Policiers tués à Dallas: Attention, une violence peut en cacher une autre ! (The real danger behind the myths of the “Black Lives Matter” movement)

9 juillet, 2016

Fry'em

Pigs AADL Micah Xavier JohnsonBHOCharleston-Dallas
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2015/10/homicidesbyrace.gif?w=450baby-killed-drive-by-shooting

I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting. While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable. As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men. « There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men. « Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. » Mike Royko
« 60 % à 70 % » des détenus en France sont musulmans alors qu’ils représentent « à peine 12 % de la population totale du pays ». « Sur un continent où la présence des immigrés et de leurs enfants dans les systèmes carcéraux est généralement disproportionnée, les données françaises sont les plus flagrantes. En Grande-Bretagne, 11 % des prisonniers seraient musulmans, pour 3 % de la population. Une étude de l’ONG Open Society du milliardaire américain George Soros souligne de son côté qu’aux Pays-Bas, 20 % des détenus sont musulmans alors qu’ils représentent 5,5 % de la population, et, en Belgique, au moins 16 % de la population carcérale pour 2 % de la population totale. Les chiffres avancés ne sont pas officiels, car l’Etat français ne demande pas à ses citoyens de communiquer leur origine ou leur religion. En revanche, le quotidien affirme qu’il s’agit d’« estimations généralement acceptées » par les démographes et les sociologues. The Washington Post
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Nous devons admettre le fait que ce type de violence n’arrive pas dans d’autres pays développés (…) Le fait que cela ait eu lieu dans une église noire soulève évidemment des questions sur une page sombre de notre histoire. Ce n’est pas la première fois que des églises noires ont été attaquées. Et nous savons que la haine entre les races et les religions posent une menace particulière pour notre démocratie et nos idéaux. Barack Hussein Obama (19.06.2015)
Je pense qu’il est très difficile de démêler les motivations de ce tireur. Par définition, si vous tirez sur des gens qui ne constituent aucune menace pour vous, vous avez un problème. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
L’Amérique n’est pas aussi divisée qu’on le suggère (…)  L’individu dément qui a accompli ces attaques, il n’est pas plus représentatif des Noirs américains que le tireur de Charleston ne l’était des Américains blancs ou que le tireur d’Orlando ou de San Bernardino n’était représentatif des Américains musulmans. Barack Hussein Obama (09.07.2016)
It’s just not the police. (…) It’s a kind of anti-black mood, anti-semitism, anti-Muslim bashing, immigrant bashing, female bashing, a kind of mean spirited division in the country. (…) The poison of the rhetoric has had a devastating impact. (…) Just the permissiveness of violence towards black people is ready and apparent. We’ve being used as scapegoats for deeper economic and social fears. (…) It’s not just Trump, it’s the followers of Trump. Jessie Jackson
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
When we say fry them, we’re not speaking of killing a police officer…we’re saying, treat the police the same as you’re going to treat a civilian who commits murder against a police officer. Rashad Turner (Black lives matter activist)
Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe. Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe. Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King. Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. (…) «C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak». (…) Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride. L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport. Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable. Le Figaro
Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies. The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (…) Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price. (…) Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer. (…) Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction. (…) Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. (…) The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. (…) But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well (…) Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.” (…) The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away.  This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. (…) Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. Heather Mac Donald
To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong. The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes. For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings. The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers. Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police. Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there. Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force. The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed. (…) The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. (…) Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them. Heather Mac Donald
However intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing. Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. (…) The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone. (…) The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force. The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population. Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. (…) Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects. Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime. The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety. Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name. (…) This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level. What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. (…) For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. (…) In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement. Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force.  (…) As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. (…) On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit. Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. (…) I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” (…) The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop. (…) We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have. I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out. Heather Mac Donald

Et si les principales victimes n’étaient pas celles que l’on croyait ?

Au lendemain d’un nouveau massacre américain …

Perpétré cette fois par un noir, apparemment proche de mouvements appelant au meurtre de policiers, contre des policiers blancs lors d’une manifestation justement contre les brutalités des policiers blancs contre les noirs …

Et qui sera finalement abattu par un robot raciste dont on ne sait toujours pas la couleur …

Comment ne pas voir avec la chercheuse américaine Heather MacDonald (merci Charly Karl Ékoulé Maneng) …

La terrible responsabilité, entre Maison Blanche, universités et médias, de nos pompiers-pyromanes et chasseurs d’ambulances patentés …

Qui lorsqu’ils n’appellent pas explicitement, à l’instar de nos casseurs à nous, à « griller les cochons comme du bacon » …

Nous rebattent les oreilles avec leurs habituelles contre-vérités niant l’évidence de la sur-criminalité noire (deux tiers des cambriolages, plus de la moitié des meurtres et presque la moitié des attaques à main armée dans les principales zones urbaines pour seulement 13% de la population totale – étrangement parallele d’ailleurs a la surcriminalite musulmane en France) …

Comme de la sous-victimisation noire pour les homicides du fait de la police (4% contre 12% pour les blancs et hispaniques) …

Des limites de certains concepts comme celui de « non-armé » (5 sur 7 des victimes noires d’homicides du fait de la police avaient essayé d’arracher l’arme du policier ou de le battre avec son propre équipement) …

De la survictimisation de policiers d’origine minoritaire  (18,5 fois plus probable qu’un policier soit tué par un Noir – 40% de tueurs de policiers sont des Noirs – qu’un policier tue un Noir non armé ou désarmé) mais aussi logiquement de leur plus grande tendance à faire usage de leur arme (3,3 fois plus que les policiers blancs) …

Mais aussi sur le véritable secret de polichinelle ou, comme le dit si bien l’anglais, « l’éléphant dans la pièce » de l’histoire …

A savoir la violence intra-ethnique noirs contre noirs (près de  6 000 noirs tués – sans compter les nombreux blessés et les victimes collatérales dont de nombreux enfants – majoritairement par d’autres noirs soit plus que le total de blancs et d’hispaniques pour seulement 13% de la population totale) …

Et, plus pervers encore, « l’effet Ferguson » qui, sans compter l’explosion des incivilités, l’encouragement au refus des contrôles policiers et le doublement des meurtres de policiers ce dernier semestre, voit une hausse de 17% des meurtres dans les 50 plus grandes agglomérations américaines du fait justement de la moindre activité policière, par peur d’être accusés de racisme, dans certaines zones à risque …

Et donc, à terme, la perte des acquis, en matière de sécurité, de décennies de travail policier (moins 40% d’homicides et moins 85% à New York depuis les annés 90) pour les zones et les populations qui en auraient le plus besoin …

Soit, triste ironie de l’histoire, le retour à ce qui était justement reproché à la police des années 60 et 70 voire bien avant, l’indifférence à la sécurité des plus démunis ?

The Danger of the “Black Lives Matter” Movement
Heather Mac Donald
Manhattan Institute
Imprimis – Hillsdale College
April 1, 2016

The following is adapted from a speech delivered on April 27, 2016, at Hillsdale College’s Allan P. Kirby, Jr. Center for Constitutional Studies and Citizenship in Washington, D.C., as part of the AWC Family Foundation Lecture Series.

For almost two years, a protest movement known as “Black Lives Matter” has convulsed the nation. Triggered by the police shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the Black Lives Matter movement holds that racist police officers are the greatest threat facing young black men today. This belief has triggered riots, “die-ins,” the murder and attempted murder of police officers, a campaign to eliminate traditional grand jury proceedings when police use lethal force, and a presidential task force on policing.

Even though the U.S. Justice Department has resoundingly disproven the lie that a pacific Michael Brown was shot in cold blood while trying to surrender, Brown is still venerated as a martyr. And now police officers are backing off of proactive policing in the face of the relentless venom directed at them on the street and in the media. As a result, violent crime is on the rise.

The need is urgent, therefore, to examine the Black Lives Matter movement’s central thesis—that police pose the greatest threat to young black men. I propose two counter hypotheses: first, that there is no government agency more dedicated to the idea that black lives matter than the police; and second, that we have been talking obsessively about alleged police racism over the last 20 years in order to avoid talking about a far larger problem—black-on-black crime.

Let’s be clear at the outset: police have an indefeasible obligation to treat everyone with courtesy and respect, and to act within the confines of the law. Too often, officers develop a hardened, obnoxious attitude. It is also true that being stopped when you are innocent of any wrongdoing is infuriating, humiliating, and sometimes terrifying. And needless to say, every unjustified police shooting of an unarmed civilian is a stomach-churning tragedy.

Given the history of racism in this country and the complicity of the police in that history, police shootings of black men are particularly and understandably fraught. That history informs how many people view the police. But however intolerable and inexcusable every act of police brutality is, and while we need to make sure that the police are properly trained in the Constitution and in courtesy, there is a larger reality behind the issue of policing, crime, and race that remains a taboo topic. The problem of black-on-black crime is an uncomfortable truth, but unless we acknowledge it, we won’t get very far in understanding patterns of policing.

Every year, approximately 6,000 blacks are murdered. This is a number greater than white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the national population. Blacks are killed at six times the rate of whites and Hispanics combined. In Los Angeles, blacks between the ages of 20 and 24 die at a rate 20 to 30 times the national mean. Who is killing them? Not the police, and not white civilians, but other blacks. The astronomical black death-by-homicide rate is a function of the black crime rate. Black males between the ages of 14 and 17 commit homicide at ten times the rate of white and Hispanic male teens combined. Blacks of all ages commit homicide at eight times the rate of whites and Hispanics combined, and at eleven times the rate of whites alone.

The police could end all lethal uses of force tomorrow and it would have at most a trivial effect on the black death-by-homicide rate. The nation’s police killed 987 civilians in 2015, according to a database compiled by The Washington Post. Whites were 50 percent—or 493—of those victims, and blacks were 26 percent—or 258. Most of those victims of police shootings, white and black, were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force.

The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black. Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. In America’s 75 largest counties in 2009, for example, blacks constituted 62 percent of all robbery defendants, 57 percent of all murder defendants, 45 percent of all assault defendants—but only 15 percent of the population.

Moreover, 40 percent of all cop killers have been black over the last decade. And a larger proportion of white and Hispanic homicide deaths are a result of police killings than black homicide deaths—but don’t expect to hear that from the media or from the political enablers of the Black Lives Matter movement. Twelve percent of all white and Hispanic homicide victims are killed by police officers, compared to four percent of all black homicide victims. If we’re going to have a “Lives Matter” anti-police movement, it would be more appropriately named “White and Hispanic Lives Matter.”

Standard anti-cop ideology, whether emanating from the ACLU or the academy, holds that law enforcement actions are racist if they don’t mirror population data. New York City illustrates why that expectation is so misguided. Blacks make up 23 percent of New York City’s population, but they commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime, according to victims and witnesses. Add Hispanic shootings and you account for 98 percent of all illegal gunfire in the city. Whites are 33 percent of the city’s population, but they commit fewer than two percent of all shootings, four percent of all robberies, and five percent of all violent crime. These disparities mean that virtually every time the police in New York are called out on a gun run—meaning that someone has just been shot—they are being summoned to minority neighborhoods looking for minority suspects.

Officers hope against hope that they will receive descriptions of white shooting suspects, but it almost never happens. This incidence of crime means that innocent black men have a much higher chance than innocent white men of being stopped by the police because they match the description of a suspect. This is not something the police choose. It is a reality forced on them by the facts of crime.

The geographic disparities are also huge. In Brownsville, Brooklyn, the per capita shooting rate is 81 times higher than in nearby Bay Ridge, Brooklyn—the first neighborhood predominantly black, the second neighborhood predominantly white and Asian. As a result, police presence and use of proactive tactics are much higher in Brownsville than in Bay Ridge. Every time there is a shooting, the police will flood the area looking to make stops in order to avert a retaliatory shooting. They are in Brownsville not because of racism, but because they want to provide protection to its many law-abiding residents who deserve safety.

Who are some of the victims of elevated urban crime? On March 11, 2015, as protesters were once again converging on the Ferguson police headquarters demanding the resignation of the entire department, a six-year-old boy named Marcus Johnson was killed a few miles away in a St. Louis park, the victim of a drive-by shooting. No one protested his killing. Al Sharpton did not demand a federal investigation. Few people outside of his immediate community know his name.

Ten children under the age of ten were killed in Baltimore last year. In Cleveland, three children five and younger were killed in September. A seven-year-old boy was killed in Chicago over the Fourth of July weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the father refused to cooperate with the police. In August, a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet fired into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. This mindless violence seems almost to be regarded as normal, given the lack of attention it receives from the same people who would be out in droves if any of these had been police shootings. As horrific as such stories are, crime rates were much higher 20 years ago. In New York City in 1990, for example, there were 2,245 homicides. In 2014 there were 333—a decrease of 85 percent. The drop in New York’s crime rate is the steepest in the nation, but crime has fallen at a historic rate nationwide as well—by about 40 percent—since the early 1990s. The greatest beneficiaries of these declining rates have been minorities. Over 10,000 minority males alive today in New York would be dead if the city’s homicide rate had remained at its early 1990s level.

What is behind this historic crime drop? A policing revolution that began in New York and spread nationally, and that is now being threatened. Starting in 1994, the top brass of the NYPD embraced the then-radical idea that the police can actually prevent crime, not just respond to it. They started gathering and analyzing crime data on a daily and then hourly basis. They looked for patterns, and strategized on tactics to try to quell crime outbreaks as they were emerging. Equally important, they held commanders accountable for crime in their jurisdictions. Department leaders started meeting weekly with precinct commanders to grill them on crime patterns on their watch. These weekly accountability sessions came to be known as Compstat. They were ruthless, high tension affairs. If a commander was not fully informed about every local crime outbreak and ready with a strategy to combat it, his career was in jeopardy.

Compstat created a sense of urgency about fighting crime that has never left the NYPD. For decades, the rap against the police was that they ignored crime in minority neighborhoods. Compstat keeps New York commanders focused like a laser beam on where people are being victimized most, and that is in minority communities. Compstat spread nationwide. Departments across the country now send officers to emerging crime hot spots to try to interrupt criminal behavior before it happens.

In terms of economic stimulus alone, no other government program has come close to the success of data-driven policing. In New York City, businesses that had shunned previously drug-infested areas now set up shop there, offering residents a choice in shopping and creating a demand for workers. Senior citizens felt safe to go to the store or to the post office to pick up their Social Security checks. Children could ride their bikes on city sidewalks without their mothers worrying that they would be shot. But the crime victories of the last two decades, and the moral support on which law and order depends, are now in jeopardy thanks to the falsehoods of the Black Lives Matter movement.

Police operating in inner-city neighborhoods now find themselves routinely surrounded by cursing, jeering crowds when they make a pedestrian stop or try to arrest a suspect. Sometimes bottles and rocks are thrown. Bystanders stick cell phones in the officers’ faces, daring them to proceed with their duties. Officers are worried about becoming the next racist cop of the week and possibly losing their livelihood thanks to an incomplete cell phone video that inevitably fails to show the antecedents to their use of force. Officer use of force is never pretty, but the public is clueless about how hard it is to subdue a suspect who is determined to resist arrest.

As a result of the anti-cop campaign of the last two years and the resulting push-back in the streets, officers in urban areas are cutting back on precisely the kind of policing that led to the crime decline of the 1990s and 2000s. Arrests and summons are down, particularly for low-level offenses. Police officers continue to rush to 911 calls when there is already a victim. But when it comes to making discretionary stops—such as getting out of their cars and questioning people hanging out on drug corners at 1:00 a.m.—many cops worry that doing so could put their careers on the line. Police officers are, after all, human. When they are repeatedly called racist for stopping and questioning suspicious individuals in high-crime areas, they will perform less of those stops. That is not only understandable—in a sense, it is how things should work. Policing is political. If a powerful political block has denied the legitimacy of assertive policing, we will get less of it.

On the other hand, the people demanding that the police back off are by no means representative of the entire black community. Go to any police-neighborhood meeting in Harlem, the South Bronx, or South Central Los Angeles, and you will invariably hear variants of the following: “We want the dealers off the corner.” “You arrest them and they’re back the next day.” “There are kids hanging out on my stoop. Why can’t you arrest them for loitering?” “I smell weed in my hallway. Can’t you do something?” I met an elderly cancer amputee in the Mount Hope section of the Bronx who was terrified to go to her lobby mailbox because of the young men trespassing there and selling drugs. The only time she felt safe was when the police were there. “Please, Jesus,” she said to me, “send more police!” The irony is that the police cannot respond to these heartfelt requests for order without generating the racially disproportionate statistics that will be used against them in an ACLU or Justice Department lawsuit.

Unfortunately, when officers back off in high crime neighborhoods, crime shoots through the roof. Our country is in the midst of the first sustained violent crime spike in two decades. Murders rose nearly 17 percent in the nation’s 50 largest cities in 2015, and it was in cities with large black populations where the violence increased the most. Baltimore’s per capita homicide rate last year was the highest in its history. Milwaukee had its deadliest year in a decade, with a 72 percent increase in homicides. Homicides in Cleveland increased 90 percent over the previous year. Murders rose 83 percent in Nashville, 54 percent in Washington, D.C., and 61 percent in Minneapolis. In Chicago, where pedestrian stops are down by 90 percent, shootings were up 80 percent through March 2016.

I first identified the increase in violent crime in May 2015 and dubbed it “the Ferguson effect.” My diagnosis set off a firestorm of controversy on the anti-cop Left and in criminology circles. Despite that furor, FBI Director James Comey confirmed the Ferguson effect in a speech at the University of Chicago Law School last October. Comey decried the “chill wind” that had been blowing through law enforcement over the previous year, and attributed the sharp rise in homicides and shootings to the campaign against cops. Several days later, President Obama had the temerity to rebuke Comey, accusing him (while leaving him unnamed) of “cherry-pick[ing] data” and using “anecdotal evidence to drive policy [and] feed political agendas.” The idea that President Obama knows more about crime and policing than his FBI director is of course ludicrous. But the President thought it necessary to take Comey down, because to recognize the connection between proactive policing and public safety undermines the entire premise of the anti-cop Left: that the police oppress minority communities rather than bring them surcease from disorder.

As crime rates continue to rise, the overwhelming majority of victims are, as usual, black—as are their assailants. But police officers are coming under attack as well. In August 2015, an officer in Birmingham, Alabama, was beaten unconscious by a convicted felon after a car stop. The suspect had grabbed the officer’s gun, as Michael Brown had tried to do in Ferguson, but the officer hesitated to use force against him for fear of being charged with racism. Such incidents will likely multiply as the media continues to amplify the Black Lives Matter activists’ poisonous slander against the nation’s police forces.

The number of police officers killed in shootings more than doubled during the first three months of 2016. In fact, officers are at much greater risk from blacks than unarmed blacks are from the police. Over the last decade, an officer’s chance of getting killed by a black has been 18.5 times higher than the chance of an unarmed black getting killed by a cop.

The favorite conceit of the Black Lives Matter movement is, of course, the racist white officer gunning down a black man. According to available studies, it is a canard. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception,” i.e., the incorrect belief that a civilian is armed. A study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, has found that black officers in the NYPD were 3.3 times more likely to fire their weapons at shooting scenes than other officers present. The April 2015 death of drug dealer Freddie Gray in Baltimore has been slotted into the Black Lives Matter master narrative, even though the three most consequential officers in Gray’s arrest and transport are black. There is no evidence that a white drug dealer in Gray’s circumstances, with a similar history of faking injuries, would have been treated any differently.

We have been here before. In the 1960s and early 1970s, black and white radicals directed hatred and occasional violence against the police. The difference today is that anti-cop ideology is embraced at the highest reaches of the establishment: by the President, by his Attorney General, by college presidents, by foundation heads, and by the press. The presidential candidates of one party are competing to see who can out-demagogue President Obama’s persistent race-based calumnies against the criminal justice system, while those of the other party have not emphasized the issue as they might have.

I don’t know what will end the current frenzy against the police. What I do know is that we are playing with fire, and if it keeps spreading, it will be hard to put out.

Voir aussi:

The Myths of Black Lives Matter
The movement has won over Hillary Clinton and Bernie Sanders. But what if its claims are fiction?
Heather Mac Donald
The Wall Street Journal
Feb. 11, 2016

A television ad for Hillary Clinton’s presidential campaign now airing in South Carolina shows the candidate declaring that “too many encounters with law enforcement end tragically.” She later adds: “We have to face up to the hard truth of injustice and systemic racism.”

Her Democratic presidential rival, Bernie Sanders, met with the Rev. Al Sharpton on Wednesday. Mr. Sanders then tweeted that “As President, let me be very clear that no one will fight harder to end racism and reform our broken criminal justice system than I will.” And he appeared on the TV talk show “The View” saying, “It is not acceptable to see unarmed people being shot by police officers.”

Apparently the Black Lives Matter movement has convinced Democrats and progressives that there is an epidemic of racist white police officers killing young black men. Such rhetoric is going to heat up as Mrs. Clinton and Mr. Sanders court minority voters before the Feb. 27 South Carolina primary.

But what if the Black Lives Matter movement is based on fiction? Not just the fictional account of the 2014 police shooting of Michael Brown in Ferguson, Mo., but the utter misrepresentation of police shootings generally.

To judge from Black Lives Matter protesters and their media and political allies, you would think that killer cops pose the biggest threat to young black men today. But this perception, like almost everything else that many people think they know about fatal police shootings, is wrong.

The Washington Post has been gathering data on fatal police shootings over the past year and a half to correct acknowledged deficiencies in federal tallies. The emerging data should open many eyes.

For starters, fatal police shootings make up a much larger proportion of white and Hispanic homicide deaths than black homicide deaths. According to the Post database, in 2015 officers killed 662 whites and Hispanics, and 258 blacks. (The overwhelming majority of all those police-shooting victims were attacking the officer, often with a gun.) Using the 2014 homicide numbers as an approximation of 2015’s, those 662 white and Hispanic victims of police shootings would make up 12% of all white and Hispanic homicide deaths. That is three times the proportion of black deaths that result from police shootings.

The lower proportion of black deaths due to police shootings can be attributed to the lamentable black-on-black homicide rate. There were 6,095 black homicide deaths in 2014—the most recent year for which such data are available—compared with 5,397 homicide deaths for whites and Hispanics combined. Almost all of those black homicide victims had black killers.

Police officers—of all races—are also disproportionately endangered by black assailants. Over the past decade, according to FBI data, 40% of cop killers have been black. Officers are killed by blacks at a rate 2.5 times higher than the rate at which blacks are killed by police.

Some may find evidence of police bias in the fact that blacks make up 26% of the police-shooting victims, compared with their 13% representation in the national population. But as residents of poor black neighborhoods know too well, violent crimes are disproportionately committed by blacks. According to the Bureau of Justice Statistics, blacks were charged with 62% of all robberies, 57% of murders and 45% of assaults in the 75 largest U.S. counties in 2009, though they made up roughly 15% of the population there.

Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force.

The Black Lives Matter movement claims that white officers are especially prone to shooting innocent blacks due to racial bias, but this too is a myth. A March 2015 Justice Department report on the Philadelphia Police Department found that black and Hispanic officers were much more likely than white officers to shoot blacks based on “threat misperception”—that is, the mistaken belief that a civilian is armed.

A 2015 study by University of Pennsylvania criminologist Greg Ridgeway, formerly acting director of the National Institute of Justice, found that, at a crime scene where gunfire is involved, black officers in the New York City Police Department were 3.3 times more likely to discharge their weapons than other officers at the scene.

The Black Lives Matter movement has been stunningly successful in changing the subject from the realities of violent crime. The world knows the name of Michael Brown but not Tyshawn Lee, a 9-year-old black child lured into an alley and killed by gang members in Chicago last fall. Tyshawn was one of dozens of black children gunned down in America last year. The Baltimore Sun reported on Jan. 1: “Blood was shed in Baltimore at an unprecedented pace in 2015, with mostly young, black men shot to death in a near-daily crush of violence.”

Those were black lives that mattered, and it is a scandal that outrage is heaped less on the dysfunctional culture that produces so many victims than on the police officers who try to protect them.

Ms. Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of “The War on Cops,” forthcoming in July from Encounter Books.

Voir également:
Black and Unarmed: Behind the Numbers
What the Black Lives Matter movement misses about those police shootings
Heather Mac Donald
The Marshall Project
02.08.2016

For the last year or so, the Washington Post has been gathering data on fatal police shootings of civilians. Its database for 2015 is now complete. Commentators have taken the Post’s data as evidence that the police are gunning down unarmed blacks out of implicit bias. But a close examination of the Post’s findings presents a more complicated picture of policing and casts doubt on the notion that these shootings were driven by race.

The Post began its police shootings project in response to the 2014 killing of Michael Brown in Ferguson, Missouri, a death that triggered days of rioting, the assassination of two New York City police officers, and a surge of support for the Black Lives Matter protest movement. Federal tallies of lethal police shootings are notoriously incomplete; the Post sought to correct that lacuna by searching news sites and other information sources for reports of officer-involved homicides. The results: As of Jan. 15, the Post had documented 987 victims of fatal police shootings in 2015, about twice the number historically recorded by federal agencies. Whites were 50 percent of those victims, and blacks were 26 percent. By comparison, whites are 62 percent of the U.S. population, and blacks, 13 percent. The ensuing debate has largely centered on whether the disproportionate number of black deaths was a result of police racism or the relatively high rate of crime in black neighborhoods, which brings black men into more frequent, and more fraught, encounters with the police.

In August of 2015 the Post zeroed in on unarmed black men, who the paper said were seven times more likely than unarmed white men to die by police gunfire. The article noted that 24 of the 60 “unarmed” deaths up to that date — some 40 percent — were of black men, helping to explain « why outrage continues to simmer a year after Ferguson. » By year’s end, there were 36 unarmed black men (and two black women) and 31 unarmed white men (and one white woman) among the total 987 victims. The rate at which unarmed black men were more likely than unarmed white men to die by police gunfire had dropped, but was still six-to-one.

But the numbers don’t tell the whole story. It is worth looking at the specific cases included in the Post’s unarmed victim classification in some detail, since that category is the most politically explosive. The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

Unfortunately, innocent blacks like the elderly Mount Vernon man probably do face a higher chance of getting shot by stray police fire than innocent whites. But that is because violent crime in their neighborhoods is so much higher. The per capita shooting rate in Brownsville, Brooklyn, with its legacy of poverty and crime, is 81 times higher than in working-class Bay Ridge, Brooklyn, a few miles away, according to the New York Police Department. This exponentially higher rate of gun violence means that the police will be much more intensively deployed in Brownsville, trying to protect innocent residents and gangbangers alike from shootings. If the police are forced to open fire, in rare instances a police bullet will go astray and hit a bystander. That is tragic, but that innocent’s chance of getting shot by the police is dwarfed by his chance of getting shot by criminals.

Other unarmed black victims in the Post’s database were so fiercely resisting arrest, judging from press accounts, that the officers involved could reasonably have viewed them as posing a grave danger. In October 2015, a San Diego officer was called to a Holiday Inn in nearby Point Loma, after hotel employees ejected a man causing a disturbance in the lobby. The officer approached a male casing cars in the hotel’s parking lot. The suspect jumped the officer and both fell to the ground. The officer tried to Tase the man, hitting himself as well. The suspect repeatedly tried to wrench the officer’s gun from its holster, according to news reports, and continued assaulting the officer after both had stood up. Fearing for his life, the officer shot the man. It is hard to see how race entered into that encounter. Someone who tries for an officer’s gun must be presumed to have the intention to use it. In 2015, three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. Similarly, in August, an officer from Prince George’s County, Maryland, pursued a man who had fled from a car crash. The man tried to grab the officer’s gun, and it discharged. The suspect continued to fight with the officer until he was Tased by a second officer and tackled by a third. The shot that was discharged during the struggle ultimately proved fatal to the suspect. In January, a sheriff’s deputy in Strong, Arkansas, responded to a pharmacy burglary alarm in the early morning. The burglar inside fought with the deputy for control of the deputy’s gun and it discharged. The suspect fled the store but was caught outside, at which point the deputy noticed the suspect’s gun injury and called an ambulance.

A police critic may reject the officers’ accounts of these deaths, invoking the cell phone videos that discredited police accounts in the shootings of Walter Scott in North Charleston, South Carolina, and Laquan McDonald in Chicago. Viral videos of these events have generated an understandable skepticism towards police narratives. But equal skepticism is warranted towards witness accounts of allegedly unjustified officer shootings. Case in point: the persistent claim by bystanders that a peaceable Michael Brown, hands up, was gunned down in cold blood by Officer Darren Wilson. In fact, as forensic evidence and more credible eyewitnesses established, Brown had assaulted Wilson and tried to grab his gun. Until there is a critical mass of such resolved narratives, whether one trusts officer accounts more than bystander accounts, or vice versa, will depend on one’s prior assumptions regarding the police and the community.

In several cases in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect had gained control of other pieces of an officer’s equipment and was putting it to potentially lethal use. In New York City, a robbery suspect apprehended in a narrow stairwell beat two detectives’ faces bloody with a police radio. In Memphis, Tennessee, a 19-year-old wanted on two out-of-state warrants, including a sex offense in Iowa, kicked open a car door during a car stop, grabbed the officer’s handcuffs, and hit him in the face with them.

In other instances in the Post’s “unarmed black man” category, the suspect’s physical resistance was so violent that it could reasonably have put the officer in fear for his life. A trespasser at a motel in Barstow, California, brought a sheriff’s deputy to the ground and beat him in the face so viciously that he broke numerous bones and caused other injuries. The suspect refused repeated orders to desist and move away. An officer in such a situation can’t know whether he will lose consciousness under the blows to his head; if he does, he is at even greater risk that his gun will be used against him.

An Orlando, Florida, officer was called about a fight in an apartment complex. The suspect fought so violently with the responding officer that the officer’s equipment had been torn off and was strewn about the scene, including his used Taser, baton, gun magazine, and wristwatch. In Dearborn, Michigan, a probation violator escaped from officers after committing a theft; later in the day, an officer approached him and he again took off running. A fight ensued, which left the officer with his gun belt loosened, his equipment from the belt on the ground, and his uniform ripped. The officer was covered with mud and sustained minor injuries. In Miami, a man crashed a taxi cab in the early morning hours and took off running onto a highway. During the fight, the driver bit the officer’s finger so hard that he nearly severed it; surgery was required to reattach it to the left hand. One can debate the tactics used and the moment when an officer would have been justified in opening fire, but these cases are more complicated and morally ambiguous than a simple “unarmed” classification would lead a reader to believe.

The Post’s cases do not support the idea that the police have a more demanding standard for using lethal force when confronting unarmed white suspects. According to the press accounts, only one unarmed white victim attempted to grab the officer’s gun. In Tuscaloosa, Alabama, a 50-year-old white suspect in a domestic assault call ran at the officer with a spoon; he was Tased and then shot. A 28-year-old driver in Des Moines, Iowa, led police on a chase, then got out of his car and walked quickly toward the officer, and was shot. In Akron, Ohio, a 21-year-old suspect in a grocery store robbery who had escaped on a bike did not remove his hand from his waistband when ordered to do so. Had any of these victims been black, police critics might well have conferred on them instant notoriety; instead, they are unknown.

While the nation was focused on the non-epidemic of racist police killings throughout 2015, the routine drive-by shootings in urban areas were taking their usual toll, including on children, to little national notice. In Cleveland, three children ages five and younger were killed in September. Five children were shot in Cleveland over the Fourth of July weekend. A seven-year-old boy was killed in Chicago that same weekend by a bullet intended for his father. In November, a nine-year-old in Chicago was lured into an alley and killed by his father’s gang enemies; the alleged murderer was reportedly avenging the killing of his own 13-year-old brother in October. In August a nine-year-old girl was doing her homework on her mother’s bed in Ferguson when a bullet shot into the house killed her. In Cincinnati in July, a four-year-old girl was shot in the head and a six-year-old girl was left paralyzed and partially blind from two separate drive-by shootings. A six-year-old boy was killed in a drive-by shooting on West Florissant Avenue in March in St. Louis, as protesters were again converging on the Ferguson Police Department to demand the resignation of the entire department. Ten children under the age of 10 were killed in Baltimore last year; 12 victims were between the age of 10 and 17. This is just a partial list of child victims. While the world knows who Michael Brown is, few people outside these children’s immediate communities know their names.

Without question, police officers must be constantly retrained in courtesy and respect; too often they develop boorish, callous attitudes towards civilians on the street. Some are unfit to serve. Some are surely racists. And if de-escalation training can safely reduce officer use of force further, it should be widely implemented. But the Black Lives Matter movement’s focus on shootings by police should not distract attention from the most serious use-of-force problem facing black communities: criminal violence. In 2014, there were 6,095 black homicide victims, more than all white and Hispanic homicide victims combined, even though blacks are only 13 percent of the population. The black homicide toll will be even higher in 2015. In over 90 percent of those black deaths, the killer was another black civilian. By all means, we must try to eliminate unjustified use of force by police. But as long as crime rates in black communities remain so high, officers will be disproportionately engaged there, with all the attendant risks of such deployment. Indeed, the incessant refrain that cops are racist could well increase the likelihood that black suspects will resist arrest, and that witnesses will be reluctant to cooperate.

Heather Mac Donald is the Thomas W. Smith fellow at the Manhattan Institute and author of the forthcoming “The War on Cops.”

Voir encore:

Chicago on the Brink
A retreat from proactive policing has unleashed mayhem in the city
Heather Mac Donald
City journal
Summer 2016

Violence in Chicago is reaching epidemic proportions. In the first five months of 2016, someone was shot every two and a half hours and someone murdered every 14 hours, for a total of nearly 1,400 nonfatal shooting victims and 240 fatalities. Over Memorial Day weekend, 69 people were shot, nearly one per hour, dwarfing the previous year’s tally of 53 shootings over the same period. The violence is spilling over from the city’s gang-infested South and West Sides into the downtown business district; Lake Shore Drive has seen drive-by shootings and robberies.

The growing mayhem is the result of Chicago police officers’ withdrawal from proactive enforcement, making the city a dramatic example of what I have called the “Ferguson effect.” Since the shooting of Michael Brown in Ferguson, Missouri, in August 2014, the conceit that American policing is lethally racist has dominated the national airwaves and political discourse, from the White House on down. In response, cops in minority neighborhoods in Chicago and other cities around the country are backing off pedestrian stops and public-order policing; criminals are flourishing in the resulting vacuum. (An early and influential Ferguson-effect denier has now changed his mind: in a June 2016 study for the National Institute of Justice, Richard Rosenfeld of the University of Missouri–St. Louis concedes that the 2015 homicide increase in the nation’s large cities was “real and nearly unprecedented.” “The only explanation that gets the timing right is a version of the Ferguson effect,” he told the Guardian.)

Chicago mayor Rahm Emanuel warned in October 2015 that officers were going “fetal,” as shootings in the city skyrocketed. But 2016 has brought an even sharper reduction in proactive enforcement. Devastating failures in Chicago’s leadership after a horrific police shooting and an ill-considered pact between the American Civil Liberties Union and the police are driving that reduction. Residents of Chicago’s high-crime areas are paying the price.

Felicia Moore, a wiry middle-aged woman with tattoos on her face and the ravaged frame of a former drug addict, is standing inside a Polish sausage joint on Chicago’s South Side at 10 PM. Asked about crime, she responds: “I’ve been in Chicago all my life. It’s never been this bad. Mothers and grandchildren are scared to come out on their porch; if you see more than five or six niggas walking together, you gotta run.” The violence claimed her only son last year, she says, just as he was being drafted by the Atlanta Hawks. Moore is engaging in some revisionist history: her son, Jeremiah Moore, was, in fact, killed with a shot to his head—but in 2013, a little over a year after he was released from prison for shooting a mother at a bus stop; the Atlantic Hawks don’t enter into it.

Felicia Moore’s assessment of the present crime situation in Chicago, however, is more reality-based. Through the end of May, shooting incidents in Chicago were up 53 percent over the same period in 2015, which had already seen a significant increase over 2014. Compared with the first five months of 2014, shooting incidents in 2016 were up 86 percent. Certain police districts saw larger spikes. The Harrison District on the West Side, encompassing West Humboldt Park, for example, had a 191 percent increase in homicides through the end of May. Shootings in May citywide averaged nearly 13 a day, a worrisome portent for summer.

A man who calls himself City Streets is standing in a ragtag group of drinkers and hustlers outside a liquor and convenience store on the South Side. They pass around beer, cigarettes, and cash and ask strangers for money. A young woman shoves her boy along, oblivious to the late hour. “It’s terrible out here. Someone gets shot every day,” City Streets tells me. “It ain’t no place to hang,” he adds, ignoring his own advice.

Social breakdown lies behind Chicago’s historically high levels of violence. Fatherlessness in the city’s black community is at a cataclysmic level—close to 80 percent of children are born to single mothers in high-crime areas. Illegitimacy is catching up fast among Hispanics, as well. Gangs have stepped in where fathers are absent. A 2012 gang audit documented 59 active street gangs with 625 factions, some controlling a single block. Schools in gang territories go on high alert at dismissal time to fend off violence. Endemic crime has prevented the commercial development and gentrification that are revitalizing so many parts of Chicago closer to downtown; block after block on the South Side features a wan liquor store or check-cashing outlet, surrounded by empty lots and the occasional skeleton of a once-magnificent beaux-arts apartment complex or bank. Nonfunctioning streetlights, their fuse boxes vandalized, signal the reign of a local gang faction.

But disorder, bad before, seems to be worsening. The night after my conversations with Felicia Moore and City Streets, dozens of teens burst into the intersection of Cicero and Madison on the West Side, stopping traffic and ignoring the loud approach of a fire truck. They hold their cell phones high, the new sign of urban empowerment. Earlier that day, a fight involving at least 60 teens took over a nearby intersection, provoking a retaliatory shooting two days later at a local fried-chicken restaurant. On May 14, a 13-year-old girl stabbed a 15-year-old girl to death in a South Side housing complex; the murderer’s mother had given her the knife. In the summer of 2015, wolf packs of teens marauded down Michigan Avenue’s Magnificent Mile, robbing stores and pedestrians. The phenomenon started even earlier this year. A couple strolling on Lake Shore Drive downtown on Memorial Day weekend were chased by more than a half-dozen young men, at least one armed with a gun. The two tried to escape across the highway, the teens in hot pursuit. A pickup truck hit the couple, killing the female. A police officer flashed his emergency lights at the teens, and they fled. “If it wasn’t for the police being there at the time, I don’t know where I might be now,” the surviving man told the Chicago Sun-Times. “Six feet under?”

Public-order infractions, otherwise known as “Broken Windows” offenses, abound. Stand just a few minutes on a South or West Side thoroughfare, and someone will stride by hawking bootleg CDs or videos and loose cigarettes. Oliver, a 34-year-old with a Bloods tattoo and alcohol on his breath, has just been frisked by the police in a West Side White Castle parking lot around 9:30 PM. “The police are assholes,” he says. “I know my rights; I’m selling CDs, so I know I’m doing something wrong, but they weren’t visible in my bag.” Oliver then sells two loosies to a passerby, laboriously counting out change from a five-dollar bill.

Some law-abiding Chicagoans blame the rising violence on just such street disorder. After a woman and four men were shot at a bus stop on the South Side in May, a local resident complained about the illegal vending. “This sort of congregation of people who meet at this space dealing drugs and selling loose cigarettes . . . is despicable,” he told the Chicago Tribune. The drug trade is less overt but more ubiquitous than the trafficking in CDs and loosies. As I approach a Jamaican jerk restaurant on the West Side, the young men in front melt away. “You saw what happened when you pulled up here—everyone disappeared,” a middle-aged man tells me. “They sell drugs everywhere.”

The majority of victims in the current crime wave are already known to the police. Four-fifths of the Memorial Day shooting victims, for example, were on the Chicago Police Department’s list of gang members deemed most prone to violence. But innocents, like the Lake Shore Drive robbery victims, are being attacked as well: a 59-year-old Pakistani cabdriver, fatally shot in the head in February by a 19-year-old passenger; a DePaul student brutally beaten in April on the subway while other passengers passively looked on; a 49-year-old female dispatcher with the city’s 311 call center, killed in May while standing outside a Starbucks a few blocks from police headquarters; a worker driving home at night from her job at FedEx, shot four times in the head while waiting at an intersection and saved from death by the cell phone at her ear; a trucker shot in the face in May on the Dan Ryan Expressway; three eighth-graders robbed at gunpoint outside their school in May; a six-year-old girl playing outside her grandmother’s house in June, shot in the back and lung; a man stabbed in the stomach by a felon, who said: “I hate white people. Give me your money.”

The murder that shook the city to its core was the assassination of nine-year-old Tyshawn Lee. He was playing in a park on November 2, 2015, when a 22-year-old gangster, Dwight Boone-Doty, lured him into an alley with the promise of chips and candy. Boone-Doty fatally shot the boy, then fled with two accomplices, bleaching the getaway car and dumping it in Dalton, Illinois. Boone-Doty’s original plan, according to a police source, was to kidnap Tyshawn and send his ears and fingers to his mother. Tyshawn’s father was a member of the gang believed responsible for shooting the brother and mother of one of Boone-Doty’s accomplices a few weeks earlier. After the shooting, local schools went on lockdown, terrified that the children of gang members were now fair game for execution.

Officers who try to intervene in this disorder face a virulent street situation, thanks to the current anti-cop ideology. “People are a hundred times more likely to resist arrest,” an officer who has worked a decade and a half on the South Side informs me. “People want to fight you; they swear at you. ‘Fuck the police, we don’t have to listen,’ they say. I haven’t seen this kind of hatred toward the police in my career.”

Antipolice animus is nothing new in Chicago, of course. An Illinois state representative, Monique Davis, told a Detroit radio station in 2013 that people in her South Side community believed that the reason so few homicide cases were solved is that it was the police who were killing young black males. Davis later refused to repudiate her statement: “We can’t say that it is not happening.” The “no-snitch” ethic of refusing to cooperate with the cops is the biggest impediment to solving crime, according to Chicago commanders. But the Black Lives Matter narrative about endemically racist cops has made the street dynamic much worse. A detective says: “From patrol to investigation, it’s almost an undoable job now. If I get out of my car, the guys get hostile right away and several people are taping [with cell phones].” Bystanders and suspects try to tamper with crime scenes and aggressively interfere with investigations. Additional officers may be needed during an arrest to keep angry onlookers away. “It’s very dangerous out there now,” a detective tells me. In March 2016, then-chief of patrol (now superintendent) Eddie Johnson decried what he called the “string of violent attacks against the police” after an off-duty officer was shot by a felon who had ordered him on the ground after robbing him. The previous week, three officers were shot during a drug investigation.

This volatile policing environment now exists in urban areas across the country. But Chicago officers face two additional challenges: a new oversight regime for pedestrian stops; and the fallout from an officer’s killing of Laquan McDonald in October 2014.

In March 2015, the ACLU of Illinois accused the Chicago Police Department of engaging in racially biased stops, locally called “investigatory stops,” because its stop rate did not match population ratios. Blacks were 72 percent of all stop subjects during a four-month period in 2014, reported the ACLU, whereas whites were 9 percent of all stop subjects. But blacks and whites each make up roughly 32 percent of the city’s populace. Ergo, the police are racially profiling. This by-now drearily familiar and ludicrously inadequate benchmarking methodology ignores the incidence of crime. In 2014, blacks in Chicago made up 79 percent of all known nonfatal shooting suspects, 85 percent of all known robbery suspects, and 77 percent of all known murder suspects, according to police department data. Whites were 1 percent of known nonfatal shootings suspects in 2014, 2.5 percent of known robbery suspects, and 5 percent of known murder suspects, the latter number composed disproportionately of domestic homicides. Whites are nearly absent, in other words, among violent street criminals—precisely whom proactive policing aims to deter. Whites are actually over-stopped compared with their involvement in street crime. Nearly 40 percent of young white males surveyed by Northwestern University criminologist Wes Skogan in 2015 reported getting stopped in the previous year, compared with nearly 70 percent of young black males. “Statistically, age is the strongest correlate of being stopped,” says Skogan—not race.

Despite the groundlessness of the ACLU’s racial-bias charges, then–police superintendent Garry McCarthy and the city’s corporation counsel signed an agreement in August 2015 allowing the ACLU to review all future stops made by the department. The agreement also created an independent monitor for police stops. “Why McCarthy agreed to put the ACLU in charge is beyond us,” says a homicide detective. McCarthy’s signing of the stop agreement was indeed ironic, since he had encouraged a dramatic increase in stops. They rose 50 percent in his first two years, ultimately reaching about 700,000 a year, more than the NYPD performed at the height of its own stop activity, even though the CPD is about a third the size of the NYPD.

On January 1, 2016, the police department rolled out a new form for documenting investigatory stops, developed to meet ACLU demands. The new form, traditionally called a contact card, was two pages long and contained a whopping 70 fields of information to be filled out, including three narrative sections. (Those narrative sections were subsequently combined to try to quiet criticism.) The new contact card dwarfs even arrest reports and takes at least 30 minutes to complete. Every contact card is forwarded to the ACLU. Stops dropped nearly 90 percent in the first quarter of 2016. Detectives had long relied on the information contained in contact cards to solve crimes. When 15-year-old Hadiya Pendleton was killed in January 2013, days after performing with her high school band in President Barack Obama’s second inaugural, investigators identified the occupants of the getaway car through descriptions of the vehicle in previous contact cards. Now, however, crime sleuths have almost nothing to go on. Earlier this year, a detective working armed robbery had a pattern of two male Hispanics with tattoos on their faces sticking up people in front of their homes. But virtually no contact cards had been written in the area for three months. So he made car stops in the neighborhood himself, coming across the stolen car used in the robberies and the parolees responsible for the crimes. This is not a maximally efficient division of labor.

Criminals have become emboldened by the police disengagement. “Gangbangers now realize that no one will stop them,” says a former high-ranking police official. And people who wouldn’t have carried a gun before are now armed, a South Side officer says. The solution, according to officers, is straightforward: “If tomorrow, we still had to fill out the new forms, but they no longer went to the ACLU, stops would increase,” a detective claims.

But a more profound pall hangs over the department because of a shockingly unjustified police homicide and the missteps of top brass and the mayor in handling it. On the night of October 20, 2014, a report went out over the police radio that someone was breaking into cars in a trucking yard in the southwest neighborhood of Archer Heights; the vandal had threatened the 911 caller with a knife. Two officers found 17-year-old Laquan McDonald a block away; he punctured a tire on their squad car and struck its windshield with his three-inch blade. The cops trailed McDonald, who was high on PCP, for nearly half a mile while waiting for backup units with a Taser. Two additional patrol cars pulled up as McDonald strode along the middle of Pulaski Road, energetically swinging his right arm, knife in hand. One car parked behind him; its dashboard camera recorded the subsequent events. The other car stopped about 30 yards ahead. The officers in that forward vehicle jumped out, guns pointed at McDonald, commanding him to drop the knife. Less than ten seconds after exiting, Officer Jason Van Dyke began shooting. McDonald spun 360 degrees under the impact of the first bullets and dropped to the ground. Van Dyke continued shooting, emptying his cartridge into McDonald’s crumpled and gently writhing body.

The shooting, pitiable to watch, represented a catastrophic failure of tactics and judgment. Some police use-of-force experts claim that a suspect armed with a knife can rush and slash an unprepared officer if the assailant is within 21 feet. Even if that so-called 21-foot rule applied here, Van Dyke and his partner had no need to exit the car and put themselves within possible reach of McDonald. If they were in any imminent risk of lethal harm, they created that risk themselves. But even then, McDonald did not appear poised to attack, despite his failure to drop the knife. He was on a slight rightward trajectory away from Van Dyke, who was on his left, before the shooting began.

What followed the homicide was almost as shocking. Five officers at the scene all told variants of the same tale in their written reports: that McDonald had been advancing toward Van Dyke, aggressively raising his knife as if to attack. Once on the ground, McDonald tried to get up, they said, continuing to point his knife at Van Dyke. None of those claims is borne out by the video. McDonald displayed no aggressive behavior toward Van Dyke. It is true that for two strides immediately before the first bullets hit him, McDonald’s trajectory had minimally shifted to the left so as to be perpendicular to Van Dyke rather than veering diagonally away. But that modest and likely unconscious alteration of trajectory does not rise to the level of lethal threat. And having made the mistake of opening fire in the first place, Van Dyke should at least have stopped shooting once McDonald fell. Had McDonald had a gun, capable of striking from a distance, rather than a knife, the analysis might have been different.

A police-union spokesman at the scene of the killing told reporters that McDonald had been threatening Van Dyke. The police department press release a few hours later essentially echoed that account, stating that McDonald continued to approach the officers after being warned. Superintendent McCarthy viewed the video the next day, without retracting the department’s press release, explaining later that he was too busy trying to learn what had happened. From then on out, officials made no effort to countermand the McDonald attack narrative. (A rumor that cops destroyed a video of the incident taken at a nearby Burger King, however, proved not to be true.)

McCarthy immediately stripped Van Dyke of his police powers and forwarded the case to the civilian board that reviews police shootings, the Independent Police Review Authority (IPRA). The case also went to the Cook County state attorney’s office, the U.S. attorney’s office, and the FBI. In April, the mayor’s corporation counsel, Stephen Patton, attained city council approval for a $5 million settlement with the McDonald family, conditioned on the continued non-release of the video. Later that month, the detectives’ bureau cleared and closed the case, astoundingly concluding that the “recovered in-car camera video was . . . consistent with the accounts of the witnesses” and that “Van Dyke’s use of deadly force was within bounds of CPD guidelines.”

By then, the Chicago press was clamoring for the video’s release, but it was not until November 24, 2015, that the video came out, under a judge’s order. The reaction was understandably explosive; weeks of angry protests denouncing alleged police racism and brutality followed.

The Cook County state attorney announced first-degree murder charges against Officer Van Dyke on the day that the McDonald video was released. Mayor Emanuel fired McCarthy a week later and appointed the Police Accountability Task Force, dominated by critics of the police. That task force issued a report in April 2016, claiming that the Chicago Police Department is shot through with “racism.” Emanuel is now genuflecting to the city’s activists. He has adopted many of the report’s most sweeping recommendations, including the appointment of a costly and unnecessary inspector general for the department (that will come on top of the independent monitor for investigatory stops), the replacement of the IPRA with a new entity, the Civilian Police Investigative Agency, and the creation of the “Community Safety Oversight Board.” All these additional layers of oversight will only complicate chains of command and further discourage proactive policing.

McCarthy defends his decision not to release the video or to correct the record early on the ground that he didn’t want to compromise the integrity of the investigation. He did not have the legal authority to comment once the case went to federal agencies, he says. Those protocols may be appropriate in the case of an ordinary police shooting, but this was no ordinary police shooting. Allowing a fabrication about a very bad shooting to stand, especially during the current era of fevered antipolice sentiment, is guaranteed to amplify the demagoguery against the police. McCarthy, an able and accomplished police executive, should have at least called in the investigating bodies in emergency session and worked out with them a way to counter the false narrative without jeopardizing their work. The Emanuel administration also bears enormous responsibility for the crisis in legitimacy that now afflicts the department. Emanuel has praised himself for being the first Chicago mayor to acknowledge an alleged police code of silence, but he knew about the shooting, and his aides had seen the video early on. City hall was already in damage-control mode by February 2015, as Emanuel faced a tight runoff election. It is irresponsible for Emanuel to scapegoat McCarthy when his own administration also failed to set the record straight.

The damage to the Chicago police and to policing nationally from the mishandling of the McDonald homicide is incalculable. The episode can now be invoked to confirm every false generalization about the police peddled by the Black Lives Matter movement. Yet the shooting was a tragic aberration, not the norm. A New York Times Magazine article in April 2016 tried to establish the department’s racially driven malfeasance by citing the absolute number of fatal police shootings in Chicago: from 2010 to 2014, Chicago police killed 70 people, more than any other police agency. The Times article neglected to reveal that Phoenix, Philadelphia, and Dallas all lead Chicago in the per-capita rate of such fatal shootings. Chicago’s rate of police shootings is nearly 50 percent lower than Phoenix’s—even though its murder rate is twice as high—and 35 percent lower than Philadelphia’s.

The number of armed felons that the city’s cops confront dwarfs the number of officer-involved shootings. No other police department takes more guns off the street. In the first nine months of 2015, the CPD recovered 20 illegal weapons a day. From January 2007 to November 30, 2015, the police made 37,408 arrests of an armed felon, or roughly 4,670 a year. Each of those arrests could have turned into an officer shooting. But in 2015, even as crime was increasing under the Ferguson effect, the Chicago police shot 30 people, eight fatally. Those fatal shootings represent 1.6 percent of the 492 homicides that year. Nationally, police shootings make up 12 percent of all white and Hispanic homicide deaths and 4 percent of all black homicide deaths. Chicago’s ratio of fatal police shootings to criminal homicide deaths is less than the national average.

The Emanuel-appointed Police Accountability Task Force claimed that police shooting data give “validity to the widely held belief that the police have no regard for the sanctity of life when it comes to people of color.” The task force pointed to the fact that of the 404 individuals shot by the police between 2008 and 2015, both fatally and nonfatally, 74 percent (or 299) were black, and 8 percent (or 33) were white. Predictably, the task force said not one word about black and white crime rates, which were even more disproportionate in 2015 than in 2014. In 2015, blacks were 80 percent of all known murder suspects and 80 percent of all known nonfatal shooting suspects. Whites made up 0.9 percent of known murder suspects in 2015 and 1.4 percent of all known nonfatal shooting suspects. And blacks were overwhelmingly the victims of criminal shootings as well. In 2015, 2,460 blacks were shot lethally and nonlethally, or nearly seven blacks a day. By contrast, roughly 30 blacks were shot lethally and nonlethally by the police in all of 2015. Those 2,460 black victims of criminal shootings constituted nearly 81 percent of all known shooting victims. Seventy-eight whites were shot in 2015, or one white every 4.6 days, constituting 2.5 percent of all known shooting victims. If 74 percent of police shootings have black subjects, that is because officer use of force is going to occur most frequently where the police are trying to protect the law-abiding from armed and dangerous suspects—and that is in predominantly minority neighborhoods.

Emanuel is disbanding the IPRA because it found that of the 404 police shootings between 2008 and 2015, only two were unjustified. The mandate of its replacement body will be clear: penalize more cops. But absent an examination of each of those cases, no conclusion can be reached about whether the low number of findings of misconduct represents a miscarriage of justice. The IPRA has been understaffed over the years, but its fundamental design is strong. The fact that it has not found many bad shootings most likely means that they are rare. The IPRA released more than 100 files of police misconduct cases in early June, as part of a new policy of increased transparency. Prediction: the press will find few cases of clear wrongdoing.

The CPD’s critics are right about one thing, however: the cumbersome disciplinary process makes it too hard to fire officers found guilty of wrongdoing. And Chicago has had some truly bad cops over the years—most infamously, Jon Burge, a detective who tortured suspects from 1972 to 1991 to obtain false confessions. But the vast majority of officers today observe the law and are dedicated to serving the community; what they need is more tactical training, adequate staffing and equipment, and better leadership from an ingrown, highly political management cadre. As for the alleged blue wall, or code, of silence, it is hard in any department to crack the defensive solidarity among officers, who feel that they are facing an uncomprehending and often hostile world. Even now, a few of the officers I spoke with will not pass judgment on the McDonald homicide, on the ground that they were not there. Such solidarity is understandable, but commanders need to stress that when it results in distorting the truth, not only will the officer be severely punished; he is also making today’s anti-cop environment all the worse.

Despite the activists’ charge that the Chicago police are intent on killing black males, it’s easy to find support for the cops in crime-ridden areas. Mr. Fisher, a 55-year-old sanitation worker at a West Side bakery, is waiting for his wife outside Wiley’s Soul Food and Bar-B-Que on the West Side. Fisher was pulled over earlier in 2016 for a missing light on his license plate. The officer was courteous, he says. “I ain’t trying to buck them, I ain’t trying to disrespect them, I ain’t trying to give them a hard time, because I love my job. It’s not them, it’s the younger generation that’s got us messed up.” Civilians provoke confrontations with cops, not vice versa, Fisher says: “I seen a lot of people disrespect them, cussin’ and fussin’. If a cop was to get out of his car here, someone would run. To me, if you’re not doing anything, why would you run?” (Such commonsensical hypotheses have been ruled illegal by many courts—if a cop makes them.) Melissa, a 24-year-old outside D & J’s Hair Club on Pulaski Road, says that she has no problem with the police. “They doing they job. I don’t give them no reason to talk to me.” The problem is crime, she says: “I feel unsafe here. It just gets worse and worse.”

Sometimes support for the cops comes from unexpected places. In May 2016, a 38-year-old drug trafficker named Toby Jones received a 40-year federal prison sentence for repeatedly trying to gun down a federal informant, in the process shooting three people. He told the judge: “Even with all the latest police shootings on minorities in Chicago, I don’t blame these cops one bit for most of their decisions in the field. And the black community has to first come to grips with why these cops are so afraid,” the Chicago Sun-Times reported. Stories of heroic cops go untold, Jones said, “but as soon as a black kid gets shot, everyone is in an uproar.”

Activists and politicians are proposing the usual “root causes” solution to the current crime wave—more government programs—as well as less usual ones, such as abolishing the police department. The mayor’s Police Accountability Task Force wants the mayor and Cook County to “implement programs that address socioeconomic justice and equality, housing segregation, systemic racism, poverty, education, health and safety.” Such top-down spending ignores the normative breakdown that renders government social services largely futile. The bakery where Fisher works has been hiring for the last five years; he tells the “young brothers” about the jobs. “Half of them don’t show up; the others have drugs in their system. Half want to hang out and make the fast money that can get you in jail,” Fisher observes.

But the Chicago violence is also undermining the politically correct consensus about crime and policing. The Chicago Tribune has called for the police to make more traffic stops to quell the highway shootings; it points out that the Illinois vehicle code offers plenty of reasons to stop drivers, whether for a broken taillight or an expired registration sticker. Traffic stops are, of course, a prime target in the specious campaign against racial profiling; the mayor’s Police Accountability Task Force blasted the CPD for its allegedly biased stop rates, ignoring differential rates of vehicle and moving violations.

Police superintendent Eddie Johnson wants three-strikes-and-you’re-out-type sentencing laws for repeat felons. Chicago’s criminal-justice system “fails to hold these individuals accountable and allows them to bring . . . violent acts into our neighborhoods,” he said in March 2016. Stricter sentencing for repeat offenders is also a prime target for Black Lives Matter protesters. A few days after Johnson’s plea, anti-law-enforcement activists assailed former president Bill Clinton for having signed the 1994 Violent Crime Control and Law Enforcement Act, which lengthened federal sentences for repeat felony offenders. Such sentences, protesters charged, resulted in “mass incarceration” for blacks. And an Illinois bill mandating stricter sentencing for illegal gun possession was blocked by the black caucus in Springfield in 2013, on the ground that it would have a disparate impact on blacks.

Some people in the community, however, are demanding even stronger measures than Johnson calls for. After a 15-year-old car passenger was killed in a drive-by shooting on June 1 on the South Side, a friend of his family told the Chicago Tribune, “We need martial law. Period. If it’s to protect our children, then so be it.”

Such calls will undoubtedly multiply this summer, since the violence shows no signs of abating. It may not be time to call out the National Guard yet. But it is time to reinvigorate the Chicago Police Department. With the Police Accountability Task Force charge of endemic racism and the ACLU straitjacket depressing morale, and with resistance of lawful authority growing, that will be no small task. City leaders will need to show that they understand and will support officers like the cold-case homicide detective who told me, in reaction to the task-force report: “Never once has anyone complained to me that I’m racist. I’m in it to do what’s right.”

 Voir encore:

5 Statistics You Need To Know About Cops Killing Blacks
Aaron Bandler
July 7, 2016

The Alton Sterling and Philando Castile shootings have caused an uproar among leftists because they fuel their narrative that racist white police officers are hunting down innocent black men. But the statistics – brought to light by the superb work of Heather MacDonald – tell a different story.

Here are five key statistics you need to know about cops killing blacks.

1. Cops killed nearly twice as many whites as blacks in 2015. According to data compiled by The Washington Post, 50 percent of the victims of fatal police shootings were white, while 26 percent were black. The majority of these victims had a gun or « were armed or otherwise threatening the officer with potentially lethal force, » according to MacDonald in a speech at Hillsdale College.

Some may argue that these statistics are evidence of racist treatment toward blacks, since whites consist of 62 percent of the population and blacks make up 12 percent of the population. But as MacDonald writes in The Wall Street Journal, 2009 statistics from the Bureau of Justice Statistics reveal that blacks were charged with 62 percent of robberies, 57 percent of murders and 45 percent of assaults in the 75 biggest counties in the country, despite only comprising roughly 15 percent of the population in these counties.

« Such a concentration of criminal violence in minority communities means that officers will be disproportionately confronting armed and often resisting suspects in those communities, raising officers’ own risk of using lethal force, » writes MacDonald.

MacDonald also pointed out in her Hillsdale speech that blacks « commit 75 percent of all shootings, 70 percent of all robberies, and 66 percent of all violent crime » in New York City, even though they consist of 23 percent of the city’s population.

« The black violent crime rate would actually predict that more than 26 percent of police victims would be black, » MacDonald said. « Officer use of force will occur where the police interact most often with violent criminals, armed suspects, and those resisting arrest, and that is in black neighborhoods. »

2. More whites and Hispanics die from police homicides than blacks. According to MacDonald, 12 percent of white and Hispanic homicide deaths were due to police officers, while only four percent of black homicide deaths were the result of police officers.

« If we’re going to have a ‘Lives Matter’ anti-police movement, it would be more appropriately named « White and Hispanic Lives Matter,' » said MacDonald in her Hillsdale speech.

3. The Post’s data does show that unarmed black men are more likely to die by the gun of a cop than an unarmed white man…but this does not tell the whole story. In August 2015, the ratio was seven-to-one of unarmed black men dying from police gunshots compared to unarmed white men; the ratio was six-to-one by the end of 2015. But MacDonald points out in The Marshall Project that looking at the details of the actual incidents that occurred paints a different picture:

The “unarmed” label is literally accurate, but it frequently fails to convey highly-charged policing situations. In a number of cases, if the victim ended up being unarmed, it was certainly not for lack of trying. At least five black victims had reportedly tried to grab the officer’s gun, or had been beating the cop with his own equipment. Some were shot from an accidental discharge triggered by their own assault on the officer. And two individuals included in the Post’s “unarmed black victims” category were struck by stray bullets aimed at someone else in justified cop shootings. If the victims were not the intended targets, then racism could have played no role in their deaths.

In one of those unintended cases, an undercover cop from the New York Police Department was conducting a gun sting in Mount Vernon, just north of New York City. One of the gun traffickers jumped into the cop’s car, stuck a pistol to his head, grabbed $2,400 and fled. The officer gave chase and opened fire after the thief again pointed his gun at him. Two of the officer’s bullets accidentally hit a 61-year-old bystander, killing him. That older man happened to be black, but his race had nothing to do with his tragic death. In the other collateral damage case, Virginia Beach, Virginia, officers approached a car parked at a convenience store that had a homicide suspect in the passenger seat. The suspect opened fire, sending a bullet through an officer’s shirt. The cops returned fire, killing their assailant as well as a woman in the driver’s seat. That woman entered the Post’s database without qualification as an “unarmed black victim” of police fire.

MacDonald examines a number of other instances, including unarmed black men in San Diego, CA and Prince George’s County, MD attempting to reach for a gun in a police officer’s holster. In the San Diego case, the unarmed black man actually « jumped the officer » and assaulted him, and the cop shot the man since he was « fearing for his life. » MacDonald also notes that there was an instance in 2015 where « three officers were killed with their own guns, which the suspects had wrestled from them. »

4. Black and Hispanic police officers are more likely to fire a gun at blacks than white officers. This is according to a Department of Justice report in 2015 about the Philadelphia Police Department, and is further confirmed that by a study conducted University of Pennsylvania criminologist Gary Ridgeway in 2015 that determined black cops were 3.3 times more likely to fire a gun than other cops at a crime scene.

5. Blacks are more likely to kill cops than be killed by cops. This is according to FBI data, which also found that 40 percent of cop killers are black. According to MacDonald, the police officer is 18.5 times more likely to be killed by a black than a cop killing an unarmed black person.

Despite the facts, the anti-police rhetoric of Black Lives Matter and their leftist sympathizers have resulted in what MacDonald calls the « Ferguson Effect, » as murders have spiked by 17 percent among the 50 biggest cities in the U.S. as a result of cops being more reluctant to police neighborhoods out of fear of being labeled as racists. Additionally, there have been over twice as many cops victimized by fatal shootings in the first three months of 2016.

Anti-police rhetoric has deadly consequences.

Voir de même:

Dallas Shooter Micah Xavier Johnson Followed Groups Promoting Black Panthers and Cop-Killing
Sigrid Johannes and Benny Johnson
Independent Journal
July 8, 2016

Police have identified the dead suspect in the Dallas police shooting incident as Micah Xavier Johnson. The 25-year-old man was a resident of Dallas. Johnson has no criminal record or ties to terror organizations, according to reports.

However, Johnson’s Facebook profile told a different story. CBS News confirmed that this now deleted profile was Johnson’s.

Before Facebook deleted the profile, which is standard practice for the social media site in the wake of one of its users committing a violent act, Independent Journal Review screen grabbed some of Johnson’s alarming activity. Johnson’s Facebook activity dates as far back as 2011.

The LA Times confirmed Johnson’s military history, but there was no mention of service on his Facebook page.

Johnson was killed after a prolonged negotiation with police. He threatened that officers would discover improvised explosives throughout the city. His stated goal was to kill white people, specifically white law enforcement.

Voir de plus:

The Dallas Shooting and the Advent of Killer Police Robots

Chief David Brown says officers used a device equipped with a bomb to kill a suspect, a perhaps unprecedented move that raises new questions about use of lethal force.
David A. Graham

The Atlantic

Jul 8, 2016

In the mourning over the murders of five police officers in Dallas, and relief that the standoff had ended, one unusual detail stuck out: the manner in which police killed one suspect after negotiations failed.

“We saw no other option but to use our bomb robot and place a device on its extension for it to detonate where the suspect was,” Chief David Brown said in a press conference Friday morning. “Other options would have exposed our officers to grave danger. The suspect is deceased … He’s been deceased because of a detonation of the bomb.”

That use of a robot raises questions about the way police adopt and use new technologies. While many police forces have adopted robots—or, more accurately, remote-controlled devices—for uses like bomb detonation or delivery of non-lethal force like tear gas, using one to kill a suspect is at least highly unusual and quite possibly unprecedented.

“I’m not aware of officers using a remote-controlled device as a delivery mechanism for lethal force,” said Seth Stoughton, an assistant professor of law at the University of South Carolina who is a former police officer and expert on police methods. “This is sort of a new horizon for police technology. Robots have been around for a while, but using them to deliver lethal force raises some new issues.”

Robotics expert Peter Singer of New America also told the Associated Press he believed the use was unprecedented.

But while there are likely to be intense ethical debates about when and how police deploy robots in this manner, Stoughton said he doesn’t think Dallas’s decision is particularly novel from a legal perspective. Because there was an imminent threat to officers, the decision to use lethal force was likely reasonable, while the weapon used was immaterial.

“The circumstances that justify lethal force justify lethal force in essentially every form,” he said. “If someone is shooting at the police, the police are, generally speaking, going to be authorized to eliminate that threat by shooting them, or by stabbing them with a knife, or by running them over with a vehicle. Once lethal force is justified and appropriate, the method of delivery—I doubt it’s legally relevant.”

Police forces have adopted remote-controlled devices for a wide variety of tasks in recent years, from tiny to large. These tools can search for bombs, take cameras into dangerous areas, deliver tear gas or pepper spray, and even rescue wounded people. Police used one small robot in the manhunt for Boston Marathon bomber Dzohkar Tsarnaev. In May, the Dallas Police Department posted on its blog that it had acquired new robots. Other law-enforcement agencies have experimented with flying “drones,” again more correctly remotely controlled aerial vehicles. So far, those uses appear to have been solely for surveillance. The Department of Justice said in 2013 that it had used drones in the U.S. on 10 occasions.

In a few cases, forces have used remote-controlled devices to deliver non-lethal force, too, as Vice reported last year. In Albuquerque, New Mexico, in 2014, “the Bomb Squad supported APD’s SWAT Team on November 9 at a local residence. The SWAT team requested robot assistance to assist on a barricaded subject armed with a gun. The Bomb Squad robot was able to deploy chemical munitions into the subject’s motel room, which led to the subject’s surrender.” Vice cited other news reports that involved hostage situations where robots were deployed, though the applications are sometimes vague. A remote-controlled device could also be equipped to deliver a flash-bang grenade, used to disorient suspects.

Brown didn’t explain what kind of explosive DPD attached to their device. While a department might stock flash-bangs, explosives for breaching doors, and a few other explosive devices, “I’m not aware of any police department having on hand something that is intended to be used as a weaponized explosive,” Stoughton said.

Use of remote-controlled devices by law enforcement raises a range of possible questions about when and where they are appropriate. The advent of new police technologies, from the firearm to the Taser, has often resulted in accusations of inappropriate use and recalibration in when police use them. Stoughton pointed out that prior to the Supreme Court’s 1985 decision in Tennessee v. Garner, the “fleeing-felon rule” gave officers the right to use lethal force to prevent a suspect in a serious crime from escaping. But the justices limited the rule, saying that firearms meant the rule was no longer current. Unless either they or civilians are in danger of death or serious bodily harm, police can only use non-lethal force to stop a fleeing felon. Similarly, the adoption of the Taser has raised questions about whether officers are too quick to use the devices when they would be better served to deescalate or use their hands.

“I think we will see similar concerns when we’re talking about the use of robots to employ lethal force,” Stoughton said. For example, in Dallas, the police appear to have faced danger of death or serious bodily harm. But imagine a scenario in which a suspect has been shooting but is not currently firing, and in which all officers are safely covered. In such a case, police would likely not open up a gun battle. But would commanders be quicker to deploy a robot, since there would be less danger to officers? And would current lethal-force rules really justify it? There is reason to believe they would not.

The nascent questions over police use of remote-controlled devices echoes an existing argument over the military use of such tools. U.S. drone strikes overseas are believed to have killed hundreds of civilians, and the legal justifications for when and where they are used are often hotly contested. In some cases, drone strikes have killed American citizens without due process. Many civil libertarians are troubled by the implications for stateside use. In 2013, Senator Rand Paul, a Kentucky Republican, mounted a 13-hour filibuster blocking the confirmation John Brennan, President Obama’s nominee to direct the CIA, over the White House’s refusal to say whether it believed it could use military drones to kill American suspects on American soil. Attorney General Eric Holder later wrote Paul to say that the president does not have the authority to do so.

Move away from the realm of remote-controlled devices into the world of autonomous or partially autonomous robots that could deliver lethal, or even non-lethal, force, and the concerns mount. There’s already a heated debate over whether and how the military should deploy lethal, autonomous robots. That debate, too, could transfer to police forces. But as Stoughton noted, law enforcement serves a different purpose than the army.

“The military has many missions, but at its core is about dominating and eliminating an enemy,” he said. “Policing has a different mission: protecting the populace. That core mission, as difficult as it is to explains sometimes, includes protecting some people who do some bad things. It includes not using lethal force when it’s possible to not.”

A Dallas, la police a utilisé pour la première fois un «robot tueur»
Pierre Jova , AFP agence
Le Figaro
08/07/2016

VIDÉO – Pour neutraliser l’homme suspecté d’avoir abattu plusieurs officiers, les forces de l’ordre américaines ont eu recours à une machine armée d’une bombe.

Vendredi à l’aube, un sniper suspecté d’avoir tiré sur des policiers et retranché depuis des heures dans un bâtiment est finalement tué par un robot télécommandé, utilisé pour faire détoner une bombe.

Micah Johnson, jeune Noir de 25 ans, avait servi dans l’armée américaine en Afghanistan. Sur son profil Facebook, il avait publié des images avec le slogan «Black Power» des extrémistes afro-américains des années 1960 et 1970. Il avait également ajouté la lettre «X» entre son prénom et son nom, probablement en référence à Malcolm X, leader noir opposé à la non-violence prônée par Martin Luther King.

Pour neutraliser ce suspect armé, la police de Dallas disposait d’un robot Northrop Grumman Andros, conçu pour les équipes de démineurs et l’armée. La photo d’un robot de ce type a été diffusée par le magazine américain Popular Science.

«C’est la première fois qu’un robot est utilisé de cette façon par la police», a assuré sur Twitter Peter Singer, de la fondation New America, un groupe de réflexion spécialisé notamment dans les questions de sécurité. Ce spécialiste des méthodes modernes de combat a précisé qu’un appareil baptisé Marcbot «a été employé de la même façon par les troupes en Irak».

L’arrivée des robots armés dans la police?
Dans l’armée américaine, les robots terrestres transforment le visage de la guerre depuis plusieurs années déjà. Ils sont notamment capables de récupérer et désactiver une charge explosive, à l’aide d’un bras téléguidé par des soldats restés à l’abri du danger. Ils semblent voués à être désormais de plus en plus employés à des fins de combat. Y compris par les forces de l’ordre.

En Chine, l’université de la défense nationale a conçu un appareil baptisé «AnBot», destiné à avoir «un rôle important à jouer pour renforcer les mesures anti-terroristes et anti-émeutes». «La caractéristique la plus controversée d’AnBot est bien sûr son ‘outil intégré anti-émeute électrisé’ (ressemblant certainement à un Taser ou à un aiguillon pour bétail). Il ne peut être déclenché que par les humains contrôlant Anbot à distance», écrivaient Peter Singer avec un autre spécialiste Jeffrey Lin, en avril, dans Popular Science. «Le fait qu’Anbot soit si grand veut dire qu’il a la place d’intégrer d’autres équipements de police, comme des gaz lacrymogènes et d’autres armes moins létales», poursuivaient les auteurs.

Des chercheurs de l’université de Floride travaillent eux au développement de «Telebot», comparé dans certains articles au célèbre «Robocop» imaginé au cinéma. Destiné notamment à assister des policiers handicapés pour qu’ils puissent reprendre le service, Telebot a été conçu «pour avoir l’air intimidant et assez autoritaire pour que les citoyens obéissent à ses ordres» tout un gardant «une apparence amicale» qui rassurent «les citoyens de tous âges», selon un rapport d’étudiants de l’université de Floride.

L’arrivée de robots aux armes létales dans la police suscite de nombreuses interrogations. L’ONG Human Rights Watch et l’organisation International Human Rights Clinic, qui dépend de l’université de Harvard, s’inquiétaient ainsi en 2014 du recours aux robots par les forces de l’ordre. Ces engins «ne sont pas dotés de qualités humaines, telles que le jugement et l’empathie, qui permettent à la police d’éviter de tuer illégalement dans des situations inattendues», écrivaient-elles dans un rapport.

Si l’emploi des robotos armés était amené à se développer, le bouleversement anthropologique suscité serait considérable.

Voir enfin:

The Post-O.J. Trial Upside: Riots As Scarce As Justice

October 6, 1995

 Millions of people were stunned and outraged by the not-guilty verdict in the O.J. Simpson trial. But I always try to look at the upside. And there are plenty of reasons to feel relief and gratitude.

For one thing, there was no rioting. I had feared that thousands of furious blond, blue-eyed women and their brunette sympathizers would take their rage into the streets, burning, killing and looting.

While I don’t condone rioting, the historic and sociological reasons would have made such violence understandable.

As one woman told me after the verdict: « For thousands of years, we have been putting up with abuse from large, strong, arrogant, evil-tempered men.

« There is no group on Earth that has been kicked around the way women have. Since the dawn of history, we’ve been beaten, violated, enslaved, abandoned, stalked, pimped, murdered and even dissed by men.

« Now this jury and the legal system have sent a clear message to society: It’s OK for men to cut our throats from ear to ear. »

But why haven’t you rioted?

« It would just give men another excuse to kick us around. »

Another group that I feared would riot were obscure waiters.

As one of them said after the verdict: « This figures. Throughout history, obscure waiters have received little respect. A waiter goes to a table and says to someone like O.J., `Hi, I’m Ron and I’ll be your server.’ Would O.J. say, `Hi, Ron, I’m O.J. and I’ll be your customer?’ No, all O.J. would say is: `Get me a clean fork.’

« What do you think that jury would have done if O.J. the superstar had been murdered by a obscure waiter? Do you think Johnnie Cochran would say that some cop planted the waiter’s bloody apron as false evidence? »

Then why didn’t all of you obscure waiters riot?

« What, and miss the dinner trade? »

Another positive development was that Mark Fuhrman, while a Los Angeles cop, was a bigot and had used the infamous « N-word. »

This was a shocking revelation because it shattered the widely accepted stereotype of big city cops as being incurable liberals who support the ACLU and love white wine spritzers and Woody Allen movies.

It also led to the perfectly logical conclusion that any white cop who used the « N-word » was almost certainly involved in a massive racial frame-up, regardless of what DNA and other scientific evidence indicated.

This could lead to a new body of law in which Irish-American cops are asked if they ever said « dago, » Italian-American cops if they ever said « polack, » Polish-American cops if they ever used the word « heeb, » Jewish cops if they ever used the word « schwarz, » and black cops if they ever used the word « honky. »

It could resolve the problem of overcrowded prisons by assuring just about every accused criminal an acquittal on the grounds that policemen use bad words.

My faith in the jury system has also been restored.

Until now, I didn’t believe that someone like O.J. Simpson, a black football hero and star of TV commercials and motion pictures, who could not afford to spend more than $8 million on lawyers, could possibly get a fair shake from a predominantly black jury when accused of killing his white ex-wife and a Jewish body-building young waiter.

But this jury proved that they could overlook the racially volatile fact that Simpson belongs to a mostly white golf club and reach a verdict based strictly on the evidence.

And the verdict helped wipe away the slander that America is a still a racially polarized country. No, the sight of all those middle-aged white people leaping about the streets, hugging, kissing, cheering and giving each other high fives, while blacks grimaced and shook their heads, has inspired hope for the future.

Finally, Simpson, now a free man, has vowed to devote his energies to tracking down the real murderer of his ex-wife.

That’s very good because some people had thought it strange that from the very beginning of this mystery, Simpson had seemed far more concerned with his own feelings than with the terrible fact that the woman he loved had been brutally murdered.

Now he says he will try to find the evil brute who killed the mother of his children. Maybe he can invite the Goldman and Brown families to join him in the hunt.

So those of us who believe in justice should wish him well in his search for the identity of the real killer.

But I wonder – can Simpson shave without looking in the mirror?

 


Les émeutes raciales de Chicago: Attention, un racisme peut en cacher un autre (France gets long overdue translation of Sandburg’s 1919 Chicago race riot but still no answer as to why it managed to avoid for so long the anti-black racism it loves to denounce in the US)

7 juillet, 2016

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affiche-expo-coloniale-parisbal negreBanjoRedSummerChicago-race-riotChicago_Race_Riot_Walgreenschicago-race-riot-starts-red-summer-1919-old-newspaper-Slave-tableIf we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursèd lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead!
O kinsmen! we must meet the common foe!
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one death-blow!
What though before us lies the open grave?
Like men we’ll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back!
If We Must Die (Claude McKay, 1922)
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Barack Hussein Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation.  Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Drame raciste aux Etats-Unis : les stars dénoncent le meurtre d’Alton Sterling Une vidéo d’une violence inouïe tourne sur la Toile depuis ce mardi 5 juillet. On y voit deux policiers de Bâton-Rouge, en Louisiane, brutalement interpeller un Afro-Américain, Alton Sterling, et lui tirer une balle dans la tête. Des images insoutenables qui ont choqué à travers la planète. En première ligne aux Etats-Unis : Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont réagi. Il y a quelques jours, le discours édifiant de Jesse Williams, acteur de la série « Grey’s Anatomy » avait fait un tollé aux États-Unis. Celui qui dénonçait sur la scène des BET Awards les bavures policières contre les Afro-Américains avait fini par être accusé de racisme anti-blanc. Une pétition demandait même son renvoi des écrans télé. Mardi 5 juillet, la donne avait déjà changé outre-Atlantique, alors que l’on apprenait que la police américaine avait fait sa 558ème victime aux États-Unis (source The Guardian). La victime s’appelle Alton Sterling, âgé de 37 ans, et c’est encore un Afro-Américain. Il a trouvé la mort après une altercation brutale avec les forces de l’ordre. La police avait été alertée sur place par un témoin qui avait assuré que cet homme portant un t-shirt rouge et vendant des CD devant un magasin, l’avait menacé avec une arme à feu. Une vidéo de la scène a été tournée et partagée sur la Toile, on y voit le suspect malmené par la police. Le suspect se débat pendant quelques secondes avant d’être mis à terre et qu’un policier n’ouvre le feu sur lui « à quatre ou six reprises » rapporte la presse. Un « lynchage légal » ont commenté de nombreux internautes horrifiés qui ont repris les mots dièses #AltonSterling et #BlackLivesMatter pour dire toute leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Zendaya, Olivia Wilde ou encore Amy Schumer ont envoyé leurs prières et ont appelé à une réaction massive du grand public. Public.fr
The offender said, ‘I hate white people’ and threw a punch. There is no evidence either way about what the offender meant or whether . . . she holds or promotes an ideology which would explain why this assault was aimed at this victim. I am not satisfied beyond a reasonable doubt that this offence was, even in part, motivated by racial bias. Provincial court Judge Harry Van Harten (Calgary, Canada)
Le Brexit sera-t-il un choc salutaire ou le début de la fin d’une grande aventure collective ? Je n’ai pas de réponse. Mais, ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est que les eurocrates ne l’ont pas volé, car ils se sont acharnés à faire de l’Union européenne le cheval de Troie de la déseuropéanisation. Ces politiciens et ces fonctionnaires ne se vivent pas comme les dépositaires d’une grande civilisation, mais comme les héritiers du « plus jamais ça » : plus jamais la guerre, plus jamais le racisme hitlérien ni colonial. Pour éviter le retour des discours ou des comportements maléfiques, ils emploient donc les grands moyens. Ils refusent d’incarner l’Europe, par son histoire, ses paysages, ses monuments, ses villes, ses cafés, ses œuvres, une forme de vie, un mode de présence sur Terre, car ce serait tracer une ligne de partage entre un dedans et un dehors, entre un nous et un eux. Ils ne veulent pas mettre le doigt dans cet engrenage fatal. Ils effacent donc le passé. Ils s’offensent, avec Pierre Moscovici, quand on parle des racines chrétiennes de l’Europe. Le « plus jamais ça » exige que l’Europe ne soit rien de substantiel, qu’elle n’affirme que des valeurs, qu’elle ne se définisse que par des droits et des procédures, afin de pouvoir s’ouvrir sans discrimination à tous et à tout. C’est ce que disait textuellement le grand sociologue allemand Ulrich Beck. (…) La veille du référendum, j’ai vu un reportage sur la ville de Peterborough, en Angleterre. On découvrait des rues commerçantes avec des magasins afghans, pakistanais et polonais. Les habitants disaient que les Britanniques étaient désormais minoritaires et on apprenait qu’il n’y avait plus qu’un seul pub dans toute la ville. J’ai pris conscience, en regardant ces images, de la nouvelle grande division des sociétés européennes. Elles se partagent désormais entre les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, les hors-sol et les autochtones. Les premiers sont non seulement mieux lotis économiquement, mais ils se croient politiquement et moralement supérieurs. Ils traitent les autochtones de « ploucs », voire de « salauds », ils soulignent élégamment leur âge avancé, ils font tomber sur eux le triple diagnostic d’europhobie, de xénophobie et de passéisme, alors même que, ce qu’ils leur opposent, c’est un cosmopolitisme de galerie marchande et, en guise de déracinement, une complète absorption dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le village global est un village, avec ses fausses évidences, ses œillères, sa mentalité étriquée. Les pubs font partie intégrante de la civilisation européenne. Ils sont la version anglaise du café. Ceux qui refusent la transformation de l’Angleterre ne sont pas antieuropéens, ils veulent juste que l’Angleterre reste l’Angleterre et que l’Europe reste l’Europe. (…) L’immigration a été un thème central de la campagne britannique, mais ce serait le cas dans tous les pays européens qui choisiraient la voie du référendum. L’Union européenne a voulu combiner la morale humanitaire et l’intérêt économique. Puisque nos pays se dépeuplent et vieillissent, elle a cru qu’il suffisait d’importer les enfants et les travailleurs qu’ils n’ont plus. Mais les hommes ne sont pas interchangeables. Il y a des mondes, il y a des civilisations. L’autarcie n’est certes pas la solution, les frontières ne doivent pas devenir hermétiques. Il reste que, comme l’a écrit un grand philosophe américain de gauche, Michael Walzer : « Abattre les murs de l’État, ce n’est pas créer un monde sans murs, c’est créer un millier de petites forteresses. » Nous voyons les sociétés européennes se fragmenter en communautés hostiles. Même si la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen ne pose pas les mêmes problèmes que l’immigration arabo-musulmane, il faut savoir respecter les proportions. (…) La pluralité est essentielle à l’Europe. Pluralité des langues et des nations. En même temps, il existe une histoire commune : la Bible, la Grèce, Rome, la féodalité, la Renaissance, la Réforme, les Lumières et le romantisme. (…) J’ai vu que Donald Trump, allant inaugurer un golf en Écosse, s’est réjoui du vote britannique. Mais il représente autre chose : il est la Némésis du politiquement correct. Goya a dessiné une gravure intitulée Le sommeil de la raison engendre des monstres. On pourrait adapter cette formule à notre situation : le déni de réalité produit des monstres comme Trump. Si le danger islamiste n’est pas nommé surgit un candidat républicain qui souhaite interdire aux musulmans d’entrer sur le sol américain. Je ne suis pas sûr que le vote anglais relève exactement du même phénomène. Cette vieille démocratie européenne manifeste par ce vote sa volonté de reprendre son destin en main. Alain Finkielkraut
Il y a à peine plus de 3 millions de musulmans aux Etats-Unis, soit 1 pour cent de la population. C’est donc un peu comme si l’on assistait à l’inversion de la situation qui prévalait dans les années 1920, quand la France comptait à peine 5.000 Noirs et la «négrophilie» tenait le haut du pavé à Paris. À l’époque, l’élite française ne trouvait pas de mots assez durs pour fustiger le «racisme américain ». Géraldine Smith
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
La position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française. Georges Mauco (1945)
Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. (….) Afin d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans, de réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française, un grand plan est tracé […] pour qu’à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré. Charles de Gaulle (3 mars 1945)
Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration. Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments. b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines. c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.  [Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.] d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux. Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables. Général de Gaulle (lettre à Pierre-Henri Teitgen, garde des Sceaux, 12 juin 1945 – sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle)
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !  Ch. de Gaulle (Conversation rapportée par Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 suite aux événements d’Algérie)
Marseille offrait cependant un charme barbare et international qui incarnait de façon étonnante le grand flux de la vie moderne. Peu étendue, avec une population manifestement trop nombreuse, porte de service de l’Europe, chargeant et déchargeant son commerce avec l’Orient et l’Afrique, port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toute la racaille des pays méditerranéens, grouillante de guides, de putes, de maquereaux, repoussante et attirante dans son abjection aux longs crocs sous ses dehors pittoresques, cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel. Claude McKay (Banjo)
Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut. Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… » Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable. Marianne (2015)
Banjo: A Story without a Plot was published by Claude McKay in 1929, between the World Wars. In the novel, McKay draws on his personal experiences living in France to depict dockworkers and drifters in the port town of Marseilles. The novel follows one group of “beach boys,” combining semi-autobiographical accounts of their pleasure-seeking lifestyle with their conversations about race relations and race politics, in France and abroad. The men in the novel represent various positions on race politics. Below are the four most prominent categories of positions in the novel—remember that each character nuances his views differently, and there are many distinctions to be made within these categories. (You might recognize some of the oppositions between these positions from later conflicts within the Civil Rights movement; they have some features in common with, for example, the political disagreements between Martin Luther King, Jr., and Malcolm X.) – Black Internationalism—This political culture linked blacks from around the world by connecting struggles against slavery, colonialism, and racism. Many of these connections are made in Banjo, like when Ray notes the similarities between the list of atrocities the French were committing in the colonies and the treatment endured by blacks in the United States. – Racial Assimilationism/Integrationism—During the early 20th century, assimilation was one possible answer to the question of how black people were to recover their full humanity: by being fully integrated into existing white society. Assimilation might include pursuing higher education and joining the professions, two things that were seen as allowing blacks to move out of their marginal position and into the respectable middle classes, as discussed in Banjo. – Black Nationalism—Opposed to assimilationists, black nationalists argued that black people should affirm and fight for their own culture and values, demanding their rights on their own terms rather than gaining a place in the existing system that had excluded them. W.E.B. Du Bois was associated with this position, which reflects the views of many of the characters in Banjo. – Black Separatism and Garveyism—These two positions are subsets of black nationalism that advocate the creation of essentially separate societies for black and white people. Whereas some black separatists thought that these two nations could be created within the United States, Marcus Garvey sought to bring blacks “Back to Africa,” a position represented in the novel by Taloufa. Berkeley university
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France n’a pas fait appel à ses territoires d’outre-mer, colonies et DOM confondus, pour combler son déficit de main-d’oeuvre bon marché. Pourquoi ? la réponse à cette question, rarement soulevée, est moins évidente qu’il n’y parait. Pour sa reconstruction, l’hexagone n’avait-il pas besoin de bras valides, de gens – de préférence francophones – taillables et corvéables ? dès lors pourquoi se priver de la « Force noire », qui venait de faire ses preuves sur le champ de bataille ? En raison d’un présupposé censément « naturel », d’un sous-entendu qui est alors au coeur des débat public sur l’immigration sans remonter à la surfacce explicite du discours: la question raciale. Quand le 3 mars 1945 devant l’Assemblée consultative, de Gaulle invoque « l’impératif migratoire », quand il précise qu’ « il faut introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française », il n’est pas dit mais entendu que ces « bons éléments » ne sauraient être des Africains ou des Antillais – des Noirs. Géraldine Faès et Stephen Smith
They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history. For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1. Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot. The Chicago Tribune
En avril 1919, les forces de police arrêtent un complot visant à l’envoi 36 bombes à des membres éminents de l’establishment américain politique et économique : JP Morgan, John D. Rockefeller, le juge de la Cour suprême Oliver Wendell Holmes ou encore le procureur général des États-Unis Alexander Mitchell Palmer. Le 2 juin 1919, dans sept villes du Nord-Est des États-Unis, huit bombes de fortes puissances ont explosé quasi simultanément à la même heure (une église catholique de Philadelphie étant la cible de deux bombes). L’un des objectifs était la maison, à Washington, D.C., du procureur général Palmer. L’explosion tue le poseur de bombe, qui sera la seule victime, et des témoignages confirment qu’il s’agit d’une organisation radicale d’origine italienne dont l’antenne américaine se trouverait à Philadelphie, mais l’affaire n’a jamais été résolue. C’est après, entre 1919 et 1921, que le procureur général lance les Palmer Raids. Des avocats notables dénoncent l’inconstitutionnalité de ces mesures, dont le futur juge à la Cour suprême Felix Frankfurter (notamment les quatrième, cinquième, sixième et huitième de la Constitution des États-Unis). Palmer perd de sa crédibilité lorsqu’il annonce qu’un risque de révolution est possible, le 1er mai 1920. Dès 1918, le président Woodrow Wilson avait fait pression sur le Congrès afin qu’il légifère contre les immigrés anarchistes (concrétisé par le Sedition Act of 1918 (en)) afin de protéger le moral du pays pendant la guerre. Le 1er septembre 1920, des bombes explosent à Wall Street, près de Federal Hall et de la Banque JP Morgan. Bien que deux anarchistes et des communistes soient soupçonnés d’être responsables de l’attentat, aucun n’est inculpé. On dénombre 38 morts et 141 blessés. En conséquence, l’opinion publique évolue et des organisations de gauche telles que l’Industrial Workers of the World et le Parti communiste des États-Unis perdent plusieurs de leurs militants. Entre 1919 et 1920, plusieurs états ont jugé le syndicalisme « criminel ». Cela implique alors des restrictions de la liberté d’expression. Des procès ont lieu (dont la célèbre affaire Sacco et Vanzetti), ainsi que des déportations hors du territoire américain. Wikipedia
La grande migration afro-américaine est le mouvement qui a conduit six millions d’Afro-Américains du Sud des États-Unis vers le Middle West, le Nord-Est et l’Ouest de 1910 à 1930. Les estimations du nombre de migrants varient selon les repères temporels choisis. Les Afro-Américains émigraient pour échapper au racisme et essayer de trouver du travail dans les villes industrielles. Certains historiens font une distinction entre la Première Grande Migration (de 1910 à 1940), et qui a porté sur environ 1,6 million migrants, et la Seconde Grande Migration, de 1940 à 1970. (…) Entre 1910 et 1930, la population afro-américaine s’accrut d’environ 40 % dans les États du Nord, principalement dans les grandes villes. Des villes comme Chicago, Détroit, New York et Cleveland connurent quelques-unes des plus fortes hausses dans la première partie du siècle. Du fait que cette évolution se concentrait dans les villes, les tensions urbaines augmentèrent à mesure que les Afro-Américains et les immigrants européens nouveaux ou récents, groupes qui tous les deux étaient issus de sociétés rurales, entraient en concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine. Les tensions étaient souvent les plus vives entre les Irlandais ethniques, soucieux de défendre leurs positions, et les immigrants récents et les noirs. Les Afro-Américains migraient individuellement ou en petits groupes familiaux. Ils ne recevaient aucune aide du gouvernement, mais souvent les industries du Nord, comme les chemins de fer, le conditionnement de la viande et l’élevage du bétail, avaient besoin de main-d’œuvre. Le principal facteur de la migration était le climat raciste dans le Sud et la violence généralisée qui se manifestait par des lynchages. Dans le Nord, on pouvait trouver de meilleures écoles et les hommes adultes avaient le droit de vote (ainsi que les femmes après 1920). L’essor des industries montrait qu’il y avait possibilité de trouver des emplois. (…) L’énorme expansion des industries de guerre créa pour les noirs des possibilités d’emploi, non dans les usines, mais dans les postes laissés vacants par les ouvriers appelés à y travailler. La Première Guerre mondiale et la Loi d’immigration Johnson-Reed de 1924 mirent brutalement un terme à l’afflux d’immigrants européens vers les centres industriels qui apparaissaient au Nord-Est et dans le Middle West, ce qui provoqua une pénurie de main-d’œuvre dans les usines. (…) La Grande Migration des Afro-Américains a créé les premières grandes communautés noires urbaines dans le Nord. On estime traditionnellement à 400 000 le nombre de ceux qui ont quitté le Sud pendant la période de deux années allant de 1916 à 1918, pour profiter de la pénurie de main-d’œuvre qu’avait créée la Première Guerre mondiale. (…) En 1910, la population afro-américaine de Détroit était de 6 000. Dès le début de la Grande Dépression en 1929, ce chiffre était monté à 120 000. En 1900, Chicago avait une population totale de 1 698 575 habitants. En 1920 elle avait augmenté de plus d’un million d’habitants. (…) Alors que la Grande Migration aidait les Afro-Américains instruits à obtenir des emplois, permettant à terme de mesurer la mobilité sociale, les migrants se heurtaient à des discriminations importantes. Du fait qu’un si grand nombre de personnes avaient migré dans un laps de temps assez bref, les migrants afro-américains se heurtaient souvent au ressentiment de la classe ouvrière américaine d’origine européenne, craignant que ses salaires ou la sécurité de ses emplois fût menacée par l’afflux de nouveaux travailleurs qui lui ferait concurrence. Les plus craintifs ou les plus hostiles étaient parfois les derniers en date des immigrants du XIXe siècle et les nouveaux immigrants du XXe siècle. Dans de nombreuses villes, la classe ouvrière a essayé de défendre ce qu’elle considérait comme « son » territoire. Néanmoins, les Afro-Américains ont pu gagner suffisamment d’argent dans les emplois industriels, en particulier dans la sidérurgie, l’automobile, la construction navale et les industries de préparation de la viande. Entre 1910 et 1920, le nombre de noirs employés dans l’industrie a presque doublé passant de 500 000 à 901 00010. (…) Les migrants ont découvert la discrimination raciale dans le Nord, même si elle se présentait parfois de façon plus subtile que dans le Sud. La population avait augmenté si rapidement tant chez les migrants afro-américains que chez les nouveaux immigrants venant d’Europe, qu’il y avait pénurie de logements, et les nouveaux groupes devaient rivaliser, même pour obtenir les logements les plus anciens, délabrés la plupart du temps. Les groupes ethniques se créaient des territoires qu’ils défendaient contre le changement. Souvent la discrimination forçait les Afro-Américains à rester dans les quartiers surpeuplés, comme à Chicago. Dans les villes, les populations plus à l’aise avaient tendance à se déplacer vers de nouveaux logements qui se développaient dans la périphérie. Les refus de prêts et les discriminations liées à l’habitat limitaient pour les Afro-Américains arrivés le plus récemment la possibilité de choisir leur propre logement, ou de l’obtenir à un prix raisonnable. (…) Pour de nombreux Afro-Américains cette période a marqué un profond changement dans le mode de vie : de travailleurs ruraux ils sont devenus ouvriers des industries installées dans les villes. La migration a donc eu pour eux un double effet : d’une part ils se sont intégrés de plus en plus dans la société, d’autre part le fait de vivre et de travailler en contact plus étroit avec les Américains d’origine européenne n’a cessé d’élargir le fossé qui existait entre eux. De fait, lors de la migration, les migrants se heurtaient souvent à des discriminations dans l’habitat car les propriétaires de race blanche et les agents immobiliers essayaient de les empêcher d’acheter des maisons ou de louer des appartements dans les quartiers blancs. En outre, quand des noirs allaient s’installer dans de tels quartiers, il arrivait souvent que les blancs réagissent violemment contre ces nouveaux voisins, par exemple avec une foule en émeute qui venait devant leurs domiciles, et qui allait jusqu’au jet de pierres et même jusqu’à l’assassinat. Ces tendances ont contribué à maintenir la « fracture raciale » dans le Nord et peut-être même à l’accentuer. Dans des villes comme Chicago et Omaha, le boom immobilier d’après-guerre a développé la création de banlieues réservées aux populations blanches. Le résultat est qu’à la fin des années 1950 et 1960, les Afro-Américains se sont retrouvés hyper-urbanisés et concentrés de façon beaucoup plus dense que les autres groupes dans les quartiers défavorisés. Du fait que les migrants afro-américaine avaient conservé un grand nombre de traits culturels et linguistiques du Sud, ces différences de culture ont créé chez ceux qui les avaient précédé dans les villes le sentiment qu’ils étaient des étrangers. Les stéréotypes attribués aux personnes noires au cours cette période et pendant les générations remontent souvent aux traditions culturelles rurales des migrants afro-américains, qui s’opposaient à l’environnement urbain dans lequel ils résidaient. Wikipedia
Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers. (…) Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance. (…) De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud. (…) Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion. Carl Sandburg
Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée. (…) Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. Walter Lippmann (août 1919)
Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction. Kenneth Clark (1968)
Sandburg … prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître. (…) mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre. (…) Les émeutes raciales, on le comprend mieux, ne sont pas un passage dans l’histoire américaine. Elles n’ont rien, pas plus hier qu’aujourd’hui, d’un dérèglement passager de l’ordre ordinaire des choses. Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalité, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent. Christophe Granger
Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales. Carl Sandburg prend le parti d’expliquer. Il décrit l’oppression organisée des Noirs, l’immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l’habitude des lynchages. A l’heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre oublié éclaire l’une des périodes les plus troublées de l’Amérique – celle qui, tenaillée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence, d’un auteur et poète qui, par la suite, a obtenu le prix Pulitzer. Babelio

Vous avez dit deux poids deux mesures ?

A l’heure où sort enfin pour la première fois en France avec près d’un siècle de retard …

La traduction des fameuses chroniques de l’écrivain suédo-américain Carl Sandberg pour le Chicago news sur la première émeute noire de l’histoire américaine …

Les treize jours de terreur qui avant de s’étendre à des dizaines de villes dans tous les Etats-Unis (le tristement fameux « été rouge ») feront 23 victimes noires et 15 blanches sans compter les centaines de blessés et dévasteront des quartiers entiers suite à la noyade provoquée d’un jeune Noir au large d’une plage du lac Michigan réservée aux Blancs …

Sur fond de migration massive de noirs issus du sud (500 000 en quelques années), concurrence pour les emplois et le logement avec la classe ouvrière blanche d’origine, utilisation de briseurs de grève noirs, surpeuplement suite au doublement de la population noire en deux ans, plus grand activisme de soldats noirs revenus du front « pour préserver la démocratie », série d’attentats anarchistes et grèves massives suite à la Révolution bolchévique

Publication accompagnée comme il se doit des habituels couplets de nos chasseurs d’ambulances patentés sur « les brutalités policières et émeutes qui embrasent toujours aussi fréquemment le pays » et « viennent de rappeler »,  pour ceux qui « aiment se bercer d’illusions sur l’Amérique ‘post-raciale’, « la triste réalité de ce problème sans fin » …

Pendant que mis à part les groupes protégés, la moindre agression ou brutalité policière sont dénoncées comme racistes face à des suspects qui refusent souvent d’optempérer par les mêmes qui font et vivent confortablement de l’apologie de la violence à longueur de séries télé et de films …

Et qu’avec tant le référendum britannique que la candidature d’un Donald Trump le déni de réalité de nos belles âmes et de nos bons esprits et la véritable invasion migratoire qu’ils ont provoquée viennent de recevoir la réponse que l’on sait …

Qui se souvient …

Que la France « négrophile » qui allait célébrer, sur fond d’exposition coloniale et de zoos humains et à moitié nue dans sa ceinture de sauvageonne, l’égérie des cubistes

Ou les bas fonds si pittoresques du port de Marseille décrits comme un « petit Harlem » « de la citoyenneté et du vivre-ensemble » par  le « clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste » Claude McKay …

Et qui ne trouvait pas, loin de ses anciens esclaves parqués discrètement dans ses DOMTOM (1, 6 million quand même: 14% vs. 500 000 pour les Etats-Unis: 4% et 4 millions pour le Brésil: 35% !) et entre deux massacres coloniaux (dans les deux sens), de mots assez durs déjà pour fustiger le « racisme américain » …

Ne comptait alors pas plus de 5.000 Noirs sur son territoire métropolitain ?

Et qui rappelle …

Les raisons pour lesquelles une France saignée 25 ans plus tard par une nouvelle guerre mondiale …

Avait décidé de « se priver » pour sa reconstruction de « la Force noire » de ses territoires d’outre-mer qui « venait de faire ses preuves sur le champ de bataille » …

A savoir, comme l’avait souligné le général de Gaulle lui-même, qu’il fallait « introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française » ?

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919 publiées chez Anamosa
Mohamed
Addict-Culture
9 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago, juillet 1919, est le troisième livre de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa. Il s’agit là de la première traduction française (effectuée par Morgane Saysana) des articles que Carl Sandburg a consacré à Chicago avant et après le Red Summer de 1919.

Dans cette série d’articles, Sandburg fait moins oeuvre de journalisme que de sociologie, comme l’indique Christophe Granger dans la préface :

“Il prend le parti de ne pas décrire sur le vif le détail saisissant des émeutes, et pas davantage de les rattacher, comme le font bon nombre de journaux d’alors, à d’obscures menées de bolchéviks poussant sourdement les Noirs à la révolte. Lui opère autrement. Il s’efforce de les rendre intelligibles, ces émeutes ; de soutirer à la cruauté de ce qui s’y joue quelque chose des conditions sociales qui les ont fait naître”

Et c’est ainsi que l’on déambule dans les rues de Chicago pour découvrir pas à pas la condition des Noirs Américains.

Depuis 1916 les États-Unis doivent faire face à la Grande Migration des Noirs du sud vers les grandes villes industrielles du nord. Ce mouvement est qualifié par Loic Wacquant comme “le plus important de l’Histoire contemporaine”. Ce dernier écrit par ailleurs :

“Ce transfert de population a alimenté la formation des grands ghettos urbains et la première poussée des revendications pour l’accès à la pleine citoyenneté des Américains de couleurs”.

Il ne dit rien d’autre que ce que Sandburg avait écrit un siècle plus tôt :

“Sous la pression de la crise démographique la plus grave qu’aucune race et aucune nationalité aient connue au sein d’un quartier de Chicago, la population du secteur déborde, ou plutôt est irrésistiblement expulsée, vers d’autres quartiers.”

et un peu plus loin :

“Quel avenir pour les gens de couleur ? La réponse qui revient le plus souvent et semble faire consensus est celle-ci : Nous avons fait l’ultime sacrifice ; ils n’ont pas eu besoin de nous contraindre ; nos états de service, tout comme Old Glory, le drapeau que nous aimons car il symbolise notre liberté, n’ont pas une seule tâche ; nous sortons des hostilités “blanc comme neige” ; à présent, nous souhaitons voir notre nation honorer la Constitution et la Déclaration d’indépendance.”

Chicago, tout comme d’autres villes du nord, représente pour les Noirs une terre promise loin des agressions raciales et semble aussi incarner une promesse d’emploi.

“De meilleurs emplois, le droit de voter et de voir son  vote comptabilisé lors du dépouillement, l’absence de ségrégation sur la voie publique et dans les transports, une moindre discrimination raciale, une attitude plus tolérante de la part des Blancs, l’égalité des droits en termes d’éducation : voilà quelques-unes des raisons qui attirent un flot continu de gens de couleurs fuyant le Sud.”

Carl Sandburg constate donc au fil de ses enquêtes que les villes du nord ne sont pas aussi tolérantes que les Noirs eux-mêmes auraient pu le croire. La ségrégation, même si elle n’est pas aussi démonstrative que dans les villes du sud, n’en n’est pas moins réelle et plus pernicieuse. A commencer dans l’immobilier, où l’accession à la propriété n’est pas chose aisée :

“Vous autres, vous n’êtes pas admis dans notre société. Personnellement je n’ai rien contre eux (…) mais, vous savez on prévoit de rénover les abords du lac, le réseau de chemins de fer de l’Illinois, et pour le reste ; on ne peut pas se permettre de laisser ces gens là s’installer ici. (…)Loin de nous l’idée de lancer des menaces, mais il faut faire quelque chose, nous tenons à le signaler”

Ce sont ici les mots du porte-parole des intérêts immobiliers.

Sur le marché de l’emploi, les Noirs ne sont pas mieux traités. La ville profite de cette arrivée massive de travailleurs pour remplacer ceux qui sont parti en Europe. Cependant ils n’ont d’autres choix que d’occuper les métiers pénibles que les Blancs refusent d’accomplir.

Donc, dès 1919, Carl Sandburg démontre la dimension tragique, à travers cet environnement social des grandes villes, Chicago en particulier, que les Noirs doivent affronter. Il montre que cette communauté cherche à s’implanter durablement dans une société qui ne les désire pas. Ils nous parle des ces personnes de couleurs qui réussissent, certes, mais aussi des marginaux, de ceux qui demeurent dans les pires conditions de vie et ceux qui s’adonnent aux activités criminelles.

Sandburg démontre aussi la responsabilité de la presse qui n’a de cesse de colporter des rumeurs sans réel fondement sur des agressions, alimentant ainsi la haine envers les Noirs :

“Les articles de presse sur ce qui se passe à Washington citent souvent comme cause des affrontements des agressions de femmes blanches par des soldats noirs. Si cette accusation grave et sordide est répétée jour après jour dans les dépêches qui inondent le pays, elle n’est pourtant fondée sur aucune de ces preuves, éléments de connaissance ou d’information nécessaires à tout tribunal ou toute personne sensée pour parvenir à un verdict ou se forger une opinion.”

Carl Sandburg aborde donc tous les aspects de la vie des afro-américains : de l’emploi en passant par la vie religieuse et associative. Il met l’accent sur une vie qui semble paisible mais qui repose sur un équilibre fragile. Autrement dit, si les Noirs restent à leur place… tout va bien. Il traite aussi les dangers de s’aventurer hors de la “black belt”, ce territoire aux frontières imaginaires et pourtant si bien défini dans la pensée des Blancs. Pour preuve, lorsque le jeune Eugène Williams se retrouve sur un bout de plage qui n’est pas celui qui revient aux Noirs, il est alors assassiné à coup de jets de pierres par la jeunesse blanche. L’équilibre factice est rompu. Toutes ces tensions inhérentes à cette société inégalitaire finissent par devenir de fortes émeutes qui ont pour résultats des centaines de victimes et d’immenses dégâts.

Le travail de Carl Sandburg est particulièrement éclairant sur une situation qui se répète encore de nos jours, non seulement aux États-Unis mais aussi dans d’autres parties du monde où l’étranger est mal ou peu considéré.

Lors d’une allocution devant la commission Kerner sur les émeutes raciales de 1968 à Chicago, le sociologue Kenneth Clark déclare :

“Je lis ce rapport sur les émeutes de Chicago en 1919 et c’est comme si je lisais le rapport de la commission d’enquête sur les désordres à Harlem en 1935, le rapport de la commission d’enquête sur ceux de 1943, le rapport de la commission McCone sur les émeutes de Watts. Je dois sincèrement vous dire, Membres de la commission, qu’on se croirait dans Alice au pays des merveilles, avec le même film qu’on nous repasse éternellement : même analyse, mêmes recommandations, même inaction»

Chicago, Washington, New York 1919, Harlem 1935, Harlem 1943, New York 1964, Philadelphie 1964, Watts 1965, Detroit 1967, Washington, Chicago, Baltimore 1968, Los Angeles 1992, Baltimore 2015.

Voilà donc depuis presque un siècle la ritournelle des soulèvements de la population Afro-Américaine et démontre que la question raciale est toujours présente aux Etats-Unis.

Lorsque Walter Lippman  rédige son introduction à propos du travail de Carl Sandburg il en arrive à la même conclusion :

“Les articles qui suivent reprennent ceux publiés dans les pages du Chicago Daily News, qui avait missionné l’auteur pour enquêter sur la situation trois semaines avant le début des émeutes. Publiée depuis deux semaines, la série arrivait au stade où un ensemble de recommandations constructives aurait été le bienvenu, lorsque les émeutes ont éclaté. Et comme toujours, tout le monde, ou presque, s’est davantage intéressé à la guerre qu’à ce qui l’avait provoquée.”

Carl Sandburg a accompli un travail d’enquête d’une grande justesse, dans un style précis étayé par les chiffres mais aussi une réflexion pleine d’humanisme.

Il parvient à “émouvoir non seulement pour susciter l’indignation, bien que cela soit nécessaire, mais aussi pour faire réfléchir”.

Voir aussi:

LES ÉMEUTES RACIALES DE CHICAGO JUILLET 1919 de Carl Sandburg / Editions Anamosa.
clete

Nyctalopes

juin 2, 2016

Traduction: Morgane Saysana.

Troisième publication de la toute nouvelle maison d’édition Anamosa spécialisée dans les sciences humaines « les émeutes raciales de Chicago » de 1919 est un bien bel ouvrage inédit puisque l’ensemble des textes de Carl Sandburg n’avait jamais été traduit en français.

Chicago, juillet 1919 : un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui commençaient à lui jeter des pierres, sur une plage partagée par une frontière raciale invisible. La police refuse d’intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d’émeutes qui, dans la ville, laissent derrière eux 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des dizaines d’immeubles dévastés. Rapidement, durant ce  » Red Summer « , des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour des émeutes raciales.

L’ouvrage qui se décline en plusieurs parties forme un beau livre où préface, texte proprement dit, puis cahier annexe de fin d’ouvrage avec cartes, photographies et mémorial des victimes offrent un panorama complet des tragiques événements de juillet 1919 à Chicago qui ne sont néanmoins qu’une petite partie des émeutes qui ont secoué et endeuillé le pays cet été là.

La partie centrale et majeure du livre est bien sûr l’écrit de Carl Sandburg qui décrit la condition des Afro-Américains à Chicago au sortir de la guerre. Ils arrivent en grand nombre en pensant que la vie au Nord sera moins difficile que dans le terrible Sud où ils ne sont que les descendants d’esclaves et où les droits minimum ne leur sont pas garantis sans compter l’accès au travail et à la même éducation que la population blanche. Cet afflux à Chicago et dans les grandes métropoles industrielles du Nord se fait sans aucune organisation des autorités qui se contrefoutent bien des conditions de vie des arrivants qui seront forcément mieux lotis dans l’ Illinois que dans le Mississipi ou autres états moyen-moyenâgeux où les lynchages sont monnaie courante. Carl Sandburg explique d’ailleurs que chaque cas de lynchage dans un état du sud est suivi d’arrivées massives en gare de Chicago dans les jours qui suivent.

Carl Sandburg va ainsi montrer les différents aspects de la vie sociale et économique de ces arrivants qui s’ils ne sont pas haïs et méprisés comme en dessous de la ligne Mason-Dixon sont néanmoins largement exploités dans leurs conditions de vie,de travail et dans leurs accès à la propriété ou à un logement décent. Cette partie du livre qui date de l’époque fera le bonheur, bien sûr, des historiens et des sociologues mais aussi de toutes les personnes intéressées par l’Amérique, ses maux, ses fractures et ses paradoxes.

Profane, je vais sûrement faire hurler les puristes mais la partie inoubliable, brillante, c’est l’introduction écrite en février 2016 par Christophe Granger historien, membre du centre d’Histoire sociale du XXème siècle qui réussit un formidable travail de didactique pour les béotiens comme moi en démarrant son propos intitulé « L’Amérique et le démon de la race » par cette phrase : « mais s’il faut le lire encore, si loin après sa parution initiale, c’est peut-être moins pour ce qu’il nous restitue de son époque que pour ce qu’il nous dit de la nôtre ».Un siècle plus tard, on ne compte plus les émeutes raciales qui ont ensanglanté l’histoire des USA avec toujours les mêmes raisons, la ghettoïsation, les différences économiques entre les groupes, le laxisme des autorités, les inégalités sociales, la volonté universelle de médiocres d’écraser pour montrer qu’ils existent.

Si Sandburg, dans cette compilation d’articles qu’il avait écrits pour le Chicago Daily News à l’époque, explique, démontre les conditions qui ont permis l’horreur, Granger, lui, tout en nous apprenant à apprendre de l’Histoire montre les événements avec le recul de l’Historien et donne ainsi des clés indispensables à la compréhension des écrits de Sandburg et du déroulement des jours d’effroi.

On pourrait se dire que ce n’est qu’un phénomène ricain et pourtant l’universalité des maux saute aux yeux.

« Tant que nous n’aurons pas appris à loger tout le monde, à employer tout le monde à un salaire décent et avec un statut professionnel valorisant, à garantir à chacun ses libertés civiles et lui prodiguer une éducation et des divertissements dignes de ce nom, tout ce que nous pourrons dire au sujet du « problème racial » ne restera qu’une sinistre mythologie. »Walter Lippmann août 1919.

Très belle initiative des éditions Anamosa, ouvrage essentiel.

Voir également:

Les émeutes de Chicago en 1919
Zones subversives

3 Juillet 2016

En 1919, des émeutes raciales éclatent à Chicago. Mais les Noirs se révoltent surtout contre leurs conditions de vie. Cet épisode historique fait écho à la situation actuelle.

Les émeutes de Ferguson et de Baltimore s’inscrivent dans une histoire longue. Celle de la révolte des ghettos noirs des Etats-Unis. Le journaliste Carl Sandburg analyse Les émeutes raciales de Chicago de juillet 1919. Ce texte réédité décrit une situation qui n’a pas changé : misère, ségrégation, violence et injustice sociale. Carl Sandburg ne se contente pas de décrire, il analyse les émeutes et leurs causes sociales.

L’historien Christophe Granger présente le contexte d’un récit qui conserve toute son actualité. Durant le « Red Summer », les agressions racistes se multiplient. Des jeunes Blancs attaquent aveuglement des passants noirs. Les émeutes de Chicago sont déclenchées par la noyade d’un jeune Noir agressé par des Blancs. Le policier présent ne réagit pas. Dans les jours qui viennent, les affrontements se multiplient. Les Blancs et les Noirs se battent, avec des morts de chaque côté. L’émeute prend l’allure d’une « guerre raciale ».

Ce Red Summer s’inscrit dans une histoire longue des violences raciales. Les Etats du Sud ont longtemps pratiqué l’esclavage. Des émeutes raciales éclatent pendant la guerre de Sécession. Dans les années 1870, cette violence raciale participe au maintien de la ségrégation et des rapports sociaux. Ces agressions visent à faire fuir les élites noires.

Dans les années 1910, Chicago devient le centre de la « question raciale ». Cette métropole accueille les familles noires qui fuient les Etats ségrégationnistes du Sud. Mais la « terre promise » devient le ghetto noir de Chicago. La misère, des logements dégradés et des mauvaises conditions de travail installent les Noirs dans une marginalité. Ils intériorisent une infériorité par rapport aux Blancs.

Racisme et exploitation

Au début du XXe siècle, la population noire fuit les Etats du Sud avec leur racisme et leur passé esclavagiste. Les gens de couleurs se réfugient dans les grandes villes du Nord comme Chicago. Ils fuient la misère et le racisme. « Pour beaucoup de ceux qui ont gagné le Nord, la promesse d’un salaire et d’un emploi vient après le désir de fuir les lynchages », décrit Carl Sandburg. Les population noire espère trouver davantage d’égalité et d’opportunités dans les villes du Nord.

Les populations noires ont des difficultés d’accès au logement. Leur arrivée massive peut influencer le prix de l’immobilier. Les propriétaires rénovent les logements pour augmenter les prix. Inversement, l’arrivée massive d’une population noire peut contribuer à la diminution des loyers dans un quartier. Les agents immobiliers peuvent alors s’opposer à la présence des Noirs. Ils instrumentalisent l’antagonisme racial à des fins commerciales.

Les personnes de couleur doivent se contenter d’accepter les emplois les moins qualifiés et rémunérés. Les postes à pourvoir se situent dans les fonderies, les aciéries, le bâtiment et les usines qui demandent en permanence des travailleurs peu qualifiés. Les travailleurs immigrés issus des pays européens aspirent à revenir dans leur pays d’origine pour retrouver leur famille. Pour reconstituer la main d’œuvre à exploiter, le patronat doit désormais puiser dans la population noire. « L’essentiel de ce qu’on considère comme une question raciale est au fond un problème de main d’œuvre », analyse Carl Sandburg. L’accès au marché de l’emploi et l’égalité salariale pour les travailleurs noirs se situent au cœur de la « question raciale ».

Les écrits des personnes de couleur insistent sur l’importance de l’égalité économique pour régler le problème racial. Les gens de couleur insistent sur l’accès à l’emploi et à un revenu décent. « Ils tiennent en horreur la ségrégation dans les transports issue des lois Jim Crow, mais aussi les lynchages et tous les actes de discrimination raciale, parce que derrière cela, ils savent bien que, même dans le Nord, hommes et femmes de couleur ont peu de chances d’obtenir des emplois qualifiés, et même non qualifiés », observe Carl Sandburg.

Race et inégalités sociales

Les femmes de couleur travaillent surtout dans l’industrie manufacturière. « Les chapeaux de poupée, les abat-jour, la mercerie : voilà trois branches de l’industrie manufacturière où la main d’œuvre de couleur s’est introduite dans les usines et s’est aussi mise à travailler à domicile », décrit Carl Sandburg. Les hôtels et les restaurants embauchent également des aides de cuisine, des serveuses et des femmes de ménage. L’industrie de la viande emploie aussi des travailleuses de couleur. Les femmes noires doivent souvent se contenter des travaux mécanisés ou manuels. « Les ouvrières de couleur interviennent aux étapes de fabrication que les femmes blanches refusent d’effectuer », commente un observateur du monde industriel. Les femmes de couleur effectuent les tâches les plus ingrates et les moins bien rémunérées.

Les propriétaires des logements augmentent les loyers lorsque leurs locataires sont noirs. Quelles que soient les causes économiques, « le Nègre à Chicago, moins bien payé que les travailleurs blancs et plus limité dans les emplois qui s’offrent à lui, paie un loyer relativement plus élevé », indique une enquête sur le logement. Des travailleurs noirs s’organisent dans des syndicats et luttent pour l’égalité économique. « Leur hypothèse est que, une fois l’égalité des races admise sur le plan économique, elle s’imposera ensuite sans difficultés aux plans social, immobilier, dans les transports, le logement et l’éducation », souligne Carl Sandburg.

Ce livre montre bien les causes sociales de la révolte. Ces émeutes ne s’expliquent donc pas par une dimension raciale. « On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemble, c’est prendre l’effet pour la cause », analyse Christophe Granger. Une racialisation des relations sociales s’impose. C’est la façon « dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d’organisation, de description et de classification des faits sociaux », observe Christophe Granger.

La race est devenue un problème pour mieux occulter les inégalités sociales. Une enquête sociologique montre au contraire les causes sociales et politiques des émeutes. Le maire de Chicago, lié à la mafia, a mis en place un véritable système clientéliste pour attribuer les logements et les emplois. Ces émeutes s’expliquent également par les gangs de jeunes blancs qui saisissent l’occasion pour se déchaîner. Mais la dimension ouvertement raciste n’est pas évidente.

Révolte sociale contre racialisation

La description de Carl Sandburg tranche avec le bavardage postmoderne des racialisateurs qui dominent désormais l’extrême gauche. Toute une mouvance sous-gauchiste, incarnée par le Parti des Indigènes de la République (PIR), insiste sur une vision raciale de la société à travers une idéologie identitaire. L’esclavage et le colonialisme suffisent alors à expliquer la situation des quartiers populaires. Les « racisés » sont simplement les victimes de représentations postcoloniales. Mais, dans le monde réel, ce sont les inégalités sociales qui expliquent les émeutes dans les quartiers populaires.

Le PIR et ses amis gauchistes gomment les clivages sociaux et les rapports de classe pour ne voir que des différences entre les races. Le PIR comprend surtout une petite bourgeoisie intellectuelle qui a trouvé un créneau pour obtenir des postes de pouvoir et de reconnaissance dans les partis de gauche. Ils n’évoquent jamais les problèmes concrets des quartiers populaires comme la précarité ou le mal-logement. Ils préfèrent pérorer sur une affirmation identitaire. Mais la véritable révolte reste toujours sociale.

L’approche identitaire du PIR ne débouche logiquement vers aucune lutte sociale. Ils proposent uniquement une Marche de la dignité pour affirmer un statut de « racisé ». La posture postmoderne consiste surtout à pleurnicher sur son sort et à cumuler les oppressions pour organiser un colloque sur l’intersectionalité. En revanche, il existe aussi de véritables révoltes comme à Ferguson ou à Baltimore, mais aussi en région parisienne en 2005. Les analyses de Carl Sandburg peuvent s’appliquer également à ces émeutes récentes. La misère, la précarité, le mépris des institutions, le mal-logement, la ségrégation sociale expliquent la colère.

Les émeutes et les révoltes ne relèvent pas uniquement de l’évènement ponctuel voué à l’oubli. « Elles sont au contraire l’arête vive d’un monde d’inégalités, de misère et de violences savamment organisé. Elles sont le produit et le symptôme de ce contre quoi elles se lèvent », analyse Christophe Granger. Des mouvements de révolte spontanée vont éclater à nouveau. Mais cette contestation doit embraser l’ensemble des classes populaires. Les races servent aussi à diviser les prolétaires qui ont pourtant le même intérêt à abattre la société marchande. Une solidarité de classe, au-delà des races, se construit dans les révoltes sociales.

Source : Carl Sandburg, Les émeutes raciales de Chicago. Juillet 1919, traduit par Morgane Saysana, Anamosa, 2016

Voir encore:

Trois romans et quelques centaines de poèmes seulement auront suffi à Claude McKay, écrivain noir américain d’origine jamaïquaine, pour devenir l’une des figures de proue du mouvement Harlem Renaissance, qui dans l’entre-deux-guerres amorça l’émancipation culturelle et politique de la communauté afro-américaine et influença le courant de la négritude d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor.

Dans ce bouillonnement créatif, le jazz, l’art, la photographie, la mode et, bien sûr, la littérature furent plus que des expressions privilégiées pour raconter les multiples vies de l’homme noir, de véritables armes au service de la reconquête d’une identité. Celle de Claude McKay est multiple, clochard céleste, journaliste militant, bourlingeur marxiste – il résida en URSS dans les années 30, où il rencontra Trotski lors de la 4e Internationale communiste -, chroniqueur de la rue. C’est de tout cela qu’est fait son verbe vagabond. Celui de Home To Harlem, qui lui vaut, en 1928, le Harmon Gold Award Of Literature, et celui de Banjo, en 1929, où il dépeint le Marseille cosmopolite où il vécut.

Banjo – du surnom de son héros, un docker noir qui, dans les bas-fonds de la cité phocéenne, s’évertue à monter un groupe de jazz -, croque un Marseille qui n’existe plus, un quartier interlope, la Fosse, situé entre le Vieux-Port et la Joliette, que l’occupant nazi rasera en 1943 pour purifier le « cloaque » du « chancre de l’Europe ». Car ce quartier réservé, à l’image du French Quarter de La Nouvelle-Orléans, est depuis 1865 le lieu de tous les plaisirs, de tous les dangers et de l’amarrage, dans les années 20, de cette « infernale musique noire qui rythme tous les bruits », comme l’écrira le romancier marseillais André Suarès. « Bars à passe en toile de fond, cafés de quartier qui émettent le son d’un « fox-trot populaire » provenant de pianos mécaniques çà et là dans « Boody Lane » qui semble proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse était le bordel. […] Oh, Shake That Think, Jelly r-o-o-o-o-oll ! Tem, tem, ti-toum, tim-ti-tim, toum, tem… »

Claude McKay n’a pas son pareil pour dire la bouillonnante ville-monde, ce « petit Harlem », où vivent, aiment et meurent voyous provençaux, bandits corses et italiens, dockers africains, marins, filles de joie et artistes du monde entier. Son écriture visionnaire, chaloupée et enivrante, construite, avec ses solos, comme un air de jazz, assène, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, des questionnements toujours actuels. Ceux de la citoyenneté et du vivre-ensemble. Sa lecture ne s’en révèle que plus indispensable.

Banjo, de Claude McKay, L’Olivier, 380 p., 14,90 €.

Voir de plus:

Etats-Unis : deux Afro-Américains tués par la police en deux jours
Euronews

07/07/16

Les tensions raciales sont une fois encore exacerbées aux Etats-Unis après de nouvelles bavures policières. Deux jours seulement après le drame survenu en Louisiane, un autre Afro-Américain a été tué par la police dans le Minesota. Arrêté après avoir passé un feu rouge, Philando Castile, un homme de 32 ans a été abattu dans sa voiture. Selon sa compagne, qui a commencé à filmer avec son téléphone portable juste après le tir, le conducteur venait d’avertir l’agent qu’il détenait une arme avec licence et cherchait ses papiers.

Dans la ville de Bâton-Rouge, en Louisiane, l‘émotion et l’indignation sont tout aussi fortes. C’est sur le parking d’un centre commercial qu’un vendeur à la sauvette afro-américain a été abattu de plusieurs balles par des policiers. Des dizaines de personnes ont manifesté pour réclamer justice.

“Nous allons prier pour la paix, pour l’unité. Mais je veux que vous sachiez que cela ne s’arrêtera pas là, leur a promis Denise Marcelle, une élue de la chambre des Représentants. Nous voulons que justice soit faite, nous voulons de la transparence. Je n’arrêterai pas jusqu‘à ce que je découvre ce qui s’est passé, et les responsables seront poursuivis.”

Sans attendre une enquête locale, le département américain de la Justice a ouvert une enquête à l‘échelle fédérale pour déterminer les responsabilités des deux policiers, qui ont été suspendus.

Les forces de l’ordre avaient été alertées par un appel indiquant qu’un homme brandissait une arme sur le parking. Interpellé et plaqué au sol, Alton Sterling, un vendeur ambulant de 37 ans, a tenté de résister et a été tué à bout portant.

Dans la vidéo-amateur, on entend l’un des policiers s‘écrier “il est armé !” avant que son collègue n’abatte l’homme de plusieurs coups de feu.

Voir de plus:

Un réfugié nigérian battu à mort en Italie lors d’une agression raciste
Europe 1

07 juillet 2016

Emmanuel Chidi, 36 ans, a été pris à partie et battu à mort à Formi par un supporter « ultra » du club de football local.
Un réfugié nigérian, âgé de 36 ans, a été battu à mort lors d’une agression racisteà Fermo dans le centre de l’Italie, a indiqué mercredi le maire de la ville Paolo Calcinaro.

Le maire effondré. « En tant que maire d’une ville accueillante et ouverte depuis toujours à l’intégration, j’ai l’impression de plonger dans un cauchemar », a déclaré le maire peu après l’annonce de la mort de ce jeune réfugié, Emmanuel Chidi. Ce dernier se promenait mardi dans le centre de cette petite ville des Marches, accompagné de sa fiancée âgée de 24 ans, lorsqu’il a été violemment pris à partie par un homme identifié comme un supporter « ultra » de l’équipe de football local, selon l’agence italienne Agi.

Frappé à la tête. Insulté par des propos racistes, lui et sa jeune compagne, il a répondu verbalement à ces provocations, avant d’être frappé à la tête par cet homme dont l’identité n’a pas été révélée. Ce dernier a continué à le frapper alors que le jeune Nigérian se trouvait à terre. Hospitalisé dans un état grave, ce dernier est mort mercredi sans avoir repris connaissance.

Soutenu par une ONG catholique. Emmanuel Chidi et sa compagne se trouvaient à Fermo depuis huit mois, accueillis dans un centre de réfugiés de la Caritas, ONG catholique. Ils avaient fuit leur pays et la jeune femme avait perdu son bébé juste après une difficile traversée de la Méditerranée. Des centaines de réfugiés arrivent presque chaque jour sur les côtes italiennes, dont de nombreux Nigérians.

Sur le même sujet :
Royaume-Uni : les incidents racistes en hausse depuis le référundum
Insultes racistes dans un tram de Manchester, la vidéo qui choque l’Angleterre

Voir enfin:

La France après la guerre

La politique de la France en matière de naturalisation

L’abrogation des lois de Vichy suscite de nombreuses polémiques sur la conception des textes à adopter, sur les critères de leur mise en œuvre et sur la détermination des autorités compétentes. Dans les débats sur la politique d’immigration et de naturalisation, l’approche ethnique reste souvent présente et s’oppose aux conceptions égalitaires.

La loi qui avait permis de déchoir de la nationalité les résistants (dont de Gaulle…) est abrogée dès avril 1943 par la France Libre, et les personnes déchues sont réintégrées. L’abrogation de la loi de dénaturalisation provoque davantage de controverses. Le ministre de la Justice de la France Libre, de Menthon, considère en 1943 que l’annulation des dénaturalisations « pourrait dans certains cas présenter les plus sérieux inconvénients… Les naturalisations trop nombreuses, dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, d’éléments israélites douteux, ont donné prétexte à un antisémitisme qui peut poser au jour du retour un certain problème. Ce ne serait pas y parer par avance que d’annuler a priori toutes les mesures de retrait qui sont intervenues. »

Le Comité juridique de la France Libre adopte début 1944 un texte qui contredit ce point de vue et propose l’abrogation pure et simple des textes de Vichy. Les allers-retours entre les structures débouchent finalement sur un texte le 24 mai 1944 qui va dans le sens du Comité juridique et tous les dossiers de dénaturalisation sont réexaminés.

Les points de vue sur les nouvelles naturalisations sont encore plus contradictoires. Les dossiers s’accumulent (200 000 en 1944) dans les préfectures et le Garde des Sceaux demande leur remontée au ministère. Une Commission interministérielle est créée le 17 mars 1945 pour dégager les principes à adopter.

Se mêlent les débats sur les naturalisations et sur l’immigration. De Gaulle déclare en 1945 que « Le manque d’hommes et la faiblesse de la natalité française sont la cause profonde de nos malheurs… et l’obstacle principal qui s’oppose à notre redressement. » Il trace un grand plan afin « d’appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu’il faut à la France en dix ans … et d’introduire au cours des prochaines années, avec méthode et intelligence, de bons éléments d’immigration dans la collectivité française. » Un Haut Comité consultatif de la population et de la famille est créé en avril 1945. Il est dirigé par Mauco, qui s’est distingué avant et surtout pendant la guerre par ses points de vue racistes et antisémites. Aux principes égalitaires de la politique de l’immigration de la Troisième République, il oppose la nécessité d’un objectif de protection ethnique. Il collabore à L’Ethnie française jusqu’en 1943, où il publie en 1942 un article hallucinant sur les caractéristiques ethniques des Russes, des Arméniens et des Juifs – qui les rendent bien sûr inassimilables1 –, avant de rejoindre les FFI au début de 1944. Il est désormais chargé de mettre en place la nouvelle politique de l’immigration. Il utilise des études anthropologiques pour déterminer l’assimilabilité et donc la sélection des immigrés selon leur origine. Il conclut que puisqu’il est impossible de mener avec certitude une politique d’immigration totalement objective, « la position la plus sûre et qui doit permettre d’écarter tout risque de modifier profondément la population française et tout déboire du point de vue culturel, est certainement celle qui consiste à rechercher des immigrants dont le type ethnique est déjà présent dans la mosaïque française », c’est-à-dire celle de 1881-1891, considérée comme équilibrée ! Le Haut Comité décide que l’entrée des immigrés se fera selon un ordre de « désirabilité » déterminé, selon les nationalités, et des pourcentages sont fixés pour chacune d’entre elles. Les réfugiés politiques et les fugitifs sont considérés comme suspects.

En matière de naturalisation, il prône les mêmes principes. Le bureau du Sceau naturalise en priorité les résistants et les combattants de la France Libre. Mauco envoie une note pour souligner que cela conduit à naturaliser une proportion considérable de Méditerranéens, Arméniens et Israélites russes ou polonais. Il faut au contraire une politique d’ensemble qui privilégie les Nordiques, les travailleurs agricoles et les mineurs. De Gaulle tranche en faveur d’une politique d’ensemble et s’adresse en juin 1945 au nouveau garde des sceaux, Teitgen, « pour que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude de cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique. »

Lettre adressée par le Général de Gaulle à Pierre-Henri Teitgen,
garde des Sceaux, le 12 juin 1945

Le Haut Comité consultatif de la Population et de la Famille étudie actuellement des projets qui constitueront son avis en ce qui concerne la politique du Gouvernement en matière d’immigration.
Dès à présent il importe que les naturalisations soient effectuées selon une directive d’ensemble. Il conviendrait notamment de ne plus les faire dépendre exclusivement de l’étude des cas particuliers, mais de subordonner le choix des individus aux intérêts nationaux dans les domaines ethnique, démographique, professionnel et géographique.

a) Sur le plan ethnique, limiter l’afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui depuis un demi-siècle ont profondément modifié la structure humaine de la France. Sans aller jusqu’à utiliser comme aux États-Unis [qui ont connu les mêmes préoccupations]* un système rigide de quotas, il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques (Belges, Luxembourgeois, Hollandais, Suisses, Danois, Scandinaves, Islandais, Anglais, Allemands, etc.). [Si on se réfère à la composition de la population étrangère aux recensements de 1881-1891, où les sources d’émigration s’équilibraient]. Étant donné le grand nombre de dossiers actuellement en instance dans les préfectures, on pourrait envisager une proportion de 50 % de ces éléments.

b) Sur le plan professionnel, la France a surtout besoin de travailleurs directement producteurs : agriculteurs, mineurs, ouvriers du bâtiment, etc. D’autre part, pour conserver au pays son pouvoir d’assimilation, il est souhaitable que les professions libérales, commerciales, banquières, etc. ne soient pas trop largement ouvertes aux étrangers. C’est dans la mesure où les étrangers peuvent se donner en France des cadres intellectuels et économiques – même naturalisés – qu’ils conservent davantage leur particularisme. Il y a intérêt à limiter les naturalisations dans ces professions, et d’une manière plus générale, dans les professions urbaines.

c) Sur le plan démographique, il importe de naturaliser des individus jeunes ou ayant des enfants.
[Il n’est pas souhaitable d’accorder la nationalité française à des individus de plus de 70 ans.]

d) Sur le plan géographique, limiter [très] strictement les naturalisations dans les villes, spécialement à Paris, Marseille, Lyon, où l’afflux des étrangers n’est pas désirable pour de multiples raisons. Par contre, les naturalisations doivent être suscitées et multipliées en province et spécialement dans les milieux ruraux.
Je vous prie de vouloir bien donner des instructions aux préfectures pour que l’étude et l’envoi des dossiers s’inspirent de ces directives et pour que soient suscitées au besoin les naturalisations désirables.

Ch. de Gaulle

* Sont barrés entre crochets les passages du projet de Mauco qui n’ont pas été repris dans la lettre de Charles de Gaulle.

La Commission interministérielle fixe à 45 000 le nombre de naturalisations, soit 130 000 acquisitions de nationalité en incluant les procédures automatiques ou déclaratives. Cela correspond au nombre de nouveaux immigrés, de sorte que la proportion Français/étrangers reste identique… Elle tente de dégager les principes d’attribution. Chaque ministère pondère différemment les critères de situation de famille, de profession ou de nationalité d’origine. Finalement, les instructions publiques données aux préfectures fixent une priorité pour :

  • Les anciens combattants de 1939-45 et ceux qui ont joué un rôle dans la résistance.
  • Les parents de trois enfants et étrangers et âgés de moins de 25 ans aptes au service militaire.
  • Les parents de deux enfants et étrangers et âgés de 25 à 30 ans aptes au service militaire.

Un critère complémentaire de nationalité d’origine est ajouté.

Une circulaire du Haut Comité demande au ministère de la Justice d’accélérer les naturalisations particulièrement désirables et utiles : éléments nordiques, travailleurs directement productifs, en limitant l’étude des candidatures moins désirables : professions commerciales, libérales, artisanales, urbaines, en particulier des grandes villes.
Circulaires, instructions, notes et réponses traduisent la poursuite des débats entre Mauco, du Haut Comité, et Teitgen, du ministère de la Justice.

Un nouveau code de la nationalité est élaboré en 1945 et remplace celui de 1927. Très détaillé, il reflète les préoccupations démographiques et la volonté de renforcer le contrôle préalable de l’Etat sur les acquisitions de nationalité. Le délai de résidence est porté de trois à cinq ans (sauf exceptions), et quatre critères de recevabilité s’ajoutent : résidence effective, moralité, assimilation et bon état de santé. La gestion des naturalisations est retirée au ministère de la Justice et attribuée au ministère de la Population, créé en décembre 1945.

À cette date, il y a :
200 000 dossiers de naturalisations en instance
500 000 dossiers de déclaration en instance
90 000 dossiers à instruire annuellement
36 000 consultations juridiques
30 000 changements de noms
plus les interventions des cabinets, des parlementaires, etc.

Le rythme des naturalisations s’accélère considérablement : 17 351 en 1946, 83 317 en 1947, année-record, 58 823 en 1948. Le total des acquisitions de la nationalité française atteint 38 869 en 1946, 111 736 en 1947, 70 925 en 1948. Priorité absolue est donnée aux résistants, aux mineurs polonais, puis aux travailleurs agricoles. Mais l’impératif démographique conduit à des naturalisations massives. Les dossiers sont traités par les préfectures, puis transmis au ministère de la Population qui les traite selon l’ordre de priorité établi par le Haut Comité. D’abord ceux des ouvriers mineurs, des combattants et des familles de trois enfants, puis les autres selon l’âge, la situation familiale et professionnelle. En 1947, le taux de décision positive s’élève à 93,3 %. Cette même année, les industriels, commerçants et ouvriers de la petite industrie représentent 42,2 % du total des hommes naturalisés, les agriculteurs et ouvriers agricoles 17,2 %, les mineurs 9 %.

Le rythme se ralentit à partir de 1947-48. Au début des années cinquante, la Guerre froide et la réintégration du critère ethnique (favoriser les ressortissants d’Europe septentrionale) conduisent à faire chuter le taux de décision positive : 80 % en 1950-51 ; 63,5 % en 1952-53-54. À partir de 1953 cependant, de nouvelles directives plus libérales (abandon du critère de l’origine nationale) sont données et le taux d’acceptation remonte.

Les documents sur la naturalisation de Mendel et Mirla Milewski sont visibles dans la section documents.

Sources :
La France et ses étrangers. L’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Patrick Weil, Folio actuel, 1995.
Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Patrick Weil, Grasset, 2002.

1. Voir Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Grasset, 2002

Voir par ailleurs:

The 1919 race riots

Ken Armstrong

The Chicago Tribune

They were separated by a line unseen and a law unwritten: The 29th Street beach was for whites, the 25th Street beach for blacks. An invisible boundary stretched from the sand into Lake Michigan, parting the races like Moses’ staff parted the Red Sea. On this stifling hot summer Sunday, Eugene Williams, a black teenager, drifted south of that line while swimming with friends. Whites picked up rocks and let fly. Some accounts say Williams was hit on the head and went under. Others say he became tired and was too afraid to come ashore. Either way, he drowned, touching off the deadliest episode of racial violence in Chicago history.

For five days it raged, mostly on the South Side. White mobs attacked isolated blacks. Blacks attacked isolated whites. John Mills, a black Stockyards worker, was riding home when a mob stopped his streetcar and beat him to death. Casmero Lazeroni, a white peddler, was pulled from his horse-drawn wagon and stabbed to death. Thirty-eight people died–23 blacks and 15 whites. By the time the National Guard and a rainstorm brought the riots to an end, more than 500 people had been injured, wounded blacks outnumbering whites by a ratio of about 2-1.Several factors had heightened tension between the races. Drawn by the promise of employment and dignity, Chicago’s black population more than doubled from 1916 to 1918. Blacks had balked at joining white-controlled unions, and in the face of violence, black leaders had begun preaching self-defense instead of self-control. But, most important of all, housing in the city’s narrow « Black Belt, » which stretched south of the Loop, had not kept pace. When blacks began moving into white neighborhoods, whites responded violently, bombing 26 homes in the two years preceding the riot.

One of the riot’s great mysteries is whether the city’s future boss of bosses, Richard J. Daley, participated in the violence. At the time, Daley belonged to the Hamburgs, a Bridgeport neighborhood club whose members figured prominently in the fighting. In later years, Daley repeatedly was asked what he did during the riots. He always refused to answer.

Voir aussi:

“Chicago and Its Eight Reasons”: Walter White Considers the Causes of the 1919 Chicago Race Riot

History matters

As U.S. soldiers returned from Europe in the aftermath of World War I, scarce housing and jobs heightened racial and class antagonisms across urban America. African-American soldiers, in particular, came home from the war expecting to enjoy the full rights of citizenship that they had fought to defend overseas. In the spring and summer of 1919, murderous race riots erupted in 22 American cities and towns. Chicago experienced the most severe of these riots. The Crisis, published by the NAACP, responded to the Chicago race riot with a major article in October 1919, “Chicago and Its Eight Reasons.” Author Walter White, then assistant executive secretary of the NAACP, described eight causes of the riot and concluded that tensions had increased in the city partially in response to the influx of African Americans. Though sympathetic to the new migrants’ plight, White’s article criticized both African-American newcomers to Chicago and the city’s black politicians. White also concluded, approvingly, that some black citizens, with a newfound spirit of independence, chose to retaliate against the pervasive attacks by white Chicagoans rather than remain passive victims. In this October 1919 article in the Crisis, the NAACP national magazine, the organization’s assistant executive secretary, Walter White, asserts that the black population had been made the scapegoat in the wake of the violence. He lists eight causes for the riot, with “race prejudice” being the foremost.

Many causes have been assigned for the three days of race rioting, from July 27 to 30 in Chicago, each touching some particular phase of the general condition that led up to the outbreak. Labor union officials attribute it to the action of the packers, while the packers are equally sure that the unions themselves are directly responsible. The city administration feels that the riots were brought on to discredit the [William Hale] Thompson forces, while leaders of the anti-Thompson forces, prominent among them being State’s Attorney Maclay Hoyne, are sure that the administration is directly responsible. In this manner charges and counter-charges are made, but, as is usually the case, the Negro is made to bear the brunt of it all—to be “the scapegoat.” A background of strained race relations brought to a head more rapidly through political corruption, economic competition and clashes due to the overflow of the greatly increased colored population into sections outside of the so-called “Black Belt,” embracing the Second and Third Wards, all of these contributed, aided by magnifying of Negro crime by newspapers, to the formation of a situation where only a spark was needed to ignite the flames of racial antagonism. That spark was contributed by a white youth when he knocked a colored lad off a raft at the 29th Street bathing beach and the colored boy was drowned.

Four weeks spent in studying the situation in Chicago, immediately following the outbreaks, seem to show at least eight general causes for the riots, and the same conditions, to a greater or less degree, can be found in almost every large city with an appreciable Negro population. These causes, taken after a careful study in order of their prominence, are:

1. Race Prejudice.

2. Economic Competition.

3. Political Corruption and Exploitation of Negro Voters.

4. Police Inefficiency.

5. Newspaper Lies about Negro Crime

6. Unpunished Crimes Against Negroes.

7. Housing.

8. Reaction of Whites and Negroes from War.

Some of these can be grouped under the same headings, but due to the prominence of each they are listed as separate causes.

Prior to 1915, Chicago had been famous for its remarkably fair attitude toward colored citizens. Since that time, when the migratory movement from the South assumed large proportions, the situation has steadily grown more and more tense. This was due in part to the introduction of many Negroes who were unfamiliar with city ways and could not, naturally, adapt themselves immediately to their new environment. Outside of a few sporadic attempts, little was done to teach them the rudimentary principles of sanitation, of conduct or of their new status as citizens under a system different from that in the South. During their period of absorption into the new life, their care-free, at times irresponsible and sometimes even boisterous, conduct caused complications difficult to adjust. But equally important, though seldom considered, is the fact that many Southern whites have also come into the North, many of them to Chicago, drawn by the same economic advantages that attracted the colored workman. The exact figure is unknown, but it is estimated by men who should know that fully 20,000 of them are in Chicago. These have spread the virus of race hatred and evidences of it can be seen in Chicago on every hand. This same cause underlies each of the other seven causes.

With regard to economic competition, the age-long dispute between capital and labor enters. Large numbers of Negroes were brought from the South by the packers and there is little doubt that this was done in part so that the Negro might be used as a club over the heads of the unions. John Fitzpatrick and Ed Nockels, president and secretary, respectively, of the Chicago Federation of Labor, and William Buck, editor of the New Majority, a labor organ, openly charge that the packers subsidized colored ministers, politicians and Y. M. C. A. secretaries to prevent the colored workmen at the stockyards from entering the unions. On the other hand, the Negro workman is not at all sure as to the sincerity of the unions themselves. The Negro in Chicago yet remembers the waiters’ strike some years ago, when colored union workers walked out at the command of the unions and when the strike was settled, the unions did not insist that Negro waiters be given their jobs back along with whites, and, as a result, colored men have never been able to get back into some of the hotels even to the present day. The Negro is between “the devil and the deep blue sea.” He feels that if he goes into the unions, he will lose the friendship of the employers. He knows that if he does not, he is going to be met with the bitter antagonism of the unions. With the exception of statements made by organizers, who cannot be held to accountability because of their minor official connection, no statements have been made by the local union leaders, outside of high sounding, but meaningless, protestations of friendship for the Negro worker. He feels that he has been given promises too long already. In fact, he is “fed up” on them. What he wants are binding statements and guarantees that cannot be broken at will.

With the possible exception of Philadelphia, there is probably no city in America with more of political trickery, chicanery and exploitation than Chicago. Against the united and bitter opposition of every daily newspaper in Chicago, William Hale Thompson was elected again as mayor, due, as was claimed, to the Negro and German vote. While it is not possible to state that the anti-Thompson element deliberately brought on the riots, yet it is safe to say that they were not averse to its coming. The possibility of such a clash was seen many months before it actually occurred, yet no steps were taken to prevent it. The purpose of this was to secure a two-fold result. First, it would alienate the Negro set from Thompson through a belief that was expected to grow among the colored vote when it was seen that the police force under the direction of the mayor was unable or unwilling to protect the colored people from assault by mobs. Secondly, it would discourage the Negroes from registering and voting and thus eliminate the powerful Negro vote in Chicago. Whether or not this results remains to be seen. In talking with a prominent colored citizen of Chicago, asking why the Negroes supported Thompson so unitedly, his very significant reply was:

“The Negro in Chicago, as in every other part of America, is fighting for the fundamental rights of citizenship. If a candidate for office is wrong on every other public question except this, the Negroes are going to vote for that man, for that is their only way of securing the things they want and that are denied them.”

The value of the Negro vote to Thompson can be seen in a glance at the recent election figures. His plurality was 28,000 votes. In the second ward it was 14,000 and in the third 10,000. The second and third wards constitute most of what is known as the “Black Belt.”

The fourth contributing cause was the woeful inefficiency and criminal negligence of the police authorities of Chicago, both prior to and during the riots. Prostitution, gambling and the illicit sale of whisky flourish openly and apparently without any fear whatever of police interference. In a most dangerous statement, State’s Attorney Maclay Hoyne, on August 25, declared that the riots were due solely to vice in the second ward. He seemed either to forget or to ignore the flagrant disregard of law and order and even of the common principles of decency in city management existing in many other sections of the city.

All of this tended to contribute to open disregard for law and almost contempt for it. Due either to political “pull” or to reciprocal arrangements, many notorious dives run and policemen are afraid to arrest the proprietors.

During the riots the conduct of the police force as a whole was equally open to criticism. State’s Attorney Hoyne openly charged the police with arresting colored rioters and with an unwillingness to arrest white rioters. Those who were arrested were at once released. In one case a colored man who was fair enough to appear to be white was arrested for carrying concealed weapons, together with five white men and a number of colored men. All were taken to a police station; the light colored man and the five whites being put into one cell and the other colored men in another. In a few minutes the light colored man and the five whites were released and their ammunition given back to them with the remark, “You’ll probably need this before the night is over.”

Fifth on the list is the effect of newspaper publicity concerning Negro crime. With the exception of the Daily News, all of the papers of Chicago have played up in prominent style with glaring, prejudice-breeding headlines every crime or suspected crime committed by Negroes. Headlines such as “Negro Brutally Murders Prominent Citizen,” « Negro Robs House“ and the like have appeared with alarming frequency and the news articles beneath such headlines have been of the same sort. During the rioting such headlines as ”Negro Bandits Terrorize Town,“ « Rioters Burn 100 Homes—Negroes Suspected of Having Plotted Blaze” appeared. In the latter case a story was told of witnesses seeing Negroes in automobiles applying torches and fleeing. This was the story given to the press by Fire Attorney John R. McCabe after a casual and hasty survey. Later the office of State Fire Marshall Gamber proved conclusively that the fires were not caused by Negroes, but by whites. As can easily be seen such newspaper accounts did not tend to lessen the bitterness of feeling between the conflicting groups. Further, many wild and unfounded rumors were published in the press—incendiary and inflammatory to the highest degree, a few of them being given below in order to show their nature. Some are:

Over 1,000 Negroes had been slain and their bodies thrown in “Bubbly Creek” and the Chicago River.

A Negro had been lynched and hanged from a “Loop” building overlooking Madison Street.

A white woman had been attacked and mutilated by a Negro on State Street.

A Negro woman had been slain, her breasts cut off and her infant had been killed by having its brains dashed out against a wall.

A white child had been outraged by a colored man.

A white child had been kidnapped by a band of colored men and its body later found, badly mutilated and dismembered.

Immediately following the riots, a white woman was murdered in Evanston, Ill. Immediately the crime was laid at the door of a colored man with whom the woman had been intimate a number of years. Pitiful stories were told of the woman waiting for hours on street corners for “just one look at her Billiken-like, mulatto lover.” played up under headlines such as “Confession Expected Today From Negro Suspect,” « Negro Suspect Rapidly Weakening“ and the like which clearly led one to believe that the colored man was guilty. A few days later, in an obscure item on an inside page, a short account was given of the release of the colored suspect ”because insufficient evidence to hold him » existed. A long period of such publicity had inflamed the minds of many people against Negroes who otherwise would have been unprejudiced. Much of the blame for the riots can be laid to such sources.

For a long period prior to the riots, organized gangs of white hoodlums had been perpetrating crimes against Negroes for which no arrests had been made. These gangs in many instances masqueraded under the name of “Athletic and Social Clubs” and later direct connection was shown between them and incendiary fires started during the riots. Colored men, women and children had been beaten in the parks, most of them in Jackson and Lincoln Parks. In one case a young colored girl was beaten and thrown into a lagoon. In other cases Negroes were beaten so severely that they had to be taken to hospitals. All of these cases had caused many colored people to wonder if they could expect any protection whatever from the authorities. Particularly vicious in their attacks was an organization known locally as “Regan’s Colts.”

Much has been written and said concerning the housing situation in Chicago and its effect on the racial situation. The problem is a simple one. Since 1915 the colored population of Chicago has more than doubled, increasing in four years from a little over 50,000 to what is now estimated to be between 125,000 and 150,000. Most of them lived in the area bounded by the railroad on the west, 30th Street on the north, 40th Street on the south and Ellis Avenue on east. Already overcrowded this so-called “Black Belt” could not possibly hold the doubled colored population. One cannot put ten gallons of water in a five-gallon pail. Although many Negroes had been living in “white” neighborhoods, the increased exodus from the old areas created an hysterical group of persons who formed “Property Owners‘ Association” for the purpose of keeping intact white neighborhoods. Prominent among these was the Kenwood-Hyde Park Property Owners’ Improvement Association, as well as the Park Manor Improvement Association. Early in June the writer, while in Chicago, attended a private meeting of the first named at the Kenwood Club House, at Lake Park Avenue and 47th Street. Various plans were discussed for keeping the Negroes in “their part of the town,” such as securing the discharge of colored persons from positions they held when they attempted to move into “white” neighborhoods, purchasing mortgages of Negroes buying homes and ejecting them when mortgage notes fell due and were unpaid, and many more of the same calibre. The language of many speakers was vicious and strongly prejudicial and had the distinct effect of creating race bitterness.

In a number of cases during the period from January, 1918, to August, 1919, there were bombings of colored homes and houses occupied by Negroes outside of the “Black Belt.” During this period no less than twenty bombings took place, yet only two persons have been arrested and neither of the two has been convicted, both cases being continued.

Finally, the new spirit aroused in Negroes by their war experiences enters into the problem. From Local Board No. 4, embracing the neighborhood in the vicinity of State and 35th Streets, containing over 30,000 inhabitants of which fully ninety per cent are colored, over 9,000 men registered and 1,850 went to camp. These men, with their new outlook on life, injected the same spirit of independence into their companions, a thing that is true of many other sections of America. One of the greatest surprises to many of those who came down to “clean out the niggers” is that these same “niggers” fought back. Colored men saw their own kind being killed, heard of many more and believed that their lives and liberty were at stake. In such a spirit most of the fighting was done.

Source: Walter F. White, “N.A.A.C.P.—Chicago and Its Eight Reasons,” Crisis 18 (October 1919): 293–297.

See Also: »Says Lax Conditions Caused Race Riots »: Chicago Daily News and Carl Sandburg Report the Chicago Race Riot of 1919
« A Crowd of Howling Negroes »: The Chicago Daily Tribune Reports the Chicago Race Riot, 1919
« Ghastly Deeds of Race Rioters Told »: The Chicago Defender Reports the Chicago Race Riot, 1919
« The Problem » and « Family Histories »: Charles Johnson Analyzes the Causes of the Chicago Race Riot

Voir enfin:

Race Riots

Chicago developed a reputation as a cauldron of specifically “racial” conflict and violence largely in the twentieth century. The determination of many whites to deny African Americans equal opportunities in employment, housing, and political representation has frequently resulted in sustained violent clashes, particularly during periods of economic crisis or postwar tension.
Chicago’s most famous race riot of this type occurred between July 27 and August 3, 1919. The violence was precipitated by the drowning of an African American teenager who had crossed an invisible line at 29th Street separating customarily segregated “white” and “black” beaches. Soon, white and black Chicagoans, especially in the South Side residential areas surrounding the stockyards, engaged in a seven-day orgy of shootings, arsons, and beatings that resulted in the deaths of 15 whites and 23 blacks with an additional 537 injured (342 black, 195 white). The police force, owing both to understaffing and the open sympathy of many officers with the white rioters, was ineffective; only the long-delayed intervention of the state militia brought the violence to a halt, and heavenly intervention in the form of rain was probably an important factor as well. The passions of this outbreak were rooted in pent-up tensions surrounding the massive migration of southern blacks during World War I: sometimes hired as strikebreakers, their increased industrial presence was viewed by many white workers as a threat to their own livelihoods, fueling attempts to impose rigid physical boundaries beyond which blacks could not penetrate.

The aftermath of World War II saw a revival of white attacks on black mobility, mostly on the city’s South and Southwest Sides, but also in the western industrial suburb of Cicero. Aspiring African American professionals seeking to obtain improved housing beyond the increasingly overcrowded South Side ghetto, whether in private residences or in the new public housing developments constructed by the Chicago Housing Authority, were frequently greeted by attempted arsons, bombings, and angry white mobs often numbering into the thousands. The 1951 Cicero riot, in particular, lasting several nights and involving roughly two to five thousand white protesters, attracted worldwide condemnation. By the end of the 1950s, with black residential presence somewhat more firmly established, the battleground in many South Side neighborhoods shifted to clashes over black attempts to gain unimpeded access to neighborhood parks and beaches.Since the mid-1960s, the nature of race riots in Chicago (as elsewhere) has significantly shifted. Although violent black/white clashes continued into the mid-1970s, the term’s use shifted during the 1960s to refer to the uprisings of poorer blacks (or Latinos) protesting ghetto conditions, especially police brutality. Chicago has experienced several noteworthy outbreaks of this type, including the confrontation between police and the largely Puerto Rican communities of West Town and Humboldt Park during the summer of 1966, but most notably the massive 1968 West Side riots following the assassination of Martin Luther King. No clashes of this magnitude have occurred since (even following the 1992 Rodney King verdict in Los Angeles), but the continued salience of many of the protesters’ expressed grievances—inferior housing, lack of meaningful employment, and inequitable law enforcement—suggests that the issues surrounding racial violence are by no means a finished chapter in Chicago history.Steven EssigBibliographyGrossman, James R. Land of Hope: Chicago, Black Southerners, and the Great Migration. 1989.Hirsch, Arnold R. Making the Second Ghetto: Race and Housing in Chicago, 1940–1960. 1983.Tuttle, William M., Jr. Race Riot: Chicago in the Red Summer of 1919. 1970.


Josephine Baker Day/65e: La seule femme – et Française ! – à avoir eu droit à son discours aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même (How colonial Paris totem of primeval sex turned March on Washington only woman speaker gave the world its first Rainbow tribe theme park)

20 mai, 2016

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Josephine Baker and the 'rainbow tribe' in the kitchen at Les Milandes
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Comment savoir si nous ne sommes pas en train de distraire le public de la même façon que les zoos humains le faisaient ? Intervenant local d’Exhibit B
Comment être certain que ce n’est pas seulement par curiosité de voir des Noirs que viennent les Blancs ? Intervenant local d’Exhibit
What interests me about human zoos is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst. (…)  It’s very difficult to get it right. The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion. (…) People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory. Brett Bailey
Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art « nègre » ou « africain » finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Vous savez, plus l’Etat et nos adversaires se radicalisent, plus on se radicalise. Sihama Assbague
Le programme est construit autour de l’axe du racisme d’Etat et des outils pour y faire face et construire des résistances. Les ateliers et formations serviront à la transmission de connaissances et de pratiques aussi bien pour les militant.e.s d’organisations que pour les personnes voulant s’impliquer de façon plus ponctuelles. Camp d’été décolonial
La logique folle et prétendument «anti-système» qui préside à l’organisation de ce type d’événement [L’organisation de «Paroles non-blanches à Paris 8] est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême droite à l’affirmation d’une France «blanche»: les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des «Ku Klux Klan inversés» où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau. Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. (…) Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe. Alain Jakubowicz
Cette transformation des luttes remonte aux années 1970 aux États-Unis avec une radicalisation du mouvement des droits civiques, qui va se transformer en mouvements beaucoup plus violents, comme les Blacks Panters. Cette radicalité va déteindre sur tous les mouvements gauchistes qui vont revendiquer la lutte au nom d’un critère identitaire. Cette dérive identitaire, qui consiste à penser que certains critères de notre identité sont surdéterminants est commune à l’extrême droite et à l’extrême-gauche, qui s’entretiennent dans une surenchère. C’est le signe d’une déstructuration complète de la politique. Laurent Bouvet
Le principe de «non-mixité» provient directement des études féministes et postcoloniales des universités américaines. Elle doit permettre aux «opprimés» de s’«auto-émanciper» sans l’aide, jugée «paternaliste» des «oppresseurs». Elle se pratique aussi bien dans les milieux dit «antiracistes» que dans les mouvements féministes. Ainsi la commission «féminisme» de Nuit Debout revendique ouvertement la non-mixité. Sont exclus de certains débats les hommes cisgenres (hétérosexuels). Les militantes débattent dans un secteur délimité par des ficelles tendues que n’ont pas le droit de franchir les hommes. (…)«La non-mixité choisie, ce n’est pas pour se retrouver entre femmes mais entre personnes socialement dominées et opprimées, explique au Monde Matt, une des organisatrices de «Féminisme debout». «Il faut des espaces pour que les dominés puissent prendre conscience ensemble des pratiques d’oppression et s’exprimer, sans la présence des dominants.» Eugénie Bastié
Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres ; ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire
Le concept de « zoo humain » est apparu au début des années 2000 pour décrire une attitude culturelle qui a prévalu au temps des empires coloniaux (États-Unis inclus) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, attitude qui perdure aujourd’hui mais sous d’autres formes. Il a été popularisé par la publication en 2002 de l’ouvrage Zoos humains ; De la Vénus Hottentote aux reality show, sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire, historiens français spécialistes du phénomène colonial. Sous prétexte d’exotisme, les expositions coloniales, et d’une manière générale, les expositions universelles, ont été l’occasion de présenter aux publics des métropoles occidentales un échantillon des divers peuples non-occidentaux, chacun mis en situation forcée dans leur environnement reconstitué. Le phénomène d’exhibition apparaît dès l’Antiquité (les Grecs ont leurs sauvages, les Égyptiens ramènent des nains du Soudan pour les exhiber) mais le phénomène de spectacle se développe surtout avec les Grandes découvertes. Christophe Colomb ramène en 1492 six Indiens qu’il présente à la cour d’Espagne. En 1550, des Indiens Tupinamba défilent à Rouen devant Henri II, en 1644 des Groenlandais sont enlevés pour être exposés au roi Frédéric III de Danemark. Les ambassadeurs siamois (en) sont présentés comme un spectacle exotique sous Louis XIV en 1686, comme le Tahitien Omai à la cour d’Angleterre en 17743. Le premier « zoo humain », en Amérique, semble avoir été celui de Moctezuma à Mexico, qui, en plus d’exhiber de vastes collections d’animaux, montrait aussi des êtres humains présentant des difformités : albinos, nains, bossus. À partir du XIXe siècle, ces exhibitions ne sont plus réservées aux élites et se démocratisent, devenant extrêmement populaires, sur le modèle des grands spectacles de foire, avec notamment le développement d’attractions calquées sur le plan de la scénographie, sur celui du zoo itinérant des cirques Barnums, puis allant délibérément réinvestir des zoos existants. Les exemples les plus éloquents sont celui du pygmée congolais Ota Benga placé dans le zoo du Bronx en 1906, des Amérindiens employés lors des Wild West Shows) et du « freak show » où furent exhibés William Henry Johnson, et surtout Saartjie Baartman, surnommée la « Vénus hottentote », dont l’exposition marqua un tournant : l’exotisme laisse alors la place au racialisme, lequel s’appuie sur un discours « scientifique ». Une véritable industrie du spectacle se met en place dès cette époque : au bout du compte, plus d’un milliard quatre cent millions de visiteurs ont pu voir 35 000 figurants dans le monde, entre 1800 à 1958, depuis les petites manifestations de cirque jusqu’aux grandes expositions coloniales et universelles pouvant mobiliser plusieurs millions de spectateurs. À la suite de l’exposition coloniale de 1931 organisée à Paris, qui montrait entre autres des villages indigènes reconstitués où leurs habitants étaient obligés d’être leur propres acteurs sous l’œil curieux de millions de visiteurs, des personnalités issues de communautés religieuses et et d’organismes sociaux divers se mobilisèrent et permirent de mettre fin à ces exhibitions que l’on jugeait malsaines. « Le scandale ne tarda pas à éclater. En ce qui concerne les Kanaks, des plaintes se multiplièrent, d’abord de la part des Kanaks eux-mêmes, relayées par tous les familiers de la Nouvelle-Calédonie, les « hommes d’Église, des Calédoniens de Paris et même une bonne partie des Européens de Nouvelle-Calédonie », parmi lesquels on compte le pasteur Maurice Leenhardt, le père Bazin et les Maristes, puis par la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, et par le pasteur Soulier, député de Paris. Par contre, « la presse politique demeura en revanche à peu près muette, à l’image de L’Humanité ». Il en fut de même pour Le Canard enchaîné. Seul le PCF, farouche opposant au colonianisme, organisa aux buttes-Chaumont une contre exposition, mais qui n’eut aucun succès. (…) Depuis 1999, avec entre autres l’émission Big Brother, la télévision est devenu le principal vecteur de création de zoos humains contemporains : c’est la thèse que défendent des chercheurs comme Nicolas Bancel, avec son équipe, mais aussi Olivier Razac. Le principe de ces télés réalité est d’enfermer un groupe d’hommes et de femmes observés en direct par le biais des caméras d’une chaîne de télévision. Les « acteurs » de ces shows sont le plus souvent des jeunes peu éduqués, issus de régions ou de milieux « stigmatisés ». (…) En 2014, Brett Bailey présente Exhibit B, une série de tableaux vivants qui évoquent les zoos humains. L’installation-performance de l’artiste sud-africain, qui tourna dans plus de 15 pays européens, a entraîné à Londres puis à Paris une polémique, certaines personnes jugeant l’œuvre raciste et déshumanisante. Le 28 novembre 2013, la télévision nationale japonaise (NHK) a été condamnée à payer 1 000 000 de yens à la fille d’une membre de l’ethnie Paiwan de Taiwan, qui avait été envoyée par le Japon à l’exposition anglo-japonaise de 1910 ; le juge a estimé que l’emploi répété de l’expression « Zoo humain » (…) dans le programme documentaire Asia no Ittokoku d’avril 2009 était diffamant à l’égard d’elle-même et sa descendance. Wikipedia
La France est le seul pays au monde à utiliser le mot «nègre» dans le sens d’esclave littéraire. Ce terme, dont la connotation raciste est tellement qu’évidente que plus personne n’ose l’utiliser au sens littéraire qu’avec des guillemets, fait en effet allusion au statut d’esclave du collaborateur surexploité qui fait le travail d’un autre. Il est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression «nègre littéraire» est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. L’expression «nègre» au sens de collaborateur littéraire a été répandue en France en 1845 par Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans, un pamphlet raciste du prêtre défroqué Jean-Baptiste Jacquot qui se faisait appeler Eugène de Mirecourt. Ce texte ordurier et calomnieux, qui visait Alexandre Dumas, a valu à son auteur, à la demande d’Alexandre Dumas, d’être condamné à six mois de prison et à une forte amende, alors que n’existait même pas encore le délit de diffamation à caractère raciste. Mirecourt éprouvait évidemment une jouissance particulière à utiliser le mot «nègre» à propos d’Alexandre Dumas, homme à la peau colorée et fils d’esclave. On a vu récemment réapparaître la même jouissance dans les textes de journalistes racistes qui défendaient le recours à Gérard Depardieu pour interpréter le rôle de Dumas et prenaient un plaisir évident à colporter les thèses de Mirecourt selon lesquelles Dumas n’aurait pas été capable d’écrire ses livres sans l’aide d’hommes à la peau blanche. On sait que ces débordements, qui font appel aux instincts les plus abjects des Français, ont eu pour effet direct de faire monter de plus de deux points les intentions de vote pour le Front national aux élections régionales. Ces dérives doivent à présent cesser. Près de dix ans après que la France a déclaré l’esclavage crime contre l’humanité, il n’est plus supportable que l’expression de «nègre» soit encore utilisée au sens d’esclave dans un film destiné au grand public, alors que l’usage est d’avoir désormais recours au terme de «plume», de «collaborateur», d’écrivain fantôme ou de «ghost writer». Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film The Ghost Writer d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre et de s’abstenir de véhiculer gratuitement en France un racisme qui n’est pas dans l’esprit de l’œuvre dont est tiré le film. Faute de rectification immédiate dans ce sens, j’en appelle toutes celles et tous ceux qui luttent contre le racisme a ne pas aller voir ce film et à lui appliquer le même boycott qu’à L’Autre Dumas qui a été un échec retentissant dès la première semaine. Claude Ribbe
Faut-il se débarrasser du mot « nègre » ? Cette question en appelle d’autres : quel mot « nègre » ? Celui de Théodore Canot ou celui de l’abbé Grégoire ? Celui qu’employait Maurice Barrès, celui utilisé par Simone de Beauvoir, ou encore celui que s’est approprié Aimé Césaire ? Expiera-t-on le passé esclavagiste de la France en se débarrassant d’un mot et de tous ses dérivés ? Rappelons que les Noirs ne sont pas plus noirs que les Blancs sont blancs, et que le premier homme à avoir associé une couleur à la peau des Africains ne l’a pas fait innocemment. Le noir n’est pas n’importe quelle couleur. Notre langue est truffée d’expressions héritées des brutalités de l’Histoire. Peut-on mettre fin aux atrocités du passé tout en continuant à parler leur langue ? Claude Ribbe a le mérite d’engager cette réflexion. Peut-être cherche-t-il un peu trop vite à la clore. David Caviglioli
It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name. Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live. My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed. The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. » (…) In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation. Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man. (…) I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out. In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title. I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK? Lawrence Hill
The Book of Negroes is this British, military document, this ledger that the British navy keeps that’s recording details about thousands of blacks who are fleeing Manhattan at the end of the war—the Revolutionary war … and coming to Nova Scotia. This document was just absolutely stunning and riveting and it’s pretty well forgotten. I’m sure there are not more than 50 Canadians who have looked at it. So it’s sitting there waiting to be loved and waiting to be discovered. (…) Some parts of it were totally seductive in their power because the documents spoke for themselves so richly, (…) It’s a history that’s sensational and that’s almost completely unknown and that seems to be what has drawn readers to the story. It’s the story of the black Loyalists who came to Canada after fighting for the British in the American Revolutionary War and who were treated so miserably in Nova Scotia that they turned around and left and went to Africa, forming the first exodus of Africans back to Africa in the history of the world. This was a story I really needed to tell and wanted to tell. … It’s not about attributing blame; it’s about recognizing the drama and the sadness in our own history and bringing it to life. Lawrence Hill
The Eiffel Tower looked very different from the Statue of Liberty, but what did that matter? What was the good of having the statue without the liberty? Joséphine Baker
Un jour j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. Joséphine Baker
When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.  Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place. And I need not tell you that wonderful things happened to me there. (…) when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means. But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times. So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too. Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural. But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow. (…) And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America? You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I could not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world. So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me. So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it? (…) Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House. I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker. This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now. Josephine Baker
I want you to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt. I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy. Josephine Baker
I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other. I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance. Josephine Baker
 We knew that we were brothers from different countries. [We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible. Jarry Bouillon
La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc.  Akio Bouillon
 Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. Brian Bouillon
Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède. «  Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington. Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. France Dimanche
Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). (…) En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… (…) Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Yves Denéchère
Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity. (…) Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life. Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism. Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. (…) In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure. Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile. She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life. The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself. In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land. She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance. She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind. In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent. (…) Baker (…) took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news. Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children. (…) A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again. Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe. In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection. (…) On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. (…) Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public. On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys. Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection. (…) Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. (…) It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world. (…) Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro. The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects. She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas. None of the children stuck to the plan. (…) She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information. (…) Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud. « It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. » (…) Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men. (…) Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death. He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow. Merlind Theile
Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard. Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today. In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice. No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice. (…) The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. (…),Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse. In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends. (…) All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. (…) The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future. The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. (…) Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes. (…) Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. (…) For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”.  (…) Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. (…) Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past. Matthew Pratt Guterl

Attention: un zoo humain peut en cacher un autre !

Vénus d’ébène et danse sauvage, plumes et ceinture de bananes, sirène des tropiques et léopard, égérie des cubistes et art nègre, Revue nègre et Renaissance Nègre, Théâtre des Champs Elysées et Folies Bergère, jazz et charleston, mata hari et croix de guerre, fausses couches et hystérectomie, château de Dordogne et gouffre financier,  entrées payantes pour venir lorgner, 40 ans avant Angelina Jolie et Madonna, sa petite tribu-arc-en-ciel de petits orphelins, funérailles nationales télévisées et église de la Madeleine …

En cette 65e Journée Josephine Baker

Dans notre série étranges destinées inversées

Où y compris pour désigner des réalité historiques certains mots se voient systématiquement éradiqués du langage …

En attendant notre premier camp décolonial

Qui se souvient …

Que la petite bête curieuse de 19 ans qui avait toute dénudée dans sa ceinture de sauvageonne …

Conquis le Tout-Paris des Années folles et de l’Exposition coloniale …

Assoiffé, loin de ses anciens esclaves parqués eux discrètement dans les DOMTOM, de jazz et de musiques noires …

Et qui avait finit par ouvrir dans un petit château de Dordogne son propre contre-zoo de la diversité …

Avait aussi été dans une terre natale qui l’avait finalement rejetée

Engoncée près de 40 ans plus tard dans son uniforme des FFI et ses décorations d’ancien combattant …

La seule femme – et la seule Française ! – à avoir eu droit à son discours

Aux côtés de Monsieur I have a dream lui-même ?

Joséphine Baker : “40 ans après sa mort, maman dérange toujours”

Stars inoubliables

Benoît Franquebalme

France Dimanche

26 octobre 2015

La mythique meneuse de “ La revue nègre ”, Joséphine Baker est morte en 1975 d’une attaque cérébrale mettant un terme à une vie de combats et laissant orphelins ses douze enfants adoptés. Souvenirs de deux de ses fils.

Ils nous ont donné rendez-vous à ­l’hôtel Scribe. Quoi de plus normal ? En janvier 1969, ruinée, Joséphine Baker avait installé sa famille dans cet établissement luxueux situé près de l’Opéra Garnier à Paris. À l’époque, la chanteuse et sa tribu viennent d’être expulsées du château des Milandes, leur propriété du Périgord. Magnanime, le Scribe invite l’artiste et ses douze enfants adoptifs.

Grace de Monaco, amie de la chanteuse, leur offrira plus tard l’hospitalité sur le Rocher.

Placés en internat la semaine, les frères et sœurs se retrouvent au Scribe le week-end. « Ici, maman faisait partie des meubles », sourit Akio, dans un couloir du 2e étage, baptisé « étage Joséphine Baker » où trône une grande fresque de la star. « Quand ils ont appris qu’elle était ruinée, ils ont fait un geste. »

La mythique meneuse de La revue nègre commença en effet à fréquenter le Scribe dans les années 50. L’hôtel jouxte l’Olympia où elle connut de si nombreux triomphes.

Confortablement installés dans le bar du palace, Brian (59 ans) et Akio (62 ans) sont là pour nous parler de leur mère, morte il y a quarante ans. Mais par où commencer ?

Née misérable dans le Missouri, Joséphine débarque à Paris en 1925 pour danser dans la scandaleuse Revue nègre. Cinq ans plus tard, elle conquiert définitivement la France en chantant J’ai deux amours (« mon pays et Paris »).

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-maîtresse de Simenon, Hemingway et Colette devient une grande résistante, ce qui lui vaudra plus tard d’être faite chevalier de la Légion d’honneur. Après la guerre, ­l’artiste reprend ses droits (elle était encore sur les planches de Bobino quelques jours avant sa mort) et fonde son incroyable famille.

Ayant subi une ablation de l’utérus pendant le conflit, Joséphine Baker sait qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Avec son mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon, ils décident donc de se composer une « tribu arc-en-ciel », pour vivre pleinement leur idéal de fraternité universelle.

Akio est leur premier fils adoptif : « En tournée au Japon en 1954, maman a visité un orphelinat et m’y a trouvé, alors âgé de 18 mois, raconte cet employé de banque. Je ne connais pas mes parents biologiques. Je sais juste que je suis mi-japonais, mi-je-ne-sais-pas-quoi ! » Joséphine rentre en France avec Akio et Teruya, qu’elle a aussi adopté.

Sacré caractère
Dans les dix années suivantes, ils sont rejoints par, dans l’ordre : Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brian et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela) et Stellina (Maroc). Ouf !

« Normalement, les enfants découvrent leurs cadets à la maternité, explique Akio. Moi, je les rencontrais à la gare de Souillac près des Milandes ! La famille était un véritable projet pour maman. Elle voulait créer des oppositions : le juif et le musulman, le chrétien et l’animiste, etc. »

« Moi, je suis né Brahim en Algérie en 1956, poursuit Brian, devenu comédien. Elle a appris que mes parents étaient morts dans des combats entre Français et fellaghas et que j’étais venu au monde le même jour qu’elle. J’avais 6 mois, j’ai souri, elle m’a pris. »

Aux Milandes en 1957, Joséphine Baker et son mari Jo Bouillon, entourés par leur ‘tribu arc-en-ciel » dont Akio, l’aîné et Brian dans les bras de sa mère, entre Jo et Joséphine.

Vous l’aurez noté, les huit premiers membres de la fratrie sont des garçons. Rien d’innocent à cela. « Pour éviter des attirances charnelles plus tard, maman et papa avaient décidé de se cantonner à un sexe, raconte Brian. Pour Marianne, puis Stellina, elle a transgressé la règle. »

Il faut dire que Joséphine Baker – dont Maurice Chevalier disait à Mistinguett : « C’est ta bête noire » – avait un sacré caractère ! Jugeant la carrière artistique trop aléatoire, elle ne dit rien de son passé et de son métier à ses petits, espérant qu’ils deviendront notaires ou avocats.

« Elle s’est plutôt bien débrouillée car je suis le seul artiste, note Brian. Les autres sont hôtelier, inspecteur des impôts, assureur, secrétaire médicale… » À eux douze, ils ont donné naissance à quatorze petits-enfants, dont une Joséphine qui va se marier l’été prochain.

Bien que peu au courant des exploits de leur mère, ses enfants vivent une enfance hors normes. Quand ils jouent dans la piscine des Milandes, c’est avec Dalida, Bécaud ou Hervé Vilard. Quand ils voyagent, ils sont accueillis par le maréchal Tito, Jackie Kennedy, le pape Paul VI ou la reine de Suède.

« Je revois encore Koffi tirer la barbe de Fidel Castro à Cuba », s’amuse Brian, qui était dans la même classe qu’Albert de Monaco au lycée. Quant à Akio, il se souvient comme si c’était hier de l’enterrement de JFK à Washington.

Emportée par une attaque cérébrale le 12 avril 1975, Joséphine Baker a droit à des funérailles nationales. Il y a deux ans, Régis Debray demandait même son entrée au Panthéon. « C’est une mauvaise idée, elle l’aurait refusée, tranche Akio. Ce qui est sûr, c’est qu’elle dérange toujours ceux qui combattent ses idéaux. »

En revanche, les deux frères travaillent actuellement à une adaptation pour le cinéma (ou la télévision) de la vie de leur mère. Dans le passé, on a parlé de Beyoncé ou Sonia Rolland pour interpréter Joséphine Baker. Aujourd’hui, ses petits-enfants rêvent plutôt de Rihanna. Une chose est sûre, le mythe reste intact…

Voir aussi:

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère

Vivre un idéal de fraternité universelle : la « Tribu Arc-en-ciel » de Joséphine Baker / Yves Denéchère. In « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours« , colloque international organisé par le laboratoire France Méridionale et Espagne: histoire des sociétés, du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Framespa) de l’Université Toulouse II-Le Mirail et par le le Centre de recherches historiques de l’Ouest (Cerhio), Toulouse : Université Toulouse II-Le Mirail, 22-23 mars 2012. (Ce colloque de Toulouse constitue la seconde partie d’un double colloque international dont la première partie s’est tenue à Rennes, les 1er et 2 décembre 2011).
Session 4 : Fratrie/fraternité, le lien rêvé, 23 mars 2012.

Après la Deuxième Guerre mondiale, n’ayant pas d’enfant, Joséphine Baker (1906-1975) forme le projet de constituer une famille de toutes les couleurs : « un enfant jaune, un blanc, un noir et un rouge », et de les élever dans la fraternité et l’universalisme. En fait, dans les années 1950, avec son mari Jo Bouillon, elle adopte douze enfants de nationalités, cultures et religions variées : Teruya et Akio ramenés du Japon, Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brahim -devenu Brian- et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela), Stellina (Maroc). Deux filles font donc partie de la fratrie, malgré la volonté initiale de n’avoir que des garçons afin d’éviter tout problème de relation entre frères et sœurs d’adoption. De Belgique, Joséphine ramène une petite Rama d’origine Hindoue pour sa sœur Margaret qui s’occupe de toute la famille. Deux générations de frères et sœurs cohabitent donc, l’une biologique, l’autre constituée au fil des adoptions successives.

En faisant grandir en frères et sœurs tous ces enfants au sein de la « Tribu Arc-en-ciel » comme elle la nommait, Joséphine Baker veut prouver « que toutes les races peuvent vivre ensemble dans une harmonie parfaite ». Son idéal la pousse à transformer le château des Milandes où vit la famille en « Village de la fraternité ». Sur des routes de la Dordogne, des panneaux publicitaires guident les touristes vers le « Village du monde », la « Capitale de la fraternité »… Après la vente dramatique des Milandes, grâce à la princesse de Monaco, la Tribu Arc-en-ciel va trouver refuge sur la Côte d’Azur.

Tous les enfants de la fratrie sont élevés dans le respect de leurs origines et de leurs religions, ce qui suppose plusieurs précepteurs capables de leurs enseigner leurs cultures respectives. A l’adolescence, des troubles de l’identité et des problèmes d’intégration touchent ces enfants de star très médiatisés. Difficultés qui ne semblent pas avoir mis en cause la fraternité et la solidarité créées entre les enfants. Devenus adultes, les « enfants Arc-en-ciel » ont témoigné des plus belles années de la Tribu, que ce soit dans les médias ou par des livres, ce qui permet d’analyser le lien créé entre eux.

Voir également:

JOSEPHINE BAKER
Enfance pauvre

Joséphine Baker, de son vrai nom Freda Joséphine McDonald, naît le 3 juin 1906, à Saint Louis (Missouri). Elle est métisse noire et amérindienne ; ses parents avaient monté un numéro de chant et de danse. Mais, un an après la naissance de Joséphine, son père quitte le domicile familial ; sa mère, Carrie, aura ensuite trois autres enfants, qu’elle élèvera avec Joséphine dans la pauvreté et la sévérité. Après avoir été placée à huit ans dans une famille blanche pour y travailler, Joséphine s’assume dès l’âge de treize ans en gagnant son pain comme serveuse. Parallèlement, elle s’intéresse à la danse, et remporte son premier concours à l’âge de dix ans. Elle rejoint le Jones Family Band, un groupe de musiciens de rue. Les Jones sont embauchés pour combler le vide à l’entracte du spectacle des Dixie Steppers, une troupe en tournée à Saint Louis. Joséphine fait ses premiers pas sur une vraie scène et le directeur des Dixie Steppers l’embauche… comme habilleuse. La jeune fille suit la troupe à travers le pays et apprend réellement le métier du spectacle. En 1921, elle saisit une opportunité : remplaçant une danseuse blessée, elle intègre la revue pour tenir des emplois de «girl » comique. Mais son très jeune âge la freine encore dans ses ambitions : aussi décide-t-elle de tenter sa chance à New York. Elle finit par intégrer le spectacle Shuffle Along, une comédie musicale à succès intégralement interprétée par des Noirs. Multipliant les singeries, Joséphine Baker impose un personnage à la fois comique et sexy : de 1922 à 1924, elle a atteint une vraie notoriété.

La Revue Nègre

En 1925, c’est la grande occasion qui va permettre à Joséphine Baker d’entrer dans la légende : le Théâtre des Champs-Elysées, à la recherche de nouveaux spectacles, met sur pied la « Revue Nègre », interprétée par des artistes noirs américains (dont Sidney Bechet), qui apportent à la scène française le jazz, le ragtime et la fougue d’une musique que l’on n’appelle pas encore « afro-américaine ». Joséphine, désireuse de passer au-delà des emplois de girl comique, se laisse convaincre de s’expatrier. Le 2 octobre 1925, la Revue Nègre, mélange d’imagerie coloniale et de folklore américain, signe le début de Joséphine Baker sur une scène parisienne : vêtue d’une ceinture de bananes qui restera légendaire, elle danse de manière frénétique sur un air de Charleston – musique alors largement inconnue en France. La nouveauté totale de cette apparition dans l’événement artistique de 1925 apporte à la chanteuse une célébrité éclatante : elle est aussitôt l’attraction des cercles artistiques et intellectuels parisiens, allant jusqu’à faire figure d’« égérie des cubistes ». La danse extrêmement suggestive – et pour l’époque, à la limite de l’obscène – de Joséphine Baker, sa coupe de cheveux à la garçonne, en font à la fois une sorte d’emblème du féminisme et de la modernité, en même temps qu’un objet scénique résolument non identifié en France.

Les Folies Bergère

Elle se signale également par une vie privée quelque peu mouvementée, qui inspirera à son secrétaire, le futur écrivain Georges Simenon, un roman quelque peu égrillard. La Revue Nègre réalise une tournée européenne, à l’issue de laquelle sa vedette va tout simplement laisser tomber la troupe : Joséphine Baker a en effet décroché un contrat de meneuse de revue aux Folies-Bergère. Désormais star absolue de la scène parisienne, Joséphine se rend célèbre par ses apparitions sur la scène des Folies-Bergère. Représentée sur d’innombrables illustrations (portraits, cartes postales), la star à la ceinture de bananes, désormais plus emplumée au dernier degré, est devenue une image incontournable des Années Folles. Sur les conseils de son manager Giuseppe « Pepito » Abatino, Joséphine Baker entretient sa popularité par une tournée européenne qui suscite quelque controverse du fait des tenues légères de la vedette. Revenue à Paris, elle est engagée comme meneuse de revue au Casino de Paris, où  elle fait sensation en promenant sur scène, en laisse, un impressionnant léopard. Elle s’impose en rivale très sérieuse pour Mistinguett sur la scène parisienne. Parallèlement, Joséphine se diversifie et se lance dans la chanson : la célèbre chanson « J’ai deux amours », composée par Vincent Scotto, est un grand succès de l’année 1931.

Avec Jean Gabin

Passer du statut de danseuse à celui de chanteuse lui permet d’abandonner progressivement celui de «petite sauvage » pour une image de diva plus prestigieuse et gratifiante. Elle tourne plusieurs films, mais se révèle une comédienne assez médiocre : sur le plateau du film Zouzou, pour pallier à ses insuffisances, le metteur en scène Marc Allégret fait la part belle au partenaire de Joséphine, un jeune premier nommé Jean Gabin, qui bénéficiera très nettement de cette exposition. Mais Joséphine Baker va connaître une rude rebuffade en 1936 : désireuse de s’imposer dans son pays natal, elle participe aux Ziegfeld Follies, mais les critiques sont désastreuses. Privée, aux yeux des américains, de l’exotisme qu’elle représente pour les européens, Joséphine n’est plus qu’une «négresse aux dents de lapin» et son accent, devenu hybride après tant d’années à l’étranger, déconcerte quelque peu. Malgré le succès d’un club qu’elle ouvre en parallèle à New York, elle finit par rentrer en France pour un nouvel engagement comme meneuse de revue aux Folies-Bergère. Elle acquiert la nationalité française en épousant Jean Lion, un riche marchand de sucre dont elle se séparera assez rapidement.

La Légion d’Honneur

En 1939, à la déclaration de guerre, Joséphine Baker est engagée comme agent de renseignement, chargée de surveiller la haute société, par les services secrets français. Réfugiée au Maroc durant l’Occupation, elle continue de transmettre des messages, parfois cachés dans des partitions musicales, pour le compte de la France Libre et de l’Armée de l’air. Elle se verra décerner la Légion d’Honneur pour ses services. En 1947, elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon et achète avec lui un château en Dordogne, le Domaine des Milandes. En 1951, elle obtient enfin le succès dans son pays natal, avec une série de concerts où elle avait exigé que soit autorisée la mixité raciale du public. Très engagée contre les discriminations, Joséphine Baker, fantasque, se laissera cependant aller peu après à des déclarations politiques malencontreuses qui lui fermeront un temps le public des Etats-Unis.

Les Milandes

Joséphine Baker recueille et élève aux Milandes des enfants de toutes origines, qu’elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ». Mais le domaine se révèlera malheureusement au fil des années un gouffre financier, où Joséphine Baker engloutira l’essentiel de sa fortune. En désaccord sur la gestion du domaine, Jo Bouillon et son épouse finissent par se séparer. Joséphine multiplie les concerts pour payer ses dettes et renflouer son domaine. Un temps considérée comme has been, elle se produit régulièrement à l’Olympia dans les années 1950-60 et s’impose, diva toujours vaillante, auprès d’une nouvelle génération de spectateurs. Elle obtient un grand succès en 1959 avec la revue Paris mes amours, qui permet à « The Fabulous Joséphine Baker » de retourner se produire aux Etats-Unis. Mais le stress de la gestion des Milandes et l’éducation de ses très nombreux enfants adoptifs a son effet sur la santé de Joséphine, qui ne cesse de se produire à un rythme accéléré pour éviter de devoir vendre son domaine. Elle obtiendra le soutien de personnalités comme Bruno Coquatrix ou Dalida pour maintenir les Milandes à flot mais finira par en être expulsée en 1969. Elle rebondit grâce à son activité artistique : elle se produit à La Goulue, au bal de la Croix-Rouge Monégasque. Avec l’aide de Grace de Monaco, elle s’installe à Roquebrune avec sa tribu. En 1973, elle se produit avec succès au Carnegie Hall de New York. Le 8 avril 1975, elle entame à Bobino, devant un parterre de personnalités et un public venu en masse, un spectacle célébrant ses cinquante ans de carrière. Mais cette apothéose sera brève : le 12 avril 1975, s’étant endormie pour une sieste, elle ne se réveille pas et meurt d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles, suivies par la télévision, attirent un immense cortège.

Diva aujourd’hui statufiée, Joséphine Baker aura contribué à introduire en Europe, de manière fracassante, la musique noire américaine et une forme de sensualité débridée alors inédite pour le grand public. Au-delà de l’image d’Epinal du régime de bananes, Joséphine Baker aura été, plus encore qu’une chanteuse et danseuse excentrique, une authentique personnalité, dont la portée humaine éclipse le mérite artistique. Elle aura été néanmoins au confluent des modes et des imageries, incarnant une vision idéalisée du nègre, puis une nostalgie du glamour hollywoodien, sans cesser avant tout, de représenter jusqu’au bout, un type de femme de spectacle libre et magistral.

Voir encore:

Would the perfect family contain a child from every race?
Josephine Baker thought so – and adopted a ‘rainbow tribe’ of children to prove her point. This is the story of an extraordinary 20th-century experiment
Matthew Pratt Guterl
The Telegraph
19 Apr 2014

Before Josephine Baker was 20 years old, she was a totem of primeval sex. On the high-end stages of Paris, wearing a banana skirt or a ring of palm fronds, she arched, shimmied, twisted and smiled all at once. The “wicked Josephine Baker”, as one writer archly described her, was a “lubricious idol”, the embodiment of “carnal splendour” who “drives males to despair”. The poet EE Cummings, a member of the “Lost Generation” of writers drifting across Europe in the Twenties, remembered her as a “wand of golden flesh” to be loved, loathed and feared. At the peak of this sexualised celebrity, she would stroll down the Champs-Élysées with a cheetah on a leash, two exotic creatures, objects of obsession and dread, spectacularly out of place amid the neoclassical buildings that lined the grand boulevard.

Baker used her race as a fetish to lure white audiences, got rich fast and became a superstar. Late in life, she decided to change her image and change the world. She did something so unexpected and so dramatic that it still resonates today.

In 1953, after a decade of planning, Josephine Baker built a family from scratch. She set out to adopt a cadre of what she imagined as racially diverse children from around the world, bringing them to south-west France in what was the start of an extraordinary experiment. Out of the French countryside, she created a vast theme park-cum-circus – complete with hotels, a collective farm, rides and, of course, singing and dancing – that would focus on the family of the future, which she vaingloriously named the “Rainbow Tribe”. Baker trained the children to be racial exemplars, to represent specific continents, religions and histories. She dispatched them as walking, talking and sometimes costumed icons of racial typecasting, over the sprawling campus surrounding Les Milandes, her name for the 15th-century castle at the centre of this enterprise. And she used them, collectively, as a blunt instrument in her war against racism and prejudice.

No one had seen a black woman adopt a white child before. No one had seen a black woman adopt 12 children. Or raise them in a castle. Or house them in a theme park. Or use them in advertisements. Or portray them as soldiers in a struggle for justice.

In early 1953, Le Monde reported that Baker was on the verge of becoming “the mother of a family of all colours”. Speaking to the press from Monte Carlo, Baker described her new family of adopted children, drawn to France from around the world, but especially from the global south — south-east Asia, north and west Africa, and Latin America. Describing Baker as “an ardent proselyte of the antiracial struggle”, the paper emphasised the political function of the family, noting that the children would be “raised like brothers”, though each would “maintain the language, the dress, the customs and the religion of his/her country”.

“I will make every effort so that each shows the utmost respect for the opinions and beliefs of the other,” Baker claimed. “I want to show people of colour that not all whites are cruel and mean. I will prove that human beings can respect each other if given the chance.”

Baker’s autobiography suggests that the decision to adopt had nothing to do with radical politics, at least at first. As her former husband Jo Bouillon explained later, she was on a tour of the Americas after the war when her quest to have a child came to an end. The tour had been a triumphant return to the stage, and she had danced and sung her way from Argentina to Peru. “I think I’m pregnant, Jo!” she said one day, bursting with excitement. Bouillon, worried about her health, tried to cancel the tour, but Baker, ever the self-sacrificing star, reminded him that “a contract’s a contract” before adding that she felt “marvellous”.

The talk of babies had put Bouillon in a reflective mood. There were so many needy children in the world, he mused. “Why not adopt?” Baker asked, newly pregnant but also plotting her future quest for more. “Why not, chérie,” the agreeable Bouillon responded, saying: “What we can’t manufacture, we’ll find ready made.”

The innocent dream of a fairy-tale prince (or princess) and his adopted sibling, Bouillon tells us, ended in Mexico. There, Baker enjoyed a day of singing with children who were members of a travelling French choir. “That night the pains began,” he remembered, and by morning, “her hopes of motherhood had been destroyed, probably for good”.

By the end of 1953, Baker had settled the first of her children into her restored chateau in Castelnaud-Fayrac. The eager partnership of her husband, the pliant and accompanying bandleader Bouillon, made it easier for her to adopt.

Writing to her friend Miki Sawada in May that year, Baker outlined her plans to visit Japan in July. Sawada had become involved in the care and adoption of war orphans – chiefly mixed-race children, assumed to be outcasts in Japan because of their impure birth – and, in 1948, she founded the Elizabeth Saunders Home, named after an Englishwoman who had served as a governess in her family.

After addressing some logistics of the trip, Baker got to the heart of the matter: she wanted Sawada to find her a son. “I want you,” she said, with great specificity, “to find me a little baby, a pure-bred Japanese, a little boy of two years I can adopt.” She continued: “I will adopt five small boys of two years each,” including a “dark-skinned black” from South Africa, “an Indian from Peru, a Nordic and an Israelite. These small children will be like brothers, live together as a symbol of democracy.”

A short while later, she was in Sawada’s orphanage, surrounded by “children with straight black hair and dancing, slanting eyes”. Drawn to one young child who was “as supple as a little fish”, she asked about his background and was told that he was Korean and had been “found beneath an open umbrella that sheltered him from the elements”. The child, named Akio, was carrying a decorative plaque “engraved with the precepts of Buddhism”. “You won’t regret it,” Sawada told her, endorsing the selection. “He’s a sweet, loving child.”

Then, turning to leave, Baker spied “a grave-face baby” sitting by a tree. “He was tiny, much smaller than Akio, with solemn eyes,” she remembered. Struck by something in the child’s gaze, she announced: “I’ll take him, too.” Named Teruya, he was part Japanese and of the Shinto religion, a complement to the half-Korean, Buddhist Akio. (Once back in France, however, Baker would change his name to Janot, which she found easier to pronounce.)

As she presented the pair to Bouillon at the Souillac rail station, she was asked by her husband: “Which one is it?” “Both,” she answered. “You were right to order a double helping,” Bouillon replied. After taking a moment to catch his breath, he said: “This way we’ll be twice as happy.”

Soon after adopting Akio and Janot, Josephine found herself on a lecture tour in Scandinavia and hoping for a third child. Miraculously, a “towheaded, chubby, pink- and-white baby boy”, in an orphanage, “kicked back his covers and held his arms out to me”. She had good timing, too, she wrote, because it seemed that the boy was only days away from being turned out of the orphanage.

Another child had been saved. Baker renamed him Jarry and had him baptised a Protestant, then brought him back to Les Milandes. She had great plans to educate the children in their native tongues, but that proved difficult. When Jarry was reunited with his Finnish-speaking birth mother years later, they needed to speak through a translator. Baker’s autobiography gives the story of Jarry’s adoption a veneer of truth. His story, though, was messier than she knew.

One-year-old Jarry had been placed in the orphanage as a temporary matter, a consequence of an infant sister at home who was ill. Baker had been guided to the orphanage by a wealthy friend and driven there by Jarry’s birth father, an ambitious chauffeur in the midst of a marital dispute with his wife. “My father arranged everything,” Jarry later said. He tricked his wife into signing release papers for the boy, presented the infant to Baker as an ideal type and pocketed the cash for the transaction. He made sure that young Jarry was in just the right place at just the right time, ready to kick off those covers and hold out those arms. “I leant over the blue-eyed Finn,” Baker remembered, “certain that he was the one.” Hoodwinked to make her “choice”, she had unwittingly stolen away a child.

The creation of such a mixed family required diversity that could be easily seen and understood. This was no time for subtlety or nuance. What Baker needed were representative types, human metaphors who could be displayed together for visual contrast, and whose play together could make a bigger point about common humanity and the roots of racism. “She wanted a doll,” Jean-Claude Baker, a later addition to the Tribe, said.

Soon Luis joined the family from Colombia. Then, in late 1955, the younger Jean-Claude (originally Phillippe) and Moïse arrived. Baker’s original plans had included a Jewish child, and she laboured to procure one, but these plans got scrambled. Bouillon and Baker ultimately adopted a French orphan – “a dark-skinned baby”, Bouillon recalled — assigned him a Jewish identity and named him Moïse.

In 1956, Marianne and Brahim, both from Algeria, arrived. “Look at them, Jo,” Baker exclaimed, composing improbable backstories for them. “He’s a Berber, probably the son of a wet nurse; she undoubtedly is a colonialist’s daughter.” Baker chose to raise one as a Muslim and the other as a Catholic, a perfect example of her use of hardline means to secure utopian ends.

Then Koffi came from Côte d’Ivoire and Mara from Venezuela. Poor Noël, found in a rubbish dump on Christmas Eve, was brought to Les Milandes in 1959. And the last was little Stellina, the child of a Moroccan émigré to Paris, arriving in 1964. All 12 children, in the end, would be stereotypes brought to life. “Akio,” Bouillon later said, summarising the children once they were adults, was a typical Korean, “almond-eyed, sensitive, serious”. Jarry was possessed of “Nordic fairness and stamina”. Jean-Claude (or Phillippe), “our blond Frenchman”, was “blessed with innate equilibrium”. Brahim, “the son of an Arab”, and Marianne, the granddaughter of a pied-noir, captured the two sides at war in Algeria. Luis, the Colombian, was already married with children by that time, a fecund Latin through and through.

The colourful spectacle of Les Milandes was meant to be seen. Outside, Baker built up the grounds, installed car parks, established facilities for guests and set up an advertising campaign. She installed games and rides for children, and inscribed the entire place with her personality and celebrity. The result was an enclosed, self-contained theme park, a vision of an alternate world in which magic and fantasy were real and thematically organised around a positive vision of the racial future.

The entire point of visiting Les Milandes was to see the children. They seemed like outsized Disney characters, performing scripted and rehearsed roles for a public they would never truly meet, escorted around the park by their parents. “We were living in that castle by ourselves, all together,” Jarry said, “and then suddenly everything is open and everyone is on top of my mother and talking to me.”

Visitors came in their thousands, though not, Baker was disappointed to learn, in numbers large enough to ensure the long-term profitability of Les Milandes.

If a family is a collection of individuals, Baker’s assemblage presented itself as something quite distinct. But it also worked differently. “I was one in the family,” Jarry remembered. “There was no independence. It was everybody or nobody.” In Monaco, years after Les Milandes, when the older boys wanted to see a movie, they had to choose a film that would also satisfy five-year-old Stellina.

Baker did nothing to hide her orchestration of their performance from the children. One morning, she brought them into the dorm for a family meeting. “I adopted you because I cannot have children,” she began. “I united all of you,” Jarry recalled her saying, because “in the world they are always fighting between countries and races, coloured, white and black”. Going around the room, she told each child the reason for their adoption, citing abandonment or, in Jarry’s case, the divorce of his parents. “That is why I want you to be a family,” she continued, turning them into stakeholders in her project. “We knew that we were brothers from different countries,” Jarry said. “[We] had the sense that we had to show the world that the union of races, religions, whatever, was possible.”

For Jarry, speaking to the German magazine Der Spiegel in 2009, this meant that the children often felt like “pet monkeys”. Sometimes they would be at the big metal gates of the chateau. Sometimes they would sneak away to a lower tier of the garden, though there was often a wall of faces above, watching and taking pictures. Sometimes they would be with their mother inside the brasserie, greeting their public through a glass door. “We grew in Les Milandes like a regular family,” Jarry said. “We had fights. When you are kid, when you are obliged to do things, you go out with your mother and father, and suddenly you have all these people taking pictures, you get tired.” Being a “family” was one thing, he said, but “show business” was different. At Les Milandes, he said, the family was show business. And it was endlessly tiring.

Most of the children were sent to their homelands after Les Milandes. Koffi’s return to Côte d’Ivoire was supposed to last for two years. Arriving from France, he was labelled a “faux noir”, his only connection to the cultures and peoples of his homeland coming from books. Mara, for his part, had not been back to Venezuela since he was two months old. On the flight to Caracas, Baker explained soberly that if Mara wanted “to stay with them” – with his family – she would understand. Landing at the newly opened La Chinita airport, Mara found the runway mobbed with relatives and friends of relatives. Like Koffi, he walked away from the experience with a profound sense of the vast distance between his life and that of his birth family. He noted the “obvious poverty” of his relatives and his shock at their repeated requests for money. “You can’t blame them,” Baker explained, “they’re desperate.”

Jarry’s story was different. When he was discovered one afternoon in the bathtub with another boy, Baker marched the teenager out in front of the Tribe. Raising the problem of “contamination”, she asked for a family vote on whether he could stay, since queerness was a serious crime for Baker. And then, the court martial complete, she shipped him off to Buenos Aires.

The tumultuous Seventies featured a rebelliousness of affect and aesthetic, slogans and symbols. Knowing this, Baker policed her children’s sexuality, homing in on the clothing, moustaches and long hair of the boys. However, they refused to bend to her will. She imported male authority figures, without any luck. She declined to discuss her own youthful rebellions. She drew lines in the sand, fought for authority on every issue and engaged in extreme parental brinkmanship. And eventually, after one too many arguments and fights, she just plain old “gave up”.

Baker envisioned the family as a United Nations, rich with linguistic, religious, racial and national diversity. Her emphasis was always on extraordinary variety, a diversity that went far beyond skin tone. But by the Seventies, her family was a political liability. Her parenting seemed to trivialise the children, to turn them into rich adornments for their mother. To activists, it was no longer clear what problems were best addressed by the gaudy spectacle of the Rainbow Tribe. The age of idealistic marches was over, and the age of riots, deteriorating cityscapes and white flight had arrived. It wasn’t just that the civil rights consensus had been fractured or that de Gaulle was gone; it was, instead, that the world was drifting toward a future in which Josephine Baker and the Rainbow Tribe seemed like a quaint reminder of the past.

‘Josephine Baker and the Rainbow Tribe’ by Matthew Pratt Guterl (Harvard University Press, RRP £21.95) is available to order from Telegraph Books at £19.95 + £1.35 p&p.

Voir de plus:

Adopting the World

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

Merlind Theile

Der Spiegel online

10/02/2009

Long before Angelina Jolie, Mia Farrow and Madonna made headlines with their adoptive families, 1920s star Josephine Baker tried to combat racism by adopting 12 children of various ethnic backgrounds from around the world. Today the members of her « rainbow tribe » are still searching for their identity.

He is trying to describe what it was like to grow up here, to trace the vestiges of his childhood, but not much of that remains in this chateau that was once his home.

Today Akio Bouillon, a slight, affable man of Japanese origin, can only serve as a guide through an exhibit that pays tribute to his dead mother. In the former living room, a dozen of her robes are now displayed on headless mannequins, and in the study lies a semi-nude wax figure of Bouillon’s mother, with a string of flowers draped around the neck. The « banana skirt » that made her famous hangs in a glass case; strips of gold material in the shape of bananas are attached to a narrow belt. His mother was the singer and entertainer Josephine Baker.

Bouillon, her oldest adopted son, turned 57 in July. He walks across creaking floorboards and into Baker’s bathroom, with its black tiles and Dior bottles, and then into a series of rooms filled with photos, posters and her jewelry. Somewhere in this labyrinth is the small room where Bouillon slept as a child. Today, the bed is cordoned off from the hallway with a velvet rope, and a sign admonishes visitors not to touch anything.

He stands in front of the bed, smiles faintly and says that it was a nice childhood, for him and his 11 siblings.

Bouillon points to a poster on the wall, made from an old, black-and-white photo. It depicts little Akio, age 6, smiling at the camera, holding a white cat on his arm.

It is the only image visitors see of Baker’s 12 adopted children, and Bouillon is the only one of them who still travels, once a year, to Château des Milandes in France’s southwestern Périgord region. One of his brothers has already died, and the other 10 siblings avoid the chateau, which was purchased by strangers long ago. They don’t want their photos to be exhibited here. They are tired of being put on display.

Vision of a Better Life

Jarry Baker, the third adopted son, hasn’t been to the chateau in two decades. Now 55, he is a short, blonde man of Finnish descent with reddish cheeks. He moved far away, to New York, because it was the place where he could be himself.

Every day at noon, he takes the train from New Jersey to the Port Authority station in Manhattan, and walks a few blocks to « Chez Josephine » on 42nd Street, where he works as a waiter. The restaurant pays tribute to his dead mother, with pictures, photos and posters on its walls. The restaurant is near Broadway, and many of its customers are artists and gays.

Jarry Baker, who is also gay, likes the place. He was the opposite of what his adoptive mother had expected, and that was his undoing.

Misfortune often begins with visions, and Josephine Baker had her own vision. She did something that many celebrities would later emulate: She adopted children from poor countries to give them the opportunity of a better life.

Adoption is supposed to be an opportunity for children like Maddox, a boy that actress Angelina Jolie adopted in Cambodia, and Mercy, a girl from Malawi the singer Madonna recently adopted after the country’s highest court approved the contested adoption — even though Mercy still has a father in her native village. Madonna told the court that she could offer Mercy a better life — a common argument. The stars want to set an example and use their celebrity status to do good. Sometimes it’s about big ideas, promoting understanding among nations or putting an end to racism.

Looking for a Way Out

Perhaps Josephine Baker began adopting children as a way to compensate for her own unhappy childhood. Her life offered her many reasons to yearn for fame and family. Her mother, a black laundress from St. Louis, Missouri, was impregnated by a white man, and she kept his identity a secret. In the United States in 1906, a relationship, let alone marriage, with Josephine’s father would have been unthinkable.

The mother had three more children and raised them on her own. From the age of eight, Josephine had to work, for example in kitchens where she cleaned and washed dishes. At 11, she witnessed race riots directed against African-Americans in which dozens of people were murdered, the sort of thing that was not uncommon in the southern United States at the time. When she was 13, her mother found her a husband so that she would be taken care of.

But Josephine wanted a way out of her life in St. Louis. She had taught herself to dance and sing as a child, and she wanted to be on stage.

She joined a vaudeville troupe at 14, and at 15 she married her second husband, William Baker, the son of a Philadelphia restaurant owner.

She would later keep his name, because she wanted to be known as Josephine Baker. She worked hard, danced on Broadway and was determined to become a star.

The Lust for Pleasure

In 1926, she bent over in her banana skirt, practically nude, in a revue at the Folies-Bergère in Paris. The audience was ecstatic. It was the roaring 20s, and in Europe’s cities, where people celebrated with abandon, Josephine Baker, as a nude, exotic woman, satisfied their lust for pleasure.

Baker was a sex symbol, a role she relished, sleeping with men and women — thousands, as she would later say. But none of this love-making gave her what she wanted most. She married a third time, but she still couldn’t get pregnant. She was infertile.

She threw herself into her work, discovering a new passion in World War II. She supported the French resistance movement, and was given a uniform and awarded many decorations. By then, Baker was rich and famous, and yet there was still a gaping hole in her life.

The war ended. Baker, now in her 40s, was no longer a sex symbol. She needed a new role. Like Madonna decades later, she felt the need to constantly reinvent herself.

In 1947, Baker married her fourth husband, French orchestra leader Jo Bouillon. She bought a Renaissance castle in Périgord, the Château des Milandes, with more than 30 rooms, surrounded by 400 hectares (1,000 acres) of land.

Fighting Racism

She was practically royalty by then, but she was still black. When she visited the United States, she could only enter some hotels through a back entrance.

She was determined to fight this racism. And now she owned a chateau. A plan began to take shape in Baker’s mind.

In early 1954, she gave a talk in Copenhagen. She wanted to make a gesture of humanity, she said, explaining that she wanted to « adopt five little boys » — one from each continent.

When Baker traveled to Japan in the spring to pick up her first child, Akio had been in an orphanage for 18 months. He had been abandoned in Yokohama shortly after birth, on a rainy day in September 1952. A woman had walked into a small shop carrying a bundle in her arms and asked if she could leave the baby there for a moment so that she could get an umbrella.

Baker adopted Akio and another baby and took them to Château des Milandes, where more than 100 employees were hired to transform the estate into a center of brotherliness, and a place where celebrities and weekend guests could meet. The main attraction would be Baker’s new family, in its splendid array of skin colors. Baker called the family her « Rainbow Tribe. » It was front-page news.

In that same year, she adopted her third child, a 12-year-old Finnish boy from Helsinki with pale skin and light-blonde hair. His name was Jari, but he would later call himself Jarry after she rejected him.

Child number four was a black baby from Columbia. Child number five: a white baby from France.

Growing Family

Baker’s husband, Jo Bouillon, managed her affairs at Les Milandes and struggled to raise the children. His wife was constantly on tour, bringing home a new child from practically every trip. But she was only interested in adopting boys, fearing that romantic attachments could develop between the children.

Then, in 1956, came the sixth and seventh children: a male baby and the first female infant, both from Algeria.

Enough, Bouillon told his wife. Who is going to raise them all? he asked.

A rotating assortment of nannies looked after the children until Baker fired them. She would occasionally storm around the estate, furiously ordering gardeners to replant shrubs, only to slap them afterwards for having done so. She redecorated the chateau, hosted wild parties and took off again.

Child number eight, a white boy from France, arrived in 1957. Baker told the press that he was from Israel. She had been missing a Jew in her tribe.

Demanding Affection

In photos taken at the time, the chateau looks more like an orphanage than a real home. The children slept in a room in the attic, in eight small beds lined up in a row. Whenever Baker returned home, even if it happened to be at 3 a.m., she would wake the children and demand affection.

Jari, the Finn, was a quiet boy, but Akio, the eldest, was the quietest of them all, not speaking at all until he was four.

Today, he knows quite a lot about the trauma of adopted children, and about the special care they need, especially if they are from faraway countries. They are doubly homeless from the beginning, not knowing where they belong, and some crumble under the strain. They are more susceptible to addiction and emotional disorders than children who grow up with their biological parents.

Every adopted child needs the full attention of his or her new parents. By this time, Baker had eight children, and there were more to come.

The ninth child, a black baby from the Ivory Coast, came in 1958.

A Dream Childhood?

On the surface, the children seemed to have a dream childhood. They were living in a castle, like children in a fairy tale. They played with knights’ armor tucked into nooks along the spiral steps to the tower, romped in the gardens, built tree houses and frolicked with the dogs. Akio remembers that he and his brothers often caught flying beetles and tied them to strings to keep them from flying away. The children carried them around like balloons.

Every year at Christmas, the presents were piled high to the ceiling in the castle. Monstrous, says Jarry. It was Baker’s way of showing affection for the children. Their duty, in return, was to allow themselves to be shown off to the public.

On the occasional Sunday when she was there, Baker would dress the children in white and have them line up in the courtyard, where tourists and the press were waiting behind a fence to take pictures. Jarry says that he and the other children sometimes felt like pet monkeys.

Child number 10, a small indigenous boy from Venezuela, came in 1959. The global mother needed to complete her collection.

Financial Ruin

Today there are regulations governing international adoptions. Before a child is given up for adoption, authorities must verify that all options to keep the child from being removed from the country have been exhausted. This is always seen as the better solution.

The situation was different half a century ago. Besides, Baker was a star. She had influential friends, like Princess Grace of Monaco, and she had money. Not all of her children were orphans. In some cases, she simply bought babies from their destitute parents. For example, to adopt blonde Jari, the diminutive Finn, she simply paid his parents in Helsinki a few thousand dollars and the deal was sealed.

In 1960, she got child number 11: a white infant from France.

It had all become too much for Baker’s husband. After years of her escapades and their arguments, Bouillon left the chateau, and in 1963 he moved to Buenos Aires. Without him and his business acumen, the estate was doomed to financial ruin. The children lost their father figure, the only person who had given them some structure in Baker’s chaotic world.

In 1964, child number 12, the last child, was acquired: a little girl from Morocco.

Vacations with Castro

Baker traveled the world with the children. They met the pope and vacationed with Cuban leader Fidel Castro.

The situation at the chateau spun out of control. All the employees, private tutors, monkeys and other animals she had acquired were eating up Baker’s fortune. She managed to fend off bankruptcy for a few more years, stubbornly living her dream, an aging regent who tolerated no back talk and treated the children like subjects.

She wrote reports about them, described their characters in detail and drafted plans for their future. Akio was to become a diplomat, Jari a hotelier. Another child was supposed to be a doctor. But none of them were to be artists. She even banned music instruction. After they had received their education and training, the children were to return to the countries where they had come from and make themselves useful there, as Baker’s envoys and as the loyal executors of her ideas.

None of the children stuck to the plan.

Teenage Rebellion

They rebelled when they reached puberty. Baker had acquired 10 sons, with only seven years separating the youngest and the oldest, and they turned into a horde of hyperactive teenagers — going out at night, falling in love, staying away for days at a time, rattling around the neighborhood on their mopeds, getting drunk, taking drugs, stealing and wearing hippy clothes that their mother didn’t like. But her slaps no longer intimidated them. They were as wild and unruly as a pack of young wolves, and Baker had little experience as a mother.

She lost the chateau in 1969, and when she refused to leave she was carried out against her will. She sat on the steps in the rain for two days, covered with only a plaid wool blanket. The photo quickly appeared in newspapers around the world.

The children went to boarding schools or, like Akio and Jari, moved to Buenos Aires to live with their adoptive father, whose surname most of them have kept. Akio had a falling out with his mother a few months before Baker’s sudden death in 1975. His Christmas present had arrived too late, causing an argument that the two would never resolve. Akio was the only child not to attend the funeral in Monaco, which was hosted by Princess Grace.

‘Nobody’s Perfect’

Akio now lives in an apartment building on the outskirts of Paris, works in a bank, smokes large numbers of cigarillos and likes to watch animated films. He relates information about streets and squares as we walk through the city. He often walks around aimlessly, without any destination in mind, he says.

And he is often alone. He was in a relationship with an alcoholic for 15 years, until she finally left him, and he has been single since then. He knows nothing about his Japanese mother. Baker wanted to make sure that the children would never search for their biological families, and in some cases she even withheld information.

A Japanese journalist who recently investigated Akio’s story found the woman who had worked in the small shop in Yokohama where he was left as a baby in 1952. He gave Bouillon the information and suggested that the woman might know something about his biological mother. All he had to do was contact her, perhaps by writing her a letter. Bouillon has been carrying around the address for a year now. He says he doesn’t know how to begin the letter.

Did Baker do the right thing? « She was a great artist, and she was our mother, » says Akio Bouillon. « Mothers make mistakes. Nobody’s perfect. »

Bouillon says that his mother proved that people of different skin colors could live together as equals. « I love my brothers and sisters, » says Bouillon. They all keep in touch by telephone. He says he feels closest to Jarry, because they were together when their adoptive father died in 1984.

Ordinary Lives

The last time all 12 children were together in one place was in 1976, shortly after the death of their famous mother. Even in the last year of her life, Baker, to earn money, performed on a Paris stage, wearing a sequined dress and a towering feather headdress.

The children never wanted to be celebrities. They live ordinary lives — working as gardeners, greengrocers or insurance agents. Child number eight died of cancer 10 years ago. Child number 11 became schizophrenic and now lives in an institution. Some of the siblings married and had children, while others remained single.

None of them adopted children.

« We are completely normal people, » says Akio Bouillon. He and his siblings want to feel like a family, not a project.

Media Spotlight

Sometimes Bouillon flips through magazines and sees the photos of today’s rainbow tribes, of Madonna with her children from Malawi, of Brad Pitt and Angelina Jolie, traveling around the world with their six small children and their nannies, in the glare of the media spotlight. But he doesn’t feel taken aback by the images. In fact, they make him feel proud.

« It’s great, » he says. « These stars are following in my mother’s footsteps. » Of course, he adds, the paparazzi are a problem, as is their constant quest for pictures of the children. But when Jolie adopts a baby from the Third World, says Bouillon, there is also a higher principle at work. « When these children grow up, they’ll understand. »

Bouillon feels that his adoptive mother made a great and enduring contribution, and that our impression of Josephine Baker should not be clouded by her weaknesses. She was, as he says, a child of her time, a time when even stricter morals applied. That helps to explain why she and Jari didn’t get along, he says.

The Banished Son

Jarry Baker is sitting in Chez Josephine in New York, talking about his dead mother, a subject that makes him visibly uncomfortable. Although it is still morning and the air-conditioned room is cold, Baker’s cheeks are flushed and his hands are trembling.

« She was too possessive, » he says. « We weren’t allowed to develop the way we wanted to. » He knew he was gay by the time he was seven or eight. When Jari was 15, Baker caught him in the bathtub with another boy. She called together the family, reprimanded him in front of everyone else and sent him to live with his father in Buenos Aires. She was afraid that he could infect his brothers.

Josephine Baker — the bisexual revue star, darling of gays and drag queens, civil rights activist — banished her son because he loved men.

When asked whether he has forgiven her, Jarry Baker waves his hand dismissively and says: « Yes, who cares. She didn’t want us to grow. Maybe she was afraid that we would out-grow her. » At times he seems almost thankful for having been rejected by his mother. « It was like being liberated. »

Caught in Baker’s Shadow

In New York, restaurateur Jean-Claude Baker gave him a job and a place to stay. Most of all, Jarry was now living somewhere where he could openly kiss his lover on the street. He doesn’t mind working in the restaurant, says Baker. In fact, he says, he is pleased that the owner is preserving Josephine’s memory.

Jean-Claude Baker, 66, was one of Josephine’s companions — a gay man, like many of her friends. They performed together in the last years of her life. She called him her 13th child; he took on her name. But the two had a falling-out before her death.

He still lives in her world today. He has named his restaurant after her and decorated it with images of her. He has also written the most detailed biography of Baker to date. Like many who were very close to her, he seems caught in her shadow.

Child of a Rainbow Tribe

On a hot Sunday in July in New York, the city’s annual Gay Pride Parade slowly makes its way south along Fifth Avenue. At the front of the parade are lesbians on their Harleys, followed by gay police officers, firefighters and doctors, and above it all flies the rainbow flag, the symbol of the gay and lesbian movement.

Jarry Baker, the child of a rainbow tribe, stands on the sidewalk with a flag in his hand. He likes watching the parade — not every year, as he did at the start, but once in a while. He watches the floats, listens to the music and waves to the hooting, beaming parade-goers as they pass by.

He doesn’t know how much longer he will stay in New York. He says he would like to move to Australia or New Zealand and set up a farm. Then he says that he’d like to return to Argentina. And then, later, he says that he feels very comfortable in Finland, where he has family.

A Finnish journalist tracked down Jarry Baker’s mother and his siblings and flew with him to Helsinki. It was 14 years ago. Jarry says that they got along marvelously, and that he felt close to them. He has visited them twice since then. Three visits in 14 years.

The last of the floats pass by. « Those people look so happy, » says Jarry Baker, as he stands on the sidewalk, looking down the street at the parade, waving his rainbow flag.

Translated from the German by Christopher Sultan

Voir encore:

Josephine Baker’s Rainbow Tribe

To prove that racial harmony was possible, the dancer adopted 12 children from around the globe—and charged admission to watch them coexist.

Rebecca Onion
Slate
April 18 2014

Beginning in 1953, almost 30 years after her first successful performances on the Paris stage, the singer and dancer Josephine Baker adopted 12 children from different countries, ranging from Finland to Venezuela. She installed what she called her “Rainbow Tribe” in a 15th-century chateau in the South of France and charged admission to tourists who came to hear them sing, to tour their home, or to watch them play leapfrog in their garden.

This little-known chapter in Baker’s life is an uncomfortable one. “I would begin to tell the story of Josephine Baker, and people would start to laugh,” says Matthew Pratt Guterl, the author of a new book on Baker’s later life, Josephine Baker and the Rainbow Tribe. “And I would start to wonder what that laughter signified.” Guterl, a professor of Africana studies and American studies at Brown University, has in essence written two books in one: the story of Baker’s family, and a meditation on the meaning of that laughter.

Baker was born in St. Louis but moved to France in 1925. Her danse sauvage, famously performed in a banana skirt, brought her international fame. During World War II, she worked for the Red Cross and gathered intelligence for the French Resistance. After the war, married to her fourth husband, Jo Bouillon, she struggled to conceive a child. Meanwhile, her career waned. Guterl’s book is about this period of Baker’s life, as she built her large adopted family, became ever more active on behalf of the nascent civil rights movement in the United States, and re-emerged into fame.

Baker purchased her estate, known as Les Milandes, after marrying Bouillon in 1947. In addition to the chateau, the property boasted a motel, a bakery, cafés, a jazz club, a miniature golf course, and a wax museum telling the story of Baker’s life. As Guterl makes clear, the place was over-the-top, but its ostentation was a political statement. Les Milandes, with its fairy-tale setting, announced to the world that African-American girls born poor could transcend nation and race and find wealth and happiness.

At the center of the attractions were Baker’s adopted children, from Finland, Japan, France, Belgium, Venezuela. During their school-age years, the 10 boys and two girls grew up in public. Just by existing as a multiracial, multinational family, they demonstrated Baker’s belief in the possibility of equality. They sang songs for paying visitors, appeared in print advertisements, gave interviews to curious press, and played in a courtyard in full view of what Guterl describes as “a wall of faces, watching and taking pictures.”

You can see why this chapter of Baker’s story provokes laughter. First, there’s a deep discomfort at her unapologetic marshaling of children to act out her own utopian racial narrative. Second, we think we understand what’s going on here; we see early incarnations of celebrity eccentricities from our own time. In the big adoptive family, we see Angelina or Madonna; in the celebrity theme park, we see Michael Jackson’s Neverland Ranch. “The language of the strange and famous is readily available to us,” Guterl writes in the book’s prologue. “This same easy familiarity makes it harder to understand Les Milandes, not easier, because we rarely allow celebrity egocentrism to be serious or important.”

What would the Rainbow Tribe look like if we took it seriously? Guterl steps back, seeing the Tribe from Baker’s point of view. Baker was always an activist, wielding her international fame in the service of the civil rights movement in the United States. When she visited the States in the 1950s, she demanded that she be allowed to stay at the best hotels and play to integrated audiences.

Another bit of context: The Rainbow Tribe wasn’t the first, or the only, project of its kind. As Guterl notes, large, public, transracial families were a Cold War phenomenon in the United States. At a time when Americans worried about spreading communist influence in Asia, Africa, and Latin America, these “U.N. families,” featuring members from all continents, showed that “everyone, really, could be brought into the Western system.”

Guterl points to 1951 Life magazine coverage of the family of Helen and Carl Doss, a religious couple who adopted nine children, many of whom were from Asian countries; the story of the novelist Pearl S. Buck, who adopted seven children of different races and became a public advocate for interracial adoption; even the early history of the infamous Rev. Jim Jones, who adopted an interracial group that he nicknamed the Rainbow Family and that formed the core of his utopian cult.

Like these groups, Baker’s Rainbow Tribe was the product of careful planning for symbolic value. Children were renamed and raised in different religious traditions so they could be more typical of the racial and national types that Baker had decided should be represented in the Tribe. Some kids received new backstories. Baker wanted an Israeli child, but the Israeli welfare minister refused (telling her, “We cannot sanction taking a child away from Israel when great efforts are being made to bring children to Israel”). Undaunted, Baker adopted a French orphan, named him Moïse (French for “Moses”), and decided that he would be raised Jewish.

By dressing the children up in strong national, ethnic, and religious identities, Baker could make a political point about the human capacity to get along despite differences. In reading the historical record—Baker’s correspondence, contemporary media coverage, other documentation—Guterl found it hard to discern the children’s individuality. “Their voices were significantly less important,” he writes, “than their performance as an ensemble, their presentation as part of a single object.”

The performance was difficult to sustain, however. As her adoptive children aged, Baker ran out of money and was forced to sell Les Milandes. The last few chapters of Guterl’s book, which tell the story of what happened to the Tribe as they grew older, are tinged with tragedy. Baker struggled with health problems and became less relevant to the American civil rights movement as it moved into high visibility in the late 1960s. She still performed, but any kind of rigorous schedule was a strain, and her career couldn’t generate enough money to sustain the large family she had created.

As Baker’s finances crumbled, she moved the Rainbow Tribe to Monaco to live in a less grand home paid for by Baker’s friend and patron Princess Grace. Here the kids, now entering their teenage years and, in some cases, chafing at their public lives, began to resist Baker’s authority. Baker looked for ways to farm the children out to others. Bouillon, Baker’s husband at the time of the adoptions, was now her latest ex; some of the kids went to live with him. Others went to boarding schools. Baker sent a small group—including Marianne (adopted from France), whose teenage love affairs drove Baker to distraction—to live with a longtime Baker fan in the U.K. In perhaps the saddest and most puzzling outcome, when Baker found out that Jarry (adopted from Finland) was gay, she chastised him in front of his siblings before sending him away to live with Bouillon in Buenos Aires.

But Guterl’s is not a book to read if you want to revel in the downfall of what seems like an ill-conceived experiment. The author, who told me that he grew up in a large, multiracial adopted family himself, is close to the subject matter. “This was a very hard book to write,” he told me. While Guterl did interview three members of the Tribe, he resists offering up all of the gory details.

In Guterl’s book, and in other interviews they’ve given, the grown-up adoptees generally remember their childhoods at Les Milandes with fondness. As for their relationships with their mother, they are reluctant to comment. Interviewed by Der Spiegel in 2009, Jarry said, “She was too possessive. We weren’t allow to develop the way we wanted to.” Akio (adopted from Japan) offered a more charitable assessment: “She was a great artist, and she was our mother. Mothers make mistakes. Nobody’s perfect.”

Voir enfin:

(1963) Josephine Baker, “Speech at the March on Washington”
Josephine Baker is remembered by most people as the flamboyant African American entertainer who earned fame and fortune in Paris in the 1920s.  Yet through much of her later life, Baker became a vocal opponent of  segregation and discrimination, often initiating one-woman protests against racial injustice.  In 1963, at the age of 57, Baker flew in from France, her adopted homeland, to appear before the largest audience in her career, the 250,000 gathered at the March on Washington.  Wearing her uniform of the French Resistance, of which she was active in World War II, she was the only woman to address the audience.  What she said appears below.

Friends and family…you know I have lived a long time and I have come a long way.  And you must know now that what I did, I did originally for myself.  Then later, as these things began happening to me, I wondered if they were happening to you, and then I knew they must be.  And I knew that you had no way to defend yourselves, as I had.

And as I continued to do the things I did, and to say the things I said, they began to beat me.  Not beat me, mind you, with a club—but you know, I have seen that done too—but they beat me with their pens, with their writings.  And friends, that is much worse.

When I was a child and they burned me out of my home, I was frightened and I ran away.    Eventually I ran far away.  It was to a place called France.  Many of you have been there, and many have not.  But I must tell you, ladies and gentlemen, in that country I never feared.  It was like a fairyland place.

And I need not tell you that wonderful things happened to me there.  Now I know that all you children don’t know who Josephine Baker is, but you ask Grandma and Grandpa and they will tell you.  You know what they will say.  “Why, she was a devil.”  And you know something…why, they are right.  I was too.  I was a devil in other countries, and I was a little devil in America too.

But I must tell you, when I was young in Paris, strange things happened to me.  And these things had never happened to me before.  When I left St. Louis a long time ago, the conductor directed me to the last car.  And you all know what that means.

But when I ran away, yes, when I ran away to another country, I didn’t have to do that.  I could go into any restaurant I wanted to, and I could drink water anyplace I wanted to, and I didn’t have to go to a colored toilet either, and I have to tell you it was nice, and I got used to it, and I liked it, and I wasn’t afraid anymore that someone would shout at me and say, “Nigger, go to the end of the line.”  But you know, I rarely ever used that word.  You also know that it has been shouted at me many times.

So over there, far away, I was happy, and because I was happy I had some success, and you know that too.

Then after a long time, I came to America to be in a great show for Mr. Ziegfeld, and you know Josephine was happy.  You know that.  Because I wanted to tell everyone in my country about myself.  I wanted to let everyone know that I made good, and you know too that that is only natural.

But on that great big beautiful ship, I had a bad experience.  A very important star was to sit with me for dinner, and at the last moment I discovered she didn’t want to eat with a colored woman.  I can tell you it was some blow.

And I won’t bother to mention her name, because it is not important, and anyway, now she is dead.

And when I got to New York way back then, I had other blows—when they would not let me check into the good hotels because I was colored, or eat in certain restaurants.  And then I went to Atlanta, and it was a horror to me.  And I said to myself, My God, I am Josephine, and if they do this to me, what do they do to the other people in America?

You know, friends, that I do not lie to you when I tell you I have walked into the palaces of kings and queens and into the houses of presidents.  And much more. But I cold not walk into a hotel in America and get a cup of coffee, and that made me mad.  And when I get mad, you know that I open my big mouth.  And then look out, ‘cause when Josephine opens her mouth, they hear it all over the world.

So I did open my mouth, and you know I did scream, and when I demanded what I was supposed to have and what I was entitled to, they still would not give it to me.

So then they thought they could smear me, and the best way to do that was to call me a communist.  And you know, too, what that meant.  Those were dreaded words in those days, and I want to tell you also that I was hounded by the government agencies in America, and there was never one ounce of proof that I was a communist.  But they were mad.  They were mad because I told the truth.  And the truth was that all I wanted was a cup of coffee.  But I wanted that cup of coffee where I wanted to drink it, and I had the money to pay for it, so why shouldn’t I have it where I wanted it?

Friends and brothers and sisters, that is how it went.  And when I screamed loud enough, they started to open that door just a little bit, and we all started to be able to squeeze through it.  Not just the colored people, but the others as well, the other minorities too, the Orientals, and the Mexicans, and the Indians, both those here in the United States and those from India.

Now I am not going to stand in front of all of you today and take credit for what is happening now.  I cannot do that.  But I want to take credit for telling you how to do the same thing, and when you scream, friends, I know you will be heard.  And you will be heard now.

But you young people must do one thing, and I know you have heard this story a thousand times from your mothers and fathers, like I did from my mama.  I didn’t take her advice.  But I accomplished the same in another fashion.  You must get an education.  You must go to school, and you must learn to protect yourself.  And you must learn to protect yourself with the pen, and not the gun.  Then you can answer them, and I can tell you—and I don’t want to sound corny—but friends, the pen really is mightier than the sword.

I am not a young woman now, friends.  My life is behind me.  There is not too much fire burning inside me.  And before it goes out, I want you to use what is left to light that fire in you.  So that you can carry on, and so that you can do those things that I have done.  Then, when my fires have burned out, and I go where we all go someday, I can be happy.

You know I have always taken the rocky path.  I never took the easy one, but as I get older, and as I knew I had the power and the strength, I took that rocky path, and I tried to smooth it out a little.  I wanted to make it easier for you.  I want you to have a chance at what I had.  But I do not want you to have to run away to get it.  And mothers and fathers, if it is too late for you, think of your children.  Make it safe here so they do mot have to run away, for I want for you and your children what I had.

Ladies and gentlemen, my friends and family, I have just been handed a little note, as you probably say.  It is an invitation to visit the President of the United States in his home, the White House.

I am greatly honored.  But I must tell you that a colored woman—or, as you say it here in America, a black woman—is not going there. It is a woman.  It is Josephine Baker.

This is a great honor for me.  Someday I want you children out there to have that great honor too.  And we know that that time is not someday.  We know that that time is now.

I thank you, and may god bless you.  And may He continue to bless you long after I am gone.

Sources:

Stephen Papich, Remembering Josephine (New York: The Bobbs-Mererill Company, Inc.: 1976), 210-213.

– See more at: http://www.blackpast.org/1963-josephine-baker-speech-march-washington#sthash.uepYA0eM.dpuf

Voir par ailleurs:

Raciste, « Exhibit B » ? Visite guidée d’une œuvre controversée

L’oeuvre de Brett Bailey sur le colonialisme et les zoos humains fait polémique. Mercredi soir, au 104, les spectateurs ont ressenti une véritable gifle.
L’Obs

11 décembre 2014

Ce soir, je suis « Numéro 16″. Comme les autres spectateurs d' »Exhibit B », le spectacle du sud-africain Brett Bailey sur le thème des zoos humains et du colonialisme, je suis devenue un chiffre le temps de la représentation. En silence, j’attends que l’on me convoque pour découvrir l’oeuvre – accueillie au Centquatre du 7 au 12 décembre – qui a fait l’objet de nombreuses critiques et fantasmes depuis son retour en France fin novembre. Une œuvre qualifiée de raciste à l’encontre de la communauté noire, par ses détracteurs, qui ont vainement tenté d’obtenir son interdiction en justice.

Le dispositif de sécurité déployé à l’entrée du Centquatre depuis le début des représentations – en concertation avec la préfecture de police de Paris – plonge le spectateur dans une ambiance anxiogène avant même qu’il ne mette un pied dans l’espace culturel du XIXe arrondissement. Quatre personnes se relayent pour amener le public de la grille d’entrée jusqu’au sous-sol, où a lieu la représentation. Il faut alors se séparer de ses affaires au vestiaire et passer par un détecteur de métaux, semblable à ceux que l’on trouve dans les aéroports.

Derrière, un petit groupe d’une vingtaine de personnes attend les instructions dans la froideur d’une pièce tout en béton. « Sur chaque chaise il y a un numéro. Asseyez-vous sur une chaise et attendez que l’on appelle votre numéro. » J’avance à tâtons dans un bunker obscur, prête à découvrir cette œuvre. L’expérience commence.

« Vous ne pourrez pas revenir en arrière »
La voix solennelle, une femme d’une trentaine d’années, explique à un public intimidé le déroulement de la représentation.

Ne faites pas attention à la personne qui se tiendra derrière vous. Vous pouvez prendre tout le temps qu’il vous faudra. Seul contrainte : vous ne pourrez pas revenir en arrière. »
Le spectateur-numéro évolue à son rythme de performance en performance dans une lumière tamisée. Chaque « tableau vivant » est pensé comme une oeuvre à part entière, racontant les corps d’hommes et de femmes meurtris par l’histoire.

Larmes, visages figés, malaise
La première performance frappe comme une gifle. Sur la droite, dès l’entrée, un homme et une femme sont mis en scène, immobiles, parmi des têtes d’animaux empaillés. Leur regard glaçant, presque défiant, est difficilement soutenable.

Arrivée à la troisième installation vivante, une spectatrice d’une trentaine d’années a les larmes aux yeux. A chaque ligne descriptive qu’elle lit devant l’œuvre, l’effroi fige un peu plus son visage. La violence du silence des acteurs contraste avec les horreurs décrites sur les pancartes.

Parfois même deux mots suffisent. « #Objet trouvé », peut-on sobrement lire devant une performance d’une femme assise sur une chaise, les mains sur les genoux, le regard toujours transperçant.

Les spectateurs sont muets eux aussi, comme abasourdis par ce qu’ils voient.

Une dizaine de performances s’enchaînent sans que l’on puisse s’y habituer. Chaque instant passé devant un acteur est un échange. Certains restent même des dizaines de minutes devant une performance, qu’ils finissent par quitter douloureusement. Des chants namibiens interprétés par des acteurs, invisibles jusqu’à la dernière pièce, occupent l’espace sonore.

Les Noirs ne sont pas en cage
Au fur et à mesure que l’on découvre « Exhibit B », les arguments avancés par ses détracteurs s’effondrent. L’esthétisme de l’oeuvre ne laisse aucun doute sur l’aspect artistique du travail de Brett Bailey, à 1.000 lieux de celui d’un historien.

Pas une seule cage, si ce n’est un grillage ouvert qui entoure le spectateur sur une des performances. Pas d’approximation historique non plus, mais des panneaux explicatifs qui replacent chaque oeuvre dans son contexte. Les Noirs d' »Exhibit B » ne sont pas des sous-hommes mis en cage et réduits au silence. Les acteurs incarnent ces corps autrefois meurtris et déshumanisés, avec une présence telle, qu’il est impossible de considérer qu’ils puissent êtres passifs.

D’ailleurs, s’ils sont silencieux durant la représentation, ils expriment à l’écrit leur démarche artistique, leur analyse de l’oeuvre et les raisons qui les ont poussé à jouer pour « Exhibit B », sur des feuilles disposées dans la pièce qui clôture la représentation. Les descendants des colonisés ne sont pas privés de leur histoire, mais ont au contraire une opportunité de l’incarner pour mieux en mesurer le poids. «  »Exhibit B » est un processus de guérison », explique un acteur noir.

Le spectateur, resté à son tour silencieux pendant toute la performance, peut aussi s’exprimer à la fin du spectacle. Dans la même salle, les visiteurs se servent en papier et en stylos pour laisser couler leur pensée librement et anonymement. « Pour la première fois je me suis rendue compte de la souffrance causée », peut-on lire sur une des feuilles.

Il faut voir « Exhibit B » avant de prendre position
A la sortie, les spectateurs restent muets pendant plusieurs secondes, incapables de verbaliser l’expérience qu’ils viennent de vivre. Après avoir repris leurs esprits, un petit groupe débat. Ils ont entre 13 et 25 ans et font partis du conseil local des jeunes d’Aubervilliers. Tous sont touchés et émus par ce qu’ils viennent de voir.

« Moi qui suis Sri Lankaise d’origine, je suis choquée d’avoir vu le nom d’un Sri Lankais dans la liste des esclaves tués », raconte Subhatha T., une lycéenne de 18 ans.

L’apartheid : on a un petit peu étudié ça en anglais. Mais là c’est différent, on se rend vraiment compte que ça a existé. On se retrouve dans des conditions proches du réel », explique Sheima, 16 ans.
« J’ai appris beaucoup de choses et puis ce n’est pas une question de blanc ou noir, c’est universel », renchérit Samy 24 ans. Le jeune homme considère qu’interdire ce spectacle reviendrait à se voiler la face.

Clément, un graphiste breton de 29 ans venu avec des amis, reconnait avoir ressenti une gêne :

Je me suis positionné en Blanc. J’avais honte. »
« Le spectacle m’a dérangée », affirme quant à elle Khadi Cissaka, une étudiante en marketing et négociations de 21 ans. La jeune femme ajoute :

En tant que Noire, on a du mal à se dire que l’on a fait l’objet d’études destinées à prouver que l’on était moins intelligents que les Blancs. Que l’on a été déshumanisés à ce point. »
« Je comprends les détracteurs », poursuit Khadi. « Moi-même j’y allais avec un peu d’appréhension. Mais je suis partie du principe qu’il fallait que je voie l’oeuvre avant de me rallier à une cause ». L’étudiante conclut :

Je ne pense pas que ceux qui sont contre « Exhibit B » puissent le rester une fois sortis de l’exposition. »

Voir encore:

Edinburgh’s most controversial show: Exhibit B, a human zoo
South Africa’s fearless theatre-maker Brett Bailey has made a career out of tackling the most difficult aspects of race. His new show features black people in cages, in reference to real 19th-century human zoos – and even some of the performers are uneasy about it
Brett Bailey human zoo show Exhibit B

John O’Mahony

The Guardian

11 August 2014

It’s the first Edinburgh rehearsal of Exhibit B and there’s mutiny in the air. The work, a highly controversial installation by the South African theatre-maker Brett Bailey, is based on the grotesque phenomenon of the human zoo, in which African tribespeople were displayed for the titillation of European and American audiences under the guise of “ethnological enlightenment”.

The zoos, which blossomed in the 19th century and continued right up to the first world war, sometimes took place in entirely transplanted tribal villages, but also in the freak show context of local fairs, where the infamous Hottentot Venus, as Sara Baartman was called, was poked and gawked at because of her large buttocks and “exotic” physical form. Perhaps the most extreme case was that of the Congolese pygmy Ota Benga who, in 1906, was put on display at the Bronx zoo in New York alongside the apes and giraffes. Bailey’s installation aims to subvert the premise of the zoos by replacing its exhibits with powerful living snapshots depicting racism and colonialism: a black woman chained to the bed of a French colonial officer; a Namibian Herero woman scraping brain tissue out of human skulls; the slowly revolving silhouette of Baartman.

The only problem is that the young black performers, cast locally at every stop along the tour, aren’t quite getting it. “How do you know we are not entertaining people the same way the human zoos did?” asks one. “How can you be sure that it’s not just white people curious about seeing black people?” adds another. As the temperature in the room begins to rise, the group cries out in unison: “How is this different?”

As a director who has courted controversy at almost every step of his career, Bailey is no stranger to this kind of confrontation. A white South African from an affluent background, his only early contact with his black countrymen was as servants. But after the collapse of apartheid in 1994, he trekked off alone into the rural Xhosa villages where Nelson Mandela had grown up. Living for three months among sangoma shamans, he drew on African ritual and music as the inspiration for his first works: Ipi Zombie, in 1996, based on a witchhunt that followed the death of 12 black schoolboys in a minibus crash; and iMumbo Jumbo, a year later, about the quest of an African chieftain to recover the skull of his ancestor from a Scottish trophy-hunter.

His 2001 work Big Dada, which drew comparisons between the regimes of Robert Mugabe and Idi Amin, marked a shift into darker, grainier territory; and in 2006, with the unflinching Orfeus, he bussed his audience off to a post-colonial underworld of sweatshops and human trafficking. That was when he began to shun conventional spaces. “Theatres feel to me pretty antiseptic,” he says. “Working in a deserted factory or a Nazi concentration camp, the associations are deeper and wider.”

All this has led to a reputation as “Africa’s most fearless theatre-maker”, and eventually to Exhibit B, which will fill the vast cloistered space of the Edinburgh University library, not just with searing visions of past racism, but also with contemporary tableaux that Bailey calls “found objects”. These are representations of refugees and asylum-seekers that link today’s “deportation centres, racial profiling and reduction of people to numbers” to the dehumanising ethos of the human zoos.

Already seen in various European capitals, the work has proved incendiary, particularly in Berlin, where it caused fury among leftwing anti-racism campaigners, who questioned the authority of a white director to tackle the story of black exploitation. Bailey seems to relish the entire spectrum of reaction: “I’m creating a journey that’s embracing and immersive, in which you can be delighted and disturbed, but I’d like you to be disturbed more than anything.”

Back in the rehearsal room, sporting a striped beanie hat and a very pointy, ginger-flecked beard, the director looks somewhere between a new-age wizard and a children’s TV presenter. His entrance is suitably dramatic, sweeping into the room unannounced to fix each performer in turn with a gimlet-eyed gaze. There follows a gruelling programme of psychological exercises to perfect the show’s single dramatic device: the steely stare that each performer locks on to the spectator. “It’s very difficult to get it right,” he explains. “The performers are not asked to look with any anger at all. They must work with compassion.”

All the while, Bailey is an uneasy, almost abrasive presence, making unhelpful comments about the revealing nature of the costumes and spouting the n-word provocatively in his clipped South African intonation. “He’s a badass! He gets it done,” says Cole Verhoeven, a previous performer, hinting that his spikiness may be a strategy to weed out the non-committal. “His intention is clear. And our intentions had to be clear in order to do the work with any authenticity.”

But when one of the female performers breaks down in tears due to the intensity of the process, Bailey is quick to move in with gentle reassurance. And as the mutinous insubordination and squabbling reach fever pitch, his response is firm and decisive. “What interests me about human zoos,” he tells the group, “is the way people were objectified. Once you objectify people, you can do the most terrible things to them. But what we are doing here is nothing like these shows, where black people were brought from all over Africa and displayed in villages. I’m interested in the way these zoos legitimised colonial policies. But other than that, they are just a catalyst.”

To craft each living image in the installation, Bailey conducted intensive research, sometimes taking three months or more to build a single tableau from photos, letters, biographies, official documents, paintings. One of the most harrowing, titled A Place in the Sun, was extrapolated from an account he came across of a French colonial officer who kept black women chained to his bed, exchanging food for sexual services. “It’s a picture of unimaginable suffering,” says Bailey. “She is sitting there looking in the mirror and waiting to be raped. It’s the only way she can feed her family.”

Perhaps the most chilling, though, is Dutch Golden Age, which combined Bailey’s interest in still-life paintings with a court document detailing the horrific punishments meted out to escaped slaves. “Among the overflowing bowls of fruit,” says Bailey, “we have a slave forced to wear a perforated metal mask covering his face and a pin going through his tongue. It is about the silencing of marginalised black voices, the silencing of histories.”

And it was while sifting through thousands of photographs in the Namibian National Archives that Bailey found the subject that would be the climax of his work – the four singing decapitated heads of Nama tribesmen. “After the heads were cut off,” says Bailey, “they were mounted on these strange little tripods that were custom-made. Then I found these songs that referenced the genocide of the 1920s. So it became a set of four heads singing songs and lamentations.”

Bailey does not consider any of the pieces complete without the addition of the spectator – the labels on each work even mention “spectator/s” as one of their “materials”. And they have found audience interaction to be a profound element. “We were playing a festival in Poland,” says Berthe Njole, who had the part of Sara Baartman. “A bunch of guys came in. They were laughing and making comments about my boobs and my body. They didn’t realise I was a human being. They thought I was a statue. Later, they returned and each one apologised to me in turn.”

Bailey is unsure how the piece will go down in the UK, which has its own long and chequered colonial history. Cole Verhoeven certainly believes in Bailey’s right to ruffle feathers in telling these uncomfortable stories. “Exhibit B is monumental,” he says. “And Brett’s whiteness perhaps gives him a degree of distance necessary for wading around in this intensely painful material.”

But, looking back at some of his earlier work, Bailey is now the first to admit that pushing too hard and being too bold is an occupational hazard. “People have said, ‘White boy, you are messing with my culture. You have no right to tell the story of our spiritual practices or our history, because you are getting it all wrong.’ And I can’t defend those works today in the same way I could back then. For all I know, I could look back at Exhibit B in 10 years and say, ‘Oh my God, I am doing exactly what they are accusing me of.’ But that’s the risk you take. It comes with the territory.”

• Exhibit B is at the Playfair Library Hall, University of Edinburgh, until 25 August; then at the Barbican, London EC2, 23-27 September.

Voir de plus:

Why I’m not allowed my book title
It’s called The Book of Negroes in Canada – but Americans won’t buy that term

Lawrence Hill

The Guardian

20 May 2008

It isn’t unusual for British or Canadian books to change titles when entering the American market. It happened to JK Rowling – Harry Potter has no « philosopher’s » stone in the USA; and to Alice Munro, whose fabulous collection of short stories went from Who Do You Think You Are? in Canada to The Beggar Maid in the USA.

But I didn’t think it would happen to me. When my novel, The Book of Negroes, came out last year with HarperCollins Canada, I was assured by my American publisher that the original title would be fine by them. However, several months later, I got a nervous email from my editor in New York.
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She mentioned that the book cover would soon be going to the printer and that the title had to change. « Negroes » would not fly, or be allowed to fly, in American bookstore. At first, I was irritated, but gradually I’ve come to make my peace with the new title, Someone Knows My Name.

Perhaps the best way to examine the issue is to examine the evolution of the word « Negro » in America. I descend (on my father’s side) from African-Americans. My own father, who was born in 1923, fled the United States with my white mother the day after they married in 1953. As my mother is fond of saying, at the time even federal government cafeterias were segregated. It was no place for an interracial couple to live.

My parents, who became pioneers of the human rights movement in Canada, used the word Negro as a term of respect and pride. My American relatives all used it to describe themselves. I found it in the literature I began to consume as a teenager: one of the most famous poems by Langston Hughes, for example, is The Negro Speaks of Rivers. When my own father was appointed head of the Ontario Human Rights Commission in 1973, the Toronto Globe and Mail’s headline noted that a « Negro » had been appointed.

The term was in vogue right into the 1970s. For a time, the word « Negro » took a back seat in popular language culture to newer terms, such as « Afro-American », « African-Canadian », « people of colour » (a term I have always disliked, for its pomposity) or just plain « black. »

In the last 20 or so years in urban America, we have witnessed more changes in racial terminology. For one thing, and regrettably in my view, many hip-hop artists have re-appropriated the word « nigger », tried to tame it, and use it so vocally and frequently as to strip it of its hateful origins. We are all products of our generation.
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Given that I was born in 1957 and taught to ball my fists against anybody using that N-word, I can’t quite get my head around using it these days in any kind of peaceful or respectful manner. Just as the very word « nigger » has risen in popular usage over the last decade or two, however, the word « Negro » has become viscerally rude. In urban America, to call someone a Negro is to ask to for trouble. It suggests that the designated person has no authenticity, no backbone, no individuality, and is nothing more than an Uncle Tom to the white man.

I used The Book of Negroes as the title for my novel, in Canada, because it derives from a historical document of the same name kept by British naval officers at the tail end of the American Revolutionary War. It documents the 3,000 blacks who had served the King in the war and were fleeing Manhattan for Canada in 1783. Unless you were in The Book of Negroes, you couldn’t escape to Canada. My character, an African woman named Aminata Diallo whose story is based on this history, has to get into the book before she gets out.

In my country, few people have complained to me about the title, and nobody continues to do so after I explain its historical origins. I think it’s partly because the word « Negro » resonates differently in Canada. If you use it in Toronto or Montreal, you are probably just indicating publicly that you are out of touch with how people speak these days. But if you use it in Brooklyn or Boston, you are asking to have your nose broken. When I began touring with the novel in some of the major US cities, literary African-Americans kept approaching me and telling me it was a good thing indeed that the title had changed, because they would never have touched the book with its Canadian title.

I’d rather have the novel read under a different title than not read at all, so perhaps my editor in New York made the right call. After all, she lives in the country, and I don’t. I just have one question. Now that the novel has won the Commonwealth writers’ prize, if it finds a British publisher, what will the title be in the UK?

Voir de même:

La supercherie antiraciste

Lutter contre le racisme, c’est défendre l’universalité de nos valeurs, l’unité du genre humain. A l’exact opposé de l’offensive antirépublicaine actuellement à l’œuvre.

Alain Jakubowicz, Président de la Licra

Libération

11 avril 2016

Il y a encore trente ans, la cartographie de la haine était simple à établir : le racisme et l’antisémitisme étaient d’extrême droite. D’un côté, les héritiers de la Résistance, et de l’autre, ceux de Vichy. L’antiracisme avait son propre «mur de Berlin».

Depuis, le monde a changé, les murs sont tombés, les fronts se sont multipliés. Le mouvement antiraciste est resté figé dans des réflexes et des pratiques datées. Faute d’avoir mesuré ces changements profonds, il a manqué la mise à jour de son logiciel et son adaptation aux nouvelles frontières de la haine. A contrario de ses adversaires, il n’a pas su s’adapter à la révolution numérique. Il a tardé à comprendre que l’extrême droite n’avait plus le monopole du racisme et de l’antisémitisme et a laissé le champ libre à l’expression de nouvelles radicalités. Ce retard à l’allumage tient aussi à la mystification, qui s’est présentée à l’opinion sous les traits d’un antiracisme adapté aux identités plurielles – issues de l’immigration, marquées par la mémoire de l’esclavage, la colonisation – et affilié à la gauche. C’est sous ce masque pervers que la haine a, par effraction, trouvé refuge.

Le 4 avril, Libération consacrait justement son numéro aux «Visages contestés de l’antiracisme». L’éditorial de Laurent Joffrin a parfaitement analysé «le piège grossier» qui nous est tendu. Pourtant, à la faveur de cette «plongée chez les nouveaux antiracistes», on comprend facilement comment l’appropriation d’un combat peut conduire à son détournement et à sa dénaturation. Si l’on n’y prend pas garde, on risque d’attribuer sans discernement à ces faussaires des brevets d’antiracisme. Le moment est venu de bien nommer les choses, de cesser de faire capituler le langage devant des évidences et dire clairement que ces gens-là ne sont rien d’autre que des racistes et des antisémites. Il est temps de rappeler que la politisation de l’antiracisme est une imposture et une impasse derrière laquelle se cachent «l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme», «l’antisionisme», «la lutte des races sociales». Elle porte en elle les ferments d’un nouveau totalitarisme, reconstruisant des murs que nous avions détruits de haute lutte.

Le racisme et l’antisémitisme ont changé. Face à nous désormais, des cumulards de la haine des juifs, des homosexuels, des Blancs et, d’une certaine manière, des femmes. Désigner «le Blanc» comme symbole dominateur d’un prétendu «racisme d’Etat» qui sévirait en France, c’est être raciste. Quitter une réunion féministe en raison du trop grand nombre «de meufs blanches et assimilationnistes», c’est aussi être raciste. Revendiquer le communautarisme et accueillir à bras ouverts le fondamentalisme religieux pour «guérir la France de l’islamophobie», c’est offrir à l’extrême droite un boulevard pour promouvoir une conception contre-nature de la laïcité.

Une offensive antirépublicaine est à l’œuvre. Elle est puissante car elle bénéficie de la montée des populismes et des communautarismes qui exploitent, chacun de leur côté, le business de la peur et du repli identitaire. Ces deux extrémismes sont les deux faces d’une même pièce, celle de la haine qui conduit à la division et à l’affrontement. Elle appelle la même réprobation et les mêmes réponses.

Etre antiraciste, c’est défendre l’universalité de nos valeurs et l’unité du genre humain. C’est défendre le caractère indivisible de la Nation. Il n’existe pas d’antiracisme à la découpe ou à la carte. Etre antiraciste, c’est savoir être «de la couleur de ceux qu’on persécute» (Lamartine). L’idée qu’il faudrait être concerné par une discrimination pour la combattre est la négation même du combat antiraciste. Le silence assourdissant de ces prétendus «nouveaux visages» face à la condamnation de l’antisémitisme est l’aveu de leur supercherie «antiraciste». Il suffit de les voir applaudir les charlatans du négationnisme ou théoriser le «philosémitisme de l’Etat» pour s’en rendre compte.

Le mouvement antiraciste, le vrai, a désormais fait son aggiornamento en allant, pour reprendre Jaurès, vers son idéal en comprenant le réel. Sur les réseaux sociaux et sur le terrain, aux côtés des victimes, de toutes les victimes, black, blanc, ou beur, juive, athée, chrétienne, musulmane, de banlieue, des beaux quartiers ou d’un village rural, hétérosexuelle ou homosexuelle. Qu’on se le dise une fois pour toutes : l’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien.

Alain Jakubowicz Président de la Licra

Voir enfin:

« La non-mixité racisée » : un racisme qui ne dit pas son nom

Alain Jakubowicz

14 April 2016

Je dénonçais mardi dans une tribune publiée dans Libération « les nouveaux visages du racisme et de l’antisémitisme ». Nous y sommes. Cette semaine, un nouveau palier a encore été franchi par ces pseudos-antiracistes. En effet, depuis lundi 11 avril se tient à Saint-Denis dans les murs de l’Université Paris 8 un événement au nom évocateur : « Paroles non-blanches : rencontres autour des questions de race. Travail et mobilisation » organisé par le collectif « Groupe de réflexion non-mixité racisée ». Au programme, une obsession de « la blanchité des médias » et de « l’islamophobie », le prétendu « racisme d’Etat », de la République et de l’Ecole, le tout baignant dans une sémantique coloniale absolument délirante.

La logique folle et prétendument « anti-système » qui préside à l’organisation de ce type d’événement est exactement la même qui conduit les identitaires d’extrême-droite à l’affirmation d’une France « blanche » : les extrêmes, chacun à leur manière, organisent le séparatisme et véhiculent la même logique d’apartheid. Sous couvert d’antiracisme, notre pays risque de voir émerger des « Ku Klux Klan inversés » où le seul critère qui vaille sera la couleur de peau.

Encore une fois, les identitaires testent la République et, par glissements successifs, tentent d’affaiblir ses fondements et ses valeurs. L’initiative de ce groupuscule n’est pas acceptable et doit nous faire prendre conscience de la gravité de la situation. Si nous nous taisons aujourd’hui, alors dans quelques semaines, dans quelques mois, nous verrons apparaître des conférences interdites aux blancs et aux juifs, des écoles privées réservées aux « colored people ». Avec de prétendus héritiers de cette nature, Rosa Parks va se retourner dans sa tombe.


RELIGION 101: La continuation de la religion par d’autres moyens (Assume the position: German website teaches migrants the missionary position)

8 mars, 2016
missionaryposition

homo

Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris. François Hollande (janvier 2012, Le Bourget)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
We see, then, that the sexual practices of a people are indeed prototypical and that from their position in coitus their whole psychic attitude may be inferred. Geza Roheim (« Psycho-analysis of Primitive Cultural Types, » 1932)
Mother Teresa, the ghoul of Calcutta. I always had real doubt in my mind as to whether there really was this saintly person. If you ask people why they think Mother Teresa’s so great, they’ll always say, « Isn’t it true that she spends her time always helping out the poor of Calcutta? » But if you really push them, they don’t know anything about her at all. They just take it on faith, as saints always are taken. So I went to Calcutta, actually for another reason. I thought while I was there I’d go and look her up, and I was rather appalled by what I found. She showed me around her mission and announced that the purpose of the mission to run the campaign in Calcutta and Bengal against abortion and conception. As it happens, I have my doubts about abortion. I find I’m very squeamish on the subject, but one thing that Calcutta definitely does not need is a campaign waged by an Albanian Catholic missionary against the limitation of the population. It rather, to me, spoiled the effect of her charitable work. She was saying, actually, this is not charity; it’s really just propaganda. I think the Vatican policy on population control is calamitous. So that aroused my curiosity anyway. It had been a bit of a disappointment meeting her then, and I didn’t like her manners particularly, either, as she went around among the poor. Then I found her turning up as the defender of the Duvalier family in Haiti, saying how lovely they were and how gentle and beautiful. I found her turning up as Charles Keating’s personal best friend in the Lincoln Savings & Loan scandal, taking a lot of money from his for a private plane, giving him blessings and crucifixes in return. I found her turning up in Albania where she’s a supporter of a very extreme right nationalist party. And quite a few other such things. I thought, hey, I don’t like any of these things singly or together, and, second, when does she ever get time for the poor old poor of Calcutta. She’s forever on some, « scumbag’s, » Lear jet going around cashing in on everyone else’s belief that she’s a saint. I think this is probably how medieval religion was worked. You took the faithful as credulous, and you reckoned that they would believe whatever you said. I don’t think it’s necessary for someone who is supposedly consecrated to the mission of charity and who’s world famous for it to ever have to beg for money. If she ever wanted it, she knows where to go for it. People would open their pockets and, I think, their hearts. The fact is, I don’t know if she got any money from the Duvaliers. What she was doing was defending them as a dynasty in Haiti, and everyone knows what the record of the Duvalier family is. She did get money from Keating, and I actually ask in my piece, you know, would she care, would anyone care to say that they know where it’s gone because she must have known or should have known that that money doesn’t belong to Keating and doesn’t belong to her. It’s stolen money. (…) But the fact is she was giving him in return various kinds of absolution in his campaigns, and I think this is because he started off life as morals cop. He was another of the prohibitionists who began his career as an anti-pornography person. She’s evidently, it seems, on call for people with dubious characters of this kind. I just thought it was worth pointing out. I can’t tell you the mail I got about it. If you touch the idea of sainthood, especially in this country, people feel you’ve taken something from them personally. I’m fascinated because we like to look down on other religious beliefs as being tribal and superstitious but never dare criticize our own. Christopher Hitchens
Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do. Besides, it appears that the attacks which are being directed at Mother Teresa all boil down to one single crime: she endeavors to be a Christian, in the most literal sense of the word—which is (and always was, and will always remain) a most improper and unacceptable undertaking in this world. Indeed, consider her sin: 1. She occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals. But it is hard to see why, as a Christian, she should be more choosy in this respect than her Master, whose bad frequentations were notorious, and shocked all the Hitchenses of His time. 2. Instead of providing efficient and hygienic services to the sick and dying destitutes, she merely offers them her care and her love. When I am on my death bed, I think I should prefer to have one of her Sisters by my side, rather than a modern social worker. 3. She secretly baptizes the dying. The material act of baptism consists in shedding a few drops of water on the head of a person, while mumbling a dozen simple ritual words. Either you believe in the supernatural effect of this gesture—and then you should dearly wish for it. Or you do not believe in it, and the gesture is as innocent and well-meaningly innocuous as chasing a fly away with a wave of the hand. If a cannibal who happens to love you presents you with his most cherished possession—a magic crocodile tooth that should protect you forever—will you indignantly reject his gift for being primitive and superstitious, or would you gratefully accept it as a generous mark of sincere concern and affection? Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His time. It is now Mother Teresa’s privilege to experience this particular updating of her Master’s predicament.Simon Leys
Since the letter from Simon Leys [“In Defense of Mother Teresa,” NYR, September 19] is directed at myself rather than at your reviewer, may I usurp the right to reply? In my book, The Missionary Position: Mother Teresa In Theory and Practice, I provide evidence that Mother Teresa has consoled and supported the rich and powerful, allowing them all manner of indulgence, while preaching obedience and resignation to the poor. In a classic recent instance of what I mean—an instance that occurred too late for me to mention it—she told the April 1996 Ladies’ Home Journal that her new friend Princess Diana would be better off when free of her marriage. (“It is good that it is over. Nobody was happy anyhow.”) When Mother Teresa said this, she had only just finished advising the Irish electorate to vote “No” in a national referendum that proposed the right of civil divorce and remarriage. (That vote, quite apart from its importance in separating Church from State in the Irish Republic, had an obvious bearing on the vital discussion between Irish Catholics and Protestants as to who shall make law in a possible future cooperative island that is threatened by two kinds of Christian fundamentalism.) Evidence and argument of this kind, I have discovered, make no difference to people like Mr. Leys. Such people do not exactly deny Mother Teresa’s complicity with earthly powers. Instead, they make vague allusions to the gospels. Here I can claim no special standing. The gospels do not agree on the life of the man Jesus, and they make assertions—such as his ability to cast demonic spells on pigs—that seem to reflect little credit upon him. However, when Mr. Leys concedes that Mother Teresa “occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals” and goes on to say, by way of apologetics, that her Master’s “bad frequentations were notorious,” I still feel entitled to challenge him. Was his Jesus ever responsible for anything like Mother Teresa’s visit to the Duvaliers in Haiti, where she hymned the love of Baby Doc and his wife for the poor, and the reciprocal love of the poor for Baby Doc and his wife? Did he ever accept a large subvention of money, as did Mother Teresa from Charles Keating, knowing it to have been stolen from small and humble savers? Did he ever demand a strict clerical control over, not just abortion, but contraception and marriage and divorce and adoption? These questions are of no hermeneutic interest to me, but surely they demand an answer from people like Leys who claim an understanding of the Bible’s “original intent.” On my related points—that Mother Teresa makes no real effort at medical or social relief, and that her mission is religious and propagandistic and includes surreptitious baptism of unbelievers—I notice that Mr. Leys enters no serious dissent. It is he and not I who chooses to compare surreptitious baptism to the sincere and loving gesture of an innocent “cannibal” (his term) bestowing a fetish. Not all that inexact as a parallel, perhaps—except that the “cannibal” is not trying to proselytize. Mr. Leys must try and make up his mind. At one point he says that the man called Jesus “shocked all the Hitchenses of His time”: a shocking thought indeed to an atheist and semi-Semitic polemicist like myself, who can discover no New Testament authority for the existence of his analogue in that period. Later he says, no less confidently, that “Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His [sic] time.” It is perhaps in this confused light that we must judge his assertion that the endeavor to be a Christian “is (and always was, and will always remain)” something “improper and unacceptable.” The public career of Mother Teresa has been almost as immune from scrutiny or criticism as any hagiographer could have hoped—which was my point in the first place. To represent her as a woman defiled with spittle for her deeds or beliefs is—to employ the term strictly for once—quite incredible. But it accords with the Christian self-pity that we have to endure from so many quarters (Justice Scalia, Ralph Reed, Mrs. Dole)these days. Other faiths are taking their place in that same queue, to claim that all criticism is abusive, blasphemous, and defamatory by definition. Mr. Leys may not care for some of the friends that he will make in this line. Or perhaps I misjudge him? Finally, I note that he describes the title of my book as “obscene,” and complains that it attacks someone who is “elderly.” Would he care to say where the obscenity lies? Also, given that I have been criticizing Mother Teresa since she was middle-aged (and publicly denounced the senile Khomeini in his homicidal dotage), can he advise me of the age limit at which the faithful will admit secular criticism as pardonable? Not even the current occupant of the Holy See has sought protection from dissent on the ground of anno domini.Christopher Hitchens
If Mr. Hitchens were to write an essay on His Holiness the Dalai Lama, being a competent journalist, he would no doubt first acquaint himself with Buddhism in general and with Tibetan Buddhism in particular. On the subject of Mother Teresa, however, he does not seem to have felt the need to acquire much information on her spiritual motivations—his book contains a remarkable number of howlers on elementary aspects of Christianity (and even now, in the latest ammunition he drew from The Ladies’ Home Journal, he displayed a complete ignorance of the position of the Catholic Church on the issues of marriage, divorce, and remarriage). In this respect, his strong and vehement distaste for Mother Teresa reminds me of the indignation of the patron in a restaurant, who, having been served caviar on toast, complained that the jam had a funny taste of fish. The point is essential—but it deserves a development which would require more space and more time than can be afforded to me, here and now. (However, I am working on a full-fledged review of his book, which I shall gladly forward to him once it comes out in print.) Finally, Mr. Hitchens asked me to explain what made me say that The Missionary Position is an obscene title. His question, without doubt, bears the same imprint of sincerity and good faith that characterized his entire book. Therefore, I owe him an equally sincere and straightforward answer: my knowledge of colloquial English being rather poor, I had to check the meaning of this enigmatic title in The New Shorter Oxford English Dictionary (Oxford University Press, 1993, 2 vols.—the only definition of the expression can be found in Vol. I, p. 1794). But Mr. Hitchens having no need for such a tool in the exercise of his trade probably does not possess a copy of it. It will therefore be a relief for his readers to learn that his unfortunate choice of a title was totally innocent: when he chose these words, how could he possibly have guessed what they actually meant?Simon Leys
In the late 1960s and early 1970s « the missionary position » became widespread as a technical expression for face-to-face man-on-top sexual intercourse. It was accompanied by standard (and undocumented) stories as to the origin of the expression, stories featuring missionaries and either Polynesians, Africans, Chinese, Native Americans, or Melanesians. By the late 1980s and 1990s the expression had become a core symbol in modernist and postmodernist moral discourses, appearing in dozens of titles such as The missionary position: Mother Theresa in theory and practice (Hitchins 1995) or (Un)doing the missionary position: gender asymmetry in Asian American Women’s writing (Kafka 1997). My book, tentatively titled Missionary Positions: Christian, Modernist, Postmodernist will examine published accounts of the origin of the expression « missionary position » and will provide evidence that the expression and accompanying legend originated in Alfred Kinsey’s (mis)reading of Malinowski. Robert J. Priest

Attention: une position du missionnaire peut en cacher une autre !

A l’heure où le pape lui-même reconnait les bienfaits de l’invasion arabe à laquelle est actuellement soumise l’Europe et bientôt l’ensemble du monde occidental …

Et où en Allemagne un site officiel se dévoue pour expliquer à nos chers envahisseurs  le BA-ABA de la mécanique et de l’étiquette sexuelle pour assurer la meilleure pénétration possible de ladite invasion  …

Pendant qu’au Pays autoproclamé des droits de l’homme (sic), on continue de plus belle, entre tapis rouge et légions d’honneur, à danser avec les décapiteurs et lapideurs  …

Comment en cette journée mondiale de la femme ne pas repenser …

A la fameuse position du missionnaire qui avait fait les beaux jours de nos chers croisés de la contreculture des années 60 ?

Missionary Positions: Christian, Modernist, Postmodernist

Robert J. Priest
Current Anthropology
Vol. 42, No. 1 (February 2001), pp. 29-68
In the late 1960s and early 1970s « the missionary position » became widespread as a technical expression for face-to-face man-on-top sexual intercourse. It was accompanied by standard (and undocumented) stories as to the origin of the expression, stories featuring missionaries and either Polynesians, Africans, Chinese, Native Americans, or Melanesians. By the late 1980s and 1990s the expression had become a core symbol in modernist and post-modernist moral discourses. This paper examines accounts of the origin of the expression, provides evidence that it originated in Kinsey’s (mis)reading of Malinowski, analyzes the symbolic elements of the missionary-position narrative as synthesizing modernist objections to Christian morality, analyzes the « missionary position » in postmodernist narratives as synthesizing postmodernist objections to modernist morality, and explores some of the functions of this myth within the academy.

Three years ago I was invited, as an anthropologist and a seminary professor, to give a lecture on morality and postmodernism to the faculty of another seminary. Intrigued, I accepted. This invitation led me not only to visit another institution to which I had strong connections as an academic and as a Christian hut also to travel down a complex intellectual path. My initial goal was to compare conservative Christian, modernist, and post-modernist moral discourses. Rather than focus on explicit propositions or grand abstractions, I chose to search the moral discourses of each movement for distinctive metaphors, myths, and symbols. One trope which I first observed in postmodernist writings was that of « the missionary position. » This trope appears, for example, in dozens of titles such as « Postmodernism and the Missionary Position » (Wilde 1988), « Pomosexualities: Challenging the Missionary Position » (in Rogers et al. 1995), and « (Un)doing the Missionary Position » (Kafka 1997). Eventually I collected hundreds of usages of the expression both in contexts marking the postmodernist break with modernism and in contexts marking modernist breaks with Christian morality. A single symbol occurs at two different boundaries, employed by two different movements on behalf of their moral visions.

As I explored the image of « the missionary position » I discovered a history quite different from that imagined by many people, and this discovery reinforced my desire to examine its meanings and functions as a discursive symbol. This examination, in turn, led me to consider some troubling issues of openness and closure in con-temporary academic discourse. In this article, I offer a guided tour through this terrain.

The American Heritage Dictionary defines « missionary position » as « a position for sexual intercourse in which a woman and man lie facing each other, with the woman on the bottom and the man on the top. » Merriam Webster’s Collegiate explains the term as arising from the idea that « missionaries insisted that this coital position is the only acceptable one. » Modernist and post-modernist usages of this trope clearly draw on this imagery but employ the phrase in contexts in which coital kinesics is not directly the subject. Before analyzing this trope in moral discourse, an excursus on the origins of the expression is needed.

The Random House Unabridged Dictionary (second edition) explains that it was « so-called because it was allegedly favored by Christian missionaries working among indigenous peoples, in preference to positions in which the man approaches the woman from behind. » Westheimer (1995:171) writes: « South Pacific folk didn’t limit themselves to one position, and . . . missionaries . . . were shocked by this ‘sinful’ behavior. . . . Missionaries . . . advocated the use of the male-superior position, and that’s how it got its name. » She explains (1994:76) that « the term was first used by indigenous peoples of the South Pacific to describe the preferences of missionaries, who considered other positions sinful. » Similar ac-counts are given in Richter (1993:143), Goldenson and Anderson (1986:172), Holder (1995:2,41], Wilson (1972: 194), Carrera (r99T:ia’^l, Tuleja (1987:45), Adams (1994:216), Hooper (1992:28), Stoppard (1998:74), Comfort (1972), Graves and Patai (1963:69), Camphausen (1991), Allen and Martin (r97i:TO9), Francoeur (1991), Haeberle (1978:216), Masters (1962:63), Partridge (1984), Harrar and Vantine (1999:71), Block (1999:69), Cox (1998:62), Calderone and Johnson (1981), Gotwald and Golden (1981), the Encarta World English Dictionary, and the Reader’s Digest Guide to Love and Sex (1998:78).

Some locate the origin of the expres.sion in the South Pacific (Westheimer 1994, 1995) or among Pacific Is-landers (Tuleja T987; Reinisch 1990:123; Block 1999). Others pinpoint Polynesia {Comfort 1972, Wilson 1972, Calderone and Johnson 1981, Goldenson and Anderson 1986, Holder 1995, George and Caine 1998, Reader’s Di-gest 1998) or Melanesia (Graves and Patai 1963:69; Cam-phausen 1991). Partridge (1984) ptjints to the South Sea islands and China andFrancoeur (1991) to Africa and the South Pacific, while Haeberle (1978:216) simply states, « The less inhibited ‘heathens’ of Africa, Asia, and the Pacific Islands used to ridicule it as the ‘missionary po-sition. »‘Allen and Martin (1971:109) assert that « inmost of the world this position is ridiculed as the ‘missionary position. »‘ Other sources point to unidentified native peoples as the original users of the expression (Masters 1962:63; Adams 1994; Hooper 1992,- Riehter 1993).

Similarly, sources are unelear as to when the expres-sion was eoined. Partridge (1984) and Richter (199^) date its origin to the 19th century, but Wilson’s (1972) sexual dictionary appears to be the first reference work to include it. The Oxford English Dictionary included it in 1976 but gave a date of 1969 as the first usage it was able to document. The Random House Unabridged in-dicates that the term first showed up ca. 1965-70. Many sources prefaee their aeeount by phrases (« it is thought that, » « allegedly ») indicating that they are repeating an undocumented story. Other sources present it straight-forwardly as historical fact hut without documentation.

I asked for help in documenting its origin from various Internet diseussion groups. Those who responded seemed sure of their faets but could not remember their sources. On every lead they suggested (Malinowski, Micbener, Mead, the Human Relations Area Files) 1 drew a blank.

Initially tbe earliest references to the expression I could find were in 1962 and 1963. Masters (1962:63) writes that this position « is sometimes referred to as the ‘missionary position’ by natives of primitive lands. » Graves and Patai (1963:69) state: « Malinowski writes that Melanesian girls ridicule what they call ‘the mis-sionary position.' » Unlike later references, these report a native expression but do not assume that it is part of the English language, though Masters seems to believe

that readers will have heard the story before. Graves and Patai pinpoint a specific source. No such reference oc-curs in Malinowski, but three other authorities (Gotwald and Golden 1981:339; Camphausen 1991; Westheimer 1995) refer to Malinowski as the source and a fourth (Partridge 1984) references an unnamed ethnographer. In published sources on tbe topie, Malinowski is the only name given. It seemed obvious that each was depending on some as yet unidentified further source which itself cited Malinowski.

Further searching turned up sucb a source. Alfred Kin-sey, in Sexual Behavior in the Human Male (Kinsey, Pomeroy, and Martin 1948), documents an American preference for face-to-face man-on-top woman-below in-tercourse, wbieh be ealls « the English-American posi-tion. » He writes (p. 373), « It will be recalled that Mali-nowski (1929) records the nearly universal use of a totally different position among the Trobrianders . . . [and] . . . that caricatures of the English-American position are performed around . . , campfires, to the great amusement of the natives who refer to the position as the ‘missionary position. »‘ The book referred to is Malinowski’s The Sex-ual Life of Savages in North-Westem Melanesia, but no such account occurs in it.

Kinsey only reports a story; it is not until the late 1960s that writers begin to use tbe expression for this position in intercourse. Some of them clearly cite the story in a form (with references to Malinowski) that ean only have come from Kinsey (Graves and Patai L963; Gotwald and Golden 1981:339; Camphausen 1991; Westheimer 1995).

Many had doubtless tried without success to document Kinsey’s reference and, rather than cite a clearly faulty source, decided to eite no source at all. Despite extensive efforts, lexieographers and sexologists have turned up no usage of this expression prior to Kinsey.

How are we to account for Kinsey’s faulty memory?

Trobrianders do gather to play and sing mocking songs (Malinowski 1929:238-39), but under tbe full moon, not around campfires, and it is not here that we learn about sexual positions. Later we learn that Trobrianders moek face-to-face man-on-top woman-below intercourse (p. 338), but no context is given, Kinsey’s memory appar-ently substituted mockery around a campfire for mock-ery under a full moon and conflated the topie being mocked—a certain position in intercourse (p. 338)—with the occasion when moekery occurs—a ribald nigbt ses-sion in tbe village center (p, 238). Furthermore, when Trobrianders moek this position it is said to have been learned from « white traders, planters, or officials » (p. 338); there is no refcrenee here to missionaries. Another memory in this same context seems key. Kinsey recalls medieval Catholic teaching that preseribed faee-to-face man-on-top woman-below intercourse. Clearly be was struck by Trobriand mockery of the very position pre-scribed by medieval theologians. The distance between two elements separated by centuries and half a world is overcome through the simple addition of Christian missionaries.

We need not aeeuse Kinsey of inventing this out of whole cloth, however, for Malinowski’s text does speak

of missionaries and of Trohrianders’ coining an expres-sion of disapproval for one of their romantic practices. On p, 479 Malinowski tells of seeing an engaged Troh-riand couple in puhlic, in his words, « leaning against each other and holding hands, in a manner which we would find perfectly natural in a pair of lovers soon to he married. But, , , I was told at once that it was a new fashion and not correct according to old custom [and] , , , that this was misinari si bubunela, ‘missionary fash-ion,’ one of those novel immoralities introduced hy mis-sionaries, » All of the elements of Kinsey’s narrative are present here. It seems clear that his memory reworked and combined various elements scattered throughout Malinowski’s hook and elements from medieval Cath-olic history. In the process he transposed « missionary fashion, » which speaks of missionaries’ expanding the possible romantic repertoire, with its opposite, « mis-sionary position, » an expression speaking of restraint and tahoo and one more compatible with his rhetorical pur-poses, Kinsey apparently invented a legend while be-lieving himself to be reporting historical fact and coined a new expression while thinking he was reporting an old one.

From there, apparently, the story was told and retold until the expression evolved into a technical term for face-to-face man-on-top woman-below sexual inter-course. Virtually tbe whole English-speaking world even-tually learned both the expression and the accompanying explanation. By this time the connection with Kinsey or Malinowski appears to bave been forgotten. Dictionaries, atlases, and encyclopedias of sexuality, anthropologists, and even subsequent publications of the Kinsey Institute seem unable to document usage of tbe expression prior to 1969, Nonetbeless, they have no hesitation in ex-plaining that missionaries taught tbat any other sexual position was sinful and that Chinese, Africans, Polyne-sians, Melanesians, and/or American Indians have used the expression to mock this missionary etbic. Comfort’s 1972 bestseller The foy of Sex taugbt the expression to millions, and in 1976 the Oxford English Dictionary listed it, to be followed by tbe major English-language dictionaries. Older synonyms (« the matrimonial, » « the Mama-Papa position, » « the English-American position, »

« the male superior position ») were increasingly replaced by « the missionary position, » By the 1990s Spanish, French, and German dictionaries carried corresponding expressions in those languages: German Missionarsstel-lung, Spanish posture del misionero, and French position du missionnaire.

Parallel to its rise as a technical term was an increase in its invocation as a symbol. In 1973 the Association for Social Anthropology in Oceania (ASAO) held a sym-posium on missionaries entitled « The Missionary Po-sition in Oceania » (Heider 1973a, b]. While not recalling where he first heard the expression and accompanying narrative, Heider (personal communication, March 1997) reports having felt sure that readers would understand the reference. Increasingly one finds the expression appearing in the titles of books,^ articles,^ papers presented at scholarly meetings, » chapter titles,^ and plays* as well as in scholarly narrative, poetry, and song lyrics. Most references occur after the mid-1980s, and many recent ones are clearly postmodernist.

Like urban legends, tbe story of the missionary posi-tion was not generated and sustained by rational concern witb evidence. No authority documents a single situa-tion in which missionaries taught such an ethic and natives used such an expression. Yet our society has ac-cepted the « truth » of the missionary position. In contrast to most urban legends, this legend has managed to certify itself through the accredited reality-defining institutions of society and to instantiate its truth as part of the Eng-lish language. If we wish to understand the meaning and dynamism of this myth, it is to symbolism that we must turn.

A symbol’s meaning must be sought not in referents external to discourse but by examining otber symbols in the same discursive formation, « The missionary posi-tion » draws on symbolism present in modernist dis-courses, and each element of the narrative must be examined not in isolation but witbin tbose discourses. One critical element is the « social others » who ostensibly coined this derisive expression.

The Missionary Position as a Modernist Symbol

SOCIAL OTHERS

Theologians all to expose, ’tis the mission of primi-tive man, [E, B, Tylor, quoted in Taylor 1986:17]

Social others are central to modernist moral discourses. As Europeans « discovered » new worlds, the concept of « modern » was defined with reference to social others who were « not modern » and constituted as superior. The

modern was constructed in opposition to the traditional grounding of morality in religion partially through dis-courses on social others. As Tylor pointed out, discourses ahout « primitive » (not-modern) man had utility for dis-crediting the view of theologians. Three emphases can be identified in these discourses.

I. The norms of other people were considered irra-tional. Captain Cook discovered that Polynesians refused to engage in many seemingly unexceptionahle hehaviors. When asked about their odd interdictions, they explained that such things were taboo. Europeans were fascinated hy the concept. Within decades the word had moved into English usage, where it was understood to mean essen-tially « an interdiction that does not make rational sense. » Europeans had morals; social others had tahoos. What distinguished the two was thought to he ration-ality. And yet modernist philosophers insisted that West-ern morality owed too much to Christian morality, which was itself irrational and tahoo-based. Modernist ethics required rational foundations which could claim universality and owed nothing to particularistic tradition or Christian revelation. Kant grounded ethics in a tran-scendental rationality detached from cultural particu-larities. Others, like Frazer, focused attention on the cul-tural particularities of other times and places, defining all others with reference to the modern and the suhor-dinating them to it. In The Golden Bough (1927), writing of reason hattling through centuries of superstition, Fra-zer devoted hundreds of pages to the taboos of others, and in Folk-Lore in the Old Testament (1923) he made clear that the Bible itself was grounded in taboo. Mod-ernist ethics were articulated through a discourse of con-trast with the morality of the not-modern other and dis-tingiuished from Christian morality through a discourse which equated the latter with the morality of the not-modern other.

2. Europeans were fascinated hy accounts of people who were naked and not ashamed, of « guiltless Men who danc’d away their time. Fresh as their Groves, and Happy as their Clime » (John Dryden [Kinsley 1958:33]). Mod-ernist discourses endlessly exploited the theme of social others who enjoyed freedom and pleasure without guilt precisely where European « Christian » morality imposed restraint and inculcated a sense of sin. By implication, Christian interdictions were not inherent in universal morality hut an unnecessary and unhealthy imposition.

3. Whereas Christians insisted that God was founda-tional to morality, modernist discourses stressed that so-cial others who did not worship God were nonetheless moral. The Chinese, for example, were moral: they hon-ored their parents, their ancestors, their teachers. Their leaders were scholars, instructors in morality, and athe-ists. Clearly God was unnecessary to morality. « Can-nihalism aside, » Melville stressed in Typee, Tahitians were « more kindly » and « more humane than many who study essays on virtue and benevolence » (1846:258-59). Rather than needing missionaries, he argued, such people should send missionaries to America (p. 159).

Pivotal to the narrative of « the missionary position » is the presence of those who are not Christians or Europeans hut are sexually free in ways which contrast with the sexual ethic articulated hy Christians. Almost any social others will do, hut the most common location for the narrative is on some South Pacific island. In assessing this symholism, what is important is not the objective properties of social others in a geographical space but their properties as they appear in the dis-courses of modernity. Bougainville, Melville, Gauguin, Maugham, Mead, and Michener are hut a few of the sources constructing Western images of South Pacific islanders. While narrative may locate the missionary po-sition in the South Pacific, it is a South Pacific of the Western imagination. It is douhtless hecause light-skinned Polynesians, for racial reasons, occupy a more prominent place in the Western sexual imagination than do dark-skinned Melanesians that the narrative com-monly refers to Polynesia or, more hroadly, to the South Pacific instead of to Trohriand Melanesia.

THE MISSIONARY

Missionaries . . . considered other positions sinful.

[Westheimer 1994:76]

A second element of the « missionary position » narrative is the missionary. The prior « knowledge » of missionaries which gives this image its plausihility and persuasive-ness is a shared hackground shaped hy modernist dis-courses which feature missionaries. Somerset Maugham, for example, skillfully exploited the image of the mis-sionary in his short story « Miss Thompson » (later called

« Rain »). An enormously successful Broadway play, three

Hollywood movies, a Broadway musical, and an African-

American film based on this short story were suhse-quently produced. Pivotal to its extraordinary grip on American viewers was the theme of the repressed mis-sionary hringing sin to an exuherant, life-filled people. Maugham had the missionary say: « The most difficult part of my work [was] to instill in the natives the sense of sin. … We had to make sins out of what they thought were natural actions. We had to make it a sin, not only to commit adultery . . . but to expose their hodies, and to dance and not to come to church. I made it a sin for a girl to show her hosom and a sin for a man not to wear trousers » (1950:279, 281). The missionary’s wife says that the natives had formerly heen « crazy with dancing » (p. 272) hut « no one has danced in our district for eight years » (p. 273). The missionary’s life-denying ethic is discredited when he commits suicide after having sex with the prostitute he has puhlicly condemned.

Michener picked up similar themes in his « historical novel » Hawaii (1959). When a naked young woman surfed toward the missionaries’ ship, the missionaries were aghast. In Michener’s words, « to the missionaries she was a terrifying vision, the personification of all they had come to conquer. Her nakedness was a challenge, her heauty a danger, her way of life an ahomination and

her existence an evil » (p. 222). When the first church was huilt, the missionary Abner Hale announced, « There will he no nakedness in this church » (p. 268), and so women wore high collars and long sleeves « hiding the offensive nakedness of the wrists » (p. 268). Men wore outlandish combinations of clothes, « but in deference to the white man’s God, who refused to share his mysteries with the naked, all wore something » (p. 268). Hale summarized the job responsibilities for bis top deacon as follows: « [You] find out wbo is smoking. You cbeck to see wbo bas alcobol on bis breatb. Eacb week you band me a list of people to be expelled from cburcb. At nigbt you will creep quietly tbrougb Labaina to let me know wbo is sleeping witb anotber man’s wife » (p. 282). Tbe mis-sionaries disapproved of pleasure, and even wben tbey felt deep love, as did Abner and Jerusba Hale, they lacked the « capacity to speak of it to the other, because tbey judged that Congregationalism would not approve » (p. 244).

In Peter Matthiessen’s novel At Play in the Fields of the Lord (1965), missionaries were horrified when the Niaruna « indulged . . . with much laughter … in erotic games » (p. 148), but tbey tbemselves were consumed witb lust. One missionary, Martin Quarrier, began to conclude tbat Indian nudity and sexual play were « nat-ural, » not « sinful » or « filtby. » After bis son died of fever and bis wife went insane, be lost bis faitb and made plans to become an antbropologist. Andy Huben, after ber en-counter at a secluded pool witb a naked « Indian, » re-called, « I was naked, and I wasn’t asbamed. Am I a sin-ner? … For tbe first time tbe jungle seemed like paradise … be was beautiful. And I was beautiful. … He wanted me, really wanted me. … I wanted bim .. . but I pusbed bim away. . . . And my immortal soul was saved » (pp.

259-61). Mattbiessen weaves a narrative of missionaries « pinned like butterfiies to tbe frame of tbeir own mo-rality » (p. 312), a life-denying morality. Leslie Huben tbreatened to witbbold medicine from dying Indians un-less tbey would submit to bis direction. « Better dead tban to live in sin, » be cried (p. 29r). His wife Andy lost ber faitb and offered berself to a soldier of fortune. « I don’t even know wbat sin is anymore, » sbe said (p. 357). By tbe novel’s end, sin bas been deconstructed, tbe sacred profaned. No prayer is unaccompanied by a lustful tbougbt, an overbeard profanity, someone scratcbing bis crotcb, or some otber desanctifying accompaniment.

Tbe narrative of tbe missionary position is plausible and persuasive to tbose whose knowledge of mission-aries is derived from Maugham’s « Rain, » Michener’s Ha-waii, or Matthiessen’s At Play in the Fields of the Lord. It is missionaries of the modern secular imagination rather than fiesh-and-bloodm issionaries tbat inform tbis narrative.

SIN

[Missionaries] found wbat tbe « beatbens » were do-ing between tbe sbeets to be sinful and . . . [told

tbem] tbe « Missionary » position was tbe only one tbat God endorsed. [Wells 1997]

Sin is a tbird component of tbe narrative. At tbe time of tbe discovery of tbe New World, tbe concept of sin was at tbe beart of Western refiection on tbe buman condition. Tbeology, sermons, tbe confessional, art, and literature united in instructing people to interpret tbem-selves tbrougb a vocabulary of sin. Tbe encounter witb social otbers wbo lacked a sense of sin and guilt was electrifying. Wben in 1555 Villegaignon led Huguenot colonists to Brazil to civilize and evangelize tbe natives, Ronsard reproacbed bim for trying to cbange a people so

« innocently and completely untamed and nude, as naked in dress as tbey are stripped of malice, wbo know neitber the names of virtue nor vice. . . . Live happy, you people without pain, without cares. Live joyously: I myself would wish to live so » (Delumeau 1990:127). Here we see tbemes repeatedly elaborated in modernist dis-courses on social otbers. Nudity and innocence were linked. Lacking any sense of sin, tbese people were tbougbt to enjoy a bappiness tbat escaped tbe guilt-rid-den European. Tbe image of people witbout guilt was a powerful and moving symbol to be exploited in dis-courses designed to remove guilt and sin.

• Antbropologists repeat similar refrains. Margaret Mead (1949) stresses, for example, tbat in spite of a mis-sion cburcb tbe sexually free Samoans are still witbout a « conviction of Sin » (p. 126), « an individual conscious-ness of sin » (p. 164), or a « doctrine of original sin » (p. 277). Kroeber (1948:612) claims tbat tbere is « little or no sense of sin » in « Asiatic, Oceanic, native American, and African cultures »—tbat it is found principally in « Anglo-

Saxon and Protestant culture. » Missionaries enter spaces wbere sin and guilt are absent and bring witb tbem « cos-mic guilt » (Mayer 1983:618). Tbe result, according to one antbropology text, is tbat a « pall of Protestant gloom bangs over many a community in the Pacific and tropical South America that once throbbed witb life, laugbter and song. Tbe concept of sin must rank witb smallpox among our most damaging exports » (Keesing 1981:40). Tbe sin motif is central to tbe narrative of « tbe missionary po-sition » and to modernist discourses about missionaries and social otbers more broadly. In bis 1975 presidential address to tbe American Antbropological Association, Walter Goldscbmidt (1979:296) stated, « Missionaries are in many ways our opposites; tbey believe in original sin. » In Science and Magic in Traditional Iron Smelting in Malawi: The Materialist and the Missionary Position, van der Merwe and Avery (1986) consider and reject one missionary’s explanation of tbe sexual taboos involved in iron-smelting magic: tbat even tbose witb « lax » mor-als « recognize perfectly tbe beauty of purity, suspect its bappy influence [and] know very well tbat sin displeases God, attracts punisbment, [and] causes many failures even in temporal affairs. »

ETHNOCENTRISM

« If it wasn’t for all those British missionaries, the entire heathen world would still be procreating in the most unspeakable ways. Upside down, bent over double, end-on-end, back-to-front. Disgusting, isn’t it? » « Ghastly, » he said with a shudder. « No self-re-specting Englishman would ever use anything but the missionary position. » [Dubow 1997]

There are other viewpoints in the world besides Christian, man-wife-2.3 kids, and missionary posi-tion. [Egbert 1997]

Goldschmidt is not alone in positing an antithesis be-tween anthropologist and missionary (cf. Stipe 1980; Bonsen, Marks, and Miedema 1990; Stocking 1992:20;

Van der Geest 1996). Littlewood contrasts « the mission-ary position, close to the locals but with the aim of trans-forming them, » and « the anthropologist’s planned and sanctioned ‘going native' » (1985:197). Salamone writes: « The ideal culture of anthropological students codes missionaries as ‘enemies' » (1979:54). If missionaries are identified by an idea of sin, as Goldschmidt says, an-thropologists historically have been identified by their emphasis on cultural relativism and respect for cultural difference. It follows that if the key anthropological vir-tue is respect, then the primary sin is to evidence a lack of respect by crossing boundaries with a message imply-ing moral judgment—in a word, to be ethnocentric. And if « the anthropologist’s severest term of moral abuse » is « ethnocentric » (Geertz 1973:24), then perhaps the an-thropologist’s clearest example of ethnocentrism is the missionary.

In calling for a symposium on the missionary position in Oceania, Karl Heider (1973a) writes, « Anthropolo-gists’ relationships with missionaries are remarkable: we live off of them … in the field; we tell stories about them in classes and at parties; and we ignore them in our ethnographies.’^ David Spain (1984:205) agrees: « As anthropologists, we talk a lot about missionaries, but we seldom write about them. One cannot but wonder why this is true. » A partial answer becomes clear if we ex-amine the ways in which anthropologists invoke the missionary in their discourses. Typically the missionary is referred to as a symbol of ethnocentrism, as in the following quote from an anthropology text (Cohen and Eames 1982:376-77):

The premises of missionary work are directly oppo-site to those of anthropology. As cultural relativists, anthropologists begin with the assumption that any cultural system is as good or bad as any other. . . . Missionaries begin with the ethnocentric view that

7. Anthropologieal silence about missionaries in Afriean ethnog-raphy (1930-65) has been documented by van der Geest and Kirby (1992). In « Exploring the Missionary Position, » Miihlhausler (1999) critiques texts on anthropological linguistics for not paying « at-tention to missionary language work. »

their religion is the true path to salvation. . . . Con-version . . . was the major objective of missionary work . . . [and] often involved the destruction of na-tive beliefs and rituals. . . . Missionaries in the Pa-cific are known to have urinated and defecated on native shrines to demonstrate . . . that their god was superior to native deities.

Whether missionaries urinated and defecated on native shrines is undocumented; the phrase « are known to have » suggests hearsay. My queries of ethnohistorians failed to elicit knowledge of such a practice. Clearly the meaning of the account lies not in history but in symbol and allegory. The text’s message is that the essence of ethnocentrism is to defecate on the sacred values of oth-ers as, in essence, missionaries do. Many anthropologists historically have been interested in the missionary pri-marily as a symbol and thus have been less likely to study missionaries than to refer to them in socializing students to relativistic values or warning that such val-ues are threatened.

I should qualify these comments by noting that, while one is hard-pressed to find systematic examination by anthropologists of missionary realities prior to the late 1970s (for a notable exception see Rapoport 1954), there is now a sizable body of anthropological writings on mis-sionaries and indigenous responses to them (e.g., Annis 1987; Barker 1991; Beidelman 1982; Boutilier, Hughes, and Tiffany 1978; Burridge 1991; Clifford 1992; Comaroff and Comaroff 1991,1997; Headland and Whiteman 1996; Hefner 1993; Hvalkof and Aaby 1981; James and Johnson

1988; Kipp 1990; Pels 1999; Poewe 1994; Salamone 1983; Saunders 1988; Schneider and Lindenbaum 1987; Stear-man 1987; StoU 1990; Swain and Rose 1988; Whiteman 1985). Whereas historically anthropological discourses tended to allude to missionaries only briefiy, often for symbolic ends, anthropologists have increasingly chosen to make them the object of careful, sustained research. Even here, of course, scholarly texts are underdetermined by the data, with standard symbolism sometimes being invoked to bring meaning to the data. For example, the title of Hvalkof and Aaby’s (1981) « anthropological » treatment of Summer Institute of Linguistics mission-aries—Is God an American^—invokes standard imagery of missionaries as symbols of imperialism and ethno-centrism. Yet only 4 of the 13 essays in this volume are solidly anthropological (Canfield 1983:56; Stipe 1985: 118), and 3 of these provide rich ethnographic description which repeatedly fails to support the symbolic rhetoric of the other chapters. What missionaries actually are fre-quently diverges as markedly from the missionary of the modernist secular imagination as it does from the mis-sionary of the devout religious imagination. But when anthropologists engage in careful anthropological study of missionaries, the results cumulatively tend toward understandings resistant to summary in standard stereotypes. Although the ASAO mobilized an examination of missionaries under the title « The Missionary Position in Oceania, » the eventual publication (Boutilier, Hughes,

and Tiffany 1978) was of high quality and minimally reflective of the original symbolism. Many of the sources cited above are similarly of high quality.

The message of the missionary-position narrative is that the morality of the missionary is ethnocentric. How much more ethnocentric could one be than to insist that only one position in intercourse is permissible?

TABOO

Sex was brought into the realm of the taboo by tbe

Cbristian church . . . Absolutely notbing outside of . . . missionary intercourse sbould go on at all. [Rif-fenburgb 1997]

If Cbristian morality is summarized in tbe image of a missionary forbidding as sinful any sexual position in intercourse but one, tbe image is clearly one of morality as taboo. Tbat is, the missionary’s morality is equated with the most irrational and objectionable element in the morality of « primitive » social others. In Michener’s Hawaii, for example. Hale tells Malama the queen that she must renounce her husband because be is also her brotber. Sbe is puzzled over sucb a moral judgment, but tben comprehension dawns (pp. 237-38):

« You mean it is kapu! » she asked brigbtly. « It is not kapu, » Abner insisted. « It is forbidden by God’s law. » « That’s what kapu means, » Malama explained patiently. . . . « All gods have kapu. You mustn’t eat this fisb, it is kapu. You mustn’t sleep witb a woman who is having her period, it is kapu. You mustn’t . . . » « Malama! » Abner thundered. « Being married to your brother is not kapu! It’s not some idle superstition. It’s a law of God. » « I know. I know. Not a little kapu like certain fish, but a big kapu, like not entering tbe temple if you are un-clean. All gods bave big and little kapus. So Kelolo [my busband] is a big kapu and he must go. I understand. »

What, after all, is the ban on all positions in intercourse except one but a kapu, a taboo? In a taboo-based etbic, ethical interdictions do not make sense; they are not available universally to moral intuitions and recogni-tions. Instead they are imposed by raw assertion and au-thority. Lacking universal grounds, taboo-based etbics are, above all, etbnocentric. Tbe irrational prejudices of one’s own tradition are imposed on social otbers. Tbis is wbat tbe missionary-position story asserts about

Cbristian morality. Thus Harmon (1998) suggests that Christian morality for Solomon Islanders is defined in terms of taboos on betel nut, tobacco, alcobol, pork, scaleless fisb, magic, and fornication. Islanders wbo ig-nore Cbristian obligations are said to be « ignoring the missionary position. »

ANTILIFE/ANTIPLEASURE

How the missionaries became apprised of what posi-tion the natives were using I don’t know, but I sup-pose if it becomes apparent that everybody else in tbe village is baving a lot more fun tban you are, you make it your business to find out. [Adams 1994: 216]

[Missionaries said tbe] « missionary » position was the only one God endorsed, and tbat the others were too exciting and likely to get you sent to hell, as most exciting things do. [Wells 1997]

A taboo morality is arbitrary and against—against pleas-ure, joy, desire, variety, love, life. It insists tbat « tbou shalt not go near, thou shalt not touch, thou shalt not experience pleasure, thou shalt not exist, except in dark-ness and secrecy » (Foucault 1980:84) and guilt. The nar-rative of the missionary position essentializes Christian morality as drawing lines restrictively, banning variety, pleasure, and joy. Examining tbe marriages of Oberlin missionary graduates between 1840 and 1855, Clark (1989) found tbat in some cases marriage proposals were delivered to virtual strangers. Personal feelings were « suppressed » (p. 8), marriage decisions being governed by vocational commitment to missionary service and by the single question of the will of God. Clark analyzes the diary of a 17-year-old girl being courted by an ascetic, mirthless, rigid, and deeply pious missionary. She de-scribes ber feelings for another person, her less than pos-itive feelings for the missionary, and her eventual sub-mission to God’s will, as sbe saw it, that she marry him. Such decisions, devoid of love and attraction, are life-denying. Thus Clark’s title: « The Missionary Position. »

MORALITY AND POWER: THE MISSIONARY ON TOP

T. J. Last . . . like many missionaries wanted to found a Christian village which he could govern alone. [Beidelman 1982:55]

We’re the Moral Majority and we know what’s RIGHT/We’ll come to your bedroom to cbeck every night/We’ll let you have sex on just one condition/ it’s done with your spouse in the missionary posi-tion. [Shuster 1998]

Since a taboo morality lacks rational foundations, it must be grounded in power. For Tongans and Tahitians the ability to impose a taboo was directly dependent on the mana—the mystical power—of the imposer. Mich-ener’s missionary imposed moral norms that made no sense to Hawaiians. He could not, as a result, trust Hawaiians to run the church (pp. 281, 356); he had to run and control everything himself. Sucb a morality, in turn, underpins specific power relationsbips. Francoeur (1991:402) explains tbat missionaries advocated the

missionary coital position because of « an interpretation of tbe story of Genesis in whicb man is created first and given primacy over woman in all tbings. Hence tbe supposed immorality of woman being in any position superior to or above a man, » Man-on-top involves dom-inance. As one antbropologist explained to me, mis-sionaries taugbt « tbe ‘male above’ sexual position to Hawai’ian and Polynesian groups in tbe late i8oo’s, as an indicator of ‘God’s order’ (i,e,, God, Man, Woman, bierarcbically in tbat ‘position’), » Campbausen (1991: 127) asserts tbat tbe « missionary position » is charac-teristic only of « civilizations wbere women are treated as cbattels, »

Tbis logic is persuasive not because of any evidence of a cross-cultural correlation between male dominance and tbe « missionary position »* but because Westerners bave been unconsciously sbaped by metaphors in whicb power and status are conceptualized in spatial terms—as up or down (Lakoff and Jobnson 1980:15-16), As a result, body positions in intercourse are easily seen as implying power relations. Even an expression like « tbe male-superior sexual position » not only describes tbe physical position of two bodies but privileges « up, » In Western contexts, tben, one does find sexual position occasionally thought of as iconic of power relations.

Feminists have often stressed sexual position as iconic of power. For example, in « Missionary Position, » Judy Forrest (1987:208) explores Fay Weldon’s novels, in which « downtrodden » women (women in the mis-sionary position) are able to « gain power, » « end up in cbarge, » and « always end up on top, » Again, one may observe the appropriation of Lilitb as a feminist icon. In postbiblical Judaism Lilith was a female demon that seduced men and killed babies. Under tbe infiuence of a 9tb-century story (Schwartz 1992:107), Lilith became known in Judaism as Adam’s first wife, who refused to lie under him in intercourse, insisting that she be on top, and tben fied to the wilderness, where she took up her activities as succubus and child-destroying witch. Many females have appropriated Lilith as the prototyp-ical feminist, rejecter of patriarchy. Two journals are named for this figure; summer music tours of female artists have been named after ber (The Lilith Fair tour); a burgeoning literature of poetry and refiection on women’s issues takes its inspiration from Lilith (cf, Cantor-Zuckoff 1976, Plaskow 1979, Colonna 1980,

8, Kluckhohn (1948) provides statistics on sexual positions reported in different societies but establishes no correlation with male dom-inance, Roheim (1932:221) concludes that « posture in coitus » is « prototypical » of a society’s « psychic attitude, » His focus, however, is not on power but on the distinction between impersonal sex, in which only the genitals are surrendered to one’s partner, and per-sonal sex, in which the total self is given (cf, pp, 206, 221), Marks

(1978), a Classicist, says that rear entry is typical in Greek art, with Roman art typically featuring the female sitting or kneeling above the reclining male. She says that Americans typically recline with either on top though female-on-top is less common in patriarchal marriages. Although Marks (1978), Kinsey, Pomeroy, and Martin (1948), and Beigel (19853) provide evidence that some North Amer-icans treat sexual position as iconic of power, there is no data base establishing this as a cross-cultural universal pattern.

Koltuv 1986, Pirani 1991, Schwartz 1992, Starck and

Stern 1993), The element of the Lihth myth most stra-tegic for catalyzing this response is the story of Lilith’s refusing to lie under Adam in intercourse.

When the myth of the missionary position is used to evoke the theme that Christian morality is really but a cover for dominance and power, it is not only patri-arcby wbicb is in view but tbe dominance of the mis-sionary over the native social other. Thus one anthro-pologist told me that this position was taught to South Sea islanders « in an attempt to control them, » Another source simply defines « missionary position » as a « term coined by savages wbo associated this position with the conquering missionaries » (Joannides 1997:358), In a radical upending of traditional Christian rhetoric, which associates missionaries with loving service, self-abnegation, and sacrifice, new discourses construct missionaries as motivated by a will to power (see Bei-delman 1982, StoU 1982, Hvalkof and Aaby 1981, Colby 1995, Mulball 1986)—power exercised in part through the imposition of a taboo morality. In Missionary Po-sition: Mother Theresa in Theory and Practice, Chris-topher Hitchens (1995) presents Mother Theresa as pro-moting moral taboos (no birtb control, no abortion) wbich contribute to the problems of overpopulation, poverty^, and suffering wbose existence is tbe secret of her position and infiuence. Although the image is awk-ward, it is the male subject position which Hitchens imputes to Mother Theresa, She invites the poor to ac-cept their one-down position but herself hobnobs with the hkes of Charles Keating and « Baby Doc » Duvalier, administers large sums of money, often in ways other than intended by donors, and furtbers patriarcbal Catholicism,

Bruce Dickinson’s Monty-Python-like-novel The Missionary Position (1992) similarly features the quest for power and wealth under the rubric of missionary religion, in this case by a TV evangehst. In « Falwell’s Missionary Position » [Freedom Writer 1985) we learn of a fundamentalist program to « pursue missionary ac-tivity » in public scbools and to « attend and take control of party conventions » to bring about « a second Amer-ican Revolution, » Again, in « Tbe Missionary Position » (Virsbup 1989), Reverend Wildmon mobilizes funda-mentalist Christians to pressure advertisers not to fund « immoral » television shows. Here again, power is used to impose taboo morality.

In sbort, « tbe missionary position » may be thought of as a symbol synthesizing modernist objections to Christian morality. When this symbol is co-opted by postmodernists, bowever, it botb extends and intensi-fies tbese objections and redirects tbem toward mod-ernist morality.

The Missionary Position as a Postmodernist Symbol

I challenge puritanism. Western religion, our helief in nature external to ourselves and the missionary position. [Joe 1997]

In « Mark Twain’s Missionary Position, » O’Conner (1994) documents Twain’s frequent negative comments about the moral and religious activities of missionaries and his positive comments on missionary « civilizing » activities. Twain criticizes missionary effort on behalf of Christianity hut welcomes missionary activity on hehalf of modernity. O’Conner explores Twain’s A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court, demonstrating frequent themes first treated hy Twain in his writings on mis-sionaries. Hank Morgan is a missionary of civilization, technology, and progress to the natives of England. « From the hrutalities of feudalism [he] delivered them into the ‘light’ of the ‘modern’ world. Within Twain’s novel, the Church ultimately represents a form of pa-ganism that needs to he replaced hy Hank Morgan’s gos-pel of progress » (p. 14). O’Conner takes the expression « missionary position, » created to stigmatize a mission-ary commitment to Christianity, and redeploys it to stig-matize Twain’s missionary commitments to civilization and progress. In his hook St. Gorbachev and Other Neo-missionary Positions John Hatch (1990) critiques modern agendas as neo-missionary positions. Jeremy Seahrook (1992) suggests that while the West has liherated itself from « the controlling revelations of religion » (p. 12), it treats free-market ideas as grounded in « reason » (p. 12) and preaches free-market virtues. He argues that Western promises of development are « prescriptions for suhor-dination [and] the maintenance of Western privilege » (p. 12). An ideology mandating that others embrace « free-market » ethics is essentially an « ideology of dominance » (p. 13). His title? « Still in the Missionary Position. » Mo-dernity’s ethic, ostensibly grounded in reason, is but a cover for dominance.

THE FOCUS ON DOMINANCE AND POWER

Postmodernism has made dominance and power a cen-tral preoccupation. In a review of Sonia Boyce’s London art exhibition, Michael Archer (19 8 7) notes the rhetorical hias of modernism which excludes those already ex-cluded from mainstream culture—such as Boyce, horn in London of West Indian parents. He focuses on one art piece: « Missionary Position II addresses the interpene-tration of gender, race, politics and religion within the act of submission » (p. 144). Boyce’s painting Missionary Position I clearly elaborates similar themes (Beaumont

1987:12). While religion is still present, the missionary-position idea has been broadened to implicate modernist patterns as well in dominance and subordination.

The body has long heen treated as metaphor. Every-thing from a society to a church has been thought of as

a hody. Postmodernist writings, in particular, treat the body as text. If one body over another in sexual inter-course is a semiotic text narrating sexual power asym-metries and if the hody is itself a metaphor for society, then power asymmetries hetween societies or social groups may naturally be symbolized through sexual ico-nography. U.S. advocacy of a Canada-U.S. free-trade agreement is critiqued by the Canadian Margaret At-wood as follows: « Canada as a separate hut dominated country has done ahout as well under the U.S. as women, worldwide, have done under men; about the only posi-tion they’ve ever adopted toward us, country to country, has heen the missionary position, and we were not on top » (quoted in Tome 1993:74). In « On the Limitations of the Missionary Position, » Lieherman (1991) explores the ways in which regional art puhlishing is suhordinated to the New York cultural mecca and marketplace. In « Between the Missionaries’ Positions and the Mission-ary Position: Mexican Dirty Jokes and the Puhlic (Suh)version of Sexuality, » Jennifer Hirsch (1990) argues that Mexican dirty-joke discourses which affirm patri-archy are really metaphors for Spanish dominance over Indians and Mestizos. The « missionary position » is sym-hoiic of patriarchy, which in turn symbolizes dominance hetween social groups.

In « (Un)Doing the Missionary Position, » Kafka (1997:

62) suggests that white men force Asian men « into the missionary position—into feminine suhject positions in work and social situations. . . . [Such men], in order to avoid internalizing female acculturation, . . . tend ‘to reassert their lost patriarchal power’ hy dominating . . . [their] women. » These women are douhly suhordinated hoth « as racial minority and as women crossing between two patriarchal cultures, . .. Chinese and … American » (p. 4). ‘ »The missionary position,’ patriarchy is a glohal system » (p. 170), Kafka argues. She says that anger at this « global asymmetry » is the « source of inspiration for . . . the contemporary Asian American women writers in this text » (p. 93).

In « Missionary Positions, » Bredheck (1997) analyzes E. M. Forster’s story « The Life to Come, » in which « two dominant topics » of Forster’s fiction, « homosexuality and British colonialist expansion . . . are fused » (p. 141). Pinmay, a missionary, preaches love, has sex with native chief Vithohai, and, guilt-stricken, preaches law. Vitho-hai is marginalized as the colonial enterprise advances; after « years of painful denial and repression caused hy Pinmay’s refusal to have further relations with him » (p.

140), Vithohai kills Pinmay and commits suicide, ex-pecting they will consummate their love in « the life to come. » Bredheck argues that Forster deconstructs the Christian colonial missionary position but has his own

« missionary position. » It is Forster’s « own deferred erotic desires, » working through « projection and intro-jection, metaphoric and metonymic strategies, displace-ment, overdetermination, guilt and aggressivity » (p. 147), which create « that most pernicious trope of colonial rep-resentation, the stereotype » (p. 146) of « unrepressed erot-icism » (p. 145) or even of « the hestial sexual license of the African » (p. 147). That is, Forster’s depiction of oth

erness « in point of fact erases any possibility of otber-ness » (p. 144).

Postmodernists see begemonic realities as discursively constructed. Brown, in « Alternatives to the Missionary Position » (199s), argues that the writers of Victorian (and modernist) travel narratives tend to adopt the « mission-ary position » as a discursive strategy (p. 596), hegemon-ically « positioning » themselves in the text above those they write about. (Sbe explores an exception to tbe rule, tbe writings of Anna Leonowens.) Suzaan Boettger, in a review of feminist ecological art entitled « In tbe Mis-sionary Position, » suggests tbat feminist discursive priv-ileging of tbe feminine over tbe masculine is itself a « missionary position » violating feminists’ own non-bierarcbical precepts (1994:255). In « Gotta Be on Top: Wby tbe Missionary Position Fails to Excite Me, » Marie

Baker (1994), wbo describes berself as an « uppity » native woman writer (p. 299), suggests tbat wbite feminists con-trol and set tbe agenda for writing and publisbing about native women and tbeir cultures and are tbus in tbe « On Top Wbite position » (p. 310). Gina Dent, in « Missionary Position » (1995), argues tbat the feminist discursive form of « confession » is governed by disciplinary and exclu-sionary rules wbicb privilege wbite feminism over black feminism or « womanism. »

zed bomo/betero binary, » universalizing tbe bomosexual as « transbistorical, trans-spatial subject. » « Like tbeir missionary forebears, » tbey export tbeir sexual « mis-sionary-position » norms, failing to be sensitive to otber ways of organizing corporeal intimacies wbich are not grounded in such a binary.

SEXUALITY AND MORALITY

Tbere sbould be taboos on sex in tbe office, wrote Margaret Mead. . . . Witbout strict bans on work-place romance, … it would be impossible for women « to work on an equal basis witb men. » However, Dr. Mead didn’t cleave to ber own mis-sionary position—ber second and tbird busbands were close colleagues. [Kesterton 1991]

Drawing on ber own rational and commonsense ideas. Mead asserted ber own moral taboos on sexuality, but like tbe missionary in « Rain » sbe failed to live by tbem berself. Similarly, postmodernists accuse modernists of imposing taboos wbicb restrict and restrain otbers. Fou-cault (1980) argues tbat modernists obsessively pursue discourses on sexuality wbicb claim to be liberating but in fact impose restraints. Medical, demograpbic, psycbo-logical, and sociological discourses force bodies and pleasures to submit to the dictates of rationality, replac-ing premodern concepts like sin with modern concepts like pathology that equally restrict. Thus, in « Missionary Positions » one psychoanalyst (Goldberg 1995) condemns the « missionary position » of another who sees homo-sexuality as pathological. In « Making the World Safe for the Missionary Position » (Adams 1990) we learn that literary images of lesbianism as pathological are moti-vated by tbe old restrictive etbic of tbe missionary position.

In « Representing ‘African’ ‘Sodomy’ in tbe Missionary Position, » Hoad (1999; cf. 2000) argues tbat many ho-mosexual-rights advocates operate with an « essentialized homo/hetero binary, » universalizing tbe homosexual as « transhistorical, trans-spatial subject. » « Like tbeir missionary forebears, » tbey export tbeir sexual « mis-sionary-position » norms, failing to be sensitive to otber ways of organizing corporeal intimacies wbich are not grounded in such a binary.

PROCREATIVE SEX

« Ah, yes. For uncounted millennia Elosia was the trysting place for all the species of the galaxy. Then suddenly, my dear Mr. Rider, horror! [Missionaries initiated] a formal prohibition of all forms of sexual activity save in the pursuit of mindless procreation. And as the Elosians—delightful trisexuals in their native form, as I recall—are fertile for perhaps a week in every thousand years, you can imagine the gravity of the prohibition. » [Science fiction sbort story entitled « Tbe Missionaries’ Position, » Peirce 1977:104].

If biblical fundamentalists are going to follow [tbe Bible] . . . tbey will no longer engage in any sexual act otber tban missionary intercourse—and tben only wben procreation is tbe goal. [Duberman 1991:

347]

Despite biblical silence about sexual position, church authorities from the 6 th to the i6th centuries taught that, except when illness, obesity, or pregnancy dictated otberwise, sexual intercourse sbould be face-to-face witb tbe man on top (Brundage 1984,- Payer 1980, 1984, 1993; Ten tier 1977). A procreative ethic combined witb a par-ticular medical model of conception (semen needed to run witb gravity) undergirded tbis teacbing. While Prot-estants did not produce discourses on sexual position and Catholics eventually abandoned sucb discourses, this historical association makes « the missionary position » naturally symbolic of a procreative etbic. Tbose espous-ing « more deviation, less population » do so in opposition to « tbe missionary position » (Nicbols 1997)—wbicb, by extension, now stands for all beterosexual intercourse. For example, in a review of tbe 1995-96 Paris art exbi-bition « Feminine-Masculine: Tbe Art of Sex, » Stepben Todd writes: « In the exhibition’s anteroom, Louise Bour-geois’ pneumatic Twosome (1991) goes tbrougb its pen-etrative perpetual motions. Enormous, beavymetal, and sleekly mecbanical, as you pass on tbe way in it looks impressive. On tbe way out, it looks like it’s pumping in tbe missionary position » (1996:67). Todd argues tbat tbe position of this modernist machine is symbolic of the wbole exbibition. Wby? Because tbis exbibition sub-limated « tbe anus as a site of erotic pleasure » and priv-ileged « male and female reproductive organs as tbe locus of libidinous activity, » tbus relegating « sex to a progen-itive role » (p. 67). Tbe title of bis review: « Tbe Mission-ary Position. »

NATURAL VERSUS UNNATURAL SEX

Missionaries told . . . converts other positions were unnatural. [Alice 1996]

[There are] 3 intrinsic differences between the ani-mal kingdom and human-kind: the opposable thumb, the neo-cortex, and the missionary position.

[La Rocque 1993]

How can you tell your dog is kinky? When it starts having sex in the missionary position.

The medieval Catholic Church, observing that animals copulated in the ventro-dorsal position and humans in the ventro-ventral position, concluded that the ventro-dorsal position was unnatural to humans. That is, it in-terdicted ventro-dorsal intercourse on the basis of an ap-peal to « nature, » not to Scripture. When modernists rejected the revelation of Scripture, they nonetheless continued to make moral judgments under the rubric of the natural versus unnatural. Lawmakers ceased to ground their sexual interdictions in religion and instead appealed to nature. Homosexual acts were banned as « crimes against nature. » Of course, laws euphemistically banning « unnatural and lascivious acts, » « crimes against nature, » or even « sodomy » were unclear. When pressed, lawmakers often clarified them by defining which body parts were not to be brought into contact. A law might stipulate anal or oral sex as « a crime against nature, » for example, and while homosexual relations may have been in the minds of lawmakers, the law, as written, provided no indication that it should not apply to heterosexual marital relations as well as to homosexual ones. While many states have repealed these laws, others have not.

In « Sex Laws and Alternative Life Styles » Myricks and

Rubin (1977:357) write: « Many states have laws which prohibit every sexual act except sexual intercourse, in the missionary position, between husband and wife. » The Oxford English Dictionary quotes a newspaper: « In six States [in the U.S.] a woman may still be awarded a divorce if her husband makes love to her in any other than the missionary position. » Repeatedly it is asserted that in Arkansas (Hypercleats 1985), Florida (Stupid Laws 1997), North Carolina (Cariaga 1996), and South Carolina (Gv^ryn 1991), all sex other than married sex « in the mis-sionary position » is illegal. At least one human-sexuality text (Gotwald and Golden 1981:339-40) stresses the same. What do these laws actually say? South Carolina bans « the abominable crime of buggery, » North Carolina any « crime against nature, » Florida any « unnatural and lascivious act, » and Arkansas « sodomy »—same sex only (Summersgill 1994). Such laws do not refer to positions in intercourse. Despite the rhetoric, it would appear that no U.S. law has ever banned ventro-dorsal heterosexual intercourse or stipulated which partner needed to be on top. But such laws have banned sexual activities, in-cluding oral and anal sex, on the ground that certain behaviors are « against nature » (cf. Leonard 1993), the

same logic appealed to by medieval theologians writing about sexual position. Thus, the « missionary position » has been employed to symbolize laws which restrict sex-ual behavior said to be « against nature. » In an article reporting on Congress’s failure to pass a bill that would have « decriminalized homosexual conduct, » the title proclaims: « Congress Assumes the Missionary Position » (Krieger 1981).

The missionary position serves as a symbol of an ethic grounded in a distinction between the natural and the unnatural and is deployed by postmodernists against modernist moralizing grounded in such an ethic, as is evident in the articles by Adams (1990), Goldberg (1995), and Todd (1996) summarized above. In an explicitly post-modernist textbook, Rogers et al. (1995) set themselves the task of resisting « social psychology’s own missionary agenda » (p. i). « We seek . . . not to define but to un-define » (p. i)—that is, to deconstruct modernist dis-courses as mixing biology with ideology. Their chapter on sexuality (pp. 192—224) follows Foucault in seeing modernist discourses as normalizing certain patterns of sexual behavior and pathologizing others. Sexual « de-viations » cease to be treated in a language of sin but are medicalized or psychiatrized as pathology (i.e., against nature). Yet moralizing impulses underlie such modern-ist and scientistic categories, operating by stealth, and should be critiqued. Their chapter title: « Pomosexuali-ties: Challenging the Missionary Position. »

In « Missionary Positions: AIDS, ‘Africa,’ and Race, » Watney (1989) examines « the discursive regularities of

Western AIDS commentary … in the construction of ‘African AIDS' » (p. 45). Watney argues that discourses about a medical problem are shot through with imagery and references of a moral sort (to promiscuity, prosti-tution, Sodom and Gomorrah, orgies) which repHcate the moral rhetoric of missionaries. Medical discourse be-comes a cover for moral discourse. Black Africans and gay men are rendered interchangeable, Africa becoming a deviant continent and Western gay men effectively Af-ricanized (p. 50).

BEYOND THE MISSIONARY POSITION

Dan Ouinn struck her as a simple man. Steak and potatoes. The missionary position. [Hoag 1994:256]

We are a … couple . . . looking for sexual adven-tures above and beyond the missionary position. . . .

Seeking women, men, mixed-sex couples or groups.

[Polypersonals 1997]

In a book on « the sexual revolution, » Heidenry (1997) covers the antipornography efforts of Christian funda-mentalists and liberal feminists in a chapter entitled « Missionary Positions, » indicating that missionary po-sitions are espoused not just by fundamentalists but by other movements in the mainstream of modernity. Vogel (1982) in « Missionary Positions » argues that the Motion

Picture Association of America and tbe National Asso-ciation of Broadcasters support the missionary position through rating systems which enforce an absence of « re-alistic sex. » Sex manuals and sex seminars bear tbe title « Beyond tbe Missionary Position, » a rallying cry for tbe advocacy of sexual diversity.

This expression is used in calling for the rejection of a variety of modern patterns. Food cooked in restaurant-chain « cook-by-tbe numbers establisbments » is « mis-sionary position food » (Childress 1996, Nasser-McMil-lan 1996). Art which essentializes ethnic and gender identity is « missionary position » art (Steyn 1996). Those wbo pursue democracy in Cambodia or Congo are adopt-ing « tbe missionary position » {Economist 1993, Mam-dami 1997). Writers wbo begin with their own great ideas rather than with the need of the audience are performing « the missionary position in public » (Carr 1991). Rbet-oricians who impose their understandings of rhetoric on other disciplines with different discourse conventions are in the « missionary position » (Brent 1995; Segal et al.

1998a, b). In « Beyond the Missionary Position » Wat

(1998) calls for « student activism from the bottom up. » In « Beyond tbe Missionary Position: Teacber Desire and

Radical Pedagogy » McWilliam (1997^:219-20) theorizes

« the pedagogical relation as a power relation » in which, under the guise of « value-free knowledge … Eurocentric and androcentric knowledges and cultural practices . . . delegitimate the claims of those disadvantaged by their identity position in terms of race, class, culture, gender, and ecology. » And yet a feminism which « refuses to ac-knowledge its own will to power » (p. 224), refuses to affirm eros, and fails to « perform » its « critiques in ways tbat point to its own lack of innocence » (p. 221) is also in the « missionary position. » (For similar and highly elaborated uses of missionary-position imagery, see McWilliam i^^jb, 2000.)

Final Analysis: Tbe Missionary Position as a Symbol

Modernism and postmodernism are cultural movements sustained and transmitted tbrough symbols. Wbat gives definition and coberence to each is less its explicit prop-ositions than its distinctive metaphors, narratives, and mytbs. As one movement emerges from and contests the hegemony of another, it co-opts old symbols and invents new ones not only to legitimate and sanctify new ideas and values but to desanctify and discredit prior ones. Postmodernism’s moral vision diverges from that of modernism just as modernism’s diverged from that of orthodox Christianity. Each prescribes ways of relating to social otbers, distinctive views of power/authority, characteristic approaches to the body, desire, and sexu-ality, and common justifications/foundations. While ab-stract univocal logic engages only one sucb issue at a time, the symbol’s multivocalic properties allow it to engage all of tbese matters at once. Tbis paper analyzes such a symbol—a symbol first used by modernists to

mark tbe break witb Christian morality and then co-opted by postmodernists to mark tbe break with mod-ernism. As originally articulated, the missionary-posi-tion symbol summarizes modernist objections to Cbristian morality as a morality of negation, as ethno-centric, and as lacking adequate foundations. By post-modernists this symbol is employed to argue that mod-ernism itself is a morality of negation, that it is ethnocentric, and that it lacks adequate foundations. As a foundation for morality, rationality is as inadequate as God and special revelation.

Postmodernism can be read as an intensification of modernism—as a call for modernists to abandon alto-getber any morality of restriction and any effort to find rational grounds for morality and carry tbrough more consistently tbe valorizing of social otbers. And yet there is another sense in which the postmodernist critique of modernism represents a significant rupture; postmod-ernists argue that, lacking rational foundations for mo-rality, modernism’s hegemonic exclusion and suppres-sion of other moral voices can only be grounded in power. This critique opens up the need for rethinking the orig-inal modernist silencing and exclusion of otber voices, including Cbristian voices. And since it is tbrough nar-rative that power is visibly operative, it is in the context of modernist narratives—such as narratives of the mis-sionary position—that such reassessment should take place.

Ernest Gellner has suggested that while most ideolog-ical confiicts have been binary, currently « tbere are not two, but three basic contestants . . . tbree fundamental and irreducible positions » (1992:1). « Roughly equidis-tant » from each other are modernism, postmodernism, and religious fundamentalism—which Gellner defines as any brand of religion wbicb resists modernism or post-modernism wbile insisting tbat its own historical relig-ious meanings are true. In these terms, any version of Christianity which continues to be missionary on behalf of historical orthodoxies may be defined as fundamen-talist. Religious fundamentalism, of course, comes in dif-ferent forms. Gellner’s particular focus was fundamen-talist Islam; ours bere is fundamentalist/ortbodox/ evangelical Christianity.

More commonly scholars tend to frame things in dy-adic terms: modernism versus postmodernism. In part, this tendency refiects the social location of scholars within the academy, where only two positions are sig-nificantly represented. Until recently, the discourses of the academy were modernist—notable for claims to im-partial, disinterested, and universal knowledge. Modern-ists employed an impersonal voice of autbority and de-nied tbat tbeir discourses refiected a particular position. At tbe same time, since religious voices were clearly refiective of particular subject positions, tbey were si-lenced in the academy. Only those writing from an « ob-jective nowhere » were allowed a voice. More recently, postmodernists have stressed tbat scholars do not write about gender, race, religion, or colonial subalterns « from tbe moon, » to borrow a pbrase from Geertz (Olson 1991: 262). Every « social analyst is a positioned subject » (Ros

aldo 1989:207) and is prepared by bis or ber position to observe « witb a particular angle of vision » (p, 19), Par-ticular subject positions « botb enable and inbibit par-ticular kinds of insigbt » (p, 19), Despite modernist rhet-oric, no scholar sees from an « Archimedean point » (p, 169) giving a « God’s eye view » (p, 173), Even modernist construals of reality contain metaphoric, value-laden, mythic, metanarrative dimensions refiective of modern-ist subject positions. Postmodernism bas now won a place in tbe academy. University-based discourses are modernist and/or postmodernist. Conversation is binary; tbe tbird party is talked about, not talked witb.

Postmodernists bave taugbt us to attend to tbe si-lencing and exclusion of voices and to tbe ways power is used for sucb ends, Boas’s effort to prevent missionary linguists from entering tbe « American Indian linguistics establishment » (Stocking 1992:69) exemplifies the power of academic gatekeepers to silence and exclude. Mis-sionaries desirous of becoming antbropologists often bave linguistic fiuency and long-term field experience in minority communities (desirable traits for any antbro-pologist) but may nonetbeless find tbat gatekeepers act deliberately to exclude tbem. Again, I bave queried sev-eral dozen antbropologists wbo were devout evangelicals and/or missionaries (botb Catbolic and Protestant) about their experiences in the academy. With few exceptions, their narratives told of painful struggles with forms of exclusionary power. This paper, however, focuses on an-other form of power—the power of the symbol. Post-modernists bave stressed tbat power is operative tbrough discourse and that discourse should be assessed in terms not just of truth but of power, Antbropologists, of course, bave long understood tbat, more tban just transmitting meanings, symbols operate as active forces in tbe social process. As « agencies and foci of social mobilization »

(Turner 1975:150), symbols not only « say » tbings but « do » things.

THE MISSION OF METAPHOR

What is truth?: A mobile army of metapbors , , , wbicb , , , come to be thought of, after long usage , , , as fixed, binding, and canonical. Truths are illu-sions which we have forgotten are illusions , , ,

[Nietzsche, quoted in Maclntyre 1990:35]

James Fernandez suggests that « in metaphoric predica-tion we are generally not interested in mere parallel alignment, but in adornment or disparagement, Tbe in-tention is to move tbe ‘I,’ the ‘he,’ and the ‘we’ around » (1974:129), The missionary-position metaphor, part of a « mobile army of metaphors, » accomplishes its strategic ends through disparagement. Disparagement can of course take many forms. When Michener describes bis missionary Abner Hale as « skinny, bad complexion, eyes ruined tbrougb too mucb study, sanctimonious, dirty fin-gernails, about six years retarded in all social graces »

(1959:139), repeating sucb disparaging descriptions again

and again (pp, 127, 129, 131, 132, 139, 142, 143), it is clear tbat tbis is not a person tbe reader ougbt to like. It sbould be noted, bowever, tbat such descriptions are usually placed in the mouth of a family member, friend, or acquaintance. In tbis way Micbener disguises bis own subject position, conveying tbe illusion tbat as a bistor-ical novelist be is impartial and dispassionate wbile nonetbeless accomplisbing disparaging ends,

Tbe narrative of the missionary position refiects a sim-ilar rhetorical move. It purports to report on an expres-sion coined by social otbers to ridicule tbe missionary sexual etbic, Tbe expression bas power because of tbe illusion tbat it was coined by social others. In fact, how-ever, it was coined by a modernist (Kinsey) and taugbt to the whole world through a ventriloquism which led listeners to believe it came from autbentic social otb-ers—a move wbich was necessary for modernism to maintain its stance of dispassionate neutrality while rid-iculing Christian morality.

One may, of course, argue that the « truth value » of the story depends not on whether missionaries actually taught such a sexual position and natives coined such an expression but on metapborical truth grounded in a « parallel alignment » between tbe mytb and wbat it sym-bolizes—tbat is, tbat tbe mytb accurately portrays Chris-tian morality as restrictive of pleasure. Nonetheless, we must not forget Fernandez’s insight that « in metaphoric predication we are , , , not interested in mere parallel alignment, but in adornment or disparagement, » Tbat Cbristian morality contains restrictions is not enough to establisb tbat tbe mytb exemplifies parallel align-ment; one must first consider wbere the restriction oc-curs botb in Cbristian morality and in tbe mytb. And wbile Christian communities through time have varied in boundaries drawn, drawing boundaries as to how bod-ies are positioned bas not been common. The mission-ary-position myth was constructed by drawing on an el-ement affirmed in one Cbristian communion bundreds of years earlier—an element not affirmed by any otber Christian community or even by contemporary repre-sentatives of tbat same communion, Tbe myth was cre-ated and deployed in the mid-to-late 20th century as a way of essentializing and discrediting Christian morality by obtaining tbe putative witness of social otbers against it—but in a context in wbicb no contemporary Cbris-tians affirm sucb norms,

Jobannes Fabian argues tbat antbropologists bave « a persistent , , , tendency to place tbe referent(s) of an-tbropology in a Time otber than the present of the pro-ducer of anthropological discourse » (1983:31), Social oth-ers are construed in terms of temporal distance and denied coevality, I suggest that the moral position of fundamentalist/orthodox/evangelical Christian others is essentialized not in terms of current exponents but in terms of wbat current exponents would consider an ab-erration in history. The rhetoric of the missionary po-sition allows one to talk about Cbristians witbout truly accepting tbem as contemporaries,

Metapboric misalignment occurs through allochron-ism and misdirection. Contemporary Christians do not

advocate restricting positions in intercourse to face-to-face man-on-top. Most do affirm an ethic restricting sex-ual relationships outside of marriage, but for modernists essentializing Christian sexual morality as tied to mar-riage has less rhetorical utility than essentializing it in terms of the missionary position. For one thing, it would be more likely to mobilize a defense, since it would be framed in terms that really do matter to many contem-poraries. One would he forced to talk with and not just about those who affirm a Christian sexual ethic, and this would make the outcome of the discussion less easy to control. Furthermore, how one frames the issue is pivotal in rhetorical terms. If all of paradise can be portrayed as lying on the other side of prohibition, then one mobilizes great energy against the prohibition. When in the Gen-esis narrative God grants all the fruit in the garden to Adam and Eve, with one exception, and the serpent sub-sequently asks if God has not banned all the fruit in the garden, a modest restriction is portrayed as an extreme restriction, a great negative—something hiblical inter-preters understand as a key rhetorical move in the se-duction of Eve. Similarly, essentializing Christian sexual morality in terms of the missionary position involves moving the boundary over to an extreme—essentializing Christian morality as a great negative, a great no to life.

It is true that particular Christian communities his-torically have stigmatized all sexual pleasure. Others, however, have celehrated the joys of marital sex. It is equally true that modernist forces in particular times and places have stigmatized sexual pleasure. Recent re-visionist historiography argues that Victorians were more sex-affirming than is commonly thought and/or that Victorian antisensualism had modernist rather than Christian roots (Gay 1998; Haller and Haller 1995; Ma-son 1994a, b]. Mason argues, for example, that 19th-cen-tury « anti-sensual attitudes tended ahove all to emanate from secularist and progressive quarters » (1994^:3), with British Evangelicalism a « counter culture » that was, as pertains to marital sexuality, decidedly prosensual (19940, a]. Measuring the effects of religious morality on sexual pleasure poses difficult methodological prohlems. But, adopting the modernist strategy pioneered hy Kinsey of measuring sexual pleasure by counting reported or-gasms, Laumann et al. (1994), in the most comprehensive nationwide study conducted to date in the United States, indicate that 21.5% of women with no religion, 26.5% of Catholic women, 27.4% of liheral Protestants, and fully 32.6% of evangelical/fundamentalist Protestants reported always having an orgasm with their partner (p. 117). Clearly realities here are more complex and variahle than is sometimes assumed.

SEX AS A SITE OF RESISTANCE

Foucault suggests that modernism produced a « discur-sive explosion » (1980:17) on sexuality. For centuries the Western world spoke nonstop about sex while pretending it was censored and secret (pp. 33-35). Whether the topic was culture, kinship, morality, religion, or missionaries, sex was a pivotal theme. The missionary in « Rain » com

mits adultery; Abner Hale feels guilt for marital pleasure; Pinmay has sexual relations with Chief Vithohai; sexual play and missionary lust are central themes in At Play in the Fields of the Lord. Michael Palin’s movie The Missionary features a rescue mission filled « with happy whores, all of whom are sleeping with the missionary, » according to Ansen’s (1982:90) review entitled « The Mis-sionary Position. » Kathleen Taylor’s (1993) novel The Missionary Position features a missionary who is the sole holdout in a corrupt hut outwardly pious town to the seductions of Delphine. He eventually is sexually seduced, then murdered. Hayward (1978) and Dickinson (1992) have produced novels entitled The Missionary Po-sition that feature missionaries and sex. The expression « missionary position » is part of a wider pattern in which modern discourses on missionaries are simultaneously discourses on sexuality. Discourses on social others and discourses concerning Christianity, modernism, and postmodernism often focus on sexuality. While modern-ist discourses ahout sexuality are supposedly rational and dispassionate, in fact they are moral in nature. Foucault (1980:7-8) writes:

Today it is sex that serves as a support for the an-cient form—so familiar and important in the West— of preaching. A great sexual sermon—which has had its suhtle theologians and its popular voices—has swept through our societies; … it has chastised the old order, denounced hypocrisy, and praised the rights of the immediate and real; it has made people dream of a New City. . . . the lyricism and religios-ity that long accompanied the revolutionary project have, in Western industrial societies, been largely carried over to sex.

Such sexual preaching allows one to « speak out against the powers that he, to utter truths and promise hliss, to link together enlightenment, liheration and manifold pleasures » (p. 7). As one small part of that great sexual sermon referred to hy Foucault, we find the « missionary position. »

SUBTECT POSITIONS

In « Map-making in the Missionary Position, » Cornwell (1994) critiques a modernist scholar who writes about South Africa with an « impersonal voice » of « sovereign ohjectivity, » never acknowledging that his own dis-course is implicated in the very power dynamics heing authoritatively addressed—that his scientific description serves prescriptive ends. When Kinsey read of two Trob-rianders, soon to be married, holding hands in puhlic « missionary-fashion, » what he did with the story re-flected a particular suhject position. One could imagine someone from a different suhject position accurately re-porting the incident and suggesting this as a symhol of Christian morality in which marital sex should be pub-licly acknowledged in a socially approved relationship with hand-holding the appropriate symhol. « Missionar

ies taugbt native peoples tbat engaged and married cou-ples ougbt to bold bands in public! » moves people quite differently from « Missionaries taugbt native peoples tbat all positions in intercourse except one are sinful! » My point is not to construct an alternative mytb but simply to point out tbat Kinsey’s own narrative reworked var-ious tropes (sin, social otbers, missionaries, taboo, etc.) into a mytb refiective of and in tbe service of a particular subject position.

Kinsey’s success in deploying scientific rbetoric of ob-jectivity, disinterestedness, and neutrality was critical to tbe « trutb » value ascribed to bis writings. He wrote, as it were, « from tbe moon, » but bis writings clearly bave strong modernist subject positions underpinning tbem (Robinson 1977:42-119). Tbe bistorian James Jones (1997) deconstructs bis cultivated image of conventional family man and simple empiricist devoid of any ideo-logical agenda. He documents Kinsey’s sexual « maso-cbism » and « bomosexuality » (bisexuality would be more accurate) and bis decree tbat tbe men of tbe senior staff of tbe Kinsey Institute « could bave sex witb eacb otber, wives would be swapped, and wives, too, would be free to embrace wbicbever sexual partners tbey liked » (p. 603) and explores tbe relationsbip of all tbis to bis early experiences of and attitudes toward Gbristianity in re-lation to sexuality. Jones writes, « Mucb of Kinsey’s life can be read as a struggle to use science to free bimself from bis own religious upbringing and tbe sexual guilt be felt as a boy » (p. 790). Repeatedly Jones cbaracterizes Kinsey as a man witb a « mission » (pp. 335, 465, 488, 687), a « secular evangelist » (pp. 334, 335, 684) witb a « gospel » (pp. 466, 615, 684, 686) to proclaim, and as dis-playing « missionary » (pp. 468, 614) zeal and instincts.

Like Kinsey, modernist antbropologists wrote about sexual matters witb a distanced voice of dispassionate scientificity wbile « remaining very tigbt-lipped about tbeir own sexuality » (Kulick 1996:3). Rutb Benedict’s treatment of bomosexuality (1934a; ig^^b-.ioo) andMar-garet Mead’s treatment of bisexuality (1975), for exam-ple, are solidly witbin tbe modernist tradition—writing from a distanced stance of objective rationality wbile remaining « tigbt-lipped » about tbe fact tbat tbeir topic was deeply personal (cf. Bateson 1984:115-24; Caffrey 1989:188-205; Lapsley 1999). Witb tbe postbumous pub-lication of Malinowski’s diary (1967) disclosing bis con-tinual struggles witb sexual lust and guilt, bis « pawing » of native women (pp. 256, 268), and bis « batred of mis-sionaries » (pp. 31, 41, 46, 57), it bas become increasingly difficult to maintain tbe modernist conviction tbat tbe personal position of the ethnographer is not a factor in the production of academic discourse.

Under the infiuence of postmodernism, recent anthro-pological treatments of sexuality are much more likely to stress that all scholars write from subject positions, tbat tbose subject positions sbould be explicitly noted, or even tbat tbe sexuality of etbnograpbers ougbt to re-ceive explicit attention as a factor in the production of ethnographic texts. From this perspective. Mead, Bene-dict, Malinowski, and Kinsey are to be critiqued not for baving personal positions but for pretending that they

did not—a pretense designed to justify tbeir own au-tboritative voices wbile also justifying tbe exclusion of tbose wbose position was more evident. Tbe postmod-ernist answer to tbe problem of possible bias is to declare one’s subject position. Positioned knowledge is account-able knowledge.

Under modernism, religious scbolars learned that dis-closing their religious subject position was a quick way to discredit themselves. Those who could not convince themselves that their religious subject position was ir-relevant to tbeir scbolarsbip found the modernist acad-emy unfriendly and tended either to withdraw from ac-ademic endeavors altogether or to pursue such endeavors within a smaller, less academic enclave of schools and publisbing bouses devoted exclusively to tbeir faitb-in-formed subject positions. Some, of course, mastered tbe art of writing from « nowbere » and successfully partici-pated in tbe larger academy. However, subject positions, wbetber sexual or religious, do not cease to affect tbe intellectual process wben tbey are denied or unacknowl-edged. Tbey simply operate in more circuitous and sur-reptitious ways, accompanied by camoufiage or even deception.

Postmodernists call for a recognition tbat tbe social location of a scbolar (in terms of race, etbnicity, class, gender, sexual orientation/identity, or religion) is salient to knowledge production and sbould receive explicit ack-nowledgment. Indeed, subject positions provide angles of vision, perspectives, and motivations and affect field-work relationsbips in ways wbicb potentially contribute to knowledge production in areas wbicb might be missed by scbolars witb otber subject positions. African-Amer-icans, women, gays, Buddbists, or evangelicals migbt ap-proacb social researcb witb motivations, perspectives, and fieldwork relationsbips wbicb allow tbem to dis-cover trutbs unlikely to be discovered or pursued by, for example, wbite, male, beterosexual secularists. Post-modernists, tben, bave called for openness to tbe voices of social otbers—tbose wbom tbe modernist academy bas excluded.

Many religious academics realize tbat tbeir own relig-ious commitments are basic to tbeir social location and to tbe perspectives from wbicb tbey approach research. But with the new call for display tbey fear that the avowed openness to the voices of social others does not include openness to their voices—that religious subject positions are still seen as discreditable. Now judgment will be rendered not just on tbe merits of wbat is said but on tbe location of tbe speaker. Tbe requirement tbat one display one’s subject position in a power field wbere display results in exclusion or subordination is doubly problematic. Now even tbe survival strategy of « passing » or « staying in tbe closet » is no longer available.

At tbe same time, some express bope tbat the rhetoric of openness is more than rhetoric. The historian George Marsden (1994), for example, argues that the dismantling of the old Protestant establisbment in bigber education was laudable but went too far. It replaced one hegemonic position with another—one hostile to any expression re-fiective of religious belief. Marsden notes tbe new open

ness to diverse subject positions, argues that such open-ness has inconsistently been withheld from traditional religionists, and calls on the academy to live out its own new ethic and allow traditional religious subject posi-tions to be present. In a follow-up book, Marsden (1997), himself an evangelical, further elaborates his hope that research from a Christian subject position will take its place alongside research from other subject positions.

The idea that a Christian subject position should be discredited because it entails personal commitments and values is a modernist norm which founders on the wide-spread critique that everyone writes from a subject po-sition (Rosaldo 1989). Again and again one finds the trope of modernist scholars as missionaries (Boettger 1994; Brent 1995; Goldberg 1995; Herbert 1991:155; Hoad

1999; Rogers et al. 1995:1-14, 192-224; Segal et al. 1998; Watney 1989). A number of writers explicitly acknowl-edge that they are themselves « in the missionary posi-tion » (cf. Kissick 1998, Kitzelman 1998, Snow 1998, Wilde 1988, Prager 1999). While some postmodernists claim not to be missionary, most acknowledge a mis-sionary agenda of some type. In « Postmodernism and the Missionary Position » Alan Wilde (1988) finds himself on the horns of a dilemma. To be consistently postmodern-ist, one should not be missionary, but if one is not in some sense missionary on behalf of postmodernism, then in what sense is one truly postmodernist? He argues that « all-inclusiveness is indistinguishable from chaos » (p. 23) and that postmodernism requires its own defined limits and categories if it is not to dissolve into chaos. As such, it requires taking a missionary position. In their postmodernist text on social psychology Rogers et al. (1995) argue that modernist social psychologists are mis-sionary but fail to admit it. They acknowledge that they themselves are not neutral—that they have a « mission-ary agenda » (pp. i, 4)—but, unlike modernists, they ex-plicitly acknowledge the personal commitments which inform their work.

Positions affect what one is likely to see or not see.

Most modernist and postmodernist scholars have been so shaped by myths and metanarratives essentializing religion and Christianity that they are incapable of un-covering the myth-making properties of their own think-ing. As an evangelical Christian, son of missionary par-ents, educated at a Bible college and a theological seminary, with graduate degrees from the University of Chicago (M.A., social sciences) and the University of California at Berkeley (Ph.D., anthropology), I encoun-tered these myths from a rather different subject posi-tion—one in which the myths served not to liberate or empower me but, within the academy, to essentialize, marginalize, and silence key elements of the self. I en-countered such myths from a « one-down » position—a vantage point predisposing me to question and doubt. While religious people are often seen as credulous be-lievers in contrast to scientists, who are rational doubt-ers, in fact doubt is’ a function of where one stands vis-a-vis the culture’s dominant myths and certitudes. In the case of this essay, I doubted the veracity of the story of the missionary position, examined it at length, and, I

believe, moved us closer to an accurate understanding of the history and symbolic functions of the expression. My subject position gave me a perspective which helped me to see certain realities that were not as likely to be seen from another position but quite capable of being considered and evaluated once they were pointed out. This essay treats evidence and appeals to standards of interpretation and reason which are public and which, if I am to count my work successful, should be persuasive to those not sharing my subject position. I submit my work to peer review by those from other subject posi-tions, inviting critique and engagement. I disclose my subject position despite the temptation to « pass »—to conceal a discreditable position—not as an appeal to ir-rational subjectivity or as a demand that I be allowed to speak ex cathedra but because an essay on subject po-sitions naturally requires such disclosure and because this provides an illustration of my point that even relig-ious subject positions, if not excluded or silenced, may make positive contributions to scholarship.

POSITIONING AND POWER

If Christian subject positions are not discreditable be-cause they alone fail to be neutral, then perhaps they are discreditable for having a unique propensity for abuse of power. Certainly Christianity has played key roles in old hegemonies, but whether it should be essentialized as dominator (as in the myth of the missionary position) is another matter. Missionaries were present in colonial settings, but their activity was often less straightfor-wardly colonial than modernist myths would suggest and modernism itself more aggressively colonial. In Po-sitioning the Missionary Brett Christophers (1998) con-trasts British secular (modernist) colonial discourses, which employed a grammar of « race, » « time, » and « space » to construct a fixed hierarchical relationship grounded in immutable and asymmetrical differences, with that of Anglican missionaries in British Columbia, who rejected this modernist grammar and the secular colonial agenda. While some colonial governments ac-cepted interracial sexual contact, interracial marriage was seen as a threat to fixed hierarchies (p. 61). These Anglican missionaries, in contrast, criticized concubi-nage out of moral concern; they encouraged European men to marry the native women with whom they were cohabiting. Their sexual morality « transcended ‘race’ and space » (p. 62). Christophers sees the missionaries as colonialists but of a « peculiar » (p. 95) sort. They were often at odds with other white interests, were « adamant that ungodly white colonialists were responsible for Na-tive depopulation » (p. 95), and worked to promote health, to secure means of subsistence, and to intervene with colonial governments on behalf of Native peoples (p. 95). « Few other colonists had Native welfare in mind, still fewer made it the kernel of their calling » (p. 95). Mis-sionary rhetoric stressed « transformation rather than subjugation » (p. 21) and called for a community of faith in which hierarchies of space, time, and race would disappear.

Modernist discourses essentializing Cbristianity as aiming for social hierarchy are motivated discourses and commonly reflect the requirements of modernist metanarrative more closely than they do actual social realities. Missionary realities vis-a-vis power are more diverse and complex than modernist myths would sug-gest (cf. Strayer 1976, Fields 1982, Clifford 1992, Sanneh 1989, Headland and Whiteman 1996). Marsden (1994) documents a historical process in which Protestants lost hegemony in the academy in significant part because of their renunciation of exclusionary power. That is, it is possible to arrive at moral disapproval of inappropriate power (including historical uses of power by Clbristian communities) from a distinctively Cbristian subject position.

Tbis is not to say that fear of an exercise of power by religious people is groundless. Any exercise of power by one group wbicb impinges on other groups will and should raise legitimate concerns by members of tbose other groups. Indeed, according to Marsden, in the latter half of the 20th century it was the hegemony of « estab-lisbed nonbeiief » which, within the academy, exercised coercive power. Coercive power incites resistant or re-actionary power. Any exclusion grounded simply in power tends to encourage the excluded to strategize in terms of power—particularly if they lose faith in the ra-tionale of the caste system which excludes them. Those employing a rhetoric that supports pluralist structures while excluding and silencing certain social groups should not be surprised if those groups fail to display strong commitment to pluralist structures. A society that muzzles academically sophisticated religious voices will instead hear religious voices that are less rational, less interested in constructive reasoned interaction, less supportive of structures underpinning procedural plu-ralist participation, and more grounded in and refiective of a quest for power. Silence in the academic arena is bought at tbe price of shouting in the political arena. Theologically conservative Christians are feared in pol-itics in part because they are squelched elsewhere.

MYTH IN THE SERVICE OF EXCLUSION

While postmodernists stress inclusion, they have gen-erally not directed their attention toward religious in-clusion. In his study of American academia, Hollinger (1996:30) notes that « a persistent deficiency in the mul-ticultural debate is tbe relative silence of almost all ma-jor participants concerning tbe place of religious affili-ation. » In bis book The Culture of Disbelief, the Yale law professor Stephen Carter writes that « for ail the calls for diversity in the hiring of university faculty, one rarely hears such arguments in favor of the devoutly relig-ious—a group, according to survey data, that is grossly underrepresented on campus » (1994:57). Even when someone like Jiirgen Habermas calls for inclusion of all parties in an « ideal speech » seminar, he refuses to admit « religious fundamentalists » (1994:133)—in Stanley Fish’s (1998:80) paraphrase, « I hear you knocking, but you can’t come in! »

Peremptory exclusion and silencing of this sort is grounded in power. Silencing, of course, requires justi-fication. Dominant groups typically generate narratives which contribute to tbe subordination and exclusion of other groups by essentializing them as meriting exclu-sion. In such narratives the symbol becomes more real than the real; image equals essence. The missionary or traditional Christian of the modernist and postmodernist imagination depends very little on what missionaries or traditional Christians are. Mythic narratives displace and exclude the real. The displacement occurs in narrative, but it enables and is enabled by tbe exclusion or at least silencing of such persons within the academy. Academ-ics ban such people from their midst and then tell stories about tbem designed to justify tbe exclusion. Tbe stories assume a presence wbicb stands in for tbose absent. Con-versation about such people is carried on in their absence or in a voice wbich assumes their absence.

Modernist and postmodernist metanarratives do not simply ignore Christian narratives and tropes. Rather, they incorporate such tropes in ways wbich dismantle, subvert, and desanctify Christian metanarratives and justify uses of power that silence and exclude Christian voices. One may critique such narratives not only for being mytbic or for justifying exclusion and silencing but for doing so in bad faitb. The myth of the missionary position essentializes (and scorns) Christian morality as taboo morality and uses this very scorn of taboo morality as justification for imposing a taboo on speecb from an explicitly religious subject position in academic discur-sive spaces. Violating this taboo is a « sin » meriting ex-communication from the community of faith. This new taboo is grounded in mytb and metaphor every bit as mucb as were tbe taboos of ancient Tabiti. Tbe mytb of the missionary position takes a group which, insofar as the academy is concerned, is marginalized, silenced, and dominated and essentializes it as dominator in order to justify its subordination and exclusion. That is, the dom-inator constructs a myth pretending great indignation over the idea of domination as a mecbanism for domi-nation and exclusion. Modernists and postmodernists project tbeir own attributes onto Christians and justify their exclusion in terms of the dangers associated witb these attributes. They employ power against religionists and tben point to any resistant power moves wbicb tbeir own actions have provoked as evidence that religionists have a dangerous problem witb power. Modernists claim « male » virtues of rationality and objectivity for them-selves while attributing « female » traits of subjectivity and irrationality to religious believers—wbo are ex-pected, within tbe academy, to lie quiet and subordinate, with minds receptively open to penetration and insem-ination by those on top, those in privileged positions of power within the academy. Postmodernists, of course, formally renounce any one-up claims to such « male » virtues. However, against their own stated values, many nonetheless expect religious believers in the academy to remain in the silent one-down position. Or they repeat, with Stanley Fish, « I hear you knocking, but you can’t come in!

Nevertheless, I am not without some faith that there is openness in the academy. In fact, I am convinced that the time is ripe for this discussion and that there is no better disciplinary community to engage these matters than the community of anthropologists—we who spend our lives theorizing about relations with diverse social others.

 Voir aussi:

L’asservissement de l’Église au show-biz, à la superstition et au populisme.

L’essayiste Christopher Hitchens a publié cet article sur Mère Teresa en 2003, au moment de la béatification de celle-ci par Jean-Paul II. Nous le publions 12 ans plus tard, alors qu’Hitchens est décédé, et que le pape François est prêt à promulguer le décret de la canonisation de la prétendue Sainte.

Je crois que c’est Macaulay qui disait qu’il fallait rendre hommage à l’Église catholique romaine pour (et elle lui devait sa longévité) sa capacité de gestion et de contrôle du fanatisme. Un compliment oblique propre à une époque bien plus sérieuse. Ce qu’il y a de si frappant dans la «béatification» d’une femme qui se targuait d’être «Mère» Teresa, c’est cet abject asservissement, du côté de l’Église, aux forces du show-biz, de la superstition et du populisme.

L’œil est tout d’abord piqué par un éclat de mauvais goût. D’habitude, quelqu’un ne pouvait être nommé à la «béatification», première étape vers la «canonisation», que cinq ans après sa mort. Un garde-fou contre les excès d’enthousiasme local ou populaire, et la promotion de personnages douteux. Jean-Paul II aura nommé MT un an après son décès en 1997. D’habitude, une procédure d’enquête se mettait en route, comportant notamment l’examen d’un advocatus diaboli, «l’avocat du diable», histoire de vérifier la crédibilité des affirmations extraordinaires. Jean-Paul II aura supprimé ce cabinet et, à lui tout seul, créé davantage de saints instantanés que la somme de tous ses prédécesseurs depuis le XVIe siècle.

Un miracle? Une arnaque

Quant au «miracle» devant être attesté, que peut-on en dire? A l’évidence, tout catholique respectable se tord de honte face à la grossièreté de l’arnaque. Une Bangladaise, Monica Besra, affirme qu’un rayon de lumière est sorti d’une photo de MT, qu’elle avait en sa possession à son domicile, et l’a guérie d’une tumeur cancéreuse. Son médecin, le Dr. Ranjan Mustafi, déclare que sa patiente n’a jamais eu de cancer et que son kyste tuberculeux s’est résorbé grâce aux médicaments qu’il lui avait prescrits. A-t-elle été interrogée par les enquêteurs du Vatican? Non. (Je précise que j’ai moi-même été soumis à cette enquête, qui demeure des plus superficielles. Reste que la procédure exige que l’on consulte des sceptiques, consultation qui, dans ce cas, aura été de la pure esbroufe).

Selon un article non-contredit du journal italien L’Eco di Bergamo, le Secrétaire d’État du Vatican a envoyé en juin un courrier aux cardinaux de la Curie leur demandant, de la part du pape, leur avis sur la canonisation immédiate de MT. L’intention manifeste du pape: accélérer le processus pour pouvoir célébrer la cérémonie de son vivant. La réponse fut négative, selon Père Brian Kolodiejchuk, le prêtre canadien agissant en qualité de postulateur, ou juge d’instruction, de la «canonisation». Trop tard. Les dégâts, à l’intégrité propre du processus, avaient déjà été faits.

Une extrême réactionnaire

Lors des délibérations du Concile de Vatican II, sous l’intendance du Pape Jean XXIII, MT était en première ligne pour s’opposer à toute suggestion de réforme. Ce qu’il fallait, insista-t-elle, c’était davantage de travail et davantage de foi, pas de révision doctrinale. Une position ultra-réactionnaire et fondamentaliste, même en termes catholiques orthodoxes. De fait, les croyants sont enjoints d’abhorrer et de refuser l’avortement, sans pour autant devoir considérer l’avortement comme «le plus grand destructeur de la paix», ce que déclarera MT devant une audience médusée lors de la remise de son Prix Nobel de la Paix. De même, les croyants sont enjoints d’abhorrer et de refuser le divorce, sans vouloir qu’une interdiction du divorce et du remariage soit inscrite dans la constitution de leur pays, ce que demandera MT lors d’un référendum en Irlande (son camp perdra de peu) en 1996. La même année, elle déclarera au Ladies Home Journal qu’elle était heureuse du divorce de son amie la Princesse Diana, parce que son mariage avait été manifestement malheureux…

Mère Teresa n’était pas une amie des pauvres. Elle était une amie de la pauvreté. Elle disait que la souffrance était un cadeau de Dieu

Et nous voilà revenus à la corruption médiévale de l’Église, qui vendait des indulgences aux riches, tout en prêchant le feu de l’enfer et la continence aux pauvres. MT n’était pas une amie des pauvres. Elle était une amie de la pauvreté. Elle disait que la souffrance était un cadeau de Dieu. Elle passera sa vie à combattre le seul traitement connu contre la misère –l’autonomisation des femmes et leur émancipation d’une existence de bêtes de somme à la reproduction obligatoirement compulsive. Et elle était une amie des pires des riches, qui profita des biens mal acquis de l’atroce famille Duvalier en Haïti (dont elle ne cessa de louer le régime, pour faire bonne mesure) ou des largesses de Charles Keating, du scandale éponyme. Où sont allés tout cet argent, toutes ces donations? A sa mort, son hospice de Calcutta était aussi délabré que de son vivant –malade, elle préférera se faire soigner dans des cliniques privées californiennes– et son ordre refusera toujours l’audit. Il nous reste ses bonnes paroles: elle aurait ouvert plus de 500 couvents dans plus d’une centaine de pays, tous au nom de sa congrégation. Pardonnez-moi, mais s’agit-il de modestie? D’humilité?

Le monde des riches a une misérable conscience et on aima souvent y apaiser ses tourments en envoyant de l’argent à une femme apparemment défenderesse des «plus pauvres d’entre les pauvres». Mais les gens n’aiment pas admettre qu’ils ont été nigauds ou entubés. L’avènement du mythe servit à leur donner une contenance, tandis que des médias paresseux préférèrent s’asseoir sur leur droit de suite. Si bon nombre de bénévoles partis à Calcutta en revinrent violemment désillusionnés par la raideur idéologique et l’amour de la pauvreté qui suppuraient des «Missionnaires de la Charité», leurs dires ne purent que tomber dans des oreilles de sourds. L’avertissement de George Orwell dans son essai sur Gandhi –que les saints doivent toujours être présumés coupables avant d’être prouvés innocents– fut noyé sous un flot de propagande pour cœurs d’artichaut et cervelles de piaf.

Parmi les fléaux de l’Inde, à l’instar d’autres pays pauvres, il y a le chaman charlatan, qui dépouille le souffrant par ses promesses de guérison miraculeuse. Le 19 octobre 2003 aura été un jour merveilleux pour ces parasites, qui auront vu leurs minables méthodes adoubées par sa sainteté et la presse internationale leur dérouler plus ou moins le tapis rouge. Oubliées les règles élémentaires de la logique, à savoir qu’à allégations extraordinaires, il faut des preuves extraordinaires et que ce qui s’affirme sans preuves peut aussi être infirmé sans preuves. Qui plus est, nous avons assisté à l’élévation et à la consécration du dogmatisme extrême, de la foi étriquée et d’un culte d’une personnalité humaine des plus médiocres. Beaucoup plus de gens sont pauvres et malades à cause de la vie de MT, et encore davantage seront pauvres et malades si son exemple est suivi. Elle était une fanatique, une fondamentaliste et une imposture, et une Église qui protège officiellement ceux qui violent l’innocent nous montre, une nouvelle fois, quelle est sa position réelle en matière morale et éthique.

Légion d’honneur au prince héritier saoudien : face au tollé, Ayrault se justifie

Louis Nadau

Le Figaro

07/03/2016

LE SCAN POLITIQUE/VIDÉO – Le geste diplomatique réalisé dans la plus grande discrétion agace responsables politiques et défenseurs des droits de l’homme.

Devant le tollé provoqué par la Légion d’honneur remise au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef, Jean-Marc Ayrault s’est lancé lundi matin dans une périlleuse opération déminage, arguant sur France Inter qu’il s’agissait d’une «tradition diplomatique». Également ministre de l’Intérieur d’un régime responsable de 70 exécutions depuis le début de l’année, Ben Nayef a reçu la médaille des mains de François Hollande, vendredi dernier, lors d’une discrète cérémonie à l’Elysée.

Bien qu’il «comprenne les réactions» suscitées par cette décoration, le ministre des Affaires étrangères s’est justifié sur le protocole: «Je pourrais vous en citer plein, de Légions d’honneur qui ont été données ou de décorations qui ont été reçues par la France». François Hollande avait d’ailleurs reçu la décoration suprême du royaume lors de sa visite en Arabie saoudite. L’ancien premier ministre a également fait valoir l’importance du partenariat avec l’Arabie saoudite dans le conflit syrien.

Un argument insuffisant aux yeux de nombreux responsables politiques, parmi lesquels les membres du Front National, très virulents. «Doit-on parler de Légion du déshonneur?», interroge ainsi le vice-président du FN, Florian Philippot sur Twitter. «Catin d’émirs bedonnants», s’emporte Jordan Bardella, conseiller régional FN d’Île-de-France, dans un tweet agrémenté d’une photo de François Hollande. Le député du Gard Gilbert Collard s’est lui aussi indigné.

Enfin, Marine Le Pen a conclu le tir de barrage frontiste sur le mode de l’ironie: «Si le président de la République fait ça discrètement, c’est peut-être qu’il a honte de son geste, ou peut-être qu’il considère que cette décoration n’est pas méritée».

S’il est en première ligne depuis la révélation de la décoration par l’agence de presse saoudienne SPA, le FN n’est pas le seul à monter au créneau. «C’est honteux, a commenté le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, (…) La Légion d’honneur a valeur d’exemplarité, c’est censé être public. Cela montre que nous sommes otages de nos relations commerciales avec l’Arabie saoudite, comme avec le Qatar.» L’écologiste a également rappelé que le candidat Hollande avait, lors de son discours du Bourget, promis de «ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris». Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France apparenté PS, s’est également étranglé sur Twitter:

Chez Les Républicains, c’est Thierry Solère qui a ouvert les hostilités: «L’Arabie saoudite n’est pas une démocratie, il y a des exécutions capitales (…). La France devrait être plus ferme, comme les autres grandes démocraties occidentales, à exiger un comportement différent», a réclamé le député LR sur Public Sénat.


Agressions de Cologne: Attention, une violence peut en cacher une autre (Guess why there were no New Year’s eve mass sex attacks in Paris)

21 février, 2016
plainte-contre-Fox-NewsBayonneSignS’il faut un village pour élever une femme, il faut aussi un village pour en abuser une. Faux proverbe africain
Turbans of the mind are disallowing and disavowing proper intellectual engagement with Islam. Aldous Huxley once defined an intellectual as someone who had found something in life more important than sex: a witty but inadequate definition, since it would make all impotent men and frigid women intellectuals. A better definition would be a freethinker, not in the narrow sense of someone who does not accept the dogmas of traditional religion, but in the wider sense of someone who has the will to find out, who exhibits rational doubt about prevailing intellectual fashions, and who is unafraid to apply critical thought to any subject. If the intellectual is really committed to the notion of truth and free inquiry, then he or she cannot stop the inquiring mind at the gates of any religion — let alone Islam. And yet, that is precisely what has happened with Islam, criticism of which in our present intellectual climate is taboo. (…) Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid. But the first duty of the intellectual is to tell the truth. Truth is not much in fashion in this postmodern age when continental charlatans have infected Anglo-American intellectuals with the thought that objective knowledge is not only undesirable but unobtainable. I believe that to abandon the idea of truth not only leads to political fascism, but stops dead all intellectual inquiry. To give up the notion of truth means forsaking the goal of acquiring knowledge. But man, as Aristotle put it, by nature strives to know. Truth, science, intellectual inquiry and rationality are inextricably bound together. Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam. Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori . For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism. Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks. Ibn Warraq
Nous avons toute la nuit pour violer vos femmes et les enfants, boire votre sang. Même si vous nous échappez aujourd’hui, nous reviendrons demain pour vous finir ! Nous sommes ici pour vous renvoyer à votre Dieu ! Islamiste algérien (cité par Nesroullah Yous, survivant du massacre de Bentalha, 1997)
Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… » Paris Match
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
L’Arabie Saoudite n’est rien d’autre qu’un Daesh qui a réussi. Éric Zemmour
Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. (…)  L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. (…) Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée. Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale? Kamel Daoud
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. (…) C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ». La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être. Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité. (…) Le sexe est la plus grande misère dans le “monde d’Allah”. A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs “fidèles” : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. (…)  Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité. Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. Kamel Daoud
Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité. Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants. (…) Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens. Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte. Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges. (…) Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.(…) Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée. (…) L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres. Kamel Daoud
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans. (…) Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme. (…) Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation. (…) Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant. (…) C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes. Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud. Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles. (…) Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire. Collectif d’anthropologues, sociologues, journalistes et historiens
Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times. Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes. Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court. Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise. (…) Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature. J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié. Adam Shatz
Nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispassions poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens. (…) Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui. (…) Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais. Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Kamel Daoud
C’est juste,  que je suis fatigué de tout ça. Je préfère me consacrer à la littérature. Franchement, je préfère écrire des livres, me reposer un petit peu parce que j’ai subi un ouragan pendant les deux dernières années. Et puis, j’ai aussi envie de réfléchir à mes positions et prendre du recul. C’est exactement ça. Ce n’est pas exclusivement lié à ma chronique parue dans le Monde. La décision mûrissait depuis un mois ou deux.  J’ai trop donné. J’ai fait énormément de chroniques depuis des années. Cela fait 20 ans. Et là je suis fatigué, j’ai besoin de repos. (…) Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j’ai peur. Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d’applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l’année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien, beaucoup de gens très sympas  mais c’est juste que j’ai envie de me reposer. Je vous jure que faire une chronique pendant vingt ans, ce n’est pas évident. (…) Probablement que j’irai aux Etats-unis pour deux ou trois mois, mais je reviendrai. (…) Je déteste le rôle de l’intellectuel menacé. Je ne le supporte pas. On est tous menacé. On doit tous résister et chacun sait ce qu’il a à faire. Pour la précision, je ne m’attaque pas aux islamistes mais je me défends. Je ne suis pas un militant. J’ai une vie et je la défends.  Je le répète toujours à celui qui ne peut pas mourir à ma place, ne peut pas vivre à ma place. Je ne vois pas pourquoi ça serait à moi d’abdiquer avant les autres. J’ai dit ce que je pense. Maintenant je vais le dire autrement. J’ai envie d’écrire des romans. Ce n’est pas une démission. Ce n’est pas une lâcheté. Ce n’est pas une abdication. J’ai juste envie de changer de mode d’expression. Même si je quitte la presse, Kamel Daoud reste Kamel Daoud. Ce que je pense, je le dis. Je n’ai pas à baisser les yeux. Moi je n’ai tué personne. Que cela soit un islamiste ou encore un imbécile qui croit à la théorie du complot ou alors que je fais ça pour avoir les papiers. Non ! Moi je suis algérien. Je vis en Algérie. Je défends mes idées. Je défends ma façon de voir. Et je défends ma terre et mes enfants ! Les gens n’arrivent pas à croire qu’on puisse être différent et de bonne foi. Tout le monde croit que l’on fait quelque chose pour avoir les papiers, pour s’enrichir, vendre des livres. Je n’ai jamais été comme ça. Ceux qui me connaissent savent que je fonctionne comme ça. Kamel Daoud
Après avoir interrogé près de 300 personnes et visionné 590 heures de vidéos, le procureur de Cologne, Ulrich Bremer, révèle dans une interview à Die Welt que plus de 60% des agressions n’étaient pas à caractère sexuel mais bien des vols. Surtout, sur 58 agresseurs, 55 n’étaient pas des réfugiés. Ils sont pour la plupart Algériens et Marocains installés en Allemagne de longue date, ainsi que trois Allemands. On ne dénombre que deux réfugiés Syriens et un Irakien. (…) L’examen des faits montre aujourd’hui qu’il s’agit d’un problème systémique se posant dès que la foule envahit les rues et que l’alcool coule à flot. D’après le journal Libération, un viol aurait été commis à Cologne et nous savons que plus de 400 plaintes ont été déposées pour des agressions à caractère sexuel. Or l’an dernier, deux viols ont été commis lors des fêtes de Bayonne ainsi qu’un nombre inconnu d’agressions sexuelles. Au point que la mairie se sente obligée de rappeler publiquement lors des fêtes que le viol est un crime… En effet, les attouchements sexuels contre les femmes semblent faire partie des habitudes dans ce type de rassemblement sans que personne, sauf quelques associations féministes, ne s’en émeuve. Au point que le journal Sud Ouest puisse affirmer « qu’aucun incident majeur n’est venu endeuiller les fêtes » pour compléter deux lignes plus bas que trois viols ont été commis… Lors de l’édition 2015 des fêtes de Pampelune, 1656 plaintes ont été déposées (contre 2 047 en 2014), dont quatre pour agression sexuelle. Lors des fêtes de la bière à Munich, deux plaintes sont enregistrées en moyenne chaque année. Mais en 2002, c’est 13 viols qui ont été comptabilisés. Les associations locales estiment que le chiffre doit être multiplié par dix, les victimes ne portant généralement pas plainte. En conclusion, les événements de Cologne démontrent que, loin d’un fait divers lié à la présence de réfugiés particulièrement misogynes, les agressions sexuelles et les viols font partie d’une culture largement partagée et où l’alcool sert parfois de catalyseur. C’est donc à la domination masculine dans son ensemble qu’il faut s’en prendre. Pas seulement à la culture des autres. Patric Jean
Si une très large majorité de ceux qui croient et pratiquent l’islam en France sont tout à fait laïques dans leur manière de comprendre leur religion, une minorité ne l’est, elle, pas du tout et fait pression, de différentes manières, sur les institutions, sur la société, sur les autres musulmans, etc. pour voir reconnaître une certaine pratique de l’islam. Dans le sens d’une radicalisation jusqu’à l’islamisme politique et la contestation de la laïcité elle-même, des lois de la République (celle de 2004 à l’école par exemple). Le fait que ces revendications bénéficient d’un soutien, plus ou moins fort et pour des raisons diverses (instrumentalisation politique, combat dit post-colonial, combat contre la laïcité, combat commun contre la liberté de mœurs…), de la part de tout un tas de non musulmans au sein de la société française, en particulier au sein de ses élites, rend encore plus difficile l’intégration au commun républicain de cette minorité de la population de religion musulmane. Les torts sont donc partagés au regard de la situation actuelle: la pression de l’islamisme politique d’un côté, phénomène international, et les faiblesses ou les calculs au sein de certains milieux français qui conduisent à des formes de complaisance, d’accommodement voire de collaboration pure et simple. (…)  C’est un mécanisme assez classique que l’on a bien connu en Europe avec le totalitarisme, et les procès politiques qu’il entraînait. La haine qui peut alors être déversée sur celles et ceux qui dénoncent ces raccourcis et ces méthodes est impressionnante. Elle fait même parfois peur de ce qu’elle révèle chez certains. Que ces méthodes totalitaires soient utilisées par des militants islamistes, cela s’explique même si on peine à le comprendre. Qu’elles soient en revanche devenues monnaie courante dans le débat public en France, cela m’étonne davantage. Les attaques contre Elisabeth Badinter ou Kamel Daoud, ou encore contre Céline Pina ou Amine El Khatmi récemment, de la part de responsables d’institutions publiques, d’élus politiques, de journalistes ou de collègues universitaires à coup d’accusations d’islamophobie sont pour moi insupportables. Le terme lui-même n’est parfois même plus interrogé. Il est admis comme l’équivalent d’antisémitisme ou de racisme! Des colloques sont organisés sur l’islamophobie sans que le terme soit mis en question. Le CCIF, une association militante qui promeut l’islamisme politique, est même reçue officiellement par les autorités publiques au nom de ce combat contre l’islamophobie dont elle a, habilement, fait son objet. Ce sont des aveuglements et des renoncements qui en disent long et surtout qui risquent de coûter cher. C’est un processus de combat culturel pour l’hégémonie au sens gramscien auquel nous assistons. (…) C’est un chose étrange, décidément, que de penser qu’on peut convaincre quiconque du fait que le djihadisme et le terrorisme islamiste n’ont rien à voir avec l’islam. Les djihadistes, les terroristes qui se réclament de l’islam savent ce qu’ils font. (…) Au-delà, ce genre de propos qui veut détacher le djihadisme de l’islam entend aussi nier la continuité qu’il y a entre l’islamisme politique et le djihadisme, en expliquant notamment qu’il y aurait d’un côté un islamisme «quiétiste» par exemple et de l’autre une forme violente. Que l’on devrait discuter et s’accommoder de la première en combattant la seconde. Ce genre de distinction conduit à nier le caractère idéologique de l’entreprise islamiste, à vouloir à tout prix expliquer la violence terroriste par elle-même, de manière comparable à d’autres formes de violence terroriste. Or, ce que nous ont appris les travaux sur le totalitarisme, en particulier, c’est que l’usage et la légitimation de la violence à des fins politiques reposent sur un ensemble de considérations idéologiques préalables. Que l’origine de celles-ci soient un système de pensée lié à la race et à la nation, à la classe et à la révolution ou à la foi et à la réalisation de la volonté de dieu importe peu. Le mécanisme est le même, et il est chaque fois destructeur de l’humanité de l’homme. C’est aujourd’hui à un tel défi que nous sommes confrontés. Il est plus que regrettable, impardonnable, que des responsables politiques n’en prennent pas conscience et n’agissent pas en conséquence. Laurent Bouvet
Il faut souligner la faible présence de réfugiés syriens parmi les interpellés. Ceux qui ont connu la Syrie avant la guerre savent qu’on y voyait des femmes non voilées et des filles en minijupes, c’est-à-dire des chrétiennes. Les populations savaient cohabiter. Pour les jeunes fraîchement arrivés du Maghreb, cette coexistence est inconnue, et il n’y a pas besoin de concertation pour profiter d’une si extraordinaire aubaine : des jeunes femmes, de nuit, sans défense. Pour la plupart des musulmans du Pakistan ou du Maghreb, une femme dehors de nuit est une prostituée. Une femme maquillée est une provocation sexuelle. Une femme non voilée se désigne comme proie. Habituées de plus longue date que les Allemandes au contact des Maghrébins, les Françaises ont appris à faire profil bas, notamment à troquer la jupe contre le pantalon quand elles doivent traverser des espaces où les musulmans sont majoritaires. Les territoires perdus de la République furent d’abord des territoires perdus pour les femmes, tout un réseau de rues et de places non mixtes, même de jour, et des cafés dont nulle cliente n’ose jamais pousser la porte. Ceux qui découvrent avec « stupeur » le déchaînement des attouchements et des viols qui a marqué la nuit de la Saint-Sylvestre auraient pu se demander comment, en France, des espaces s’étaient progressivement vidés de celles qui auparavant y vivaient librement. La réponse est simple : par le même cocktail d’intimidation et de harcèlement, mais peu à peu, à bas bruit, et surtout sans qu’on le signale. Car c’est le contraire qui captait l’attention. Quand des jeunes des cités se voyaient interdire l’entrée en boîte de nuit, la presse a toujours accusé la stigmatisation de la jeunesse : on ne s’est guère interrogé sur les raisons qui poussaient les tenanciers à se priver d’une clientèle. La consigne de ne pas désespérer Billancourt fut relayée par celle de ne pas offenser le 9-3. Les femmes y ont perdu de leur liberté de mouvement et de leur assurance, dans l’indifférence générale. L’enfer de ce renfermement fut pavé de bonnes intentions. (…) Tous les responsables – intellectuels et journalistes, policiers et magistrats – ont constamment minimisé les « incidents », tétanisés par la peur de réactions racistes, qui du reste existent bel et bien, comme l’ont prouvé les manifestations néonazies de Dortmund. (…) Il paraît inutile d’entonner la rengaine de l’éducation : en France, où les populations maghrébines sont installées de longue date, et donc exposées au système éducatif commun, l’hostilité à la mixité est intacte. Elle ne l’est pas seulement chez les islamistes. Chez l’épicier arabe, le sympathique Djerbien ouvert tard le soir, on ne voit dans la boutique que le patron, ses frères ou ses cousins. Il n’y a pas d’épicière à la caisse. Fort heureusement, quelques individus peuvent s’émanciper des lois de l’appartenance, mais globalement le monde musulman juge que les femmes doivent être respectées, et pour cette raison soustraites aux regards. Nous jugeons que les femmes sont libres, et qu’elles font ce qu’elles veulent de leur corps. Claude Habib

Attention: une violence peut en cacher une autre !

A l’heure où se confirme la sur-représentation non de réfugiés syriens mais de jeunes fraîchement arrivés du Maghreb mis en cause dans les agressions contre des femmes du réveillon de Cologne

Et où pour avoir osé pointer, fort de son expérience algérienne et sa centaine de milliers de victimes comme de la fatwa sur sa tête,  le racisme caché du concept saïdien d’orientalisme, l’écrivain qui avait déjà défini l’Arabie saoudite comme « Daech qui a réussi », se voit, de part et d’autre de la Méditerrannée et même de l’Atlantique, taxé d’ « islamophobie » et de « paternalisme colonial » et poussé à l’abandon du journalisme

Pendant qu’après les écoles ou lieux de culte juifs, c’est sous protection policière ou militaire que vont au lycée nos enfants …

Et que l’on se souvient accessoirement de la véritable culture du viol qu’avait instaurée le feu dictateur libyen

Retour avec une tribune de l’universitaire français Claude Habib …

Sur  une autre violence plus progressive et à plus bas bruit …

Qui avec cependant le « même cocktail d’intimidation et de harcèlement » …

A réussi de fait à quasiment interdire à la gente féminine …

Nombre de nos espaces publics, créneaux horaires ou types de vêtements …

Les leçons d’un réveillon en Europe
Claude Habib (Essayiste et professeur de littérature à la Sorbonne Nouvelle)

Le Monde

30.01.2016

Il y a près de trois siècles, Montesquieu faisait débarquer en Europe des Persans – c’est-à-dire des Iraniens. Le jeune Rica se montrait à la fois charmé par la franchise des Parisiennes et sidéré par leur légèreté de mœurs. D’une plume allègre et caustique, il décrit les avantages et les inconvénients de cet autre rapport aux femmes qui est propre à l’Occident : laisser les femmes se gouverner.

Les graves événements survenus à la gare de Cologne et dans d’autres villes européennes montrent que le choc est toujours le même, quoique certains des nouveaux arrivants soient moins disposés à décrire et comparer qu’à faire main basse et violenter.

Des commentateurs ont avancé l’hypothèse d’une attaque concertée, en raison de la simultanéité des délits et des crimes. C’est absurde : les prétendues preuves d’une telle concertation se résument à des SMS ou à des rendez-vous sur les réseaux sociaux semblables à ceux que les jeunes échangent en fin de semaine pour aller à la pizzeria. La seule simultanéité, c’est la date du réveillon qui a jeté dans les rues des foules composites, et mis en présence des peuples pour qui la signification de la mixité n’est pas la même.

Il faut souligner la faible présence de réfugiés syriens parmi les interpellés. Ceux qui ont connu la Syrie avant la guerre savent qu’on y voyait des femmes non voilées et des filles en minijupes, c’est-à-dire des chrétiennes. Les populations savaient cohabiter.

Coexistence inconnue
Pour les jeunes fraîchement arrivés du Maghreb, cette coexistence est inconnue, et il n’y a pas besoin de concertation pour profiter d’une si extraordinaire aubaine : des jeunes femmes, de nuit, sans défense. Pour la plupart des musulmans du Pakistan ou du Maghreb, une femme dehors de nuit est une prostituée. Une femme maquillée est une provocation sexuelle. Une femme non voilée se désigne comme proie.

Habituées de plus longue date que les Allemandes au contact des Maghrébins, les Françaises ont appris à faire profil bas, notamment à troquer la jupe contre le pantalon quand elles doivent traverser des espaces où les musulmans sont majoritaires.

Les territoires perdus de la République furent d’abord des territoires perdus pour les femmes, tout un réseau de rues et de places non mixtes, même de jour, et des cafés dont nulle cliente n’ose jamais pousser la porte. Ceux qui découvrent avec « stupeur » le déchaînement des attouchements et des viols qui a marqué la nuit de la Saint-Sylvestre auraient pu se demander comment, en France, des espaces s’étaient progressivement vidés de celles qui auparavant y vivaient librement.

La réponse est simple : par le même cocktail d’intimidation et de harcèlement, mais peu à peu, à bas bruit, et surtout sans qu’on le signale. Car c’est le contraire qui captait l’attention.

Ne pas offenser le 9-3

Quand des jeunes des cités se voyaient interdire l’entrée en boîte de nuit, la presse a toujours accusé la stigmatisation de la jeunesse : on ne s’est guère interrogé sur les raisons qui poussaient les tenanciers à se priver d’une clientèle. La consigne de ne pas désespérer Billancourt fut relayée par celle de ne pas offenser le 9-3. Les femmes y ont perdu de leur liberté de mouvement et de leur assurance, dans l’indifférence générale. L’enfer de ce renfermement fut pavé de bonnes intentions.

La sous-information au sujet des violences subies par les femmes est la seule excuse de ceux qui découvrent aujourd’hui le problème. La politique de l’autruche n’est d’ailleurs pas une spécificité française. La police suédoise, confrontée aux mêmes conduites et aux mêmes crimes, dès avant la nuit du 31 décembre, avait pris le parti de dissimuler les faits, comme a tenté de le faire la police de Cologne.

Tous les responsables – intellectuels et journalistes, policiers et magistrats – ont constamment minimisé les « incidents », tétanisés par la peur de réactions racistes, qui du reste existent bel et bien, comme l’ont prouvé les manifestations néonazies de Dortmund. Que faire ?

Tolérance ou répression

Il paraît inutile d’entonner la rengaine de l’éducation : en France, où les populations maghrébines sont installées de longue date, et donc exposées au système éducatif commun, l’hostilité à la mixité est intacte. Elle ne l’est pas seulement chez les islamistes. Chez l’épicier arabe, le sympathique Djerbien ouvert tard le soir, on ne voit dans la boutique que le patron, ses frères ou ses cousins. Il n’y a pas d’épicière à la caisse.

Fort heureusement, quelques individus peuvent s’émanciper des lois de l’appartenance, mais globalement le monde musulman juge que les femmes doivent être respectées, et pour cette raison soustraites aux regards. Nous jugeons que les femmes sont libres, et qu’elles font ce qu’elles veulent de leur corps.

Devant une telle divergence, certains en appellent à la tolérance, et d’autres à la répression. En Autriche, Johanna Mikl-Leitner, la ministre de l’intérieur démocrate-chrétienne, a fièrement déclaré : « Une chose est sûre, nous ne laisserons pas, nous les femmes, notre liberté de mouvement dans l’espace public reculer du moindre millimètre. » Ce sont des rodomontades, car elle a déjà reculé.

Voir aussi:

Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés »

Collectif

Le Monde

11.02.2016

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde le 31 janvier 2016, le journaliste et écrivain Kamel Daoud propose d’analyser « ce qui s’est passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ». Pourtant, en lieu et place d’une analyse, cet humaniste autoproclamé livre une série de lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans.

Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par « la droite et l’extrême droite », l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). Loin d’ouvrir sur le débat apaisé et approfondi que requiert la gravité des faits, l’argumentation de Daoud ne fait qu’alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme.

Essentialisme

Le texte repose sur trois logiques qui, pour être typiques d’une approche culturaliste que de nombreux chercheurs critiquent depuis quarante ans, n’en restent pas moins dangereuses. Pour commencer, Daoud réduit dans ce texte un espace regroupant plus d’un milliard d’habitants et s’étendant sur plusieurs milliers de kilomètres à une entité homogène, définie par son seul rapport à la religion, « le monde d’Allah ». Tous les hommes y sont prisonniers de Dieu et leurs actes déterminés par un rapport pathologique à la sexualité. Le « monde d’Allah » est celui de la douleur et de la frustration.

Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999), Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. En miroir de cette vision asociologique qui crée de toutes pièces un espace inexistant, l’Occident apparaît comme le foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice. La réalité des multiples formes d’inégalité et de violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord n’est bien sûr pas évoquée. Cet essentialisme radical produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation.

Psychologisation

Kamel Daoud prétend en outre poser un diagnostic sur l’état psychologique des masses musulmanes. Ce faisant, il impute la responsabilité des violences sexuelles à des individus jugés déviants, tout en refusant à ces individus la moindre autonomie, puisque leurs actes sont entièrement déterminés par la religion.

Les musulmans apparaissent prisonniers des discours islamistes et réduits à un état de passivité suicidaire (ils sont « zombies » et « kamikazes »). C’est pourquoi selon Daoud, une fois arrivés en Europe, les réfugiés n’ont comme choix que le repli culturel face au déracinement. Et c’est alors que se produit immanquablement le « retour du grégaire », tourné contre la femme, à la fois objet de haine et de désir, et particulièrement contre la femme libérée.

Psychologiser de la sorte les violences sexuelles est doublement problématique. D’une part, c’est effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes (parlons de l’hébergement des réfugiés ou des conditions d’émigration qui encouragent la prédominance des jeunes hommes). D’autre part, cela contribue à produire l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques. Pegida n’en demandait pas tant.

Discipline

« Le réfugié est-il donc sauvage ? », se demande Daoud. S’il répond par la négative, le seul fait de poser une telle question renforce l’idée d’une irréductible altérité. L’amalgame vient peser sur tous les demandeurs d’asile, assimilés à une masse exogène de frustrés et de morts-vivants. N’ayant rien à offrir collectivement aux sociétés occidentales, ils perdent dans le même temps le droit à revendiquer des parcours individuels, des expériences extrêmement diverses et riches.

Culturellement inadaptés et psychologiquement déviants, les réfugiés doivent avant toute chose être rééduqués. Car Daoud ne se contente pas de diagnostiquer, il franchit le pas en proposant une recette familière. Selon lui, il faut « offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer ». C’est ainsi bien un projet disciplinaire, aux visées à la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes.

Ce projet est scandaleux, non pas seulement du fait de l’insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation. En cela, c’est un discours proprement anti-humaniste, quoi qu’en dise Daoud.

De quoi Daoud est-il le nom ?

Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent. Dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire. Derrière son cas, nous nous alarmons de la tendance généralisée dans les sociétés européennes à racialiser ces violences sexuelles.

Nous nous alarmons de la banalisation des discours racistes affublés des oripeaux d’une pensée humaniste qui ne s’est jamais si mal portée. Nous nous alarmons de voir un fait divers gravissime servir d’excuse à des propos et des projets gravissimes. Face à l’ampleur de violences inédites, il faut sans aucun doute se pencher sur les faits, comme le suggère Kamel Daoud. Encore faudrait-il pouvoir le faire sans réactualiser les mêmes sempiternels clichés islamophobes. Le fond de l’air semble l’interdire.

Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Voir également:

LETTRE D’ADAM SHATZ A KAMEL DAOUD : « C’est difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit »

Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m’a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universitaires un peu bien-pensants, c’est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires – qui ne devraient pas être tes adversaires. Le ton de la lettre m’a dérangé. Je n’aimais pas le style de dénonciation publique, un style qui me rappelait un peu le style gauche-soviétique-puritain. Et tu dois savoir qu’en tant qu’ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus férocement encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times.

Pour moi, c’est très difficile d’imaginer que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n’était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j’ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j’étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n’aime pas) ; par exemple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émancipées sexuellement. Dans tes écrits récents, c’est comme si toute l’ambiguïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pourrais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l’as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs occidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d’idées fixes.

Je ne dis pas que tu l’as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « impérialistes ». Non, je ne t’accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l’idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l’islamisme, voire l’« Islam » tout court.

Je te rappelle qu’on a vu, il y a quelques années, des événements similaires, certes pas de la même ampleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n’étaient pas sous l’influence de l’Islam mais de l’alcool… Sans preuve que l’Islam agissait sur les esprits de ces hommes à Cologne, il me semble curieux de faire de telles propositions, et de suggérer que cette « maladie » menace l’Europe… Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bourgois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l’idée de « maladie » a une histoire pas très reluisante, souvent liée au fascisme. Les juifs, comme tu le sais, étaient considérés comme une espèce de maladie ; et les antisémites d’Europe, au XIXsiècle, à l’époque de l’émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutumes sexuelles des juifs, et de la domination des hommes juifs sur les femmes… Les échos de cette obsession me mettent mal à l’aise.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas parler de la question sexuelle dans le monde arabo-musulman. Bien sûr que non. Il y a beaucoup d’écrivains qui en ont parlé d’une façon révélatrice (la sociologue marocaine Fatima Mernissi, le poète syrien Adonis, même, quoi qu’un peu hystériquement, le poète algérien Rachid Boudjedra) et je sais de nos conversations, et de ton roman magistral, que tu as tout le talent nécessaire pour aborder ce sujet. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent en parler avec une telle acuité. Mais après avoir réfléchi, et dans une forme qui va au-delà de la provocation, et des clichés.

Après avoir lu ta tribune, j’ai déjeuné avec une auteure égyptienne, une amie que tu aimerais bien, et elle me disait que ses jeunes amis au Caire sont tous bisexuels. C’est quelque chose de discret, bien sûr, mais ils vivent leur vie ; ils trouvent leurs orgasmes, même avant le mariage, ils sont créatifs, ils inventent une nouvelle vie pour eux-mêmes, et, qui sait, pour l’avenir de l’Egypte. Il n’y a pas d’espace pour cette réalité dans les articles que tu as publiés. Il n’y a que la « misère » – et la menace que représentent ces misérables qui sont actuellement réfugiés en Europe. Comme les juifs le disent pour leur Pâque (et ce que les Israéliens oublient en Palestine) : il faut toujours se souvenir que l’on a été étranger dans la terre d’Egypte.

Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C’est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t’engager dans la politique, mais je veux que tu saches que je m’inquiète pour toi, et j’espère que tu réfléchiras bien à tes positions… et que tu retourneras au mode d’expression qui, à mon avis, est ton meilleur genre : la littérature.

J’espère que tu comprendras que je t’écris avec le sentiment de la plus profonde amitié.

Voir de plus:

Cologne, lieu de fantasmes »
Kamel Daoud (Ecrivain)

Le Monde

31.01.2016

Que s’est-il passé à Cologne la nuit de la Saint-Sylvestre ? On peine à le savoir avec exactitude en lisant les comptes rendus, mais on sait – au moins – ce qui s’est passé dans les têtes. Celle des agresseurs, peut-être ; celle des Occidentaux, sûrement.

Fascinant résumé des jeux de fantasmes. Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent.

Cela correspond à l’idée que la droite et l’extrême droite ont toujours construite dans les discours contre l’accueil des réfugiés. Ces derniers sont assimilés aux agresseurs, même si l’on ne le sait pas encore avec certitude. Les coupables sont-ils des immigrés installés depuis longtemps ? Des réfugiés récents ? Des organisations criminelles ou de simples hooligans ? On n’attendra pas la réponse pour, déjà, délirer avec cohérence. Le « fait » a déjà réactivé le discours sur « doit-on accueillir ou s’enfermer ? » face à la misère du monde. Le fantasme n’a pas attendu les faits.

Le rapport à la femme
Angélisme aussi ? Oui. L’accueil du réfugié, du demandeur d’asile qui fuit l’organisation Etat islamique ou les guerres récentes pèche en Occident par une surdose de naïveté : on voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime qui recueille la projection de l’Occidental ou son sentiment de devoir humaniste ou de culpabilité. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme.

En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda.

Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder « sa culture », mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur. Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité.

Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir.

« La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme »
Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie.

C’est une conviction partagée qui devient très visible chez l’islamiste par exemple. L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme.

L’islamiste en veut à celle qui donne la vie, perpétue l’épreuve et qui l’a éloigné du paradis par un murmure malsain et qui incarne la distance entre lui et Dieu. La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme. L’islamiste est tout aussi angoissé par la femme parce qu’elle lui rappelle son corps à elle et son corps à lui.

La liberté que le réfugié désire mais n’assume pas
Le corps de la femme est le lieu public de la culture : il appartient à tous, pas à elle. Ecrit il y a quelques années à propos de la femme dans le monde dit arabe : « A qui appartient le corps d’une femme ? A sa nation, sa famille, son mari, son frère aîné, son quartier, les enfants de son quartier, son père et à l’Etat, la rue, ses ancêtres, sa culture nationale, ses interdits. A tous et à tout le monde, sauf à elle-même. Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa possession et son identité. Dans son corps, la femme erre en invitée, soumise à la loi qui la possède et la dépossède d’elle-même, gardienne des valeurs des autres que les autres ne veulent pas endosser par [pour] leurs corps à eux. Le corps de la femme est son fardeau qu’elle porte sur son dos. Elle doit y défendre les frontières de tous, sauf les siennes. Elle joue l’honneur de tous, sauf le sien qui n’est pas à elle. Elle l’emporte donc comme un vêtement de tous, qui lui interdit d’être nue parce que cela suppose la mise à nu de l’autre et de son regard. »

« On voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture ; il est la victime. On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme »
Une femme est femme pour tous, sauf pour elle-même. Son corps est un bien vacant pour tous et sa « malvie » à elle seule. Elle erre comme dans un bien d’autrui, un mal à elle seule. Elle ne peut pas y toucher sans se dévoiler, ni l’aimer sans passer par tous les autres de son monde, ni le partager sans l’émietter entre dix mille lois. Quand elle le dénude, elle expose le reste du monde et se retrouve attaquée parce qu’elle a mis à nu le monde et pas sa poitrine. Elle est enjeu, mais sans elle ; sacralité, mais sans respect de sa personne ; honneur pour tous, sauf le sien ; désir de tous, mais sans désir à elle. Le lieu où tous se rencontrent, mais en l’excluant elle. Passage de la vie qui lui interdit sa vie à elle.

C’est cette liberté que le réfugié, l’immigré, veut, désire mais n’assume pas. L’Occident est vu à travers le corps de la femme : la liberté de la femme est vue à travers la catégorie religieuse de la licence ou de la « vertu ». Le corps de la femme est vu non comme le lieu même de la liberté essentielle comme valeur en Occident, mais comme une décadence : on veut alors le réduire à la possession, ou au crime à « voiler ».

La liberté de la femme en Occident n’est pas vue comme la raison de sa suprématie mais comme un caprice de son culte de la liberté. A Cologne, l’Occident (celui de bonne foi) réagit parce qu’on a touché à « l’essence » de sa modernité, là où l’agresseur n’a vu qu’un divertissement, un excès d’une nuit de fête et d’alcool peut-être.

Cologne, lieu des fantasmes donc. Ceux travaillés des extrêmes droites qui crient à l’invasion barbare et ceux des agresseurs qui veulent le corps nu car c’est un corps « public » qui n’est propriété de personne. On n’a pas attendu d’identifier les coupables, parce que cela est à peine important dans les jeux d’images et de clichés. De l’autre côté, on ne comprend pas encore que l’asile n’est pas seulement avoir des « papiers » mais accepter le contrat social d’une modernité.

Le problème des « valeurs »
Le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah ». A tel point qu’il a donné naissance à ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » : descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka.

L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme.

Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer.

Kamel Daoud est un écrivain algérien. Il est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il est également chroniqueur au Quotidien d’Oran. Cet article a d’abord été publié en Italie dans le quotidien La Repubblica.

Voir encore:

La misère sexuelle du monde arabe
Kamel  Daoud

The New York Times

Feb. 12, 2016

ORAN, Algérie — Après Tahrir, Cologne. Après le square, le sexe. Les révolutions arabes de 2011 avaient enthousiasmé les opinions, mais depuis la passion est retombée. On a fini par découvrir à ces mouvements des imperfections, des laideurs. Par exemple, ils auront à peine touché aux idées, à la culture, à la religion ou aux codes sociaux, surtout ceux se rapportant au sexe. Révolution ne veut pas dire modernité.

Les attaques contre des femmes occidentales par des migrants arabes à Cologne, en Allemagne, la veille du jour de l’an ont remis en mémoire le harcèlement que d’autres femmes avaient subi à Tahrir durant les beaux jours de la révolution. Un rappel qui a poussé l’Occident à comprendre que l’une des grandes misères d’une bonne partie du monde dit “arabe”, et du monde musulman en général, est son rapport maladif à la femme. Dans certains endroits, on la voile, on la lapide, on la tue ; au minimum, on lui reproche de semer le désordre dans la société idéale. En réponse, certains pays européens en sont venus à produire des guides de bonne conduite pour réfugiés et migrants.

Le sexe est un tabou complexe. Dans des pays comme l’Algérie, la Tunisie, la Syrie ou le Yémen, il est le produit de la culture patriarcale du conservatisme ambiant, des nouveaux codes rigoristes des islamistes et des puritanismes discrets des divers socialismes de la région. Un bon mélange pour bloquer le désir, le culpabiliser et le pousser aux marges et à la clandestinité. On est très loin de la délicieuse licence des écrits de l’âge d’or musulman, comme “Le Jardin Parfumé” de Cheikh Nefzaoui, qui traitaient sans complexe d’érotisme et du Kamasutra.

Aujourd’hui le sexe est un énorme paradoxe dans de nombreux pays arabes : On fait comme s’il n’existait pas, mais il conditionne tous les non-dits. Nié, il pèse par son occultation. La femme a beau être voilée, elle est au centre de tous nos liens, tous nos échanges, toutes nos préoccupations.

La femme revient dans les discours quotidiens comme enjeu de virilité, d’honneur et de valeurs familiales. Dans certains pays, elle n’a accès à l’espace public que quand elle abdique son corps. La dévoiler serait dévoiler l’envie que l’islamiste, le conservateur et le jeune désoeuvré ressentent et veulent nier. Perçue comme source de déséquilibre — jupe courte, risque de séisme — elle n’est respectée que lorsque définie dans un rapport de propriété, comme épouse de X ou fille de Y.

Ces contradictions créent des tensions insupportables : le désir n’a pas d’issue ; le couple n’est plus un espace d’intimité, mais une préoccupation du groupe. Il en résulte une misère sexuelle qui mène à l’absurde ou l’hystérique. Ici aussi on espère vivre une histoire d’amour, mais on empêche la mécanique de la rencontre, de la séduction et du flirt en surveillant les femmes, en surinvestissant la question de leur virginité et en donnant des pouvoirs à la police des moeurs. On va même payer des chirurgiens pour réparer les hymens.

Dans certaines terres d’Allah, la guerre à la femme et au couple prend des airs d’inquisition. L’été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier, enrôlés grâce au discours d’imams radicaux et de télé-islamistes, surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot. Dans les espaces publics, la police harcèle les couples, y compris les mariés. Les jardins sont interdits aux promenades d’amoureux. Les bancs sont coupés en deux afin d’empêcher qu’on ne s’y assoit côte à côte.

Résultat : on fantasme ailleurs, soit sur l’impudeur et la luxure de l’Occident, soit sur le paradis musulman et ses vierges.

Ce choix est d’ailleurs parfaitement incarné par l’offre des médias dans le monde musulman. A la télévision, alors que les théologiens font fureur, les chanteuses et danseuses libanaises de la “Silicone Valley” entretiennent le rêve d’un corps inaccessible et de sexe impossible. Sur le plan vestimentaire, cela donne d’autres extrêmes: d’un côté, la burqa, le voile intégral orthodoxe ; de l’autre, le voile moutabaraj (“le voile qui dévoile”), qui assortit un foulard sur la tête d’un jean slim ou d’un pantalon moulant. Sur les plages, le burquini s’oppose au bikini.

Les sexologues sont rares en terres musulmanes, et leurs conseils peu écoutés. Du coup, ce sont les islamistes qui de fait ont le monopole du discours sur le corps, le sexe et l’amour. Avec Internet et les théo-télévisions, ces propos ont pris des formes monstrueuses — un air de porno-islamisme. Certains religieux lancent des fatwas grotesques: il est interdit de faire l’amour nu, les femmes n’ont pas le droit de toucher aux bananes, un homme ne peut rester seul avec une femme collègue que si elle est sa mère de lait et qu’il l’a tétée.

Le sexe est partout.

Et surtout après la mort.

L’orgasme n’est accepté qu’après le mariage — mais soumis à des codes religieux qui le vident de désir — ou après la mort. Le paradis et ses vierges est un thème fétiche des prêcheurs, qui présentent ces délices d’outre-tombe comme une récompense aux habitants des terres de la misère sexuelle. Le kamikaze en rêve et se soumet à un raisonnement terrible et surréaliste: l’orgasme passe par la mort, pas par l’amour.

L’Occident s’est longtemps conforté dans l’exotisme ; celui-ci disculpe les différences. L’Orientalisme rend un peu normales les variations culturelles et excuse les dérives : Shéhérazade, le harem et la danse du voile ont dispensé certains de s’interroger sur les droits de la femme musulmane. Mais aujourd’hui, avec les derniers flux d’immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe.

Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres.

Kamel Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est l’auteur de “Meursault, contre-enquête.”

Voir de même:

Lettre à un ami étranger
Kamel Daoud

Le Qotidien-Oran

Cher ami. J’ai lu avec attention ta lettre, bien sûr. Elle m’a touché par sa générosité et sa lucidité. Etrangement, ton propos est venu conforter ce que j’ai déjà pris comme décision ces jours, et avec les mêmes arguments. J’y ai surtout retenu l’expression de ton amitié tendre et complice malgré l’inquiétude.

Je voudrais cependant répondre encore. J’ai longtemps écrit avec le même esprit qui ne s’encombre pas des avis d’autrui quand ils sont dominants. Cela m’a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d’autres ne pouvaient l’accepter. J’ai taquiné les radicalités et j’ai essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j’avais horreur. J’ai essayé aussi de penser. Par l’article de presse ou la littérature. Pas seulement parce que je voulais réussir mais aussi parce que j’avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme en Algérie, durant les années dures, m’avait assuré de vivre la métaphore de l’écrit, le mythe de l’expérience. J’ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère et amusement. J’ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d’autres grandes questions qui peuvent nous mener à la conscience ou à l’abdication et l’intégrisme. Selon nos buts dans la vie.

Sauf qu’aujourd’hui, avec le succès médiatique, j’ai fini par comprendre deux ou trois choses.

D’abord que nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre; le texte sur « Cologne », j’en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l’époque, cela n’a fait réagir personne ou si peu. Aujourd’hui, l’époque a changé : des crispassions poussent à interpréter et l’interprétation pousse au procès. J’avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J’avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J’y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l’on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n’écris pas des thèses d’universitaires. C’est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd’hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu’ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d’islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l’Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m’est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition. Je pense que c’est honteux de m’accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens.

L’islam est une belle religion selon l’homme qui la porte, mais j’aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu’y résonnent les pas d’un homme qui marche. Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d’autrui.

Cher ami.

J’ai compris aussi que l’époque est dure. Comme autrefois, l’écrivain venu du froid, aujourd’hui, l’écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l’avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d’islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c’est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C’est ce qui s’est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l’assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d’humanité de l’Autre. L’écrivain venu des terres d’Allah se retrouve aujourd’hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n’y peux rien mais je peux m’en soustraire : par la prudence comme je l’ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais.

Je vais donc m’occuper de littérature et en cela tu as raison. J’arrête le journalisme sous peu. Je vais aller écouter de arbres ou des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explorer. Non pas abdiquer, mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias. Je me résous à creuser et non déclamer.

J’ai pour ma terre l’affection du déchanté. Un amour secret et fort. Une passion. J’aime les miens et les cieux que j’essaye de déchiffrer dans les livres et avec l’œil la nuit. Je rêve de puissance, de souveraineté pour les miens, de conscience et de partage. Cela me déçoit de ne pas vivre ce rêve. Cela me met en colère ou me pousse au châtiment amoureux. Je ne hais pas les miens, ni l’homme en l’autre. Je n’insulte pas les raisons d’autrui. Mais j’exerce mon droit d’être libre. Ce droit a été mal interprété, sollicité, malmené ou jugé. Aujourd’hui, je veux aussi la liberté de faire autre chose. Mille excuses si j’ai déçu, un moment, ton amitié cher A… Et si je rends publique cette lettre aujourd’hui, avant de t’en parler, c’est parce qu’elle s’adresse aux gens affectueux, de bonne foi comme toi. Et surtout à toi. A Oran.

Voir aussi:

Le romancier et journaliste Kamel Daoud :«J’arrête le journalisme sous peu»
Le Temps d’Algérie

17 février 2016

Harcelé, critiqué, menacé… Kamel Daoud a tenu bon jusqu’à il y a deux jours. Dans sa chronique «Raïna Raïkoum» qui paraît sur le quotidien d’Oran, il a annoncé qu’il quittait la presse. «J’arrête le journalisme sous peu», a simplement écrit celui qui a été déclaré par la France meilleur journaliste de l’année. Une déclaration lourde de sens et de retombées. Kamel Daoud, tout le monde le connaît. Beaucoup sont fans alors que d’autres le haïssent, notamment les islamistes. Ces derniers brandissent contre lui une menace mort chaque fois qu’il leur oppose son talent à combattre la xénophobie et le terrorisme. Ce journaliste, chroniqueur depuis une vingtaine d’années, a enchaîné les prix et les distinctions. En retour, il s’est fait lyncher. Il en parle.

Le Temps d’Algérie : Est-ce qu’aujourd’hui vous craignez pour votre vie au point que vous décidiez de renoncez à votre métier, votre vocation première avant la littérature ?

Kamel Daoud : Non ! C’est juste,  que je suis fatigué de tout ça. Je préfère me consacrer à la littérature. Franchement, je préfère écrire des livres, me reposer un petit peu parce que j’ai subi un ouragan pendant les deux dernières années.
Et puis, j’ai aussi envie de réfléchir à mes positions et prendre du recul. C’est exactement ça. Ce n’est pas exclusivement lié à ma chronique parue dans le Monde. La décision mûrissait depuis un mois ou deux.  J’ai trop donné. J’ai fait énormément de chroniques depuis des années. Cela fait 20 ans. Et là je suis fatigué, j’ai besoin de repos.

Vous êtes devenu une personnalité incontournable des médias, pourtant vous abandonnez parce que des gens vous mettent la pression mais c’est l’essence même du  métier de journaliste ?

Cela fait 20 ans que je subis ces pressions. Je suis arrivé au point où chaque fois que je reçois un prix, j’ai peur.
Parce que nous sommes arrivés à une situation de sous culture et de paranoïa où  au lieu d’applaudir un algérien qui parvient à décrocher le prix du meilleur journaliste  en France de l’année, on lui tombe dessus. Je ne dis pas que tout le monde est comme ça. Je reçois beaucoup de soutien, beaucoup de gens très sympas  mais c’est juste que j’ai envie de me reposer. Je vous jure que faire une chronique pendant vingt ans, ce n’est pas évident.

Donc, vous ne démissionnez pas du Quotidien d’Oran, vous prenez juste un peu de recul. Vous avez peut-être le projet de vous installer aux Etats-Unis ?

Plusieurs mois. Beaucoup même.  Mais non, je n’ai pas envie de quitter l’Algérie.
Probablement que j’irais aux états-unis pour deux ou trois mois, mais je reviendrai.

Est-ce que votre mode de vie a changé ? Faites-vous plus attention quand vous sortez ? Est-ce que vous vous sentez au final plus menacé ?

Je déteste le rôle de l’intellectuel menacé. Je ne le supporte pas. On est tous menacé. On doit tous résister et chacun sait ce qu’il a à faire.
Pour la précision, je ne m’attaque pas aux islamistes mais je me défends. Je ne suis pas un militant. J’ai une vie et je la défends.  Je le répète toujours celui qui ne peut pas mourir à ma place, ne peut pas vivre à ma place. Je ne vois pas pourquoi ça serait à moi d’abdiquer avant les autres. J’ai dit ce que je pense. Maintenant je vais le dire autrement. J’ai envie d’écrire des romans. Ce n’est pas une démission. Ce n’est pas une lâcheté. Ce n’est pas une abdication. J’ai juste envie de changer de mode d’expression. Même si je quitte la presse, Kamel Daoud reste Kamel Daoud. Ce que je pense, je le dis. Je n’ai pas à baisser les yeux. Moi je n’ai tué personne.
Que cela soit un islamiste ou encore un imbécile qui croit à la théorie du complot ou alors que je fais ça pour avoir les papiers. Non !
Moi je suis algérien. Je vis en Algérie. Je défends mes idées. Je défends ma façon de voir. Et je défends ma terre et mes enfants !
Les gens n’arrivent pas à croire qu’on puisse être différent et de bonne foi.
Tout le monde croit que l’on fait quelque chose pour avoir les papiers, pour s’enrichir, vendre des livres. Je n’ai jamais été comme ça. Ceux qui me connaissent savent que je fonctionne comme ça.

Propos recueillis par
Samira Hadj Amar

Voir également:

Cologne, « islamophobie » : ce que révèle l’affaire Kamel Daoud

Alexandre Devecchio

Le Figaro

19/02/2016

Accusé d’islamophobie, le journaliste Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme. Pour Laurent Bouvet, ce terme sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation ceux qui émettent des critiques contre l’islamisme politique et ses alliés.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’UVSQ-Paris Saclay. Son dernier ouvrage,L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

LE FIGARO. – Après les agressions du Nouvel An à Cologne, l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud n’avait pas hésité à pointer le tabou du sexe et du rapport à la femme dans le monde arabo-musulman.

Laurent BOUVET. – En effet, et c’était, avec d’autres, une contribution très intéressante sur les causalités possibles de cet événement inédit et sidérant. Une contribution venant de la part d’un homme dont la connaissance de la situation algérienne, et au-delà de la situation dans l’ensemble arabo-musulman, m’a toujours parue très fine et très juste.

Face aux accusations d’«islamophobie», il déclare arrêter le journalisme et s’en explique dans Le Quotidien d’Oran. Que révèle cette affaire?

On ne peut que déplorer et condamner ces accusations. Cela révèle d’abord une difficulté voire une impossibilité d’accepter la critique et le débat de la part de ceux qui les décrètent ou les utilisent. Ensuite, qu’il y a de la part de certains musulmans mais pas seulement, une lecture de l’islam univoque et qui voudrait s’imposer aux autres, ce qui me paraît, pour ce que j’en sais, tout à fait contraire à l’islam lui-même. Enfin, cela témoigne du risque, physique, permanent, pour des gens courageux comme Kamel Daoud comme on l’a vu pour beaucoup d’autres, jusqu’à la mort. Le fait qu’il cesse le journalisme est une perte sèche pour tout le monde, une atteinte au travail de mise à jour de la vérité, dans un pays et un monde qui en ont plus que jamais besoin.

Est-il désormais impossible d’aborder sereinement le sujet de l’islam en France? Comment en est-on arrivé là?

Nous ne connaissons pas, heureusement, les mêmes conditions que dans certains pays arabes et musulmans en matière de débat public, et d’expression sur l’islam. Mais la pression existe. A la fois de la part d’une frange extrémiste, radicalisée, dans l’islam, et surtout, de la part de tout un tas de gens, que ce soit dans l’université, dans certains milieux activistes politiques ou associatifs ou même, parfois, au coeur de certaines institutions publiques. Il n’apparaît pas possible de parler de l’islam et, surtout, ce qui me paraît plus important encore, de la place de cette religion dans la République, dans l’espace social et public, de la même manière que des autres, et de manière tout simplement laïque.

Cette dissymétrie vient d’abord d’une difficulté à l’intérieur de l’islam, dont nous n’avons pas, en tant que société sécularisée et laïcisée, à nous occuper. Ce n’est en effet pas à nous, non musulmans, de dire qui sont les bons et les mauvais musulmans, quelle est la bonne ou la mauvaise manière de pratiquer l’islam, etc. Personnellement, je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir. La religion comme pratique et comme vérité de la foi si l’on veut ne m’intéresse pas. Là où tout ceci me concerne, nous concerne, c’est dans sa dimension sociale et politique. Une religion ne concerne pas en effet que les croyants, elle a des effets sociaux et induit des conséquences sur les mœurs, le droit, la politique… dans une société. Il en va de l’islam comme de toutes les religions dès lors qu’elles concernent un nombre significatif de gens au sein d’une société.

Or, le fait que l’islam soit à la fois une religion prosélyte et une religion qui implique un mode de vie particulier pour ses croyants conduit, dans une société où elle n’est pas majoritaire, à des tensions et des questions sur la manière dont elle peut s’articuler aux modes de vie de l’ensemble de la population non musulmane, et aussi à la liberté relative des musulmans de vivre plus ou moins en accord avec les préceptes de leur religion. C’est là que la difficulté de ne pas pouvoir se référer à une autorité incontestable, centrale et édictrice de principes clairs pour tous les musulmans fait défaut, évidemment. Les origines nationales variées et les pratiques différentes de l’islam des Français musulmans et des étrangers musulmans vivant en France impliquent des comportements et des attitudes très divers.

D’autant que si une très large majorité de ceux qui croient et pratiquent l’islam en France sont tout à fait laïques dans leur manière de comprendre leur religion, une minorité ne l’est, elle, pas du tout et fait pression, de différentes manières, sur les institutions, sur la société, sur les autres musulmans, etc. pour voir reconnaître une certaine pratique de l’islam. Dans le sens d’une radicalisation jusqu’à l’islamisme politique et la contestation de la laïcité elle-même, des lois de la République (celle de 2004 à l’école par exemple).

Le fait que ces revendications bénéficient d’un soutien, plus ou moins fort et pour des raisons diverses (instrumentalisation politique, combat dit post-colonial, combat contre la laïcité, combat commun contre la liberté de mœurs…), de la part de tout un tas de non musulmans au sein de la société française, en particulier au sein de ses élites, rend encore plus difficile l’intégration au commun républicain de cette minorité de la population de religion musulmane.

Les torts sont donc partagés au regard de la situation actuelle: la pression de l’islamisme politique d’un côté, phénomène international, et les faiblesses ou les calculs au sein de certains milieux français qui conduisent à des formes de complaisance, d’accommodement voire de collaboration pure et simple.

«Je pense que cela reste immoral de m’offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d’islamophobie qui sert aujourd’hui aussi d’inquisition.», écrit Kamel Daoud. Le terme même d’ «islamophobie» est-il piégé?

Le terme islamophobie sert précisément d’arme à tous ces promoteurs de l’islamisme politique et à leurs alliés. Sous son aspect descriptif d’une réalité qui existe et qui doit être combattue avec vigueur, les paroles et les actes anti-musulmans, il sert avant tout à disqualifier et à mettre en accusation toutes celles et tous ceux qui émettent des critiques contre cet islamisme politique et ses alliés.

Et lorsqu’il est déconstruit, avec force, récemment encore par Elisabeth Badinter, ou par Kamel Daoud aujourd’hui, il se trouve toujours des militants zélés ou des idiots utiles de la cause islamiste pour les désigner comme coupables d’être anti-musulmans. C’est un mécanisme assez classique que l’on a bien connu en Europe avec le totalitarisme, et les procès politiques qu’il entraînait. La haine qui peut alors être déversée sur celles et ceux qui dénoncent ces raccourcis et ces méthodes est impressionnante. Elle fait même parfois peur de ce qu’elle révèle chez certains.

Que ces méthodes totalitaires soient utilisées par des militants islamistes, cela s’explique même si on peine à le comprendre. Qu’elles soient en revanche devenues monnaie courante dans le débat public en France, cela m’étonne davantage. Les attaques contre Elisabeth Badinter ou Kamel Daoud, ou encore contre Céline Pina ou Amine El Khatmi récemment, de la part de responsables d’institutions publiques, d’élus politiques, de journalistes ou de collègues universitaires à coup d’accusations d’islamophobie sont pour moi insupportables.

Le terme lui-même n’est parfois même plus interrogé. Il est admis comme l’équivalent d’antisémitisme ou de racisme! Des colloques sont organisés sur l’islamophobie sans que le terme soit mis en question. Le CCIF, une association militante qui promeut l’islamisme politique, est même reçue officiellement par les autorités publiques au nom de ce combat contre l’islamophobie dont elle a, habilement, fait son objet. Ce sont des aveuglements et des renoncements qui en disent long et surtout qui risquent de coûter cher. C’est un processus de combat culturel pour l’hégémonie au sens gramscien auquel nous assistons. Certains l’ont bien compris, d’autres non.

Le président de la République lui-même refuse d’employer le terme d’islamisme et prétend que le terrorisme djihadiste n’a rien à voir avec l’islam …

C’est un chose étrange, décidément, que de penser qu’on peut convaincre quiconque du fait que le djihadisme

et le terrorisme islamiste n’ont rien à voir avec l’islam. Les djihadistes, les terroristes qui se réclament de l’islam savent ce qu’ils font. Et comme il ne nous appartient pas de juger si c’est conforme ou non à telle ou telle conception de l’islam, cela n’a aucun intérêt de rentrer dans ces considérations.

D’ailleurs, nos concitoyens ne s’y laissent pas prendre. Chacun constate qu’il s’agit d’actes perpétrés au nom de l’islam sans pour autant faire un quelconque amalgame avec les musulmans dans leur immense majorité. La réaction des Français a été remarquable après les attaques de janvier et novembre 2015 en la matière: ni panique ni fuite en avant ni aucune forme d’accusation générale contre l’islam et les musulmans. Ce sont des risques et des fantasmes qu’entretiennent certains responsables politiques en particulier pour servir leurs intérêts. Cela n’a aucune réalité. Les actes antimusulmans existent bien évidemment, comme les actes antisémites d’ailleurs. Et il faut simplement les combattre avec détermination, sans les utiliser politiquement en lien avec les attentats terroristes.

Au-delà, ce genre de propos qui veut détacher le djihadisme de l’islam entend aussi nier la continuité qu’il y a entre l’islamisme politique et le djihadisme, en expliquant notamment qu’il y aurait d’un côté un islamisme «quiétiste» par exemple et de l’autre une forme violente. Que l’on devrait discuter et s’accommoder de la première en combattant la seconde. Ce genre de distinction conduit à nier le caractère idéologique de l’entreprise islamiste, à vouloir à tout prix expliquer la violence terroriste par elle-même, de manière comparable à d’autres formes de violence terroriste.

Or, ce que nous ont appris les travaux sur le totalitarisme, en particulier, c’est que l’usage et la légitimation de la violence à des fins politiques reposent sur un ensemble de considérations idéologiques préalables. Que l’origine de celles-ci soient un système de pensée lié à la race et à la nation, à la classe et à la révolution ou à la foi et à la réalisation de la volonté de dieu importe peu. Le mécanisme est le même, et il est chaque fois destructeur de l’humanité de l’homme. C’est aujourd’hui à un tel défi que nous sommes confrontés. Il est plus que regrettable, impardonnable, que des responsables politiques n’en prennent pas conscience et n’agissent pas en conséquence.

Voir encore:

Agressions sexuelles de Cologne: un renversement révélateur
14 févr. 2016
Patric JEAN
Le blog de Patric JEAN
Une interview du procureur de Cologne vient de révéler que les agressions de femmes lors du réveillon avaient été relatées un peu hâtivement par la presse internationale. Ces nouvelles révélations prouvent que les agressions sexuelles et les viols qui ont été commis ne sont que la partie visible de l’iceberg de la culture du viol, largement partagée entre toutes les communautés.

Malgré des demandes insistantes, j’avais refusé de relayer toute information à la suite des agressions de femmes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne. La recherche des faits précis buttait toujours sur les mêmes sources floues, des témoignages anonymes, des chiffres très différents d’un jour à l’autre. Il semblait nécessaire de prendre un peu de recul avant de commenter. D’autant que cet événement tombait trop bien pour une extrême droite qui y voyait la preuve que l’accueil des réfugiés syriens et irakiens était une erreur, voire le début d’une invasion. Comme l’a montré récemment Marine Le Pen, les droits des femmes peuvent servir de paravent hypocrite aux plus inavouables pensées racistes.

La première question qui se posait était celle de la comparaison avec d’autres événements afin de voir s’il s’agissait d’un fait exceptionnel ou bien si cette nuit figurait dans la longue liste des événements de foule où ces agressions sont nombreuses. Traiter le 31 décembre à Cologne comme un cas à part permettait de montrer du doigt (c’est une stratégie masculine inconsciente très banale) les « vrais machos », les « vrais dominants », ceux qui ne respectent pas les femmes. A savoir comme à chaque reprise: issus des catégories défavorisées et/ou les migrants. Cela permet d’affirmer par prétérition que les autres hommes sont « les bons », ceux qui respectent les femmes.

Or, voilà que les premières descriptions données par « des sources anonymes de la police allemande » (dont on connaît la proximité d’une bonne partie de ses membres avec l’extrême droite) se révèlent être fausses.

Après avoir interrogé près de 300 personnes et visionné 590 heures de vidéos, le procureur de Cologne, Ulrich Bremer, révèle dans une interview à Die Welt que plus de 60% des agressions n’étaient pas à caractère sexuel mais bien des vols. Surtout, sur 58 agresseurs, 55 n’étaient pas des réfugiés. Ils sont pour la plupart Algériens et Marocains installés en Allemagne de longue date, ainsi que trois Allemands. On ne dénombre que deux réfugiés Syriens et un Irakien.

Dans un second temps, sans doute suite aux réactions qu’aura provoqué son interview, le procureur Bremer ajoutera à la confusion en annonçant que les auteurs de violences « tombent le plus souvent dans la catégorie des réfugiés ». Sauf qu’il y range 57 Marocains et Algériens qui ne sont pas des « réfugiés » contrairement aux quatre Irakiens et trois Syriens.

Or, les agressions de la Saint-Sylvestre avaient provoqué une vague de contestation pour dénoncer la politique du gouvernement allemand face à l’arrivée des réfugiés syriens et irakiens. « Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent à de telles agressions, il s’agit d’une éclatante trahison des valeurs de l’hospitalité et cela doit conduire à la fin immédiate de leur séjour en Allemagne », avait lancé Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU (parti conservateur bavarois). Dans les jours qui ont suivi, des Pakistanais et des Syriens avaient été sauvagement agressés dans les rues, en représailles. On avait aussi crié au complot de migrants s’organisant pour perpétrer leurs agressions coordonnées dans différentes villes du pays à la même heure… En France, le journal Le Monde titrait: « Les violences de Cologne révèlent la face cachée de l’immigration allemande ».

Manifestation de l’extrême droite contre les « réfugiés violeurs »

Il ne s’agit pas de minimiser les faits d’agressions sexuelles qui ont été commis. Au contraire. L’examen des faits montre aujourd’hui qu’il s’agit d’un problème systémique se posant dès que la foule envahit les rues et que l’alcool coule à flot. D’après le journal Libération, un viol aurait été commis à Cologne et nous savons que plus de 400 plaintes ont été déposées pour des agressions à caractère sexuel. Or l’an dernier, deux viols ont été commis lors des fêtes de Bayonne ainsi qu’un nombre inconnu d’agressions sexuelles. Au point que la mairie se sente obligée de rappeler publiquement lors des fêtes que le viol est un crime… En effet, les attouchements sexuels contre les femmes semblent faire partie des habitudes dans ce type de rassemblement sans que personne, sauf quelques associations féministes, ne s’en émeuve. Au point que le journal Sud Ouest puisse affirmer « qu’aucun incident majeur n’est venu endeuiller les fêtes » pour compléter deux lignes plus bas que trois viols ont été commis…

Fêtes de Bayonne

Lors de l’édition 2015 des fêtes de Pampelune, 1656 plaintes ont été déposées (contre 2 047 en 2014), dont quatre pour agression sexuelle. Lors des fêtes de la bière à Munich, deux plaintes sont enregistrées en moyenne chaque année. Mais en 2002, c’est 13 viols qui ont été comptabilisés. Les associations locales estiment que le chiffre doit être multiplié par dix, les victimes ne portant généralement pas plainte.

En conclusion, les événements de Cologne démontrent que, loin d’un fait divers lié à la présence de réfugiés particulièrement misogynes, les agressions sexuelles et les viols font partie d’une culture largement partagée et où l’alcool sert parfois de catalyseur. C’est donc à la domination masculine dans son ensemble qu’il faut s’en prendre. Pas seulement à la culture des autres.

Vaste tâche…

Voir enfin:

Left Media Migrant Rape Cover-Up: HuffPo, Indy, AND United Nations Claim Cologne Attackers ‘Not Refugees’, German Prosecutor: ‘Total Nonsense’

 Raheem Kassam and Liam Deacon

Mainstream media outlets have been blasted for peddling “total nonsense” today as left-wing newspapers coalesced to claim with one voice that “only three” of the suspects involved in Cologne’s mass migrant rape on New Year’s Eve were recent migrants or refugees.

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The Indy’s false article

But Cologne’s prosecutor, Ulrich Bremer, has said that the claim is “total nonsense” after an interview with German paper Die Welt this weekend was misinterpreted and reported in a way that the left-wing outlets wanted, rather than what the truth was.

The Huffington Post, the Independent, the Metro, and Russia Today all jumped on clumsy reporting from liberal outlets on the European continent, going so far as to heavily editorialise their news copy on the issue.

The Huffington Post claimed: “two Syrians and one Iraqi had been detained by police as part of their inquiries, contrary to the hysteria caused by headlines which accused hordes of refugees of masterminding the assault,” while the Independent, which recently announced it was going “online only” due to a slump in newspaper sales, exclaimed: “Majority of suspects are of Algerian, Tunisian or Moroccan descent and none had recently arrived in Germany, police have reportedly said”.

The HuffPo’s tweets were titled: “The Facts Behind Cologne Sex Attacks Make Awkward Reading For Refugee-Bashers”.

But police said no such thing, with the Associated Press clarifying the statement from Bremer, who has clarified: “the overwhelming majority of persons fall into the general category of refugees.”

The papers are thought to have made the error because they do not understand the migrant crisis – thinking that only Syrians and Iraqis count as migrants or refugees, when an overwhelming number of Algerians and Moroccans had been named amongst the Cologne suspects.

But thousands of Algerians, Moroccans, Tunisians, and dozens of other nationalities have arrived in Europe since the migrant crisis began in earnest in early 2015.

And news outlets weren’t the only ones to fall for the shoddy reporting of Mr. Bremer’s comments. The “news” was seized upon by open borders campaigners, broadcasters, and even government agencies.

HuffPo’s Angry Tweets

Chief Communications & Spokesperson at the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) tweeted:

LBC’s James O’Brien said:

While Kenneth Roth, of Human Rights Watch, tweeted:

Sunny Hundal, a journalism lecturer at Kingston University currently being looked at by the Metropolitan Police for racist, anti-white tweets, said:

The Huffington Post‘s article was shared hundreds of times, while the Independent link was shared over 11,000 times. The Indy’s coverage also included a comment piece by Algerian Nabila Ramdani entitled: “Cologne sex assaults: Muslim rape myths fit a neo-Nazi agenda”.

The piece itself would likely make no sense either way, as Tunisian and Algerian migrants are just as likely to be Muslim as Iraqi or Syrians.

Ms. Ramdani writes for the Guardian, the Independent, London’s Evening Standard, the Mirror, the Telegraph, the Daily Mail, the Sunday Times, the New York Times and the BBC and Sky.

The media-wide mishap comes after it took Breitbart London to break the news of the mass Cologne rapes and theft on New Year’s Eve for the English speaking world. Since then, news outlets have rushed to play catch up, posting fake videos, and even blocking their own content in European countries.

Voir par ailleurs:

International
Kadhafi: violeur et obsédé sexuel
Valérie Trierweiler et Catherine Schwaab

Paris Match

17 septembre 2012

Dictateur pendant quarante-deux ans, le tyran se doublait d’un malade du sexe. Ses soldates et ses gardes qui faisaient la joie des photographes étaient en réalité des rabatteuses ou de la chair à consommer. Ses proies, il les faisait kidnapper dans leurs familles ou dans leurs écoles. Pour la première fois, certaines d’entre elles se sont confiées à la journaliste Annick Cojean qui en a tiré un livre choc. Et Paris Match a pu interviewer en exclusivité une chef rebelle qui raconte tout.

Le soldat doit mesurer 1,90 mètre et peser dans les 100 kilos. Il s’acharne, le pantalon baissé, sur un corps minuscule qui ne bouge plus au-dessous de lui. La petite semble morte. Il continue de s’enfoncer en elle avec une brutalité qu’on ne voit même pas dans les films pornos. Il a dû la tuer. Lui et ses camarades en uniforme la défoncent depuis trois jours. Elle a tellement saigné, a tellement été battue, cognée… Soudain, il semble s’apercevoir qu’il est en train de s’acharner sur un cadavre : « Elle est morte. » Près de lui, un chef libyen le rassure : « Finis… T’inquiète pas… » L’autre « finit », toujours avec la même violence.

Fin de la cassette. Il y en avait des centaines, des milliers. Inracontables. Dès l’éviction de Kadhafi, les insurgés en ont brûlé beaucoup. Il en ont trouvé dans toutes les résidences du tyran. Et l’acteur principal en était… Kadhafi. « Il lui fallait quatre filles par jour, vierges de préférence, révèle une chef rebelle que nous appellerons Dina. Et il tenait absolument à être filmé, il voulait que ses gardes, ses collaborateurs le voient. Souvent, il violait un garçon, une fille, tout en discutant avec son entourage. On a retrouvé des cassettes qui dépassent l’imagination… »

Cela, c’était en temps « normal ». Quand, au sommet de sa gloire, il était le « roi des rois » en Afrique, intervenant dans les conflits malien, libérien, tchadien, guinéen, congolais, centrafricain… se créant ainsi un réseau d’influence. Dictateur pervers, pendant plus de quarante ans, il a envoyé ses sbires dans les écoles, les fêtes et les mariages, quand il ne faisait pas les visites lui-même, afin de rabattre les préadolescentes mignonnes. On les enlevait à leurs familles et on les logeait dans les sous-sols humides et nauséabonds de Bab-al-Azizia, à la disposition du « Guide ». « Prépare-la moi ! » ordonnait-il à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Des matrones maquillaient ces gamines, leur faisait porter des strings et des nuisettes que ces ados effrayées n’avaient jamais vus de leur vie. Ensuite, elles les poussaient dans la chambre de « Papa Muammar » qui les déflorait, les battait, les faisait boire, fumer, sniffer, danser pour lui. Comme Soraya qui, sous pseudo, raconte tout à la journaliste Annick Cojean, elles ont été des dizaines, des centaines à se retrouver souillées à jamais, l’école interrompue pour toujours, accros, enrôlées comme soldates au service du chef suprême, ou mariées à un de ses bodyguards. « Très vite, cela s’est su, explique Dina. Alors, les familles, que dis-je, des tribus entières, ont fui le pays. » Car à la moindre résistance, les représailles retombaient sur les proches : père ou frère emprisonné, mère ou sœur violée, etc.

Les violences sexuelles comme arme de guerre… et de paix
Kadhafi ne se satisfaisait pas des enfants de ses sujets, ce malade se servait aussi dans son propre clan. Dina : « Une de ses belles-filles, épouse d’un de ses fils, nous a dit qu’elle avait plus souvent dû céder à son beau-père qu’assurer son devoir conjugal avec son mari. » Et c’est compter sans le droit de cuissage qu’il s’arrogeait pendant la plupart de ses voyages africains. La petite Soraya évoque « des beautés africaines impeccablement maquillées, qui croyaient juste aller saluer le Guide dans ses appartements, et en ressortaient la jupe déchirée et le teint brouillé ». Ce qu’elle ignorait, c’est le cadeau que Kadhafi réservait à ces épouses coopératives : valises de billets ou rivières de diamants. Il aidait les putschistes et les pachas corrompus de l’Afrique, et se servait en retour, côté femmes et côté soldats. On a vu que durant la révolution en 2011, ses mercenaires arrivaient d’une demi-douzaine de pays.

Dès les premières heures du soulèvement populaire, Kadhafi avait décrété que l’arme de guerre majeure contre les insurgés serait le viol des femmes. Il a ordonné de faire livrer par bateau de Dubai des montagnes de Viagra. Et la consigne était martelée non-stop : « Violez-les d’abord, toutes, les vieilles, les fillettes, comme les autres… Ensuite, tuez-les. » Sur une autre cassette, une petite de 10 ou 11 ans est violée devant son père. Et la malheureuse ne crie qu’une chose : « Papa, ne regarde pas, je t’en supplie ! » Insoutenable. Ils sont des milliers de rebelles à avoir reçu ces vidéos sur leurs portables, histoire de faire passer la menace : « Voilà ce qui vous attend. » Et de fait, quand, durant la révolution, Dina s’est rendue dans les camps de réfugiés à la frontière tunisienne, elle a découvert des dizaines d’histoires, de traumatismes quasi insurmontables, sans parler des blessures physiques, des déchirures, des hémorragies chez ces jeunes filles dont la terreur était d’être tombées enceintes.

Mais comment un tel monstre pouvait-il bénéficier de la protection de nos gouvernements occidentaux ? Dina : « Il y a eu beaucoup de tentatives de coups d’Etat durant ces quarante-deux ans. Mais le régime de Kadhafi tenait bon car il était protégé par les Occidentaux qui le trouvaient moins grave que les islamistes. » Selon elle, nos chefs d’Etat européens, américains savaient. Savaient quoi ? « Des esclaves sexuelles de Kadhafi m’ont dit que certains Occidentaux participaient… » On ne peut s’empêcher de se remémorer le « bunga-bunga » de Berlusconi qui fanfaronnait sur ses folles soirées avec le président Kadhafi. Dina : « Lui a participé à ces bacchanales de l’horreur. Les autres, on ne sait pas. »

Aujourd’hui, au bout de quarante-deux ans d’un règne destructeur pour le pays entier, tout est à reconstruire. A commencer par la parole car la honte est terrible dans les familles. Dina : « Beaucoup veulent nous faire taire. On n’a même pas le droit de donner des estimations chiffrées des victimes. Pendant la guerre, elles furent des milliers qui aidaient les insurgés : arrêtées, violées, violentées. Mais pour celles qui ont survécu, c’est souvent la loi du silence. » Deux étudiantes de Tripoli acceptent de rompre ce mutisme : « Capturées, nous avons été conduites, nues, dans une cellule de prison où nous étions 80, toutes nues, pour nous humilier. Un des gardes nous a désignées : “Emmenez ces deux-là au fils, ça lui fera un repas chaud !” Il parlait d’un des fils de Kadhafi (qui sera tué plus tard). Quant aux autres, elles étaient à la disposition de n’importe quel homme, soldat, garde qui passait par là. On n’avait presque rien à manger ni à boire. Certaines sont mortes de faiblesse, de froid, de leurs blessures… » Quand les rebelles victorieux ont commencé à libérer la ville, ils ont ouvert les prisons. Cette porte-là a résisté. « N’ouvrez pas ! Allez d’abord nous chercher des vêtements », criaient-elles affolées. La pudeur plus forte que le traumatisme.

C’est pourquoi Dina a créé un observatoire. « Il ne faut rester dans le déni ! Ce non-dit va pourrir notre vie. Les traces de ce porc vont rester gravées pendant des années. »


Juifs utiles: Plus de juifs, plus d’antisémitisme (Final solution: French essayist comes up with the ultimate solution to antisemitism)

20 février, 2016
Jewish Population in EuropeJewish Population in Europe
Anti-Semitism
Vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe
Le peuple d’Israël est le premier, le seul peut-être de tous, qui ait cherché en soi-même la coupable origine de ses malheurs dans le monde. Au plus profond de chaque âme juive se cache ce même penchant à concevoir toute infortune comme un châtiment. Theodor Lessing
Les événements de l’histoire humaine, cette chaîne ininterrompue de changements fortuits du pouvoir et d’actions arbitraires, cet océan de sang, de fiel et de sueur serait insupportable si l’homme ne pouvait leur attribuer un sens. Il ne suffit pas pour lui d’assigner à chaque effet une cause, il lui faut donner un sens à chaque événement ; ainsi lorsqu’il dit  » à qui la faute ? », il a déjà émis un jugement moral. Même si les destins des peuples étaient fortuits et même si tout avait pu être autrement, l’homme n’en continuerait pas moins de chercher à interpréter l’événement au plan de la signification logique et de la valeur morale.  Ce besoin de conférer un sens, même à ce qui n’en a guère (c’est-à-dire une souffrance inexpliquée) intervient de deux manières : soit en faisant retomber la faute sur l’autre, soit en se déclarant soi-même coupable… Theodor Lessing
Tout le monde sait grosso modo ce qu’est un «bouc émissaire»: c’est une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. Le bouc émissaire (synonyme approximatif: souffre-douleur) est un individu innocent sur lequel va s’acharner un groupe social pour s’exonérer de sa propre faute ou masquer son échec. Souvent faible ou dans l’incapacité de se rebeller, la victime endosse sans protester la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant comme on dit de «porter le chapeau». Il y dans l’Histoire des boucs émissaires célèbres. Dreyfus par exemple a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force: on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif: c’était le «coupable idéal»… Ainsi le bouc émissaire est une «victime expiatoire», une personne qui paye pour toutes les autres: l’injustice étant à la base de cette élection/désignation, on ne souhaite à personne d’être pris pour le bouc émissaire d’un groupe social, quel qu’il soit (peuple, ethnie, entreprise, école, équipe, famille, secte). René Girard
Le peuple juif, ballotté d’expulsion en expulsion, est bien placé, certes, pour mettre les mythes en question et repérer plus vite que tant d’autres peuples les phénomènes victimaires dont il est souvent la victime. Il fait preuve d’une perspicacité exceptionnelle au sujet des foules persécutrices et de leur tendance à se polariser contre les étrangers, les isolés, les infirmes, les éclopés de toutes sortes. Cet avantage chèrement payé ne diminue en rien l’universalité de la vérité publique, il ne nous permet pas de tenir cette vérité pour relative. René Girard
Des « pieux » mensonges de Sartre pour ne pas désespérer Billancourt, couvrant ainsi les crimes communistes dont il devenait complice de fait… aux mensonges et falsifications de la meute anti-israélienne, couvrant ainsi les crimes terroristes arabo-islamistes dont ils se rendent complices, existe-il une différence de nature? (…) De quoi auraient l’air une Sallenave ou un Pascal Boniface ou encore une Leïla Shahid sans l’appoint d’un quelconque supplétif juif? David Dawidowicz
Le cas de Guy Sorman est révélateur, parce qu’il montre bien comment le rejet des origines conduit à douter de l’avenir d’Israël, et à remettre en cause le droit à l’existence de l’Etat juif. L’analyse du discours de Sorman et des autres « Alterjuifs » permet de comprendre la maladie qui atteint aujourd’hui une grande partie de l’establishment politique israélien : le refus d’assumer l’héritage national juif et la haine des origines »(…) Son livre Les Enfants de Rifaa 2, comporte un chapitre intitulé « Fin du peuple juif », dans lequel Sorman fait sienne l’idée de la disparition inéluctable de l’Etat d’Israël et du judaïsme tout entier. (…) Le point de départ de Sorman est la constatation de l’omniprésence de la question de la Palestine chez ses interlocuteurs musulmans (…) qui amène Sorman à s’interroger sur les causes du conflit israélo-arabe et sur les solutions à y apporter. Mais curieusement, alors même qu’il constate avec lucidité que le monde arabo-musulman « vit en fait dans l’attente de la disparition de l’Etat d’Israël », et qu’il ne se fait guère d’illusion sur la « solution andalouse », ce prétendu « âge d’or » des Juifs d’Andalousie que certains de ses interlocuteurs musulmans voudraient faire revivre en Palestine, sur les ruines de l’Etat d’Israël, Sorman ne développe pas son analyse par la revendication d’un nécessaire aggiornamento du monde musulman, sur ce point comme sur les autres précédemment abordés dans son livre. Et, loin d’encourager ses interlocuteurs musulmans à accepter le fait israélien, ce qui serait conforme à l’esprit général de son livre, Sorman en vient à faire siennes les conclusions de ceux-ci et à intérioriser le projet génocidaire du monde arabo-musulman envers Israël. (…) C’est au cours d’une visite dans la ville de Hébron, en l’an 2000, que Sorman a acquis la conviction que l’Etat d’Israël était une « erreur historique », et était voué à disparaître. (…) Cette description de l’arrivée au caveau des Patriarches à Hébron est pétrie de préjugés anti-israéliens, auxquels se mêle une hostilité visible au judaïsme. Tout d’abord, Sorman conteste le nom du tombeau d’Abraham, appellation consacrée de ce lieu depuis des générations. En mettant en doute la véracité de l’inhumation d’Abraham en ce lieu (rapportée par la Bible, dans le Livre de la Genèse), Sorman se conduit un peu comme un touriste béotien qui refuserait, en chaque endroit, d’accepter les traditions historiques et religieuses. Mais c’est contre la seule tradition juive qu’il dirige son scepticisme absolu. (…) Le chapitre des Enfants de Rifaa, intitulé « Fin du peuple juif » est, en réalité, antérieur au reste du livre. (…) l’ébauche de ce chapitre avait fait l’objet d’une tribune publiée dans Le Figaro du 24 décembre 2001. Dans cet article, intitulé « La survie d’Israël en question », Sorman envisageait l’hypothèse de la disparition de l’Etat juif, rayé de la carte par une bombe chimique ou nucléaire. « Ce scénario est réaliste » expliquait Sorman. « Il est probable que quelques Ben Laden l’ont en tête et que New York, ville juive autant que Tel Aviv, fût [sic] une répétition de ce nouvel holocauste possible ». Cette hypothèse l’amenait à s’interroger sur la survie du judaïsme tout entier, menacé de destruction physique en Israël et de disparition lente par assimilation en diaspora. Mais, loin de s’émouvoir de la possible disparition des Juifs, Sorman prétendait « envisageable » un monde sans Juifs, dans lequel subsisteraient, à titre de legs du judaïsme à l’humanité, le christianisme et l’islam, et aussi « l’ironie qui naît de l’exil ». « Peut-être leur œuvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu’ils [les Juifs] nous quittent », concluait Sorman. C’est donc l’hypothèse d’une possible disparition de l’Etat d’Israël et du judaïsme de diaspora, d’abord envisagée dans cet article du Figaro, qui a fourni la trame au chapitre 11 des Enfants de Rifaa, intitulé « Fin du peuple juif » (sans point d’interrogation). (…) Sorman (…) choisit d’accepter froidement et sans le moindre regret la possibilité de la disparition de l’Etat d’Israël et du judaïsme tout entier (…) Dans son livre Les Enfants de Rifaa, Sorman va encore plus loin : il ne se contente pas d’envisager froidement la possibilité de la disparition du judaïsme, mais en fait la solution du « problème juif » : « il n’y a pas de bonne solution au fait d’être juif, hormis celle de cesser de l’être». L’attitude de Sorman rejoint celle d’autres juifs atteints de cette maladie très particulière, analysée par le philosophe Theodor Lessing : la haine de soi juive 11. Le cas le plus célèbre de cette pathologie est celui d’Otto Weininger, philosophe autrichien qui a résolu de manière radicale son « problème juif », d’abord en se faisant baptiser, puis en se suicidant à l’âge de vingt trois ans. Sorman, comme Weininger, considère le judaïsme comme un « problème » qu’il faut résoudre, de manière radicale. Il ne veut certes pas se suicider, étant attaché à sa propre vie, mais envisage avec sérénité la destruction de l’Etat d’Israël, qui ne lui apparaît pas comme un scandale (comme à Raymond Aron) mais comme la fin inéluctable de l’entreprise sioniste, vouée à l’échec dès l’origine. Cette conclusion n’est pas tant le fruit d’une réflexion indépendante sur la question juive (à laquelle Sorman ne s’est jamais, de son propre aveu, intéressé) que l’intériorisation du rejet d’Israël par ses interlocuteurs musulmans, rencontrés au cours de ses nombreux voyages. (…) Sorman justifie donc l’espoir de destruction de l’Etat juif, qu’il partage avec ses interlocuteurs musulmans « modérés ». Le raisonnement de Sorman peut se résumer ainsi : le conflit israélo-arabe est insoluble, puisque les musulmans, même modérés, n’accepteront jamais l’existence de l’Etat juif. Il vaut donc mieux que celui-ci disparaisse… Ce syllogisme ressemble à celui qui sous-tend l’attitude d’un Otto Weininger : puisque les antisémites ne m’accepteront jamais et me haïront toujours, il vaut mieux que je disparaisse. Weininger a choisi le suicide comme solution radicale de son « problème juif ». Sorman prône, quant à lui, la disparition d’Israël comme solution du conflit israélo-arabe. (…) L’idée que les Juifs auraient « achevé » leur œuvre et qu’ils pourraient donc disparaître évoque la conception chrétienne traditionnelle du Nouvel Israël ; mais le christianisme pré-conciliaire acceptait au moins que les Juifs subsistent en tant que témoins… Sorman, qui considère comme inéluctable (et même souhaitable) la disparition totale du judaïsme, est par contre convaincu qu’ « il restera toujours des musulmans ». Ainsi, son plaidoyer pour un islam moderne et éclairé prend un sens tout à fait different, au regard de ses positions radicales concernant Israël. Pour lui, l’émergence d’un islam éclairé n’implique absolument pas l’acceptation du fait israélien. (…) Sorman a beau jeu de prétendre que sa conception de la disparition nécessaire d’Israël relève de la spéculation intellectuelle, en écrivant que « Dieu seul sait si cette vision d’Apocalypse est excessive ou fondée »… Sa responsabilité d’intellectuel n’en est pas moins grande. En envisageant froidement la disparition des Juifs de la surface de la terre, Sorman apporte une caution inestimable à ceux qui œuvrent concrètement pour que cette « vision d’Apocalypse » devienne réalité. La thématique des Enfants de Rifaa est tout à fait significative de l’esprit du temps. Invoquer « l’islam des Lumières », faire preuve de compréhension envers les régimes musulmans les plus rétrogrades comme celui de l’Arabie Saoudite, et rejeter dans le même temps Israël du côté des ténèbres, tout en attendant sa prochaine disparition. Le discours d’un Sorman n’est pas sans conséquence : il sert, en effet, de légitimation aux volontés génocidaires des pires ennemis de l’Etat juif, et aux considérations de realpolitik des diplomates du Quai d’Orsay et des autres chancelleries occidentales, qui sont intimement persuadés, comme la majorité des interlocuteurs musulmans de Sorman, que l’Etat d’Israël est provisoire et qu’il aura bientôt disparu. Chaque époque a les intellectuels qu’elle mérite. En juin 1967, l’ombre d’Auschwitz, qui planait sur Israël, avait conduit de nombreux écrivains français, juifs et non juifs, à prendre la défense du petit Etat hébreu menacé de destruction. Quarante ans plus tard, il est beaucoup plus « tendance », pour un écrivain français, de célébrer « l’Islam des Lumières », de chanter les louanges de la charia, tout en prédisant la prochaine disparition d’Israël et des Juifs. P.I. Lurçat
D’abord à partir des années 2000, l’intégrisme islamique s’en est pris aux Français juifs qui jouissaient  jusqu’alors pleinement de leur appartenance à la nation française et de la protection dont peuvent se prévaloir tous les citoyens. La pression agressive que l’islamisme en France a fait peser sur eux, en toute impunité puisque l’origine du mal n’a jamais été mentionnée par nos dirigeants, a de facto scindée notre nation en deux. Ceux qui bénéficiaient de la protection de notre pays et ceux dont cette protection n’était plus totalement garantie dans les faits. Il s’agit donc d’une première dégradation infligée à notre pays, incapable de trouver en lui-même la volonté de défendre une partie de sa population dont la valeur symbolique est cependant très grande de par le pacte bicentenaire scellé entre la France, sa République et les juifs de notre pays. La France, première nation à leur reconnaître la pleine citoyenneté, tandis que ceux-ci  reconnaissaient et acceptaient pleinement leurs devoirs envers elle. Le symbole est d’autant plus fort que cette appartenance pleine et entière a donné à notre République, dès l’origine, un contenu concret au mot « Fraternité » de sa devise, ainsi que l’avait voulu Bonaparte, puis Napoléon. C’est cette Fraternité qui a été attaquée et mise à mal par les islamistes dans une presque totale   indifférence générale. Le symbole est également d’autant plus fort trois-quarts de siècle à peine après la trahison de Vichy, et alors que tout le monde avait dit « plus jamais ça ». Ainsi les Français juifs se retrouvèrent en première ligne dans l’affrontement que l’islam radical a déclenché contre notre pays. Tout en assouvissant leur passion hideuse antisémite, il s’agissait  de montrer que nous n’avons pas le courage de nos meilleures résolutions, que nous ne sommes pas à la hauteur de notre devise nationale, à la hauteur de notre histoire, que nous n’avons plus aucune valeur à défendre si ce n’est, chacun d’entre nous, sa propre vie, sa propre situation personnelle. Le contraire d’une nation rassemblée. Or, l’intégration du judaïsme à la France peut servir de modèle à l’intégration de l’islam à la France, et c’est ce modèle même que l’islamisme cherche à détruire. Puis, l’islam radical s’en est pris à ceux qui s’expriment, par le dessin avec Charlie, le cinéma avec Theo van Gogh, sans compter tous ceux qui ont été menacés de mort, des écrivains, des philosophes. Michel Houellebecq, avant de publier son dernier livre, l’a fait relire par des experts en radicalisme islamique pour s’assurer que sa vie ne sera pas trop menacée. L’intimidation et la menace se sont ainsi portées sur les voix capables d’exprimer les réalités que nos politiques feignaient de ne pas voir. Le front s’est donc ainsi étendu sur le champ de la parole et de la culture. Les attentats du Bataclan l’ont étendu à la population toute entière. Le déni commence à se dissiper partiellement, les politiques ne pouvant pas passer ces attentats par pertes et profits comme cela a été le cas avec Charlie. Néanmoins, ils peinent à en tirer toutes les conclusions. (…) Le contexte général est la montée mondiale de l’intégrisme islamique dans de nombreux pays à majorité ou à forte population musulmane, dont l’origine tient, au moins en partie, à l’idéologie wahhabite, au salafisme ou encore à celle des Frères musulmans qui se répandent par tout un réseau d’associations culturelles, de mosquées, de publications. L’état d’esprit de rejet de l’autre et de conquête qui en résulte chez les intégristes, n’a pas jusqu’alors rencontré la résistance nécessaire grâce à l’arme de la culpabilisation occidentale, à l’aide des complices de l’islamisme qui infusent la haine de soi depuis des décennies et à une grande lâcheté ou un grand désarroi de nos dirigeants.  (…) La notion de droits individuels qui tend à supplanter tout autre impératif collectif dans notre société a étendu le champ du droit au détriment du champ politique. C’est une tendance séculaire magistralement décrite par Jean-Claude Michéa dans un texte sur le libéralisme politique, de ses origines, à la fin des guerres de religions, jusqu’à aujourd’hui. Dès lors, il est de plus en plus difficile d’opposer des valeurs collectives à ce qui est présenté comme des revendications de droits individuels. Il suffit donc de présenter les revendications de l’islam politique comme étant de simples revendications de nouveaux droits individuels, tout en jouant sur toute une palette de sentiments que les intégristes musulmans connaissent parfaitement lorsqu’ils exercent leurs pressions sur nos édiles pour faire reculer le champ républicain, le champ national :  la culpabilité du représentant de la « puissance coloniale », la crainte de désordres éventuels que l’interlocuteur prétend pouvoir contrôler et calmer alors qu’il en est l’un des principaux organisateurs, le désir d’être réélu… (…) L’affaiblissement des élus et de tous les acteurs qui sont en première ligne est bien sûr aggravé par le discours général d’une partie des responsables politiques nationaux, de la presse parisienne et des radios et télévisions publiques et privées, ainsi que d’un grand nombre d’associations qu’elles relaient complaisamment. Certaines de ces associations dénigrent, dégradent, rabaissent tout ce que la France représente, toute prétention de sa part à une légitimité historique et politique et donc à représenter l’avenir. C’est le discours sur « la France rance ». Il devient dès lors de plus en plus difficile d’intégrer et d’assimiler à la nation des populations à qui l’on explique que leurs ancêtres ont été maltraités par une  France haineuse et dont les représentants d’aujourd’hui seraient les héritiers qui n’ont rien appris ni rien oublié. Les intégristes islamistes remplissent ainsi le champ politique abandonné par la France, et en repoussent progressivement les limites, en jouant donc sur la notion d’extension des droits individuels. Ce mouvement s’appuie sur l’habitude de notre société de toujours céder aux exigences de nouveaux droits individuels et sur la délégitimation de l’exigence du respect de valeurs collectives. Il s’appuie aussi sur le fait que le communautarisme tend, par construction, à amalgamer les individus à leur communauté supposée. Changer la règle pour une communauté donnée, dans l’esprit de certains de nos édiles, revient à donner des droits individuels à chacun de ses membres. Notre pays suit ainsi le chemin inverse qui avait été le sien lors de sa construction. La nation devient le cadre oppressif dont il faut se défaire pour recréer des communautés – des féodalités – émancipatrices de la nation. Pendant longtemps, l’islamisme violent, celui qui commet des attentats, celui qui tue, et l’intégrisme islamique ont évolué dans une relative indépendance l’un de l’autre. D’abord parce que l’islamisme violent, le djihadisme, n’existait pas chez nous. La montée de l’antisémitisme depuis les années 2000, la progression du communautarisme et le recul de la République ne sont ainsi pas la conséquence du djihadisme, mais du travail de sape constant de l’intégrisme islamique, du progrès de son discours et des progrès de la force de son emprise sur un nombre croissant de personnes. L’émergence du djihadisme est beaucoup plus récente, et on peut la faire remonter à Merah, même s’il y a eu de lâches et odieux  assassinats aux motivations antisémites auparavant, dont Ilan Halimi. Un objectif commun anime les intégristes musulmans et les djihadistes : l’extension de l’islam comme force politique supplantant la France républicaine, même si les méthodes sont différentes. Les discours des uns fournissent le substrat de la radicalisation des autres. Les djihadistes peuvent compter sur la complicité des intégristes, ou du moins de la partie la plus radicale d’entre eux, pour les cacher, les nourrir, les aider à mener une vie normale jusqu’au passage à l’acte, et leur fournir la logistique pour le faire. Sans cela, Salah Abdeslam aurait été arrêté depuis longtemps, alors que les polices belges et européennes continuent à le chercher. Il y a un continuum entre le simple rejet, la haine et la  radicalisation la plus extrémiste. Néanmoins, jusqu’alors, les deux phénomènes ont agi de manière relativement indépendante l’un de l’autre. Les menaces de mort dont une femme politique du Val d’Oise (Laurence Marchand-Taillade est secrétaire nationale du PRG, ndlr) est la cible annonce la convergence de leurs actions. Celle-ci a dénoncé la tenue d’un rassemblement de l’UOIF en présence de Tariq Ramadan. On peut trouver en effet dans ces rassemblements de nombreux intégristes aux discours incompatibles avec nos valeurs nationales et républicaines. Ces menaces djihadistes contre Laurence Marchand-Taillade annoncent ainsi que le djihadisme vient en support direct de l’intégrisme, en intimidant et en menaçant de faire taire ses opposants de manière définitive. Dorénavant, les personnes qui s’opposeront légalement et démocratiquement aux entreprises antidémocratiques, antirépublicaines et antifrançaises des intégristes tels que les Frères musulmans, feront l’objet des mêmes menaces de mort de la part des djihadistes, dont on sait qu’elles peuvent effectivement être mises à l’exécution. Cela rend la lutte contre l’islamisme radical, ainsi que le renforcement de notre détermination à défendre nos valeurs et nos institutions d’autant plus nécessaires et urgents. Robert Louis Norrès
In 1939, there were 16.6 million Jews worldwide, and a majority of them – 9.5 million, or 57% – lived in Europe, according to DellaPergola’s estimates. By the end of World War II, in 1945, the Jewish population of Europe had shrunk to 3.8 million, or 35% of the world’s 11 million Jews. About 6 million European Jews were killed during the Holocaust, according to common estimates. Since then, the global Jewish population – estimated by Pew Research at 14 million as of 2010 – has risen, but it is still smaller than it was before the Holocaust. And in the decades since 1945, the Jewish population in Europe has continued to decline. In 1960, it was about 3.2 million; by 1991, it fell to 2 million, according to DellaPergola’s estimates. Now, there are about 1.4 million Jews in Europe – just 10% of the world’s Jewish population, and 0.2% of Europe’s total population. Measuring Jewish populations, especially in places like Europe and the United States where Jews are a small minority, is fraught with difficulty. This is due to the complexity both of measuring small populations and of Jewish identity, which can be defined by ethnicity or religion. As a result, estimates vary, but Pew Research’s recent figures are similar to those reported by DellaPergola, one of the world’s leading experts on Jewish demography. In Eastern Europe, a once large and vibrant Jewish population has nearly disappeared. DellaPergola estimates that there were 3.4 million Jews in the European portions of the Soviet Union as of 1939. Many were killed in the Holocaust, and others moved to Israel or elsewhere. Today, a tiny fraction of the former Soviet republics’ population – an estimated 310,000 people – are Jews. Similar trends have occurred in Eastern European countries that were outside the USSR, including Poland, Hungary, Romania and several other nations. Collectively, they were home to about 4.7 million Jews in 1939, but now there are probably fewer than 100,000 Jews in all these countries combined. Much of the postwar decline has been a result of emigration to Israel, which declared its independence as a Jewish state in 1948. The Jewish population of Israel has grown from about half a million in 1945 to 5.6 million in 2010. But there are other possible factors in the decline of European Jewry, including intermarriage and cultural assimilation. Pew Research
Il faut savoir que le CCIF comptabilisait à l’époque comme «actes islamophobes» des faits aussi divers qu’une question posée à une jeune femme voilée lors d’un entretien à l’ANPE, des règlements de compte crapuleux, des vols relevant du simple droit commun, des propos jugés insultants et, beaucoup plus graves, des expulsions de prédicateurs violemment antisémites et appelant au djihad contre les infidèles et l’Occident, voire en lien avec des entreprises terroristes. (…) Je tiens ici à préciser que parmi les 806 actes antisémites constatés sur à peine 1 % de la population, il y a eu en 2015 quatre victimes juives massacrées à l’HyperCasher parce qu’elles étaient juives – et que la policière Clarissa Jean-Philippe a été abattue parce qu’elle était postée à proximité d’une synagogue et d’une école juive, ainsi que plusieurs agressions au couteau particulièrement graves, destinées à tuer et ayant entraîné des blessures sanglantes, portées dans la rue contre des concitoyens juifs parce que juifs. (…) Je pense d’ailleurs que l’on gagnerait en sérénité si, plutôt que se saisir de faits dont on ignore les causes et de les relayer dans tous les médias, on les considérait non pas en raison du nombre de plaintes déposées, mais après résultat d’enquêtes. Il faudrait analyser dans le détail les dates, les faits, les auteurs et les motivations. Peut-être conviendrait-il aussi d’étudier de près les menaces et les discours que des prédicateurs proches des courants fréristes, salafistes, wahhabites délivrent à leurs fidèles ou lancent contre des personnalités dont le seul tort est de s’exprimer. N’oublions jamais qu’être accusé d’être islamophobe tue. Isabelle Kersimon
« Dionysos contre le ‘crucifié’  » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Dans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
C’est la communauté juive qui détruit toujours cet ordre. Elle provoque constamment la révolte du faible contre le fort, de la bestialité contre l’intelligence, de la quantité contre qualité. Il a fallu quatorze siècles au christianisme pour atteindre le sommet de la sauvagerie et de la stupidité. Nous aurions donc tort de pécher par excès de confiance et proclamer notre victoire définitive sur le bolchevisme. Plus nous rendrons les Juifs incapables de nous nuire, plus nous nous protégerons de ce danger. Le Juif joue dans la nature le rôle d’un élément catalyseur. Un peuple débarrassé de ses Juifs retourne spontanément à l’ordre naturel. Adolf Hitler
Le coup le plus dur qui ait jamais frappé l’humanité fut l’avènement du christianisme. Le bolchevisme est un enfant illégitime du christianisme. Tous deux sont des inventions du Juif. C’est par le christianisme que le mensonge délibéré en matière de religion a été introduit dans le monde. Le bolchevisme pratique un mensonge de même nature quand il prétend apporter la liberté aux hommes, alors qu’en réalité il ne veut faire d’eux que des esclaves. Dans le monde antique, les relations entre les hommes et les dieux étaient fondées sur un respect instinctif. C’était un monde éclairé par l’idée de tolérance. Le christianisme fut la première croyance dans le monde à exterminer ses adversaires au nom de l’amour. Sa marque est l’intolérance.  Adolf Hitler (Libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, 11-12 juillet 1941)
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. […] Mais il n’est pas question que le national-socialisme se mette un jour à singer la religion en établissant une forme de culte. Sa seule ambition doit être de construire scientifiquement une doctrine qui ne soit rien de plus qu’un hommage à la raison […] Il n’est donc pas opportun de nous lancer maintenant dans un combat avec les Églises. Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle. Une mort lente a quelque chose d’apaisant. Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. La religion devra faire de plus en plus de concessions. Les mythes se délabrent peu à peu. Il ne reste plus qu’à prouver que dans la nature il n’existe aucune frontière entre l’organique et l’inorganique. Quand la connaissance de l’univers se sera largement répandue, quand la plupart des hommes sauront que les étoiles ne sont pas des sources de lumière mais des mondes, peut-être des mondes habités comme le nôtre, alors la doctrine chrétienne sera convaincue d’absurdité […] Tout bien considéré, nous n’avons aucune raison de souhaiter que les Italiens et les Espagnols se libèrent de la drogue du christianisme. Soyons les seuls à être immunisés contre cette maladie. Adolf Hitler (Libres propos sur la guerre et la paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, , 10-14 octobre 1941)
Il n’y avait qu’un seul juif honnête, et il s’est suicidé. Adolf Hitler
J’ai été allemand à un tel point que je ne m’en rends vraiment compte qu’aujourd’hui. Fritz Haber
On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui, et à l’exception d’une admirable minorité en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier. Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoîsent les palestiniens. Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les palestiniens. Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux palestiniens. Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité . Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, ‹ bouc-émissarisent › Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher. Edgar Morin
Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Charles Enderlin
A Gaza et dans les territoires occupés, ils ont [les meurtres de violées] représenté deux tiers des homicides » (…) Les femmes palestiniennes violées par les soldats israéliens sont systématiquement tuées par leur propre famille. Ici, le viol devient un crime de guerre, car les soldats israéliens agissent en parfaite connaissance de cause. Sara Daniel (Le Nouvel Observateur, le 8 novembre 2001)
Changez les noms. Mettez ici à la place d’Itzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix. Régis Debray
J’ai trouvé des minorités chrétiennes assaillies par la violence, par l’exode, la dénatalité, le chômage. Entre l’étau israélien et l’hostilité islamique, ils sont suspects pour tout le monde. L’Occident les lâche : trop arabes pour la droite et trop chrétiens pour la gauche. Ce sont pourtant eux qui ont modernisé le monde arabe. Au Xe siècle, ils ont traduit en arabe la culture grecque et au XXe, ils ont été à la pointe de la laïcisation. Ils ont joué un peu le même rôle que les Juifs en Occident au XIXe et subissent un antichristianisme qui rappelle l’antisémitisme d’antan. Et l’invasion américaine en Irak a empiré la donne, en provoquant l’exode massif des chrétiens assimilés à une cinquième colonne. M. Bush a pour ainsi dire islamisé à mort toute la région. (…) Il est grotesque et contre-productif de couper les ponts avec ces forces-là. Nous entretenons leur expansion. Les Américains bien sûr, mais aussi les Européens qui se cachent derrière eux. La religion prend la relève d’une faillite des mouvements laïcs, à laquelle nous avons contribué. (…) Je suis partagé entre mon admiration éthico-intellectuelle pour un formidable exploit de modernité laïque et suis rebuté par la remontée d’un nationalisme théologique qui fait revenir au premier plan l’archaïque et le tribal. Quand je vois des colons, francophones ou américains, arborer devant le mur des Lamentations I am a superjew et faire les fiers-à-bras en tee-shirt devant les Arabes, je suis consterné. (…) L’Europe paie largement l’Autorité palestinienne et ses 150 000 fonctionnaires. Elle finance aussi les infrastructures des Territoires, routes, écoles, hôpitaux. Israël les démolit régulièrement. L’Europe paie et se tait ! Elle aurait pu conditionner son aide à l’Autorité, qui soulage l’occupant, au respect des accords et du calendrier en Cisjordanie, où la colonisation continue de plus belle. L’Europe s’offre une bonne conscience avec de l’humanitaire. Pourtant, sortir de sa passivité serait servir les intérêts à long terme d’Israël. Mais l’Europe ne peut pas se distinguer de l’Amérique pour des raisons historiques : elle craint de se faire taxer d’antisémitisme. Régis Debray (2009)
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
It’s often claimed that there’s… no causal nexus between Israeli actions and anti-Semitism, that you can’t blame it on Israel, that there’s no connection between the… spikes in Israeli violence against Palestinians and the upticks in anti-Semitic violence. When in fact if you go through the evidence collected over many years, that’s exactly what the evidence does show: each time Israel launches another of its murderous assaults, anti-semitic incidents peak in Europe. And they’re often perpetrated by disaffected angry Muslim youth. If in recent times, a larger fraction of these incidents are violent, it’s the blowback from the brutish fanaticism currently plaguing the Arab Muslim world. Now if you’re really concerned about these spurts of anti-Semitism, and you want to contain them, then there are obvious things you can do. Israel can simply stop calling itself a Jewish state, so Jews wouldn’t have to bear the burden for its criminal actions. And … official Jewish organizations in the diaspora, they could cease defending Israel’s criminal actions so it won’t appear as if Israel when it carries out these actions is acting in the name of the Jewish people. Norman Finkelstein
Deborah E. Lipstadt makes far too little of the relationship between Israel’s policies in the West Bank and Gaza and growing anti-Semitism in Europe and beyond. The trend to which she alludes parallels the carnage in Gaza over the last five years, not to mention the perpetually stalled peace talks and the continuing occupation of the West Bank. As hope for a two-state solution fades and Palestinian casualties continue to mount, the best antidote to anti-Semitism would be for Israel’s patrons abroad to press the government of Prime Minister Benjamin Netanyahu for final-status resolution to the Palestinian question. Rev. Bruce M. Shipman (Yale, Groton, Conn., Aug. 21, 2014)
Que le Président Nasser veuille ouvertement détruire un Etat membre des Nations Unies ne trouble pas la conscience délicate de Mme Nehru. Etacide, biensûr, n’est pas génocide. Et les Juifs français qui ont donné leur âme à tous les révolutionnaires noirs, bruns ou jaunes hurlent maintenant de douleur pendant que leurs amis hurlent à la mort. Je souffre comme eux, avec eux, quoi qu’ils aient dit ou fait, non parce que nous sommes devenus sionistes ou israéliens, mais parce que monte en nous un mouvement irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient. Si les grandes puissances, selon le calcul froid de leurs intérêts, laissaient détruire le petit Etat qui n’est pas le mien, ce crime, modeste à l’échelle du nombre, m’enlèverait la force de vivre et je crois que des milliers et des milliers d’hommes auraient honte de l’humanité. Raymond Aron (Le Figaro littéraire, 4 juin 1967)
Parmi ce peuple, qui va se restreignant et se dissolvant, les citoyens de l’Etat d’Israël ne représentent à leur tour que la minorité d’une minorité. Si bien que ce qui est en jeu au Proche-Orient n’est pas tant le sort des Palestiniens que la disparition programmée d’Israël, comme Etat, comme peuple, comme porteur d’un message si message il y a. Au rebours des images, des violences, du bruit des armes et des commentaires dominants, à la mesure de l’histoire, le fort n’est donc pas celui que l’on croit et le faible n’est pas celui que l’on dit. Qu’est-ce en effet qu’une riposte israélienne aussi brutale soit-elle contre des Palestiniens que l’on qualifiera au choix de résistants ou terroristes? Au mieux du temps gagné. Mais à la mesure de l’histoire, pas même de l’histoire longue mais d’une génération, que pèsent trois millions d’Israéliens face à deux cents millions d’Arabes dont les Palestiniens ne constituent qu’une phalange avancée et militante. Les Palestiniens le savent et le monde arabe plus encore; à terme, le nombre l’emporte et la démographie sera probablement victorieuse sur toutes les stratégies et tous les pieux espoirs («processus») de paix. Quelle paix d’ailleurs?Imagine-t-on vraiment les Palestiniens et le monde arabe se satisfaisant d’un Etat-croupion, enclavé et non viable? L’Etat palestinien peut incarner l’espoir d’une élite locale en quête de reconnaissance internationale et de postes, mais en quoi le peuple palestinien y trouverait-il son compte, économique ou politique? L’aspiration ultime du monde arabo-musulman est de constituer la communauté des croyants sinon de l’islam tout entier mais au moins celle du monde arabe, une aspiration parfaitement légitime. Mais Israël n’y a pas sa place, la colonie juive est comme une encoche dans ce rêve; nulle surprise que ce songe arabe, légitime, répétons-le, ne conçoive pas Israël comme autre chose qu’un avatar de la colonisation franque; le royaume de Jérusalem dura un siècle, les Arabes se le rappellent. L’Israël moderne aurait-il déjà accompli la moitié de son parcours historique? Ou plus peut-être? Car il suffirait d’une bombe, une seule, chimique, nucléaire ou sale comme l’appellent aujourd’hui les stratèges pour qu’Israël soit rayé de la carte. Imaginons un instant l’équivalent de l’attentat du 11 septembre perpétré contre Tel-Aviv? Rien n’est moins simple désormais que de le concevoir puisque le précédent existe; les combustibles sont en libre circulation et le nombre des candidats au suicide à l’évidence plus que suffisant. Une bombe suffirait donc pour que disparaisse la plus grande part de la population d’Israël et que le reste fuit sans attendre son extermination finale. Ce scénario est réaliste; il est probable que quelques Ben Laden l’ont en tête et que New York, ville juive autant que Tel-Aviv, fut une répétition de ce nouvel holocauste possible. Que dirait alors le monde, ou «la communauté internationale?» Comme pour l’holocauste précédent, ils s’en repentiraient. Pourrait-on empêcher cela, le prévenir? On n’en prend pas le chemin puisque tout se passe, au niveau diplomatique et de l’opinion alimentée par les médias comme si une paix de type immobilier suffirait à mettre un terme à un conflit que l’on voudrait croire géographique mais qui est au moins métaphysique. La survie d’Israël et non pas celle des Palestiniens n’est pas véritablement prise en considération; elle supposerait d’ailleurs un accord non pas avec les seuls Palestiniens mais avec tous les Etats arabes environnants dont on ne voit pas qu’ils sont même sollicités pour respecter la survie d’Israël; au surplus, conclura-t-on jamais un traité respecté entre les arrière-pensées?. Juifs sans Israël?Si Israël disparaissait, il n’y aurait plus d’Israéliens. Resterait-il des juifs?La diaspora, avons-nous observé, est la condition historique quasi normale du peuple juif; n’a-t-il pas survécu deux mille ans en diaspora? Mais le monde a changé et les juifs aussi; aux Etats-Unis, en Europe, en Russie, en Argentine, les ultimes grandes communautés en exil, le taux des mariages mixtes évolue entre 50 et 70%; si les enfants de mères juives restent techniquement juifs si l’on peut dire, les enfants des hommes qui ne le sont pas cessent d’appartenir au peuple juif. (…) Imaginera-t-on un monde sans juifs? Pourquoi pas? Claude Lévi-Strauss interrogé sur cette perspective fit observer que les peuples disparus jonchent l’Histoire de l’humanité et qu’il s’en fallut de peu pour que les nazis ne réussissent leur pari d’extermination. Si les juifs disparaissaient, hors quelques sectes intégristes subsidiaires, qu’auraient-ils légué au monde? Le christianisme tout d’abord et aussi paradoxalement l’islam; sans les juifs, sans la Bible, pas de Christ, pas de Mahomet. Le judaïsme survivrait donc pour l’éternité prévisible chez ceux-là mêmes qui voudraient s’en défaire. Un autre legs aussi: l’ironie qui naît de l’exil. Parce que les juifs sont en exil, quel que soit le lieu où ils habitent, ils ont toujours porté sur le monde un regard distancié, qui éclaire leur humour insupportable et les théories qui en sont nées. Si tant de juifs ont interprété le monde autrement que du premier regard, de Freud à Marx, de Schomberg à Kandinsky, ce n’est pas du fait d’un génie particulier, mais parce qu’ils ont toujours occupé par rapport à ce monde une situation oblique. Ce décalage conduit à voir autrement ou à apercevoir une vérité qui porte au-delà de la réalité. Un monde sans juifs est-il envisageable? Il resterait alors le souvenir des juifs et une interprétation du monde qui n’eut pas été la même sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur oeuvre est-elle achevée et les temps sont mûrs pour qu’ils nous quittent. Telle est du moins l’interrogation fondamentale que devrait susciter la fin possible d’Israël comme nation et celle de la diaspora qui va se dissolvant dans les étreintes conjugales. Cette jérémiade est-elle infondée? Dieu seul le sait. Guy Sorman
Où que l’on se trouve dans le monde musulman, quelle que soit la distance géographique qui sépare de la Palestine, la question surgit, même quand on voudrait l’éviter. Certes, plus on s’éloigne du monde arabe, vers le Bangladesh, Djakarta ou l’Afrique au sud du Sahara, les musulmans passent de l’engagement à l’inquiétude, de la posture à la rhétorique… Mais ne nions pas que, outre le Coran, les musulmans estiment avoir la Palestine en commun. (…) Certains événements minuscules ou cocasses modifient radicalement le regard que l’on porte sur le monde. Avant Hébron, je ne m’étais jamais trop interrogé sur l’Etat d’Israël : on ne peut penser à tout. Depuis Hébron j’ai une conviction bien ancrée : l’Etat d’Israël est une erreur historique, les Juifs n’avaient pas vocation à créer un Etat. (…) « Etes-vous juif ? » Au cours de ma déjà longue existence protégée d’intellectuel français né après l’Holocauste, cette question ne me fut jamais posée qu’une seule fois, sur un mode agressif. C’était en Palestine, en l’an 2000, à l’entrée de la ville d’Hébron… Le soldat était un Israélien d’origine éthiopienne : un Falacha, reconnu comme Juif en un temps où Israël manquait d’immigrés nouveaux pour meubler les bas échelons de la nation. Les Russes n’étaient pas encore arrivés !  (…) A l’entrée du tombeau dit d’Abraham, il me fallut à nouveau arbitrer entre les trois confessions issues de cet ancêtre… Je fus un instant tenté par l’islam chiite ; mon compagnon palestinien m’en dissuada. Je m’en retournai donc au judaïsme et empruntai le chemin réservé à ma race. A l’intérieur du sépulcre, chaque armée protégeait les siens . (…) il n’y a pas de bonne solution au fait d’être juif, hormis celle de cesser de l’être. (…) Pour ceux qui veulent bien écouter les Arabes, l’attente de la fin d’Israël, active ou contemplative, reflète une conviction profonde. Peu le disent, de crainte de passer pour des extrémistes ; tous le pensent plus ou moins confusément. Dans l’Egypte en paix avec Israël depuis plus de 20 ans, les plus tolérants font preuve de patience, tout en nourrissant l’espoir que leur pays ne sera pas impliqué dans la disparition d’Israël. (…) Les modérés à la manière de Hassan Hanafi se demandent pour quelle obscure raison les Juifs s’accrochent à ce lambeau de terre si inhospitalier, alors que le monde est si vaste et qu’un grand nombre d’Israéliens, en sus de leur passeport israélien, ont une nationalité en réserve : française, américaine, argentine, etc. On se le demande aussi. (…) Un monde sans Juifs est envisageable ; il y subsisterait le souvenir des Juifs, une interprétation du monde qui n’eût pas été possible sans leur faculté de le décoder. Peut-être leur œuvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu’ils se dissolvent dans l’Occident ? (…) En revanche, il restera toujours des musulmans, Que cette vision d’Apocalypse sur la fin des Juifs soit excessive ou fondée, Dieu seul le sait. (…) La charia s’y applique : il arrive que l’on coupe en public la main d’un voleur ; certaines femmes adultères auraient été liquidées, sans témoins. Il faut s’en émouvoir, tout en sachant qu’en pratique ces châtiments publics sont rares, car les voleurs peu nombreux.  Guy Sorman (Les enfants de Rifaa)
Pour conclure sur une note moins optimiste, force est d’admettre que les nations semblent ne pas pouvoir se passer d’un bouc émissaire. Dans ce rôle tragique, l’Arabe n’a-t-il pas remplacé le Juif ? C’est envisageable et ceci invite à lutter contre l’islamophobie sans attendre une Shoah ou une affaire Dreyfus. Je ne néglige pas le “radicalisme islamique”, mais voila un tout autre sujet. Guy Sorman
On m’objectera, en France surtout, où la communauté juive est en majorité issue d’Afrique du Nord, que des Juifs sont victimes d’actes criminels. Rarissimes, ils sont commis par de jeunes Arabes qui reconstituent, dans leurs quartiers de Paris ou Marseille, le conflit israélo-palestinien. Or, on ne saurait confondre antisionisme et antisémitisme. L’antisionisme est fondé sur une situation réelle : les Palestiniens ne sont pas mythiques, leurs revendications non plus bien que difficiles à satisfaire. Guy Sorman

Bon sang, mais c’est bien sûr !

A l’heure où entre assimilation, pression antisémite et lâcheté ou déni de nos élites, la population juive mondiale semble se diriger vers une extinction naturelle

Et où, de Fabius à Sanders et hormis quelques derniers petits réduits de jeunes Arabes antisionistes, la place des juifs dans les plus hautes sphères ne semble plus faire problème …

Comment ne  pas voir l’évidence avec l’essayiste français et plus pur représentant du juif assimilé Guy Sorman ?

Le vieux rêve de l’extinction de l’antisémitisme est désormais à notre portée …

Puisqu’il ne dépend dorénavant plus… que de l’extinction du sionisme et de l’Etat d’Israël !

L’extinction de l’antisémitisme
Guy Sorman

L’Hebdo

19.02.2016

Bernie Sanders, candidat à la Maison Blanche, est juif : qui s’en soucie ? Nul n’en fait mention dans la campagne, les électeurs y sont indifférents. Ce n’aurait pas été le cas il y a une génération : rappelons que, jusque dans les années 1960, les universités américaines opposaient de fait un numerus clausus aux candidats juifs. En France, le nouveau président du Conseil constitutionnel, la plus haute instance juridique, Laurent Fabius, est d’origine juive : le fait est passé inaperçu. La nouvelle ministre de la Culture est juive : aurait-on imaginé cela au pays de l’affaire Dreyfus et du Maréchal Pétain, le collaborateur le plus enthousiaste du nazisme ? En Espagne, les descendants des Juifs expulsés en 1492, s’ils le demandent, peuvent retrouver leur nationalité d’origine. On m’objectera, en France surtout, où la communauté juive est en majorité issue d’Afrique du Nord, que des Juifs sont victimes d’actes criminels. Rarissimes, ils sont commis par de jeunes Arabes qui reconstituent, dans leurs quartiers de Paris ou Marseille, le conflit israélo-palestinien. Or, on ne saurait confondre antisionisme et antisémitisme.

L’antisionisme est fondé sur une situation réelle : les Palestiniens ne sont pas mythiques, leurs revendications non plus bien que difficiles à satisfaire. L’antisémitisme, lui, était entièrement mythique : le Juif n’était pas une personne réelle, mais une construction, mystique et politique. L’extermination des communautés juives, qui commence en France et en Allemagne aux environs de l’An Mille, puis dans le sillage des Croisades, débute presque toujours par une accusation de crime rituelle : un enfant chrétien aurait été égorgé pour que son sang soit mêlé à la confection du pain de la Pâque juive. Les ultimes pogroms, en Russie, au début du XXe siècle, démarrent encore sur ce mythe. Pendant mille ans, le Juif fut, en Occident, le bouc émissaire de référence qui explique mauvaises récoltes, crises économiques, faillites bancaires. Pendant mille ans, les Juifs supposés tous riches alors qu’ils vivent à peu près tous dans la misère, seront expulsés, massacrés, dépouillés de ce qu’ils ne possèdent pas. Et l’antisémitisme ordinaire se fonde sur l’accusation de “Déicide”, jusqu’à ce que le Concile Vatican II efface cette mention de l’office de Pâques. Ce caractère mythique de l’antisémitisme est attesté par l’absence de relation entre le nombre de Juifs et la virulence de l’antisémitisme : quand éclate l’affaire Dreyfus, ils ne sont pas soixante mille en France et occupent un rang médiocre dans la société. Dreyfus lui-même n’est qu’un modeste colonel. Lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, les Juifs en Allemagne ne sont pas cent mille. En Pologne, où subsiste aujourd’hui un modeste courant antisémite avec radio et journaux, les Juifs ont disparu : le Juif n’est pas nécessaire à l’antisémitisme.

Une nouvelle objection que l’on entend en France, reprise par la presse new-yorkaise aux aguets : 7 000 Juifs français émigreraient, chaque année, preuve que vivre Juif en France est insoutenable. Mais ce chiffre, 1% environ de la population juive, est trompeur car il mêle les exilés économiques – qui ne sont pas que Juifs – avec ceux qui, pour des raisons religieuses, souhaitent poursuivre leur vie en Israël.

Rendons-nous à l’évidence, le Juif n’est plus le bouc émissaire et c’est à peine s’il se distingue de la population non juive. Parce que les Juifs se sont intégrés ? Ceci n’est pas une explication, car les Juifs ont toujours manifesté un patriotisme étonnant partout où ils furent en exil : en 1914, mes ancêtres, juifs autrichiens, combattaient dans l’armée autrichienne et mes ancêtres russes dans l’armée du czar. Je n’avais pas encore d’ancêtres français, mais nul doute que, comme Dreyfus, ils se seraient précipités au front. Ce ne sont pas les Juifs qui ont changé, mais la société occidentale : la découverte de la Shoah en 1945, bien entendu, a révélé à jamais que l’antisémitisme était diabolique, mais ce n’est pas la seule explication de la fin de l’antisémitisme : il a d’ailleurs persisté en Pologne, dans la Russie stalinienne, voire dans la France de l’immédiat après-guerre : je peux en témoigner, certains de mes professeurs de lycée étant ouvertement antisémites. Je daterai plutôt la fin de l’antisémitisme du Procès Eichmann en 1961, qui révèle la médiocrité de cette idéologie. Cette “banalité du mal”, selon la philosophe Hannah Arendt, fait qu’aucun bureaucrate (“je suis un bureaucrate qui a obéi aux ordres”, se défend Eichmann), ni aucun intellectuel ne peut plus, après ce procès, se dire antisémite : l’antisémitisme, qui fut en Europe chez des intellectuels chrétiens à droite, anticapitalistes à gauche, une posture élégante, devient, après Eichmann, grotesque. Il s’en suit Vatican II, en 1962, déjà cité, dont l’influence reste fondamentale : l’Eglise est devenue sincèrement philosémite.

Pour ceux qui, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, me considèrent trop optimiste, en raison d’attentats qui mêlent antisémitisme à l’ancienne et antisionisme contemporain, je réplique qu’en 1940, la police française avait déporté ma famille ; maintenant, elle la protège. Pour conclure sur une note moins optimiste, force est d’admettre que les nations semblent ne pas pouvoir se passer d’un bouc émissaire. Dans ce rôle tragique, l’Arabe n’a-t-il pas remplacé le Juif ? C’est envisageable et ceci invite à lutter contre l’islamophobie sans attendre une Shoah ou une affaire Dreyfus. Je ne néglige pas le “radicalisme islamique”, mais voila un tout autre sujet.

Voir aussi:

L’extinction de l’antisémitisme

Le Juif n’est plus le bouc émissaire des sociétés occidentales

Guy Sorman

Tribune juive

Bernie Sanders, candidat à la Maison Blanche, est juif : qui s’en soucie ? Nul n’en fait mention dans la campagne, les électeurs y sont indifférents. Ce n’aurait pas été le cas il y a une génération : rappelons que, jusque dans les années 1960, les universités américaines opposaient de fait un numerus clausus aux candidats juifs. En France, le nouveau président du Conseil constitutionnel, la plus haute instance juridique, Laurent Fabius, est d’origine juive : le fait est passé inaperçu. La nouvelle ministre de la Culture est juive : aurait-on imaginé cela au pays de l’affaire Dreyfus et du Maréchal Pétain, le collaborateur le plus enthousiaste du nazisme ? En Espagne, les descendants des Juifs expulsés en 1492, s’ils le demandent, peuvent retrouver leur nationalité d’origine. On m’objectera, en France surtout, où la communauté juive est en majorité issue d’Afrique du Nord, que des Juifs sont victimes d’actes criminels. Rarissimes, ils sont commis par de jeunes Arabes qui reconstituent, dans leurs quartiers de Paris ou Marseille, le conflit israélo-palestinien. Or, on ne saurait confondre antisionisme et antisémitisme.

L’antisionisme est fondé sur une situation réelle : les Palestiniens ne sont pas mythiques, leurs revendications non plus, bien que difficiles à satisfaire. L’antisémitisme, lui, était entièrement mythique : le Juif n’était pas une personne réelle, mais une construction, mystique et politique. L’extermination des communautés juives, qui commence en France et en Allemagne aux environs de l’An Mille, puis dans le sillage des Croisades, débute presque toujours par une accusation de crime rituelle : un enfant chrétien aurait été égorgé pour que son sang soit mêlé à la confection du pain de la Pâque juive. Les ultimes pogroms, en Russie, au début du XXe siècle, démarrent encore sur ce mythe. Pendant mille ans, le Juif fut, en Occident, le bouc émissaire de référence qui explique mauvaises récoltes, crises économiques, faillites bancaires. Pendant mille ans, les Juifs supposés tous riches alors qu’ils vivent à peu près tous dans la misère, seront expulsés, massacrés, dépouillés de ce qu’ils ne possèdent pas. Et l’antisémitisme ordinaire se fonde sur l’accusation de “déicide”, jusqu’à ce que le Concile Vatican II efface cette mention de l’office de Pâques. Ce caractère mythique de l’antisémitisme est attesté par l’absence de relation entre le nombre de Juifs et la virulence de l’antisémitisme : quand éclate l’affaire Dreyfus, ils ne sont pas soixante mille en France et occupent un rang médiocre dans la société. Dreyfus lui-même n’est qu’un modeste colonel. Lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, les Juifs en Allemagne ne sont pas cent mille. En Pologne, où subsiste aujourd’hui un modeste courant antisémite avec radio et journaux, les Juifs ont disparu : le Juif n’est pas nécessaire à l’antisémitisme.

Une nouvelle objection que l’on entend en France, reprise par la presse new-yorkaise aux aguets : 7 000 Juifs français émigreraient, chaque année, preuve que vivre juif en France est insoutenable. Mais ce chiffre, 1% environ de la population juive, est trompeur car il mêle les exilés économiques – qui ne sont pas que Juifs – avec ceux qui, pour des raisons religieuses, souhaitent poursuivre leur vie en Israël.

Rendons-nous à l’évidence, le Juif n’est plus le bouc émissaire et c’est à peine s’il se distingue de la population non juive. Parce que les Juifs se sont intégrés ? Ceci n’est pas une explication, car les Juifs ont toujours manifesté un patriotisme étonnant partout où ils furent en exil : en 1914, mes ancêtres, juifs autrichiens, combattaient dans l’armée autrichienne et mes ancêtres russes dans l’armée du tsar. Je n’avais pas encore d’ancêtres français, mais nul doute que, comme Dreyfus, ils se seraient précipités au front. Ce ne sont pas les Juifs qui ont changé, mais la société occidentale. La découverte de la Shoah en 1945, bien entendu, a révélé à jamais que l’antisémitisme était diabolique, mais ce n’est pas la seule explication de la fin de l’antisémitisme ; il a d’ailleurs persisté en Pologne, dans la Russie stalinienne, voire dans la France de l’immédiat après-guerre : je peux en témoigner, certains de mes professeurs de lycée étant ouvertement antisémites. Je daterai plutôt la fin de l’antisémitisme du Procès Eichmann en 1961, qui révèle la médiocrité de cette idéologie. Cette “banalité du mal”, selon la philosophe Hannah Arendt, fait qu’aucun bureaucrate (“je suis un bureaucrate qui a obéi aux ordres”, se défend Eichmann), ni aucun intellectuel ne peut plus, après ce procès, se dire antisémite : l’antisémitisme, qui fut en Europe chez des intellectuels chrétiens à droite, anticapitalistes à gauche, une posture élégante, devient, après Eichmann, grotesque. Il s’en suit Vatican II, en 1962, déjà cité, dont l’influence reste fondamentale : l’Église est devenue sincèrement philosémite.

Pour ceux qui, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, me considèrent trop optimiste, en raison d’attentats qui mêlent antisémitisme à l’ancienne et antisionisme contemporain, je réplique qu’en 1940, la police française avait déporté ma famille ; maintenant, elle la protège. Pour conclure sur une note moins optimiste, force est d’admettre que les nations semblent ne pas pouvoir se passer d’un bouc émissaire. Dans ce rôle tragique, l’Arabe n’a-t-il pas remplacé le Juif ? C’est envisageable et ceci invite à lutter contre l’islamophobie sans attendre une Shoah ou une affaire Dreyfus. Je ne néglige pas le “radicalisme islamique”, mais voila un tout autre sujet.

Par Guy Sorman

Chroniqueur de la mondialisation et spécialiste de la Chine, Guy Sorman a enseigné l’économie à Sciences Po Paris et dans de nombreuses universités étrangères (Chine, USA, Russie et Argentine). Il est notamment l’auteur de « Le bonheur français », « Le progrès et ses ennemis », « Le Génie de l’Inde » ou « L’année du coq ».

Israel could reduce anti-Semitic violence by not calling itself the Jewish state, Finkelstein says

Philip Weiss
April 10, 2015

Last month at the University of Wisconsin in Madison, Norman Finkelstein gave a speech on “the new anti-semitism” to the Students for Justice in Palestine chapter. The speech contained a number of interesting ideas; let me summarize a few.

The most important one involves Zionism’s role in fostering anti-Semitism. Jewish organizations assert that there is no connection at all between Israel’s actions and anti-semitic activities; but the opposite is the case, Finkelstein said. And Israel and Jewish groups could do a lot to reduce anti-Semitism by disavowing Israel’s actions or disavowing that Israel is a Jewish state. Finkelstein:

It’s often claimed that there’s… no causal nexus between Israeli actions and anti-Semitism, that you can’t blame it on Israel, that there’s no connection between the… spikes in Israeli violence against Palestinians and the upticks in anti-Semitic violence. When in fact if you go through the evidence collected over many years, that’s exactly what the evidence does show: each time Israel launches another of its murderous assaults, anti-semitic incidents peak in Europe. And they’re often perpetrated by disaffected angry Muslim youth. If in recent times, a larger fraction of these incidents are violent, it’s the blowback from the brutish fanaticism currently plaguing the Arab Muslim world.

Now if you’re really concerned about these spurts of anti-Semitism, and you want to contain them, then there are obvious things you can do.
Number one, Israel can stop carrying out massacres….

Another thing is: Israel can simply stop calling itself a Jewish state, so Jews wouldn’t have to bear the burden for its criminal actions.

And the third thing is, official Jewish organizations in the diaspora, they could cease defending Israel’s criminal actions so it won’t appear as if Israel when it carries out these actions is acting in the name of the Jewish people.

The problem hasn’t been helped by the fact that Netanyahu “in a new phase of his megalomania” is calling himself the representative of the entire Jewish people.

When Muslim youths in Europe take him at his word, and they exact revenge on those whom he claims to represent, it might not be right, but it’s not surprising either.

That is a bracing and honest way to consider the attack on the kosher grocery in Paris. Notice that when Rev. Bruce Shipman said something far milder last summer during the Gaza massacre, he lost his job at Yale.

Finkelstein criticized a recent poll purporting to show that half of Britons hold anti-Semitic views. He scoffed at several of the indices of alleged anti-semitic attitudes. For instance, one measure is the view that Jews think that they are better than other people: 17 percent of Brits agreed with that characterization of Jews. Finkelstein says most Jews are anti-Semitic under that definition.

Between the spectacular success of Jews in the western world on the one hand, and the belief in a theological chosenness on the other, in fact most Jews themselves believe in their group superiority. That’s why Jews, present speaker included, like to kvell– that’s the Yiddish word for boast or brag– over the Jewish pedigree of 20 percent of Nobel laureates. I still remember as a child being very proud of the fact that the seminal figures of modernity, Marx, Einstein, and Freud, they were all Jewish…. If it were true that the belief that Jews think that they are superior is proof of anti-Semitism, the inexorable corollary would have to be that most Jews are anti-Semitic because they think they are better than other people.

These comments exactly mirror my own experience. And I’m glad that Finkelstein is talking about Jewish success, a central condition of Jewish life today. Far from being a liability, being Jewish brings “cachet,” he said, tapping people into “networks of privilege and power.” In western Europe, Canada, and the U.S., being Jewish “opens many doors and it closes none.” He cited Chelsea Clinton’s marriage, and observed that she had not slipped a rung on the social ladder by exchanging vows with a Jew.

Then there is the supposedly antisemitic belief that Jews are disproportionately represented in the media.

The fact of the matter is that even as the ADL– the Anti Defamation League– Abraham Foxman wrote in his book on the New Anti-Semitism, he says, yes it’s true Jews are proportionally overrepresented as a group in influential media, whether it be Hollywood, book publishing, opinion journals or newspapers…. but it has no cultural repercussions because he says if you’re in a position of power say in Hollywood, your only concern is the bottom line.

But that’s plainly not the case, Finkelstein said. There is surely a link between the overrepresentation of Jews in Hollywood and the omnipresence of the Holocaust as a cinematic concern, “putting all other human suffering in the shade.” He said there were 110 Holocaust films produced in the last three decades; but only 36 about slavery in the U.S. and the bombings of Hiroshima and Nagasaki combined.

And why shouldn’t people conclude that there is a connection between who sits in seats of influence and the content they produce. We accept such arguments when it comes to race and gender, Finkelstein said:

It’s perfectly fair in liberal precincts – politically-correct liberal precincts – to say that white people as against people of color, they have too much power in the media. Or it’s perfectly correct to say, men as against women, they have too much power in the media. Because everybody understands that if you‘re a man against a woman… there’s going to be a kind of natural propensity to give unfair time to yourself, your group, your gender. So it’s perfectly fine to say that white people as against people of color have too much power in the media, or men as against women have too much power in the media. Why, then, does it become anti-Semitic to flag the overrepresentation of Jews in the media? (17:45 min)

I don’t think that anyone has expressed that idea more clearly.

Finkelstein went on to question how much discrimination Jews face. Being Jewish carries a stigma, he said, but it is less of a burden than other forms of social prejudice, say those against being fat, short, bald, or unattractive. These are all life’s “stigmata,” he said– “God’s roll of the dice”– and people have to learn to live with them.

The evidence offered that being Jewish invites discrimination or violence is laughable, he said. The correlation of incidents involving violence and Jews in the west is flimsy; and if being Jewish was a bar to opportunity, then why are there so many Jews at leading universities. Forty percent of the student bodies of Columbia and the University of Pennsylvania– and 2 percent of the overall population. Twenty to 25 percent at Yale, Harvard and Cornell, 13 percent at Princeton and Brown. “This is hardly evidence of anti-Semitism.”

In fact, anti-Semitism has been “vanquished,” he said, and is approaching zero; and Finkelstein said he thought the argument that Jews are actually being favored in admissions at Ivy League schools to the detriment of Asian-Americans is intriguing.

In the last part of his lecture Finkelstein engaged the charge that it is anti-Semitic to single Israel out when many other countries do bad or worse stuff. Finkelstein took the charge seriously and had a very good answer, chiefly involving the special character and longevity of the injustice in Palestine.

The Q-and-A was notable for a couple of comments. Finkelstein differed with Noam Chomsky over the role of the Israel lobby. He said that the lobby was the reason the U.S. supports the Israeli occupation of Palestine. The U.S. has “no stake in the occupation” and would “be euphoric” if Israel withdrew from the occupation.

Then there was Finkelstein’s defense of the two-state solution. I’ve often heard him defend it before, but what struck me as remarkable is that on the one hand he said that the two-state solution was what apartheid South Africa had hoped to achieve by creating the Bantustans, a solution that the world resisted successfully (something Ali Abunimah said many years ago); but on the other the two-state solution should be supported in Israel and Palestine because it reflects international law and world opinion.

Citing global political and public opinion on the question, Finkelstein asked, “What is the maximum, the maximum one could hope to extract?” A Palestinian state in 20 percent of historical Palestine, he said. “Name me one country in the world that supports one state,” he went on challengingly. Even the Greens and Sinn Fein support two states.

“It’s not politics in my opinion,” he said, to demand one state, given that context. “You are imposing a personal opinion on a conflict, as if your personal opinion had anything to do with it.”

Addressing the BDS movement, or boycott, divestment and sanctions, Finkelstein said it was failing a “selfless” Gandhian test in insisting on Palestinians’ rights but not respecting the “reciprocal obligations” to honor the rights of the antagonist. He referred here to the rights of Israelis to their state, which is recognized under international law. BDS has no position on Israeli rights, he said, and in fact “discards Israeli rights”– and that is not a winnable position. There is a tendency among BDS supporters to believe that BDS can liberate Palestine. He called this “a naïve and almost silly position,” and one that did not reflect the South Africa experience, where a mass movement liberated the country.

(I disagree with Finkelstein’s points here, as to one state being a political movement, as to there being no country that supports one state (Israel does), as to BDS’s respect for Israelis’ rights and the effectiveness of BDS; but I will leave the countering to others, or another time.)

Thanks to Annie Robbins for picking up the lecture, seizing on many of the ideas above, and preparing notes for me on it.

Voir encore:

Pew Report: European Jews Disappearing
With rising anti-Semitism, spotlight has shone on whether Europe’s Jews will stay or go. But actually, the Jewish population of Europe has been declining since World War II.
Haaretz

Feb 10, 2015

Pew report published Monday finds Jewish population in Europe is dwindling. Some Jewish leaders have been talking about a Jewish exodus from Europe in response to rising anti-Semitism and extremism.

But though events such as the increasing anti-Semitism during the summer’s Gaza war and the deadly attack on a kosher supermarket in Paris last month have focused the world’s attention on the issue, the truth is the Jewish population of Europe has been steadily declining since World War II, as a recent Pew report demonstrates.

The steepest drop, of course, was between 1939 and 1945, when 6 million Jews were killed in the Holocaust and the Jewish population went from 9.5 million to 3.8 million.

But that number has been steadily dropping over the past several decades, especially in Eastern Europe and the former Soviet Union, according to the Pew Research Center’s Global Religious Landscape report of 2012 and research by Sergio DellaPergola of the Hebrew University of Jerusalem.

Those data show that in 1960 the Jewish population of Europe dropped to 3.2 million, then to 2 million in 1991, the year the Soviet Union collapsed, and 1.4 million in 2010 – 10 percent of the world’s Jewish population and 0.2 percent of Europe’s total population.

Expect more to come: The past two years have seen a dramatic rise in Jewish immigration from France, and 2015 looks to be a banner year for the French Jewish exodus.

 Voir enfin:

February 9, 2015

The continuing decline of Europe’s Jewish population

It’s been seven decades since the end of the Holocaust, an event that decimated the Jewish population in Europe. In the years since then, the number of European Jews has continued to decline for a variety of reasons. And now, concerns over renewed anti-Semitism on the continent have prompted Jewish leaders to talk of a new “exodus” from the region.

There are still more than a million Jews living in Europe, according to 2010 Pew Research Center estimates. But that number has dropped significantly over the last several decades – most dramatically in Eastern Europe and the countries that make up the former Soviet Union, according to historical research by Sergio DellaPergola of the Hebrew University of Jerusalem.

In 1939, there were 16.6 million Jews worldwide, and a majority of them – 9.5 million, or 57% – lived in Europe, according to DellaPergola’s estimates. By the end of World War II, in 1945, the Jewish population of Europe had shrunk to 3.8 million, or 35% of the world’s 11 million Jews. About 6 million European Jews were killed during the Holocaust, according to common estimates.

Since then, the global Jewish population – estimated by Pew Research at 14 million as of 2010 – has risen, but it is still smaller than it was before the Holocaust. And in the decades since 1945, the Jewish population in Europe has continued to decline. In 1960, it was about 3.2 million; by 1991, it fell to 2 million, according to DellaPergola’s estimates. Now, there are about 1.4 million Jews in Europe – just 10% of the world’s Jewish population, and 0.2% of Europe’s total population.

Measuring Jewish populations, especially in places like Europe and the United States where Jews are a small minority, is fraught with difficulty. This is due to the complexity both of measuring small populations and of Jewish identity, which can be defined by ethnicity or religion. As a result, estimates vary, but Pew Research’s recent figures are similar to those reported by DellaPergola, one of the world’s leading experts on Jewish demography.

In Eastern Europe, a once large and vibrant Jewish population has nearly disappeared. DellaPergola estimates that there were 3.4 million Jews in the European portions of the Soviet Union as of 1939. Many were killed in the Holocaust, and others moved to Israel or elsewhere. Today, a tiny fraction of the former Soviet republics’ population – an estimated 310,000 people – are Jews.

Similar trends have occurred in Eastern European countries that were outside the USSR, including Poland, Hungary, Romania and several other nations. Collectively, they were home to about 4.7 million Jews in 1939, but now there are probably fewer than 100,000 Jews in all these countries combined.

Much of the postwar decline has been a result of emigration to Israel, which declared its independence as a Jewish state in 1948. The Jewish population of Israel has grown from about half a million in 1945 to 5.6 million in 2010. But there are other possible factors in the decline of European Jewry, including intermarriage and cultural assimilation.

In addition, Jewish populations have not decreased uniformly in every European country. For example, we estimate that there were about as many Jews in France as of 2010 (310,000) as DellaPergola estimates there were in 1939 (320,000), although recent reports have indicated a surge in Jewish emigration from France.

The United Kingdom also continues to have a significant Jewish population (about 280,000 in 2010, down from DellaPergola’s estimate of 345,000 in 1939). But a new report released this week found a record level of anti-Semitism in the U.K., with more than 1,000 anti-Semitic incidents recorded in 2014.

Voir de plus:

Derrière les menaces de mort contre Laurence Marchand-Taillade
La convergence des intégristes et des djihadistes?
Robert Louis Norrès
Chercheur, diplômé de l’ENS.
Causeur

19 février 2016

Pour Robert Louis Norrès, les menaces de mort dont la présidente de l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise est la cible, annonce «la convergence des actions des intégristes musulmans et des djihadistes».

La présidente de l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise Laurence Marchand-Taillade, a été menacée de mort après avoir dénoncé la tenue d’un rassemblement de l’UOIF, dont on connaît les accointances avec les Frères musulmans et en présence du putatif leader d’un prochain parti islamique de France, Tariq Ramadan. Après les attaques contre les juifs depuis 2000 environ, les menaces de morts contre Charlie et l’exécution de ces menaces, puis les attentats du Bataclan, une nouvelle étape a ainsi été franchie dans la montée en puissance de la terreur islamiste dans notre pays.

D’abord à partir des années 2000, l’intégrisme islamique s’en est pris aux Français juifs qui jouissaient  jusqu’alors pleinement de leur appartenance à la nation française et de la protection dont peuvent se prévaloir tous les citoyens. La pression agressive que l’islamisme en France a fait peser sur eux, en toute impunité puisque l’origine du mal n’a jamais été mentionnée par nos dirigeants, a de facto scindée notre nation en deux. Ceux qui bénéficiaient de la protection de notre pays et ceux dont cette protection n’était plus totalement garantie dans les faits. Il s’agit donc d’une première dégradation infligée à notre pays, incapable de trouver en lui-même la volonté de défendre une partie de sa population dont la valeur symbolique est cependant très grande de par le pacte bicentenaire scellé entre la France, sa République et les juifs de notre pays. La France, première nation à leur reconnaître la pleine citoyenneté, tandis que ceux-ci  reconnaissaient et acceptaient pleinement leurs devoirs envers elle. Le symbole est d’autant plus fort que cette appartenance pleine et entière a donné à notre République, dès l’origine, un contenu concret au mot « Fraternité » de sa devise, ainsi que l’avait voulu Bonaparte, puis Napoléon. C’est cette Fraternité qui a été attaquée et mise à mal par les islamistes dans une presque totale   indifférence générale. Le symbole est également d’autant plus fort trois-quarts de siècle à peine après la trahison de Vichy, et alors que tout le monde avait dit « plus jamais ça ». Ainsi les Français juifs se retrouvèrent en première ligne dans l’affrontement que l’islam radical a déclenché contre notre pays. Tout en assouvissant leur passion hideuse antisémite, il s’agissait  de montrer que nous n’avons pas le courage de nos meilleures résolutions, que nous ne sommes pas à la hauteur de notre devise nationale, à la hauteur de notre histoire, que nous n’avons plus aucune valeur à défendre si ce n’est, chacun d’entre nous, sa propre vie, sa propre situation personnelle. Le contraire d’une nation rassemblée. Or, l’intégration du judaïsme à la France peut servir de modèle à l’intégration de l’islam à la France, et c’est ce modèle même que l’islamisme cherche à détruire.

Le déni commence à se dissiper mais…
Puis, l’islam radical s’en est pris à ceux qui s’expriment, par le dessin avec Charlie, le cinéma avec Theo van Gogh, sans compter tous ceux qui ont été menacés de mort, des écrivains, des philosophes. Michel Houellebecq, avant de publier son dernier livre, l’a fait relire par des experts en radicalisme islamique pour s’assurer que sa vie ne sera pas trop menacée. L’intimidation et la menace se sont ainsi portées sur les voix capables d’exprimer les réalités que nos politiques feignaient de ne pas voir. Le front s’est donc ainsi étendu sur le champ de la parole et de la culture. Les attentats du Bataclan l’ont étendu à la population toute entière. Le déni commence à se dissiper partiellement, les politiques ne pouvant pas passer ces attentats par pertes et profits comme cela a été le cas avec Charlie. Néanmoins, ils peinent à en tirer toutes les conclusions.

Que s’est-il passé pendant ces quinze dernières années ? L’islam intégriste et conquérant a étendu son emprise sur le terrain, dans les esprits, dans les communes, en faisant croître les territoires perdus de la République, en conquérant de nouveaux territoires où il peut de plus en plus faire régner sa loi, et non plus celle de notre pays. L’islam radical qui frappe, qui tue, n’est en effet que le bras armé plus ou moins contrôlé ou incontrôlable de l’intégrisme islamique qui mène lui l’offensive non pas à coup de kalachnikovs mais de grignotages constants de nos institutions. L’infiltration intégriste se voit dans les communes où des maires sans courage et complaisants, ou peut-être tout simplement se sentant abandonnés, louent temporairement la paix civile en cédant devant les exigences intégristes. Il y a l’exemple bien connu des piscines. Mais il y a aussi tous ces quartiers où les fonctions régaliennes sont déléguées aux pires ennemis de notre République, pour le plus grand malheur des populations qui y vivent livrées aux plus entreprenants des leaders intégristes. Cette infiltration se voit également dans les écoles où l’autorité des professeurs est battue en brèche et où les contenus enseignés sont décriés ouvertement, et dans certaines entreprises publiques où par facilité on recrute des personnels intégristes pour apaiser les extrémistes des « cités ». La montée de la violence islamiste s’est donc accompagnée du déclin de notre République, de nos institutions et du soutien qu’elles apportent à tous ceux qui les servent en première ligne : les enseignants, les policiers, les médecins, les infirmières, les conducteurs de bus, les agents de l’électricité, tous ceux qui sur le terrain témoignent de l’existence de notre Etat. Ce déclin, voire cette reddition dans les territoires de conquête de l’islamisme, a été accompagné par un déclin général dans toute la société des valeurs collectives et de la confiance en ces valeurs qui auraient pu soutenir la résistance.

Les mécanismes de la montée en puissance de l’intégrisme
Quels ont été les mécanismes principaux de la montée en puissance de l’intégrisme islamique dans nos villes ? Le contexte général est la montée mondiale de l’intégrisme islamique dans de nombreux pays à majorité ou à forte population musulmane, dont l’origine tient, au moins en partie, à l’idéologie wahhabite, au salafisme ou encore à celle des Frères musulmans qui se répandent par tout un réseau d’associations culturelles, de mosquées, de publications. L’état d’esprit de rejet de l’autre et de conquête qui en résulte chez les intégristes, n’a pas jusqu’alors rencontré la résistance nécessaire grâce à l’arme de la culpabilisation occidentale, à l’aide des complices de l’islamisme qui infusent la haine de soi depuis des décennies et à une grande lâcheté ou un grand désarroi de nos dirigeants. Pour ce qui est des menaces proférées à l’égard de Laurence Marchand-Taillade, on peut se demander si les dénis du président de l’Observatoire de la laïcité (dont l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise n’est pas une émanation, ndlr), Jean-Louis Bianco, n’ont pas été interprétés comme un encouragement par les fanatiques qui voient toute faiblesse comme un appel à l’action.

Mais toutes ces pistes ne suffisent pas à expliquer cette montée en puissance de l’intégrisme islamique. La notion de droits individuels qui tend à supplanter tout autre impératif collectif dans notre société a étendu le champ du droit au détriment du champ politique. C’est une tendance séculaire magistralement décrite par Jean-Claude Michéa dans un texte sur le libéralisme politique, de ses origines, à la fin des guerres de religions, jusqu’à aujourd’hui. Dès lors, il est de plus en plus difficile d’opposer des valeurs collectives à ce qui est présenté comme des revendications de droits individuels. Il suffit donc de présenter les revendications de l’islam politique comme étant de simples revendications de nouveaux droits individuels, tout en jouant sur toute une palette de sentiments que les intégristes musulmans connaissent parfaitement lorsqu’ils exercent leurs pressions sur nos édiles pour faire reculer le champ républicain, le champ national :  la culpabilité du représentant de la « puissance coloniale », la crainte de désordres éventuels que l’interlocuteur prétend pouvoir contrôler et calmer alors qu’il en est l’un des principaux organisateurs, le désir d’être réélu…

L’affaiblissement des élus
L’affaiblissement des élus et de tous les acteurs qui sont en première ligne est bien sûr aggravé par le discours général d’une partie des responsables politiques nationaux, de la presse parisienne et des radios et télévisions publiques et privées, ainsi que d’un grand nombre d’associations qu’elles relaient complaisamment. Certaines de ces associations dénigrent, dégradent, rabaissent tout ce que la France représente, toute prétention de sa part à une légitimité historique et politique et donc à représenter l’avenir. C’est le discours sur « la France rance ». Il devient dès lors de plus en plus difficile d’intégrer et d’assimiler à la nation des populations à qui l’on explique que leurs ancêtres ont été maltraités par une  France haineuse et dont les représentants d’aujourd’hui seraient les héritiers qui n’ont rien appris ni rien oublié. Les intégristes islamistes remplissent ainsi le champ politique abandonné par la France, et en repoussent progressivement les limites, en jouant donc sur la notion d’extension des droits individuels. Ce mouvement s’appuie sur l’habitude de notre société de toujours céder aux exigences de nouveaux droits individuels et sur la délégitimation de l’exigence du respect de valeurs collectives. Il s’appuie aussi sur le fait que le communautarisme tend, par construction, à amalgamer les individus à leur communauté supposée. Changer la règle pour une communauté donnée, dans l’esprit de certains de nos édiles, revient à donner des droits individuels à chacun de ses membres. Notre pays suit ainsi le chemin inverse qui avait été le sien lors de sa construction. La nation devient le cadre oppressif dont il faut se défaire pour recréer des communautés – des féodalités – émancipatrices de la nation.

Pendant longtemps, l’islamisme violent, celui qui commet des attentats, celui qui tue, et l’intégrisme islamique ont évolué dans une relative indépendance l’un de l’autre. D’abord parce que l’islamisme violent, le djihadisme, n’existait pas chez nous. La montée de l’antisémitisme depuis les années 2000, la progression du communautarisme et le recul de la République ne sont ainsi pas la conséquence du djihadisme, mais du travail de sape constant de l’intégrisme islamique, du progrès de son discours et des progrès de la force de son emprise sur un nombre croissant de personnes. L’émergence du djihadisme est beaucoup plus récente, et on peut la faire remonter à Merah, même s’il y a eu de lâches et odieux  assassinats aux motivations antisémites auparavant, dont Ilan Halimi.

Extension de l’islam comme force politique
Un objectif commun anime les intégristes musulmans et les djihadistes : l’extension de l’islam comme force politique supplantant la France républicaine, même si les méthodes sont différentes. Les discours des uns fournissent le substrat de la radicalisation des autres. Les djihadistes peuvent compter sur la complicité des intégristes, ou du moins de la partie la plus radicale d’entre eux, pour les cacher, les nourrir, les aider à mener une vie normale jusqu’au passage à l’acte, et leur fournir la logistique pour le faire. Sans cela, Salah Abdeslam aurait été arrêté depuis longtemps, alors que les polices belges et européennes continuent à le chercher. Il y a un continuum entre le simple rejet, la haine et la  radicalisation la plus extrémiste. Néanmoins, jusqu’alors, les deux phénomènes ont agi de manière relativement indépendante l’un de l’autre.

Les menaces de mort dont une femme politique du Val d’Oise (Laurence Marchand-Taillade est secrétaire nationale du PRG, ndlr) est la cible annonce la convergence de leurs actions. Celle-ci a dénoncé la tenue d’un rassemblement de l’UOIF en présence de Tariq Ramadan. On peut trouver en effet dans ces rassemblements de nombreux intégristes aux discours incompatibles avec nos valeurs nationales et républicaines. Ces menaces djihadistes contre Laurence Marchand-Taillade annoncent ainsi que le djihadisme vient en support direct de l’intégrisme, en intimidant et en menaçant de faire taire ses opposants de manière définitive. Dorénavant, les personnes qui s’opposeront légalement et démocratiquement aux entreprises antidémocratiques, antirépublicaines et antifrançaises des intégristes tels que les Frères musulmans, feront l’objet des mêmes menaces de mort de la part des djihadistes, dont on sait qu’elles peuvent effectivement être mises à l’exécution. Cela rend la lutte contre l’islamisme radical, ainsi que le renforcement de notre détermination à défendre nos valeurs et nos institutions d’autant plus nécessaires et urgents.

Voir enfin:

« Islamophobie » : les chiffres du CCIF ne sont pas fiables
Alexandre Devecchio

Le Figaro

20/01/2016

FIGAROVOX/ ENTRETIEN – Bernard Cazeneuve a annoncé que les actes antimusulmans avait triplé cette année. Le Collectif contre l’islamophobie en France annonce des chiffres bien plus élevés. Le décryptage d’Isabelle Kersimon.

Isabelle Kersimon est journaliste. Elle est l’auteur de, Islamophobie: la contre-enquête (Plein Jour, 288p, 19€, octobre 2014).

Dans une interview au journal La Croix, Bernard Cazeneuve a annoncé les chiffres des actes antisémites, antimusulmans et antichrétiens pour l’année 2015. Les actes antimusulmans ont plus que triplé et s’établissent à «environ 400». Pourtant, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) évoque des chiffres bien plus élevés concernant les actes «islamophobes». Comment expliquez-vous un tel décalage? Comment ces chiffres sont-ils obtenus?

Isabelle Kersimon: Les chiffres du CCIF ne sont absolument pas fiables: son rôle est d’alimenter le sentiment de persécution des musulmans par les non-musulmans et de faire entériner le concept d’islamophobie pour imposer l’interdit de «diffamer les religions, surtout l’islam», ainsi que de faire abroger les lois de 2004 et 2010 sur le voile «islamique» à l’école et le voile intégral. J’ai étudié l’ensemble de leurs statistiques entre fin 2003 et 2012. Leurs rapports annuels étaient alors disponibles sur leur site, constitués de listes totalement imprécises, avec des doublons et des triplets visiblement comptabilisés pour autant d’actes «islamophobes». J’ai donc fait des recherches poussées sur chaque doléance, en me basant sur les informations fournies par le CCIF et en parvenant le plus souvent à les recouper avec des informations parues dans la presse régionale ou nationale, à partir d’un nom, d’une ville, d’un lieu ou d’une simple date. Au-delà de ce relevé précis qui permettait dans un premier temps d’établir un acte unique pour trois mentions, par exemple, j’ai voulu connaître les suites données: enquêtes de police, puis jugements.

Il faut savoir que le CCIF comptabilisait à l’époque comme «actes islamophobes» des faits aussi divers qu’une question posée à une jeune femme voilée lors d’un entretien à l’ANPE, des règlements de compte crapuleux, des vols relevant du simple droit commun, des propos jugés insultants et, beaucoup plus graves, des expulsions de prédicateurs violemment antisémites et appelant au djihad contre les infidèles et l’Occident, voire en lien avec des entreprises terroristes.

Les relevés du CCIF ne sont plus disponibles sur leur site. En revanche, il a conservé sa spécificité: délivrer de fausses informations, amplifier des phénomènes, accumuler des faits invérifiables. Agissant sur les réseaux sociaux en véritables commandos groupés, ses membres pratiquent ce que ReputatioLab appelle «cloudsurfing», contraignant ainsi les médias à se tourner vers eux et, de ce fait, à légitimer leur discours. À l’aide de hashtags affolants (#PerquisitionnezMoi, par exemple), ils mobilisent des comptes dont on ignore tout de la tangibilité dans le monde réel. La question se pose vraiment, car nombre de musulmans ne s’y retrouvent absolument pas et refusent cette instrumentalisation victimaire. À propos des perquisitions, le porte-parole du CCIF, Yasser Louati, a ainsi déclaré sur Al-Jazeera qu’elles consistaient en «raids brutaux» et humiliaient des «millions de musulmans»…

J’alerte depuis longtemps sur les manipulations statistiques du CCIF. L’exemple le plus frappant reste sans doute le faux meurtre «islamophobe» de Dreux sur un homme sortant d’une mosquée, Archane Anouar. L’enquête a montré que deux criminels ont été jugés en cour d’assises en mars 2011 et que l’un d’eux, Nassim Djellal, a été condamné à dix ans de prison pour violences volontaires ayant entraîné la mort, sans que le juge relève l’aggravation d’«islamophobie»… Il s’agissait d’une sordide affaire de règlement de compte. Deux jours après les attentats atroces de novembre, le CCIF a alerté sur le «tabassage» («islamophobe») de deux «passants d’origine maghrébine» lors d’une manifestation raciste à Pontivy. Yasser Louati déclare même sur Al Jazeera que la victime est tombée dans le coma. Un simple appel à la mairie de Pontivy m’a suffi pour, encore une fois, démonter l’imposture: lors d’un affrontement entre identitaires et antifascistes, un Pontivien d’origine antillaise a eu des dents cassées et une lèvre fendue…

Le ministère travaille avec le CFCM et comptabilise les plaintes reçues. D’où le décalage saisissant entre ces deux sources.

Le ministre de l’Intérieur fait état d’une diminution de 5% des «actes antisémites», qui restent cependant «à un niveau élevé, avec 806 actes constatés». Constater une diminution des actes antisémites, l’année de l’attentat contre l’HyperCasher, n’est-ce pas paradoxal? Ces actes sont-ils classés selon leur degré de gravité?

Non, la gravité des actes n’entre pas en considération dans la froideur statistique. Je tiens ici à préciser que parmi les 806 actes antisémites constatés sur à peine 1 % de la population, il y a eu en 2015 quatre victimes juives massacrées à l’HyperCasher parce qu’elles étaient juives – et que la policière Clarissa Jean-Philippe a été abattue parce qu’elle était postée à proximité d’une synagogue et d’une école juive, ainsi que plusieurs agressions au couteau particulièrement graves, destinées à tuer et ayant entraîné des blessures sanglantes, portées dans la rue contre des concitoyens juifs parce que juifs.

Les lieux de cultes et cimetières chrétiens, qui sont les plus nombreux en France, «ne sont pas épargnés avec 810 atteintes», soit une «hausse de 20%», a indiqué Bernard Cazeneuve. Les actes antichrétiens sont plus nombreux et moins médiatisés que les actes antimusulmans ou antisémites. Sans tomber dans la concurrence victimaire, a-t-on tendance à banaliser cette violence?

Le ministère ne minimise absolument pas les actes antichrétiens, ni ne les traite avec moins de sévérité.Le patrimoine cultuel chrétien est en effet celui qui est le plus touché en nombre par les dégradations. Il est aussi le plus important en nombre, en France. Encore une fois, il faudrait être en mesure de connaître le détail de chaque dégradation ou violence envers les personnes en raison de leur confession pour répondre correctement à une telle question. Je déplore que certains chrétiens versent en effet dans une forme de concurrence victimaire.S’exprime surtout la crainte d’être dépossédé non du nombre d’exactions, mais d’une part de son identité historique.Il est vrai que les médias, quant à eux, ne relaient pas en boucle sur le ton le plus offusqué les exactions antichrétiennes. Dans la logique qui est la mienne, je considère que c’est heureux car ces escalades médiatiques ne présagent rien de bon.

Quel que soit la réalité des chiffres, l’augmentation de ces actes n’est-elle pas préoccupante?

La crispation autour du fait religieux est indéniable en France et le manque crucial d’éducation est, pour moi, sans aucun doute à l’origine de nombre d’actes de vandalisme, voire de profanations. L’augmentation du nombre de profanations concerne les trois grands monothéismes et est, en effet, très préoccupante. Il faut cependant distinguer, à mon sens, ce qui relève de «traditions» d’extrême droite en général assez localisées – je n’ai pas encore décrypté les chiffres de 2015, mais entre 2003 et 2012, nombre de profanations de lieux de culte et de sépultures musulmans et juifs avaient eu lieu au même endroit et au même moment, et, pour ce qui concerne les lieux chrétiens, les actes motivés par des groupuscules satanistes. Cela dit, les inscriptions racistes sur les mosquées, les jets de chair porcine, les menaces adressées à des responsables musulmans et les dégradations spécifiquement antimusulmanes se sont en effet multipliées, surtout après les attentats de janvier, comme une réponse abjecte à l’horreur des massacres. La hausse a été moins forte après les attentats de novembre. Et c’est cela qu’il faut comprendre de toute urgence: ne pas céder à une tentation vengeresse en réponse aux tueries des djihadistes.

Je pense d’ailleurs que l’on gagnerait en sérénité si, plutôt que se saisir de faits dont on ignore les causes et de les relayer dans tous les médias, on les considérait non pas en raison du nombre de plaintes déposées, mais après résultat d’enquêtes. Il faudrait analyser dans le détail les dates, les faits, les auteurs et les motivations.

Peut-être conviendrait-il aussi d’étudier de près les menaces et les discours que des prédicateurs proches des courants fréristes, salafistes, wahhabites délivrent à leurs fidèles ou lancent contre des personnalités dont le seul tort est de s’exprimer. N’oublions jamais qu’être accusé d’être islamophobe tue.


Violences sexuelles: Attention, une ronde victimaire peut en cacher une autre (From stoning to Taharrush gamea and gang rape: With mass Muslim immigration, Europe rediscovers the violence it thought it had outgrown)

22 janvier, 2016

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Panama City, Florida USA March 2004 Young Americans party in Florida for spring break 2004. A male hard body, bikini, and wet tee shirt contest are held every afternoon in Club La Vela on the beach. Hundreds of kids are worked into a frenzy with the latest music as they drink the afternoon away screaming at those who enter the contest.

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Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Un jour propice arriva, lorsque Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Il ajouta avec serment: Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Étant sortie, elle dit à sa mère: Que demanderais-je? Et sa mère répondit: La tête de Jean Baptiste. Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande: Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus. Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Marc 6: 24-28
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique. Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix. Jean Lambert
Le Mardi gras (…) marque l’apogée du carnaval; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année. Encyclopédie Encarta
Carnaval est (…) l’occasion d’expulser ses ennemis: pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit. (…) Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants. (…) En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Romans patrimoine
L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. Suzanne Chappaz-Wirthner
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
Les carnavals sont un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Ils consistent généralement en une période où les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade. Héritier de rituels antiques tels que les Lupercales et la Guillaneu, ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l’Epiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars. (…) Le mot « carnaval » apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval». Il vient de l’italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »2. Il signifie donc littéralement « entrée en carême ». (…) Les saturnales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce sont des précédents historiques du carnaval. Le carnaval est une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles. L’historien des religions Mircea Eliade écrit : « Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d’éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie »10. Eliade écrit encore : « Alors les morts pourront revenir, car toutes les barrières entre morts et vivants sont brisées (le chaos primordial n’est-il pas réactualisé ?) et reviendront puisqu’à cet instant paradoxal le temps sera suspendu et qu’ils pourront donc être de nouveau contemporains des vivants »10. Eliade souligne que les peuples ont « d’une manière profonde le besoin de se régénérer périodiquement en abolissant le temps écoulé et en réactualisant la cosmogonie ». Dans l’essai Le Sacré et le Profane Mircea Eliade écrit : « L’abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde ». L’extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale du type des saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du cosmos dans le chaos ». (…) Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi le masque a une fonction apotropaïque. À la fin le temps et l’ordre du cosmos, bouleversés pendant le carnaval, sont reconstitués (nouvelle création, nouvelle cosmogonie) par la cérémonie de la lecture du « testament » et par les « funérailles » du carnaval qui souvent consistent en la brûlure du « Roi Carnaval » représenté par un mannequin ou une poupée de chiffon. D’autres fois l’image du carnaval est noyée ou décapitée (à propos de la mort rituelle du carnaval voir Le Rameau d’or écrit par James George Frazer). Wikipédia
Ce que je veux de toi, Paris, ce que je veux, ce sont tes femmes. Ni bourgeoises, ni grandes dames. Mais les autres… l’on m’a compris! Le Brésilien (La Vie parisienne, Jacques Offenbach, 1866)
Une armée de jeunes filles qui sont là pour danser ce divin chahut parisien, comme sa réputation l’exige […] avec une élasticité lorsqu’elles lancent leur jambe en l’air qui nous laisse présager d’une souplesse morale au moins égale. Guide des plaisirs de Paris,1898)
On a donné ce nom à une sorte de danse épileptique ou de delirium tremens; qui est à la danse proprement dite ce que l’argot est à la langue française. Dictionnaire de la danse de Desrat
Ce fut vers 1822 que les jeunes gens qui se rendaient à La Chaumière…, commencèrent à danser ce que l’on appela d’abord la chahut et ensuite le cancan. Le cancan néglige, dédaigne, repousse tout ce qui pourrait rappeler le pas, la règle, la régularité de la tenue ; c’est encore, c’est surtout le dégingandage des danseurs et des danseuses. Le crayon de Gavarni peut plus facilement en fournir l’image que la plume en donner l’idée. Comment de l’état de prohibition policière, de proscription sociale où il resta pendant dix ans, le cancan put-il passer à l’état public, toléré, avoué, recherché même, où il est aujourd’hui ? Comment la police a-t-elle pu permettre de l’exécuter sur les théâtres secondaires ? C’est qu’en 1830, une révolution s’était accomplie, et que, comme toutes les choses de son temps, le cancan s’était trouvé mêlé à la politique. Chahuter n’était-ce pas encore pour les étudiants et les commis faire de l’opposition au pouvoir ? A. Delaforest (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1853)
Dernière figure du quadrille, le cancan, ou coincoin, est une danse, un galop exécutée en couple, dans les bals et cabarets, inventée au début du XIXe siècle, qui apparut d’abord sous le nom de chahut ou chahut-cancan. Elle faisait partie des danses très mal vues par les autorités et les défenseurs de la morale traditionnelle. À l’époque, les femmes portaient, sous leurs jupons, des culottes fendues. Par la suite, on a dérivé du cancan une forme touristique et très édulcorée, baptisée French cancan, que les femmes dansent en rang, face au public, en portant des culottes fermées. Comme nombre de danses populaires ses origines sont obscures. (…) Outre plus tard Franz Lehar, si le compositeur Jacques Offenbach écrivit ses œuvres (à la réputation vivace et légère) à cette même époque, les cancans qu’on veut lui attribuer ne sont que des détournements de ses morceaux. Le cas le plus célèbre est celui du galop infernal, issu de son Orphée aux Enfers, que les arrangeurs se permettent souvent de renommer French cancan. Ils le font de manière abusive, car le French cancan (fabrication touristique d’origine anglaise, concoctée à partir du cancan original), n’existait pas quand Offenbach composait. (…) Les règles du cancan, par le fait qu’il est issu de la culture populaire, sont assez souples suivant les danseuses. Il n’y a d’ailleurs pas d’école qui l’enseigne hormis celles de Grille d’Égout et Nini Pattes en l’air : cela ne fait que participer à l’éparpillement des styles, des intentions. Cependant, les figures principales s’installent durablement. On peut ainsi citer celles dont le nom est issu du vocabulaire militaire : le port d’armes, la mitraillette, l’assaut, le pas de charge, ou des jeux enfantins : le saute-mouton, les petits chiens, etc. L’ensemble reste d’ailleurs uniforme : une danse exclusivement féminine, basée sur le célèbre pas, cuisse remontée et jambe vers le bas (…)  Tout le monde peut pratiquer le cancan à condition d’avoir une certaine souplesse. (…) Le cancan cristallise l’image d’une société parisienne frivole et canaille, proche de celle décrite caricaturalement dans La Vie parisienne d’Offenbach. Sur une scène, des femmes montrent leurs dessous, soulèvent leurs dentelles : la provocation mêlée de complicité fait fureur. Les bas noirs, jarretelles et frou-frou prennent des surnoms très imagés et largement connotés sexuellement. Le cancan peut être vu par certains comme symbolisant une première ébauche de libération sexuelle et d’émancipation de la femme, qui est cette fois-ci celle qui séduit. Il peut aussi être vu par d’autres comme un simple aspect annexe et spectaculaire de la prostitution. Quantité de caricatures et textes du XIXe siècle soulignent souvent de manière appuyée le caractère vénal des femmes qui participent aux bals du Carnaval de Paris. Certes celles qui étaient émancipées pouvaient être considérées de façon péjorative comme des prostituées mais la prostitution était certainement également présente dans les bals. (…) Depuis ses débuts, la popularité de cette danse ne s’est pas démentie, de la Russie aux Amériques. En Amérique du Nord elle est surtout interprétée par les artistes de cirque ou dans le cadre de carnavals. Elle est aussi couramment jouée dans les fêtes d’anniversaires et de remises de diplômes, non pas sous sa forme originelle, mais sous une forme très pudique. En Amérique du Sud, elle est très populaire au Brésil, où elle a évolué sous forme de street dance. Elle est interprétée sur scène, dans la revue Formidable, au Moulin rouge, en 2009, les danseuses portent des strings à la place des culottes fendues d’origine, Valentin est toujours présent. En musique plusieurs compositeurs intégrèrent le cancan dans leurs œuvres, comme Franz Lehár dans La Veuve joyeuse (1905), ou encore Cole Porter dans sa comédie musicale Can-Can (1954), dont s’est inspiré Walter Lang pour son film Can-Can (1960). Au cinéma en 2007: Harry Potter, dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix de David Yates (…) on trouve une reprise du Galop infernal (« Offenbach’s Infernal Gallop »). Wikipedia
COMING SOON? Cardio striptease Gyms are hardly fields of dreams, but in New York and Los Angeles many now allow patrons to indulge their fantasies. The traditional workout with a mat and halter top is long gone, replaced by fusion classes such as yoga disco and punk-rock aerobics. In one gym close to New York University, the seductive lighting and suggestive gyrations mark a new arrival « cardio striptease ». A mixture of dance and aerobics, the class uses pounding pop music to whip up a seductive rhythm among 30 young women and a solitary male. Given the scant nature of gym attire, participants don’t exactly have much clothing to strip, so imagination plays a key role. « Touch, touch, touch! » cries instructor Annie Tsarouhis, as she drills her charges in the choreographed gestures and caresses of the striptease art. « Yeah! You’re getting hot! » For one hour, the students whirl towels or shirts above their heads, roll their shoulders, grind their hips and mime removing their underwear in front of a chair seating an imaginary man. « It increases your self-confidence, » Tsarouhis insists. « It’s a way for women not to be ashamed of their sexuality, and may even help them in their personal lives. » Jeff Costa, who invented it and taught it at the West Hollywood Crunch, presents it as an exercise in empowerment: « Your body is a work in progress. This is celebrating you at the moment, » he says. Only the last 25 minutes of each session are devoted to the actual removal of clothes  » also reportedly excellent for stretching and energising multiple muscle groups simultaneously. Even then, nudity is optional  » as are poles and tables. And if US promoters have their way, it will soon be coming to a gym near you. The Age
Le bizutage (Europe), ou initiation (Amérique du Nord), est un ensemble de pratiques, épreuves, traitements ritualisés et imposés, destiné à symboliser l’intégration d’une personne au sein d’un groupe social particulier : étudiants, militaires, professionnels, etc. Ce genre de pratiques a souvent fait l’objet de l’attention des médias, à la suite d’incidents, ou plus simplement de par la nature dégradante et humiliante de nombreux bizutages. Refuser la soumission au bizutage expose parfois à la possibilité de subir de l’ostracisme par la suite. (…) La définition donnée du bizutage, provenant de l’article 14 de la loi du 17 juin 1998, est : « Le fait pour une personne, d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif. ». Ainsi, contrairement à l’idée répandue, cette interdiction s’applique également « en cas de consentement de la personne ». Le Code pénal français punit les actes de bizutage de six mois de prison et 7500 euros d’amende. Les peines sont doublées lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement3. Ces rites en sont parfois arrivés aux limites de la brimade, voire du racket (« taxe » des 3/2 par les 5/2 en taupe dans les années 1960). Pour désigner le bizutage, les termes de bahutage (Saint-Cyr) ou absorption (École polytechnique) sont également employés. Certains établissements, comme l’École des mines de Nancy, avaient aboli le bizutage-brimade dès 1957, et l’avaient remplacé par une série d’« exploits » que les nouveaux devaient accomplir pour prouver leur esprit débrouillard ou farceur (faire sonner à minuit les cloches de la cathédrale, par exemple). Les filières concernées par le bizutage sont principalement les écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, écoles militaires, facultés de médecine, pharmacie et classes préparatoires. Le bizutage peut aller de la vente de bonbons déguisé en sac poubelle à la bastonnade en passant par l’exhibitionnisme, l’ivresse, l’absorption de liquide peu ragoûtant, l’introduction d’objets dans l’anus ou le traçage de croix gammées sur la peau. (…) Au Moyen Âge, les étudiants novices nouvellement arrivés à l’université de Paris étaient surnommés « béjaunes ». Ceux-ci formaient une confrérie particulière et avaient pour chef l’Abbé des Béjaunes. Le jour des In