its responsibility to fund health care, education and infrastructure. It promotes a disconnect between a government and its citizens. When foreign donors cover 40 per cent of the operating budgets of countries such as Kenya and Uganda, why would leaders listen to their citizens? Schmoozing foreign donors comes first. As Moyo says, ‘Long, long lines of people have stood in the sun to vote for a president who is effectively impotent because of foreign donors or because glamour aid [in the form of Bob Geldof or Bono] has decided to speak on behalf of a continent.’

What Africa needs is not more ‘Band Aid solutions’ but jobs for the 60 per cent of Africans under the age of 24. ’And aid,’ as Moyo says, ‘has never created a single job.’

If aid too often fails countries on the national level, what about locally? Surely local projects must be wholly beneficial? The problem is they come with a catch.

When Mary Wakefield wrote about the UN’s ‘sex for food’ scandal, she mentioned the 2006 report by Save the Children into the effect of the aid cavalcade in Liberia. The report is invaluable because it gives the actual recipients of our aid a voice. Mostly we only have the word of the charities.

The welcome distribution of aid, it soon became clear, went hand in hand with increasing numbers of children caught up, as their parents complained, in ‘man business’. The (mostly) girls ranged from eight to 18. Levels of desperation in the town and the nearby refugee camp meant ‘as soon as they see their “tete” [breasts] coming up then they jump into this man business’. Prostitution had not been common before, and certainly not among children. Teenage pregnancies soared.

All focus groups and individuals interviewed ‘without exception mentioned NGO workers’. As one girl said, ‘I have been asked more than 20 times by men to go with them for money. All are NGO workers.’ The report goes on, ‘It is clear that sex with underage girls by humanitarian workers continues openly.’ Communities were afraid to report NGO staff, ‘as they were concerned that the assistance provided by the NGO might be withdrawn’.

Save the Children noted an alarming trend. ‘Communities were increasingly resigned to the fact that sex in exchange for services was another method of survival.’ Like those African governments dependent on aid, the adults had lost all self-determination. They were rendered as helpless in the hands of the foreign donor as their politicians.

On Radio 4’s Today programme this week, Madeleine Rees, a human rights lawyer, insisted: ‘The majority of aid does good.’ She went on, ‘Who is going to get hurt if the aid budget is destroyed?’ Of course, like obedient children, we are meant to reply, ‘The poor.’ But as more and more stories emerge about waste and abuse, I wonder if aid doesn’t do more harm than good.

POLEMIQUE Cette note adressée aux contrôleurs leur demande notamment de recueillir le maximum d’informations sur les migrants. La direction de la SNCF affirme qu’elle n’en avait pas connaissance et qu’elle a été retirée…

Mickaël Bosredon

Une note interne de la SNCF, datée du 16 février et envoyée par l’établissement de Bordeaux aux 600 contrôleurs de la région, et que 20 Minutes s’est procurée, suscite l’indignation en interne depuis lundi.

Intitulée « Présence groupe de migrants à bord », cette note demande aux contrôleurs, s’ils remarquent « un groupe constitué de population migrante » à bord des trains ou sur les quais, d’en « aviser l’escale », « d’essayer, si la situation le permet, de recueillir le maximum d’informations [nombre de personnes, présence d’enfants, gare de destination, raison de cette mobilité…] » enfin « rédiger un rapport circonstancié et factuel. »

La SNCF fait marche arrière

Contactée mardi par 20 Minutes, Séverine Rizzi, du syndicat CGT des cheminots de Bordeaux, estime que cette directive revient à « demander aux contrôleurs, dont ce n’est pas le but, de classer les migrants et de se comporter comme une milice de la préfecture. Il faudrait ainsi identifier les groupes de migrants, avant même de savoir s’ils ont ou pas un billet. »

Dans un communiqué, la CGT ajoute qu’il s’agit « d’une incitation à des pratiques de discrimination et de délation vis à vis d’une population d’usagers de par leurs origines ou leur apparence physique (…) Pire, les préconisations sous entendent que des usagers d’origine étrangère qui voyageraient en groupes seraient soit disant dangereux et en situation de fraude. »

« Dans le contexte actuel, que les contrôleurs puissent s’entendre dire qu’ils feraient la chasse aux migrants est inacceptable », poursuit la syndicaliste. Une réunion entre direction et syndicats est prévue ce mercredi à 14h30. Mais mardi en fin d’après-midi, la SNCF a tenté de déminer l’affaire. Elle affirme que cette note est « le fruit d’une initiative personnelle » et que « la direction régionale n’en avait pas connaissance et ne l’a donc pas validée ».

Une nouvelle note sera diffusée

Par ailleurs, « il a été demandé, dès connaissance de cette note par la direction mardi en tout début d’après-midi, de ne plus la diffuser car elle est en effet incomplète et fait preuve de maladresses ». Enfin, « cette note ne reflète en aucun cas la politique nationale de SNCF qui se doit de communiquer les coordonnées des services pouvant aider les populations concernées par la crise migratoire. »

D’ici à mercredi, « une nouvelle note sera diffusée et portera sur les “gestes métiers” à tenir de manière globale pour toute personne non munie de billet ». La CGT demande effectivement la diffusion d’une note revenant sur ces préconisations, et rappelant les missions des contrôleurs.

Voir encore:

Clichy-sous-Bois : trois hommes arrêtés pour anthropophagie

Ils ont violemment mordu leur victime à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant de consommer les morceaux.

Julien Constant

Le Parisien
19 février 2018

Trois Capverdiens ont été interpellés, dimanche soir à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pour violences volontaires, acte de barbarie et anthropophagie ayant entraîné une mutilation permanente.

Vers 18 heures, allée Hector-Berlioz, quatre hommes se disputent pour une histoire d’argent. Trois hommes se liguent pour en frapper un quatrième. Ils le mordent violemment à la lèvre inférieure et à l’oreille gauche avant d’ingérer les morceaux de chair arrachés. La victime se défend en portant des coups à ses agresseurs. Elle parvient à blesser l’un d’eux à une cheville.

La police et les secours sont finalement intervenus. Les trois agresseurs ont été arrêtés. Les deux blessés, victime et agresseur, ont été transportés à l’hôpital de Montfermeil (Seine Saint-Denis). Le commissariat est chargé de l’enquête.

Voir de plus:

Retraite : les fonctionnaires japonais pourront travailler jusqu’à 80 ans

Le gouvernement japonais vient d’annoncer que l’âge limite de la retraite des fonctionnaires sera repoussé à 80 ans, contre 70 ans actuellement.

Pour sauver son système de retraite, le Japon n’y va pas par quatre chemins. Le gouvernement conservateur du Premier ministre Shinzo Abe vient d’annoncer, selon la RTBF, que l’âge limite de départ à la retraite des fonctionnaires s’établira à 80 ans, contre 70 ans actuellement. Une solution extrême pour un problème radical : le taux de natalité du Japon est le deuxième plus faible du monde – après la Corée du Sud – avec 1,4 enfant par femme, très loin du seuil de renouvellement établi à 2,1 enfants par femme. Cette mesure de rallongement permettrait ainsi de contenir le déficit budgétaire des retraites.

Conscient de l’ampleur du chantier, le gouvernement a précisé que, pour le moment, cette réforme ne s’appliquerait que sur la base du volontariat. Et le nombre de candidats potentiels ne manque pas : 27,7% des Japonais ont plus de 65 ans selon le National institute of sopulation and social security research (NIPSSR), l’Insee japonais. Parmi eux, 20% sont encore actifs. Il faut dire qu’ils n’ont pas véritablement le choix : 19% des seniors vivent sous le seuil de pauvreté.

Un autre élément vient compliquer la situation : le taux de chômage dans le pays s’élève à 2,8 % de la population. Il n’y a donc plus assez de demandeurs d’emplois, notamment dans la fonction publique. Et toujours selon le NIPSSR, le pays devrait perdre 39 millions d’habitants dans les 50 prochaines années, soit près du tiers de sa population actuelle.

This election season, the candidacy of Donald Trump has provoked a crise de conscience in the ranks of conservatives. But whatever our sympathy for those who banded together to oppose Trump in the January 21 issue of The National Review or for the politicians who have brawled with him on stage, and of whatever use such gestures are politically, they surely have had little value in clarifying the crisis of conservatism that has led to Trump’s rise. Instead of focusing on Trump’s business practices and on the ignorance of his supporters, conservatives might do well to consider the possibility that his success reflects an objective political reality: the relative uselessness in a victimocracy of taking “conservative positions,” when the more urgent task is to relegitimize the liberal-conservative dialogue through which policy has traditionally gotten made in a democratic republic. In a word, restoring the art of the deal.


As the defense of the legitimacy, if not the perfection, of the status quo, conservatism is less a doctrine than a rule of thumb, the simplest version of which is no doubt William F. Buckley’s “standing athwart history yelling ‘Stop!’” In the left-right dichotomy born with the seating arrangement in the Assemblée Nationale in 1789, the left defends the moral model of reciprocal equality while the right defends the privileges of firstness in the service of the community. For the left, inequality of reward, if not of power, is in principle illegitimate, and can be tolerated only out of necessity. For the right, social hierarchy, the reward of firstness, is valid in principle. The right is not necessarily conservative; the far right can be as militant in its defense of privileges as the far left in its attack on them. The beginnings of the moderate right philosophy that can specifically be called conservatism were defined in Edmund Burke’s 1790 Reflections on the Revolution in France as what we might call a zero-based philosophy of social change: if it ain’t broke, don’t fix it; appreciate the fact that it works at all.

As this suggests, with the extremes removed, the two sides are not symmetrical. The left demands major changes in the system, and seeks to accrue more power to the government in order to implement them. The right tends to find the system basically acceptable and agrees to change it only reluctantly, except perhaps to walk back some of the left’s changes. Yet the very fact of sitting in the same chamber implies that the two sides hope to reach a compromise through negotiation—as was still the case in 1789. As applied to non-revolutionary parliamentary situations, the right realizes that the left can disrupt the social order if its demands are not met; the left realizes that when the disruption reaches a certain level, the state, even under a left-leaning administration, must defend this order by force. So long as both sides sit together, they tacitly agree, as Churchill put it in a different context, that jaw jaw is preferable to war war.

This system has functioned, not without crises, throughout the history of American democracy. In particular, from the late 19th century through the 1950s, the elected representatives of the various regional, industrial, occupational, and other interest groups, most notably the countervailing market forces of capital and labor, negotiated over specifics while largely confining their moral arguments to rhetoric to rally their supporters. Conservatism was never a major consideration throughout this period; the Republican party, representing large and small business interests, generally took a Burkean perspective (exception: Teddy Roosevelt), but was little concerned with doctrine as such.

But since 1989, the perspective of the New Left, which began in the 1960s as a campus-based opposition to the Vietnam War and came to attack liberal democracy itself, has gone mainstream. After the fall of the USSR, the left no longer needed affirm the superiority of liberal democracy over communism; it was the only game in town. And now that the market system is tacitly understood by both sides to be the final system—Fukuyama’s end of history—a permanent quasi-revolutionary situation is paradoxically reestablished. Since the system is in principle invulnerable, there is no a priori limit to the degree of unrest it can tolerate. The result is an attitude analogous to the behavior of naughty children secure in their parents’ care, one that flourishes more freely on university campuses than in serious workplaces, but which nonetheless increasingly sets the tone for the Democratic party, as Sanders’ surprising success has revealed. In particular, there has been a growing tendency on the left to replace its formerstructural focus—defending labor against capital—by a fight against inequality attributed toascriptive differences—seeking justice within the Nazi-Jew/master-slave/colonizer-colonized model.

Because even in the past the left tolerated but never truly embraced the model of politics as negotiation among countervailing interest groups, the right has remained largely unaware of the revolutionary potential of this new development. In political terms, it is far easier to justify wealth differentials along structural lines than to defend against the attribution of differentials among ascriptive groups to “white privilege.”

Traditional conservatives, unprepared for this change in configuration, have been blind-sided by the resulting accusations of race and gender prejudice. The term “PC,” by which conservatives refer to the victimary phenomenon when they do so at all, reduces it to a matter of etiquette, ignoring its deeper political implications. The Republican presidential candidates have almost entirely avoided victimary issues despite their preponderance in the Democratic program: reducing incarceration and criminal prosecution, restraining the police, raising women’s pay from “77 cents on the dollar” and granting women sex-related health benefits, granting “transgendered” boys access to women’s bathrooms, identifying voter-ID laws with “voter suppression,” and generally treating Wall Street, the “one percent,” “millionaires and billionaires” and “the Koch brothers” not merely as greedy cheats but as sustainers of “white privilege”—not to speak of encouraging the “crybullying” about racism and the “rape culture” that goes on at college campuses. Only Trump and, while he was active, Ben Carson (whose recent endorsement of Trump confirms their agreement on this point) have conspicuously denounced PC, and none have made it the focus of their campaigns, except on the point of limiting immigration, which Trump has made so to speak his trump card.

And it goes unmentioned on the right as well as the left that the result of the latter’s promotion of minority concerns not as group interests but in the guise of victimary social justice is that, while its bureaucratic saviors enrich themselves, the minority community has experienced previously unknown levels of social disintegration, with results clearly visible in Detroit, Baltimore, Washington DC, Saint Louis…. There are precious few fora to the left of the ominous “alt-right” where such concerns can be aired.


As I pointed out in Chronicle 508, Trump embodies far more than he articulates resistance to the victimocracy. Yet this is indeed an issue concerning which, at this historical moment, embodiment is more important than articulation. Although Trump rarely denounces PC by name, his demeanor loudly proclaims his rejection of White Guilt—unlike Bernie, he has no trouble telling Black Lives Matter protesters that “all lives matter.” Trump’s unexpected staying power—leading to his “presidential” performance at the March 10 debate—reflects to my mind far more than attractiveness to the benighted bearers of poor-white resentment. On the contrary, Trump’s continual emphasis on “deals” suggests a sharp intuition of how to adapt conservatism to the current victimocratic context. Before we can exercise Buckley’s Burkean resistance to unnecessary change, we have to return to the left-right dichotomy of the Assemblée Nationale. What is required at this moment is not conservatism as usual, butsecond-degree conservatism, metaconservatism.

The contempt of the voting public for Washington’s inability to “get anything done” reflects the fact that under the current administration, the shift of Democratic politics from liberalism to progressivism, from focusing on the concerns of the working class to those of ascriptive minorities, involves a fundamental change from defending interests to seeking justice. The first can be negotiated on a more or less level footing with opposing interests; the second can only be resisted by unregenerate evil-doers, which is more or less the way the current president and his potential Democratic successors characterize the representatives of the other party. In this noxious context, the (meta)conservative position is not to deny victimary claims, but tonormalize them: to turn them back into assertions of interests to be negotiated as political questions were in days of old—in a word, into issues that can be settled by making a deal.

Victimary activism should not in itself guarantee representative status for its leaders on campuses and elsewhere. But when university officials find it appropriate to hold discussions with representatives of the black or gay or Muslim student body, by making it clear that they view the latter as interest groups rather than as communities of the oppressed, they can avoid putting themselves, as such officials all too often do, in a situation of moral inferiority. There is no reason not to allow a group to express what it considers its legitimate interests; there is every reason not to consider the expression of these interests a priori as “demands for justice.”


In their preoccupation with denouncing Trump as a false conservative, the guardians of the flame forget that at a time when the victimary left seeks to portray the normal order of things in American society as founded on privilege and discrimination, Trump’s supporters turn to him as a figure of hope because his mind, unclouded by White Guilt, views the political battlefield, foreign as well as domestic, as a place for making deals. This used to be called Realpolitik.

All too often, to read today’s mainstream press, let alone more extreme publications such as the new New Republic or Salon, is to be subjected to the verbal equivalent of race war. The political discourse of Sanders and Clinton is deeply impregnated with this same rhetoric. Whether or not Trump is its nominee, I hope the Republican party does not need another general election loss to teach it that to articulate and defend a conservative position today, it is first necessary to reject the victimary moralization of politics and return to the liberal-democratic continuum within which conflicts can be mediated. At that point, regardless of the party in power, liberals and conservatives can argue their points, and then come together and make a deal.

Voir aussi:

The Archbishop of Canterbury tells why the Easter story can help humanity escape a lethal cycle of fear and resentment

A couple of weeks ago, there was a sadly predictable report of the reaction from some ultra-conservative Christian groups to the BBC’s advance publicity for its dramatisation of the passion of Jesus. The author and producer had underlined the fact that they were presenting a fairly nuanced view of the characters of the ‘villains’ of the story such as Judas and Pilate; the Christian critics responded by complaining that this was being unfaithful to the Bible. These characters were bad and that was an end of it.

Viewers of the series will have their own judgment. But the alarming thing is that anyone should think that the story of Jesus’s death is a story about the triumph of bad men over good ones, with the implication that if we’d been there we would have been on the side of the good ones.

It’s not only that the biblical story, especially St John’s Gospel, shows us just the mixed motives that can be seen in figures such as Pilate and the High Priest. Much more importantly, the entire message of the Bible on this point is that the problem begins with us, not them. Jesus is killed because people who think they are good are in fact trapped in self-deception and unable to get out of the groove of their self-justifying behaviour. And the New Testament invites every reader to recognise this in himself or herself.

In recent years, a number of Christian writers, inspired by French critic and philosopher René Girard, have stressed with new urgency how the Bible shows the way in which groups and societies work out their fears and frustrations by finding scapegoats.

Because we compete for the same goods and comforts, we need to sustain our competition with our rivals and maintain distance from them. But to stop this getting completely out of hand, we unite with our rivals to identify the cause of the scarcity that makes us compete against each other, with some outside presence we can all agree to hate.

Just as the BBC drama suggested, Jesus’s context was one where Judaeans and Romans equally lived in fear of each other, dreading an explosion of violence that would be destructive for everyone. Their leaders sweated over compromises and strategies to avoid this. In such a context, Jesus offered a perfect excuse for them to join in a liberating act of bloodletting which eliminated a single common enemy. The spiral of fear was halted briefly.

Frequently in this mechanism, the victim has little or nothing to do with the initial conflict itself. But in the case of Jesus, the victim is not only wholly innocent; he is the embodiment of a grace or mercy that could in principle change the whole frame of reference that traps people in rivalry and mutual terror.

Thus the scapegoat mechanism is exposed for what it is – an arbitrary release of tension that makes no difference to the underlying problem. And if you want to address the underlying problem, perhaps you should start listening to the victim.

For many of our contemporaries, the Christian message is either a matter of unwelcome moral nagging or a set of appealing but finally irrelevant legends. If it has a place in our public life or our national institutions, it is on the basis of a slightly grudging recognition that ‘it does a lot of good work’ and represents something about continuity with our past.

But what if the Christian story offered more than this? What if it proposed a way of understanding some of the most pervasive and dangerous mechanisms in human relationships, interpersonal or international?

It doesn’t take much imagination to see how internally divided societies find brief moments of unity when they have successfully identified some other group as the real source of their own insecurity. Look at any major conflict in the world at the moment and the mechanism is clear enough. Repressive and insecure states in the Islamic world demonise a mythical Christian ‘West’, while culturally confused, sceptical and frightened European and North American societies cling to the picture of a global militant Islam, determined to ‘destroy our way of life’.

Two fragile and intensely quarrelsome societies in the Holy Land find some security in at least knowing that there is an enemy they can all hate on the other side of the wall. A crumbling dictatorship in Zimbabwe steps up the rhetoric of loathing and resentment towards the colonial powers that create the poverty and the shortages. Nearer home, disadvantaged communities make sense of their situation by blaming migrants and asylum seekers.

It’s not that the fears involved are unreal. Global terrorism is a threat, Israel and Palestine really do menace each other’s existence, colonialism isn’t an innocent legacy and so on. But the exploitation of these real fears to provide a ‘solution’ to more basic problems both breeds collective untruthfulness and makes any rational handling of such external fears infinitely harder.

It breeds a mentality that always seeks to mirror the one who is threatening you. It generates the ‘zero-sum game’ that condemns so many negotiations to futility. Worst of all, it gives a fragile society an interest in keeping some sort of external conflict going. Consciously or not, political leaders in a variety of contexts are reluctant to let go of an enemy who has become indispensable to their own stability.

The claim of Christianity is both that this mechanism is universal, ingrained in how we learn to behave as human beings and that it is capable of changing.

It changes when we recognise our complicity and when we listen to what the unique divine scapegoat says: that you do not have to see the rival as a threat to everything, that it is possible to believe that certain values will survive whatever happens in this earth’s history because they reflect the reality of an eternal God; that letting go of the obsessions of memory and resentment is release, not betrayal.

People may or may not grasp what is meant by the resolution that the Christian message offers. But at least it is possible that they will see the entire scheme as a structure within which they – we – can understand some of what most lethally imprisons us in our relationships, individual and collective. We may acquire a crucial tool for exposing the evasions on which our lives and our political systems are so often built.

Yes, the Christian church has been guilty of colossal evasion, colluding in just those scapegoating mechanisms it exists to overcome. Its shameful record of anti-semitism is the most dramatic reversal of the genuine story it has to tell, the most dramatic example of claiming that the killing of Jesus was indeed about them and not us.

But it keeps alive that story. Every human society needs it to be told again and again, listening to the question it puts, whether or not people identify with Christianity’s answer. The point of the church’s presence in our culture is not to be a decorative annexe to the heritage industry, but to help us see certain things we’d rather not about common responsibility – and the costly way to a common hope.

Voir de plus:

The Rise of the Victim Bully

The imaginative conservative
Aug. 2, 2015

One of Christianity’s contributions to civilization has been a startling compassion for the victim. As René Girard has pointed out, from the beginning of time primitive peoples focused their animus on the outsider, the oddball, or the eccentric in their midst. It was the disabled, the alien, the poor, and the weak who most often took the blame for society’s ills. The crowd turned on them as the origin and cause of their problems. They became the scapegoat. As they were ostracized, excluded, persecuted, and killed, the source of the tribe’s problems was eliminated.

Consequently, the tribe felt cleansed. The violence unleashed a feeling of power and freedom. As the evil was purged, thrill surged. All was well. Life could continue and the tribe could prosper. Until, of course, another crisis developed—and at that point another victim would be needed. Because of the regularity of the crises, religions developed the ritual of regular sacrifice. Victims were found, throats were cut, blood was shed, and if animals were substituted, it did not mitigate the truth that the society still ran on the blood-fuel of the victim.

This may seem terribly primitive in a modern age, until one see videos of ISIS soldiers ritually beheading their victims. Modern Americans may think they are far removed from the barbarities of the Aztecs until they view a video of a wine-sipping high priestess of the cult of abortion describing how she dismembers children and harvests their organs. Is this so far removed from the haruspication of the ancients? When crazed and enraged young men—be they Islamist or racist extremists—open fire on their innocent victims, are we so far from Girard’s theory of the scapegoat?

Girard points out that Jesus of Nazareth turned the model on its head. He does so first by valuing the victim. The poor, the outcast, the crippled, diseased, blind, and demon-possessed are his prizes. He treasures children and magnifies women. He turns the sacrificial system upside down not only by valuing the victim, but by becoming the victim. He accepts the victim role and willingly becomes “the Lamb of God” who takes away sin of the world. He defeats the sacrificial system by embracing it. He breaks it from the inside. For the last two thousand years, the world has been learning that the victim is the hero.

The problem is that everyone is jumping on the bandwagon. Being a victim is fashionable—ironically, becoming bullied is now the best way to bully others. It works like this: If you want to move forward in the world, make progress for you and your tribe, further your ambitions, justify your immoral actions, grab a bigger piece of the pie, and elbow others away from the trough, simply present yourself and your tribe as victims. Once you successfully portray yourselves as a poor, outcast, persecuted, minority group you instantly gain the sympathy of all.

The first key to success in this campaign is to portray your victim condition as something over which you have no control. This is clear when the victim group is a racial or ethnic minority. The same sense of unjust destiny has to be produced for other groups. So the feminists have exploited the technique to portray all women as downtrodden. Homosexual campaigners have likewise insisted that their condition is something they were born with, and now anyone with a sexual proclivity that is other than heterosexual can be portrayed as a misunderstood and persecuted victim.

People suffering from any kind of illness, disability, or misfortune are victims of some sort of injustice, cruelty, or neglect. Those who suffer from poverty, addiction, broken families, psychological problems, emotional distress, or just plain unhappiness are victims too. The victim mentality is linked with an entitlement culture: Someone must be culpable for the unhappiness of the victims because someone should be responsible for making them happy.

The second step in effective victim-campaigning is to accumulate and disseminate the propaganda. Academic papers must be written. Sociological studies must be undertaken. Groundbreaking books must be published. Stories of the particular minority group being persecuted must make front page news. The whimpers of the persecuted must rise to heaven. The shock at their victimhood must be expressed as “sadness,” “concern,” and “regret.” If one is not sympathetic, if one is reticent to pour balm in the victim’s wounds, then the bullying begins. You must recognize the victim. You must be sympathetic. You must be tolerant. You must join the campaign to help the victim, solve their problems, and make them happy at last. If you do not, you are not only hard-hearted, you are part of the problem.

The third stage of the campaign is the release of anger. Once the victim is identified and the information is widespread, the rage can be released. The anger must be expressed because, without knowing it, a new cycle of tribal scapegoating has developed. As the tribe gathers around the victim in sympathy, they must find the culprit, and their search for the culprit (whether he is guilty or not does not matter) sends them on the same frantic scapegoating quest that created their victim in the first place. The supposed persecutors have now become the persecuted. The unhappiness of the tribe (which presents itself as sympathy for the victim) is now focused on violence against the new victim—and so the cycle of sin and irrational rage continues.

Observe American society today. Everywhere you look we are apportioning blame and seeking scapegoats. The blacks blame the whites. The whites blame the blacks. The homosexuals blame the Christians. The Christians blame the homosexuals. The Republicans blame the immigrants. The immigrants blame the residents. The workers blame the wealthy. The wealthy blame the workers.

Why has our society descended into the violence of scapegoating and blame? Because it is inevitable. The victimhood cycle will continue through cycles of revenge and further victimhood unless there is an outlet.

Where is there an end to the cycle of violence and victimization? There is only one solution: Find a constant victim—one who is the eternal victim and remains the victim. How is this done? It is done within the religion of a society. If a society has a religion of sacrifice the ritual victim becomes the focus of the tribal animus. The ritual victim becomes the constant scapegoat. The ritual victim becomes the psychological safety valve.

Catholicism, of course, is the only religion in the modern world which, astoundingly, still claims to be offering a sacrifice. This is why the ancient celebration of the Mass is still so vital in the modern world—because there the one, full, final sacrifice is re-presented for the salvation of the world.

The problem is that we are not a sacrificial and a sacramental people. We do not understand what the liturgy calls “these holy mysteries.” Most Catholics in America are embarrassed by the language of sacrifice. We are a blandly utilitarian race–shallow, and lacking in imagination. We are uncomfortable with blood sacrifices and cannot understand the rituals of redemption. American Catholics prefer their liturgy to be a banal family meal where they sing happy songs about making the world a better place. It is no longer a sacred sacrifice or a holy mystery, but a cross between a campfire and a pep rally.

Nevertheless, when the religion in a culture offers the mysteries of sacrifice the urge to lay blame is assuaged, the cycle of blame finds its proper resolution. As the eternal victim is offered the mystery unfolds, and the words, “Behold the Lamb of God who takes away the sin of the world” echo more profoundly than we ever could have imagined.

Voir encore:

As anyone who reads this blog knows, I am a hardcore devotee of the ideas of Rene Girard.  I’ve tried before to set out, in a big picture way, why I think his ideas are so important and so fruitful–not just in terms of Christianity or religion, but in general.  But those things I mentioned are big-picture concepts, and can be seen as somewhat abstract.  If you want some specific idea of Girard’s, one that is directly relevant to our current political and cultural situation, I think his most trenchant idea is his discussion of the Cult of Victimhood.

In Girard’s analysis, the Cult of Victimhood is, though unacknowledged by its practicioners, literally a Christian heresy (or more accurately, a Judeo-Christian heresy, if one can say that).  For Girard, the death and resurrection of Jesus Christ reveals to the world the mechanism of scapegoating–a victim is selected from among the people and sacrificed in order to discharge our rivalrous, imitative desires, and that sacrifice becomes both ritualized and camouflaged so that we are unaware of our participation.  Jesus, finishing a process begun at the beginning of the Hebrew Scriptures, comes to strip off the veil over our eyes, to reveal to us the truth.  Where once we held fast to the idea that the victim really deserved to be sacrificed, we now understand that the victim is innocent.

Girard insists that this bell cannot be un-rung, and society can never go back to the way it was prior to Easter Sunday.  But that does not mean that scapegoating is ended forever.  It simply means that we as a people cannot rely on the simplistic old versions of the sacred to sustain the Big Lie.  Instead, if we want to avoid the hard work of imitating Jesus, forgiving our enemies, and learning to live in peace, we have to construct a new version of the Big Lie.  This new narrative has to incorporate on some level what Alison calls the « Intelligence of the Victim » that is provided by Jesus’s life, death and resurrection (since that is now a permanent part of human understanding), while still finding a way to create space for sacrificing victims.

One way to do this, as Jean-Pierre Dupuy has explored in Marks of the Sacred and Economy and the Future, is to set up supposedly « neutral, » technocratic systems to, in essence, « do the dirty work for you » while keeping a clean conscience (« I’m not punishing the poor, it’s just ‘market forces’ that are leaving people destitute » etc.).  But the other way is through the Cult of Victimhood.  The Cult of Victimhood begins by appropriating the Intelligence of the Victim, recognizing the truth that discrete groups are often persecuted unjustly by virtue of being a discrete group, and not as a result of anything for which they are responsible.  And the Cult of Victimhood insists, correctly, that persecution of the particular discrete group at issue is unjust and should be stopped.  So far, so good.  But then the Cult of Victimhood turns being a victim into a status, defining itself in terms of the marker (either directly or indirectly) of having been through the experience of being a victim.

The Cult of Victimhood is thus an inversion of the normal, pre-Christian process of the Sacred–rather than the majority forming an identity over and against some identifiable minority victim or group of victims through the process of victimization, the minority forms an identity over and against the majority by virtue of being victimized, either presently or at some point in the past. This creates three serious problems.  First, the identity of the group is tied up in the status of being a victim.  Thus, perversely, there is an incentive for the minority to seek to be victimized, because it supports and reinforces the group identity, leading to counter-productive co-dependent relationships with the persecuting majority.  Or, at a minimum, the minority needs to perceive itself as being victimized in order to shore up its self-identity, leading to incentives to find persecution behind every rock or tree, even when it is not there.

The second problem is that the Cult of Victimhood is it creates a tempting platform to seize the moral high ground.  In light of the message of Jesus, we have an obligation to have special moral concern for victimsas victims.  But it does not follow that those that are victimized have some special moral qualities or status by virtue of being victims.  Being a victim does not necessarily make you wiser, or more just, or better able to discern moral realities in the world around you, because being a victim is ultimately and fundamentally arbitrary.  As the great Ta-Nehisi Coates says, « [w]e, too, are capable of fictions because, as it turns out, oppression confers no wisdom and is rarely self-improving. »  But the Cult of Victimhood seizes on being a victim to provide a kind of imputed righteousness.  Once again, this is an inversion for the old vision of the Sacred–whereas before the society explained that victims became victims through some narrative of moral failure, now the victims understand their victim status through a narrative of their own moral superiority.

In doing so, it sets up a purely binary, Manichean distortion of the Gospel message, dividing the world into fixed categories of victims who are righteous and victimizers who are unrighteous.  This binary system acts as a kind of moral shield for their own behavior.  The logical chain goes like this:  because I am a victim, I am righteous; because I am righteous, those that challenge or critique that righteousness (especially if the critique comes from those that victimized me) are per se wrong and their critique is per se illegitimate; thus, I can stay in a comfortable bubble of my own imputed righteousness.  Because I am an innocent victim, I don’t have to take seriously any critiques of my own actions.

This in turn leads to the third problem.  Because of the power of feature #1 and especially feature #2 of the Cult of Victimhood, everyone wants to get in on the action.  And, given both the pervasive nature of scapegoating and the cultural awareness of the phenomenon (even if inchoate) brought about by thousands of years of Judeo-Christian presence, everyone can get in on the action if they look hard enough.  Everyone can craft a story of why they are the « real » victims over and against some group of victimizers.  What results is an utterly intractable set of mutually incompatible victimhood narratives, in which every group is the righteous but persecuted minority over and against some nefarious overculture.

In an attempt to resolve this deadlock, the basic instinct (especially for the partisans of one competing narrative or another) is to try to adjudicate who are the « real » victims and who is the « fake » victims.  Girard would insist that this is an utterly futile activity, because all of these stories of victimhood are on some level true and on some level self-serving nonsense.  The fact of being the victim is true, but the narrative of why the victimization occurred, tied into to some group identity and moral status, is not.  And it is not true because, again, being a victim is arbitrary.  Sometimes you are victimized because of some trait you happen to have (like race or gender), sometimes it is because of some social group you happen to belong to that happens to be on the short end of the stick for whatever reason (like LGBT folks), sometimes it is for no reason at all.  The only real difference between the victim and the victimizer is circumstance.  Or, to put it another way, there has only been one truly innocent victim in all of history, and He was last seen outside of Jerusalem 2000 years ago and 40 days after Easter Sunday.

Again, it’s crucial, here and elsewhere, to draw a very clear line between the fact of victimization and the status as a victim.  People get victimized, and we have a moral obligation to try to end the victimization.  But the Cult of Victimization makes that project more difficult, because it weaponizes victimization and intermixes genuine victimization with dubious claims of moral righteousness.  It also incentivizes out-and-out bogus claims of victimization, because the power of victimhood status is to enticing.

To see an example of the Cult of Victimhood in action, consider this piece from Andrew Sullivan about Trump.  In the piece, Sullivan makes the point that one key dimension of why white, working-class voters have rallied to Trump is the disdain shown by cultural elites (mostly liberal but also conservative, to the extent those are still distinct categories) toward the culture and values of said white working-class people.  The reaction on social media to the piece was very telling.  Instead of pushing back on the thesis (i.e., « you are wrong, Andrew, we don’t disdain the values of these folks. »), or to admit the thesis and stand firm on the position (i.e. « yes, Andrew, we do disdain the values of these folks because these values are bad. »), the reaction was to criticize Sullivan for failing to assert that racism (and, to a lesser extent, homophobia) was the « real » reason why these voters were supporting Trump.

First off, Sullivan does talk about that in the piece.  But, more to the point, seizing on Sullivan’s purported failure to talk about race or homophobia is a way to side-step and de-legitimize the basic point that cultural elites disdain a big chunk of the population.  Because, if the « real » issue is race or homophobia, then in the Cult of Victimhood world the issues and objections of white working class folks are per se illegitimate, because they are the unrighteous victimizers.  In other words, yelling at Sullivan for failing to talk about race is another way of saying « their assertion of victimhood status is bogus because my victimhood status is real, and because my victimhood status is real their assertion of victimhood status must be bogus. »  And, of course, the same story can (and is) being said on the other side.  Which is why, along the lines of Sullivan’s piece, the 2016 U.S. Presidential election has been a heretofore unprecedented orgy of the Cult of Victimhood from all sides, and promises to become even more grotesque as we get closer to November.

Or, let’s take a perhaps less weighty example, from my geekdom of choice, tabletop role playing games.  To my utter shock, tabletop role-playing games are undergoing a renaissance.  A month or so ago, Slate, that bastion of middle-brow coastal opinion, published an article praising the Youtube show « Critical Role, » calling it « flat out great television. »  Now, I really like « Critical Role, » and it is a very well done show with interesting and engaging personalities, but at the end of the day it is an extended (usually four hours at a time!) video of a bunch of people playing Dungeons and Dragons.  If you told Middle School me that filmed D&D games would be covered and praised in the media, my head would have exploded.

My head would have exploded because when I was a kid there was a bias against geeky activities like D&D.  Now, I don’t want to oversell this–it would be grossly exaggerated to say most people into geeky stuff were persecuted, and it should never be compared to what is experienced by racial or sexual minorities.  But it was social disfavored, and the stigma was real.  For example, I kept my interests in this area mostly to myself as an adult, and kept the hobby at arms-length–I felt that people would perceive it as immature or weird.  I’ve shed that idea, partially out of a sense that letting what people think of your fun dictate what you do is lame and counter-productive, but also because it has become clear than no one cares anymore.

So, this should be a great time to be a tabletop RPG fan, and everyone should be happy, right?  Not quite.  It turns out there is a deeply toxic element of the tabletop RPG culture, one that has full-throatedly embraced the Cult of Victimhood.  Here’s a good example.  The basic claim is that there is a culture of sexual harassment in the hobby, directed an women in particular.  Immediately with the first commenter, we see the classic Cult of Victimhood push-back–« I am not the victimizer, because I am the victim of your persecution. »  Again, we see the clear binary, which is that if I am a victim, I cannot be a victimizer, and for me to be a victim, I need you, or someone else, to be the victimizer.

One theme, and this runs through much of the toxicity in geek culture (seen most clearly with « Gamergate »), is that the presence of women in the hobby is The Worst and is ruining it.  Here, I will simply restate my view that mixed gendered scenarios are basically always better than single gendered ones.  But the reflexive misogyny is not really about concrete experiences, but about the Cult of Victimhood.  A person who was rejected by the broader culture (which, to an adolescent male, is often identified with girls) builds an identity around the notion of being excluded and marginalized by « them. »  When « they » attempt to enter those spaces, this identity formed via perceived victimhood is threatened.  Thus, something which would logically be seen as a victory (« Girls once shunned me for playing tabletop RPGs, and now they want to play, too! ») becomes an existential threat.  By excluding these intruders, identity is maintained–at the cost, of course, of victimizing innocent women who just want to play a game.  But that reality doesn’t have to be faced, because it can be shunted aside in the binary narrative of the Cult of Victimhood.

My point in using these two examples is not pass judgment on the validity of the victimhood claims involved (though, from where I sit, the claims of victimization of racial and sexual minorities, as well as women in the RPG space, seem mostly real; the claims of male gamers seem mostly bogus; and the claims of white working class folks seem to be some combination of truth and self-serving fantasy).  The point is to talk about how the Cult of Victimhood works, and why it makes these kinds of debates so intractable.  No matter how real the persecution, the stories people tell regarding the persecution are fundamentally unreliable, especially if they divide the world into an « us » and a « them. »  And, once they are a « them, » we can stay safe in our bubble of righteousness.

The power of Girard’s ideas, for me, is the constant and destabilizing claim of a radical equality–we are all victims, and we are all victimizers.  This doctrine cuts through both our self-serving claims to goodness as well as the paralyzing guilt of our wickedness. Our only escape from the Cult of Victimhood is to find a way to embrace the hard teaching of Elder Zosima:

There is only one means of salvation, then take yourself and make yourself responsible for all men’s sins, that is the truth, you know, friends, for as soon as you sincerely make yourself responsible for all men, you will see at once that it is really so, and that you are to blame for everyone and all things.

The story of Donald Trump’s stunning upset victory, according to exit poll data, is very clear: He won the white working class by an unprecedented margin, and held on to a surprising majority of college-educated whites. That allowed him to flip heavily white areas of states like Wisconsin and Pennsylvania that had voted for Obama.

The big questions now are: Why this? And why now?

One answer you’ll hear is economic: that those white-working class voters were angry in the wake of the Great Recession and the ongoing job losses due to globalization, and were looking for someone to blame. This may end up being part of the general election story — we don’t have enough data to say for sure.

But preliminary data suggests it is hardly all of it. An analysis from USA Today’s Brad Heath found that Hillary Clinton got crushed in counties where unemployment had fallen in the late Obama years:

There’s something deeper going on here. And to understand this part of the story, you need to look beyond American borders. It’s tempting to think of Trump as something uniquely American, but the truth is that his rise is being repeated throughout the Western world, where far-right populists are rising in the polls. They’re not rising because of their economies. They’re gaining unprecedented strength because of their xenophobia.

In Hungary, the increasingly authoritarian prime minister, Viktor Orban, has started building a wall to keep out immigrants and holding migrants in detention camps where guards have been filmed flinging food at them as if they were zoo animals. In Italy, the anti-immigrant Northern League, led by a politician who has attacked the pope for calling for dialogue with Muslims, is polling at more than three times its 2013 level, making it the country’s third most popular party. And in Finland, the Finns Party — which wants to dramatically slash immigration numbers and keep out many non-Europeans — is part of the government. Its leader, Timo Soini, is the country’s foreign minister.

Those leaders were among the first to praise the president-elect. Marine Le Pen, who runs an increasingly popular French far-right party, tweeted in elation: “Congratulations to the new president of the United States Donald Trump and to the free American people!”

Politicians like Le Pen and Orban share Trump’s populist contempt for the traditional political elite. They share his authoritarian views on crime and justice. But most importantly, they share his deeply negative views of immigrants, his belief that Muslims are inherently dangerous, and his stated support for closing the borders to refugees and economic migrants alike.

These parties’ values are too similar, and their victories coming too quickly, for their success to be coincidental. Their platforms, a right-wing radicalism somewhere between traditional conservatism and the naked racism of the Nazis and Ku Klux Klan, have attracted widespread support in countries with wildly different cultures and histories.

A vast universe of academic research suggests the real sources of the far right’s appeal on both sides of the Atlantic are anger over immigration and a toxic mix of racial and religious intolerance. That conclusion is supported by an extraordinary amount of social science, from statistical analyses that examine data on how hundreds of thousands of Europeans to books on how, when, and why ethnic conflicts erupt.

We cannot understand Donald Trump’s victory, then, without understanding this global wave of what CNN anchor Van Jones memorably summed up as a “white lash.”

The resentment of the privileged

Political scientist Roger Petersen has argued, persuasively, that ethnic conflict around the world is often driven by something he calls “resentment”: the feeling of injustice on the part of a privileged portion of society when it sees power slipping into the hands of a group that hadn’t previously held it. Drawing on social psychology, he theorized that one of the underappreciated causes of ethnic violence was a change in the legal and political status of majority and minority ethnic groups.

In his book, Understanding Ethnic Violence, Petersen argues that his theory helps explain the causes of other cases of ethnic violence in Eastern Europe, including the carnage in the Balkans in the 1990s. Other scholars have since found that it could be used to understand communal violence elsewhere in the world.

A 2010 paper published in the journal World Politics tested Petersen’s theory, looking at 157 cases of ethnic violence in nations ranging from Chad to Lebanon. It found strong statistical correlations between a group’s decline in status and the likelihood that it turns to violence against another group.

What does any of this have to do with Donald Trump?

Petersen predicts that ethnic struggle should play out differently when governments are weak, as in the wake of a Nazi invasion, versus when they’re strong, as in modern France. In nations with strong and legitimate governments, the loss of status by a privileged group is extremely unlikely to produce large-scale ethnic slaughter.

But « resentment » on the part of the previously dominant group doesn’t just dissipate; it is simply channeled into another way of clinging to power and preventing another group from attaining it. Like, say, elections and government policies.

« Dominance, » Petersen writes, « is sought by shaping the nature of the state rather than through violence. »

While Petersen’s book focuses on Eastern Europe, his framework applies to all different kinds of countries. So when post–World War II Europe experienced a massive wave of immigration, in large part from nonwhite and Muslim countries, Petersen’s work would predict a major backlash. Ditto when the United States ended Jim Crow, allowing black people to participate as formal equals, and when it experienced a mass wave of Latino immigration.

What you saw in many of these countries was a very different kind of population moving in and occupying social roles that had previously been reserved for white Christians. This was the ultimate change in social hierarchy. Nonwhites, who had historically been Europe and America’s colonial subjects and slaves, were now becoming its citizens. They weren’t just moving in; they were changing its society.

The question wasn’t whether there would be a massive electoral backlash. It was when.

The rise of the European far right

For Jean-Marie Le Pen, arguably the father of Europe’s far-right political movement, the backlash began in earnest in 1984. His political party, the Front National (FN), won about 11 percent of the French national vote in the 1984 elections to the European Parliament. It was the first major electoral victory for a party of its kind.

Le Pen had founded the party 12 years earlier. It was a populist party, one that argued that ordinary people were being exploited by a corrupt class of cosmopolitan elites. They were also authoritarian, constantly warning of the dangers of crime and the need for a harsh state response.

But above all else, the FN was xenophobic. Its members believed the postwar wave of immigrants threatened the French nation itself; stopping more from coming in was the only thing that could save the country from being overrun. The party cleverly avoided labeling nonwhites “inferior,” but instead sold their xenophobia as a defense of “French culture” — rhetoric that functioned very similarly to Trump rhetoric about Latino crime.

« Immigration is the symbolic starting point for the debate of the future of the French nation, » FN politician Jean-Yves Le Gallou once said.

The FN’s success spawned imitators. In 1986, Jörg Haider — a firebrand who once praised Hitler for having a « proper employment policy » — took over Austria’s Freedom Party (FPO), transforming it into a xenophobic party along the FN’s lines. In 1999, the FPO came in second in Austria’s parliamentary elections, joining a government led by the center-right People’s Party.

In 2001, a Dutch sociology professor named Pim Fortuyn launched a new political movement — oriented entirely around opposition to Muslim immigration. « I don’t hate Islam, » he once said. « I consider it a backward culture. »

By 2002, Fortuyn’s new party, the Pim Fortuyn List, was second in the national polls. Fortuyn was assassinated by a far-left activist that year but was succeeded by another charismatic populist, Geert Wilders.

Wilders, who declared in July that « I don’t want more Muslims in the Netherlands and I am proud to say that, » leads the third-largest bloc in the Dutch parliament. Wilders’s party, the ironically named Party for Freedom, is consistently leading the polls ahead of the March 2017 national elections.

There are many others examples. The British far-right party, the United Kingdom Independence Party, played a crucial role in fueling the Brexit vote. In France, meanwhile, Le Pen’s daughter Marine has shed many of her father’s most controversial statements — his denial of the Holocaust, for instance — and turned herself into the kinder, gentler face of the party he founded decades earlier. Recent polling shows her near the top in the 2017 presidential election.

The rise of these parties has been studied extensively — and the evidence is quite conclusive. These parties’ success was driven by fear of immigrants.

« What unites the radical right is their focus on immigration, » Elisabeth Ivarsflaten, a professor at the University of Bergen in Norway who studies the far right, told me in a recent interview.

In a 2008 paper, she looked at data on vote shares for seven European far-right parties, to try to figure out why people voted for them. She found that a person’s support for restricting immigration was « close to a perfect predictor » of one’s likelihood of voting for a far-right party.

By contrast, people’s views on other political questions — like economics or trust in government — didn’t have nearly the same predictive value. You can see this in the following chart from her paper. The Y-axis is the probability of voting for a far-right party; the X-axis is the level of support for restrictive immigration policies, right-wing economic views, and the like. The difference between immigration policy preferences and the others is striking:

« This study therefore to a large extent settles the debate about which grievances unite all populist right parties, » Ivarsflaten concluded. « The answer is the grievances arising from Europe’s ongoing immigration crisis. »

Eight years later, after running tests on newer data for a forthcoming paper, Ivarsflaten believes the thesis still holds.

Crucially, the research also suggests that these people are driven by cultural grievances rather than economic ones — Petersen’s resentment theory, almost to a tee.

The most systematic effort to assess this, to date, comes from Harvard University’s Pippa Norris and the University of Michigan’s Ronald Inglehart. Norris and Inglehart looked at 12 years of European Social Survey data, surveying a whopping 294,000 respondents, to figure out the relationship between economic and cultural grievances and support for the European far right.

They found something startling: Earlier research suggesting the European far right draws support from globalization’s losers was simply wrong. Instead, it was from exactly the kind of people who voted for Donald Trump in the 2016 election.

« The strongest populist support, » they write, « remains among the petty bourgeoisie — typically small proprietors like self-employed plumbers, or family owned small businesses, and mom-and-pop shopkeepers — not among the category of low-waged, unskilled manual workers. »

Only one of the five economic variables they tested — employment status — correlated well with support for the populist right. That held true even when they controlled for variables like age, sex, ethnic identity, and minority status.

Then they set up an alternative model, one that tested whether five distinct cultural factors — like anti-immigrant attitudes and authoritarian values — would predict support for the far right. Every single one did.

In short: There was no good evidence that economic anxiety was driving cultural resentment. Economics played some contributing role, but it seems much more likely that the far-right backlash is about what the far-rightists say it’s about: immigration, race, and culture.

« [Populists’] greatest support is concentrated among the older generation, men, the religious, majority populations, and the less educated — sectors generally left behind by progressive tides of cultural value change, » they write.

You can’t understand Trump’s win without understanding this global movement

Far-right leaders like Le Pen have every reason to be elated by Trump’s win. He ran on an Americanized version of the European far-right platform. He essentially turned the Republican Party into a vehicle for their style of populism, and used it to win a national election in the world’s most powerful country.

Like his European counterparts, Trump has eschewed overt discussion of racial superiority during his campaign. He claims to have « a great relationship with the blacks » and tweets things like, « I love Hispanics! » He also claims to be an American nationalist standing up against a corrupt elite in hoc to « the false song of globalism. » One of his favorite descriptions of his worldview is « America First, » a slogan coined by World War II–era isolationists and anti-Semites.

Protestations aside, the bigotry that runs through Trump’s rhetoric is pretty blatant.

Trump first became a major political figure as leader of the birther movement — the people who questioned whether Barack Obama was really a natural-born US citizen — in 2011, taking advantage of racial anxieties about a black president to turn himself into a GOP power broker. He has claimed that a Mexican-American judge shouldn’t hear a case involving him because of the judge’s Hispanic background, described life in black communities as an unending hellscape of crime and poverty, and implied that all Muslim immigrants were potential terrorists. He deployed classic anti-Semitic rhetoric, warning of dark international banking conspiracies rigging the system against ordinary Americans.

Data from the primary shows that this kind of rhetoric was absolutely critical to his appeal. Over the summer, Michael Tesler, a professor at the University of California Irvine, took a look at racial resentment scores among Republican primary voters in the past three GOP primaries. In 2008 and 2012, Tesler found, Republican voters who scored higher were less likely to vote for the eventual winner. The more racial bias you harbored, the less likely you were to vote for Mitt Romney or John McCain.

With Trump, the opposite was the case. The more a person saw black people as lazy and undeserving, the more likely they were to vote for the self-proclaimed billionaire.

 

Tesler found similar effects on measures of anti-Hispanic and anti-Muslim prejudice. This shows that Trump isn’t drawing support from the same type of Republicans who were previously picking the party’s winners. He’s mobilizing a new Republican coalition, one dominated by the voters whose political attitudes are driven by prejudice.

« The party’s growing conservatism on matters of race and ethnicity provided fertile ground for Trump’s racial and ethnic appeals to resonate in the primaries, » Tesler wrote at