Médias: A l’exemple de Saturne, la Révolution dévore ses propres enfants (Spot the error when the mainstream media want to cut ties with even moderate anti-Trump conservatives… because they won’t bend the knee to critical theory’s version of reality !)

17 juillet, 2020

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A l’exemple de Saturne, la révolution dévore ses enfants. Jacques Mallet du Pan (1793)
On pensait d’ordinaire que le socialisme était une sorte de libéralisme augmenté d’une morale. L’État allait prendre votre vie économique en charge et vous libérerait de la crainte de la pauvreté, du chômage, etc., mais il n’aurait nul besoin de s’immiscer dans votre vie intellectuelle privée. Maintenant la preuve a été faite que ces vues étaient fausses. George Orwell (Literature and Totalitarianism, 1941)
Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Nous vivons (…) une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies! La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. (…) La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel. (…) Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé». Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité». Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui, l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus. (….) Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle, c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser. (…) Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir. (…) Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche. (…) Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale. Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée! Joel Kotkin
A statue of Jesus Christ was decapitated and knocked off a pedestal at a Catholic church in Florida, another in a string of similar incidents nationwide. (…) In a separate incident, a Catholic congregation in Ocala, several hours north of Miami, was targeted Saturday morning while preparing for Mass. Steven Anthony Shields, 24, is accused of slamming his vehicle into the church before setting it on fire. (…) In another act of violence, the pastor of St. Stephen Catholic Church in Chattanooga, Tenn., found a statue of Mary decapitated on Saturday and they have not located the statue’s head, Catholic News Agency reports. (…) Statues of the Virgin Mary also were vandalized in Boston and New York City over the weekend. A 249-year-old Catholic church in the Archdiocese of Los Angeles caught fire Saturday morning. Capt. Antonio Negrete of the San Gabriel Fire Department told the local Fox 11 news outlet the recent destruction of monuments to Junipero Serra, the founder of the California mission system – whom Indigenous activists view as a symbol of oppression – will be a factor in the investigation. Following George Floyd’s police-related death in May, Black Lives Matter leaders and protesters called for the toppling of statues, from Confederate symbols to former U.S. presidents and abolitionists. Activist Shaun King called for all images depicting Jesus as a « White European » and his mother to be torn down because they’re forms of « White supremacy » and « racist propaganda. » Meanwhile, people on social media point out the lack of mainstream coverage of the recent anti-Catholic incidents. « Churches are being burned to the ground. What?, » Mike Cernovich, a controversial right-leaning author, said in a video on Twitter. « Why is this not the biggest story of the day? » Sean Feucht, a California worship leader and pastor, commenting on the incidents asked, « Where’s the outrage? » Fox 5
J’ai été embauchée dans le but de faire venir au journal les voix qui n’apparaîtraient pas dans ses pages autrement : (…) les centristes, les conservateurs et ceux qui ne se sentent pas chez eux au New York Times. La raison de ce recrutement était claire : le journal n’avait pas anticipé le résultat de l’élection présidentielle de 2016, ce qui montrait qu’il n’avait pas une bonne compréhension du pays qu’il couvre. Pourtant , le journal n’a pas tiré les enseignements qui auraient dû suivre le scrutin. Mes incursions dans la pensée non orthodoxe ont fait de moi l’objet d’un harcèlement constant de la part de mes collègues qui ne partagent pas mes opinions. Ils me traitent de nazie et de raciste (…). Mon travail et ma personne sont ouvertement dénigrés sur les chaînes Slack [outil de communication interne] de la société (…). Certains collaborateurs y soutiennent qu’il faut se débarrasser de moi si le journal veut être véritablement ‘inclusif’ et d’autres postent l’émoji de la hache [‘ax’ signifie à la fois ‘hache’ et ‘virer’] à côté de mon nom. Bari Weiss
Chaque jour des jeunes noirs sont tués par des gangs à Chicago. Où sont les militants de Black Lives Matter? Quand des Noirs tuent des Noirs, les militants Black Lives Matter ne viennent pas faire ce bazar. Femme noire de Chicago
On pose une équivalence entre Histoire et Occident. Selon cette logique, toute l’histoire, surtout quand elle est criminelle, est faite par l’Occident. Lorsque quelque chose de mal se passe, c’est donc l’Occident qui est responsable. Comme si rien ne pouvait advenir sans nous. Or, ce n’est absolument pas le cas. Notre impérialisme absolu sur l’histoire nous conduit à une culpabilisation absolue de nous-mêmes et à une victimisation tout aussi absolue d’autrui. Gabriel Martinez-Gros
Pour l’instant, les médias ne s’intéressent à la vie des Noirs que quand ils sont tués par des Blancs (ce qui est en fait statistiquement très rare). Et cela contribue à invisibiliser encore davantage la vie des Noirs. (….) Aux Etats-Unis, 93 % des Noirs victimes d’un homicide sont tués par d’autres Noirs. S’il est normal de condamner le meurtre [?] ignoble et tragique de George Floyd, il est curieux de voir nombre de personnes s’en prendre à la police américaine dans son ensemble et ne rien dire sur les gangs, alors que les gangs tuent bien plus de Noirs (et de manière bien plus «systémique») que ne le fait la police. Si nous pensons véritablement que «Black Lives Matter», alors nous devons nous intéresser à TOUTES les vies noires et ne pas sélectionner une toute petite minorité d’entre elles à cause d’arrière-pensées idéologiques. Derrière cette volonté de ne s’intéresser aux Noirs que lorsqu’ils sont tués par des Blancs, il existe un véritable arrière-fond raciste, non seulement raciste anti-blancs, mais aussi et surtout raciste anti-Noirs: la vie des Noirs n’aurait d’intérêt que quand elle viendrait valider l’idée d’un «racisme systémique» des sociétés occidentales. Une telle vision est en fait le fruit de l’ethnocentrisme délirant qui caractérise l’Occident. L’Occident pense qu’il est le centre de l’Histoire, que tout tourne autour de lui et que tout ce qui arrive dans le monde (bon ou mauvais) est de son fait. Dans le passé, cette «folie des Blancs» (pour reprendre une expression employée par l’écrivain André Malraux dans son roman La Voie royale, qui se déroule dans l’Indochine coloniale) a poussé l’Occident à se croire supérieur aux autres civilisations, à broyer la diversité du monde et à coloniser une bonne partie du globe. Aujourd’hui, le même ethnocentrisme pousse certains à considérer que l’Occident est la source de tous les maux. Dans la vision ethnocentrique, peu importe que l’Occident soit défini comme supérieur (la Colonisation) ou comme coupable (la repentance), il doit toujours être le pivot de l’Histoire. Rien ne saurait arriver en dehors de lui. L’Occident a beaucoup de mal à admettre qu’il n’est qu’une civilisation comme les autres et parmi d’autres: il préfèrera même parfois s’enfermer dans la repentance et dans une culpabilité imaginaire (mais qui lui permettent de rester l’acteur central) plutôt que de le reconnaître. Egocentrique, il ne s’intéresse à la vie des Noirs que quand ce sont des Blancs qui sont les assassins. (…) Le plus grand paradoxe est que la mouvance «décoloniale», qui constitue la pointe avancée des événements actuels, n’a absolument pas décolonisé son imaginaire et continue d’imaginer que le «Grand Méchant Occident» est à l’origine de tous les maux dont souffre le monde. Or, une telle vision, en plus d’être totalement fausse sur le plan factuel, est paternaliste: elle infantilise les populations non-blanches et les dépossède de leur Histoire, de leur parole, de leur action. On l’a bien vu dans certaines vidéos récentes. À Chicago, une femme noire s’oppose aux militants de l’ultra-gauche, déclarant: «Chaque jour des jeunes noirs sont tués par des gangs à Chicago. Où sont les militants de Black Lives Matter? Quand des Noirs tuent des Noirs, les militants Black Lives Matter ne viennent pas faire ce bazar.» Une militante (blanche) lui fait la leçon et lui répond de manière surréaliste. Complètement déconnectée des réalités du ghetto noir, où les meurtres intra-communautaires sont en effet quotidiens, elle lui fait la leçon et lui répond dans un jargon d’universitaire: «Mais que faîtes-vous de l’oppression systémique?». De même, des militants décoloniaux (blancs), voulant déboulonner la statue de Frederick Douglass (ancien esclave noir et militant abolitionniste!), se sont opposés à des guides touristiques noirs qui ont vaillamment défendu la statue. Si elles n’étaient pas accompagnées d’explications, les images feraient vraiment penser que les manifestants sont des suprémacistes blancs racistes et non pas des militants de gauche agissant au nom de l’antiracisme et prétendant que «Black Lives Matter». Mais cette ressemblance n’a rien d’un hasard, car suprémacistes blancs et militants décoloniaux partagent le même imaginaire ethnocentrique selon lequel l’Homme blanc serait au centre de tout (soit pour être supérieur, comme le pensent les suprémacistes, soit pour faire le mal comme le pensent les décoloniaux), ce qui prive mécaniquement les Noirs de toute histoire autonome. C’est ce qu’a bien souligné, en France, l’écrivaine (noire) Tania de Montaigne, fustigeant le concept de «privilège blanc» défendu récemment par la réalisatrice et militante décoloniale (blanche) Virginie Despentes. Tania de Montaigne voit dans cette notion un fantasme raciste qui ne correspond à rien de réel et qui, sous prétexte d’anti-racisme, réédite inconsciemment le discours raciste traditionnel de la hiérarchie des races, plaçant les Blancs au sommet d’une pyramide, et fait les non-Blancs comme d’éternels mineurs, toujours victimisés et qui devraient être aidés avec condescendance. Il en va de même dans les discours sur l’esclavage et la colonisation. Comme le souligne dans les colonnes du Figaro, l’historien Pierre Vermeren,: «La guerre et l’esclavage appartiennent de manière continue à la longue histoire des sociétés humaines (…) Aujourd’hui, il subsiste près de 46 millions d’esclaves dans le monde, dont la moitié en Asie (Chine, Inde et Pakistan) et près d’une autre en Afrique, au Sahel notamment. Les sociétés de la péninsule Arabique sont également concernées.» Et Pierre Vermeren nous rappelle qu’en ce qui concerne l’esclavage africain, il a existé trois traites distinctes: la traite européenne à destination des Amériques (où des Africains vendaient aux Européens les captifs issus de tribus rivales, car on oublie trop souvent de dire que si des Européens ont acheté des esclaves, c’est bien que quelqu’un les leur avait vendus sur place), la traite arabo-musulmane (à propos de laquelle les travaux de l’historien sénégalais Tidiane N’Diaye ont démontré que dix-sept millions de victimes noires furent asservies par les Arabes, parfois mutilées et assassinées, pendant plus de treize siècles sans interruption) et la traite interne à l’Afrique subsaharienne (qui continue encore aujourd’hui et qui fut combattue jadis par les colonisateurs français et britanniques, la colonisation ayant globalement eu lieu après que ces deux pays eurent aboli l’esclavage). Mais là encore, l’Occident ne veut pas admettre l’extrême banalité historique de la guerre et de l’esclavage. Il veut en avoir le monopole. Il préfère être pleinement coupable et se sentir ainsi toujours à part plutôt que de se trouver commun, rangé au côté des autres. Ainsi les traites d’esclaves commises par d’autres et où il n’a pris aucune part ne l’intéressent pas. Plutôt que de lutter concrètement contre l’esclavage actuel en Libye ou en Mauritanie, on préférera donc se flageller en s’en prenant à Colbert (alors que le Code noir ne représente qu’une infime partie de la vie et de l’œuvre de ce grand serviteur de l’État, les statues à son effigie honorant son rôle dans la construction de l’administration française et nullement son rôle supposé dans la traite esclavagiste, qui d’ailleurs ne posait pas de problèmes moraux à l’époque). Le plus dramatique est que toute ces actions hystériques, qui sapent la paix sociale, n’améliorent absolument pas la cause des Noirs. Si les vies noires comptent vraiment, alors, plutôt que de déboulonner des statues, les militants du Black Lives Matter (blancs pour une grande partie d’entre eux) feraient mieux d’alerter l’opinion sur les massacres inter-ethniques en Afrique ou d’aller sur place pour lutter contre les maladies et la famine. Ou plus simplement, ils pourraient aller dans les ghettos noirs des États-Unis pour protester contre la tyrannie des gangs, faire du soutien scolaire pour les enfants, distribuer de la nourriture et assister la population. Il faudra bien le dire un jour: Philippe de Villiers, en mettant sur pied un programme de co-développement humanitaire avec le Bénin lorsqu’il était président du conseil général de Vendée, a fait bien davantage pour les vies noires que les déboulonneurs de statue. De même, certaines universités américaines décident de retirer certains auteurs de leurs programmes sous prétexte que les hommes blancs sont trop représentés. Comme le faisait remarquer Christopher Lasch dans La Révolte des élites, ce genre de décisions prises par des gauchistes blancs généralement issus de la bourgeoisie, n’améliore absolument pas la situation concrète des minorités. Il serait plus pertinent au contraire de garder la culture classique intacte et de la diffuser à tous, Noirs compris. Et comme le fait remarquer au Figaro, Willfred Reilly, professeur afro-américain de sciences politiques, à propos de l’hystérie actuelle: «Tout cela ne va pas améliorer les scores des minorités aux tests universitaires. » Mais ce racisme anti-Noir inconscient ne se limite pas à la seule sphère «décoloniale». Ainsi Joe Biden, invité le 22 mai sur une radio noire, par un animateur noir, a déclaré: «Si vous n’arrivez pas à vous décider entre moi et Trump, c’est que vous n’êtes pas réellement noir.» Pour Biden, les électeurs noirs semblent être un troupeau de moutons, privés de tout libre arbitre politique. Jean-Loup Bonnamy
I’m glad that the law enforcement agencies are subject to the same standard as everybody else. Mark McCloskey
The reason high-income people leave the city, and why I can’t talk my friends into moving in, is crime. Why live where your life is at risk, where you are affronted by thugs, bums, drug addicts and punks when you can afford not to. What St. Louis can do without are the murderers, beggars, drug addicts and street corner drunks. St. Louis needs more people of substance and fewer of subsistence. Mark McCloskey (1993)
Une foule d’au moins 100 personnes a abattu le portail historique en fer forgé de Portland Place, ils se sont précipités vers ma maison, où ma famille dînait dehors et nous ont fait craindre pour nos vies. J’étais terrifié que nous soyons assassinés en quelques secondes, que notre maison soit brûlée, nos animaux de compagnie tués. Nous étions seuls face à une foule en colère. Il s’agit d’une propriété privée. Il n’y a pas de trottoirs ou de rues publics. Mark McCloskey
La scène est à peine croyable. Des manifestants américains du mouvement «Black lives matter» se rendant devant le domicile de la maire de Saint Louis, Lyda Krewson, pour exiger sa démission, ont été menacés dimanche par un couple d’avocats, lourdement armés, alors qu’ils passaient devant leur villa. Mark et Patricia McCloskey ont ainsi été filmés pointant leurs armes en direction des 300 personnes marchant devant eux. Lui tenait un fusil de type AR-15, quand sa femme préférait brandir une arme de poing. NBC News rapporte que les portails de plusieurs propriétés du quartier ont été détériorés. Ironie de l’histoire, le couple en question a fait de la défense des victimes de dommages corporels sa spécialité. Cnews
I think that a total elimination is something we need to reevaluate. Right now, bad guys are saying if you don’t see a blue and white you can do whatever you want. Eric Adams (Brooklyn Borough President)
The guns keep going off and now we have a 1-year-old and the blood is on the hands of the mayor and the state Legislature. Community activist Tony Herbert
It says something when you’re at a Black Lives Matter protest; you have more minorities on the police side than you have in a violent crowd. And you have white people screaming at black officers ‘you have the biggest nose I’ve ever seen.’ You hear these things and you go ‘Are these people, are they going to say something to this person?’ No. (…) Having people tell you what to do with your life, that you need to quit your job, that you’re hurting your community but they’re not even a part of the community. Once again you as a privileged white person telling someone of color what to do with their life. (…) When you’re standing on the line and they’re getting called those names and they’re being accused of being racist when you’ve seen those officers helping people of color, getting blood on them trying to rescue someone who has been shot—gang violence, domestic violence—and you see them and they’re truly trying to help save someone’s life and they they turn around and are called a racist by people that have never seen anything like that, that have never had to put themselves out there. It’s disgusting. Officer Jakhary Jackson (Portland)
Mark McCloskey graduated magna cum laude from Southern Methodist University in Dallas in 1982, where he studied sociology, criminal justice and psychology before attending the Southern Methodist University of Law in 1985. He is a Missouri native and graduated from Mary Institute and Saint Louis Country Day School in Ladue, Missouri, in 1975, according to his Facebook profile. On his law firm’s website, McCloskey is described as, “an AV rated attorney who has been nominated for dozens of awards and honors and has been voted by his peers for memberships to many exclusive ‘top rated lawyer’ and ‘multimillion dollar lawyer’ associations throughout the country.” The website also notes McCloskey has appeared on in the media, including KSDK in St. Louis and Fox News. The website states, “several of his cases have been cited in national legal publications as the highest verdicts recovered in the country for those particular injuries.” McCloskey’s profile also says: Since 1986, he has exclusively represented individuals seriously injured as a result of accidents, medical malpractice, defective products, and the negligence of others. For the past 21 years, his firm has concentrated on the representation of people injured or killed through traumatic brain injuries, neck, back or other significant neurological or orthopedic injury. Mark T. McCloskey is licensed to practice law in the state and federal courts of Missouri, Illinois, Texas and the Federal Courts of Nebraska. Additionally, he has represented individuals injured through medical malpractice, dangerous products, automobiles, cars, motorcycles, boats, defective hand guns, airplane crashes, explosions, electrocution, falls, assaults, rapes, poisoning, fires, inadequate security, premises liability, dram shop liability (serving intoxicating patrons), excessive force by police, construction accidents, and negligent maintenance of premises (including retail establishments, parking lots, government property, homes, schools, playgrounds, apartments, commercial operations, parks and recreational facilities) for the past 30 years and has filed and tried personal injury lawsuits in over 28 states. Heavy.com
According to her Facebook profile, Patricia Novak McCloskey is a native of Industry, Pennsylvania, where she graduated from Western Beaver High School in 1977. McCloskey then studied at Penn State University, graduating in 1982 with a degree in labor studies and a minor in Spanish. She, like her husband, attended SMU Law School in Dallas, graduating in 1986. According to their law firm’s website, “Patricia N. McCloskey is a Phi Beta Kappa, Summa Cum Laude graduate of Pennsylvania State University, graduating first in her class and with the highest cumulative average in her department in forty-seven years. Patricia N. McCloskey is also a graduate of Southern Methodist University School of Law, which she completed while simultaneously working full time and still graduating in the top quarter of her class.” The website adds: After several years working with a major law firm in St. Louis on the defense side, she moved to representation of the injured. Since 1994, she has exclusively represented those injured by the negligence of others with Mark McCloskey. She has acted in various roles in the community including being a past Board Member of Therapeutic Horsemanship, a law student mentor, a member of the Missouri Bar Association ethical review panel and a St. Louis city committee woman. Patricia McCloskey has extensive trial experience in personal injury and wrongful death cases arising out of all aspects of negligence, including traumatic brain injury, products liability and product defect, medical malpractice, wrongful death, neck, back and spinal cord injuries, motor vehicle collisions, motorcycle collisions, airplane crashes, and many others as set forth further. Heavy.com
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Nous sommes en train de passer à côté d’un processus essentiel en jeu actuellement, l’articulation, désastreuse entre les sociétés de la honte et de l’honneur (« shame culture ») et les civilisations de la culpabilité (« guilt culture »), distinction établie par Dodds, un ethnologue. La honte est définie par lui comme un fait social extériorisé (perdre la face) et la culpabilité comme un sentiment intériorisé (…) Les membres des sociétés de la honte ne se sentent pas honteux « par essence », mais l’honneur est pour eux une valeur dominante qui ne concerne pas que soi, mais aussi le groupe familial, culturel auquel on appartient. Reconnaître une faute devant les personnes qui y sont extérieures, c’est déshonorer son groupe, c’est « l’achouma », mot clé au Maghreb qui signifie la honte. On ne peut reconnaître que la moindre erreur ait pu être commise par soi ou les autres membres de son groupe sous peine de déshonneur, la faute en incombe forcément à l’extérieur. Le modèle relationnel dominant prend la forme d’être le plus fort ou d’être humilié. Qui va mépriser l’autre ? Qui va faire honte à l’autre ou avoir honte ? Qui va soumettre l’autre ? Dans le TER, trois personnes d’origine sahélienne ont les pieds sur les sièges et téléphonent à tue-tête avec un poste de radio ouvert à côté d’eux. Je leur demande poliment de respecter le règlement. Réponse sèche : « Vous dites ça parce qu’on est étrangers », suivi d’une augmentation du volume sonore vocal du téléphone. Me voilà désigné comme un blanc raciste en quelques secondes, et c’est moi qui suis coupable, qui devrais donc avoir honte. Je parcours le train à la recherche d’un contrôleur, en vain. En l’absence d’un tiers incarnant une loi qui est la même pour tous, je n’ai pas d’autre solution que de m’incliner dans l’espace public. Je me sens… misérable. De même, quand dans les « quartiers », un jeune de 14 ans, sur un scooter volé, sans casque parce que « c’est pour les petits », se tue en percutant à toute vitesse un véhicule, il ne meurt pas à cause d’une accumulation d’imprudences mais forcément à cause d’autrui. De préférence à cause de la police. On ne décède pas accidentellement, on est tué. Comment une interpellation pourrait-elle de dérouler calmement avec ce modèle relationnel ? Qu’il soit à pied, en scooter, ou en voiture, celui qui accepte de se soumettre (et oui ! le mot est dit) à un contrôle policier ne rencontrera aucun problème de violence policière. Et les représentants du pays d’accueil tout désignés pour être méprisés puisqu’ils incarnent la légalité de la société dans l’espace public sont les policiers sur lesquels on crache sans vergogne. Le policier n’a pas le droit de répondre, il sera méprisé s’il agit (la sanction) ou s’il ne fait rien (la soumission). Quelle inversion ! C’est celui qui crache qui devrait être méprisé pour sa lâcheté car il ne risque rien. Le piège, c’est que les membres des sociétés de la honte ont compris que les membres des civilisations de la culpabilité, judéo-chrétiennes, ont une forte tendance à accepter de se sentir coupable, et il est alors « pratique » de leur faire éprouver de la honte au lieu de la ressentir soi-même. Et plus les membres de la civilisation de la culpabilité se sentent coupables, plus les membres de la société de la honte se décrivent comme victimes, dans une inflation interminable, alors que le problème initial de situe à l’intérieur même de leur société. (…) Cet écart entre société de la honte et civilisation de la culpabilité crée d’importantes tensions concernant l’acceptation d’une loi commune, ensemble de contraintes qui se situent au-dessus de tous, et de la reconnaissance d’une dette. Dans les sociétés de la honte, la relation à la loi n’inclut pas sa notion pourtant fondatrice de culpabilité. Accepter les contraintes extérieures signifie non pas reconnaître la nécessité de respecter d’indispensables limites pour une vie en commun, mais est vécue comme une immixtion intolérable dans le fonctionnement familial et groupal. (…) Et lorsqu’on argue qu’il y a du racisme dans la police puisque les personnes issues des sociétés de la honte font l’objet de contrôles policiers beaucoup plus fréquents que les autres, la réponse est qu’elles sont plus nombreuses à ne pas respecter la loi que les personnes qui ont intégré la culpabilité. Faut-il que chaque fois qu’un tel jeune est contrôlé, une dame sortant d’un super marché avec son cabas de légumes le soit aussi pour éviter toute discrimination ? La société de la honte, c’est aussi l’incapacité de reconnaître une dette envers le milieu d’accueil. Dans le cadre d’une immigration économique, tous sont venus au départ parce que leur pays ne les nourrissait pas assez, ne les soignait pas, était profondément corrompu, sinon ils retourneraient y vivre. Cette blessure originelle ne se referme pas et laisse les sujets dans une sorte d’entre-deux. Reconnaître ce qu’on doit au pays d’accueil, c’est accepter de penser que sa propre origine est entachée, conflictuelle, et la solution à ce malaise peut consister à dire que c’est l’extérieur, le lieu d’accueil, qui est inhospitalier et doit être dénigré. Reconnaître ce qu’on reçoit de bien, c’est trahir ses origines, de même que les policiers noirs ou maghrébins heureux d’exercer leur métier sont qualifiés de traîtres. Il est donc nécessaire de remettre l’achouma à sa place, de rétablir le lieu de la honte et de la remettre dans le camp de ceux qui font tout pour la projeter sur autrui. Ceux qui ont la volonté de se désigner de toutes façons comme victimes ont besoin de désigner des agresseurs. Mais ce n’est pas parce que des individus ou leurs parents ont été victimes dans leur histoire personnelle, familiale, culturelle, que d’autres doivent accepter d’endosser ce rôle de bourreau. Plus les membres d’une civilisation de la culpabilité se laissent accuser, plus ils sont méprisés. Au contraire, imaginons (on a le droit de rêver) qu’une seule personnalité politique ose déclarer : « Vous devriez avoir honte d’élever vos enfants sans leur inculquer un minimum de respect pour le pays qui vous accueille et qui vous soigne gratuitement, de ne pas leur expliquer que rien n’est dû, de laisser vos enfants conduire des véhicules volés, d’abîmer la démocratie qui vous protège et de mentir en vous présentant comme des victimes, etc. ». Énoncer ceci ne changerait rien à la manière de se comporter des délinquants en question, pas plus qu’égrener leurs délits et parler de « sauvageons », et ne calmerait en rien les militants communautaristes. Mais ceci donnerait aux autres le sentiment que la honte n’est pas en eux, et leur permettrait d’éprouver un sentiment de légitimité dont beaucoup de citoyens éprouvent le besoin qu’il soit reconnu. Une telle formulation constitue le fondement incontournable de toute action politique efficace car elle permettrait d’arrêter de tendre l’autre joue. Et d’accepter enfin l’idée que dans certaines circonstances, seules la force de caractère et la force physique inspirent du respect. Maurice Berger
Andy Warhol disait que « tout le monde doit avoir son quart d’heure de célébrité ». « Maintenant, tout le monde, blanc, doit avoir son quart d’heure de honte. On est entré dans une flagellation collective. Mais c’est encore plus compliqué que ça. On a les sociétés de la honte et les civilisations de la culpabilité. Pour les premiers, ce sont des sociétés où la honte est une valeur dominante, comme reconnaître qu’on a fait une faute, se déshonorer, déshonorer son groupe, sa culture, à l’inverse, des sociétés « judéo-chrétiennes. Toutes les personnes des minorités ne fonctionnent pas comme ça, de même de que toutes les personnes de la civilisation de la culpabilité ne se sentent pas prêts à se sentir coupable. On a une imbrication entre des personnes qui vont forcément se présenter comme victimes, quoi qu’elles aient fait d’illégal et en face des membres de la civilisation de la culpabilité qui vont forcément se sentir coupable. Plus ces personnes se reconnaissent coupables, plus ceux qui ont tendance à se sentir victimes vont en abuser. (…) J’y suis opposé. Que les Américains fassent cela pour ce qui s’est produit dans leur pays, j’en ai que faire. Ce n’est même pas un symbole, c’est quelque chose de littéral : on s’humilie alors qu’on n’a pas de quoi s’humilier. C’est un geste de soumission, c’est quelque chose qui inverse tout. Je ne vois pas de quoi nous devrions avoir honte, nous en France. Maurice Berger
Nous vivons (…) une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies! (…) La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. (…) La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel. (…) Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé». (…) Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité». (…) Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui, l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus. (…) Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle, c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser. (…) Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir. (…) Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche. (…) Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale, et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale. (…) Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée! Joel Kotkin
« Le Meilleur des mondes » décrit par Aldous Huxley serait-il en train de pointer le nez sur les côtes de Californie et de gagner l’Amérique? Dans son nouveau livre, L’Avènement du néo-féodalisme, le géographe américain Joel Kotkin, cousin californien du géographe français Christophe Guilluy, qui scrute depuis des années avec inquiétude la destruction des classes moyennes à la faveur de la délocalisation et de la financiarisation de l’économie, s’interroge sur la «tyrannie» que dessine l’émergence d’une oligarchie ultra-puissante et contrôlant une technologie envahissante. Joel Kotkin décrit l’alliance de l’oligarchie de la Silicon Valley, composée de quelques milliardaires passionnés de transhumanisme, et persuadés que la technologie est la réponse à tous les problèmes, avec une classe intellectuelle de «clercs» qui se comporte comme un «nouveau clergé» et instaure de nouveaux dogmes – sur la globalisation, le genre, «le privilège blanc» – avec une ferveur toute religieuse. Il devient dangereux d’exprimer ses désaccords, regrette cet ancien social-démocrate, qui explique ne plus avoir sa place à gauche. Une situation d’intolérance que le départ fracassant de la journaliste Bari Weiss du New York Times, forcée de quitter le navire sous la pression de pairs devenus «censeurs», vient d’illustrer avec éloquence. Laure Mandeville
The intellectually intolerant mob claimed two high-profile victims Tuesday with the resignations of New York Times editor Bari Weiss and New York Magazine journalist Andrew Sullivan. These are just two examples of the deadly virus spreading through our public life: McCarthyism of the woke. McCarthyism is the pejorative term liberals gave to the anti-communist crusades of 1950s-era Sen. Joseph McCarthy of Wisconsin. From his perch as chair of the Government Operations Committee, McCarthy launched a wave of investigations to ferret out supposed communist subversion of government agencies. Armed with his favorite question — “Are you now or have you ever been a member of the Communist Party?” — McCarthy terrorized his targets and silenced his critics. Thousands of people lost their jobs as a result, often based on nothing more than innuendo or chance associations. The mob fervor extended to the state governments and the private sector, too. States enacted “loyalty oaths” requiring people employed by the government, including tenured university faculty members, to disavow “radical beliefs” or lose their jobs. Many refused and were fired. Hollywood notoriously rooted out real and suspected communists, creating the infamous “blacklist” of people who were informally barred from any work with Hollywood studios. The “red scare” even nearly toppled America’s favorite television star, Lucille Ball, who had registered to vote as a communist in the 1930s. Today’s “cancel culture” is nothing more than McCarthyism in a woke costume. It stems from a noble goal — ending racial discrimination. Like its discredited cousin, however, it has transmogrified into something sinister and inimical to freedom. Battling racism is good and necessary; trying to suppress voices that one disagrees with is not. Woke McCarthyism goes wrong when it seeks to do the one thing that America has always sworn not to do: enforce uniformity of thought. Indeed, this principle, enshrined in the First Amendment, is so central to American national identity that it is one of the five quotes inscribed in the Jefferson Memorial: “I have sworn upon the altar of God eternal hostility against every form of tyranny over the mind of man.” Weiss’s resignation letter describes numerous examples of her colleagues judging her guilty of “wrongthink” and trying to pressure superiors to fire or suppress her. She explains that “some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly ‘inclusive’ one, while others post ax emojis next to my name.” Others, she wrote, called her a racist and a Nazi, or criticized her on Twitter without reprimand. She notes that this behavior, tolerated by the paper through its editors, constitutes “unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge.” Sullivan’s reason for departure is less clear — though he said it is “self-evident.” He had publicly supported Weiss, writing: “The mob bullied and harassed a young woman for thoughtcrimes. And her editors stood by and watched.” In other words, both Weiss and Sullivan — like so many others — seem to have left their jobs because they were targeted for refusing to conform to its ideas of right thinking. Do you now or have you ever thought that Donald Trump might make a good president? Congratulations, president of Goya Foods: Your company is boycotted. Are you now or have you ever been willing to publish works from a conservative U.S. senator that infuriated liberal Twitter? Former New York Times editor James Bennet, the bell tolls for thee. The mob even sacrifices people whose only crime is familial connection on its altar. The stepmother of the Atlanta police officer who shot and killed Rayshard Brooks, Melissa Rolfe, was fired from her job at a mortgage lender because some employees felt uncomfortable working with her. Such tactics work best when they force people to confess to seek repentance for the crimes they may or may not have committed. McCarthy knew this, and so he always offered lenience to suspected communists who would “name names” and turn in other supposed conspirators. The woke inquisition uses the same tactic, forcing those caught in its maw to renounce prior statements they find objectionable. NFL quarterback Drew Brees surrendered to the roar while noted leftists such as J.K. Rowling and Noam Chomsky are being pilloried for their defense of free speech. McCarthy was enabled by a frightened and compliant center-right. They knew he was wrong, but they also knew the anti-communist cause was right and were unsure how to embrace the just cause and excise the zealous overreach. It wasn’t until McCarthy attacked the U.S. Army that one man, attorney Joseph Welch, had the courage to speak up. “Have you no decency, sir?” he said as McCarthy tried to slander a colleague. The bubble burst, and people found the inquisitorial emperor had no clothes. The Senate censured him in 1954, and McCarthy died in 1957, a broken man. It won’t be as easy to defeat the woke movement. There isn’t one person whose humiliation will break the spell. This movement is deep, decentralized and widespread.  Henry Olsen
Every cultural revolution starts at year zero, whether explicitly or implicitly. The French Revolution recalibrated the calendar to begin anew, and the genocidal Pol Pot declared his own Cambodian revolutionary ascension as the beginning of time. Somewhere after May 25, 2020, the death of George Floyd, while in police custody, sparked demonstrations, protests, and riots. And they in turn ushered in a new revolutionary moment. Or at least we were told that — in part by Black Lives Matter, in part by Antifa, in part by terrified enablers in the corporate world, the new Democratic Party, the military, the universities, and the media. What was uniquely different about this cultural revolution was how willing and quickly the entire progressive establishment — elected officials, celebrities, media, universities, foundations, retired military — was either on the side of the revolution or saw it as useful in aborting the Trump presidency, or was terrified it would be targeted and so wished to appease the Jacobins. This reborn America was to end all of the old that had come before and supposedly pay penance for George Floyd’s death and, by symbolic extension, America’s inherent evil since 1619. As in all cultural revolutions, the protestors claimed at first at that they wanted only to erase supposedly reactionary elements: Confederate statues, movies such as Gone with the Wind, some hurtful cartoons, and a few cranky conservative professors and what not. But soon such recalibration steam rolled, fueled by acquiescence, fright, and timidity. Drunk with ego and power, it moved on to attack almost anything connected with the past or present of the United States itself. Soon statues of General Grant, and presidents including George Washington, Abraham Lincoln, and Andrew Jackson were either toppled or defaced. The message was that their crimes were being white and privileged — in the way that today’s white and privileged should meet a similar fate. Or, as the marchers, who tried to storm Beverly Hills, put it: “Eat the Rich.” They were met by tear gas, and not a single retired general double-downed on his outrage at law enforcement for using tear gas against civilians. Did the BLM idea of cannibalizing the billionaires include LeBron James, Beyoncé, Oprah Winfrey, and likely soon-to-be billionaire Barack Obama? Name changing is always a barometer of a year-zero culture revolution that seeks to wipe out the past and, with it, anyone wedded to it. And so it was only a matter of time that the Woodrow Wilson Princeton School of Public and International Affairs was Trotskyized. Liberals cringed but kept silent, given that Wilson is still a hero for his support of the League of Nations, and his utopian efforts at Versailles, despite his characteristic progressive allegiance to pseudoscientific race-based genetics. Any revolution that claims it will not tolerate commemoration of any century-old enemies must put its handwipes where its mouth is. And revolutionaries always follow the path of least resistance. So in our era, that means the mob has focused on the hollow men and women now serving as university presidents, corporate CEOs, sports-franchise owners and coaches, politicians, news anchors, and even in some cases retired high-ranking officers of the military. It was easy wringing promises from these hierarchies to remove the trademark faces of Aunt Jemimah and Uncle Ben from popular food brands, and to win hundreds of new, costly diversity-coordinator billets, more mandatory race and gender indoctrination training, a “black” national anthem to be played at sporting events, and promises to BLM to rename military bases. Indeed, in no time, these elites were volunteering to debase themselves. Dan Cathy, CEO of the Chick-fil-A fast-food restaurant chain, urged white people to shine the shoes of blacks in the manner that the disciples had washed the feet of Jesus — and indeed Dan Cathy sort of did just that when he polished the sneakers of rapper Lecrae. Such is the new bottom line of profits in corporate America. (…) The 1960s saw Southern rural folk culture as a sort of hippie alternative to the dominant wealth and suburbanism of the mainstream. And all that is supposedly over now? Could Ry Cooder sing “I’m a Good Old Rebel” for a movie like The Long Riders, exploring the contradictions of ex-Confederate thugs like the James boys and the Youngers? Would anyone play the Band’s “The Night They Drove Old Dixie Down,” or even the version of it by leftist Joan Baez? Could Ken Burns now still make The Civil War, 30 years after its original release, with a folksy Shelby Foote contextualizing the Confederate defeat as thousands of brave men dying for a tragic cause beneath them? Would a liberal Southerner like the late Jody Powell still dare to voice the words of Stonewall Jackson or Horton Foote or Jefferson Davis? In our more enlightened revolutionary times, were all these players useful idiots in the cause of racism? (…) In the exhilaration of exercising power ruthlessly and unchecked, the cultural revolutionists soon turn on their own: poor Trump-hating Dan Abrams losing his cop reality show, the two liberal trial lawyers armed on their mansion lawn in St. Louis terrified of the mob entering their gated estate community, bewildered CHOP activists wondering where the police were once mayhem and death were among them, the inner city of Chicago or New York in the age of police drawbacks wondering how high the daily murder rate will climb once shooters fathom that there are no police, and inner-city communities furious that the ER is too crowded with shooting victims to properly treat COVID-19 arrivals. Do we now really expect that the Wilson Center in Washington will be cancelled, the Washington Monument cut down to size, and Princeton, Yale, and Stanford renamed? The logic of the revolution says yes, but the liberal appeasers of it are growing uneasy. They are realizing that their own elite status and referents are now in the crosshairs. And so they are on the verge of becoming Thermidors. And what will the new icons be under our new revolutionary premises? Will we say the old statues were bad because they were not perfect, but the new replacements are perfect despite being a tad bad in places? Will we dedicate more memorials to Martin Luther King Jr., the great advocate of the civil-rights movement, or do we focus instead on his plagiarism, his often poor treatment of women, and his reckless promiscuity? Gandhi is gone, but who replaces him, Subhas Chandra Bose? Will Princeton rename their school of diplomacy in honor of the martyred Malcom X, slain by the black nationalist Nation of Islam? Malcom may now become ubiquitous, but he said things about white people that would have made what Wilson said about black people look tame. Puritanical cultural revolutionaries are always a minority of society. But whether they win or lose — that is, whether they end up as Bolsheviks or Jacobins — hinges on how successfully they terrify the masses into submission, and how quickly they can do that before repulsion grows over their absurd violence and silly rhetoric. When the backlash comes, as it must when mobs destroy statues at night, loot, burn, and obliterate what Mao called the “four olds” of a culture revolution — Old Customs, Old Culture, Old Habits, and Old Ideas — it may not be pretty. We can see its contours already: Asian Americans further discriminated against to allow for new university mandates jettisoning SAT scores and GPAs, while schools set new larger percentages of African-American admissions and transform their entire diversity industry into a black-advocacy enterprise; virtue-signaling and now hard-left white CEOs and college presidents and provosts asked to step down, to do their own small white-male part in yielding their prized jobs to someone more woke and less pink. Gun sales are at record levels. I supposed the revolutionaries never investigated the original idea of a police force and the concept of the government’s legal monopoly on violence? It was not just to protect the law-abiding from the criminal, but to protect the criminal from the outraged vigilante. Only police can stop blood feuds such as the ones we see in Chicago or like the medieval ones of Iceland’s Njáls saga, or the postbellum slaughtering of the Hatfields and McCoys. We are already seeing a counterrevolution — as the Left goes ballistic that anyone would appear on his lawn pointing a semiautomatic rifle to protect mere “brick and mortar.” Without a functioning police force, do we really believe that the stockbroker is going to walk home in the evening in New York City without a firearm, or that the suburbanite in Minneapolis in an expansive home will not have a semiautomatic rifle, or that the couple who drives to Los Angeles with the kids to visit Disneyland will not have a 9mm automatic in their car console? The Left has energized the Second Amendment in a way the NRA never could, and for the next decade, there will be more guns in pockets, cars, and homes than at any time in history. Do Nike, the NFL, and the NBA really believe that their fan clientele will buy into the Black Lives Matter special national anthem and BLM corporate logos on their uniforms? Publicly, perhaps their clients will say so, but at home and in private where fans have absolute control of the remotes or their Amazon accounts, probably not. (…) The BLM problem is that never in history has a radical cultural revolution at its outset declared itself both race-based and yet predicated on a small minority of the population, whose strategy was to shame and debase the majority that was sympathetic to the idea of relegating race to insignificance. If sowing the wind has been getting ugly, reaping the whirlwind will be more so. Victor Davis Hanson
A l’exemple de Saturne, la Révolution dévore ses enfants
En ces temps étranges …
Où après l’hystérie collective du virus chinois
Puis, le psychodrame des iconoclastes (y compris religieux) du Black Lives Matter …
Certains policiers noirs commencent à s’inquiéter du chaos laissé dans leurs quartiers par des manifestations Black Lives Matter où il y a plus de blancs que dans les forces de police en face d’elles …
Et des responsables noirs américains en sont à plaider, devant la recrudescence des violences, pour le retour de la police
Et à l’heure où après le départ fracassant, pour cause de pensée non conforme, d’une journaliste du New York Times …
Un autre de ses confrères progressistes se voit pousser dehors du New York magazine …
Où derrière la funeste alliance des clercs et des oligarques, comme le rappelle le géographe américain Joel Kotkin
Qui, y allant de son petit coup de pied de l’âne en bon clerc qu’il est, ne peut s’empêcher au passage de traiter d’idiot le seul dirigeant ayant compris que la liquidation des classes laborieuses était le véritable enjeu de la présente situation …
Les inégalités explosent au point qu’un bastion du «progressisme» politique et prétendue avant-garde de l’antiracisme comme San Francisco n’a pratiquement plus d’habitants noirs ….
Et la destruction systématique, à la Révolution culturelle chinoise, de notre passé nous retribalise et nous ramène à un système néo-médieval avec son oligarchie, ses clercs et son dogme …
Comment ne pas repenser …
A la célèbre formule, au moment justement où la révolution française commençait à dévorer ses propres enfants, du journaliste et publiciste genevois Jacques Mallet du Pan  ?
Et comment ne pas en voir la meilleure métaphore …
Dans la fulfurance avec laquelle …
Un couple de stars du barreau de Saint Louis il y a deux semaines  …
Est passé pilori médiatique oblige …
Pour être descendus les armes à la main pieds nus dans leur jardin …
Dans la panique suscitée par un groupes de manifestants Black lives matter passant devant leurs portes…
De valeureux défenseurs des victimes en tous genres de la société américaine …
A meilleurs mais bien involontaires supports publicitaires de la NRA ?
Year Zero
Victor Davis Hanson
National Review
July 7, 2020Every cultural revolution starts at year zero, whether explicitly or implicitly. The French Revolution recalibrated the calendar to begin anew, and the genocidal Pol Pot declared his own Cambodian revolutionary ascension as the beginning of time.

Somewhere after May 25, 2020, the death of George Floyd, while in police custody, sparked demonstrations, protests, and riots. And they in turn ushered in a new revolutionary moment. Or at least we were told that — in part by Black Lives Matter, in part by Antifa, in part by terrified enablers in the corporate world, the new Democratic Party, the military, the universities, and the media.

What was uniquely different about this cultural revolution was how willing and quickly the entire progressive establishment — elected officials, celebrities, media, universities, foundations, retired military — was either on the side of the revolution or saw it as useful in aborting the Trump presidency, or was terrified it would be targeted and so wished to appease the Jacobins.

This reborn America was to end all of the old that had come before and supposedly pay penance for George Floyd’s death and, by symbolic extension, America’s inherent evil since 1619. As in all cultural revolutions, the protestors claimed at first at that they wanted only to erase supposedly reactionary elements: Confederate statues, movies such as Gone with the Wind, some hurtful cartoons, and a few cranky conservative professors and what not.

But soon such recalibration steam rolled, fueled by acquiescence, fright, and timidity. Drunk with ego and power, it moved on to attack almost anything connected with the past or present of the United States itself.

Soon statues of General Grant, and presidents including George Washington, Abraham Lincoln, and Andrew Jackson were either toppled or defaced. The message was that their crimes were being white and privileged — in the way that today’s white and privileged should meet a similar fate. Or, as the marchers, who tried to storm Beverly Hills, put it: “Eat the Rich.” They were met by tear gas, and not a single retired general double-downed on his outrage at law enforcement for using tear gas against civilians. Did the BLM idea of cannibalizing the billionaires include LeBron James, Beyoncé, Oprah Winfrey, and likely soon-to-be billionaire Barack Obama?

Name changing is always a barometer of a year-zero culture revolution that seeks to wipe out the past and, with it, anyone wedded to it. And so it was only a matter of time that the Woodrow Wilson Princeton School of Public and International Affairs was Trotskyized. Liberals cringed but kept silent, given that Wilson is still a hero for his support of the League of Nations, and his utopian efforts at Versailles, despite his characteristic progressive allegiance to pseudoscientific race-based genetics.

Rebranding

Any revolution that claims it will not tolerate commemoration of any century-old enemies must put its handwipes where its mouth is. And revolutionaries always follow the path of least resistance. So in our era, that means the mob has focused on the hollow men and women now serving as university presidents, corporate CEOs, sports-franchise owners and coaches, politicians, news anchors, and even in some cases retired high-ranking officers of the military.

It was easy wringing promises from these hierarchies to remove the trademark faces of Aunt Jemimah and Uncle Ben from popular food brands, and to win hundreds of new, costly diversity-coordinator billets, more mandatory race and gender indoctrination training, a “black” national anthem to be played at sporting events, and promises to BLM to rename military bases.

Indeed, in no time, these elites were volunteering to debase themselves. Dan Cathy, CEO of the Chick-fil-A fast-food restaurant chain, urged white people to shine the shoes of blacks in the manner that the disciples had washed the feet of Jesus — and indeed Dan Cathy sort of did just that when he polished the sneakers of rapper Lecrae. Such is the new bottom line of profits in corporate America.

Yet, the culture of erasure takes some time to reach all the eddies and pools of a huge society as variegated as America. Take the new reconstruction of the Civil War. In the old days before this May, the war was considered a catastrophic nemesis due a hubristic Confederacy. Yet, given that there were only 7 to 8 percent of the nation’s households in 1860 owning slaves, it should have been possible to end slavery without harvesting nearly 700,000 Americans.

But it was not, because — according to the traditional American tragic theme — millions of non-slave-owning white poor of the Confederacy fought tenaciously, and ultimately for a plantation culture that had marginalized them. Their rationale was that their sacred soil and homes were “invaded” by “Yankees” in a war of “Northern aggression.”

Liberal Hollywood bought into this tragic notion of misguided but somewhat honorable losers who had headed westward, penniless in defeat, after the war. Most Westerns of the 1950s — John Ford’s The Searchers or George Stevens’s Shane — saw Confederate pedigrees of a losing and disreputable cause as central to the outsider’s creed of the gunfighter. These Confederate vets were dead-enders useful in ridding a fragile civilization on the frontier of its demons, but too volatile to live within it during the peaceful aftermath when gunplay was no longer needed.

The 1960s saw Southern rural folk culture as a sort of hippie alternative to the dominant wealth and suburbanism of the mainstream.

And all that is supposedly over now?

Could Ry Cooder sing “I’m a Good Old Rebel” for a movie like The Long Riders, exploring the contradictions of ex-Confederate thugs like the James boys and the Youngers?

Would anyone play the Band’s “The Night They Drove Old Dixie Down,” or even the version of it by leftist Joan Baez?

Could Ken Burns now still make The Civil War, 30 years after its original release, with a folksy Shelby Foote contextualizing the Confederate defeat as thousands of brave men dying for a tragic cause beneath them? Would a liberal Southerner like the late Jody Powell still dare to voice the words of Stonewall Jackson or Horton Foote or Jefferson Davis? In our more enlightened revolutionary times, were all these players useful idiots in the cause of racism?

Are there now three Americas? One of white guilt and penance, one of black anger and victimization, and another seething in silence as they see their 244 years of history written off as something worse than the pasts of Somalia, Peru, Iran, or Serbia.

There are now two realities — beyond two national anthems, beyond black and white dorms, black and white segregated safe spaces on campus, and beyond now segregated black and white history, language, philosophy, and science and math.

For blatantly racist diatribes dug up from the past, there is one standard of contextualization for 1619 architect Nikole Hannah-Jones and the creators of Black Lives Matter, and another that forces silly entertainers like late-night host Jimmy Kimmel to go into exile? In the new America, skin color adjudicates whether one can with impunity be openly racist — as it used to be before the civil-rights movement, whose values and methods the Left purportedly seeks to embrace and resurrect.

If so, then we know from history the script that now follows.

In the exhilaration of exercising power ruthlessly and unchecked, the cultural revolutionists soon turn on their own: poor Trump-hating Dan Abrams losing his cop reality show, the two liberal trial lawyers armed on their mansion lawn in St. Louis terrified of the mob entering their gated estate community, bewildered CHOP activists wondering where the police were once mayhem and death were among them, the inner city of Chicago or New York in the age of police drawbacks wondering how high the daily murder rate will climb once shooters fathom that there are no police, and inner-city communities furious that the ER is too crowded with shooting victims to properly treat COVID-19 arrivals.

Do we now really expect that the Wilson Center in Washington will be cancelled, the Washington Monument cut down to size, and Princeton, Yale, and Stanford renamed?

The logic of the revolution says yes, but the liberal appeasers of it are growing uneasy. They are realizing that their own elite status and referents are now in the crosshairs. And so they are on the verge of becoming Thermidors.

And what will the new icons be under our new revolutionary premises?

Will we say the old statues were bad because they were not perfect, but the new replacements are perfect despite being a tad bad in places? Will we dedicate more memorials to Martin Luther King Jr., the great advocate of the civil-rights movement, or do we focus instead on his plagiarism, his often poor treatment of women, and his reckless promiscuity? Gandhi is gone, but who replaces him, Subhas Chandra Bose? Will Princeton rename their school of diplomacy in honor of the martyred Malcom X, slain by the black nationalist Nation of Islam? Malcom may now become ubiquitous, but he said things about white people that would have made what Wilson said about black people look tame.

Puritanical cultural revolutionaries are always a minority of society. But whether they win or lose — that is, whether they end up as Bolsheviks or Jacobins — hinges on how successfully they terrify the masses into submission, and how quickly they can do that before repulsion grows over their absurd violence and silly rhetoric.

When the backlash comes, as it must when mobs destroy statues at night, loot, burn, and obliterate what Mao called the “four olds” of a culture revolution — Old Customs, Old Culture, Old Habits, and Old Ideas — it may not be pretty.

We can see its contours already: Asian Americans further discriminated against to allow for new university mandates jettisoning SAT scores and GPAs, while schools set new larger percentages of African-American admissions and transform their entire diversity industry into a black-advocacy enterprise; virtue-signaling and now hard-left white CEOs and college presidents and provosts asked to step down, to do their own small white-male part in yielding their prized jobs to someone more woke and less pink.

Gun sales are at record levels. I supposed the revolutionaries never investigated the original idea of a police force and the concept of the government’s legal monopoly on violence? It was not just to protect the law-abiding from the criminal, but to protect the criminal from the outraged vigilante.

Only police can stop blood feuds such as the ones we see in Chicago or like the medieval ones of Iceland’s Njáls saga, or the postbellum slaughtering of the Hatfields and McCoys. We are already seeing a counterrevolution — as the Left goes ballistic that anyone would appear on his lawn pointing a semiautomatic rifle to protect mere “brick and mortar.”

Without a functioning police force, do we really believe that the stockbroker is going to walk home in the evening in New York City without a firearm, or that the suburbanite in Minneapolis in an expansive home will not have a semiautomatic rifle, or that the couple who drives to Los Angeles with the kids to visit Disneyland will not have a 9mm automatic in their car console? The Left has energized the Second Amendment in a way the NRA never could, and for the next decade, there will be more guns in pockets, cars, and homes than at any time in history.

Do Nike, the NFL, and the NBA really believe that their fan clientele will buy into the Black Lives Matter special national anthem and BLM corporate logos on their uniforms? Publicly, perhaps their clients will say so, but at home and in private where fans have absolute control of the remotes or their Amazon accounts, probably not.

The counterrevolution will be easy to spot. Suddenly a left-wing institution will refuse to change its name. Gone with the Wind will insidiously reappear on the schedule of TBN classic movies. Statue topplers all of a sudden will be scouted out and arrested and have felonies on their record — and no one will complain.

NFL’s attendance will crater. Joe Biden will begin cataloguing both good and bad statues, and correct and incorrect name changing, and by October he will be saying, “One the one hand . . . on the other hand . . . ”

Segregation will doom this revolution. It is the worst poison in a multiracial society. Yet it is the signature issue of Black Lives Matter — everything from separate safe spaces and theme houses based on skin color in universities to specials fees and rules for non-blacks. The popular forces of integration, assimilation, and intermarriage will not be harnessed by racial-separatist czars, asking for DNA pedigrees as they sleuth for microaggressions and implicit biases.

The BLM problem is that never in history has a radical cultural revolution at its outset declared itself both race-based and yet predicated on a small minority of the population, whose strategy was to shame and debase the majority that was sympathetic to the idea of relegating race to insignificance. 

If sowing the wind has been getting ugly, reaping the whirlwind will be more so.

Voir aussi:

Vidéo : un riche couple d’Américains sort lourdement armé pour défendre sa propriété contre des manifestants

La scène est à peine croyable. Des manifestants américains du mouvement «Black lives matter» se rendant devant le domicile de la maire de Saint Louis, Lyda Krewson, pour exiger sa démission, ont été menacés dimanche par un couple d’avocats, lourdement armés, alors qu’ils passaient devant leur villa.

Mark et Patricia McCloskey ont ainsi été filmés pointant leurs armes en direction des 300 personnes marchant devant eux. Lui tenait un fusil de type AR-15, quand sa femme préférait brandir une arme de poing. NBC News rapporte que les portails de plusieurs propriétés du quartier ont été détériorés. Ironie de l’histoire, le couple en question a fait de la défense des victimes de dommages corporels sa spécialité.

Le président Trump a retweeté une vidéo de l’incident, sans le commenter. La scène a, faut-il s’en douter, choqué un nombre important d’internautes. D’autres y ont vu l’occasion de lancer des parodies.

Voir également:

Médias.

Démission au “New York Times” : “Ils me traitent de nazie et de raciste”

Courrier international

Décrivant un environnement de travail “intolérant” et fustigeant une certaine bien-pensance qui confine à l’“autocensure”, Bari Weiss, une journaliste chargée de faire vivre la diversité des opinions dans les colonnes du prestigieux quotidien américain, a présenté sa démission.

Sa lettre de démission est adressée à Arthur Gregg Sulzberger, directeur de la publication du New York Times. Dans ce texte publié sur son site personnel, Bari Weiss explique les raisons de son départ du quotidien de centre gauche.

Auteure et éditrice des pages Opinion du journal depuis 2017, la journaliste rappelle avoir été embauchée “dans le but de faire venir au journal les voix qui n’apparaîtraient pas dans ses pages autrement : […] les centristes, les conservateurs et ceux qui ne se sentent pas chez eux au New York Times. La raison de ce recrutement était claire : le journal n’avait pas anticipé le résultat de l’élection présidentielle de 2016, ce qui montrait qu’il n’avait pas une bonne compréhension du pays qu’il couvre.”

Pourtant, écrit Bari Weiss, le journal “n’a pas tiré les enseignements qui auraient dû suivre le scrutin”.

Mes incursions dans la pensée non orthodoxe ont fait de moi l’objet d’un harcèlement constant de la part de mes collègues qui ne partagent pas mes opinions. Ils me traitent de nazie et de raciste […]. Mon travail et ma personne sont ouvertement dénigrés sur les chaînes Slack [outil de communication interne] de la société […]. Certains collaborateurs y soutiennent qu’il faut se débarrasser de moi si le journal veut être véritablement ‘inclusif’ et d’autres postent l’émoji de la hache [‘ax’ signifie à la fois ‘hache’ et ‘virer’] à côté de mon nom.”

Dans un article écrit par le spécialiste média du quotidien américain, le New York Times indique que “Mme Weiss […] est connue pour sa tendance à remettre en question certains aspects des mouvements pour la justice sociale qui se développent depuis quelques années”. Ainsi, le mois dernier, la journaliste de 36 ans avait critiqué l’émoi d’une partie de sa rédaction après la publication d’une tribune d’un sénateur républicain demandant une intervention militaire pour “rétablir l’ordre” face aux manifestations du mouvement Black Lives Matter.

Dans la foulée, Bari Weiss décrivait sur Twitter la “guerre civile” qui ferait rage au sein de la rédaction du NYT et d’autres médias américains entre la “‘Nouvelle Garde’ – des gens en général jeunes qui sont attachés à la justice sociale – et la ‘Vieille Garde’ – les progressistes qui ont en général plus de 40 ans”. “Nombre de membres de la rédaction ont protesté sur Twitter et déclaré que c’était faux ou que cela ne représentait pas leurs positions”, commente l’article du New York Times.

“Twitter ne figure pas sur la une du New York Times, mais il en est devenu le rédacteur en chef ultime”, poursuit Bari Weiss dans sa lettre, regrettant les extrêmes précautions que prendrait l’équipe du quotidien pour ne pas froisser ses lecteurs les plus “éveillés”. Sur un ton railleur, elle interroge :

Pourquoi proposer quelque chose de difficile à avaler pour nos lecteurs, ou écrire quelque chose d’audacieux pour finir par passer par le processus abrutissant de le rendre idéologiquement acceptable, alors que nous pouvons assurer notre emploi (et des clics) en publiant une 4 000e tribune avançant que Donald Trump constitue un danger pour le pays et pour le monde ? L’autocensure est ainsi devenue la norme.”

“Nous remercions Bari pour les nombreuses contributions qu’elle a apportées à la rubrique Opinion. Je suis personnellement déterminée à ce que le New York Times continue à publier des voix, des vécus et des points de vue venant de tout l’échiquier politique dans la page Opinion”, a réagi Kathleen Kingsbury, responsable de cette rubrique.

Voir de même:

« L’Amérique vit un nouveau Moyen Âge, avec son oligarchie, ses clercs et son dogme »

GRAND ENTRETIEN – Notre monde est entré «dans un nouveau Moyen Âge» version high-tech, marqué par un accroissement inquiétant des inégalités, avertit le géographe Joel Kotkin.

Laure Mandeville
Le Figaro
16 juillet 2020

«Le Meilleur des mondes» décrit par Aldous Huxley serait-il en train de pointer le nez sur les côtes de Californie et de gagner l’Amérique? Dans son nouveau livre, L’Avènement du néo-féodalisme, le géographe américain Joel Kotkin, cousin californien du géographe français Christophe Guilluy, qui scrute depuis des années avec inquiétude la destruction des classes moyennes à la faveur de la délocalisation et de la financiarisation de l’économie, s’interroge sur la «tyrannie» que dessine l’émergence d’une oligarchie ultra-puissante et contrôlant une technologie envahissante.

Joel Kotkin décrit l’alliance de l’oligarchie de la Silicon Valley, composée de quelques milliardaires passionnés de transhumanisme, et persuadés que la technologie est la réponse à tous les problèmes, avec une classe intellectuelle de «clercs» qui se comporte comme un «nouveau clergé» et instaure de nouveaux dogmes – sur la globalisation, le genre, «le privilège blanc» – avec une ferveur toute religieuse. Il devient dangereux d’exprimer ses désaccords, regrette cet ancien social-démocrate, qui explique ne plus avoir sa place à gauche. Une situation d’intolérance que le départ fracassant de la journaliste Bari Weiss du New York Times , forcée de quitter le navire sous la pression de pairs devenus «censeurs», vient d’illustrer avec éloquence.

LE FIGARO. – Vous publiez L’Avènement du néo-féodalisme*, un ouvrage qui décrit l’émergence en Amérique, et plus encore en Chine, en Europe et même au Japon, d’un système caractérisé par une concentration de plus en plus inégalitaire de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une petite minorité de «seigneurs» de la tech et de la finance. Retournons-nous vraiment au Moyen Âge version high-tech ?

Joel KOTKIN. – Nous vivons effectivement une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies!

La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux.

La destruction systématique de notre passé est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus

Vous écrivez que la Silicon Valley est une sorte de laboratoire futuriste de ce qui attend l’Amérique. Votre description ne donne pas envie…

La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel.

Vous parlez d’alliance de cette oligarchie avec de nouveaux clercs, presque un nouveau «clergé», gardien des nouveaux «dogmes». Que voulez-vous dire?

Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé».

Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité».

Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus.

Vous soulignez le danger particulier de l’alliance de l’oligarchie de la tech et des élites, en raison du rôle croissant de la technologie…

Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser.

Trump va avoir du mal à gagner. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles

Et que pensent ces nouveaux oligarques du XXIe siècle?

Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir.

Que pensez-vous de la bataille entre Zuckerberg, qui a refusé de bannir les tweets de Trump, et les autres grands patrons de la tech, qui veulent bannir «les mauvaises pensées»?

Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche.

Face à cette réalité, Trump et la rébellion anti-élites qui le porte pourraient-ils gagner à nouveau?

Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale, et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale.

Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée!

* The Coming of Neo-Feudalism: A Warning to the Global Middle Class, Joel Kotkin, Hardcover, 288 p., $20,65.

Voir de plus:

Dear A.G.,

It is with sadness that I write to tell you that I am resigning from The New York Times.

I joined the paper with gratitude and optimism three years ago. I was hired with the goal of bringing in voices that would not otherwise appear in your pages: first-time writers, centrists, conservatives and others who would not naturally think of The Times as their home. The reason for this effort was clear: The paper’s failure to anticipate the outcome of the 2016 election meant that it didn’t have a firm grasp of the country it covers. Dean Baquet and others have admitted as much on various occasions. The priority in Opinion was to help redress that critical shortcoming.

I was honored to be part of that effort, led by James Bennet. I am proud of my work as a writer and as an editor. Among those I helped bring to our pages: the Venezuelan dissident Wuilly Arteaga; the Iranian chess champion Dorsa Derakhshani; and the Hong Kong Christian democrat Derek Lam. Also: Ayaan Hirsi Ali, Masih Alinejad, Zaina Arafat, Elna Baker, Rachael Denhollander, Matti Friedman, Nick Gillespie, Heather Heying, Randall Kennedy, Julius Krein, Monica Lewinsky, Glenn Loury, Jesse Singal, Ali Soufan, Chloe Valdary, Thomas Chatterton Williams, Wesley Yang, and many others.

But the lessons that ought to have followed the election—lessons about the importance of understanding other Americans, the necessity of resisting tribalism, and the centrality of the free exchange of ideas to a democratic society—have not been learned. Instead, a new consensus has emerged in the press, but perhaps especially at this paper: that truth isn’t a process of collective discovery, but an orthodoxy already known to an enlightened few whose job is to inform everyone else.

Twitter is not on the masthead of The New York Times. But Twitter has become its ultimate editor. As the ethics and mores of that platform have become those of the paper, the paper itself has increasingly become a kind of performance space. Stories are chosen and told in a way to satisfy the narrowest of audiences, rather than to allow a curious public to read about the world and then draw their own conclusions. I was always taught that journalists were charged with writing the first rough draft of history. Now, history itself is one more ephemeral thing molded to fit the needs of a predetermined narrative.

My own forays into Wrongthink have made me the subject of constant bullying by colleagues who disagree with my views. They have called me a Nazi and a racist; I have learned to brush off comments about how I’m “writing about the Jews again.” Several colleagues perceived to be friendly with me were badgered by coworkers. My work and my character are openly demeaned on company-wide Slack channels where masthead editors regularly weigh in. There, some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly “inclusive” one, while others post ax emojis next to my name. Still other New York Times employees publicly smear me as a liar and a bigot on Twitter with no fear that harassing me will be met with appropriate action. They never are.

There are terms for all of this: unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge. I’m no legal expert. But I know that this is wrong.

I do not understand how you have allowed this kind of behavior to go on inside your company in full view of the paper’s entire staff and the public. And I certainly can’t square how you and other Times leaders have stood by while simultaneously praising me in private for my courage. Showing up for work as a centrist at an American newspaper should not require bravery.

Part of me wishes I could say that my experience was unique. But the truth is that intellectual curiosity—let alone risk-taking—is now a liability at The Times. Why edit something challenging to our readers, or write something bold only to go through the numbing process of making it ideologically kosher, when we can assure ourselves of job security (and clicks) by publishing our 4000th op-ed arguing that Donald Trump is a unique danger to the country and the world? And so self-censorship has become the norm.

What rules that remain at The Times are applied with extreme selectivity. If a person’s ideology is in keeping with the new orthodoxy, they and their work remain unscrutinized. Everyone else lives in fear of the digital thunderdome. Online venom is excused so long as it is directed at the proper targets.

Op-eds that would have easily been published just two years ago would now get an editor or a writer in serious trouble, if not fired. If a piece is perceived as likely to inspire backlash internally or on social media, the editor or writer avoids pitching it. If she feels strongly enough to suggest it, she is quickly steered to safer ground. And if, every now and then, she succeeds in getting a piece published that does not explicitly promote progressive causes, it happens only after every line is carefully massaged, negotiated and caveated.

It took the paper two days and two jobs to say that the Tom Cotton op-ed “fell short of our standards.” We attached an editor’s note on a travel story about Jaffa shortly after it was published because it “failed to touch on important aspects of Jaffa’s makeup and its history.” But there is still none appended to Cheryl Strayed’s fawning interview with the writer Alice Walker, a proud anti-Semite who believes in lizard Illuminati.

The paper of record is, more and more, the record of those living in a distant galaxy, one whose concerns are profoundly removed from the lives of most people. This is a galaxy in which, to choose just a few recent examples, the Soviet space program is lauded for its “diversity”; the doxxing of teenagers in the name of justice is condoned; and the worst caste systems in human history includes the United States alongside Nazi Germany.

Even now, I am confident that most people at The Times do not hold these views. Yet they are cowed by those who do. Why? Perhaps because they believe the ultimate goal is righteous. Perhaps because they believe that they will be granted protection if they nod along as the coin of our realm—language—is degraded in service to an ever-shifting laundry list of right causes. Perhaps because there are millions of unemployed people in this country and they feel lucky to have a job in a contracting industry.

Or perhaps it is because they know that, nowadays, standing up for principle at the paper does not win plaudits. It puts a target on your back. Too wise to post on Slack, they write to me privately about the “new McCarthyism” that has taken root at the paper of record.

All this bodes ill, especially for independent-minded young writers and editors paying close attention to what they’ll have to do to advance in their careers. Rule One: Speak your mind at your own peril. Rule Two: Never risk commissioning a story that goes against the narrative. Rule Three: Never believe an editor or publisher who urges you to go against the grain. Eventually, the publisher will cave to the mob, the editor will get fired or reassigned, and you’ll be hung out to dry.

For these young writers and editors, there is one consolation. As places like The Times and other once-great journalistic institutions betray their standards and lose sight of their principles, Americans still hunger for news that is accurate, opinions that are vital, and debate that is sincere. I hear from these people every day. “An independent press is not a liberal ideal or a progressive ideal or a democratic ideal. It’s an American ideal,” you said a few years ago. I couldn’t agree more. America is a great country that deserves a great newspaper.

None of this means that some of the most talented journalists in the world don’t still labor for this newspaper. They do, which is what makes the illiberal environment especially heartbreaking. I will be, as ever, a dedicated reader of their work. But I can no longer do the work that you brought me here to do—the work that Adolph Ochs described in that famous 1896 statement: “to make of the columns of The New York Times a forum for the consideration of all questions of public importance, and to that end to invite intelligent discussion from all shades of opinion.”

Ochs’s idea is one of the best I’ve encountered. And I’ve always comforted myself with the notion that the best ideas win out. But ideas cannot win on their own. They need a voice. They need a hearing. Above all, they must be backed by people willing to live by them.

Sincerely,

Bari

Voir encore:

The Intelligencer
July 17, 2020

The good news is that my last column in this space is not about “cancel culture.” Well, almost. I agree with some of the critics that it’s a little nuts to say I’ve just been “canceled,” sent into oblivion and exile for some alleged sin. I haven’t. I’m just no longer going to be writing for a magazine that has every right to hire and fire anyone it wants when it comes to the content of what it wants to publish.

The quality of my work does not appear to be the problem. I have a long essay in the coming print magazine on how plagues change societies, after all. I have written some of the most widely read essays in the history of the magazine, and my column has been popular with readers. And I have no complaints about my interaction with the wonderful editors and fact-checkers here — and, in fact, am deeply grateful for their extraordinary talent, skill, and compassion. I’ve been in the office maybe a handful of times over four years, and so there’s no question of anyone mistreating me or vice versa. In fact, I’ve been proud and happy to be a part of this venture.

What has happened, I think, is relatively simple: A critical mass of the staff and management at New York Magazine and Vox Media no longer want to associate with me, and, in a time of ever tightening budgets, I’m a luxury item they don’t want to afford. And that’s entirely their prerogative. They seem to believe, and this is increasingly the orthodoxy in mainstream media, that any writer not actively committed to critical theory in questions of race, gender, sexual orientation, and gender identity is actively, physically harming co-workers merely by existing in the same virtual space. Actually attacking, and even mocking, critical theory’s ideas and methods, as I have done continually in this space, is therefore out of sync with the values of Vox Media. That, to the best of my understanding, is why I’m out of here.

Two years ago, I wrote that we all live on campus now. That is an understatement. In academia, a tiny fraction of professors and administrators have not yet bent the knee to the woke program — and those few left are being purged. The latest study of Harvard University faculty, for example, finds that only 1.46 percent call themselves conservative. But that’s probably higher than the proportion of journalists who call themselves conservative at the New York Times or CNN or New York Magazine. And maybe it’s worth pointing out that “conservative” in my case means that I have passionately opposed Donald J. Trump and pioneered marriage equality, that I support legalized drugs, criminal-justice reform, more redistribution of wealth, aggressive action against climate change, police reform, a realist foreign policy, and laws to protect transgender people from discrimination. I was one of the first journalists in established media to come out. I was a major and early supporter of Barack Obama. I intend to vote for Biden in November.

It seems to me that if this conservatism is so foul that many of my peers are embarrassed to be working at the same magazine, then I have no idea what version of conservatism could ever be tolerated. And that’s fine. We have freedom of association in this country, and if the mainstream media want to cut ties with even moderate anti-Trump conservatives, because they won’t bend the knee to critical theory’s version of reality, that’s their prerogative. It may even win them more readers, at least temporarily. But this is less of a systemic problem than in the past, because the web has massively eroded the power of gatekeepers to suppress and control speech. I was among the first to recognize this potential for individual freedom of speech, and helped pioneer individual online media, specifically blogging, 20 years ago.

And this is where I’m now headed.

Since I closed down the Dish, my bloggy website, five years ago, after 15 years of daily blogging, I have not missed the insane work hours that all but broke my health. But here’s what I do truly and deeply miss: writing freely without being in a defensive crouch; airing tough, smart dissent and engaging with readers in a substantive way that avoids Twitter madness; a truly free intellectual space where anything, yes anything, can be debated without personal abuse or questioning of motives; and where readers can force me to change my mind (or not) by sheer logic or personal testimony.

I miss a readership that truly was eclectic — left, liberal, centrist, right, reactionary — and that loved to be challenged by me and by each other. I miss just the sheer fun that used to be a part of being a hack before all these dreadfully earnest, humor-free puritans took over the press: jokes, window views, silly videos, contests, puns, rickrolls, and so on. The most popular feature we ever ran was completely apolitical — The View From Your Window contest. It was as simple and humanizing as the current web is so fraught and dehumanizing. And in this era of COVID-19 isolation and despair, the need for a humane, tolerant, yet provocative and interesting, community is more urgent than ever.

So, yeah, after being prodded for years by Dishheads, I’m going to bring back the Dish.

I’ve long tried to figure out a way to have this kind of lively community without endangering my health and sanity. Which is why the Weekly Dish, which launches now, is where I’ve landed. The Weekly Dish will be hosted by Substack, a fantastic company that hosts an increasingly impressive number of individual free thinkers, like Jesse Singal and Matt Taibbi. There is a growing federation of independent thinkers and writers not subject to mainstream media’s increasingly narrow range of acceptable thought.

The initial basic formula — which, as with all things Dish, will no doubt evolve — is the following: this three-part column, with perhaps a couple of added short posts or features (I probably won’t be able to resist); a serious dissent section, where I can air real disagreement with my column, and engage with it constructively and civilly; a podcast, which I’ve long wanted to do, but never found a way to fit in; and yes, reader window views again, and the return of The View From Your Window contest. I’m able to do all this because Chris Bodenner, the guru of the Dish in-box and master of the Window View contest, is coming back to join me. He’ll select the dissents, as he long did, in ways that will put me on the spot.

Some have said that this good-faith engagement with lefty and liberal readers made me a better writer and thinker. And I think they’re right. Twitter has been bad for me; it’s just impossible to respond with the same care and nuance that I was able to at the Dish. And if we want to defend what’s left of liberal democracy, it’s not enough to expose and criticize the current model. We just need to model and practice liberal democracy better.

And that’s my larger hope and ambition. If the mainstream media will not host a diversity of opinion, or puts the “moral clarity” of some self-appointed saints before the goal of objectivity in reporting, if it treats writers as mere avatars for their race and gender or gender identity, rather than as unique individuals whose identity is largely irrelevant, then the nonmainstream needs to pick up the slack. What I hope to do at the Weekly Dish is to champion those younger writers who are increasingly shut out of the Establishment, to promote their blogs, articles, and podcasts, to link to them, and encourage them. I want to show them that they have a future in the American discourse. Instead of merely diagnosing the problem of illiberalism, I want to try to be part of the solution.

I’ll still probably piss you off, on a regular basis. “If liberty means anything at all it means the right to tell people what they do not want to hear,” as my journalistic mentor George Orwell put it. But I’ll also be directly accountable, and open to arguments that I, too, don’t want to hear but need to engage. And I hope to find readers who are fine with being pissed off — if it prompts them to reevaluate ideas.

If you believe in that vision or are simply interested in engaging a variety of ideas in a free-wheeling debate, then please join us. Those of you who were loyal Dishheads receive this column every Friday in an email, and you will get the same email next week directing you to the new Weekly Dish. If you are not on that list, or have not received an email lately, or have gotten to know me from my work at New York alone, you can add your name by clicking here.

The Weekly Dish will be free for a bit, while we iron out kinks and prep a podcast for the fall. But if you want to subscribe right away, or be a founding Weekly Dishhead, we’d love it, and it would help us enormously in getting this off the ground.

Dishness lives. All we’re waiting for is you.

See you next Friday.

Voir aussi:

Peak Jacobinism?

Even the woke eventually fear the guillotine. A few of its appeasers and abettors are becoming embarrassed by some of the outright racists and nihilists of BLM and the Maoists of Antifa — and their wannabe hangers-on who troll the Internet hoping to scalp some minor celebrity.

The woke rich too are worried over talk about substantial wealth, capital-gains, and income taxes, even though they have the resources to navigate around the legislation from their wink-and-nod brethren. Soon, even Hunter Biden and the Clintons could be checking in with their legal teams to see how much it will cost them to get around the Squad’s new tax plan.

The lines are thinning a bit for the guillotine. And the guillotiners are starting to panic as they glimpse faces of a restless mob always starved for something to top last night’s torching. Finally, even looters and arsonists get tired of doing the same old, same old each night. They get bored with the puerile bullhorn chants, the on-spec spray-paint defacement, and the petite fascists among them who hog the megaphones. For the lazy and bored, statue toppling — all of those ropes, those icky pry bars, those heavy sledgehammers, and so much pulling — becomes hard work, especially as the police, camera crews, and fisticuffs thin out on the ground. And the easy bronze and stone prey are now mostly rubble. Now it’s either the big, tough stuff like Mount Rushmore or the crazy targets like Lincoln and Frederick Douglass.

There are only so many ways for adult-adolescents to chant monotonously “Eat the Rich! Kill the Pigs! Black Lives Matter!” blah, blah, blah. And there are only so many Road Warrior Antifa ensembles of black hoodies, black masks, black pants, and black padding — before it all it ends up like just another shrill teachers’-union meeting in the school cafeteria or a prolonged adolescent Halloween prankster show.

Some 150 leftist writers and artists recently signed a letter attesting that they are suddenly wary of cancel culture. They want it stopped and prefer free speech. Of course, they first throat-cleared about the evil Trump, as if the president had surveilled Associated Press reporters, or sicced the FBI on a political campaign, or used CIA informants and foreign dossier-mongers to undermine a political opponent. And some petition signers soon retracted, with “I didn’t know what I was doing” apologies. Nonetheless, it was a small sign that not all of the liberal intelligentsia were going to sit still and wait for the mob to swallow them.

They learned well from #MeToo that, in the end, being emancipated, feminist, and woke did not mean that anyone accused of anything was protected by the Bill of Rights, statutes of limitations, the right to cross-examination, sincere apologies, and all that reactionary jazz, whether the accused was Al Franken or Garrison Keillor. Everyone else can also learn from #MeToo: As the revolution moved on from Brett Kavanaugh to Joe Biden himself, it went the way of the fading Jacobins. Tara Reid, after all, was tsked-tsked away in the old-boy “she’s lying” fashion. If not, then she might have empowered the evil Trump in his reelection bid.

The Lincoln County, Ore., authorities just backed off from their earlier homage to Jim Crow — they had issued an edict that all residents would be equal and wear masks in public except African Americans, who would be more equal than others and not be required to wear them. Even Oregon has standards?

The CEO of Goya, Robert Unanue, recently ignored calls to ruin his company — for his sin of praising the U.S. president. So far, he seems utterly unfazed by the pajama-boy mob.

The inveterate racist and anti-Semite Al Sharpton can’t decide whether he wants to dynamite Mount Rushmore or chisel Obama’s visage on it. How strange that the radical Left is divorcing the Democratic Party from all its iconic American referents and leaving them with nothing to replace them except painted slogans of Black Lives Matter on city streets, Kente-cloth shawls, and a Woodie Guthrie song or two. Bill de Blasio believes it is legal for a mayor to ban all public demonstrations — except those predicated on skin color, as he exempts Black Lives Matter outings. That Confederate idea may be too much even for the city’s liberals in hiding.

Seattle’s CHAZ/CHOP is gone. Warlord Raz Simone is back to his capitalist land-lording without even a citation for trespassing. Maybe former CHOP residents will get a discount at his Airbnb rentals.

The streets of our big cities are no longer a “summer of love” hate-fest targeting Donald Trump, but downright scary, given that murdering someone on sight is a COVID-get-out-of-jail-free crime. Blue-state officials green-lighted the multibillion-dollar wreckage and are now coming cup in hand, begging the Trump administration to pay for it. Their logic is: “Don’t dare send your damn troops to interrupt our beautiful looting and arson, but now please send your racist money for us to clean up the mess.”

In California, the jails and prisons are emptying, ostensibly because of the virus, in reality to enact a long-desired agenda of emptying and defunding prisons. As a result, you cannot find an automatic handgun in most California gun shops: The more left-wing a community, the harder to find a gun on the shelf. For what reason do liberals think liberals are buying guns?

COVID-19 is back for a while. The more the Left insists that millions in the streets for a month were not violating quarantines and had no effect on the second wave, the more protestors got infected and graciously went home to spread it to their more vulnerable relatives. Even leftists who were not infected know that this narrative is untrue and that their own demonstrations essentially ended the legitimacy of mass quarantining.

The hated police are slowing down in anticipation of early retirements, layoffs, and budget shortages. The logic is that going into the inner city is a trifecta losing proposition for them: Either get shot, or get accused, or get hated for doing your proper duty. De facto “community policing” seems to be operating in Atlanta, Chicago, and New York as murder spikes and shooters rediscover how it once worked out in Deadwood, Dodge City, and Tombstone. One can learn a lot about “community policing” by watching a 1950s Western in which “community leaders” plead for the outgunned sheriff to remove the accused from his jail cell and hand him over to the posse, which, with one minor lynching, would make it all go away.

How did woke Beverley Hills left-wing zillionaires respond to the Black Lives marcher shouting into their enclave “Eat the Rich”?

Try now politically correct tear gas.

When an Atherton or Georgetown liberal calls 911, will he now first say: “One, I am not an angry white person calling to rat out a suspect of color. Two, I am not calling to save my ‘brick and mortar’ property at the expense of the life of a marginalized victim. Three, I support defunding the police. And so, four, look — an individual of unknown appearance may kind of, sort of be shattering our bedroom window and could be pondering a felonious infraction. So could you send out a community facilitator to inquire?”

The Marxist-birthed Black Lives Matter now resembles Robespierre’s ridiculous Cult of the Supreme Being. So likewise it has become our new state-sponsored religion for America’s nonbelievers. All that is left is to set up a BLM statue on a man-made mountain in D.C. where all can take the knee.

Suddenly retired generals are growing quiet. It’s as if the much-reported “small number” of violent protesters somehow got really, really big. And they do not necessarily worship the military.

Or maybe promises of renaming Fort Bragg and tearing down the Lee statue at West Point strangely did not quite satisfy the architects of Black Lives Matter. It is, after all, a blink of an eye from “Defund the Police!” to “Defund the Military!” (How strange that retired four-star generals in their sixties and seventies suddenly discovered in late spring 2020 that their once hallowed bases a century ago were named after racist Confederate mediocrities. Who would have thought?)

If the chairman of the Joint Chiefs won’t even appear on camera with the commander in chief who restored a decrepit Pentagon budget, and the pantheon of retired military luminaries believes that proof of a Mussolini, Nazi, or fascist in the White House is to be found in the act of securing the southern U.S. border, or not staying another 20 years in Afghanistan, or not inserting American youth into the middle of Kurdish-Turkish bloodletting while inside Russian- and Iranian-occupied fascist Syria, then many might decide that the U.S. military should deal on its own with the defunding Left.

The NFL pulled a Joe Biden VP trick and prematurely promised to play the “black national anthem” at a few games so that all can stand in homage in racial solidarity and then all kneel in disrespect for the subsequent ecumenical national anthem.

Players can wear political insignia to remind incorrect viewers at home about how they are to think correctly. Will extra points be given for great passes and catches by the most woke?

NFL owners can’t yet fathom how they have conjured up a brilliant new way of destroying a 100-year heritage and an inherited huge audience. Is the message of the most non-diverse players to their most diverse fans now to be: “We don’t like your racist country and won’t stand for your toxic anthem, but you owe us to stay tuned for the commercial ads and to come out to the stadium to pay oppressed multimillionaires like us”?

Anyone who watches such an NFL game this fall might as just as well get it over with and enroll in a more honest North Korean–style reeducation camp. If that doesn’t work out, one can always tune in to the NBA preseason and hear more lectures from philosopher-king coach Steven Kerr, contextualizing the many reasons the NBA honors the power of Chinese Communist Party money.

As the cities turn into wastelands, children are gunned down, and careers are destroyed, fewer and fewer bore us by intoning that Trump is Mussolini, or that he resembles the operators of Auschwitz. Fewer still care about the spiraling tragic carnage of the inner cities — not Black Lives Matter, not the Squad, not Nancy Pelosi.

When will we see the BLM/Antifa/Democratic agenda spelled out in full? A new inheritance tax for the midlevel retiring Google executives? A yearly wealth tax on Beyoncé, Cher, and LeBron James? No more carbon foot-printing in a private jet for Barack and Michelle, or Bill and Hillary? Reparations for Maxine Waters? No police force for Pacific Heights?

Terrified inner-city dwellers can’t count on their progressive governors or mayors, or sympathetic billionaires, who will soon be able to hire politically incorrect ex-policemen at a bargain to beef up their private security patrols.

So the revolution is tiring, devouring its own, terrifying its enablers, embarrassing its abettors, and becoming worried that somewhere some courageous nobody might dare say, “You have done enough. Have you no sense of decency?”

The unhinged revolution is trying to make the U.S. into one big CHOP. Millions of Americans seem to be scrambling to avoid it, preferring instead to let the effort cannibalize itself at a safe distance — at least for now.

Voir également:

The Illiberal Liberal Media

As Bari Weiss’s departure confirms, the New York Times has narrowed its spectrum of allowable opinion.

Judith Miller

City Journal

July 14, 2020

What New York Times contributing editor and writer Bari Weiss recently called the “civil war” within the Times has just claimed another victim: Bari Weiss.

In a scathing open letter to publisher A. G. Sulzberger that instantly went viral on Twitter and other social media, Weiss asserted that she was resigning to protest the paper’s failure to defend her against internal and external bullying; senior editors’ abandonment of the paper’s ostensible commitment to publishing news and opinion that stray from an ideological orthodoxy; and the capitulation of many Times reporters and senior editors to the prevailing intolerance of far-Left mobs on Twitter, which she called the paper’s “ultimate editor.”

Weiss was apparently stripped of her role as editor, and not immediately offered another position; the implication that she was no longer welcome was clear. “The paper of record is, more and more, the record of those living in a distant galaxy, one whose concerns are profoundly removed from the lives of most people,” she wrote. “Nowadays, standing up for principle at the paper does not win plaudits. It puts a target on your back.”

Weiss did not respond to a request for comment. But friends and supporters said Tuesday that her decision was prompted in part by events surrounding the forced resignation last month of opinion editor James Bennet, to whom she reported during her three years at the Times. Bennet left the paper, and his deputy James Dao was demoted, after Times staffers revolted against their decision to publish an op-ed by Senator Tom Cotton arguing for deploying the military into U.S. cities to quell riots, if local law enforcement was unable to restore order. Many staffers protested the paper’s decision to give Cotton the powerful platform of the Times’s opinion page.

Some reporters argued that the conservative senator’s claims were contradicted by the paper’s own coverage, and that publishing the essay had endangered blacks, including minority reporters at the paper. Other Times staffers criticized Weiss’s characterization of the debate over Bennet’s publication of the Cotton op-ed as a “civil war” inside the Times between “the (mostly young) wokes” and “(mostly 40+) liberals,” reflecting a broader culture war throughout the country. Several staffers attacked her for having betrayed the paper by publicly describing its internal feuds.

In the aftermath of the Cotton episode, Weiss and many others quietly opposed the paper’s new “red flag” system, which effectively enables even junior editors to “stop or delay the publication of an article containing a controversial view or position,” as one senior editor characterized it.

Weiss has been a lightning rod ever since arriving from the Wall Street Journal, along with her friend, former colleague, and fellow columnist Bret Stephens, who declined to comment today on her resignation. Soon after joining the Times, she wrote a piece about a figure skater of Asian-American descent who was the first American woman to land a triple axel at the Olympics. She was attacked on Twitter after posting a story on the achievement, tweeting the line from the Hamilton musical “Immigrants get the job done”—but the skater was not an immigrant herself, merely the child of immigrants. Twitter exploded, accusing Weiss of “othering” an Asian-American woman.

At the Times, Weiss described herself as a centrist liberal concerned that far-Left critiques stifled free speech. She frequently wrote about anti-Semitism and the Women’s March and warned of the dangers of overly zealous proponents of #MeToo culture in a controversial column about comic Aziz Ansari, which inspired a skit on Saturday Night Live. One friend said that many of Weiss’s Times colleagues resented her because they envied her success. “She was a mid-level editor who made a splash and whose essays became the basis of Saturday Night Live skits,” the friend and former colleague said, asking not to be named.

In her letter, Weiss wrote that she had joined the paper to help publish “voices that would not otherwise appear in the paper of record, such as first-time writers, centrists, conservatives and others who would not naturally think of the Times as their home.” She had been hired, she wrote, after the paper failed to anticipate Donald Trump’s 2016 presidential election victory because it “didn’t have a firm grasp of the country it covers.” But after three years at the paper, she wrote in her open letter, Weiss had concluded, “with sadness,” that she could no longer perform this mission at the nation’s ostensible paper of record, given the bullying that she had experienced within the newsroom and the almost daily attacks on her, often from Times colleagues, on social media. She deplored the paper’s unwillingness to defend her or act to stop the online intimidation. “They have called me a Nazi and a racist; I have learned to brush off comments about how I’m ‘writing about the Jews again,’” she wrote.

Her criticism of Sulzberger rang true to several Times veterans, who note that he has been accused before of yielding to disgruntled liberal staff members. A publisher said to have intervened often in the paper’s news decisions, Sulzberger initially defended James Bennet and the decision to publish the Cotton op-ed, for instance. But faced with a staff revolt, he criticized the essay and the paper’s publication of it, saying that the editorial process had been too “rushed” and that the essay “did not meet our standards.”

Weiss’s departure was quickly hailed by her many critics within and outside of the paper on social media, among them Glenn Greenwald, who has called her a “hypocrite” for her alleged efforts to suppress Arab professors while in college, and for her defense of Israel and some of its controversial policies as a newspaper writer. But her stinging letter rang true to many others, among them former presidential aspirant Andrew Yang and talk-show host Bill Maher. “As a longtime reader who has in recent years read the paper with increasing dismay over just the reasons outlined here, I hope this letter finds receptive ears at the paper. But for the reasons outlined here, I doubt it,” Maher wrote on Twitter.

Her resignation was also lamented by such leading right-of-center thinkers as Glenn Loury. “What a shame—for the country, and on the Times,” wrote Loury, an economics professor at Brown University, in an email. Calling Weiss “courageous,” he added that while the climate she described at the paper was “no surprise,” that it had “driven her to this point is, indeed, shocking.” He also noted that Weiss was one of the few Times writers to sign the controversial “Harpers letter,” which he speculated might have been “the last straw” for the paper.

That letter, signed by over 150 academics, writers, and other intellectuals and artists, decried the “rising illiberalism” resulting not only from President Trump and his followers’ provocations, but also from what signatories called the growing “dogma and coercion” of those who oppose Trump. The rise of online mobs to suppress controversial views with which they disagree, said the letter, has become “a potent and possibly destructive force.” The signers deplored what they described as American liberals’ growing “intolerance of opposing views, a vogue for public shaming and ostracism, and the tendency to dissolve complex policy issues in a blinding moral certainty.”

Only one prominent Times reporter was quick to leap to Weiss’s defense. “It’s one thing that many of our readers and staff disagree with @bariweiss’ views—fine,” tweeted Rukmini Callimachi, an award-winning foreign correspondent and reporter. “But the fact that she has been openly bullied, not just on social media, but in internal slack channels is not okay.”

In a statement, acting editorial page editor Kathleen Kingbury said that the paper appreciated “the many contributions that Bari made to Times Opinion.” A Times spokesperson said that Sulzberger was not planning to issue a public response to Weiss’s letter. But given the evidently censorious climate at the paper of record these days, silence should not surprise us.

Voir de plus:

July 16, 2020

The intellectually intolerant mob claimed two high-profile victims Tuesday with the resignations of New York Times editor Bari Weiss and New York Magazine journalist Andrew Sullivan. These are just two examples of the deadly virus spreading through our public life: McCarthyism of the woke.

McCarthyism is the pejorative term liberals gave to the anti-communist crusades of 1950s-era Sen. Joseph McCarthy of Wisconsin. From his perch as chair of the Government Operations Committee, McCarthy launched a wave of investigations to ferret out supposed communist subversion of government agencies. Armed with his favorite question — “Are you now or have you ever been a member of the Communist Party?” — McCarthy terrorized his targets and silenced his critics. Thousands of people lost their jobs as a result, often based on nothing more than innuendo or chance associations.

The mob fervor extended to the state governments and the private sector, too. States enacted “loyalty oaths” requiring people employed by the government, including tenured university faculty members, to disavow “radical beliefs” or lose their jobs. Many refused and were fired. Hollywood notoriously rooted out real and suspected communists, creating the infamous “blacklist” of people who were informally barred from any work with Hollywood studios. The “red scare” even nearly toppled America’s favorite television star, Lucille Ball, who had registered to vote as a communist in the 1930s.

Today’s “cancel culture” is nothing more than McCarthyism in a woke costume. It stems from a noble goal — ending racial discrimination. Like its discredited cousin, however, it has transmogrified into something sinister and inimical to freedom. Battling racism is good and necessary; trying to suppress voices that one disagrees with is not. Woke McCarthyism goes wrong when it seeks to do the one thing that America has always sworn not to do: enforce uniformity of thought. Indeed, this principle, enshrined in the First Amendment, is so central to American national identity that it is one of the five quotes inscribed in the Jefferson Memorial: “I have sworn upon the altar of God eternal hostility against every form of tyranny over the mind of man.”

Weiss’s resignation letter describes numerous examples of her colleagues judging her guilty of “wrongthink” and trying to pressure superiors to fire or suppress her. She explains that “some coworkers insist I need to be rooted out if this company is to be a truly ‘inclusive’ one, while others post ax emojis next to my name.” Others, she wrote, called her a racist and a Nazi, or criticized her on Twitter without reprimand. She notes that this behavior, tolerated by the paper through its editors, constitutes “unlawful discrimination, hostile work environment, and constructive discharge.”

Sullivan’s reason for departure is less clear — though he said it is “self-evident.” He had publicly supported Weiss, writing: “The mob bullied and harassed a young woman for thoughtcrimes. And her editors stood by and watched.”

In other words, both Weiss and Sullivan — like so many others — seem to have left their jobs because they were targeted for refusing to conform to its ideas of right thinking. Do you now or have you ever thought that Donald Trump might make a good president? Congratulations, president of Goya Foods: Your company is boycotted. Are you now or have you ever been willing to publish works from a conservative U.S. senator that infuriated liberal Twitter? Former New York Times editor James Bennet, the bell tolls for thee.

The mob even sacrifices people whose only crime is familial connection on its altar. The stepmother of the Atlanta police officer who shot and killed Rayshard Brooks, Melissa Rolfe, was fired from her job at a mortgage lender because some employees felt uncomfortable working with her.

Such tactics work best when they force people to confess to seek repentance for the crimes they may or may not have committed. McCarthy knew this, and so he always offered lenience to suspected communists who would “name names” and turn in other supposed conspirators. The woke inquisition uses the same tactic, forcing those caught in its maw to renounce prior statements they find objectionable. NFL quarterback Drew Brees surrendered to the roar while noted leftists such as J.K. Rowling and Noam Chomsky are being pilloried for their defense of free speech.

McCarthy was enabled by a frightened and compliant center-right. They knew he was wrong, but they also knew the anti-communist cause was right and were unsure how to embrace the just cause and excise the zealous overreach. It wasn’t until McCarthy attacked the U.S. Army that one man, attorney Joseph Welch, had the courage to speak up. “Have you no decency, sir?” he said as McCarthy tried to slander a colleague. The bubble burst, and people found the inquisitorial emperor had no clothes. The Senate censured him in 1954, and McCarthy died in 1957, a broken man.

It won’t be as easy to defeat the woke movement. There isn’t one person whose humiliation will break the spell. This movement is deep, decentralized and widespread. But it can be beaten if someone’s courage can awaken the center-left as Welch’s did for the 1950s center-right.

Can Joe Biden be that person? If elected, he might have to as the frenzy shows no signs of abating on its own. But if a man who says he’s running to save the soul of America cannot defend America’s heart and soul, millions will have the right to ask him Welch’s immortal question: Have you no decency, sir?

Voir enfin:

Mark McCloskey & Patricia McCloskey: St. Louis Couple Pull Guns on Protesters
Emily Bicks
Heavy.com
Jun 30, 2020

Mark McCloskey and Patricia McCloskey are a St. Louis couple who were seen pointing guns at protesters who were walking by their home in St. Louis, Missouri, on June 28. The husband and wife, who work together as personal injury trial lawyers, came out of their house armed to prevent protesters from walking onto their property in the Forest Park area. Video and photos of the incident went viral on Twitter.

In the videos shared online, however, it doesn’t appear that anyone walking in Sunday’s protest calling for the resignation of St. Louis Mayor Lyda Krewson was trespassing on their palatial lawn or approached their house. While Mark McCloskey, 63, holds a large assault weapon and Patty McCloskey, 61, holds a handgun in the video, they end up pointing their weapons at each other while staring down protesters. While a video does show the protesters walking through a pedestrian gate next to signs that say “private street,” “no trespassing” and “access limited to residents,” witnesses have said the protesters were peaceful and did not approach the McCloskeys or go onto the lawn of the “Midwestern palazzo” where they live.

Another video shared on Twitter that has now been made unavailable showed Patty McCloskey holding her gun straight at passing protesters, one wearing a T-shirt that read, “Hands up, don’t shoot.”

The McCloskeys could not be reached for comment by Heavy. But Mark McCloskey told KSDK:

We were threatened with our lives, threatened with a house being burned down, my office building being burned down, even our dog’s life being threatened. It was, it was about as bad as it can get. I mean, those you know, I really thought it was Storming the Bastille that we would be dead and the house would be burned and there was nothing we could do about it. It was a huge and frightening crowd. And they were they broken the gate were coming at us.

Mark McCloskey told KMOV, “A mob of at least 100 smashed through the historic wrought iron gates of Portland Place, destroying them, rushed towards my home where my family was having dinner outside and put us in fear for our lives. “This is all private property. There are no public sidewalks or public streets. I was terrified that we’d be murdered within seconds, our house would be burned down, our pets would be killed. We were all alone facing an angry mob.”

St. Louis Police have not commented about whether an investigation into the incident is ongoing or if the couple could face charges. On social media, people have called for the McCloskeys to be arrested and have directed people to make complaints to the Missouri bar. According to BuzzFeed News, a St. Louis Police report identifies the couple as the victims in the incident and the news site reports the McCloskeys called police.

“The police report states that the couple contacted police ‘when they heard a loud commotion coming from the street’ and ‘observed a large group of subjects forcefully break an iron gate marked with ‘No Trespassing’ and ‘Private Street’ signs,’ BuzzFeed wrote. “Police said the couple claimed protesters were ‘yelling obscenities and threats of harm to both victims’ and that they brought out their guns when they ‘observed multiple subjects who were armed.’” Police didn’t say in the report if officers verified whether any protesters were armed or if weapons were pointed at the McCloskeys, according to BuzzFeed News. Krewson, the St. Louis mayor who was the target of the protest hasn’t commented about the incident.

Circuit Attorney Kim Gardner said in a statement an investigation into the incident is ongoing. Gardner said, ” I am alarmed at the events that occurred over the weekend, where peaceful protestors were met by guns and a violent assault. We must protect the right to peacefully protest, and any attempt to chill it through intimidation or threat of deadly force will not be tolerated.”

She added, “My office is currently working with the public and police to investigate these events. Make no mistake: we will not tolerate the use of force against those exercising their First Amendment rights, and will use the full power of Missouri law to hold people accountable.”

Here’s what you need to know about Mark and Patty McCloskey:


1. The McCloskeys Bought Their Million-Dollar Home at Portland Place in February 1988 & Were Profiled in a St.
Louis Magazine After Renovating It

The couple was featured in St. Louis Magazine for their impressive renovation of the famous estate in 1988. Now more than 30 years after purchasing the home, which was once owned by Edward and Anna Busch Faust — the son of a revered St. Louis restaurateur and daughter of the beer-making Busch family — they have restored the Renaissance palazzo back to its original glory.

Mark McCloskey told the magazine, “All the plumbing was made by Mott, which was the premiere manufacturer at the turn of the century, and all the door and window hardware was made by P.E. Guerin.” Patricia McCloskey noted “the glass in the windows” was from the second-floor reception hall at the 14th century Palazzo Davanzati in Florence, “and the shutters, at least the ironwork, are probably original.” The property is appraised at $1.15 million, according to St. Louis city property records.

Armed St. Louis Lawyers Confront Protesters – Riverfront TimesMark and Patricia McCloskey brandish guns at marchers in St. Louis’ Central West End. Video by Theo Welling/Riverfront Times2020-06-29T03:51:46Z

In 1992, the couple were involved in a “brouhaha” over cohabitation rules in the Portland Place neighborhood, according to an article from The St. Louis Post-Dispatch. Patty McCloskey was at the time a board member for the Portland Place homeowners’ association. She opposed a bylaw change to allow cohabitation in the HOA, which put the association in line with city law that doesn’t allow for discrimination.

Patty McCLoskey disputed claims made at the time by her opponents that she and her husband were trying to keep gay people out of the neighborhood. “This is insanity,” she told the newspaper. “It isn’t about gay-bashing. I want to enforce restrictions. … certain people on the street are renting their houses, and we couldn’t get a few of the trustees to agree to make a phone call and tell them it was inappropriate.” A neighbor, Dr. Saul Boyarsky, told the newspaper the McCloskeys were, “trying to preserve the exclusivity of the neighborhood.”

In videos on Sunday, the McCloskeys could be seen outside their million-dollar home with guns. While holding a rifle, Mark McCloskey can be heard yelling to the crowd, “Private property! Get out! Private property, get out!” Patricia McCloskey, holding a handgun, also yelled at the protesters. One person in the protest can be heard yelling back, “Calm down,” as others tell the group to keep moving and not engage with the couple. Another person can be heard saying, “Then call the f—— cops, you idiot!” and “It’s a public street.” The area where the McCloskeys live does have signs saying it is a private street. But it is not clear if Missouri law allows them to point guns at people for entering into the area.

Mark McCloskey told KSDK the protesters were on private property:

Everything inside the Portland Place gate is private property. There is nothing public in Portland Place. Being inside that gate is like being in my living room. There is no public anything in Portland Place. It is all private property. And you’ve got to appreciate that if there are two or three hundred people, I don’t know how many there were. We were told that 500 people showed up at the Lyda Krewson house, which is not on our street, as you know. But how many of them came through Portland Place? I don’t know. But it was a big crowd and they were aggressive, wearing body armor and screaming at us and threatening to harm us. And how they were going to be living in our house after they kill us.

He said he and his wife are “urban pioneers”:

And to call these people protesters either. I’ve lived in the City of St. Louis for 32 years. We were, you know, urban pioneers back when we bought on Portland Place in 1988. And we have done everything for 32 years to improve the neighborhood and to keep this historic neighborhood going. And it’s very frustrating to see it get targeted. And of course, we’d been told by the press and by Expect US, that they wanted to start targeting middle-class neighborhoods and upper-class neighborhoods and bring their revolution outside of the cities. And we got an email from our trustees on Thursday saying that they were going to do this on Friday. We’re very worried about it.

The full interview can be seen below:

Interview with man who pulled out gun amid protestST. LOUIS — Mark McCloskey said he and his wife Patricia appear in the now-viral photos of the protest in their Central West End neighborhood. McCloskey gave an interview to 5 On Your Side anchor Anne Allred. Below is the transcript of the interview Monday morning: Anne Allred: Tell me what happened last night. Mark McCloskey: We came back to the house. I don’t know what time it is, I’ve been up ever since. I’m a little, I’m a little blurry, but we were preparing dinner. We went out to the east patio, open porch that faces Kingshighway on one side and Portland Place Drive on the south, and we’re sitting down for dinner. We heard all this stuff going on down on Maryland Plaza. And then the mob started to move up Kingshighway, but it got parallel with the Kingshighway gate on Portland Place. Somebody forced the gate, and I stood up and announced that this is private property. Go back. I can’t remember in detail anymore. I went inside, I got a rifle. And when they … because as soon as I said this is private property, those words enraged the crowd. Horde, absolute horde came through the now smashed down gates coming right at the house. My house, my east patio was 40 feet from Portland Place Drive. And these people were right up in my face, scared to death. And then, I stood out there. The only thing we said is this is private property. Go back. Private property. Leave now. At that point, everybody got enraged. There were people wearing body armor. One person pulled out some loaded pistol magazine and clicked them together and said that you were next. We were threatened with our lives, threatened with a house being burned down, my office building being burned down, even our dog’s life being threatened. It was, it was about as bad as it can get. I mean, those you know, I really thought it was Storming the Bastille that we would be dead and the house would be burned and there was nothing we could do about it. It was a huge and frightening crowd. And they were they broken the gate were coming at us. Allred: There have been some reports on Twitter and people who say they were there. It says they are saying the gate was already broken. McCloskey: Yes. That is nonsense. Absolute nonsense. The gate was up, broken. The gate was broken physically in half. Our trustees on Portland Place came out later in the night and chained it all up with an automotive tow chain it looks like. But no, you can talk to the trustees on Portland Place. The gate was not broken in half and laying on the ground one second before they came in the storm. Allred: Were the protesters on your private property at any point? McCloskey: Everything inside the Portland Place gate is private property. There is nothing public in Portland Place. Being inside that gate is like being in my living room. There is no public anything in Portland Place. It is all private property. And you’ve got to appreciate that if there are two or three hundred people, I don’t know how many there were. We were told that 500 people showed up at the Lyda Krewson house, which is not on our street, as you know. But how many of them came through Portland Place? I don’t know. But it was a big crowd and they were aggressive, wearing body armor and screaming at us and threatening to harm us. And how they were going to be living in our house after they kill us. Allred: And what has happened since last night, and those images exploded online? McCloskey: Well, I’ve had to turn the phones off in my office, so I had to come over here last night and have the office boarded up because we’re getting threats against the building and everybody. It is interesting to me that the very people that are asking the mayor to resign for ‘doxxing’ people have now put all of my information all over the web, everywhere in the world. Is there some hypocrisy there? You know, maybe I’m maybe I’m missing something. But we’ve had to turn off our telephones here at the office because all my lines have been going continuously since I got here at 10:30 last night. I am getting thousands of emails. I going to have to turn off my website. And it’s all it’s been both threatening and encouraging because of the number of people who have voiced their support. But there’s also been an awful lot of people who have the very direct threats of violence against me and my family. Allred: And you said you’ve received death threats? McCloskey: Oh, God, yes. The death threats started within minutes. I mean, I don’t know how long this whole event started. But I’ll bet we got our first e-maildeath threats before the mob moved on from Portland Place. Allred: When you see the images online of you and your wife on the patio, armed now after the fact. What do you think? McCloskey: Well, you know, we were always obviously upset. My wife doesn’t know anything about guns, but she knows about being scared. And she grabbed a pistol and I had a rifle, and I was very, very careful I didn’t point the rifle at anybody.2020-06-29T18:37:04Z

The protesters on Sunday were not targeting the McCloskeys’ home, but were instead walking to the St. Louis mayor’s house. After Krewson listed the names and addresses of protesters looking to defund the police during a Facebook live interview, she offered a formal apology.

Krewson said in a statement, “I would like to apologize for identifying individuals who presented letters to me at City Hall as I was answering a routine question during one of my updates earlier today. While this is public information, I did not intend to cause distress or harm to anyone. The post has been removed and again, I sincerely apologize.”

However, the damage was already done, and St. Louis residents accused her of doxing protesters. She was also publicly called out by Tishaura O. Jones, the treasurer of St. Louis, and St. Louis Alderwoman Megan Ellyia Green.

On Sunday, as reported by KMOV4, around 300 protesters chanted “resign Lyda, take the cops with you,” while marching toward her home in the Central West End.


2. The Couple, Who Have Been Married Since 1985 & Run the McCloskey Law Center, Located Inside the Historic Nieman Mansion, Met While Studying at SMU Law School

Medical Malpractice Litigation: Today’s realitySt. Louis Medical Malpractice Lawyer Mark T. McCloskey discusses what you are up against if you are injured or a relative is killed through medical negligence or mistake.2015-07-16T19:08:28Z

As stated on their website, the McCloskeys, “have devoted their professional careers to assisting those sustaining serious traumatic brain injury, neck, back, spinal cord and other serious, disabling or fatal neurological injuries. The goal of our practice is to provide those sustaining such devastating injuries, or the survivors of those killed as a result of such devastating injuries, with meaningful compensation.

“We strive to provide the seriously injured and their survivors with a means to having as full and as comfortable a life as possible by obtaining every penny of reasonable compensation for their injuries and losses.”

They started their law firm, McCloskey, P.C., in 1994, according to Mark McCloskey’s LinkedIn profile. McCloskey writes on his LinkedIn profile:

We have focused our practice on the representation of individuals suffering brain/head injury, spinal cord injury, birth injuries, and all other serious injuries as the result of the negligence of others for over 29 years. If you have suffered devastating injury or the loss of a loved one as the result of car wrecks, airplane crash, medical errors, dangerous or defective products or machines, explosion, fire, falls, or through any other causes, let us help you put your lives back together. ‘If it wasn’t your fault, why are you paying for it?’

Mark and Patricia McCloskey have been married since 1985 and have one adult daughter, according to their website and social media profiles. They met while studying at the Southern Methodist University Law School. They both graduated from SMU Law.

Niemann Mansion: the home of the McCloskey Law CenterMark T. McCloskey and the McCloskey Law Center invite you to explore our office in the historic Niemann Mansion, an 1887 German style home in the Central West End of St. Louis which we have restored to its period splendor.2015-07-16T20:00:58Z

Their office is located inside the historic Nieman Mansion in St. Louis’ Central West End, which the McCloskeys have also restored.


3. Mark McCloskey, Who Has Been an Attorney Since 1986, Represents a Victim of Police Brutality

welcome to the courtroomWelcome to the McCloskey Law Center. For over a quarter of a century we have devoted our professional careers to helping victims and families who have suffered catastrophic loss, injury, death due to the negligence of others, dangerous machines and products, and almost any other unsafe practice or, structure or act. If we can be of assistance to you, please call us at (314) 721-4000 OR (800)835-46812015-07-16T14:18:00Z

Mark McCloskey graduated magna cum laude from Southern Methodist University in Dallas in 1982, where he studied sociology, criminal justice and psychology before attending the Southern Methodist University of Law in 1985. He is a Missouri native and graduated from Mary Institute and Saint Louis Country Day School in Ladue, Missouri, in 1975, according to his Facebook profile.

On his law firm’s website, McCloskey is described as, “an AV rated attorney who has been nominated for dozens of awards and honors and has been voted by his peers for memberships to many exclusive ‘top rated lawyer’ and ‘multimillion dollar lawyer’ associations throughout the country.” The website also notes McCloskey has appeared on in the media, including KSDK in St. Louis and Fox News. The website states, “several of his cases have been cited in national legal publications as the highest verdicts recovered in the country for those particular injuries.” McCloskey’s profile also says:

Since 1986, he has exclusively represented individuals seriously injured as a result of accidents, medical malpractice, defective products, and the negligence of others. For the past 21 years, his firm has concentrated on the representation of people injured or killed through traumatic brain injuries, neck, back or other significant neurological or orthopedic injury.

Mark T. McCloskey is licensed to practice law in the state and federal courts of Missouri, Illinois, Texas and the Federal Courts of Nebraska. Additionally, he has represented individuals injured through medical malpractice, dangerous products, automobiles, cars, motorcycles, boats, defective hand guns, airplane crashes, explosions, electrocution, falls, assaults, rapes, poisoning, fires, inadequate security, premises liability, dram shop liability (serving intoxicating patrons), excessive force by police, construction accidents, and negligent maintenance of premises (including retail establishments, parking lots, government property, homes, schools, playgrounds, apartments, commercial operations, parks and recreational facilities) for the past 30 years and has filed and tried personal injury lawsuits in over 28 states.

McCloskey is representing a victim of police brutality in a lawsuit against a Missouri police department and officer. According to the Associated Press, David Maas, a Woodson Terrace Police officer at the time, was caught on dashcam video appearing to assault a man and was indicted on a federal charge in March.

For the incident, which took place in April 2019, Maas was charged with one count of deprivation fo rights under color of law, according to the U.S. attorney’s office. The victim was identified by the initials, “I.F.,” which matches the 2019 civil lawsuit brought by Isaiah Forman, the AP reported. Maas is accused of kicking Forman, who is black, while he was surrendering.

“I’m glad that the law enforcement agencies are subject to the same standard as everybody else,” Mark McCloskey, said to the AP.

On his Facebook page, McCloskey defended the jury’s decision in the 2011 case against Casey Anthony, who was accused of murder in the death of her daughter. McCloskey wrote on Facebook after the controversial 2011 verdict, “thank God that the jury saw through all the hype and found there WAS in fact not enough evidence on this case. Stop your crazy RAILING after you’ve spent so much time trying this girl in the media.”

Mark McCloskey is also a member of a St. Louis Lamborghini club.

In 1993, Mark McCloskey wrote a letter to the editor about crime in St. Louis. He wrote, “the reason high-income people leave the city, and why I can’t talk my friends into moving in, is crime. Why live where your life is at risk, where you are affronted by thugs, bums, drug addicts and punks when you can afford not to. What St. Louis can do without are the murderers, beggars, drug addicts and street corner drunks. St. Louis needs more people of substance and fewer of subsistence.”


4. Patricia McCloskey Is Originally From Pennsylvania & Studied at Penn State Before Attending SMU Law School

According to her Facebook profile, Patricia Novak McCloskey is a native of Industry, Pennsylvania, where she graduated from Western Beaver High School in 1977. McCloskey then studied at Penn State University, graduating in 1982 with a degree in labor studies and a minor in Spanish. She, like her husband, attended SMU Law School in Dallas, graduating in 1986.

According to their law firm’s website, “Patricia N. McCloskey is a Phi Beta Kappa, Summa Cum Laude graduate of Pennsylvania State University, graduating first in her class and with the highest cumulative average in her department in forty-seven years. Patricia N. McCloskey is also a graduate of Southern Methodist University School of Law, which she completed while simultaneously working full time and still graduating in the top quarter of her class.” The website adds:

After several years working with a major law firm in St. Louis on the defense side, she moved to representation of the injured. Since 1994, she has exclusively represented those injured by the negligence of others with Mark McCloskey. She has acted in various roles in the community including being a past Board Member of Therapeutic Horsemanship, a law student mentor, a member of the Missouri Bar Association ethical review panel and a St. Louis city committee woman.

Patricia McCloskey has extensive trial experience in personal injury and wrongful death cases arising out of all aspects of negligence, including traumatic brain injury, products liability and product defect, medical malpractice, wrongful death, neck, back and spinal cord injuries, motor vehicle collisions, motorcycle collisions, airplane crashes, and many others as set forth further

Patricia McCloskey is licensed to practice law in Missouri and Illinois, according to the law firm’s website.


5. The McCloskeys Were Given the Meme Treatment on Twitter

Thousands of online users slammed Mark and Patty McCloskey not only for pulling out firearms against peaceful protesters but for the way they incorrectly held their weapons, for running out of their home barefoot, for Mark’s salmon-colored shirt, and more.

While some Twitter members remade popular movie posters to feature the personal injury lawyers, others wondered if the trial attorneys broke the law by pointing their weapons at the protesters. Don Calloway tweeted, “A fellow lawyer from Missouri, a guy I know named Mark McCloskey committed an assault tonight in STL by pointing his AR 15 at peaceful protesters. He should be arrested and charged with assault immediately. The MO Bar should revoke their licenses.”

The McCloskeys also had their share of supporters online. One man tweeted, “The same people destroying private property and threatening residents wonder why residents are coming out of their homes with AR-15’s…? Lmao.” Ryan Fournier, founder of Students for Trump, tweeted, “God Bless the couple in St. Louis who stood their ground and defended their property. God Bless the Second Amendment.”

While some on social media have claimed the McCloskeys are registered Democrats, it was not immediately possible to determine whether the couple are actually registered as Democrats or if they are registered Republicans. But Federal Election Commission records show Mark McCloskey has contributed thousands of dollars to the Trump Make America Great Again Committee, the Republican National Committee and Donald J. Trump for President Inc. He also made contributions to a Republican congressional candidate, Bill Phelps, in 1996, and to the Bush-Quayle campaign in 1992.

Patricia McCloskey also made a contribution to the RNC in 2018 and to a Republican Senate dinner in 1988.

Voir par ailleurs:

« L’Amérique vit un nouveau Moyen Âge, avec son oligarchie, ses clercs et son dogme »

GRAND ENTRETIEN – Notre monde est entré «dans un nouveau Moyen Âge» version high-tech, marqué par un accroissement inquiétant des inégalités, avertit le géographe Joel Kotkin.
Laure Mandeville
Le Figaro
16/07/2020

«Le Meilleur des mondes» décrit par Aldous Huxley serait-il en train de pointer le nez sur les côtes de Californie et de gagner l’Amérique? Dans son nouveau livre, L’Avènement du néo-féodalisme, le géographe américain Joel Kotkin, cousin californien du géographe français Christophe Guilluy, qui scrute depuis des années avec inquiétude la destruction des classes moyennes à la faveur de la délocalisation et de la financiarisation de l’économie, s’interroge sur la «tyrannie» que dessine l’émergence d’une oligarchie ultra-puissante et contrôlant une technologie envahissante.

Joel Kotkin décrit l’alliance de l’oligarchie de la Silicon Valley, composée de quelques milliardaires passionnés de transhumanisme, et persuadés que la technologie est la réponse à tous les problèmes, avec une classe intellectuelle de «clercs» qui se comporte comme un «nouveau clergé» et instaure de nouveaux dogmes – sur la globalisation, le genre, «le privilège blanc» – avec une ferveur toute religieuse. Il devient dangereux d’exprimer ses désaccords, regrette cet ancien social-démocrate, qui explique ne plus avoir sa place à gauche. Une situation d’intolérance que le départ fracassant de la journaliste Bari Weiss du New York Times , forcée de quitter le navire sous la pression de pairs devenus «censeurs», vient d’illustrer avec éloquence.

LE FIGARO. – Vous publiez L’Avènement du néo-féodalisme*, un ouvrage qui décrit l’émergence en Amérique, et plus encore en Chine, en Europe et même au Japon, d’un système caractérisé par une concentration de plus en plus inégalitaire de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une petite minorité de «seigneurs» de la tech et de la finance. Retournons-nous vraiment au Moyen Âge version high-tech ?

Joel KOTKIN. – Nous vivons effectivement une époque qui rappelle le Moyen Âge avec son oligarchie, ses clercs et son dogme. Une sorte d’aristocratie de la tech a émergé et a fait alliance avec la classe intellectuelle, pour mettre en place une nouvelle vision de la société, qui a pour ambition de remplacer les valeurs plus traditionnelles portées depuis l’après-guerre par la classe moyenne. Tout l’enjeu futur de la politique est de savoir si «le tiers état» d’aujourd’hui – les classes moyennes paupérisées et les classes populaires – se soumettra à leur contrôle. Nous sommes entrés dans le paradigme d’une oligarchie concentrant la richesse nationale à un point jamais atteint à l’époque contemporaine. Cinq compagnies détiennent l’essentiel de la richesse nationale en Amérique! Une poignée de patrons de la tech et «leurs chiens de garde» de la finance, contrôlent chacun des fortunes de dizaines de milliards de dollars en moyenne et ils ont à peine 40 ans, ce qui veut dire que nous allons devoir vivre avec eux et leur influence pour tout le reste de nos vies!

La globalisation et la financiarisation ont été des facteurs majeurs de cette concentration effrénée de la richesse. La délocalisation de l’industrie vers la Chine a coûté 1,5 million d’emplois manufacturiers au Royaume-Uni, et 3,4 millions à l’Amérique. Les PME, les entreprises familiales, l’artisanat, ont été massivement détruits, débouchant sur une paupérisation des classes moyennes, qui étaient le cœur du modèle capitaliste libéral américain. La crise du coronavirus a accéléré la tendance. Les compagnies de la tech sortent grandes gagnantes de l’épreuve. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, vient juste d’annoncer que sa capitalisation a progressé de 30 milliards de dollars alors que les petites compagnies se noient! Les inégalités de classe ne font que s’accélérer, avec une élite intellectuelle et managériale qui s’en sort très bien – les fameux clercs qui peuvent travailler à distance – , et le reste de la classe moyenne qui s’appauvrit. Les classes populaires, elles, ont subi le virus de plein fouet, ont bien plus de risques de l’attraper, ont souffert du confinement dans leurs petits appartements, et ont pour beaucoup perdu leur travail. C’est un tableau très sombre qui émerge avec une caste de puissants ultra-étroite et de «nouveaux serfs», sans rien de substantiel entre les deux: 70 % des Américains estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux.
La destruction systématique de notre passé est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus

Vous écrivez que la Silicon Valley est une sorte de laboratoire futuriste de ce qui attend l’Amérique. Votre description ne donne pas envie…

La Silicon Valley, jadis une terre promise des self-made-men est devenue le visage de l’inégalité et des nouvelles forteresses industrielles. Les géants technologiques comme Google ou Facebook ont tué la culture des start-up née dans les garages californiens dans les années 1970 et qui a perduré jusque dans les années 1990, car ils siphonnent toute l’innovation. Je suis évidemment pour la défense de l’environnement, mais l’idéologie verte très radicale qui prévaut en Californie avantage aussi les grandes compagnies qui seules peuvent survivre aux régulations environnementales drastiques, alors que les PME n’y résistent pas ou s’en vont ailleurs. On sous-estime cet aspect socio-économique de la «transition écologique», qui exclut les classes populaires et explique par exemple vos «gilets jaunes», comme le raconte le géographe Christophe Guilluy. Vu la concentration de richesses, l’immobilier californien a atteint des prix records et les classes populaires ont été boutées hors de San Francisco, pourtant un bastion du «progressisme» politique. La ville, qui se veut l’avant-garde de l’antiracisme et abritait jadis une communauté afro-américaine très vivante, n’a pratiquement plus d’habitants noirs, à peine 5 %, un autre paradoxe du progressisme actuel.

Vous parlez d’alliance de cette oligarchie avec de nouveaux clercs, presque un nouveau «clergé», gardien des nouveaux «dogmes». Que voulez-vous dire?

Il y a un vrai parallèle entre la situation d’aujourd’hui et l’alliance de l’aristocratie et du clergé avant la Révolution française. Et cela vaut pour tous les pays occidentaux. Ces clercs rassemblent les élites intellectuelles d’aujourd’hui, qui sont presque toutes situées à gauche. Si je les nomme ainsi, c’est pour souligner le caractère presque religieux de l’orthodoxie qu’elles entendent imposer, comme jadis l’Église catholique. Au XIIIe siècle, à l’université de Paris, personne n’aurait osé douter de l’existence de Dieu. Aujourd’hui, personne n’ose contester sans risque les nouveaux dogmes, j’en sais quelque chose. Je suis pourtant loin d’être conservateur, je suis un social-démocrate de la vieille école, qui juge les inégalités de classe plus pertinentes que les questions d’identité, de genre, mais il n’y a plus de place pour des gens comme moi dans l’univers mental et politique de ces élites. Elles entendent remplacer les valeurs de la famille et de la liberté individuelle qui ont fait le succès de l’Amérique après-guerre et la prospérité de la classe moyenne, par un credo qui allie défense du globalisme, justice sociale (définie comme la défense des minorités raciales et sexuelles, NDLR), modèle de développement durable imposé par le haut et redéfinition des rôles familiaux. Elles affirment que le développement durable est plus important que la croissance qui permettait de sortir les classes populaires de la pauvreté. Ce point créera une vraie tension sociale. Ce qui est frappant, c’est l’uniformité de ce «clergé».

Parmi les journalistes, seulement 7 % se disent républicains. C’est la même chose, voire pire, dans les universités, le cinéma, la musique. On n’a plus le droit d’être en désaccord avec quoi que ce soit! Écrire que le problème de la communauté noire est plus un problème socio-économique que racial, est devenu risqué, et peut vous faire traiter de raciste! J’ai travaillé longtemps comme journaliste avant d’enseigner, et notamment pour le Washington Post, le Los Angeles Times et d’autres… Il arrive que j’y trouve encore de très bons papiers, mais dans l’ensemble, je ne peux plus les lire tellement ils sont biaisés sur les sujets liés à la question raciale, à Trump ou à la politique! Je n’ai aucune sympathie pour Donald Trump, que je juge toxique, mais la haine qu’il suscite va trop loin. On voit se développer un journalisme d’opinion penchant à gauche, qui mène à ce que la Rand Corporation (une institution de recherche prestigieuse, fondée initialement pour les besoins de l’armée américaine, NDLR) qualifie de «décomposition de la vérité».

Je dois dire avoir aussi été très choqué par le «projet 1619» (ce projet affirme que l’origine de l’Amérique n’est pas 1776 et la proclamation de l’Indépendance, mais 1619 avec l’arrivée de bateaux d’esclaves sur les côtes américaines, NDLR), lancé par le New York Times, qui veut démontrer que toute l’histoire américaine est celle d’un pays raciste. Oui l’esclavage a été une chose horrible, mais les succès et progrès américains ne peuvent être niés au nom des crimes commis. Je n’ai rien contre le fait de déboulonner les généraux confédérés, qui ont combattu pour le Sud esclavagiste. Mais vouloir déboulonner le général Ulysse Grant, grand vainqueur des confédérés, ou encore George Washington, est absurde. La destruction systématique de notre passé, et du sens de ce qui nous tient ensemble, est très dangereuse. Cela nous ramène à l’esprit de la Révolution culturelle chinoise. Si l’on continue, il n’y aura plus que des tribus.

Vous soulignez le danger particulier de l’alliance de l’oligarchie de la tech et des élites, en raison du rôle croissant de la technologie…

Je crois que c’est Huxley qui dans Le Meilleur des mondes, affirme qu’une tyrannie appuyée sur la technologie ne peut être défaite. La puissance des oligarchies et des élites culturelles actuelles est renforcée par le rôle croissant de la technologie, qui augmente le degré de contrôle de ce que nous pensons, lisons, écoutons… Quand internet est apparu, il a suscité un immense espoir. On pensait qu’il ouvrirait une ère de liberté fertile pour les idées, mais c’est au contraire devenu un instrument de contrôle de l’information et de la pensée! Même si les blogs qui prolifèrent confèrent une apparence de démocratie et de diversité, la réalité actuelle c’est quelques compagnies basées dans la Silicon Valley qui exercent un contrôle de plus en plus lourd sur le flux d’informations. Près des deux tiers des jeunes s’informent sur les réseaux sociaux. De plus, Google, Facebook, Amazon sont en train de racheter les restes des médias traditionnels qu’ils n’ont pas tués. Ils contrôlent les studios de production de films, YouTube… Henry Ford et Andrew Carnegie n’étaient pas des gentils, mais ils ne vous disaient pas ce que vous deviez penser.
Trump va avoir du mal à gagner. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles

Et que pensent ces nouveaux oligarques du XXIe siècle?

Ils sont persuadés que tous les problèmes ont une réponse technologique. Ce sont des techniciens brillants, grands adeptes du transhumanisme, peu préoccupés par la baisse de la natalité ou la question de la mobilité sociale, et bien plus déconnectés des classes populaires que les patrons d’entreprises sidérurgiques d’antan. Leur niveau d’ignorance sur le plan historique ou littéraire est abyssal, et en ce sens, ils sont sans doute plus effrayants encore que l’aristocratie d’Ancien Régime. De plus, se concentrer sur les sujets symboliques comme le genre, les transgenres, le changement climatique, leur permet d’évacuer les sujets de «classe», qui pourraient menacer leur pouvoir.

Que pensez-vous de la bataille entre Zuckerberg, qui a refusé de bannir les tweets de Trump, et les autres grands patrons de la tech, qui veulent bannir «les mauvaises pensées»?

Je pense que Zuckerberg a eu raison et qu’il a du courage, mais il semble être poussé à adopter un rôle de censeur. Un auteur que je connais, environnementaliste dissident, vient de voir sa page Facebook supprimée. C’est une tendance dangereuse, car laisser à quelques groupes privés le pouvoir de contrôler l’information, ouvre la voie à la tyrannie. Cela me ramène au thème central de ce livre qui se veut un manifeste en faveur de la classe moyenne, menacée de destruction après avoir été le pilier de nos démocraties. La démocratie est fondamentalement liée à la dispersion de la propriété privée. C’est pour cela que j’ai toujours eu de l’admiration pour les Pays-Bas, pays qui a toujours créé de la terre, en gagnant sur la mer, et a donc toujours assuré la croissance de sa classe moyenne. Quand cela cesse et que la richesse se concentre entre quelques mains, on revient à un contrôle de la société par le haut, qu’il soit établi par des régimes de droite ou de gauche.

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Face à cette réalité, Trump et la rébellion anti-élites qui le porte pourraient-ils gagner à nouveau?

Trump est un idiot et un type détestable, qui, je l’espère, sera désavoué, car il suscite beaucoup de tensions négatives. Mais je n’ai jamais vu un président traité comme il l’a été. La volonté de le destituer était déjà envisagée avant même qu’il ait mis un pied à la Maison-Blanche! Je pense aussi que la presse n’est pas honnête à son sujet. Prenons par exemple son discours au mont Rushmore, l’un des meilleurs qu’il ait faits, et dans lequel il tente de réconcilier un soutien au besoin de justice raciale, et la défense du patrimoine américain. Il y a cité beaucoup de personnages importants comme Frederick Douglass ou Harriet Tubman, mais la presse n’en a pas moins rapporté qu’il s’agissait d’un discours raciste, destiné à rallier les suprémacistes blancs! On l’accuse de tyrannie, mais la plus grande tyrannie qui nous menace est l’alliance des oligarques et des clercs. Le seul avantage de Trump, c’est d’être un contre-pouvoir face à eux. Malheureusement, cela ne signifie pas qu’il ait une vision cohérente. Surtout, il divise terriblement le pays, or nous avons besoin d’une forme d’unité minimale.

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Je dirais à ce stade que Trump va avoir du mal à gagner – j’évalue ses chances à une sur trois. Il pourrait revenir si une forme de rebond économique se dessine ou s’il s’avérait évident que Joe Biden n’a plus toutes ses capacités intellectuelles. Si les démocrates l’emportent, ma prédiction est qu’ils en feront trop, et qu’une nouvelle rébellion, qui nous fera regretter Trump, surgira en boomerang. À moins qu’une nouvelle génération de jeunes conservateurs – comme Josh Hawley, JD Vance ou Marco Rubio – capables de défendre les classes populaires tout en faisant obstacle à la révolution culturelle de la gauche, ne finisse par émerger. J’aimerais aussi voir un mouvement remettant vraiment le social à l’honneur se dessiner à gauche, mais je n’y crois pas trop, vu l’obsession de l’identité… Ce qui est sûr, c’est que l’esprit de 2016 et des «gilets jaunes» ne va pas disparaître. Regardez ce qui s’est passé en Australie: on pensait que les travaillistes gagneraient, mais ce sont les populistes qui ont raflé la mise, parce que la gauche verte était devenue tellement anti-industrielle, que les classes populaires l’ont désertée!

* The Coming of Neo-Feudalism: A Warning to the Global Middle Class, Joel Kotkin, Hardcover, 288 p., $20,65.


Après l’hystérie collective du virus chinois, le psychodrame du racisme policier ! (Spot the error when against all evidence, our new flagellants demonize an imaginary systemic racism and add to both our divisions and the killings when the police withdraw from where they’re most needed)

10 juin, 2020
Jews of color on what MLK Day means to them in 2019 – J.Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesOpinion | The Civil Rights Act of 2020 - The New York TimesViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPétition · Eric Zemmour, xénophobe, doit être banni des médias ! · Change.orgDéboulonnage statue esclavagiste BristolChurchill statue defaced with 'was a racist' graffiti during Black Lives Matter protests - Republic World
Shocking footage shows US police officers laughing, mocking restrained man who died in custodyHer Name Is Justine Damond: In 2017, A Somalian Minneapolis Police Officer Murdered A White Woman Reporting A Possible Sexual Assault | Blog Posts | VDARE.com

4 Minneapolis cops now charged in George Floyd's death

Une épidémie est un phénomène social qui comporte quelques aspects médicaux. Rudolf Virchow 
Le spectacle d’un souverain pontife, héritier du « N’ayez pas peur » de Jean Paul II et personnellement rompu à l’exercice, si éminemment catholique, du baiser aux fiévreux, eczémateux et autres lépreux des bidonvilles de Buenos Aires, qui se distancie du peuple chrétien, ne communique plus que par Internet, ordonne que l’on vide les bassins d’eau bénite et fait son chemin de croix, sur le parvis de la basilique, devant une place Saint-Pierre déserte. Effacée, l’image juive du Messie qui attend, aux portes de Rome, au milieu des scrofuleux. Oublié, le baiser de Jésus au lépreux qui, de Flaubert à Mauriac, a inspiré tant de belles pages. Aux oubliettes Violaine, la « jeune fille pure » de Claudel qui, s’il écrivait aujourd’hui cette Annonce faite à Marie, s’il osait sanctifier cette héroïne lumineuse, embrassant exprès un lépreux et réenfantée par ce baiser, passerait pour irresponsable, criminel contre la société, mauvais citoyen. Impensable, cette image troublante et belle, gardée de mon enfance, d’un général de Gaulle en visite à Tahiti, deux ans avant son retour au pouvoir : sa voiture est bloquée par un cortège de lépreux ; il descend ; serre la main de chacun ; prend dans ses bras une enfant ; étreint l’organisateur de cette étrange manifestation ; ne dit rien ; redémarre. Bernard-Henri Lévy
Un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé. Churchill
Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. Roland Gary
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera toujours une recette de meurtre. (…) Quiconque avilit les autres s’avilit soi-même. James Baldwin
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d’expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l’Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu’à la ceinture et armés d’un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.(…) Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu’on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. (…) Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtiment. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peu. (…) Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin mars 1349 lorsqu’une partie de la population porta des accusations d’empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en juillet 1349. Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pas. Wikipedia
Les aspirations nationales doivent être respectées, les peuples ne peuvent être dominés et gouvernés que par leur propre consentement. L’auto-détermination n’est pas simplement un mot, c’est un principe d’action impératif que les hommes d’État ignoreront désormais à leurs risques et périls. Woodrow Wilson
La paix à laquelle nous invitent les Anglo-Américains n’est rien moins qu’un statu quo destiné à servir leurs intérêts… La vraie nature du conflit actuel est une lutte entre des puissances établies et des puissances non encore établies… Au début, l’Angleterre et la France colonisèrent des régions du monde « moins civilisées » et ont entretenu une situation de monopole sur leur exploitation. La conséquence fut que l’Allemagne et les nations venues après furent laissées sans terre à acquérir ni espace pour s’agrandir.(…) Si leur politique prévaut, le Japon qui est un petit pays sans ressource et incapable de consommer ses propres productions n’aura pas d’autre choix que de détruire ce statu quo pour espérer survivre, exactement comme l’Allemagne… Nous devons exiger tous les pouvoirs pour ouvrir les portes de leurs colonies aux autres, de sorte que toutes les nations puissent avoir un accès égal aux marchés et aux ressources naturelles des zones colonisées. Il est également impératif que le Japon insiste sur l’éradication des discriminations raciales. Prince Konoe
Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous. W. M. Hughes
Versailles’ mixed legacy is even further complicated by a little-known attempt by Japan, one of the emerging players at the table, to move the world forward on the issue of racial equality. Japan asked for, and nearly got approved, a clause in the treaty that would have affirmed the equality of all nations, regardless of race. For all of the history forged, some historians believe the great powers missed a pivotal opportunity to fashion a much different 20th century. A driving force behind that vision for the future and the lofty ambitions of the treaty was U.S. President Woodrow Wilson, the lead negotiator at the Paris Peace Conference. In 1918, a few months before he set sail for Paris, Wilson addressed Congress to lay out his now-famous principle of self-determination, an idea that would guide the Versailles negotiations and the final treaty that emerged: « National aspirations must be respected; peoples may now be dominated and governed only by their own consent. ‘Self-determination’ is not a mere phrase. It is an imperative principle of actions which statesmen will henceforth ignore at their peril. » Looking back, contradictions abound in Wilson’s decree. Japan’s Racial Equality Proposal would have strengthened Wilson’s call for self-governance and equal opportunity. Yet, when the victors signed the treaty, that language was nowhere to be found. « At the bottom of all of this is the idea that certain people of color cannot be trusted and people of color do not deserve a place, not only on the world stage but also in our own communities, » says professor Chris Suh who studies Asian American history. (…) Following its victory in the Russo-Japanese War in 1905 and then its participation as an Allied power during World War I, Japan rose as a mighty player on the world stage. Seeking to solidify that new power, the Japanese delegation at the Versailles negotiations sought to add language about racial equality into the proposed treaty’s preamble. Its immediate goals were to strengthen its diplomatic standing and earn an equal seat at the table. (…) To be clear, historians say the Japanese were not seeking universal racial suffrage or improving the plight of black Americans, for example. But, the added language would have meant that Japanese immigrants coming to the U.S. could be treated the same as white European immigrants. France got behind the proposal. Italy championed it. Greece voted in favor. But Australia pushed back. The British dominion had instituted a White Australia Policy in 1901 limiting all nonwhite immigration. Australian Prime Minister William Morris Hughes strong-armed the rest of the British delegation into opposing the proposed clause and eventually got Wilson’s support too. Wilson came up with a way of killing the proposal without ever openly saying he opposed it. The U.S. president imposed a « unanimity ruling » that effectively squashed the racial equality language even though a majority of the nations supported it. As chairman of the League of Nations Commission, Wilson had approved a number of other issues at the conference without such a unanimous vote. His call for consensus was not a petition for democracy. It was a shrewd calculation. Wilson’s top priority at the conference was seeing the League of Nations created and the treaty ratified. The last thing he wanted was to alienate the British delegation, and he was not willing to let the Racial Equality Proposal derail those efforts. But, in a nod to appease Japan, he supported its demand to keep war-acquired territories like Shantung. Though scholars disagree on the exact reasons for the opposition by Australia and the U.S., many say the key factor was migration. The racial equality clause represented « one of the first attempts to establish … the unprecedented principle of free and open migration, » says Frederick Dickinson, a University of Pennsylvania professor of Japanese history. Japan’s industrialization and falling mortality rates created an overpopulation problem. Following the 1882 Chinese Exclusion Act, which prohibited Chinese laborers from immigrating to America, contractors on the West Coast brought Japanese migrants over to fill their need for inexpensive labor. In 1907, the U.S. and Japan had negotiated the « Gentlemen’s Agreement, » which was designed to address the growing Japanese emigration rate. In it, Japan agreed to curb how many migrants it sent over, if the U.S. would desegregate Asian and white children in San Francisco public schools. Unlike the unilateral Chinese Exclusion Act, the Gentleman’s Agreement gave Japan some say in Japanese immigration to the United States. This agreement didn’t maintain order for long. Anti-Japanese sentiment was spreading up and down the West Coast, and lawmakers there called for stricter legislation. California passed the Alien Land Law of 1913, which prohibited Japanese immigrants from owning land. And so, by the end of World War I and the negotiations in Paris, Americans feared waves of Japanese immigrants. When word of the Japanese proposal reached Washington, pressure mounted from lawmakers to reject the clause. Democratic California Sen. James Phelan sent a telegram to the U.S. delegation in Paris, writing: « Believe western Senators and others will oppose any loophole by which oriental people will possess such equality with white race in United States. It is vital question of self-preservation. » With mounting pressure on the homefront and from Britain and its dominions, Wilson killed the proposal. The Japanese lost their bid for racial equality. Ultimately, the treaty Wilson had staked his presidency on was rejected by Congress. He suffered a stroke later in 1919, did not seek a third term and died three years after leaving office. The same year as Wilson’s death, in 1924, President Calvin Coolidge unilaterally banned all Japanese immigration with the Johnson-Reed Act. (…) The interwar years saw increased Japanese aggression as it attempted to gobble up more land and further assert its power on a global level. Japan became an imperial power consumed with nationalism and militarism. Japan struggled to resettle its burgeoning population. Its invasion of Manchuria, a region in China, in 1931, led to the resettlement of hundreds of thousands of farmers and migrants there. Ishiwara Kanji, the architect of the invasion, called for a « racial paradise » in this newly established puppet state. (…) Beyond the bloodshed in the Pacific, the domestic toll waged on Japanese Americans has lived on in infamy. More than 100,000 Japanese Americans were forcibly relocated from their homes and incarcerated during what has been called Japanese internment. The U.S. later acknowledged that it was on the wrong side of history, betraying its values of justice and liberty: The 1988 Civil Liberties Act, enacted by Congress, said that the government’s actions against Japanese Americans « were motivated largely by racial prejudice, wartime hysteria, and a failure of political leadership. » « Obviously whenever people think of Japanese American discrimination in the United States, the big thing that comes to mind is the World War II incarceration, » says David Inoue, executive director of the Japanese American Citizens League. But the Racial Equality Proposal demonstrates that incarceration camps are not the whole story. He sees this proposal as « part of a whole continuum of discrimination that had begun years before and even we see it continuing today … in other communities that are discriminated against. » NPR
Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu’il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs Frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la Population. Nous prenions de jeunes noirs, estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux-mêmes dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l’ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s’asseoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vus, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils ne vivraient jamais dans le même bloc à Détroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres. Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. (…) Si l’âme de l’Amérique était empoisonnée, l’autopsie, en partie, révélerait le mot « Vietnam ». L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde. Que pensent les paysans vietnamiens lorsque nous nous allons avec les propriétaires terriens et que nous refusons de traduire en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? Que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe ? Martin Luther King
In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life. This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes. Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right. The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds. Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi. As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way. There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion. Walter Lippmann (NYT, April 7, 1967)
Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée. Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. Mgr Mariann Edgar Budde (diocèse épiscopal de Washington)
Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. (…) Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All. » Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well. “I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ” (…) Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day. (…) Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.” Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus. Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House. Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting. “That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said. Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey
Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.” The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member. Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals. Jeffrey Walton
American history is not all glorious… George Washington was a slave owner. We need to call slave owners out for what they are. Whether we think they were protecting American freedom or not, he wasn’t protecting my freedoms. To me, I don’t care if it’s a George Washington statue or Thomas Jefferson, they all need to come down. Angela Rye (CNN)
Le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays. Nikole Hannah-Jones
Je voterais pour Joe Biden même s’il faisait bouillir des bébés et les mangeait. Ce n’était pas mon candidat, mais reprendre la Maison Blanche est si important. (…) Que vous croyiez ou non Tara Reade… vous devriez voter pour Joe Biden s’il est le candidat. … Nous n’avons pas le luxe de ne pas participer aux élections pour nous sentir moralement purs ou pour envoyer un message sur les agressions sexuelles et #BelieveWomen. Cela n’aidera en rien les femmes. Ou n’importe qui d’autre. Katha Pollitt
I know that [concerns over having no law enforcement] comes from a place of privilege. For those of us for whom the system is working, I think we need to step back and imagine what it would feel like to already live in that reality where calling the police may mean more harm is done. Lisa Bender (Minneapolis city council president)
I remember when I was being gang-raped & beaten by a mob in Egypt, would have been great to have a police force to call then. Would that have been my white privilege talking? Lara Logan (CNN)
Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum. We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents. In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point. As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised. This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory. The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance. Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”. In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge. Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another. The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice. And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today. The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda. Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob. In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection. Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America. (…) These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society. These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism. Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy. In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism. And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials. Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…” (…) So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites? Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery? That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??” When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right. » Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”. (…) Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds. Melanie Phillips
La cause du décès a été répertoriée comme ‘arrêt cardio-pulmonaire compliquant l’immobilisation, la contention et la compression du cou par les forces de l’ordre’. Le rapport énumère ensuite ‘d’autres affections importantes: cardiopathies artérioscléreuses et hypertensives; intoxication au fentanyl; consommation récente de méthamphétamine’. En d’autres termes, George Floyd correspond à la description de ce que la loi appelle une victime à la vulnérabilité latente. Selon la doctrine de la victime à la vulnérabilité latente, un suspect est entièrement responsable des blessures qu’il inflige à une victime, même si celle-ci avait une condition préexistante qui la rendait plus susceptible d’être blessée. Mais pour que cette doctrine s’applique, il faut démontrer que le suspect a agi illégalement lorsqu’il a causé le dommage. C’est là que les choses deviennent troubles et commencent à échapper aux limites du récit. Contrairement à la plupart des gens, les policiers savent que « je n’arrive plus à respirer » est la plainte type de l’interpellé qui résiste. De même, peu de non-policiers savent que les suspects menottés peuvent se débattre et s’échapper, en particulier quand les policiers sont confrontés à des spectateurs hostiles. Les avocats de la défense soutiendront, non sans fondement, que Floyd est mort non pas à cause de l’application de force illégitime, mais plutôt que c’est sa propre résistance à la force légitime, exacerbée par ses conditions médicales documentées et sa consommation de drogue, qui a déclenché une crise cardiaque mortelle. Le fentanyl et les méthamphétamines peuvent provoquer et provoquent souvent des arythmies mortelles, même en l’absence du type d’efforts attribués à Floyd dans la plainte. Oui, il est arrivé un moment où Floyd a cessé de lutter et aurait dû être mis en position assise. Est-ce ce non-respect de ce qui a été pendant des décennies la procédure policière standard qui a causé la mort de Floyd, ou est-ce que ses difficultés n’ont cessé que lorsque la crise cardiaque mortelle s’est produite? Ce sont des questions sur lesquelles les experts médicaux des deux côtés vont témoigner au procès, mais pour les condamnations, les procureurs doivent apporter les preuves propres à établir l’intime conviction que Chauvin était bien la cause immédiate de la mort de Floyd et que ses collègues y ont contribué. Dans toute mon expérience de policier, je n’ai jamais vu comme ici les germes d’un doute raisonnable plantés dans les pages mêmes d’une plainte criminelle. Comme je l’ai écrit à propos de Michael Slager il y a quatre ans, il ne s’agit pas de savoir si Chauvin et ses collègues avaient raison ou tort, mais plutôt leur degré de culpabilité. Le meurtre est une accusation grave qui nécessite des preuves sérieuses. Dans l’état actuel des choses, je ne pense pas que les procureurs disposent de telles preuves. Jack Dunphy
We’ve never seen anything like it, at all. … I don’t even know how to put it into context. It’s beyond anything that we’ve ever seen before. When CPD has to turn its attention elsewhere and there’s suddenly this vacuum that opens up, you also unfortunately see a picture like you saw with [last] weekend where you see an absurd amount of carnage, people getting injured and killed. Max Kapustin (senior research director at the Chicago crime lab)
We didn’t find evidence for anti-Black or anti-Hispanic disparity in police use of force across all shootings, and, if anything, found anti-White disparities when controlling for race-specific crime. Researchers at the University of Maryland and Michigan State University
When I look at cities in which the investigation was preceded by a viral event, homicide goes up considerably. Total crime goes up considerably.” What happens is that police effectively pull back. They don’t stop doing their jobs, but they become less proactive and curb their interactions with civilians. In Chicago, there was a 90% drop in police-civilian contacts immediately after the announcement of an investigation, and “Baltimore literally went to zero” after a probe was announced there. In cities where these contacts fell the most, homicides increased the most. Sadly, the decision to launch departmentwide state and federal inquiries into the deaths of Brown, McDonald and Gray resulted in numerous additional deaths. Mr. Fryer said that because of changes in police behavior following investigations in these and other cities, “my estimates show that we lost a thousand more lives, most of them black as well, because of an increase in homicides. I never would have guessed that if police stopped putting in the effort, that homicides would change like this. You hear some people say ‘Oh, we want to police our own neighborhoods, get out.’ No, you don’t want that. I guess I always knew it was a foolish idea, but I didn’t realize it was this deadly. Roland Fryer (Harvard)
Des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Camélia Jordana
Le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. Virginie Despentes
Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer. Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. (…) Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant. Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel. Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire. Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ». Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique. Jean-Luc Mélenchon
En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte. C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné. Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur. Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires. Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive. Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale. Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir. Victor-Isaac Anne
Puisque nous en sommes au chapitre de la comptabilité morbide et raciale, la même journaliste révélait le 9 mai qu’en 2018, 2925 noirs étaient tués et que 2600 de leurs meurtriers étaient noirs. Mme Owens précisait également que «les hommes noirs tuaient deux fois plus les blancs que les hommes blancs tuaient des noirs». Puisqu’on doit apparemment sombrer dans ce racialisme permanent et obsessionnel, pourquoi donc les chiffres que je viens de livrer relèveraient-il de l’indicible? Avançons donc plus avant dans ce système pervers et sélectif, et souvenons-nous par exemple de la mort de Tony Timpa. Comme le pauvre George Floyd, il a été étouffé à mort par des flics très rigolards en dépit de ses supplications: «Vous êtes en train de me tuer». Exactement la même abomination. Mais dans ce dernier cas, ni violences, ni pillages. Ni foule médiatique déchaînée. C’est que Tony était blanc. Il faut également évoquer cet anti-trumpisme primaire qui fait que dans les premières heures du chaos, beaucoup ici en France auraient aimé lui faire porter le chapeau. Difficile quand on sait que l’appareil d’État du Minnesota est démocrate et que le mouvement Black Lives Matters est une réaction à la violence policière déplorée sous Obama. Puis-je également, sans offenser le courant médiatique principal, faire observer que les mêmes, il y a quelques jours, taxaient d’extrême-droitistes dangereux ceux qui, en Amérique, au nom de la liberté, refusaient tout confinement? À croire que le virus, malin mais compatissant, respecterait une sainte trêve en permettant les rassemblements en nombre. La même licence aura été accordée aux milliers d’étrangers sans papiers qui ont défilé sans entraves samedi dans les rues de Paris dans un silence médiatique impeccable. Ainsi, en France, lorsque des Français sont massacrés par centaines par le fanatisme ou le racisme, parfois antisémite, de l’islamisme, s’ensuivent des marches blanches forcément «dignes et silencieuses». Point de colères noires avec violences et pillages obligatoires. Je voudrais enfin écrire les lignes qui viennent pour faire réfléchir. Je n’aurais pas la stupidité de vouloir ignorer, au-delà de sa violence, un courant raciste dans la police américaine. Mais à quoi sert une généralisation abusive sauf à déclencher la guerre des races? Ici en France, par un mimétisme stupide, une artiste a évoqué les massacres que la police française commettrait à raison de la couleur de peau. Si on se regarde les choses rationnellement, imagine-t-on la réaction encolérée de certains policiers français qui, pour ne pas être racistes, ne sont pas tous des pianistes distingués? Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, a écrit des lignes pénétrantes sur la propension de l’être injustement caricaturé à vouloir parfois ressembler à sa caricature. Le racialisme pervers gagne chaque jour un peu plus, par mimétisme, la société française. Montre-moi de quelle couleur de peau tu es, et je te dirai si je te hais. La différence raciale devient obsessionnelle. Et le racisme, très équitablement partagé sur la planète, serait pourtant la propriété monopolistique du blanc. Déjà, sur la radio d’État, la racialisation devient un outil d’investigation journalistique. C’est ainsi que le 27 mai, le rédacteur en chef numérique de France Inter écrivait tranquillement: «Nous avons demandé à neuf personnes racisées de réagir aux propos de Camélia Jordana». Et à la suite, les photos et réactions de neuf personnes noires ou maghrébines. Je voudrais, pour conclure, écrire que je ne me fais aucune illusion sur la portée d’un raisonnement qui s’adresse à la raison. Le racialisme sélectif s’adresse aux bas instincts alimentés par cette rage idéologique que suit la foule médiatique déchaînée avec un plaisir hystérique. La race est de retour, via l’antiracisme sélectif gauchisant qui est au XXIe siècle ce que le racisme droitisant était au XIXe siècle. La guerre des races est avancée. Gilles-William Goldnadel
L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama. Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. (…) Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable. Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République. Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ? L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République. À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal. Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes. Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme. (…) L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système. L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne. (…) La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque. (…) On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère. Alain Finkielkraut
Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie. (…) Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. (…) Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur. (…) Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux… (…) Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux. Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ». (…) Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! » En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non. Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit. On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait. (…) Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue. (…) Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ? Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle. (…) ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ? Raphaël Enthoven
Nous avons tendance à imaginer, contre toute évidence, que la socialisation peut tous nous débarrasser de l’intolérance et nous apprendre un plus grand respect de la différence, si seulement nous avions la volonté, les ressources et la possibilité de fournir les bonnes expériences. (…) Selon cette compréhension de la réalité, les différents peuvent rester aussi différents qu’ils le souhaitent et les intolérants finiront tolérants par les vertus de l’éducation. Mais tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants et de garantir l’expression accrue de leurs prédispositions dans des attitudes et des comportements manifestement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. (…) En définitive, rien n’inspire une plus grande tolérance de la part des intolérants qu’une abondance de croyances, pratiques, rituels, institutions et processus communs et unificateurs. Et malheureusement, rien n’est plus sûr de susciter une expression accrue de leurs prédispositions latentes que ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues et la non-assimilation. En fin de compte, notre célébration criante et notre insistance absolue sur l’autonomie individuelle et la diversité sans contrainte poussent ceux qui sont par nature les moins équipés à vivre confortablement dans une démocratie libérale non pas aux limites de leur tolérance, mais à leurs extrêmes intolérants. Karen Stenner
Si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux en ligne, mais qui ne sont pas suivis d’enquête (…), rien ne change – les niveaux d’activité policière et de criminalité sont à peu près les mêmes. Mais si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux et qui font l’objet d’une enquête, les activités de la police chutent et la criminalité augmente de façon spectaculaire. Roland Fryer (Harvard)
Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale. (…) 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les flics sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités. D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique. (…) Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?  Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche… Heather Mac Donald
Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations. Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines. (…) la spécialiste Heather MacDonald (…) prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police». Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police. Luc Lenoir
90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame! A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle! Ecoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines. Xavier Raufer
La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. (…) Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains. Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs. Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs. Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analogues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises. (…) à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire. Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant. Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ? Xavier Raufer

Après l’hystérie collective du coronavirus, le psychodrame du racisme systémique !

Au lendemain d’un confinement aveugle qui a vu, sans compter les dommages économiques et sociaux, des sommets d’hystérie et de psychose collective

Comment ne pas voir …

Suite à l’interpellation ayant mal tourné (pour des raisons personnelles et donc non « systémiques »), d’un ancien délinquant multirécidiviste ayant tenté de faire passer un faux billet et ayant résisté à son arrestation …

Mais peut-être fragilisé, cas typique des « victimes à vulnérabilités latentes » comme en France Mohamed Gabsi avant lui, par ses problèmes de circulation et les drogues ingérées

Sous prétexte qu’il était noir et que le principal policier était blanc alors que ce dernier était accompagné d’un autre blanc mais aussi d’un noir et d’un asiatique

La nouvelle hystérie collective qui revient entre déboulonnages de statues, autodafés matériels et culturels et appels au démantèlement de la police mais aussi meurtres

Avec cette nouvelle génération, leaders religieux « progressistes » compris, de génuflexants et flagellants qui avec son lot d’antisémitisme comme au Moyen-Age …

Après la France et maintenant l‘Espagne, suit périodiquement les épidémies …

Et qui, contre l’évidence des faits mais année électorale oblige, n’a plus que le mot racisme à la bouche …

Alors qu’étude après étude, l’on sait qu’il n’y a pas de discrimination raciale lors des tirs de police et même que les policiers blancs sont moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs ou hispaniques …

Et que, loin de faire diminuer la violence, la diabolisation de la police qui suit les quelques cas d’usage disproportionné de la force par celle-ci la fait augmenter en poussant lesdits policiers au retrait dans les zones où elles sont le plus nécessaires …

Sans compter, comme l’a montré la psychologue Karen Stenner …

Que loin de mettre un terme à l’intolérance …

Les célébrations de la différence et de la diversité comme ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues ou la non-assimilation ne font que l’exaspérer …

Alors que comme l’avait montré le pasteur Martin Luther King avant de se fourvoyer dans le pacifisme radical

Oubliant qu’au Vietnam comme au Japon, les races de couleur ont elles aussi leur volonté de puissance …

Ce sont nos ressemblances et l’ensemble des croyances, pratiques, rituels et institutions que nous avons en commun …

Qu’il faudrait, au lieu de les fouler au pied comme nos enfants gâtés à la Kaepernick avec le drapeau national, les mettre en avant … ?

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel
Xavier Raufer
Sécurité globale
Cairn
2019/4 (N° 20)

La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. Pour s’en persuader, il suffit de visiter les lieux où d’usage elle vit, quartiers où, comme à Chicago, son espoir de vie peut être de trente ans plus bref que dans les secteurs blancs-riches de la ville ; et de voir qu’en 2017 encore, 38% des enfants noirs fréquentent des écoles où moins de 10% des élèves sont blancs (l’apartheid, c’est ça).

Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains.

Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs.

Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs.

Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analo-gues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises.

Reste que dans la statistique américaine, « race », « ethnicité » ou « origine » ne vont pas de soi, recensements ou sondages opérant par auto-déclaration. On dit par exemple « X personnes se considèrent comme d’origine hispanique », mais un Hispanique peut aussi se déclarer Blanc. Et ceux qu’évidemment, nous dirions métis en Europe, comptent comme Noirs aux États-Unis.

Voici donc, pour éclairer le débat, l’éventail racial donné par le dernier recensement national des États-Unis (1/07/2016):

•Blancs (hors hispaniques): 61,3%

•Hispaniques/Latinos: 17,8%

•Noirs/Afro-Américains: 13,3%

•Asiatiques: 5,7%

•Amérindiens: 1,3%

•Métis, NSP: 0,4%

•Insulaires du Pacifique: 0,2%.

Dernier point méthodologique: nous comptons plus bas des individus, interpellés, mis en cause ou inculpés, ce qui ne préjuge bien sûr pas de leur culpabilité.

Mais aux États-Unis, les Cours fédérales jugeant les serious crimes, homicides, viols, vols avec armes, etc., ont en 2016 condamné 91,2% des inculpés, 8,8% étant innocentés – donc, taux d’adéquation correct1.

Qui plus est, deux taux, élucidation des crimes dans un sens, récidives dans l’autre, renforcent le tableau général mis en cause-culpabilité:

• Taux d’élucidation des crimes graves (« serious crimes ») aux États-Unis en 2017:

•Homicides: 61,6% (chiffre noir, 38,4%)

•Viols: 34,5% (chiffre noir, 65,5%)

•Vols avec armes: 29,7% (chiffre noir, 70,3%)

• Taux de récidive après trois ans:•États-Unis: 68%

•Comparaison avec la France et l’Allemagne: respectivement 48 et 46%.

Surreprésentation des Noirs dans les statistiques criminelles américaines2(FBI-UCR, 2016)

Total des arrestations aux États-Unis (toutes infractions) en 2016: 8 421 481

Total des arrestations pour serious crimes3aux États-Unis en 2016: 408 873,Sur ces 408 873 crimes graves, total des arrestations « par race ou origine »:

•Prévenus se disant, ou déclarés, Blancs et hispaniques: 241 063

•Prévenus se disant, ou déclarés, Afro-Américains: 153 341

•Prévenus … Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 14 416

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 149

Proportion ethnique des inculpés pour les homicides commis aux États-Unis en 2016:

•Blancs et hispaniques: 44,7% du total

•Afro-Américains: 52,6%

•Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 2,7%

Coups de projecteurs sur cette surreprésentation

État de l’Illinois (UCR-Illinois) – Blancs, 64%, Noirs, 14%.2017: 1 010 homicides dans l’État, dont 650 à Chicago.

Pour ces 1 010 homicides, 409 mis en cause; voici leur race, telle que figurant au dossier: Noirs, 271 (66% du total); Blancs, 83; Hispaniques, 54.

État du Connecticut (UCR-Con.) Blancs, 71%; Noirs 10%.105 homicides recensés dans cet État en 2017.

Pourcentage ethnique des homicides élucidés (un coupable a été trouvé puis condamné): Blancs, 28%; Noirs, 58% des mises en examen et 40% des condamna-tions, Asiatique: 1 cas.

Ville de Seattle et King County (Étude du Public Health Department de la ville, homicides par armes à feu, 2010-2016).

Rappel, l’administration locale se situe politique-ment quelque part entre libérale-libertaire et socialiste.Blancs dans le comté, 76%; Noirs, 7%.

69 homicides par armes à feu, 2010 à 2016; mis en cause, 39 Noirs, 56% des inculpés.

Ville de Pittsburgh – Étude du Pittsburgh Police Department (PPD) et de la mairie, 2010 à 2015. Rappel, sur les 5 derniers chefs du PPD, 3 sont Afro-Américains.

Blancs, 65%; Noirs, 26%.2010-2015: sur 100 victimes d’homicides, 85 sont noires.- sur 100 victimes d’homicides non élucidés, 97 sont noires.

2018: victimes des 58 homicides: Noirs, 50, Blancs, 8.Inculpés pour ces 58 homicides: Noirs, 24; Blancs, 7.

Ville de Saint-Louis – Noirs, 49%; Blancs, 43%.

Données du Saint-Louis Police Department, 1er semestre 2019: 110 homicides dont 99 Noirs. Inculpations pour 41 de ces homi-cides: Noirs, 37 (90% du total); Blancs, 4.

Ville de Cincinnati – Blancs, 49%; Noirs, 45%.2018: 63 homicides; victimes noires, 84%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 30 inculpations: Noirs, 58%; Blancs, 17%; la race est absente de 25% des dossiers.

2017: 74 homicides; victimes noires, 85%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 21 inculpations: Noirs, 71%; Blancs, 5%; la race est absente de 23% des dossiers.

Les Noirs sont-ils spécialement visés par la justice des États-Unis ?5

Individus jugés par une Cour fédérale de justice, année fiscale 2016, caractéristiques démographiques – race ou origine hispanique.

Cas considérés: 63 593 (formant donc 100% du total)

•Blancs: 20,9%,

•Afro-Américains: 19,8%

•Hispaniques-Latinos: 55,7%!!

•Amérindiens, 2,2%

•Asiatiques+Pacifique: 1,3

•NSP: 1%.

Plus largement maintenant, à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire.

Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant.

Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ?

Comparaison avec l’ensemble Angleterre+Pays de Galles (E+W)

Pays anglo-saxon, au système judiciaire proche de celui des États-Unis, mais ne souffrant sans doute pas des mêmes biais culturels.

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 151

Dernier recensement de la population de E+W: Blancs, 83, 35%; Asiatiques, 6,69%, (dont originaires du sous-continent indien, 5,87% et Chinois, 0,82%); Noirs, 2,81%.

 

 

 

 

Sources :

L’Express+Afp – 6/08/2019 « Aux États-Unis, les noirs encourent plus de risques d’être tués par la police »

Reported Crime – Cincinnati – 25/07/2019 (by month),

Wellcome Open Research – 25/06/2019 « A systematic review of criminal recidivism rates worldwide, 3 years update – Denis Yuknenko, Seena Fazel, dept. of psychiatry, Oxford U.; Shivpriya Sridhar, U-North Carolina, Chapel Hill, NC,

The Guardian – 23 Jun 2019 – ’It’s totally unfair: Chicago, where the rich live 30 years longer than the poor » – (Blancs: ± 90 ans, Noirs, ± 60 ans),

NBC News – 11/03/2019 « White parents are enabling school segregation if it doesn’ hurt their own kids »,Seattle and King County –

Public health – March 2019 « Firearm deaths among residents of King County and Seattle, 2012-1016 »,Federal Justice Statistics, 2015-2016 – January 2019,

State of Connecticut – 2017 « Crime in Connecticut – Annual report of the Uniform Crime Reporting, Dept. of emergency services and public protection, Crimes analysis unit »,

FBI – Uniform Crime Report, 2016 « Crime in the United States »,UK Crime Statistics – Year 2014 « Race and criminal justice system.

Notes

1. Sur 2474 cas en 2016, dernières données disponibles; Cf. « Table 6, Disposition and case-processing time of defendants in cases terminated in US District Courts, FY 2016 ».

2. FBI – Uniform Crime Report – 2016 (compile les statistiques et données de 13 049 services de police divers, la population américaine étant cette année-là de ± 257 113 000 individus. Le tableau ici considéré est « Table 21 – Arrests by race and ethnicity ».

3. – Homicides… coups & blessures ayant entraîné la mort… viols… vols avec armes ou vols violents. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr des infractions connues des autorités, hors « chiffre noir ».

4. Nous avons choisi cet échantillon plutôt au nord des États-Unis, les données de sa part méridionale étant parfois encore entachées de tropismes « sudistes ». Au nord, nous avons pris des États et villes à léquilibre racial très divers (de 10% à majorité de Noirs), pour donner une vision large du problème.

5. Federal Justice Statistics – Table 5 – Demographic characteristics of defendants charged in US Federal District court, Fiscal Year 2016 – race or hispanic origin (caractéristiques démographiques des inculpés par une cour fédérale de justice US).

Voir aussi:

Interview

« Non, les flics américains ne sont pas racistes »
Heather Mac Donald, spécialiste de la police et auteur de War on Cops (« Guerre contre les flics », 2016) pourfend la bien-pensance.
Propos recueillis par Axel Gyldén
L’Express
14/03/2017

Que dire du tweet de Trump sur la criminalité à Chicago?

Heather Mac Donald. J’applaudis. Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale.

La police est-elle raciste?

H. M. D. 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les cops [flics] sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités.

D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique.

L' »effet Ferguson », c’est quoi?

H. M. D. Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?

Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche…

Voir également:

Crimes et abus policiers : ce que disent les statistiques ethniques aux États-Unis

DÉCRYPTAGE – Le mouvement «Black Lives Matter» fonde ses accusations contre les forces de l’ordre sur une analyse biaisée de la délinquance américaine.

Luc Lenoir
Le Figaro
9 juin 2020

Les «cops» américains devront-ils, comme les manifestants, mettre un genou à terre? Ces derniers jours, de nombreux médias ont analysé les données concernant la probabilité d’un homicide policier en fonction de la race de la victime, les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis. Avec un verdict terrible selon eux : les Noirs auraient de grands risques de mourir d’une balle de police, tandis que les Blancs jouiraient au contraire d’un «privilège» en la matière, comme dans d’autres domaines. Mais peu se sont intéressés à l’analyse de la criminalité, qui donne pourtant logiquement des clés pour juger plus finement du comportement des forces de l’ordre. En jeu, l’accusation par le mouvement Black Lives Matter d’un «racisme systémique» des forces de police américaines.

Dans une note publiée par le portail Cairn en février dernier, le criminologue Xavier Raufer revenait en détail sur les «crimes graves» («serious crimes») constatés outre-atlantique : homicides, coups et blessures ayant entraîné la mort, viols, vols avec armes ou vols violents. Sans négliger les difficultés de certaines communautés afro-américaines, et soulignant d’abord l’état d’«apartheid» dans lequel se trouve le pays, Xavier Raufer souligne une surreprésentation manifeste «des Noirs dans les statistiques criminelles américaines», constat obligatoire pour comprendre ensuite la situation policière du pays. Sur les 408.873 arrestations pour «serious crime» en 2016, 241.063 prévenus se définissaient blancs ou hispaniques, et 153.341 Afro-Américains. Une proportion de 37,5% du total, supérieure aux 13,3% d’Afro-Américains recensés dans la population américaine.

Rapportés à la population, les membres déclarés ou se disant Afro-Américains ont donc davantage de risque de tomber dans la criminalité et d’être arrêtés pour cela (la relation entre mise en cause et culpabilité finale étant avérée dans 91,2% des cas, selon la justice américaine). Dans l’Illinois, les Noirs représentent ainsi 14% de la population, mais 66% des mis en cause pour homicide en 2017. À Seattle et dans le comté de King, on dénombre 6% de Noirs mais 56% parmi les inculpés pour crime. À Pittsburgh, où Xavier Raufer souligne que trois des cinq derniers chefs du Police Department sont eux-mêmes Afro-Américains, il y a 26% de Noirs dans la ville, mais sur les 58 homicides en 2018, 24 inculpés sont noirs contre 7 blancs.

Loin de conclure à une délinquance «des Noirs» sui generis, Xavier Raufer souligne auprès du Figaro que le premier constat préoccupant est celui d’une criminalité touchant principalement les… Afro-Américains : «90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame!». Concernant le conflit qui oppose les manifestants du mouvement Black Lives Matter à la police, le directeur d’étude au CNAM rétorque que le climat général de violence aux États-Unis concerne toutes les communautés: «A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle!» Xavier Raufer insiste toutefois sur la culture de violence qui imprègne certaines communautés noires des grandes agglomérations : «écoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines».

La police tue-t-elle certains prévenus plus que d’autres?

Mais ces derniers représentent-ils l’ensemble des Noirs arrêtés? La surreprésentation statistique suffit-elle pour donner un blanc-seing à la police, quand elle tue un prévenu? On peut ici comparer l’ethnie des personnes tuées par la police, pour vérifier si telle ou telle communauté est particulièrement visée. Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations.

Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines.

Une conclusion partagée par la spécialiste Heather MacDonald (chercheuse et auteur du best-seller War on Cops – La Guerre aux Flics, 2016), dans un article du Wall Street Journal. La chercheuse du Manhattan Institute prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police».

Une désescalade de la violence est-elle possible?

Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police». Et d’appeler au calme : «Les policiers de Minneapolis qui ont arrêté George Floyd doivent répondre de leur utilisation disproportionnée de la force et de leur indifférence cruelle à sa détresse. Les entraînements de police doivent mettre les bouchées doubles sur les tactiques de désescalade». Un constat partagé par Xavier Raufer, qui entrevoit quelques solutions techniques: «Il faudrait engager un dialogue, ne serait-ce que sur le maintien de l’ordre. Interroger les criminels, comprendre ce qui les a fait se tenir tranquille ou sortir de leurs gonds lors de leur arrestation, et adapter les techniques comportementales de la police.» Suffisant pour faire l’économie d’une vraie réflexion sur les divisions communautaires américaines? «Certainement pas», s’inquiète toutefois l’essayiste français, en écho à la conclusion de son homologue américaine : «la mort de Floyd ne doit pas saper la légitimité du maintien de l’ordre aux États-Unis, sans quoi nous continuerons sur un chemin vers le chaos».


*Les chiffres des arrestations datent de 2016, tandis que ceux des tués par la police sont établis entre 2017 et 2020. Néanmoins, les tendances de criminalité par ethnies n’ont pas changé sur l’ensemble de la période.

Voir de même:

Alain Finkielkraut: « La honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise »

GRAND ENTRETIEN – Le philosophe voit dans l’actualité qui a suivi la mort de George Floyd le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes.

Eugénie Bastié
10 juin 2020

Les images terribles de la mort de George Floyd, tué par un policier américain blanc, ont fait le tour du monde. L’émotion légitime s’est transformée en une «frénésie mimétique» ne tenant plus compte du réel, argumente cependant le philosophe*, qui met en garde contre l’importation de problématiques américaines dans notre pays à l’histoire bien différente. La dénonciation d’un «racisme systémique» et de violences policières racistes oublie que «dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur».

Alain Finkielkraut voit dans le moment présent le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes. La notion de «privilège blanc» est une forme d’ «autoracisme» qui perpétue, sous une nouvelle forme, la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.

LE FIGARO. – L’homicide de George Floyd par un policier américain, qui a été filmé, a déclenché des émeutes partout aux États-Unis. En réponse, Donald Trump a annoncé sa volonté de rétablir «la loi et l’ordre». Que vous inspire cette Amérique à feu et à sang?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui nous distingue des hommes d’autrefois, c’est que nous sommes devenus des spectateurs. Nous voyons les événements dont nos prédécesseurs prenaient connaissance par le récit oral ou par la lecture. Ce «nous» ne souffre plus guère d’exceptions: où que nous habitions, nous sommes, par la grâce de l’écran, aux premières loges. L’image de George Floyd méthodiquement asphyxié par un policier de Minneapolis a fait le tour du monde et elle est insoutenable. «I can’t breathe», haletait, suppliant, l’homme noir, tandis que son bourreau blanc, imperturbable et même arrogant, appuyait le genou sur sa nuque jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je comprends les Américains qui sont spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur dégoût, leur honte et leur colère. Mais je me pose aussi cette question: la vérité de l’Amérique est-elle tout entière déductible de cette image?

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd

L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama.

Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. Ces apeurés forment le cœur de l’électorat de Donald Trump. Et celui-ci, au lieu de parler à la nation tout entière, s’adresse en priorité à eux. Il trahit, en jetant ainsi de l’huile sur le feu, sa mission présidentielle.

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd.

La crise aux États-Unis a occasionné en France un regain de la dénonciation des violences policières racistes à l’égard des minorités, s’appuyant notamment sur le cas d’Adama Traoré. Faut-il s’inquiéter de l’importation en France des problématiques américaines?

Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable.

Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République.

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite

Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ?

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République.

Vous avez écrit que l’antiracisme serait «le communisme du XXIe siècle». Cela explique-t-il pourquoi une large partie de l’intelligentsia se rue vers ce nouvel opium?

À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident : tel est l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme

Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme.

Le XXe siècle et son cortège sanglant semblait avoir fait disparaître la question de la race, au profit de l’utopie cosmopolite. Comment expliquer que celle-ci ait fait son grand retour dans le débat public? L’antiracisme est-il devenu fou?

L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système.

L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne.

On voit de plus en plus de «Blancs» s’excuser pour leurs «privilèges». Que vous inspire ce phénomène? Que sous-entend la notion de «racisme systémique»?

La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque.

Pendant plusieurs mois les guerres culturelles et identitaires semblaient avoir été suspendues par la crise du coronavirus, mais elles repartent de plus belle… Est-ce le signe que rien n’a vraiment changé?

On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère.

* De l’Académie française. Dernier ouvrage paru: À la première personne (Gallimard, 2019).

Voir de plus:

Raphaël Enthoven : « On ne corrige pas le racisme en inversant le rapport de force »

« Racisme systémique », « privilège blanc », comité Adama, Despentes… Le philosophe analyse comment « la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes ».
Propos recueillis par Thomas Mahler

L’Express : « Hourra ! Le peuple des Etats-Unis est en ébullition » a salué Jean-Luc Mélenchon sur son site, avant de se réjouir d’une « gilet-jaunisation (…) entrée au coeur de l’Empire ». Peut-on se féliciter d’une telle situation après la mort de George Floyd ?

Raphaël Enthoven : Comme souvent, les tribunes de Mélenchon renseignent sur l’humeur du tribun, plus que sur l’état du monde. Or, son humeur est la même depuis 2017. Mauvaise. Ronchon Mélenchon. A dire vrai, en trois ans, après avoir dilapidé d’un coup son capital de sympathie en se prenant pour la République au lieu de se soumettre à la loi, Saint-Jean-Luc est passé de la mauvaise humeur à l’humeur mauvaise de celui qui, voyant s’éloigner l’horizon de sa gloire, se trouve réduit, faute d’incarner l’avenir, à prédire l’apocalypse, applaudir la sédition, défendre des factieux, dénoncer des complots imaginaires, cracher sur des élus, justifier la violence illégitime et répandre, de sa plume, autant qu’il peut, les gouttes d’huile qui lui restent sur un feu dont il n’espère même plus tirer les marrons…

Certains politiques entrent dans l’Histoire parce qu’après avoir accompli de grandes choses, ils sont partis au bon moment. D’autres, à l’inverse, accèdent à la postérité parce qu’après avoir tout échoué, ils persistent à s’accrocher au manche et s’éteignent de leur vivant. Il n’est pas dit que les seconds soient moins légendaires que les premiers. On aurait pu se souvenir de Mélenchon comme d’un héros de la République (parmi d’autres) et il restera comme un avatar (parmi d’autres) de Pierre Poujade ou du général Boulanger. C’est déjà ça.

« Take a knee » est d’abord le geste de Martin Luther King qui prit le temps de la prière, aux cotés d’autres défenseurs des droits civils, le 1er février 1965, devant le Palais de Justice du Comté de Dallas (Alabama). Et il est essentiel de rappeler qu’il prie à cet instant. Autrement dit : qu’il ne se soumet qu’à Dieu. Car en cela, sa révolte est d’abord un amour, son humilité est un courage et sa génuflexion n’est qu’une meilleure façon de redresser la tête. Qui s’agenouille devant Dieu sait aussi s’insurger contre le mal que l’homme fait à l’homme : « Au coeur de ma révolte, écrivait Camus, dormait un consentement.  » Au-delà des lois iniques, et d’une justice humaine qui croit se bander les yeux alors qu’elle est aveugle, il y a LA Justice, et le sentiment d’obéir à la nécessité quand on se décide à changer le monde. C’est en consentant à LA justice (divine) que Martin Luther King trouve la force de s’opposer à l’injustice légale. Camus encore (en substance) : c’est parce qu’il dit oui que l’homme révolté est en mesure de dire non. Le geste de Martin Luther King est la belle version d’Antigone (qui refuse la loi des hommes et se sacrifie au nom d’une loi supérieure, en bravant l’injuste interdiction d’enterrer son frère) : sa foi est, pour le meilleur, la source vive d’un courage qui défie l’injustice, qu’aucune menace n’intimide et qu’aucune police n’ébranle.

C’est dans ce sillage, sublime, que s’inscrit Colin Kaepernic qui, aux dépens de sa carrière, choisit (lors d’un match de préparation de la NFL) de s’agenouiller pendant l’hymne américain. La colère dont il témoigne est aux antipodes de la haine : « Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis (…) Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure. » En somme, Kaepernic refuse d’aimer son pays aux dépens de la justice elle-même. Camus, toujours : dans les Lettres à un ami allemand, le philosophe écrit « je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre.  » De fait, c’est mal aimer son pays que d’en gommer les infamies. C’est trahir sa nation que d’en masquer les crimes. Tout comme Martin Luther King affirmait paradoxalement la liberté en s’agenouillant devant Dieu, Kaepernic défend paradoxalement son pays en dénonçant ses crimes et en s’inclinant devant ses victimes. Son patriotisme est, à tous égards, plus respectable (et plus aimant) que les érections patriotiques d’un président qui croit défendre son pays quand il veut « virer » les « fils de pute » qui osent le critiquer.

C’est le même amour de son pays, exigeant et soucieux de justice, qui porta Willy Brandt à s’agenouiller devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie en demandant pardon pour les crimes de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. A ceci près que, tout comme les policiers américains qui, depuis quelques jours, à travers tout le pays, se mettent à genoux devant les manifestants, le chancelier ouest-allemand s’agenouillait en qualité de « responsable » et non plus de victime.

Aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc

Et faites-vous une différence entre les génuflexions de Martin Luther King, de Kaepernic, de Willy Brandt ou des policiers américains, et celle des Blancs qui ont cru bon de s’agenouiller devant les Noirs de leur quartier (ou de leur immeuble) pour leur demander pardon ?

La différence est considérable. Qu’un athlète se sente responsable des injustices dont son statut le préserve, qu’un chancelier se sente responsable des atrocités commises par ses prédécesseurs nazis (et néanmoins élus), qu’un policier ait honte, en tant que policier, de voir un collègue assassiner un homme dans la rue, c’est une évidence. Dans les trois cas, la génuflexion est une élévation, une extension du domaine de la responsabilité aux hommes qui savent souffrir des douleurs qu’ils n’ont pas infligées ou qui leur ont été épargnées.

Mais qu’un Blanc ait honte, en qualité de Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc, c’est une connerie. Pour une raison simple : on ne choisit pas la couleur de sa peau. Et, à moins d’avoir joui sans s’en indigner, en tant que Blanc, des privilèges d’une loi raciale (ce qu’on peut dire de certains Afrikaners ou de certains Américains jusque dans les années 60), aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc. Il n’y a pas lieu de demander pardon à qui que ce soit, à ce titre.

Pour autant, ceux qui voient là-dedans du « racisme inversé » vont trop vite en besogne. Car l’Histoire existe, et elle doit peser dans l’évaluation d’une image : on ne peut pas mettre sur le même plan des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs et des Noirs qui s’agenouillent devant des Blancs. Des siècles d’esclavage et de tortures ne sont pas comparables à ce genre de cérémonies qui s’achèvent en général par une prière commune, où tout le monde est à genoux. Reste que, sans être le reflet des Noirs que leurs esclavagistes mettaient à genoux, les Blancs pénitents offrent une image détestable, dont la hideur saute aux yeux quand on la dépouille de ses bons sentiments.

C’est-à-dire ?

Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie.

Comment pouvez-vous dire qu’aucune rédemption n’est promise, alors que l’enjeu est précisément de demander et d’obtenir le pardon des Noirs ?

Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. Ils se conduisent comme les gens qui disent « je ne déteste pas les homosexuels puisque j’ai en moi une grande faculté de pardon » (Christine Boutin). Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur.

Donc, c’est une inversion du rapport de forces, qui ne résout pas le problème ?

Pas seulement. Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux…

Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît…

Le comité Adama a importé l’émotion suscitée par la mort de George Floyd en organisant une manifestation de 20 000 personnes devant le Palais de Justice, interdite pour des motifs sanitaires. Au-delà des cas distincts d’Adama Traoré et George Floyd, les situations en France et aux Etats-Unis sont-elles comparables ?

Il faut faire la différence entre les gens qui, de bonne foi, redoutent que la France ne devienne l’Amérique, et défilent (à bon droit) dans le but de conjurer cette possibilité, et certains organisateurs de la manifestation qui, en toute mauvaise foi, aimeraient que ce soit le cas, et rêvent que les situations soient identiques. Car elles ne le sont pas.

D’abord, quoiqu’on pense du « plaquage ventral », en l’absence d’images, et face à des expertises contradictoires, nul n’est en mesure, techniquement, à l’heure où nous discutons, d’affirmer qu’Adama Traoré a subi un sort comparable au martyre de George Floyd. Dans ces conditions, crier que c’est la « même chose », c’est faire offense à la mémoire des deux, en instrumentalisant la mort du premier, et en minorant, de fait, le calvaire du second.

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Mais surtout : même si c’était le cas, même si Adama Traoré était tombé, comme c’est arrivé à Malik Oussekine, sur des policiers manifestement meurtriers, il n’y aurait pas moins de différences entre les Etats-Unis, où le communautarisme et l’attribution de droits spécifiques répondent au racisme (comme si le favoritisme rectifiait la haine, alors qu’il l’alimente), et notre sublime République, dont la raison d’être est de ne pas entrer dans ce jeu de miroirs, et dont la survie dépend de la capacité à ne pas céder à un engrenage où la haine répond à la haine, et l’identitarisme répond au racisme.

Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux.

Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ».

Vous faites référence à la vidéo virale du policier noir que certains manifestants du 2 juin ont traité de « bounty » et de « vendu »…

Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! »

En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non.

Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit.

On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait.

Virginie Despentes érige sa propre cécité en perception universelle

L’actrice et chanteuse Camélia Jordana avait déjà dénoncé les violences policières en expliquant que « des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »…

Camelia Jordana n’a pas tort de dire qu’il arrive, en France, d’être massacré par la police pour « nulle autre raison que sa couleur de peau ». Car une telle chose est déjà arrivée. Et arrivera de nouveau. Rarement. En revanche, Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue.

Dans sa « Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème… », Virginie Despentes a développé la notion de « privilège blanc » : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur ». Que pensez-vous de cette notion ?

Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ?

Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle.

L’autre chose passionnante de cette lettre (dont je m’indigne que son auteure ne l’ait pas rédigée en écriture inclusive), c’est la comparaison qu’ose l’écrivaine entre Assa Traoré et Antigone. A première vue, elle n’a pas tort. Comme Antigone (qui brave la loi pour ensevelir son frère Polynice), Assa Traoré brave les institutions pour honorer la mémoire de son frère, le « premier homme » (Adama). Sauf que les deux situations et les deux héroïnes ne sont pas comparables. Du tout. Polynice, frère d’Antigone, n’est pas une (possible) victime de la police mais la victime de son propre frère, Etéocle, avec qui il s’est entretué devant les murs de Thèbes. Et nul ne menace, jusqu’à nouvel ordre, de « murer vivante » Assa Traoré si elle persiste à contredire la dernière expertise en date, comme Antigone fut murée vivante pour avoir enseveli son frère malgré l’interdiction de son oncle Créon, le roi de Thèbes. Enfin, comme le rappelle Despentes, « Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama…  » Mais Antigone à la tête d’une armée, ce n’est plus Antigone, c’est (peut-être) Créon !

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste »

Ancienne directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem s’est plainte à la suite de sa désinvitation d’un plateau de télévision parce qu’elle faisait « doublon » avec une autre militante antiraciste, Maboula Soumahoro. N’est-ce pas une illustration de la logique identitaire à l’oeuvre aujourd’hui ?

Oui, ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ?

Justement, que peut nous apprendre Chien blanc, le roman de Romain Gary sur le racisme et l’antiracisme ?

Tout. Toutes les idées, toutes les aberrations et tous les protagonistes de l’époque que nous vivons se retrouvent dans ce chef-d’oeuvre de Gary, qui revient sur les émeutes raciales en Amérique à la fin des années 60.

Les Blancs paternalistes et pénitents qui portent comme une tare la couleur de leur peau et n’ont pas assez de genoux pour se soumettre ni de cendres à se mettre sur la tête y feront connaissance avec leurs ancêtres, « libéraux engagés dans la lutte pour les droits civiques » qui organisent des réunions dans la maison d’un professeur d’art dramatique dont l’enjeu est d’informer les blancs riches (à qui on soutire de l’argent) du « degré atteint par la haine des blancs dans le psychisme des enfants noirs » et où, pour ce faire, on fait venir des enfants noirs qu’une dame blanche oblige à dire, à contre-coeur, devant des militants blancs émerveillés, qu’elle est une « sale blanche », une « diablesse aux yeux bleus », et qu’il la « hait plus que tout « . Les mêmes trouveront en Jean Seberg (avec qui Romain Gary est marié et vit dans une villa à Los Angeles) leur Sainte-Patronne : car tous les jours, dans sa villa, Seberg accueille et subventionne des cohortes de groupuscules racialistes qui lui font les poches tout en la persuadant qu’elle ne donnera jamais assez.

Les gens qui prennent la France pour l’Amérique gagneront à suivre le Narrateur, que son parcours conduit des émeutes sanglantes en Californie aux gentilles barricades de Mai 68, pour comprendre que toutes les grenouilles ne deviennent pas des boeufs.

Les théoriciens de la convergence des luttes et les sociologues avides d’excuser les prédations en cas d’émeutes raciales ou sociales trouveront dans la description de la « société de provocation » un hymne à leurs certitudes : « J’appelle société de provocation toute société d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation par la publicité… tout en laissant en marge une fraction importante de la population… » Comment s’étonner, se demande Gary, si « un jeune noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé par une publicité frénétique » finit par se ruer à la première occasion sur « les étalages béants derrière les vitres brisées » ?

Enfin, les gens qui traitent de « vendus » les policiers noirs, qui confondent George Floyd et Adama Traoré, les doctrinaires d’un « Etat systémiquement raciste », bref, les gens qui croient qu’on corrige le racisme en inversant le rapport de forces entre deux communautés trouveront leur ancêtre véritable en la personne de Keys, le gardien de zoo dont tout le travail consiste, par la peur, à transformer un chien dressé pour tuer les noirs en un chien dressé pour tuer les blancs. C’est même l’humanité tout entière qui trouve un reflet sans appel dans la tragédie du berger Allemand Batka à qui son maître, Gary, veut apprendre à « mordre tout le monde » et « pas seulement les noirs », alors que Keys veut en faire un « chien noir.  » Or, c’est Keys qui l’emporte, et au lieu de mordre (et d’aimer) tout le monde, Batka se met à mordre uniquement les Blancs. A l’issue de ces métamorphoses, ne sachant plus où donner des dents, et à l’image d’une République qu’on croit pacifier en la présentant comme une dictature, le chien meurt de douleur et d’indécision devant la porte de l’ancien maître qu’il n’arrive pas à vouloir mordre. Voici l’oeuvre de Keys. Et après lui, de tous les militants qui communautarisent le rapport de forces et croient que la haine autorise la haine : « Des Noirs comme vous, dit Gary, qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d’être gagnée. »

Projet 1776, l’anti Black Lives Matter porté par des conservateurs afro-américains

Victor-Isaac Anne
Valeurs actuelles
09/06/2020

En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte.

C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage.

Une falsification de l’histoire

Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné.

Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». 

Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur.

Projet contre projet

Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires.

Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive.

Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale.

Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir.

An excerpt from “Shame”

Shelby Steele

1776

When I traveled to Africa back in 1970, it was partly because I had been more and more seduced by this great looming idea of America’s characterological evil. It was such a summary judgment, and, at the time, still new and audacious. It had not existed in the original civil rights movement of the 1950s and early 1960s. Martin Luther King Jr. had never charged America with an inherent and intractable evil. He had lived in good faith with America, believing in reform and the innate goodwill of the American character, even as he also lived under constant threat of assassination. Still, when his assassination actually came to pass—with almost macabre predictability—young blacks, like myself (and many whites as well), saw it as a final straw. The evil character of America would always prevail over decency.

I came of age—in my early twenties—precisely when this idea began to take hold. Suddenly it was everywhere among the young. Belief in America’s evil was the new faith that launched you into a sophistication that your parents could never understand. And in linking you to the disaffection of your generation, it made youth itself into a group identity that bore witness to the nation’s evil and that, simultaneously, embraced a new “counterculture” innocence. Coming out of this identity, you owed nothing to your parent’s conventional expectations for your life. You could go to medical or law school if you wanted, but you could also roll in the mud at Woodstock, do drugs, or join a commune.

A result of this generation’s explicit knowledge of America’s historical evils was to make social and political morality a more important measure of character than private morality. In the 1950s, your private morality was the measure of your character; in the 1960s, your stance against war, racism, and sexism became far more important measures—so important that you were granted a considerable license in the private realm. Sleep with whomever you wanted, explore your sexuality, expand your mind with whatever drug you liked, forgo marriage, follow your instincts and impulses as inner truths, enjoy hedonism as a kind of radical authenticity. The only important thing was that you were dissociated from American evil. Dissociation from this evil became a pillar of identity for my generation.

But I was from the working class. I had put myself through college. I couldn’t afford to bank my life on the dramatic notion that America was characterologically evil unless it was actually true. Africa was a continent full of new countries that had banked their fate on precisely this view of their former oppressors. I wanted to see some of these countries then led by a generation of charismatic men who had won hard-fought revolutions against their Western oppressors—Jomo Kenyatta of Kenya, Kwame Nkrumah of Ghana, and Léopold Sédar Senghor of Senegal. They were all seen as redeemers— redeemers—the selfless founding fathers of newly independent nations. And, having thrown off the yoke of colonialism, there was the expectation that their countries would begin to flourish.

But in fact, they were not flourishing. We left Algeria in the middle of the night and landed the next morning on the other side of the Sahara Desert in Lagos, Nigeria, where we—along with all the passengers on our flight—were held at gunpoint in the airport for several hours for mysterious reasons having to do with the Biafran War. Finally, we made it to Nkrumah’s Ghana, which only looked more and more bedraggled and directionless—a sharp contrast to the revolutionary glory that Kwame Nkrumah had projected around the world. (Kwame was fast becoming a popular name for male babies among black Americans.) Food was scarce and unrelievedly bad even in the American hotel in the capital city of Accra. You saw chickens pecking for food in open sewers, and then at dinner, you wondered at the gray meat on your plate smothered in nondescript brown gravy. Then there were ten days in Dakar, Senegal, where Senghor, the father of “negritude,” was president. But it wasn’t “negritude” that made Dakar a little more bearable than Accra. There were still some French there, and it was their fast-fading idea of Dakar as an African Paris that meant better food and the hint of café society.

The Africa we saw was, at best, adrift. The Africans themselves—as opposed to the Middle Eastern and European shopkeepers and middlemen—looked a little abandoned. Today I would say they were stuck in placelessness. They obviously didn’t want to go back to their colonial past, yet, except for a small, educated elite, they had no clear idea of how to move into the future. They had wanted self-determination, but they had not been acculturated to modernity. How does one do self-determination without fully understanding the demands of the modern world?

In Dakar, an enterprising middle-aged man—someone who would surely have owned his own business had he been born in America—appeared every day outside our hotel trying to sell us the same malformed and unfinished wooden sculpture. Every day a different story and a different price attached to this “sculpture.” The man was charming and quick, but I also sensed anger and impatience just beneath the surface. He scared me a little. One morning, out of sheer frustration, I gave him five dollars (a lot of money then), but then walked away without taking the sculpture. Within a minute, I felt a tug on my sleeve. Angrily, he pushed the money and the ugly little sculpture back into my hands—as if to be rid of not only me but also a part of himself he couldn’t stand. Then he stormed off. I had hurt his pride, and I felt terrible. I chased him down, gave him the money again, and took the sculpture (which I have to this day). His umbrage was still visible, but he accepted the deal.

In 1970, I had no way of understanding an encounter like this. Now a few things are clear. I was conspicuously American. My voluminous Afro only drove that point home. Thus I was an emissary from modernity itself. When I gave him money without taking his sculpture, I didn’t just devalue him and his culture; I virtually mocked his historical circumstance by reminding him of what he already knew: that he was outside of history, that he was not of the modern world and had nothing really to offer me that I wanted or needed. Yes, the world by then knew that African art could be world-class. Picasso, among others, had brought its genius to the West. But he would not have known about Picasso or even much about the art of woodcarving within his own culture. He wanted to be a tradesman, a businessman. But his ignorance even of what he was selling sabotaged his entrepreneurialism. So when I gave him money but rejected his statue, I treated him like a beggar to whom one gives alms, not like a businessman.

And wouldn’t a man like this—and the millions like him all across Africa, the Middle East, and the Third World generally—soon be in need of a politics to fight back with. Wouldn’t he need a political identity that lessened the sting of his individual humiliation by making him a member of an aggrieved collective? Wouldn’t some ideology or other—nationalism, cultural nationalism, pan-Africanism, some version of Marxism, negritude, Islamism, jihadism, any idea of “unity” that merges the individual with the group—come into play to console individual alienation by normalizing it, by making it a collective rather than individual experience? Your humiliation does not reflect on you. You languish outside of history—hawking shapeless pieces of ebony on the streets of Dakar—because you belong to a people who were pushed out of history and exploited, first by colonialism and then by neocolonialism.

Placelessness literally demands a political identity that collectivizes people, one that herds them into victim-focused identities and consoles them with a vague myth of their own human superiority. Léopold Senghor, the first president of newly independent Senegal and the father of “negritude,” said, “Far from seeing in one’s blackness inferiority, one accepts it; one lays claim to it with pride; one cultivates it lovingly.” Marcus Garvey, a popular racialist black American leader in the 1920s, said, “Negroes, teach your children that they are the direct descendants of the greatest and proudest race who ever peopled the earth.” The Islamic extremism that so threatens the world today operates by the same formula: devout followers of Allah are superior to their decadent former oppressors (mere infidels) in the West. The feminism that came out of the 1960s argued that if women were victimized by male chauvinism, they were also superior to men in vital ways. (“If women ruled the world there would be no wars” was a feminist mantra in the 1970s.)

All these identities assign a “place” against the experience of placelessness by giving the formerly oppressed an idea both of their victimization and their superiority. This “places” them back into the world and into the flow of history. You are somebody, these identities say. You were simply overwhelmed by your oppressor’s determination to exploit you. Thus the consoling irony at the heart of victimization: you possess inherent human supremacy to those who humiliated you.

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But there is a price for this consolation: all these victim-focused identities are premised on a belief in the characterological evil of America and the entire white Western world. This broad assumption is the idea that makes them work, which makes for that sweet concoction of victimization and superiority. So the very people who were freed by America’s (and the West’s) acknowledgment of its past wrongs then made that acknowledgment into a poetic truth that they could build their identities in reaction to. Once America’s evil became “poetic” (permanently true), the formerly oppressed could make victimization an ongoing feature of their identity—despite the fact that their actual victimization had greatly declined.

And think of all the millions of people across the world who can find not only consolation in such an identity but also self-esteem, actual entitlements, and real political power—and not just the poor and dark-skinned people of the world but also the Park Avenue feminist, the black affirmative-action baby from a well-heeled background, and white liberals generally who seek power through an identification with America’s victims. Today, all these identities are leverage in a culture contrite over its past.

The point is that these identities—driven by the need for “place,” esteem, and power—keep the idea of American/ Western characterological evil alive as an axiomatic truth in the modern world, as much a given as the weather. In other words, this charge of evil against the white West is one of the largest and most influential ideas of our age—and this despite the dramatic retreat of America and the West from these evils. The scope and power of this idea—its enormous influence in the world—is not a measure of its truth or accuracy; it is a measure of the great neediness in the world for such an idea, for an idea that lets the formerly oppressed defend their esteem, on the one hand, and pursue power in the name of their past victimization, on the other. It is also an idea that gave a contrite white America (and the Western world) new and essentially repentant liberalism.

In this striking vision of the white Western world as characterologically evil, both the former dark-skinned victims of this evil and its former white perpetrators found a common idea out of which to negotiate a future. This vision restored esteem to the victims (simply by acknowledging that they were victims rather than inferiors) and gave them a means to power; likewise, it opened a road to redemption and power for the former white perpetrators. This notion of America’s characterological evil became the basis of a new social contract in America.

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Not much of this was clear to me in 1970 as we traveled through Africa. But one thing did become clearer as the trip progressed. Back home, I had been flirting with real radicalism—not radicalism to the point of violence, but radicalism nonetheless. For me that meant living a life that would presume America’s evil and that would be forever disdainful toward and subversive of traditional America. It meant I would be a radical liberal living in bad faith with my country—“in it but not of it,” as we used to say back then. So here in my early twenties I genuinely wondered if the subversive life wasn’t the only truly honorable life. Wouldn’t it be “selling out” (the cardinal sin of the counterculture) to look past America’s evil and cast my fate in the mainstream?

On some level I knew, even at the time, that the trip to Africa was an attempt to resolve this dilemma. I wanted to see real radicalism in the faces of people in a society where it had actually come to hold sway. I wanted to see what it looked like as a governing reality in a real society. And this is pretty much what I accomplished on that trip. I didn’t understand placelessness at the time, or the pursuit of esteem through grandiose identities. But, beginning with our encounter with the Black Panthers in Algiers, I knew that I was seeing what I needed to see. And I began to feel a growing certainty within myself. My dilemma was resolving itself. The more we traveled—a month and a half in all—the firmer my certainty became. And when we at last boarded the plane in Dakar headed for New York, I felt at peace. I was clear. The American mainstream would be my fate.

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The clarity I found that trip was based on one realization: I learned that America, for all its faults failings, was not intractably evil. In the Black Panther villa in Algiers, on those balmy afternoons eating the local shrimp, I spent time with the people who banked their entire lives on America’s inherent evil—and on the inherent evil of capitalism. On one level, they were glamorous figures, revolutionaries ensconced in a lavish villa provided by the new radical government of Algeria. The impression was of a new and more perfect world order just around the corner, and these special people with the moral imagination to see it coming would soon be marching in victory.

Yet I could see that as human beings they were homesick and in despair. As revolutionaries, they were impotent and hopelessly lost. It was like seeing a pretty woman whose smile unfolds to reveal teeth black with rot. They had no future whatsoever, and so they were chilling to behold. We had all grown up in segregation. We all had war stories. And we all had legitimate beefs against America. But to embrace the idea that America and capitalism were permanent oppressors was self-destructive and indulgent. It cut us off from both the past and the future.  It left us in the cul-de-sac of placelessness, though I could not have described this way at the time. But I could see even then that someone like DC had gotten himself into the same cul-de-sac as the street hawker selling chunks of wood as art in Dakar. They were both languishing in a truly existential circumstance. And they were both consoled by a faith in the evil of America and the West.

Looking back, I now think of DC as a cautionary tale, an essentially softhearted man who had allowed himself to be captured by a bad idea—that his country was irretrievably evil.  Unlike most other Black Panthers, he ended up living and long—if strained—life. Soon after I met him, the Algerian government began to tire of supporting the Black Panthers in their fast-fading glory while so many Algerians languished in poverty. At the end of July 1972, another American black, George Wright, along with four other men and women, hijacked a plane in America en route to Miami and then extorted a $1 million ransom from the Federal Bureau of Investigation. The hijackers ordered the pilots to take them to Boston and then Algeria. Eldridge Cleaver wanted the money and wrote an open letter to Houari Boumediene, the president of Algeria, in effect asking the government to continue supporting the cause of black American liberation. But the Algerian government recovered the ransom money and returned it to American authorities. Algeria’s romance with the black American revolutionaries was over.

DC, who by then had made hay of his French lessons, made his way to France, where he lived for the rest of his life in exile from America and the San Francisco Bay Area that he so loved.  Wanted always by the FBI, he lived an underground life even in France. He worked as a house painter in Paris and did other odd jobs. He ended up in Camps-sur-l’Agly, France, where, at the age of seventy-four, after a day spent working in his garden, he apparently died in his sleep.

I was lucky.  After one of my radical kitchen-table rants against America toward the end of the 1960s, my father—the son of a man born in slavery—had said to me: “You know, you shouldn’t underestimate America. This is a strong country.” I protested, started on racism once again. He said, “No, it’s strong enough to change. You can’t imagine the amount of change I’ve seen in my own lifetime.

Voir encore:

“Taking a knee” to the destroyers of worlds

Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum.

We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents.

In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point.

As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised.

This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory.

The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance.

Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”.

In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge.

Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another.

The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice.

And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today.

The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda.

Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob.

In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection.

Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America.

In similar fashion, no less than the chief constable of Kent “took the knee” along with numerous other police officers – some as the direct result of mass bullying. At Oriel college, Oxford, which for years has been resisting a campaign to remove its statue of Cecil Rhodes, demonstrators renewing their campaign chanted “Kneel, kneel, kneel” – and a police officer duly sank down on one knee.

These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society.

These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism.

Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy.

In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation.

On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism.

And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials.

Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…”

So the Mayor of London now stands revealed as someone who hates his nation. For if it was indeed created, as he so misleadingly claims, by a great evil then how can it be anything other than evil itself? Feeling at last the wind in his sails supplied by the rage and contempt of the mob on the streets, he intends to abolish the nation’s birthright to the evidence of its own past and construct its future in the image he will determine.

So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites?

Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery?

That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??”

When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right.”

Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”.

Well, here it is, on both sides of the pond.

Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds.

Voir enfin:

EXCLUSIVE: A new start turns to a tragic end for George Floyd, who moved to Minneapolis determined to turn his life around after being released from prison in Texas

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com.

Floyd was left gasping for breath when a white officer kneeled on his neck for eight minutes while arresting him for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening.

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death.

None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest.

The 46-year-old moved to the city in 2014 and worked as a bouncer at a local restaurant, leaving behind his past in the Houston area.

Floyd had made changes to his lifestyle and a recent video has emerged of him pleading with younger generations to make good choices and to stop gun violence.

He had been there himself years ago, first being arrested in his 20s for theft and then a later arrest for armed robbery before he turned his life around.

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com

Floyd had been sentenced to five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery where Floyd entered a woman’s home, pointed a gun at her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death. None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest

Floyd had moved to Minneapolis in 2014 to start fresh and find a job but was left gasping for breath when a white officer knelt on his neck for eight minutes while arresting Floyd for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening

The final straw for Floyd came after serving five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery in 2007 where he entered a woman’s home, pressed a gun into her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records.

Floyd pleaded guilty to the robbery where another suspect posed as a worker for the local water department, wearing a blue uniform in an attempt to gain access to the woman’s home, according to the charging document.

But when the woman opened the door, she realized he was not with the water department and attempted to close the door, leading to a struggle.

At that time, a Ford Explorer pulled up to the home and five other males exited the car and went up to the front door.

The report states the largest of the group, who the victim later identified as Floyd, ‘forced his way inside the residence, placed a pistol against the complainant’s abdomen, and forced her into the living room area of the residence.

‘This large suspect then proceeded to search the residence while another armed suspect guarded the complainant, who was struck in the head and sides by this second armed suspect with his pistol while she screamed for help.’

Not finding any drugs or money at the house, the men took jewelry and the woman’s cell phone and fled in their car. A neighbor who witnessed the robbery took down the car’s license plate number.

Later, police tracked down the car and found Floyd behind the wheel. He was later identified by the woman as the large suspect who placed a gun against her stomach and forced her into her living room, the document states.

The 46-year-old was working as a bouncer at a local restaurant and known in local music circles, leaving behind his past in the Houston area where he had just been released from jail

Floyd served 10 months at Harris County jail for a theft offense

Floyd pleaded guilty to the first degree felony and was sentenced in April 2009 to five years in prison.

Prior to that, Floyd was sentenced to 10 months in state jail for possession of cocaine. He had been charged in December 2005 for having less than one gram of the controlled substance.

However, a few months later the charge was updated to possession with intent to deliver a controlled substance, amending the amount Floyd allegedly had to more than four grams of cocaine.

But according to court records, Floyd was able to have the charge reverted back to possession of cocaine less than a gram.

Floyd had two other cocaine offenses, receiving an eight month-sentence stemming from an October 2002 arrest and was sentenced to 10 months from a 2004 arrest.

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail.

He did another stint for theft with a firearm in August 1998. He served 10 months at Harris County jail.

In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses.

Despite his checkered past, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday. A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail

After his last arrest in 2007, Floyd moved to Minneapolis in 2014 shortly after his prison release.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making.’

Indeed, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday.

A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence.

The undated video was circulated on Twitter on Wednesday as protesters descended on the streets of Minneapolis for a second night calling for the arrest of the cops involved in his death.

Floyd is seen addressing the camera directly as he speaks out about the need for gun violence to end.

‘It’s clearly the generation after us that’s so lost, man,’ he says before telling them to ‘come home’.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making’

Floyd, a father of two, died after a white police officer knelt on his neck for eight minutes in an incident that was captured on video and has sparked violent protests and riots in the city that left one looter dead.

In widely circulated footage of his arrest, Floyd was seen on the ground with his hands cuffed behind his back as white officer Derek Chauvin pinned him to the pavement until he lost consciousness and later died.

Minneapolis Mayor Jacob Frey said on Thursday that he considers Floyd’s death to be a murder.

‘I’m not a prosecutor, but let me be clear. The arresting officer killed someone,’ he told CBS.

‘He’d be alive today if he were white.’ The facts that I’ve seen, which are minimal, certainly lead me down the path that race was involved.’

Voir enfin:

Chronique enthousiaste : Gilet-jaunisation aux USA

L’Ere du peuple

Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer.

Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. Remontent en moi les souvenirs. Ma génération a pu voir les USA quitter leur ambassade à Saïgon dans une totale débandade, jeter à la mer hélicoptères et avions par-dessus bord de leurs navires de guerre parce que leurs collaborateurs locaux avaient tout envahi. Nous avons vu les USA qui avaient promis de « ramener le Vietnam à l’âge de la pierre » selon l’expression de l’abject général Westmorland, les USA vaincus à plate couture par l’inflexible patriotisme du petit peuple et de ses bodoïs, gazés, napalmisés, massacrés en masse et en détail. Le peuple américain peut tout lui aussi.

Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant.

Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel.

Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire.

Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ».

Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique.

Voir par ailleurs:

Dr. King’s Error
Walter Lippman
NYT
April 7, 1967

In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life.

This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes.

Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right.

The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds.

Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi.

As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way.

There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion.

Voir par aussi:

DC Riots and Bishop Mariann Budde’s Selective Episcopal Outrage

Jeffrey Walton
Juicy Ecumenism
June 2, 2020
Episcopal Diocese of Washington Bishop Mariann Budde has worked her way into a froth over a photo opportunity by President Trump.Lafayette Square across from the White House was cleared Monday evening of Black Lives Matter protesters (with the use of either tear gas or smoke canisters, depending on which report you read) seemingly for the purpose of facilitating Trump’s walk to St. John’s Episcopal Church for the photo op. Reports from the Washington Post describe Trump briefly standing in front of the church with Bible in hand, but neither entering the building nor speaking with anyone nor opening the Bible, which apparently signaled something at merely being raised like a talisman.
Workers install temporary plywood to protect windows from damage at the parish house of St. John’s Episcopal Church in Washington, D.C. on Tuesday, June 2, 2020 (Photo: Jeff Walton/IRD)

“I am outraged,” Budde told the Post about Trump’s posturing in an interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled. She had nothing critical to say about the burning of one of her churches, which according to the parish vestry incurred about $20,000 in damages, mostly to the church nursery.

“This evening, the President of the United States stood in front of St. John’s Episcopal Church, lifted up a bible, and had pictures of himself taken. In so doing, he used a church building and the Holy Bible for partisan political purposes,” Tweeted Episcopal Church Presiding Bishop Michael Curry. “This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us.”

The prominent St. John’s Parish House located on Lafayette Square had been briefly set afire the night before, after peaceful protesters headed home for a District of Columbia curfew.

Some who remained in defiance of the curfew threw rocks at windows in the adjacent U.S. Department of Veterans Affairs building and spray painted a nearby statue of Revolutionary War hero Tadeusz Kościuszko with profanity. Most of the damage appeared directed at a small building that houses park bathrooms. A number of storefronts in the downtown, Georgetown and Tenleytown neighborhoods were also vandalized, including a hair salon and a looted sandwich shop owned by Pakistani immigrants directly below IRD’s downtown offices.

A brief walk around the St. John’s building this afternoon showed graffiti had largely been removed and windows were proactively boarded up to prevent any further damage. A pole with an American flag had been yanked off the building and thrown into a fire by protesters, but little else was noticeably amiss.

Would Budde have given a similar pass if right-wing protesters had done the same? the bishop of Washington doesn’t shrink from activism. Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.”

The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member.

Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals.

For his part, President Trump is in close proximity to the Episcopal Church: his youngest son was baptized at an Episcopal parish and attends a private Episcopal high school (Trump himself is Presbyterian and his wife Melania is Roman Catholic). The Trump family typically attends services at Bethesda-by-the-sea Episcopal Church when in Palm Beach, Florida, minutes from Mar-a-Lago.

Budde draws a distinction between those engaged in peaceful protest, opportunistic looters and violent organized provocateurs like Antifa. Would she do the same if the partisan affiliations were flipped?

The danger of selective outrage is in exposing one’s self as another partisan instead of acting like a senior shepherd.

Voir enfin:

The Washington Post
June 2, 2020

The Right Rev. Mariann Budde, the Episcopal bishop of Washington, was seething.

President Trump had just visited St. John’s Episcopal Church, which sits across from the White House. It was a day after a fire was set in the basement of the historic building amid protests over the death of George Floyd in the custody of Minneapolis police.

Before heading to the church, where presidents have worshiped since the days of James Madison, Trump gave a speech at the White House emphasizing the importance of law and order. Federal officers then used force to clear a large crowd of peaceful demonstrators from the street between the White House and the church, apparently so Trump could make the visit.

“I am outraged,” Budde said in a telephone interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled.

She said she had not been given any notice that Trump would be visiting the church and did not approve of the manner in which the area was secured for his appearance.

“I am the bishop of the Episcopal Diocese of Washington and was not given even a courtesy call, that they would be clearing [the area] with tear gas so they could use one of our churches as a prop,” Budde said.

She excoriated the president for standing in front of the church — its windows boarded up with plywood — holding up a Bible, which Budde said “declares that God is love.”

“Everything he has said and done is to inflame violence,” Budde of the president. “We need moral leadership, and he’s done everything to divide us.”

In a written statement, Presiding Bishop Michael Curry, head of the Episcopal denomination, accused Trump of using “a church building and the Holy Bible for partisan political purposes.”

“This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us,” Curry wrote.

“The prophet Micah taught that the Lord requires us to ‘do justice, love mercy and walk humbly with our God,’ ” he continued, calling on Trump and others in power to be moral. “For the sake of George Floyd, for all who have wrongly suffered, and for the sake of us all, we need leaders to help us to be ‘one nation, under God, with liberty and justice for all.’ ”

Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All.”

Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well.

“I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ”

Trump did not enter St. John’s on Monday evening. No one associated with the church was present for his visit.

Andrew Whitehead, a sociologist at Clemson University who studies Christian nationalism, said the president’s appearance was an attempt to promote the idea of America as a distinctly Christian nation after his Rose Garden speech.

“Going to the church, not going in it, not meeting with any clergy, holding up a Bible, but not quoting any scripture, after an authoritarian speech, was about using the religious symbolism for his ends,” Whitehead said.

“It was a signal to the people that embrace the idea of a Christian nation, that he will defend Christianity in the public sphere,” Whitehead said. “He said he’ll make America safe. That raised the question, for whom? It’s largely for white, mostly Protestant America.”

Budde — who spent 18 years in as a rector in Minneapolis before being elected bishop of the Washington diocese — said the Episcopal Church disassociates itself from the messages offered by the president.

“We hold the teachings of our sacred texts to be so so grounding to our lives and everything we do,” she said. “It is about love of neighbor and sacrificial love and justice.”

Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day.

Budde said she learned he was headed back to the yellow, 19th-century building on Monday by watching the news.

“No one knew this was happening,” she said. “I don’t want President Trump speaking for St. John’s.”

The Rev. Robert W. Fisher, the church rector, said he felt blindsided by the visit. Usually, the White House gives the church at least 30 minutes’ notice before the president comes by.

“We want St. John’s to be a space for grace, as a place where you can breathe,” he said. “Being used as a prop, it really takes away from what we’re trying to do.”

Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.”

Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus.

Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House.

Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting.

“That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said.

Voir enfin:

Mort de Mohamed Gabsi : l’autopsie évoque « un syndrome asphyxique »

Le 8 avril, il décédait après son interpellation par des policiers municipaux. Sa sœur fait aujourd’hui le parallèle avec l’affaire George Floyd, l’avocat des représentants des forces de l’ordre parle de «manœuvre».

Sarah Finger, correspondante à Montpellier

Libération

A l’heure où les manifestations contre les bavures policières racistes se multiplient, l’histoire de Mohamed Gabsi, mort à Béziers dans la soirée du 8 avril suite à un contrôle de police, se rapproche de celle de George Floyd, décédé le 25 mai lors de son interpellation à Minneapolis, aux Etats-Unis. Pour Houda Gabsi, la sœur de la victime biterroise, le parallèle est évident : «Le rapport d’autopsie de mon frère évoque une compression cervicale, prolongée et appuyée, une fracture de la thyroïde et un syndrome asphyxique. Comme George Floyd, il était plaqué à terre, menotté, et il n’arrivait plus à respirer. Il est mort dans les mêmes conditions.»

Mohamed Gabsi, 33 ans, avait été contrôlé par trois policiers municipaux dans le centre de Béziers, durant le confinement et après le couvre-feu instauré par la ville entre 21 heures et 5 heures. Ce soir-là, le contrôle se passe mal : selon le récit des policiers municipaux, Mohamed Gabsi se montre très agité, ils appellent du renfort. L’homme est finalement maîtrisé puis embarqué jusqu’au commissariat de police. Que se passe-t-il dans le véhicule, durant ce court trajet ? Les policiers racontent qu’ils ont maintenu Mohamed Gabsi en position allongée, sur le ventre ; l’un d’eux se serait assis sur lui pour l’empêcher de bouger. Lorsqu’il arrive au commissariat, Mohamed Gabsi est inconscient ; il décède peu après, malgré une tentative de réanimation.

Le rapport d’autopsie, que Libération s’est procuré, indique qu’aucune des constatations effectuées sur le corps de la victime ne permet d’expliquer «avec certitude» la cause du décès. Mais les médecins légistes relèvent des éléments qui témoignent «d’un appui maintenu appliqué avec une force certaine en région cervicale» évoquant «l’application d’une surface plutôt large (genou, coude, poing…)». Le traumatisme provoqué par cet appui prolongé paraît «avoir certainement participé au décès» en provoquant un «syndrome asphyxique».

Accès au dossier

L’expertise toxicologique va, elle, révéler une «concentration exceptionnellement élevée de cocaïne» : Mohamed Gabsi en aurait consommé une quantité importante peu avant sa mort. En outre, des traces évoquent une consommation récente de cannabis. Sa mort est donc intervenue «dans un contexte d’intoxication aiguë suite à une prise massive de cocaïne, d’évolution potentiellement létale en elle-même». Attendues mi-juillet, les conclusions de l’expertise anatomopathologique (examen approfondi des organes) devraient enfin permettre d’avoir une vision complète sur les causes de ce décès.

Luc Abratkiewicz, l’avocat des trois policiers municipaux mis en cause, s’agace que cette affaire soit selon lui «instrumentalisée» dans le contexte actuel, à savoir la révolte consécutive au meurtre de George Floyd, qui embrase les Etats-Unis et entraîne une multiplication des manifestations contre les violences policières en Europe, et notamment en France. Le rapport d’autopsie et l’analyse toxicologiques ont été communiqués à la partie civile le 13 mai, soit trois semaines plus tôt. «Personne n’est dupe de cette manœuvre, d’autant que se prépare à Béziers une manifestation qui vise à dénoncer les violences policières dans les affaires Floyd, Traoré et Gabsi.»

En aucun cas, répond Jean-Marc Darrigade, conseil de Houda Gabsi, qui comprend que sa cliente puisse perdre patience : «Deux mois après le drame, je n’ai toujours pas accès au dossier. Ce choix de la juge d’instruction est difficile à comprendre et donne l’impression qu’on veut cacher des choses.» Une information judiciaire pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner» et pour «non-assistance à personne en péril» a été ouverte le 11 avril. Pour l’heure, aucun des policiers n’a été mis en examen. Selon leur avocat, ils ont repris leur travail.

Voir par ailleurs:

BHL en colère contre la « grand-peur » du Covid-19 : les extraits exclusifs de son nouveau livre

Bernard-Henri Lévy

Le JDD

6 juin 2020

Dans un livre à paraître dont nous publions des extraits exclusifs, le philosophe Bernard-Henri Lévy dresse un « bilan d’étape » de la crise du coronavirus. L’étrange réaction de l’humanité à cette pandémie, qu’il a rebaptisée « la Première Peur mondiale », l’a épouvanté.

Toujours chez lui le dandysme a triomphé de tout, et d’abord du meilleur de lui-même : sa vaillante passion pour la résistance. Jamais il ne s’en est inquiété. Ça ne lui déplaisait pas, de confondre ce dandysme avec lui. N’est-ce pas sa signature, sa coquetterie? Son masque, aussi. C’est tout le paradoxe de cette affaire : il a fallu que le monde entier soit sommé de porter des masques pour que Bernard-Henri Lévy jette le sien avec indignation. Il a fallu une pandémie pour terrasser son dandysme. On ne sait pas encore s’il en réchappera ; on espère que non. Ce que l’on sait, c’est qu’aujourd’hui il est « HS ». En « réa ». La colère l’a écrasé. La colère, oui. BHL est en colère. Contre la « grand-peur » – c’est son mot – qui s’est abattue sur le monde. Contre « notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche ». Contre « le virus du virus » qui attaque ses chers principes. Contre la soumission. Cela donne Ce virus qui rend fou, un petit livre noir et puissant. Et profond. Très. Anna Cabana

« J’ai été sidéré, moi aussi. Mais ce qui m’a le plus sidéré, ce n’est pas la pandémie. Car cette sorte de désastre a toujours existé. La grippe espagnole, avec ses cinquante millions de morts, a fait, il y a un siècle, plus de victimes que n’en fera sans doute le Covid. Pour m’en tenir à notre temps, celui dont je suis en âge de me souvenir, il a connu, après Mai 1968, la fameuse grippe de Hongkong où un million de terriens moururent les lèvres cyanosées, d’hémorragie pulmonaire ou d’étouffement. Il y avait eu, dix ans plus tôt, non moins effacée de la mémoire collective, la grippe asiatique qui, à nouveau partie de Chine, passa par l’Iran, l’Italie, l’est de la France, l’Amérique et fit deux millions de morts. Non, le plus saisissant c’est la façon très étrange dont on a, cette fois-ci, réagi. Et c’est l’épidémie, non seulement de Covid, mais de peur qui s’est abattue sur le monde.

On a vu des tempéraments hardis, soudain paralysés. On a entendu des intellectuels, qui avaient vu d’autres guerres, reprendre la rhétorique de l’ennemi invisible, des combattants de première et de deuxième ligne, de la guerre sanitaire totale. On a vu Paris se vider, comme dans le Journal de l’Occupation d’Ernst Jünger. On a vu les villes du monde devenir des villes fantômes avec leurs avenues, muettes comme des chemins de campagne, où les jours, disait Hugo, étaient comme les nuits. J’ai vu, sur des vidéos que l’on m’envoyait de Kiev et de Milan, de New York et de Madrid, mais aussi de Lagos, d’Erbil ou de Qamishli, des rares passants hâtifs qui ne semblaient là que pour rappeler l’existence d’une espèce humaine mais qui changeaient de trottoir, les yeux baissés, quand surgissait un autre humain. Nous avons tous vu, d’un bout à l’autre de la planète, dans les pays les plus démunis non moins que dans les grandes métropoles, des peuples entiers trembler et se laisser rabattre dans leurs habitats, parfois à coups de matraque, comme du gibier dans ses tanières.

Les combattants de Daech ont filé se moucher, dans des Kleenex à l’eucalyptus, au fond de quelque caverne

Les manifestants de Hongkong, comme par enchantement, ont disparu. Les Peshmerga, ces guerriers dont le nom dit qu’ils savent braver la mort, se sont bunkérisés dans leurs tranchées. Les Saoudiens et les Houthis qui se livraient, au Yémen, une guerre interminable, ont, à l’annonce des premiers cas, conclu un cessez-le-feu. Le Hezbollah s’est confiné. Le Hamas, qui déplorait alors huit cas, a déclaré n’avoir plus qu’un but de guerre, obtenir des masques d’Israël : « Des masques! des masques! notre royaume pour des masques! nous viendrons, si besoin, couper le souffle à six millions d’Israéliens. »

Daech a déclaré l’Europe zone à risque pour ses combattants qui ont filé se moucher, dans des Kleenex à l’eucalyptus, au fond de quelque caverne syrienne ou irakienne. Le Panama, parce qu’on avait détecté un cas suspect, a confiné dans la jungle 1.700 désespérés en train de marcher vers la frontière des États-Unis. Le Nigeria d’où j’avais rapporté, quelques semaines plus tôt, un reportage sur des massacres de villages chrétiens par des djihadistes peuls, dénombrait, à la mi-avril 2020, selon l’AFP, douze morts du virus mais dix-huit tués par les forces de sécurité pour non-respect du confinement.

Le Bangladesh où je me trouvais aussi en reportage, quelques heures avant que la France ne boucle ses frontières, cumulait toutes les calamités ; on y mourait de la dengue, du choléra, de la peste, de la rage, de la fièvre jaune et de virus inconnus ; mais voilà que l’on y détecte quelques cas de Covid et lui aussi, comme un seul homme, se sangle dans le confinement. Et c’est, en vérité, toute la planète qui, pays riches et pauvres confondus, ceux qui pouvaient tenir et ceux qui allaient craquer, se rue sur cette idée d’une pandémie inédite, en passe d’exterminer le genre humain.

Un supplice chinois

Alors? Qu’a-t-il bien pu se passer? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus? Aveuglement collectif comme dans ce roman de José Saramago où une épidémie mystérieuse frappe une ville entière de cécité? Victoire des collapsologues qui, depuis le temps qu’ils nous prédisaient la fin du monde, la sentent pointer le nez et nous laissent une dernière chance de carême et de reset? Celle des maîtres du monde voyant ce grand confinement – traduction anglaise du « grand renfermement » théorisé par Michel Foucault dans les textes où il dépeignait les systèmes de pouvoir du futur – comme la répétition générale d’un type nouveau d’arraisonnement et d’assignation des corps?

Qu’a-t-il bien pu se passer? Viralité, non seulement du virus, mais du discours sur le virus?

Une grand-peur, comme celle de 1789, avec son lot d’infox, de complots, de fuites éperdues et, un jour, d’émeutes sans espérance? L’inverse? Le signe, rassurant, que le monde a changé, qu’il sacralise enfin la vie et qu’entre elle, la vie, et l’économie, il a choisi de choisir la vie? Ou, l’inverse encore : un emballement collectif, aggravé par les chaînes d’information et les réseaux sociaux qui, en matraquant, jour après jour, le chiffre des réanimés, des mourants et des morts, nous plaçaient dans un univers parallèle où n’existait plus, nulle part, aucune autre information et, à la lettre, nous rendaient fous : n’est-ce pas ainsi, après tout, que fonctionne un supplice chinois? N’est-il pas établi que le son de la goutte d’eau, indéfiniment répété, devient un dragon menaçant? Et comment réagirions-nous si les responsables de la sécurité routière s’avisaient de placer, tous les kilomètres, des haut-parleurs géants diffusant, en continu, les accidents mortels de la journée?

J’avais avec moi, toujours précieux, mon Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. J’avais, pour essayer de penser cette extraordinaire soumission mondiale à un événement dont je répète qu’il était tragique mais nullement sans précédent, mes souvenirs de René Girard et de son désir mimétique qui, lui aussi, est un virus et qui, comme tout virus, déclenche des pandémies.

Il y avait encore Jacques Lacan avançant que, face au surgissement d’un « point de réel », un vrai, celui qui heurte et auquel on se heurte, celui qui fait trou dans le savoir et dont il n’y a pas d’image (et n’est-ce pas, en effet, le cas pour n’importe quel nouveau virus?), l’humanité a le choix entre le déni et le délire, la névrose et la psychose : Trump trépignant qu’il faut « libérer le Michigan » – ou les gouvernants inquiets de la menace, brandie par des collectifs d’avocats, d’un « Nuremberg du corona » et jugeant plus prudent de mettre le monde à l’arrêt.

Il était trop tôt pour trancher. Aujourd’hui encore, à l’heure où j’écris ces lignes et où l’on commence de « déconfiner », il est trop tôt pour casser, non seulement le code du virus, mais celui de l’effroi qu’il a suscité.

Des principes auxquels je tenais, et qui étaient ce que les sociétés occidentales ont de meilleur, ont été attaqués par le virus

Et ayant, aussi, mes morts que je n’ai pas fini de pleurer, je n’ai pas le cœur à rire du bon rire brechtien que nous inspirera peut-être, un jour, l’énorme mise en scène distanciée que l’appel à la distanciation sociale aura produite sous nos yeux ébahis.

Il est temps, en revanche, de dire les effets de tout cela dans nos sociétés et nos esprits. Il est temps de dire ce qui, dans ce qui nous relie comme au plus obscur et profond de nous-mêmes, a commencé de s’opérer.

Et s’il est vrai que, comme aimait à le dire, non sans ironie, le grand médecin allemand de la fin du XIXe siècle, père de l’anatomie pathologique, Rudolf Virchow, « une épidémie est un phénomène social qui comporte quelques aspects médicaux », c’est le moment ou jamais de reprendre ses esprits et de tenter de décrire quelques-uns des aspects non médicaux de cette histoire.

Certains sont heureux. Nous vécûmes de vrais moments de civisme et d’entraide. Et l’on ne se réjouira jamais assez que l’on se soit enfin avisé, non seulement de l’existence, mais de l’éminente dignité d’un peuple d’humiliés (personnels soignants, caissières et caissiers, agriculteurs, transporteurs, éboueurs, livreurs…) qui sont apparus dans la lumière.

Mais d’autres sont fâcheux. Des mots ont été dits, des plis ont été pris, des réflexes sont revenus qui m’ont épouvanté. Des principes auxquels je tenais, et qui étaient ce que les sociétés occidentales ont de meilleur, ont été attaqués par le virus, et par le virus du virus, en même temps que les hommes mouraient. Et parce que les idées meurent aussi, parce qu’elles vivent de la même matière que les humains et qu’il se pourrait bien que, l’épidémie refluant, elles restent, elles, sur la rive, telles des méduses crevées, disparues sans laisser de trace car elles étaient, comme nous, presque entièrement faites d’eau, c’est d’elles que j’ai voulu, ici, prendre la défense. Première Peur mondiale (au sens où on le dit de la guerre) : bilan d’étape. […]

Ahurrissante docilité

M’est revenue, l’autre nuit, tandis que je me trouvais, comme tout le monde, hypnotisé par les images en boucle de ces femmes et hommes admirables, bataillant contre la maladie et sauvant des vies, une étrange formule du Talmud, entendue il y a longtemps, lors d’une des dernières visites que je lui rendis, dans la bouche d’Emmanuel Levinas : « Le meilleur des médecins ira en enfer. » […]

Je suis allé voir chez Rachi : tout médecin, dit-il, commet des erreurs et abuse de son pouvoir ; le fait qu’il soit « meilleur » le rend d’autant plus inexcusable – d’où l’enfer. Chez le Méiri, rabbin catalan du XIIIe siècle, ami des sciences et des lumières : il arrive au meilleur médecin d’opérer sans être sûr que l’intervention soit nécessaire et il abuse alors de son savoir – l’enfer encore. […]

Le malaise que m’avait inspiré notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche et à sa mise en demeure des corps

Mais c’est chez le Maharal de Prague que j’ai trouvé l’éclaircissement le plus fouillé et, finalement, le plus édifiant : 1. le meilleur médecin est celui qui se voue, avec une passion sans bornes, à l’examen, l’hygiène, la guérison du corps ; 2. ce corps-là, le corps seul, le corps, malade ou sain, dont on oublie que c’est l’esprit qui l’a éclairé de son trait de foudre et qui l’a mis en forme, le corps organique, n’est qu’un paquet de matière opaque et ténébreuse ; 3. cette matière opaque, ce corps sans lumière et sans âme, cette chair que l’on traite comme si elle était déliée de l’intelligence humaine et de ses projets, ce corps réduit à sa seule masse d’organes, d’humeurs et de nerfs, voilà précisément l’enfer… L’enfer, pour le Maharal de Prague, n’est ni, comme chez Pascal, le moi. Ni, comme chez Sartre, les autres. Ni même la chambre noire de Genet, Crevel et les autres. L’enfer c’est le corps. Seulement le corps et le corps seul. L’enfer, c’est vous, c’est moi, c’est nous – mais en tant que nous sommes enfermés dans notre corps, réduits à notre vie de corps et que, sous l’empire du pouvoir médical, ou du pouvoir tout court s’emparant du pouvoir médical, ou de notre propre assujettissement aux deux, nous y consentons.

Tout, alors, devenait clair. Le malaise que m’avait inspiré, dès le premier instant, notre ahurissante docilité à l’ordre sanitaire en marche et à sa mise en demeure des corps. […]

Le spectacle d’un souverain pontife, héritier du « N’ayez pas peur » de Jean Paul II et personnellement rompu à l’exercice, si éminemment catholique, du baiser aux fiévreux, eczémateux et autres lépreux des bidonvilles de Buenos Aires, qui se distancie du peuple chrétien, ne communique plus que par Internet, ordonne que l’on vide les bassins d’eau bénite et fait son chemin de croix, sur le parvis de la basilique, devant une place Saint-Pierre déserte.

Effacée, l’image juive du Messie qui attend, aux portes de Rome, au milieu des scrofuleux. Oublié, le baiser de Jésus au lépreux qui, de Flaubert à Mauriac, a inspiré tant de belles pages. Aux oubliettes Violaine, la « jeune fille pure » de Claudel qui, s’il écrivait aujourd’hui cette Annonce faite à Marie, s’il osait sanctifier cette héroïne lumineuse, embrassant exprès un lépreux et réenfantée par ce baiser, passerait pour irresponsable, criminel contre la société, mauvais citoyen.

Toutes ces applications numériques dont, la veille encore, nous semblions nous défier, les voilà devenues les plates-formes d’un commerce salubre, hygiénique, diététique, sans contact, clean!

Impensable, cette image troublante et belle, gardée de mon enfance, d’un général de Gaulle en visite à Tahiti, deux ans avant son retour au pouvoir : sa voiture est bloquée par un cortège de lépreux ; il descend ; serre la main de chacun ; prend dans ses bras une enfant ; étreint l’organisateur de cette étrange manifestation ; ne dit rien ; redémarre. […]

Epidémie de la délation

Et puis toutes ces applications numériques dont, la veille encore, nous semblions nous défier et tenir pour les ennemies du genre humain – les voilà devenues les plates-formes d’un commerce salubre, hygiénique, diététique, sans contact, clean! Les fameux Gafa, qui, de pestiférés qu’ils étaient avant la peste, devenaient pourvoyeurs bénis de télétravail, téléenseignement, téléconsultation, télétransport, télésurveillance! Jusqu’à l’Organisation mondiale de la santé qui, au pic de la panique, rejoignait la campagne « Play Apart Together » et recommandait à tous les parents du monde de veiller à ce que leurs enfants ne jouent plus qu’à des jeux vidéo (Konbini, 30 mars 2020)…

[…] Recul des libertés? Mise entre les mains des compagnies, mais aussi des États, d’un stock de données dont nul n’ignore le mauvais usage que l’on peut faire? Risque, plus effrayant encore, de vivre en état d’alerte et de suspicion perpétuelles, surveillant notre bluetooth, traquant nos contacts douteux, exigeant frénétiquement les noms, oui, les noms, on ne plaisante pas avec la santé! De l’inconnu croisé ce matin, l’œil torve, la mine pas catholique et qui, dit l’App, nous a peut-être contaminé?

Il y a eu quelques fortes têtes, heureusement, pour s’inquiéter de cela. […]

On a même lu de bonnes enquêtes sur le retour des corbeaux à l’ancienne, l’épidémie de délation dans les commissariats de police, les centres d’appels submergés par des correspondants, anonymes ou non, dénonçant un papy entré deux fois à la supérette, une ménagère venue n’acheter qu’un rouleau de papier toilette, un Parisien débarqué nuitamment ou un rassemblement suspect de plus de deux personnes – que sera-ce avec « StopCovid »! avec les « brigades de cas contact » annoncées par le gouverneur de l’État de New York et les ministres de la Santé européens! avec les « caméras intelligentes » d’ores et déjà chargées, dans telle ville du sud de la France, de contrôler le port du masque! ou avec les labradors « au nez puissant » dressés à détecter l’odeur du Covid chez les humains (Washington Post, 29 avril 2020)!

La vie, donc. Mais une vie nue.

[…] La vie, donc. La vie que l’on nous enjoignait, sur tous les tons, de sauver en restant chez nous et en résistant au démon du relâchement. Mais une vie nue.

[…] Une vie terrifiée d’elle-même et terrée en son terrier kafkaïen transformé en colonie pénitentiaire. […]

Un monde où règnent les techniciens de la ventilation, les surveillants généraux de l’état d’urgence, les délégués à l’agonie. Un monde où, à la place du monde qui fait trop mal, on a des gels hydroalcooliques, des balcons où l’on s’autocomplimente, des chiens à promener deux fois par jour muni de son attestation Covid et des villes expurgées de la foule humaine comme une salle d’op de ses infections nosocomiales. Un monde de maîtres-chiens, c’est‑à-dire de maîtres qui sont des chiens et qui dressent comme des chiens une humanité qui n’a le droit que d’aboyer quand on lui rappelle qu’elle est faite d’hommes, de gémir quand elle attrape un virus et de japper quand Monsieur Corona, notre roi, vient lui donner sa leçon comme on donne une pâtée, au double sens de pitance et de raclée. Le monde est fait pour s’y blottir, dit le roi Corona. Il est fait pour que l’on s’y couche. Et si le sommeil tarde à venir, il faut y compter les moutons, les gros sous quand on en a et, donc, les virus.

Elle est pas belle, la vie?

On n’y a pas tout ce qu’il faut (les produits de première nécessité mais aussi, en fin de compte, le sexe, l’imagination, la mort) à portée de clics et de Netflix? Tiens! Encore ce « net », qui est l’autre sens du mundus…

Telle est la leçon du virus. Telle est la raison de ma colère. […] »


Hanouka/2184e: Trump invente le sionisme antisémite ! (Ultimate sleight of hand: How can opposition to the existence of an apartheid state be called racism ?)

23 décembre, 2019
tied willyPresident Trump at the Israeli American Council National Summit last week in Hollywood, Fla.En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : “Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus.” (…) Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. 1 Maccabées 1: 11-15
Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Jean 10: 22
La crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. (…) Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Maurice Sartre
L’assemblée générale (…) considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. Résolution 379 (ONU, le 10 novembre 1975)
L’assemblée générale décide de déclarer nulle la conclusion contenue dans le dispositif de sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. Résolution 4686 (ONU, le 16 décembre 1991)
I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights – the right to freedom of travel, equal treatment. I cannot stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the State of Israel. I love our country’s freedom of speech, madam speaker. Dissent is how we nurture democracy. and grow to be better and more humane and just. This is why I oppose resolution 243. All Americans have a right, a constitutional right guaranteed by the first amendment to freedom of speech. To petition their government and participate in boycotts. Speech in pursuit of civil rights at home and abroad is protected by our first amendment. That is one reason why our first amendment is so powerful. With a few exceptions the government is simply not allowed to discriminate against speech based on its viewpoint or speaker. The right to boycott is deeply rooted in the fabric of our country. What was the Boston tea party but a boycott ? Where would we be now with the civil rights activists in the 1950’s and 1960’s like the united farm workers grape boycott? Some of this country’s most important advances in racial equality and equity and workers’ rights has been achieved through collective action, protected by our constitution. Americans of conscience have long and proud history of participating in boycotts, specifically to advocate for human rights abroad. Americans boycotted nazi Germany in response to dehumanization, imprisonment, and genocide of Jewish people. In the 1980’s, many of us in this very body boycotted South African goods in the fight against apartheid. Our right to free speech is being threatened with this resolution. It sets a dangerous precedent because it attempts to delegitimatize a certain people’s political speech and to send a message that our government can and will take action against speech it doesn’t like. Madam speaker, the Supreme court has time and time again recognized the expressive conduct is protected by the constitution. from burning a flag to baking a cake, efforts to restrict and target that protected speech run the risk of eroding the civil rights that form the foundation of our democracy. All Americans have the right to participate in boycotts, and I oppose all legislative efforts that target speech. I urge congress, state governments, and civil rights leaders from all communities to preserve our constitution, preserve our bill of rights, and preserve the first amendment’s guaranteed of freedom of speech by opposing h. res. 246 and the boycott, anti-boycott efforts wherever they rise. Rashida Tlaib (July 23, 2019)
Melania and I send our warmest wishes to Jewish people in the United States, Israel and across the world as you commence the 8-day celebration of Hanukkah. More than 2,000 years ago, the Maccabees boldly reclaimed the Holy Temple in Jerusalem, securing a victory for the Jewish people and their faith. They proudly lit the menorah to rededicate the Second Temple. Even though there was only enough olive oil to burn for one day, through divine providence, the flames miraculously burned for eight nights. As the Jewish community gathers together to celebrate this special and sacred time of year, we are reminded of God’s message of hope, mercy, and love. Throughout the coming eight days, each candle to be lit on the menorah will signal to the world that freedom and justice will always shine brighter than hate and oppression. Today, the relationship between the United States and Israel, one of our most cherished allies and friends, is stronger than ever. We will continue to stand with the Jewish people in defending the God-given right to worship freely and openly. As our Jewish brothers and sisters gather around the menorah each night, we pray for a memorable and blessed celebration of the Festival of Lights. May the light of the menorah and the fellowship of family and friends fill your hearts with happiness and a renewed sense of faith. Happy Hanukkah! President Trump
Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale. Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains. (…) Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays. (…) Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires. Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis. 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS). Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie. Ambassade des Etats-Unis en France
États-unis. Quand Trump voit le judaïsme comme une nationalité: Sous prétexte de combattre l’antisémitisme, le président américain signe un décret qui empêche toute critique d’Israël. L’Humanité
Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration. L’ordonnance devrait effectivement interpréter  le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités qui se dérobent à leur responsabilité à favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués. En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël. Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale. Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ». (…) Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision. (…) Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a été critiqué pour ses propos tenus en Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ». Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent. (…) L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains. La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs ». Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ». (…) Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant de le renverser. NYT
President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday. The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. NYT
In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences. But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. (…) That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned. If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind. (…) But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.” I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas. Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves. The Nation
US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians. (…) In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state. One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed. Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. (…)There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy. Ian Buruma
Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.” Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism. To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza. One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. Masha Gessen (New Yorker)
The key point we were making is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination. Sam Bagenstos (University of Michigan Law School)
The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses. Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI? In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.” The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.” Trump’s executive order mostly just reaffirms the current law. Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.” Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews. But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited. In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Plus raciste que moi, tu meurs !

En cette première journée d’Hanoukah, la Fête des lumières juive célébrant la reconsécration du Temple par les Maccabées en décembre 165 avant notre ère suite à sa désécration par le roi Séleucide (syrien descendant des généraux d’Alexandre) Antiochus (ou Antiochos) IV dit Epiphane …

Qui derrière la tentative d’héllénisation forcée et les mesures d’une sorte de génocide culturel …

Et la véritable crise identitaire que déclencha, avant celle des Romains puis la nôtre aujourd’hui, cette première mondialisation …

Vit en fait au sein même d’Israël non seulement une révolte fiscale…

Mais une véritable guerre civile entre factions opposées du judaïsme (héllenisés contre traditionalistes) …

Les premiers allant jusqu’à faire appel à la puissante occupante des Séleucides pour arbitrer le conflit …

Et au lendemain de la retentissante et réjouissante remise aux poubelles de l’histoire par le peuple britannique …

De la véritable institutionnalisation de l’antisémitisme, derrière le parti de Jeremy Corbyn, de toute une gauche européenne et américaine …

Comment ne pas voir rejouer sous nos yeux, toutes proportions gardées, cette même guerre culturelle …

Au sein même de la communauté juive aussi bien américaine que mondiale …

Et, 70 ans après sa re-création, ce même refus d’une souveraineté juive restaurée

Suite aux premières fuites (d’un toujours aussi zélé NYT ayant conclu un peu hâtivement à une assimilation qui y aurait été faite du judaïsme à une race ou un groupe ethnique) d’un décret que vient de publier le président Trump contre l’antisémitisme  …

Qui, entre appels au boycott d’Israël et intimidation de toute parole pro-israélienne, continue ses ravages sur les campus américains …

Et comment ne pas découvrir horrifié derrière l’interdiction de l’antisionisme …

L’opposition à un « Etat d’apartheid » ne pouvant être, y compris on le sait à coup d’associations au nazisme, qualifié de racisme …

L’abomination de cette nouvelle race de super-racistes …

A savoir celle du… sioniste antisémite ?

Trump’s Racist Ban on Anti-Semitism
To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake.
Ian Buruma
Project syndicate
Dec 13, 2019

NEW YORK – US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians.

Trump just signed an executive order requiring that federal money be withheld from educational institutions that fail to combat anti-Semitism. Since Jews are identified in this order as a discriminated group on the grounds of ethnic, racial, or national characteristics, an attack on Israel would be anti-Semitic by definition. This is indeed the position of Jared Kushner, Trump’s Jewish son-in-law, who believes that “anti-Zionism is anti-Semitism.”There are, of course, as many forms of anti-Semitism as there are interpretations of what it means to be Jewish. When Trump and his supporters rant in campaign rallies about shadowy cabals of international financiers who undermine the interests of “ordinary, decent people,” some might interpret that as a common anti-Semitic trope, especially when an image of George Soros is brandished to underline this message. Trump even hinted at the possibility that the liberal Jewish human rights promoter and philanthropist was deliberately funding “caravans” of refugees and illegal aliens so that they could spread mayhem in the US. In Soros’s native Hungary, attacks on him as a cosmopolitan enemy of the people are unmistakably anti-Semitic.Conspiracy theories about sinister Jewish power have a long history. The Protocols of the Elders of Zion, a Russian forgery published in 1903, popularized the notion that Jewish bankers and financiers were secretly pulling the strings to dominate the world. Henry Ford was one of the more prominent people who believed this nonsense.The history of extreme anti-Zionism is not so long. In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state.One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed.

Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.

In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. According to Halakha, or Jewish law, anyone with a Jewish mother, or who has converted to Judaism, is Jewish. That is the general Orthodox view. But more liberal Reform Jews allow Jewish identity to pass through the father as well.On the other hand, while most Orthodox Jews consider a person to be Jewish even if they convert to another religion, Reform Jews do not. Israel’s Law of Return grants “every Jew” the right to immigrate, but refrains from defining Jewishness. Since 1970, even people with one Jewish grandparent have been eligible to become Israeli citizens. In the infamous Nuremberg laws, promulgated by the Nazis in 1935, people with only one Jewish parent could retain German citizenship, while “full” Jews could not.The whole thing is so complicated that Amos Oz, the Israeli novelist, once sought to simplify the matter as follows: “Who is a Jew? Everyone who is mad enough to call himself or herself a Jew, is a Jew.”There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy.

Voir aussi:

The Real Purpose of Trump’s Executive Order on Anti-Semitism
The President’s new order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights.
Masha Gessen
The New Yorker
December 12, 2019

Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.”

Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism.

To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza.

In August, I went on a tour designed by Breaking the Silence that aims to show Israelis and foreigners what the occupation looks like. This particular tour ended in a Palestinian village which has been largely overtaken by an Israeli settlement that is illegal under international law. One of the Palestinian houses ended up on territory claimed by the settlers, so the settlers built a chain-link cage around the house, the yard, and the driveway. A young Palestinian child, who is growing up in a house inside a cage, waved to us through the fencing. Comparing this sort of approach to Nazi policies may not make for the most useful argument, but it is certainly not outlandish. The memory of the Holocaust stands as a warning to humanity about the dangers of dehumanizing the other—and invoking that warning in Palestine is warranted.

One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. He has proclaimed his support often for the state of Israel. His Administration’s policies, which have included moving the U.S. Embassy to Jerusalem and, more recently, declaring that the U.S. does not view Israeli settlements in the West Bank as illegal, have pleased the state of Israel, especially its most militantly expansionist citizens. Over the weekend, however, at the Israeli American Council National Summit, in Florida, Trump gave a speech that brimmed with Jewish stereotypes: Jews and greed, Jews and money, Jews as ruthless wheeler-dealers. “A lot of you are in the real estate business because I know you very well,” he said. « You’re brutal killers, not nice people at all.” It was the kind of stuff that requires no definitions, op-eds, or explanations—it was plain, easily recognizable anti-Semitism. And it was not the first time that Trump trafficked in anti-Semitic stereotypes. The world view behind these stereotypes, combined with support for Israel, is also recognizable. To Trump, Jews—including American Jews, some of whom vote for him—are alien beings whom he associates with the state of Israel. He finds these alien beings at once distasteful and worthy of a sort of admiration, perhaps because he ascribes to them many of the features that he also recognizes in himself.

It should come as no surprise that anti-Semitic incidents in the U.S. increased by sixty per cent during the first year of Trump’s Presidency, according to the Anti-Defamation League. The current year is on track to set a record for the number of anti-Semitic attacks. The latest appears to have occurred on Tuesday, when shooters reportedly connected to a fringe group targeted a kosher supermarket in Jersey City, killing four people.

The new executive order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights. Its victim will be free speech.

Voir également:

No, the Trump Administration Is Not Redefining Judaism as a Nationality

Its executive order on anti-Semitism won’t change much at all.

The New York Times published a bombshell report on Tuesday claiming that President Donald Trump planned to sign an executive order that interpreted Judaism “as a race or nationality” under Title VI of the Civil Rights Act of 1964. Title VI governs federally funded educational programs, so the Times warned that the order might be deployed to squelch anti-Israel speech on campus. “Mr. Trump’s order,” the Times further claimed, “will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.”

That turned out to be untrue. The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses.

Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI?

In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.”

The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.”

Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.”

Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews.

But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited.

In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Voir de même:

In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences.

But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. Just a few days before he issued the executive order, he told supporters of the Israeli-American Council, “You’re brutal killers, not nice people at all…. Some of you don’t like me. Some of you I don’t like at all, actually.” He went on to insist nevertheless that the Jews gathered to hear him were “going to be my biggest supporters,” because Democrats were proposing to raise taxes on the superwealthy. In other words, Jews are greedy and care only about their personal fortunes. Trump, of course, was playing to type. He, his party, and his highest-profile supporters have repeatedly demonized Jews in political advertisements, deploying age-old anti-Semitic tropes that have been used to stir up violence against vulnerable Jewish communities in Europe and elsewhere. In addition, Trump frequently implies that Jews are not “real” Americans. He tells Jews that Bibi Netanyahu is “your prime minister” and complains that Jewish Democrats—which is most Jews—are “disloyal to Israel.”

That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned.

If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind.

Most American Jews understandably want no part of this devil’s bargain. They are not interested in having their patriotism questioned. They remain among the most loyal and liberal constituencies in what is left of the decidedly tattered New Deal coalition that Franklin Roosevelt constructed back in the 1930s. And most hold Trump and his alt-right supporters accountable for the atmosphere of menace that has led to horrific attacks on Jews, like the massacre at a Pittsburgh synagogue last year.

But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.”

I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas.

Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves.

The president’s order would allow the government to withhold money from campuses deemed to be biased, but critics see it as an attack on free speech.

Peter Baker and

NYT

WASHINGTON — President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday.

The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. In recent years, the Boycott, Divestment and Sanctions — or B.D.S. — movement against Israel has roiled some campuses, leaving some Jewish students feeling unwelcome or attacked.

In signing the order, Mr. Trump will use his executive power to take action where Congress has not, essentially replicating bipartisan legislation that has stalled on Capitol Hill for several years. Prominent Democrats have joined Republicans in promoting such a policy change to combat anti-Semitism as well as the boycott-Israel movement.

But critics complained that such a policy could be used to stifle free speech and legitimate opposition to Israel’s policies toward Palestinians in the name of fighting anti-Semitism. The definition of anti-Semitism to be used in the order matches the one used by the State Department and by other nations, but it has been criticized as too open-ended and sweeping.

For instance, it describes as anti-Semitic “denying the Jewish people their right to self-determination” under some circumstances and offers as an example of such behavior “claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor.”

Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights, said Mr. Trump’s order is part of a sustained campaign “to silence Palestinian rights activism” by equating opposition to Israeli treatment of Palestinians with anti-Semitism.

“Israeli apartheid is a very hard product to sell in America, especially in progressive spaces,” Mr. Munayyer said, “and realizing this, many Israeli apartheid apologists, Trump included, are looking to silence a debate they know they can’t win.”

Administration officials, who insisted on anonymity to discuss the order before its official announcement, said it was not intended to squelch free speech. The White House reached out to some Democrats and activist groups that have been critical of the president to build support for the move.

Among those welcoming the order on Tuesday was Jonathan Greenblatt, the chief executive of the Anti-Defamation League, who said the group recorded its third-highest level of anti-Semitic episodes in the United States last year.

“Of course we hope it will be enforced in a fair manner,” he said. “But the fact of the matter is we see Jewish students on college campuses and Jewish people all over being marginalized. The rise of anti-Semitic incidents is not theoretical; it’s empirical.”

David Krone, a former chief of staff to Senator Harry Reid of Nevada when he was Senate Democratic leader, has lobbied for years for such a policy change and praised Mr. Trump for taking action.

“I know people are going to criticize me for saying this,” Mr. Krone said, “but I have to give credit where credit is due.” He added, “It’s too important to let partisanship get in the way.”

Mr. Reid helped push for legislation similar to the order called the Anti-Semitism Awareness Act of 2016. It passed the Senate in December 2016 unanimously but died in the House as that session of Congress ended. It has been reintroduced by Democrats and Republicans but has made little progress to Mr. Trump’s desk.

Mr. Krone continued to work on the issue after Mr. Reid retired and reached out through a mutual friend last summer to Jared Kushner, the president’s son-in-law and senior adviser. The Jewish grandson of Holocaust survivors, Mr. Kushner embraced the idea, which also had been explored over the past year by the president’s domestic policy aides. With Mr. Kushner’s support, the White House drafted the order and Mr. Trump agreed to sign it.

Mr. Trump over the years has been accused of making anti-Semitic remarks, turning a blind eye to anti-Jewish tropes or emboldening white supremacists like those in Charlottesville, Va., in 2017. Just last weekend, he drew criticism for remarks in Florida before the Israeli American Council in which he told the Jewish audience they were “not nice people” but would support his re-election because “you’re not going to vote for the wealth tax.”

But he has also positioned himself as an unflinching supporter of Israel and a champion of Jewish Americans, moving the United States Embassy to Jerusalem, supporting settlements in the West Bank and recognizing the seizure of the Golan Heights. He also assailed Representative Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, when she said support for Israel was “all about the Benjamins,” meaning money.

Jeremy Ben-Ami, the president of J Street, a liberal Israel advocacy group, said the president’s order was a cynical effort to crack down on critics, not to defend Jews from bias. “It is particularly outrageous and absurd for President Trump to pretend to care about anti-Semitism during the same week in which he once again publicly spouted anti-Semitic tropes about Jews and money,” he said in a statement.

The president’s action comes soon after the Education Department ordered Duke University and the University of North Carolina at Chapel Hill to remake their joint Middle East studies program on the grounds that it featured a biased curriculum. The move was part of a broader campaign by Betsy DeVos, the education secretary, and her civil rights chief, Kenneth L. Marcus, to go after perceived anti-Israel bias in higher education.

The order to be signed by Mr. Trump would empower the Education Department in such actions. Under Title VI of the Civil Rights Act of 1964, the department can withhold funding from any college or educational program that discriminates “on the ground of race, color, or national origin.” Religion was not included among the protected categories, so Mr. Trump’s order will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.

The definition of anti-Semitism to be adopted from the State Department and originally formulated by the International Holocaust Remembrance Alliance includes “a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews.” However, it adds that “criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as anti-Semitic.”

The American Civil Liberties Union was among the groups that opposed using the definition in the 2016 legislation, deeming it overly broad. “It cannot and must not be that our civil rights laws are used in such a way to penalize political advocacy on the basis of viewpoint,” the group said in a letter to Congress at the time. Kenneth S. Stern, the original lead author of the definition, also objected to using it, saying that “students and faculty members will be scared into silence, and administrators will err on the side of suppressing or censuring speech.”

But Representative Ted Deutch, Democrat of Florida, who was among the sponsors of the 2016 legislation, wrote in an op-ed article in The Times of Israel last week that the definition “was drafted not to regulate free speech or punish people for expressing their beliefs.” Instead, he wrote, “This definition can serve as an important tool to guide our government’s response to anti-Semitism.”

Last week, a group of 80 education, civil rights and religious organizations sent a letter to Ms. DeVos complaining that some Middle East studies centers on college campuses financed by the government under Title VI have sought to boycott Israel or shut down their universities’ study abroad programs in Israel.

“Recent incidents have demonstrated the willingness of faculty across the country to implement the academic boycott of Israel on their campuses,” the letter said.

The president is expected to be joined at the signing by several prominent Republican lawmakers, including Senators Tim Scott of South Carolina and James Lankford of Oklahoma and Representative Doug Collins of Georgia. But Democrats who have advocated the legislation in the past are not expected, including Representative Jerrold Nadler of New York, who on Tuesday released articles of impeachment against Mr. Trump.

While an executive order is not as permanent as legislation and can be overturned by the next president, Mr. Trump’s action may have the effect of extending the policy beyond his administration anyway because his successors may find it politically unappealing to reverse.

Peter Baker reported from Washington, and Maggie Haberman from Hershey, Pa.

Etats-Unis/Antisémitisme – Donald Trump cible l’antisémitisme et le boycott israélien sur les campus universitaires

L’ordonnance du président permettrait au gouvernement de retenir de l’argent sur les campus réputés biaisés, mais les critiques y voient une attaque contre la liberté d’expression.

Publié le 10 décembre dans le New York Times sous le titre Trump Targets Anti-Semitism and Israeli Boycotts on College Campuses

Traduction proposée par le Crif

Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration.

L’ordonnance interprétera efficacement le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités réputés pour se dérober à leur responsabilité afin de favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués.

En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël.

Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale.

Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ».

Yousef Munayyer, directeur exécutif de la Campagne américaine pour les droits des Palestiniens, a déclaré que l’ordonnance de M. Trump faisait partie d’une campagne soutenue « pour faire taire l’activisme pour les droits des Palestiniens » en assimilant l’opposition au traitement israélien des Palestiniens à l’antisémitisme.

« L’apartheid israélien est un produit très difficile à vendre en Amérique, en particulier dans les espaces progressistes« , a déclaré M. Munayyer, « et réalisant cela, de nombreux apologistes de l’apartheid israélien, Trump inclus, cherchent à faire taire un débat qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner… « 

Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision.

Mardi, Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue anti-diffamation, a déclaré que le groupe avait enregistré son troisième épisode antisémite aux États-Unis l’année dernière.

« Bien sûr, nous espérons qu’il sera appliqué de manière équitable », a-t-il déclaré. « Mais le fait est que nous voyons des étudiants juifs sur les campus universitaires et des Juifs partout marginalisés. La montée des incidents antisémites n’est pas théorique; c’est empirique. « 

David Krone, ancien chef de cabinet du sénateur Harry Reid du Nevada lorsqu’il était leader démocrate du Sénat, a fait pression pendant des années pour un tel changement de politique et a félicité M. Trump d’avoir pris des mesures.

« Je sais que les gens vont me critiquer pour avoir dit cela », a déclaré M. Krone, « mais je dois donner du crédit là où le mérite est dû ». Il a ajouté: « Il est trop important de laisser la partisanerie faire obstacle. »

M. Reid a aidé à faire pression pour une législation similaire à l’ordonnance appelée Anti-Semitism Awareness Act of 2016. Elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat en décembre 2016, mais est décédée à la Chambre à la fin de cette session du Congrès. Il a été réintroduit par les démocrates et les républicains mais a peu progressé sur le bureau de M. Trump.

M. Krone a continué de travailler sur la question après que M. Reid a pris sa retraite et a contacté l’été dernier un ami commun avec Jared Kushner, gendre du président et conseiller principal. Le petit-fils juif des survivants de l’Holocauste, M. Kushner, a adopté l’idée, qui avait également été explorée au cours de l’année écoulée par les aides à la politique intérieure du président. Avec le soutien de M. Kushner, la Maison-Blanche a rédigé l’ordonnance et M. Trump a accepté de la signer.

Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a critiqué les propos tenus dans La Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ».

Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, un groupe de défense libéral d’Israël, a déclaré que l’ordre du président était un effort cynique pour réprimer les critiques, pas pour défendre les Juifs contre les préjugés. « Il est particulièrement scandaleux et absurde que le président Trump prétende se préoccuper de l’antisémitisme au cours de la même semaine au cours de laquelle il a de nouveau publiquement jeté des tropes antisémites sur les Juifs et l’argent », a-t-il déclaré dans un communiqué.

L’action du président intervient peu de temps après que le département de l’éducation a ordonné à l’Université Duke et à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill de refaire leur programme d’études conjointes sur le Moyen-Orient au motif qu’il comportait un programme biaisé. Cette décision faisait partie d’une campagne plus large menée par Betsy DeVos, la secrétaire à l’Éducation, et son chef des droits civiques, Kenneth L. Marcus, pour s’attaquer aux préjugés anti-Israël perçus dans l’enseignement supérieur.

L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains.

La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs« . Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ».

L’American Civil Liberties Union faisait partie des groupes qui se sont opposés à l’utilisation de la définition dans la législation de 2016, la jugeant trop large. « Il ne peut et ne doit pas être que nos lois sur les droits civils sont utilisées de manière à pénaliser le plaidoyer politique sur la base du point de vue », a déclaré le groupe dans une lettre au Congrès de l’époque. Kenneth S. Stern, l’auteur principal de la définition, s’est également opposé à son utilisation, affirmant que « les étudiants et les professeurs seront effrayés dans le silence, et les administrateurs se tromperont du côté de la suppression ou de la censure du discours. »

Mais le représentant Ted Deutch, démocrate de Floride, qui était parmi les sponsors de la législation de 2016, a écrit dans un article d’opinion dans le Times of Israel la semaine dernière que la définition « avait été rédigée pour ne pas réglementer la liberté d’expression ou punir les gens pour avoir exprimé leur opinion ». Au lieu de cela, il a écrit: « Cette définition peut servir d’outil important pour guider la réponse de notre gouvernement à l’antisémitisme ». 

La semaine dernière, un groupe de 80 organisations de l’éducation, des droits civils et des organisations religieuses a envoyé une lettre à Mme DeVos se plaignant que certains centres d’études du Moyen-Orient sur les campus universitaires financés par le gouvernement au titre VI ont cherché à boycotter Israël ou à fermer les programmes d’études de leurs universités à l’étranger en Israël.

« Les récents incidents ont démontré la volonté des professeurs à travers le pays de mettre en œuvre le boycott universitaire d’Israël sur leurs campus », indique la lettre.

Le président devrait être rejoint lors de la signature par plusieurs éminents législateurs républicains, dont les sénateurs Tim Scott de Caroline du Sud et James Lankford d’Oklahoma et le représentant Doug Collins de Géorgie. Mais les démocrates qui ont préconisé la législation dans le passé ne sont pas attendus, y compris le représentant Jerrold Nadler de New York, qui a publié mardi des articles de destitution contre M. Trump.

Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant à renverser.

Voir de plus:

Donald Trump signe un décret controversé pour élargir la définition de l’antisémitisme sur les campus

Alors que le décret présidentiel vise à défendre les étudiants juifs, les détracteurs de Donald Trump dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

Le Monde avec AFP

12 décembre 2019

Le président américain se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse. Donald Trump a signé, mercredi 11 décembre, un décret visant à lutter contre l’antisémitisme sur les campus américains. Ce texte élargit la définition de l’antisémitisme utilisée par le ministère de l’éducation lorsqu’il fait appliquer la loi sur les droits civiques de 1964. Il ordonne en particulier d’utiliser la définition de l’antisémitisme donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

« C’est notre message aux universités : si vous voulez bénéficier des énormes sommes que vous recevez chaque année de la part de l’Etat fédéral, vous devez rejeter l’antisémitisme », a déclaré M. Trump à l’occasion d’une cérémonie à la Maison Blanche pour célébrer Hanouka, la fête des lumières. Avec ce décret, Donald Trump « défend les étudiants juifs » et « indique clairement que l’antisémitisme ne sera pas toléré », a insisté son gendre et conseiller Jared Kushner dans une tribune publiée dans le New York Times.

Un décret pour « limiter » les critiques visant Israël

Mais des défenseurs de la liberté d’expression redoutent qu’une définition trop large et trop vague de l’antisémitisme soit utilisée pour interdire tous les propos critiques envers la politique du gouvernement israélien.

Pour Jeremy Ben-Ami, président de l’organisation progressiste juive J-Street, le décret présidentiel « semble moins destiné à combattre l’antisémitisme qu’à limiter la liberté d’expression et sévir sur les campus contre les critiques visant Israël ».

Voir encore:

Ambassade des Etas-Unis en France

« Le poison vil et haineux de l’antisémitisme doit être condamné et combattu quel que soit le lieu et le moment auquel il surgit. »

Président Donald J. Trump

COMBATTRE L’ANTISÉMITISME : Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

  • Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale.
  • Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains.
  • Le président demande également aux agences fédérales d’identifier d’autres moyens par lesquels le gouvernement peut utiliser ses pouvoirs en matière de lutte contre la discrimination pour combattre l’antisémitisme.
  • Cette action démontre en outre l’engagement indéfectible du président Trump et de son administration à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme.

LUTTER CONTRE LA MONTÉE DE LA HAINE : Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays.

  • Au cours des quelques dernières années, on a assisté à une tendance inquiétante à la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.
  • Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires.
  • Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis.
  • 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS).
    • Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie.

AGIR : Le président Trump et son administration ont pris des mesures à plusieurs reprises pour lutter contre la haine et soutenir la communauté juive.

  • Lors du discours sur l’état de l’Union de cette année, le président Trump a promis de « ne jamais ignorer le vil poison de l’antisémitisme ou ceux qui répandent cette idéologie venimeuse ».
  • Depuis janvier 2017, la division des droits civils du département de la Justice a obtenu 14 condamnations dans des affaires d’attentats ou de menaces contre des lieux de culte.
    • La division a également obtenu 11 condamnations dans des affaires de crimes motivés par la haine en raison des convictions religieuses des victimes.
  • Le département de la Justice a lancé un nouveau site web complet qui constitue un portail centralisé permettant aux forces de l’ordre, aux médias, aux groupes de défense des droits et à d’autres organismes d’accéder à des ressources sur les crimes motivés par la haine.
  • Le service des relations avec la communauté du département de la Justice a facilité 17 forums axés sur la protection des lieux de culte et la prévention des crimes motivés par la haine depuis septembre 2018.
  • Le président a signé la loi JUST Act en faveur des efforts de restitution à la suite de l’Holocauste.
  • L’administration Trump a expulsé le dernier criminel nazi connu des États-Unis.
    Voir enfin:

    NYT

    WASHINGTON — The House, brushing aside Democratic voices of dissent over American policy in the Middle East, on Tuesday overwhelmingly passed a bipartisan resolution condemning the boycott-Israel movement as one that “promotes principles of collective guilt, mass punishment and group isolation, which are destructive of prospects for progress towards peace.”

    The 398-to-17 vote, with five members voting present, came after a debate that was equally lopsided; no one in either party spoke against the measure. The House’s two most vocal backers of the boycott movement — Representatives Rashida Tlaib of Michigan and Ilhan Omar of Minnesota, freshman Democrats and the first two Muslim women in Congress — did not participate in the floor debate.

    However, earlier in the day, Ms. Tlaib, who is Palestinian-American, delivered an impassioned speech in defense of the boycott movement. She branded Israel’s policies toward Palestinians “racist” and invoked American boycotts of Nazi Germany, among others, as an example of what she described as a legitimate economic protest to advance human rights around the world.

    “I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights, the right to freedom of travel, equal treatment,” Ms. Tlaib said. “So I can’t stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the state of Israel.”

    The Boycott, Divestment and Sanctions, or B.D.S., movement is intended, among other things, to pressure Israel into ending the occupation of the West Bank, and backed by some who advocate a single state with equal rights for all, instead of a Palestinian state alongside Israel. Opponents warn it would lead to the destruction of Israel as a Jewish state; during Tuesday’s debate, they repeatedly quoted from a founder of the movement, Omar Barghouti, who has argued for the creation of a “secular democratic state” and has called for Israel to “accept the dismantling of its Zionist apartheid regime.”

    “Boycotts have been previously used as tools for social justice in this very country,” said Representative Ted Deutch, Democrat of Florida and a backer of the resolution. “But B.D.S. doesn’t seek social justice. It seeks a world in which the state of Israel doesn’t exist.”

    For months, Ms. Tlaib and Ms. Omar have been the target of intense criticism for statements about Israel and Israel’s supporters that many have regarded as anti-Semitic tropes, including insinuations that Jews have dual loyalty to the United States and Israel. Ms. Omar drew the condemnation of House Democratic leaders, and was forced to apologize after invoking an ancient trope about Jews and money by suggesting that American support for Israel was “all about the Benjamins” — a reference to $100 bills.

    At a hearing last week, Ms. Omar spoke out forcefully against Israel, and the resolution.

    “We should condemn in the strongest terms violence that perpetuates the occupation, whether it is perpetuated by Israel, Hamas or individuals,” she said. “But if we are going to condemn violent means of resisting the occupation, we cannot also condemn nonviolent means.”

    Ms. Tlaib, Ms. Omar and two other freshman Democratic women of color — Representatives Ayanna S. Pressley of Massachusetts and Alexandria Ocasio-Cortez of New York — have lately been under fire from President Trump, who has accused them of being anti-American and suggested they should “go back” to their home countries, even though just one of them, Ms. Omar, was born outside the United States. Ms. Ocasio-Cortez voted against the resolution, as did a number of other progressives; Ms. Pressley voted in favor.

    The timing of the vote drew complaints from Palestinian rights activists and supporters of Ms. Omar and Ms. Tlaib, who said House Democratic leaders were effectively isolating them. Both women have also joined with Representative John Lewis, Democrat of Georgia and a civil rights icon, in introducing a measure affirming that “all Americans have the right to participate in boycotts in pursuit of civil and human rights at home and abroad,” as protected by the First Amendment.

    “They are displaying leadership even as the president is attacking and marginalizing people of color,” said Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights.

    But Democratic backers of Israel were eager to have their votes on record before Congress goes home for its six-week August recess. Earlier Tuesday, Representative Josh Gottheimer, an ardent supporter of Israel, was joined in his home state, New Jersey, by Elan Carr, the State Department’s envoy to combat anti-Semitism, at an event billed to address anti-Semitism.

    The coming vote proved to be a central topic.

    “There is of course nothing wrong about having a robust debate about our foreign policy, as I said, but that debate veers into something much darker when there is talk of dual loyalty or other ancient tropes,” Mr. Gottheimer said. “These are not legitimate opinions about our foreign policy. We have often seen such anti-Semitic tropes and rhetoric when it comes to the global B.D.S. movement.”

    Asked if he thought the timing of the vote was inopportune, Mr. Gottheimer said, “We should look for any moment to stand up to anti-Semitism, and I think, to me, the sooner the better.”

    Backers of the boycott movement say the resolution threatens free speech rights, and they argue that boycotts are a legitimate form of economic protest. In her remarks, Ms. Tlaib cited civil rights boycotts, boycotts of apartheid South Africa and American boycotts of Nazi Germany “in response to dehumanization, imprisonment and genocide of Jewish people” — a comment that raised eyebrows among Republicans.

    Proponents of the resolution argue that nothing in it abridges the right to free speech; indeed, House Democrats rejected a more far-reaching bill, passed by the Republican-led Senate, that would allow state and local government to break ties with companies that participate in the boycott movement.

    The chief sponsor of the Senate bill, Senator Marco Rubio, Republican of Florida, on Tuesday accused Speaker Nancy Pelosi of promoting a watered-down measure and allowing “the radical, anti-Semitic minority in the Democratic Party to dictate the House floor agenda.”

    During Tuesday’s floor debate, many Republicans, including Representative Lee Zeldin of New York and Representative Steve Scalise of Louisiana, the Republican whip, argued for the Rubio measure. But in a rare moment of House comity, both sounded eager to join with Democrats in passing the bipartisan resolution.

    “If a boycott is being used to advance freedom, that’s one we should support,” Mr. Scalise said. “But if a boycott is being used to undermine the very freedoms that exist in the only real elective democracy in the Middle East, we all need to rise up against that.”


When they see us: Dans notre société tout homme qui ne parle pas bien risque d’être condamné à mort (Just in time: Guess why a Netflix series by Obama close friend on the 30-year old Central Park Five wilding case amplifying the theme that Trump is a longtime racist just happened to come out a year and a half away from election time ?)

8 décembre, 2019

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J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale :“Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger, 1955)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus (discours de Suède, 1957)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
What they’re trying to do is what the KGB under Lavrentiy Beria said to Stalin, the dictator — I’m not comparing our country to the Soviet Union — I just want to make sure it never becomes anything like that. Beria, once the Soviet deputy premier and interior minister, famously would reassure Stalin, « Show me the man and I’ll find you the crime. » And that’s what some of the Democrats are doing. They have Trump in their sights. They want to figure out a way of impeaching him and they’re searching for a crime. First, they came up with abuse of power — not a crime — it’s not in the Constitution. So now they’re saying ‘bribery,’ but they’re making it up. There is no case for bribery based on, even if all the allegations against the president were to be proved, which they haven’t been. Alan Dershowitz
I see him as the quintessential bully. Too much power truly does warp a person, even a very brilliant person who was once an authentic idealist. Like some of today’s bullies and Machiavellian politicians, he and his family benefited from the democratic society that he later scorned and tried to overpower. We can look back and use the clarity about the past to raise a warning about the present. You can experience viscerally what we lost when we let corrupt people move unchecked. What is our core national character?  Are we going to make heroes out of bullies and prioritize the achievements of power, or are we going to assert that heroism means having empathy for people’s struggles? Edward Norton
C’est une période au cours de laquelle les choses changeaient. On associe souvent New York à une ville libérale, progressive et cosmopolite. Mais dans les années 50, il y avait énormément d’anti-démocratie, de racisme, ce qui a eu un important impact sur le reste du siècle, jusqu’à aujourd’hui. Et je crois que choisir cette période m’a permis d’évoquer ce qui se passe aujourd’hui sans en parler directement. Edward Norton
In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them. Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). » She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night. Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison. Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group: The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony. The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt: There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five. She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims. It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili. Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. » The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes. She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. » Fairstein concluded her article: That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth. Newsbusters
The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix’s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk. Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’. He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’ (…) He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles. Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system. As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep. (…) And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes. He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested. Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’ He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park. Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape. In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout. Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice. When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence. Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’ The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on. Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’ Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’ The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’ In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’ He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life. ‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’ Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers. He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike. (…) He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks. (…)  Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’ Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car. Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’ The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious. (…) Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead. According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’ (…) While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life. The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go. He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’ Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park? According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody Reynolds wrote them up and let them go home. Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’ Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury. When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story. Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that. ‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’ Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged. They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed. In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar. Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him. ‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘ When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’ (…) Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear. The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili. (…) Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct. ‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away. (…) ‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’ Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties. He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’ (…) The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night. ‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’ Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report. Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object. Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.  Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’ It led her to doubt that this could be the work of one man. Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness. It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’ Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’ When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men. All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five. In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash. Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York. Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened. (…) Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system. He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers. (…) He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’ Daily Mail
More than three decades have passed since Jane Jacobs and Robert Caro tore down Moses’s once pristine public image, but his physical legacy remains standing. Our New York is Moses’s New York. He built 13 bridges, 416 miles of parkways, 658 playgrounds, and 150,000 housing units, spending $150 billion in today’s dollars. If you are riding the waves at Jones Beach or watching the Mets at Shea Stadium or listening to « La Traviata » at Lincoln Center or using the Triborough Bridge to get to the airport, then you are in the New York that Moses built. If we are to realize Mayor Bloomberg’s plans for a city of 9 million people with newer, greener infrastructure, then New York will again need to embrace construction and change. We will need again builders like Moses, who can put the needs of the city ahead of the opposition of a neighborhood. Yet Moses’s flaws, which were emphasized so eloquently by Jacobs and Mr. Caro, have led many to see nothing but evil in Moses and his works. Moses’s supposed villainy has established its place in the iconography of the preservationists who stand against growth. The opening of a three-part exhibition on Moses — at the Queens Museum of Art on January 28, at the Wallach Art Gallery of Columbia University on January 31, and at the Museum of the City of New York on February 1 — gives us a chance to reappraise his achievements. We should avoid the excesses of Moses’s early hagiography or his later vilification. The successes and failures of this master builder teach us that great cities need great builders, but that we must check their more Pharaonic excesses. The lessons of Moses’s life are taught by his projects. His best work, such as the parks and pools that had large benefits and modest costs, happened early in his career. When he was starting as Governor Smith’s park tsar, Moses could get public funding for his projects only if they were popular. The need to build support didn’t stop Moses from taking risks. Indeed, Smith accused Moses of wanting to « give the people a fur coat when what they need is red flannel underwear, » but Moses’s bold vision was just what the public wanted. Society was getting richer, and those parks and pools helped New York succeed as a place of consumption and as a center of production. Most of Moses’s bridges and expressways are also major successes. New York is a city of islands. The city’s waterways were ideal in the ages of sail and steam, but they became a major headache in the age of the car. Despite his lack of a driver’s license, Moses understood that New York needed to adapt to the automobile. His bridges made it easier for cars to cross between the city’s islands. His parkways made it more pleasant to drive into New York. Boston’s Big Dig should remind us that it is hard to retrofit a pre-car city for the automobile. By comparison, Moses’s achievements look cheap and effective. Some say Moses was wrong to build for the car. Some say the city should have bet exclusively on public transportation that would better serve the poor. But those critics ignore the millions of people who fled the older cities that weren’t car friendly. Every one of the 10 largest cities in the country in 1950 — except for Los Angeles and, miraculously, New York — lost at least one-fifth of its population between 1950 and today. Moses’s bridges and highways helped to keep some drivers living and working in New York. Those middle-class drivers helped New York to survive and grow, while every other large, cold city in the second half of the 20th century shrank. Not all of Moses’s transportation projects were winners. To build the Cross Bronx Expressway, Moses took thousands of apartments using the power of eminent domain. Neighborhoods were shattered as the highway smashed through a once-vibrant area. I cannot tell whether the benefits to the millions who have used the expressway outweigh the costs to the thousands who were evicted, but I am sure that the process was deeply flawed. To any friend of liberty, Robert Moses’s use of eminent domain represents big government at its most terrifying. At the stroke of a pen, entire communities can be wiped out because someone in government thinks that this removal is in the public interest. Without eminent domain, however, large-scale projects will either flounder or cost as much as the Big Dig. Mayor Bloomberg’s dream of a renewed New York will need eminent domain. But I hope that eminent domain in the post-Bloomberg era will become much fairer than it was during the era of Robert Moses. The state should develop better legal infrastructure to oversee takings. Perhaps there should be a state-level commission, independent of local government, with both elected and appointed members, that can subject each use of eminent domain to cost-benefit analysis and determine just compensation for the evicted. The right response to Moses’s excesses is not to renounce eminent domain, but to strengthen the process so that it can play its needed role. Mr. Caro criticizes Moses for catering to the prosperous by destroying low-income housing to build roads, housing, and amenities for the rich like Lincoln Center. This criticism may be apt, but the problem lies not in the man but in his situation. Moses was an appointed official whose career depended on the approval of elites, not the votes of the poor. While elected officials have an unfortunate tendency toward shortsighted populism, appointed officials have a tendency to cater to the well-connected. One of the most bizarre responses to the unelected power of Moses was to create the unelected power of the Landmarks Preservation Commission, which seems almost designed to empower the most eloquent of squeaky wheels. A better response would have been to seek pro-growth solutions that combine the involvement of appointed and elected officials. Moses’s greatest failures were his housing projects. More than 40 years ago, Jacobs attacked Moses for replacing well-functioning neighborhoods with Le Corbusier-inspired towers. She was prescient. Moses spent millions and evicted tens of thousands to create buildings that became centers of crime, poverty, and despair. A simple but stark lesson emerged from Moses’s travails as housing tsar: The government is not good at the housing business. New York is filled with apartment buildings that provide decent housing and a comfortable social environment for their residents. Almost none of them were built by the government. New York has an affordable-housing problem, but it is the result of government intervention in the housing market that has limited housing supply. Rent control and an increasingly anti-growth regulatory environment have ensured that new supply has not kept up with the demand to live in reinvigorated New York. We need people with the vision of Robert Moses building homes in New York, but they should come from a private sector that is less fettered by government constraints. Moses was at his best when he had to make sure his projects would fund themselves or would really appeal to the people of New York. When Moses acquired vast federal funding, he also acquired the freedom to pursue his own vision, and that vision wasn’t always in the interests of the city. Mr. Bloomberg’s plan for New York in 2030 needs its own Moses-like master builders, but the city will be best served if those builders are funded by and accountable to the city. Those builders must not be beholden to every neighborhood group or cadre of unelected elites. While Moses’s successes would have been impossible under such conditions, his failures could have been checked if he had faced a greater degree of citywide oversight. Edward Glaeser
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up. This is terrorising our community. Jan Bøhler (Norwegian Labour Party)
Over the last month (…) Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries. One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station. The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants. Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%. According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants. Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.” But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents. For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant. Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo” (…) Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children. The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.” Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.) Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.) In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.” But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about. Quillette
Les jeunes grandissent aujourd’hui dans un environnement où les menaces et la violence sont monnaie courante, où les adultes ont parfois peur d’intervenir et où on leur dit que la police est raciste. Notre quartier est de plus en plus divisé. Nous avons des régions qui sont principalement ‘norvégiennes-norvégiennes’, et d’autres à forte majorité immigrée. Ce n’est pas cela, la diversité. Heidi Vibeke Pedersen (élue travailliste norvégienne)
Depuis plusieurs semaines, le centre-ville d’Oslo est le théâtre d’agressions gratuites, qui prennent pour cible des hommes norvégiens « de souche ». Le mode opératoire est désormais connu des policiers, qui évoquent des gangs de jeunes immigrés, dont le nombre varie entre 5 et 10 habituellement. Une vingtaine de ces attaques, d’une rare violence, ont été recensées durant le seul samedi 19 octobre. Un jeune du quartier riche de la ville avait notamment été passé à tabac, prenant plusieurs cours de pied au visage. Au même moment, l’oncle du ministre de la Justice, le jeune Jøran Kallmyr, s’est fait casser plusieurs côtes. Le week-end suivant, plusieurs voitures ont été brûlées dans des échauffourées entre communautés turque et kurde. Mais en Norvège, rares sont les politiciens à se prononcer sur la hausse de la criminalité chez les jeunes immigrés… Valeurs actuelles
The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week. A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41. Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.  »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.  »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. » Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies. The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.  »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system. Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.  »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion. Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. » Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets. All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites. Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white. For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.  »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.  »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. » On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic. Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people. Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property. Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue. Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing. Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody, and that only one expressed any sorrow.  »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. » ‘You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. » For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior. NYT
En quatre épisodes, Dans leur regard reconstitue par la fiction l’affaire des “cinq de Central Park”, symbole de la violence et de l’arbitraire de la justice américaine envers les Noir.e.s. Au printemps 1989, cinq adolescents (quatre Afro-Américains et un Hispanique) ont été injustement accusés du viol et de la tentative de meurtre d’une joggeuse à Central Park. Condamnés par deux jurys successifs, ils ont passé entre six et treize ans derrière les barreaux avant que le véritable coupable ne se dénonce. Exonérés de toutes les charges en 2002, ils n’ont obtenu réparation de la part de l’Etat de New York qu’en 2014. Les Inrockuptibles
Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis.  Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. (…) Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ? (…) Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ? (…) Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant. Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprète. (…) Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ». Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État. Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l’ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère). Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma. Ecran large
“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question. Ava DuVernay
When Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head. Yusuf Salaam
I look at Donald Trump, and I understand him as a representation of a symptom of America. We were convicted because of the colour of our skin. People thought the worst of us. And this is all because of prominent New Yorkers – especially Donald Trump. Yusuf Salaam
Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates. Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime. Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence. The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness. Seth Barron
Before their arrest, the teens crested through their city with youthful ebullience. They were “just baby boys.” But in the days following the rape of Trisha Meili, the teens—ages 14 to 16—transmogrified into a “wolf pack.” They became “savage.” Meili, who became known as the “Central Park jogger,” was often characterized as their “prey.” The flurry of media attention reached a galling crescendo when Donald J. Trump, then a local real-estate mogul, purchased full-page ads in four New York publications calling for the return of the death penalty so that the boys could be executed. The boys eventually became known as the “Central Park Five,” a pithy moniker picked up by local and national media outlets that served as much to undercut their humanity as it did to free up copy space. “If they had their way,” Salaam told CNN in 2012, 10 years after a man named Matias Reyes confessed to the crime and two years before the Central Park Five received a $41 million settlement from the City of New York, “we would have been hanging from one of those lovely trees here in Central Park.” In rendering their journeys, DuVernay pays careful attention to the terrifying power of language, especially the animalistic rhetoric with which prosecutors and journalists referred to the teens. (Trump is referenced often, particularly in the second installment; he is depicted as the most powerful of the boys’ zealous detractors, not the sole purveyor of racial animus.) In its early installments, When They See Us implicates New York media, and the ensuing frenzy of the public, in spurring along the boys’ wrongful verdicts. The series re-creates the glee with which people seized upon words such as wildin’, common slang for any range of boisterous behavior, as evidence of the boys’ inherent criminality. The series enters a broader landscape of artistic reckoning with the Central Park Five case, as well as with the country’s history of weaponizing language against black and brown people. Most immediately, a new project from the artist and journalist Alexandra Bell appears in this year’s Whitney Biennial. No Humans Involved—After Sylvia Wynter takes its name from a seminal 1994 essay by the scholar and poet. In it, Wynter wrote at length about “NHI,” the unofficial acronym that Los Angeles law enforcement used to classify cases involving black men. Referencing a term coined by the sociologist Helen Fein, Wynter wrote that the acronym, and its attendant category of “nonhuman,” rendered black men (and by extension, all black people) targets for systemic violence: For the social effects to which this acronym, and its placing outside the “sanctified universe of obligation,” of the category of young Black males to which it refers, leads, whilst not overtly genocidal, are clearly having genocidal effects with the incarceration and elimination of young Black males by ostensibly normal and everyday means. Bell’s Wynter-inspired series is composed of photo prints she made using an exacting process of lithography and screen-printing. No Humans Involved zeroes in on the New York Daily News coverage of the Central Park Five case. The paper published some of the most egregious reporting on the case—details of the minors’ addresses and family histories, and inflammatory headlines such as “WOLF PACK’S PREY”—well before the case was even (wrongfully) adjudicated. The Daily News also published Trump’s full-page ad. By redacting and highlighting specific text and images from 10 days of the publication’s 1989 issues, Bell underscores the devastating effects of the outlet’s glaring bias against the young black and brown boys. “I really want people to look at [my series] and question the role that the Daily News played in the way we viewed these particular people,” she told The New Yorker recently. “And maybe even in some ways the outcome ultimately of the case.” (…) DuVernay’s project enters a wildly different political landscape. The man who wielded his money and influence to call for the teens’ execution now occupies the White House. From his perch, he refers to Mexicans as “rapists” and black men as “thugs”; the language of dehumanization has again shed its politesse. It’s understandable, then, if also sometimes frustrating, that When They See Us sometimes abandons subtlety in its references to Trump. The president’s lengthy, bombastic oeuvre of bigotry creates both a moral terror and an artistic quandary. Still, When They See Us pulls back the language of biased prosecution and journalistic malfeasance to revelatory effect. At the end—despite the cloud of animus that surrounds them—Yusef, Antron, Kevin, Korey, and Raymond get to be human. The Atlantic
In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people. (…) Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking. Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering? Bustle

Attention: une instrumentalisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre chasse aux sorcières et procès de Moscou, un parti d’opposition américain n’ayant jamais accepté le choix populaire poursuit sa fuite en avant suicidaire pour se débarrasser de Trump …

Et où une vidéo de surveillance montre deux jeunes noirs cagoulés dévalisant avec force violence deux jeunes touristes étrangères à leur sortie du métro de Brooklyn …

Pendant que de Cologne à Stockholm ou même  Oslo, l’Europe découvre à son tour l’autre face de la diversité

Comment ne pas voir …

Ecrite par une proche de la famille Obama eux-mêmes sous contrat de la plateforme et sortie à un an et demi d’une élection présidentielle cruciale …

Et suvie de près, Alec Baldwin dans le rôle du méchant promoteur compris, par un autre film anti-Trump

La minisérie de Netflix sur les Cinq de Central Park « sortis pour terrifier les promeneurs du parc » (sic) .. …

Comme la continuation, sous prétexte d’une tribune alors publiée appelant au retour de la paix civile y compris par la peine de mort, de l’actuel hallali sur l’actuel occupant de la maison Blanche ?

Et au moment où faisant l’impasse sur nombre des conditions de l’affaire comme notamment le climat de véritable sauvagerie de bandes de jeunes noirs descendant, avant la reprise de contrôle par Giuliani, en meutes dépouiller et molester les passants du célèbre parc de New York …

La réalisatrice elle-même et certains des commentateurs présentent les évnèments comme un effet de la discrimination linguistique …

Ne pas repenser au premier Camus qui avant de remettre lui-même en cause le « thème du poète maudit » qui ne pouvait s’affirmer que « contre la société de son temps, quelle qu’elle soit » …

Expliquait aussi doctement que faussement que « dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort » ?

Ava DuVernay’s new Netflix docuseries When They See Us depicts the heartbreaking story of the 1990 Central Park Five case in which a group of young Black and Latinx boys were convicted of a crime that they did not commit. Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana, and Korey Wise, falsely confessed to the rape of a female jogger, which led to them being imprisoned for six to 13 years. The series explores the ways the Central Park Five were villainized in the media and in public opinion — and particularly for their use of African American English (AAVE) and Black slang.

In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people.

“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question,” DuVernay told The Hollywood Reporter. Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking.

It’s important to stress that not every Black person speaks AAVE and not every speaker of AAVE is Black. Nonetheless, it is a Black dialect with its own unique structure, rules, and syntax — all vital components of every language. Although many linguists now recognize the validity of AAVE, its association with a marginalized racial group can have devastating consequences.

University of Pennsylvania linguist Taylor Jones, along with New York University sociologist Jessica Kalbfeld, Ryan Hancock of Philadelphia Lawyers for Social Equity and Robin Clark, recently authored a study showing that Philadelphia court reporters frequently misinterpret AAVE. Philadelphia court reporters are required to score 95% accuracy when transcribing court proceedings, but none were able to score 95% when tested on AAVE. The study also found that most of the court recorders held negative beliefs about both AAVE and Black people, impacting their ability to correctly interpret what they heard.

Taylor tells Bustle that his team’s research illuminates how “the toxic mix of misunderstanding the language, negative attitudes about the language, negative attitudes about slang, and not understanding facial expressions,” can lead to unfair legal consequences for Black people. Think of what happened when Warren Demesme, then 22, was denied a lawyer because, during an interrogation by New Orleans police, he said, “just give me a lawyer, dawg.” This was misinterpreted to mean that he wanted a canine attorney and his request was denied, in a bewildering misapplication of justice. Anyone familiar with hip-hop slang or pop culture at large would know that “dawg” is shorthand for “dude” or “man.” While this kind of willfully obtuse reading of AAVE ultimately is rare, the more common forms of misinterpretation are more insidious.

That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting.

Taylor points out that due to extensive racial segregation in the U.S., many non-Black folks truly don’t understand the most basic expressions of AAVE. He says although their study was intentionally careful about omitting slang terms — which he says are “ever-changing and shifting » — the participants were not able to accurately translate AAVE language structures into standard English. “We assume that we understand way more than we do and we assume that we’re communicating more effectively than we are,” Taylor says, meaning that sometimes AAVE speakers also don’t realize that they aren’t being heard.

Many speakers of AAVE — and this includes non-Black people, too — have found that to avoid the the possibility of their dialect being misinterpreted, they must code-switch, or use different tone and diction in different social settings. As a Black woman, I’ve had to code-switch in all aspects of my life. I even had to code-switch around my own family, as my great-grandmother felt that Black American language and slang was « undignified. » However, the ability to code-switch is a kind of privilege of its own, because as Taylor’s study points out, dialect is also correlated with socio-economic status. And while many people are vulnerable to discrimination within the criminal justice system, lower-income people with less education are disproportionately impacted. And in moments of intense emotion — such as an interrogation — anyone’s ability to code-switch can be impacted. This lack of access to code-switching can be devastating.

A 2016 paper by Stanford University researchers John R. Rickford and Sharese King argues that linguistic discrimination led to the acquittal of George Zimmerman, the man who killed 17-year-old Trayvon Martin. Martin’s close friend Rachel Jeantel was the prosecution’s main witness, but because she spoke Carribbean-inflected AAVE, Rickford and King say her “crucial testimony was dismissed as incomprehensible and not credible.” On Megyn Kelly’s show America Live, attorney Jonna Spilbor said that Jeantel, then 19, seemed “brutally ignorant.” On Fox News, Sean Hannity said that she had a “credibility problem.” In their paper, Rickford and King state that “the disregard for her speech in court and the media is familiar to vernacular speakers.”

These cases are infuriating, because they’re unfair. It’s shocking to think of how many people might be wrongfully punished simply because they use a dialect that’s different to what’s considered standard. That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting; these men spent years in prison because of institutionalized racism around the way they spoke.

Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering?

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Is Trump the Real Target of a Netflix Series?

A new film about the Central Park Jogger case seems conveniently timed.

Seth Barron
City journal

June 13, 2019

A Netflix docudrama about the 1989 Central Park “wilding” case has enflamed passions about the purported injustice done to the five teenagers who went to prison for it. Though they confessed that they had sexually assaulted Trisha Meili and beaten half-a-dozen other people in the park that night, their convictions were vacated 12 years later when a convicted murderer—whose DNA matched semen found on the victim—owned up to the rape. In 2014, Mayor Bill de Blasio settled a civil suit brought by the “Central Park Five,” and the city paid out more than $40 million in damages—even though Linda Fairstein, head of the Manhattan District Attorney’s Sex Crimes Unit in 1989, and others have long maintained that significant evidence exists that the young men participated in the attack on Meili and committed other acts of violence in the park that night.

When They See Us, the new film about the case, has sparked fury among activists and retaliation against both Fairstein and Elizabeth Lederer, the prosecutor in the case. Fairstein, also a bestselling novelist, has been dumped by her publisher, Dutton, and Lederer has quit her professorship at Columbia University. Jumaane Williams, the New York City public advocate, has called for both women to be disbarred and wants all their previous cases opened for review by Manhattan DA Cy Vance.

Somehow, amid the current rage about the Central Park case, President Trump has become a part of the story—at least, the story that activists are telling. That’s because, on May 1, 1989, ten days after news of the assaults broke, Trump took out a full-page ad in four New York City dailies calling for a tough-on-crime approach to policing in a city then suffering an average of more than five murders a day. “Bring back the death penalty. Bring back our police!” the ad blared in bold type. Trump spoke of the “complete breakdown of life as we knew it,” and lamented that “New York families—White, Black, Hispanic, and Asian—have had to give up the pleasure of a leisurely stroll in the Park at dusk.” Trump affirmed his “hate” for “muggers and murderers,” who, he said, “should be forced to suffer and, when they kill, they should be executed for their crimes.”

In Netflix’s dramatized version of the story, Trump’s role in the prosecution of the teens is pivotal. “That devil wants to kill my son,” says the mother of one of the defendants. “You gonna take an ad out about killing my son?” The media have amplified this theme of Trump as a central figure in the purported hysteria surrounding the case. Receiving a “courage award” from the ACLU last week, Yusuf Salaam, one of the participants in the 1989 Central Park wilding, tearfully said, “when Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head.”

Ken Burns, whose documentary about the Central Park case was highly regarded but lacked the cultural impact of When They See Us, now gives Trump more significance than he did in his 2012 film. “There was an orange-haired real estate developer in New York. . . . And he believed that these children should be executed.” Time reports that “President Trump played a key role in the Central Park Five case.” The BBC tells us that Trump’s ad fed into “the atmosphere of high crime rates and poor race relations in the city at the time.” The New Yorker says that “one of Trump’s first political acts” was to demand the teens’ execution. CNN White House correspondent April Ryan tweeted, “The injustice against the Central Park Five and @realDonaldTrump inability to apologize after wrongfully asking for the death penalty is horrific.”

Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates.

Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime.

Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence.

The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness.

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David E. Pitt
The New York Times
April 25, 1989

The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week.

A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41.

Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.

‘Things Have Gotten a Lot Rougher’

 »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.

 »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. »

Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies.

The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.

 »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system.

Racial Epithets, But Victims Mixed

Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.

 »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion.

Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. »

Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets.

All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites.

Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white.

For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.

 »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.

 »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. »

On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic.

Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people.

Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property.

Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue.

Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing.

Unusual in Intensity

Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody,and that only one expressed any sorrow.

 »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. »

 »You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. »

Attacks Thought Underreported

For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior.

 »These tend to be situations where these kids get together and there really isn’t any specific plan, » he said,  »I’m not a psychologist, so I don’t profess to understand them – but it seems to me that that one of the common threads you see among the most violent of these kids is that they really don’t have a game plan with respect to the day, let alone their lives.

 »They get up in the morning, or they get up in the afternoon many of them certainly only have only limited contact with school – and they just live for the moment. »

Slight Improvement Seen

Physicians at Metropolitan Hospital caring for the Wall Street banker said yesterday that she was still comatose and in critical condition, and that the prospects for her survival remained uncertain.

There have been a few improvements, including a reduction of brain swelling, according to Dr. Robert S. Kurtz, assistant chief of surgery and director of the surgical intensive care unit, and Dr. Kent Duffy, chief of neurosurgery.

Besides brain injuries, the woman also sustained fractures of the skull, of the bone around the left eye and the bone crossing the left temple.

 »We are worried about brain damage caused by lack of oxygen during the four to five hours she lay in the in the park, » Dr. Kurtz said.  »We won’t be able to assess that until the swelling is down. That is our deep and underlying concern. But the statistics are against her. »

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EXCLUSIVE: ‘When They See Us is LIES.’ NYPD cop who arrested two of the Central Park Five says they DID attack jogger and forensic evidence proves it – and showing police and prosecutors as racist is putting lives at risk

  • On April 19, 1989, more than 30 young men terrorized New York’s Central Park, teacher James Loughlin was beaten and jogger Patricia Meili was raped
  • Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes. They were known as the Central Park Five.
  • In 2002 their convictions were vacated after serial rapist Matias Reyes said he was Meili’s lone attacker. His DNA matched evidence found at the scene
  • The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout
  • Their arrest, incarceration and exoneration is the subject of Netflix miniseries When They See Us, directed by Ava DuVernay and produced by Oprah Winfrey
  • But Eric Reynolds, lead police officer in the Central Park Five case tells DailyMailTV the series is filled with ‘malicious’ lies
  • Reynolds believes the Central Park Five did attack Meili and said, ‘That notion that there was none, no physical evidence, that tied them to the crime is an absolute lie.
  • Despite Reyes confession for rape, Reynolds said, ‘There was blood, semen, there was grass stains on Kevin Richardson’s underwear.’
  • He said inaccuracies in the show could cause people to threaten the lives of Central Park Five prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer
  • Reynolds said: ‘It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail’

The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix‘s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk.

Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’.

He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’.

Reynolds retired in 2001 after a 20-year career where he rose to Detective Third Grade and earned department recognition multiple times for his police work.

He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles.

Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system.

As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep.

Asked if he has been accused of being a race-traitor he said, ‘Oh yes and worse.’ Yet all he wanted to do as an officer was, he said, ‘serve his community.’

And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes.

He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested.

Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’

He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park.

Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape.

In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout.

Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice.

When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence.

Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’

The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene

In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on.

Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’

Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’

The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’

In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’

He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life.

‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’

Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers.

He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike.

‘As a woman I think you’re going to be scared out of your mind.’

As an example of one of the worst ‘lies’ in the drama Reynolds pointed to the scenes where Fairstein, played by Felicity Huffman, arrives at the precinct to take charge of the rape investigation.

She is shown repeatedly referring to the boys in the park as ‘animals’ and delivering orders to detectives with the words, « I need the whole group. Every young black male who was in the park. You go into the projects and stop every motherf**** you see. »‘

According to Reynolds, ‘It is so preposterous that it’s laughable. The sad thing is people believe it and are incensed by this.

‘As detectives we work on evidence. We don’t go rounding people up and Linda Fairstein wasn’t even there the first day. It just never happened.’

Reynolds was a plainclothes officer in the Anti-Crime Unit on patrol with his partner on the night of April 19, 1989.

He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks.’

Reynolds and his partner were just one of many units looking for the group reportedly moving through the vast dark interior of Central Park.

And the reports were getting more serious. Reynolds said, ‘We find out about John Loughlin who had been beaten savagely and we figured because there were so many cops in the park they must have left.’

The cops were barely out of the park when they saw them. Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’

Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car.

Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’

The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious.

Back at the precinct Reynolds began processing the arrests, reaching out to their parents and writing up appearance tickets for the boys who, as juveniles, would have to return to family court at a later date.

Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead.

According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’

Reynolds couldn’t release any of them or complete the mounds of paperwork required by their juvenile status until their parents had shown up.

Reynolds, played by ‘Power’ actor Ty Jones, makes a brief appearance in the mini-series’ first episode – but Reynolds says the show makers got this wrong as well.

Reynolds is seen angrily remonstrating with Santana’s father Raymond Santana Sr, played by John Leguizamo, for turning up late. Reynolds says that never happened.

Instead, Reynolds explained, he sent a squad car to bring Santana’s grandmother to the station as various family members who said they would come failed to show.

He also noted, as a plainclothes officer, he never wore his uniform when in the police precinct. Jones wears a uniform in the scene.

While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life.

The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go.

He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’

Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park?’

According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody.

Reynolds wrote them up and let them go home.

Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’

Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury.

When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story.

Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that.

‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’

Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged.

They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed.

In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar.

Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him.

‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘

When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’

This account was committed to written statements.

Reynolds also pointed to the fact that the first thing Wise did when he got home late on April 19 was wash the clothes he’d been wearing.

When they went to pick up Antron McCray – whom Reynolds had earlier let go – the detective asked him to go and get the clothes he had been wearing the night before.

Reynolds said, ‘He comes back out and he’s got on a sweat suit. The front of it is completely covered with mud from head to toe. What could he possibly be doing that he’s completely flat in mud?’

NYPD mug shots taken of the Central Park Five on April 23, 1989. Top Row (L-R): Yusef Salaam, Raymond Santana. Lower Row (L-R) Kevin Richardson, Korey Wise, Antron McCray

Reynolds said the officers who discovered the jogger told him she was ‘covered from head to toe in mud.’

Several weeks after his police confession to participating in the attack on Meili, McCray repeated this admission, while minimizing his own role, to the pre-trial psychologist appointed by his own team.

Meanwhile, while Wise was being held on Riker’s Island awaiting trial, a female friend came forward with information she thought would exonerate him but in fact only bolstered the case against him.

Reynolds said, ‘He called this young lady and she was surprised to hear his voice. She was like, ‘Korey, what did you do? They’re saying that you raped this woman.’

‘He says, ‘I didn’t rape her. I only held her legs while Kevin Richardson f***** her.’

If true, that scenario would make Wise every bit as guilty of rape as Richardson under New York law.

The crime, the trial and the convictions of the four black and one Hispanic teen were the focus of public outrage and racial conflict at the time.

Donald Trump took out newspaper advertisements demanding the death penalty for the Central Park Five in 1989

Donald Trump, then a real estate mogul in New York, took out newspaper advertisements calling for the return of the death penalty.

But Reynolds insisted, ‘Look, this idea that there’s outside pressure for us to wrap it up and get some suspects is totally false.

‘Nobody was looking at the newspaper and saying, ‘Donald Trump’s mad, we’d better do something.’ And the jury weren’t asking to see the newspaper, they were asking to see the evidence.’

Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear.

The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili.

But isn’t Reynolds in danger of sounding like somebody who just can’t accept that he was involved in a terrible miscarriage of justice?

After all, weren’t the five exonerated thanks to Reyes’ confession – one backed up by the presence of his DNA on the victim and clear proof that he had penetrated her?

Reynolds rejected this notion. He does not equate the vacation of the five’s sentences with their exoneration. And he does not believe that Reyes’ clear guilt is proof of the others’ innocence.

Reynolds said, ‘They were not cleared. The convictions were vacated. They were given the opportunity to have another trial but there was no reason to retry because they had already done their time.

‘The reason they were granted that is because Matias Reyes came forward with the fictitious claim that he had attacked her alone.

Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct.

‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away.

‘She didn’t have it on her in the hospital. She was in a coma for 50 something days. She couldn’t tell us that she’d had one and it had been stolen, right?

‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’

Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties.

He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’

The Armstrong report noted, ‘At the time of this interview the police had no way of knowing that the jogger had a Walkman or that she carried it in a pouch.’

It said that, based on the evidence including Reyes confession, ‘it was more likely than not that the defendants participated in an attack upon the jogger.’

The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night.

‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’

Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report.

Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object.

Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.’

Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs.

Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’

It led her to doubt that this could be the work of one man.

Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness.

It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’

Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’

When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men.

All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State.

But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five.

In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash.

Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York.

Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened.

‘If they knew what actually happened they would be ashamed of themselves.’

But, he said, ‘Don’t come back for revenge and destroy two people who were only doing their job and did nothing wrong. Linda Fairstein and Elizabeth Lederer did absolutely nothing wrong.’

Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system.

He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers.

He said, ‘I grew up in the projects, my mother used to go to school at night. She got her high school diploma the same year I got mine. She went to college at night also.

‘I would have to go every night and meet [my mother] at the bus-stop and bring her upstairs because it just wasn’t safe. And who was she going to get victimized by? It wasn’t the cops.’

Reynolds said of When They See Us, ‘We can’t even call it a sanitized version. It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail.

‘I think that’s the only thing in it that stays true to what actually occurred.’

He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’

But Reynolds, who was there and part of it all, believes facing that backlash is the lesser of two evils and remaining silent in the face of what he sees as injustice isn’t an option.

For Reynolds, his reason for speaking up is clear and unimpeachable, ‘The truth matters.’

Voir encore:

In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them.

Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). »

She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. »

Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night.

Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison.

Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group:

The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony.

The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt:

There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five.

She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims.

It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili.

Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. »

The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes.

She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. »

Fairstein concluded her article:

That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth.

Voir par ailleurs:

Dans leur regard Saison 1 : pourquoi Netflix frappe fort avec sa nouvelle série puissante, révoltante et politique

Camille Vignes
Ecran large
15 juin 2019

Après le biopic un peu académique Selma, et après le four Un raccourci dans le tempsAva DuVernay revient avec une nouvelle oeuvre engagée et sans concession, sur Netflix cette fois. Dans leur regard retrace la sordide histoire de cinq jeunes de Harlem, arrêtés en 1989, accusés à tort du viol d’une joggeuse et incarcérés. Et c’est certainement l’une des séries les plus bouleversantes de l’année, s’attaquant au racisme institutionnel et systémique aux Etats-Unis.

« CENTRAL PARK FIVE »

D’Escape at Dannemora(série de Brett Johnson et Michael Tolkin, réalisée par Ben Stiller) à The Act(de Nick Antosca et Michelle Dean), en passant par Dirty John (d’Alexandra Cunningham) ou American Crime Story : The People v OJ Simpson, c’est une mutation qui anime la télévision américaine depuis quelques années, laissant fleurir de plus en plus de séries romancées retraçant des faits divers glaçants. Que ce soit pour pointer du doigt un système corrompu ou pour en montrer l’efficacité, un nombre croissant de showrunners s’attaque à des affaires criminelles pour rappeler leur importance dans l’histoire judiciaire américaine.

Loin de la froideur et de la rigidité induite par le format du documentaire classique, comme The Central Park Five(Ken BurnsSarah Burns et David McMahon), et ne lésinant pas sur les effets de pathos, la minisérie Netflix Dans leur regard (When They See Us en VO – « Quand ils nous voient ») d’Ava DuVernay se détache du lot. La cinéaste (qui a coécrit et réalisé les quatre épisodes) se penche sur l’histoire tristement connue des « Cinq de Central Park ». 

Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis. 

Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. 

DÉCOUPE CHIRURGICALE

Comment traiter une affaire aussi difficile et injuste ? Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ?

Deux questions simples, terriblement actuelles et tellement innocentes comparées à celles que n’importe quelle personne ayant vu la série a dû se poser. Comment est-il possible de traiter cinq jeunes de la sorte ? Comment une procureur et un système peuvent-ils être assez cruels pour ignorer l’amas d’éléments prouvant leur innocence ? Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ?

Divisé en quatre longues parties (64, 71, 73 et 88 minutes), le récit d’Ava DuVernay est extrêmement bien construit. Chacun des chapitres s’attarde sur un élément clef de l’histoire globale des cinq accusés, sans jamais dépasser le propos ni tomber dans la simplicité ou le cliché d’une série policière ou du récit d’un procès. Ce découpage permet non seulement de remettre en question différents aspects du système judiciaire américain, mais surtout de faire monter crescendo le sentiment de révolte et d’injustice du spectateur. 

Le premier chapitre montre comment les cinq jeunes ont été piégés et forcés de mentir pour avouer un crime qu’ils n’ont pas commis, pointant du doigt les méthodes plus que douteuses de la police et de la procureur Linda Fairstein (Felicity Huffman). Ils auraient contourné la loi et mené la plupart des interrogatoires sans la présence des parents (alors que les jeunes étaient âgés de 14 à 16 ans).

Le deuxième chapitre est centré sur le déroulement du procès, expliquant rapidement pourquoi il a été divisé en deux, mettant sous le feu des projecteurs le racisme systémique américain, et laissant tomber comme une sentence de mort la décision du jury en fin de course.

Après la narration linéaire des deux premiers chapitres, les deux suivants s’aventurent dans des chemins différents, s’attardant plus sur les destins des accusés. Le troisième épisode montre ainsi l’adaptation en milieu carcéral des quatre plus jeunes (Raymond Santana, Kevin Richardson, Antron McCray et Yusef Salaam) et surtout leur difficile tentative de réhabilitation dans le monde à leur sortie de prison, de nombreuses années après (6 à 13 ans).

Quant au dernier chapitre, il tourne autour de Korey Wise et de l’enfer qu’il a vécu en prison, entre passages à tabac et isolement volontaire. Âgé de 16 ans au moment des faits et jugé comme un adulte, il passe de prison en prison, demandant son transfert régulièrement pour se rapprocher de sa mère – sans réussite. 

WISE DECISION

Ce dernier chapitre est tout particulièrement poignant. S’il fallait faire une gradation, l’histoire de Korey Wise reste d’ailleurs peut-être la plus déchirante. Parce qu’il avait 16 ans au moment des faits, il a été jugé et jeté dans une prison pour adulte, alors que tous les autres ont été placés en détention pour mineurs. 

Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant.

Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprèteJharrel Jerome (vu dans MoonlightMr. Mercedesou encore Mon premier combat) se glisse dans la peau de Korey avec brio. C’est le seul à jouer le Korey Wise adolescent et adulte, alors que les quatre autres personnages ont chacun deux interprètes. C’est certainement l’acteur le plus marquant et puissant, même si Kevin RichardsonCaleel HarrisEthan Herisse, Marquis Rodriguez, Michael Kenneth WilliamsJovan AdepoChris Chalk et Justin Cunningham font aussi un excellent travail.

Et justement, deux de ses scènes sont particulièrement déchirantes et méritent d’être citées (bien qu’elles ne soient absolument pas les seules à révéler l’acteur). La première a lieu pendant le procès de Korey, alors qu’il est appelé à la barre, et qu’on le harcèle pour qu’il lise sa déposition, alors qu’il a bien dit et répété ne pas en être capable : il y a une telle détresse dans le regard de l’acteur, une telle incompréhension, que l’on ne peut qu’être révolté avec lui. 

La seconde arrive quand il est en prison, à des centaines de kilomètres de New York. Alors qu’il passe la plupart de son temps dans une cellule isolée pour ne pas se faire battre à mort par les autres détenus, il implore sa mère de venir le voir plus souvent lors d’une de ses trop rares visites. La scène est un véritable crève-coeur, un moment de désespoir brut.  

QUAND FICTION ET RÉALITÉ S’EMMÊLENT

Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ».

Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État.

Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l‘ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère).

Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. 

S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma.

Dans tous les cas, Dans leur regard reste un uppercut porté par des acteurs formidables, et une série passionnante et déchirante, particulièrement importante.

Dans leur regard est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 31 mai.

Résumé

L’adaptation de faits réels en fiction se soumet toujours à un point de vue (auteur, réalisateur…), et Dans leur regard n’y échappe pas. C’est pourtant une série forte, qui imprègne le spectateur et le suivra plusieurs heures après l’avoir finie. Et quand bien même le personnage incarné par Felicity Huffman n’est pas un témoignage de vérité, la série rappelle que le racisme institutionnel accuse encore aujourd’hui sans savoir. Elle éveille les consciences et met la lumière sur un système judiciaire américain à deux vitesses, qui existe toujours. 

Voir encore:

Dans leur regard: que vaut la mini-série de Netflix réalisée par Ava DuVernay?

 Constance Jamet

Le Figaro

CRITIQUE – Avec cette mini-série qui provoque une véritable onde de choc outre-Atlantique, Ava DuVernay, la réalisatrice de Selma, poursuit sa trilogie sur le racisme dans le système judiciaire américain.

C’est une des plus édifiantes erreurs judiciaires de l’histoire contemporaine américaine. En 1989, cinq adolescents originaires de Harlem sont condamnés à tort pour le viol barbare d’une joggeuse blanche dans Central Park. Embarqués par des policiers sur les dents, les garçons, quatre Afro-Américains et un Hispanique, se promenaient ce soir-là dans le parc de New York. Ils livrent des confessions forcées au bout de 42 heures d’interrogatoire musclé sans sommeil, sans nourriture, sans avocat. Malgré l’absence de preuves matérielles (leurs ADN ne correspondent pas à celui trouvé sur la victime) et leurs protestations, ils passeront entre six et quatorze ans en prison. Et ne seront innocentés qu’après les aveux du vrai coupable… en 2002.

Ce fait divers qui avait inspiré Donald Trump, alors simple magnat, à demander le rétablissement de la peine de mort, a divisé les États-Unis mais reste peu connu en France. Il est à redécouvrir dans le puissant réquisitoire Dans leur regard (When they see us), remarquable mini-série de quatre épisodes signée pour Netflix par Ava DuVernay. La réalisatrice engagée de Selma poursuit sa réflexion implacable sur le racisme latent du système judiciaire américain, inadapté à protéger les plus faibles. Comme avec son film Middle of Nowhere et son documentaire 13, nommé aux Oscars, qui liait esclavage et incarcération de masse, la cinéaste déconstruit les préjugés à l’égard des minorités.

Procès ubuesque

Face à l’engrenage, le quinté d’ados est d’une naïveté enfantine douloureuse. Ignorant jusqu’à la définition du mot viol. Considérés d’office comme de la mauvaise graine. Des boucs émissaires de l’insécurité qui gangrenait alors la Grosse pomme. Perdus, leurs parents les poussent à dire ce que les enquêteurs veulent entendre.

Lycéenne au moment des faits, Ava DuVernay s’est laissé convaincre de reconstituer l’affaire après avoir été contactée sur Twitter par l’un des membres de cette tragédie. Épaté par la rigueur de la réalisatrice sur Selma, Raymond Santana rêvait du même traitement pour raconter leur histoire. La réalisatrice a passé quatre ans de sa vie à discuter avec Santana, ses compagnons d’infortune et leurs familles.

Dans leur regard ne retrace pas uniquement le procès ubuesque. La fiction plonge dans l’enfer carcéral, les marques que ces années passées derrière les barreaux ont laissées. Corruption des gardiens, passage à tabac des autres détenus, isolement, réinsertion impossible… La série montre comment le système pousse à la récidive. Comme dans le fabuleux et éprouvant Chernobyl, le sens méticuleux des détails le dispute à l’humanité des personnages. Mention spéciale à Jharrel Jerome. Découvert dans Moonlight, il interprète Korey Wise, l’un des cinq innocents, à tous les âges. Fiction la plus regardée sur Netflix aux États-Unis depuis son lancement fin mai, Dans leur regard a déjà un impact qui la dépasse. Face à cette onde de choc, l’ex-procureur en charge du dossier a été lâché par son éditeur. De même, l’avocate générale de l’époque a démissionné de l’université de Columbia où elle enseignait. Et cette réparation tardive n’est sans doute pas terminée…

Voir enfin:

Fearful Norwegians Wonder: Are ‘Swedish Conditions’ Coming to the Streets of Oslo?

Quillette
November 21, 2019

Oslo is an unremarkable place compared to other European capitals, lacking the picturesque charm of smaller Norwegian cities such as Bergen, Trondheim and Stavanger. But it’s pleasant and pretty enough. Tourists find it easy to get around, with lots to explore. The Oslo Opera House, which opened in 2008, is spectacular. And in summer, you can swim in the Oslofjord and enjoy expensive utepils (“outside beer”) on the seafront or on Karl Johans gate, the city’s broad main street. Like the rest of Norway, Oslo traditionally has been a safe place, even by the standards of other wealthy countries. It’s also remained more demographically homogenous than most of its neighbours, being geographically isolated from migration patterns that have affected the rest of Europe.

Over the last month, however, Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries.

One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station.

The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants.

Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%.

According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants.

Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.”

A map of the Oslo area published by Statistics Norway, showing immigrant concentrations, from under 20% (yellow) to over 40% (brown).

But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents.

For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant.

Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo”:

Yesterday, my 15-year-old daughter went past [the suburb of] Bøler on a bus half an hour before another 15-year-old was robbed and beaten. Now I need to make a risk assessment: Is it too dangerous for her to go alone to the youth club…Young people now grow up in an environment where threats and violence are common, where adults might be afraid to interfere, and where they are told that the police are racist…Our part of the city is becoming more and more divided. We have areas that are mainly “Norwegian-Norwegian,” and others that have large immigrant populations. This isn’t diversity.

Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children.

The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.”

Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.)

Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.)

In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.”

But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about.

Kathrine Jebsen Moore grew up in Norway. She now lives with her husband and four children in Edinburgh.


Columbus Day/527e: Cherchez le massacre ! (Looking back at the holiday that helped Italians join the white race)

14 octobre, 2019

Chagall-Tabernacles-1916Le premier repas de Thanksgiving (novembre 1621), par Jean Leon Gerome FerrisImage result for Canadian Thanksgiving Oct 14 2019Related imagehttps://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/1891_New_Orleans_Italian_lynching.jpg?uselang=frMontgomery Advertiser, Vol. LXXVII, Issue 21, p. 4.https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Biblioteca_del_Senado_de_la_Provincia_-_52_-_Por_una_raza_fuerte%2C_laboriosa%2C_pacifista_y_soberana.jpg

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Graph demonstrating the population collapse in Central Mexico brought on by successive epidemics in the early colonial period.

Le quinzième jour du septième mois, quand vous récolterez les produits du pays, vous célébrerez donc une fête à l’Éternel (…) et vous vous réjouirez devant l’Éternel, votre Dieu, pendant sept jours. (…) Vous demeurerez pendant sept jours sous des tentes … afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des tentes les enfants d’Israël, après les avoir fait sortir du pays d’Égypte. Je suis l’Éternel, votre Dieu. Lévitique 23: 39-43
They all laughed at Columbus when he said the world was round, They all laughed when Edison recorded sound. Ira Gershwin
Je vous diray, que soubs le ciel, il n’y a nation plus liberalle, de ce qui croist en leur païs, que ceux-cy, pourvu que ce ne soient point de leurs ennemys. Thevet
Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé. Il ne faut pas juger à l’aune de nos critères. (…) Je trouve… qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. (…) Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a d’autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu… Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus ; mais il ne s’en trouve pas un, en tout un siècle, qui n’aime mieux la mort que de relâcher, ni par contenance, ni de parole, un seul point d’une grandeur de courage invincible ; il ne s’en voit aucun qui n’aime mieux être tué et mangé, que de requérir seulement de ne l’être pas. Ils les traitent en toute liberté, afin que la vie leur soit d’autant plus chère ; et les entretiennent communément des menaces de leur mort future, des tourments qu’ils y auront à souffrir, des apprêts qu’on dresse pour cet effet, du détranchement de leurs membres et du festin qui se fera à leurs dépens. Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’enfuir, pour gagner cet avantage de les avoir épouvantés, et d’avoir fait force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraie victoire. Montaigne
Aux États-Unis, certains musées d’ethnologie amérindienne minimisent, et parfois éliminent, toute violence religieuse et guerrière dans les cultures des native Americans. Pour en revenir aux Tupinambas, il se trouve qu’on est très bien renseigné sur eux. Alfred Métraux a fait le point sur la question, dès 1928, s’appuyant sur plusieurs témoignages distincts de contemporains de Montaigne : capturés par cette peuplade farouche, ils avaient pu s’en sortir, et nous décrivent par le menu les mœurs terribles de ces peuples, qui faisaient des prisonniers afin de se procurer de futures victimes sacrificielles, mises à mort et dévorées après acclimatation à la tribu des vainqueurs ! Métraux ironisait sur le fait que cette tribu fût justement à l’origine du mythe du « bon sauvage » ! Son texte, si contraire à la vague primitiviste qui allait suivre, fut repris plusieurs fois; L’anthropologie rituelle des Tupinambas se trouve aujourd’hui dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (Gallimard 1967). (…)  D’une part, on a pu trouver chez de vieux auteurs (imparfaitement christianisés !) la justification de l’offrande du Christ à la messe au titre d’une « efficacité » comparable à celle des sacrifices païens qui obtiennent quelques bons résultats, quand c’est, au cœur du salut, l’efficace de l’amour du Fils qui est à l’œuvre… et vous savez que la Rédemption elle-même a pu être interprétée dans des langages discutables. D’autre part, on rencontre, dans certains rites païens, une espèce d’excuse présentée à la victime, comme si, sachant qu’elle n’était pas vraiment coupable, on lui reprochait seulement son imprudence… (…) Toute la part esthétique de la religion, cette espèce d’amoindrissement du sacrifice que constitue la cérémonie (par rapport au lynchage), nous ne devons pas la négliger. On pourrait peut-être en dessiner le parcours dans une histoire de la danse, qui montrerait qu’elle va des choses les plus sauvages aux figures les plus sereines… En tous cas, l’apaisement obtenu par un rite sacrificiel de plus en plus symbolique, on aurait tort d’en faire fi trop vite, et d’en détruire sans précaution les usages sous prétexte de « lumières », dans un monde qui cherche fiévreusement des « repères ». (…) à Byzance, on jouait Oedipe-Roi comme la Passion du Christ ? Je trouve cela bouleversant; cette lecture naïve illustre, avec une grande force, le regard que le christianisme porte légitimement sur la culture. (…) je m’intéresse de plus en plus à Pascal. Cette œuvre est si puissante ! Mais, pour appliquer ce que vous dites à ce que nous vivons, n’est-il pas clair qu’on met bien à tort sur le dos de « différences » (traditionnelles, ancestrales, culturelles, religieuses…) des phénomènes enracinés au contraire dans la perte de ces traditions ? L’incapacité – par trop de retard pris – à participer à la concurrence avec l’Occident, dont on rêve, qui fait le tourment unique, et dont on a, par imitation, adopté les valeurs, devient le désir brûlant de briser ce qu’on ne peut atteindre. Peut-être Pascal n’a-t-il pas vu pleinement cet entraînement mimétique; mais comment ne pas admirer la mise en cause du désir qu’il opère à travers la notion de « divertissement » ? (…) J’adhère profondément à l’idée chrétienne que notre âme est une passion du divin. Simplement, quand nous le rencontrons, ce désir, il a déjà manqué son objet, il est dévoyé. Gare aux conséquences ! (…) Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident… (…) C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction. René Girard
La rapidité de la conquête de l’Amérique ibérique, comme l’ampleur du traumatisme démographique subi par les populations amérindiennes, ont très vite interpellé les contemporains. Deux principales explications fleurissent ainsi dès le XVT siècle. Popularisée par les écrits de Bartholomé de Las Casas, la première insiste sur la cruauté des Espagnols ; une explication aussitôt reprise et amplifiée par les ressortissants des nouvelle puissances coloniales de l’Europe du Nord-Ouest, ennemies plus ou moins acharnées de la très catholique Espagne. Cette « légende noire »: devait ensuite connaître un succès durable, réapparaître avec force lors de la guerre hispano-américaine de 1898, et persister encore, en certains milieux. Inversement, dégageant le colon de toute responsabilité, voire légitimant son intrusion, la seconde explication était religieuse : en favorisant la disparition des populations locales, Dieu avait voulu punir les natifs de leurs crimes réels ou supposés (cannibalisme, sacrifices humains) et faciliter ainsi la mission des Européens qui consistait à édifier un monde nouveau et civilisé. Les pertes, en fait, s’expliquent à 90% par les effets de la maladie. Les natifs sont morts en grand nombre partout où ils ont été mis en contact avec les Européens, quelle que soit la nationalité de ces derniers et la nature du régime colonial imposé. Il a fallu attendre le XX’ siècle et les progrès de la médecine afin de comprendre vraiment et de pouvoir expliquer ce que l’on avait pu jusque-là pressentir. Depuis les travaux de John Duffy, en 1951, les recherches à propos des liens entre maladie et conquête se sont multipliées, sans pour autant conduire à une véritable synthèse. L’ouvrage de N.D. Cook comble donc une réelle lacune. (…) On voit ainsi que le nouveau monde n’était pas exempt de germes pathogènes avant la conquête, mais qu’ils prirent souvent une allure destructive du fait de l’introduction de vecteurs extérieurs. Parmi les forces de mort importées, la variole d’abord, puis la rougeole furent essentielles. Vinrent également la peste, le typhus et choléra, ce dernier de manière tardive, avec le temps de la navigation à vapeur et des voyages transocéaniques écourtés. Leur transmission fut largement involontaire. La plupart de ces maladies existaient dans de nombreuses parties de l’Europe du début de la Renaissance, notamment dans les villes, où des formes endémiques étaient régulièrement réactivées en période de crise (malnutrition, guerre…), comme lors de la prise de Grenade. Des épidémies répétées de variole et rougeole touchaient alors les plus jeunes dans les ports de l’Andalousie. Aux Amériques, la maladie préparait la famine, laquelle touchait également les nouveaux venus, souvent affaiblis par une constitution fragile, le climat et la pratique de nouveaux aliments. Peu à peu, l’on passa du stade des épidémies à celui des endémies, soit de la « visite » de la maladie à la vie avec elle. La succession des vagues mortelles – souvent séparées par le temps d’une génération – explique que ceux ayant résisté à une première ont souvent été conduits au tombeau par une seconde. Ajoutons que de nombreuses maladies opèrent leur travail morbide de manière combinée (…) Il résulte de tout cela que les épidémies ont grandement facilité la conquête, affaiblissant parfois les populations natives des semaines ou des années avant leur véritable confrontation avec les hordes coloniales. Même en l’absence d’échanges importants, l’existence de contacts permanents entre les périphéries de territoires différents (par le biais, par exemple, d’une importante navigation indigène dans les Caraïbes et le long des côtes de l’Amérique andine) facilite en effet la propagation des maladies. Tous les Européens, et non les seuls Espagnols, ont tiré profit des ravages ainsi causés. On oublie souvent que les terres décrites comme vierges par les Français, les Hollandais et les Anglais étaient en fait des territoires dépeuplés, et qu’à l’époque où le Mayflower aborda les côtes américaines la conquête était déjà pratiquement complète. Pour des raisons humanitaires parfois, afin de pouvoir conserver une main d’ œuvre nécessaire souvent, les Ibériques se sont assez vite préoccupés de sort des populations amérindiennes. Au XVI’ siècle ils ont même tenté (et échoué) de s’opposer à la propagation des germes nocifs. Ce ne fut pas le cas des puritains anglais persuadés du caractère divin de leur mission : civiliser un monde sauvage. Aux XVIII’ et XIX’ siècles, les colons anglais ont même parfois utilisé des linges infectés afin de mieux faire le vide autour d’eux ; mode de conquête qui n’a pas disparu au XX’ siècle et que l’on a rencontré dans certaines zones pionnières du Brésil. Face au fléau, les natifs ont réagi de diverses manières. Ils ont fait appel à la médecine traditionnelle, sans succès, et se sont tournés vers leurs sorciers. Les maladies arrivant généralement avec les Européens, et ceux-ci tentant aussitôt de les christianiser, les Amérindiens ont parfois cru que le baptême était un instrument de mort. Cela a conduit à la réactivation de certaines traditions religieuses et au déclenchement de révoltes à caractère messianique. Olivier Pétré-Grenouilleau (Université de Bretagne-Sud à Lorient)
My undergraduate alma mater, UC Santa Cruz, recently agreed to remove a mission bell donated years ago by a local women’s club. (…) Apparently, no one wondered, while considering the list of impediments to the progress of Native Americans, just how high an offending bell at UC Santa Cruz ranks. About the same time, at San Francisco’s Washington High School, it was announced that an 83-year-old mural chronicling George Washington’s life was slated to be removed, destroyed, or covered up, owing to “accusations of racism.” Yet the artist, Victor Arnautoff, was a leftist who in 1936 had sought to offer a realistic view of what he thought was a flawed American history. (…) These examples of destruction or removal could easily be multiplied. (…) Epidemics of iconoclasm (from the Greek “breaking of icons”) erupt often throughout history, usually but not always in a religious context. And is not political correctness our era’s version of religion? In our own time, we remember the Taliban’s recent destruction of the monumental sixth-century “Buddhas of Bamiyan” statues in Afghanistan, or the torching of priceless manuscripts in Timbuktu by Mali Islamists. The arguments for such destruction were not unfamiliar to American leftists and identity-politics activists: Such icons were hurtful to particular marginalized groups and an affront to their dignity and therefore must vanish. The destruction of pictures, books, statues, and icons occurred periodically during Byzantine, Catholic, and Protestant church history, and was usually marked spurts of religious fanaticism, intolerance, and fear. Indeed, in early Byzantine history, iconoclasm was in part driven by frontier Christian towns, terrified that Constantinople’s use of ubiquitous symbols of Christ and Church fathers might provoke their neighboring Muslim adversaries into violence. We forget the role of fear and cowardice in iconoclasm, ancient and modern. Politics of the day of course often determined who or what was defaced or destroyed. Yesterday’s deified Roman emperor was today’s persona non grata. Recently deceased Roman grandees suffered damnatio memoriae (damnation of memory) and so, Soviet-style, had their faces erased from stone imagery — albeit sometimes bodies were left intact as a money-saving gesture, in perhaps history’s first example of the efficacy of interchangeable parts. French revolutionaries, like our modern iconoclasts who topple statues of Confederate soldiers in the night, often went wild destroying monuments, portraits, and names affiliated with the Ancien Régime and the Catholic Church. Like frontier posses who stormed jails to lynch detained suspects, such gangs often relied on numbers and darkness. (…) So iconoclasm of the past and our current social-justice statue-topplers, aggrieved name-changers, and angry image-removers are often predictable. Here are a few of the rules of their ancient and modern wars on the past. The agitators are never democratic and rarely act with any popular mandate or consensus. (…) Instead, in most cases, bureaucrats simply react to the loudest and most bothersome agitation. Their assumption is that political activists can easily smear their résumés, while the silent majority of citizens is mostly too busy to object and will not rally en masse to their sobriety. When the wild demands of a few are made to destroy this or rename that, the race is on among administrators, bureaucrats, and careerist state officials to appease rapidly, and in the most unctuous fashion, usually by employing bureaucratese such as “harmful” and “hurtful” and “impacts” — without any real research into the complexities of the history in question, which so often is paradoxically tragic rather than simplistically melodramatic. (…) Rarely do the revisionists who wage war on history offer any rational and systematic agenda for their otherwise spontaneous tantrums. (…) Note that the university is no more likely to change the name of Stanford to something like Amah Mutsun University to rectify the theft of indigenous peoples’ lands than Yale University is willing to give up the names of its slave-owning founders. The selective outrage is not just because old white Neanderthal alumni love going to Yale or Stanford iconic football games, but rather because tens of thousands of woke nonwhite students and alumni are proud of their tony “Yale” and “Stanford” diplomas. They are not about to destroy their career investments in such a brand name on the altar of systematic and coherent politically correct name-changing. The new iconoclasm is almost as exclusively progressive in the West as it is reactionary in the contemporary Muslim world. But the common thread, past and present, East and West, to epidemics of name-changing, statue-smashing, and mural-erasing is political opportunism fueled by fear and careerist anxiety. Certainly — in the age of #MeToo and heightened awareness of the lifelong damage to women from rape, sexual harassment, and asymmetrical sexual relationships fueled by an imbalance of power — no one is suggesting that thousands of local and state boulevards that were renamed Martin Luther King Jr. in the 1970s should now retransition, given recent disturbing revelations that King might have allowed a rape to occur in his presence, was a serial philanderer, and often, under today’s definitions, pressured sex from younger and more vulnerable females. No one would dare suggest that feminist icon Margaret Sanger’s name be removed from awards, dinners, or monuments, given that by any modern standard she would be classified as a racist eugenicist. She saw abortion on demand, at least partly, as a way of limiting the growth of perceived nonwhite populations. The disproportionate number of African Americans aborted through the agency of Sanger’s legacy, Planned Parenthood, seems a logical consequence of her founding ideology. In my hometown, I certainly have not demanded that the city council remove what I see as a somewhat offensive statue of the Aztec goddess Coatlicue. She is usually portrayed as a hideous clawed mother goddess, decked out in writhing serpents, with a grotesque necklace of dangling human hearts, skulls, and hands. She was an unforgiving goddess for whom tens of thousands of innocent men, women, and especially children, many of them indigenous peoples enslaved by the Aztecs, were sacrificed. Why honor such a monster? In such a vein, one could argue that the San Diego State “Aztecs” glorify triumphalist imperialist mass murderers, even more than the supposedly offensively named Washington Redskins do. Immigrants from Oaxaca and southern Mexico are as likely to be descendants from Tlaxcala, which resisted the Aztec Empire, as they are descendants of the Aztecs themselves. So they could be the progeny of people targeted for extinction and human sacrifice by a neighboring fascist imperialist bully. The truth is that once the statue-smasher and name-changer gets a free hand, we should expect no logic, no respite from zealotry and bigotry. He operates from emotion, not reason, and his currency is intimidation, not persuasion, consistency, and coherence — when no official is willing to just say “No!” Taking down a mural of George Washington makes about as much sense as erasing all the thousands of streets and statues named for Caesar Chavez, who at times operated hand in glove with a nightmarish Synanon cult to denigrate his own members (“Every time we look at them, they want more money,” Chavez said in 1977, complaining about farm workers. “Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”) Chavez sent his union goons down to the border to beat up, intimidate, and force back illegal aliens whom he derided as scab laborers dangerous to the unionizing efforts of his familial union empire. Pressed on his derogatory use of “illegals” and treatment of the undocumented, he scoffed, “No, a spade’s a spade. You guys get these hang-ups. Goddamn it, how do we build a union? They’re wets, you know. They’re wets, and let’s go after them.” (…) The insanity that we are witnessing has little or nothing to do with icons that institutionalize disparities or impede social justice. Iconoclasm is about power — and the psychological lift that comes with exercising it. Victor Davis Hanson
Si l’image nous révolte tant, c’est parce que nous en sommes tous collectivement responsables (…) cette scène, ces mots, ce comportement sont d’une violence et d’une haine inouïes. Mais par notre lâcheté, par nos renoncements, nous avons contribué, petit à petit, à les laisser passer, à les accepter. Cette femme a été « publiquement piétinée, chosifiée, déshumanisée, devant le groupe d’enfants qu’elle accompagnait bénévolement (…) Quelles seront les conséquences d’une telle humiliation publique si ce n’est renvoyer à cet enfant qu’il demeure un citoyen de seconde zone, indigne d’être pleinement français et reconnu comme tel ? Où est l’indignation générale ? Où sont les émissions de télévision, de radio, hormis quelques billets et tribunes comme celle-ci pour condamner cette agression ? Où est la parole publique de premier niveau, celle de nos élus, des partis politiques, celle des ministres, celle du président de la République pour refuser l’inacceptable ? Ne nous y trompons donc pas. L’extrême droite a fait de la haine contre les musulmans un outil majeur de sa propagande, mais elle n’en a pas le monopole. Des membres de la droite et de la gauche dites républicaines n’hésitent pas à stigmatiser les musulmans, et en premier lieu les femmes portant le voile, souvent -au nom de la laïcité-. Jusqu’où laisserons-nous passer ces haines ? (…) Jusqu’à quand allons-nous accepter que la laïcité, socle de notre République, soit instrumentalisée pour le compte d’une vision ségrégationniste, raciste, xénophobe, mortifère de notre société ? Acceptons-nous de nous laisser sombrer collectivement ou disons-nous stop maintenant, tant qu’il est encore temps ? Nous demandons urgemment au Président de la République de condamner publiquement l’agression dont cette femme a été victime devant son propre fils (…) de refuser que nos concitoyens musulmans soient fichés, stigmatisés, dénoncés pour la simple pratique de leur religion et d’exiger solennellement que cessent les discriminations et les amalgames envers une partie de notre communauté nationale. 90 personnalités
Dans une tribune publiée ce mardi sur lemonde.fr, 90 personnalités, dont l’acteur Omar Sy, le rappeur Nekfeu, le réalisateur Mathieu Kassovitz, ou encore la députée LFI Danièle Obono demandent au Chef de l’Etat d’intervenir pour condamner fermement « l’agression » dont a été victime la mère voilée vendredi dernier après la vidéo tournée par un élu RN au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Parmi les 90 personnalités signataires : Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice, DJ Snake, artiste, Marina Foïs, actrice, Mathieu Kassovitz, acteur et réalisateur, Kyan Khojandi, auteur, Tonie Marshall, réalisatrice, productrice, Guillaume Meurice, humoriste, Géraldine Nakache, actrice et réalisatrice, Nekfeu, artiste, Danièle Obono, députée (La France insoumise), Alessandra Sublet, animatrice, Omar Sy, acteur… France bleu
Columbus makes Hitler look like a juvenile delinquent. Russell Means
It’s almost obscene to celebrate Columbus because it’s an unmitigated record of horror. We don’t have to celebrate a man who was really — from an Indian point of view — worse than Attila the Hun. Hans Koning
The evidence of Aztec cannibalism has largely been ignored and consciously or unconsciously covered up. Michael Harner (New School for Social Research)
Dr. Harner’s theory of nutritional need is based on a recent revision in the number of people thought to have been sacrificed by the Aztecs. Dr. Woodrow Borah an authority on the demography of ancient Mexico at the University of California, Berkeley, has recently estimated that the Aztecs sacrificed 250,000 people a year. This consituted about 1 percent of the region’s population of 25 million. (…) He argues that cannibalism, which may have begun for purely religious reasons, appears to have grown to serve nutritional needs because the Aztecs, unlike nearly all other civilizations, lacked domesticated herbivores such as pigs or cattle. Staples of the Aztec diet were corn and beans supplemented with a few vegetables, lizards, snakes and worms. There were some domesticated turkeys and hairless dogs. Poor people gathered floating mats of vegetation from lakes. (…) In contemporary sources, however, such as the writings of Hernando Cortes, who conquered the Aztecs in 1521, and Bernal Diaz, who accompanied Cortes, Dr. Hamer says there is abundant evidence that human sacrifice was a common event in every town and that the limbs of the victims were boiled or roasted and eaten. Diaz, who is regarded by anthropologists as a highly reliable source, wrote in “The Conquest of New Spain,” for example, that in the town of Tlaxcala “we found wooden cages made of lattice‐work in which men and women were imprisoned and fed until they were fat enough to be sacrificed and eaten. These prison cages existed throughout the country.” The sacrifices, carried out by priests, took place atop the hundreds of steepwalled pyramids scattered about the Valley of Mexico. According to Diaz, the victims were taken up the pyramids where the priests “laid them down on their backs on some narrow stones of sacrifice and, cutting open their chests, drew out their palpitating hearts which they offered to the idols before them. Then they kicked the bodies down the steps, and the Indian butchers who were waiting below cut off their arms and legs. Then they ate their flesh with a sauce of peppers and tomatoes.” (…) Diaz’s accounts indicate that the Aztecs ate only the limbs of their victims. The torsos were fed to carnivores in zoos. According to Dr. Harner, the Aztecs never sacrificed their own people. Instead they battled neighboring nations, using tactics that minimized deaths in battle and maximized the number of prisoners. The traditional explanation for Aztec human sacrifice has been that it was religious—a way of winning the support of the gods for success in battle. Victories procured even more victims, thus winning still more divine support in the next war. (…) Traditional anthropological accounts indicate that to win more favor from the gods during the famine the Aztecs arranged with their neighbors to stage battles for prisoners who could be sacrificed. The Aztecs’ neighbors, sharing similar religious tenets, wanted to sacrifice Aztecs to their gods. The NYT
Specialists in Mesoamerican history are going to be upset about this for obvious reasons. They’re not going to have the people they study looking like cannibals. They’re clinging to a very romantic point of view about the Aztecs. It’s the Hiawatha syndrome. Michael Harner
Some conquistadors wrote about the tzompantli and its towers, estimating that the rack alone contained 130,000 skulls. But historians and archaeologists knew the conquistadors were prone to exaggerating the horrors of human sacrifice to demonize the Mexica culture. As the centuries passed, scholars began to wonder whether the tzompantli had ever existed. Archaeologists at the National Institute of Anthropology and History (INAH) here can now say with certainty that it did. Beginning in 2015, they discovered and excavated the remains of the skull rack and one of the towers underneath a colonial period house on the street that runs behind Mexico City’s cathedral. (The other tower, they suspect, lies under the cathedral’s back courtyard.) The scale of the rack and tower suggests they held thousands of skulls, testimony to an industry of human sacrifice unlike any other in the world. Science
Some post-conquest sources report that at the re-consecration of Great Pyramid of Tenochtitlan in 1487, the Aztecs sacrificed about 80,400 prisoners over the course of four days. This number is considered by Ross Hassig, author of Aztec Warfare, to be an exaggeration. Hassig states « between 10,000 and 80,400 persons » were sacrificed in the ceremony. The higher estimate would average 15 sacrifices per minute during the four-day consecration. Four tables were arranged at the top so that the victims could be jettisoned down the sides of the temple. Nonetheless, according to Codex Telleriano-Remensis, old Aztecs who talked with the missionaries told about a much lower figure for the reconsecration of the temple, approximately 4,000 victims in total. Michael Harner, in his 1977 article The Enigma of Aztec Sacrifice, cited an estimate by Borah of the number of persons sacrificed in central Mexico in the 15th century as high as 250,000 per year which may have been one percent of the population. Fernando de Alva Cortés Ixtlilxochitl, a Mexica descendant and the author of Codex Ixtlilxochitl, estimated that one in five children of the Mexica subjects was killed annually. Victor Davis Hanson argues that a claim by Don Carlos Zumárraga of 20,000 per annum is « more plausible ». Wikipedia
Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que l’apport en protéines des aliments dont disposaient les Aztèques était insuffisant, en raison de l’absence de grands mammifères terrestres domesticables, et que les sacrifices humains avaient pour fonction principale de pallier cette carence nutritionnelle. Cette théorie, en particulier quand elle a été diffusée par le New York Times, a été critiquée par la majorité des spécialistes de la Mésoamérique. Michael Harner a notamment accusé les chercheurs mexicains de minimiser le cannibalisme aztèque par nationalisme ; Bernardo R. Ortiz de Montellano, en particulier, a publié en 1979 un article détaillant les failles de l’analyse de Harner, en démontrant notamment que le régime alimentaire aztèque était équilibré, varié et suffisamment riche en protéines, grâce à la pêche d’une abondante faune aquatique et la chasse de nombreux oiseaux, et que donc l’anthropophagie ne pouvait pas être une nécessité, car elle n’aurait pas pu améliorer significativement un apport en protéines déjà suffisant. Michel Graulich a apporté d’autres éléments de critique. Il affirme que si cette théorie était exacte, la chair des victimes aurait dû être distribuée au moins autant aux gens modestes qu’aux puissants, mais il semble que ce n’était pas le cas ; il ajoute que seules les grandes villes pratiquaient le sacrifice humain de masse, et que ce phénomène n’a pas été prouvé dans la plupart des autres populations mésoaméricaines, dont l’alimentation semble pourtant comparable à celle des Aztèques. Wikipedia
Considérant que c’est le devoir de toutes les Nations de reconnaître la providence de Dieu Tout-puissant, d’obéir à sa volonté, d’être reconnaissantes pour ses bienfaits, et humblement implorer sa protection et sa faveur, et tandis que les deux Chambres du Congrès m’ont, par leur Comité mixte, demandé de recommander au Peuple des États-Unis qu’un jour public d’action de grâce et de prières soit observé en reconnaissance aux nombreux signes de faveur de Dieu Tout-puissant, particulièrement en ayant donné au Peuple les moyens d’établir pacifiquement une forme de gouvernement pour sa sûreté et son bonheur. Maintenant donc, je recommande et assigne que le premier jeudi après le 26e jour de novembre soit consacré par le Peuple de ces États au service du grand et glorieux Être, qui est l’Auteur bienfaisant de tout ce qu’il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura de bon. Nous pouvons alors tous nous unir en lui donnant notre sincère et humble merci, pour son soin et sa protection, appréciés du Peuple de ce Pays, avant que celui-ci ne soit devenu une Nation de pitié ; pour les interpositions favorables de sa Providence lors de nos épreuves durant le cours et la fin de la récente guerre ; pour le grand degré de tranquillité, d’union, et d’abondance, que nous avons depuis appréciées ; pour le pacifisme et la raison qui nous ont été conférés pour nous permettre d’établir des constitutions de gouvernement pour notre sûreté et notre bonheur, en particulier la Loi nationale récemment instituée, ; pour la liberté civile et la liberté religieuse formant à elles seules une vraie bénédiction ; pour les moyens que nous avons d’acquérir et de répandre la connaissance utile ; et d’une manière générale pour toutes les grandes et diverses faveurs qu’il nous a bien heureusement conférées. Nous pouvons alors nous unir en offrant le plus humblement nos prières et supplications au grand Seigneur et Gouverneur des Nations et le solliciter pour pardonner nos transgressions nationales et autres transgressions ; pour nous permettre à tous, en poste public ou privé, de remplir nos nombreuses fonctions respectives, correctement et ponctuellement ; pour permettre à notre gouvernement national de rendre bénédiction à toutes les personnes, en étant constamment un Gouvernement de lois sages, justes, et constitutionnelles, discrètement et loyalement exécutées et obéies ; pour protéger, guider et bénir tous les Souverains et toutes les Nations (particulièrement celles qui ont montré de la bonté envers nous), afin de leur assurer paix et concordance, et assurer un bon gouvernement ; pour favoriser la connaissance et la pratique vraies de la religion et de la vertu, ainsi que davantage de science parmi eux et nous, et accorder généralement à toute l’Humanité un tel degré de prospérité temporelle comme lui seul sait pour être le meilleur. « Donné sous ma main à la Ville de New-York le troisième jour d’octobre par année 1789 de notre Seigneur. George Washington
The year that is drawing towards its close, has been filled with the blessings of fruitful fields and healthful skies. To these bounties, which are so constantly enjoyed that we are prone to forget the source from which they come, others have been added, which are of so extraordinary a nature, that they cannot fail to penetrate and soften even the heart which is habitually insensible to the ever watchful providence of Almighty God. In the midst of a civil war of unequalled magnitude and severity, which has sometimes seemed to foreign States to invite and to provoke their aggression, peace has been preserved with all nations, order has been maintained, the laws have been respected and obeyed, and harmony has prevailed everywhere except in the theatre of military conflict; while that theatre has been greatly contracted by the advancing armies and navies of the Union. Needful diversions of wealth and of strength from the fields of peaceful industry to the national defence, have not arrested the plough, the shuttle or the ship; the axe has enlarged the borders of our settlements, and the mines, as well of iron and coal as of the precious metals, have yielded even more abundantly than heretofore. Population has steadily increased, notwithstanding the waste that has been made in the camp, the siege and the battle-field; and the country, rejoicing in the consciousness of augmented strength and vigor, is permitted to expect continuance of years with large increase of freedom. No human counsel hath devised nor hath any mortal hand worked out these great things. They are the gracious gifts of the Most High God, who, while dealing with us in anger for our sins, hath nevertheless remembered mercy. It has seemed to me fit and proper that they should be solemnly, reverently and gratefully acknowledged as with one heart and one voice by the whole American People. I do therefore invite my fellow citizens in every part of the United States, and also those who are at sea and those who are sojourning in foreign lands, to set apart and observe the last Thursday of November next, as a day of Thanksgiving and Praise to our beneficent Father who dwelleth in the Heavens. And I recommend to them that while offering up the ascriptions justly due to Him for such singular deliverances and blessings, they do also, with humble penitence for our national perverseness and disobedience, commend to His tender care all those who have become widows, orphans, mourners or sufferers in the lamentable civil strife in which we are unavoidably engaged, and fervently implore the interposition of the Almighty Hand to heal the wounds of the nation and to restore it as soon as may be consistent with the Divine purposes to the full enjoyment of peace, harmony, tranquillity and Union. In testimony whereof, I have hereunto set my hand and caused the Seal of the United States to be affixed. Done at the City of Washington, this Third day of October, in the year of our Lord one thousand eight hundred and sixty-three, and of the Independence of the United States the Eighty-eighth. Abraham Lincoln
Whereas by a joint resolution approved June 29, 1892, it was resolved by the Senate and House of Representatives of the United States of America in Congress assembled— That the President of the United States be authorized and directed to issue a proclamation recommending to the people the observance in all their localities of the four hundredth anniversary of the discovery of America, on the 21st of October, 1892, by public demonstrations and by suitable exercises in their schools and other places of assembly. Now, therefore, I, Benjamin Harrison, President of the United States of America, in pursuance of the aforesaid joint resolution, do hereby appoint Friday, October 21, 1892, the four hundredth anniversary of the discovery of America by Columbus, as a general holiday for the people of the United States. On that day let the people, so far as possible, cease from toil and devote themselves to such exercises as may best express honor to the discoverer and their appreciation of the great achievements of the four completed centuries of American life. Columbus stood in his age as the pioneer of progress and enlightenment. The system of universal education is in our age the most prominent and salutary feature of the spirit of enlightenment, and it is peculiarly appropriate that the schools be made by the people the center of the day’s demonstration. Let the national flag float over every schoolhouse in the country and the exercises be such as shall impress upon our youth the patriotic duties of American citizenship. In the churches and in the other places of assembly of the people let there be expressions of gratitude to Divine Providence for the devout faith of the discoverer and for the divine care and guidance which has directed our history and so abundantly blessed our people. (…) Done at the city of Washington, this 21st day of July, A.D. 1892, and of the Independence of the United States the one hundred and seventeenth. US president Benjamin Harrison
Of all the bedtime-story versions of American history we teach, the tidy Thanksgiving pageant may be the one stuffed with the heaviest serving of myth. This iconic tale is the main course in our nation’s foundation legend, complete with cardboard cutouts of bow-carrying Native American cherubs and pint-size Pilgrims in black hats with buckles. And legend it largely is. In fact, what had been a New England seasonal holiday became more of a “national” celebration only during the Civil War, with Lincoln’s proclamation calling for “a day of thanksgiving” in 1863. That fall, Lincoln had precious little to be thankful for. The Union victory at Gettysburg the previous July had come at a dreadful cost – a combined 51,000 estimated casualties, with nearly 8,000 dead. Enraged by draft laws and emancipation, rioters in Northern cities like New York went on bloody rampages. And the president and his wife, Mary, were still mourning the loss of their 11-year-old son, Willie, who had died the year before. So it might seem odd that Lincoln chose this moment to announce a national day of thanksgiving, to be marked on the last Thursday in November. His Oct. 3, 1863, proclamation read: “In the midst of a civil war of unequaled magnitude and severity … peace has been preserved with all nations, order has been maintained, the laws have been respected and obeyed, and harmony has prevailed everywhere, except in the theater of military conflict.” But it took another year for the day to really catch hold. In 1864 Lincoln issued a second proclamation, which read, “I do further recommend to my fellow-citizens aforesaid that on that occasion they do reverently humble themselves in the dust.”(…) What prompted Lincoln to issue these proclamations – the first two in an unbroken string of presidential Thanksgiving proclamations – is uncertain. He was not the first president to do so. George Washington and James Madison had earlier issued “thanksgiving” proclamations, calling for somber days of prayer. Perhaps Lincoln saw an opportunity to underscore shared American traditions – a theme found in the “mystic chords of memory” stretching from “every patriot grave” in his first inaugural. Or he may have been responding to the passionate entreaties of Sara Josepha Hale, editor of Godey’s Lady’s Book – the Good Housekeeping of its day. Hale, who contributed to American folkways as the author of “Mary had a Little Lamb,” had been advocating in the magazine for a national day of Thanksgiving since 1837. (…)  But one crucial piece remained: The elevation of Thanksgiving to a true national holiday, a feat accomplished by Franklin D. Roosevelt. In 1939, with the nation still struggling out of the Great Depression, the traditional Thanksgiving Day fell on the last day of the month – a fifth Thursday. Worried retailers, for whom the holiday had already become the kickoff to the Christmas shopping season, feared this late date. Roosevelt agreed to move his holiday proclamation up one week to the fourth Thursday, thereby extending the critical shopping season. Some states stuck to the traditional last Thursday date, and other Thanksgiving traditions, such as high school and college football championships, had already been scheduled. This led to Roosevelt critics deriding the earlier date as “Franksgiving.” With 32 states joining Roosevelt’s “Democratic Thanksgiving, ” 16 others stuck with the traditional date, or “Republican Thanksgiving.” After some congressional wrangling, in December 1941, Roosevelt signed the legislation making Thanksgiving a legal holiday on the fourth Thursday in November. And there it has remained. Kenneth C. Davis
Le 14 mars 1891, à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, onze Italiens furent lynchés par la foule en raison du rôle qu’ils avaient supposément joué dans le meurtre du commissaire de police David Hennessy. Ce lynchage, qui restera comme le lynchage de masse le plus important de toute l’histoire des États-Unis, eut lieu le lendemain du procès de neuf sur les dix-neuf hommes inculpés dans cette affaire de meurtre. Six de ces prévenus furent alors acquittés, et le jugement fut ajourné concernant les trois autres, pour défaut d’unanimité dans le jury sur le verdict. Croyant que le jury avait été soudoyé, une foule d’émeutiers fit irruption dans la prison où les hommes étaient détenus et tuèrent onze d’entre eux. Ce lynchage apparaît inhabituel en ceci que les émeutiers étaient au nombre de plusieurs milliers et que dans leurs rangs figuraient quelques-uns parmi les citoyens les plus en vue de la ville. La couverture de l’événement par la presse américaine fut d’ailleurs largement complaisante, et les responsables du lynchage ne furent jamais poursuivis. Le New York Times félicita les meurtriers, car la mort des Italiens « accroissait la sécurité des biens et de la vie des habitants de La Nouvelle-Orléans ». Le Washington Post assura que le lynchage mettrait un terme au « règne de la terreur » qu’imposerait les Italiens. Selon le Saint Louis Globe Democrat, les lyncheurs n’avaient fait qu’exercer « les droits légitimes de la souveraineté populaire ». L’incident eut de graves répercussions au plan national. L’Italie suspendit ses relations diplomatiques avec les États-Unis après le refus du président Benjamin Harrison d’ouvrir une enquête fédérale. La presse et la rumeur publique propagèrent l’idée que la marine italienne s’apprêtait à attaquer les ports américains et des milliers de volontaires se présentèrent pour faire la guerre à l’Italie3. La recrudescence des sentiments anti-italiens s’accompagna d’appels à une restriction de l’immigration. Le vocable mafia fit son entrée dans le lexique des Américains, et le stéréotype du mafioso italo-américain s’implanta durablement dans l’imaginaire populaire. En 1955, un homme d’affaires, décédé cette année-là, reconnut dans une lettre que l’assassinat du policier avait été organisé par un comité d’une cinquantaine d’hommes d’affaires anglo-saxons qui entendaient se débarrasser d’hommes d’affaires rivaux italiens. Ces lynchages constituent l’argument du téléfilm Vendetta, produit en 1999 par HBO et adapté d’un ouvrage de Richard Gambino paru en 1977, avec Christopher Walken dans le rôle principal. Wikipedia
La première célébration du jour de Christophe Colomb s’est faite dans la ville de San Francisco, en 1869, par une communauté majoritairement italo-américaine. Pourtant, le premier État tout entier à célébrer cette fête fut le Colorado, en 1907. Trente ans après, Franklin D. Roosevelt instaure ce jour comme un jour de fête nationale aux États-Unis. Il faudra cependant attendre la Proclamation du président George W. Bush du 4 octobre 2007 pour que le jour de Christophe Colomb soit officiellement fixé au deuxième lundi du mois d’octobre de chaque année. Christophe Colomb était au service de l’Espagne cependant il était d’origine italienne. « Cristoforo Colombo » est né en 1451 sur le territoire de la République de Gênes. Les Italiens ont été les premiers à célébrer le jour de Christophe Colomb lors de leur immigration vers les États-Unis. L’Empire State Building se pare alors des couleurs du drapeau italien (vert, blanc et rouge). Le Jour de Christophe Colomb (Columbus Day) est un jour férié fédéral aux États-Unis. Il est organisé depuis 1929 par la Columbus Citizens Foundation. Chaque État célèbre différemment le jour de Christophe Colomb. Cette fête a lieu sous forme de parades dans les rues américaines, il y a plusieurs défilés. Une Columbus Day Parade est organisée dans plusieurs villes comme à Denver. À New York, la Columbus Day Parade a lieu depuis 1915 le long de la célèbre 5e avenue à la hauteur de la 44e rue et continue sur la célèbre avenue de la Big Apple jusqu’au niveau de la 86e rue. On retrouve ainsi des fanfares, des chars, et différentes manifestations et fêtes dans tous les quartiers aux alentours de la route de la parade. À Washington, devant la Gare de l’Union a lieu une cérémonie officielle devant le Mémorial de Christophe Colomb. Les festivités commencent juste après le dépôt de gerbes aux pieds de ce monument. Ce n’est pas un jour férié dans tous les États des États-Unis, comme en Alaska, dans le Nevada, à Hawaï et dans le Dakota du Sud. Ces États ne reconnaissent pas le Jour de Christophe Colomb et fêtent d’autres événements. Cette fête est contestée aux États-Unis. Nombreux sont ceux rappelant que derrière la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb se cachent des faits moins glorieux, tels que la colonisation ou encore le massacre des Indiens d’Amérique. Le Jour de Christophe Colomb est plus communément appelé « Jour de la Race » (Día de la Raza) dans les pays d’Amérique Latine comme le Brésil, le Guatemala, le Paraguay, Porto Rico, le Nicaragua ou la République Dominicaine. Il se déroule généralement le 12 octobre et est considéré, pour de nombreux pays, comme un anti-Colombus Day. Il célèbre la résistance à l’arrivée des européens dans le Nouveau Monde et est aussi utilisé pour commémorer les cultures indigènes. Au cours de cette journée des festivités sont organisées pour lutter contre le racisme, se souvenir des cultures et des traditions des peuples précolombiens. En Argentine la fête est appelée « Journée de la Diversité Culturelle » (Día de la Diversidad Cultural). Elle se veut être la naissance d’une nouvelle identité, issue de la fusion entre les peuples d’origine et les colonisateurs espagnols. Le 24 septembre 1892, le Congrès mexicain décréta le 12 octobre jour de fête nationale. Depuis 1917 à l’initiative de Venustiano Carranza il porte le nom de Día de la Raza. Le président Emilio Portes Gil lui donna le nom de Día de la Raza y Aniversario del Descubrimiento de América en 1929. Ce jour n’est plus un jour férié officiel actuellement, mais il donne lieu a de nombreuses festivités. L’Espagne est la seule à utiliser le nom de « Jour de l’Hispanité » (Día de la Hispanidad) pour célébrer cette fête. Le terme « hispanité » a été défini à la fin du XIXe siècle par des intellectuels. Il est officialisé fête nationale par Alfonso XIII en 1918 sous l’appellation «Fête de la Race » (Día de la Raza) en contradiction avec les idées progressistes. Après la restauration de la monarchie en 1981, un arrêté royal publié dans le premier Bulletin Officiel de l’État en 1982, officialise la date de 12 octobre en tant que Fête Nationale de l’Espagne et Jour de l’Hispanité. Cet événement est très cher au cœur des Espagnols puisque le navigateur est venu chercher la grande majorité de son équipage en Espagne. Wikipedia
Sans pouvoir préciser avec certitude l’ampleur de l’impact des maladies infectieuses chez les Amérindiens, le taux de mortalité aurait atteint 90 pour cent pour certaines populations durement affectées. Les Amérindiens, qui n’étaient pas immunisés contre des virus et maladies comme la coqueluche, la rougeole ou la variole qui sévissaient depuis des millénaires dans l’Ancien Monde, auraient été foudroyés par des épidémies plusieurs décennies avant que des colons arrivent dans des territoires apparemment peu peuplés de l’intérieur. N’ayant aucune connaissance sur les virus à l’époque, les Européens n’ont donc aucunement profité en connaissance de cause des faiblesses immunitaires des populations autochtones. Le processus a commencé dès les années 1500 et a emporté des centaines de milliers de vies. En 1520 et 1521, une épidémie de variole toucha les habitants de Tenochtitlan et fut l’un des principaux facteurs de la chute de la ville au moment du siège. En effet, on estime entre 10 et 50 % la part de la population de la cité qui serait morte à cause de cette maladie en deux semaines. Deux autres épidémies affectèrent la vallée de Mexico : la variole en 1545-1548 et le typhus en 1576-1581. Les Espagnols, pour compenser la diminution de la population, ont rassemblé les survivants des petites villes de la vallée de Mexico dans de plus grandes cités. Cette migration a brisé le pouvoir des classes supérieures, mais n’a pas dissous la cohésion de la société indigène dans un Mexique plus grand. Les épidémies de variole, de typhus, de grippe, de diphtérie de rougeole, de peste auraient tué entre 50 et 66 % de la population indigène selon les régions de Amérique latine. En 1617-1619, une épidémie de peste bubonique ravage la Nouvelle-Angleterre. Le bilan de ces épidémies est difficile à donner avec exactitude. Les sources sont inexistantes et les historiens ne sont pas d’accord sur les estimations. Certains avancent 10 millions d’Amérindiens pour tout le continent ; d’autres pensent plutôt à 90 millions, dont 10 pour l’Amérique du Nord. Le continent américain entier (de l’Alaska au Cap Horn) aurait abrité environ 50 millions d’habitants en 1492 ; pour comparaison, il y avait 20 millions de Français au XVIIe siècle. Les chiffres avancés pour le territoire des États-Unis d’aujourd’hui sont compris entre 7 et 12 millions d’habitants. Environ 500 000 Amérindiens peuplaient la côte Est de cet espace. Ils ne sont plus que 100 000 au début du XVIIIe siècle. Dans l’Empire espagnol, la mortalité des Amérindiens était telle qu’elle fut l’un des motifs de la traite des Noirs, permettant d’importer dans le « Nouveau Monde » de la main-d’œuvre pour les mines et les plantations. Wikipedia
Celebration of Christopher Columbus’s voyage in the early United States is recorded from as early as 1792. In that year, the Tammany Society in New York City (for whom it became an annual tradition) and the Massachusetts Historical Society in Boston celebrated the 300th anniversary of Columbus’ landing in the New World. For the 400th anniversary in 1892, following a lynching in New Orleans where a mob had murdered 11 Italian immigrants, President Benjamin Harrison declared Columbus Day as a one-time national celebration. The proclamation was part of a wider effort after the lynching incident to placate Italian Americans and ease diplomatic tensions with Italy. During the anniversary in 1892, teachers, preachers, poets and politicians used rituals to teach ideals of patriotism. These rituals took themes such as citizenship boundaries, the importance of loyalty to the nation, and the celebration of social progress. Many Italian-Americans observe Columbus Day as a celebration of their heritage, and the first such celebration had already been held in New York City on October 12, 1866. The day was first enshrined as a legal holiday in the United States through the lobbying of Angelo Noce, a first generation Italian, in Denver. The first statewide holiday was proclaimed by Colorado governor Jesse F. McDonald in 1905, and it was made a statutory holiday in 1907. In April 1937, as a result of lobbying by the Knights of Columbus and New York City Italian leader Generoso Pope, Congress and President Franklin Delano Roosevelt proclaimed October 12 be a federal holiday under the name Columbus Day. Since 1971 (Oct. 11), the holiday has been attributed to the second Monday in October,[20] coincidentally exactly the same day as Thanksgiving in neighboring Canada since 1957. It is generally observed nowadays by banks, the bond market, the U.S. Postal Service, other federal agencies, most state government offices, many businesses, and most school districts. Some businesses and some stock exchanges remain open, and some states and municipalities abstain from observing the holiday. The traditional date of the holiday also adjoins the anniversary of the United States Navy (founded October 13, 1775), and thus both occasions are customarily observed by the Navy and the Marine Corps with either a 72- or 96-hour liberty period. Actual observance varies in different parts of the United States, ranging from large-scale parades and events to complete non-observance. Most states do not celebrate Columbus Day as an official state holiday. Some mark it as a « Day of Observance » or « Recognition.” Most states that celebrate Columbus Day will close state services, while others operate as normal. San Francisco claims the nation’s oldest continuously existing celebration with the Italian-American community’s annual Columbus Day Parade, which was established by Nicola Larco in 1868, while New York City boasts the largest, with over 35,000 marchers and one million viewers around 2010. As in the mainland United States, Columbus Day is a legal holiday in the U.S. territory of Puerto Rico. In the United States Virgin Islands, the day is celebrated as both Columbus Day and « Puerto Rico Friendship Day. » Virginia also celebrates two legal holidays on the day, Columbus Day and Yorktown Victory Day, which honors the final victory at the Siege of Yorktown in the Revolutionary War. The celebration of Columbus Day in the United States began to decline at the end of the 20th century, although many Italian-Americans, and others, continue to champion it. The states of Florida, Hawaii, Alaska, Vermont, South Dakota, New Mexico, Maine, Wisconsin, and parts of California including, for example, Los Angeles County do not recognize it and have each replaced it with celebrations of Indigenous People’s Day (in Hawaii, « Discoverers’ Day », in South Dakota, « Native American Day »). A lack of recognition or a reduced level of observance for Columbus Day is not always due to concerns about honoring Native Americans. For example, a community of predominantly Scandinavian descent may observe Leif Erikson Day instead. In the state of Oregon, Columbus Day is not an official holiday. Iowa and Nevada do not celebrate Columbus Day as an official holiday, but the states’ respective governors are « authorized and requested » by statute to proclaim the day each year. Several states have removed the day as a paid holiday for state government workers, while still maintaining it—either as a day of recognition, or as a legal holiday for other purposes, including California and Texas. The practice of U.S. cities eschewing Columbus Day to celebrate Indigenous Peoples’ Day began in 1992 with Berkeley, California. The list of cities which have followed suit as of 2018 includes Austin, Boise, Cincinnati, Denver, Los Angeles, Mankato, Minnesota, Portland, Oregon, San Francisco, Santa Fe, New Mexico, Seattle, St. Paul, Minnesota, Phoenix, Tacoma, and « dozens of others. » Columbus, Ohio has chosen to honor veterans instead of Christopher Columbus, and removed Columbus Day as a city holiday. Various tribal governments in Oklahoma designate the day as Native American Day, or name it after their own tribe. Wikipedia
In a country of diverse religious faiths and national origins like the United States, it made sense to develop a holiday system that was not entirely tied to a religious calendar. (Christmas survives here, of course, but in law it’s a secular holiday much like New Year’s Day.) So Americans do not all leave for the shore on August 15th, the Feast of the Assumption of the Blessed Virgin, the way Italians do; and while St. Patrick’s Day is celebrated by many Americans, it is not a legal holiday in any of the states. The American system of holidays was constructed mostly around a series of great events and persons in our nation’s history. The aim was to instill a feeling of civic pride. Holidays were chosen as occasions to bring everyone together, not for excluding certain people. They were supposed to be about the recognition of our society’s common struggles and achievements. Civic religion is often used to describe the principle behind America’s calendar of public holidays. Consider the range and variability of the meanings of our holidays. Certainly they have not always been occasions for celebration: Memorial Day and Veterans’ Day involve mourning for the dead and wounded. Labor Day commemorated significant hardships in the decades when unions were struggling to organize. Having grown up in the 1960s I remember how Abraham Lincoln’s Birthday (now lumped in with Presidents’ Day, and with some of its significance transferred to Martin Luther King, Jr. Day) took on special meaning during the Civil Rights movement and after the JFK assassination. When thinking about the Columbus Day holiday it helps to remember the good intentions of the people who put together the first parade in New York. Columbus Day was first proclaimed a national holiday by President Benjamin Harrison in 1892, 400 years after Columbus’s first voyage. The idea, lost on present-day critics of the holiday, was that this would be a national holiday that would be special for recognizing both Native Americans, who were here before Columbus, and the many immigrants—including Italians—who were just then coming to this country in astounding numbers. It was to be a national holiday that was not about the Founding Fathers or the Civil War, but about the rest of American history. Like the Columbian Exposition dedicated in Chicago that year and opened in 1893, it was to be about our land and all its people. Harrison especially designated the schools as centers of the Columbus celebration because universal public schooling, which had only recently taken hold, was seen as essential to a democracy that was seriously aiming to include everyone and not just preserve a governing elite. You won’t find it in the public literature surrounding the first Columbus Day in 1892, but in the background lay two recent tragedies, one involving Native Americans, the other involving Italian Americans. The first tragedy was the massacre by U.S. troops of between 146 and 200 Lakota Sioux, including men, women and children, at Wounded Knee, South Dakota, on December 29, 1890. Shooting began after a misunderstanding involving an elderly, deaf Sioux warrior who hadn’t heard and therefore did not understand that he was supposed to hand over his rifle to the U.S. Cavalry. The massacre at Wounded Knee marked the definitive end of Indian resistance in the Great Plains. The episode was immediately seen by the government as potentially troubling, although there was much popular sentiment against the Sioux. An inquiry was held, the soldiers were absolved, and some were awarded medals that Native Americans to this day are seeking to have rescinded. A second tragedy in the immediate background of the 1892 Columbus celebration took place in New Orleans. There, on March 14, 1891—only 10 weeks after the Wounded Knee Massacre—11 Italians were lynched in prison by a mob led by prominent Louisiana politicians. A trial for the murder of the New Orleans police chief had ended in mistrials for three of the Italians and the acquittal of the others who were brought to trial. Unhappy with the verdict and spurred on by fear of the “Mafia” (a word that had only recently entered American usage), civic leaders organized an assault on the prison to put the Italians to death. This episode was also troubling to the U.S. Government. These were legally innocent men who had been killed. But Italians were not very popular, and even Theodore Roosevelt was quoted as saying that he thought the New Orleans Italians “got what they deserved.” A grand jury was summoned, but no one was charged with a crime. President Harrison, who would proclaim the Columbus holiday the following year, was genuinely saddened by the case, and over the objections of some members of congress he paid reparations to the Italian government for the deaths of its citizens. Whenever I hear of protests about the Columbus Day holiday—protests that tend to pit Native Americans against Italian Americans, I remember these tragedies that occurred so soon before the first Columbus Day holiday, and I shake my head. President Harrison did not allude to either of these sad episodes in his proclamation of the holiday, but the idea for the holiday involved a vision of an America that would get beyond the prejudice that had led to these deaths. Columbus Day was supposed to recognize the greatness of all of America’s people, but especially Italians and Native Americans. Consider how the first Columbus Day parade in New York was described in the newspapers. It consisted mostly of about 12,000 public school students grouped into 20 regiments, each commanded by a principal. The boys marched in school uniforms or their Sunday best, while the girls, dressed in red, white and blue, sat in bleachers. Alongside the public schoolers there were military drill squads and 29 marching bands, each of 30 to 50 instruments. After the public schools, there followed 5,500 students from the Catholic schools. Then there were students from the private schools wearing school uniforms. These included the Hebrew Orphan Asylum, the Barnard School Military Corps, and the Italian and American Colonial School. The Dante Alighieri Italian College of Astoria was dressed entirely in sailor outfits. These were followed by the Native American marching band from the Carlisle Indian School in Pennsylvania, which, according to one description, included “300 marching Indian boys and 50 tall Indian girls.” That the Native Americans came right after the students from the Dante Alighieri School speaks volumes about the spirit of the original Columbus Day. (…) So Columbus Day is for all Americans. It marks the first encounter that brought together the original Americans and the future ones. A lot of suffering followed, and a lot of achievement too. That a special role has been reserved for Italians in keeping the parades and the commemoration alive for well over a century seems right, since Columbus was Italian (…) So much for his ethnicity. What about his moral standing? In the late 19th century an international movement, led by a French priest, sought to have Columbus canonized for bringing Christianity to the New World. To the Catholic Church’s credit, this never got very far. It sometimes gets overlooked in current discussions that we neither commemorate Columbus’s birthday (as was the practice for Presidents Washington and Lincoln, and as we now do with Martin Luther King, Jr.) nor his death date (which is when Christian saints are memorialized), but rather the date of his arrival in the New World. The historical truth about Columbus—the short version suitable for reporters who are pressed for time—is that Columbus was Italian, but he was no saint. The holiday marks the event, not the person. What Columbus gets criticized for nowadays are attitudes that were typical of the European sailing captains and merchants who plied the Mediterranean and the Atlantic in the 15th century. Within that group he was unquestionably a man of daring and unusual ambition. But what really mattered was his landing on San Salvador, which was a momentous, world-changing occasion such as has rarely happened in human history. William J. Connell
These sneaking and cowardly Sicilians, the descendants of bandits and assassins, who have transported to this country the lawless passions, the cutthroat practices … are to us a pest without mitigations. Our own rattlesnakes are as good citizens as they. Our own murderers are men of feeling and nobility compared to them. The Times
Congress envisioned a white, Protestant and culturally homogeneous America when it declared in 1790 that only “free white persons, who have, or shall migrate into the United States” were eligible to become naturalized citizens. The calculus of racism underwent swift revision when waves of culturally diverse immigrants from the far corners of Europe changed the face of the country. As the historian Matthew Frye Jacobson shows in his immigrant history “Whiteness of a Different Color,” the surge of newcomers engendered a national panic and led Americans to adopt a more restrictive, politicized view of how whiteness was to be allocated. Journalists, politicians, social scientists and immigration officials embraced the habit, separating ostensibly white Europeans into “races.” Some were designated “whiter” — and more worthy of citizenship — than others, while some were ranked as too close to blackness to be socially redeemable. The story of how Italian immigrants went from racialized pariah status in the 19th century to white Americans in good standing in the 20th offers a window onto the alchemy through which race is constructed in the United States, and how racial hierarchies can sometimes change. Darker skinned southern Italians endured the penalties of blackness on both sides of the Atlantic. In Italy, Northerners had long held that Southerners — particularly Sicilians — were an “uncivilized” and racially inferior people, too obviously African to be part of Europe. Racist dogma about Southern Italians found fertile soil in the United States. As the historian Jennifer Guglielmo writes, the newcomers encountered waves of books, magazines and newspapers that “bombarded Americans with images of Italians as racially suspect.” They were sometimes shut out of schools, movie houses and labor unions, or consigned to church pews set aside for black people. They were described in the press as “swarthy,” “kinky haired” members of a criminal race and derided in the streets with epithets like “dago,” “guinea” — a term of derision applied to enslaved Africans and their descendants — and more familiarly racist insults like “white nigger” and “nigger wop.” The penalties of blackness went well beyond name-calling in the apartheid South. Italians who had come to the country as “free white persons” were often marked as black because they accepted “black” jobs in the Louisiana sugar fields or because they chose to live among African-Americans. This left them vulnerable to marauding mobs like the ones that hanged, shot, dismembered or burned alive thousands of black men, women and children across the South. The federal holiday honoring the Italian explorer Christopher Columbus — celebrated on Monday — was central to the process through which Italian-Americans were fully ratified as white during the 20th century. The rationale for the holiday was steeped in myth, and allowed Italian-Americans to write a laudatory portrait of themselves into the civic record. Few who march in Columbus Day parades or recount the tale of Columbus’s voyage from Europe to the New World are aware of how the holiday came about or that President Benjamin Harrison proclaimed it as a one-time national celebration in 1892 — in the wake of a bloody New Orleans lynching that took the lives of 11 Italian immigrants. The proclamation was part of a broader attempt to quiet outrage among Italian-Americans, and a diplomatic blowup over the murders that brought Italy and the United States to the brink of war. (…) Italian immigrants were welcomed into Louisiana after the Civil War, when the planter class was in desperate need of cheap labor to replace newly emancipated black people, who were leaving backbreaking jobs in the fields for more gainful employment. These Italians seemed at first to be the answer to both the labor shortage and the increasingly pressing quest for settlers who would support white domination in the emerging Jim Crow state. Louisiana’s romance with Italian labor began to sour when the new immigrants balked at low wages and dismal working conditions. The newcomers also chose to live together in Italian neighborhoods, where they spoke their native tongue, preserved Italian customs and developed successful businesses that catered to African-Americans, with whom they fraternized and intermarried. In time, this proximity to blackness would lead white Southerners to view Sicilians, in particular, as not fully white and to see them as eligible for persecution — including lynching — that had customarily been imposed on African-Americans. (…) The carnage in New Orleans was set in motion in the fall of 1890, when the city’s popular police chief, David Hennessy, was assassinated on his way home one evening. Hennessy had no shortage of enemies. The historian John V. Baiamonte Jr. writes that he had once been tried for murder in connection with the killing of a professional rival. He is also said to have been involved in a feud between two Italian businessmen. On the strength of a clearly suspect witness who claimed to hear Mr. Hennessy say that “dagoes” had shot him, the city charged 19 Italians with complicity in the chief’s murder. That the evidence was distressingly weak was evident from the verdicts that were swiftly handed down: Of the first nine to be tried, six were acquitted; three others were granted mistrials. The leaders of the mob that then went after them advertised their plans in advance, knowing full well that the city’s elites — who coveted the businesses the Italians had built or hated the Italians for fraternizing with African-Americans — would never seek justice for the dead. After the lynching, a grand jury investigation pronounced the killings praiseworthy, turning that inquiry into what the historian Barbara Botein describes as “possibly one of the greatest whitewashes in American history. (…) President Harrison would have ignored the New Orleans carnage had the victims been black. But the Italian government made that impossible. It broke off diplomatic relations and demanded an indemnity that the Harrison administration paid. Harrison even called on Congress in his 1891 State of the Union to protect foreign nationals — though not black Americans — from mob violence. Harrison’s Columbus Day proclamation in 1892 opened the door for Italian-Americans to write themselves into the American origin story, in a fashion that piled myth upon myth. As the historian Danielle Battisti shows in “Whom We Shall Welcome,” they rewrote history by casting Columbus as “the first immigrant” — even though he never set foot in North America and never immigrated anywhere (except possibly to Spain), and even though the United States did not exist as a nation during his 15th-century voyage. The mythologizing, carried out over many decades, granted Italian-Americans “a formative role in the nation-building narrative.” It also tied Italian-Americans closely to the paternalistic assertion, still heard today, that Columbus “discovered” a continent that was already inhabited by Native Americans. But in the late 19th century, the full-blown Columbus myth was yet to come. The New Orleans lynching solidified a defamatory view of Italians generally, and Sicilians in particular, as irredeemable criminals who represented a danger to the nation. The influential anti-immigrant racist Representative Henry Cabot Lodge of Massachusetts, soon to join the United States Senate, quickly appropriated the event. He argued that a lack of confidence in juries, not mob violence, had been the real problem in New Orleans. “Lawlessness and lynching are evil things,” he wrote, “but a popular belief that juries cannot be trusted is even worse.” Facts aside, Lodge argued, beliefs about immigrants were in themselves sufficient to warrant higher barriers to immigration. Congress ratified that notion during the 1920s, curtailing Italian immigration on racial grounds, even though Italians were legally white, with all of the rights whiteness entailed. The Italian-Americans who labored in the campaign that overturned racist immigration restrictions in 1965 used the romantic fictions built up around Columbus to political advantage. This shows yet again how racial categories that people mistakenly view as matters of biology grow out of highly politicized myth making. NYT

Attention: un massacre peut en cacher beaucoup d’autres !

En cette journée où, entre Israël, les Etats-Unis et le Canada, voire les pays hispaniques, coïncident les célébrations de plusieurs traditions culturelles différentes …

Et où, énième illustration de la division toujours plus grande des Etats-Unis par nos déconstructeurs postmodernes obsédés par un prétendu génocide indien – pire qu’Attila et Hitler réunis !

Dû pour l’essentiel à un choc microbien, un nombre croissant d’états ne la fêtent plus ou l’ont même remplacée par la Journée des peuples indigènes  …

Pendant qu’après l’égorgement de quatre policiers du renseignement de la lutte anti-islamique et quelque 250 victimes de la barbarie islamiste …

Nos courageux enfants gâtés du showbiz dénonçaient dès le lendemain l’agression « d’une violence et d’une haine inouïes » que l’on sait …

Retour …

Sans parler, avant et après Colomb ou Cortez, des centaines de milliers de sacrifices humains de nos amis aztèques et mayas

Sur le massacre …

Et pratiquement plus grand lynchage, avec 11 immigrants italiens extraits manu militari de leur prison de la Nouvelle Orléans et sommairement abattus, de l’histoire américaine …

Qui comme après la fête du Thanksgiving du président Lincoln suite aux centaines de milliers de morts de la Guerre civile américaine …

Et à l’instar de la Saint Patrick d’une communauté irlandaise elle aussi initialement discriminée …

Lança nationalement, au moins pour une journée, cette véritable marche des fiertés

Qu’est devenue le Columbus Day pour une communauté italo-américaine et notamment sicilienne …

Jusque-là assimilée non seulement à une race de criminels …

Mais à une sous-race à peine au-dessus des esclaves affranchis et des emplois méprisés …

Qu’ils étaient venus remplacer dans un Sud tout récemment sorti du traumatisme d’une guerre civile meurtrière…

How Italians Became ‘White’
Vicious bigotry, reluctant acceptance: an American story.

Brent Staples Mr. Staples is a member of the editorial board.
NYT
Oct. 12, 2019

Congress envisioned a white, Protestant and culturally homogeneous America when it declared in 1790 that only “free white persons, who have, or shall migrate into the United States” were eligible to become naturalized citizens. The calculus of racism underwent swift revision when waves of culturally diverse immigrants from the far corners of Europe changed the face of the country.

As the historian Matthew Frye Jacobson shows in his immigrant history “Whiteness of a Different Color,” the surge of newcomers engendered a national panic and led Americans to adopt a more restrictive, politicized view of how whiteness was to be allocated. Journalists, politicians, social scientists and immigration officials embraced the habit, separating ostensibly white Europeans into “races.” Some were designated “whiter” — and more worthy of citizenship — than others, while some were ranked as too close to blackness to be socially redeemable. The story of how Italian immigrants went from racialized pariah status in the 19th century to white Americans in good standing in the 20th offers a window onto the alchemy through which race is constructed in the United States, and how racial hierarchies can sometimes change.

Darker skinned southern Italians endured the penalties of blackness on both sides of the Atlantic. In Italy, Northerners had long held that Southerners — particularly Sicilians — were an “uncivilized” and racially inferior people, too obviously African to be part of Europe.

Racist dogma about Southern Italians found fertile soil in the United States. As the historian Jennifer Guglielmo writes, the newcomers encountered waves of books, magazines and newspapers that “bombarded Americans with images of Italians as racially suspect.” They were sometimes shut out of schools, movie houses and labor unions, or consigned to church pews set aside for black people. They were described in the press as “swarthy,” “kinky haired” members of a criminal race and derided in the streets with epithets like “dago,” “guinea” — a term of derision applied to enslaved Africans and their descendants — and more familiarly racist insults like “white nigger” and “nigger wop.”

The penalties of blackness went well beyond name-calling in the apartheid South. Italians who had come to the country as “free white persons” were often marked as black because they accepted “black” jobs in the Louisiana sugar fields or because they chose to live among African-Americans. This left them vulnerable to marauding mobs like the ones that hanged, shot, dismembered or burned alive thousands of black men, women and children across the South.

The federal holiday honoring the Italian explorer Christopher Columbus — celebrated on Monday — was central to the process through which Italian-Americans were fully ratified as white during the 20th century. The rationale for the holiday was steeped in myth, and allowed Italian-Americans to write a laudatory portrait of themselves into the civic record.

Few who march in Columbus Day parades or recount the tale of Columbus’s voyage from Europe to the New World are aware of how the holiday came about or that President Benjamin Harrison proclaimed it as a one-time national celebration in 1892 — in the wake of a bloody New Orleans lynching that took the lives of 11 Italian immigrants. The proclamation was part of a broader attempt to quiet outrage among Italian-Americans, and a diplomatic blowup over the murders that brought Italy and the United States to the brink of war.

Historians have recently showed that America’s dishonorable response to this barbaric event was partly conditioned by racist stereotypes about Italians promulgated in Northern newspapers like The Times. A striking analysis by Charles Seguin, a sociologist at Pennsylvania State University, and Sabrina Nardin, a doctoral student at the University of Arizona, shows that the protests lodged by the Italian government inspired something that had failed to coalesce around the brave African-American newspaper editor and anti-lynching campaigner Ida B. Wells — a broad anti-lynching effort.

A Black ‘Brute’ Lynched

The lynchings of Italians came at a time when newspapers in the South had established the gory convention of advertising the far more numerous public murders of African-Americans in advance — to attract large crowds — and justifying the killings by labeling the victims “brutes,” “fiends,” “ravishers,” “born criminals” or “troublesome Negroes.” Even high-minded news organizations that claimed to abhor the practice legitimized lynching by trafficking in racist stereotypes about its victims.

As Mr. Seguin recently showed, many Northern newspapers were “just as complicit” in justifying mob violence as their Southern counterparts. For its part, The Times made repeated use of the headline “A Brutal Negro Lynched,” presuming the victims’ guilt and branding them as congenital criminals. Lynchings of black men in the South were often based on fabricated accusations of sexual assault. As the Equal Justice Initiative explained in its 2015 report on lynching in America, a rape charge could occur in the absence of an actual victim and might arise from minor violations of the social code — like complimenting a white woman on her appearance or even bumping into her on the street.

The Times was not owned by the family that controls it today when it dismissed Ida B. Wells as a “slanderous and nasty-minded mulattress” for rightly describing rape allegations as “a thread bare lie” that Southerners used against black men who had consensual sexual relationships with white women. Nevertheless, as a Times editorialist of nearly 30 years standing — and a student of the institution’s history — I am outraged and appalled by the nakedly racist treatment my 19th-century predecessors displayed in writing about African-Americans and Italian immigrants.

When Wells took her anti-lynching campaign to England in the 1890s, Times editors rebuked her for representing “black brutes” abroad in an editorial that joked about what they described as “the practice of roasting Negro ravishers alive and boring out their eyes with red-hot pokers.” The editorial slandered African-Americans generally, referring to rape as “a crime to which Negroes are particularly prone.” The Times editors may have lodged objections to lynching — but they did so in a rhetoric firmly rooted in white supremacy.
‘Assassins by Nature’

Italian immigrants were welcomed into Louisiana after the Civil War, when the planter class was in desperate need of cheap labor to replace newly emancipated black people, who were leaving backbreaking jobs in the fields for more gainful employment.

These Italians seemed at first to be the answer to both the labor shortage and the increasingly pressing quest for settlers who would support white domination in the emerging Jim Crow state. Louisiana’s romance with Italian labor began to sour when the new immigrants balked at low wages and dismal working conditions.

The newcomers also chose to live together in Italian neighborhoods, where they spoke their native tongue, preserved Italian customs and developed successful businesses that catered to African-Americans, with whom they fraternized and intermarried. In time, this proximity to blackness would lead white Southerners to view Sicilians, in particular, as not fully white and to see them as eligible for persecution — including lynching — that had customarily been imposed on African-Americans.

Nevertheless, as the historian Jessica Barbata Jackson showed recently in the journal Louisiana History, Italian newcomers were still well thought of in New Orleans in the 1870s when negative stereotypes were being established in the Northern press.

The Times, for instance, described them as bandits and members of the criminal classes who were “wretchedly poor and unskilled,” “starving and wholly destitute.” The stereotype about inborn criminality is plainly evident in an 1874 story about Italian immigrants seeking vaccinations that refers to one immigrant as a “burly fellow, whose appearance was like that of the traditional brigand of the Abruzzi.”

A Times story in 1880 described immigrants, including Italians, as “links in a descending chain of evolution.” These characterizations reached a defamatory crescendo in an 1882 editorial that appeared under the headline “Our Future Citizens.” The editors wrote:

“There has never been since New York was founded so low and ignorant a class among the immigrants who poured in here as the Southern Italians who have been crowding our docks during the past year.”

The editors reserved their worst invective for Italian immigrant children, whom they described as “utterly unfit — ragged, filthy, and verminous as they were — to be placed in the public primary schools among the decent children of American mechanics.”

The racist myth that African-Americans and Sicilians were both innately criminal drove an 1887 Times story about a lynching victim in Mississippi whose name was given as “Dago Joe” — “dago” being a slur directed at Italian and Spanish-speaking immigrants. The victim was described as a “half breed” who “was the son of a Sicilian father and a mulatto mother, and had the worst characteristics of both races in his makeup. He was cunning, treacherous and cruel, and was regarded in the community where he lived as an assassin by nature.”
Sicilians as ‘Rattlesnakes’

The carnage in New Orleans was set in motion in the fall of 1890, when the city’s popular police chief, David Hennessy, was assassinated on his way home one evening. Hennessy had no shortage of enemies. The historian John V. Baiamonte Jr. writes that he had once been tried for murder in connection with the killing of a professional rival. He is also said to have been involved in a feud between two Italian businessmen. On the strength of a clearly suspect witness who claimed to hear Mr. Hennessy say that “dagoes” had shot him, the city charged 19 Italians with complicity in the chief’s murder.

That the evidence was distressingly weak was evident from the verdicts that were swiftly handed down: Of the first nine to be tried, six were acquitted; three others were granted mistrials. The leaders of the mob that then went after them advertised their plans in advance, knowing full well that the city’s elites — who coveted the businesses the Italians had built or hated the Italians for fraternizing with African-Americans — would never seek justice for the dead. After the lynching, a grand jury investigation pronounced the killings praiseworthy, turning that inquiry into what the historian Barbara Botein describes as “possibly one of the greatest whitewashes in American history.”

The blood of the New Orleans victims was scarcely dry when The Times published a cheerleading news story — “Chief Hennessy Avenged: Eleven of his Italian Assassins Lynched by a Mob” — that reveled in the bloody details. It reported that the mob had consisted “mostly of the best element” of New Orleans society. The following day, a scabrous Times editorial justified the lynching — and dehumanized the dead, with by-now-familiar racist stereotypes.

“These sneaking and cowardly Sicilians,” the editors wrote, “the descendants of bandits and assassins, who have transported to this country the lawless passions, the cutthroat practices … are to us a pest without mitigations. Our own rattlesnakes are as good citizens as they. Our own murderers are men of feeling and nobility compared to them.” The editors concluded of the lynching that it would be difficult to find “one individual who would confess that privately he deplores it very much.”
Lynchers in 1891 storming the New Orleans city jail, where they killed 11 Italian-Americans accused in the fatal shooting of Chief Hennessy. Italian Tribune

President Harrison would have ignored the New Orleans carnage had the victims been black. But the Italian government made that impossible. It broke off diplomatic relations and demanded an indemnity that the Harrison administration paid. Harrison even called on Congress in his 1891 State of the Union to protect foreign nationals — though not black Americans — from mob violence.

Harrison’s Columbus Day proclamation in 1892 opened the door for Italian-Americans to write themselves into the American origin story, in a fashion that piled myth upon myth. As the historian Danielle Battisti shows in “Whom We Shall Welcome,” they rewrote history by casting Columbus as “the first immigrant” — even though he never set foot in North America and never immigrated anywhere (except possibly to Spain), and even though the United States did not exist as a nation during his 15th-century voyage. The mythologizing, carried out over many decades, granted Italian-Americans “a formative role in the nation-building narrative.” It also tied Italian-Americans closely to the paternalistic assertion, still heard today, that Columbus “discovered” a continent that was already inhabited by Native Americans.

But in the late 19th century, the full-blown Columbus myth was yet to come. The New Orleans lynching solidified a defamatory view of Italians generally, and Sicilians in particular, as irredeemable criminals who represented a danger to the nation. The influential anti-immigrant racist Representative Henry Cabot Lodge of Massachusetts, soon to join the United States Senate, quickly appropriated the event. He argued that a lack of confidence in juries, not mob violence, had been the real problem in New Orleans. “Lawlessness and lynching are evil things,” he wrote, “but a popular belief that juries cannot be trusted is even worse.”

Facts aside, Lodge argued, beliefs about immigrants were in themselves sufficient to warrant higher barriers to immigration. Congress ratified that notion during the 1920s, curtailing Italian immigration on racial grounds, even though Italians were legally white, with all of the rights whiteness entailed.

The Italian-Americans who labored in the campaign that overturned racist immigration restrictions in 1965 used the romantic fictions built up around Columbus to political advantage. This shows yet again how racial categories that people mistakenly view as matters of biology grow out of highly politicized myth making.

Voir aussi:

What Columbus Day Really Means

If you think the holiday pits Native Americans against Italian Americans, consider the history behind its origin

William J. Connell
American scholar
October 4, 2012

During the run-up to Columbus Day I usually get a call from at least one and sometimes several newspaper reporters who are looking for the latest on what has become one of the most controversial of our national holidays. Rather than begin with whatever issues the media are covering—topics like the number of deaths in the New World caused by the European discovery; or the attitude of Columbus toward the indigenous inhabitants of the Caribbean (whom he really did want to use as forced laborers); or whether syphilis really came from the Americas to Europe; or whether certain people (the cast of The Sopranos, Supreme Court Justice Antonin Scalia) deserve to be excluded from or honored in the parade in New York—I always try to remind the reporters that Columbus Day is just a holiday.

Leave the parades aside. The most evident way in which holidays are celebrated is by taking a day off from work or school. Our system of holidays, which developed gradually over time and continues to evolve, is founded upon the recognition that weekends are not sufficient, that some jobs don’t offer much time off, and that children and teachers need a break now and then in the course of the school year. One characteristic of holidays is that unless they are observed widely, which is to say by almost everyone, many of us wouldn’t take them. There are so many incremental reasons for not taking time off (to make some extra money, to impress the boss, or because we’re our own bosses and can’t stop ourselves) that a lot of us would willingly do without a day’s vacation that would have been good both for us and for society at large if we had taken it. That is why there are legal holidays.

But which days should be holidays? Another way of posing the question would be to say, “Given that holidays are necessary, but that left to their own devices people would simply work, how do you justify a legal holiday so that it does not appear completely arbitrary, and so that people will be encouraged to observe it?” Most of the media noise around the Columbus Day holiday is about the holiday’s excuse, not the holiday itself. Realizing that helps to put matters in perspective.

In a country of diverse religious faiths and national origins like the United States, it made sense to develop a holiday system that was not entirely tied to a religious calendar. (Christmas survives here, of course, but in law it’s a secular holiday much like New Year’s Day.) So Americans do not all leave for the shore on August 15th, the Feast of the Assumption of the Blessed Virgin, the way Italians do; and while St. Patrick’s Day is celebrated by many Americans, it is not a legal holiday in any of the states. The American system of holidays was constructed mostly around a series of great events and persons in our nation’s history. The aim was to instill a feeling of civic pride. Holidays were chosen as occasions to bring everyone together, not for excluding certain people. They were supposed to be about the recognition of our society’s common struggles and achievements. Civic religion is often used to describe the principle behind America’s calendar of public holidays.

Consider the range and variability of the meanings of our holidays. Certainly they have not always been occasions for celebration: Memorial Day and Veterans’ Day involve mourning for the dead and wounded. Labor Day commemorated significant hardships in the decades when unions were struggling to organize. Having grown up in the 1960s I remember how Abraham Lincoln’s Birthday (now lumped in with Presidents’ Day, and with some of its significance transferred to Martin Luther King, Jr. Day) took on special meaning during the Civil Rights movement and after the JFK assassination.

When thinking about the Columbus Day holiday it helps to remember the good intentions of the people who put together the first parade in New York. Columbus Day was first proclaimed a national holiday by President Benjamin Harrison in 1892, 400 years after Columbus’s first voyage. The idea, lost on present-day critics of the holiday, was that this would be a national holiday that would be special for recognizing both Native Americans, who were here before Columbus, and the many immigrants—including Italians—who were just then coming to this country in astounding numbers. It was to be a national holiday that was not about the Founding Fathers or the Civil War, but about the rest of American history. Like the Columbian Exposition dedicated in Chicago that year and opened in 1893, it was to be about our land and all its people. Harrison especially designated the schools as centers of the Columbus celebration because universal public schooling, which had only recently taken hold, was seen as essential to a democracy that was seriously aiming to include everyone and not just preserve a governing elite.

You won’t find it in the public literature surrounding the first Columbus Day in 1892, but in the background lay two recent tragedies, one involving Native Americans, the other involving Italian Americans. The first tragedy was the massacre by U.S. troops of between 146 and 200 Lakota Sioux, including men, women and children, at Wounded Knee, South Dakota, on December 29, 1890. Shooting began after a misunderstanding involving an elderly, deaf Sioux warrior who hadn’t heard and therefore did not understand that he was supposed to hand over his rifle to the U.S. Cavalry. The massacre at Wounded Knee marked the definitive end of Indian resistance in the Great Plains. The episode was immediately seen by the government as potentially troubling, although there was much popular sentiment against the Sioux. An inquiry was held, the soldiers were absolved, and some were awarded medals that Native Americans to this day are seeking to have rescinded.

A second tragedy in the immediate background of the 1892 Columbus celebration took place in New Orleans. There, on March 14, 1891—only 10 weeks after the Wounded Knee Massacre—11 Italians were lynched in prison by a mob led by prominent Louisiana politicians. A trial for the murder of the New Orleans police chief had ended in mistrials for three of the Italians and the acquittal of the others who were brought to trial. Unhappy with the verdict and spurred on by fear of the “Mafia” (a word that had only recently entered American usage), civic leaders organized an assault on the prison to put the Italians to death. This episode was also troubling to the U.S. Government. These were legally innocent men who had been killed. But Italians were not very popular, and even Theodore Roosevelt was quoted as saying that he thought the New Orleans Italians “got what they deserved.” A grand jury was summoned, but no one was charged with a crime. President Harrison, who would proclaim the Columbus holiday the following year, was genuinely saddened by the case, and over the objections of some members of congress he paid reparations to the Italian government for the deaths of its citizens.

Whenever I hear of protests about the Columbus Day holiday—protests that tend to pit Native Americans against Italian Americans, I remember these tragedies that occurred so soon before the first Columbus Day holiday, and I shake my head. President Harrison did not allude to either of these sad episodes in his proclamation of the holiday, but the idea for the holiday involved a vision of an America that would get beyond the prejudice that had led to these deaths. Columbus Day was supposed to recognize the greatness of all of America’s people, but especially Italians and Native Americans.

Consider how the first Columbus Day parade in New York was described in the newspapers. It consisted mostly of about 12,000 public school students grouped into 20 regiments, each commanded by a principal. The boys marched in school uniforms or their Sunday best, while the girls, dressed in red, white and blue, sat in bleachers. Alongside the public schoolers there were military drill squads and 29 marching bands, each of 30 to 50 instruments. After the public schools, there followed 5,500 students from the Catholic schools. Then there were students from the private schools wearing school uniforms. These included the Hebrew Orphan Asylum, the Barnard School Military Corps, and the Italian and American Colonial School. The Dante Alighieri Italian College of Astoria was dressed entirely in sailor outfits. These were followed by the Native American marching band from the Carlisle Indian School in Pennsylvania, which, according to one description, included “300 marching Indian boys and 50 tall Indian girls.” That the Native Americans came right after the students from the Dante Alighieri School speaks volumes about the spirit of the original Columbus Day.

I teach college kids, and since they tend to be more skeptical about Columbus Day than younger students, it’s nice to point out that the first Columbus Day parade had a “college division.” Thus 800 New York University students played kazoos and wore mortarboards. In between songs they chanted “Who are we? Who are we? New York Universitee!” The College of Physicians and Surgeons wore Skeletons on their hats. And the Columbia College students marched in white hats and white sweaters, with a message on top of their hats that spelled out “We are the People.”

So Columbus Day is for all Americans. It marks the first encounter that brought together the original Americans and the future ones. A lot of suffering followed, and a lot of achievement too. That a special role has been reserved for Italians in keeping the parades and the commemoration alive for well over a century seems right, since Columbus was Italian—although even in the 1890s his nationality was being contested. Some people, who include respectable scholars, still argue, based on elements of his biography and family history, that Columbus must really have been Spanish, Portuguese, Jewish, or Greek, instead of, or in addition to, Italian. One lonely scholar in the 1930s even wrote that Columbus, because of a square jaw and dirty blond hair in an old portrait, must have been Danish. The consensus, however, is that he was an Italian from outside of Genoa.

So much for his ethnicity. What about his moral standing? In the late 19th century an international movement, led by a French priest, sought to have Columbus canonized for bringing Christianity to the New World. To the Catholic Church’s credit, this never got very far. It sometimes gets overlooked in current discussions that we neither commemorate Columbus’s birthday (as was the practice for Presidents Washington and Lincoln, and as we now do with Martin Luther King, Jr.) nor his death date (which is when Christian saints are memorialized), but rather the date of his arrival in the New World. The historical truth about Columbus—the short version suitable for reporters who are pressed for time—is that Columbus was Italian, but he was no saint.

The holiday marks the event, not the person. What Columbus gets criticized for nowadays are attitudes that were typical of the European sailing captains and merchants who plied the Mediterranean and the Atlantic in the 15th century. Within that group he was unquestionably a man of daring and unusual ambition. But what really mattered was his landing on San Salvador, which was a momentous, world-changing occasion such as has rarely happened in human history. Sounds to me like a pretty good excuse for taking a day off from work.

Voir également:

Study traces origins of syphilis in Europe to New World

New evidence from the jungles of Guyana suggests Christopher Columbus and his crewmates carried syphilis-causing bacteria from America to Europe, triggering a massive epidemic that killed more than five million people there.

The findings — which scientists said are the first attempt to use molecular genetics to address the problem of the origin of the venereal disease — were published Monday in the online journal Public Library of Science/Neglected Tropical Disease.

They suggest that Columbus and his crew of explorers brought the deadly disease back from the New World during their famous voyage in 1492 while a non-sexually transmitted subspecies was already in existence in Renaissance Europe, or the Old World.

The study was based around an exceptionally large specimen provided by Canadian infectious disease specialist Dr. Michael Silverman, who leads a medical team into the rainforests of Guyana each year to treat villagers who have virtually no contact with the outside world.

There, he discovered children with ulcer-like lesions on their arms and legs, « just like you get with syphilis but in the wrong place, » he told CBC.

Blood tests confirmed the children had yaws, an infectious skin disease believed to be extinct in the Western Hemisphere, though still present in parts of Africa and southeast Asia.

Yaws is considered the cousin of syphilis as they are both distinct varieties of the same bacterium.

Further testing by researchers in the United States suggested that yaws, in fact, was the elder cousin — an ancient infection that evolved from a harmless skin-to-skin condition of the limbs into a devastating sexually transmitted disease around the time of contact with Europeans.

« They couldn’t really catch it because they had long sleeves, long pants, » Silverman said. « So the only way they could get it, the only time they would expose their skin and might touch somebody was when they dropped their pants to have sex. »

Upon the Europeans’ return, many of them joined the army of Charles VIII in 1495 and invaded Italy. After their victory in Naples, the army — mostly made of mercenaries — returned home and spread syphilis across the Continent, culminating in the Great Pox.

This first outbreak of syphilis, documented just two years after Columbus and his men sailed the ocean blue in 1492, is believed to have killed more than five million Europeans.

« In this case we have an example of a disease that went the other way, from Native Americans to Europeans, » said Dr. Kristin Harper, a researcher in molecular genetics at Atlanta’s Emory University and the principal investigator in the study published Monday.

« So that’s especially interesting, I think. »

Syphilis is usually transmitted through sexual contact and initially results in a painless, open sore or ulcer in the area of exposure. The second stage consists of a rash on the palms of the hands or soles of the feet.

Left untreated, the disease eventually attacks the heart, eyes and brain and can lead to mental illness, blindness and death.

Voir de plus:

Case Closed? Columbus Introduced Syphilis to Europe

Syphilis was one of the first global diseases, and understanding where it came from and how it spread may help us combat diseases today

In 1492, Columbus sailed the ocean blue, but when he returned from ‘cross the seas, did he bring with him a new disease?

New skeletal evidence suggests Columbus and his crew not only introduced the Old World to the New World, but brought back syphilis as well, researchers say.

Syphilis is caused by Treponema pallidum bacteria, and is usually curable nowadays with antibiotics. Untreated, it can damage the heart, brain, eyes and bones; it can also be fatal.

The first known epidemic of syphilis occurred during the Renaissance in 1495. Initially its plague broke out among the army of Charles the VIII after the French king invaded Naples. It then proceeded to devastate Europe, said researcher George Armelagos, a skeletal biologist at Emory University in Atlanta.

« Syphilis has been around for 500 years, » said researcher Molly Zuckerman at Mississippi State University. « People started debating where it came from shortly afterward, and they haven’t stopped since. It was one of the first global diseases, and understanding where it came from and how it spread may help us combat diseases today. »

Stigmatized disease

The fact that syphilis is a stigmatized sexually transmitted disease has added to the controversy over its origins. People often seem to want to blame some other country for it, said researcher Kristin Harper, an evolutionary biologist at Emory. [Top 10 Stigmatized Health Disorders]

Armelagos originally doubted the so-called Columbian theory for syphilis when he first heard about it decades ago. « I laughed at the idea that a small group of sailors brought back this disease that caused this major European epidemic, » he recalled. Critics of the Columbian theory have proposed that syphilis had always bedeviled the Old World but simply had not been set apart from other rotting diseases such as leprosy until 1500 or so.

However, upon further investigation, Armelagos and his colleagues got a shock — all of the available evidence they found supported the Columbian theory, findings they published in 1988. « It was a paradigm shift, » Armelagos says. Then in 2008, genetic analysis by Armelagos and his collaborators of syphilis’s family of bacteria lent further support to the theory.

Still, there have been reports of 50 skeletons from Europe dating back from before Columbus set sail that apparently showed the lesions of chronic syphilis. These seemed to be evidence that syphilis originated in the Old World and that Columbus was not to blame.

Armelagos and his colleagues took a closer look at all the data from these prior reports. They found most of the skeletal material didn’t actually meet at least one of the standard diagnostic criteria for chronic syphilis, such as pitting on the skull, known as caries sicca, and pitting and swelling of the long bones.

In the seafood?

The 16 reports that did meet the criteria for syphilis came from coastal regions where seafood was a large part of the diet. This seafood contains « old carbon » from deep, upwelling ocean waters. As such, they might fall prey to the so-called « marine reservoir effect » that can throw off radiocarbon dating of a skeleton by hundreds or even thousands of years. To adjust for this effect, the researchers figured out the amount of seafood these individuals ate when alive. Since our bodies constantly break down and rebuild our bones, measurements of bone-collagen protein can provide a record of diet.

« Once we adjusted for the marine signature, all of the skeletons that showed definite signs of treponemal disease appeared to be dated to after Columbus returned to Europe, » Harper said, findings detailed in the current Yearbook of Physical Anthropology.

« What it really shows to me is that globalization of disease is not a modern condition, » Armelagos said. « In 1492, you had the transmission of a number of diseases from Europe that decimated Native Americans, and you also had disease from Native Americans to Europe. »

« The lesson we can learn for today from history is that these epidemics are the result of unrest, » Armelagos added. « With syphilis, wars were going on in Europe at the time, and all the turmoil set the stage for the disease. Nowadays, a lot of diseases jump the species barrier due to environmental unrest. »

« The origin of syphilis is a fascinating, compelling question, » Zuckerman said. « The current evidence is pretty definitive, but we shouldn’t close the book and say we’re done with the subject. The great thing about science is constantly being able to understand things in a new light. »

Of all the bedtime-story versions of American history we teach, the tidy Thanksgiving pageant may be the one stuffed with the heaviest serving of myth. This iconic tale is the main course in our nation’s foundation legend, complete with cardboard cutouts of bow-carrying Native American cherubs and pint-size Pilgrims in black hats with buckles. And legend it largely is.

In fact, what had been a New England seasonal holiday became more of a “national” celebration only during the Civil War, with Lincoln’s proclamation calling for “a day of thanksgiving” in 1863.

That fall, Lincoln had precious little to be thankful for. The Union victory at Gettysburg the previous July had come at a dreadful cost – a combined 51,000 estimated casualties, with nearly 8,000 dead. Enraged by draft laws and emancipation, rioters in Northern cities like New York went on bloody rampages. And the president and his wife, Mary, were still mourning the loss of their 11-year-old son, Willie, who had died the year before.

So it might seem odd that Lincoln chose this moment to announce a national day of thanksgiving, to be marked on the last Thursday in November. His Oct. 3, 1863, proclamation read: “In the midst of a civil war of unequaled magnitude and severity … peace has been preserved with all nations, order has been maintained, the laws have been respected and obeyed, and harmony has prevailed everywhere, except in the theater of military conflict.”

But it took another year for the day to really catch hold. In 1864 Lincoln issued a second proclamation, which read, “I do further recommend to my fellow-citizens aforesaid that on that occasion they do reverently humble themselves in the dust.” Around the same time, the heads of Union League clubs – Theodore Roosevelt’s father among them – led an effort to provide a proper Thanksgiving meal, including turkey and mince pies, for Union troops. As the Civil War raged on, four steamers sailed out of New York laden with 400,000 pounds of ham, canned peaches, apples and cakes – and turkeys with all the trimmings. They arrived at Ulysses S. Grant’s headquarters in City Point, Va., then one of the busiest ports in the world, to deliver dinner to the Union’s “gallant soldiers and sailors.”

This Thanksgiving delivery was an unprecedented effort – a huge fund-raising and food-collection drive. One soldier said, “It isn’t the turkey, but the idea we care for.”

The good people of nearby Petersburg, Va., had no turkey. Surrounded and besieged by Grant’s armies since June, they were lucky to eat at all. The local flocks of pigeons had all mysteriously disappeared and “starvation parties” were a form of mordant entertainment in this once cosmopolitan town.

What prompted Lincoln to issue these proclamations – the first two in an unbroken string of presidential Thanksgiving proclamations – is uncertain. He was not the first president to do so. George Washington and James Madison had earlier issued “thanksgiving” proclamations, calling for somber days of prayer. Perhaps Lincoln saw an opportunity to underscore shared American traditions – a theme found in the “mystic chords of memory” stretching from “every patriot grave” in his first inaugural.

Or he may have been responding to the passionate entreaties of Sara Josepha Hale, editor of Godey’s Lady’s Book – the Good Housekeeping of its day. Hale, who contributed to American folkways as the author of “Mary had a Little Lamb,” had been advocating in the magazine for a national day of Thanksgiving since 1837. Even as many states had begun to observe Thanksgiving, she wrote in 1860, “It will no longer be a partial and vacillating commemoration of our gratitude to our Heavenly Father, observed in one section or State, while other portions of our common country do not sympathize in the gratitude and gladness.”

So how did the lore of that Pilgrim repast get connected to Lincoln’s wartime proclamations?

The Plymouth “first Thanksgiving” dates from an October 1621 harvest celebration, an event at which the surviving passengers of the Mayflower – about half of the approximately 100 on board — were able to mark their communal harvest with a shared feast. By the account of the Pilgrim leader Edward Winslow, this event was no simple sit-down dinner, but a three-day revel. “Amongst other recreations,” Winslow wrote, “we exercised our arms, many of the Indians coming amongst us, and among the rest their greatest king Massasoit, with some ninety men, whom for three days we entertained and feasted, and they went out and killed five deer, which we brought to the plantation.”

There is nothing novel or uniquely American — and nothing especially “Pilgrim”– about giving thanks for a successful harvest. Certainly it has been done by people throughout history and surely by earlier Europeans in America as well as Native Americans.

But New Englanders, who had long marked a Founders Day as a celebration of the Pilgrim and Puritan arrivals, began to move across America and took this tradition – and their singular version of history — with them. Essentially a churchgoing day with a meal that followed, the celebration of that legendary feast gradually evolved into the Thanksgiving we know.

Eventually, it was commingled with Lincoln’s first proclamation. During the post-Civil War period, the iconic Thanksgiving meal and the connection to the Pilgrims were cemented in the popular imagination, through artistic renderings of black-cloaked, churchgoing, gun-toting Puritans, a militant, faithful past that most likely rang familiar for many Civil War Americans.

But one crucial piece remained: The elevation of Thanksgiving to a true national holiday, a feat accomplished by Franklin D. Roosevelt. In 1939, with the nation still struggling out of the Great Depression, the traditional Thanksgiving Day fell on the last day of the month – a fifth Thursday. Worried retailers, for whom the holiday had already become the kickoff to the Christmas shopping season, feared this late date. Roosevelt agreed to move his holiday proclamation up one week to the fourth Thursday, thereby extending the critical shopping season.

Some states stuck to the traditional last Thursday date, and other Thanksgiving traditions, such as high school and college football championships, had already been scheduled. This led to Roosevelt critics deriding the earlier date as “Franksgiving.” With 32 states joining Roosevelt’s “Democratic Thanksgiving, ” 16 others stuck with the traditional date, or “Republican Thanksgiving.” After some congressional wrangling, in December 1941, Roosevelt signed the legislation making Thanksgiving a legal holiday on the fourth Thursday in November. And there it has remained.


Kenneth C. Davis is the author of “Don’t Know Much About History” and “America’s Hidden History.” His forthcoming book, “The Hidden History of America At War: Untold Tales from Yorktown to Fallujah,” includes an account of the siege of Petersburg, Va.

Voir par ailleurs:

The Cowardly Incoherence of Name-Changing, Statue-Toppling, and other Iconoclasms

 

 

 

 

A few activists succeed in demonizing Father Serra and removing a mission bell, but progressives still want the names ‘Stanford’ and ‘Yale’ on their résumés.My undergraduate alma mater, UC Santa Cruz, recently agreed to remove a mission bell donated years ago by a local women’s club.

The university ceded to the wishes of one Valentin Lopez. He is the chairman of the Amah Mutsun Tribal Band.

Val brought forth concerns to us about the symbolism of the bell. He spoke of the historical injustices and oppression that the bell represents to the Amah Mutsun and indigenous populations. It was such a compelling statement of impact and I am pleased we have been able to work in partnership with them on the removal. Our students have also given voice to the need to remove the bell.

So said Sarah Latham, vice chancellor for business and administrative services at UCSC.

The triumphant Lopez added, “These bells are deeply painful symbols that celebrate the destruction, domination and erasure of our people. They are constant reminders of the disrespect our tribe faces to this day.” Latham offered no clarification about the definition of “students have also given voice,” in terms of numbers of students or votes. Neither the taxpayers of the state-funded institution nor the alumni were surveyed. Apparently, no one wondered, while considering the list of impediments to the progress of Native Americans, just how high an offending bell at UC Santa Cruz ranks.

About the same time, at San Francisco’s Washington High School, it was announced that an 83-year-old mural chronicling George Washington’s life was slated to be removed, destroyed, or covered up, owing to “accusations of racism.”

Yet the artist, Victor Arnautoff, was a leftist who in 1936 had sought to offer a realistic view of what he thought was a flawed American history. No matter. The school board caved to the objections of one Virginia Marshall, apparent spokesperson for “the Alliance of Black School Educators,” who demanded the removal: “It is a racist mural. My history should not be racist but it is. I came from slaves.”

Apparently thus spoke Zarathustra. And, presto, the board of education then caved, vowing to find the $375,000 to $825,000 to Trotskyize the mural and please Virginia Marshall.

No one meekly suggested that perhaps 20 to 30 annual tutors might be hired for the same sum to address any perceived asymmetries in comparative school achievement. A cynic might add that there are greater challenges to achieving parity for black public-school students than a historic mural. (I would suggest either recalling the school board, providing more vouchers and access to charter schools, or inculcating a new ethos among wealthy progressives that would lead them to enroll their children in inner-city public schools and match their elevated rhetoric with concrete reality.)

These examples of destruction or removal could easily be multiplied. My graduate alma mater and current employer, Stanford University, recently removed the name of Father Junipero Serra from two buildings and a mall on campus. Yet to avoid too much disruption (and perhaps to allay fears of alumni donors), it did not erase all things referencing the now odious Serra from other more recognizable streets and places.

As Stanford put it, describing the deplatformed and defriended Father Serra: As founder of the missions of early California, he was responsible for “harmful and violent impacts of the mission system on Native Americans, including through forced labor, forced living arrangements and corporal punishment.”

Epidemics of iconoclasm (from the Greek “breaking of icons”) erupt often throughout history, usually but not always in a religious context. And is not political correctness our era’s version of religion?

In our own time, we remember the Taliban’s recent destruction of the monumental sixth-century “Buddhas of Bamiyan” statues in Afghanistan, or the torching of priceless manuscripts in Timbuktu by Mali Islamists. The arguments for such destruction were not unfamiliar to American leftists and identity-politics activists: Such icons were hurtful to particular marginalized groups and an affront to their dignity and therefore must vanish.

The destruction of pictures, books, statues, and icons occurred periodically during Byzantine, Catholic, and Protestant church history, and was usually marked spurts of religious fanaticism, intolerance, and fear. Indeed, in early Byzantine history, iconoclasm was in part driven by frontier Christian towns, terrified that Constantinople’s use of ubiquitous symbols of Christ and Church fathers might provoke their neighboring Muslim adversaries into violence. We forget the role of fear and cowardice in iconoclasm, ancient and modern.

Politics of the day of course often determined who or what was defaced or destroyed. Yesterday’s deified Roman emperor was today’s persona non grata. Recently deceased Roman grandees suffered damnatio memoriae (damnation of memory) and so, Soviet-style, had their faces erased from stone imagery — albeit sometimes bodies were left intact as a money-saving gesture, in perhaps history’s first example of the efficacy of interchangeable parts.

French revolutionaries, like our modern iconoclasts who topple statues of Confederate soldiers in the night, often went wild destroying monuments, portraits, and names affiliated with the Ancien Régime and the Catholic Church. Like frontier posses who stormed jails to lynch detained suspects, such gangs often relied on numbers and darkness.

When I lived in Greece, it became a parlor game in my Athenian neighborhood to count how many time nocturnal political vandals would chop off the bronze head of the Harry Truman statue. His apparent sins at that time were that, years earlier, he had funneled American money to war-torn impoverished Greece and thus curtained its chance of enjoying the benefits of Soviet Communism with its Balkan neighbors of the era. Since then, poor twelve-foot bronze Harry has been guillotined, graffitied, painted, bombed, and toppled, according to the current anti-American gripe of the day.

So iconoclasm of the past and our current social-justice statue-topplers, aggrieved name-changers, and angry image-removers are often predictable. Here are a few of the rules of their ancient and modern wars on the past.

Undemocratic

The agitators are never democratic and rarely act with any popular mandate or consensus. UC Santa Cruz did not hold a referendum to see whether Valentin Lopez enjoyed majority student, much less community, support. Many in the Latino community, as traditional Catholics, might hold a more balanced view of Father Serra, given the crowds of present-day tourists and worshipers who daily frequent the California missions. That demographic fact may be why an otherwise hyper-political and often unhinged California state government apparently does not dare rename, remodel, or close down the touristy missions.

Instead, in most cases, bureaucrats simply react to the loudest and most bothersome agitation. Their assumption is that political activists can easily smear their résumés, while the silent majority of citizens is mostly too busy to object and will not rally en masse to their sobriety.

Bureaucratic and Careerist

When the wild demands of a few are made to destroy this or rename that, the race is on among administrators, bureaucrats, and careerist state officials to appease rapidly, and in the most unctuous fashion, usually by employing bureaucratese such as “harmful” and “hurtful” and “impacts” — without any real research into the complexities of the history in question, which so often is paradoxically tragic rather than simplistically melodramatic. Anyone who has served on a dean or provost’s search committee will be familiar with the embarrassing boilerplate letter from the applicant that references his past progressive dexterity in caving to such demands, the more obsequiously the better for future advancement.

Opportunistic and Selective

Rarely do the revisionists who wage war on history offer any rational and systematic agenda for their otherwise spontaneous tantrums. Father Serra is a demon because his views of civilization included transforming California from a sparsely populated land of impoverished native peoples into a Catholic outpost of the Spanish Empire, to be supposedly enriched by faith, commerce, agriculture, communications, and literacy — an agenda that included coercive beating and cultural transformation.

But is Father Serra a Hitlerian figure to his contemporary enemies or just a nuisance? Translated, does that mean Lopez is satisfied that he gets credit for removing one obscure bell at UC Santa Cruz, when there are still hundreds of such iconic bells dotting the ancient El Camino Real that joined the missions? Would he be willing to take on much of the working classes of the California Latino community who may feel that Serra’s legacy enhances their religious heritage and whose anachronistic ideas of “progress,” mutatis mutandis, nonetheless helped make California the sort of place that was preferable to, say, Oaxaca and thus worth risking one’s life to cross the border to reach?

Stanford justifies its selective Father Serra name-changing by citing the “violent impacts” of his “forced labor, forced living arrangements and corporal punishment.”

How rich the vocabulary, given that many social reformers of the last 150 years have targeted Leland Stanford himself — maligned as the “robber baron” and “Big Four” schemer, founder and donor of Leland Stanford Jr. University — with precisely that allegation. The usual writ is that Stanford brutally imported Asian laborers as construction workers in his vast railroad archipelago. He wrote freely about their racial inferiority, and he exploited them mercilessly as he built a vast fortune, much of it central to founding the university that now bears both his son’s and, by extension, his own family name.

When I was a graduate student in 1975, undergraduates (at least then far less hypocritical than their contemporary descendants) voted to rename their own university mascot from “Indians” to “Robber Barons,” a plebiscite whose results were quickly nullified by administrators.

In the pantheon of race, class, and gender villains, many historians might rank Stanford as a Serra coequal who justified his civilizing mission in terms of breaking eggs to make an omelet.

To be consistent, Stanford University might at least decide whether or not Serra nomenclature is toxic, rather than selectively blotting out a rarer Serra reference here and there on the theory that students will be pacified by a morsel of politically correct iconoclasm while gift-giving alums might go ballistic at a politically correct feast. Certainly, Stanfordites would not welcome any name change of their beloved Junipero Serra Boulevard that runs through campus; otherwise, it logically might be the best virtue-signaled target of Stanford political correctness.

Note that the university is no more likely to change the name of Stanford to something like Amah Mutsun University to rectify the theft of indigenous peoples’ lands than Yale University is willing to give up the names of its slave-owning founders. The selective outrage is not just because old white Neanderthal alumni love going to Yale or Stanford iconic football games, but rather because tens of thousands of woke nonwhite students and alumni are proud of their tony “Yale” and “Stanford” diplomas. They are not about to destroy their career investments in such a brand name on the altar of systematic and coherent politically correct name-changing.

Left-Wing

The new iconoclasm is almost as exclusively progressive in the West as it is reactionary in the contemporary Muslim world. But the common thread, past and present, East and West, to epidemics of name-changing, statue-smashing, and mural-erasing is political opportunism fueled by fear and careerist anxiety.

Certainly — in the age of #MeToo and heightened awareness of the lifelong damage to women from rape, sexual harassment, and asymmetrical sexual relationships fueled by an imbalance of power — no one is suggesting that thousands of local and state boulevards that were renamed Martin Luther King Jr. in the 1970s should now retransition, given recent disturbing revelations that King might have allowed a rape to occur in his presence, was a serial philanderer, and often, under today’s definitions, pressured sex from younger and more vulnerable females.

No one would dare suggest that feminist icon Margaret Sanger’s name be removed from awards, dinners, or monuments, given that by any modern standard she would be classified as a racist eugenicist. She saw abortion on demand, at least partly, as a way of limiting the growth of perceived nonwhite populations. The disproportionate number of African Americans aborted through the agency of Sanger’s legacy, Planned Parenthood, seems a logical consequence of her founding ideology.

In my hometown, I certainly have not demanded that the city council remove what I see as a somewhat offensive statue of the Aztec goddess Coatlicue. She is usually portrayed as a hideous clawed mother goddess, decked out in writhing serpents, with a grotesque necklace of dangling human hearts, skulls, and hands. She was an unforgiving goddess for whom tens of thousands of innocent men, women, and especially children, many of them indigenous peoples enslaved by the Aztecs, were sacrificed. Why honor such a monster?

In such a vein, one could argue that the San Diego State “Aztecs” glorify triumphalist imperialist mass murderers, even more than the supposedly offensively named Washington Redskins do. Immigrants from Oaxaca and southern Mexico are as likely to be descendants from Tlaxcala, which resisted the Aztec Empire, as they are descendants of the Aztecs themselves. So they could be the progeny of people targeted for extinction and human sacrifice by a neighboring fascist imperialist bully.

The truth is that once the statue-smasher and name-changer gets a free hand, we should expect no logic, no respite from zealotry and bigotry. He operates from emotion, not reason, and his currency is intimidation, not persuasion, consistency, and coherence — when no official is willing to just say “No!” Taking down a mural of George Washington makes about as much sense as erasing all the thousands of streets and statues named for Caesar Chavez, who at times operated hand in glove with a nightmarish Synanon cult to denigrate his own members (“Every time we look at them, they want more money,” Chavez said in 1977, complaining about farm workers. “Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”) 

Chavez sent his union goons down to the border to beat up, intimidate, and force back illegal aliens whom he derided as scab laborers dangerous to the unionizing efforts of his familial union empire. Pressed on his derogatory use of “illegals” and treatment of the undocumented, he scoffed, “No, a spade’s a spade. You guys get these hang-ups. Goddamn it, how do we build a union? They’re wets, you know. They’re wets, and let’s go after them.” In comparison, Father Serra might seem to some benign.

The insanity that we are witnessing has little or nothing to do with icons that institutionalize disparities or impede social justice. Iconoclasm is about power — and the psychological lift that comes with exercising it.

Voir enfin:

Cook (Noble David), Born to Die. Disease and New World Conquest, 1492-1650

[compte-rendu]

Outre-Mers. Revue d’histoire Année 1999 324-325 pp. 363-365

COOK (Noble David), Born to Die. Diseuse and New World Conquest, 1492-1650. Cambridge University Press, 1998, 23 cm, 248 pages, cartes, illustrations, index.

La rapidité de la conquête de l’Amérique ibérique, comme l’ampleur du traumatisme démographique subi par les populations amérindiennes, ont très vite interpellé les contemporains. Deux principales explications fleurissent ainsi dès le XVT siècle. Popularisée par les écrits de Bartholomé de Las Casas, la première insiste sur la cruauté des Espagnols ; une explication aussitôt reprise et amplifiée par les ressortissants des nouvelle puissances coloniales de l’Europe du Nord-Ouest, ennemies plus ou moins acharnées de la très catholique Espagne. Cette « légende noire » devait ensuite connaître un succès durable, réapparaître avec force lors de la guerre hispano-américaine de 1898, et persister encore, en certains milieux. Inversement, dégageant le colon de toute responsabilité, voire légitimant son intrusion, la seconde explication était religieuse : en favorisant la disparition des populations locales, Dieu avait voulu punir les natifs de leurs crimes réels ou supposés (cannibalisme, sacrifices humains) et faciliter ainsi la mission des Européens qui consistait à édifier un monde nouveau et civilisé.

Les pertes, en fait, s’expliquent à 90% par les effets de la maladie. Les natifs sont morts en grand nombre partout où ils ont été mis en contact avec les Européens, quelle que soit la nationalité de ces derniers et la nature du régime colonial imposé. Il a fallu attendre le XX’ siècle et les progrès de la médecine afin de comprendre vraiment et de pouvoir expliquer ce que l’on avait pu jusque-là pressentir. Depuis les travaux de John Duffy, en 1951, les recherches à propos des liens entre maladie et conquête se sont multipliées, sans pour autant conduire à une véritable synthèse. L’ouvrage de N.D. Cook comble donc une réelle lacune. Son objectif -couvrir l’histoire de la conquête épidémiologique d’un continent sur une période de deux siècles- est ambitieux ; ne serait-ce que parce que l’identification précise de la nature des maladies des XVIe et XVII’ siècles est parfois bien périlleuse. Mais la tentative était nécessaire afin, comme le dit justement l’auteur, de sortir d’un cercle vicieux où le débat non informé est la contrepartie logique d’une incomplète information. Servi par une connaissance très érudite de son sujet, maîtrisant une large bibliographie (dans laquelle, cependant, les travaux français sont bien rares), et utilisant des sources aussi nombreuses que variées, émanant d’Européens et d’Amérindiens auxquels il donne souvent la parole, N.D. Cook remplit pleinement sa mission. Les modes de transmission et de réception des maladies, la chronologie et la géographie des épidémies sont soigneusement disséqués. Au passage, des points sont faits à propos de sujets où les statistiques divergent souvent, comme celui du nombre d’habitants à Hispaniola avant l’arrivée de Colomb.

On voit ainsi que le nouveau monde n’était pas exempt de germes pathogènes avant la conquête, mais qu’ils prirent souvent une allure destructive du fait de l’introduction de vecteurs extérieurs. Parmi les forces de mort importées, la variole d’abord, puis la rougeole furent essentielles. Vinrent également la peste, le typhus et choléra, ce dernier de manière tardive, avec le temps de la navigation à vapeur et des voyages transocéaniques écourtés. Leur transmission fut largement involontaire. La plupart de ces maladies existaient dans de nombreuses parties de l’Europe du début de la Renaissance, notamment dans les villes, où des formes endémiques étaient régulièrement réactivées en période de crise (malnutrition, guerre…), comme lors de la prise de Grenade. Des épidémies répétées de variole et rougeole touchaient alors les plus jeunes dans les ports de l’Andalousie. Aux Amériques, la maladie préparait la famine, laquelle touchait également les nouveaux venus, souvent affaiblis par une constitution fragile, le climat et la pratique de nouveaux aliments. Peu à peu, l’on passa du stade des épidémies à celui des endémies, soit de la « visite » de la maladie à la vie avec elle. La succession des vagues mortelles – souvent séparées par le temps d’une génération – explique que ceux ayant résisté à une première ont souvent été conduits au tombeau par une seconde. Ajoutons que de nombreuses maladies opèrent leur travail morbide de manière combinée et l’on s’accordera parfaitement avec le titre de l’ouvrage : naître pour mourir, tel a été le destin partagé par des millions d’individus.

Il résulte de tout cela que les épidémies ont grandement facilité la conquête, affaiblissant parfois les populations natives des semaines ou des années avant leur véritable confrontation avec les hordes coloniales. Même en l’absence d’échanges importants, l’existence de contacts permanents entre les périphéries de territoires différents (par le biais, par exemple, d’une importante navigation indigène dans les Caraïbes et le long des côtes de l’Amérique andine) facilite en effet la propagation des maladies. Tous les Européens, et non les seuls Espagnols, ont tiré profit des ravages ainsi causés. On oublie souvent que les terres décrites comme vierges par les Français, les Hollandais et les Anglais étaient en fait des territoires dépeuplés, et qu’à l’époque où le Mayflower aborda les côtes américaines la conquête était déjà pratiquement complète. Pour des raisons humanitaires parfois, afin de pouvoir conserver une main d’ œuvre nécessaire souvent, les Ibériques se sont assez vite préoccupés de sort des populations amérindiennes. Au XVI’ siècle ils ont même tenté (et échoué) de s’opposer à la propagation des germes nocifs. Ce ne fut pas le cas des puritains anglais persuadés du caractère divin de leur mission : civiliser un monde sauvage. Aux XVIII’ et XIX’ siècles, les colons anglais ont même parfois utilisé des linges infectés afin de mieux faire le vide autour d’eux ; mode de conquête qui n’a pas disparu au XX’ siècle et que l’on a rencontré dans certaines zones pionnières du Brésil.

Face au fléau, les natifs ont réagi de diverses manières. Ils ont fait appel à la médecine traditionnelle, sans succès, et se sont tournés vers leurs sorciers. Les maladies arrivant généralement avec les Européens, et ceux-ci tentant aussitôt de les christianiser, les Amérindiens ont parfois cru que le baptême était un instrument de mort. Cela a conduit à la réactivation de certaines traditions religieuses et au déclenchement de révoltes à caractère messianique. Ces pistes, simplement suggérées par N.D. Cook auraient pu être plus largement développées. S ‘attachant surtout à une analyse chronologique et régionale de la conquête épidémiologique du nouveau monde, il ne fait qu’une place réduite aux données culturelles. Il manque peut-être également un aperçu synthétique et global de cette conquête. Mais cela n’était sans doute pas l’objectif premier de l’auteur. Grâce à lui, nous disposons désormais, sur les faits proprement dits, d’une synthèse très utile, tout à la fois claire et précise.

Université de Bretagne-Sud à Lorient Olivier Pétré-Grenouilleau


Populisme: Avez-vous lu Lasch ? (Uprootedness uproots everything except the need for roots)

23 juillet, 2019

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Yoram Hazony (2) : les impérialistes de l’UE contre les nationalistes européens
Toi qui as fixé les frontières, dressé les bornes de la terre, tu as créé l’été, l’hiver !  Psaumes 74: 17
La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de toutes les conditions sociales, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d’idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d’une caste s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont enfin forcés d’envisager leur situation sociale, leurs relations mutuelles d’un regard lucide. Karl Marx (Manifeste du parti communiste, 1848)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Charles Péguy
L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. Simone Weil (1943)
Nous apprenons à nous sentir responsable d’autrui parce que nous partageons avec eux une histoire commune, un destin commun. Robert Reich
Sade imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre — un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. Christopher Lasch
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant, au Canada. Il y a des valeurs partagées — ouverture, compassion, la volonté de travailler fort, d’être là l’un pour l’autre, de chercher l’égalité et la justice. Ces qualités sont ce qui fait de nous le premier État postnational. Justin Trudeau
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
. Pour la première fois de ma vie d’adulte, je suis fière de mon pays. Michelle Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton (2016)
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron (2017)
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison. Emmanuel Macron
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
I think it’s very unfortunate. (…) it’s almost like they’re embarrassed at the achievement coming from America. I think it’s a terrible thing. (…) because when you think of Neil Armstrong and when you think about the landing on the moon, you think about the American flag. And I understand they don’t do it. So for that reason I wouldn’t even want to watch the movie. (…) I don’t want to get into the world of boycotts. Same thing with Nike. I wouldn’t say you don’t buy Nike because of the Colin Kaepernick. I mean, look, as much as I disagree, as an example, with the Colin Kaepernick endorsement, in another way, I wouldn’t have done it. In another way, it is what this country is all about, that you have certain freedoms to do things that other people may think you shouldn’t do. So you know, I personally am on a different side of it, you guys are probably too, I’m on a different side of it. Donald Trump
Nous n’avons pas besoin de visages basanés qui ne veulent pas être une voix basanée. Nous n’avons pas besoin de visages noirs qui ne veulent pas être une voix noire. Nous n’avons pas besoin de musulmans qui ne veulent pas être une voix musulmane. Nous n’avons pas besoin d’homos qui ne veulent pas être une voix homo. Si vous craignez d’être marginalisé et stéréotypé, ne vous présentez même pas, nous n’avons pas besoin de vous pour représenter cette voix. Ayanna Pressley (représentante démocrate, Massachusetts)
So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one. In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance. When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil. ​ Trump’s vision is radically anti-American.​ The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.​ (…) Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear. David Brooks
In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​ (…) Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​ O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​ On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​ Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​ Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​ That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​ Bret Stephens
Très intéressant de voir des élues démocrates du Congrès, “progressistes”, qui viennent originellement de pays dont les gouvernements sont des catastrophes complètes et absolues, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (si tant est qu’on puisse parler de gouvernement) et qui maintenant clament férocement au peuple des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé. Pourquoi ne retournent-elles pas d’où elles viennent, pour aider à réparer ces lieux totalement dévastés et infestés par le crime ? Puis, qu’elles reviennent et qu’elles nous montrent comment elles ont fait. Ces endroits ont bigrement besoin de votre aide, vous n’y partirez jamais trop vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d’organiser rapidement un voyage gratuit ! Donald Trump
N’en déplaise aux chiens de garde de la pensée unique, il n’y a rien de choquant dans ce texte. Trump ne critique ni des peuples ni des cultures, mais des gouvernements. Il mentionne des « élues démocrates », mais sans les citer nommément. Quant à ce qu’elles partent à l’étranger redresser ces pays qui sont à les entendre tellement mieux que les États-Unis, il ne s’agit pas d’un exil, puisqu’il mentionne explicitement qu’elles en reviennent. La seule flèche réelle est à l’encontre de Mme Pelosi, qui a le plus grand mal à tenir les rênes de ses troupes démocrates à la Chambre des Représentants. (…) Quatre élues démocrates se sentirent donc indignées par ces tweets: Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan), et Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Trois d’entre elles ne correspondent même pas au portrait brossé par Trump puisqu’elles sont nées aux États-Unis, mais qu’importe, les médias se chargent de tous les raccourcis. (…) Ayanna Pressley déclencha une polémique il y a quelques jours par une vision de la société uniquement basée sur l’appartenance raciale, religieuse ou sexuelle, soit l’exact opposé du melting pot américain (…) Pour Mme Pressley, quelqu’un est blanc ou noir avant d’être Américain. Rashida Tlaib, qui grandit dans le paradis socialiste du Nicaragua, devint la première élue musulmane du Michigan. Ce qui n’est pas en soi un problème, si ce n’est qu’elle se fit remarquer dès son arrivée au Congrès par de nombreuses attaques antisémites. Elle traita également Trump de « fils de pute » dans sa première déclaration officielle, ce qui donne le niveau de finesse de la dame. Sur la carte du monde dans son bureau, elle recouvrit Israël avec un Post-It sur lequel il était marqué « Palestine ». Elle soutient l’organisation de promotion de l’islam CAIR, proche des Frères Musulmans. Bref, elle affiche clairement son allégeance (…) Ilhan Omar est née en Somalie et avoua en public son allégeance somalienne. Son statut civil est délicat: des rumeurs persistantes affirme qu’aurait pu être mariée à son propre frère pour s’installer aux États-Unis. Elle est en délicatesse avec le fisc américain pour de fausses déclarations fiscales. Politiquement, elle se fit remarquer par son indifférence à l’égard des attentats du 11 septembre 2001 (rien de plus pour elle que « des gens ont fait quelque chose ») mais surjoua son émotion à l’évocation de l’opération de secours « Black Hawk Down » où des soldats américains virent libérer un des leurs dans un hélicoptère abattu dans une mission de maintien de la paix. Enfin, elle refuse toujours de condamner publiquement Al-Qaeda (…) Alexandria Ocasio-Cortez est la plus souvent mise en avant par les médias, au point d’avoir son abréviation AOC. Issue d’une riche famille de New-York, elle travailla brièvement comme serveuse (permettant de donner corps à ses « humbles débuts » dans son récit personnel) avant d’embrasser la carrière politique. Depuis son élection, son radicalisme de gauche et ses délires utopiques montrent à quel point elle est coupée de la réalité. Ses sorties plongent régulièrement les responsables démocrates dans l’embarras. Elle réussit à faire fuir Amazon qui envisageait de s’installer à New York, perdant ainsi l’opportunité de créer 25’000 emplois, un exploit remarqué. Sans-frontiériste convaincue et imbue de son image, elle se fit aussi photographier dans une poignante séquence où elle pleure face à une clôture grillagée… Le tout étant en fait une mise en scène dans un parking vide. (…) Avec des rivales comme celles-ci, Trump pourrait dormir sur ses deux oreilles pour 2020. Leur bêtise et leur extrémisme fait fuir les électeurs centristes et provoque des remous jusque dans le camp démocrate. (…) Trump n’a que faire des accusations de racisme ; il est traité de raciste cent fois par semaine depuis qu’il est Président. De leur côté, les stratèges démocrates sont on ne peut plus embarrassés par leurs « étoiles montantes ». Nancy Pelosi essayait depuis plusieurs semaines de diminuer leur exposition médiatique dans l’espoir de restaurer un semblant de crédibilité au Parti Démocrate pour l’échéance de 2020 ; tout vient de voler en éclat. Les médias ne s’intéressent même plus aux candidats à l’investiture présidentielle. Seules comptent les réactions et les invectives des élues d’extrême-gauche. Pire encore, par réaction, les autres Démocrates ont été contraints de s’aligner avec elles pour prendre leur défense – augmentant encore l’alignement du parti avec ces extrémistes repoussantes pour qui n’est pas un militant d’extrême-gauche. En poussant le Parti Démocrate dans les cordes de l’extrême-gauche comme il le fait, Trump s’assure que les Démocrates passent pour des fous et des illuminés sans la moindre crédibilité. Les glapissements hystériques d’AOC, la vulgarité antisémite de Rashida Tlaib, l’obsession raciale de Ayanna Pressley et la sympathie affichée d’Ilhan Omar pour les islamistes auront tôt fait de détourner les Américains modérés de se rendre aux urnes pour chasser « l’ignoble Trump » du pouvoir – lui sur lequel il n’y a plus grand-chose à ajouter tant les médias lui envoient quotidiennement du fumier depuis trois ans. Stéphane Montabert
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
Culturellement, Obama déteste la Grande-Bretagne. Il a renvoyé le buste de Churchill sans la moindre feuille de vigne d’une excuse. Il a insulté la Reine et le Premier ministre en leur offrant les plus insignifiants des cadeaux. A un moment, il a même refusé de rencontrer le Premier ministre. Dr James Lucier (ancien directeur du comité des Affaire étrangères du sénat américain)
We want our country back ! Marion Maréchal
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
« Pourquoi la Suède est-elle devenue la Corée du Nord de l’Europe ? » C’est la question qu’un Danois avait posée sous forme de demi-boutade au caricaturiste suédois Lars Vilks lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en 2014. En guise de réponse qui n’avait d’ailleurs pas convaincu, Vilks avait marmonné en disant que la Suède avait une prédilection pour le consensus. Aujourd’hui, il existe à cette question une réponse plus convaincante qui nous est donnée par Ryszard Legutko, professeur de philosophie et homme politique polonais influent. Traduit en anglais par Teresa Adelson sous le titre The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies (Le démon de la démocratie : les tentations totalitaires au sein des sociétés libres), son livre paru chez Encounter montre de façon méthodique les similitudes surprenantes mais réelles entre le communisme de type soviétique et le libéralisme moderne tel qu’il est conçu par la Suède, l’Union européenne ou Barack Obama. (Avant d’analyser son argumentation, je tiens toutefois à préciser que là où Legutko parle de démocratie libérale, un concept trop complexe selon moi, je préfère parler de libéralisme.) Legutko ne prétend pas que le libéralisme ressemble au communisme dans ce que celui-ci a de monstrueux et encore moins que les deux idéologies sont identiques. Il reconnaît pleinement le caractère démocratique du libéralisme d’une part et la nature brutale et tyrannique du communisme d’autre part. Mais une fois établie cette distinction nette, il met le doigt sur le point sensible commun aux deux idéologies. C’est dans les années 1970 au cours d’un voyage effectué en Occident qu’il s’est rendu compte pour la première fois de ces similarités. Il s’est alors aperçu que les libéraux préféraient les communistes aux anti-communistes. Par après, avec la chute du bloc soviétique, il a vu les libéraux accueillir chaleureusement les communistes mais pas leurs opposants anticommunistes. Pourquoi ? Car selon lui le libéralisme partage avec le communisme une foi puissante en l’esprit rationnel propre à trouver des solutions. Cela se traduit par une propension à améliorer le citoyen, à le moderniser et à le façonner pour en faire un être supérieur, une propension qui conduit les deux idéologies à politiser, et donc à dévaloriser, tous les aspects de la vie dont la sexualité, la famille, la religion, les sports, les loisirs et les arts. (…) Les deux idéologies recourent à l’ingénierie sociale de façon à créer une société dont les membres seraient « identiques dans les mots, les pensées et les actes ». L’objectif serait d’obtenir une population en grande partie interchangeable et dépourvue de tout esprit dissident susceptible de causer des ennuis. Chacune des deux idéologies assume complètement le fait que sa vision particulière constitue le plus grand espoir pour l’humanité et représente la fin de l’histoire, l’étape finale de l’évolution de l’humanité. Le problème, c’est que de tels plans d’amélioration de l’humanité conduisent inévitablement à de terribles déceptions. En réalité, les êtres humains sont bien plus têtus et moins malléables que ne le souhaitent les rêveurs. Quand les choses vont mal (disons la production alimentaire pour les communistes, l’immigration sans entraves pour les libéraux), apparaissent deux conséquences néfastes. La première est le repli des idéologues dans un monde virtuel qu’ils cherchent ardemment à imposer à des sujets réfractaires. Les communistes déploient des efforts colossaux pour convaincre leurs vassaux qu’ils prospéreront bien plus que ces misérables vivant dans des pays capitalistes. Les libéraux transforment les deux genres – masculin et féminin – en 71 genres différents ou font disparaître la criminalité des migrants. Quand leurs projets tournent au vinaigre, les uns et les autres répondent non pas en repensant leurs principes mais, contre toute logique, en exigeant l’application d’un communisme ou d’un libéralisme plus pur et en s’appuyant fortement sur le complotisme : les communistes blâment les capitalistes et les libéraux blâment les entreprises pour expliquer par exemple pourquoi San Francisco détient aux États-Unis le record d’atteintes à la propriété ou pourquoi la ville de Seattle est gangrenée par une mendicité épidémique. La deuxième conséquence survient quand les dissidents apparaissent immanquablement. C’est alors que les communistes comme les libéraux font tout ce qu’ils peuvent pour étouffer les opinions divergentes. Autrement dit, les uns comme les autres sont prêts à forcer leurs populations ignorantes « à la liberté » selon les termes de Legutko. Ce qui signifie, bien entendu, le contrôle voire, la suppression de la liberté d’expression. Dans le cas du communisme, les bureaux de la censure du gouvernement excluent toute opinion négative vis-à-vis du socialisme et les conséquences sont fâcheuses pour quiconque ose persister. Dans le cas du libéralisme, les fournisseurs d’accès à Internet, les grands réseaux sociaux, les écoles, les banques, les services de covoiturage, les hôtels et les lignes de croisière font le sale boulot consistant à mettre hors-jeu les détracteurs qui tiennent ce qui est appelé un discours de haine consistant notamment à affirmer l’idée scandaleuse selon laquelle il n’y a que deux genres. Bien entendu l’islam est un sujet insidieux : ainsi le fait de se demander si Mahomet était un pédophile, est passible d’une amende, et une caricature, d’une peine de prison. Résultat : en Allemagne à peine 19% des citoyens ont l’impression qu’ils peuvent exprimer leur opinion librement en public. Daniel Pipes
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
Comment expliquer que les ouvriers constituent toujours le groupe social le plus important de la société française et que leur existence passe de plus en plus inaperçue ? Stéphane Beaud et Michel Pialoux (Retour sur la condition ouvrière, 1999)
J’ai regardé les premières cartes qui avaient été faites par l’IFOP concernant les ronds-points occupés par les Gilets jaunes. Ce qui était frappant, c’était la parfaite corrélation avec celle de la France périphérique, développée autour d’un indicateur de fragilité sociale. Ce qui est très intéressant c’est que cette carte fait exploser toutes les typologies traditionnelles : la division est-ouest entre la France industrielle et la France rurale par exemple. En réalité, le mouvement est parti de partout, aussi bien dans le sud-ouest que dans le nord-est, on voit donc quelque chose qui correspond exactement à la France périphérique, c’est-à-dire à la répartition des catégories modestes et populaires dans l’espace. Cette typologie casse celle de la France du vide qui n’est plus pertinente et cela nous montre bien les effets d’un modèle économique nouveau qui est celui de la mondialisation. C’est pour cela que je dis que le mouvement des Gilets jaunes n’est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l’impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l’ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne, ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c’est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l’impression de faire partie d’un tout, peu importe qu’il y ait des inégalités de salaires. (…) Ce qui était malsain dans l’analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l’on a dit « en réalité, ils ne sont pas pauvres ». On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l’échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n’est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c’est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C’est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement. (…) Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une dysfonction entre l’économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l’économie faisait société, c’était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l’ensemble de la société. Là, nous avons un modèle qui peut créer de la richesse mais qui ne fait pas société. Le modèle économique mondialisé, parce qu’il n’a pas de limites, frappe les catégories sociales les unes après les autres. Après les employés, il y a les professions intermédiaires, les jeunes diplômés, et après nous aurons les catégories supérieures. La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu’elles vivent aujourd’hui dans des citadelles. C’est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n’empêche pas que le socle électoral d’Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique. Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d’emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu’ils n’auraient plus d’augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d’insécurité sociale qui s’est généralisée à l’ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral. Je n’aurais aucun problème à adhérer au modèle néolibéral, s’il fonctionnait. On a vu comment cela avait commencé, ouvriers d’abord, paysans etc.. Et aujourd’hui, des gens que l’on pensait finalement sécurisés sont touchés ; petite fonction publique et retraités. Or, ce sont les gens qui ont, in fine, élu Emmanuel Macron. Son effondrement vient de ces catégories-là. Mais les classes populaires n’ont rien contre les riches, ils jouent au loto pour devenir riches, la question est simplement de pouvoir vivre décemment avec son salaire et d’être respecté culturellement. Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d’ostracisation, d’insultes en direction du peuple. (…) C’est ce que ne comprennent pas les libéraux. Je crois que le débat –libéral-pas libéral- est vain. Si je dis qu’il y a un problème avec ce modèle dans ces territoires, alors on me dit que je suis pour la suppression des métropoles ou que je suis favorable à un retour à une économie administrée. Et surtout, ce qui est intolérable, c’est que je cliverais la société en termes de classes sociales. En relisant récemment une biographie de Margaret Thatcher, je me suis rendu compte que le plus gros reproche fait aux travaillistes et aux syndicats dans les années 70 était justement de cliver la société à partir des classes sociales. L’argument était de dire qu’ils sont de mauvais Anglais parce qu’ils fracturent l’unité nationale. Ce qui est génial, c’est que nous voyons aujourd’hui exactement les mêmes réactions avec la France périphérique. Une arme sur la tempe, on vous dit d’arrêter de parler des inégalités. Ils veulent bien que l’on parle de pauvres mais cela ne va pas plus loin. Mais quand on regarde finement les choses, Emmanuel Macron n’aurait pas pu être élu sans le niveau de l’État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu’il fait le front des bourgeoisies et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C’est ce qui explique qu’il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l’absence d’un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme. (…) J’en veux à la production intellectuelle et universitaire parce qu’à partir du moment ou on met les marges en avant, les journalistes vont suivre cette représentation en allant voir une femme isolée dans la Creuse qui vit avec 500 euros, en se disant qu’elle est Gilet jaune, tout cela pour se rendre finalement compte qu’elle ne manifeste pas. Parce que quand on est pauvre, on n’a même pas l’énergie de se mobiliser, le but est de boucler la journée. Historiquement, les mouvements sociaux n’ont jamais été portés par les pauvres, et cela ne veut pas dire qu’ils ne soutiennent pas le mouvement. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s’ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brule une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C’est la première fois que l’on fait les poches des manifestants pour savoir s’ils ont de l’argent ou pas, et s’il y en a, on considère que cela n’est pas légitime. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd’hui, cela ne va pas aller demain. L’élite n’a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J’ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs… Et là encore, on voit bien que l’antiracisme et l’antifascisme sont devenus une arme de classe. (…) Nicolas Mathieu vient d’avoir le prix Goncourt avec son livre « Leurs enfants après eux », dont il dit qu’il s’agissait du roman de la France périphérique. Le combat culturel est en cours. Cela gagne le champ littéraire, culturel et médiatique. Les Gilets jaunes ont gagné l’essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n’existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu’il faut espérer, c’est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles. Le mouvement réel de la société, que nous constatons partout dans le monde occidental, et que nous ne pourrons pas arrêter, continue d’avancer, de se structurer, et que cela est de la responsabilité des élites d’y répondre. Ils n’ont pas d’autre choix, celui de l’atterrissage en douceur. Je crois que ce qui vient d’arriver, c’est que le rapport de force vient de changer, la peur a changé de camp. Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Europe, maintenant, ils ont le peuple sur le dos. Et puis il y a une vertu à tout cela, prendre en compte les aspirations des plus modestes, c’est pour moi le fondement de la démocratie, c’est-à-dire donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas plutôt que de renforcer le pouvoir de ceux qui l’ont déjà. (…) Nous avons eu en direct ce qui essentiel pour moi ; la fracture culturelle gigantesque entre tout le monde d’en haut au sens large et la France périphérique. Ce qui s’est déployé sous nos yeux, ce n’est pas seulement la fracture sociale et territoriale mais plus encore cette fracture culturelle. L’état de sidération de l’intelligentsia française rappelle clairement celle de l’intelligentsia britannique face au Brexit, et cela est la même chose aux Etats-Unis avec l’élection de Donald Trump. Cette sidération a déclenché immédiatement l’emploi des armes de l’antifascisme, parce qu’ils n’ont rien d’autre. Ils ont découvert la dernière tribu d’Amazonie et – incroyable -elle est potentiellement majoritaire. C’est un mouvement très positif, contraire à toute l’analyse intellectuelle qui voit le peuple dans le repli individualiste, qui refuse le collectif, ou dans des termes comme celui de la « droitisation de la société française » alors que les gens demandent des services publics et un État providence. Après, on pointe le fait qu’ils sont contre l’immigration, ce à quoi on peut répondre « comme tout le monde », soit une très large majorité de Français. Le plus important est que nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans « No Society » (Flammarion). C’est un moment de rupture historique entre un monde d’en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu’ils méprisent. C’est la thèse de Christopher Lasch de la « sécession des élites ». On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d’invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n’étaient traitées qu’au travers des banlieues et ils payent aujourd’hui ce positionnement. C’est un mouvement fondamentalement collectif et du XXI siècle. Ce qui est très nouveau, c’est que c’est un mouvement social du « No Society », c’est-à-dire sans représentants, sans intellectuels, sans syndicats, etc. Cela n’est jamais arrivé. Tout mouvement social est accompagné par des intellectuels mais pour la première fois nous ne voyons personne parler en leur nom. Cela révèle 30 ans de sécession du monde d’en haut. Le peuple dit « votre modèle ne fait pas société », tout en disant « nous, majorité, avec un large soutien de l’opinion malgré les violences, voulons faire société ». Et en face, le monde d’en haut, après le mépris, prend peur. Alors que les gens ne font que demander du collectif. (…) Les politiques pensent qu’en agglomérant des minorités ils font disparaître une majorité. Or, les minorités restent des minorités, on peut essayer de les agglomérer, mais cela ne fait pas un tout. Il est très intéressant de suivre l’évolution de la popularité de Donald Trump et d’Emmanuel Macron à ce titre. Trump garde son socle électoral alors que Macron s’est effondré, comme Hollande s’est effondré avant lui. Cela veut dire que l’on peut être élu avec un agglomérat de minorités, cadres supérieurs, minorités ethniques ou sexuelles -c’est à dire la stratégie Terra Nova – et cela peut éventuellement passer avec un bon candidat d’extrême droite en face. Mais cela ne suffit pas. Cela est extrêmement fragile. Quel rapport entre les catégories supérieures boboïsées de Paris et les banlieues précarisées et islamisées qui portent un discours traditionnel sur la société ? Quel rapport entre LGBT et Islam ? Et cela, c’est pour longtemps. Ils n’ont pas compris que les pays occidentaux, précisément parce qu’ils sont devenus multiculturels, vont de plus en plus s’appuyer sur un socle qui va être celui de la majorité relative. L’électorat de Donald Trump est une majorité relative mais cela est malgré tout ce que l’on appelait la classe moyenne dans laquelle des minorités peuvent aussi se reconnaitre. On a présenté les Gilets jaunes comme étant un mouvement de blancs « Ah..ils sont blancs », comme si cela était une surprise de voir des blancs dans les zones rurales françaises. Mais ce que l’on ne voit pas, c’est que beaucoup de Français issus de l’immigration participent à ce mouvement et qu’ils ne revendiquent aucune identité, ils sont totalement dans l’assimilation. Ils font partie d’un tout qui s’appelle la classe moyenne, ou l’ancienne classe moyenne. Le mouvement a été très fort à la Réunion, on voit donc bien que cela n’est pas ethnique. Mais cela a été présenté comme cela parce que cela permettait d’avoir le discours sur l’antiracisme et l’antifascisme. Il y a eu une ostracisation des Gilets jaunes par la gauche bienpensante parce que trop blancs, mais il y aussi eu une mise à l’écart et un mépris très fort de la part de la bourgeoisie de droite. C’est la même posture que vis-à-vis du White Trash américain : ils sont pauvres et ils sont blancs, c’est la honte de la société. (…) La question culturelle et ethnique existe, je veux bien que l’on clive, mais ce qui est intéressant c’est de voir que par exemple qu’un juif de Sarcelles rejette le CRIF ou Bernard-Henri Levy. C’est fondamental parce que cela dé-essentialise la communauté juive. C’est la même fracture que l’on retrouve dans toute la société. De la même manière, les musulmans ne se retrouvent absolument pas plus dans les instances musulmanes que dans Jamel Debbouze. Et à ce propos, ce que l’on voit le plus souvent, c’est que le destin des gens issus des classes populaires qui parviennent à s’élever, c’est de trahir. C’est banalement ce qui se passe parce que cette trahison permet l’adoubement. Edouard Louis fait son livre en ciblant sa propre famille, alors il fait la une des magazines. On a vu le même phénomène aux Etats-Unis avec le livre de J.D. Vance (Hillbilly Elegy), qui est quand même plus intéressant, mais il décrit aussi le « White Trash » en disant que la classe ouvrière américaine n’est quand même pas terrible, qu’ils sont fainéants, qu’ils boivent et qu’ils se droguent, et cela lui a permis d’accéder au New York Times. En rejetant son propre milieu. Je n’ai pas de jugement moral sur les classes populaires, je prends les Français tels qu’ils sont. Je ne demande à personne d’arrêter de penser ce qu’il pense, notamment sur l’immigration. De toute façon cette question va être réglée parce que 80% des Français veulent une régulation, et qu’on ne peut pas penser cette question comme on le faisait dans les années 60, parce que les mobilités ont évolué. La question n’est même plus à débattre. Les gens que je rencontre en Seine Saint Denis qui sont majoritairement d’origine maghrébine ou sub-saharienne veulent l’arrêt de l’immigration dans leurs quartiers. C’est une évidence. Il ne faut pas oublier que les deux candidats de 2017 rejetaient le clivage gauche droite. Les gens se positionnent par rapport à des thématiques comme la mondialisation ou l’État providence, et de moins en moins sur un clivage gauche droite. Aujourd’hui, des gens comme ceux qui sont avec Jean-Luc Mélenchon ou avec Laurent Wauquiez veulent réactiver ce clivage. En faisant cela, ils se mettent dans un angle mort. Gauche et droite sont minoritaires. Jean-Luc Mélenchon a derrière lui la gauche identitaire qui dit – »nous sommes de gauche »- mais cela lui interdit de rayonner sur ce monde populaire. La question est donc celle du débouché politique, mais tout peut aller très vite. L’Italie a basculé en 6 mois. (…) À la fin des années 90, j’avais fait une analyse croisée sur la relance de politique de la ville et les émeutes urbaines. On voyait bien que toutes les émeutes urbaines génèrent une relance des politiques de la ville. La réalité est ce que cela marche. Et surtout, le mouvement des Gilets jaunes n’existerait pas en France et dans le monde sans les violences aux Champs-Élysées. Le New York Times a fait sa Une parce qu’il y avait cela, parce que cela est parfaitement corrélé à ce qu’est la communication aujourd’hui. Il y a cette violence et il faut la condamner. Mais cela veut aussi dire que nous ne sommes plus au XXe siècle. C’est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu’à Bastille avant qu’ils ne rentrent chez eux, c’est fini. C’est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser. Christophe Guilluy
La Corse est un territoire assez emblématique de la France périphérique. Son organisation économique est caractéristique de cette France-là. Il n’y a pas de grande métropole mondialisée sur l’île, mais uniquement des villes moyennes ou petites et des zones rurales. Le dynamisme économique est donc très faible, mis à part dans le tourisme ou le BTP, qui sont des industries dépendantes de l’extérieur. Cela se traduit par une importante insécurité sociale : précarité, taux de pauvreté gigantesque, chômage des jeunes, surreprésentation des retraités modestes. L’insécurité culturelle est également très forte. Avant de tomber dans le préjugé qui voudrait que « les Corses soient racistes », il convient de dire qu’il s’agit d’une des régions (avec la PACA et après l’Ile-de-France) où le taux de population immigrée est le plus élevé. Il ne faut pas l’oublier. La sensibilité des Corses à la question identitaire est liée à leur histoire et leur culture, mais aussi à des fondamentaux démographiques. D’un côté, un hiver démographique, c’est-à-dire un taux de natalité des autochtones très bas, et, de l’autre, une poussée de l’immigration notamment maghrébine depuis trente ans conjuguée à une natalité plus forte des nouveaux arrivants. Cette instabilité démographique est le principal générateur de l’insécurité culturelle sur l’île. La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. Les électeurs de Fillon, qui se sont majoritairement reportés sur Macron au second tour, étaient sensibles à la question de l’insécurité culturelle, mais étaient épargnés par l’insécurité sociale. À l’inverse, les électeurs de Mélenchon étaient sensibles à la question sociale, mais pas touchés par l’insécurité culturelle. C’est pourquoi le débat sur la ligne que doit tenir le FN, sociale ou identitaire, est stérile. De même, à droite, sur la ligne dite Buisson. L’insécurité culturelle de la bourgeoisie de droite, bien que très forte sur la question de l’islam et de l’immigration, ne débouchera jamais sur un vote « populiste » car cette bourgeoisie estime que sa meilleure protection reste son capital social et patrimonial et ne prendra pas le risque de l’entamer dans une aventure incertaine. Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. En Corse, le vote nationaliste ne dit pas l’envie d’être indépendant par rapport à la France. C’est une lecture beaucoup trop simpliste. Si, demain, il y a un référendum, les nationalistes le perdront nettement. D’ailleurs, c’est simple, ils ne le demandent pas. (…) [Avec la Catalogne] Le point commun, c’est l’usure des vieux partis, un système représentatif qui ne l’est plus et l’implosion du clivage droite/gauche. Pour le reste, la Catalogne, c’est l’exact inverse de la Corse. Il ne s’agit pas de prendre en charge le bien commun d’une population fragilisée socialement, mais de renforcer des positions de classes et territoriales dans la mondialisation. La Catalogne n’est pas l’Espagne périphérique, mais tout au contraire une région métropole. Barcelone représente ainsi plus de la moitié de la région catalane. C’est une grande métropole qui absorbe l’essentiel de l’emploi, de l’économie et des richesses. Le vote indépendantiste est cette fois le résultat de la gentrification de toute la région. Les plus modestes sont peu à peu évincés d’un territoire qui s’organise autour d’une société totalement en prise avec les fondamentaux de la bourgeoisie mondialisée. Ce qui porte le nationalisme catalan, c’est l’idéologie libérale libertaire métropolitaine, avec son corollaire : le gauchisme culturel et l’« antifascisme » d’opérette. Dans la rhétorique nationaliste, Madrid est ainsi présentée comme une « capitale franquiste » tandis que Barcelone incarnerait l’« ouverture aux autres ». La jeunesse, moteur du nationalisme catalan, s’identifie à la gauche radicale. Le paradoxe, c’est que nous assistons en réalité à une sécession des riches, qui ont choisi de s’affranchir totalement des solidarités nationales, notamment envers les régions pauvres. C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch appliquée aux territoires. L’indépendance nationale est un prétexte à l’indépendance fiscale. L’indépendantisme, un faux nez pour renforcer une position économique dominante. Dans Le Crépuscule de la France d’en haut (*), j’ironisais sur les Rougon-Macquart déguisés en hipsters. Là, on pourrait parler de Rougon-Macquart déguisés en « natios ». Derrière les nationalistes, il y a les lib-lib. (…) L’exemple de la Catalogne préfigure peut-être, en effet, un futur pas si lointain où le processus de métropolisation conduira à l’avènement de cités-Etats. En face, les défenseurs de la nation apparaîtront comme les défenseurs du bien commun. Aujourd’hui, la seule critique des hyperriches est une posture trop facile qui permet de ne pas voir ce que nous sommes devenus, nous : les intellectuels, les politiques, les journalistes, les acteurs économiques, et on pourrait y ajouter les cadres supérieurs. Nous avons abandonné le bien commun au profit de nos intérêts particuliers. Hormis quelques individus isolés, je ne vois pas quelle fraction du monde d’en haut au sens large aspire aujourd’hui à défendre l’intérêt général. (…) [Pour Macron] Le point le plus intéressant, c’est qu’il s’est dégagé du clivage droite/gauche. La comparaison avec Trump n’est ainsi pas absurde. Tous les deux ont l’avantage d’être désinhibés. Mais il faut aussi tenir à l’esprit que, dans un monde globalisé dominé par la finance et les multinationales, le pouvoir du politique reste très limité. Je crois davantage aux petites révolutions culturelles qu’au grand soir. Trump va nous montrer que le grand retournement ne peut pas se produire du jour au lendemain mais peut se faire par petites touches, par transgressions successives. Trump a amené l’idée de contestation du libre-échange et mis sur la table la question du protectionnisme. Cela n’aura pas d’effets à court terme. Ce n’est pas grave car cela annonce peut-être une mutation à long terme, un changement de paradigme. La question est maintenant de savoir qui viendra après Trump. La disparition de la classe moyenne occidentale, c’est-à-dire de la société elle-même, est l’enjeu fondamental du XXIe siècle, le défi auquel devront répondre ses successeurs. (…) On peut cependant rappeler le mépris de classe qui a entouré le personnage de Johnny, notamment via « Les Guignols de l’info ». Il ne faut pas oublier que ce chanteur, icône absolue de la culture populaire, a été dénigré pendant des décennies par l’intelligentsia, qui voyait en lui une espèce d’abruti, chantant pour des « déplorables », pour reprendre la formule de Hillary Clinton. L’engouement pour Johnny rappelle l’enthousiasme des bobos et de Canal+ pour le ballon rond au moment de la Coupe du monde 1998. Le foot est soudainement devenu hype. Jusque-là, il était vu par eux comme un sport d’ « ouvriers buveurs de bière ». On retrouve le même phénomène aux États-Unis avec le dénigrement de la figure du white trash ou du redneck. Malgré quarante ans d’éreintement de Johnny, les classes populaires ont continué à l’aimer. Le virage à 180 degrés de l’intelligentsia ces derniers jours n’est pas anodin. Il démontre qu’il existe un soft power des classes populaires. L’hommage presque contraint du monde d’en haut à ce chanteur révèle en creux l’importance d’un socle populaire encore majoritaire. C’est aussi un signe supplémentaire de l’effritement de l’hégémonie culturelle de la France d’en haut. Les classes populaires n’écoutent plus les leçons de morale. Pas plus en politique qu’en chanson. Christophe Guilluy
En Europe comme aux Etats-Unis, la contestation émerge sur les territoires les plus éloignés des métropoles mondialisées. La « France périphérique » est celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. En Grande-Bretagne, c’est aussi la « Grande-Bretagne périphérique » qui a voté pour le Brexit. Attention : il ne s’agit pas d’un rapport entre « urbains » et « ruraux ». La question est avant tout sociale, économique et culturelle. Ces territoires illustrent la sortie de la classe moyenne des catégories qui en constituaient hier le socle : ouvriers, employés, petits paysans, petits indépendants. Ces catégories ont joué le jeu de la mondialisation, elles ont même au départ soutenu le projet européen. Cependant, après plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie-monde, elles font le constat d’une baisse ou d’une stagnation de leur niveau de vie, de la précarisation des conditions de travail, du chômage de masse et, in fine, du blocage de l’ascenseur social. Sans régulation d’un libre-échange qui défavorise prioritairement ces catégories et ces territoires, le processus va se poursuivre. C’est pourquoi la priorité est de favoriser le développement d’un modèle économique complémentaire (et non alternatif) sur ces territoires qui cumulent fragilités socio-économiques et sédentarisation des populations. Cela suppose de donner du pouvoir et des compétences aux élus et collectivités de ces territoires. En adoptant le système économique mondialisé, les pays développés ont accouché de son modèle sociétal : le multiculturalisme. En la matière, la France n’a pas fait mieux (ni pire) que les autres pays développés. Elle est devenue une société américaine comme les autres, avec ses tensions et ses paranoïas identitaires. Il faut insister sur le fait que sur ces sujets, il n’y a pas d’un côté ceux qui seraient dans l’ouverture et de l’autre ceux qui seraient dans le rejet. Si les catégories supérieures et éduquées ne basculent pas dans le populisme, c’est parce qu’elles ont les moyens de la frontière invisible avec l’Autre. Ce sont d’ailleurs elles qui pratiquent le plus l’évitement scolaire et résidentiel. La question du rapport à l’autre n’est donc pas seulement posée pour les catégories populaires. Poser cette question comme universelle – et qui touche toutes les catégories sociales – est un préalable si l’on souhaite faire baisser les tensions. Cela implique de sortir de la posture de supériorité morale que les gens ne supportent plus. J’avais justement conçu la notion d’insécurité culturelle pour montrer que, notamment en milieu populaire, ce n’est pas tant le rapport à l’autre qui pose problème qu’une instabilité démographique qui induit la peur de devenir minoritaire et de perdre un capital social et culturel très important. Une peur qui concerne tous les milieux populaires, quelles que soient leurs origines. C’est en partant de cette réalité qu’il convient de penser la question du multiculturalisme. Christophe Guilluy
Pour la première fois, le modèle mondialisé des classes dominantes, dont Hillary Clinton était le parangon, a été rejeté dans le pays qui l’a vu naître. Fidèles à leurs habitudes, les élites dirigeantes déprécient l’expression de la volonté populaire quand elles en perdent le contrôle. Ainsi, les médias, à travers le cas de la Pennsylvanie – l’un des swing states qui ont fait le succès de Trump -, ont mis l’accent sur le refus de mobilité de la working class blanche, les fameux « petits Blancs », comme cause principale de la précarité et du déclassement. Le « bougisme », qui est la maladie de Parkinson de la mondialisation, confond les causes et les conséquences. Il est incapable de comprendre que, selon la formule de Christopher Lasch, « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines ». L’élection de Trump, c’est le cri de révolte des enracinés du local contre les agités du global. (…) La gauche progressiste n’a eu de cesse, depuis les années 1980, que d’évacuer la question sociale en posant comme postulat que ce n’est pas la pauvreté qui interdit d’accéder à la réussite ou à l’emploi, mais uniquement l’origine ethnique. Pourtant, l’actuelle dynamique des populismes ne se réduit pas à la seule révolte identitaire. En contrepoint de la protestation du peuple-ethnos, il y a la revendication du peuple-démos, qui aspire à être rétabli dans ses prérogatives de sujet politique et d’acteur souverain de son destin. Le populisme est aussi et peut-être d’abord un hyperdémocratisme, selon le mot de Taguieff, une demande de démocratie par quoi le peuple manifeste sa volonté d’être représenté et gouverné selon ses propres intérêts. Or notre postdémocratie oscille entre le déni et le détournement de la volonté populaire. (…) Au XIXe siècle, la bourgeoisie a eu recours à la loi pour imposer le suffrage censitaire. Aujourd’hui, les classes dominantes n’en éprouvent plus la nécessité, elles l’obtiennent de facto : il leur suffit de neutraliser le vote populiste en l’excluant de toute représentation par le mode de scrutin et de provoquer l’abstention massive de l’électorat populaire, qui, convaincu de l’inutilité du vote, se met volontairement hors jeu. Ne vont voter lors des élections intermédiaires que les inclus, des fonctionnaires aux cadres supérieurs, et surtout les plus de 60 ans, qui, dans ce type de scrutin, représentent autour de 35 % des suffrages exprimés, alors qu’ils ne sont que 22 % de la population. Ainsi, l’écosystème de la génération de 68 s’est peu à peu transformé en un egosystème imposé à l’ensemble de la société. Dans notre postdémocratie, c’est le cens qui fait sens et se traduit par une surreprésentation des classes favorisées aux dépens de la France périphérique, de la France des invisibles. (…) On est arrivé à une situation où la majorité n’est plus une réalité arithmétique, mais un concept politique résultant d’une application tronquée du principe majoritaire. Dans l’Assemblée élue en 2012 avec une participation de 55 %, la majorité parlementaire socialiste ne représente qu’un peu plus de 16 % des inscrits. La majorité qui fait et défait les lois agit au nom d’à peine plus de 1 Français sur 6 ! Nous vivons sous le régime de ce qu’André Tardieu appelait déjà avant-guerre le « despotisme d’une minorité légale ». On assiste, avec le système de l’alternance unique entre les deux partis de gouvernement, à une privatisation du pouvoir au bénéfice d’une partitocratie dont la légitimité ne cesse de s’éroder. (…) Plus les partis ont perdu en légitimité, plus s’est imposée à eux l’obligation de verrouiller le système de crainte que la sélection des candidats à l’élection présidentielle ne leur échappe. Avec la crise de la représentation, le système partisan n’a plus ni l’autorité ni la légitimité suffisante pour imposer ses choix sans un simulacre de démocratie. Les primaires n’ont pas d’autre fonction que de produire une nouvelle forme procédurale de légitimation. En pratique, cela revient à remettre à une minorité partisane le pouvoir de construire l’offre politique soumise à l’ensemble du corps électoral. Entre 3 et 4 millions de citoyens vont préorienter le choix des 46 millions de Français en âge de voter. Or la sociologie des électeurs des primaires à droite comme à gauche ne fait guère de doute : il s’agit des catégories supérieures ou moyennes, qui entretiennent avec la classe politique un rapport de proximité. Les primaires auront donc pour effet d’aggraver la crise de représentation en renforçant le poids politique des inclus au moment même où il faudrait rouvrir le jeu démocratique. (…) D’un tel processus de sélection ne peuvent sortir que des produits de l’endogamie partisane, des candidats façonnés par le conformisme de la doxa et gouvernés par l’économisme. Des candidats inaccessibles à la dimension symbolique du pouvoir et imperméables aux legs de la tradition et de l’Histoire nationale. Sarkozy et Hollande ont illustré l’inaptitude profonde des candidats sélectionnés par le système à se hisser à la hauteur de la fonction. Dans ces conditions, il est à craindre que, quel que soit l’élu, l’élection de 2017 ne soit un coup à blanc, un coup pour rien. D’autant que les hommes de la classe dirigeante n’ont ni les repères historiques ni les bases culturelles pour défendre les sociabilités protectrices face aux ravages de la mondialisation. En somme, ils ne savent pas ce qu’ils font parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils défont. Quant au FN, privé de toute espérance du pouvoir, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, il offre un repoussoir utile à la classe dirigeante, qui lui permet de se survivre à bon compte. Il est à ce jour encore la meilleure assurance-vie du système. Patrick Buisson
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme des Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
With their politicization of their victory, their expletive-filled speech, and their publicly expressed contempt for half their fellow citizens, the women of the U.S. women’s soccer team succeeded in endearing themselves to America’s left. But they earned the rest of the country’s disdain, which is sad. We really wanted to love the team. What we have here is yet another example of perhaps the most important fact in the contemporary world: Everything the left touches, it ruins. Dennis Prager
The San Francisco Board of Education recently voted to paint over, and thus destroy, a 1,600-square-foot mural of George Washington’s life in San Francisco’s George Washington High School. Victor Arnautoff, a communist Russian-American artist and Stanford University art professor, had painted “Life of Washington” in 1936, commissioned by the New Deal’s Works Progress Administration. A community task force appointed by the school district had recommended that the board address student and parent objections to the 83-year-old mural, which some viewed as racist for its depiction of black slaves and Native Americans. Nike pitchman and former NFL quarterback Colin Kaepernick recently objected to the company’s release of a special Fourth of July sneaker emblazoned with a 13-star Betsy Ross flag. The terrified Nike immediately pulled the shoe off the market. The New York Times opinion team issued a Fourth of July video about “the myth of America as the greatest nation on earth.” The Times’ journalists conceded that the United States is “just OK.” During a recent speech to students at a Minnesota high school, Rep. Ilhan Omar (D-Minn.) offered a scathing appraisal of her adopted country, which she depicted as a disappointment whose racism and inequality did not meet her expectations as an idealistic refugee. Omar’s family had fled worn-torn Somalia and spent four-years in a Kenyan refugee camp before reaching Minnesota, where Omar received a subsidized education and ended up a congresswoman. The U.S. Women’s National Soccer Team won the World Cup earlier this month. Team stalwart Megan Rapinoe refused to put her hand over heart during the playing of the national anthem, boasted that she would never visit the “f—ing White House” and, with others, nonchalantly let the American flag fall to the ground during the victory celebration. The city council in St. Louis Park, a suburb of Minneapolis, voted to stop reciting the Pledge of Allegiance before its meeting on the rationale that it wished not to offend a “diverse community.” The list of these public pushbacks at traditional American patriotic customs and rituals could be multiplied. They follow the recent frequent toppling of statues of 19th-century American figures, many of them from the South, and the renaming of streets and buildings to blot out mention of famous men and women from the past now deemed illiberal enemies of the people. Such theater is the street version of what candidates in the Democratic presidential primary have been saying for months. They want to disband border enforcement, issue blanket amnesties, demand reparations for descendants of slaves, issue formal apologies to groups perceived to be the subjects of discrimination, and rail against American unfairness, inequality, and a racist and sexist past. In their radical progressive view — shared by billionaires from Silicon Valley, recent immigrants and the new Democratic Party — America was flawed, perhaps fatally, at its origins. Things have not gotten much better in the country’s subsequent 243 years, nor will they get any better — at least not until America as we know it is dismantled and replaced by a new nation predicated on race, class and gender identity-politics agendas. In this view, an “OK” America is no better than other countries. As Barack Obama once bluntly put it, America is only exceptional in relative terms, given that citizens of Greece and the United Kingdom believe their own countries are just as exceptional. In other words, there is no absolute standard to judge a nation’s excellence. About half the country disagrees. It insists that America’s sins, past and present, are those of mankind. But only in America were human failings constantly critiqued and addressed. (…) The traditionalists see American history as a unique effort to overcome human weakness, bias and sin. That effort is unmatched by other cultures and nations, and explains why millions of foreign nationals swarm into the United States, both legally and illegally. (…) If progressives and socialists can at last convince the American public that their country was always hopelessly flawed, they can gain power to remake it based on their own interests. These elites see Americans not as unique individuals but as race, class and gender collectives, with shared grievances from the past that must be paid out in the present and the future. Victor Davis Hanson
There is a ‘try a hijab on’ booth at my college campus. So you’re telling me that it’s now just a fashion accessory and not a religious thing? Or are you just trying to get women used to being oppressed under Islam? I said that it was (getting women used to) being oppressed because there are so many women in Middle Eastern countries that are being punished and stoned for refusing to wear a hijab. Nobody is talking about that in the West because all they see is everyone being at peace, but that is the beauty of America. Kathy Zhu
Did you know the majority of black deaths are caused by other blacks? Fix problems within your own community before blaming others. (…) This applies for every community. If there is a problem, fix things in your own community before lashing out at others and trying to find an issue there. That is all I wanted to say. It is not a problem against black people. Obviously I am not racist or stuff like that. Kathy Zhu
My first act will be to ask Megan Rapinoe to be my secretary of State and thus return “love rather than hate” to the center of America’s foreign policy. Jay Inslee (Washington governor)
The progressive agenda is America’s agenda, and we need to get out there and fight for it! Elizabeth Warren
America is changing. By 2043, we’ll be a nation [that’s] majority people of color, and that’s — that is the game here — that’s what folks don’t want to understand what’s happening in this country. Roland Martin (African-American journalist)
How’d we lose the working class? Ask yourself, what did we do for them? You called them stupid. You marginalized them, took them for granted and you didn’t talk to them. For 20 years, the right wing has invested tremendous amounts of money in talk radio, in television, in every possible platform to be in their ears, before their eyes, and on their minds. And they don’t call them stupid. Rick Smith (talk-show host)
On several polarizing issues, Democrats are refusing to offer the reassurances to moderate opinion that they once did. They’re not saying: We will secure the border and insist on an orderly asylum process, but do it in a humane way; we will protect the right to abortion while working to make it less common; we will protect gun rights while setting sensible limits on them. The old rhetorical guardrails — trust us, there’s a hard stop on how far left we’ll go — are gone. Ramesh Ponnuru
This month, Netroots Nation met in Philadelphia. The choice was no accident. Pennsylvania will probably be the key swing state in 2020. Donald Trump won it by only 44,000 votes or seven-tenths of a percentage point. He lost the prosperous Philadelphia suburbs by more than Mitt Romney did in 2012 but more than made up for it with new support in “left behind” blue-collar areas such as Erie and Wilkes-Barre. You’d think that this history would inform activists at Netroots Nation about the best strategy to follow in 2020. Not really. Instead, Netroots events seemed to alternate between pandering presentations by presidential candidates and a bewildering array of “intersectionality” and identity-politics seminars. Senator Elizabeth Warren pledged that, if elected, she would immediately investigate crimes committed by border-control agents. Julian Castro, a former Obama-administration cabinet member, called for decriminalizing illegal border crossings. But everyone was topped by Washington governor Jay Inslee. “My first act will be to ask Megan Rapinoe to be my secretary of State,” he promised. Naming the woke, purple-haired star of the championship U.S. Women’s Soccer team, he said, would return “love rather than hate” to the center of America’s foreign policy. It is true that a couple of panels tried to address how the Left could appeal to voters who cast their ballots for Barack Obama in 2012 but switched to Trump in 2016. (…)  But that kind of introspection was rare at Netroots Nation. Elizabeth Warren explicitly rejected calls to keep Democrats from moving too far to the left in the next campaign (…) Warren and her supporters point to polls showing that an increasing number of Americans are worried about income inequality, climate change, and America’s image around the world. But are those the issues that actually motivate people to vote, or are they peripheral issues that aren’t central to the decision most voters make? Consider a Pew Research poll taken last year that asked respondents to rank 23 “policy priorities” from terrorism to global trade in order of importance. Climate change came in 22nd out of 23. There is a stronger argument that Democrats will have trouble winning over independent voters if they sprinting so far to the left that they go over a political cliff. (…) Many leftists acknowledge that Democrats are less interested than they used to be in trimming their sails to appeal to moderates. Such trimming is no longer necessary, as they see it, because the changing demographics of the country give them a built-in advantage. Almost everyone I encountered at Netroots Nation was convinced that President Trump would lose in 2020. (…) It’s a common mistake on both the right and the left to assume that minority voters will a) always vote in large numbers and b) will vote automatically for Democrats. Hillary Clinton lost in 2016 in part because black turnout fell below what Barack Obama was able to generate. There is no assurance that black turnout can be restored in 2020. As for other ethnic groups, a new poll by Politico/Morning Consult this month found that Trump’s approval among Hispanics is at 42 percent. An Economist/YouGov poll showed Trump at 32 percent among Hispanics; another poll from The Hill newspaper and HarrisX has it at 35 percent. In 2016, Trump won only 29 to 32 percent of the Hispanic vote. Netroots Nation convinced me that progressive activists are self-confident, optimistic about the chances for a progressive triumph, and assured that a Trump victory was a freakish “black swan” event. But they are also deaf to any suggestion that their PC excesses had anything to do with Trump’s being in the White House. That is apt to be the progressive blind spot going into the 2020 election. John Fund
The immigrant is the pawn of Latin American governments who view him as inanimate capital, someone who represents thousands of dollars in future foreign-exchange remittances, as well as one less mouth to feed at home — if he crosses the border, legality be damned. If that sounds a cruel or cynical appraisal, then why would the Mexican government in 2005 print a comic booklet (“Guide for the Mexican Migrant”) with instructions to its citizens on how best to cross into the United States — urging them to break American law and assuming that they could not read? Yet for all the savagery dealt out to the immigrant — the callousness of his government, the shakedowns of the coyotes and cartels, the exploitation of his labor by new American employers — the immigrant himself is not entirely innocent. He knows — or does not care to know — that by entering the U.S., he has taken a slot from a would-be legal immigrant, one, unlike himself, who played by the rules and waited years in line for his chance to become an American. He knowingly violates U.S. immigration law. And when the first act of an immigrant is to enter the U.S. illegally, the second to reside there unlawfully, and the third so often to adopt false identities, he undermines American law on the expectation that he will receive exemptions not accorded to U.S. citizens, much less to other legal immigrants. In terms of violations of federal law, and crimes such as hit-and-run accidents and identity theft, the illegal immigrant is overrepresented in the criminal-justice system, and indeed in federal penitentiaries. Certainly, no Latin American government would allow foreigners to enter, reside, and work in their own country in the manner that they expect their own citizens to do so in America. Historically, the Mexican constitution, to take one example, discriminates in racial terms against both the legal and illegal immigrants, in medieval terms of ethnic essence. Some $30 billion in remittances are sent back by mostly illegal aliens to Central American governments and roughly another $30 billion to Mexico. But the full implications of that exploitation are rarely appreciated. Most impoverished illegal aliens who send such staggering sums back not only entered the United States illegally and live here illegally, but they often enjoy some sort of local, state, or federal subsidy. They work at entry-level jobs with the understanding that they are to scrimp and save, with the assistance of the American taxpayer, whose laws they have shredded, so that they can send cash to their relatives and friends back home. In other words, the remitters are like modern indentured servants, helots in hock to their governments that either will not or cannot help their families and are excused from doing so thanks to such massive remittances. In sum, they promote illegal immigration to earn such foreign exchange, to create an expatriate community in the United States that will romanticize a Guatemala or Oaxaca — all the more so,  the longer and farther they are away from it. Few of the impoverished in Mexico paste a Mexican-flag sticker on their window shield; many do so upon arrival in the United States. Illegal immigration is a safety valve, by which dissidents are thanked for marching north rather than on their own nations’ capitals. Latin American governments really do not care that much that their poor are raped while crossing the Mexican desert, or sold off by the drug cartels, or that they drown in the Rio Grande, but they suddenly weep when they reach American detention centers — a cynicism that literally cost hundreds their lives. America is increasingly becoming not so much a nonwhite nation as an assimilated, integrated, and intermarried country. Race, skin color, and appearance, if you will, are becoming irrelevant. The construct of “Latino” — Mexican-American? Portuguese? Spanish? Brazilian? — is becoming immaterial as diverse immigrants soon cannot speak Spanish, lose all knowledge of Latin America, and become indistinguishable in America from the descendants of southern Europeans, Armenians, or any other Mediterranean immigrant group. In other words, a Lopez or Martinez was rapidly becoming as relevant or irrelevant in terms of grievance politics, or perceived class, as a Pelosi, Scalise, De Niro, or Pacino. If Pelosi was named “Ocasio-Cortez” and AOC “Pelosi,” then no one would know, or much care, from their respective superficial appearance, who was of Puerto Rican background and who of Italian ancestry. Such a melting-pot future terrifies the ethnic activists in politics, academia, and the media who count on replenishing the numbers of unassimilated “Latinos,” in order to announce themselves the champions of collective grievance and disparity and thereby find careerist advantage. When 1 million of some of the most impoverished people on the planet arrive without legality, a high-school diploma, capital, or English, then they are likely to remain poor for a generation. And their poverty then offers supposed proof that America is a nativist or racist society for allowing such asymmetry to occur — a social-justice crime remedied best the by Latino caucus, the Chicano-studies department, the La Raza lawyers association, or the former National Council of La Raza. Yet, curb illegal immigration, and the entire Latino race industry goes the way of the Greek-, Armenian-, or Portuguese-American communities that have all found parity once massive immigration of their impoverished countrymen ceased and the formidable powers of the melting pot were uninterrupted. Democrats once were exclusionists — largely because they feared that illegal immigration eroded unionization and overtaxed the social-service resources of their poor citizen constituents. Cesar Chavez, for example, sent his thugs to the border to club illegal aliens and drive them back into Mexico, as if they were future strike breakers. Until recently, Barack Obama and Hillary Clinton called for strict border enforcement, worried that the wages of illegal workers were driving down those of inner-city or barrio American youth. What changed? Numbers. Once the pool of illegal aliens reached a likely 20 million, and once their second-generation citizen offspring won anchor-baby legality and registered to vote, a huge new progressive constituency rose in the American Southwest — one that was targeted by Democrats, who alternately promised permanent government subsidies and sowed fears with constant charges that right-wing Republicans were abject racists, nativists, and xenophobes. Due to massive influxes of immigrants, and the flight of middle-class citizens, the California of Ronald Reagan, George Deukmejian, and Pete Wilson long ago ceased to exist. Indeed, there are currently no statewide Republican office-holders in California, which has liberal supermajorities in both state legislatures and a mere seven Republicans out of 53 congressional representatives. Nevada, New Mexico, and Colorado are becoming Californized. Soon open borders will do the same to Arizona and Texas. No wonder that the Democratic party has been willing to do almost anything to become the enabler of open borders, whether that is setting up over 500 sanctuary-city jurisdictions, suing to block border enforcement in the courts, or extending in-state tuition, free medical care, and driver’s licenses to those who entered and reside in America illegally. If most immigrants were right-wing, middle-class, Latino anti-Communists fleeing Venezuela or Cuba, or Eastern European rightists sick of the EU, or angry French and Germans who were tired of their failed socialist governments, the Democratic party would be the party of closed borders and the enemy of legal, meritocratic, diverse, and measured immigration. Employers over the past 50 years learned fundamental truths about illegal immigrants. The impoverished young male immigrant, arriving without English, money, education, and legality, will take almost any job to survive, and so he will work all the harder once he’s employed. For 20 years or so, young immigrant workers remain relatively healthy. But once physical labor takes its toll on the middle-aged immigrant worker, the state always was expected to step in to assume the health care, housing, and sustenance cost of the injured, ill, and aging worker — thereby empowering the employer’s revolving-door use of a new generation of young workers. Illegality — at least until recently, with the advent of sanctuary jurisdictions — was seen as convenient, ensuring asymmetry between the employee and the employer, who could always exercise the threat of deportation for any perceived shortcoming in his alien work force. Note that those who hire illegal aliens claim that no Americans will do such work, at least at the wages they are willing to, or can, pay. That is the mea culpa that employers voice when accused of lacking empathy for out-of-work Americans. If employers were fined for hiring illegal aliens, or held financially responsible for their immigrant workers’ health care and retirements, or if they found that such workers were not very industrious and made poor entry-level laborers, then both the Wall Street Journal and the Chamber of Commerce would be apt to favor strict enforcement of immigration laws.  Wealthy progressives favor open borders and illegal immigration for a variety of reasons. The more immigrants, the cheaper, more available, and more industrious are nannies, housekeepers, caregivers, and gardeners — the silent army that fuels the contemporary, two-high-income, powerhouse household. Championing the immigrant poor, without living among them and without schooling one’s children with them or socializing among them, is the affluent progressive’s brand. And to the degree that the paradox causes any guilt, the progressive virtue-signals his loud outrage at border detentions, at separations between parents in court and children in custody, and at the contrast between the burly ICE officers and vulnerable border crossers. In medieval fashion, the farther the liberal advocate of open borders is from the objects of his moral concern, the louder and more empathetic he becomes. Most progressives also enjoy a twofer: inexpensive immigrant “help” and thereby enough brief exposure to the Other to authenticate their 8-to-5 caring. If border crossers were temporarily housed in vacant summer dorms at Stanford, Harvard, or Yale, or were accorded affordable-housing tracts for immigrant communities in the vast open spaces of Portola Valley and the Boulder suburbs, or if immigrant children were sent en masse to language-immersion programs at St. Paul’s, Sidwell Friends, or the Menlo School, then the progressive social-justice warrior would probably go mute. Victor Davis Hanson
Libéralisme économique et libéralisme culturel sont les deux faces d’une même monnaie. Les libertaires favorables à l’extension infinie des droits individuels et à la destruction des « structures » traditionnelles (famille, nation) font le jeu du libéralisme économique, puisque celui-ci se déploie sur et par la dilution des sentiments d’appartenances (nation, famille, corporations) qui laisse l’individu isolé. À l’inverse, la recherche permanente du profit amène à marchandiser ce qui, dans la philosophie kantienne, ne devait pas l’être dans la mesure où l’objet avait une dignité – Pour Emmanuel Kant, « tout a un prix ou une dignité » alors que pour Adam Smith « tout a un prix ». Le marché, quand il n’est pas contenu, fait partout son intrusion et remodèle les structures selon ses besoins. Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont donc logiquement pris à la gauche, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières dont le programme d’émancipation individuelle par la Raison universelle se fait au mépris de la tradition. (…) Le détachement aussi bien social, économique que géographique, qui est aujourd’hui celui des élites par rapport aux modes de vie et aux préoccupations populaires, met en péril la démocratie américaine. La méritocratie leur sert à justifier leur pouvoir et leur isolement. Le populisme, au contraire, offre selon Christopher Lasch une alternative à la fois à l’État-providence et au Marché. Il s’appuie sur les communautés, fondements de la démocratie américaine, plutôt que sur les individus. (…) La vie civique est détériorée parce que l’ »art de la controverse » a été perdu : le journalisme est devenu « objectif », le milieu universitaire s’est coupé du réel et l’école a été isolée de ce qui enflamme les imaginations (religion, politique). Les lieux-tiers comme les quartiers, situés entre la famille et le monde extérieur, ont subi les assauts du marché et les intrusions de l’État. (…) La religion est reléguée dans la « coulisse du débat public », ce qui signifie pour Christopher Lasch la sécularisation des États-Unis. Les élites américaines estiment que notre époque est sortie de l’enfance de l’humanité, associée à la religion – elle-même confondue avec la superstition. Elles se signalent par leur refus des limites. Elles vivent dans l’ »illusion de la maîtrise » de son destin et du monde. Substituts à la religion, la psychanalyse – bien qu’utilisée par Christopher Lasch dans ses travaux -, la médecine contemporaine qui promet de guérir tous les maux, ou encore la politique multiculturaliste, souhaitent toutes en finir avec la honte et la culpabilité au nom de « l’estime de soi ». La maladie a remplacé le péché dans la nouvelle « religion » des élites qui ne mérite pas ce nom. Christopher Lasch préfère la désigner comme un « pharisianisme laïc » (…) Comme Christopher Lasch l’écrit lui-même : « d’une façon ou d’une autre, l’essentiel de mes travaux récents tourne autour de la question de l’avenir possible de la démocratie ». La parution de La révolte des élites est postérieure à la théorie de Francis Fukuyama selon laquelle la chute de l’URSS acte la fin de l’Histoire et provoquerait l’extension du modèle de la démocratie libérale au monde. Plutôt que de réfléchir à l’extension ou non de ce modèle, Christopher Lasch interroge cette démocratie américaine telle qu’elle est ou, plutôt, telle qu’elle est dévoyée à ses yeux, en s’appuyant sur la tradition états-unienne (les Pères fondateurs, le populisme, Abraham Lincoln etc.). La thèse de Christopher Lasch – le lecteur s’en rend très rapidement compte – s’applique aussi à l’Europe occidentale. Le constat fait par l’historien au début de son essai nous est familier : « le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emplois qui en résulte ; le recul de la classe moyenne ; l’augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalité qui monte en flèche ; le trafic de stupéfiants en plein essor ; la crise urbaine ». Il n’est pas anodin que l’on ait parlé de révolte des peuples contre les élites quand les partisans du Brexit ont gagné le référendum, et après l’élection de Donald Trump – la géographie électorale a alors montré combien les votes étaient corrélés au niveau de diplômes. La trahison des élites est une expression qui a aussi servi à qualifier la ratification en 2007 par les parlementaires français du traité de Lisbonne, alors que le projet pour une Constitution européenne (TCE) avait été rejeté par référendum en 2005. Le taux d’abstention aux élections est aussi compris comme un détachement des élites des préoccupations des gens ordinaires, soit exactement l’analyse faite par Christopher Lasch dans son livre. « Jamais, selon lui, la classe privilégiée n’a été aussi dangereusement isolée de son environnement ». Il décrit le « fatal éloignement du côté physique de la vie » des classes intellectuelles. « Leur seul rapport avec le travail productif, déplore Christopher Lasch, est en tant que consommateur ». L’historien et sociologue définit ces élites comme les personnes qui « contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignements supérieurs (…) gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public » (directeurs de journaux, hommes politiques, dirigeants de grandes entreprises, universitaires etc.). Elles travaillent aussi bien dans le public que dans le privé et concentrent les avantages financiers, d’éducation et de pouvoir. La bourgeoisie aisée constitue le cœur de ces élites. Pour l’ancien marxiste qu’est Christopher Lasch, la lutte des classes est encore une réalité. L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. Il est étonnant, néanmoins, de ne pas trouver dans cet essai un long développement sur ce que Jacques Ellul, l’un des « maîtres » de Christopher Lasch, appelait le « système technicien »¹¹. L’historien et sociologue, dans son analyse, met bien plus l’accent sur les modes de vie et les évolutions urbaines. (…) Les élites américaines ciblées par Christopher Lasch se définissent moins par leur idéologie, que par leur mode de vie distinctif. Sans vision politique commune, elles ne peuvent pas, d’après lui, être qualifiées de « classe dirigeante ». Elles cherchent moins à commander qu’à « échapper au sort commun » et à la « vie commune ». Elles vivent repliées sur elles-mêmes. Alors qu’ils contribuaient auparavant – souvent de façon intéressée, certes- au financement des équipements de la communauté (bibliothèques, hôpitaux, universités etc.), les 20% les plus riches de la population se rendent aujourd’hui indépendants « non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture », du fait notamment de la globalisation, « mais des services publics en général », qu’ils n’utilisent plus. Ils investissent en masse dans l’éducation et l’information plutôt que dans la propriété. Leur argent leur permet de se constituer des ghettos volontaires : ils monopolisent les collèges et universités les plus célèbres où est encore transmise la culture humaniste et ils ont recours à des services de ramassage de déchets ainsi qu’à des sociétés de sécurité privées. Coupées de la solidarité nationale économique (la fraude fiscale des entreprises dites « multinationales » en est un exemple), les élites le sont aussi de la solidarité politique. La plupart des personnes qui font partie des élites ont « cessé de se penser américains » ou de se sentir « impliquées dans le destin de l’Amérique pour le meilleur et pour le pire ». Le sujet central du livre de Christopher Lasch, la démocratie, se confond en fait en bonne partie avec celui de la nation, dont les élites pensent qu’elle est un cadre obsolète et contraignant. Un tel détachement des élites, de la nation et du peuple, implique une dangereuse déresponsabilisation. Il en est la cause directe. (…) Comme l’homme-masse de Ortega y Gasset, les élites sont inconséquentes à l’égard des générations futures, elles exigent des droits plutôt que d’être exigeantes envers elles-mêmes. En se disant « citoyens du monde », elles séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent donc de leurs obligations civiques. La fracture sociale décrite et analysée par l’auteur est aussi une fracture géographique. Aux yeux des élites, qui vivent majoritairement sur les côtes du pays, l’« Amérique du milieu », est un fardeau obscurantiste, rétrograde car rétif à l’esprit émancipateur des Lumières, en tout cas à l’idée qu’elles s’en font. (…) Si les élites s’emploient à « créer des institutions parallèles ou alternatives », c’est parce qu’elles ne cherchent pas à « imposer leurs valeurs à la majorité (qu’elles perçoivent comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et xénophobe) » et « encore moins à (la) persuader au moyen d’un débat public rationnel » (puisque la majorité, selon les élites, n’est pas raisonnable ni rationnelle). Ici est la limite de leur optimisme progressiste. La vie de la majorité n’en est pas moins, évidemment, bouleversée par les décisions prises par les élites politique, médiatique, universitaire et économique. Christopher Lasch qualifie de « touristique » la vision du monde des élites qu’il décrit. « Ce qui, ajoute-t-il, a peu de chances d’encourager un amour passionné pour la démocratie ». Leur idéal est celui de la mobilité. Elles se meuvent dans les réseaux internationaux, plutôt qu’elles ne s’inscrivent dans des lieux. « Jamais, souligne l’auteur, la réussite n’a été plus étroitement associée à la mobilité ». Elles participent ainsi, malgré elles, à faire surgir en réaction ce que Christopher Lasch appelle un nouveau « tribalisme ». Vingt ans après la parution de la Révolte des élites, ce constat est plus vrai que jamais. Les infra-nationalismes, dont la Catalogne est une des illustrations, relèvent de ce même processus de fragmentation. (…) S’il relativise exagérément le danger islamiste, Christopher Lasch s’inquiète cependant du multiculturalisme promu par les élites. Elles en ont une image là aussi touristique, celle du « bazar » qui met à leur portée les vêtements et cuisines les plus diverses du monde. Une telle conception biaise leur approche de la démocratie. L’État, selon les élites, a pour mission de démocratiser « l’estime de soi ». Des mesures dites « tolérantes », comme la discrimination positive, sont prises au nom de la diversité pour réparer le préjudice qu’auraient subi dans l’histoire les minorités, qu’elles soient ethniques ou sexuelles. Le « sociétal » efface les rapports de classe. Selon Christopher Lasch, une telle politique déresponsabilise et assiste ces minorités au lieu de les inciter à gagner « le respect ». Elle favorise la formation de parodies de communautés, caractérisées par un « entre-soi » sectaire. Des critères comme l’ethnie et le sexe y conditionnent les opinions. Si une personne en dévie, elle devient un traître à sa cause – elle est par exemple accusée de « penser blanc ». Christopher Lasch a ce mot terrible : « nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités ». Il note très justement que ces communautés, substituts pour la gauche à la classe ouvrière, « ne cherchent plus à transformer révolutionnairement les rapports sociaux mais à intégrer les structures dominantes ». Ladite classe ouvrière a été sacrifiée sur l’autel du libéralisme promu par les élites américaines. Elles sont libérales, dans les deux sens du mot : pour la marchandisation croissante du monde et pour une prétendue « libération » sur le plan des mœurs. Un tel programme idéologique affaiblit l’État-nation « par le haut », au sens où par exemple la globalisation transfère le pouvoir du politique vers les multinationales, et par « le bas », les discours différentialistes générant du communautarisme. La fragilisation de l’État-nation provoque, d’une part, une unification du monde par le marché et le droit, et, d’autre part, une fragmentation identitaire et ethnique. Christopher Lasch estime qu’elle est profondément liée à l’effondrement de la classe moyenne sans laquelle il n’y aurait pas eu d’État-nation. C’est pourquoi ce qui reste de la classe moyenne aux États-Unis, au moment où Christopher Lasch écrit, est l’ « élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste de la société ». Laurent Ottavi
Lasch n’a jamais fait mystère de sa dette envers l’héritage protestant et l’étude de la théologie protestante dans la formulation de sa philosophie de l’espérance. Ce que lui ont apporté des théologiens comme Jonathan Edwards ou Reinhold Niebuhr, et des penseurs comme Emerson ou William James peut être résumé dans l’idée que l’espérance est la prédisposition mentale de ceux qui persistent à vouloir croire, envers et contre tout, dans l’infinie bonté de la vie, même en présence des preuves du contraire, et «dans la justice, la conviction que l’homme mauvais souffrira, que les hommes mauvais retrouveront le droit chemin, que l’ordre qui sous-tend le cours des évènements n’a rien à voir avec l’impunité». Et il n’est pas anodin que, se sachant condamné, Lasch ait consacré les deux derniers chapitres de son dernier livre à la religion dans lesquels il rappelle que, face à l’hybris technologique et l’illusion de la maîtrise totale, seule une vision religieuse de l’existence nous rappelle à notre nature divisée d’être «dépendant de la nature et en même temps incapable de la transcender», d’ «humanité oscill[ant] entre une fierté transcendante et un sentiment humiliant de faiblesse et de dépendance». À l’opposé de l’obsession de la certitude au détriment de la réalité du monde des démiurges de la Silicon Valley ou des gnostiques New Age, Lasch écrit que c’est «à la croyance douillette d’une coïncidence entre les fins du Tout-Puissant et nos fins purement humaines que la foi religieuse nous demande de renoncer». Seul ce sens des limites peut nous amener à réinvestir le monde par une «activité pratique qui lie l’homme à la nature en qualité de cultivateur soigneux». En d’autres termes, en fondant une éthique de l’attention au monde, comme nous y exhorte Matthew Crawford, sans doute le continuateur le plus juste de l’œuvre de Lasch. (…) Lasch avait très bien analysé avant la lettre le phénomène Trump au travers de la nouvelle droite, ou conservatisme de mouvement, incarnés successivement par Barry Goldwater ou Reagan. Tout comme ces derniers, Trump est parvenu à formuler un récit bien plus cohérent qu’il n’y paraît à partir de questions comme la crise des opiacés, les délocalisations, l’immigration, la menace chinoise et à s’en servir pour «diriger le ressentiment “petit bourgeois” à l’endroit des riches vers une “nouvelle classe” parasitaire constituée par des spécialistes de la résolution des problèmes et des relativistes moraux», afin d’en appeler aux «producteurs de l’Amérique» à se mobiliser autour de leur «intérêt économique commun» pour «limiter le développement de cette nouvelle classe non productive, rapace». Ainsi, concluait Lasch, le grand génie de la nouvelle droite était d’avoir retourné à son profit «les classifications sociales imprégnées de la tradition populiste – producteurs et parasitaires- et à les mettre au service de programmes sociaux et politiques directement opposés à tout ce que le Populisme avait toujours signifié». La différence est que Reagan est arrivé à la Maison Blanche au début de la contre-révolution monétariste, qui inaugurait la spécialisation de l’économie US dans le recyclage des surplus de la planète, alors que Trump arrive à un moment ou cette politique ininterrompue depuis la fin des années 1970 ne laisse qu’un champ de ruines, ce qui explique leurs divergences sur la question du commerce international. L’élection de Reagan était concomitante de l’entrée des États-Unis dans la période d’exubérance financière que connaissent tous les centres de l’économie-monde lorsqu’ils entament une phase de financiarisation, alors que celle de Trump est intervenue près de 10 ans après le début de la crise terminale de ce que Giovanni Arrighi appelait le long vingtième siècle ou siècle américain. Mais sur le fond, Trump n’est qu’un avatar actualisé de Reagan, allant d’ailleurs jusqu’à reprendre exactement le même slogan que ce dernier dans sa campagne victorieuse de 1980. (..) Récupéré sélectivement par des idéologues aux marges du parti républicain, comme Steve Bannon, qui a fait de La révolte des élites un de ses livres de chevet, Lasch est pour l’essentiel absent du paysage intellectuel engagé à gauche, à l’exception de The Baffler dans lequel officient des auteurs comme George Scialabba ou Thomas Frank. Il est tout aussi ignoré par les mouvements regroupés autour de Sanders, en raison de sa critique du progrès, qui le rend inaudible à leurs oreilles, et de leur tropisme en faveur d’une social-démocratie scandinave. C’est regrettable, car Lasch incarne un vrai socialisme à l’américaine, une sorte de proudhonisme américain, qui exhorte la gauche à chercher à s’allier, non pas avec les «médias de masse et les autres entreprises d’homogénéisation culturelle, ni avec la vision d’une société sans pères, et sans passé […] mais avec les forces qui, dans la vie moderne, résistent à l’assimilation, au déracinement et à la “modernisation forcée”». Mais, paraphrasant Simon Leys à propos d’Orwell, la gauche américaine, en persistant dans sa béatitude progressiste et sa perception simpliste et commode du capitalisme comme un système patriarcal, vertical et autoritaire, ne fait au fond que reproduire avec Lasch les mêmes erreurs qui l’ont poussée régulièrement à se laisser scandaleusement confisquer ses plus puissants penseurs. Renaud Beauchard
Comment se fait-il que des gens sérieux continuent encore à croire au Progrès alors que les évidences les plus massives auraient dû, une fois pour toutes, les conduire à abandonner cette idée ? Christopher Lasch
N’ayant pas l’espoir d’améliorer leur vie de manière significative, les gens se sont convaincus que ce qui comptait, c’était d’améliorer leur psychisme. L’atmosphère actuelle n’est pas religieuse, mais thérapeutique. Ce que les gens recherchent avec ardeur aujourd’hui, ce n’est pas le salut personnel, encore moins le retour d’un âge d’or antérieur, mais la santé, la sécurité psychique, l’impression, l’illusion momentanée d’un bien-être personnel… De fait, le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiété de la vie moderne. (…) Vivre dans l’instant est la passion dominante – vivre pour soi-même, et non pour ses ancêtres ou la postérité. Nous sommes en train de perdre le sens de la continuité historique, le sens d’appartenir à une succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur. Christopher Lasch
Naguère, c’était “la révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses. Christopher Lasch

Attention: une menace peut en cacher une autre !

A l’heure où après les multiples et vite oubliés non aux référendums européens …

Nos belles âmes et nos médias n’ont de cesse de stigmatiser comme menaces populistes tant le Brexit que l’élection de dirigeants nationalistes comme Donald Trump …

Et où après le déni initial, digne des plus belles années de l’utopie communiste, d’une crise migratoire désormais planétaire …

Nos élites, des gouvernements des pays de départ aux partis de gauche, employeurs, militants ethniques et milliardaires progressistes, en sont à célèbrer d’une manière toujours plus irresponsable et intéressée la mise en cause de la loi des pays d’accueil …

Et où confondant ethnicisation et gauchisation et grisé par l’ethnicisation inévitable de la démographie américaine …

Un parti démocrate américain prépare entre radicalisation délirante et mépris de plus en plus affiché de leur adversaire et surtout de son électorat

Rien de moins que sa propre extinction aux présidentielles de l’an prochain …

Comment ne pas voir avec l’historien américain Christopher Lasch

Récemment redécouvert grace à certains, de Jean-Claude Michéa à Christophe Guilluy, de nos plus lucides analystes de la situation actuelle …

La logique réaction à la première sécession, jusque dans les concours de beauté, le football féminin ou la marche sur la Lune, de nos élites que celui-ci avait prédite dès les années 70 …

Et la confirmation de l’une de ses principales intuitions …

A savoir que « le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines » ?

Pour comprendre le moment populiste actuel, il faut lire Christopher Lasch

Montée des mouvements identitaires d’extrême droite dans les pays occidentaux, Brexit, élection de Donald Trump, défaites de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls lors des primaires… Les analystes politiques ont de plus en plus de mal à comprendre les votes populaires. L’œuvre de Christopher Lasch, sociologue et historien américain décédé il y a vingt-trois ans, anticipait déjà largement ce moment populiste que nous vivons actuellement.

Le 14 février 1994, Christopher Lasch décède d’une leucémie, dix jours seulement après avoir achevé son testament politique, La révolte des élites et la trahison de la démocratie (Climats, 1996), qui sera publié à titre posthume. Le sociologue américain, héritier du marxisme de l’école de Francfort (Theodor W. Adorno, Max Horkheimer, etc.) et lecteur de George Orwell, y critique durement les nouvelles élites du capitalisme, coupables selon lui d’avoir trahi l’idéal démocratique.

Lasch analyse le fossé qui se creuse alors entre le haut et le bas de l’échelle sociale aux États-Unis, phénomène qui s’est reproduit presque à l’identique dans les pays d’Europe de l’Ouest. Mais si l’œuvre de Lasch est intéressante, c’est pour son caractère visionnaire. Lire La révolte des élites et les livres qui l’ont précédé permet de comprendre la séquence politique que nous vivons, caractérisée par un rejet des élites par les classes populaires.

La démocratie mise en danger par ses élites

Pour Lasch, notre époque est déterminée par un phénomène social inédit: la révolte des élites. Composée de «ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public», cette «nouvelle classe» se distingue par «l’investissement réalisée dans l’éducation et l’information». Il précise cependant que «mis à part ses revenus en hausse rapide, la bourgeoisie aisée, le cœur de ces nouvelles élites, se définit moins par son idéologie que par son mode de vie, qui la distingue, d’une manière de moins en moins équivoque, du reste de la population».

D’après Lasch, les nouvelles élites, c’est-à-dire «les personnes qui se situent dans les 20% supérieurs en terme de revenus», grâce à leurs richesses considérables et à la mondialisation, qui permet la mobilité totale des capitaux et des personnes les plus fortunées, ne vivent plus réellement dans le même monde que leurs concitoyens. En cela, elles s’opposent à la vieille bourgeoisie des XIXe et XXe siècles, qui était contrainte par sa stabilité spatiale à un minimum d’enracinement et d’«obligations civiques». Ainsi, «bibliothèques, musées, parcs publics, orchestres, universités, hôpitaux et autres aménagement publics […] étaient autant de monuments à la magnificence des classes supérieures». La mondialisation, d’après le sociologue, a transformé les élites en touristes dans leurs propres pays. Les membres de cette nouvelle classe, qui se rêvent «citoyen[s] du monde» mais qui n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement», se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser».

C’est ce qui amène Christopher Lasch à conclure, en référence à La révolte des masses (1929) du philosophe espagnol José Ortega y Gasset: «Naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social […]. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses.» Car cette «révolte des élites» détruit le débat démocratique. Le marxiste explique que «l’isolement croissant des élites signifie entre autre chose que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire». La conséquence est que «le débat politique se restrei[nt] la plupart du temps aux “classes qui détiennent la parole”».

Or, ces dernières demeurent protégées des nouveaux problèmes qui touchent les classes populaires. Elles «ont perdu tout contact avec le peuple». Celui-ci vit «le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emploi qui en résulte; le recul de la classe moyenne; l’augmentation du nombre des pauvres; le taux de criminalité qui monte en flèche; le trafic de stupéfiants en plein essor; la crise urbaine».

Le résultat de cette scission du haut de l’échelle est que «personne n’a de solution vraisemblable à apporter à ces problèmes inextricables» et qu’on «assiste à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes». Dans le même temps, «ceux qui fabriquent l’opinion cultivée» perçoivent les «gens ordinaires» comme «désespérément minables, ringards et provinciaux, […] peu au fait des évolutions du goût ou des modes intellectuelles, […] obnubilés par la littérature de gare, les romans d’amour ou d’action, et abrutis par une surdose de télévision». Ainsi, «bon nombre des gens de bien, selon l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes, ont toujours été sceptiques quant à la capacité des citoyens ordinaires à saisir des problèmes complexes et à produire des jugements critiques». Or, «la démocratie demande un échange vigoureux d’idées et d’opinions».

De la révolte des élites à la révolte des masses

Cette séparation de la nouvelle classe supérieure s’accompagne d’une panne de l’ascenseur social. Celle-ci est notamment alimentée par la crise que traverse l’école publique, à laquelle réussissent à échapper les couches aisées de la société, grâce aux écoles privées notamment. Pour être efficace, le mythe de la méritocratie doit laisser croire à un semblant de justice. Ainsi, «quoique les avantages héréditaires jouent un rôle important pour l’obtention d’un statut dans les professions intellectuelles ou les cercles dirigeants de l’entreprise, la classe nouvelle doit préserver la fiction selon laquelle son pouvoir repose sur la seule intelligence».

C’est pour cela que «l’évolution générale de l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des distinctions sociales, mais de plus en plus vers une société en deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir». Cette tendance est tellement visible que les «gens ordinaires» ne croient plus du tout en cette méritocratie. C’est pour cela que le repli des élites sur elles-mêmes finit par provoquer son symétrique dans les classes populaires, à commencer par la classe moyenne déclassée, qui est «devenue l’élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste, de la société». Ne se reconnaissant pas dans le type de société promise par ses élites, les classes moyennes rejoignent les classes populaires, déjà entrées en révolte. L’opposition s’opère de manière douce dans les urnes. Comme l’expliquait récemment l’historien français Jacques Julliard dans La gauche et le peuple (Flammarion, 2014), «le populisme du peuple n’est donc que la réplique à l’élitisme des élites».

Après avoir grossi les rangs de l’abstention, les classes populaires des deux côtés de l’Atlantique ont décidé de «voter mal». Si elles ne sont pas toujours en mesure d’imposer leurs choix politiques, elles ont compris qu’elles avaient la capacité de sanctionner leurs dirigeants. Après avoir presque failli empêcher la signature du traité de Maastricht en 1992, les classes populaires françaises ont massivement rejeté dans les urnes le traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE) en 2005. En effet, si le «non» l’a emporté par 54,68%, ce vote était plébiscité, selon un sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos, par 67% des employés, 70% des agriculteurs, 79% des ouvriers et 71% des chômeurs.

Le constat vaut également au Royaume-Uni pour le Brexit: en juin 2016, 64% des ouvriers britanniques ont choisi le retrait de leur pays de l’Union européenne. De même, si les métropoles plus favorisées, comme Londres, ont voté pour rester dans l’Union, les green belts, ces ceintures vertes encerclant les grandes villes, et les Midlands, régions du centre du pays, ainsi que les zones autour de certaines vieilles villes industrielles ont majoritairement fait le choix inverse. Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump, en novembre dernier, a été portée par le centre du pays, tandis que les côtes, plus favorisées, ont choisi Hillary Clinton. Nous pouvons ajouter au tableau le fait que les perdants de la mondialisation se réfugient de plus en plus dans le vote identitaire d’extrême droite, comme en témoignent par exemple la progression du vote Front national depuis trente ans maintenant et, plus récemment, de l’AFD en Allemagne, du Parti pour la liberté aux Pays-Bas ou de l’Ukip au Royaume-Uni.

Le «populisme de gauche» comme solution

Mais Lasch ne s’arrête pas au constat: il tente également de proposer une solution. Le sociologue prend parti pour la majorité qui possède peu. Il plaide pour un populisme, terme remis à la mode à gauche ces dernières années par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, inspirateurs du mouvement espagnol Podemos et de Jean-Luc Mélenchon.

Dès les années 1990, Lasch veut rétablir une opposition politique entre peuple et élite plutôt qu’entre électeurs de gauche et électeurs de droite. Il estime que «si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes». L’Américain prend appui sur le mouvement populiste américain, initié par le People’s party au XIXe siècle. Fondé en 1891, ce parti «à la fois progressiste, de tradition rurale et structuré par un programme de transformation économique ambitieux et précis», selon les mots du directeur du Monde diplomatique Serge Halimi, dénonce le monde de la finance, la corruption des élus, la trahison de l’idéal démocratique américain et se fait l’avocat des paysans, des ouvriers et des petits producteurs.

Dans Le seul et vrai paradis (Champs-Flammarion, 2002), rédigé en 1991, Lasch fait remonter les prémices du populisme à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avec des penseurs aussi divers que Ralph Waldo Emerson, William Cobbett, Orestes Brownson voire Thomas Paine, et dans «une certaine tradition qui se distingue par son scepticisme quant aux bénéfices du progrès commercial, et plus particulièrement par la crainte que la spécialisation sape les fondations sociales de l’indépendance morale». Dans La Révolte des élites, il prolonge l’histoire du populisme jusqu’au mouvement antiraciste des droits civiques des années 1960, mené par Martin Luther King. Pour le sociologue, «un peuple rabaissé s’est métamorphosé en citoyens actifs, fiers d’eux-mêmes, qui, tout en défendant leurs droits constitutionnels, ont atteint une dignité nouvelle».

Lasch voit dans le populisme à la fois un mode de contestation du capitalisme, mais également un retour au républicanisme caractérisé par un attachement aux traditions et aux vertus de la communauté, une défense de l’autonomie des individus et un certain sens des limites. Dans La révolte des élites, il explique que la promotion du «principe du respect» et de la responsabilisation des individus sont les conditions sine qua non au rétablissement d’un vrai civisme. Les règles communes doivent s’enraciner «dans le sens commun du peuple au lieu de l’être dans les idéologies qui séduisent les élites». Enfin, selon lui, «en s’approchant en gros de l’égalité économique», «le populisme est la voie authentique de la démocratie», car «une société démocratique ne peut autoriser une accumulation illimitée du capital». Pour cela, il faut «limiter le champ du marché et le pouvoir des grandes compagnies sans les remplacer pour une bureaucratie étatique centralisée» et rétablir des institutions permettant un vrai débat pluraliste. Lasch perçoit dans ces solutions un moyen de mettre fin à la nostalgie d’un passé idéalisé, au ressentiment et à l’individualisme qui gangrènent notre société.

Anticipant la déliquescence de nos démocraties, l’œuvre de Lasch reste plus que jamais d’actualité. Avec La révolte des élites, l’Américain a tenté de nous avertir que le pire pourrait arriver si rien ne changeait. Il a également tenté de tracer une voie de sortie de crise. Malgré un constat très sombre, le sociologue ne versait pas pour autant dans une forme de pessimisme et croyait que l’espoir était une vertu qui permettait de se battre.

Voir aussi:

« Pour Christopher Lasch, l’alternative au capitalisme destructeur est un populisme vertueux »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le professeur Renaud Beauchard consacre un essai stimulant à l’inclassable sociologue américain Christopher Lasch. Il montre comment le penseur avait su démasquer les impostures de notre temps et présente l’issue que Lasch recommandait, celle d’un républicanisme civic conscient des limites qui s’imposent à l’homme.


Renaud Beauchard est professeur associé à l’American University Washington College of Law à Washington, DC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier Christopher Lasch. Un populisme vertueux, vient de paraître aux éditions Michalon.

Historien et sociologue américain connu pour sa critique du progrès, Christopher Lasch (1932-1994) a publié notamment La Culture du narcissisme, Le Seul et Vrai Paradis: Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques et La Révolte des élites et la trahison de la démocratie, tous trois traduits en français aux éditions Climats.


LE FIGARO.- Vous consacrez un essai à l’historien et sociologue Christopher Lasch, connu pour sa critique fondamentale du progressisme. Qu’est-ce que reproche Lasch à l’idée de Progrès?

Renaud BEAUCHARD.– Lasch concevait le progrès comme le chas d’aiguille par lequel la rationalité abstraite du capitalisme est venue envahir tous les aspects de notre existence pour nous placer en état de banqueroute émotionnelle. Selon lui, l’idée de progrès se caractérise par deux composantes appartenant indissolublement à la même séquence historique engagée depuis le XVIIIe siècle. D’un côté, il implique la levée de la condamnation morale de l’insatiabilité des désirs humains en tant que garantie de l’émancipation des liens de dépendance étroits des communautés familiales, claniques, villageoises ou de quartier, qui corsetaient ces désirs. De l’autre, cette offensive contre toutes les formes d’autorité traditionnelle, qui encourageait, tout au moins au début, l’esprit critique et l’émancipation individuelle, s’est trouvée accompagnée de la création d’un marché universel de marchandises censé garantir le développement d’un progrès technique sans horizon temporel limité et l’accès de tous à un éventail de choix jadis réservé aux privilégiés. Mais, par une ruse de la raison, loin d’aboutir à un raffinement sans cesse croissant des goûts et des plaisirs, les effets de ce marché universel furent au contraire un rétrécissement de l’imaginaire émancipateur et une homogénéisation des modes de vie dans une société de plus en plus soumise au règne de l’abstraction capitaliste.

Lasch concevait le progrès comme le chas d’aiguille par lequel la rationalité abstraite du capitalisme est venue envahir tous les aspects de notre existence.

En conclusion, le progrès a produit une catastrophe anthropologique en sécrétant un type de personnalité, le Narcisse, un type d’être à la mentalité servile et foncièrement dépendant du marché – nourricier- à la consommation. En somme, c’est sur la pente d’une nouvelle société hétéronome que nous a conduits le progrès.

Quelles sont les caractéristiques de cette nouvelle personnalité issue des sociétés progressistes?

La culture du narcissisme est une métaphore de la situation de l’individu contemporain aux prises avec un monde qu’il ne comprend plus et dont l’effondrement ne cesse de le préoccuper quotidiennement. Comme l’enfant en bas âge qui développe des défenses inconscientes contre les sentiments de dépendance impuissante de la petite enfance, au moment où celui-ci réalise qu’il est séparé de son environnement et que les êtres qui l’entourent sont dotés d’une existence séparée de la sienne et frustrent ses désirs autant qu’ils les satisfont, Narcisse est inconsciemment tenté de se réfugier dans un déni de la réalité du monde extérieur qui peut prendre deux formes: soit une tentative de retour à un sentiment primitif d’union avec le monde (symbiose régressive ou fusion avec la nature du gnosticisme New Age), soit une illusion solipsiste d’omnipotence qui procède d’un refus de reconnaître la moindre limite à sa toute-puissance et dégénère dans le solutionisme technologique pour paraphraser Evgueni Morozov. La culture du narcissisme fait donc référence à la culture sécrétée par la société, la façon dont les institutions (la famille, l’école, la psychothérapie, la justice, le journalisme etc.) se spécialisent dans la production de la personnalité narcissique en tout point nécessaire au capitalisme contemporain et qui le soutient en retour.

Il faut bien se garder d’analyser le narcissisme comme une affirmation du moi, mais au contraire, comme un moi minimal, «un moi de plus en plus vidé de tout contenu, qui est venu à définir ses buts dans la vie dans les termes les plus restrictifs possible, en termes de survie pure et simple, de survie quotidienne.». Il s’agit d’une véritable aliénation au sens où l’entend Renaud Garcia, d’«une forme totale de dépossession de la subjectivité vivante, qui intervient lorsque les différents «savoirs de la vie» [aimer, dialoguer, habiter, manger, cuisiner, jouer, se soigner etc.] se trouvent transférés sur un plan abstrait, où seule compte la logique d’accumulation de la valeur en fonction de procédures techniques normées» (indicateurs de performance, bilan de santé etc.). Ainsi, tout comme le travailleur de l’industrie a été resocialisé pour que la belle ouvrage n’existe plus dans sa conscience, pour qu’il perde de vue le rapport entre la tâche qu’il accomplit dans le processus de production et le résultat final et n’ait plus à se soucier que du regard du contremaître ou des moyens d’enregistrement de plus en plus sophistiqués de sa performance, l’individu contemporain est exproprié de sa capacité à faire usage de ses sens pour trouver la moindre cohérence au monde qui l’entoure. Le narcissisme est donc l’appauvrissement de la vie intérieure qui survient après l’effondrement du monde commun.

Quelle est la conséquence de cette «culture du narcissisme»?

La conséquence la plus problématique de l’apparition de ce type de personnalité réside dans le déclin du surmoi entraîné par la dévalorisation des figures traditionnelles de l’autorité et son remplacement par une forme de surmoi archaïque et sévère qui n’est plus tempéré par des figures des parents, de la famille élargie ou du quartier auxquelles l’individu peut s’identifier. Narcisse intègre directement dans sa psyché la figure de l’État surpuissant en guise de représentation de l’autorité et celle du marché nourricier à la consommation en tant que représentation de l’amour. De façon encore plus dérangeante, la disparition du surmoi convoque une violence autrefois enfermée dans des rituels, comme l’ont très bien montré l’affaire Weinstein et les tueries de masse qui ponctuent l’actualité .

Lasch a parlé de «révolte des élites». Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il entendait par là?

S’inspirant de La révolte des masses d’Ortega Y Gasset, Lasch estimait que les élites technocratiques contemporaines présentent les mêmes traits que ceux qu’Ortega avait identifiés chez l’homme de masse: optimisme béat dans l’avenir d’un monde promettant toujours plus d’abondance matérielle, culte de la forme physique, haine mortelle de tout ce qui n’est pas lui-même, incapacité d’émerveillement ou de respect, obsession de la santé mentale…

Selon Lasch, l’apparition de ces nouvelles élites est l’aboutissement du choix funeste qu’a fait l’Amérique, dès la fin du XIXe siècle lorsque, se convertissant au salariat, elle a abandonné l’idéal d’une société sans classe, reposant sur la propriété individuelle des moyens de production et l’idéal d’individus aptes à l’autogouvernement, au profit de la mobilité sociale ascendante et la méritocratie, reposant sur la maîtrise du savoir. Lasch voyait en effet dans le salariat l’institution qui séparait le savoir, désormais devenu le monopole d’une «minorité civilisée», de la vie ordinaire et partant, consacrait le renoncement à un idéal de démocratisation de l’intelligence. En somme, il s’agissait de la répétition au Nouveau Monde des systèmes de dépendance européens que les colons avaient fui en choisissant l’émigration.

Les élites placées du bon côté de ces cartes rebattues n’ont alors eu de cesse de refaçonner les institutions (administration publique, éducation et enseignement supérieur, services sociaux, journalisme, bureaucratie des grandes entreprises, définition du succès social etc.) dans le sens d’un séparatisme croissant entre elles et le reste de la population jusqu’à aboutir à deux mondes hermétiquement cloisonnés par des diplômes, des codes culturels abstraits et sans cesse changeants, et de plus en plus géographiquement ségrégués (les communautés de succès situées le long des côtes et l’Amérique au milieu avec des zones tampons en périphérie des grands centres urbains). Dénonçant «l’esprit de clocher» de cette élite mondialisée repliée sur elle-même, Lasch distingue ses premiers signes de sécession dès la conclusion de l’ère «progressiste» (1880-1920), lorsqu’elle a commencé à entretenir vis-à-vis des classes populaires une sorte de posture de ressentiment, allant du style de la satire sociale et anthropologique initié par H.L. Mencken dans les années 1920, dans lequel l’intellectuel «libéral» se pensait comme le représentant d’une «minorité civilisée», traitant la vox populi comme le «braiment d’un âne», jusqu’à Hillary Clinton et son «ramassis d’abrutis» (basket of deplorables). L’exemple le plus frappant de cette séparation est sans doute donné par Thurman Arnold, le grand juriste du New Deal, qui encourageait à penser l’État providence sur le modèle d’un asile d’aliénés devant traiter les gouvernés comme des «malades mentaux», et qui encourageait les administrateurs à prendre des décisions pour eux sans égard à «leurs effets sur le caractère des bénéficiaires».

Vous définissez de «populisme vertueux» l’alternative, fondée sur un renouvellement de la tradition du républicanisme civique, proposée par Lasch, à la modernité libérale. En quoi «populisme» et «vertu» sont-ils dans l’esprit de Lasch, liés?

Tout comme, paraphrasant Castoriadis, «le capitalisme n’a pu fonctionner que parce qu’il a hérité d’une série de types anthropologiques [et de valeurs] qu’il n’a pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même», Lasch estime que la modernité libérale a vécu à crédit sur un capital emprunté à une vieille tradition de Républicanisme civique héritée d’Aristote, des cités italiennes du Moyen Âge et de la Renaissance et qui tenait le haut du pavé au moment de la fondation de la nation américaine. Elle postule que la liberté politique ne se résume pas à de bons arrangements institutionnels mais exige aussi des bonnes mœurs, c’est-à-dire des citoyens dénués d’une mentalité servile et aptes à former des communautés autogouvernées. Or, en fondant une société indifférente au «caractère» de l’individu démocratique, la logique libérale a invalidé tout autre contenu éthique que la tolérance et a fini par rendre impossible tout questionnement public sur les qualités intrinsèques de l’individu démocratique et ce qu’est un mode de vie démocratique. Il en résulte «une forme rudimentaire de vie commune incompatible avec les ambitions élevées des pères fondateurs d’hommes capables de se gouverner eux-mêmes», un «souci obsessionnel de l’estime de soi» et une «approche touristique de la morale» fondée sur un culte de la victime.

Seule une tradition «populiste» comprenant les mouvements de petits producteurs de la seconde moitié du XIXe siècle en lutte contre le salariat, les premiers mouvements féministes et le mouvement des droits civiques ont tenté de perpétuer une conception exigeante de la démocratie faisant des valeurs de gratification différée, d’esprit de sacrifice, d’éthique protestante, d’ardeur au débat, etc., sur lesquelles étaient basées le respect de soi, les piliers de la démocratie américaine. Mais tout comme la destruction créatrice a fini par avoir raison du seul type anthropologique créé par le capitalisme, l’entrepreneur schumpetérien, l’éthique de la tolérance, en prônant un droit de tous sur tout, a entraîné la dégénérescence de la culture de l’individualisme compétitif dans la recherche effrénée de plaisir psychique pour nous ramener au point de départ que la modernité s’est employée à conjurer: la guerre de tous contre tous. Face à cette situation, Lasch en appelle à une revalorisation de la conception populiste de la démocratie fondée sur le respect, valeur ancrée dans l’héritage civique, «que nous éprouvons en présence de réussites admirables, de caractères admirablement formés, de dons naturels mis à bon usage» et qui implique «l’exercice d’un jugement discriminant et non d’une acceptation indiscriminée».

Quelle place tient la culture protestante dans ce populisme vertueux? Est-il possible de renouer avec cet esprit dans une société fermée à toute forme de transcendance?

Lasch n’a jamais fait mystère de sa dette envers l’héritage protestant et l’étude de la théologie protestante dans la formulation de sa philosophie de l’espérance. Ce que lui ont apporté des théologiens comme Jonathan Edwards ou Reinhold Niebuhr, et des penseurs comme Emerson ou William James peut être résumé dans l’idée que l’espérance est la prédisposition mentale de ceux qui persistent à vouloir croire, envers et contre tout, dans l’infinie bonté de la vie, même en présence des preuves du contraire, et «dans la justice, la conviction que l’homme mauvais souffrira, que les hommes mauvais retrouveront le droit chemin, que l’ordre qui sous-tend le cours des évènements n’a rien à voir avec l’impunité».

Et il n’est pas anodin que, se sachant condamné, Lasch ait consacré les deux derniers chapitres de son dernier livre à la religion dans lesquels il rappelle que, face à l’hybris technologique et l’illusion de la maîtrise totale, seule une vision religieuse de l’existence nous rappelle à notre nature divisée d’être «dépendant de la nature et en même temps incapable de la transcender», d’ «humanité oscill[ant] entre une fierté transcendante et un sentiment humiliant de faiblesse et de dépendance». À l’opposé de l’obsession de la certitude au détriment de la réalité du monde des démiurges de la Silicon Valley ou des gnostiques New Age, Lasch écrit que c’est «à la croyance douillette d’une coïncidence entre les fins du Tout-Puissant et nos fins purement humaines que la foi religieuse nous demande de renoncer». Seul ce sens des limites peut nous amener à réinvestir le monde par une «activité pratique qui lie l’homme à la nature en qualité de cultivateur soigneux». En d’autres termes, en fondant une éthique de l’attention au monde, comme nous y exhorte Matthew Crawford, sans doute le continuateur le plus juste de l’œuvre de Lasch.

Lasch est mort en 1994. Y avait-il dans ses écrits quelque prescience de l’émergence d’un populisme trumpiste qui serait le retour de balancier du progressisme et de la sécession des élites?

Lasch avait très bien analysé avant la lettre le phénomène Trump au travers de la nouvelle droite, ou conservatisme de mouvement, incarnés successivement par Barry Goldwater ou Reagan. Tout comme ces derniers, Trump est parvenu à formuler un récit bien plus cohérent qu’il n’y paraît à partir de questions comme la crise des opiacés, les délocalisations, l’immigration, la menace chinoise et à s’en servir pour «diriger le ressentiment “petit bourgeois” à l’endroit des riches vers une “nouvelle classe” parasitaire constituée par des spécialistes de la résolution des problèmes et des relativistes moraux», afin d’en appeler aux «producteurs de l’Amérique» à se mobiliser autour de leur «intérêt économique commun» pour «limiter le développement de cette nouvelle classe non productive, rapace».

Ainsi, concluait Lasch, le grand génie de la nouvelle droite était d’avoir retourné à son profit «les classifications sociales imprégnées de la tradition populiste – producteurs et parasitaires- et à les mettre au service de programmes sociaux et politiques directement opposés à tout ce que le Populisme avait toujours signifié». La différence est que Reagan est arrivé à la Maison Blanche au début de la contre-révolution monétariste, qui inaugurait la spécialisation de l’économie US dans le recyclage des surplus de la planète, alors que Trump arrive à un moment ou cette politique ininterrompue depuis la fin des années 1970 ne laisse qu’un champ de ruines, ce qui explique leurs divergences sur la question du commerce international. L’élection de Reagan était concomitante de l’entrée des États-Unis dans la période d’exubérance financière que connaissent tous les centres de l’économie-monde lorsqu’ils entament une phase de financiarisation, alors que celle de Trump est intervenue près de 10 ans après le début de la crise terminale de ce que Giovanni Arrighi appelait le long vingtième siècle ou siècle américain. Mais sur le fond, Trump n’est qu’un avatar actualisé de Reagan, allant d’ailleurs jusqu’à reprendre exactement le même slogan que ce dernier dans sa campagne victorieuse de 1980.

Comment est-reçu Lasch aujourd’hui aux États-Unis? Le mouvement «sanderiste» qui prône le retour à une forme de socialisme démocratique, l’invoque-t-il?

Récupéré sélectivement par des idéologues aux marges du parti républicain, comme Steve Bannon, qui a fait de La révolte des élites un de ses livres de chevet, Lasch est pour l’essentiel absent du paysage intellectuel engagé à gauche, à l’exception de The Baffler dans lequel officient des auteurs comme George Scialabba ou Thomas Frank. Il est tout aussi ignoré par les mouvements regroupés autour de Sanders, en raison de sa critique du progrès, qui le rend inaudible à leurs oreilles, et de leur tropisme en faveur d’une social-démocratie scandinave. C’est regrettable, car Lasch incarne un vrai socialisme à l’américaine, une sorte de proudhonisme américain, qui exhorte la gauche à chercher à s’allier, non pas avec les «médias de masse et les autres entreprises d’homogénéisation culturelle, ni avec la vision d’une société sans pères, et sans passé […] mais avec les forces qui, dans la vie moderne, résistent à l’assimilation, au déracinement et à la “modernisation forcée”». Mais, paraphrasant Simon Leys à propos d’Orwell, la gauche américaine, en persistant dans sa béatitude progressiste et sa perception simpliste et commode du capitalisme comme un système patriarcal, vertical et autoritaire, ne fait au fond que reproduire avec Lasch les mêmes erreurs qui l’ont poussée régulièrement à se laisser scandaleusement confisquer ses plus puissants penseurs.

Voir également:

Contre nos élites et pour la démocratie : le populisme selon Christopher Lasch
Laurent Ottavi
Revue des deux mondes
16 mai 2018

Vingt-trois ans après sa parution, la Révolte des élites¹ (1995) de l’historien Christopher Lasch constitue toujours une grille d’analyse pertinente pour décrypter le malaise dans la démocratie américaine et, plus généralement, dans les nations occidentales. D’où ses rééditions successives. L’élection de Donald Trump, revanche de cette « Amérique du milieu » brocardée par les élites vivant sur les côtes du pays, a été analysée comme une victoire du populisme par les médias occidentaux. De même que le Brexit. Les dix plaies d’Égypte ont été promises à ces mal-votants accusés de faire leur propre malheur.

Le populisme, pourtant, n’est pas qu’une injure pour caractériser ce qui soulève « les bas instincts du peuple » contre les élites, prétendument rationnelles et éclairées, et qui sont, en réalité, déconnectées des préoccupations populaires. Christopher Lasch, en prenant appui sur l’histoire du populisme, le considère comme la « voie authentique de la démocratie » au sens où il est le moyen d’accomplir l’idéal américain d’une société sans classes. Un livre indispensable pour comprendre le monde contemporain.


Le danger ne viendrait plus d’ »en bas », mais d’ »en haut ». Plus d’un demi-siècle après la publication de la Révolte des masses du grand philosophe espagnol Ortega Y Gasset, l’historien et sociologue américain Christopher Lasch (1932-1994) écrit son grand livre-testament, la Révolte des élites ou la trahison de la démocratie (1995). « Naguère, estime-t-il, c’était “la révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses ».

Les travaux de Christopher Lasch ont précédemment porté sur l’histoire de la famille et des femmes², le progressisme, la consommation de masse et le populisme américain, tradition politique dont il se réclame. Ils ont surtout été portés à l’attention du public français par le philosophe Jean-Claude Michéa qui, comme Christopher Lasch, met l’accent dans son œuvre sur l’unité du libéralisme³.

« Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont pris à la gauche, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières. »

Libéralisme économique et libéralisme culturel sont les deux faces d’une même monnaie. Les libertaires favorables à l’extension infinie des droits individuels et à la destruction des « structures » traditionnelles (famille, nation) font le jeu du libéralisme économique, puisque celui-ci se déploie sur et par la dilution des sentiments d’appartenances (nation, famille, corporations) qui laisse l’individu isolé. À l’inverse, la recherche permanente du profit amène à marchandiser ce qui, dans la philosophie kantienne, ne devait pas l’être dans la mesure où l’objet avait une dignité – Pour Emmanuel Kant, « tout a un prix ou une dignité » alors que pour Adam Smith « tout a un prix ». Le marché, quand il n’est pas contenu, fait partout son intrusion et remodèle les structures selon ses besoins.

Dans leurs livres, Christopher Lasch et, après lui, Jean-Claude Michéa – s’en sont donc logiquement pris à la gauche⁴, et à la matrice dont elle est issue, la philosophie des Lumières dont le programme d’émancipation individuelle par la Raison universelle se fait au mépris de la tradition.

Un livre très dense

L’ouvrage est divisé en trois grandes parties. Le style y est simple, agréable et direct, exceptions faites de quelques passages très lourds en citations d’ouvrages.

– « L’intensification des divisions sociales »⁵. Le détachement aussi bien social, économique que géographique, qui est aujourd’hui celui des élites par rapport aux modes de vie et aux préoccupations populaires, met en péril la démocratie américaine. La méritocratie leur sert à justifier leur pouvoir et leur isolement. Le populisme, au contraire, offre selon Christopher Lasch une alternative à la fois à l’État-providence et au Marché. Il s’appuie sur les communautés, fondements de la démocratie américaine, plutôt que sur les individus.

– « Le déclin du discours démocratique »⁶. La vie civique est détériorée parce que l’ »art de la controverse » a été perdu : le journalisme est devenu « objectif », le milieu universitaire s’est coupé du réel et l’école a été isolée de ce qui enflamme les imaginations (religion, politique). Les lieux-tiers comme les quartiers, situés entre la famille et le monde extérieur, ont subi les assauts du marché et les intrusions de l’État.

– « L’âme dans sa nuit obscure »⁷ est la partie la plus complexe du livre. La religion est reléguée dans la « coulisse du débat public », ce qui signifie pour Christopher Lasch la sécularisation des États-Unis. Les élites américaines estiment que notre époque est sortie de l’enfance de l’humanité, associée à la religion – elle-même confondue avec la superstition. Elles se signalent par leur refus des limites. Elles vivent dans l’ »illusion de la maîtrise » de son destin et du monde. Substituts à la religion, la psychanalyse – bien qu’utilisée par Christopher Lasch dans ses travaux⁸ -, la médecine contemporaine qui promet de guérir tous les maux, ou encore la politique multiculturaliste, souhaitent toutes en finir avec la honte et la culpabilité au nom de « l’estime de soi ». La maladie a remplacé le péché dans la nouvelle « religion » des élites qui ne mérite pas ce nom. Christopher Lasch préfère la désigner comme un « pharisianisme laïc ».

La survie de la démocratie en question

Un tel plan rend parfois difficile la distinction entre ce qui relève de la cause, de la conséquence ou du symptôme. Le sous-titre de la Révolte des élites clarifie davantage le propos : « la trahison de la démocratie ». C’est le sujet central de cet essai⁹, ouvert par une introduction qui donne elle aussi le ton : « malaise dans la démocratie », en référence bien sûr au Malaise dans la civilisation de Freud. La révolte des élites s’inscrit dans le prolongement des précédents travaux de l’auteur, parmi lesquels Le seul et vrai Paradis10, ouvrage contre l’idéologie du Progrès.

Comme Christopher Lasch l’écrit lui-même : « d’une façon ou d’une autre, l’essentiel de mes travaux récents tourne autour de la question de l’avenir possible de la démocratie ». La parution de La révolte des élites est postérieure à la théorie de Francis Fukuyama selon laquelle la chute de l’URSS acte la fin de l’Histoire et provoquerait l’extension du modèle de la démocratie libérale au monde. Plutôt que de réfléchir à l’extension ou non de ce modèle, Christopher Lasch interroge cette démocratie américaine telle qu’elle est ou, plutôt, telle qu’elle est dévoyée à ses yeux, en s’appuyant sur la tradition états-unienne (les Pères fondateurs, le populisme, Abraham Lincoln etc.).

« Christopher Lasch décrit le “fatal éloignement du côté physique de la vie” des classes intellectuelles. »

La thèse de Christopher Lasch – le lecteur s’en rend très rapidement compte – s’applique aussi à l’Europe occidentale. Le constat fait par l’historien au début de son essai nous est familier : « le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emplois qui en résulte ; le recul de la classe moyenne ; l’augmentation du nombre des pauvres ; le taux de criminalité qui monte en flèche ; le trafic de stupéfiants en plein essor ; la crise urbaine ». Il n’est pas anodin que l’on ait parlé de révolte des peuples contre les élites quand les partisans du Brexit ont gagné le référendum, et après l’élection de Donald Trump – la géographie électorale a alors montré combien les votes étaient corrélés au niveau de diplômes.

La trahison des élites est une expression qui a aussi servi à qualifier la ratification en 2007 par les parlementaires français du traité de Lisbonne, alors que le projet pour une Constitution européenne (TCE) avait été rejeté par référendum en 2005. Le taux d’abstention aux élections est aussi compris comme un détachement des élites des préoccupations des gens ordinaires, soit exactement l’analyse faite par Christopher Lasch dans son livre. « Jamais, selon lui, la classe privilégiée n’a été aussi dangereusement isolée de son environnement ». Il décrit le « fatal éloignement du côté physique de la vie » des classes intellectuelles. « Leur seul rapport avec le travail productif, déplore Christopher Lasch, est en tant que consommateur ».

« L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. »

L’historien et sociologue définit ces élites comme les personnes qui « contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignements supérieurs (…) gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public » (directeurs de journaux, hommes politiques, dirigeants de grandes entreprises, universitaires etc.). Elles travaillent aussi bien dans le public que dans le privé et concentrent les avantages financiers, d’éducation et de pouvoir. La bourgeoisie aisée constitue le cœur de ces élites.

Pour l’ancien marxiste qu’est Christopher Lasch, la lutte des classes est encore une réalité. L’ambition politique défendue dans son livre correspond à ce qui est d‘après lui l’idéal originel américain d’une société sans classe. Il est étonnant, néanmoins, de ne pas trouver dans cet essai un long développement sur ce que Jacques Ellul, l’un des « maîtres » de Christopher Lasch, appelait le « système technicien »¹¹. L’historien et sociologue, dans son analyse, met bien plus l’accent sur les modes de vie et les évolutions urbaines.

Christopher Lasch contre Ortega Y Gasset ?

Les caractéristiques que Christopher Lasch associe aux élites américaines sont proches de celles qu’Ortega Y Gasset attribuait à l’« homme-masse ». Le philosophe espagnol le portraitise comme un homme satisfait de lui, conformiste, vulgaire, fermé à la transcendance et incapable de se dépasser. Il est haineux envers ce qui n’est pas comme lui. L’homme-masse ne songe qu’à son « bon plaisir ». La recherche du bien-être l’emporte chez lui sur le besoin que peut ressentir tout homme de dévouer sa vie à un idéal. L’homme-masse est l’« enfant gâté de l’histoire humaine » puisqu’il connaît une sécurité et une abondance inconnues des siècles passés – ou strictement réservées à un petit nombre – sans témoigner de gratitude à l’égard de ceux qui l’ont précédé et qui ont donc rendu possible le confort matériel dont il jouit.

En opposant dans son livre la révolte des masses à la révolte des élites, Christopher Lasch commet cependant un raccourci excessif. Ortega Y Gasset prend soin de souligner que « l’homme-masse » désigne « une manière d’être », celle de l’homme moyen, médiocre, « qui se manifeste aujourd’hui dans toutes les classes sociales », et non pas strictement dans les classes les plus pauvres. Le philosophe considère d’ailleurs que le « barbare spécialiste » est un homme-masse.

« La “révolte des masses” telle qu’Ortega y Gasset l’entendait et la “révolte des élites” telle qu’elle est pensée par Christopher Lasch ne sont pas deux thèses strictement opposées. »

« Reclus dans l’étroitesse de son champ visuel », « ce savant-ignorant » n’est pas intelligent au sens où il ne sait pas relier les choses entre elles. Il  « ignore complètement, écrit Ortega Y Gasset, tout ce qui n’est pas dans sa spécialité ». De même, dans la Révolte des masses, « l’homme d’élite » ou « homme-minorité » n’est pas celui qui se trouve « en haut » de l’échelle sociale, mais celui pour qui « noblesse oblige ». Singulier, il a le sens de l’héritage, du tragique et de l’effort sans lesquels il n’est pas de civilisation possible.

La « révolte des masses » telle qu’Ortega y Gasset l’entendait et la « révolte des élites » telle qu’elle est pensée par Christopher Lasch ne sont donc pas deux thèses strictement opposées. Christopher Lasch, dans sa démonstration, se permet quelques simplifications commodes pour introduire et rendre plus facilement compréhensible son argumentation.

Les modes de vie plus que l’idéologie

Les élites américaines ciblées par Christopher Lasch se définissent moins par leur idéologie, que par leur mode de vie distinctif. Sans vision politique commune, elles ne peuvent pas, d’après lui, être qualifiées de « classe dirigeante ». Elles cherchent moins à commander qu’à « échapper au sort commun » et à la « vie commune ». Elles vivent repliées sur elles-mêmes.

Alors qu’ils contribuaient auparavant – souvent de façon intéressée, certes- au financement des équipements de la communauté (bibliothèques, hôpitaux, universités etc.), les 20% les plus riches de la population se rendent aujourd’hui indépendants « non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture », du fait notamment de la globalisation, « mais des services publics en général », qu’ils n’utilisent plus. Ils investissent en masse dans l’éducation et l’information plutôt que dans la propriété. Leur argent leur permet de se constituer des ghettos volontaires : ils monopolisent les collèges et universités les plus célèbres où est encore transmise la culture humaniste et ils ont recours à des services de ramassage de déchets ainsi qu’à des sociétés de sécurité privées.

« En se disant “citoyens du monde”, les élites séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent de leurs obligations civiques. »

Coupées de la solidarité nationale économique (la fraude fiscale des entreprises dites « multinationales » en est un exemple), les élites le sont aussi de la solidarité politique. La plupart des personnes qui font partie des élites ont « cessé de se penser américains » ou de se sentir « impliquées dans le destin de l’Amérique pour le meilleur et pour le pire ». Le sujet central du livre de Christopher Lasch, la démocratie, se confond en fait en bonne partie avec celui de la nation, dont les élites pensent qu’elle est un cadre obsolète et contraignant.

Un tel détachement des élites, de la nation et du peuple, implique une dangereuse déresponsabilisation. Il en est la cause directe. « Nous apprenons à nous sentir responsable d’autrui, écrit en effet Robert Reich cité par Christopher Lasch, parce que nous partageons avec eux une histoire commune, un destin commun ». Comme l’homme-masse de Ortega y Gasset, les élites sont inconséquentes à l’égard des générations futures, elles exigent des droits plutôt que d’être exigeantes envers elles-mêmes. En se disant « citoyens du monde », elles séparent la citoyenneté de la nationalité et se déchargent donc de leurs obligations civiques.

« La philosophe Chantal Delsol a montré dans son essai, Le populisme, les demeurés de l’histoire, combien les élites actuelles considèrent les classes populaires comme des “idiots” au sens grec du terme. »

La fracture sociale décrite et analysée par l’auteur est aussi une fracture géographique. Aux yeux des élites, qui vivent majoritairement sur les côtes du pays, l’« Amérique du milieu », est un fardeau obscurantiste, rétrograde car rétif à l’esprit émancipateur des Lumières, en tout cas à l’idée qu’elles s’en font. La philosophe Chantal Delsol a montré dans son essai, Le populisme, les demeurés de l’histoire¹², combien les élites actuelles considèrent les classes populaires comme des « idiots » au sens grec du terme, c’est-à-dire enfermées dans le particulier, incapables de s’élever à la Raison universelle.

Si les élites s’emploient à « créer des institutions parallèles ou alternatives », c’est parce qu’elles ne cherchent pas à « imposer leurs valeurs à la majorité (qu’elles perçoivent comme incorrigiblement raciste, sexiste, provinciale et xénophobe) » et « encore moins à (la) persuader au moyen d’un débat public rationnel » (puisque la majorité, selon les élites, n’est pas raisonnable ni rationnelle). Ici est la limite de leur optimisme progressiste. La vie de la majorité n’en est pas moins, évidemment, bouleversée par les décisions prises par les élites politique, médiatique, universitaire et économique.

Une vision touristique du monde

Christopher Lasch qualifie de « touristique » la vision du monde des élites qu’il décrit. « Ce qui, ajoute-t-il, a peu de chances d’encourager un amour passionné pour la démocratie ». Leur idéal est celui de la mobilité. Elles se meuvent dans les réseaux internationaux, plutôt qu’elles ne s’inscrivent dans des lieux. « Jamais, souligne l’auteur, la réussite n’a été plus étroitement associée à la mobilité ». Elles participent ainsi, malgré elles, à faire surgir en réaction ce que Christopher Lasch appelle un nouveau « tribalisme ». Vingt ans après la parution de la Révolte des élites, ce constat est plus vrai que jamais. Les infra-nationalismes, dont la Catalogne est une des illustrations, relèvent de ce même processus de fragmentation. En revanche, Christopher Lasch est aveugle face au danger de l’islamisme. Il le sous-estime très clairement. Le 11 Septembre 2001 n’a pas encore eu lieu.

« Christopher Lasch a ce mot terrible : “nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités”. »

S’il relativise exagérément le danger islamiste, Christopher Lasch s’inquiète cependant du multiculturalisme promu par les élites. Elles en ont une image là aussi touristique, celle du « bazar » qui met à leur portée les vêtements et cuisines les plus diverses du monde. Une telle conception biaise leur approche de la démocratie.

L’État, selon les élites, a pour mission de démocratiser « l’estime de soi ». Des mesures dites « tolérantes », comme la discrimination positive, sont prises au nom de la diversité pour réparer le préjudice qu’auraient subi dans l’histoire les minorités, qu’elles soient ethniques ou sexuelles. Le « sociétal » efface les rapports de classe. Selon Christopher Lasch, une telle politique déresponsabilise et assiste ces minorités au lieu de les inciter à gagner « le respect ». Elle favorise la formation de parodies de communautés, caractérisées par un « entre-soi » sectaire. Des critères comme l’ethnie et le sexe y conditionnent les opinions. Si une personne en dévie, elle devient un traître à sa cause – elle est par exemple accusée de « penser blanc ». Christopher Lasch a ce mot terrible : « nous sommes devenus aujourd’hui une nation de minorités ». Il note très justement que ces communautés, substituts pour la gauche à la classe ouvrière, « ne cherchent plus à transformer révolutionnairement les rapports sociaux mais à intégrer les structures dominantes ».

Des élites libérales

Ladite classe ouvrière a été sacrifiée sur l’autel du libéralisme promu par les élites américaines. Elles sont libérales, dans les deux sens du mot : pour la marchandisation croissante du monde et pour une prétendue « libération » sur le plan des mœurs. Un tel programme idéologique affaiblit l’État-nation « par le haut », au sens où par exemple la globalisation transfère le pouvoir du politique vers les multinationales, et par « le bas », les discours différentialistes générant du communautarisme.

La fragilisation de l’État-nation provoque, d’une part, une unification du monde par le marché et le droit, et, d’autre part, une fragmentation identitaire et ethnique. Christopher Lasch estime qu’elle est profondément liée à l’effondrement de la classe moyenne13, sans laquelle il n’y aurait pas eu d’État-nation. C’est pourquoi ce qu’il reste de la classe moyenne aux États-Unis, au moment où Christopher Lasch écrit, est l’ « élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste de la société ».

[1] LASCH (Christopher), La révolte des élites ou la trahison de la démocratie (The Revolt of the Elites : And the Betrayal of Democracy), Flammarion, Paris, 2007. Le livre a initialement été traduit en France en 1996 aux éditions Climats.
[2] Les Femmes et la vie ordinaire, Amour, mariage et féminisme, Climats, 2006. Un refuge dans ce monde impitoyable : la famille assiégée, François Bourin Editeur, 2012.
[3] Parmi les ouvrages de Jean-Claude Michéa : Orwell, anarchiste tory, Climats, Paris, 2008 ; Impasse Adam Smith, brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Flammarion, 2010 ; Notre ennemi, le capital, Flammarion, Paris, 2017.
[4] Christopher Lasch critique la new left, la nouvelle gauche américaine dans Le moi assiégé, Climats, 2008. Voir aussi : LASCH (Christopher), The Agony of the American Left, Knopft, 1969. Concernant Jean-Claude Michéa, voir notamment : Les mystères de la gauche, de l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Climats, 2013.
[5] Constitué des chapitres : « La révolte des élites », « Opportunités dns la terre promise : mobilité sociale ou démocratisation de la compétence ? », « La démocratie mérite-t-elle de survivre ? », « Communautarisme ou populisme ?“, “Ethique de la compassion et éthique du respect ».
[6] « La conversation et les arts de la cité », « Politique et race à New York : la remise en cause des critères communs », « Les écoles pour tous ; Horace Mann et la guerre à l’imagination », « L’art perdu de la controverse », « Le pseudo-radicalisme universitaire : la pantalonnade de la « subversion ».
[7] « L’abolition de la honte », « Philippe Rieff et la religion de la culture », « L’âme humaine sous le règne de la laïcité ».
[8] C’est particulièrement le cas dans son autre grand livre, La culture du narcissisme, La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Climats, 2000. « L’individu narcissique moderne » dont parle Christopher Lasch n’est, comme l’écrit Jean-Claude Michéa « rien d’autre que l’expression psychologique et culturelle de ce compromis libéral-libertaire devenu avec le temps historiquement réalisable ».
[9] La quatrième de couverture de l’édition de 2007, met l’accent sur le fait que les élites produisent des normes alors qu’elles se veulent elles-mêmes « hors-normes ». Elle est décalée, de même d’ailleurs que la courte préface de Jean-Claude Michéa, par rapport à ce qui nous paraît constituer le sujet central de ce livre.
[10] Le seul et vrai paradis : Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, Climats, 2002. Il est paru en 1991 aux États-Unis.
[12] DELSOL (Chantal), Populisme, les demeurés de l’histoire, Editions du Rocher, 2015. Christopher Lasch est cité dans le livre.
[13] On trouve ici en germe les analyses du géographe Christopher Guilluy sur la fin
[11] Les innovations technologiques sont rapidement évoquées, pour constater qu’elles n’accomplissent pas la promesse de création de nombreux emplois qualifiés et de suppression des emplois pénibles, ni celle d’élever le niveau de l’intelligence du public. « Leur effet est le plus important, écrit-il, est d’élargir le fossé entre la classe de la connaissance et le reste de la population ».

Voir de plus:

Pour en finir avec le XXIe siècle

Préface à l’édition française de The Culture of Narcissism de Christopher Lasch
Jean-Claude Michéa
Transatlantica 2002

Résumé

Culture of Narcissism: American Life in An Age of Diminishing Expectations a été publié aux États-Unis en 1979. Christopher Lasch (1932–1994) qui avait déjà écrit plusieurs ouvrages de sociologie, en particulier de la famille (Haven in a Heartless World : The Family Besieged, 1977), y fait un portrait psycho-social d’une société américaine absorbée dans la contemplation et l’adoration de sa propre image, construite en particulier par les sciences sociales. Ce livre militant suscita à l’époque nombre de controverses et popularisa le terme « national malaise », version post-freudienne du malaise dans la civilisation.

Une traduction française a paru en 1981 chez Robert Laffont dans la collection Libertés 2000 dirigée par Georges Liébert et Emmanuel Todd, sous le titre du Complexe de Narcisse. Cette traduction, devenue rapidement introuvable, a été republiée en 2001, augmentée d’une postface inédite de l’auteur, par les éditions Climats.

Nous avons choisi de proposer dans TransatlanticA la préface originale à cette édition, rédigée par le philosophe Jean-Claude Michéa. Sa lecture engagée de Lasch nous a paru propre à susciter débats et réactions autour d’une oeuvre foisonnante, polémique et parfois datée aussi. Nous encourageons les lecteurs à poursuivre l’échange en nous écrivant. Nous publierons les principaux commentaires dans le numéro 3 de TransatlanticA.

Notes de la rédaction

Ce texte est publié avec l’aimable autorisation de l’éditeur et de l’auteur. © J.-Cl. Michéa et Éditions Climats.

Au début de son merveilleux petit livre sur George Orwell, Simon Leys fait observer, avec raison, que nous avons là un auteur qui « continue de nous parler avec plus de force et de clarté que la plupart des commentateurs et politiciens dont nous pouvons lire la prose dans le journal de ce matin »1..Toutes proportions gardées, ce jugement s’applique parfaitement à l’œuvre de Christopher Lasch et plus particulièrement à La Culture du narcissisme, qui est sans doute son chef-d’œuvre. Voici, en effet, un ouvrage écrit il y a déjà plus de vingt ans2 et qui demeure, à l’évidence, infiniment plus actuel que la quasi-totalité des essais qui ont prétendu, depuis, expliquer le monde où nous avons à vivre.

Par sa formation intellectuelle initiale (le « marxisme occidental » et, plus particulièrement, l’École de Francfort) Lasch s’est, en effet, trouvé assez vite immunisé contre ce culte du « Progrès » (ou, comme on dit maintenant, de la « modernisation ») qui constitue , de nos jours, le catéchisme résiduel des électeurs de Gauche et donc également un des principaux ressorts psychologiques qui les retient encore à cette étrange Église malgré son évidente faillite historique. Présentant, quelques années plus tard, la logique de son itinéraire philosophique, Lasch ira jusqu’à écrire que le point de départ de sa réflexion avait toujours été cette « question faussement simple : comment se fait-il que des gens sérieux continuent encore à croire au Progrès alors que les évidences les plus massives auraient dû, une fois pour toutes, les conduire à abandonner cette idée ? »3. Or, le simple fait d’accepter de poser cette question sacrilège ne permet pas seulement de renouer avec plusieurs aspects oubliés du socialisme origine4. Il contribue également à lever un certain nombre d’interdits théoriques qui, en se solidifiant avec le temps, avaient fini par rendre pratiquement inconcevable toute mise en cause un peu radicale de l’utopie capitaliste. C’est ainsi, par exemple, que la question soulevée par Lasch rend à nouveau possible l’examen critique de l’identification devenue traditionnelle — par le biais d’une forme quelconque de la théorie des « ruses de la raison » — entre le mouvement, posé comme inéluctable, qui soumet toutes les sociétés au règne de l’Économie et le processus d’émancipation effective des individus et des peuples. En d’autres termes, si l’on consent à traduire les concepts a priori de l’entendement progressiste, devant le tribunal de la Raison, si, par conséquent, on cesse de tenir pour auto-démontrée l’idée que n’importe quelle modernisation de n’importe quel aspect de la vie humaine constitue, par essence, un bienfait pour le genre humain, alors plus rien ne peut venir garantir théologiquement que le système capitaliste — sous le simple effet magique du « développement des forces productives » — serait historiquement voué à construire, « avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature » (Marx), la célèbre « base matérielle du socialisme », autrement dit l’ensemble des conditions techniques et morales de son propre « dépassement dialectique ». Cela signifie en clair — pour s’en tenir à quelques nuisances bien connues — que le développement d’une agriculture génétiquement modifiée, la destruction méthodique des villes et des formes d’urbanité correspondantes ou encore l’abrutissement médiatique généralisé et ses cyberprolongements, ne peuvent, de quelque façon que ce soit, être sérieusement présentés comme un préalable historique nécessaire, ou simplement favorable, à l’édification d’une société « libre, égalitaire et décente »5. Ce sont là, au contraire, autant d’obstacles évidents à l’émancipation des hommes, et plus ces obstacles se développeront et s’accumuleront (qu’on songe par exemple à certaines lésions probablement irréversibles de l’environnement), plus il deviendra difficile de remettre en place les conditions écologiques et culturelles indispensables à l’existence de toute société véritablement humaine. Ceci revient à dire, le capitalisme étant ce qu’il est, que le temps travaille désormais essentiellement contre les individus et les peuples, et que plus ceux-ci se contenteront d’attendre la venue d’un monde meilleur, plus le monde qu’ils recevront effectivement en héritage sera impropre à la réalisation de leurs espérances — y compris les plus modestes. Or cette idée constitue la négation même du dogme progressiste, lequel pose par définition que la Raison finit toujours par l’emporter et qu’ainsi, il est d’ores-et-déjà acquis que le XXIe siècle sera grand et l’avenir radieux. C’est pourquoi la critique de l’aliénation progressiste doit devenir le premier présupposé de toute critique sociale. Et malheureusement c’est une critique qui, jusqu’à présent, n’a guère dépassé le stade des commencements6.

Si l’admirable clairvoyance de Lasch a un secret, il n’est par conséquent pas très difficile à découvrir. Il réside dans l’articulation originale qui a toujours sous-tendu son œuvre entre, d’une part, une imperméabilité absolue aux mythologies modernistes et de l’autre une fidélité jamais démentie au point de vue des travailleurs et des simples gens, c’est-à-dire de ceux qui, par la force des choses, ont l’habitude de déchiffrer une société en la considérant sous le seul angle approprié, à savoir de bas en haut. Le bénéfice le plus tangible d’une telle position — qui est à la fois politique et épistémologique — est de rendre aussitôt perceptible l’illusion qui confère à la Gauche moderne, dans sa dérisoire « pluralité », le peu de cohérence intellectuelle dont elle a encore besoin pour s’assurer de ce semblant d’autonomie qui est indispensable à sa survie électorale.

Cette illusion, pour ainsi dire transcendantale, c’est l’idée bien connue selon laquelle le système capitaliste représenterait par nature un ordre social conservateur, autoritaire et patriarcal, fondé sur la répression permanente du Désir et de la Séduction, répression qu’exigerait la discipline du Travail et dont la Famille, l’Église et l’Armée seraient les agents privilégiés7. Cette représentation est certainement très reposante pour un esprit moderne. Elle exige cependant qu’on oublie que, dès 1848, Marx avait pris la précaution d’invalider par avance une interprétation des faits aussi furieuse qu’invraisemblable. « La bourgeoisie — rappelait-il ainsi — ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux », alors que « le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence ». C’est pourquoi — ajoutait-il — au fur et à mesure que le système capitaliste progresse, « tous les rapports sociaux stables et figés, avec leur cortège de conceptions et d’idées traditionnelles et vénérables, se dissolvent ; les rapports nouvellement établis vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout élément de hiérarchie sociale et de stabilité d’une caste s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané ». L’un des plus grands mérites théoriques de Lasch est, assurément, d’avoir toujours su prendre au sérieux cette hypothèse de Marx et d’avoir cherché à en éprouver le pouvoir éclairant sur tous les aspects de la société américaine. Naturellement, à partir du moment où l’on reconnaît que le système capitaliste porte en lui — comme la nuée l’orage — le bouleversement perpétuel des conditions existantes, un certain nombre de conséquences indésirables ou iconoclastes ne peuvent manquer de se présenter. Sous ce rapport, l’un des passages les plus dérangeants de La Culture du narcissisme demeure, de toute évidence, celui où Lasch développe l’idée que le génie spécifique de Sade — l’une des vaches sacrées de l’intelligentsia de gauche — serait d’être parvenu, « d’une manière étrange », à anticiper dès la fin du XVIIIe siècle toutes les implications morales et culturelles de l’hypothèse capitaliste, telle qu’elle avait été formulée pour la première fois par Adam Smith, il est vrai dans un tout autre esprit. « Sade — écrit ainsi Lasch — imaginait une utopie sexuelle où chacun avait le droit de posséder n’importe qui ; des êtres humains, réduits à leurs organes sexuels, deviennent alors rigoureusement anonymes et interchangeables. Sa société idéale réaffirmait ainsi le principe capitaliste selon lequel hommes et femmes ne sont, en dernière analyse, que des objets d’échange. Elle incorporait également et poussait jusqu’à une surprenante et nouvelle conclusion la découverte de Hobbes, qui affirmait que la destruction du paternalisme et la subordination de toutes les relations sociales aux lois du marché avaient balayé les dernières restrictions à la guerre de tous contre tous, ainsi que les illusions apaisantes qui masquaient celle-ci. Dans l’état d’anarchie qui en résultait, le plaisir devenait la seule activité vitale, comme Sade fut le premier à le comprendre — un plaisir qui se confond avec le viol, le meurtre et l’agression sans freins. Dans une société qui réduirait la raison à un simple calcul, celle-ci ne saurait imposer aucune limite à la poursuite du plaisir, ni à la satisfaction immédiate de n’importe quel désir, aussi pervers, fou, criminel ou simplement immoral qu’il fût. En effet, comment condamner le crime ou la cruauté, sinon à partir de normes ou de critères qui trouvent leurs origines dans la religion, la compassion ou dans une conception de la raison qui rejette des pratiques purement instrumentales ? Or, aucune de ces formes de pensée ou de sentiment n’a de place logique dans une société fondée sur la production de marchandises. »

Si nous acceptons cette analyse, il devient d’un seul coup plus facile de saisir les liens métaphysiques essentiels qui unissent, dès l’origine, bien que de façon évidemment inconsciente, les deux moments théoriques de l’idéal capitaliste : d’un côté l’exhortation prétendument « libertaire » à émanciper l’individu de tous les « tabous » historiques et culturels qui sont supposés faire obstacle à son fonctionnement comme pure « machine désirante », de l’autre, le projet libéral d’une société homogène dont le Marché auto-régulateur constituerait l’instance à la fois nécessaire et suffisante pour ordonner au profit de tous, le mouvement brownien des individus « rationnels », c’est-à-dire enfin libérés de toute autre considération philosophique que celle de leur intérêt bien compris. Ce que Lasch appelle « l’individu narcissique moderne », avec sa peur de vieillir et son immaturité si caractéristique — dont l’américain des classes moyennes n’a été que la préfiguration burlesque — n’est, en définitive, rien d’autre que l’expression psychologique et culturelle de ce compromis libéral-libertaire devenu avec le temps historiquement réalisable. Et tout l’art de Lasch est d’établir avec rigueur comment cette rencontre, à première vue surprenante, a fini par trouver dans les métamorphoses du capitalisme contemporain ses conditions pratiques de possibilité. Quand la consommation est célébrée comme une forme de culture à part entière — avec son imaginaire et ses conventions spécifiques — plus rien ne s’oppose, en effet, à ce que les deux faces métaphysiquement complémentaires du paradigme libéral — faces qui, pour des raisons historiques, avaient dû, jusqu’à présent, se développer de façon indépendante et antagoniste — se réconcilient, et même fusionnent, dans l’unité d’une sensibilité aussi cohérente que moderne. On conçoit naturellement qu’une telle analyse ait pu choquer — aux États-Unis comme en Europe — les bonnes consciences progressistes. Elle les obligeait à reconnaître que l’ingénieuse hypothèse capitaliste — la « commercial society » imaginée par Adam Smith en réponse aux problèmes politiques du temps — n’empruntait pas ses principes (Individu, Raison, Liberté) aux anciennes barbaries ou au « ténébreux Moyen âge », mais bien à l’axiomatique des Lumières, c’est-à-dire, si on y réfléchit, à la même matrice culturelle que celle dont la Gauche est issue8.

Il n’est guère besoin de souligner l’intérêt politique majeur de l’hypothèse défendue par Lasch. Elle éclaire, par exemple, d’une lumière particulièrement cruelle le destin d’une époque qui aura vu, sans rire, le drapeau de la révolte tomber progressivement des mains de Rosa Luxembourg dans celles d’une Ségolène Royal.

La Gauche traditionnelle, en effet, malgré sa foi simpliste dans le mythe bourgeois du « Progrès », avait toujours conservé — notamment à travers le contrôle des bureaucraties syndicales et de nombreuses municipalités ouvrières — un minimum d’enracinement dans les milieux populaires et donc de compréhension envers leurs cultures et leurs sensibilités. C’est pourquoi ses programmes politiques, et parfois même ses luttes, maintenaient généralement un certain nombre d’aspects anticapitalistes, qui étaient autant de survivances tangibles des compromis historiques autrefois passés entre la Gauche et le socialisme ouvrier.

À partir des années soixante, au contraire, la convergence — rétrospectivement tout à fait logique — de différents processus « modernisateurs » — qui, sur le moment, pouvaient sembler indépendants les uns des autres — acheva rapidement de décomposer le peu d’esprit « anti-capitaliste » qui habitait encore les instances dirigeantes de l’ancienne Gauche. D’abord, le déclin accéléré des capacités de séduction de l’Empire soviétique, c’est-à-dire de la triste imitation d’État du progrès capitaliste ; ensuite, et de manière infiniment plus décisive, l’entrée de l’Europe occidentale dans l’ère du capitalisme de consommation, et donc l’installation inévitable au centre même du spectacle de cette « culture jeune » qui est chargée d’en légitimer l’imaginaire et d’assurer sans fin la circulation, sous mille emballages différents, de la même agréable pacotille ; enfin, et surtout, la destruction de la classe ouvrière elle-même, c’est-à-dire non pas, bien sûr, la disparition réelle des ouvriers (qui est, en partie, un artifice statistique) mais celle de la conscience de classe qui les unissait, disparition obtenue d’une part par la liquidation méthodique des quartiers populaires et, de l’autre, par les nouvelles formes d’organisation du travail dans l’entreprise modernisée et les techniques de management « anti-autoritaires » qui ont permis de les imposer9. Ce qui, en ces temps baptismaux, a été désigné comme la « nouvelle Gauche » n’est en définitive rien d’autre que l’écho politique de ces différents processus. Il faut donc également voir dans ce courant multicolore une des traductions politiques privilégiées de la montée en puissance de ces nouvelles classes moyennes — si bien décrites, à l’époque, par Georges Perec — qui, parce qu’elles sont préposées à l’encadrement technique, managérial ou « culturel »10 des formes les plus modernes du capitalisme, sont condamnées à asseoir leur pauvre image d’elles-mêmes sur leur seule aptitude à courber l’échine devant n’importe quelle innovation, « flexibilité » humaine pathétique qui en fait la proie rêvée des psychothérapeutes et le gibier électoral de prédilection de toute gauche « citoyenne » et progressiste. C’est seulement à la faveur de cette configuration culturelle très particulière que l’occasion historique put être enfin offerte aux représentants les plus ambitieux de la nouvelle sensibilité libérale-libertaire de confisquer à leur usage exclusif les derniers instruments de lutte ou d’influence dont les classes populaires avaient encore la disposition.

Si La Culture du narcissisme apparaît comme un livre si prophétique, c’est donc, en vérité, parce qu’en décrivant avec une précision remarquable, sur la base des données empiriques déjà disponibles à l’époque, les formes d’individualisation requises par le capitalisme de consommation (cet « homme psychologique de notre temps qui est le dernier avatar de l’individualisme bourgeois »), Lasch délimitait en même temps par avance11 le cadre psychologique et intellectuel très étroit à l’intérieur duquel devraient dorénavant se débattre les militants « pluriels » de toute gauche moderne, et d’une façon plus générale, les représentants de ces nouvelles classes moyennes dont la fausse conscience est devenue l’esprit du temps. Ainsi s’éclaire le curieux destin — qui n’est, bien sûr, paradoxal qu’en apparence — d’une gauche occidentale qui a, partout, en se modernisant, « renoncé à l’émancipation sociale et se contente d’aménager une infirmerie pour accueillir les blessés de la guerre économique »12, quand, encore, elle ne prend pas sur elle de diriger cette guerre avec l’enthousiasme des néophytes et le zèle des parvenus. De leur côté, pour s’être laissés déposséder du peu d’autonomie politique qui leur restait, par ces bienveillants tuteurs à l’esprit si ouvert (et dont — cela va de soi — la plupart des membres avaient fait leurs classes du bon côté des barricades), les vaincus du monde moderne — c’est-à-dire, comme toujours, les travailleurs et les simples gens — finissent par se retrouver, pour des raisons symétriques, dans la même situation d’impuissance que les ouvriers du XIXe siècle, lorsqu’ils ne s’étaient pas encore dotés d’organisations politiques indépendantes. « À ce stade — écrivait Marx (qui n’imaginait pas qu’en théorisant ainsi le passé il théorisait aussi le futur) — les ouvriers forment une masse disséminée à travers le pays et atomisée par la concurrence. S’il arrive que les ouvriers se soutiennent dans une action de masse, ce n’est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c’est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie ; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise. « Manifeste communiste ») Telle est la raison historique principale qui fait que, depuis vingt ans, chaque victoire de la Gauche correspond obligatoirement à une défaite du Socialisme.

Parvenu à ce point, j’imagine sans peine que le type de révolution intellectuelle auquel l’œuvre de Lasch nous invite ne pourra être que très mal accueillie par le public « éclairé », c’est-à-dire par celui qui se sait, par droit divin, situé à jamais dans le camp du Bien et de la Vérité. Pour un lecteur qui est avant tout soucieux de la correction politique de ses idées (sans doute parce que, pour lui, une idée n’est pas tant un moyen de comprendre le monde que celui d’apaiser ses propres inquiétudes), il ne peut, en effet, y avoir aucun doute sur ce qui donne son sens à l’époque présente : l’affrontement titanesque entre, d’un côté, les faibles forces qu’essaient de rassembler à grand-peine les guérilleros héroïques de la modernité et, de l’autre, les hordes déferlantes et puissamment organisées de la « Réaction » et du terrible passé. Dans cette vision, à coup sûr très touchante, de l’Histoire, il va de soi que ceux qui s’obstineraient à prétendre qu’il existe toujours des classes dirigeantes (mondialisées de surcroît) et qu’elles ont bien pour premier souci de façonner une humanité nouvelle conforme à leurs intérêts égoïstes, doivent être considérés comme les victimes d’une évidente prédisposition à la paranoïa. Quant à vouloir combattre la domination de ces puissances en prenant appui sur la dignité et les vertus des classes populaires, voilà qui témoigne au mieux d’une nostalgie déplacée pour un monde « disparu », au pire d’une fascination coupable pour ce « populisme » dont les médias unanimes ont le bon goût de nous rappeler quotidiennement de quelle bête immonde son ventre est toujours fécond. En prenant le risque de rééditer La Culture du narcissisme il n’entrait pas dans nos intentions — ni, certes, dans nos possibilités — de troubler le repos intellectuel de cette partie du public. Il n’est pas impossible, malgré tout, que même parmi ces lecteurs il s’en trouve quelques uns pour reconnaître au livre de Lasch la vertu de déranger leurs habitudes intellectuelles (ce qui pour tout moderniste est normalement une qualité) et donc d’appeler, par son caractère provocant, la réfutation en règle qu’il mérite. Il faudra par conséquent que de tels lecteurs aient aussi le courage d’aller jusqu’à la question suivante. Comment se fait-il qu’un ouvrage si stimulant — et, pour cette raison, discuté dans le monde entier — ait pu être publié en France dès 1981, s’y trouver rapidement épuisé grâce à ce « bouche à oreille » qui est devenu le samizdat des régimes libéraux — cela sans que la perspicace critique officielle se soit sentie tenue de lui consacrer une seule analyse sérieuse, c’est-à-dire à la mesure des enjeux réels du livre — pour ne rien dire ici, évidemment, de la pourtant si bavarde sociologie d’État ?

Il est vrai que cette manière d’opérer est, depuis assez longtemps, la marque de fabrique du paysage intellectuel français et que tout livre qui dérange réellement l’ordre établi et sa bonne conscience « citoyenne », est ordinairement condamné à paraître soit dans un silence de plomb soit sous un déluge de calomnies. Mais ceci est justement une raison supplémentaire pour que chacun s’interroge sur ce curieux état de fait et s’efforce à tout le moins d’en dégager les implications principales. Cela signifierait-il, par exemple, qu’à force de se « moderniser » les intellectuels officiels et les médiatiques en sont revenus aux mœurs d’une époque où — selon les mots de Marx — « désormais il ne s’agit plus de savoir si tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable ou non à la police, utile ou nuisible au capital » et où de ce fait « la recherche désintéressée fait place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique » ? (Marx, Postface à la deuxième édition allemande du Capital). Si tel était le cas, la situation aurait, bien sûr, quelque chose de profondément désespérant. À moins, au contraire, qu’on y lise précisément, comme jadis Hegel, le signe irrécusable que « tout continue » et que, par conséquent, nul n’est encore en mesure de prétendre que la vieille taupe creuse ses galeries en vain. Choisir la bonne interprétation n’est peut-être, après tout, qu’une affaire de tempérament. Mais ce qui est sûr, et quoi qu’il puisse advenir, c’est que Christopher Lasch aura été de ceux qui ont le plus aidé ce sympathique mammifère à poursuivre sa tâche ingrate. Et en ces temps étranges et difficiles, je ne connais pas de meilleure manière de recommander un livre.

Bibliographie

De Christopher Lasch :

The World of Nations ; Reflections on American History, Politics, and Culture (New York : Knopf, 1973).

Culture of Narcissism: American Life in An Age of Diminishing Expectations (New York : Norton, 1991 [1979]).

The True and Only Heaven : Progress and Its Critics (New York : Norton, 1991).

Bibliographie d’articles de et sur Ch. Lasch dans la New York Review of Books : http://www.nybooks.com/authors/2391

Notes

1 Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique (Paris : Hermann, 1984).
2 La Culture du narcissisme a été publiée aux États-Unis en 1979. Une traduction française a paru en 1981 chez Robert Laffont dans la collection « Libertés 2000 » dirigée par Georges Liébert et Emmanuel Todd, sous le titre du Complexe de Narcisse. C’est cette traduction, devenue rapidement introuvable, et par ailleurs excellente, que nous republions aujourd’hui, augmentée d’une postface inédite de l’auteur.
3 The True and Only Heaven : Progress And its Critics (New York : Norton, 1991).
4 S’il y a, dans l’historiographie des révoltes populaires contre l’industrialisation capitaliste, un épisode qui a toujours été soit censuré, soit profondément dénaturé voire diabolisé, c’est bien le combat des Luddites anglais, au début du xixe siècle, contre les fanatiques du Progrès industriel et sa « meurtrière idolâtrie de l’avenir qui anéantit des espèces vivantes, abolit les langues, étouffe les diverses cultures et risque même de faire périr le monde naturel tout entier. » (John Zerzan, Aux sources de l’aliénation, L’insomniaque, 1999.) Si l’on veut redécouvrir le noyau rationnel de cette révolte fondatrice, il faut lire la remarquable étude de Kirkpatrick Sale, Rebels Against the Future — The Luddites and Their War on the Industrial Revolution. Lessons for the Computer Age (Quartet Books, 1995).
5 « The free, equal and decent society », telle est la formulation la plus exacte de l’idéal politique de G. Orwell. Voir l’introduction de Sonia Orwell aux « Essais, Articles, Lettres » (Ivrea-Encyclopédie des Nuisances, Tome i ; p. 8.)
6 Sur les conditions historiques et philosophiques de la formation du paradigme progressiste, entre 1680 et 1730, on lira l’excellente étude de Frédéric Rouvillois, L’Invention du Progrès (Éd. Kimé, 1996).
7 On reconnaît, dans cette audacieuse analyse, le décor philosophique quotidien que l’industrie du divertissement impose aux différents secteurs de la « culture jeune » et de la rebellion rentable.
8 La distinction moderne entre la « Droite » et la « Gauche » (qui est une transposition française de l’opposition, née en Angleterre, des Tories et des Whigs) correspond tout au long du XIXe siècle au conflit entre les défenseurs de l’« Ancien Régime » — c’est-à-dire d’une société agraire et théologico-militaire — et les partisans du « Progrès », pour qui la révolution industrielle et scientifique (forme pratique du triomphe de la Raison) conduira, par sa seule logique, à réconcilier l’humanité avec elle-même. Le socialisme originel, au contraire, est, dans son principe, parfaitement indépendant de ce clivage. Il constitue avant tout la traduction en idées philosophiques des premières protestations populaires (luddites et chartistes anglais, canuts de Lyon, tisserands de Silésie, etc.) contre les effets humains et écologiques désastreux de l’industrialisation libérale. On ne trouvera par conséquent pas, chez Fourier ou chez Marx, de vibrants appels à unir un mystérieux « peuple de gauche » contre l’ensemble des forces supposées « hostiles au changement ». Et durant tout le xixe siècle, les socialistes les plus radicaux sont d’abord attentifs à ne pas compromettre la précieuse autonomie politique des travailleurs lors des différentes alliances éphémères qu’ils sont obligés de nouer, tantôt contre les puissances de l’Ancien régime, tantôt contre les industriels libéraux. Ce n’est qu’après l’Affaire Dreyfus, — et non sans débats passionnés — que s’opérera véritablement pour le meilleur et pour le pire, l’inscription massive du mouvement socialiste dans le camp de la Gauche…/…défini comme celui des « forces de Progrès ». Pour valider cette opération historique, à la fois féconde et ambiguë, il sera d’ailleurs nécessaire (Durkheim jouant ici un rôle important) d’accentuer autrement la généalogie du projet socialiste. On choisira d’y voir désormais moins le produit de la créativité ouvrière qu’un développement « scientifique » de la philosophie des Lumières, rendu possible par l’œuvre du Comte de Saint-Simon, et importé ensuite « de l’extérieur » dans la classe ouvrière.
9 Sur cette destruction programmée de la classe ouvrière, on lira avec intérêt le livre de Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière (Fayard, 1999). Cette enquête minutieuse commence par une question de bon sens (donc, de nos jours, éminemment subversive) : « Comment expliquer que les ouvriers constituent toujours le groupe social le plus important de la société française et que leur existence passe de plus en plus inaperçue ? ».
10 Dans la mesure où l’imaginaire de la consommation possède une fonction de plus en plus décisive dans le développement du capitalisme contemporain, la diffusion et la célébration de cet imaginaire deviennent une exigence économique prioritaire. À l’ère de la communication de masse, cela signifie donc nécessairement que le mensonge médiatique, la manipulation publicitaire, et l’abrutissement spectaculaire (assuré par le showbiz et ses artistes citoyens) tendent à devenir une force productive directe.
11 Lasch ne pouvait évidemment pas, à l’époque, prendre en compte les nouvelles contraintes politiques, économiques et technologiques (mises en place sous le nom de « mondialisation ») que le Capital imposerait bientôt à la planète entière pour essayer de contrecarrer, en élargissant brutalement le champ et les modalités de la guerre économique, la baisse tendancielle de son taux de profit, devenue manifeste au début des années 70. Toutefois, d’un point de vue philosophique, ces modifications sont, en fin de compte, relativement secondaires. Contre le discours positiviste ambiant, il faut, en effet, rappeler que des « nouvelles technologies » ne peuvent développer leurs effets principaux sur les rapports humains, que dans un monde qui est déjà culturellement préparé à les recevoir. Le principe de la machine à vapeur, par exemple, était parfaitement connu dans l’Alexandrie du iie siècle. Pour autant, dans les conditions culturelles de l’époque, aucune révolution industrielle n’aurait pu s’ensuivre ; et le téléphone mobile n’a pu généraliser tous ses effets d’incivilité que dans un monde où les formes autistiques de l’individualisme, tout comme l’effacement des frontières de la vie privée (« tout est politique ») avaient déjà atteint un degré de développement appréciable pour des raisons tout à fait indépendantes de cette technologie moderne, même si celle-ci, bien sûr, ne peut qu’amplifier en retour ces effets qui la précèdent. Le lecteur qui désirerait compléter utilement l’analyse de Lasch sur tous ces points, trouvera une mine de renseignements précis et d’analyses intelligentes dans l’ouvrage appelé à faire date de Luc Boltanski et Eve Chiappello, Le Nouvel esprit du capitalisme (Gallimard, 1999).
12 Selon la formule de Philippe Cohen, Protéger ou disparaître (Gallimard, 1999).

Auteur

Jean-Claude Michéa

Jean-Claude Michéa, agrégé de philosophie, enseigne à Montpellier. Il est l’auteur de quatre ouvrages parus aux Éditions Climats : Orwell, anarchiste Tory (1995, 2ème ed. 2000), Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond (1998), L’enseignement de l’ignorance (1999). Son dernier livre, Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche (2002) a été salué par la presse pour son originalité et sa tonicité de pensée.

Voir encore:

Christopher Lasch : Narcisse, nouvelle figure du capitalisme

Pierre ANSAY

Politique

28 avril 2009

Bon nombre d’auteurs contemporains insistent sur la vitalité du capitalisme comme culture : non plus une société non marchande, qui subsisterait à côté d’une économie de marché, mais une société de marché indissociable d’une économie de marché et mieux encore une société animée, cultivée par l’esprit du capitalisme, arôme spirituel du monde contemporain. Certains ont en quelque sorte ausculté nos psychismes pour (dé)montrer le formatage de nos consciences, de nos désirs, de nos valeurs par « l’éthique » et les cultures du capitalisme. Certains ont poussé le bouchon plus loin et redonné vie à un courant que l’on croyait enterré, un surgeon du freudo-marxisme qui critique autant la culture du capitalisme que les pratiques de ses opposants. Si certains ouvrages scrutent le psychisme des « capitalistants », (les metteurs en scène et en œuvre du capitalisme), Christopher Lasch en entomologiste social examine plutôt nos psychismes de « capitalistés », autant la classe ouvrière sans plus de conscience de classe que la classe moyenne qui découvre avec effroi que la vie n’est plus un long fleuve tranquille.

L’avènement des nouveaux Narcisse

Adieu les bonnes névroses freudiennes et place aux pathologies narcissiques, autant nouvelles postures des sujets que phénomène social global. « N’ayant pas l’espoir d’améliorer leur vie de manière significative, les gens se sont convaincus que, ce qui comptait, c’était d’améliorer leur psychisme » Christopher Lasch, La Culture du narcissisme, Climats, Castelneau-le-Lez, 2000, p. 31. Les mentions entre guillemets et graphies italiques sont, sauf exceptions, des citations de l’auteur. L’auteur poursuit : « L’atmosphère actuelle n’est pas religieuse, mais thérapeutique. Ce que les gens recherchent avec ardeur aujourd’hui, ce n’est pas le salut personnel, encore moins le retour d’un âge d’or antérieur, mais la santé, la sécurité psychique, l’impression, l’illusion momentanée d’un bien-être personnel… De fait, le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiété de la vie moderne ». Pour Lasch, les mutations du capitalisme engendrent en écho des mutations profondes du psychisme individuel et social. Un système social existe toujours sous une double forme Le lecteur désireux d’approfondir cette liaison « psychisme-société » pourra lire avec intérêt De notre servitude volontaire d’Alain Accardo (Agone, 2001) ; d’un côté, les institutions, les appareils médiatiques, les entreprises, les codes et réglementations, et de l’autre, des dispositions individuelles façonnées, tels les habitus de Bourdieu, les inclinations personnelles, les modes intellectuelles et vestimentaires, les motivations personnelles érigées ou non en système. « Ainsi donc, lorsque nous proclamons notre hostilité au ‘système capitaliste’, et que toutes les critiques que nous formulons s’adressent exclusivement à ses structures économico-politiques objectivées, il est clair que notre analyse s’est arrêtée à mi-chemin et que nous avons oublié de nous interroger sur la partie intériorisée du système, c’est-à-dire sur tout ce qui contribue à faire fonctionner ces structures, causes de tant de dégâts autour de nous » A. Accardo, op.cit.. On croirait lire, 60 ans après, le philosophe italien Gramsci évoquant la nécessité, pour un changement social révolutionnaire, d’effectuer au préalable, une réforme culturelle et morale, sans quoi ce qui a été éradiqué repousse avec plus de force.

Pas de passé et no future

Sans doute qu’à la racine, il y a l’évidement du moi et le sentiment d’impuissance qui l’habite. Les thérapeutes qui s’allongent sur le divan du philosophe convergent dans le constat : impression tenace et douloureuse, chez leurs patients, d’un sentiment de vide imprégné d’une angoisse sourde. Narcisse est un individu a-historique, soumis à l’auto-dictature du présent. Le peu d’intérêt pour l’histoire et le passé viennent sans doute qu’il a tiré un constat cynique et désabusé sur la perte de légitimité des grands récits : la croissance conduit aux désastres écologiques, le socialisme au goulag, la grande culture allemande à Auschwitz et le progrès technologique à Hiroshima. Quant à l’avenir, mieux vaut ne pas y penser car, de toutes manières, y penser ne changera rien. Le Narcisse se vit comme impuissant devant les apocalypses mondiales et collectives que lui ressassent les médias annonçant autant les catastrophes que notre impuissance à les éviter : on est passé sans y prendre garde de la lutte finale aux catastrophes finales. « Vivre dans l’instant est la passion dominante – vivre pour soi-même, et non pour ses ancêtres ou la postérité. Nous sommes en train de perdre le sens de la continuité historique, le sens d’appartenir à une succession de générations qui, nées dans le passé, s’étendent vers le futur ». Narcisse a perdu tout espoir « de changer la société et même de la comprendre ». L’observation le confirme : les nouveaux militants, quant il y en a, recherchent autant leur accomplissement personnel « réparateur du moi » que la victoire sur des enjeux autant éphémères que territorialisés : ce sont des « je ici maintenant » qui montent sur des barricades temporaires vite désertées en cas d’épreuve sérieuse. Nos compatriotes qui ont vécu en Amérique savent bien qu’il n’y a pas là-bas de construction d’un projet social et culturel sans une multiplicité de gratifications, de décorations, de mercis, l’employé du mois, la meilleure vendeuse de la semaine, le vestiairiste le plus aimable, le meilleur monsieur caca et la meilleure cuisinière, tous y passent et sont estampillés « on the best ». L’émotion partagée règne à tous les étages de la pyramide sociale.

Publicité et médias y sont pour quelque chose

« A une époque moins complexe, la publicité se contentait d’attirer l’attention sur un produit… Maintenant, elle fabrique son propre produit : le consommateur, être perpétuellement insatisfait, agité, anxieux, blasé. La publicité sert moins à lancer un produit qu’à promouvoir la consommation comme style de vie. Elle éduque les masses à ressentir un appétit insatiable… Elle vante la consommation, remède universel aux maux familiers que sont la solitude, la maladie, la fatigue, l’insatisfaction sexuelle… » Votre travail vous donne-t-il un sentiment de fatigue et de futilité ? Percevez-vous votre existence comme un vide ? « Consommez donc, cela comblera un vide douloureux ». Le travail publicitaire est sans doute, dans l’esprit de l’auteur, bien davantage qu’une démarche annexée à la production et pousse à la consommation : une immense et puissante rhétorique, une pseudo-sagesse de vie, une instillation subtile d’impératifs et de diktats discrets. La mode publicisée indique ce qu’il faut porter et la consommation se comprend dès lors comme solution de remplacement à la protestation et à la rébellion. Bien plus, la publicité intègre le mal être et la désolation spirituelle (désolation, être privé de sol) dans un paquet global dont la consommation est le remède immédiat et temporaire. La rhétorique publicitaire est lue par Lasch comme un instrument essentiel de l’éducation des masses : « L’éducation des masses a altéré l’équilibre des forces au sein de la famille, affaiblissant l’autorité du mari vis-à-vis de sa femme, et celle des parents vis-à-vis des enfants. Mais si elle émancipe femmes et enfants de l’autorité patriarcale, ce n’est que pour mieux les assujettir au nouveau paternalisme de la publicité, des grandes entreprises industrielles et de l’État ». Quant aux médias, ils sont interprétés comme des « opérateurs d’impuissantement » Que le lecteur me pardonne ce néologisme : « impuissanter », rendre impuissant en privant de moyens d’action , voire comme une véritable drogue : ouf, je ne suis pas « membre de la catastrophe », oui, « ce héros me ressemble », suspense, « qui va gagner ici ou perdre là-bas ? », « je suis branché, donc je participe » et surtout, « je ne meurs pas, je renais à chaque nouveau moment », et « je suis épargné de ma mort par la mort des autres », renaissant à chaque nouvelle dans un éternel présent juvénile des plus rassurants. Quant au narcissisme des journalistes et des animateurs, la mesure des évènements est rabattue sur le quantum d’émotions qui les affecte. La dictature des émotions immédiates a pris le pas sur l’analyse avec prise de distance et la jouissance perverse se complaît à mêler subtilement les traces de la réalité dans le « documenteur » : « L’interpénétration croissante de la fiction, du journalisme et de l’autobiographie montre de façon indéniable que de nombreux écrivains parviennent de plus en plus malaisément à atteindre le détachement indispensable à l’art ». La Belgique journalistique a connu récemment des dérapages déontologiques portés aux nues par les émotions légitimes qu’ils ont suscitées.

Le détachement ironique comme moyen d’évasion

L’œuvre narcisissée à l’excès de Woody Allen assortie des dérapages médiatisés de sa vie privée constitue sans doute la mise en scène parfaite de l’affaire. « Dans notre société, la surveillance anxieuse de soi, (à ne pas confondre avec l’auto-analyse critique) ne sert pas seulement à régulariser le courant d’information destiné à autrui et à interpréter les signaux reçus : elle établit également une distanciation ironique par rapport à la routine mortelle de la vie quotidienne ». C’est là une manière de désarmer à l’avance les critiques : mieux vaut rire de soi-même à l’avance qu’endurer l’ironie blessante de nos alter ego : « Narcisse tente de transformer le rôle qu’il joue en une élévation symbolique de la vie quotidienne et se réfugie dans la plaisanterie, la moquerie et le cynisme. Si on lui demande d’exécuter une tâche désagréable, il établit clairement qu’il ne croit pas aux objectifs de l’organisation (Lasch aurait du être engagé pour auditer les administrations belges)… s’il se rend à une réception, son comportement tend à montrer que tout n’est qu’un jeu, faux, artificiel, dénué de sincérité, une mascarade grotesque de la sociabilité… en démythifiant la vie quotidienne, il se donne à lui-même et transmet aux autres l’impression qu’il la sublime, même quand il s’y plie et fait ce qu’on attend de lui ». Sans doute qu’il convient de comprendre cette auto-ironie comme une résistance susceptible d’être dépassée positivement : je ne suis pas ce que vous croyez, je ne joue qu’apparemment dans vos combines, je ne suis pas pris dans cette situation médiocre où vous tentez de m’inscrire. A la force du capitalisme mondialisé, qui joue sur sa plasticité, son éthique à géographie variable et sa mobilité géographique, (Papa à la multinationale, mamy à Amnesty international ou l’inverse) répondrait la fluidité, l’insaisissable déracinement du moi : je suis ailleurs que là où vous prétendez me trouver. La dérobade comme art de vivre, finis les agrégats de prolétaires agglutinés derrière les drapeaux rouges : les nouveaux résistants sont-ils des truites insaisissables, des savonnettes encore plus glissantes que l’annonce publicitaire qui les magnifie ?

Les autres doivent être mes miroirs

Le Narcisse est en quête incessante de valorisation de soi. Et dans cette perspective, Narcisse rêve d’une vie grandiose, en admirant les vedettes fabriquées par les opérateurs de vedettariat : ainsi de cette fille de milliardaire américain dont les frasques, pourtant si humaines et si banales, sont élevées et transmutées en épopée : est célèbre qui est (rendu) célèbre, non pas par des mérites personnels mais par l’intervention performative des médias. La séduction joue dans ce déploiement relationnel un rôle essentiel : les autres doivent m’aimer et m’admirer et je ne reculerai devant aucune manipulation affective pour y parvenir, je contrôlerai les impressions que je donne de moi à autrui, je feindrai la compréhension même si autrui est aussi fatiguant, il importe moins de le convaincre par des arguments rationnels que par une approche charmeuse. Mais Narcisse en vient à mépriser ceux dont il attend de l’amour et qu’il s’est plu à manipuler : une généralisation sociale des impasses du donjuanisme ? Et en plus, ça ne marche pas toujours : « Si Narcisse admire ‘un gagneur’ et s’identifie à lui, c’est parce qu’il a peur d’être rangé parmi les perdants. Il espère refléter quelque lumière de son astre : mais une forte proportion d’envie se mêle à ses sentiments et son admiration tourne en haine si l’objet de son attachement fait quoi que ce soit qui lui rappelle sa propre insignifiance ». Voilà un client rêvé pour le marché, en constante expansion, des thérapies car la désillusion est au bout de la rencontre fort probable entre deux individus carburant au narcissisme : je (lui) découvrirai(ra) vite ma (sa) médiocrité microscopique, je (lui) ne peux (peut) même pas être une vedette mondiale durant un quart d’heure. Les critiques ravageuses de Michel Houellebecq sur le narcissisme soixante-huitard dans Les particules élémentaires ne sont pas loin. Narcisse est convaincu qu’il convient d’améliorer constamment son psychisme et de vivre pleinement ses émotions : il convient de « se nourrir convenablement, prendre des leçons de ballet ou de danse du ventre, s’immerger dans la sagesse de l’Orient, faire de la marche ou de la course à pied, apprendre à établir des rapports authentiques avec autrui, surmonter la peur du plaisir ». Ce qui est recherché n’est plus le salut personnel ou le mieux-être collectif, mais un tropisme thérapeutique avec l’équivalent moderne de la résurrection, la santé mentale promue par les nouveaux curés du bien-vivre.

Philosopher à coups de marteau

Lasch ne fait certainement pas dans la dentelle : sa critique est radicale au sens premier car elle va chercher des poux et planter des grenades dans les racines, dans les évidences structurantes et dans les organisations systémiques de notre vie. Elle travaille autant à partir de la description des grands ensembles qu’elle réfute (l’État providence et sa bureaucratie tentaculaire, le système de santé et les thérapies, l’entreprise et la nuée de travailleurs sociaux de tout bord) que dans l’analyse de notre vie quotidienne. C’est un conflit entre le David qui pense et le Goliath sociétal dont les critiques radicaux ne sont même pas épargnés : les pages corrosives sur les mouvements étudiants et radicaux des États-Unis des années 1960 et 1970 et leur composante narcissique réservent de bonnes surprises aux lecteurs opiniâtres. L’autorité familiale est dissoute de multiples manières : le pouvoir patriarcal est miné par le féminisme qui, selon l’auteur, n’est pas absout, bien au contraire, de diverses formes de récupération marchande, l’autorité familiale est minée par l’introduction subreptice (la première parution est de 1979) des verdicts technologiques et scientifiques, désappropriée des compétences éducatives par les experts de tout bord et les travailleurs sociaux. L’incapacité à rencontrer l’autre dans sa différence, l’anorexie relationnelle ne font que renforcer le sentiment du vide et laissent l’individu apeuré et éviscéré faire face à ses pulsions agressives : comment encore se structurer avec un papa copain et adolescent ? Où placer ma haine constitutive ? A poursuivre ainsi, certains malins esprits rangeraient vite l’auteur dans une galaxie bizarre de critiques réactifs. Certes, Lasch pointe l’érosion de l’autorité, la dilution des normes à l’école et la généralisation de l’attitude permissive, « mais elle (la critique des conservateurs) refuse d’établir le moindre rapport entre ces phénomènes et la montée du capitalisme monopolistique, entre la bureaucratie de l’Etat et celle de l’industrie ». L’auteur nous réserve de bonnes pages sur le déclin de l’esprit sportif, la peur de vieillir et le jeunisme et ce qu’il nomme « la banalité de la pseudo-connaissance de soi ». Le sport devient une industrie du divertissement et perd son ancrage local et ses envolées et héros mythiques : qui a pu, lors d’un séjour au Canada ou aux États-Unis, assister au triste spectacle de joueurs de hockey professionnel boxant, rouant de coups un adversaire à terre, sous l’œil à moitié complaisant des arbitres, pourrait aisément conclure que les conventions de l’honneur sportif disparaissent pour faire place à des jeux du cirque fréquemment interrompus par les mantras publicitaires. L’extension du régime de la marchandise et le triomphe de la société du spectacle rappellent ces fameuses phrases du Manifeste du Parti communiste rappelant la dimension révolutionnaire de la bourgeoisie capitaliste. C’est bien de cette révolution là que nous entretient Lasch, n’est pas ou n’est plus révolutionnaire celui qu’on croît. Certes, si l’analyse de l’auteur cible prioritairement la middle-class blanche américaine, la pathologie n’a cessé de s’étendre à d’autres couches sociales et a, avec la crise que nous connaissons, de beaux jours devant elle : « Il faut cependant comprendre que ce n’est pas par complaisance mais par désespoir que les gens s’absorbent en eux-mêmes, et que ce désespoir n’est pas l’apanage de la classe moyenne… L’effondrement de la vie personnelle ne provient pas de tourments spirituels réservés aux riches, mais de la guerre de tous contre tous, qui a toujours fait rage dans les couches inférieures de la population et qui s’étend à présent au reste de la société… le narcissisme se révélant essentiellement une défense contre les pulsions agressives plutôt qu’un amour de soi ». Ouïe.

Voir enfin:

Combattre le repli sur la sphére privée

Entretien C. Lasch – C. Castoriadis
 5 septembre 2009
Collectif lieux communs

Retranscription partielle de l’entretien entre C. Lasch et C.Castoriadis diffusée en 1986 sur Channel four dans la série Voices et partiellement retranscrit (scan ci-dessous). Traduction de nous.

CC-Lash-BBC

Depuis (ne dites pas merci), le texte a été repris dans son intégralité avec une nouvelle traduction (par Myrto Gondicas) dans « La Culture de l’égoïsme » agrémenté d’une postface de Jean-Claude Michéa, chez Climats/Flammarion 2012.

On lira un extrait (pdf) ici : http://www.edenlivres.fr/o/51/p/227…

Mickael Ignatieff (I) s’entretient de « La culture du narcissisme » avec le psychanalyste Cornelius Castoriadis (CC) et le critique culturel Christophe Lasch (L)


I : peut-être que la perte de communauté et de voisinage est le coût le plus douloureux de la modernité. Dans un monde d’étrangers, nous semblons battre en retraite de plus en plus sur la famille et la maison, notre « paradis dans un monde sans cœur » . Nos plus vieilles traditions politiques nous disent qu’un sens de la communauté est une nécessité humaine, que nous ne pouvons devenir complètement humains que lorsque nous appartenons les uns aux autres en tant que citoyens ou voisins. Sans une telle vie publique nos moi commencent à rétrécir en un noyau privé et creux. Qu’est-ce que la modernité fait à nos identités ? Devenons nous plus égoïstes, moins capable d’engagement politique, plus prompts à relever le pont-levis devant nos voisins ? Cornelius, comment pourriez-vous décrire le changement de nos vies privées ?

CC : Pour moi, le problème survint pour la première fois à la fin des années 50 avec l’effritement du mouvement ouvrier et du projet révolutionnaire qui était lié à ce mouvement. J’ai été obligé de constater un changement dans la société capitaliste qui était en même temps un changement du type d’individus que cette société produisait de plus en plus. Le changement des individus était causé par la banqueroute des organisations ouvrières traditionnelles – syndicats, partis etc. – par le dégoût de ce qui arrivait mais aussi par la capacité, durant cette période de capitalisme, de garantir une élévation du niveau de vie et d’entrer dans la période du consumérisme. Les gens tournaient le dos, pour ainsi dire, aux intérêts communs, aux activité communes, aux activités publiques – refusant de prendre leur responsabilité. Cela eut pour effet un retranchement – un retrait dans une sorte de, entre guillemets, « monde privé », qu’est la famille et quelques rares relations. Je dis entre guillemets car nous devons éviter ici les malentendus.

I : Quels malentendus ?

CC : Et bien rien n’est jamais totalement privé. Même lorsque vous rêvez , vous avez des mots et ces mots vous les tenez du langage. Et ce que nous appelons l’individu est en un certain sens une construction sociale.

I : Un sceptique dirait que la critique de l’égoïsme et de l’individualisme dans une société capitaliste est aussi vieille que la société capitaliste elle-même. Alors que diriez vous à ce sceptique ? Comment les convaincriez vous que le moi moderne, le moi moderne et post guerre dans une société de consommation capitaliste, est un moi d’un autre type, qu’il y a un nouveau type d’individus, un nouveau genre d’égoïsme même ?

Lasch : Ce que nous avons n’est pas tant l’ancien individualisme animé par la volonté d’agrandissement et d’acquisition à des fins personnelles, qui, comme vous le dites, a été sujet à critique à partir du moment où ce nouveau type de personnalité individualiste apparut aux 17 et 18 eme siècle. Mais ce type d’individualisme semble avoir donné naissance au retranchement dont parlait Cornelius il y a quelques instants. J’ai parlé d’un moi minimal, ou encore d’un moi narcissique, comme un moi qui est de plus en plus vidé de tout contenu et qui a à trouver des buts à la vie dans les termes les plus étroits. C’est à dire, de plus en plus en terme de survie brute, de survie quotidienne, comme si la vie quotidienne était si problématique, comme si le monde était si menaçant et incertain que ce que vous pouvez espérer de mieux à faire serait simplement de vous débrouiller. De vivre un jour à la fois. Et en effet c’est le slogan thérapeutique dans le pire sens, que les gens reçoivent dans notre monde.

I : Mais, la survie, Christopher – n’allez vous pas un peu loin là ? Je veux dire, des gens peuvent ne pas le reconnaître, ils peuvent penser la survie appliquée aux victimes de quelque terrible tragédie. Mais vous parlez de la vie quotidienne dans la société la plus riche du monde. Pourquoi la survie ?

Lasch : C’est une façon de définir ce qui est nouveau je crois. Alors que la survie a toujours été une préoccupation, une occupation essentielle pour la plupart des gens, c’est seulement à notre époque qu’elle semble avoir acquis un sorte de statut moral. Si l’on retournait chez les Grecs, Je pense que l’on verrait clairement la différence avec les Grecs, avec Aristote en particulier. La pré condition d’une vie morale, d’une vie pleinement vécue, est la libération de la nécessité matérielle. Qu’en plus les grecs associaient avec le royaume privé, avec le foyer, le domaine qui est sujet aux contraintes biologiques et matérielles. C’est seulement lorsque vous allez au-delà de cela que vous pouvez vraiment, en un sens, parler d’un sens du Moi, d’une identité personnelle de la vie civique. Une vie morale est une vie qui est vécue en public.

I : Donc nous n’avons pas de vie vécue dans le domaine public. Nous avons une vie réduite à l’essentiel, à la survie. Or Castoriadis, vous êtes un psychanalyste en exercice. Est-ce que ce portrait du moi moderne fait écho chez vous qui rencontrez le moi moderne sur le divan du lundi au vendredi ?

CC : Je pense que ce qui est en jeu dans tout cela ce sont des choses très variées. « Un jour à la fois », si je prends cette belle expression, est ce que j’appelle l’absence de projet – à la fois chez l’individu et dans la société elle même. 30 ans plus tôt, 60 ans plus tôt, les gens de gauche vous parlaient du grand soir de la révolution, et les gens de droite du progrès infini etc. Et maintenant personne n’ose exprimer un projet grandiose ou même modérément raisonnable qui dépasse le budget ou les prochaines élections. Il y a donc un horizon temporel. Or la « survie » est une expression que vous pouvez critiquer, parce que, bien sûr tout le monde pense à sa retraite et pense aussi à l’éducation de ses enfants. Mais cet horizon temporel est privé. Personne ne participe à un horizon temporel public, de la même façon que personne ne participe à un espace public. Je veux dire, on participe toujours à l’espace publique, mais prenez la place de la Concorde ou Picadilly Circus à l’heure de pointe. Vous avez là un million de personnes qui sont noyées dans un océan de choses sociales, qui sont des êtres sociaux, et elles sont absolument isolées. Ils se haïssent les uns les autres et s’ils pouvaient se libérer la route en neutralisant les voitures devant eux, ils le feraient. Qu’est ce que l’espace public aujourd’hui ? c’est à l’intérieur de chaque maison avec la TV. Mais quel est cet espace public ?

I : Il est vide.

CC : Il est vide ou pire. C’est de l’espace public surtout pour la publicité , pour la pornographie – et je ne veux pas dire seulement la pornographie directe, je veux dire qu’il y a des philosophes qui sont en fait des pornographes.

I : C’est une cause ou une conséquence de la chute de l’espace public ? Quelle est la relation ici entre le moi et l’espace public dans sa crise ?

Lasch : Ce qui me frappe, c’est que nous ne vivons pas dans un monde solide. Il est souvent dit que la société de consommation nous abreuve de biens et nous encourage à accorder trop d’attention aux choses, mais dans un sens je crois que c’est aussi trompeur. Nous vivons dans un monde qui semble extrêmement instable, qui consiste en images fugaces. Un monde qui de plus en plus, en partie à cause, je pense, des technologies de communications de masse, semble acquérir un caractère d’hallucination. Une sorte de monde fantastique d’images, opposé à un monde d’objets solides que l’on peut espérer nous survivre. Ce qui a décliné, peut-être, c’est le sens de vivre dans un monde qui nous pré existe et qui nous survivra. Ce sens de la continuité historique – qui est fourni entre autres choses, simplement par un solide sens des choses matérielles palpables – semble être de plus en plus médiatisé par l’attaque des images, et souvent celles-là même qui en appelle par dessein à notre fantaisie. Même la science, je pense, qui passait dans une période précédente pour être un des principaux moyens de promouvoir une vue plus rationnelle et pleine de bon sens du monde, nous apparaît dans la vie quotidienne comme une succession de miracles technologiques qui rendent tout possible. Dans un monde où tout est possible dans un sens plus rien n’est possible.

I : Ce que je vous entends dire là est presque une définition de la sphère publique. Une des choses que vous dites est que la sphère publique est le domaine de la continuité historique. En fait, dans notre culture, c’est maintenant beaucoup plus le domaine des media. Les media nous donne le domaine public, un monde d’images hallucinantes dont les structures temporelles sont très courtes. Elles vont et viennent. Leur correspondance avec la réalité est très problématique et la vie publique ressemble à une sorte de conte fantastique, une sorte de monde de rêves. Mais cela ne répond pas à la question que j’ai posée, qui concernait les causes et les conséquences.

CC : Je ne pense pas qu’il soit pertinent de chercher une cause et une conséquence. Je pense que les deux vont ensemble. Le développement et les changements dans la société sont ipso facto des changements dans la structure des individus, leur façon d’agir et de se comporter. Après tout, tout est social. Mais la société en tant que telle n’a pas d’adresse. Je veux dire par là que vous ne pouvez pas la rencontrer. Elle est en vous, en moi, dans le langage, dans les livres etc. Mais je voudrais souligner une chose à cet égard : c’est la disparition des conflits et luttes sociales et politiques.

I : Quelle disparition ? Cela me semble faux.

CC : Je n’en vois pas. Je vois ce qui se passe aux USA, où, pour prendre l’exemple classique, les jeunes noirs des années 60 qui atteindraient les centres des villes brûleraient les magasins etc. Mais alors à la fin des années 70, au début de l’ère Reagan, vous avez 10 pourcent de chômage général, ce qui signifie 20 pourcent pour les noirs et 48 pourcent pour les jeunes noirs, et ces jeunes noirs ne réagissent pas. Vous avez la même situation en France maintenant où les gens se font licencier de leur travail, ils ne réagissent pas. En Angleterre, vous avez la tragédie des mineurs- le dernier feu de quelque chose qui est manifestement en train de mourir. Et ce n’est pas difficile à comprendre, je pense, parce que les gens pensent, à juste titre, que les idées politiques qui se trouvent sur le marché politique tel qu’il existe aujourd’hui ne valent pas que l’on se batte pour elles. Et ils pensent que les syndicats sont plus ou moins des bureaucraties qui se servent elles-même ou des lobbies. C’est comme si les gens tiraient la conclusion qu’il n’y a rien à faire, et par conséquent nous nous retranchons. Et cela correspond au mouvement intrinsèque du capitalisme – marchés en expansion, consommation, obsolescence incorporée etc. et plus généralement l’extension du contrôle sur les gens, non seulement comme producteurs, mais aussi comme consommateurs.

Lasch : Dans ces conditions la politique devient de plus en plus une question de groupes d’intérêt, chacun présentant des revendications adverses tout en réclamant leur part de l’Etat-providence, définissant leur intérêt dans les termes les plus proches possibles et ignorant délibérément toute revendication plus large, toute volonté d’établir les revendications d’un groupe dans des termes universels. Un des exemples que vous avez mentionnés plus tôt Cornelius, la lutte des noirs aux USA, offre un bon exemple de cela, et aussi un exemple de la façon dont souvent des idéologies qui paraissent radicales, militantes, révolutionnaires dans notre époque ont en fait contribué à ce processus. Le mouvement pour les droits civiques des années 50 et 60 était de beaucoup de façons un retour à une ancienne conception de la démocratie. Il articulait les objectifs des noirs d’une façon qui parlait à tout le monde. Il attaquait le racisme. Pas seulement le racisme blanc, mais le racisme. Le mouvement du black power qui apparut dans le milieu des années 60, qui semblait beaucoup plus militant et qui attaqua Martin Luther King et d’autres leaders de la première époque en les traitant de réactionnaires bourgeois, a en réalité redéfini les objectifs du mouvement noir, black power, en une attaque contre le racisme blanc, comme si le racisme était seulement un phénomène blanc, en fait cela a permis de redéfinir beaucoup plus facilement sur le long terme les noirs en Amérique comme étant essentiellement un autre groupe d’intérêts réclamant leur part de gâteau et ne faisant aucune revendication plus large du tout. Je pense que c’est une des raisons du déclin du militantisme chez les noirs américains.

I : Christopher a exprimé le sentiment que la politique était fracturée en groupes d’intérêt, et si nous parlons d’une crise du domaine public, c’est ce que nous voulons dire. Pourquoi cela se produit-il ?

Lasch : Et bien cela a à voir avec le déclin de n’importe quel langage public. Une partie a à voir avec l’élévation morale des victimes et l’augmentation tendancielle de se réclamer de la victimisation comme le seul standard de justice reconnaissable. Si vous prouvez que vous avez été « victimisé », discriminé – le plus longtemps est le mieux – cela devient la fondation d’une revendication faite par des groupes très spécifiques qui assument que leur histoire est très spécifique, n’a que peu de rapport avec celle d’autres groupes, ou avec la société dans son ensemble, qui ne figure pas du tout dans ce langage et qui en plus ne peut même pas être compris par les autres groupes. Encore une fois, l’exemple du mouvement noir est instructif, parce que, pour ne pas le dater trop précisément, au milieu des années 60, les noirs et leurs porte-paroles en Amérique, commencèrent à insister comme un article de foi, sur le fait que personne d’autre ne pouvait même comprendre leur histoire.

CC : Les féministes aussi.

Lasch : Oui, cela me semble être un parallèle tout à fait exact. Et quand cela arrive la possibilité d’un langage qui est compris par tous et qui constitue la base de la vie publique et des conversations politiques est à peu près par définition détruit.

CC : Aristote dans sa Politique mentionne une loi athénienne merveilleuse, à mon sens, qui est que lorsqu’une discussion à l’assemblée portait sur des questions qui pouvaient déboucher sur une guerre avec une cité voisine, les habitants de la zone frontière respective étaient exclus du vote. Or, c’est la conception grecque de la politique, et cette conception je la soutiens toujours.

I : Une des conséquences de ce genre de débat qui se poursuivent depuis au moins le début des années 60 est une très intense discussion à propos de savoir jusqu’où la liberté de choisir vous-même, de faire vous-même, de choisir vos propres valeurs, peut aller, jusqu’à quel point il faut donner un sens aux obligations sociales collectives, en un sens de ce que les êtres humains ont à faire.

CC : La liberté n’est pas une chose aisée ni un concept facile. Si vous parlez de la liberté véritable c’est, je dirais, un concept tragique. Comme la démocratie est un système tragique. Car il n’y a pas de limites externes ni de théorème mathématique qui vous disent où vous arrêtez. La démocratie est un système où nous disons : « nous faisons nos propres lois sur la base de nos propres esprits, notre moralité commune ». Mais cette moralité, même si elle coïncide avec les lois de Moïse, ou de l’évangile, n’existe pas parce qu’elle est dans les lois de l’évangile, elle existe parce que nous, en tant que communauté politique, l’acceptons, l’endossons et disons par exemple, on ne doit pas tuer. Même si 90 pourcent de la société est croyante et croit que l’autorité du commandement vient de Dieu, pour la communauté politique l’autorité ne vient pas de Dieu. Elle vient de la décision des citoyens. Le parlement britannique peut décider demain que les blonds n’ont pas le droit de vote. Rien ne peut les empêcher de faire ça. Il n’y a pas de limites externes et c’et pourquoi la démocratie peut périr et a péri plusieurs fois dans l’histoire, comme un héros tragique. Un héros tragique dans la tragédie grecque ne périssait pas parce qu’il y avait une limite et qu’il l’avait transgressé. Ça c’est le péché. C’est la conception chrétienne du péché. Le héros tragique périt à cause de l’hubris. C’est à dire, parce qu’il transgresse dans un domaine où il n’y a pas de limites connues au préalable. Et c’est notre triste situation.

Extrait de « voices »

Voir de plus:

Le racisme, moteur politique des anti-Trump

Stéphane Montabert

Suisse naturalisé, Conseiller communal UDC, Renens
Les Observateurs

Dans une série de tweets lancés dimanche, Donald Trump fit une nouvelle fois la preuve de son habileté politique en amenant ses adversaires droit dans son piège. Dire qu’ils auraient mordu à l’hameçon est un euphémisme.

Commençons par les mots du Président par qui le scandale arrive:

Très intéressant de voir des élues démocrates du Congrès, “progressistes”, qui viennent originellement de pays dont les gouvernements sont des catastrophes complètes et absolues, les pires, les plus corrompus et les plus ineptes du monde (si tant est qu’on puisse parler de gouvernement) et qui maintenant clament férocement au peuple des États-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment notre gouvernement doit être dirigé.
Pourquoi ne retournent-elles pas d’où elles viennent, pour aider à réparer ces lieux totalement dévastés et infestés par le crime ? Puis, qu’elles reviennent et qu’elles nous montrent comment elles ont fait. Ces endroits ont bigrement besoin de votre aide, vous n’y partirez jamais trop vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi serait très heureuse d’organiser rapidement un voyage gratuit !

N’en déplaise aux chiens de garde de la pensée unique, il n’y a rien de choquant dans ce texte. Trump ne critique ni des peuples ni des cultures, mais des gouvernements. Il mentionne des « élues démocrates », mais sans les citer nommément. Quant à ce qu’elles partent à l’étranger redresser ces pays qui sont à les entendre tellement mieux que les États-Unis, il ne s’agit pas d’un exil, puisqu’il mentionne explicitement qu’elles en reviennent.

La seule flèche réelle est à l’encontre de Mme Pelosi, qui a le plus grand mal à tenir les rênes de ses troupes démocrates à la Chambre des Représentants.

L’inénarrable Le Temps rend évidemment son verdict sans hésitation: ces tweets sont « racistes », point barre. Et il s’inquiète même de ce que les médias américains n’osent pas le clamer assez fort au goût du journaliste de service. Il y a pourtant une raison. Les médias américains savent encore qu’en qualifiant ouvertement ces tweets de « racistes » dans les titres de leurs articles, ils assènent au lecteur un jugement de valeur. Ce faisant, ils quittent la sphère de l’information pour celle de la propagande. Ils ont beau être anti-Trump jusqu’au bout des ongles, ils essayent encore de préserver les apparences.

Le Temps, lui, ne s’embarrasse plus de ces détails depuis longtemps…

Les égéries de la gauche

Quatre élues démocrates se sentirent donc indignées par ces tweets: Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan), et Alexandria Ocasio-Cortez (New York). Trois d’entre elles ne correspondent même pas au portrait brossé par Trump puisqu’elles sont nées aux États-Unis, mais qu’importe, les médias se chargent de tous les raccourcis.

Quand on se sent morveux on se mouche, dit l’adage. Pourquoi ces quatre femmes se sont senties visées?

Ayanna Pressley déclencha une polémique il y a quelques jours par une vision de la société uniquement basée sur l’appartenance raciale, religieuse ou sexuelle, soit l’exact opposé du melting pot américain: « nous n’avons pas besoin de visages basanés qui ne veulent pas être une voix basanée. Nous n’avons pas besoin de visages noirs qui ne veulent pas être une voix noire. Nous n’avons pas besoin de musulmans qui ne veulent pas être une voix musulmane. Nous n’avons pas besoin d’homos qui ne veulent pas être une voix homo. Si vous craignez d’être marginalisé et stéréotypé, ne vous présentez même pas, nous n’avons pas besoin de vous pour représenter cette voix. » Pour Mme Pressley, quelqu’un est blanc ou noir avant d’être Américain.

Rashida Tlaib, qui grandit dans le paradis socialiste du Nicaragua, devint la première élue musulmane du Michigan. Ce qui n’est pas en soi un problème, si ce n’est qu’elle se fit remarquer dès son arrivée au Congrès par de nombreuses attaques antisémites. Elle traita également Trump de « fils de pute » dans sa première déclaration officielle, ce qui donne le niveau de finesse de la dame. Sur la carte du monde dans son bureau, elle recouvrit Israël avec un Post-It sur lequel il était marqué « Palestine ». Elle soutient l’organisation de promotion de l’islam CAIR, proche des Frères Musulmans. Bref, elle affiche clairement son allégeance:

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(Bon, techniquement ce n’est pas l’allégeance à un autre pays puisque la Palestine n’en est pas un.)

Ilhan Omar est née en Somalie et avoua en public son allégeance somalienne. Son statut civil est délicat: des rumeurs persistantes affirme qu’aurait pu être mariée à son propre frère pour s’installer aux États-Unis. Elle est en délicatesse avec le fisc américain pour de fausses déclarations fiscales. Politiquement, elle se fit remarquer par son indifférence à l’égard des attentats du 11 septembre 2001 (rien de plus pour elle que « des gens ont fait quelque chose ») mais surjoua son émotion à l’évocation de l’opération de secours « Black Hawk Down » où des soldats américains virent libérer un des leurs dans un hélicoptère abattu dans une mission de maintien de la paix. Enfin, elle refuse toujours de condamner publiquement Al-Qaeda, ce qui permet à un internaute de résumer sa dernière interview en utilisant le mème du PNJ:

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– Tump est raciste en disant que je soutiens Al-Qaeda.
– Vous soutenez Al-Qaeda?
– …

Alexandria Ocasio-Cortez est la plus souvent mise en avant par les médias, au point d’avoir son abréviation AOC. Issue d’une riche famille de New-York, elle travailla brièvement comme serveuse (permettant de donner corps à ses « humbles débuts » dans son récit personnel) avant d’embrasser la carrière politique. Depuis son élection, son radicalisme de gauche et ses délires utopiques montrent à quel point elle est coupée de la réalité. Ses sorties plongent régulièrement les responsables démocrates dans l’embarras. Elle réussit à faire fuir Amazon qui envisageait de s’installer à New York, perdant ainsi l’opportunité de créer 25’000 emplois, un exploit remarqué. Sans-frontiériste convaincue et imbue de son image, elle se fit aussi photographier dans une poignante séquence où elle pleure face à une clôture grillagée… Le tout étant en fait une mise en scène dans un parking vide.

Une belle brochette de championnes, comme on dit. Voilà les « étoiles montantes du parti démocrate » selon nos médias toujours aussi clairvoyants…

Le piège de Trump

Avec des rivales comme celles-ci, Trump pourrait dormir sur ses deux oreilles pour 2020. Leur bêtise et leur extrémisme fait fuir les électeurs centristes et provoque des remous jusque dans le camp démocrate.

Alors, pourquoi ne pas rajouter une bûche au feu?

C’est exactement ce que fit Trump en trois tweets dimanche dernier.

Depuis, la manœuvre – prévisible, prévue et même dénoncée – a réussi au-delà de toute espérance. Trump n’a que faire des accusations de racisme ; il est traité de raciste cent fois par semaine depuis qu’il est Président.

De leur côté, les stratèges démocrates sont on ne peut plus embarrassés par leurs « étoiles montantes ». Nancy Pelosi essayait depuis plusieurs semaines de diminuer leur exposition médiatique dans l’espoir de restaurer un semblant de crédibilité au Parti Démocrate pour l’échéance de 2020 ; tout vient de voler en éclat. Les médias ne s’intéressent même plus aux candidats à l’investiture présidentielle. Seules comptent les réactions et les invectives des élues d’extrême-gauche. Pire encore, par réaction, les autres Démocrates ont été contraints de s’aligner avec elles pour prendre leur défense – augmentant encore l’alignement du parti avec ces extrémistes repoussantes pour qui n’est pas un militant d’extrême-gauche.

En poussant le Parti Démocrate dans les cordes de l’extrême-gauche comme il le fait, Trump s’assure que les Démocrates passent pour des fous et des illuminés sans la moindre crédibilité. Les glapissements hystériques d’AOC, la vulgarité antisémite de Rashida Tlaib, l’obsession raciale de Ayanna Pressley et la sympathie affichée d’Ilhan Omar pour les islamistes auront tôt fait de détourner les Américains modérés de se rendre aux urnes pour chasser « l’ignoble Trump » du pouvoir – lui sur lequel il n’y a plus grand-chose à ajouter tant les médias lui envoient quotidiennement du fumier depuis trois ans.

Le site parodique Babylon Bee résume ce qui semble être la stratégie gagnante de Trump:

Voir encore:


Bret Stephens
The New York Times
June 16, 2017

In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system.

In the matter of immigration, mark this conservative columnist down as strongly pro-deportation. The United States has too many people who don’t work hard, don’t believe in God, don’t contribute much to society and don’t appreciate the greatness of the American system. They need to return whence they came. I speak of Americans whose families have been in this country for a few generations. Complacent, entitled and often shockingly ignorant on basic points of American law and history, they are the stagnant pool in which our national prospects risk drowning.​
On point after point, America’s nonimmigrants are failing our country. Crime? A study by the Cato Institute notes that nonimmigrants are incarcerated at nearly twice the rate of illegal immigrants, and at more than three times the rate of legal ones. Educational achievement? Just 17 percent of the finalists in the 2016 Intel Science Talent Search — often called the “Junior Nobel Prize” — were the children of United States-born parents. At the Rochester Institute of Technology, just 9.5 percent of graduate students in electrical engineering were nonimmigrants. Religious piety — especially of the Christian variety? More illegal immigrants identify as Christian (83 percent) than do Americans (70.6 percent), a fact right-wing immigration restrictionists might ponder as they bemoan declines in church attendance. Business creation? Nonimmigrants start businesses at half the rate of immigrants, and accounted for fewer than half the companies started in Silicon Valley between 1995 and 2005. Overall, the share of nonimmigrant entrepreneurs fell by more than 10 percentage points between 1995 and 2008, according to a Harvard Business Review study. Nor does the case against nonimmigrants end there. The rate of out-of-wedlock births for United States-born mothers exceeds the rate for foreign-born moms, 42 percent to 33 percent. The rate of delinquency and criminality among nonimmigrant teens considerably exceeds that of their immigrant peers. A recent report by the Sentencing Project also finds evidence that the fewer immigrants there are in a neighborhood, the likelier it is to be unsafe. And then there’s the all-important issue of demographics. The race for the future is ultimately a race for people — healthy, working-age, fertile people — and our nonimmigrants fail us here, too. “The increase in the overall number of U.S. births, from 3.74 million in 1970 to 4.0 million in 2014, is due entirely to births to foreign-born mothers,” reports the Pew Research Center. Without these immigrant moms, the United States would be faced with the same demographic death spiral that now confronts Japan.​
Bottom line: So-called real Americans are screwing up America. Maybe they should leave, so that we can replace them with new and better ones: newcomers who are more appreciative of what the United States has to offer, more ambitious for themselves and their children, and more willing to sacrifice for the future. In other words, just the kind of people we used to be — when “we” had just come off the boat.​
O.K., so I’m jesting about deporting “real Americans” en masse. (Who would take them in, anyway?) But then the threat of mass deportations has been no joke with this administration.​
On Thursday, the Department of Homeland Security seemed prepared to extend an Obama administration program known as Deferred Action for Childhood Arrivals, or DACA, which allows the children of illegal immigrants — some 800,000 people in all — to continue to study and work in the United States. The decision would have reversed one of Donald Trump’s ugly campaign threats to deport these kids, whose only crime was to have been brought to the United States by their parents. Yet the administration is still committed to deporting their parents, and on Friday the D.H.S. announced that even DACA remains under review — another cruel twist for young immigrants wondering if they’ll be sent back to “home” countries they hardly ever knew, and whose language they might barely even speak.​
Beyond the inhumanity of toying with people’s lives this way, there’s also the shortsightedness of it. We do not usually find happiness by driving away those who would love us. Businesses do not often prosper by firing their better employees and discouraging job applications. So how does America become great again by berating and evicting its most energetic, enterprising, law-abiding, job-creating, idea-generating, self-multiplying and God-fearing people?​
Because I’m the child of immigrants and grew up abroad, I have always thought of the United States as a country that belongs first to its newcomers — the people who strain hardest to become a part of it because they realize that it’s precious; and who do the most to remake it so that our ideas, and our appeal, may stay fresh.​
That used to be a cliché, but in the Age of Trump it needs to be explained all over again. We’re a country of immigrants — by and for them, too. Americans who don’t get it should get out.​
Voir enfin:

Donald Trump Hates America
The rest of us can love America well.
David Brooks
NYT
July 18, 2019

So apparently Donald Trump wants to make this an election about what it means to be American. He’s got his vision of what it means to be American, and he’s challenging the rest of us to come up with a better one.

In Trump’s version, “American” is defined by three propositions. First, to be American is to be xenophobic. The basic narrative he tells is that the good people of the heartland are under assault from aliens, elitists and outsiders. Second, to be American is to be nostalgic. America’s values were better during some golden past. Third, a true American is white. White Protestants created this country; everybody else is here on their sufferance.
When you look at Trump’s American idea you realize that it contradicts the traditional American idea in every particular. In fact, Trump’s national story is much closer to the Russian national story than it is toward our own. It’s an alien ideology he’s trying to plant on our soil.

Trump’s vision is radically anti-American.

The real American idea is not xenophobic, nostalgic or racist; it is pluralistic, future-oriented and universal. America is exceptional precisely because it is the only nation on earth that defines itself by its future, not its past. America is exceptional because from the first its citizens saw themselves in a project that would have implications for all humankind. America is exceptional because it was launched with a dream to take the diverse many and make them one — e pluribus unum.

The Puritans settled this continent with visions of creating a future city on a hill. They had an eschatological dream of completing God’s plan for this earth. By the time of the revolution it was well understood that America was the land of futurity, the vanguard nation that would lead all of humanity to a dignified and democratic future.

“I always consider the settlement of America with reverence and wonder,” John Adams declared, “as the opening of a grand scene and design in providence, for the illumination of the ignorant and the emancipation of the slavish part of mankind all over the earth.”

American life is so raucous and dynamic because people are inflamed by visions of creating a heaven on earth. As George Santayana put it, Americans often don’t make a distinction between the sacred and the profane. In building material wealth, they see themselves creating a country that will redeem humanity, that will become the last best hope of earth.

This sense of mission has often made Americans arrogant, and somewhat dangerous to be around. But it has also made us anxious. The country was built amid a wail of jeremiads: Providence assigned us a mission to serve the whole planet, but we, in our greed and sin, are blowing it! “Ah my country!” Ralph Waldo Emerson lamented, “In thee is the reasonable hope of mankind not fulfilled.”
But the American mission survived its failures. Herman Melville summarized the ethos in his novel “White Jacket”: “God has predestined, mankind expects, great things from our race; and great things we feel in our souls. … We are the pioneers of the world; the advance-guard, sent on through the wilderness of untried things, to break a new path.”

Again and again, Americans have felt called upon to launch off into new frontiers — to design a democracy, to create a new kind of democratic person, to settle the West, to industrialize, to pioneer new technologies, to explore space, to combat prejudice, to fight totalitarianism and spread democracy. The mission was always the same: to leap into the future, to give life meaning and shape by extending opportunity and dignity to all races and nations.

This American idea is not a resentful prejudice; it’s a faith and a dream. The historian Sacvan Bercovitch put it best: “Only ‘America,’ of all national designations, took on the combined force of eschatology and chauvinism. Many forms of nationalism have laid claims to a world-redeeming promise; many Christian sects have sought, in open or secret heresy, to find the sacred in the profane; many European Protestants have linked the soul’s journey and the way to wealth.

“But only the ‘American Way,’ of all modern symbologies, has managed to circumvent the contradictions inherent in these approaches. Of all symbols of identity, only ‘American’ has succeeded in uniting nationality with universality, civic and spiritual selfhood, sacred and secular history, the country’s past and the paradise to be, in a single transcendent ideal.”

Trump’s campaign is an attack on that dream. The right response is to double down on that ideal. The task before us is to create the most diverse mass democracy in the history of the planet — a true universal nation. It is precisely to weave the social fissures that Trump is inclined to tear.
Americans have always been divided on where they came from, but united in their vision of their common future. They’ve been bonded by the vision of creating a pluralistic home in which everybody can belong and be seen. Or as Langston Hughes wrote: “America never was America to me/And yet I swear this oath/America will be!”

Voir par ailleurs:

Le démon du libéralisme
Daniel Pipes
Washington Times
14 juillet 2019

Version originale anglaise: The Demon in Liberalism

« Pourquoi la Suède est-elle devenue la Corée du Nord de l’Europe ? » C’est la question qu’un Danois avait posée sous forme de demi-boutade au caricaturiste suédois Lars Vilks lors d’une conférence à laquelle j’ai participé en 2014. En guise de réponse qui n’avait d’ailleurs pas convaincu, Vilks avait marmonné en disant que la Suède avait une prédilection pour le consensus.

Aujourd’hui, il existe à cette question une réponse plus convaincante qui nous est donnée par Ryszard Legutko, professeur de philosophie et homme politique polonais influent. Traduit en anglais par Teresa Adelson sous le titre The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies (Le démon de la démocratie : les tentations totalitaires au sein des sociétés libres), son livre paru chez Encounter montre de façon méthodique les similitudes surprenantes mais réelles entre le communisme de type soviétique et le libéralisme moderne tel qu’il est conçu par la Suède, l’Union européenne ou Barack Obama.

(Avant d’analyser son argumentation, je tiens toutefois à préciser que là où Legutko parle de démocratie libérale, un concept trop complexe selon moi, je préfère parler de libéralisme.)

Legutko ne prétend pas que le libéralisme ressemble au communisme dans ce que celui-ci a de monstrueux et encore moins que les deux idéologies sont identiques. Il reconnaît pleinement le caractère démocratique du libéralisme d’une part et la nature brutale et tyrannique du communisme d’autre part. Mais une fois établie cette distinction nette, il met le doigt sur le point sensible commun aux deux idéologies.

C’est dans les années 1970 au cours d’un voyage effectué en Occident qu’il s’est rendu compte pour la première fois de ces similarités. Il s’est alors aperçu que les libéraux préféraient les communistes aux anti-communistes. Par après, avec la chute du bloc soviétique, il a vu les libéraux accueillir chaleureusement les communistes mais pas leurs opposants anticommunistes. Pourquoi ?

Car selon lui le libéralisme partage avec le communisme une foi puissante en l’esprit rationnel propre à trouver des solutions. Cela se traduit par une propension à améliorer le citoyen, à le moderniser et à le façonner pour en faire un être supérieur, une propension qui conduit les deux idéologies à politiser, et donc à dévaloriser, tous les aspects de la vie dont la sexualité, la famille, la religion, les sports, les loisirs et les arts. (Ce qui par ailleurs suscite une question certes malicieuse mais on ne peut plus sérieuse : quel est le type d’art le plus affreux ? L’art communiste ou l’art libéral ? L’art de Staline ou celui de la Biennale de Venise ?)

Les deux idéologies recourent à l’ingénierie sociale de façon à créer une société dont les membres seraient « identiques dans les mots, les pensées et les actes ». L’objectif serait d’obtenir une population en grande partie interchangeable et dépourvue de tout esprit dissident susceptible de causer des ennuis. Chacune des deux idéologies assume complètement le fait que sa vision particulière constitue le plus grand espoir pour l’humanité et représente la fin de l’histoire, l’étape finale de l’évolution de l’humanité.

Le problème, c’est que de tels plans d’amélioration de l’humanité conduisent inévitablement à de terribles déceptions. En réalité, les êtres humains sont bien plus têtus et moins malléables que ne le souhaitent les rêveurs. Quand les choses vont mal (disons la production alimentaire pour les communistes, l’immigration sans entraves pour les libéraux), apparaissent deux conséquences néfastes.

La première est le repli des idéologues dans un monde virtuel qu’ils cherchent ardemment à imposer à des sujets réfractaires. Les communistes déploient des efforts colossaux pour convaincre leurs vassaux qu’ils prospéreront bien plus que ces misérables vivant dans des pays capitalistes. Les libéraux transforment les deux genres – masculin et féminin – en 71 genres différents ou font disparaître la criminalité des migrants. Quand leurs projets tournent au vinaigre, les uns et les autres répondent non pas en repensant leurs principes mais, contre toute logique, en exigeant l’application d’un communisme ou d’un libéralisme plus pur et en s’appuyant fortement sur le complotisme : les communistes blâment les capitalistes et les libéraux blâment les entreprises pour expliquer par exemple pourquoi San Francisco détient aux États-Unis le record d’atteintes à la propriété ou pourquoi la ville de Seattle est gangrenée par une mendicité épidémique.

La deuxième conséquence survient quand les dissidents apparaissent immanquablement. C’est alors que les communistes comme les libéraux font tout ce qu’ils peuvent pour étouffer les opinions divergentes. Autrement dit, les uns comme les autres sont prêts à forcer leurs populations ignorantes « à la liberté » selon les termes de Legutko. Ce qui signifie, bien entendu, le contrôle voire, la suppression de la liberté d’expression. Dans le cas du communisme, les bureaux de la censure du gouvernement excluent toute opinion négative vis-à-vis du socialisme et les conséquences sont fâcheuses pour quiconque ose persister.

Dans le cas du libéralisme, les fournisseurs d’accès à Internet, les grands réseaux sociaux, les écoles, les banques, les services de covoiturage, les hôtels et les lignes de croisière font le sale boulot consistant à mettre hors-jeu les détracteurs qui tiennent ce qui est appelé un discours de haine consistant notamment à affirmer l’idée scandaleuse selon laquelle il n’y a que deux genres. Bien entendu l’islam est un sujet insidieux : ainsi le fait de se demander si Mahomet était un pédophile, est passible d’une amende, et une caricature, d’une peine de prison. Résultat : en Allemagne à peine 19% des citoyens ont l’impression qu’ils peuvent exprimer leur opinion librement en public.

L’analyse faite par Legutko ne constitue pas un plan d’action pour les conservateurs. Néanmoins l’argumentation qu’elle développe devrait servir de point d’appui à ces derniers quand ils mettent en évidence les éléments répressifs du libéralisme, vantent les beautés de la liberté du conservatisme et s’attèlent à cette grande œuvre qui consiste à sortir du gouffre des pays comme la Suède. Si l’Union soviétique, qui a tué 62 millionsde personnes de son propre peuple et a menacé toute l’humanité avec ses missiles balistiques intercontinentaux, a fini par imploser, il est plausible de voir s’effondrer les bastions du libéralisme avec en perspective, l’analyse inspirante de Legutko


Bouddhisme: Attention, une religion de paix peut en cacher une autre ! (After Islam’s jihadists, Burma’s ultra-nationalist monks are a tragic reminder that in times of crisis even the most peaceful of religious doctrines can turn homicidal)

8 juillet, 2019

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Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Jésus (Jean 14: 27)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel.(…) Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, il y aura de l’angoisse chez les nations qui ne sauront que faire, au bruit de la mer et des flots. Jésus (Luc 21: 10-25)
Ne prenez pas le mal à la légère en disant ‘il ne m’atteindra pas’. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent absorbant goutte par goutte finit par se remplir de mal. Gautama Bouddha
Comme une mère protègerait son unique enfant au risque de sa propre vie, cultivons un amour sans limite envers tous les êtres.  Que ces pensées d’amour infini imprègnent le monde tout entier, dessus, dessous, de toutes parts, sans obstacle, sans haine ni inimitié. Metta sutta (hymne de l’amour universel)
Le Bouddha se situe souvent au-delà du Bien et du Mal. Ses paroles devraient nous permettre de limiter les mécaniques du Mal. Texte lu par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Une croyance populaire dit que si on peut tuer un animal, on peut aussi tuer un homme. Nous, les bouddhistes, nous nous opposons au sacrifice des animaux. Texte par Bulle Ogier (Le Vénérable W)
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
Les pays européens devraient accueillir ces réfugiés et leur fournir de l’éducation et des formations, l’objectif étant qu’ils rentrent chez eux avec des compétences particulières. Ils seront eux-mêmes mieux, je pense, dans leur propre pays. Mieux vaut garder l’Europe pour les Européens. Tenzyn Gyatso (Dalai Lama)
Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)
En réalité, leurs mosquées ne sont pas des lieux de culte comme nos monastères. Ce sont des bases de guerre pour planifier des attaques contre les non-musulmans. J’ai deviné l’intention des musulmans qui est de convertir le monde entier à l’islam. D’ailleurs, on peut voir sur Youtube, quand les membres de l’EI décapitent un chrétien, ils montrent un doigt, c’est-à-dire qu’il doit y avoir un seul Dieu dans le monde. Du fait que les musulmans ls entrent et s’installent dans les pays d’Europe, ils envahissent le monde. Et les dirigeants comme Merkel et compagnie les acceptent sans tenir compte de l’avis du peuple. Aux USA, si le peuple veut rester en paix et en sécurité, il doit choisir Donald Trump. Ashin Wirathu
L’Hitler de Birmanie est bouddhiste et ses juifs sont les musulmans rohingyas. David Aaronovitch
Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leur propre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons. Ashin Wirathu
Si on peut tuer un animal, on peut tuer un homme. Ashin Wirathu
Une foule excitée peut devenir incontrôlable. Cela peut exploser. Ma Ba Tha intervient quand les « kalars » embêtent les bouddhistes. Une fois le problème réglé et les « kalars » sanctionnés, la foule se calme. Voilà le rôle de Ma BA TA. Ashin Wirathu
Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous. Kyaw Sein Win (Ma Ba Tha)
Les musulmans sont des fauteurs de troubles. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. Ti Ti Win (professeure de mathématiques, 55 ans)
Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches. Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite. Pyinyeinda (moine d’Athoke)
En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs. Thein Aung (chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady)
Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir. Win Shwe
On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon. Restaurateur musulman de la ville de Kyaungon. David Aaronovitch
Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam. Bénédicte Brac de la Perrière
Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique. Raphaël Logier (IEP d’Aix-en-Provence)
Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, le film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices. The Hollywood reporter
Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre. Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses. Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être. Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble. Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle. Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. (…) Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle. C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe. Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas. Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales. (…) En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. (…) Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils… (…) Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles. (…) Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste. Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique. Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain. Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre. Bernard Faure
En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie. Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade. (…) En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now. L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité. Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs. En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. (…) Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. (…) En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. (….) Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre. Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy. Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement. Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone. (…) Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe. “Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. (…) Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Myanmar Now
Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population. The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade. Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.” (…) At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. (…) Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists. Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by. What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists. While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff. The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land. (…) In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate. The Hollywood reporter
Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès. It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance. However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. (…) Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas. Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses. The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase. By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action. Screen daily
Loin de l’image d’Epinal d’un bouddhiste éthéré et tolérant, la religion phare d’Asie est, dans des pays comme le Sri Lanka ou la Birmanie, sous l’influence grandissante de moines nationalistes aux sermons agressifs, notamment contre les musulmans. La semaine dernière, dernier exemple en date de violences intercommunautaires: des foules bouddhistes ont mené des émeutes anti-musulmanes ayant fait au moins trois morts au Sri Lanka. Non loin de là, en Birmanie, secouée par la crise des musulmans rohingyas, la figure de proue du nationalisme bouddhiste, le moine Wirathu, a renoué avec ses sermons enflammés. Il avait été interdit de prise de parole publique après s’être réjoui du meurtre d’un avocat musulman. Et en Thaïlande voisine, où le nationalisme bouddhiste est néanmoins bien moins fort, un moine a fait scandale après avoir appelé à incendier les mosquées. Pour Michael Jerryson, spécialiste des questions de religion à l’université américaine de Youngstown et auteur d’un récent livre sur bouddhisme et violence, cette religion n’échappe pas à la justification de la violence par des prétextes religieux. (…) Et la menace, selon ces bouddhistes soucieux de préserver la prédominance de leur religion dans leur pays, c’est l’islam. Et ce même si les musulmans y sont ultra-minoritaires, de l’ordre de quelques pour cent. La destruction des statues de bouddhas de Bamiyan par les talibans en Afghanistan a profondément marqué l’imaginaire bouddhiste. Et l’ambiance globale de « guerre contre le terrorisme » contribue à l’islamophobie, à laquelle l’Asie n’échappe pas. Même si les minorités musulmanes sont implantées depuis des générations dans ces pays, les moines bouddhistes nationalistes agitent la menace de taux de natalité très élevés (c’est le cas des Rohingyas de Birmanie) – qui à plus ou moins long terme conduiront à une supplantation démographique comme en Malaisie ou en Indonésie. En Birmanie, le moine Wirathu s’est fait le grand prêtre de ce complot musulman visant à éradiquer le bouddhisme – avec des discours si enflammés que sa page Facebook a été fermée. (…) Au SriLanka, les militants bouddhistes tentent eux aussi de s’affirmer politiquement, n’hésitant pas à prendre la tête de manifestations et à en découdre avec la police. Les Tigres tamouls n’étant plus considérés comme une menace depuis leur défaite en 2009, les musulmans, qui ne représentent que 10 % de la population, se sont retrouvés la cible des nationalistes bouddhistes. Figure de proue du mouvement BBS (pour « Buddhist force »), le moine srilankais Galagodaatte Gnanasara, libéré sous caution, est sous le coup de poursuites pour discours de haine et insulte au coran. (…) En Thaïlande, ce mouvement d’idée a moins prise, dans un pays où le clergé bouddhiste est globalement discrédité par des scandales de corruption et de détournements de donations. (…) Cela n’empêche pas les tensions, notamment autour de l’extrême-sud de la Thaïlande, en proie à une rébellion indépendantiste musulmane qui s’en est parfois pris à des moines. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe en Birmanie, où, si les moines ne prennent pas eux mêmes les armes, des groupes de civils influencés par leurs idées se forment. Les moines n’agissent pas directement mais « justifient les violences menées par d’autres, que ce soient des milices, des civils, la police ou l’armée », analyse Iselin Frydenlund, de l’Ecole de théologie de Norvège. En Birmanie par exemple, des milices bouddhistes sont accusés de s’être livrées à des exactions contre les Rohingyas lors de ce que l’ONU décrit comme une campagne d' »épuration ethnique », qui a poussé à l’exil au Bangladesh voisin de près de 700.000 Rohingyas. Le Point
Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette « religion athée qui permet le pessimisme », il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur. Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant. Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables. Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation. Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur. Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age… Le Temps
Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. (…) Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe. On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ». Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque. Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans. Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé. Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. » Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence. (…) En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes. À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha. A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation. (….) Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc. « Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. (…) Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans (…)  L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans. La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère. (…) Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. (…) Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine. Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde. Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif. (…) Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix. Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016. L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative. (…)  Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme. Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie. Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank. (…)  Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS. Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ». (…) Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ». Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles. Cyrielle Cabot

Attention: une religion de paix peut en cacher une autre !

En ces temps proprement apocalyptiques

Où semblent vouloir se rappeler de plus en plus régulièrement à notre bon souvenir …

Tant le climat et son désormais légendaire « changement » ou, de la Californie à la Sicile, les plaques tectoniques elle-mêmes …

Que, précisément sur les lignes de fracture entre islam et les autres grandes religions, d’israël à la Birmanie mais aussi au Sri Lanka et en Thaïlande et sans compter chiisme et sunnisme, les mouvements tectoniques religieux …

A l’heure où du Yemen à la Syrie, au Liban et en Israël et entre deux annonces de rayage de la carte, la Révolution islamique continue à mettre l’ensemble du Moyen-Orient à feu et à sang …

Ou entre destructions de bouddhas ou d’églises, décapitations en direct, crucifixions et mise en esclavage sexuel et de la Syrie à l’Irak, l’Afghanistan ou le Sri Lanka, la religion d’amour, de tolérance et de paix poursuit sa marche expansionniste …

Et où en Occident, les mêmes parangons de vertu progressiste qui au nom de la défense de l’environnement appellent à la restriction démographique en Europe commanditent, entre mariage, PMA et bientôt GPA pour tous ou au nom des droits des animaux attaques de laboratoires ou de boucheries, des bateaux pour aider les trafiquants humains à approvisonner les eros centers de Rome ou de Berlin …

Ou les mêmes belles âmes qui vivent grassement de la représentation cinématographique, numérique ou médiatique de la violence …

Comme de l’exploitation de la main d’oeuvre bon marché qui avec leurs encouragements déferle désormais sans contrôle sur nos plages et nos frontières …

Nous font la morale sur nos prétendues crispations et manque d’ouverture face à la destruction non seulement, comme nous en avertissait tout récemment encore le Dalai Lama, de nombre de nos emploi mais, entre deux attentats ou agressons sexuelles, de nos modes de vie et cultures …

Comment ne pas voir …

Les limites des prétendues analyses de nos médias, anthropologues ou documentaristes

Qui après avoir, contre toute évidence historique, réduit le bouddhisme à la religion par excellence de la paix …

Nous présentent sauf rares exceptions l’actuel conflit interethnique en Birmanie …

Entre une majorité dont l’aversion au sang versé va jusqu’à la vénération de « vaches sacrées » …

Et une minorité éleveuse de bétail toujours adepte des sacrifices sanglants …

Comme au moment où la croix gammée bascule est sur le point de basculer du côté de sa forme inversée nazie, le simple dévoiement d’un bouddhisme par essence pacifique par la figure tristement célèbre du moine Ashin Wirathu

Tout récemment visé, après son instrumentalisation par la junte au pouvoir, par un mandat d’arrêt pour sédition par son propre gouvernement …

Et qualifié alternativement dans les médias occidentaux de « Ben Laden birman », « Hitler bouddhiste », « visage du terrorisme bouddhiste », « haine en robe safran » ou « fan de Trump » …

Face aux nouveaux juifs et victimes, entre deux attaques de postes-frontières par d’un groupe de rebelles dit « de l’Armée du salut »,  d’une « progression planétaire de l’islamophobie » ?

Cyrielle Cabot

Asialyst

Le lieu commun veut que le bouddhisme échappe à toute violence. Découvert en Occident au XIXème siècle, il y est surtout perçu comme une philosophie reposant sur des pratiques spirituelles. Pourtant, depuis plusieurs années, cette image est mise à mal. En Birmanie, pays peuplé à 90% de bouddhistes, des moines développent des discours violents et extrémistes à l’encontre des musulmans. Parmi eux, le bonze Ashin Wirathu, surnommé le « Ben Laden » birman et leader d’un groupe nationaliste appelé Ma Ba Tha, « l’Association pour la protection de la race et de la religion ». Depuis août dernier, ces moines sont sous le feu des projecteurs en raison des atrocités commises contre les Rohingyas, minorité ethnique musulmane et apatride qui vit majoritairement dans l’État de l’Arakan, dans l’ouest du pays. Quelles sont les caractéristiques du bouddhisme pratiqué en Birmanie ? Comment expliquer le développement de ce discours radical ? Quelle est la réponse du gouvernement d’Aung San Suu Kyi ?

1. Qu’est ce que le bouddhisme Theravada, la religion majoritaire de Birmanie ?

En Birmanie, 90% de la population est de confession bouddhiste. Partagée par 500 millions d’adeptes en Asie, cette religion, perçue en Occident de manière simpliste comme une philosophie non-violente reposant sur des pratiques comme la méditation, a en fait une réalité complexe.
On ne peut pas parler du bouddhisme au singulier. Il existe en fait trois grandes écoles correspondant à trois zones géographiques bien distinctes. L’école Vajrayana, très minoritaire, est pratiquée au Tibet. C’est la plus connue en Occident. L’école Mahayana ou « bouddhisme du grand véhicule » est implantée en Corée, en Chine, au Japon et dans une grande partie du Vietnam. En Birmanie, comme en Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, on pratique le bouddhisme Theravada ou « bouddhisme du petit véhicule ».
Le bouddhisme Theravada est aussi appelé « la voie des Anciens » : c’est l’école la plus ancienne et la plus proche du bouddhisme primitif. Ses adeptes suivent un enseignement traditionnel pour atteindre le Nirvana, étape de perfection ultime, qui se traduit par la capacité à se détacher de tout sentiment. Il s’agit de sortir du monde terrestre en se détachant des réalités « impermanentes », écrit Henri Tincq.« D’où le développement d’une spiritualité, dans le theravâda, du « non-attachement », puissante chez les moines, qui s’interdisent toute activité mondaine. » Les moines ne travaillent pas, ne se font pas à manger et dépendent ainsi complètement des dons de la population laïque.
Face à cette population bouddhiste majoritaire, 6% des 53 millions de Birmans sont chrétiens et 4% sont musulmans.

2. Comment le bouddhisme s’est-il radicalisé ?

Dans les pays de tradition Theravada, les nations se sont souvent constituées en s’appuyant sur une légitimité religieuse. La Birmanie ne fait pas exception. « En 1980, le régime de Ne Win a recréé le Sangha, le clergé birman. Il en a centralisé l’administration et l’a placé sous l’autorité du pouvoir politique, rappelle l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. Plus tard, les militaires ont utilisé la religion pour justifier leur présence au pouvoir. » Ainsi, quand bien même les moines birmans ne devraient pas participer à la vie politique du pays, leur clergé est bel et bien politisé.
Ce constat fait, il est plus simple de comprendre le développement d’un discours nationaliste parmi les moines. « Il y a des liens fermement établis entre les nationalismes sud-asiatiques et le bouddhisme, depuis le mouvement de décolonisation du XIXe siècle, et dès le début du XXe siècle un peu partout en Asie du Sud-Est », explique l’anthropologue Lionel Obadia. En 2007, lors de la « Révolution de Safran », des manifestations de moines sont réprimées violemment par l’armée pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix initiée par la junte militaire. Pour l’universitaire britannique Paul Fuller, spécialisé dans l’étude du bouddhisme, cela participe encore à renforcer le lien entre nationalisme et bouddhisme. « Jusqu’alors, pour la majorité des Birmans, être un bon bouddhiste, c’était respecter les doctrines du calme mental, du non-attachement et de la compassion, explique Paul Fuller dans un entretien à Asialyst. La Révolution de Safran montre au grand jour l’implication politique des moines et fait naître une nouvelle idée : pour être un bon bouddhiste, il faut aussi agir pour le bien de son pays. » De là se répand une théorie : pour être un bon birman, il faut être un bon bouddhiste. « Les nationalistes s’appuient sur cette idée pour justifier leurs violences : ils luttent pour la protection du bouddhisme et donc, a fortiori, pour la culture birmane. »
Enfin, depuis 2011 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Thein Sein puis, de façon encore plus frappante depuis 2015 et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, les discours nationalistes se font de plus en plus visibles. Pour cause, les mutations politiques et l’ouverture du pays après des années de repli sur lui-même ont entraîné une perte de repères pour la population et renforce la peur d’une disparition progressive de la culture birmane. Par ailleurs, les discours nationalistes sont désormais diffusés beaucoup plus amplement au sein de la population du fait de la démocratisation de l’usage des réseaux sociaux, qui permet de faire transmettre des messages jusqu’alors passés sous silence.

3. Comment est né Ma Ba Tha, le principal groupe radical bouddhiste ?

*Matthew Walton and Susan Hayward, « Contesting Buddhist Narratives: Democratization, Nationalism, and Communal Violence in Myanmar », in Policy Studies n°71, East-West Center, Honolulu, Hawaï.

En 2011, des affiches et des autocollants portant l’inscription « 969 » apparaissent un peu partout en Birmanie. Ces chiffres, qui font référence aux trois joyaux du Bouddha, donnent leur nom à un mouvement nationaliste et anti-islamique dirigé par un moine de Mandalay, Ashin Wirathu. À travers cette campagne d’affichage, le bonze incite les Birmans à acheter uniquement dans des magasins tenus par des bouddhistes et à boycotter ceux tenus par des musulmans. Alors que le mouvement se répand, des violences à l’encontre des musulmans touchent l’ensemble du pays. En mars 2013, des émeutes éclatent à Meiktila, dans le centre du pays. Pendant trois jours, des magasins et des habitations appartenant à des musulmans sont saccagés. 40 personnes sont tuées. D’autres émeutes similaires ont lieu dans la région de Bagan puis de Rangoun. Jugé responsable de ces violences, le mouvement « 969 » est interdit. Les leaders ne l’entendent pas de cette oreille. En 2013, peu après l’interdiction du mouvement 969, émerge un groupe nommé Ma Ba Tha, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion ». Grâce à des centaines de cellules qui quadrillent le territoire national, Ma Ba Tha devient rapidement le plus important des groupes nationalistes bouddhistes*.

À l’approche des élections législatives de 2015, Ma Ba Tha parvient à développer un réel pouvoir politique. Grâce à un fort lobbying, il fait passer quatre lois entre mai et août, en pleine campagne pour les élections. Ces lois, qui visent clairement les musulmans, permettent un contrôle des naissances dans certaines régions et pour certaines minorités ethniques. Pour se convertir à une autre religion que le bouddhisme ou pour se marier avec une non bouddhiste, il faudra désormais l’accord des autorités locales. Enfin, la polygamie et l’infidélité sont interdites et passibles d’emprisonnement. Plusieurs ONG, comme Human Rights Watch, dénoncent alors des lois « discriminatoires » qui « ignorent les droits humains fondamentaux ». En Birmanie, leur adoption entraîne un mois de festivités organisées par Ma Ba Tha.
A noter que maintenant, il faut nommer Ma Ba Tha, la fondation philanthropique Buddhadhamma. L’été dernier, le conseil des grands maîtres du Sangha Maha Nayaka, dont les membres sont choisis par le gouvernement, a demandé à Ma Ba Tha de cesser toutes activités. Les moines leaders ont refusé d’obtempérer et ont simplement changé de nouveau le nom de leur organisation.

4. Pourquoi les bouddhistes birmans s’en prennent-ils aux Musulmans ?

Une théorie persiste dans l’esprit de nombreux Birmans depuis le début des années 1990 : l’Islam mettrait en péril le bouddhisme. « De nombreux moines et politiciens birmans ont inlassablement répété ces dernières années que l’Islam, perçu comme expansionniste, est une menace. L’Islam écraserait une culture bouddhiste fragile et la société s’en retrouverait ébranlée », explique le journaliste Francis Wade à Asialyst, auteur de l’ouvrage Myanmar’s Enemy Within: Buddhist Violence and the Making of a Muslim « Other ». En mars 2011, la destruction des bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan, par des Talibans afghans, renforce encore cette thèse. Les Musulmans sont ainsi perçus comme un ennemi intérieur qui viole les femmes, qui les force à se marier et à se convertir à l’Islam, qui vole les terres des bouddhistes, etc.
« Il faut resituer ces discours dans le contexte planétaire, de la progression de l’islamophobie. Une idée s’est installée en Birmanie, selon laquelle le bouddhisme des origines s’inscrivait dans une aire géographique comprenant une large partie de l’Asie, de l’Afghanistan à la Malaisie, englobant l’Inde, et qu’il ne concerne plus aujourd’hui que l’Asie du Sud-Est et le Sri Lanka pour la branche du Theravada, du fait de la pression de l’Islam », explique l’anthropologue Bénédicte Brac de la Perrière. « Le groupe « 969 » fait partie de mouvements réactionnels liés à des problèmes identitaires. On a le sentiment d’être agressé par des marges, on réagit en se protégeant. C’est une manière de se définir contre l’autre. Le bouddhisme est dans ce cas une arme symbolique », résume ainsi Raphaël Logier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’IEP d’Aix-en-Provence.
Cette peur est exacerbée depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi. Ma Ba Tha considère que la Prix Nobel de la Paix est « soumise » aux désirs de la communauté internationale et qu’elle souhaite privilégier les minorités religieuses et ethniques au détriment de la foi bouddhiste et des « vrais » Birmans.

5. Pourquoi les Rohingyas cristallisent-ils cette haine contre les musulmans ?

L’État de l’Arakan, où vivent des milliers de Rohingyas musulmans, symbolise la frontière entre l’Asie bouddhiste et l’Asie musulmane. De nombreux Birmans pensent ainsi que si les bouddhistes de l’Arakan ne protègent pas leurs frontières et n’empêchent pas les Musulmans d’entrer, alors la Birmanie et le reste de l’Asie du Sud-Est deviendra inévitablement musulmane. Depuis 1982, les Rohingyas sont d’ailleurs considérés comme des immigrés illégaux et on leur refuse la citoyenneté. Ils sont apatrides. En août dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait ainsi des décennies de « violations persistantes et systématiques des droits de l’homme » envers les Rohingyas. L’ethnie n’est pas la seule visée. Depuis 2011, le sentiment anti-musulman s’est développé sur l’ensemble du territoire comme l’ont montré les campagnes d’affichage du mouvements « 969 » et les violentes manifestations qui suivirent visant ouvertement les musulmans.
La crise qui touche actuellement les Rohingyas n’est cependant pas qu’un conflit religieux. Les Rohingyas sont perçus comme une menace pour la sécurité intérieure du pays. L’attaque de postes-frontières par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, qui a fait douze morts en août dernier, a renforcé cette perception. C’est d’ailleurs cet événement qui a mis le feu aux poudres et entraîné une vague de répression sans précédent de la communauté. Au moins 354 villages rohingyas ont été partiellement ou entièrement détruits depuis le 25 août, selon Human Rights Watch. L’ONU, de son côté, dénonce des exactions perpétrées par l’armée birmane. Au total, près de 650 000 Rohingyas ont fui le pays et s’entassent désormais dans des camps au Bangladesh souffrant de malnutrition sévère.

6. Qui est Ashin Wirathu, le « Ben Laden » birman ?

Un « Ben Laden », un « Hitler », le « visage de la haine » : voilà les surnoms du moine Ashin Wirathu, une figure tutélaire de Ma Ba Tha. Depuis 2001, le moine de 48 ans déverse sa haine contre les musulmans. Très actif sur les réseaux sociaux, il inonde ses pages de messages où il accuse les musulmans de meurtre ou de viol sans la moindre preuve. Lors de ses prêches au vitriol, on peut entendre : « Vaut-il mieux épouser un clochard ou un musulman ? » Réponse : « Un clochard ! » Et d’ajouter : « Et vaut-il mieux se marier avec un chien ou avec un musulman ? » Réponse : « Un chien, car, contrairement au musulman, un chien ne vous demandera jamais de changer de religion… » Le bonze n’est jamais avare en outrances. Cette réputation sulfureuse lui a valu de faire la Une du Time en 2013. Le journal titrait alors, à côté de son portrait, « Le visage de la terreur bouddhiste ». Plus récemment, Wirathu a été l’objet d’un documentaire de Barbet Schroeder, Le vénérable W, où le réalisateur essaie de comprendre comment un moine censé prôner la compassion et la tolérance peut tomber dans la haine.
Dans le documentaire de Shroeder, le bonze apparaît en 2003 en train de distribuer des tracts à des jeunes à Kyauske, sa ville natale. Quelques semaines plus tard, des émeutes éclatent dans la ville faisant onze morts. Wirathu est arrêté et condamné à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Il est amnistié en 2012 par le nouveau gouvernement civil du président Thein Sein. Dès sa sortie, il lance le mouvement « 969 ». S’appuyant sur des images d’archives et des interviews du bonze, le documentaire montre un Wirathu qui voue un quasi-culte à Donald Trump et espère convaincre des dangers de l’Islam à travers le monde.
Cet été, alors que le documentaire sort en salles en France, Wirathu, lui, connaît des difficultés dans son pays. Fin janvier 2017, il est allé trop loin : après le meurtre d’un avocat musulman et conseiller juridique de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi, il a remercié les quatre suspects du meurtre sur sa page Facebook et s’est dit « soulagé pour l’avenir du bouddhisme dans son pays ». En mars dernier, le clergé bouddhiste a soumis le bonze au silence. Il a désormais interdiction de « se livrer à des sermons à travers la Birmanie jusqu’au 9 mars 2018 ». Depuis, le moine apparait en public la bouche recouverte d’un adhésif.

7. Ces groupes radicaux ont-ils beaucoup d’adeptes ?

Il faut nuancer le pouvoir réel de Ma Ba Tha qui, même s’il est influent, reste un groupe minoritaire dans un pays où le clergé est, certes conservateur, mais pas ouvertement xénophobe. Il est perçu, avant tout, comme un mouvement destiné à la protection et à la promotion du bouddhisme dans un pays en pleine mutation et grâce à cela, il jouit d’une image positive au sein de la population. Dans un rapport de l’International Crisis Group publié en septembre dernier, le think tank américain rappelle que, pour beaucoup de Birmans, diffuser les valeurs du bouddhisme (compassion, charité, etc.) permettrait d’établir la paix entre les ethnies. C’est donc un paradoxe : les détracteurs dénoncent un groupe promouvant des discours de haine, tandis que les défenseurs vantent un mouvement promouvant la paix.
Par ailleurs, beaucoup adhèrent au mouvement pour ses nombreuses actions sociales sans adhérer aux discours nationalistes qui y sont prêchés. Ma Ba Tha est en effet parvenu à rassembler de nombreux soutiens en s’affirmant comme un véritable acteur social en Birmanie. La charité a toujours été une valeur bouddhiste : les moines ont un rôle d’accueil et d’aide aux pauvres, aux personnes âgées et aux malades. Lors des importantes inondations dans le nord du pays en 2015, les membres de Ma Ba Tha ont apporté une aide conséquente aux populations en organisant des levée de fonds ou en se rendant au chevet des victimes. De même, le groupe a financé en partie la restauration de pagodes détruites à Bagan lors d’un tremblement de terre en 2016.
L’association est aussi connue pour ses nombreuses actions en faveur de l’éducation. Elle a permis la construction de plusieurs écoles Dhamma. Ces « écoles du dimanche » délivrent un enseignement bouddhiste aux enfants, notamment à travers l’apprentissage du pâli, la langue des textes anciens. Enfin, cela peut étonner : Ma Ba Tha compte de nombreuses femmes dans ses rangs. Ces dernières sont engagées dans des grandes campagnes d’information pour sensibiliser les femmes des zones rurales sur leurs droits en matière de mariage et de pratiques religieuses. Beaucoup affirment donc intégrer Ma Ba Tha pour des raisons féministes. Dans certaines régions où les populations se sentent délaissées par le gouvernement sur l’éducation ou la santé, Ma Ba Tha devient ainsi la meilleure solution alternative.

8. Que fait le gouvernement d’Aung San Suu Kyi pour lutter contre ces groupes ?

Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi a mis en oeuvre des efforts considérables pour tenter de faire taire les voix nationalistes. Preuve en est, il a poussé le clergé birman à interdire le mouvement « 969 » puis plus récemment Ma Ba Tha. Il faut dire que la Prix Nobel de la Paix est souvent la cible des critiques de ces moines nationalistes qui lui reprochent de servir les intérêts de la communauté internationale avant ceux de son pays. Ils critiquent ses discours de réconciliation nationale qu’ils voient comme une porte ouverte aux dérives islamiques mettant en péril de bouddhisme.
Lors des élections de 2015, la plupart des dirigeants de Ma Ba Tha n’ont pas officiellement affirmé leur soutien à un candidat. En revanche, le président de l’association de l’époque, Ashin Thiloka, avait appelé à voter pour le candidat qui « protégerait les lois sur la race et la religion ». Ashin Wirathu, lui, avait explicitement appelé à voter pour le Parti de l’Union et du Développement, principal rival de la Ligue nationale pour la Démocratie.
Les efforts du gouvernement sont néanmoins restés inefficaces. Dès l’interdiction de Ma Ba Tha, le mouvement est réapparu sous un nouveau nom. Ashin Wirathu a interdiction de prêcher, il diffuse donc de vieux enregistrement de ses discours lors de meetings… Selon l’International Crisis Group, ces interdictions gouvernementales permettent même de mettre de l’eau au moulin de Wirathu. « Chaque fois que le gouvernement interdit un de ces groupes, la théorie du bouddhisme en danger se renforce donnant plus de légitimité aux discours nationalistes. Au lieu d’être sur la défensive, le gouvernement devrait redéfinir la place du bouddhisme dans la Birmanie actuelle », analyse le think tank.

9. Existe-t-il des mouvements similaires dans d’autres pays asiatiques ?

*Mikael Gravers, « Anti-Muslim Buddhist Nationalism in Burma and Sri Lanka », in Contemporary Buddhism.

Lorsqu’Ashin Wirathu lance sa campagne « 969′, des moines créent au Sri Lanka le parti Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste ». Comme Ma Ba Tha, ils développent une rhétorique violente à l’encontre de l’Islam. Dans le pays, la plupart des bouddhistes appartiennent à l’ethnie cingalaise qui représente les trois quarts de la population. « Le pays appartient aux Cingalais, ce sont eux qui ont créé cette civilisation et sa culture ! explique un moine membre du mouvement à la BBC. Nous devons rendre le pays aux Cingalais. Nous nous battrons jusqu’au bout. » Ma Ba Tha et le BBS s’affichent d’ailleurs comme des alliés : en 2014, Wirathu avait reçu un accueil triomphal à Colombo de la part des moines du BBS*.

Les idées de Ma Ba Tha trouvent aussi un écho en Thaïlande où le sud du pays est en proie à une rébellion séparatiste musulmane. Certains moines ont ainsi à plusieurs reprises mis en avant le « danger de l’islam », appelant à faire du bouddhisme une religion d’État. Quelques-uns de ces religieux ont d’ailleurs appelé à réserver aux musulmans séparatistes du sud du pays « le même sort qu’aux Rohingyas ».

10. Quelle est la position du Dalaï-lama ?

Figure iconique du bouddhisme et chef spirituel des bouddhistes tibétains, le Dalaï-lama n’a aucune autorité sur les pratiquants de l’école Theravâda. Il n’est donc qu’une voix de la communauté internationale parmi tant d’autres. En juillet 2014, il avait condamné Ma Ba Tha et son homologue sri-lankais BBS, exhortant « les bouddhistes de ces pays à avoir à l’esprit l’image du Bouddha avant de commettre ces crimes ». Et d’ajouter : « Le Bouddha prêche l’amour et la compassion. Si le Bouddha était là, il protégerait les musulmans des attaques des bouddhistes. » En septembre dernier, lui qui ne s’est pas rendu en Birmanie depuis l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, a explicitement pris la défense des Rohingyas, plaidant que Bouddha aurait « aidé ces pauvres Musulmans ».
Un mois plus tard, une autre voix religieuse s’est exprimée sur le sujet : le Pape François. En visite pour la première fois en Birmanie, il a prononcé un discours très engagé devant des représentants politiques et de la société civile. Il a appelé à « construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif » qui garantit « le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. (…) L’avenir de la Birmanie doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’Etat de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun », a insisté le Souverain Pontif. François avait au préalable accepté de ne pas prononcer le mot « Rohingya », sur la demande expresse des catholiques birmans, par peur des représailles.
A propos de l’auteur
Jeune journaliste diplômée de l’école du CELSA (Paris-Sorbonne), Cyrielle Cabot est passionnée par l’Asie du Sud-Est, en particulier la Thaïlande, la Birmanie et les questions de société. Elle est passée par l’Agence-France Presse à Bangkok, Libération et Le Monde.

Voir aussi:

Birmanie. Au cœur de la croisade antimusulmane des bouddhistes radicaux

Représentant à peine 5 % de la population, la minorité musulmane birmane fait l’objet d’une campagne de discrimination orchestrée par des bouddhistes radicaux. Ils réclament notamment la fermeture des abattoirs et commerces tenus par les musulmans.

En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf. Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible de l’islamophobie que propagent les extrémistes bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie.

Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha [association birmane “pour la protection de la race et de la religion”, créée en juin 2013 – lire aussi encadré à la fin de l’article] a forcé à fermer des dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady [région du sud de la Birmanie]. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer. Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’Etat révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade.

Lwin Tun, 49 ans, a investi dans les secteurs du bâtiment, de l’immobilier et de l’hôtellerie, à la fois dans le delta et dans la région de Rangoon. Selon lui, les actions de Ma Ba Tha menacent gravement ses intérêts. “La campagne appelant à un boycott des entreprises gérées par des musulmans dure depuis quelque temps, affirme-t-il. Des tracts sont distribués. La police le sait, mais ne fait rien.

En 2014, en raison de la pénurie de bétail et du renforcement des restrictions gouvernementales, les populations musulmanes du delta de l’Irrawaddy n’ont pas pu fêter l’Aïd el-Kébir, lors duquel des vaches sont sacrifiées selon la tradition islamique. “Ces actions sont une infraction directe à nos droits religieux fondamentaux, martèle Al Haji Aye Lwin, responsable du Centre islamique de Rangoon. D’après moi, les entreprises [musulmanes] perdent dans l’ensemble 30 % de leur chiffre d’affaires.

Kyaw Sein Win, un porte-parole de Ma Ba Tha au siège de Rangoon, affirme que sauver des vies est un aspect central de la philosophie bouddhiste. “Nous ne ciblons pas délibérément les entreprises [musulmanes]. Ils tuent des animaux car ils pensent que cela les rend méritants. C’est la principale différence entre eux et nous”, a-t-il déclaré à Myanmar Now.

Minorité musulmane

L’appel à un boycott des entreprises musulmanes a reçu peu d’écho dans les villes, mais la campagne contre les sacrifices, qui repose sur l’aversion traditionnelle des bouddhistes pour l’abattage des vaches, a porté auprès des fidèles du delta de l’Irrawaddy. Dans cette région, cœur de la riziculture birmane, des dizaines de milliers de musulmans, pour la plupart commerçants en ville, vivent aux côtés d’environ six millions de riziculteurs, bouddhistes en majorité.

Traditionnellement, les agriculteurs birmans utilisent les vaches et les bœufs comme animaux de trait. Ils ne les vendent aux abattoirs que pour gagner rapidement une importante somme d’argent, en vue d’un mariage ou pour payer un traitement médical. Ma Ba Tha n’a pas demandé aux agriculteurs de ne plus vendre leur bétail. Sa stratégie consiste à s’emparer des licences des abattoirs.

En 2014, les moines radicaux du delta de l’Irrawaddy ont créé l’organisation Jivitadana Thetkal (“Sauver des vies”), qui appelle les monastères de la région à collecter chacun environ 100 dollars dans leur congrégation afin de permettre le rachat des licences. “Nous soutenons cette campagne menée par Jivitadana Thetkal, a déclaré le porte-parole Kyaw Sein Win. La plupart de ses membres appartiennent aussi à Ma Ba Tha, mais le siège ne leur donne aucune instruction directe.

Moines radicaux

Les moines bouddhistes radicaux ont prononcé des sermons enflammés dans les villages du delta pour propager l’idée que l’abattage de vaches constitue un affront au bouddhisme et participe de l’objectif musulman d’exterminer le bétail. “Soyons vigilants, avertissent les paroles d’une chanson jouée lors de ces manifestations. Moines bouddhistes et civils, ne soyez plus passifs. Si vous le restez, notre race et notre religion disparaîtront.

Pyinyeinda, 65 ans soutient le mouvement. “Notre région est confrontée au risque de perdre son bétail. Les kalars ont déjà tué des milliers de vaches”, affirme ce moine d’Athoke, employant un terme péjoratif pour qualifier les personnes qui ont des origines indiennes [les nationalistes contestent aux musulmans leurs origines birmanes]. “Vous savez pourquoi ? Ils s’entraînent pour nous égorger ensuite.”

Assis à un bureau sur lequel sont entassés de nombreux livres pour enfants qui reprennent les préceptes du Ma Ba Tha, le chef du gouvernement de la région d’Ayeyarwady, Thein Aung, reconnaît qu’il a approuvé la réduction de moitié du prix de vente des licences des abattoirs à l’organisation radicale et qu’il a soutenu ces opérations. Cet ancien général nommé à son poste par le président Thein Sein en 2011 précise :

En tant que bouddhiste, je m’oppose au massacre de bétail. Par conséquent, j’ai accepté les demandes des moines qui mènent cette campagne. Je les ai aidés à obtenir les licences des abattoirs” .

Il explique que son administration envoie des unités spéciales pour mener des arrestations si les militants signalent des infractions. Les membres de Ma Ba Tha ont ainsi commencé à surveiller les abattoirs et le transport de bétail en vue d’y faire des descentes. Ils dénoncent des infractions présumées aux licences qui limitent le nombre d’animaux pouvant être tués.

Un document officiel de 2014 donne l’ordre aux agents administratifs de 26 localités de coopérer avec les membres de Ma Ba Tha qui surveillent les abattoirs. Dans les villages et les petites villes du delta de l’Irrawaddy, rares sont ceux qui s’aventurent dans le dédale de rizières et de cours d’eau après la tombée de la nuit. Mais à Kyonpyaw, à 150 kilomètres environ de Rangoon, Win Shwe, un secrétaire local de Ma Ba Tha, agit de nuit avec la coopération d’un groupe de moines et de civils.

En 2014, le groupe a collecté environ 25 000 dollars grâce à des dons publics pour racheter six licences d’abattoirs, mais la plus chère de la ville restait inabordable. Pour atteindre leur objectif, ils ont décidé de prouver que l’abattoir ne respectait pas les quotas de sa licence. “Cette usine n’était autorisée à abattre qu’une vache par jour. Quand nous voyions des signes suspects, comme un trop grand nombre de vaches menées à l’intérieur, nous courions vers le bâtiment depuis notre cachette pour vérifier ce qui se passait”, explique-t-il lors d’une interview dans un café local. Win Shwe raconte fièrement :

Lors de nos deux premières descentes, nous avons découvert que plus de vaches étaient tuées que ne l’autorise la loi. Nous avons donc fait pression sur les autorités municipales pour qu’elles mettent sur liste noire le propriétaire musulman. Elles ont fini par le faire et il a dû fermer son abattoir”.

Win Shwe et ses compagnons revendiquent également la saisie de plus de 4 000 animaux vivants dans le delta depuis début 2014. Beaucoup de ces bêtes ont ensuite été données à des agriculteurs pauvres de la région pour devenir des animaux de trait, à condition qu’ils s’engagent à ne pas les tuer ou les vendre.

Au milieu de l’année 2014, selon des documents obtenus par Myanmar Now, des militants ont toutefois reçu l’accord des autorités pour mettre en œuvre un nouveau plan visant à envoyer le bétail saisi à des populations bouddhistes de Maungdaw, dans l’Etat d’Arakan, à environ 500 km au nord-ouest du delta de l’Irrawaddy.

Cette localité très pauvre, la plus à l’ouest du pays, est située sur la frontière avec le Bangladesh. Les musulmans y sont plus nombreux que les bouddhistes. La frontière, que Ma Ba Tha se plaît à appeler “la porte occidentale” du pays, est sous le strict contrôle du gouvernement.

Pression démographique

Selon la presse, des centaines d’Arakanais qui vivaient dans l’est du Bangladesh se sont réinstallés de l’autre côté de la frontière depuis 2012. Les autorités birmanes ont envoyé les membres de cette ethnie bouddhiste vivre dans des “villages modèles” à Maungdaw, dans ce qui ressemble à une tentative d’accroître la population bouddhiste dans la zone.

Par un courrier daté d’août 2014, les autorités de la région d’Ayeyarwady ont notifié à plusieurs localités qu’elles avaient accepté une demande de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon de rassembler une centaine de vaches pour les envoyer à Maungdaw depuis le port de Maubin, dans le delta. Cette mesure avait pour but de “protéger la porte occidentale contre l’afflux de musulmans”, selon Win Shwe.

Sans cette porte occidentale, le territoire sera inondé de Bengalis [musulmans du Bangladesh]”, déclare Sein Aung dans un bureau richement décoré d’emblèmes nationalistes, dont des drapeaux portant des swastikas bouddhistes. Sein Aung, qui se qualifie de bouddhiste arakanais, est un ancien agent du renseignement militaire. Il dirige à Shwepyithar la branche de l’Association des jeunes bouddhistes de Rangoon.

Pénurie de bœuf hallal

Sean Turnell, professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, explique que le boycott qui touche les entreprises musulmanes nuit à l’image de la Birmanie sur la scène internationale, notamment auprès des investisseurs potentiels qui s’inquiètent de l’instabilité politique. “A petite échelle, il semble que toutes sortes de sociétés soient touchées, des petits commerces aux transporteurs, en passant par des bailleurs de fonds”, précise-t-il.

Un restaurateur musulman de la ville de Kyaungon, dans le delta, affirme que son chiffre d’affaires est passé de 100 dollars à 20 dollars environ à la suite du boycott. Cet homme, qui souhaité garder l’anonymat, a expliqué qu’il ne pouvait plus fournir de bœuf halal à ses clients et confie :

On ne peut plus acheter de bœuf dans toute la région d’Ayeyarwady. Si on veut du bœuf halal, il faut que quelqu’un le fasse venir de Rangoon”.

Devant son restaurant, une immense affiche est placardée : une vache y est représentée, accompagnée d’un verset à la gloire du rôle mythique de l’animal en tant que “mère” de l’humanité. Une image probablement posée par des sympathisants de Ma Ba Tha. La plupart des musulmans qui vivent dans le delta de l’Irrawaddy n’osent pas dénoncer la campagne de peur de subir des représailles de Ma Ba Tha. Certains expliquent que la population musulmane ne peut que se faire discrète, dans l’espoir que la vague actuelle de nationalisme bouddhiste finisse par reculer. “Nous n’avons aucun pays où fuir, résume Khin Maung, responsable d’une mosquée à Kyaungon. Nous sommes tous nés ici, et c’est ici que nous avons grandi.”

Swe Win

POUR EN SAVOIR PLUS

L’Association pour la protection de la race et de la religion, Ma Ba Tha, a gagné du terrain avec l’avènement de la démocratie birmane. Elle a été créée en juin 2013 à la suite d’affrontements qui avaient opposé des bouddhistes et des musulmans, en 2012. Son deuxième congrès s’est tenu en juin 2015 et aurait, selon l’organisation, attiré 6 800 moines et civils. Ma Ba Tha a alors publié un communiqué affirmant qu’elle appellerait le gouvernement à interdire aux musulmans de sacrifier des animaux dans le cadre de manifestations religieuses. Les détracteurs de Ma Ba Tha font valoir que ses activités ne sont pas représentatives de l’ensemble du clergé bouddhiste en Birmanie, qui compte 250 000 membres, selon les données officielles. Les moines associés à Ma Ba Tha ont publiquement accusé le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), d’être incapable de protéger le bouddhisme.

Wirathu, le moine bouddhiste islamophobe visé par un mandat d’arrêt

Une plainte pour sédition a été déposée le 28 mai contre le moine bouddhiste U Wirathu. Le religieux encourt la prison à vie.

U Wirathu avait acquis une notoriété planétaire en 2013 quand le magazine américain Time avait décidé de publier son portrait en couverture sous le titre sans appel : “Le visage du terrorisme bouddhiste”. En rupture avec l’image de tolérance communément associée au bouddhisme, le moine assumait haut et fort ses propos haineux, pour ne pas dire ses appels au crime, dirigés contre les musulmans. En 2017, il avait été interdit de prêche pendant une année en raison de “ses discours de haine contre des religions”, selon le communiqué de l’autorité supervisant la sangha, la communauté des moines bouddhistes.

Aujourd’hui, ce sont des propos visant Aung San Suu Kyi qui semblent lui valoir ses ennuis avec la justice, rapporte le site Myanmar Now. “Mardi après-midi [28 mai], San Min, du Département de l’administration générale, a déposé une plainte contre le moine [pour sédition]”, précise le site. La loi sur la sédition, qui “interdit tout ce qui peut conduire à la haine ou à un outrage du gouvernement”, prévoit des peines allant jusqu’à la prison à perpétuité.

Tournée de meetings

Myanmar Now dit ne pas connaître avec certitude les faits reprochés au moine. “Wirathu a animé récemment à travers le pays une série de meetings pour dénoncer la volonté du gouvernement civil d’amender la Constitution de 2008, qui octroie aux généraux des pouvoirs étendus.” Et, durant l’un de ces rassemblements à Myeik, dans l’extrême sud de la Birmanie, il s’en serait pris à Aung San Suu Kyi, de facto à la tête du pays :

Lorsque des commissions sont mises sur pied, elles le sont avec des étrangers. Ceux qui la conseillent sont tous des étrangers. Ceux qui l’accompagnent sont tous des étrangers.”

Avant d’ajouter : “Ceux qui couchent avec…” Wirathu se serait alors arrêté, provoquant des éclats de rire parmi les 300 personnes venues l’écouter.

U Wirathu est rattaché à un monastère de Mandalay. Myanmar Now dit ne pas savoir où il se trouve actuellement. Mais un juge aurait ordonné à la police de l’amener à Rangoun avant le 4 juin.

Voir par ailleurs:

« Le Vénérable W. », le bouddhiste qui avait la haine

Après ses documentaires consacrés à Idi Amin Dada et Jacques Vergès, l’étonnant Barbet Schroeder boucle sa «trilogie du mal» auprès de Wirathu, le moine birman qui appelle à l’extermination des musulmans

Barbet Schroeder est insaisissable, puisqu’il a touché avec une égal talent le documentaire (Koko le gorille qui parle), la série télé (Mad Men), le cinéma d’auteur (La ValléeMaîtresseLes Tricheurs…) et le cinéma hollywoodien (Le Mystère von BülowJ. F. partagerait appartement).

Barbet Schroeder est infatigable. More (1969), son premier long métrage, film culte, scrute la face d’ombre de l’utopie hippie, incarnée par un jeune couple sombrant à Ibiza dans l’enfer des paradis artificiels; en 2014, le dispensable Amnesia retourne où tout avait commencé, à Ibiza, comme un couvercle qui se referme.

A 76 ans, le cinéaste d’origine suisse a pourtant repris la route. Fasciné depuis toujours par le bouddhisme, cette «religion athée qui permet le pessimisme», il est allé en Birmanie, à la rencontre d’Ashin Wirathu. Auprès de ce bonze plein de haine zen qui appelle à l’extermination des populations musulmanes, il boucle sa trilogie du mal, entamée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et poursuivie en 2007 avec L’Avocat de la terreur.

Selon Barbet Schroeder, le thème du mal est «inépuisable, inséparable de l’humanité, particulièrement pour le 20e siècle sans parler du 21e qui a l’air de vouloir faire de la haine et du mensonge des sujets incontournables». Au terme d’un tournage difficile, dangereux, prématurément interrompu par une situation de plus en plus instable en Birmanie, le cinéaste ramène Le Vénérable W., un documentaire édifiant et terrifiant.

Maisons incendiées

Contrairement à son habitude, Barbet Schroeder ne s’est pas contenté de filmer l’agent du mal et de laisser le spectateur découvrir la réalité dans son effrayante nudité. Parce que la Birmanie est méconnue, lointaine, et que la situation politique y est terriblement instable, entre la junte, la présidente Aung San Suu Kyi aux positions ambiguës, les Rohingyas, la minorité musulmane et une centaine d’autres ethnies, le cinéaste a rencontré des journalistes, des moines désapprouvant la croisade de Wirathu. Il a aussi ressemblé des documents d’archives, reportages TV ou fichiers de téléphone portables.

Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, suite à des émeutes musulmanes, il est condamné à 25 ans de prison, dont il sort en 2012, suite à une amnistie générale. A la tête du mouvement 969, interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news. Il affirme que les musulmans (4% de la population birmane) qui «se reproduisent comme des lapins» (slogan dans une manifestation) mettent en péril l’équilibre de la nation.

Religions tournant à l’horreur

Des foules de moines en robe safran défilent, chantent des chanson nationalistes, éructent de haine, incendient les mosquées et tabassent les gens à mort, pendant que l’armée regarde à côté… Les maisons brûlent par milliers, des corps s’entassent sur des bûchers funéraires. Lorsqu’elles tombent entre les mains des fanatiques, toutes les religions tournent à l’horreur.

Le film se termine sur les images d’une rue pakistanaise embrasée par la colère. Une guerre de religion entre bouddhiste et musulmans serait une belle façon de pepétuer au 21e siècle l’obscurantisme du Moyen Age…

Voir aussi:

Documentaire. “Le Vénérable W” : Barbet Schroeder scrute le doux visage de la haine

Après le dictateur ougandais Amin Dada et l’avocat de la terreur Jacques Vergès, le cinéaste Barbet Schroeder s’est rendu en Birmanie pour clore sa trilogie sur le mal. Il y a rencontré le moine Wirathu, à l’origine de violentes campagnes islamophobes dans le pays. Son fascinant documentaire, Le Vénérable W., sort le 7 juin, en partenariat avec Courrier international.

“Les caractéristiques des poissons-chats d’Afrique sont : ils grandissent très vite. Ils se reproduisent très vite aussi. Et puis ils sont violents. Ils mangent les membres de leurpropre espèce et détruisent les ressources naturelles de leur environnement. Les musulmans sont exactement comme ces poissons.”

Les mots sont assénés d’un ton calme, parfaitement assuré. Celui qui les prononce face caméra, en ouverture du Vénérable W., est loin d’être un obscur inconnu en Birmanie. Le moine Ashin Wirathu est aussi devenu célèbre à l’étranger quand, en 2013, Time, le célèbre magazine américain, l’a mis à sa une avec pour titre “Le visage du terrorisme bouddhiste”.

Le nettoyage ethnique en train de se faire

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, le documentaire que lui consacre le cinéaste suisse Barbet Schroeder a laissé les critiques médusés. Comme le relève The Hollywood Reporter :

Face à la progression de l’islamophobie en Europe, aux États-Unis et ailleurs, [le] film rappelle que même la doctrine religieuse la plus pacifique risque, si elle est mal interprétée, d’être exploitée à des fins destructrices.”

Barbet Schroeder a pu suivre Wirathu et s’entretenir avec lui pendant une quinzaine d’heures. Il le montre déclamer ses prêches devant des ouailles fascinées et attentives. Alternant avec ces images, d’autres, insoutenables et provenant souvent de films tournés par des témoins indignés, donnent à voir le résultat de ses discours de haine : des quartiers incendiés, des magasins pillés et des hommes battus à mort lors des pogroms islamophobes qui ont éclaté dans le pays au cours des quinze dernières années. “C’est un documentaire à la fois excellent et dérangeant, qui montre le nettoyage ethnique en train de se faire”, commente le magazine spécialisé Screen international.

Comme le résume le quotidien suisse Le Temps, un implacable mécanisme s’est mis en branle à partir de celui qui dirige le mouvement xénophobe Ma Ba Tha : “Dès 2001, Wirathu prononce de virulents sermons islamophobes. En 2003, après des émeutes antimusulmanes, il est condamné à vingt-cinq ans de prison, dont il sort en 2012, à la suite d’une amnistie générale. À la tête du mouvement 969 [une référence aux trois joyaux du bouddhisme, présentée comme l’opposé cosmologique de 786, qui signifie pour les musulmans “Au nom d’Allah clément et miséricordieux”], interdit en 2013 et aussitôt remplacé par Ma Ba Tha, il incite à la haine, monte en épingle des faits divers, propage des fake news [“fausses informations”]. Il affirme que les musulmans (4 % de la population birmane) […] mettent en péril l’équilibre de la nation.”

En 2015, le mouvement Ma Ba Tha a obtenu l’adoption de quatre lois discriminatoires contre les musulmans, qui interdisent la polygamie, limitent les conversions et les mariages interreligieux et permettent le contrôle des naissances. La sangha, communauté des moines, a demandé, le 23 mai 2016, la dissolution de Ma Ba Tha. Wirathu lui-même est interdit de prêche depuis février 2017. Il avait remercié l’assassin de Ko Ni, un avocat musulman et proche conseiller d’Aung San Suu Kyi, assassiné le 29 janvier à Rangoon.

En bref

AUNG SAN SUU KYI, L’INSOUTENABLE SILENCE

Certains espéraient que la prise de fonctions du premier gouvernement civil de l’histoire du pays, en avril 2016, appaiserait les tensions islamophobes. Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et égérie des opposants à la junte, a été promue conseillère spéciale de l’État, déclarant vouloir faire de la résolution des conflits ethniques sa priorité. Mais, un an plus tard, la minorité musulmane désespère de l’entendre condamner les exactions dont elle est la cible. “L’héroïne de la démocratie apparaît incapable d’arrêter les atrocités commises par les forces de l’ordre”, dénonce The Irrawaddy, un journal fondé par la dissidence. “Aung San Suu Kyi n’est pas défenseuse des droits de l’homme, mais une femme politique. Raison pour laquelle elle reste silencieuse”, justifie pour sa part l’hebdomadaire Frontier Myanmar. L’armée conserve constitutionnellement son autonomie face aux autorités civiles.

Voir également:

Birmanie: mandat d’arrêt contre le moine extrémiste Wirathu

AFP/Le Point

Qui est Wirathu, le moine birman décrit comme « le visage du terrorisme bouddhiste » ?
Le bonze extrémiste a pour cible depuis des années la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas, contre qui il multiplie les déclarations de haine. Il est aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt des autorités birmanes.
M.F.
Nouvel Obs
29 mai 2019

Il est considéré comme le « visage du terrorisme bouddhiste ». Le moine ultranationaliste Ashin Wirathu est depuis mardi sous le coup d’un mandat d’arrêt pour incitation à la haine émis par les autorités birmanes. L’homme a fait de sa haine de l’islam et des musulmans un combat permanent. Mais qui se cache derrière ce sinistre moine ?

Malgré son visage calme et serein, il est décrit comme le « Ben Laden birman », ou encore le « Hitler bouddhiste ». Ashin Wirathu, 50 ans, a acquis une renommée internationale pour ses propos islamophobes durant le massacre des Rohingyas en Birmanie.

Le moine est en rupture totale avec l’image habituellement tolérante des bouddhistes. Il est le leader du mouvement 969 et un membre influent de l’association Ma Ba Tha, qui ont prôné le boycott des commerces musulmans et l’interdiction des mariages interreligieux, sans que le gouvernement birman ne réagisse.

Une haine sans limite pour les Rohingyas

Il avait déjà été arrêté et condamné à vingt-cinq ans de prison en 2003 pour avoir prêché l’extrémisme et distribué des livres interdits. Il a finalement été libéré en 2012, profitant de l’ouverture du pays et d’une amnistie nationale.

Depuis, il multiplie les déclarations haineuses à l’encontre des Rohingyas, ethnie musulmane minoritaire et persécutée en Birmanie. Son but : « protéger » son pays majoritairement bouddhiste d’une menace d’« islamisation », alors que les musulmans représentent moins de 5 % de sa population.

En 2013, le moine apparaît dans son habit grenat sur la couverture du magazine américain « Time », où il est décrit comme « le visage du terroriste bouddhiste ». Sans concession, il y déclare sa haine des Rohingyas :

« [Les musulmans] se reproduisent si vite, ils volent nos femmes et les violent […] Ils aimeraient occuper notre pays mais je ne les laisserai pas. » Sous couvert de séances d’éducation religieuse, le bonze distille son discours islamophobe sur les réseaux sociaux et en DVD. Pendant des années et au travers de multiples campagnes de diffamation, il a attisé la haine qui a conduit aux affrontements intercommunautaires et à ce que l’ONU qualifie de « génocide » des Rohingyas. Plus de 740 000 membres d’entre eux ont fui au Bangladesh voisin depuis août 2017.

« S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire »

Il n’a eu de cesse, depuis, de défier la hiérarchie bouddhiste et le gouvernement birman, au sein duquel se trouve Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix. De plus en plus influent, il a réussi à convaincre cette dernière de ne présenter aucun candidat musulman sur les listes de son parti pour les élections générales de 2015. L’image de celle-ci en a pris un coup.

L’homme, que rien ne semblait pouvoir arrêter, a finalement connu un revers en 2017 lorsque le clergé bouddhiste a interdit son mouvement Ma Ba Tha. Qu’à cela ne tienne : cinq jours plus tard, il revient avec la « Fondation Philanthropique Buddha Dhamma », copie conforme de son précédent mouvement à ceci près qu’il compte désormais des laïcs.

Fervent défenseur des militaires, il s’était insurgé en octobre dernier contre un possible procès des généraux birmans devant la justice internationale pour le drame rohingya.

« Le jour où la Cour pénale internationale vient ici, Wirathu aura un pistolet » à la main, avait-il assuré.Wirathu paraissait intouchable : ce mandat d’arrêt mettra peut-être fin à ses agissements. L’homme, qui vit la plupart du temps dans son monastère de Mandalay, dans le centre du pays, n’a pas encore été arrêté par la police : « S’ils veulent m’arrêter, ils peuvent le faire », a-t-il déclaré mercredi au média en ligne Irrawady.

Voir de plus:

‘The Venerable W’ (‘Le Venerable W’): Film Review | Cannes 2017

Director Barbet Schroeder (‘Barfly,’ ‘Terror’s Advocate’) documents the controversial Buddhist leader of a deadly anti-Muslim campaign in Myanmar.

The Hollywood reporter

5/20/2017 

Those who believe that all Buddhists respect their religion’s core principles of peace and tolerance should take a look at The Venerable W (Le Venerable W), director Barbet Schroeder’s eye-opening chronicle of one Burmese monk’s long campaign of racism and violence against his country’s minority Muslim population.

The third part in a “trilogy of evil” that began in 1974 with General Idi Amin Dada and continued in 2007 with a look at the controversial French lawyer Jacques Verges in Terror’s Advocate, this scathing portrait gets up close and personal with Ashin Wirathu, the self-appointed spiritual leader of Myanmar’s anti-Muslim crusade.

Speaking openly to the camera, Wirathu propagates xenophobia and bigotry against a group that represents only a fraction of the local population, yet have been subject to decades of persecution by both the monk’s followers and the military-controlled Burmese government. The result has been hundreds of deaths, thousands of homes burned to the ground and tens of thousands of Muslims displaced — all of it in the name of a religion that asks, according to one translation of the Metta Sutta, to “cultivate boundless love to all that live in the whole universe.”

The Venerable W, which consists of interviews with Wirathu and some of his most outspoken critics, as well as footage of riots, beatings, burnings and killings that have taken place since the 1970s, reveals that the 75-year-old Schroeder is still a fearless explorer of the darkest facets of our society. At a time when Islamophobia is on the rise in Europe, the U.S. and elsewhere, his film is a reminder that even the most peaceful of religious doctrines can, if twisted in the wrong way, be used as a veritable source of evil. A premiere in Cannes should give this vital documentary the attention it deserves.

Wirathu operates out of the city of Mandalay, a third of whose inhabitants consist of monks or monks-in-training. In the late 90s he formed the “969” movement and began delivering racist sermons to his disciples, referring to Muslims as “kalars” (the equivalent of the n-word) and claiming they are a subspecies who don’t deserve Myanmar citizenship, that their businesses should be boycotted and that they should be banned from intermarriage with Buddhists.

Although prejudice against the Rohingya Muslim community, which is based in the western part of Myanmar bordering Bangladesh, dates back to before Wirathu’s time, he has helped accelerate a campaign resulting in many, many deaths and the mass destruction of property. In order to fuel the fire, he often highlights incidents where Muslims have attacked Buddhists (in one case, the rape and murder of a woman), distributing propaganda videos on DVD and backing riots where Rohingyas are driven from their homes while the armed forces stand idly by.

What’s especially disturbing about Schroeder’s inquiry is how, on one hand, Wirathu can be seen expounding the peaceful tenets of Buddhism to his followers, while on the other he preaches a holy war meant to ostracize — and indirectly, destroy — an entire segment of the population. The man himself sees no contradiction in the two, simply believing that Muslims are a lesser race unworthy of the basic human rights accorded to Buddhists.

While the situation in Myanmar is particularly extreme, Schroeder reveals at one point how, even in a Western nation like France, the perception of Islam’s grip on society versus the reality of that grip is highly exaggerated. Terrorist attacks like those that occurred in Paris in 2015 only help to augment fears and nationalistic tendencies, which is why a candidate like Marine Le Pen was able to capture more than a third of the vote in France’s recent presidential runoff.

The Burmese authorities have made some attempts to quell the tide of Islamophobic sentiment, banning the “969” group and jailing Wirathu for several years. But after his release, the popular monk managed to form a new movement, promoting a series of “protection of race and religion bills” that seem to be the first step toward a modern version of the Nuremberg Laws of Nazi Germany. One of those laws has already been enacted, while the government continues to persecute the Rohingyas throughout the land.

Like in his portraits of Verges and Idi Amin, Schroeder has an unflinching way of capturing the propos and rationale of Wirathu without any filter whatsoever. Ace editor Nelly Quettier (Holy Motors) juxtaposes the lengthy one-on-one interview with found footage of devastated villages and grisly beatings, revealing how Wirathu’s teachings resonate through the widespread violence that has afflicted Myanmar for several decades now, and that will likely continue in the near future. In a place where Buddhists currently represent more than 90 percent of the populace, it’s unthinkable how a religion that preaches so much love can, in this case, yield so much hate.

Production companies: Les Films du Losange, Bande a Part Films
Director: Barbet Schroeder
Producer: Margaret Menegoz
Director of photography: Victoria Clay Mendoza
Editor: Nelly Quettier
Composer: Jorge Arriagada
Venue: Cannes Film Festival (Special Screenings)
Sales: Les Films du Losange

In French, Burmese, Rohingya, Spanish
107 minutes

‘The Venerable W’: Cannes Review

Dir Barbet Schroeder. France. Switzerland. 2017. 100mins.

Everyone knows that Buddhism is the religion of peace, love and understanding. So there’s something deeply wrong about a Buddhist monk who calmly spouts anti-Muslim hate speech and incites ethnic riots. The monk in question, an influential Burmese figure known as the Venerable Wirathu, is the subject of the powerful third and final installment of Swiss director Barbet Schroeder’s ‘Axis of Evil’ documentary trilogy, which began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, and continued in 2007 with Terror’s Advocate, a portrait of controversial lawyer Jacques Vergès.

Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action

It’s the shocking disjunct between his religion and the rabid nationalism of his sermons, writings and declarations that powers Schroeder’s conventional but nevertheless effective long hard stare into the eyes of intolerance.

However, this is also a chilling corrective to accounts of Burma that paint its recent history simply as a fight between courageous pro-democracy forces led by Aung San Suu Kyi (by no means a heroine in this particular story) and a repressive military regime. In the era of Trump (Wirathu is a fan), Farage and Le Pen, it also shines timely light on the mechanisms of nationalistic rhetoric. That should be enough to guarantee The Venerable W some sort of foothold in mature, doc-friendly markets despite its potentially niche subject matter, and it appears ripe for VOD distribution.

Draped in saffron robes, his face rarely betraying any emotion, Wirathu is presented partly through outtakes from an interview Schroeder filmed with him in the library of the Mandalay monastery which he heads. The ‘venerable’ monk talks openly about what he sees to be the Muslim threat to Buddhist purity, calmly spouting racial slurs about their breeding capacity, the rape of ‘our women’, animalistic nature and accumulation of wealth that carry terrifying echoes of Nazi anti-Semitic slurs. He repeats the same message to the young monks he teaches and to the crowds of followers who turn out to watch him preach on tacky makeshift stages amidst garlands of flowers and gilt Buddhas.

Schroeder’s method at first is simply to dwell on the awful fascination of the ‘Fascist Buddhist’ paradox, with passages promoting the brotherhood of man from the religion’s sacred texts, voiced by veteran French actress Bulle Ogier, underlining the contradiction. Wirathu’s rise from provincial obscurity to ethnic rabble-rouser is then charted, mixing his own account with testimony from a mix of interviewees – who will include two Burmese Buddhist masters who have served prison time, like ‘W’, but for far more noble causes. Wirathu’s nine-year stretch for inciting ethnic hatred came after a spate of 2003 riots in his hometown of Kyaukse and elsewhere which involved lynchings and burnings of Muslim mosques, shops and houses.

The mood of the film turns darker in its second half, when Wirathu returns with even greater vitriol to the campaign trail after his release in 2012. News and mobile phone footage captures some of the pogroms launched against Burma’s persecuted Rohingya Muslim minority, mostly in Rakhine state: a scene in which a Buddhist monk beats a Musilm to a pulp with a makeshift club is difficult to erase.

By now we’ve worked out what the monk really is. Forget the robes: he’s a classic extremist politician, fanning tensions through the crudest of rhetoric (including a DVD restaging of the rape of a Buddhist girl produced under the aegis of his Ma Ba Tha nationalist movement), then visiting the affected regions to ‘restore order’ and guarantee security. Shot on the hoof, under the noses of a repressive regime, The Venerable W is a fine, stirring documentary about ethnic cleansing in action.

Production companies: Les Films du Losange, Bande à Part

International sales: Les Films di Losange, b.vincent@filmsdulosange.fr

Producers: Margaret Menegoz, Lionel Baier

Cinematography: Victoria Clay Mendoza

Editor: Nelly Quettier

Music: Jorge Arriagada

Narration: Bulle Ogier

Voir de plus:

Days of Discontent

  • The Irrawaddy
  • 30 March 2017

RANGOON — Burma’s first civilian government since 1962 is facing growing discontent at home and abroad. One year has passed since the National League for Democracy (NLD)-led administration was sworn in and serious soul searching by its leaders is urgently needed.

That is, if government leaders are actually willing to listen to the people who pinned all their hopes on them and elected them to office.

The country’s de facto leader Daw Aung San Suu Kyi and her cabinet ministers need to seriously tackle the country’s ills and work to repair past mistakes and blunders. If not, they will face tougher opposition as Burma’s people become disillusioned.

Under Daw Aung San Suu Kyi’s administration, the conflict in Burma’s North has intensified and confidence and trust between the State Counselor and ethnic leaders has greatly eroded. She has alienated ethnic groups and, as a result, the peace process is on the verge of derailment. When taking office, she claimed achieving peace was a priority of her government.

Daw Aung San Suu Kyi’s relations with the Burma Army commander-in-chief Snr-Gen Min Aung Hlaing are strained and her perceived lack of action to fix the country’s sluggish economy has increased widespread dissatisfaction.

Understandably, people are disappointed. But that doesn’t mean the public are unsympathetic. Many people understand that the new civilian government has faced daunting challenges as it inherited a country that languished under decades of repressive and corrupt military dictatorship.

Many NLD supporters have expressed concerns about the current state of affairs in good faith. They want this government to succeed and to move the country forward, as does the international community.

Once considered a darling of the West for her relentless pursuit of democratic reform in Burma, Daw Aung San Suu Kyi now faces an almost daily onslaught from international media.

The Nobel Peace Prize winner’s international image suffered a heavy blow when the UN reported evidence of crimes against humanity committed against Rohingya Muslims in northern Arakan State.

Burma’s democracy hero has appeared powerless to stop government security forces committing atrocities. Meanwhile, many people in Burma do not accept the Rohingya as one of Burma’s ethnic groups, insisting that they are illegal migrants from Bangladesh, and referring to them as “Bengali.”

The government’s lack of a clear economic policy and the appointment of loyal but ineffective cabinet ministers have caused concern among the business community inside and outside of Burma. Ministers have been accused of lacking experience and having no vision to push their ministries in a productive direction.

Burma is located between two giant neighbors, China and India, and it has great potential to move forward. But the economy is slowing and there is little action to intervene from those supposedly running the country.

Worryingly, under the democratically elected government, arrests and detention of critics, journalists, and activists have continued as both the military and the civilian government increasingly turn to the draconian Article 66(d) of Burma’s Telecommunications Act.

Government leaders have been accused of being media shy and even lacking respect for the media. They forget that it was local and independent media that played a major role in 2015’s historic elections.

Daw Aung San Suu Kyi, her “puppet” president U Htin Kyaw, and other senior government leaders have failed to hold one press conference in the first year of taking office.

Pundits have been questioning what has gone wrong with Daw Aung San Suu Kyi’s government and its policies: Was the NLD unprepared or did its leaders lose their vision and become complacent?

There is growing criticism the State Counselor acts haughtily and views herself as above others—including both political opposition members and important allies. She has burned a number of bridges and caused allies to flee.

Perhaps, as the daughter of Gen Aung San—independence hero, politician, and founding father of Burma’s armed forces—she feels entitled to solve the country’s issues and assumes everybody will follow her.

But this is not the case. She is not Gen Aung San and she has no control over the armed forces. There is a structural problem with Burma’s government—the military continues to control the key ministries of defense, home, and border affairs, as well as 25 percent of seats in all parliaments and the all-powerful General Administration Department.

In the eyes of some businesspeople and politicians, the NLD is operating a caretaker government with little executive power.

Members of the public, particularly everyday people such as farmers and workers, have not witnessed significant change in the first year of the new government.

It is time to stop living under the illusion that Daw Aung San Suu Kyi and her government will match expectations and bring about miraculous, concrete, change. It is time instead to ask the government to act decisively, and it is time to hold it accountable for its mistakes.

If the government has the will to listen, it will review its year of shabby governance, shake up its cabinet, and change its direction.

Living in blind hope for what the State Counselor and her government can achieve must stop here.

Voir encore:

Questioning the official line on Rakhine

The government’s blanket rejection of abuse allegations in Maungdaw and refusal to conduct a serious investigation may be popular in Myanmar, but will make it harder to address the issues underpinning the insurgency.

Oliver Slow

FRONTIER

January 19, 2017

JANUARY 9 marked three months since coordinated attacks were launched on police outposts in northern Rakhine State, leading to a heavy security crackdown, a block on humanitarian aid and a shift in the dynamics of what was already an incredibly complex issue.

In the months since the military “clearance operations” began in response to the attacks, security forces have killed an estimated 100 suspected attackers and arrested another 600, according to state media. Some have since been released and others sentenced, but no details of their charges, sentences or trials have been made public.

At the same time, about a dozen security forces have been killed by the militant group, which has been named as Harakah al-Yaqin (Faith Movement). Meanwhile, almost all humanitarian aid has been cut off to an already vulnerable population – about 150,000 people in the area were regular recipients of United Nations assistance.

Hundreds, possibly thousands, of properties have been burned to the ground and the UN says 34,000 Muslims, most of whom self-identify as Rohingya, have fled across the border into Bangladesh.

A number of those fleeing into Bangladesh have accused military personnel of using disproportionate force during their operations, including mass rape, arbitrary arrests, burning of homes and villages, and extra-judicial killings. The government and military have consistently denied all charges.

Daw Aye Aye Soe, spokesperson for Myanmar’s Ministry of Foreign Affairs, which is headed by Daw Aung San Suu Kyi, told IRIN in December that the security operation had been conducted “with very much restraint” and that “regarding rape, ethnic cleansing – it’s completely false.” She also questioned the number of people reported to have fled to Bangladesh, saying a figure of 20,000 or 30,000 is “blown out of proportion”.

But the government has come under significant pressure to allow independent observers into the region. In December, representatives from 13 private and state media organisations were given limited access to the affected area on a government-sponsored trip. Despite repeated requests, Frontier was refused permission to participate.

On December 23, two days after speaking with reporters who were part of the trip, the decapitated body of a Muslim man, U Shu Na Myar, was found near his home.

Just hours after his body was found, and before any suspects had been reported arrested, the Facebook page of the State Counsellor’s office, which is also headed by Aung San Suu Kyi, published a post with the headline “Truth teller beheaded” in English.

An accompanying article written in Myanmar said the man had “told media there was no case of arson by the military and police forces, no rape and no unjust arrests”.

This blanket denial of any wrongdoing by authorities has been typical of the approach taken by the military and the government since the security operations began.

It may well have been the case that Shu Na Myar was killed by the militants. But as Frontier has consistently stated in recent months, such vigorous denials do no one any favours; they only heap more suspicion on the security response and create further divisions in an already volatile region.

If there really has been no wrongdoing by the security forces then the government must allow an independent and credible investigation committee (and the committee formed in December and headed by vice president U Myint Swe is nothing of the sort) to look into the facts on the ground.

The blanket denial approach has been discredited by the emergence on December 31 of a video showing police abusing Muslim villagers. Shot on November 5 in Kotankauk village in Maungdaw, the video shows why the government should respond to abuse allegations seriously, rather than questioning the motives of those making the complaints, or those publishing them.

Local opinion

The government’s response to the October 9 attacks may have attracted criticism abroad, but at home its approach is supported overwhelmingly. Much of the Myanmar population believes that the security forces have committed no wrongdoing.

Any accusations of human rights abuses are regarded as lies made either by the international media or the Rohingya to elicit public sympathy for their plight.

The international media in particular has attracted the scorn of the Myanmar public and authorities. One opinion piece in state-controlled media accused international media of working “hand in glove” with the attackers, a frankly absurd accusation.

There has, however, been some sloppy reporting from some international outlets, most notably the story published by the UK’s Daily Mail in December about a video purporting to show a young Rohingya boy being tasered by a Tatmadaw soldier. The report was incorrect and the incident had in fact taken place in Cambodia.

Some said the report was proof that the international media was deliberately manipulating the situation to portray Myanmar in a negative light, but anyone who is familiar with the Daily Mail’s editorial values will no doubt be aware that it was just another example of the publication failing to adhere to the most basic journalistic principles.

At the same time, some have used doctored images to try and build support for the Rohingya cause. On January 3, the Global New Light of Myanmar carried a front-page article headlined “Fabricated stories, misleading pictures about Rakhine cause global criticism”.

It included five photos that it said were being incorrectly captioned and shared on social media “in an attempt to cause misunderstandings about Myanmar”. This has in fact done the cause a disservice, as it encourages sceptics to dismiss credible reports in mainstream media out of hand as pro-Rohingya propaganda.

In private conversations, Myanmar friends have told me that they view the international coverage of the issue as a deliberate attack on the country’s reputation. It is nothing of the sort. What is being questioned is the official narrative from an institution – that is, the Tatmadaw – that has a well-established track record of carrying out human rights abuses against ethnic minorities (as well as the majority Bamar) for many years.

As the International Crisis Group report, Myanmar: A New Muslim Insurgency in Rakhine State, noted, the clearance operations in northern Rakhine State appear to employ methods “akin to [the Tatmadaw’s] standard counter-insurgency ‘four cuts’ strategy developed in the 1960s to cut off rebel forces from their four main support sources” – namely food, funds, intelligence and recruits.

The tactic, the report said, involves cordoning off territory for concentrated operations, a “calculated policy of terror” to force populations to move, destruction of villages in sensitive areas, and the confiscation and destruction of food stocks that might support insurgents.

There is no conspiracy in the international media and no deliberate attempt to make Myanmar “look bad”. Many of the journalists questioning the government’s narrative have a deep fondness for the country, as do I. But that does not mean the claims from the government or the military should be accepted on face value, as the incontrovertible truth.

Questioning the official line

So why is the military’s version of events accepted by so much of the Myanmar public without question? After all, there remains a deeply held distrust of the military as a result of its decades of economic mismanagement and repressive rule.

A major reason is the support of Aung San Suu Kyi. The State Counsellor maintains significant domestic popularity and her apparent acceptance of the military’s narrative has given it much greater credibility.

While she has said very little about the situation in Rakhine State, on the rare occasions that she has publicly discussed it her language has been pro-military and dismissive of international “meddling” in Myanmar’s internal affairs. For those who held her in such high regard as a defender of human rights, it has been a disappointing response.

But as Aung San Suu Kyi has pointed out herself, she is a politician, not a human rights defender, and this forms another part of the reason she is not speaking out. There is of course the issue that the military still wields significant power, and to criticise it would put serious strains on an already fraught relationship. But it is also important to note that those who identify as Rohingya are generally disliked within the country.

As has been well documented, the Rohingya term is rejected by much of the population, who regard them as “Bengali” immigrants from Bangladesh. To be perceived as speaking out in defence of the Rohingya would potentially lose her party significant political support. More nationalistic parties – most notably the Union Solidarity and Development Party and the Arakan National Party – would be quick to exploit these perceptions.

There is the third theory, though: that, like much of the population, she simply does not believe that the accusations being made are true.

Another reason for the widespread support of the security operation is that the October 9 attacks are regarded as an attack on the country’s sovereignty by a “foreign” force. We saw a similar sentiment in February 2015 when the Myanmar National Democratic Alliance Army, a Kokang armed group, attacked military outposts in the north of the country.

While an official ethnic group, the Kokang are closely related to Han Chinese (some would say they are Han Chinese), and the offensive was launched from Chinese territory. Unsurprisingly, it was regarded as an attack by a foreign force on the country’s sovereignty – a view that the Tatmadaw encouraged – and support for the military spiked as a result.

Rape accusations

Human rights groups and international media outlets have reported accusations of rape being conducted by Tatmadaw soldiers on Rohingya women fleeing the violence.  The government has vehemently dismissed these allegations.

In fact, minutes after the December 23 post on the State Counsellor’s page about the decapitated Muslim man in Rakhine State, a new post was published accusing Rohingya women of fabricating stories of rape. The post was published under the headline “fake rape”.

Dozens, perhaps hundreds, of women have made the accusations and they should not be dismissed so flippantly by the government, especially given the Tatmadaw’s track record.

In 2014, the Women’s League of Burma released a report saying that more than 100 women and girls have been raped by Myanmar’s military since the 2010 election. “Due to restrictions on human rights documentation, WLB believes there are only a fraction of the actual abuses taking place,” the group said in a statement.

The report added that majority of the cases were reported in ethnic minority areas. For many years, civil society groups, particularly those operating in ethnic minority areas, have published reports of Tatmadaw soldiers raping women.

In 2011, Aung San Suu Kyi herself said that rape was being used as a tool of war in Myanmar. In a video for the Nobel Women’s Initiative, she said: “Rape is used in my country as a weapon against those who only want to live in peace, who only want to assert their basic human rights. It is used as a weapon by armed forces to intimidate the ethnic nationalities and to divide our country. This is how I see it. Every case of rape divides our country.”

Despite this, the rape accusations are now dismissed out of hand. In November, a Rakhine parliamentarian told the BBC that Myanmar soldiers couldn’t have possible raped Rohingya women because “they are very dirty” and have a “low standard of living”.

It is a viewpoint that has seeped into the public conscious too. In private conversations I have heard it uttered that the Rohingya women are “not attractive” and therefore would not be raped. Apart from being ugly language, it also ignores the fact that rape is more often about showing power over a particular person, or group of people, than sexual attraction.

There is no doubting that the situation in Rakhine State is incredibly complex, and the local Rakhine population understandably feel some fear about the new insurgency there. But progress needs to be made, and blanket denials do not help. A serious plan needs to be put in place to start to build trust between communities there again.

Voir encore:

 

 

Pâques sanglantes au Sri Lanka. Près de 300 morts et 500 blessés dans une série d’attentats quasi simultanés contre des cibles catholiques ou étrangères. Probablement un record de tous les temps — hormis le 11 Septembre — pour le nombre de tués par terrorisme, dans un seul pays et en une seule journée.

Dans un État insulaire pourtant dominé par les confessions bouddhiste et hindouiste, c’est la « piste islamiste » qui ressort ! Une fois de plus, et là où on ne l’attendait pas…

Trois ans après le carnage anti-chrétien de Lahore, au Pakistan (plus de 70 morts dans un parc, le jour de Pâques 2016), deux ans après le massacre du dimanche des Rameaux en Égypte (attentats anti-coptes dans deux villes, dont Alexandrie, plus de 40 morts), l’horreur pascale frappe à nouveau.

Dans tous ces cas, la majorité des victimes sont chrétiennes, et la main criminelle islamiste.

Avec des preuves qu’il dit détenir, le gouvernement de Colombo (épaulé par Interpol et le FBI) accuse un mouvement extrémiste musulman local, le National Thowheeth Jama’ath (sigle NTJ, ou « Association nationale monothéiste »). Mais devant le caractère finement coordonné des attentats, il ajoute aussitôt qu’il y a, derrière, « un réseau international sans lequel ces attaques n’auraient pas pu réussir ».

Les cibles choisies et le modus operandi pointent en effet dans cette direction.

Dans ce pays, les confessions chrétienne et musulmane sont plutôt marginales. Mais elles se retrouvent propulsées acteurs principaux du drame…

On trouve au Sri Lanka 7 ou 8 % de catholiques et quelque 10 % de musulmans. La majorité cingalaise, surtout associée au bouddhisme, représente près des trois quarts de la population totale, tandis que la minorité tamoule (hindouiste) fait entre 12 et 15 %.

Le Sri Lanka a un passé violent. De 1979 à 2009, ce fut un pays coupé en deux, avec un mouvement insurrectionnel qui terrorisait sa propre population. Face à celui-ci, un État central également féroce, à son tour impitoyable dans la victoire et la vengeance contre la minorité tamoule.

On dit que les Tigres de l’Eelam tamoul (LTTE), qui voulaient séparer le nord du reste du pays, ont le douteux honneur d’avoir inventé, dans les années 1970, le kamikaze moderne avec sa ceinture explosive.

Aujourd’hui, les LTTE ne sont plus. Leur guerre avec Colombo était une affaire locale, nationale, territoriale. Assez peu religieuse, et non reliée à des réseaux, hormis le racket des communautés tamoules de l’étranger. Au XXIe siècle, la méthode du kamikaze a fait florès, reprise par la filière islamiste. Une filière qui, aujourd’hui, pénètre un territoire où elle n’existait pas encore il y a peu. Le Sri Lanka cingalo-tamoul, bouddhiste-hindouiste, avec une histoire périphérique et régionale… devient soudain le théâtre de l’une des plus grandes attaques islamistes de l’histoire moderne.

Autour du Sri Lanka, il y a tout un contexte en Asie, avec la remontée des tensions intercommunautaires et interconfessionnelles.

Il y a l’hindouisme radical, incarné par le premier ministre indien, Narendra Modi. Dans la campagne électorale qui s’achève, il a joué sa réélection en agitant la carte communautaire et confessionnelle. L’idéal laïque du « mahatma » Gandhi paraît bien éloigné…

En Birmanie, il y a des bouddhistes haineux — cela existe — qui appuient l’oppression militaire menée depuis des années contre la minorité musulmane des Rohingyas.

On le voit, aucune confession n’a le monopole de cette résurgence hideuse. Mais la palme de l’activisme, en ce début de XXIe siècle, revient sans conteste à l’islam radical.

En Indonésie, premier pays musulman du monde avec ses 265 millions d’habitants, longtemps terre d’une religion syncrétique et souple, les récentes élections ont donné à voir une ascension spectaculaire. Celle d’un islam militant, intolérant, qui « fait la police » contre les citoyens.

Cette remontée a infecté jusqu’aux grands partis politiques : le président, Joko Widodo, naguère une incarnation de la tolérance, vient de gagner sa réélection au prix de compromissions avec les radicaux.

Aux Philippines, l’insurrection islamiste du sud, violente et intransigeante, ne se dément pas malgré les rodomontades du président, Rodrigo Duterte. Au Bangladesh, la Ligue Awami, grand parti historique et laïque, s’allie maintenant aux religieux pour se maintenir…

Laïcité, laïcité, que deviens-tu ?

Voir aussi:

La montée de la rhétorique bouddhiste nationaliste en Asie

AFP/le Point

Birmanie : quand le bouddhisme prêche la haine

Le moine Ashin Wirathu est le plus influent des prêcheurs de haine en Birmanie. Une haine anti-Rohingya et plus largement islamophobe, loin des idéaux de non-violence et de tolérance attachés au bouddhisme. Alors que la police birmane a émis ce mardi un mandat d’arrêt à son encontre, nous publions ici l’intégralité de notre reportage sur le bouddhisme radical au pays d’Aung San Suu Kyi paru en avril 2017. Une enquête au cours de laquelle nos journalistes Manon Quérouil et Véronique de Viguerie ont rencontré l’énigmatique « Vénérable ».

Dans sa robe safran, face caméra, Ashin Wirathu ne se départit jamais de son petit sourire satisfait, même pour dire les pires atrocités. Barbet Schroeder le laisse déblatérer. Les musulmans ? « Comme les poissons-chats en Afrique, ils se reproduisent très vite et se mangent entre eux. » Le bouddhisme ? « Une armée dont naissent des combattants. Il doit agir comme un rempart contre l’islam. » Les Rohingya (minorité musulmane apatride persécutée en Birmanie depuis des décennies) ? « Il n’y a jamais eu d’ethnie rohingya dans l’histoire. Aussi, on le sait, c’est pour obtenir de l’aide internationale qu’ils brûlent leurs maisons. »

Images d’archives, images amateurs, entretiens, rapports et cartes à l’appui, Barbet Schroeder illustre et décortique avec finesse l’engrenage du mal : incitation à la haine et à la « protection de la race », propagande, culte de la personnalité… Une mécanique sidérante qui, en Birmanie, conduit aux persécutions dont sont victimes les minorités musulmanes, à commencer par les Rohingya. Glaçant (il est d’ailleurs interdit aux moins de 12 ans), le documentaire n’en est pas moins captivant.

Notre journaliste Manon Querouil, elle, n’est pas près d’oublier sa rencontre avec Ashin Wirathu. Elle se souvient d’avoir commis une « belle bourde » en s’installant sur une chaise face à lui. « D’un geste du bras, il m’a signifié que je devais prendre place à terre, à un niveau inférieur au maître. J’ai dû mener toute mon interview à même le sol ! » En revanche, ce pro de la communication s’est prêté sans regimber à l’objectif de notre photographe, Véronique de Viguerie. Voici leur reportage.

Ces bouddhistes qui prêchent la haine

Septembre 2016. En un clin d’œil, le temple de Sulamuni est arraché à sa torpeur millénaire et transformé en fourmilière. Sur la pointe de leurs pieds nus, comme le veut la tradition bouddhiste, des centaines de fidèles bondissent pour échapper aux morsures du sol brûlant, franchissent en courant le cordon de sécurité et se précipitent au chevet du plus célèbre monument de Bagan, hélas privé de sa toiture et de sa flèche. La capitale du premier royaume birman, superbe site archéologique aux 2 000 pagodes construites entre le XIe et le XIIIe siècle, a été gravement endommagée par un tremblement de terre le mois précédent. Bientôt, les travaux officiels de reconstruction commenceront. En attendant, entonnant à pleins poumons l’air guilleret de l’hymne national birman, une foule prend d’assaut les échafaudages en bois et commence à déplacer de lourdes pierres sous un soleil de plomb. Juché sur un monticule de gravats, impérial dans sa robe safran, Ashin Wirathu joue avec naturel les chefs de chantier. Un téléphone à chaque oreille, le moine distribue ses consignes tout en prenant la pose pour les admirateurs qui l’accompagnent dans tous ses déplacements. Le leader charismatique de Ma Ba Tha, l’acronyme birman du Comité pour la protection de la race et de la religion, semble dans son élément sous les flashes qui crépitent et dans les forêts de portables qui s’érigent sur son passage.

Estrade, mégaphones, cameramen accrédités : chacune des apparitions publiques de Wirathu fait l’objet d’une mise en scène très éloignée de l’exigence ascétique de la religion. Ce jour-là, un drone sillonne même le ciel pour immortaliser l’événement – bourdonnement incongru dans la quiétude de ce lieu sacré. Pourtant, la consigne est de rester discret. C’est au terme de longues tractations que les portes du temple, fermées au public en attendant les travaux de rénovation, se sont ouvertes pour Wirathu et ses supporters. Et le gouvernement, visiblement soucieux que se propage la nouvelle de cette clique d’archéologues dilettantes sur un site candidat à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial, a simplement demandé au bonze adepte des réseaux sociaux de ne publier aucune photo sur son compte Facebook… Cet épisode en dit long sur l’influence de Wirathu, passé à la postérité en juillet 2013 en faisant la couverture du magazine Time, dont le numéro a été interdit de parution en Birmanie et au Sri Lanka. Titre du dossier : « Le visage de la terreur bouddhiste. » Des termes a priori antagonistes, pourtant réconciliés par le moine iconoclaste à coups de discours haineux et de déclarations islamophobes.

Synonyme, aux yeux du monde, de paix et de tolérance, le bouddhisme n’échappe pas à une dérive fondamentaliste qui s’est développée sur la base d’un rejet violent d’une autre religion : l’islam. En Birmanie, au Sri Lanka, en Thaïlande ou en Inde, certains moines incitent à la violence envers les musulmans, vandalisent leurs commerces et brûlent les mosquées. Une hostilité dont les racines plongent dans un lointain passé : « La destruction des grands centres bouddhistes par les musulmans aux XIIe et XIIIe siècles a été vécue comme un traumatisme historique qui a forcément laissé des traces », estime Sofia Stril-Rever, indianiste et biographe française du Dalaï-lama (avec lequel elle a cosigné l’ouvrage Nouvelle réalité, éd. des Arènes, 2016). L’université bouddhiste de Nalanda, dans le nord de l’Inde, rasée au XIe siècle par les musulmans, a d’ailleurs été récemment reconstruite. Mille ans plus tard. « Un besoin d’exorciser ce passé », explique Sofia Stril-Rever. Le dynamitage, il y a quinze ans en Afghanistan, des bouddhas de Bamyan par les talibans, et plus généralement l’essor de la mouvance islamiste radicale, ont contribué à l’émergence d’un courant fondamentaliste au sein du bouddhisme.

L’opinion occidentale ignore souvent tout des subtilités de cette religion traversée par trois courants principaux (le mahayana, le theravada et le vajrayana), eux-mêmes divisés en plusieurs écoles de pensée. En Birmanie où, d’après le recensement publié l’an dernier, 88 % de la population pratique le bouddhisme – essentiellement theravada – selon le recensement réalisé en 2014, religion et identité nationale sont étroitement liées. Les moines sont les gardiens du culte et de la nation. Et ce, depuis longtemps. Quand le pays se libéra de la tutelle britannique, en janvier 1948, les militaires qui accédèrent au pouvoir n’avaient qu’une obsession : préserver l’unité d’un pays caractérisé par sa pluralité ethnique, avec 137 minorités officiellement reconnues. Pour y parvenir, la junte s’est appuyée sur le sangha, la hiérarchie bouddhiste, en échange de la construction de monuments religieux et de dons publics particulièrement généreux.

Mais en 2007, la « révolution de safran », initiée par des milliers de moines en colère (contre la flambée des prix du pétrole, notamment) et réprimée dans le sang, a installé une distance avec le pouvoir et initié le processus de démocratisation. Tout en modifiant l’équilibre des forces au sein de la communauté monastique : « Au lendemain de la révolution, les religieux les plus progressistes ont été purgés du clergé ou se sont exilés pour échapper à la répression militaire, créant un vide au sein du sangha et permettant aux éléments les plus conservateurs de prendre le dessus », analyse Kirt Mausert, chercheur à l’Institut pour l’engagement politique et civique (iPACE), à Rangoun.

Dans les années 2000, des moines originaires de l’Etat Mon, dans le sud du pays, ont lancé une campagne baptisée 969 – un chiffre sacré faisant référence aux trois joyaux du Bouddha – qui appelait au boycottage des commerces musulmans. Ashin Wirathu, fils d’un chauffeur de bus et d’une femme au foyer originaire de la région de Mandalay, prit la tête du mouvement à sa sortie de prison en janvier 2012, après avoir purgé une peine de onze ans pour incitation à la haine raciale. 969 fut interdit un an plus tard suite à de violentes émeutes interraciales. Alors, Wirathu créa Ma Ba Tha pour poursuivre sa croisade contre les musulmans.

Surfant sur une peur millénaire de déclin de la société, le groupe ultranationaliste connaît une croissance spectaculaire : il revendique aujourd’hui plus de dix millions de sympathisants (sur cinquante et un millions de Birmans), ainsi que 300 bureaux régionaux. Ses sources de financement sont obscures. Officiellement, Ma Ba Tha tire l’essentiel de ses revenus de ses activités de prêche et des donations de la communauté bouddhiste. Mais en réalité, le groupe dispose de moyens colossaux que le denier du culte ne suffit pas à expliquer : « Il faut voir le faste déployé à chaque congrégation « , note Htet Khaung Linn. Ce reporter au Myanmar Now, un quotidien en ligne, estime la fortune du groupement à « plusieurs millions de dollars » – les moines ne possédant rien en leur nom propre – et pointe certains cronies, les businessmen richissimes proches de la junte, comme des mécènes importants, mais discrets.

Cet argent est mis au service d’une propagande qui cible principalement les 1 500 000 Rohingya de l’Etat d’Arakan, dans l’ouest du pays. Depuis 1982, cette minorité musulmane ne fait plus partie des ethnies reconnues par la Constitution. Aujourd’hui, les enfants rohingya n’ont même plus droit à un certificat de naissance. Dans un silence assourdissant, ces apatrides survivent pour la plupart grâce à l’aide alimentaire internationale, dans un agglomérat de camps et de villages de désolation. L’emploi même du terme « Rohingya », qui signifie « habitant du Rohang », ancien nom de l’Arakan pour les musulmans de ces régions, est un point de contentieux. Selon les autorités, il s’agit de « Bengalis », des immigrés illégaux qui se seraient inventé une identité pour revendiquer des droits sur le sol birman. Certains historiens estiment qu’ils seraient de lointains descendants de soldats et de commerçants arabes, turcs ou bengalis convertis à l’islam au XVe siècle. Mais pour la majorité des Birmans, ils ont été importés du Bangladesh voisin par des colons britanniques à la fin du XIXe siècle.

Parmi la foule réunie à Bagan, plusieurs volontaires venus prêter main-forte au chantier arborent des tee-shirts avec un logo « No Rohingya ». « Personne n’en veut ici ! » affirme Ko Htein Lin, un petit commerçant de 36 ans qui a adhéré au mouvement 969 en 2012. A l’époque, des émeutes avaient secoué l’Arakan suite au viol d’une bouddhiste attribué à un musulman. Un point de fracture qui a marqué le début d’une série de massacres de Rohingya, accompagnés d’amalgames dangereux et de la crainte répandue d’une supposée progression de l’islam dans le pays. Les résultats du recensement de 2014, publiés en juillet dernier, montrent qu’en réalité la part de la population musulmane est restée plutôt stable en trente ans, passant de 3,9 % en 1983 à 4,3 % (simple estimation officielle, les Rohingya, apatrides, n’ayant pas été formellement recensés). Des chiffres têtus, qui ne suffisent pas à rassurer les bouddhistes. « Les musulmans se reproduisent à la vitesse de l’éclair pour mieux nous envahir. Nous avons besoin de Ma Ba Tha pour préserver notre race ! » La sentence émane d’une coquette octogénaire aux manières exquises, sanglée dans un sarong rose dans lequel elle tente de dissimuler un dos bossu. Mme Sadhama est une inconditionnelle de la première heure de Wirathu, qu’elle héberge gracieusement dans son petit hôtel de Bagan avec sa garde rapprochée.

Le Vénérable est là, comme un coq en pâte, sirotant un thé face à la jungle environnante, les yeux perdus dans le soleil couchant. Des joues rondes, l’œil pétillant et un sourire d’enfant, l’incarnation de la « terreur bouddhiste » n’a pas le physique de l’emploi. Comme pour mieux contredire cette étiquette d’extrémiste qui lui colle à la toge, le bonze ne se départit jamais d’un masque de bonté impénétrable. Contrairement à la plupart de ses coreligionnaires, il est entré en religion sur le tard, à l’âge de 16 ans : « Mes parents avaient d’autres ambitions pour moi, dit-il. Ils me rêvaient roi, pas moine. » Au fil des ans, Wirathu est parvenu à concilier ambitions personnelles et familiales, devenant en quelque sorte… le roi des moines. La formule le fait sourire, lui qui ne cache pas son appétence pour le pouvoir. Au monastère, le postulant délaissait volontiers les écrits de Bouddha pour des ouvrages de géopolitique, et se passionnait pour les manipulations et les coups tordus auxquels se livraient la CIA et le KGB au plus fort de la guerre froide. « Ces récits d’espionnage ont forgé mon sens tactique autant que ma conscience politique », confie-t-il.

Pas question de céder à l’attentisme. Wirathu cherche coûte que coûte à diffuser ses idées en occupant le terrain. Son opération de restauration du patrimoine en témoigne, mais également ses collectes de sang, ses programmes de microcrédits ou d’assistance juridique. Sous son patronage, le premier établissement d’enseignement supérieur entièrement gratuit du pays a vu le jour en juin dernier à Ngwe Nant Thar, dans le district de Rangoun. Cent cinquante élèves en uniforme impeccable y étudient dans un calme impressionnant. L’immense bâtiment flambant neuf, construit grâce à une donation d’un riche homme d’affaires, tranche avec les établissements scolaires publics insalubres qui remontent à l’époque coloniale. Ma Ba Tha étend ses tentacules dans toutes les sphères de la société birmane, distillant au passage ses mantras islamophobes (comme : « Il vaut mieux épouser un chien qu’un musulman. ») Son centre monastique de Mandalay, le plus grand du pays, accueille 2 800 élèves qui reçoivent les enseignements de Bouddha. Et ceux, plus personnels, du maître des lieux. A l’entrée, un panneau tapissé de photos d’exactions imputées à des groupes djihadistes accueille le visiteur (voir photo ci-dessous). Des images insoutenables de têtes coupées et de cadavres sanguinolents, devant lesquelles le ballet des novices passe, sans plus les remarquer.

Mais le goût de la provocation dont fait preuve Wirathu commence à embarrasser le comité de direction de Ma Ba Tha qui, depuis la victoire de la Ligue nationale démocratique – le parti dirigé par la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi – aux élections de novembre 2015, prend ses distances avec ce trublion médiatique. Aujourd’hui, le docteur U Thaw Parka, porte-parole officiel du groupe, tient à préciser que les déclarations de Wirathu « n’engagent que lui », et se désole de cette image d’ »extrémistes en robe » que ses partisans donnent dans les médias. Le groupe cherche à mettre en avant ses oeuvres sociales et délègue les actions politiques à des formations ultranationalistes comme l’Union des moines patriotes.

Ce groupe de jeunes bonzes virulents, qui reste discret sur ses effectifs, est à l’origine d’une série de manifestations organisées à Rangoun en septembre dernier. Leur but : protester contre la mission d’observation consacrée à la situation des Rohingya dans l’Etat d’Arakan, confiée à l’ancien secrétaire général de l’ONU. « Nous ne voulons pas de Kofi Annan, ce fils de p… », s’égosillait au micro, lors d’une de ces manifestations, U Thu Seikkta, secrétaire du mouvement et candidat sérieux à la réincarnation de la « terreur bouddhiste », sous des traits plus juvéniles. Le moine de 29 ans ne cache d’ailleurs pas son admiration pour Wirathu, son illustre aîné, et n’hésite pas à présenter les Moines patriotes comme le « bras armé » de Ma Ba Tha : « Bouddha a dit que nous devions protéger notre pays, explique-t-il. Je pense que c’est de la responsabilité des moines de défendre l’identité nationale. »

Quelques jours avant, le groupe a organisé le rachat et la libération de centaines de vaches et de moutons qui étaient destinés aux sacrifices pour l’Aïd el-Kébir. Depuis des années, cette fête religieuse, l’une des plus importantes pour les musulmans, cristallise les tensions entre communautés. Les lieux autorisés pour le sacrifice des moutons sont de plus en plus restreints et confinés en bordure des villes. C’est le cas à Meiktila. Dans cette ville endormie d’environ 900 000 habitants dans le centre du pays, l’importante communauté musulmane s’apprête à de discrètes célébrations pour l’Aïd. En 2013, elle a été au coeur d’une flambée de violence avec des citadins bouddhistes, causant la mort d’au moins une cinquantaine de personnes.

« La première nuit, une horde de bouddhistes armés de couteaux a débarqué dans notre quartier, se souvient Shansull Nisa, 70 ans. Ils jetaient des pierres contre nos fenêtres en hurlant, nous étions terrifiés. Nous avons été plus de 2 000 à fuir pour trouver refuge au stade de football. Si des moines ne nous avaient pas escortés, nous serions tous morts… » La vieille dame, les cheveux gris et les ongles orangés de henné, raconte son histoire, sans pathos. Cette nuit-là, elle a perdu son mari, son fils, son petit-fils de 6 ans et sa petite-fille de 9 ans, lynchés par une foule en furie. Elle n’a jamais regagné sa maison et vit toujours, comme une dizaine de familles, sous une tente près du stade, où elle ressasse son chagrin et son incompréhension. « Nos agresseurs sont les mêmes personnes avec lesquelles nous lavions chaque jour nos vêtements dans la rivière. » Aujourd’hui, la jungle a envahi la mosquée centenaire de Meiktila. Après les émeutes, le cimetière musulman a été rasé par des bulldozers pour y construire un centre d’affaires – resté vide depuis –, et des pans entiers de quartiers restent fantômes.

Depuis cette époque, la confiance n’est jamais revenue. Du côté des bouddhistes, elle a laissé place à un racisme ordinaire. Ti Ti Win, 55 ans, est professeure de mathématiques. Une femme sans histoires, habitée par la peur, mais aussi par la haine : « Les musulmans sont des fauteurs de troubles, affirme-t-elle. Ils prétendent garder des couteaux dans leurs mosquées pour les sacrifices d’animaux, mais nous, nous savons qu’ils peuvent s’en servir à tout moment contre nous. » Ti Ti Win rêve à voix haute d’une Birmanie débarrassée de ses musulmans. Sa voisine, Daw Puu Suu, 51 ans, aussi : « Nous n’avons rien à faire avec eux, dit-elle. Leur simple vision me met mal à l’aise. » Meiktila est désormais coupée en deux par une frontière invisible. Sur la vingtaine de mosquées que comptait la ville, seules trois restent autorisées.

« Depuis 2013, nous sommes traités comme une menace pour la sécurité nationale », se désole l’imam Mu Ishaquel, qui a vu trente et un des élèves de la madrasa du centre-ville où il enseignait brûlés vifs lors des attaques. L’homme se souvient de ce temps pourtant pas si lointain où il dormait dans les monastères et aidait les moines à traduire du sanskrit des textes sacrés. Aujourd’hui, le religieux dit avoir peur de marcher seul dans la rue avec sa barbe fournie. Il enlève sa calotte quand il voyage et rêve de quitter le pays. Des « cartes vertes » ont récemment été distribuées aux musulmans de Meiktila en remplacement de leurs papiers d’identité détruits lors des émeutes. Elles leur confèrent un statut de citoyen associé et les privent de nombreux droits, comme celui d’aller à l’université, de monter une entreprise ou encore de se présenter à des élections. « Nous sommes nés ici ! s’insurge l’imam. C’est une insulte, une façon de nous tuer une seconde fois. » Un racisme institutionnalisé.

Le signe, aussi, que les religieux bouddhistes extrémistes ont su se faire entendre du pouvoir. En 2015, dans l’indifférence générale, quatre lois ont été entérinées par le Parlement. Particularité : c’est le comité exécutif de Ma Ba Tha qui les a rédigées. Elles interdisent les conversions et les mariages entre une bouddhiste et un musulman, et imposent un délai minimum de trois ans entre chaque naissance dans les régions à majorité musulmane. Comme beaucoup de musulmans, Ismaël, un professeur de Rangoun (qui préfère rester anonyme), avait eu l’espoir que les choses s’améliorent avec la victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, aux élections législatives en novembre 2015, pour laquelle la communauté a massivement voté.

Aujourd’hui, son constat est amer : « Nous ne sommes absolument pas protégés par ce nouveau gouvernement, qui cherche avant tout à ménager les militaires et les moines, dit-il. Les bouddhistes restent des citoyens de première classe, les chrétiens, de seconde classe, les musulmans, de troisième classe. Quant aux Rohingya, ils sont carrément en enfer ! » Perçue dans un premier temps comme un camouflet pour Ma Ba Tha, qui avait activement soutenu le gouvernement sortant, la victoire d’Aung San Suu Kyi ne constitue pas le rempart attendu contre les violences religieuses. Comme le prouve l’assassinat, le 29 janvier dernier, de Kyi Ko Ni, conseiller juridique de la « dame de Rangoun » et grande voix de la tolérance dans le pays. Cet avocat musulman cherchait notamment à faire réviser les quatre lois sur la race et la religion, et travaillait à la rédaction d’un texte législatif afin de criminaliser les discours de haine. Un rempart juridique pour barrer la route aux mouvements extrémistes, après la flambée de violence de la fin de l’année dernière.

Le 8 octobre 2016, des postes de police installés à la frontière avec le Bangladesh ont été pris pour cible par de petits groupes d’assaillants rohingya. L’attaque, qui a causé la mort de neuf policiers, a été revendiquée dans une vidéo reprenant les codes de l’Etat islamique. La violence djihadiste serait-elle en train de gagner le far west birman ? Aucune preuve n’en a été apportée, mais l’armée n’a pas attendu confirmation pour se livrer à des représailles, faisant des centaines de morts. En février, les Nations unies ont publié un rapport accablant sur les meurtres et les viols perpétrés contre les civils rohingya dans la région de Maungdaw, dans le nord de l’Etat d’Arakan. Lors de sa visite en France en septembre, le Dalaï-lama déclarait que « si la haine continue de répondre à la haine, la haine ne cessera jamais ». Les moines en robe safran feront-ils mine de l’ignorer ?

Voir enfin:

Pogroms that we cannot ignore

The  JC

April 21, 2013

The Holocaust, as we know, was not a sudden event and nor is it – as some well-meaning (mostly) religious people often suggest – incomprehensible. Its scale, its ambition was what was remarkable about it. How it came about is not amazing at all.

The most important precondition for the attempt to murder all of Europe’s Jews was successfully to depict them as a malign « other »- as not-quite-people who, by existing, represented an existential threat to the majority. So historic ideas about Jewish separateness and hostility to the « goodness » of Christ and Christianity became, in the modern era, ideas about the illegitimate accretion of power, the undermining of the natural community and conspiracies.

The tropes of ancient antisemitism slowly morphed into those of modern antisemitism and as they did, prepared the way for what came later. The early brickwork for the gas chambers was laid in the acts of exclusion and literal stigma: the word « Jew » in passports, laws about what jobs Jews could do, the boycotting of Jewish businesses, the depictions in cartoons and films.

Of course, you knew this and if you have to read another article about the Holocaust you’ll scream. Doesn’t he have anything else to write about etc? I understand. But I have a very specific reason for having tried your patience with the above. It is to compare the process of « othering » the Jews with what is happening to a group of Muslims in Burma.

To give a very brief recapitulation. In western Burma there are hundreds of thousands of « Rohingya » Muslims, originally from Bengal. The majority population is Buddhist and ethnically Burmese and for years Burmese governments have refused to recognize the Rohingya as Burmese citizens. They have, however, nowhere else to go and have built lives for themselves in the Arakan province.

For years there has been a campaign against them by Burmese nationalists, including that strange phenomenon, Buddhist extremists. But what have been dubbed « tensions » have become something else. In the last few months, in what can only be described as pogroms, Rohingyas have seen mosques and shops taken over and their houses burned. Some have been murdered. Hundreds of thousands have been displaced, many to internal refugee camps.

But what must worry any Jew with a memory is the language of the persecutors. One of the leaders of the anti-Rohingya campaign is a Buddhist monk from Mandalay, who preaches a message that is horribly familiar. Take these elements from a recent speech:

Wirathu warns that the Buddhist public needs to adopt a « nationalist mindfulness » in everything it does, otherwise the « Kalars » (a derogatory term for ethnic Bengalis) will take over. These « Kalars » and their influence have prevented Aung San Suu Kyi speaking out for true Burmese people. Muslims are taking over important positions in politics. Now Rangoon is at risk of falling into the Muslims’ hands. And, of course, Muslims only think of their own interests.

He cites examples of Buddhist religious sensitivities being assaulted by Muslims and Muslim businessmen and asserts that no-one « will protect the Buddhist faith ». So Buddhists must act. « We must do business or otherwise interact with only our kind: same race and same faith » shopping only at shops marked with the sign of a Buddhist owner. Buddhists must use Buddhist owned buses even when Muslim buses are cheaper, « otherwise the enemy’s power will rise ».

« Consider that extra you have to pay, » he exhorts, « as your contribution to your race and faith ». Finally, « once we have won this battle we will move on to other targets ».

Wirathu is a modern Nazi, is he not? Which means we know where this one is going and where, if nothing is done, it may end up.

Voir enfin:

Le bouddhisme, une religion tolérante ?

Bernard Faure
Sciences humaines

Juin-Juillet-Août 2003

La cause semble entendue : le bouddhisme est une religion tolérante, sinon « la » religion de la tolérance. Mais cette tolérance – au demeurant discutable – est-elle liée à la nature du bouddhisme, ou est-elle le fruit de nécessités historiques et politiques ?

Dès son origine, le bouddhisme insiste sur la compassion envers autrui : le premier bouddhisme, dit Theravâda, toujours présent en Asie du Sud-Est et au Sri Lanka, met l’accent sur une introspection personnelle qui doit permettre de comprendre la nature de nos rapports avec l’autre (pour les débuts du bouddhisme, voir l’article, pp. 22-25 ; pour son histoire, voir la carte p. 26 et l’encadré, pp. 30-31). Il n’y a pas de dogme fondamental, en dehors de quelques notions issues de l’hindouisme. Il n’existe pas non plus d’autorité ecclésiastique ultime. Ces deux traits font qu’il est de prime abord difficile de parler d’orthodoxie, et à plus forte raison de fondamentalisme bouddhique. Les bouddhismes, par nature pluriels, ont su accueillir en leur sein les doctrines les plus diverses.

Plus tard, le bouddhisme Mahâyâna (« grand véhicule »), aujourd’hui répandu en Chine, en Corée, au Japon et au Viêtnam, prône la compassion pour tous les êtres, même les pires. Ce sentiment de communion est fondé sur la croyance en la transmigration des âmes, laquelle conduit les êtres à renaître en diverses destinées, humaines et non-humaines. Le Mahâyâna insiste sur la présence d’une nature de bouddha en tout être.

Quant au bouddhisme Vajrayâna (ésotérique, tantrique), issu du Mahâyâna et aujourd’hui localisé au Tibet et en Mongolie, il offre une vision grandiose de l’univers tout entier, qui n’est autre que le corps du Bouddha cosmique. A l’époque contemporaine, compassion et tolérance sont devenues, en partie par la personne médiatique du dalaï-lama actuel, icône moderne du bouddhisme tibétain, l’image de marque même du bouddhisme dans son ensemble.

Les penseurs bouddhistes ont rapidement élaboré des concepts propres à expliquer divers degrés de vérité. Le Bouddha lui-même, selon un enseignement ultérieurement synthétisé, notamment par le Mahâyâna, prêchait ainsi une vérité conventionnelle (accessible à tous), adaptée aux facultés limitées de ses auditeurs, réservant la vérité ultime à une élite spirituelle. Ce recours constant à des expédients salvifiques (upâya), balisant des voies différentes et plus ou moins difficiles d’accès au salut, rend le dogmatisme difficile, car tout dogme relève du domaine de la parole, donc de la vérité conventionnelle.

Un syncrétisme militant

Ces théories vont faciliter diverses formes de syncrétisme ou de synthèse, comme celles de Zhiyi (539-597) et de Guifeng Zongmi (780-841) en Chine, de Kûkai (774-835) au Japon, et de Tsong-kha-pa (1357-1419) au Tibet. Il s’agit généralement d’une sorte de syncrétisme militant, par lequel les cultes rivaux (religion bön au Tibet, confucianisme et taoïsme en Chine, shinto au Japon…) sont intégrés à un rang subalterne dans un système dont le point culminant est la doctrine de l’auteur. Ces élaborations aboutissent rapidement à faire du bouddhisme un polythéisme, qui assimile et mêle dans ses panthéons les dieux des religions qui lui préexistaient (de l’hindouisme, du bön, du taoïsme…). Au demeurant, la pratique n’a pas toujours été aussi harmonieuse que la théorie. On observe par exemple dans le bouddhisme chinois et japonais, entre les viiie et xiiie siècles de notre ère, une tendance marquée par l’adoption d’une pratique unique (par exemple la méditation assise, ou la récitation du nom du bouddha Amida), censée subsumer toutes les autres. Ainsi de certaines écoles du courant de l’amidisme, chinois et japonais, qui postulent que celui qui récite simplement une formule cultuelle au moment de mourir se voit garantir sa réincarnation au paradis de la Terre pure.

Mais c’est surtout en raison de son évolution historique que le bouddhisme est conduit à faire des accrocs à ses grands principes. Le principal écueil réside dans les rapports de cette religion avec les cultures qu’elle rencontre au cours de son expansion. L’attitude des bouddhistes envers les religions locales est souvent décrite comme un exemple classique de tolérance. Il s’agit en réalité d’une tentative de mainmise : les dieux indigènes les plus importants sont convertis, les autres sont rejetés dans les ténèbres extérieures, ravalés au rang de démons et, le cas échéant, soumis ou détruits par des rites appropriés. Certes, le processus est souvent représenté dans les sources bouddhiques comme une conversion volontaire des divinités locales. Mais la réalité est fréquemment toute autre, comme en témoignent certains mythes, qui suggèrent que le bouddhisme a parfois cherché à éradiquer les cultes locaux qui lui faisaient obstacle.

C’est ainsi que le Tibet est « pacifié » au viiie siècle par le maître indien Padmasambhava, lorsque celui-ci soumet tous les « démons » locaux (en réalité, les anciens dieux) grâce à ses formidables pouvoirs. Un siècle auparavant, le premier roi bouddhique Trisong Detsen a déjà soumis les forces telluriques (énergies terrestres de nature « magique » qui influencent individus et habitats), symbolisées par une démone, dont le corps recouvrait tout le territoire tibétain, en « clouant » celle-ci au sol par des stûpas (monuments commémoratifs et souvent centres de pèlerinage) fichés aux douze points de son corps. Le temple du Jokhang à Lhasa, lieu saint du bouddhisme tibétain, serait le « pieu » enfoncé en la partie centrale du corps de la démone, son sexe.

Ce symbolisme, décrivant la « conquête » bouddhique comme une sorte de soumission sexuelle, se retrouve dans un des mythes fondateurs du bouddhisme tantrique, la soumission du dieu Maheshvara par Vajrapâni, émanation terrifiante du bouddha cosmique Vairocana. Maheshvara est l’un des noms de Shiva, l’un des grands dieux de la mythologie hindoue. Ce dernier, ravalé par le bouddhisme au rang de démon, n’a commis d’autre crime que de se croire le Créateur, et de refuser de se soumettre à Vajrapâni, en qui il ne voit qu’un démon. Son arrogance lui vaut d’être piétiné à mort ou, selon un pieux euphémisme, « libéré », malgré la molle intercession du bouddha Vairocana pour freiner la fureur destructrice de son avatar Vajrapâni. Pris de peur, les autres démons (dieux hindous) se soumettent sans résistance. Dans une version encore plus violente, le dieu Rudra (autre forme de Shiva) est empalé par son redoutable adversaire. Le mythe de la soumission de Maheshvara se retrouve au Japon, même si, dans ce dernier pays, les choses se passent dans l’ensemble de manière moins violente. Certes, on voit ici aussi de nombreux récits de conversions plus ou moins forcées des dieux autochtnones. Mais bientôt, une solution plus élégante est trouvée, avec la théorie dite « essence et traces » (honji suijaku). Selon cette théorie, les dieux japonais (kami) ne sont que des « traces », des manifestations locales dont l’« essence » (honji) réside en des bouddhas indiens. Plus besoin de conversion, donc, puisque les kamis sont déjà des reflets des bouddhas.

Paradoxalement, la notion d’absolu dégagée par la spéculation bouddhique va permettre aux théoriciens d’une nouvelle religion, le soi-disant « ancien » shinto, de remettre en question la synthèse bouddhique au nom d’une réforme purificatrice et nationaliste. A terme, ce fondamentalisme shinto mènera à la « révolution culturelle » de Meiji (1868-1873), au cours de laquelle le bouddhisme, dénoncé comme religion étrangère, verra une bonne partie de ses temples détruits ou confisqués. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la religion officielle japonaise réinvestit les mythes shintos et s’organise autour du culte de l’Empereur divinisé, descendant du plus important kami national, la déesse du Soleil. Par contre-coup, le bouddhisme à son tour se réfugie dans un purisme teinté de modernisme, qui rejette comme autant de « superstitions » les croyances locales.

Le bouddhisme, les femmes et les hérésies

Comme on l’a vu, la métaphore qui inspire les récits de conversions des divinités locales est souvent celle de la soumission sexuelle. Dans ces récits, le bouddhisme est fondamentalement mâle, tandis que les cultes locaux sont souvent féminisés. La question des rapports du bouddhisme et des femmes constitue un autre cas de dissonance entre la théorie et la pratique.

L’histoire commence d’ailleurs assez mal. La tradition rapporte que le Bouddha refusa initialement, dans l’ordre qu’il venait de fonder, sa propre tante et mère adoptive, Mahâprâjapati. C’est après l’intervention réitérée de son disciple et cousin bien-aimé Ânanda que le Bouddha aurait fini par consentir à accepter l’ordination des femmes, non sans imposer à celles-ci quelques règles particulièrement sévères (en raison de l’extrême imperfection féminine). En outre, il prédit que, du fait de leur présence, la Loi (Dharma) bouddhique était condamnée à décliner au bout de cinq siècles.

En théorie, le principe de non-dualité si cher au bouddhisme Mahâyâna semble pourtant impliquer une égalité entre hommes et femmes. Dans la réalité monastique, les nonnes restent inférieures aux moines, et sont souvent réduites à des conditions d’existence précaires. Avec l’accès des cultures asiatiques à la modernité, les nonnes revendiquent une plus grande égalité. Toutefois, leurs tentatives se heurtent à de fortes résistances de la part des autorités ecclésiastiques. Tout récemment, les médias ont rapporté le cas d’une nonne thaïe physiquement agressée par certains moines pour avoir demandé une amélioration du statut des nonnes.

Le bouddhisme a par ailleurs longtemps imposé aux femmes toutes sortes de tabous. La misogynie la plus crue s’exprime dans certains textes bouddhiques qui décrivent la femme comme un être pervers, quasi démoniaque. Perçues comme foncièrement impures, les femmes étaient exclues des lieux sacrés, et ne pouvaient par exemple faire de pèlerinages en montagne. Pire encore, du fait de la pollution menstruelle et du sang versé lors de l’accouchement, elles étaient condamnées à tomber dans un enfer spécial, celui de l’Etang de Sang. Le clergé bouddhique offrait bien sûr un remède, en l’occurrence les rites, exécutés, moyennant redevances, par des prêtres. Car le bouddhisme, dans sa grande tolérance, est censé sauver même les êtres les plus vils…

La notion d’hérésie n’est que rarement employée dans le bouddhisme, et elle ne déboucha pas sur les excès de fanatisme familiers à l’Occident. On parle parfois des « maîtres d’hérésie » vaincus par le Bouddha, et en particulier de l’« hérésie personnaliste » ou « substantialiste », qui remettait en question le principe de l’absence de moi. Mais ces événements ne donnèrent pas lieu à des autodafés – peut-être parce qu’ils se développèrent au sein de traditions orales.

Le bouddhisme chinois se caractérise par une forte tendance syncrétique. Une exception est celle du chan (qui deviendra le zen au Japon) de l’école dite du Sud. Cette dernière rejette l’approche doctrinale traditionnelle, qualifiée de gradualiste, selon laquelle la délivrance ne s’acquiert qu’à la suite d’un long processus de méditation, au nom d’un éveil subit qui postule que la délivrance peut intervenir à n’importe quel moment. Le chef de file de l’école du Sud, Shenhui (670-762), s’en prend violemment à ses rivaux de l’école Chan du Nord en 732. Son activisme, exceptionnel parmi les bouddhistes chinois, lui vaut d’être envoyé en exil.

Au Japon, où les courants doctrinaux ont eu tendance à se durcir en « sectes », on trouve des exemples d’intolérance plus familiers à un observateur occidental. Ainsi, la secte de la Terre pure (Nembutusu), fondée par Hônen Shônin (1133-1212), dont les disciples, dans leur dévotion exclusive au bouddha Amida, jugent inutiles les anciens cultes (aux autres bouddhas, mais surtout aux kamis japonais) – minant par là-même les fondements religieux de la société médiévale. C’est pour réagir contre cette intransigeance, qui a conduit certains des adeptes de cette secte à l’iconoclasme, que ses rivaux la dénoncent et cherchent à la faire interdire. Hônen Shônin est envoyé en exil en 1207, et sa tombe est profanée quelques années plus tard.

Quant au maître zen Dôgen (1200-1253), fondateur de la secte Sôtô, il s’en prend à l’« hérésie naturaliste » – terme sous lequel il désigne pêle-mêle l’hindouïsme, le taoïsme, le confucianisme, et un courant rival du sien, l’école de Bodhidharma (Darumashû). Les termes par lesquels il condamne deux moines chinois, assassins présumés du patriarche indien Bodhidharma, en les qualifiant notamment de « chiens », sont caractéristiques d’un nouvel état d’esprit polémique. Une telle attitude a de quoi surprendre chez un maître en principe « éveillé », que l’on a voulu présenter comme l’un des principaux philosophes japonais.

Cet esprit se retrouve chez Nichiren (1222-1282), fondateur de la secte du même nom, qui se prend pour un prophète persécuté. Nichiren dénonce en particulier le zen comme une « fausse doctrine » qui n’attire que les dégénérés. Mais aucune des autres écoles du bouddhisme japonais ne trouve grâce à ses yeux. A l’en croire, « les savants du Tendai et du Shingon flattent et craignent les patrons du nembutsu et du zen ; ils sont comme des chiens qui agitent la queue devant leurs maîtres, comme des souris qui ont peur des chats » (Georges Renondeau, La Doctrine de Nichiren, Puf, 1953).

Il faut enfin mentionner les luttes intestines qui opposent, au sein de la secte Tendai (tendance majoritaire du bouddhisme japonais du viiie au xiiie siècle), les factions du mont Hiei et du Miidera. A diverses reprises, les monastères des deux protagonistes sont détruits par les « moines-guerriers » du rival. Les raids périodiques de ces armées monacales sur la capitale, Kyôto, défrayent les chroniques médiévales. C’est seulement vers la fin du xvie siècle qu’un guerrier à bout de patience, Oda Nobunaga (1534-1582), décide de raser ces temples et de passer par le fil du sabre les fauteurs de troubles.

Fondamentalismes bouddhiques

Les rapports du bouddhisme et de la guerre sont complexes. Dans les pays où il constituait l’idéologie officielle, il fut tenu de soutenir l’effort de guerre. Il existe également dans le bouddhisme tantrique un arsenal important de techniques magiques visant à soumettre les démons. Il fut toujours tentant d’assimiler les ennemis à des hordes démoniaques, et de chercher à les soumettre par le fer et le feu rituel.

Avec la montée des nationalismes au xixe siècle, le bouddhisme s’est trouvé confronté à une tendance fondamentaliste. Certes, la chose n’était pas tout à fait nouvelle. Dans le Japon du xiiie siècle, lors des invasions mongoles (elles-mêmes légitimées par les maîtres bouddhiques de la cour de Kûbilaï Khân), les bouddhistes japonais invoquèrent les « vents divins » (kamikaze) qui détruisirent l’armada ennemie. Ils mirent également en avant la notion du Japon « terre des dieux » (shinkoku), qui prendra une importance cruciale dans le Japon impérialiste du xxe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bouddhistes japonais devaient soutenir l’effort de guerre, mettant leur rhétorique au service de la mystique impériale. Même Daisetz T. Suzuki, le principal propagateur du zen en Occident, se fera le porte-parole de cette idéologie belliciste.

Plus récemment, c’est à Sri Lanka que cet aspect agonistique a pris le dessus, avec la revendication d’indépendance de la minorité tamoule, qui a conduit depuis 1983 à de sanglants affrontements entre les ethnies sinhala et tamoule. Le discours des Sinhalas constitue l’exemple le plus approchant d’une apologie bouddhique de la guerre sainte. Certes, il s’agit d’un fondamentalisme un peu particulier, puisqu’il repose sur un groupe ethnique plutôt que sur un texte sacré. Il existe bien une autorité scripturaire, le Mahâvamsa, chronique mytho-historique où sont décrits les voyages magiques du Bouddha à Sri Lanka, ainsi que la lutte victorieuse du roi Duttaghâmanî contre les Damilas (Tamouls) au service du bouddhisme. Le Mahâvamsa sert ainsi de caution à la croyance selon laquelle l’île et son gouvernement ont traditionnellement été sinhalas et bouddhistes. C’est notamment dans ses pages qu’apparaît le terme de Dharma-dîpa (île de la Loi bouddhique). Il ne restait qu’un pas, vite franchi, pour faire de Sri Lanka la terre sacrée du bouddhisme, qu’il faut à tout prix défendre contre les infidèles. Ce fondamentalisme est avant tout une idéologie politique.

Mentionnons pour finir un cas significatif, puisqu’il met en cause la personne même du dalaï-lama, le personnage qui personnifie aux yeux de la plupart l’image même de la tolérance bouddhique. Il s’agit du culte d’une divinité tantrique du nom de Dorje Shugden, esprit d’un ancien lama, rival du cinquième dalaï-lama, et assassiné par les partisans de celui-ci, adeptes des Gelugpa, au xviie siècle. Par un étrange retour des choses, cette divinité était devenue le protecteur de la secte des Gelugpa, et plus précisément de l’actuel Dalaï-Lama, jusqu’à ce que ce dernier, sur la base d’oracles délivrés par une autre divinité plus puissante, Pehar, en vienne à interdire son culte à ses disciples. Cette décision a suscité une levée de boucliers parmi les fidèles de Shugden, qui ont reproché au dalaï-lama son intolérance. Inutile de dire que les Chinois ont su exploiter cette querelle à toutes fins utiles de propagande. L’histoire a été portée sur les devants de la scène après le meurtre d’un partisan du dalaï-lama par un de ses rivaux, il y a quelques années. Par-delà les questions de personne et les dissensions politiques, ce fait divers souligne les relations toujours tendues entre les diverses sectes du bouddhisme tibétain.

Même s’il ne saurait être question de nier l’existence au coeur du bouddhisme d’un idéal de paix et de tolérance, fondé sur de nombreux passages scripturaux, ceux-ci sont contrebalancés par d’autres sources selon lesquelles la violence et la guerre sont permises lorsque le Dharma bouddhique est menacé par des infidèles. Dans le Kalacakra-tantra par exemple, texte auquel se réfère souvent le dalaï-lama, les infidèles en question sont des musulmans qui menacent l’existence du royaume mythique de Shambhala. A ceux qui rêvent d’une tradition bouddhique monologique et apaisée, il convient d’opposer, par souci de vérité, cette part d’ombre.

BERNARD FAURE

Professeur à l’université de Stanford, Californie. Auteur notamment de Bouddhisme , Liana Levi, 2001 ; Bouddhismes, philosophies et religions , Flammarion, 1998.

Vingt-cinq siècles de bouddhisme

Le bouddhisme est né d’une réforme de la religion védique. Les trois grandes traditions bouddhistes visent à atteindre la fin des douleurs, engendrées par la succession des vies sur terre, par l’accès à l’état de sainteté.

– La première version du bouddhisme (theravâda, ou voie des anciens, appelée par dérision « petit véhicule » par ses adversaires issus de la réforme mahâyâna) défend que seuls les moines peuvent accéder au salut. De l’Inde, le theravâda a conquis toute l’Asie du Sud-Est. S’il a survécu au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Myanmar, il a été supplanté par l’islam en Indonésie et Malaisie.

– La réforme mahâyâna (« grand véhicule ») stipule que chacun peut accéder au salut par une vie de mérites. Le mahâyâna a gagné la Chine, puis la Corée et le Japon, n’hésitant pas à se fondre dans de vastes systèmes syncrétiques destinés à lui assurer son succès par l’élaboration de cosmogonies compatibles avec les cultes qui lui préexistaient (taoïsme, confucianisme et culte des ancêtres en Chine ; taoïsme, confucianisme et chamanisme en Corée ; shinto – culte des esprits proche du chamanisme dans sa version d’origine – au Japon…).

– Quant au vajrayâna (« véhicule de diamant »), ou lamaïsme, ou encore bouddhisme tantrique, qui prône le salut par l’étude ésotérique, il est surtout présent au Tibet et en Mongolie. Issu du mahâyâna, il a souvent intégré dans son culte des éléments des religions indigènes : bön au Tibet, chamanisme en Mongolie.

Le bouddhisme compte aujourd’hui, selon les estimations, de 300 à 600 millions d’adeptes, dont 50 à 100 millions pour le theravâda (Sud-Est asiatique), le solde étant mahâyâna (dont la Chine, avec 100 à 250 millions d’adeptes). Le vajrayâna regroupe de 10 à 20 millions de pratiquants. La production littéraire des diverses écoles en Occident, par laquelle on peut se documenter sur le bouddhisme, est d’importance variée : l’essentiel est produit par une école tibétaine et une ou deux écoles du zen… des courants minoritaires au regard du bouddhisme tel qu’il est pratiqué dans le monde.

L’EXPANSION DU BOUDDHISME

Au départ limité au nord de l’Inde, le bouddhisme n’est alors présent que par la voie du theravâda. Sa doctrine se répand en Inde, à Sri Lanka et à l’ensemble du Sud-Est asiatique, tant continental qu’insulaire, mais aussi en Mongolie. Mais très vite, à partir du siècle suivant, une réforme le divise en deux grands courants qui vont eux-mêmes se fragmenter en multiples écoles, ou sectes. C’est donc le bouddhisme mahâyâna qui se répand en Chine dès le iie siècle de notre ère, par le biais des routes commerciales qui convergent vers Chang’an, capitale de l’empire Tang du viie au xe siècle). De là, il atteint rapidement la Corée et le Japon, des pays sous influence culturelle de l’empire du Milieu.

LE CAS JAPONAIS

Dans un premier temps, des moines chinois importent au pays du Soleil levant les doctrines de leurs écoles et fondent six sectes (copiées sur les modèles continentaux) à Nara, capitale impériale. L’empereur Kammu, au viiie siècle, désireux de contrer l’ascendant de ces sectes, déplace la capitale à Kyôto et favorise l’expansion de deux sectes « officielles », Tendai et Shingon, influencées par le tantrisme et le shinto.

Jusqu’au xiiie siècle, le bouddhisme reste réservé à l’élite, le peuple demeure shinto. Mais l’implantation de l’amidisme, propagé depuis la Chine, la fondation du nichirénisme et l’arrivée du zen propagent le bouddhisme dans toutes les couches sociales.

– L’amidisme postule que tout un chacun peut accéder au salut pour peu qu’il adhère à un credo très simple, qui parfois se rapproche de la magie (récitation d’une formule).

– Le nichirénisme voit dans les autres écoles un danger pour l’unité du bouddhisme, qu’il importe de combattre par tous les moyens. Il emprunte à l’amidisme son dogme simplifié.

– Le zen, plus élitiste, prône la recherche du salut par le dépouillement et la méditation.

Aujourd’hui, on estime approximativement que, sur 90 millions de Japonais officiellement bouddhistes, 30 sont amidistes, 30 sont nichirénistes, 14 sont shingon, 6 sont zen, 5 sont tendai, le solde se répartissant entre quelques dizaines d’autres mouvements.

LAURENT TESTOT


Mode: Les sionistes ont même inventé le look WASP ! (50 years of Ralph Lauren: How a Brooklyn-born son of Russian-Jewish immigrants almost single-handedly sold America and the world the old money New England look)

17 mars, 2019
Cheveux blancs, peau bronzée, sourire conquérant. Le petit Ralph Lifschitz - Lauren est un pseudo - s'est constitué un personnage taillé pour la publicité. Une image idéalisée de l'Amérique qui tapisse son bureau comme ses boutiques.
https://i.pinimg.com/originals/59/b7/6e/59b76ec056faf8a0816d30ef1b00e1c7.jpghttps://i.pinimg.com/originals/43/58/30/43583079d810c463669af4caa33bd32e.jpghttps://i0.wp.com/comm396-s16.ascjclass.org/wp-content/uploads/sites/20/2017/10/Royalty-Lauren-Ad-2.jpghttps://i0.wp.com/www.ivy-style.com/wp-content/uploads/2014/10/wallpaper.jpg https://i.etsystatic.com/14608849/r/il/019bbc/1608803273/il_fullxfull.1608803273_gcnp.jpg

Au début, on me disait : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? » Ralph Lauren
There were also people who thought that because I was Jewish, I had no right to create these preppy clothes. Harvard, Yale, Princeton. Ralph Lauren
Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? Mayo Methot
The novels of F. Scott Fitzgerald, for example are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale. Cooke
Not only will I not say that again, but I’ll be more thoughtful going forward in the way that I talk about our marriage, and also the way in which I acknowledge the truth of the criticism that I have enjoyed white privilege. So yes, I think the criticism is right on. My ham-handed attempt to try to highlight the fact that Amy has the lion’s share of the burden in our family — that she actually works but is the primary parent in our family, especially when I served in Congress, especially when I was on the campaign trail — should have also been a moment for me to acknowledge that that is far too often the case, not just in politics, but just in life in general. I hope as I have been in some instances part of the problem, I can also be part of the solution. Beto O’Rourke
It was the second apology O’Rourke made during the podcast. The first was for his writings as a teenager when he was a member of a group of activist hackers. Those writings, which came under the pseudonym « Psychedelic Warlord » and included a piece of fiction from a killer’s point of view, were revealed in a Reuters report. He said he was « mortified to read it now, incredibly embarrassed … whatever my intention was as a teenager doesn’t matter. » « I have to look long and hard at my actions, at the language I have used, and I have to constantly try to do better, » he said. The comments came as O’Rourke responded to a question about how he would combat white supremacy. O’Rourke criticized President Donald Trump, saying that Mexican and Muslim children « internalize it » when the President attacks them with a broad brush. He also criticized Trump’s response to the violence at a white supremacists’ rally in Charlottesville, Virginia, in 2017. « We also have to confront this racism, this xenophobia, this nativism and this hatred, or else I’m confident it will consume us. And so calling it out is part of it, and then setting an example of how we want to treat each other, » he said. CNN
The Vanity Fair cover photo of Beto O’Rourke, taken by Annie Leibovitz, is an apparent homage to the famous Time magazine portrait of Ronald Reagan when he was chosen as Man of the Year in 1980. (…) Reagan was shown in a blue shirt and jeans with a brown leather belt and his hands on his hips. (…) O’Rourke, a former Democratic Texas congressman, was photographed with a light-blue shirt, tucked into a pair of jeans and a leather belt. He is standing next to his truck on a dirt road and has his hands on his hips. (…) O’Rourke is entering a crowded field of candidates for the Democratic nomination. The latest Real Clear Politics average puts O’Rourke a distant 6th place with 5.3 percent. Former Vice President Joe Biden, who has not yet announced a bid, leads the pack in the high-20’s with Sen. Bernie Sanders, I-Vt., sitting in second place. O’Rourke exemplifies a new normal. None of the other major white progressive candidates—Bernie Sanders, Elizabeth Warren, or Kirsten Gillibrand—invoked God in their presidential announcements either. (Amy Klobuchar, who is running as a comparative moderate, did.) Today’s white liberals don’t only talk about faith less than their predecessors did. They talk about it in a strikingly different way. Earlier Democrats invoked religion as a source of national unity. (…) The implication was that religious observance was something Americans of both parties shared. Today, by contrast, progressive white candidates more often cite religion as a source of division. In his announcement video, O’Rourke boasted that during his Senate campaign in Texas, “people allowed no difference, however great or however small, to stand between them and divide us. Whether it was religion or gender or geography or income, we put our labels and our differences aside.” The only reference to faith in Warren’s announcement speech was an acknowledgment that “we come from different backgrounds. Different religions.” The lone reference in Sanders’s was a call for “ending religious bigotry.” While white progressives once described religion as something that brought Americans together, they’re now more likely to describe it as something that drives them apart. It’s not hard to understand why. For starters, the percentage of white Democrats who express no religious affiliation has skyrocketed. According to unpublished data tabulated for me last year by the Public Religion Research Institute (PRRI), 8 percent of white Democrats expressed no religious affiliation in 1990. By 2016, the figure was 33 percent. In 1990, white self-described liberals were 39 points more likely to describe themselves as Protestant than as religiously unaffiliated. By 2016, religiously unaffiliated beat Protestant by nine points. Secular Democrats haven’t only grown more numerous. They’ve also become some of the party’s most motivated activists. As The Atlantic’s Emma Green has noted, a PRRI poll taken last August and September found that Democrats who shun organized religion were more than twice as likely to have attended a political rally in the previous year than Democrats who identify with a religious group. The other reason liberal candidates more often describe religion as a source of division is the rise of Islamophobia and anti-Semitism. Before Donald Trump, Republican religious discourse was more ecumenical. The 2000 Republican convention featured a Muslim prayer, and George W. Bush regularly spoke about Americans who attended a “church, synagogue, or mosque.” In such an environment, it was easier for Democrats to depict an America divided by race, class, and gender but unified by religious faith, even if different Americans expressed that faith in different ways. Today, by contrast, since more Americans don’t practice a religion, and the president demonizes some of those who do, it’s more natural to describe religion as a rift to be overcome. But while there are legitimate reasons to talk about religion less (America has become a less religious country) and to describe it more negatively (religious bigotry has risen sharply), doing so could hurt Democrats such as O’Rourke in their efforts to defeat Trump. According to a 2016 Pew Research Center poll, while a small plurality of Democrats thinks politicians talk about religion too much, Republicans overwhelmingly think politicians talk about it too little. Among those Republicans are devout Christians who agree with Trump on abortion but consider him a detestable human being, and might be lured into voting against him by a Democrat who both spoke compellingly about a guiding faith and appeared to live by it. Democratic candidates might be tempted to pursue an opposite strategy: employing secular rhetoric to rouse their secular base. But the Democratic base isn’t overwhelmingly secular; it’s partly secular and partly religious. Republicans, by contrast, are overwhelmingly religious. Which may explain why, according to a 2017 study in the Journal for the Scientific Study of Religion, candidates who were perceived as secular experienced a “drop in Republican support that … was not balanced by an increase in Democratic support.” That’s partly because of African Americans. While many white Democrats want politicians to speak about religion less, black Democrats overwhelmingly want them to speak about it more. When asked in 2016 whether political leaders were talking about “their faith and prayer” too much or too little, black Protestants said “too little” by a larger margin than even Republicans. While only 41 percent of Democrats said it was very or somewhat important that a president shared their religious views, among black Protestants, the figure was 72 percent, again even higher than among Republicans. (…) For Harris and Booker, whose path to the Democratic nomination requires winning the black vote, religious language is a necessity. And the same religious language that helps them win over African Americans in the primary may help them win over Republicans in the general election. In their appetite for public professions of faith, black Democrats and white Republicans are similar. It’s white liberals who stand out. White progressives such as O’Rourke, Sanders, and Warren tacitly recognize that religion is no longer the force for national unity it once was. For Harris and Booker, the intriguing possibility is that it’s still unifying enough to propel them to the White House. The Atlantic
Let us count the ways in which college admissions are corrupt. They are corrupted by the reserving of spots for ‘legacy’ applicants. To qualify for one of these highly selective non-competitive places, you need to be born with forebears who attended your choice of college, and to be able to sit straight without drooling out of either corner of your mouth. Legacy places are essentially affirmative action for the wealthier sort of white people. They should not be confused with a more recent form of corruption, affirmative action for the wealthier sort of non-white people. Reserving a certain number of spots on the basis of race was originally intended to assist the upward mobility of black people, many of whose ancestors having been owned by the ancestors of the people who still monopolize legacy admissions. But these days, affirmative action effectively preserves the class advantages of any non-white applicant with good-enough SAT scores, and at the expense of a poorer non-white applicant. The exceptions to this rule are American applicants of East Asian and Indian background. These hard-working children of hard-working immigrants are penalized for their hard work and family values, and have to get higher SAT scores than other racial groups, especially African Americans. It is an inarguable fact that if America’s top colleges admitted students solely by academic merit and potential, their entire intake would be of Chinese and Indian extraction, with a sprinkling of Jews to make the jokes. All colleges rig the racial profile of their intake by explicitly racist measures. The Ivy League adds an extra layer of racial screening by insisting on ‘character’, which means impersonating the manners of white people. This is an elaborately cruel form of corruption which has grown out of the corruption of affirmative action, itself a corrective to the earlier corruption of college admissions by race and class. As William ‘Rick’ Singer is alleged to know, college admissions are openly corrupted by sporting ability. I’ve taught in what are laughably sold as top liberal arts colleges. Almost all the students on sports scholarships are semi-literate. They sleep through their lectures, which is understandable, given their rigorous training schedules. They pay their less athletic fellow students to write their papers for them, which is also understandable, given their selfless donation of their sporting talent to the community. They just sit there like sleepy bears, giving off a faint whiff of locker rooms and vanilla protein shake as they twiddle with their cellphones. College admissions are also corrupted by admitting foreign students who can’t speak or write English, but whose parents are willing to pay top dollar. It’s an open secret that many mainland Chinese and South Korean applicants to ‘top liberal arts colleges’ don’t write their application essays; either that, or their English goes into reverse after sending off the essays. But, just as you can’t fire an athlete, you can’t send the foreign students home. Finally, colleges are begging to be corrupted by donations. The more colleges replace merit with profiling on the basis of racial background, family connections, economic origin, or sporting ability, the greater the squeeze on the remaining places. This creates an incentive for bribery by ‘donation’. When colleges claim that they’re not swayed by donations, they’re lying. If they were serious about reducing the scope for bribery, they’d refuse to accept donations from families with applications active or imminent. William Deresiewicz, one of the few people to have taught at an American university and spoken honestly about the hollowing of the system, wrote a book in 2014 called Excellent Sheep. Deresiewicz believes that the risk-averse selection strategies of elite colleges have created a narrow and risk-averse elite. It now turns out that elite colleges do admit a wide and risk-embracing pool of applicants with low SAT scores — providing their parents pay a bit extra, or a lot. Everything is for sale in the American university except a decent liberal education. Money talks, and merit comes last. Huffman, Loughlin and the other parents are in court not just because they seem to have been blessed with children of inordinate stupidity, but because they grasped the rules of college corruption perfectly, and played the game the wrong way, and perhaps too well. William ‘Rick’ Singer knew the system so well that he created a simulacrum of the admissions process. He invented a fake charity, which is what most private colleges are. He paid competent students to sit entry exams, which happens all the time. He cut deals with sports coaches, rather than the coaches and the scouts cutting deals with the family. He obtained sports scholarships for students who didn’t lift a finger or a bat once they were in. And, like the elite schools, he extracted a fortune from suckers. When he gets out of prison, a brilliant career awaits, possibly as dean of a liberal arts college in Vermont. Dominic Green
J’ai commencé la vie entouré de tissus. Dans les années 60, les Français étaient parmi les moins bien habillés d’Europe. Les styles étaient conservateurs, ternes et inadaptés. J’ai commencé par briser cela et expérimenter avec des tissus sensuels comme le velours, des couleurs et des motifs audacieux et des motifs qui épousent le corps. J’étais sculpteur de mode et cela ne se faisait pas en France auparavant. (…) Notre boutique parisienne, White House, a ouvert ses portes en 1963 et c’est ici que j’ai commencé mon parcours d’artiste. C’était la destination de jeunes créatifs comme le Drugstore Gang ou le Golf Drouot (une boîte de nuit du 9e arrondissement qui a donné naissance au mouvement collectif dit « ye-ye »). La mode pour les jeunes n’existait pas. Nous leur avons donné et avec cela une façon d’exprimer leur rébellion. A n’importe quel moment dans notre magasin, vous pouviez croiser Picasso, Dali, Gainsbourg, Dylan ou les Beatles. Quand j’ai commencé dans la mode, j’essayais de rompre avec le passé et au fil des années j’ai continué à le faire avec d’autres médiums. Il y a vingt ans, j’ai commencé à expérimenter la photographie et cela a été très enrichissant pour moi. Ainsi, je définis 50 ans de succès d’aimer ce que je fais et de pouvoir m’exprimer. Maurice Renoma
Dans les années 60, il a transgressé le dress-code masculin, habillé les célébrités, des Stones à Giscard en passant par Dylan. Maurice Renoma (…) a pourtant signé son époque. (…) Il n’a vêtu que les gens qu’il fallait : les fils à papa du lycée Janson de Sailly (nid à fric et à chic en face duquel il a sciemment établi sa boutique) et, côté star, tout le gratin pop : Dutronc, les Beatles, les Stones, Dylan, Gainsbourg, Nino Ferrer… Dans les années 70, ce seront Giscard ou Mitterrand et Peyrefitte qui porteront le costume obligatoire. S’il n’a pas le goût de la chaîne – «j’ai ouvert soixante boutiques, je les ai toutes refermées trois ans plus tard» -, Renoma a un sens très particulier de la com. Très tôt, alors que la maison est encore celle de son père, tailleur traditionnel auprès de qui il travaille avec son frère Michel, à la périphérie du Sentier, le futur styliste passe ses nuits à écrire des lettres pour inviter journalistes et autres faiseurs d’opinion à venir se faire tailler un costume COSTARD. (…) A cette époque, comme à toutes les autres, les jeunes ont envie de casser du vieux, de faire les dandys. Sauf que contrairement à d’autres époques, certains en ont les moyens, idéologiquement et économiquement. C’est la fureur de vivre, la musique électrique et un choix cornélien : les Kinks ou le yéyé. Si l’on en croit l’ouvrage savant de Farid Chenoune, Des modes et des hommes (Flammarion, 1993), le «minet» est un de ces «adolescents entichés de musiques et de vêtements anglais qui les distinguent des yéyés dont ils méprisent les idoles artificielles et les tubes fabriqués. Jeunes gens de bonnes familles parisiennes en costume de velours cintré de chez Renoma ou fils d’employés banlieusards en imperméable de college-boy anglais, les minets seront des mods […], made in France, amateurs, comme leurs modèles, de rythm’n’ blues et du new sound des Rolling Stones, des Kinks, des Animals ou des Who, découverts en Angleterre pendant leurs vacances scolaires de lycéens privilégiés.» Jacques Dutronc, patron-minet et égérie involontaire de Renoma, en chantait une définition plus sexuelle due à Jacques Lanzmann : «J’ai pas peur des petits minets / Qui mangent leur ronron au Drugstore / Ils travaillent tout comme les castors / Ni avec leurs mains, ni avec leurs pieds.» Patrick Modiano, Patrick Eudeline ou François Armanet, les ont romancés. Ce dernier les a filmés dans la Bande du drugstore. Si Renoma devient leur couturier, Maurice s’en vante à peine et se contente d’expliquer son succès par un coup de bol : avoir été là au bon moment et être dans l’esprit du temps. La mode pour hommes existait à peine en France, il fallait l’inventer et il avait, comme le reste de sa génération, envie de tout fiche par-dessus bord. Les uns et les autres se retrouvèrent dans l’envie d’expérimenter. (…) A l’époque de Hara-Kiri, Maurice et Michel, qui sont d’origine juive polonaise, demandent une pub à Choron, gratos ou presque, en échange de costumes. Il leur pond une blague nazie avec des photos de Hitler habillé en Renoma. La boutique venait d’ouvrir, et «trois mille» anciens déportés et membres de la Licra sont venus manifester rue de la Pompe. «Je suis sorti pour dire qu’on n’y était pour rien, ça n’a pas trop mal marché.» Pierre Aidenbaum (aujourd’hui maire du IIIe arrondissement), un ancien camarade de classe qui était à la Licra, prend alors sa défense. «N’empêche que ma boutique aux Galeries Lafayette a sauté et que je n’ai plus pu acheter de tissus rue des Francs-Bourgeois pendant dix ans. » Libération
Ralph Lifschitz, dit Ralph Lauren (né le 14 octobre 1939 à New York), est un entrepreneur et un styliste américain, fondateur de la marque homonyme ; il est également un symbole du style preppy et du prêt-à-porter américain. Ralph Lauren est né dans le Bronx à New York, de parents immigrés juifs de Russie : Frank et Frida Lifschitz. Son père était peintre en bâtiment. Il habite dans le même quartier que Calvin Klein, de deux ans son cadet. Les deux enfants se connaissent alors simplement de vue. Ils se soutiendront par la suite dans leur carrière respective. Dès son plus jeune âge, Ralph commença à travailler après l’école pour s’acheter d’élégants et onéreux costumes. (…) À l’âge de seize ans, Ralph et son frère aîné Jerry changent leur nom de famille Lifschitz en Lauren, à cause de moqueries de leurs camarades de classe sur ce patronyme. Le choix de « Lauren » viendrait de l’actrice Lauren Bacall, une incarnation du « rêve américain ». Certains considèrent pourtant ce changement comme un déni de leur héritage juif mais Ralph jugeait cela nécessaire pour le succès. Il étudie la gestion au City College de New York, qu’il quitta après deux ans, sans diplôme. De 1962 à 1964, il sert dans l’Armée américaine, affecté dans un centre d’entrainement, Fort Dix dans le New Jersey. (…) Passionné de mode et sans avoir étudié dans une école de stylisme, il devient vendeur dans différentes boutiques. Il se fait embaucher chez Brooks Brothers en tant que vendeur, dans leur boutique de Madison Avenue. Ses idées de nouvelles formes et couleurs n’étant pas retenues, il décide de créer une collection de cravates, très larges et à rayures, en expliquant que c’est à travers des cravates que les hommes de l’époque pouvaient s’exprimer. Ces cravates sont fabriquées à son compte et il démarche lui-même des magasins. Après un premier refus, Bloomingdale’s accepte de les vendre. (…) souhaitant créer sa propre marque, fasciné par le style chic des WASP (sans pour autant rêver de faire partie de ce monde) ainsi que du « rêve américain » (…) Il (…) emprunte 50 000 dollars (…), ce qui lui permet d’ouvrir une boutique de cravates où il vend notamment sa propre marque nommée Polo. Un an plus tard, il élargit à la vente de chemises et autres vêtements pour homme. (…) il crée, à la demande de sa femme, une ligne pour les femmes taillée dans un style masculin. Cette ligne voit pour la première fois l’emblème de la marque : le cavalier joueur de polo. En 1972, il diffuse ses fameux polos à manches courtes sortis dans plus de 24 coloris. Les polos deviennent bientôt un classique. Ralph Lauren gagne la reconnaissance du public en fournissant la garde-robe du film Gatsby le Magnifique. En 1984, il transforme la « Rhinelander Mansion », l’ancienne maison des photographes Edgar de Evia et Robert Denning, en vitrine pour Polo Ralph Lauren. Au cours des années 1980, il se lance dans la production d’accessoires pour la maison, afin de diversifier la gamme de produits de sa compagnie. C’est plus tard dans les années 1990, qu’il lance la ligne Polo Sport avec laquelle il connaît un grand succès. De cette marque Polo, il y a aussi des incontournables comme la chemise Oxford Col pointe boutonne, les pantalons Chinos, les deux très preppy, les vestes en tweed, les chemises en denim et en chambray. Le 11 juin 1997, la marque Ralph Lauren entre en bourse, au New York Stock Exchange, avec pour symbole RL. En 2007, Ralph Lauren a 35 boutiques aux États-Unis et 23 villes distribuent Ralph Lauren Purple Label. (…) En 2014, l’entreprise compte plus de 300 boutiques dans 80 pays, pèse 13 milliards de dollars en bourse et génère 6,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Ralph et sa femme Ricky, personnalité des Hamptons, ont deux fils et une fille (…) En 2012, sa fortune est estimée 7,5 milliards de dollars, ce qui la classe comme la 122e personne la plus riche au monde. (…) Il possède une villa à la Jamaïque, un manoir dans le Connecticut, une maison dans les Hamptons, un ranch dans le Colorado et un appartement dans l’Upper East Side, à Manhattan. (…) Ralph Lauren est aussi connu pour être un collectionneur automobile de sport et de luxe. Il est d’ailleurs fasciné par leur esthétique et l’histoire des concepteurs comme Enzo Ferrari ou Ettore Bugatti. Il possède, en 2011, 70 voitures de collection, qui sont stockées à Katonah, dans l’État de New York. (…) 17 des voitures de sa collection ont été exposées deux fois à Paris au Musée des arts décoratifs. Ces voitures, dont certaines ont plus de 80 ans, retracent l’histoire de l’automobile sportive de 1929 à 1996. (…) La Polo Ralph Lauren Foundation soutient des initiatives de traitement du cancer, d’assistance et d’éducation dans les communautés défavorisées. Wikipedia
Betty Joan Perske naît le 16 septembre 1924 dans le quartier du Bronx à New York. Elle est la fille unique de Natalie (née Weinstein-Bacal), une secrétaire, et de William Perske, un vendeur. Ses deux parents sont issus de l’immigration juive de l’Europe centrale. Lauren Bacall rapporte dans ses mémoires que sa mère, née à Ellis Island, a ses racines en Roumanie et son père est né dans le New Jersey de parents immigrés originaires de la région de Valojyn en Biélorussie. Elle confie également qu’elle aurait fait de ses origines sa force intérieure. Betty n’a que cinq ans quand ses parents divorcent. Elle est alors élevée par sa mère, qui la pousse à apprendre la danse et la comédie. Elle ne voit plus beaucoup son père et est très proche de sa mère. Elle décide de prendre le deuxième nom roumain de sa mère, Bacall. À l’adolescence, pendant ses études secondaires à la Julia Richman High School (en) à New York, Lauren Bacall entame une carrière de mannequin au Garment Center. Parallèlement, elle fait de petites apparitions sur scène à Broadway. En 1941, elle quitte l’école et commence des études à l’American Academy of Dramatic Arts, où elle côtoie Kirk Douglas, alors qu’elle cumule un emploi d’ouvreuse de cinéma et de mannequin. Engagée par le magazine Harper’s Bazaar en 1942 comme mannequin, elle en fait la couverture en mars 1943. Elle apparaît aussi dans Vogue. Elle se fait remarquer pour « sa grâce féline, ses cheveux blond épais et ses yeux bleu-verts ». Elle fait ses débuts sur les planches à Broadway en 1942, à l’âge de 17 ans dans Johnny 2 X 4. (…) Durant la période où elle continue à être mannequin, la femme d’Howard Hawks, Nancy, tombe sur la couverture du Harper’s Bazaar Magazine et presse son mari de lui faire passer une audition pour Le Port de l’angoisse. Cette dernière voit en elle la possibilité de réaliser l’ambition de son mari qui consiste à « créer » un nouveau profil de star de cinéma. (…) Hawks lui fait changer son prénom pour Lauren et Perske adopte définitivement le deuxième nom de sa mère, Bacall ; Lauren Bacall devient son nom de scène définitif (il y ajoute un « l », le nom de jeune fille de sa mère étant « Bacal »). Nancy Hawks la prend sous son aile. Nancy lui apprend à s’habiller de manière sophistiquée, la guide en matière d’élégance, dans ses goûts et manières. Howard Hawks demande à Bacall de s’entraîner à avoir une voix plus basse, profonde et sexy. Lorsqu’il l’emmène à Hollywood, il lui fait prendre des cours auprès d’un moniteur vocal pour abaisser la tonalité de sa voix et en faire l’archétype de la femme fatale. Lorsqu’Howard Hawks lui annonce qu’elle aura pour partenaire Humphrey Bogart, Lauren Bacall ne se montre guère enthousiaste, indiquant qu’elle aurait préféré jouer avec Cary Grant12. Le tournage est marqué par deux événements importants pour Bacall. Premièrement, elle est terrifiée par la caméra et garde la tête baissée contre sa poitrine, levant seulement les yeux pour regarder son partenaire. C’est de là que lui vient son surnom « The Look ». Ceci reste comme sa marque de fabrique. Deuxièmement, sa relation avec Bogart quitte le registre professionnel et les deux acteurs entament une relation amoureuse, au grand dam de Hawks. L’alchimie entre les deux acteurs est visible à l’écran et la réplique de Bacall à Bogart « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez ! » est classée à la 34e place dans le « Top 100 » des répliques les plus mémorables de l’American Film Institute. Le film est un succès et, à seulement dix-neuf ans, avec sa voix rauque si particulière, sa carrière est lancée. Elle va désormais « incarner la femme fatale du film noir et de la comédie sophistiquée, personnifiant un idéal de beauté à la fois androgyne et féminin ». (…) Lauren Bacall épouse Humphrey Bogart le 21 mai 1945 à Mansfield, dans l’Ohio. Pour elle, il quitte sa femme Mayo Methot, qui lança à Lauren Bacall : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…)  Lauren a 20 ans et Bogart 45 ans. (…) Lauren Bacall était la cousine germaine de Shimon Peres, né Szymon Perski, ancien président de l’État d’Israël et Lauréat du prix Nobel de la paix. Wikipedia
Preppy ou preppie, souvent utilisé sous le diminutif prep, est un style vestimentaire à tendance sportswear, un courant de mode, ayant pour origine les milieux de l’upper class (en) WASP de la Côte Est des États-Unis aux environs des années 1950, puis répandu entre autres dans les Hamptons plus au sud. Ce style, au départ élitiste par ses origines, est l’héritier de l’Ivy League apparu dans le groupe éponyme des grandes universités américaines ainsi que du Bobby-soxer. Son étymologie vient de « preparatory » (élève de classe préparatoire à l’université ; le terme est inventé par Erich Segal dans les années 1970, où ce style devient un classique après la sortie du film Love Story et le lancement peu de temps après d’une collection du styliste Ralph Lauren parmi ses premières. Ses représentants, pour la plupart de grandes entreprises américaines de prêt-à-porter, sont principalement l’historique J. Press (en) symbole du style Ivy League à l’origine, Brooks Brothers1, Paul Stuart (en), le mondialement connu Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, également Fred Perry, marque immortalisée par Kennedy, J.Crew et Kate Spade dans une moindre mesure, ou plus récemment Vineyard Vines ainsi que le styliste Marc Jacobs. Pour les marques d’origine européenne, Lacoste, qui a rencontré un grand succès aux États-unis, ou plus tard Daniel Crémieux, sont des entreprises emblématiques de ce style. Le look preppy se caractérise symboliquement pour les hommes par des mocassins type « penny loafer » ou des chaussures-bateau (tels que ceux de la marque Sebago), un pantalon Chino ou type Nantucket Reds, un polo ou une chemise Oxford, une cravate reprenant les couleurs de l’université. Par extension, une sweat-shirt également aux couleurs de l’université et à larges écritures, ou une veste anglaise Barbour peuvent être un élément classique de la tenue définie comme « preppie ». Pour les femmes, des sandales en cuir aux pieds, le short ou la robe (notamment celles de Lilly Pulitzer), ou une jupe le plus souvent à motifs tartan. Les vêtements ont parfois un rapport avec les sports, dont le tennis ou le bateau ; Tommy Hilfiger précise que « l’esprit marin est la base même du preppy américain, ce style sportswear que l’on adopte chez nous, même pour aller travailler. » Le preppy, bien que très différent par ses symboles vestimentaires, est parfois comparé au « Bon chic bon genre ». Wikipedia
New England is home to four colleges that comprise the Ivy League athletic conference: Harvard, Yale, Brown and Dartmouth. The other colleges – Princeton, Cornell, University of Pennsylvania and Columbia – are also in the Northeast. In the conformist 1950s, students at these colleges popularized the Ivy League look, which had its roots in the conservative styles of New England. For men, the Ivy League look consisted of a suit with a narrow-shouldered unfitted jacket, worn with a button-down shirt, skinny tie, and penny loafers (preferably Bass Weejuns). Charcoal gray and olive were the preferred colors. Chinos and tweed blazers offered a casual alternative. The look spread beyond campuses to young men in all parts of suburban America where details such as buckle straps from Ivy trousers were transplanted to caps, shirts, and shoes. High school students wore a more extreme four-button jacket bearing the name « Jivey Ivy. » By 1960, most men sported modified Ivy models that incorporated unpadded shoulders, narrow lapels, and tapered trousers. Brooks Brothers, a citadel of conservatism, came to the forefront as the Ivy League style became popular. When the young John Fitzgerald Kennedy, a senator from Massachusetts, became the president of the United States, the Ivy League look reached the White House. Ivy League women wore cashmere twin sets, Shetland sweaters, or blazers with kilts or tweed skirts. In the summer, blouses with peter pan collars were worn with Bermuda shorts. A pearl necklace set off any outfit. The Ivy look is well bred, understated, but not fussy. Many New England men and women held to the conservative, classic styles that compromised the Ivy League look during the sartorial upheavals of the 1960s and 1970s. In the late 1970s, conservative styles once again seemed right for the times, and the Ivy League look resurfaced as the preppy look. The essential ingredients for the male preppy wardrobe included a conservative gray flannel suit, preferably made by Brooks Brothers, a long-time favorite label of New Englanders. For less formal wear, button-down oxford shirts or Lacoste polo shirts worn with khakis or corduroys sufficed. Other favorites included Harris Tweed jackets, down vests, Burberry tench coasts, L.L. Bean field coats, and camel hair Polo coats. Preppy women wore female versions of masculine styles: khaki, flannel, or corduroy slacks; a kilt or plaid skirt, a blazer or tweed jacket; and a Shetland or Fair-Isle sweater over a ruffle-necked white blouse or cotton turtleneck. Preppy styles for women were rather androgynous: female versions of the men’s styles produced by the same companies. Both genders wore clothes of Indian madras, a cotton plaid fabric that had first become popular in the early 1960s. Shoes common to both men and women were loafers or Sperry Top-Siders (boat shoes). Socks were optional. Men donned wing tips for dressy affairs while women wore simple pumps.vLike the Ivy League look before it, the preppy look emphasized the wearing of classic fabrics from natural fibers. The only departure from conservative dressing was the bright pink and green color combinations seen in preppy ensembles. Preppy clothes were well made, with attention to detail. Brand names were important. The American designer Ralph Lauren has built a financial empire on fashions inspired by this old money New England look. Michael Sletcher
The clothes look good in magazines, but look older in stores. I would never buy Polo at full price. Christina
Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream. I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. Gvasalia
Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist. More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. The Washington Post
Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place. Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you. It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money. [but] Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale. (…) Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation. For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren. At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like? Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. » lLauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time. (…) However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. (…) At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life. (…) Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini. (…) It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success. (…) As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look. Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them. The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it. (…) Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd. (…) Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. (…) By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. (…) The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million. Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically. (…) Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst. Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell »; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit »; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla »; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms ». The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. (…) Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. (…) The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. » Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America. (…) And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. (…) Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012. Racked
L’empire Ralph Lauren était à l’origine une ligne de cravates! Près de 40 ans après sa création, la marque est devenue un symbole américain, au même titre que Coca-Cola ou Ford. Ce qui l’inspire: les symboles américains, le cinéma, l’univers des cow-boys, des personnalités comme Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald… (…) Jamais provocant, toujours propret, le style Ralph Lauren a séduit par son alliage de praticité et d’élégance discrète. Refusant de jouer le jeu de la mode périssable, Ralph Lauren a préféré produire des pièces indémodables, comme son célèbre polo. Dans les années 70, lorsqu’il se lance dans le prêt-à-porter féminin, il crée des pièces élégantes et simples. Ses tailleurs sont soignés, ses chemisiers impeccables et ses jupes toujours bien taillées. Résultat, la marque preppy a fini par représenter la bonne société américaine, prospère et distinguée. Utilisant à foison le bleu, le blanc et le rouge (les couleurs du drapeau américain), Ralph Lauren cultivera avec soin cette image très américaine, puisant notamment ses références dans l’univers du western (le jean, le cuir et les imprimés Navajos…). Homme d’affaire redoutable, il diversifiera ses activités dans les années 80, produisant également des accessoires pour la maison. Dans les années 90, sentant que les Américains se préoccupent de plus en plus de leur santé et de leur forme physique, Ralph Lauren lancera sa ligne Polo Sport qui connaît un important succès populaire depuis. Elle (Québec)
Qui ne se souvient pas des sweats estampillés Harvard et des pulls nonchalamment posés sur les épaules d’Ali MacGraw et de Ryan O’Neal dans Love Story? En 1970, Erich Segal inventait le terme « preppy ». Abréviation de « preparatory » (élève de classe préparatoire ), ce mot décrivait les jeunes Wasp (White Anglo-Saxon protestants) acceptés dans l’une des huit prestigieuses universités de l’Ivy League, sur la côte Est. Selon Segal, « l’une des caractéristiques du preppy est qu’il s’habille parfaitement au naturel »: chemises de polo, manteaux Barbour et chaussures de voile étaient les icônes d’un style populaire depuis 1933, lorsque les chemises brodées d’un crocodile créées par René Lacoste devinrent le dernier cri aux Etats-Unis. Prenant la relève pendant les années 1950 et 1960, des marques comme Brooks Brothers, J. Press et Fred Perry s’installent dans les campus et habillent les Kennedy. Le look est déjà devenu un classique quand, deux ans après la publication de Love Story, le jeune Ralph Lauren dévoile sa première collection complète pour femme: une allure 100% East Coast. Le créateur inspirera Perry Ellis ou Tommy Hilfiger, et même l’écrivain Lisa Birnbach (Ivy Leaguer invétérée elle-même), qui en 1980 publie Official Preppy Handbook, un guide satirique pour aspirants au prepdom aussitôt devenu un best-seller. « Ce style bostonien est facile à porter tout en étant très élégant », commente Gildas Loaëc, directeur artistique de Kitsuné, lui-même vêtu d’un sweat « I was in college Kitsuné ». « On parle beaucoup de son retour, ces dernières saisons, mais le preppy est un style intemporel. Il est simplement devenu plus médiatisé, donc moins associé à un certain statut social. » L’Express
Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film, Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance. La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée. (…) Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994). (…) Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même (éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne. Le Figaro
Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans. Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ». Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes. (…) La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice (…) Mayo Methot (…) A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » (…) L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité.  (…) Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. (…) La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. » Paris Match
J’adorais les vieux vêtements de l’armée, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » (…) Je suis passé entre les gouttes de ces époques. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. (…) Il ne faut pas non plus exagérer. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! (…) J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique. (…) Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. (…) Je fais de l’antimode. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. Ralph Lauren
Mon père est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires. David Lauren
On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. Bruce WeberL’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers. Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. (…) Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren. (…) Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. (…) Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine. (…) La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde. (…) un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr. (…) C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté… Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. (…) Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. (…) A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus. (…) Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. (…) Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures. (…) Ralph Lauren (…) emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. (…) Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977). Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises. Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode. (…) Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. (…) La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris. Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. (…)On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado. Le Monde

Après l’école, Supermanl’humourla fête nationale, Thanksgiving, les droits civiques, les Harlem globetrotters et le panier à trois points, le soft power, l’Amérique, le génocide et même eux-mêmes  et sans parler des chansons de Noël et de la musique pop ou d’Hollywood, la littérature, les poupées Barbie… le look WASP  !

A l’heure où face à la double menace du rouleau compresseur Trump et de la corbynisation de leur propre aile gauche …

Les Démocrates nous refont le coup du Reagan de gauche

Mais en plus jeune et, air du temps politiquement correct oblige, avec juste ce qu’il faut de culpabilité à la fois blanche et chrétienne

Et où, avec le nouveau scandale, nos médias font mine de découvrir le secret de polichinelle …

Du contournement systématique, face à la concurrence des nouveaux juifs d’Asie et derrière les dérives et le dévoiement de l’affirmative action et du système de « legacy », de la méritocracie universitaire par nos élites donneuses de leçon …

Devinez qui …

De ses racines judéo-russes de fils de violoniste devenu peintre en bâtiment …

Et de sa fréquentation assidue du cinéma et des terrains de polo …

A réussi presque à lui tout seul et, même au risque de la saturation, pendant si longtemps …

A incarner à l’instar de son ainée de Hollywood et coreligionnaire du Bronx à qui il empruntera le nom lui aussi emprunté

Ce fameux rêve américain repris en fait du look WASP …

Tant, à l’instar de notre Maurice Renoma national, d’origine juive lui aussi, du côté BCBG universitaire dit « preppy » …

Que du côté cowboy avec la version américaine du gentleman-farmer ?

Ralph Lauren, pur produit de l’Amérique

Il aurait voulu être Cary Grant mais a bâti son empire dans la mode. Ce fils d’immigrés juifs russes élevé dans le Bronx a réussi à vendre au monde entier l’image d’une Amérique fantasmée.

Marion Van Renterghem

Le Monde

23 août 2013

L’aventure a commencé là, 3220 Steuben Avenue, en plein cœur du Bronx, dans ce petit immeuble de cinq étages de brique rouge, avec ses escaliers métalliques dégringolant en biais sur la façade. C’est là que Ralph Lifschitz grandit avec sa soeur et ses deux frères après que ses parents, des juifs russes originaires de Pinsk, en Biélorussie, eurent choisi de tout quitter pour débarquer à New York. America ! America ! Le pays de la liberté et de tous les possibles, ils en avaient rêvé comme tant d’autres au point de s’entasser sur un bateau et de se jeter, affamés, dans la cacophonie des immigrés d’Ellis Island. Le père est peintre en bâtiment, artiste peintre à ses heures, le quartier du Bronx est alors ce qu’ils trouvent de mieux pour leurs moyens, avec ses rues calmes et ses grands parcs boisés. Une ambiance tranquille de la middle class américaine, aujourd’hui cernée, quelques pâtés de maison plus loin, par des zones délabrées et des repaires de dealers.

Près d’un siècle plus tard, à 73 ans, Ralph le New-Yorkais est un pur produit de l’Amérique. De l’épopée de ses parents, il se rend compte qu’il ne sait au fond pas grand-chose. Sont-ils partis avant ou après la révolution de 1917 ? Qu’ont-ils fui ? Il l’ignore. Ils n’étaient pas du genre à s’attarder sur le passé. On ne parlait pas yiddish à la maison mais sa mère, pratiquante, veillait au maintien des fêtes juives. « L’Amérique incite à regarder devant soi, pas derrière, constate leur fils. Il y a trop à faire quand on arrive ici. Les gens ne vous demandent jamais d’où vous venez. Mes parents étaient très gentils, peu éduqués, autodidactes, et ils se sont battus pour aller de l’avant. Je suis comme eux : je vis dans le présent, je pense à ce que j’ai à faire ici et maintenant, je ne me retourne pas. »

Même son propre nom ne le retient pas. A l’école qu’il fréquentait, juste à côté de l’appartement de Steuben Avenue, ce patronyme suscitait les moqueries. A la récré, haut-lieu des cruautés collectives, « Lifschitz » se transformait en gros mot, « Lif-shit », à coups de gros rires gras. Ralph Lifschitz a 16 ans quand il décide d’abandonner cette consonance encombrante. Le choix du pseudo lui vient sans peine. Le jeune homme juge plus commode de conserver ses initiales et il admire Lauren Bacall, l’une des incarnations de son rêve américain. Deux bonnes raisons pour décider du sort de sa métamorphose. En un tour de main, Ralph Lifschitz devient Ralph Lauren.

COW-BOY

Il y avait certes de l’ambition chez ce gamin du Bronx qui s’obstinait comme un fou à jouer au baseball et au basket-ball, malgré son 1,68 m. Il adorait le basket. Il courait comme un mille-pattes et compensait son handicap de taille par l’adresse et la stratégie. Il rêvait aussi d’être Joe DiMaggio, le champion de baseball qui avait épousé Marilyn. Ou une star de cinéma comme Cary Grant, son autre idole. « Mais je n’étais pas assez beau », dit-il avec coquetterie en attendant d’être contredit. Bref : sa carrière de sportif n’était pas convaincante, il ne prenait pas la voie d’Hollywood, il n’était pas particulièrement bon à l’école, n’avait rien à voir avec le stylisme, ne savait pas dessiner…

Qui aurait pu deviner que ce nom deviendrait celui de l’une des marques de vêtements les plus célèbres et les plus vendues dans le monde ? Que Ralph Lifschitz serait un jour le créateur de Polo Ralph Lauren, une multinationale cotée en Bourse, employant plus de 26 000 personnes et dont le chiffre d’affaires, 6,7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros) en 2013, dépasse celui des autres entreprises de vêtements de luxe, loin devant Giorgio Armani, son premier concurrent ? Que le petit cavalier de polo serait le logo universel des élites et des classes moyennes aisées de toute la planète, jusqu’aux Libanais qui avaient fui la guerre civile et arboraient leurs chemises « RL » en s’autobaptisant « Réfugiés de Luxe » ? S’il y a un mythe Ralph Lauren, il est dans ce chic populaire qui fonde son épopée de self made man. Une histoire si américaine.

Le mythe, en ce jour caniculaire du mois de juillet, porte un costume crème et une cravate noire, des chaussures noires, une chevalière en argent à l’annulaire. « Je suis plus souvent en jeans et en boots, mais il fait si chaud aujourd’hui… », dit-il comme pour s’excuser. La 122e fortune mondiale selon le magazine Forbes (classement 2012), avec une fortune évaluée à 7,5 milliards de dollars, est un homme doux et courtois, cool et raffiné, comme son immense bureau empli d’objets beaux et insolites. Une immense photographie de rodéo prise d’en haut, une bicyclette en chrome et cuir, des fauteuils design conçus par lui, des livres, des avions, tout un monde.

Il nous a conviée au 650 Madison Avenue, plus au sud que le pâté de maisons où sont réunies quelques-unes de ses somptueuses boutiques sur la même avenue de Manhattan. L’entrée est celle d’un banal gratte-ciel new-yorkais jusqu’à ce que l’ascenseur s’ouvre sur une autre planète : un immense patio tout en boiseries vernies et à la lumière tamisée, tel un vieil hôtel anglais, avec fauteuils clubs, canapés en cuir, lustres, peintures anciennes, sculptures d’animaux en bronze, pieds de lampe cuivrés, livres et magazines d’art sur les tables, coupelles de Smarties et autres bonbons colorés. Et des photos de Ralph Lauren, bien sûr.

C’est le péché mignon et le paradoxe de ce petit homme, pourtant curieux des autres et apparemment modeste : rares sont les murs de ses bureaux ou de ses boutiques, ou les pages de ses catalogues, où l’on ne retrouve pas plusieurs portraits géants de lui aux côtés de photos de cow-boys, de légendes d’Hollywood ou de voitures de collection. Ralph Lauren à cheval, Ralph Lauren sur la plage avec sa femme et ses enfants, Ralph Lauren jouant avec son chien, Ralph Lauren en blouson d’aviateur sur fond de villa atlantique, Ralph Lauren habillé en cow-boy dans son ranch du Colorado, Ralph Lauren en blazer et col roulé dans un intérieur cosy, Ralph Lauren au volant d’un roadster… Ralph Lauren himself, paisible, abouti, comme un emblème de sa réussite et de ses rêves. Un visage taillé pour le cinéma et les publicités des magazines : cheveux très blancs, peau très bronzée, yeux très clairs, paupières lourdes, sourire décontracté…

Dans le Bronx déjà, il s’était concocté un style. Un de ses voisins d’alors s’en souvient bien : un dénommé Calvin Klein, né Richer Klein. Il a grandi dans les mêmes rues, à quelques pâtés de maison de la famille Lifschitz. « On n’était pas amis, il avait deux ans de moins que moi, on se disait bonjour mais ce n’est qu’une fois devenus célèbres que nous nous sommes souvenus l’un de l’autre. On s’est toujours soutenus », raconte Ralph Lauren. « Il était plus âgé que moi mais je me souviens très précisément de lui, a rapporté de son côté Calvin Klein à l’occasion d’une conférence en 2011. Il s’habillait toujours de manière originale. Moi, j’étais plus marginal, plus provoc. Je voulais ressembler à un dur, comme James Dean. Ralph, lui, avait l’air de venir d’ailleurs. »

ÊTRE INDÉPENDANT

Ralph Lauren, en effet, ne s’habillait pas comme les autres. Toujours soigné, une façon d’être élégant sans luxe apparent, détournant des uniformes de leur usage premier : les vestes militaires, les polos des équipes locales de baseball et de basket-ball auxquelles il appartenait. « J’adorais les vieux vêtements de l’armée, explique-t-il, j’allais en acheter dans les surplus. J’avais des idées fixes. Par exemple, je voulais une veste indienne avec des franges. Il n’y en avait pas dans les magasins mais c’est ce que je voulais. Comme j’étais très athlétique, je portais aussi des vêtements de sport. J’allais beaucoup au cinéma, j’étais un fan de westerns. J’aimais Frank Sinatra, Fred Astaire, Cary Grant. Les films, les livres, les vitrines des magasins, les gens que je regardais, tout cela était dans ma tête, je fabriquais des histoires sans forcément m’en rendre compte. Peut-être parce que j’ai hérité de mon père peintre le sens du style et des couleurs, ces histoires se traduisaient sous une forme esthétique. Le sport, le western, les ranchers, les ouvriers… J’étais comme « romancé » par différentes vies. Au début, on me disait souvent : « Mais Ralph, tu viens du Bronx, tu te prends pour qui ? Pour un cow-boy, pour un gentleman-farmer anglais ? » Je répondais : « L’Amérique s’est faite avec des rêves. » »

Ralph Lauren a 20 ans quand commence l’explosion des Sixties, il a une trentaine d’années quand se généralise le mouvement hippie. Il a vécu une enfance heureuse dans le Bronx, il traîne désormais à Manhattan sur fond d’explosion des libertés individuelles, d’émancipation des femmes, de reconnaissance des droits civiques, de contestation de la guerre du Vietnam, de l’ordre établi, des élites, de la rigidité morale. Il s’amuse et profite de la vie sans prendre part à l’agitation politique. Au rock d’Elvis et de Jerry Lee Lewis il préfère les mélodies de Frank Sinatra et de Bob Dylan, et les paroles révoltées des Protest Songs ne sont pas sa préoccupation première. Ralph Lauren est déjà ailleurs, dans son monde à lui. « Je suis passé entre les gouttes de ces époques, explique-t-il. A ce moment-là, je formais mon style. Je retrouvais mes copains, on fumait, j’étais bohème, je portais la barbe et des baskets, mais je n’étais pas contestataire, pas hippie. J’avais les cheveux courts. Je n’ai pas fui l’armée, j’ai fait mon service militaire. Les hippies sont venus après moi, quand j’étais trop vieux pour l’être. J’aimais profondément l’Amérique comme je continue à l’aimer. »

Il ne sait pas dessiner. Mais il a ses rêves en tête. Une certaine idée de l’Amérique, un brassage confus de ses grands mythes, les mêmes qui avaient donné à ses parents la force de s’exiler. Il rêve de la conquête de l’Ouest. Il rêve du chic vestimentaire de la haute société WASP (White, Anglo-Saxon, Protestant) – nom américain donné aux premiers arrivés, blancs et protestants -, de ce que raconte le cinéma sur le look des étudiants des campus et l’ambiance des country clubs. Il rêve de ce que lui, l’enfant de la classe moyenne juive du Bronx, ne pouvait espérer posséder. « Il ne faut pas non plus exagérer, nuance-t-il. J’ai eu une enfance très heureuse, avec beaucoup d’amis. On n’était pas riches, je me rappelle avoir eu très envie d’un vélo et que mes parents n’avaient pas de quoi me l’offrir, mais je ne me sentais pas pauvre. J’étais juste comme tout le monde, attiré par ce que l’on n’a pas. Les pauvres rêvent de ce qu’ils pourraient s’acheter avec de l’argent. Les Chinois rêvent de s’habiller en Gucci. Et moi, je rêvais d’une veste à franges qui n’existait que dans les films ! »

Il est pressé de travailler, d’être indépendant, de gagner sa vie, de s’acheter une voiture de sport et de porter des vestes en tweed comme au cinéma. Il commence des études de gestion qu’il ne termine pas, fait son service dans un camp d’entraînement de l’armée à Fort Dix (New Jersey) puis, sans aucun diplôme, cumule les petits boulots. Il est animateur pour enfants, vendeur dans des magasins de mode. « J’étais bon vendeur, raconte-t-il. J’étais facilement convaincant car je ne travaillais que dans les magasins que j’aimais, pour vendre les vêtements que j’aimais. Cela a toujours été mon principe dans la vie : ne vendre aux autres que ce que je voulais pour moi-même. »

A force d’acheter en série des chemises de chez Brooks Brothers, son magasin préféré, il se fait embaucher dans une boutique de la marque sur Madison Avenue. Il fourmille d’idées, suggère de nouvelles formes, d’autres couleurs. Personne ne l’écoute. Pourquoi prêter attention à ce petit vendeur qui n’y connaît rien et n’a même pas fait d’école de dessin ? Lui voit ses idées sortir chez les autres. Et rumine son obsession : faire des cravates très larges. Il les a bien en tête, entrevues dans de vieux films et de vieilles photos de magazines. Il aime le style des années 1930, 1940, 1950, les vêtements des étudiants de la Ivy League (le peloton des meilleures universités), ce look Preppy de la Nouvelle-Angleterre, la manière dont la jeunesse aisée s’habillait sur les campus.

SANS ARTIFICE

Les cravates larges. Il est le seul à les vouloir. Il en fait fabriquer pour son compte, très larges avec des rayures, et démarche lui-même les grands magasins vêtu d’une veste en jean, ses cravates dans des sacs. Chez Bloomingdale’s, on regarde ça d’un air circonspect. OK pour les diffuser, à condition qu’elles soient plus étroites, et estampillées de leur label à eux. « J’ai refusé, raconte Ralph Lauren, j’ai refermé mon sac et je suis parti. J’étais content de moi. » Six mois plus tard, Bloomingdale’s le rappelle et lui prend ses cravates larges à rayures.

En 1967, un entrepreneur de mode, Norman Hilton, remarque ses cravates. Il lui fait une offre : « Accepteriez-vous de travailler pour moi ? – Non, lui répond le jeune homme, je veux créer ma propre maison. » Ralph Lauren lui emprunte 50 000 dollars et ouvre une ligne de cravates sous son propre label, Polo. Un succès. Il a 26 ans. Au bout d’un an, il élargit sa collection aux chemises et autres vêtements pour hommes, pas encore aux modèles pour femmes et enfants. Le petit joueur de polo fait son apparition. « J’aime le sport, je voulais ce symbole. J’étais fan de baseball mais ça n’aurait pas collé. Je voulais un sport plus stylé. Avec le polo, je pensais au play-boy dominicain Porfirio Rubirosa, collectionneur de femmes illustres, qui nous faisait envie. Je n’avais jamais joué au polo mais l’image de ce sport correspondait à ce qui me faisait rêver. Les chevaux, le côté play-boy, athlétique, esthétique, romantique… »Il fallait sans doute cela, être né juif dans le Bronx, pour avoir envie du contraire, les tenues décontractées arborées le week-end par les riches WASP, devenues les symboles de l’élite privilégiée, cultivée et raffinée de la Côte est. Il fallait peut-être naître pauvre dans le Bronx pour prendre conscience que les vêtements de sport représentaient une esthétique. Pour admirer ce style au point d’avoir été choisi par le réalisateur Jack Clayton pour habiller Robert Redford et Mia Farrow dans son Gatsby le Magnifique (1974), ou par Woody Allen pour Annie Hall (1977).

Mais ce ne sont pas les WASP qui fascinent Ralph Lauren. Ce qu’il cherche depuis ses débuts à Steuben Avenue, c’est un style. « Je n’ai jamais voulu vivre comme un WASP à la Gatsby, explique-t-il, aller de fête en fête comme dans un roman de Francis Scott Fitzgerald. Les clubs de sport ne me faisaient pas spécialement envie, et d’ailleurs je n’ai jamais fait partie d’aucun. Ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un mondain, je n’aime rien autant que la vie de famille. » Le photographe Bruce Weber, chargé des campagnes publicitaires Ralph Lauren depuis plus de quarante ans, renchérit : « On me demande toujours pourquoi les gens qu’il habille sont si « waspy ». On ne pourrait être plus loin de la vérité. Polo a été la première entreprise de mode à habiller un modèle afro-américain pour les magazines. Et il a construit un hôpital à Harlem spécialisé dans le traitement du cancer. » Ralph Lauren vient d’annoncer qu’il serait le mécène unique de la restauration de l’Ecole des beaux-arts à Paris pendant deux ans. Une manière de s’ancrer davantage dans la capitale de la mode pour cet Américain pur jus déjà décoré en 2010 de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, un fan notoire de ses chemises.

Le style Ralph Lauren est à l’image de l’homme : sans artifice, cool et fondamentalement heureux. Quand les créateurs de mode dessinent des vêtements, lui dessine sa vie rêvée, un style de vie inspiré du bonheur. De son enfance à son immense succès, rien n’a jamais semblé compliqué à l’enfant du Bronx. Il n’est pas un artiste, pas un créateur, ne prétend pas l’être : il observe, il détourne, il reproduit. Cela donne des vêtements élégants mais pas compliqués et pour tous publics, du sportswear aux habits de soirée, du décontracté à l’ultra-chic. Sophistiqués mais sans effet de coupes ou de motifs. Du western aux universités de la Ivy League, cela raconte l’histoire d’une Amérique fantasmée, se donne à tout le monde, jamais à la mode.

« Je fais de l’antimode, explique l’entrepreneur. J’ai mélangé le goût de l’Amérique pour la nouveauté au goût de l’Europe pour ce qui ne se démode pas. La veste en jean simple et bien coupée est un symbole de mon style. Mes vêtements correspondent à ce que je rêvais d’être, or je me rêve en différents personnages. En cow-boy, en athlète, en gentleman-farmer de la campagne anglaise, chacun n’étant pas conforme à la réalité mais à l’idée que je m’en fais. Je vois un gentleman farmer en boots et blouson de moto, il est comme ça dans mon rêve. Le style, c’est un rôle d’acteur, la représentation que vous vous faites de vous-même. Je me vends dans mes rôles, je me vends dans mes rêves. Je vends un idéal. » Selon son fils David, directeur de la communication et du marketing de l’empire, Ralph Lauren était même « très déçu, la première fois qu’il est allé en Angleterre, de constater que les gentlemen-farmers n’étaient pas habillés comme il l’avait imaginé. Mon père, analyse-t-il, est moins un styliste qu’un écrivain ou un cinéaste qui utilise les vêtements pour raconter des histoires ».

Celui qui ne sait toujours pas dessiner un croquis a sa façon bien à lui de faire du stylisme : en racontant à ses équipes les histoires qu’il imagine. « Généralement, je décris un film, un monde, un truc très romanesque. Par exemple, je pense à une fille et je me dis : « elle était riche, elle a perdu son argent. Elle est très séduisante mais n’a plus les moyens de s’habiller. Elle est cool. Elle trouve des fripes et elle les arrange elle-même. » J’explique ça à mon équipe. Ils prennent des notes et ils créent les habits pour cette fille-là. »

122e FORTUNE MONDIALE

Ralph Lauren est content de lui. « Voilà quarante-sept ans que je fais ce métier avec succès. Je me demande comment j’ai été capable de faire tout ça. » La 122e fortune mondiale sort peu, ne s’échappe de son travail qu’avec sa famille, ses chevaux et ses voitures de collection, dans l’une de ses cinq propriétés : sa villa à la Jamaïque, son manoir dans le Connecticut, sa maison dans les Hamptons, son ranch dans le Colorado, son logement principal du Upper East Side à Manhattan. Il est fier de sa famille : de son fils producteur, de sa fille qui a fondé une boutique de bonbons à Manhattan, de son autre fils, David, son possible successeur à la tête de l’empire. De sa femme Ricky, qu’il avait rencontrée chez son ophtalmologiste en 1964 et qui est « toujours la plus belle », comme il le constate fièrement à voix haute à l’occasion des cérémonies. De ses boeufs dont il exporte les steaks pour son restaurant français, Ralph’s, attenant à la boutique du boulevard Saint-Germain. Les plus chers de Paris.

Il y a un mystère Ralph Lauren. Sa vie, à l’exception d’une tumeur au cerveau dont il a réchappé, ressemble à un conte de fées. Son empire, il l’a bâti sans effort apparent. « On dit que le business est un monde de durs, moi je pense qu’on peut réussir sans être une brute », confie-t-il. Tout a l’air facile. Il y a chez lui la fluidité du geste des grands sportifs qu’il rêvait d’être : l’aboutissement d’un travail acharné dont on ne voit pas l’effort. « J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. » Que deviendra sa société après lui ? « Je ne sais pas. Je n’ai jamais rien planifié. J’ai pu me construire une carrière sans argent, à partir d’un rêve, en vendant des cravates. ça m’a toujours réussi. » On laisse le Gatsby de la Côte est sur le seuil de son patio aux boiseries vernies. Demain, il sera un autre de ses personnages, avec jeans, bottes et chapeau de cow-boy, dans son ranch du Colorado.

Ces marques emblématiques milieu de gamme du style américain sont aujourd’hui dessinées par des femmes. Une nouvelle vie?
Fabrice Paineau
L’Express styles
05/06/2014

Ils étaient beiges, ils étaient brillants. Les Américains et leur paradoxe. A la fin des années 1970, la mode américaine peut se résumer à ces deux nuances. D’un côté, cette envie WASP qui définit tout un mode de vie propre et distingué -un esprit vain dans un corps sain? De l’autre, la débauche disco et paillettes du Studio 54, avec l’émergence folle de nouveaux créateurs américains. Puis Gap. Le meilleur d’une entreprise d’uniformisation où le jean, le chino et la chemise blanche dessinent une ligne de goût de New York à San Francisco.

C’est dans cette ville de Californie du Nord que naît ce titan du denim pour tous, en 1969, parce que son créateur, Daniel Fisher, ne trouve pas le bon jean adapté à sa morphologie -et à sa taille. Gap comme fossé ou fossé des générations et la réponse la plus juvénile à une Amérique qui s’émancipe dans ses moeurs. De ce géant du textile naîtront d’autres modèles du retailing, qui inspireront les voisins d’en face comme Club Monaco, filiale de Ralph Lauren, ou encore J.Crew.

La mode américaine s’émancipe

Mais il aura fallu plus de soixante-dix ans d’une toujours jeune histoire du textile américain pour que Gap et consorts émergent. Car tout commence avec ce Portrait de Madame X du peintre John Singer Sargent (1856-1925). Elle est belle, son profil est altier, ses épaules sont dénudées et sa silhouette est mince. Voilà peut-être le premier acte d’une mode américaine qui privilégie les courbes, le corps et le confort d’une nation tout entière vouée à l’effort, donc au sport. La mode américaine naît de cette ambition.

L’émergence des titans de l’édition mode apparaît à cette même période: Harper’s Bazaar est créé en 1863 et Condé Nast rachète un petit magazine, en 1908, Vogue, pour en faire la publication de référence de la haute société. Laquelle commence à voyager et converse sur la nouvelle éthique du goût. Edna Woodman Chase devient la rédactrice en chef de Vogue et le photographe Edward Steichen remplace la luxuriance embuée des images de mode du baron de Meyer. La photographie de Steichen rehausse la simplicité graphique de l’Art déco, dans ses décors mais aussi dans le choix des tenues présentées. Si la mode européenne est toujours maîtresse, la crise économique de 1929 incite à un protectionnisme de taille. Les matières premières sont désormais américaines, comme le cuir ou le coton, qui va bientôt dominer le monde.

Les couturiers américains apparaissent. Ils se nomment Mainbocher ou Charles James, d’origine anglaise. A l’ouest, la machine à rêves s’emballe. Hollywood devient le puits sans fond de toutes les images iconiques, et l’empire cinéma impressionne déjà les pages des magazines de mode, embellies par la photographie de Cecil Beaton. Les stars commencent à diffuser leur aura médiatique, et, si « glamour » est un terme anglophone, des figures comme celles de Katharine Hepburn -son indépendance de style très boyish: un pantalon, des chaussures plates- vont condenser en images cette simplicité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des maisons françaises stoppent leur activité. L’Amérique en profite pour proposer une garde-robe plus fonctionnelle et adéquate aux femmes impliquées dans l’effort de guerre. Des créatrices comme Claire McCardell ou Claire Potter ne tarderont pas à anticiper cette nouvelle soif de conquête féminine. Un corps sain dans des formes simples.

En 1961, Jackie Bouvier-Kennedy devient la première dame des Etats-Unis et porte les créations de jeune designers comme Arnold Scaasi, Pauline Trigère, Oleg Cassini… Suivront des noms comme ceux de Bill Blass, Oscar de la Renta, Geoffrey Beene. En 1971, Grace Mirabella a remplacé Diana Vreeland à la tête de Vogue. Elle conçoit une mode plus simple, plus dynamique, pleine de conseils pratiques pour répondre à cette attente qui lie le monde domestique à une ère plus technologique. Et la mode s’adapte, plus naturelle, plus casual dans ses propositions. Un certain sens du minimalisme s’impose, et des créateurs comme Calvin Klein ou encore Perry Ellis se chargent de radicaliser la silhouette. Un vêtement pur pour une allure simple.

Le succès de Gap, J.Crew, Club Monaco

La marque Gap arrive à bon port en 1969 pour exprimer toute cette volonté d’exalter les basiques: le charme propre et authentique du jean ou du tee-shirt hérité du vestiaire de James Dean, déjà piqué aux ancêtres les cow-boys. Gap garde dans un premier temps le parfum de l’émancipation hippie des étudiants de Berkeley et des événements bruyants de Woodstock. Plus pour longtemps. L’as du marketing Millard Drexler relooke toute la chaîne des magasins en 1983 et modifie l’attitude Gap. Sharon Stone s’affiche en jupe Vera Wang et chemisier blanc Gap à la cérémonie des Oscars de 1998. Gapinc., le groupe, est avant tout l’empire fondateur d’une mode « low high fashion » qui combine petits prix à une qualité de vêtements construits sur le rêve américain. Elle ouvrira la voie à d’autres modèles du fast retailing comme Club Monaco ou J.Crew, deux sociétés dirigées par des femmes inspirantes et qui s’implanteront bientôt en France.

Rebekka Bay et Gap

Elle est blonde, Rebekka Bay. Elle présente tous les signes d’une Nordique qui privilégie le port de vêtements simples à l’architecture douce comme sa liquette blanche. En 2006, elle est à l’origine du concept COS, pensé par le groupe H&M, où le minimalisme de créateurs peut se concevoir à petits prix. Les innovations techniques sont aussi au rendez-vous. Elle conçoit un style fonctionnel, ultracitadin et des matières nouvelles qui s’adaptent au classicisme de coupes radicales très épurées. Peu d’imprimés chez COS, mais du bleu marine, du noir, du gris. Après des études à la Designskolen Kolding, au Danemark, Rebekka devient conseillère auprès de marques comme Dunhill ou COS. Son leitmotiv depuis son arrivée chez Gap, en 2012: retrouver la force des authentiques et souligner l’intérêt contemporain de tels produits à travers une vision reboostée de l’americana. Rebekka Bay contrôle toutes les lignes, jusqu’au label 1969, implanté à Los Angeles.Et son pari semble réussi pour le printemps-été 2014, avec un grand retour du denim aux coupes plus ajustées. Le traitement des matières joue sur un délavé serein, avec cet esprit eighties aux couleurs tendres. Il y a autant de Céline que de Helmut Lang dans cette nouvelle proposition qui cherche la pièce iconique, pour femme comme pour homme.

Jenna Lyons et J.Crew

Elle est presque une star, Jenna. De par son allure identifiable entre toutes, celle d’une grande fille avec de grandes lunettes à monture noire. Médiatique, Jenna Lyons apparaît lors des Fashion Weeks ou en guest-star dans la série Girls, de Lena Dunham. En 2013, elle figure dans le classement des 100 personnalités les plus influentes du monde du magazine Time. Son parcours est limpide: cette fille de Palos Verdes, en Californie, diplômée de la Parsons School de New York, est entrée directement chez J.Crew en 1990 puis a gravi tous les échelons de l’assistante ultramotivée. Après avoir été nommée directrice de la création en 2007, elle devient présidente en 2010. Deux ans plus tard, le chiffre d’affaires de J.Crew dépasse les 2,2 milliards de dollars.

Son succès? Michelle Obama déclare, en avril 2008, « trouver de jolies choses sur le site de la marque » lors de son apparition à l’émission de télévision The Tonight Show.Le lendemain, le site explose dès dix heures du matin. En outre, J.Crew privilégie et soutient les créateurs maison, proposant des lignes développées en interne, comme celle du responsable du prêt-à-porter homme, Todd Snyder. Pour enrichir cette démarche, J.Crew s’est mis en quête de pièces fortes et intemporelles, de la Stan Smith d’Adidas à d’authentiques chaussures patinées en provenance du Kentucky, qu’elle vend dans son réseau de boutiques. Jenna Lyons est de toutes les attentions car, sous son influence, J.Crew développe une mode différente. Les imprimés comme les basiques se complètent et composent un vestiaire contemporain très new-yorkais. Acheter une pièce J.Crew est aujourd’hui devenu aussi crédible que porter du Proenza Schouler, le tout étant adoubé par des blogueurs reconnus comme Tommy Ton.

Caroline Belhumeur et Club Monaco

Club Monaco est à l’origine une marque canadienne créée par Joe Mimran et Alfred Sung en 1985. Son expansion commence par les Etats-Unis, avec une première implantation sur la côte Ouest, à Los Angeles. En 1999, le groupe Polo Ralph Lauren en fait l’acquisition, mais le label garde son indépendance de ton. Caroline Belhumeur est à la tête du prêt-à-porter féminin depuis 1999. Pour cette Anglaise née à Bristol, la formation s’est faite sur les bancs de la Kensington University, puis elle atterrit chez Calvin Klein et Theory. Les collections de Club Monaco émanent de choix personnels qu’elle désire faire partager à tous: une mode au classicisme évident avec un « twist » créateur et européen. Fan de musique punk mais aussi d’architecture new-yorkaise, Caroline Belhumeur donne une touche unique à des vêtements fonctionnels qui évoquent le charme d’une échappée dans les Hamptons. Pièces clefs: un trench, un pull d’homme en cachemire et une veste en cuir.

Voir encore:

Ralph Lauren’s American Dream

The iconic brand is struggling. How did we get here, and what happens next?

Entering the Rhinelander Mansion on New York’s Upper East Side is like quietly opening a window into Ralph Lauren’s mind. Many describe Lauren’s superpower as his ability to turn his wildest dreams into reality, and inside that mansion, Ralph Lauren’s original flagship location, his dreams are made real in every nook and cranny of the place.


 

Each room presents one lavish scene after the next, and it’s not hard to imagine Lauren himself toiling at the displays to make sure everything sits just right. Spaces are small and illuminated with candles and the softest of lighting, beckoning shoppers to linger. A glass of water arrives on a small silver platter, garnished with a single slice of lemon, just for you.

It’s stunningly clear here, walking slowly up a staircase lined with oil paintings from the company’s collection, that Ralph Lauren is a lifestyle. No detail is left to chance: Ralph Lauren ties are fanned out on a table in front of a bar stacked high with Ralph Lauren shirts, next to a case of monogrammed Ralph Lauren cufflinks. Ralph Lauren briefcases are placed next to Ralph Lauren paperweights on a Ralph Lauren desk topped with Ralph Lauren stationery, positioned underneath a giant, glittering chandelier that can’t possibly — but maybe? — be branded Ralph Lauren. Everything, right down to the 82,000 square feet of mahogany hauled in for the mansion’s renovation in the 1980s, reeks of style and status and money. Old money.

Twenty blocks away, inside the Lord & Taylor on Fifth Avenue, the dream gets a little murkier. Lauren Ralph Lauren dominates one of the women’s floors, and while the gold-plated signage is shiny and the tan leather couches comfy, the endless sea of khaki dresses belted at the waist are not so much impressive as they are predictable. There are no nooks nor crannies filled with odds and ends from Ralph’s archives; nothing begs a pause. Jammed up in between racks of floral fit ‘n’ flare dresses and rows of athleisure, it’s harder to see Ralph Lauren’s appeal. A similar scene unfolds on the sales floor at the Herald Square Macy’s, a short 10-minute walk away.

Once you leave the giant department stores of New York City and head to the malls of suburbia, Ralph Lauren becomes a few racks of Oxfords, polos, and pleated pants. Reliably found in your local Dillard’s, and just as reliably found on sale.

« The clothes look good in magazines, but look older in stores, » says Christina, a 31-year-old from Long Island, flipping through a rack of button-down shirts at Macy’s. She likens the brand to Michael Kors — oversaturated and devalued. « I would never buy Polo at full price. »

Jan Freemantle, a tourist visiting New York from Sydney, Australia, recalled how her husband used to bring her back Polo shirts picked up on business trips to California before she could find the brand in Sydney. Polo was all she knew about Ralph Lauren until recently, when on a trip to Aspen, she came across a Ralph Lauren store that carried the Purple Label and Collection lines. « It was so nice, but so expensive, » she says.

Most shoppers haven’t encountered the totality of Ralph Lauren’s world. How could they? Since the early 2000s, Ralph Lauren Corporation has owned and operated at least 25 different brands. It’s a staggering list: Polo Ralph Lauren, Polo Jeans, Polo Golf, Pink Pony, Purple Label, Blue Label, Black Label, Ralph by Ralph Lauren, Lauren Ralph Lauren, Lauren for Men, Women’s Collection, RRL, RLX, Rugby, Denim & Supply, Club Monaco, Chaps, Ralph Lauren Childrenswear, Ralph Lauren Watches, Ralph Lauren Fine Jewelry, American Living, Ralph Lauren Home, Lauren Home, Ralph Lauren Paint, and Lauren Spa. Not all are still in operation.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil.

For the shoppers who actually are familiar with the company’s multitude of lines, it’s still exhausting. « The identity of the brand gets lost, » laments Efney Hall, who has been shopping Ralph Lauren for over a decade. She likes it for its classic, elegant appeal, but she’s noticed that lately, the fit of the pants has changed. She finds herself skimming over the brand’s Lauren Ralph Lauren racks. She’s over it.

Ralph Lauren is clearly a man who knows how to build an empire, but right now, the empire is in turmoil. Layoffs have struck the company two years in a row, eliminating 750 jobs in 2015 and another 1,000 this summer. (One former Ralph Lauren designer commented to a colleague on Instagram in June: « Glad you survived the RL Hunger Games this week! »)

Lauren has stepped aside to make way for a new CEO, Stefan Larsson — the first person besides Lauren to ever hold that title in the company’s 50-year history. The company has been in the process of whittling down the brand list and there are plans to refocus on just three main lines: Ralph Lauren (the new umbrella label for Women’s Collection and Purple Label), Polo Ralph Lauren, and Lauren Ralph Lauren.

At the same time that Ralph Lauren is reevaluating its structure and bringing in fresh leadership, it also has to contend with the fact that the specific style of Americana that’s so deeply embedded in every inch of the brand isn’t something shoppers are clamoring to align themselves with now. If the privileged, preppy aesthetic that Lauren built his company around is no longer the height of aspiration, what will the future of Ralph Lauren look like?


Ralph Lauren did not grow up living the lifestyle that would later make him a billionaire. No, Ralph Lauren was born Ralph Lifshitz, a shy Jewish kid who lived in a small, two-bedroom apartment in the Bronx with his parents and three siblings. In Genuine Authentic: The Real Life of Ralph Lauren, writer Michael Gross paints a picture of young Ralph as a dreamer, never one to run with the crowd. « If white bucks were in fashion, he wore saddle shoes, » a former classmate told Gross. « When we wore crew necks, he wore V-necks. He was always a step ahead. »

Lauren’s perception of taste and class was constructed by what he saw around him, according to Gross. His richer friends’ parents drove convertibles, went on European vacations, and had country club memberships. In films, he watched Gary Cooper, Cary Grant, and Fred Astaire glide across the screen, wearing beautiful suits and getting the girls every time.

« I grew up playing a lot of basketball, reading, and living at the movies, » Lauren said in an old interview that Gross unearthed for the book. « I guess they influenced my taste level. I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

However, Lauren’s mother had set a strict path for Ralph: he was to be a rabbi. He shuttled between secular public schools and Jewish yeshivas during his youth, eventually convincing his mother to allow him to transfer from Manhattan Talmudical Academy, where he was on the Hebrew teacher-in-training track, to DeWitt Clinton High School, an all-boys public school. In his senior yearbook, listed right below his extra-curricular participation in « Lunch Room Squad » and « Health Ed. Squad, » Lauren declared what he wanted to be when he grew up: a millionaire.

At 19, he and his brother Jerry changed their last name from Lifshitz to Lauren. (As Gross reports it, Ralph polled friends on two alternatives, London or Lauren; he was personally partial to London.) In the official document filed for the name change, the reason listed was confusion over people, both at school and at work, who shared the same last name. In reality, Lifshitz had the word « shit » in it and Ralph’s plans for himself did not include dealing with that for the rest of his life.

College was never a big draw for Lauren, who dropped out of the City College of New York school system after three years. He was drafted into the Army and served for two years, but the military, with all its rules and regulations, wasn’t a good fit either. After the Army, he kicked off his career as a salesman, first for glove companies. Then he got into ties.

« I liked the good things and the good life. I did not want to be a phony. I just wanted more than I had. »

Lauren got his first shot at professional tie design at Rivetz & Co., a high-end neckwear company. It didn’t go over well. « Rivetz was a traditional firm, » David Price, whose father used to own the Rivetz & Co. business, explains. « They were doing all sorts of crazy pinks and oranges and all the Ralph colors, and the industry and the customer base at Rivetz thought it was just atrocious. »

But instead of backing down, Lauren went from Rivetz to Beau Brummell Cravats, where his boss, Ned Brower, let him sell his own ties — colorful, wide, and expensive — out of a drawer in the showroom. Lauren had no professional training in design, but he believed so deeply in his wild ties that other people did too. He caught the attention of Norman Hilton, one of the biggest names in the menswear industry at the time, who eventually became the first investor in Lauren’s business. Polo Fashions, Inc., named after the posh sport (not the shirts Lauren would later become famous for), launched in 1968 and, as Hilton’s son Nick remembers it, his father poured $75,000 into the startup. By the end of his first year running Polo Fashions, Lauren had expanded from ties into full suits that the Daily News Record (a menswear trade publication that was later folded into WWD) featured alongside heavyweights like Bill Blass and Oleg Cassini.

The company was a critical success from the beginning, although according to Nick Hilton, it was always almost bankrupt in its first few years. In 1970, Lauren won his first Coty Award (the predecessor to the CFDA Awards) for menswear, and he launched womenswear after that. In Ralph Lauren: The Man Behind the Mystique, author Jeffrey Trachtenberg describes how the move into womenswear transformed Lauren’s business. It was then that he decided to change the name on his labels from Polo Fashions to Polo by Ralph Lauren, in part to imitate how other designers were using their own names on their womenswear labels. And then, for the launch of women’s button-down shirts, the company added a new design element: a small embroidered polo player. It was an overnight success.

« The polo player became the new status symbol for women, » Raleigh Glassberg, the buyer who purchased Ralph’s first women’s shirts for Bloomingdale’s, told Trachtenberg. The shirts were as pricey as Lauren’s ties, but it didn’t matter. Everybody wanted one. As Lauren’s business grew, buoyed in large part by the ‘80s prep revival, the polo player became an integral part of the women’s and men’s lines, including on the polo shirts that became a signature of the Ralph Lauren look.

Chaps was the first of many extensions that Ralph Lauren would experiment with. Chaps was Lauren’s answer to Polo knockoffs that were flooding the market. He couldn’t stop the knockoffs from being produced, so he created a cheaper line to compete with them.

The company also expanded quickly through a number of licensing partnerships, a relatively easy way to put the Ralph Lauren name on a variety of products without having to deal with manufacturing any of it.

« The bulk of the company’s profits come from royalties on its extremely lucrative licensing agreements, which lend the Ralph Lauren name to manufacturers of eyewear, fragrance, furniture, and a range of apparel, » the New York Times‘ Stephanie Strom reported in the mid-’90s. « Polo Ralph Lauren only manufactures its men’s sportswear, coats, and furnishing lines; all other Ralph Lauren products, ranging from towels and sheets to shoes and sunglasses, are manufactured by others under license. »

The article also noted the voracity with which Lauren launched new lines, started new partnerships, and continually built upon his vision. « The sheer number of new ideas coming out of Mr. Lauren’s head at a time when the fashion industry seems to be satisfied with endlessly regurgitating old looks gives him an edge, » Strom writes. « In the last year alone, he has started RRL, Polo Sport, a line of Polo Sport skin treatments, and the Ralph label. »

As Lauren’s empire grew, the accolades kept coming. According to the CFDA, Lauren is the first and only designer to win four of the CFDA’s top honors: the CFDA Lifetime Achievement Award (1991), the CFDA Womenswear Designer of the Year Award (1995), the Menswear Designer of the Year Award (1996), and the CFDA Award for Humanitarian Leadership (1998).

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

« Insecurity can sometimes make a man do bold things, » Cathy Horyn wrote in a profile of Ralph Lauren for the Washington Post. « It can make him create not one world but many worlds. And it can make him think that what he has done is not only good but better. The upshot has been rather intriguing: a quarter-century of glorious ephemera from a designer who can’t draw so much as a sleeve. Never could. »

In that profile, Lauren couldn’t help but describe his legacy in broad, sweeping strokes. « Did I lift America up a little bit? Did I give it a little bit of quality? Because we were known for polyester. People don’t remember that. You couldn’t buy good things here. America is mass, » he told Horyn.

« And so, as I traveled around and got more sophisticated, I started to see what wasn’t there, and I became more nationalistic. Every year of my life. And I’d think, ‘Why is this country so insecure about what it is?’ So, my thing became more than clothes. It became bigger. It became — America. »

Lauren’s vision of America drew heavily from the world of Ivy League preps, but the brand appealed far beyond the country club crowd.

The Lo Lifes, a Brooklyn gang officially founded in 1988, used to make a show out of shoplifting Ralph Lauren from department stores around New York City back when they first formed; now, it’s more about appreciating the Lifshitz to Lauren, self-made billionaire element of the designer’s story, as well as showing off vast collections of archival pieces. (Vice interviewed a Lo Life member who at one point had over 1,000 items.) However, the Lo Lifes’ influence on Lauren’s brand, specifically its place in hip-hop, isn’t officially recognized by the company.

« All together, it makes for a potent folk history of capitalist sedition, » Jon Caramanica wrote of the group. « In a time when Polo was being made for and marketed to the aspirational white middle class, some of the most rigorously sourced collections were sitting in closets in the Brooklyn housing projects. »

That’s not to say the company totally eschewed diversity. Ralph Lauren is credited with catapulting Tyson Beckford to supermodel status, making him the first black male model to hold that title. Beckford’s Polo ads were lauded when they first appeared, and the Times ran a story on his breakout success. « I believe I’m setting a good example, » Beckford told the paper. « The Polo ad says that I’m not a basketball star or a rap star, but an all-American type. It separates me from those stereotypes, which is good. »

« Lauren built a career by brazenly positioning himself as the quintessential interpreter of the American zeitgeist, » Robin Givhan later wrote in The Washington Post. « More than any designer, he has used America’s mythology — our secular religion — for profit. In doing so, he has displayed a keen understanding of our cultural symbols. He can parse the difference between a pair of blue jeans worn with cowboy boots and those worn with a black leather jacket. He sees the romance in a prairie skirt or a well-worn Native American blanket. He knows what it means in our racially conflicted society to photograph a dark-skinned, athletic black man in his preppiest, old-money brand. And he knows how a bright-eyed blonde feeds our vision of Mayflower blue bloods. And as consumers, we have bought into those symbols and made Lauren an extremely wealthy man. »


Ralph Lauren went public in 1997 and continued to thrive throughout the early 2000s, opening new lines seemingly on a whim. « At Ralph Lauren, there wasn’t that outside perspective, » says a former designer who requested anonymity since he still works in the industry. « We all, including myself, had our heads up our own asses. It was just so great to be there that even if we were doing something that we couldn’t validate based off of the competitive landscape it was like, ‘Well, this is Ralph Lauren. We can do what we want.’ We set the tone. »

By 2012, Ralph Lauren stock was trading at more than $170 per share, having shot up by $100 in five years. There was so much faith in the success of the company. « Everybody was just feeling the effects of the money that was rolling in, and that it was on a steady incline, » says the former designer. The company employed approximately 25,000 people in 2012, and was reporting $6.8 billion in sales and net profits of $681 million.

Then came the slide and Ralph Lauren’s literal and metaphorical stock began to tumble. Shares fell nearly 50 percent from a high point of $192 in May 2013 to $82 in February 2016. Sales were still holding steady, but profits slid drastically.

« I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. »

Underlying problems with the company’s organizational structure became more pronounced as the good times gave way to struggling years. « People were just so unhappy, » says the former designer. « I used to feel really good about working for that company, but there was so much uncertainty for so long and the lack of communication from the top down was almost absurd. You didn’t even know what your job was, you didn’t know what your role was. You didn’t know if you were going to have a brand the next day. »

Several former employees pointed to that lack of communication as a real point of frustration within their departments. « It was like nowhere I had ever worked before, » says an employee who worked in materials sourcing for the company’s volume brands. « Everyone worked in silos. Manufacturers had one job that they were specific to and the designers only had to report to other designers and we really were kind of bumping into each other trying to do our own jobs. It was really inefficient. »

Compared to other retail companies where she had worked, the former employee was surprised by how many managers were assigned to each department. « Ralph is a very, very top heavy company, » she explains. « It was a lot of management and not a lot of doers, which is a huge problem. »

The organizational problems had long bled into the company’s dealings with its wholesale accounts. Michael Schumann, the owner of furniture retailer Traditions, eventually cut ties with Ralph Lauren after years of headaches associated with selling Ralph Lauren Home products in his stores.

« It was no longer worth it to put up with the bullshit in order to have the name, which was too bad, » says Schumann. He recalled how Ralph Lauren Home would issue beautiful, hardbound catalogs to stores and then not refresh them for two years since it was too costly to produce the books every six months when new collections would come out.

The rules around where and how to advertise the product were extra strenuous; Ralph Lauren’s logo had to be twice the size of the retailer’s logo, and ads could only be placed in premium locations. Schumann found success selling Lauren Home, a less expensive line, but then Ralph Lauren implemented a rule that Lauren Home and Ralph Lauren Home couldn’t be sold in the same store. « It was just impossible to work with these people, » Schumann says.

Ralph Lauren’s managerial structure was broken, relationships were being severed, the quarterly financial reports got more and more alarming, and Ralph Lauren himself wasn’t the same radical young guy wooing customers to buy into his dream lifestyle. Change was needed.

For years, David Lauren, Ralph’s only child who works at the company, was assumed to be the heir apparent. In 2006, The New York Observer wrote that it was « clear » Lauren would run the company at some point. Fast Company mentioned « industry-wide speculation » that he would take the throne in a 2011 profile. In 2014, Business of Fashion noted that many in the industry pegged the son as the father’s successor.

But when the time came for Ralph Lauren to relinquish his CEO title, David Lauren’s name wasn’t called. Instead, it was Stefan Larsson, a young retail industry darling who built his career at H&M and wowed the industry with a successful three-year stint as the brand president of Old Navy, who would inherit the crown.

When Lauren and Larsson tell the story of how they met, it often includes the tale of a magical first dinner together. Both walked in wondering what the hell they were doing there, both came out knowing that this partnership needed to happen. Larsson is a young star just as Lauren was back in the day, and Larsson has entrepreneurial roots as well — he started his own company to put himself through business school, according to the Financial Times.

Larsson also passed the most crucial test, in Lauren’s eyes. « He understands what dreams are, » Lauren told the Associated Press when Larsson’s new role was announced. (Ralph Lauren declined to make Lauren, Larsson, or any other executives available for comment for this story.)

« In terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

David Lauren still retains his position as a company executive and a member of the board of directors, and if the new dynamic is awkward, it only comes through a little bit. At the company’s inaugural Investor Day presentation in early June, where Larsson laid out his plan for the future of the company, Lauren took the stage for about 20 minutes to talk about the brand history and endorse Larsson.

« I’ve had great people in my company over the years, wonderful people, » Lauren told analysts in the meeting. « But whether someone’s going to carry the CEO flag was a different thing because I’m entrusting my baby to him. And that baby has to grow up. And that baby is in the front row, David on the one hand and uh, Stefan on the other. But in terms of where Stefan is, I saw that he had the background and the excitement and the energy and the knowledge that I don’t have. »

Larsson spent nine months from the point of the initial CEO announcement last September to the Investor Day this summer to take stock of the business and figure out what needed to change.

For those watching the turnaround, there’s a lot of optimism about the possibilities under Larsson’s leadership. « When you look at Stefan and some of his core competences and what he brings to the table, it’s his ability to truly understand and diagnose a weakness within a company and go forth and make the necessary changes, » says Jerry Sheldon, an analyst for IHL Consulting Group.

« He really seems to have an understanding of consumers and is able to articulate that understanding, turn it into a business strategy, and execute on that strategy in a very effective way, » notes Sheldon.

First up, Larsson is assembling a new executive team filled with people from companies like H&M and Amazon. New blood will likely be just what Ralph Lauren needs. In recent years, employees witnessed how the old guard, which had been in their roles for years and years, weren’t cultivating an innovative environment anymore. There was also a sense that Lauren could not be questioned.

« When Ralph has an idea and starts something, nobody ever stands up and says, ‘Hey, this is not right. This is not the way to go,' » notes the former designer. « Everybody just kind of kneels to every word that comes out of his mouth. And when he personally would ask for opinions and direction, people had it and they didn’t voice it until he was out of the room, and that was just the way that it went for years and years. »

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem, » says Paul Swinand, a retail analyst for Morningstar. « It wasn’t that he had lost his touch or that he was too old — you might have thought that — but it also might have been that the old management team was not trying to go out and create anything new, they were just trying to get along and finish out their last few years. »

Larsson’s public diagnosis of the company’s problems was unveiled via the aptly-named Way Forward plan. The main points include a new, more hands-off employee structure (eliminating three levels of management), cutting down the time from initial development of a product to getting it on the sales floor to nine months (down from 15), improving communication between departments, and focusing on three core brands while maintaining a smaller stable of secondary ones. The Way Forward also detailed 1,000 job cuts and 50 retail store closures.

« From a nostalgic, brand-loving perspective, I feel sad about the layoffs, and I’m very fearful that this will be like the JCPenney situation from a few years back, » says a former employee in Ralph Lauren’s digital operations, who requested anonymity. « But from the business side, it makes a lot of sense to me. Our department did not need three managers. »

Larsson is also pulling back from outlet stores, a market where Ralph Lauren had previously been expanding, and cutting down on promotional activity to try and retrain customers not to associate discounts with the brand.

« If anything, I see the old management team as being beholden to Ralph and that was probably part of the problem. »

In addition, Ralph Lauren has a huge wholesale business which accounts for nearly half of the company’s overall revenue. Macy’s in particular is a significant Ralph Lauren buyer; that account alone accounts for about 25 percent of the company’s wholesale revenue. But Macy’s reported a terrible financial quarter in May, and it doesn’t look like it will be making a comeback anytime soon.

« The department store channel is losing market share in general, » says John Kernan, an analyst with Cowen & Company, « and Ralph Lauren, the brand, needs to find new channels of distribution like Amazon and other areas where they can grow. »


Ralph Lauren is going through operational struggles during not only a tumultuous period in the retail industry, but also a time that’s seeing a cultural shift away from what the brand stands for. The prep aesthetic has always smacked of privilege, something accessible primarily to white people with trust funds and monogrammed shirtsleeves. Now, the WASP lifestyle that completely captivated Lauren as a young entrepreneur is considered out of touch at best, offensive and oppressive at worst.

Take, for instance, the media’s reaction to the company’s Olympic uniform designs this year. Headlines announcing the kits included: « Ralph Lauren’s Olympic Uniforms Are Straight Out of Prep School Hell« ; « USA’s Olympic Uniforms Are WASPy Bullshit« ; « Team USA’s Official Olympic Uniforms are Peak Vanilla« ; and Racked’s own contribution, « I Need More From Team USA’s Olympic Uniforms« . The Daily Mail rounded up the best tweets from the debacle. The comments on Ralph Lauren’s own Instagram post of the outfits were littered with prep jokes of varying degrees of wit.

« The uniforms couldn’t play more into the world’s most unflattering stereotypes of Americans unless they added cigars dangling out of the athletes’ mouths, Bibles tucked under their arms, and $100 bills falling out of their pockets, » Christina Cauterucci wrote for Slate.

Christian Chensvold, founder of the website Ivy Style and a regular contributor to Ralph Lauren’s RL Magazine, broached the subject in a series of posts last fall that questioned whether the Ivy League look was still politically correct. This included a satirical post that imagined a social justice warrior responding to different aspects of Ivy style (example: « Dinner jacket: Offensive to the underfed »); some readers were not amused.

The spring 2016 Polo Ralph Lauren presentation during New York Fashion Week. Photo: Fernanda Calfat/Getty Images

« I would imagine that some of your readers would certainly find ‘club ties’ exclusive and elitist, » one commenter wrote, referring to a line joking that club ties should be banned for their exclusionary symbolism. Club ties, identified by their repeating motifs, actually did historically denote membership to elite clubs. « I know clothing itself is not elitist; it is the choice behind what we wear that speaks volumes about who were [sic] are. »

Later on, when Chensvold published an April Fools’ post detailing how preppy style had been banned from college campuses due to the classism and racism that it signified, plenty of readers thought it was real news.

Today’s shoppers are interested in more democratic clothing options — options that are casual, practical, and mass. Athleisure is a $97 billion business in the US, accounting for nearly one-third of the entire apparel, footwear, and accessories market. Vetements, the French design collective led by Demna Gvasalia that no one can stop talking about, is making a killing off of what can best be described as incredibly ordinary clothing. Its spring 2017 show, held during haute couture week in Paris, featured collaborations with 18 different brands including Juicy Couture and Carhartt.

« Sometimes, I hear designers from older generations saying, ‘Oh, fashion needs to make women dream,' » Gvasalia told W in an interview earlier this year. « I feel that this is really difficult today. I think it’s dated. Fashion shouldn’t make you dream in 2016. It should just be there, for us to wear. » It’s not hard to imagine Lauren burying his head in his hands over that one.

« It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

« Ten years from now, when fashion is coming back around in its cycle and these young people are now well into their careers — assuming they have careers with the economy and their crippling student loan debt — when they become 35 years old, are they going to be wearing navy blazers and Alden tasseled loafers and striped ties because that epitomizes success and so forth? I don’t know, » says Chensvold.

« Theoretically, it could be a version of what we had in the late 1960s with the counterculture revolution, » he continues. « This is an election year; the country is more polarized than ever. It could become a social liability to look really old money and traditional, to wear this kind of stuff. »

Rebecca Tuite, the author of Seven Sisters Style, a book chronicling the history of the women’s equivalent to Ivy League style before many of the actual Ivies were co-ed, sees what’s happening now as a less vitriolic version of the backlash to ‘80s prep.

The counterculture revolution of the late ‘60s and ‘70s ushered in an era of long hair and bell bottoms as a response to the conservative style of the ‘50s. Then, in the ‘80s, Lauren led a massive preppy revival that other traditional menswear retailers like Brooks Brothers and J.Press also felt the effects of. This aligned with the Reagan era, a time when conservative politics replaced the freewheeling ideals of the previous two decades. When Lisa Birnbaum published The Preppy Handbook in 1980, it was meant to satirize the prep scene that was reemerging, but ended up being regarded as a literal handbook. The Financial Times described Ralph Lauren as the greatest fashion beneficiary of the book, saying he « cashed in as the preppy wannabe’s clothier. »

Then the pendulum swung back away from prepsters in the ‘90s, when grunge became the go-to cool kid look. But in the early aughts, prep was popular yet again. Birnbaum published a sequel to the Handbook called True Prep. Lauren’s business was on an upswing. Abercrombie & Fitch had infiltrated every high school in America.

« For some, the Lauren prep has become cliché, but actually I think that there is so much genius involved in his reinvention of preppy traditions and that is why whenever the preppy trend circles back to the top, it’s Ralph Lauren who is right there, front and center, leading the pack, » Tuite explains in an email. « He offers a closet full of preppy staples that perennially sell well, but can still bring a fresh take on a well-trod fashion path. »

And now, here we are again, back at a place where anti-establishment sentiment runs deep. How does a company like Ralph Lauren react to these cultural ebbs and flows? By giving its take on whatever the look of the moment is. In a roundup of old Ralph Lauren advertisements, Vanity Fair captioned a ‘90s ad featuring a cropped long sleeve top and a denim maxi skirt as: « Ralph Lauren did grunge?! »

Patricia Mears, the deputy director of the museum at the Fashion Institute of Technology, remembers observing how Lauren’s merchandise morphed to speak to different generations when she was conducting research for a book and exhibition on Ivy style at FIT in 2012.

« When we were looking at images for the book, one of the things that we saw was a more recent photo shoot with young men, handsome, Ralph Lauren-esque. They were wearing certain things like beautiful crested navy blue blazers, but then they also had knitted caps like what you’d see on surfers or skaters, » says Mears. « Ralph was very smart about incorporating things like skate culture into a look that is still going to include the cornerstones of the Ralph Lauren vocabulary. It will still have chino pants or a navy blazer, but the T-shirt and the hat and some of the other accessories are going to be much more cutting-edge and something that a twentysomething today can relate to. »

Recently, some of Ralph Lauren’s lines have a boho feel in accordance with current trends. Carly Heitlinger, the blogger behind The College Prepster, says she doesn’t consider Ralph Lauren a traditional prep brand based on the current women’s merchandise, because it is so fashion-forward.

« A lot of their designs are a little bit trendier, a lot of crochet and knit, » says Heitlinger. « I’m sure you could find a piece or two within each collection that fit into more classic, traditional outfits like the button-downs, but there’s a lot of trendier stuff in there too. I think they really embraced this bohemian look. » She isn’t buying much from the brand these days, but says she would shop it more if it moved back towards its traditional prep roots.

No matter how the brand may change under its new CEO, Lauren’s own effect on fashion will always be far-reaching. So many designers have come up under his tutelage, from Vera Wang to Thom Browne to Tory Burch. His reputation in the industry precedes him.

« I asked Marc Jacobs one day, ‘Who’s your favorite designer?,' » says Mears. « At first when he said Ralph Lauren, I thought that was an interesting choice, but then he elaborated that there’s no person in the world who has done a better job of galvanizing that classical American look and turning it into an empire. When you see a Ralph Lauren piece you really know you’re looking at Ralph Lauren. He said that he’s probably the best designer in the world at that. »

And as the company looks forward, Lauren is adamant that Ralph Lauren will continue to be « a part of life, » as he told analysts at that Investor Day meeting. « This is about creativity, about life, » he said. « It’s not did we make a new shirt, look at us, we made a shirt with three buttons. It’s about living. It’s about dreams. And everyone has a dream. »

Erika Adams is a Racked contributor.

Editor: Julia Rubin


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Lauren Bacall, légende d’Hollywood, est morte

VIDÉOS – L’héroïne mythique du film noir, qui a formé avec Humphrey Bogart un couple légendaire, est décédée à 89 ans.

Une légende d’Hollywood s’en est allée. Lauren Bacall est décédée mardi à New York à 89 ans. «C’est avec un profond chagrin mais avec beaucoup de gratitude pour sa vie incroyable que nous confirmons le décès de Lauren Bacall», a indiqué mardi soir sa famille. Le site TMZ, spécialisé dans la vie des célébrités, a précisé que l’actrice était décédée chez elle à New York «d’un accident cardio-vasculaire massif». Elle habitait le Dakota, un célèbre immeuble en bordure de Central Park.

Lauren Bacall a envoûté le cinéma hollywoodien par sa voix grave et son regard bleu glacé pendant plus de 60 ans de carrière. Née le 16 septembre 1924 à New York, Betty Joan Perske de son vrai nom est la fille unique d’immigrants juifs roumano-polonais, de la famille de l’ancien président israélien Shimon Peres. Une couverture du Harper’s Bazaar et quelques photos de mode à l’intérieur du magazine ont décidé de son destin, en mars 1943. Elle a dix-neuf ans, se partage entre mannequinat, petit boulot d’ouvreuse et cours d’art dramatique, dans son New York natal. La femme de Howard Hawks remarque ce physique altier, visage aux traits aigus, regard vert perçant sous les arcades sourcilières prononcées. Elle presse son mari d’auditionner la jeune beauté pour son prochain film,Le Port de l’angoisse(To Have and Have Not). Betty dit parfaitement son texte ; mais elle est si intimidée qu’elle baisse le menton tout en levant les yeux vers la caméra. Ainsi naissent les légendes: elle sera «the look», ce fameux regard en dessous, étrangement direct et mystérieux. Il y passe de la sensualité et de l’insolence, du défi et de la distance.

Coup de foudre

La future star dispose encore d’un atout que ne laissaient pas soupçonner les photos: sa voix grave, aux intonations presque rauques, que Hawks lui fait aussitôt travailler. Elle s’appelle encore Betty, mais elle a déjà pris le nom de jeune fille de sa mère: Bacal. De son père, qui les a abandonnées quand elle était enfant, elle ne veut plus entendre parler. Howard Hawks, cinéaste Pygmalion qui la prend sous contrat pour sept films, lui fait ajouter un «l» à Bacal, choisit le prénom de Lauren. Dès sa première apparition à l’écran, la voilà prête à devenir la nouvelle femme fatale des films noirs qui connaissent alors leur âge d’or. Comme Vénus sortant de l’onde, Bacall sort de l’ombre.

Un autre Pygmalion l’attend sur le tournage: son partenaire, Humphrey Bogart, alors au sommet de sa gloire. Il a 44 ans, il est marié à l’actrice Mayo Methot, il boit trop. Le coup de foudre est réciproque, et la passion qui dévore les personnages déborde vite hors champ. Les luttes entre gaullistes et pétainistes dans les eaux de Fort-de-France, qui servent d’intrigue au Port de l’angoisse, ont laissé un souvenir plus obscur que la rencontre éclatante de sensualité et d’insolence du patron de bateau et de l’aventurière. Et la réplique fameuse: «Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler, Steve?» Cet aplomb garçonnier, cette distinction un brin voyou, ça on ne l’avait pas encore vu. La manière Bacall de traiter la séduction en bonne camarade est restée inégalée.

Bogart divorce pour épouser Bacall en 1945. L’année suivante, Howard Hawks les réunit de nouveau à l’écran dans Le Grand Sommeil. Une histoire de chantage très embrouillée où l’inspecteur Marlowe s’éprend de la superbe Vivian. Ils tourneront encore deux beaux films noirs ensemble, Les Passagers de la nuit de Delmer Daves (1947) et Key Largo de John Huston (1948). Ils auront deux enfants, Stephen, né en 1949, et Leslie, en 1952. Leur amour conjugal fera rêver l’Amérique, jusqu’à la mort d’Humphrey Bogart, emporté par un cancer en 1957. «Avant de le rencontrer, je pensais tomber sur un type plutôt grossier», a raconté Lauren Bacall, qui aurait préféré tourner avec Cary Grant. «J’ignorais qu’il avait une excellente éducation, lisait beaucoup, parlait bien. C’est une chance extraordinaire d’avoir été formée par un homme de son âge, et les amis de sa génération, comme Gregory Peck, David Niven ou Noel Coward, qui avait un esprit fou».

Dans les années 1950, Lauren Bacall se tourne vers la comédie, où son élégance sûre d’elle-même, sa drôlerie, son côté abrupt, un peu masculin, font merveille. Negulesco lui offre Comment épouser un millionnaire etLes femmes mènent le monde, Minnelli La Femme modèle. Elle y interprète une dessinatrice de mode mondaine, genre d’emploi qu’elle retrouvera plus tard dans Misery de Rob Reiner (1990) etPrêt-à-porter de Robert Altman (1994).

Une personnalité

Après la mort d’Humphrey Bogart, elle revient vivre à New York, et on la retrouve sur scène à Broadway dans Goodbye Charlie, Fleur de cactus, La Femme de l’annéeou Applause, comédie musicale d’après Eve de Mankiewicz, qui lui vaudra un Tony Award en 1970. L’œuvre est diffusée à la télévision où Lauren Bacall fait aussi carrière, jusqu’à la série des Soprano: elle y tient son propre rôle. Elle ne cessera jamais de travailler au cinéma. Mais duCrime de l’Orient-Express, àDogville etManderlay de Lars von Trier, le cinéma ne lui offrira plus de très grands rôles. Elle restera la star auréolée de son passé légendaire, qui donne de l’éclat à un générique. Et qui continue à faire son métier, sans vaine nostalgie. Sa bravoure et sa franchise la font couper court: «Les jours anciens étaient merveilleux, mais ils sont passés. Occupons-nous d’aujourd’hui.»

Pour que les choses soient claires, elle a écrit deux autobiographies, Par moi-même(éditions Stock) etSeule (éditions Michel Lafon), qui en est le complément. Des titres éloquents. Elle y raconte ses origines de fille d’émigrés juifs, roumains, allemands et polonais (elle était la cousine de Shimon Pérès), le brusque départ de son père, qu’elle refusera de revoir quand il ressurgira des années plus tard, les hommes de sa vie: après Bogart, il y a eu Sinatra, qui l’a plaquée goujatement, Jason Robards, épousé en 1961, dont elle divorcera huit ans plus tard à cause de son alcoolisme. «J’ai passé seule la plus grande partie de ma vie», a-t-elle observé. Elle trouvait que les hommes intelligents et spirituels se faisaient rares. Howard Hawks avait sans doute raison de penser que, plus qu’une actrice, Bacall était une personnalité. Un fier tempérament. Elle portait l’indépendance et les volutes de fumée comme personne.


Ses principaux films:

-»To Have and Have not» (Le port de l’angoisse, 1944), Howard Hawks

-»Confidential Agent» (1945), Herman Shumlin

-»The Big Sleep» (Le grand sommeil, 1946), Howard Hawks

-»Dark Passage (Les passagers de la nuit, 1947), Delmer Daves

-»Key Largo» (1948), John Huston

-»Young Man with a Horn» (La femme aux chimères, 1950), Michael Curtiz

-»Bright Leaf» (le roi du tabac, 1950), Michael Curtiz

-»How to marry a millionaire» (1953), Jean Negulesco

-»Woman’s world» (Les femmes mènent le monde, 1954), Jean Negulesco

-»The cobweb» (La toile d’araignée, 1955), Vincente Minnelli

-»Blood Alley» (L’allée sanglante, 1955), William Wellman

-»Written on the wind» (Ecrit sur du vent, 1956), Douglas Sirk

-»Designing woman» (La femme modèle, 1957), Vincente Minnelli

-»The gift of love» (La femme que j’aimais, 1958), Jean Negulesco

-»Shock Treatment» (1964), Denis Sanders

-»Sex and the single girl» (Une vierge sur canapé, 1964), Anthony Quinn

-»Harper» (Détective privé, 1966), Jack Smight

-»Murder on the Orient Express» (Le crime de l’Orient Express, 1974), Sydney Lumet

-»The shootist» (Le dernier des géants, 1976), Don Siegel

-»The fan» (Fanatique, 1981), Edward Bianchi

-»Misery» (1990), Rob Reiner

-»Prêt-à-porter» (1994), Robert Altman

-»Le jour et la nuit» (1997), Bernard-Henri Lévy

-»Dogville» (2003), Lars von Trier

-»Manderlay» (2005), Lars von Trier

-»The Forger» (2012), Lawrence Roeck, son dernier film en tant qu’actrice

Voir de plus:

« The Look »Lauren Bacall: un certain regard Danièle Georget
Paris Match

Avec Bogart, elle formait le couple le plus mythique de Hollywood. Pendant plus de cinquante ans, elle a continué sa route sans lui, avant de s’éteindre à 89 ans.

Elle a tout d’une princesse, mais elle est née d’un représentant de commerce et d’une émigrée juive roumaine du Bronx. Il a l’air d’un dur mais il est fils de bourgeois, cousin d’aristocrates anglais. Dès leur premier film, elle est la lumière et lui, l’ombre. Entre Lauren Bacall et Humphrey Bogart, tout commence par une réplique culte, « Vous n’aurez qu’à me siffler », lancée en 1943 sur le plateau du « Port de l’angoisse », d’une voix rauque, travaillée à la cigarette pendant trois semaines. Ce n’était que le signe extérieur d’un aplomb qui annonçait une ère nouvelle. Mais face au héros tragique, bagarreur de 44 ans qui savait si bien encaisser les vacheries du destin, elle avait, en la prononçant, le menton qui tremblait. Tant pis, elle le regarderait par en dessous pour assurer son équilibre. Une panthère qui surveille sa proie. Ainsi naquit son surnom, « The Look ».

Du fond de son désespoir tranquille, Bogie a deviné la bluffeuse hors pair, qui joue comme si elle avait un brelan d’as… En réalité, elle en est encore à courir après l’ombre de papa, disparu dans la jungle où se perdent les hommes infidèles. Lauren adule sa mère. Elle survit de petits boulots : ouvreuse, mannequin dans les grands magasins, c’est-à-dire portemanteau. Il lui a fallu renoncer à l’école de théâtre, car on n’y donnait pas de bourse aux filles. Un garçon lui a déjà fait du gringue : Kirk Douglas. Mais elle a gardé ses distances. Peut-être a-t-elle deviné que, au fond, elle n’était pas son genre : pas de seins, pas de fesses, trop grands pieds. C’est l’époque où Marilyn se fait refaire le nez, la poitrine, et teindre en blonde. Une gueule de fantasme. Lauren Bacall mise sur la différence. Une jeune vierge au visage de femme fatale qui s’impose dans le style de la copine insolente et affranchie, elle qui connaît si mal les hommes.

Timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir

Comme il est timide, Bogart l’a embrassée sans prévenir, après trois semaines de tournage et d’innombrables plaisanteries. Dans sa loge, il lui a pris le menton puis lui a tendu une pochette d’allumettes pour qu’elle y inscrive son numéro de téléphone. Il n’y avait pas de caméra pour filmer la scène. C’est Lauren qui l’a racontée dans ses Mémoires, « Par moi-même » (éd. Stock, 1979).Ce n’était pourtant pas dans les habitudes de Bogie, ces amours de tournage. Lui, quand il aime, il épouse. Souvent. La troisième Mme Bogart est, comme les autres, une actrice. Qu’est-ce qui lui a plu en Mayo Methot ? Ses joues d’écureuil ou sa détermination à ne jamais le laisser boire tout seul ? C’est un vrai pilier de bar, mauvaise comme les habitués des saloons dans les westerns. Mme Bogart a l’habitude de balancer cendrier et bouteille à la tête du gentleman de « Casablanca ». Elle hurle comme un ivrogne. A Lauren, elle lancera : « Petite garce juive, c’est toi qui vas lui laver ses chaussettes ? » Bref, elle donne à Bogie toutes les raisons de boire. Ce dont il lui est reconnaissant. L’alcool est alors un attribut essentiel de la virilité. Ça ne dérange pas Lauren. Et même, elle suit… A Paris Match, en 2005, elle déclare : « J’ai d’abord tenté l’orange blossom, gin-jus d’orange. Pas terrible. Ensuite, l’aquavit on the rocks, qui me rendait malade. Je ne détestais pas le brandy, qui faisait anglais. Je me suis mise au Martini sur glace, très dilué. Puis le Jack Daniel’s… Aujourd’hui, je suis plutôt vodka. Mais, franchement, l’alcool ne me convient pas. » Elle ira jusqu’à l’accompagner sur son bateau où elle a le mal de mer…

Il l’appelle « Slim » (Mince) ou « Baby ». Elle lui dit « Steve », comme dans le film, et reste à son côté quand il joue aux échecs, ou fait des grimaces pour le faire rire. A la sortie des studios, il la rejoint dans sa voiture, comme un lycéen. Et, parfois, quand il est soûl, il l’appelle au milieu de la nuit pour lui donner rendez-vous sur la Route 101 où elle le découvre à 4 heures du matin, un énorme tournesol à la boutonnière. Il la traite en amante autant qu’en copain, et elle, en homme de sa vie. Ce qui n’échappe pas à Howard Hawks, le réalisateur qui lui a donné sa chance après avoir vu sa photo à la une de « Harper’s Bazaar ». Jaloux, il lui fait la morale, critique son jeu, lui affirme qu’elle est en train de tout gâcher pour un type qui, le film terminé, ne se souviendra même plus d’elle… et elle répond d’une voix de petite fille que personne ne lui connaît : « Mais Howard, qu’est-ce qu’on fait quand on a un type dans la peau ? » Howard Hawks n’avait que la mauvaise foi du mauvais perdant. En réalité, il faudra à peine un an pour que Bogart quitte sa femme. Il épouse Lauren en mai 1945. Cela aurait pu être la plus belle noce de Hollywood. Mais il choisit pour la cérémonie une ferme, dans une petite ville de l’Ohio. Devant le juge, ils se tiennent par la main, avec les genoux qui flageolent. Un bonheur de midinette pour des héros de film noir.

Leurs deux enfants passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être sans elle

Leur première vraie dispute résonne quand elle lui apprend qu’elle est enceinte : « Il vociféra qu’il ne m’avait pas épousée pour me perdre au profit d’un enfant. Qu’aucun enfant n’allait se mettre entre lui et moi. » Ils en auront deux, Stephen, en 1949, et Leslie, en 1952. Et Lauren respectera sa promesse. Ils passeront toujours après Bogie qui ne supporte pas d’être seul, sans elle : à l’époque de « The African Queen », l’aîné se retrouve près de sa nurse morte, victime d’une crise cardiaque, sur le tarmac de l’aéroport où ils viennent de s’envoler pour New York. Et alors… on lui enverra sa grand-mère. « Il avait longtemps dit : “Je n’ai pas d’enfants parce qu’ils ne boivent pas”, confie Stephen dans un documentaire de Bertrand Tessier (pour OCS). Nous avions juste commencé à être plus proches quand il est tombé malade. »

Bogart a toujours su que le bonheur ne durait pas. Sa grandeur, c’était de montrer que ça ne l’empêchait pas de vivre, qu’il avait les tripes pour affronter le destin. Son destin à lui, ce sera juste avant le tournage de « Plus dure sera la chute », en 1956, un cancer de l’œsophage. L’alcool, le tabac. Entre sa première opération et sa mort, à 57 ans, onze mois vont s’écouler, à souffrir, à ne plus manger, à ne plus pouvoir marcher. Ensemble, ils ne voudront rien savoir de la tumeur, de la bombe au cobalt, de la moutarde à l’azote, ce dérivé du gaz moutarde avec lequel on tente encore l’impossible… Jusqu’à la fin, Bogart ferraille avec les chroniqueurs qui balancent qu’il est incurable : « Comme on dit, je ne me suis jamais si bien porté… Il ne me manque qu’une douzaine de kilos que certains d’entre vous, à coup sûr, pourraient avantageusement me céder. » Quand elle l’emmène à l’hôpital, maintenant c’est elle qui porte la valise, avec, à l’intérieur, la bouteille de scotch et le jeu d’échecs, et elle qui lui dit : « J’aime beaucoup que tu t’appuies sur moi, c’est la première fois en douze ans. » Il est passé aux cigarettes à bout filtre. Et du whisky au Martini, mais, à Noël, elle lui offre un pyjama et une veste d’intérieur. Bogie ne sera plus jamais un homme debout.

Elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure

Leur dernière nuit, ils vont la passer ensemble le 12 janvier 1957. Elle a pris l’habitude de dormir dans une alcôve pour ne pas le déranger mais, ce soir-là, il lui demande de rester, il a peur. C’est une nuit sans répit, à lui tenir la main pendant qu’il suffoque. Bogie tombe dans le coma le lendemain pendant qu’elle emmène les enfants « à l’école du dimanche », le catéchisme des protestants. Il lui avait pourtant dit de ne pas s’éloigner… On s’étonnera que, le jour de l’enterrement, elle n’ait pas versé une larme. Elle était pourtant méconnaissable avec ses paupières gonflées sous son petit béret noir. Sans voilette, sans lunettes, toute droite. Qui connaissait Lauren Bacall ? Pour Hollywood, elle est devenue la veuve, celle qui rappelle l’absent et, pire encore, qui montre combien la vie est cruelle, bien plus que l’imaginent les scénaristes. Elle restera néanmoins une star à qui l’on demanda toute sa vie pourquoi elle tenait tant à travailler, ce qu’elle fit jusqu’à 87 ans. « Pour payer mon loyer », répondait-elle en souriant.

Elle avait 33 ans quand Bogie est mort. Pendant plus d’un demi-siècle, elle a porté vaillamment le fantôme écrasant, ça ne l’a pas empêchée d’épouser un autre acteur, Jason Robards, qui disparaissait pendant des nuits entières de beuverie. Elle a eu un troisième enfant, des amants, elle a tenté de refaire sa vie mais personne n’avait la carrure. Elle avait pourtant tourné la page, retrouvé New York, le très chic immeuble Dakota devant lequel John Lennon fut assassiné. Le temps des studios était mort depuis longtemps, il fallait s’habituer à voir Lauren Bacall dans des seconds rôles ou des séries télé. Heureusement, restait le théâtre. Et son plus grand succès, « Applause », à New York et Londres. C’était l’adaptation du film de Mankiewicz « Eve » (1950), avec Bette Davis, la star qu’elle avait tant admirée, enfant, et qui lui confiait, à 15 ans : « Il faut que vous soyez bien sûre de votre vocation… car, voyez-vous, j’ai deux Oscars sur ma cheminée, mais ils ne me tiennent pas chaud par les froides soirées d’hiver. » La solitude, Lauren Bacall l’a apprivoisée, elle qui disait : « J’ai passé bien plus d’années sans Bogart qu’avec lui. Mais après sa mort, je me suis mise à penser et agir comme lui. Je suis un peu devenue lui. »

Voir encore:

Book Reviews
The Very Jewish Love Story Behind Erich Segal’s ‘Love Story’
How the famed writer’s unrequited passion for Janet Sussman led to the era-defining best-seller, and how Segal, who died six years ago this week, never got over her
Paula Young Lee
Tablet

January 14, 2016

“What can you say about a 25-year-old girl who died?” reads the opening line of Erich Segal’s 1970 best-seller Love Story. Well, for starters, Jenny—or the real-life model for Segal’s fictional tragic heroine—didn’t die. Her name is Janet, she’s Jewish, and she’s alive and well and living in New York City.

In 1998, a series of misreported conversations made it sound as if Al Gore had claimed that he and then-wife Tipper had inspired the young couple at the center of Love Story: the preppy Oliver Barrett IV, and working-class ingénue, Jennifer Cavilleri. A woman named Janet Sussman stepped forward as the “real” Jenny, which was a revelation of such proportions that Maureen Dowd wrote about it in her column for the New York Times, People Magazine ran a feature story, Inside Edition interviewed her, and Oprah later followed up with a taped special segment. But these quick takes only scratched the surface of what turns out to be a more revealing—and very Jewish—story, involving a youthful love triangle in Midwood and an author who would transform unrequited love into a book that made him rich and famous.

Janet Sussman grew up in Flatbush, the younger daughter of intellectual Russian-Polish immigrants who came to the United States with the help of Zionist organizations. The family was part of what her older sister Deborah called “the Tribe,” a close-knit social circle dedicated to raising money to help establish a Jewish homeland. That circle included the Gartners, the parents of a boy named Gideon, with whom Janet shared the same piano teacher, Roberta Berlin. From the time they were “eight, nine, ten years old, we were performing together in recitals playing four-hand piano duets,” Janet recalled, when I spoke with her recently.

Around the same time, she started attending Camp Kinderwelt (Yiddish for “children’s world”), a sleep-away summer camp for boys and girls aged six to fifteen located in Highland Mills, New York. It operated in tandem with Unser Camp (“our camp”), a resort that attracted Yiddish intellectuals and artists—theater actors, directors, poets, and teachers. Established in the late 1920s, Kinderwelt accommodated about 500 campers and counselors at its height. All that remains of Kinderwelt today is a website run by Suzanne Pulier, who was a camper in the late 1940 and ’50s at the same time as Janet. Suzanne recalls that Janet’s nickname was “Machine-Gun.” Suzanne explains: “Apparently she had a laugh that sounded like that and was very contagious. I know many a boy had a big crush on her!”

Suzanne’s memories concur with those of Marty “Smitty” Smith, who remembers Janet as being “very pretty, part of the ‘with-it’ group,” who sang for Saturday services and Friday night Shabbat. Suzanne clarifies: “We sometimes performed in Yiddish for the Unser Camp adults, we walked through their camp on Shabbat showing off our white clothes for the evening’s religious services and we sang for the adults when they had events in the Literashe Vinkel (the little amphitheater).” Janet also played the piano to accompany the singing.

In 1952, while at camp, 15-year-old Janet received an unexpected love letter from a 17-year-old schoolmate in Brooklyn. It was a seven-page confession that he loved her with all the force a love-struck teenager could muster. He felt compelled to write because he was about to leave for college, and feared he’d lost his chance to go on a date with her. He dreamed they would get married in ten years. He dreamed that she would just write back. He worried that he was foolish to confess, because so many other guys were also in love with her.

***

In the early 1950s, Janet Sussman attended Midwood High School along with Gideon Gartner and Erich Segal. (Allan Konigsberg, class of ’53, was at Midwood with them too. He would later become known as Woody Allen.) Erich was the same age as Janet but a grade ahead of her, and Gideon, who wrote her the seven-page love letter, was two years older but three grades ahead. Inside the social ecology of Midwood High, there was very little overlap between Erich and Gideon, and no points of intersection between Janet and Erich.

Now an undergraduate at M.I.T., Gideon was always calling her, trying to get her to go out with him. When that failed, he began writing her letters. But Janet was not interested in him. “I had work to do!” Janet exclaims in tones of mild indignation. She was too busy with friends, singing, and her studies to bother with a boyfriend. With lifelong best friend Helen Mones, Janet would play guitars once a week; they also sang together in the All-City Chorus, which brought together students from all five boroughs.

So, when Janet began receiving more anonymous valentines, she didn’t think anything of it. “In those days,” she explains, “life was what happened. You didn’t question things. I got letters. I figured that everybody got letters.” The letters started in 1954, when she was 17 years old, and a junior in high school. “And then he started to sign his letters to me,” Janet says. The new letter-writer, Erich Segal, would keep writing her letters for the next 16 years.

Janet knew who Erich was, of course. Everybody knew him as the Mayor of Midwood, the equivalent of the student body president. But she had no idea how she came to his attention. He didn’t hang out by her locker or participate in chorus. She didn’t see him at all during her normal daily routines.

Unbeknownst to Janet at the time, Erich had asked Dick Kolbert to find out about her. Dick was class of ’55, a junior, and into basketball. Erich was class of ’54, a senior, a star of track and field. Dick sat next to Janet in English class and had played Algernon to her Cecily in the student production of Oscar Wilde’s play The Importance of Being Earnest. Dick’s secret assignment was to “ask her questions, find out if she had a boyfriend, what she said about him, that sort of thing,” and to report back to Erich what he’d learned. “It became clear that Erich was stuck on Janet,” Dick says crisply, “and Janet did not reciprocate.”

The following year, “Old Kolbert” succeeded Erich as Mayor of Midwood. A dignified man who speaks carefully, Dick doesn’t doubt that Erich based “Jenny” on Janet. There were too many similarities between them. And he believes that Erich’s feelings were sincere. “Teenagers really do experience genuine love,” he muses. “Even if it’s love at a distance. He may have been a little self-dramatizing, but he was genuinely smitten.” Though he wouldn’t reveal any details, Dick confirmed that Erich subsequently wrote “a long letter to him, pouring out his heart” regarding the depths of his feelings for Janet and asked him to burn it after reading. And so he did.

***

Dick Kolbert remembers that Janet was very pretty, but that it was Marge Cama who was voted “Prettiest Girl” in their graduating class at Midwood. The difference was that Janet had, “well … something,” he offered vaguely. “If there was a Geiger counter, she would be towards the top.”

Teenage boys may have been drawn to Janet’s artless good looks, but it was that ineffable quality of being your own person that made them fall in love with her. When Janet’s sister Deborah was 14, she wrote a strangely revealing essay about her then 8-year-old sibling. “Her tiny pug nose and tinkling laugh are two of the factors which gave her the titles, ‘Mis-Chief’ and ‘Machine-Gun,’ ” Deborah wrote of her sister in third grade. “I often wonder how she acts with male friends of her own age, and why they are so attached to her.”

Deborah titled the English-class essay “A Female Casanova” on account of the fact that Janet had a “boyfriend”–another third-grader named Ronald, who briefly became sick and stayed at home, leaving room for “Richard” to move in. Yet Deborah was perplexed. What qualities did Janet possess that made boys become infatuated with her? Nobody I spoke to about Janet’s years at Camp Kinderwelt or Midwood High School described her as a flirt, “boy crazy,” or any variation thereof. Rather, her response to male attention seems consistently to have been amused bafflement, followed by indifference.

In high school, Janet shared Erich’s letters with her other life-long best friend, Diana Stone. Diana lived across the street from the Sussmans’ home in Brooklyn, and she and Janet were as close as sisters. With a note of incredulity in her voice, Janet exclaims: “I think Diana even tried to persuade me to relent, just a little!” To no avail. She wasn’t rude to Erich, Janet stresses. But she never went out with him. Yet Erich’s letters kept coming.

At Barnard, Janet double-majored in music and French. An accomplished pianist, she composed the entrance music to Barnard’s “Greek Games” as well as a second piece for the dance portion, choreographed by Tobi Bernstein (today the distinguished dance critic Tobi Tobias). “This piece became the soundtrack to our childhood,” Janet’s youngest child, Aleba, states, “as it was the one piece she would turn to again and again when playing the piano for pleasure and not for work. We loved it so much—it totally captures her passion. It has very intricate syncopation amid gorgeous melodies.” A serious student, Janet took a composition class with Otto Luening across the street at Columbia University. This very small class included two future winners of the Pulitzer Prize for music composition: John Corigliano, who was also in Janet’s class at Midwood High School; and Charles Wuorinen, who “sat in the back row alone all the time,” Janet elaborates. “We all knew he was the genius of geniuses.”

By fall of 1959, she had graduated from college and finished up a summer at the Cummington School of the Arts in Massachusetts. She then found a job working as an administrative assistant for Columbia Records in New York City. Meanwhile, her older sister Deborah, a protégée of Ray and Charles Eames, had been on a Fulbright year in Ulm, Germany, and had moved on to Paris, where she settled into her new job as a graphic designer for chic department store Galeries Lafayette. Deborah wanted her baby sister to come visit.

It was time for Janet to make a choice. She had a good entry-level job at a business where she might have a future if she stayed—but Paris beckoned. After hemming and hawing, she finally gave notice to her bosses at Columbia Records and joined her sibling for a stint of seven months in Europe. On June 8, 1960, Deborah wrote to their parents:

after five weeks, i cannot imagine being without her. i was amazed and impressed, and so are others, at her insights and awarenesses of people. she has developed very highly intellectually, equaled (need one say?) by her beauty. yet i think that being far from home and her usual routines is the best thing she could do right now, in order to learn a certain independence.
Deborah’s letter made no mention of the man from Midwood High who was planning on delivering himself to their doorstep in the 18th arondissement the very next day, flowers in hand, with plans to take her baby sister out for her birthday, which happened to be close enough to his birthday, too. Erich Segal and Janet were Geminis, the sign of the Twins, born one week apart: June 9 for her, and June 16 for him. Erich had written Janet to let her know of his plans, but he’d not heard from her in two weeks since his last letter, he complained, and had no idea if she would be there when he arrived.

He had reason to fret. If Janet wasn’t exactly avoiding him, she wasn’t waiting breathlessly either. The sisters had driven to South of France, to the French Riviera, taking the routes favored by truck drivers because the food along the way was cheap and good. As for Erich, she says, he was “on his own.” It didn’t help his case that her sister “didn’t think he was important,” Janet relates with a rueful laugh. Ever decisive, Deborah summed Erich up and cut him down in three words: “He’s so short!” Janet concurs that he was short of stature, but with a “magnificent face.” When the three of them eventually ended up having dinner in Paris at the home of Erich’s aunt and uncle, “I was on good behavior,” Janet says lightly. “Deborah—ahem—wasn’t.” The formal meal turned into a scene from Hannah and Her Sisters à la française, with Janet being her charming and effervescent self, and Deborah blurting out caustic remarks in impeccable French.

Deborah, Erich, and Janet on the French Riviera, 1960.
That Janet agreed to dine with Erich’s relatives did not turn her into his girlfriend. “I wasn’t rude,” she exclaimed indignantly. “But he made every effort to see me, and I made none to see him.” Erich flew back to the United States, his love unrequited. And he kept sending her letters. From Cambridge, Massachusetts: a postcard mailed to her in Paris. From New York City: a telegram to her in Paris. From Barrow, Alaska: a letter addressed to her in Brooklyn. From somewhere over the friendly skies: a letter on American Airlines’ stationary, scrawled on a return flight from a Passover visit with his mother and family. From his office at Harvard University, where he’d obtained his undergraduate, Master’s, and doctoral degrees and then joined the faculty: a letter to her in Brooklyn, written in a ruled blue book used for exams. And so on.

Janet still has dozens of letters in her possession. They are full of chatty details of the non-events of the quotidian, using charming terms of endearment, little doodles, and clever puns in Latin, Greek, French, and Hebrew. During Janet’s sojourn in Paris, he visited her parents in Brooklyn. “Erich spoke Russian with my father, Polish to my mother, and Yiddish to my grandmother,” Janet recalls about that visit. Her parents approved of him, and they were thrilled when he told them he would be visiting her. From Paris, Erich sent a letter to Irving and Ruth Sussman to update them on the status of his visit with their daughters, including a description of that interesting supper with his relatives.

Following Erich’s departure from Paris, Janet had remained in France. She was nearing the end of her funds, so she began to look for a job. She found one close by in the 19th arondissement, working with a record company called Etablissements Atlas. Her job was to translate the French information on record labels into English. After two months, her bosses offered her a permanent position in London, where the company was opening a new office. But Janet didn’t take the London job, and she didn’t stay in Paris. Instead, both she and her sister decided to return permanently to the United States, sailing home on a ship called La Liberté. The voyage lasted a week. Upon their arrival, both sisters came back to the family home in Brooklyn, but Deborah immediately began readying to depart for California, where she would resume working for Ray and Charles Eames.

As it turned out, Erich Segal wasn’t the only suitor writing Janet earnest letters. Gideon was sending them too, and he had the home field advantage. “He was one of our own, part of the Rambam club,” Janet explained: “This was one of the arms of the Labor Zionist Federation, with the goal of establishing a nascent Israel. I inherited that fervor from my father.” And if, in high school, Gideon was a typical skinny teenager, Janet recalled, “he came back from college to Brooklyn, transformed.”

***

By October 1960, Janet had started a new job working as the assistant to Geraldine Souvaine, producer of the Metropolitan Opera’s Saturday Afternoon radio broadcasts. When Gideon called and asked her out again, her heart didn’t leap with giddy anticipation. Still, she accepted his invitation—in her mind, a kind of pro forma social ritual, the sort of meetup owed to someone whose parents knew your parents and participated in the same groups. “We’d never before been on a date. When he showed up, he was like a stranger,” Janet says in lingering tones of wonderment. “He was my piano partner but he’d been a boy, then. I came back from Europe and he was a man. I was suddenly romantically attracted to him. I admired his broad shoulders,” Janet laughed, a 78-year-old grandmother suddenly girlish again, “and that was it!” A few months after their first date, he and Janet married.

They’d planned a traditional big wedding in a synagogue, but Janet’s father Irving was hospitalized at Maimonides Hospital with a hip injury and suffering from what would later be diagnosed as the early stages of Parkinson’s. Janet related: “In the Jewish tradition, you don’t postpone the wedding, so we brought the wedding to him. The rabbi came, and the ceremony was held in the hospital. It was very small, just family and close friends. We left the next day for our honeymoon in Puerto Rico.”

It was a marriage between families, joined together inside a community that had supported them since they were small. They’d known each other nearly their entire lives yet had fallen in love as adults. By the time they wed, Janet’s childhood piano partner had pursued her for eight years, and it was the third time she’d resigned her job and walked away from a potential career. She was almost 24 years old.

Erich saw the wedding announcement in the paper and wrote Janet a letter to congratulate her. Still, his letters kept coming.

***

The newlyweds moved to Tel Aviv and lived there for four years. Janet remembered this as a wonderful, emotionally fulfilling period in their lives. Gideon’s extended family in Tel Aviv had embraced her. She learned to speak Hebrew fluently and was thrilled to be having healthy babies—first Perry, then Sabrina—born 16 months apart. For a period of eight months, Gideon was transferred to Paris; then the family returned to Tel Aviv. Perry was too young then to remember specifics, but he recalled that his father was “incredibly ambitious,” displaying the drive that would lead him to found the Gartner Group (now Gartner, Inc.), the first of several successful companies that would establish him as one of the pioneers in the new industry of information technology. Returning to the United States, they eventually settled in Mamaroneck, New York, where their third child, Aleba, was born.

And Janet and Gideon wrote each other love letters. Throughout their marriage, they communicated through music, and regularly exchanged letters—sometimes mailed, often left on each other’s pillows—that paint a complex, profound, private portrait of a marriage. But if one wonders what set Gideon apart from Janet’s other suitors, this simple line may explain it: “To you,” she wrote to Gideon in a letter of 1961, “I’m real.”

Now a married woman with three children, Janet started receiving notes and letters again. She knew who was sending them. Erich had become a professor of Greek and Latin literature at Yale and had also met with success as a Hollywood screenwriter. She figured Erich for a prolific writer who’d simply gotten in the habit of writing down and mailing his thoughts to her. Every once in a while, she responded with a brief note and didn’t ponder the matter any further. Meanwhile, in 1968, her sister Deborah co-founded the pioneering environmental design/graphic arts firm Sussman/Prejza, which became one of the most influential design companies in the country.

In 1969, Janet’s entire young family was sound asleep when the phone rang at 3 a.m. It was Erich Segal. “He was soused,” Janet recalled. “He told me that he’d just written his final love letter to me and that it was over a hundred pages long.” That last, very long letter was Love Story. A shortish novel, it became the best-selling book of 1970 and made Erich an instant millionaire. When the film exploded the following year, Erich invited Janet to accompany him to the Plaza Hotel in New York City, where she dined with him and the film’s stars, Ryan O’Neal and Ali MacGraw, as well as the producer, Robert Evans. Janet recalled: “Gideon said I could go—however, he stipulated that I couldn’t be identified to the press as ‘Jenny’.” She attended the fête as the “mystery woman.”

In the silence, the mystery surrounding Janet’s identity merely thickened, until that fateful conversation in 1998 which transformed Tipper from Tennessee into Jenny from Rhode Island. As result of that story, Erich stated publicly that Oliver Barrett IV had been partly inspired by fellow Harvard student Al Gore, the son of a senator and a WASP product of prep schooling, but he’d given Oliver the personality of Gore’s roommate, Tommy Lee Jones, the poet-cowboy actor from Texas. But what about Jenny?

Though Erich never came out and declared in so many words, “Janet Sussman is Jenny Cavilleri,” he admitted as much in an extensive interview for the May 1971 edition of the Italian magazine Oggi. In addition to describing his changed romantic prospects in the wake of sudden wealth and fame, he confessed his feelings for “Jenny” at length. “When you lose the woman you love,” he said, “it is over for you, whether she leaves you for another man, or she dies. You are still alone. It was at this point that I started thinking about Love Story. That’s why in the book, Jennifer dies, because for me she had died.”

The interview included a photograph of Erich and Janet on the Promenade des Anglais on that trip to France in 1960. The caption, in Italian, identifies Janet as “Jennifer, the muse,” and states plainly that the woman in the photo, Janet, is the inspiration for Love Story. Like “Jenny” as described in Love Story, Janet was: “beautiful. And brilliant … loved Mozart, and Bach. And the Beatles.” Was affectionately called “Four-Eyes,” hated her glasses and removed them at every opportunity. Was a music major, though Janet went to Barnard and also majored in French, whereas “Jenny” attended Radcliffe. Jenny/Janet was an accomplished pianist, an intellectual in the habit of biting her nails, quick with sarcastic retorts, especially with men, and she often used the word “stupid” to express her impatience.

It’s fun to re-read Love Story in light of the history shared by Janet and Erich, as it turns his prose into something far more confessional and intimate. “Either way I don’t come first,” Oliver complains on the very first page, “which for some stupid reason bothers the hell out of me.” “I would like to say a word about our physical relationship,” Oliver begins chapter 5. “For a strangely long while there wasn’t any.” But Jenny is working-class Italian American, and Oliver is a wealthy WASP. Or, as Jenny says, “Ollie, you’re a preppie millionaire, and I’m a social zero.” There is nothing of Jewishness in the novel, which instead celebrates Anglo-American culture and values to the point of pandering. Jewish identity comes up only twice in the book, first when Oliver remarks that the editor of the Harvard Law Review, Joel Fleishman, wasn’t very articulate; and second, when Oliver graduates from law school and is job hunting in New York City. He declares:

I enjoyed one inestimable advantage in competing for the best legal spots. I was the only guy in the top ten who wasn’t Jewish. (And anyone who says it doesn’t matter is full of it). Christ, there are dozens of firms who will kiss the ass of a WASP who can merely pass the bar.

Given that Erich’s father and grandfather were rabbis, this is a curious statement that suggests he envied structural whiteness even as he prided himself on succeeding on his own intellectual merits. In his mind, nonetheless, WASP status seems to have been tied up with better success with women. In the Oggi interview, Erich described one of his final in-person conversations with the “real” Jenny, i.e., Janet, which took place at a restaurant following the book’s release. In it, he not only confirmed to her that she’d inspired the character, but believed that if he’d only been an Oliver in real life, “we would have gotten married”—an assumption that has no basis in Janet Sussman’s subsequent life.

Janet still seems amazed that she had such an impact on Segal and even more confounded that this story would have resonated so strongly with the public. “It was only many years later,” Aleba remarked, “that I realized how difficult it must have been for my mom to be the invisible muse, the real-life healthy living inspiration for this dead heroine in this impossibly huge best-seller and film. She never ever expressed this, but how could she not feel the frustration? They must have had a silent agreement not to make a big deal out of it, in part out of respect to my dad and us three kids.” (After 17 years of marriage, Janet and Gideon divorced, the way couples do once the children are out of the house. Though there have been suitors over the decades since that split, she has not gotten remarried.) Her middle child, Sabrina, clarified: “She had—has, really—no idea how surprising it was that she resisted Erich without thinking much of it. She has a way of doing that, living her life on her own terms, even as others seek to be part of it.”

Voir également:

Maybe Jenny Cavilleri didn’t die of a mysterious disease.

Maybe she got divorced and moved to Greenwich, where she is alive and well and playing the piano in a chamber music trio.

Janet Sussman Gartner loves Beethoven, Bach and the Beatles. She bites her nails. And, at 60, this mother of three still enjoys putting Harvard preppies in their place.

In this case, the preppie is the Vice President. Mrs. Gartner has come forward to say that she, not Tipper Gore, is the model for the saucy but doomed heroine in  »Love Story. »

 »They used to call me the girl with sparkle, » said Mrs. Gartner, who offered as proof pictures of herself with Erich Segal, a copy of the Italian magazine, Oggi, in which Mr. Segal is quoted saying Janet is Jenny, and a bunch of old  »Sweet Suss » love letters signed  »Erich, »  »Segal » and  »the Kosher Liberace. »

 »The whole world kept saying to me, ‘You didn’t die,’  » she says.  »Well, I didn’t marry him, either. »

It may seem odd that people are so eager to associate themselves with the most treacly book and movie in modern times. It may seem odd that I keep writing about the most treacly book and movie in modern times. But then, I live in a city that has gone gaga over a puppy.

First the Vice President, to warm up his image, planted the notion that he and Tipper were the models for Oliver Barrett IV and Jenny Cavilleri. But Mr. Segal reined him in, making it clear that Tommy Lee Jones was the model for the sensitive, studly part of the character, while Al got the neurotic father-fixated part, and Tipper got zip.

That raised the question: Why not Tommy Lee Jones for President? Doesn’t America deserve the cool roommate? (And Will Smith for Vice President!)

Now Mrs. Gartner is laying claim to Jenny. What’s next? Are we getting into Anastasia territory? Will a line of Italian men step forward to say they inspired Phil Cavilleri, Jenny’s saintly dad?

In a 1970 interview with The Times, Mr. Segal said he had used the story of a Yale student whose wife had died, but had based Jenny’s personality on a flame from his Harvard days who did not go to Radcliffe.

Mrs. Gartner says she was good friends with Mr. Segal when they were both at Midwood High School in Brooklyn (along with Woody Allen) and later, when she was at Barnard and he was at Harvard. She said they once traveled through the south of France with her sister, but she did not reciprocate the infatuation of her  »brilliant suitor. »  »I was an idiotic young woman, a pretty girl, I had a million boyfriends and I threw them out like the garbage at the end of every day. »

One night, several years into her marriage to a computer executive, she said, an excited Erich called her at 3 A.M.  »My husband was disturbed. Erich said, ‘I just wrote you a 250-page love letter.’ When the movie opened, it was a heady time. He re-entered my life, and invited me to go out to dinner at Trader Vic’s in New York. We were at a large circular table with Ali MacGraw and Ryan O’Neal sipping out of a common huge drink with long straws. I thought, ‘Life can’t get any better than this. Janet Gartner from Mamaroneck is Jenny.’ Now everyone has forgotten. »

Mr. Segal would not confirm or deny Mrs. Gartner’s claim. He sent a fax from London saying:  »I would be very happy if you did not write this piece. And extremely grateful. » When my assistant reached him by phone and asked if Janet was Jenny, he again avoided a yes or no:  »Can’t you just say that I’d already left the office? »

Mrs. Gartner said Mr. Segal had made her a lower-class Italian to spice up the story with class and religious conflict.  »We both had Jewish immigrant families. He was brought up as an Orthodox Jew, I a Conservative Jew. »

She still cherishes the  »dazzling » love letters with the English-French puns, and a poem about a Passover and a satyr.

She says Mr. Segal never told her who inspired Oliver. But she’s ready to get on my  »Tommy Lee Jones for President » bandwagon.  »He’s the most irresistible man on the earth, » she says.

Voir encore:

IT WAS A DARK AND STORMY NIGHT—well, it was dark anyway—when Janet Sussman Gartner learned she was the inspiration for high school classmate Erich Segal’s first novel. Gartner, her husband and three children were sound asleep in their Ma-maroneck, N.Y., home in 1969, when the telephone practically exploded at 3 a.m. “Hey, Sussy” crooned a seductive voice. “I just wrote you a 258-page love letter.” It was Segal, then a Yale professor, freshly stoked on completing the manuscript the world would soon know as Love Story. He had taken the essence of Gartner, her razor-sharp wit, playful sexiness and love of music, and created Radcliffe student Jenny Cavilleri, the leukemia-stricken heroine of his bittersweet weeper about an Ivy League romance that ends in Jenny’s death. The novel became the best-selling book of 1970 and a 1970 box office smash starring Ali MacGraw and Ryan O’Neal. “I remember feeling like a jolt of electricity went through me,” recalls Gartner. “I didn’t sleep the rest of the night. I was too overcome with what I realized I meant to him.”

Gartner, 60, kept mum about being Segal’s inspiration, but, she says, Al Gore’s clumsy assertion last month that he and wife Tipper were the models for the book’s couple proved too much to bear in silence. (Gore has since declared it all a misunderstanding.) The idea that Tipper Gore was Jenny, Gartner says, “is the most preposterous thing I ever heard.”

Segal, 60, now married and living in England, isn’t talking. But in a 1971 article on the author, the Italian magazine Oggi identified Gartner in a photo (with Segal in France in 1960) as the woman who had inspired Jenny—without naming her. And, Gartner says, Segal took her to dinner with actress MacGraw in New York City just after the film’s release. Segal recently said that he never met Tipper but that the character of Oliver Barrett was based both on Gore and actor Tommy Lee Jones, Gore’s Harvard roommate.

All these years, Gartner shared her secret only with family and friends. “I grew up knowing that my mother was Jenny,” says daughter Aleba, 31, a publicist. “It was kind of legend in our house.” But Gartner says that she and her husband, Gideon, 62 and CEO of Giga Information Group in Cambridge, Mass., kept quiet because “it seemed a little bit awkward to have my identity known” while she was married and Segal was single.

Though they never dated, Gartner and Segal were close friends from their days at Brooklyn’s Midwood High School in the 1950s. Raised by intellectual immigrants from Poland and Russia, Janet Sussman was quick-witted and outspoken. Like the fictional Jenny, she played piano and, like her own mother, spoke three languages. “I’m not a shrinking violet,” she says. “Someone once coined me ‘the girl with the sparkle’.”

In 1954 the smitten Segal enrolled at Harvard, from whence he filled Gartner’s Brooklyn mailbox with dozens of letters, which she still treasures. “Darling Suss, sweeter than halvah,” he wrote. But Gartner did not return his affection. “He was a very great friend, and my admiration for him was boundless, but I did not share his emotions,” Gartner recalls.

She entered Barnard College in 1955, and in 1960, a year after graduating, she joined her older sister Deborah in Paris for a seven-month sojourn. Segal followed, Gartner says, with intentions of winning her over. The romance never blossomed, and in 1961 she married Gideon Gartner, another high school pal. Though Segal continued corresponding—and he never had to say he was sorry—his tone changed from lovelorn to friendly. Eventually the two fell out of touch. End of story?

Not quite. Gartner, now divorced and living in a Greenwich, Conn., apartment, supports herself as a pianist and music coach. She believes Jenny’s death was a metaphor for Segal’s failing to win her in real life. Indeed, Segal told Oggi that losing the woman you love is the same “whether she’s left you for another or whether she’s died.” Gartner admits she sometimes wonders what might have been had she married Segal. For one thing, he might not have created the greatest hankie wringer in modern literature. “If I had dated him and everything had been fine, I’m not going to say he never would have written Love Story,” muses the muse. “But the need to write it may have been less.”

SOPHFRONIA SCOTT GREGORY

JENNIFER LONGLEY in Connecticut

Voir enfin:

The Rise And Fall Of The Ivy League Look

On October 1st something began bubbling in my subconscious. Ivy Style had reached its four-year anniversary, the MFIT exhibit had recently opened, and the accompanying book had been published.

I found that after four years of trying to look at this topic as objectively as possible, and talking to the men who were actually there during the heyday — Richard Press, Bruce Boyer, Charlie Davidson and Paul Winston — something unanswered remained.

I started thinking about Brooks Brothers and the college campus, which was chosen as the focal point of the MFIT exhibit, wondering about the connection between these two things. I soon found myself asking the most fundamental question: How do we explain how the Ivy League Look came about?

It’s easy to make generalizations, but hard to precisely articulate.

I next began thinking about the interplay between clothiers and their customers, focusing on the why as much as the what. Buttondown oxfords, plain-front trousers with cuffs, rep and knit ties — these are the whats, but what are the whys behind them? The answer couldn’t be simply “because that’s what Brooks Brothers sold,” when Brooks Brothers sold so much more that never became part of the Ivy League Look.

I telephoned Charlie Davidson and told him I was working on a piece though wasn’t sure where it was going. I started by asking him, “What portion of the Ivy League Look comes from Brooks Brothers, and what comes from the culture of young men on campus?” When Charlie, who’s been selling these clothes since 1948, responded, “That’s a good question,” I knew I was on to something.

The following essay is the result of my investigation. What began as an attempt to articulate Ivy’s origins grew into an overview about the whole broad arc of Ivy, how it codified and how it shattered into the complex “post-Ivy” era we’re in today.

In it I will argue:

• The Ivy League Look was as much about styling as the ingredients. And while the ingredients were relatively fixed and admitted new items slowly, the styling came from the campus and was always in a state of flux.

• It was the casual nature of the college environment and the importance of dressing down that led men in the 1930s to prefer rougher, casual fabrics — oxford cloth shirts, brushed Shetland sweaters, Harris Tweed jackets, flannel trousers — that has been the standard of good, understated taste for men on the East Coast ever since.

• The Ivy League Look included clothes for every occasion, from resort to formalwear, from city to country. However, the country element influenced the city far more than the other way around, and remains the most lasting influence of the genre.

• The Ivy League Look can be said to go through the stages of birth, maturity and decline, corresponding to specific points on a timeline.

• Once the look in its original, purist form ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable in society as a whole.

This lengthy piece will be presented throughout the week in five parts. New installments will be added at the bottom to preserve one cohesive post and comment thread.  — CC

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The Rise And Fall Of The Ivy League Look
Christian Chensvold

Part One: The Rise

In the late 1930s a new shoe became an instant hit on the Yale campus. First seen in Palm Beach in 1936, the “Weejun” penny loafer by GH Bass & Co. was immediately embraced by the students of New Haven. By 1940, the shoe store Barrie Limited was advertising its Horween penny loafers in the Yale Daily News, saying the shoe had “taken the university by storm.”

From the moment it appeared the penny loafer was an “instant classic” for wearers of the Ivy League Look, according to Charlie Davidson, 86-year-old proprietor of The Andover Shop in Harvard Square. Yet how do we explain the shoe’s overnight success, when so many shoes had come before and so many more would come later? For a genre of clothing that was slow to develop, that is characterized by its conservatism and supposed resistance to fads, this love-at-first-sight seems odd. Stranger still, the penny loafer was no temporary trend like the raccoon coat of the ’20s or the buckle-back chino of the mid-‘50s. Its place in the genre of clothing called the Ivy League Look remains to this day. It literally was an instant classic, embraced wholeheartedly and never relinquished.

Those Yalies who first donned the penny loafer in the late ’30s must have seen something special in the shoe, an inherent attractiveness and a harmony with the clothes they got next door at J. Press. “Casual slip-on shoes of the moccasin type are by far the most popular with students,” syndicated fashion columnist Bert Bacharach would later write in his 1955 book “Right Dress,” suggesting it was the penny loafer’s casualness of design — moccasin-style with no brogueing, laces, tassels, wings, nor anything else associated with a business shoe — that accounted for its instant appeal.

One thing’s for certain, however: No manufacturer could have anticipated or dictated the Weejun’s instant success. Something more mysterious and elusive was at work, the process of taste-driven natural selection by the closed culture of Eastern Establishment students of the 1930s. Young men and their peers, not clothing brands or magazine editors, decided what was fashionable.

Though it later achieved and lost mainstream popularity, the penny loafer remains available today at a wide range of prices, supported by both lifelong wearers and a steady supply of new converts. Typically paired with argyle socks in the 1930s, penny loafers were worn with white athletic socks in the ’50s and then sockless in the ’60s, the same item worn differently with each new decade.

The Ivy League Look is not simply a tailoring style accompanied by a specific group of furnishings and accessories. It consists of much more than just sack jackets, buttondown oxfords and penny loafers. It also consists of the taste-driven ethos that led some items to be accepted into the genre while others were rejected, and of a certain way of wearing the items that developed in the various upper-middle-class communities of the East Coast in the first half of the 20th century, chief among them the college campus.

“People made things a classic, not manufacturers,” says Davidson. “It’s people who made some things accepted and not others, otherwise how do we account for all the things that failed?”

Brooks Brothers And Ivy’s Big Bang

The Ivy League Look did not appear suddenly, but developed over time. “It was 30 or 40 years in the making without anyone knowing it would one day be called the Ivy League Look,” says Davidson. Although the clothing genre codified gradually, and while the lines that form the genre’s perimeters are debatable, there was something akin to an Ivy Big Bang, an instigating act that gave birth to this style of dress. And that is the introduction in 1895 of Brooks Brothers’ No. 1 Sack Suit.

Just as the jacket is the foundation of tailored clothing, this single item — natural shoulders, three button (after 1918, according to the Brooks Brothers book “Generations of Style,” by John William Cooke), dartless, with no waist suppression and paired with straight unpleated trousers — formed the blueprint for what would eventually become the Ivy League Look. And throughout the first half of the 20th century Brooks Brothers would continue to introduce a host of English items  — the buttondown oxford, Shetland sweater, polo coat, rep ties, argyle socks — that became staples of the Ivy genre.

But Brooks Brothers also offered countless other items — yachting and hunting regalia, double-breasted tapered suits, and other overtly English items less easily Americanized — that were never embraced into the Ivy League Look. Why? For the simple reason that they would have been out of place in a campus environment, the fertile ground where the style would codify and flourish, and where, as we’ll see, an air of casualness and nonchalance was paramount.

So while Brooks Brothers offered everything within the genre, it also offered much more. The Ivy League Look is narrower than the Brooks Brothers catalog (catalog here referring to what the company offered from roughly 1920-1970), and for this reason one could argue that Brooks Brothers’ smaller rival J. Press was a purer Ivy retailer, in that it offered a broader selection (such as in campus-oriented tweeds) within narrower perimeters. Brooks Brothers was Ivy and much more; J. Press was strictly Ivy.

England provided Brooks Brothers with many overcoats to sell to the gentlemen of America. But starting around 1910, one came to dominate the Ivy League Look above all others: the polo coat, another example of taste-driven natural selection at work.

According to Esquire’s Encyclopedia of Men’s Fashion, which draws heavily on historic articles from Apparel Arts and Men’s Wear, camel hair coats were noted for their dominance at the Yale-Princeton football game of 1929, having usurped the powerful but short-lived raccoon coat trend. Cooke writes, “This sporty camel hair garment… becomes the rage on college campuses during the Roaring Twenties.” Decades later, Bacharach would note, “Camel’s-hair polo coats are still the favorite type of outer wear among college men.”

The collegiate popularity of the raccoon coat in the 1920s, which fashion historian Deirdre Clemente has traced to Princeton, is a perfect example of a huge trend that was nevertheless selected for extinction, while the polo coat survived, indeed still available from retailers such as Brooks Brothers, J. Press, Ralph Lauren and O’Connell’s. The coat’s longevity is surely due to its sporting associations and easy ability to style informally — all things that would resonate with young men. It certainly looks more at home on the sidelines of a football field, as coach Vince Lombardi demonstrated throughout his career, and as dramatized in the movie “School Ties,” where polo coats are worn at a tailgate party for a prep school football game. Somehow a Chesterfield just wouldn’t look the same.

With the pink oxford, which rose to prominence in 1955 (the “year for pink” according to LIFE Magazine), Brooks Brothers once again introduced a new item into the Ivy genre. But it could never have anticipated the pairing a pink oxford with evening dress, as Chipp’s Paul Winston has recounted wearing, and which is, for lack of a better expression, a very Ivy thing to do (Charlie Davidson also recalls wearing a buttondown oxford with black tie, albeit a white one, which illustrates Chipp’s penchant for the “go-to-hell” look). Winston’s gesture serves as a perfect example of the styling side of things: Brooks provided the item, and the people found innovative ways of wearing it.

In summary, we can say that Brooks Brothers was the primary provider of the Ivy League Look’s raw ingredients, while the culture — meaning the world of young men competing and conforming sartorially in their WASPy East Coast environment — provided the styling. With each new decade Brooks Brothers showed what to wear, while young men, who drive fashion, showed how the items could be worn. As a wholly arbitrary fractional breakdown, we could say that 2/3 of the Ivy League Look was raw materials, which were relatively fixed and admitted new items slowly, while 1/3 was styling, which was in a constant state of flux.

Town And Country, Or Wall Street And Campus

As the Ivy League Look developed, references to Brooks Brothers increasingly focused on two specific realms: the college campus and the world of finance. In his essay on Brooks Brothers collected in the book “Elegance,” G. Bruce Boyer succinctly notes, “The Brooks Brothers suit seemed to peg a man somewhere between Wall Street and his country house, by way of the Ivy League.”

In a 1932 article, the New Yorker mentions the same two worlds: “Of course, Brooks still have their tables piled with the good old soft-roll, high-lapel sack coats that have been the accepted college and bond-salesman uniform for so long.” Presumably those bond salesmen, like Yalie Nick Carraway in “The Great Gatsby,” picked up the taste for Ivy while at school. “The novels of F. Scott Fitzgerald, for example,” writes Cooke, “are peopled with earnest heroes who hailed from the Midwest but who came to play in the racy world of New York via Princeton or Yale.”

This 1929 ad for Wallach Brothers also mentions the connection between the world of finance and the style-setting universities of Princeton and Yale:

As young men graduated from school to take their place in the world, including the financial industry, their clothing would change from country to town. Writing on Ivy League students in her 1939 book “Men Can Take It,” Elizabeth Hawes notes:

The conventional costume for all the right people is a pair of flannel or tweed trousers and a coat that does not match. When I asked them whether they were going to dress in their quite comfortable tweed for work when they left college, they responded firmly “no.” They were absolutely clear on that issue. They said they were training themselves — or being trained — to take their places in the world, and the required costume would be a neat business suit.

Although it was based in New York, Brooks Brothers specifically merchandised for the college man and sold to him via an army of traveling salesmen who frequented the prep schools and colleges of the Northeast. An 1898 Princeton football program includes an advertisement from Brooks Brothers, with copy reading, “Our stock for the present season continues, we believe, to show improvement, and will be found complete in all the little particulars that go to make the well-dressed man.”

This Brooks Brothers ad appeared in the University of Pennsylvania’s 1926 yearbook:

Brooks Brothers continuously revamped its youth-targeted line throughout the 20th century, adding its University Shop in 1957 and replacing that with Brooksgate in 1974. It’s current Flatiron shop is merely the latest incarnation of a century-long catering to young men as well as their fathers.

The Ivy League Look was for both town and country, Wall Street and campus, but, as we’ll learn, the campus element proved to be the more lasting influence of the two.

The New Guard

Although Charlie Davidson is the oldest-living, still-working purveyor of the genre, he doesn’t consider himself old guard. The Ivy League Look was in full bloom in the 1930s, he notes, well before his founding of The Andover Shop in 1948. At the time Davidson considered himself to be offering clothing within an already established genre, yet targeted at the local geography. This sentiment is echoed by Richard Press, who says that J. Press’ locations outside of New York were meant to provide Brooks Brothers items in areas with an Ivy League campus (Cambridge, Princeton), but no Brooks; only Columbia had that.

As George Frazier put it in 1960, “Around the turn of the century, Arthur Rosenberg, then the foremost tailor in New Haven, began to exploit this [Brooks Brothers] style among Yale undergraduates, and, not long afterwards, J. Press, also of New Haven, fell into line.”

These smaller retailers outside New York took the Brooks Brothers template and focused more on the country side of the genre rather than town. And yet all these other players who used the ingredients that Brooks Brothers had provided felt that taste and small differences distinguished them. “We all thought our taste was better than our competitors,” says Davidson. “Norman Hilton, for example, had exquisite taste, and when you get to the commercialization of the Ivy League Look, he’s at the forefront.”

The most important and lasting clothier providing Brooks-based style for college towns was J. Press. Press’ difference from Brooks is summed up by Episcopal Archbishop of New York Paul Moore, Jr., who writes that Jacobi Press’ “tweeds were a little softer and flashier than Brooks Brothers tweed, his ties a little brighter.”

Richard Press, former J. Press president and grandson of the founder, has also stressed Press’ emphasis on country rather than town. “I think that one of the major differences between Brooks Brothers and J. Press,” he states in his 2011 Q&A with Ivy-Style.com, “beyond the obvious size, was that we were known as a campus store, whereas Brooks Brothers was much more urban.” Indeed, the merchandise for J. Press’ New York store was less purist than its campus shops. “If you look at our brochures,” says Press, “you’ll see that the two-button darted suit was sold only in the New York store, and it probably represented 40 percent of our suit sales there.”

While Brooks Brothers, originator of the Ivy League Look’s ingredients, was based in New York, New Haven is the top candidate for Ivy’s spiritual home. In a 2004 article entitled “The Yale Man,” the New York Times writes, “‘Natural shoulder’ was what men’s magazines called the Yale look, and for decades the clothing stores near campus at Elm and York Streets in New Haven were the natural-shoulder capital of the universe.”

Style setting also thrived in New Haven. “Students and their professors enunciated a new style,” says Press, “with their dirty white bucks, horn rimmed glasses, Owl Shop pipes, raccoon coats, J. Press snap brim hats, stuff that was too informal and sporty for Brooks. Big difference between city and campus wear and Brooks pushed the former, the rest the latter.”

Finally there was the issue of price: “Perhaps most important issue for the proliferation of Ivy,” says Press, “Brooks was too expensive. J. Press and competitors adapted to the more restricted allowances of the campus population and worked below Brooks price points.”

Although these new-guard clothiers used the template created by Brooks Brothers, they did so in the cultural environment where the Ivy League Look’s styling was at its most fertile: the campus. And because these clothiers and the student body were part of the same community, they had a close, symbiotic relationship. Students needed the clothiers to get what they wanted (and to want things they’d never seen before), and clothiers needed to find out what was popular. As a result, Ivy clothiers never left their eye off college men. In 1962, Sports Illustrated notes, “Representatives of the New Haven tailoring establishments—J. Press, Fenn-Feinstein, Chipp, Arthur Rosenberg, et al.—entrain for Cambridge to render biennial obeisance and to see what the young gentlemen are wearing.”

Earlier, in a 1938 article entitled “Princeton Boys Dress In Uniform,” LIFE Magazine writes, “The fact of the matter is that tailors and haberdashers watch Princeton students closely [and] admit they are style leaders.”

Clothiers also made sure college men knew they cared deeply about student tastes. This ad by Irv Lewis, a clothier serving Cornell, explicitly elucidates the relationship:

“The key element of successful campus shops,” Richard Press summarizes, “was their ability to establish personal relationships with students, faculty, coaches and administration. Brooks Brothers in New York and Boston was too diffused, and while each top customer had his clothing man, it changed from floor to floor, from furnishings to shoe department.”

College Students, “The Best-Dressed Men To Be Found Anywhere”

Bert Bachrach states that before World War II many clothing experts considered college students “the best-dressed men to be found anywhere.” The following passage, from a 1933 Apparel Arts article entitled “Clothes For College,” is a prewar reference to this very thing:

Today the college man is looked upon as a leader of fashion, a man who dresses inconspicuously and correctly for all occasions, thanks to the leadership of smart Eastern Universities, which have a metropolitan feeling, or at least are near enough to metropolitan areas for the students to feel all the influences of sophisticated living. We can thank the present-day “collegiate” element for the return to popularity of the tail coat, for the white buckskin shoes, for the gray flannel slacks with odd jackets, and for various other smart fashions which are typical of university men today.

For on-campus wear there is a general acceptance of country clothes in the typical British manner, such as odd slacks and tweed jackets, country brogues and felt hats. This is the way the undergraduates at smart Universities and prep schools dress today during classes.

Another Apparel Arts article from the same year shows that the Eastern Establishment virtues of being dressed down from a formal perspective and dressed up from a casual one most likely have their origin in the collegiate approach to dress that reached fruition in the ’30s. The article includes the quote “a perfect example of the studied negligence that is taken as the standard of good taste among college men,” and goes on to say:

The American University man is justly famed for representing, as a class, a high standard of excellence in personal appearance. Much of the secret of this distinction lies in the fact that the first thing the freshman learns is the importance of never looking “dressed up,” while always looking well dressed. Recently the tendency toward an effect of “careful carelessness” has been emphasized through the trend toward rough, almost shaggy, fabrics for town and campus wear.

The Ivy League Look’s emphasis on rough, hearty fabrics comes from students’ penchant for rustic, country clothes over more starched and pressed town clothes:

There’s a trend toward rougher suitings on all the eastern campuses. Early last fall fashion observers reported the growing popularity, particularly at Princeton and Yale, of rough tweedy type fabrics for all general knock-about campus wear — in fact for all except strictly town purposes. Worn smartly with either flannel, gabardine or other type of slacks, these rough fabrics of the Shetland or Harris variety showed a considerably increased acceptance on the part of the fashion leaders during the Palm Beach season.

Writing in the Saturday Evening Post in the 1930s, Arthur van Vlissingen states that trends aren’t dictated by manufacturers, who couldn’t afford to gamble on a fad that may fail, and that men only embraced a new item once they saw other men wearing it. These style setters were often found “at the places where the country’s leisured and socially prominent loaf, such places as Palm Beach and Newport” (coincidentally Brooks Brothers’ first two locations outside New York), and the college campus. “The fashions in clothing worn by our male population, between the ages of 14 and perhaps 25,” he writes, “usually get their start at Princeton.”

Vlissingen proceeds with the following sartorial breakdown of the Ivy League’s Big Three:

Harvard is a very large university, in a great city which influences the students’ styles heavily. [But] it holds to a tradition of careless dress—well-made clothes seldom dry-cleaned and never pressed. Yale is more compact and more finicky, but New Haven is also a large city. Princeton is in a smaller town, off by itself where it can incubate a style effectively. Practically every Princeton student is well dressed, whereas only one-third or so of the Yale men can qualify by our standards.

As these passages illustrate, if college men of the 1930s — the fortunate few able to afford school in the midst of the Great Depression — were among the nation’s best dressed, they achieved this status despite an insistence on never looking too dressed up by the standards of their time. Elements of the Ivy League Look, such as the penny loafer and polo coat, were embraced into the genre because compared to other footwear and outerwear options they were relatively casual. This certainly holds true for the buttondown shirt, which Bachrach calls the shirt of choice for college men because “the construction of the shirt, which allows the collar to roll rather than lie flat, provides the casual touch which young men like.”

In regards to tailored clothing, Bachrach suggests that the prized Ivy color of charcoal was embraced for its ability to take a beating without looking dirty:

The most important style set by the colleges in recent years has been suits and slacks in charcoal, a gray so dark in tone that it approaches black. This color has become almost a uniform at Harvard, Yale and Princeton. It is practical for a suit since it rarely shows dirt or signs of wear.

If men at Ivy’s Big Three were style setters for the whole nation, that can hardly be said of Columbia, the most interesting sartorial case among the Ancient Eight. For despite its location in the city of Brooks Brothers, Columbia is seldom if ever mentioned for style reasons. As a commuter school, Columbia’s student body differed from the other schools, but one can also conclude that a certain amount of distance from the metropolis was necessary for the styling side of the Ivy League Look to flourish.

This passage from Tobias Wolff’s novel “Old School,” set at a prep school in 1960, serves as a dramatization of how Columbia was viewed compared to the other Ivies:

I wanted out. That was partly why I’d chosen Columbia. I liked how the city seethed up against the school, mocking its theoretical seclusion with hustle and noise, the din of people going and getting and making. Things that mattered at Princeton or Yale couldn’t possibly withstand this battering of raw, unironic life. You didn’t go to eating clubs at Columbia, you went to jazz clubs. You had a girlfriend — no, a lover — with psychiatric problems, and friends with foreign accents. You read newspapers on the subway and looked at tourists with a cool, anthropological gaze. You said cross town express. You said the Village. You ate weird food. No other boy in my class would be going there.

In contrast, “Princeton was especially isolated and characterized by a particularly fervent and insular culture,” writes Patricia Mears in “Ivy Style: Radical Conformists.” Princeton also had the most affluent student body, with 80 percent coming from private schools during the inter-war years. “Although it lay part way between New York City and Philadelphia, Princeton was more geographically isolated than its rivals Harvard and Yale. Its campus was situated in a rural environment, surrounded by acres of bucolic farmland. As such, Princeton relied more intensely on its internally crafted society. The blend of wealth, manners, and aristocratic social construct proved to be the breeding ground for the creation of the elegant Ivy style.”

The Way You Wear Your Hat

The popular term employed during its heyday, the Ivy League Look, is interesting for its inclusion of the word “look.” While there are references to “an Ivy League suit” from the period, the popular term was “look,” not “tailoring” or “clothes.” This broader term suggests that there is more than just clothing involved, but also a proper haircut, and if not a particular social context, then at least all-American good looks. In the 1964 film “Ride The Wild Surf,” Barbara Eden’s character refers to her love interest as “Mr. Ivy League” for his handsomeness, poise and “scrubbed” appearance as much as his conservative clothing.

“Look” is also broad enough to encapsulate how the items are worn, since that is as much a part of dressing in a certain style as the components themselves. This illustration from a 1926 Vanity Fair article on collegiate dress includes a caption stating that Harvard men had their own way of pushing their hats “into a shape never conceived by hat manufacturers”:

Hawes includes several passages attesting to Harvard men’s predilection for an affected Old Money look:

At Harvard they have something called “white-shoe boys.” I gather it is okay to be one if you feel that way. It appears to be the Harvard idea carried to its furthest extreme. These are the sloppiest and worst-dressed of all the Harvard men, I was told. They wear dirty black and white shoes which turn up at the toes, black or white socks and gray flannels, very unpressed, tweed coats — and collars and ties, of course… The thing that distinguishes a “white-shoe boy” is his shoes — and the fact he has the guts to wear them and still feel okay socially.

In 1869 Harvard challenged Oxford to the first of its boat races, and it’s possible that the English influence on Harvard goes back to these sporting competitions. Hawes continues:

The coat should have leather pads on the elbows. These are often put right onto new coats. This is because the country gentlemen of old England have a habit of preserving their tweed coats for generations, mending them from time to time with leather pads and what not. The Harvard boys, not to be outdone by old English exponents of the finer things in life, are going them one better.

After noting that Yale students are much better dressed, Hawes adds, “I think the superiority complex of Harvard probably led them originally into the oldest clothes as a form of snobbishness.” Nevertheless, “I might add that the [men’s wear] trade does not consider Harvard as any source of style ideas at all.”

Russell Lynes’ 1953 Esquire article on the “shoe hierarchy” at Yale further emphasizes how much of the Ivy League Look came down to the elusive qualities of attitude:

… the social smoothies — butterflies in button-down collars — short haired, unbespectacled and with unextinguishable but slightly bored smiles. They wear the current college uniform, Ivy League version, but they wear it with an air of studied casualness, as though they would be at home and socially acceptable anywhere in whatever they had on. The uniform, of course, is the familiar khaki pants, white bucks, or possibly dirty white sneakers, a slightly frayed blue or white button-down Oxford shirt, no necktie, and a grey sweater which the wearer expects you to assume was knitted for him by a girl. On occasions that demand a gesture of formality, dark grey flannels without pleats supplant the khaki pants, a necktie (either regimental stripes or club tie) is worn, and so is a tweed jacket with vent, pocket flaps, ticket pocket, and three buttons. For bucks substitute well-shined cordovan in season. For city wear the uniform is a dark grey flannel suit; the haberdashery stays much the same.

Charlie Davidson also stresses what he calls the “attitude” long associated with wearers of the Ivy League Look, which he describes as a nonchalant approach to dress combined with poise and an air of self-assurance. Whether this poise is real or feigned is up for debate. “The Ivy League Look was a way of life more than anyone has been able to put a finger on,” he says. “In the beginning it was a very closed kind of thing, and so much of it was the attitude of not caring too much and being very assured of their station — and of having the right clothes.”

From the codifying period of the ’30s to the heyday of the ’50s and ’60s, the styling component of the Ivy League Look was constantly changing with each new group of classmen. For a young man to be considered well dressed by his peers in the ’30s or cool in the ’50s, it wasn’t enough just to choose the right items. They also had to be worn in the way that was then fashionable. And what was fashionable was always shifting, and emanated from campus culture.

For example, on page 59 of the 1965 book “Take Ivy,” a student strolls the Princeton campus wearing olive-colored shorts, penny loafers with no socks, and a buttondown oxford with the sleeves down, all topped by the neat haircut that epitomizes the era. He has used the ingredients the genre but put them together in a way that expresses both his personal whims as well as the style of his era, and nothing in the image suggests that a retailer, manufacturer or fashion editor told him to put together his outfit this way.

For a cinematic dramatization, the 1956 film “Tea And Sympathy” shows students styled uniformly in a combination of buckle-back khakis, white canvas sneakers, blue oxford shirts and gray crewneck sweatshirts. For that group of students in that particular location at that particular time, the juxtaposition of a dress shirt with a piece of athletic wear was evidently a style imperative.

This leads us to yet one more inexplicable preference in the Ivy clothing genre worth mentioning: The crewneck sweater. While V-necks and cardigans were always offered by Ivy clothiers, somehow the crewneck became the standard cut, even when worn with a necktie, as the Yale student below demonstrates:

It was something the youngsters picked up early; this outfit is also notable for how the components are put together as much as the items themselves:

It should come as no surprise that the preference for the crewneck can also be traced to style setting at Princeton, where a freshman orientation guide, for reasons unexplained, admonished the younglings not to wear V-neck sweaters. Much later, in his 1983 book “Class,” Paul Fussell would wryly explain why the crewneck is upper middle and the V-neck merely middle.

The Ivy League Look should not be thought of as merely a collection of ingredients. Equally important are the cultural forces that led certain ingredients to be embraced into the genre over others, even though this importance is difficult to trace, clouded as it is in the mists of fashion. Then there’s the element of how the items were worn, an equally vital element of the Ivy League Look. All the elements are a reflection of the tastes and cultural values of the Eastern Establishment, and the tastes and values, specifically, of college men during the interwar years.

The Legacy Of The Heyday

The 1959 movie “The Young Philadelphians” provides a helpful dramatic illustration of one character’s transition from country to town, or from campus to law firm, while still dressing within the confines of the Ivy League Look.

In campus scenes the protagonist, played by Paul Newman, wears a boxy corduroy sack jacket, slim flood-length khakis, white socks and penny loafers. Once he becomes a practicing lawyer, he dons a conservative gray suit, rep tie, pinned-collar shirt and lace-up shoes. While both jackets are undarted and natural shoulder, and all his clothes could have come from the same place, stylistically — in the simplest terms — he’s gone from the campus side of the genre to the Brooks Brothers side, or more from the styling-driven side to the product-driven side, or from an emphasis on how to wear the items correctly to how to select them correctly.

The book “Generations Of Style” includes a Brooks Brothers timeline, and while the listing for 1961 is oversimplified, it nevertheless makes the point that the campus-oriented side of the genre is the more lasting and influential: “A new style of casual, conservative dress defines the country: khakis, Shetland crewnecks, and button-down shirts set the tone… Campus style predominates, with the corporate ‘Man in the Gray Flannel Suit’ now being replaced by the more casual dress: penny loafers, Argyle socks, and tartan plaid sportcoats and shirts.”

Today, when a man passes you today on Madison Avenue and you notice how “Ivy/preppy/trad/whatever” he looks, he’s probably wearing loafers, flannels, a three-button sportcoat, buttondown oxford, and conservative necktie. You’re far more likely to see a man dressed this way than in the far more anachronistic business ensemble of worsted gray sack suit, white pinned club collar and longwings, and if you did, you’d be more likely to say “how IBM” or “how ‘Mad Men’” than “how Ivy League.”

The association of the Ivy League Look with the campus is so strong that even in the downfall year of 1967 an arch-sybarite like Hugh Hefner would remind his biographer of a dapper undergrad:

Black-haired, intense, slightly under six feet, he looks, in his often-photographed costume of white button-down shirt, orange cardigan sweater, slacks, loafers and pipe, like a college senior on his way to class.

Men who wear this genre of clothing today — by whatever name they call it — owe an equal debt to the illustrious firm of Brooks Brothers for introducing so many of the raw elements, and to the countless anonymous college men from the first half of the 20th century who codified the components of the Ivy League Look for future generations.

Part Two: The Fall

From Young Men’s Clothes To Old Men’s

In “Decline of the West,” Oswald Spengler argues that all cultural expressions go through the organic stages of birth, maturity and decadence. The Ivy League Look is certainly an expression of culture, and for it I’d suggest a birth of 1895, a golden age in the 1930s when the style was limited and aristocratic, a democratic silver age during the ‘50s and ‘60s when it was popular, and an end to the silver age in 1967, followed by a gradual decline into our present postmodern era.

This decline was expressed in a variety of ways, and the legacy of the genre is characterized by a range of conflicting manifestations, from the irrelevance of contemporary J. Press and the sack suit, to the generic “timelessness” of blazers, khakis, buttondowns and striped ties available from retailers as mundane as Lands’ End, and to fashion industry pastiche exemplified by some of the more outré items by Thom Browne, Ralph Lauren Rugby, and various neo-prep brands.

If the Ivy League Look didn’t die, then certainly a kind of descent into decadence occurred, which is attested by the mere fact that Brooks Brothers, instigators of Ivy’s big bang with its No. 1 Sack Suit, no longer offers the very item that gave birth to the entire genre, but instead sells a fashion novelty version called the Cambridge.

Furthermore, Brooks Brothers and J. Press long ago changed owners and merchandising strategies and can no longer be counted on to reliably provide what were once genre-distinguishing traits such as natural shoulder and collar roll.

But the death of Ivy can’t be blamed entirely on manufacturers, who simply cater to the needs of the culture as expressed in the marketplace. The Ivy League Look was once a vibrant, dynamic style that was an expression of the values of the Eastern Establishment. Later it was good, smart, current taste for a larger portion of the population. If Ivy is no longer available today in its original form, it is because fashion, which reflects society, has changed. The inversion of values that took place during the cultural revolution of the late ’60s, a topic that has been explored exhaustively by cultural historians and which is too big to discuss here, created a new cultural engine that drove fashion from the bottom up rather than top down.

While in the ’50s and early ’60s many actors and pop singers wore the Ivy League Look as a smart and current style, this was no longer the case after the upheaval of the late ’60s. When pop singers did take up a version of the look, as Dexys Midnight Runners did in 1985, it was the preppier version of the look then current. It was also the temporary costume of entertainers who had radically different looks before and after. In the 1950s and ’60s, pop icons could wear white bucks, buttondowns, neckties and soft-shouldered jackets and come across as sharp and with it. But with contemporary music groups such as Vampire Weekend, or in the films of Wes Anderson, Ivy staples come across as irony.

A glance through “Take 8 Ivy,” the sequel to “Take Ivy,” shows Ivy League students of the 1970s wearing the same plebeian sneakers, jeans and t-shirts worn by every other young person in America.

In assigning an arbitrary date for the end of Ivy, I suggest the year 1967. The change that occurred that year — the year of the infamous “Summer of Love” — is summed up tersely and dramatically in the following passage from “The Final Club” by Geoffrey Wolff (Princeton, ’59). The year 1967 witnessed a sartorial dismantling that was complete by 1968, when a new era was in full flower-child bloom:

Lining the second-floor hall were group portraits of Ivy members, and Nathaniel paused to examine them. Till 1967 the club sections were photographed indoors, in the billiard room; dress was uniform — dark suits, white shirts, Ivy ties. In 1967 a white suit was added here, an open collar there. In 1968 the insolent, smirking group moved outside, and was tricked out in zippered paramilitary kit, paratroop boots, tie-dye shirts, shoulder-length locks, and not a necktie in view.

Although the broader culture was changing rapidly and the hippie movement was spreading, the new open admissions standards at elite universities were changing the student body. Style-setting schools such as Princeton and Yale were no longer populated predominantly by kids who had gone to prep school, where they were forced to wear a jacket and tie every day and maintain a neat haircut. Schools were also dropping their jacket-and-tie dining hall dress codes. It’s impossible to underestimate the pace of social change in the late ’60s; the Ivy League Look, in its original guise, was slated for extinction, and the name attached to it during its popular silver age would fall into almost immediate archaism.

But what’s most important here is that once the Ivy League Look ceased to be fashionable on campus, it ceased to be fashionable period. More specifically, one could argue that once guys at Princeton stopped wearing it, it was over. The campus had always been the stronghold of the look, the place where it flourished for six decades, and was necessary for the look’s broader cultural relevance. Smart young men from the middle class and above had wanted to dress this way for 50 years. Originally it was a small number; later it was larger. Now suddenly no young people wanted to dress this way.

Other symbolically interesting things also occurred in 1967. Brooks Brothers’ president left the company after serving 21 years, all throughout the Ivy heyday, and Ralph Lauren goes into business. These two events are like two sides of the same coin. The man who helmed Brooks Brothers throughout its glorious postwar heyday retires, while Ralph Lauren launches his career. It’s an eerie foreshadowing of the role reversal that would happen over the ensuing decades, during which so much of Lauren’s merchandise would be closer in spirit, style and quality to classic Brooks Brothers than Brooks Brothers’ contemporary merchandise.

Within a few years of 1967 the UPI was calling the look dead, as in this story from 1971:

The Ivy League look as it used to be called died in the recent fashion revolution and the slope-shouldered, three-button jacket is almost a thing of the past. The suits and sports jackets being worn are strictly for special occasions.

Once it was no longer fashionable, the Ivy League Look, to return to the big bang metaphor, experienced a kind of supernova that shattered it into parts, which varied depending on wearer and context.

J. Press and Brooks Brothers continued, yet their clientele would gradually grow older as the look ossified from being young and current to being old and stodgy. J. Press stayed truer to the look, but as society changed rapidly around it, J. Press experienced a complete inversion in its relation to the broader culture, becoming what most would consider a provider of old men’s clothes, when from its founding in 1902 until 1967 it catered largely to young men.

The Twilight Of Ivy And Dawn Of Preppy

Some young people did continue to shop at the same clothiers and wear much of the genre’s items, but fashion was changing rapidly and the new version of youthful, Eastern Establishment style came to be known as preppy. The new generation had a much more casual approach to dress, reflecting changes in society as a whole. This passage from Alison Lurie’s “The Language Of Clothes” from 1979 shows how many of the Ivy League Look’s sportier items were being worn with a new attitude:

What distinguished the Preppie Look from the country-club styles of the 1950s was the range of its wearers. These casual garments were now being worn not only by adolescents in boarding schools and Ivy League colleges, but by people in their thirties and forties, many of whom would have considered such styles dreary rather than chic a few years earlier. Moreover, the Preppie Look was now visible in places and on occasions that in the 1950s would have demanded more formal clothing. Preppies of both sexes in madras check shirts and chino pants and Shetland sweaters could be seen eating lunch in elegant restaurants, in the offices of large corporations and at evening parties-as well as in class and on the tennis courts.

During the preppy ’70s, just as it had been previously, styling and the items themselves were equally important. Lurie notes that the preppy look was distinguished as much by its items as by their combinations, which included novel layering tricks such as jersey turtlenecks or polo shirts worn under oxford buttondowns, accented by a sweater draped around the neck.

As WASPs were gradually losing their stranglehold on power and influence, becoming shameful reminders of the old boys’ club elitism, their taste and lifestyle was beginning to be fetishized and marketed. In 1980 Lisa Birnbach released her detailed look into the culture of the preppy Northeastern upper-middle class, “The Official Preppy Handbook,” and the book so fascinated the nation it became a best-seller. At the same time the rise continued for Ralph Lauren, the doppelganger figure who can be seen as both saving the Ivy League Look from extinction by keeping alive the taste for it, albeit repackaged as fashion, and as commodifying totems of what were once expressions of culture. In “Taste: The Secret Meaning Of Things,” Stephen Bayley suggests that some kind of cultural line had been crossed following the fall of the Ivy League Look and the advent of postmodern, post-Ivy consumerism:

Ralph Lauren was after what Brooks Brothers once had, but packaged it more effectively so as to anticipate, appeal to and satisfy hitherto unrecognized longings among consumers. Interestingly, his critics (easily outnumbered by his happy customers) invoke arguments against him which echo the sumptuary laws of Renaissance Florence and England: “How does a working-class Jew from Mosholu Parkway dare pass off the tribal costumes of the Ivy League as if he owned them?”

Each fall season Ralph Lauren continues to pay tribute to the Ivy heyday with a few retro replicas. These typically tweed sportcoats come with such distinguishing Ivy details as natural shoulders, 3/2 rolls, patch pockets, swelled edges and lapped seams. However, they differ considerably from the kind of quotidian mufti once available at the Yale Co-op in that they have darted chests and carry a $1,300 price tag.

The other fragments that resulted from Ivy’s supernova are the category of vintage clothing anachronism, in which guys with hip sensibilities seek out heyday specimens prized for their authenticity, and the postmodern parody category, in which fashion designers (not haberdashers or merchandisers, the previous creators of the products) take the classic grey sack suit and turn it into a cartoonish gimmick, as in the case of Thom Browne.

Ivy-Style.com’s readership reflects this broad range of motivations for wearing the style, from the J. Press-clad fuddy duddy to the updated traditionalist in Ralph Lauren tweeds and flannels, and from the prep-with-a-twist fashion guy in Gant to the midcentury retro-eccentric dressed head to toe in vintage. It’s a perfectly postmodern incohesive mishmash of taste, temperament and social background all able to find in this genre of clothing something that resonates.

A Rose By Any Other Name

As the Ivy League Look fell into its death throes of cultural relevance, its name became immediately old fashioned. Originally it doesn’t seem to have had a name. “Natural shoulder” seems to have been the closest actually used by clothiers and their customers. The assiduous reporting by the media in the 1930s of what guys at Princeton were wearing is noteworthy for the detailed descriptions of the clothing combined with the complete lack of any attempt to give the style a name. “University fashions” was a typical headline for Apparel Arts, or “campus wear.”

The term “Ivy League Look” came into popularity in the ’50s, perhaps entering the popular lexicon as the result of LIFE Magazine’s 1954 story “The Ivy Look Heads Across US.” After 1967, once the clothes ceased to be fashionable, the term certainly became archaic. Fortunately a new word — for the broader culture — arrived at at just the right time to describe the latest version of the youthful Northeastern upper-middle-class look. “Preppy,” which entered the popular vocabulary in 1970 via the hit film “Love Story,” had a fresh ring to it.

Since its fashion moment in the ’80s, the term “preppy” has become gradually watered down to the point of meaninglessness, with almost no connection to the style and values of the people it described in 1970. Yet despite the efforts of the MFIT’s “Ivy Style” book and exhibit, not to mention Ivy-Style.com, preppy remains closer to the tongue, however bitter it tastes, than “Ivy League” when describing this genre of clothing. If you see someone walking down the street dressed head to toe in J. Press, says Charlie Davidson, “you wouldn’t even say he looks very Ivy, you’d say he looks very preppy, or something like that.”

The struggle for just what to call the post-Ivy remnants of the genre in a way that doesn’t sound girly, as preppy does today, or archaic and elitist, as does the Ivy League Look, accounts for the adoption in certain quarters of the term “trad.” On the surface trad sounds like a snappy and contemporary replacement, but with no historical tradition behind the term, trad quickly became a futile exercise on Internet message boards with endless debates about what qualified as trad and what didn’t, and with each opinion more subjective than the last.

It’s worth noting that in Japan and England, where the clothes were not an expression of their own dynamic and changing cultures, the clothes continued to be called “Ivy,” and much of the styling remained frozen in its heyday form.

With the Ivy League Look reaching full fruition in the 1930s and ending as a current and relevant fashion in 1967, its full flowering spans just three decades. Indeed, there are more years that have passed since the end of the heyday than the years from codification to heyday’s end.

The golden age was the 1930s, when the look was only available from a small number of clothiers and worn by a relatively small number of men. By 1957, in the middle of the silver age of widespread popularity, the look was already considered to be in decline by the old guard. In the April 7, 1957 edition of Town Topics, Princeton’s community newspaper, Princeton-based clothiers lamented a slide in formality among the student body. “You’ve got more of a cross section now,” concluded Joseph Cox of Douglas MacDaid, “not so many rich kids.”

The mass popularity of Ivy during heyday, with all of the department store knock-offs that Richard Press likes to dismiss as “Main Street Ivy,” actually holds within it the seeds of the look’s demise. For fashion is fickle, and Ivy fell from mainstream popularity into irrelevance practically overnight. While it’s true that the establishment was abandoning the look, at least among the younger members, it’s also the case that the middle class no longer had the desire to ape the establishment, at least not overtly. Brooks Brothers and J. Press stuck to their guns as much as possible and for as long as possible, watching their clientele slowly ossify, and Main Street clothiers quickly changed with the winds of fashion.

However, the silver age also cemented Ivy’s legacy in the “classic” and “timeless” sense. It continues — by whatever name and in iterations that conform with contemporary style — to be worn by anyone with the taste for it. And good taste should be available to anyone with the sensibility to appreciate it.
 Natural-shouldered tweed jackets, grey flannel trousers, oxford-cloth buttondowns, rep and knit ties, argyle socks, tassel and penny loafers, polo coats, Shetland sweaters, side-parted haircuts and horn-rimmed glasses still carry all the baggage, good and bad, that this Northeastern, upper-middle-class, “Ivy/preppy/trad/whatever” look will always have.

The farther you go into postmodern parody, of course, the less baggage the look carries, because in this case it’s just fashion, which is another way of saying it doesn’t mean much. But the straight-up wearer of the Ivy League Look, who projects his natural shoulder and rolled collar with utmost

Voir enfin:

Thirty years ago, The Official Preppy Handbook cracked the Wasp code-and went on to become a huge best-seller. In an excerpt from the update, True Prep, the author, along with designer Chip Kidd, covers the inevitable changes that are piercing blissful bubbles from Deer Isle to Jackson Hole.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.
PREPPY FASHION RULE NO. 1 We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events.

Wake up, Muffy, we’re back.

O.K., now where were we?

Oh yes. It was 1980, and Ronald Reagan was heading to his improbable victory over Jimmy Carter. We wondered whether joining a club before your 30th birthday made you into a young fuddy-duddy, we considered the importance of owning a dress watch—one thing led to another, and before the year was over, our project became … The Official Preppy Handbook. Yes. That was us. We enjoyed every minute that we still remember, but we seemed to have misplaced a number of brain cells in the process.

Though we maintained that this world has changed little since 1635, when the Boston Latin School was founded, you knew we were exaggerating slightly. And as our world spins faster and faster and we use up more natural resources, and scientists keep finding more sugar substitutes, we have to think about how life in the 21st century affects our safe and lovely bubble.

The New Preppy: Let these 22 style icons teach you the new rules.

Muffy van Winkle, you’ve napped long enough. It’s been 30 years! It doesn’t seem possible, does it? Despite changes and crises, the maid quitting, running out of vodka, your NetJets account being yanked, and the Internet, it’s still nice to be prep.

And as we have gotten a bit older and a teensy bit wiser, the world has become much smaller. We are all interconnected, intermarried, inter-everything’d. The great-looking couple in the matching tweed blazers and wide-wale orange corduroy trousers are speaking … Italian. On Melrose Avenue! Whereas once upon a time it was unlikely Europeans would be attracted to our aesthetic, now they’ve adapted it and made it their own. (They’re the women with no hips, in case you were wondering.)

Let’s begin at the beginning of the year. Here are our resolutions. You’ll catch on.

No drinking at lunch.

Call Grandmother once a week.

Get Belgian shoes re-soled (thinnest Cat’s Paw rubber).

Sign up for tennis team at the club.

Actually go to team practices.

Have gravy boat re-engraved.

Find Animal House and return to Netflix.

Send in donation for class gift this year.

And send in write-up for class notes.

Finally use Scully & Scully credit—maybe Pierpont’s next wedding?

Drive mother to cemetery at least once this year.

Order new stationery before supply runs out. (Find die!)

Luggage tags!

Download phone numbers into the thingy.

New Facebook picture?

Work on goals.

Work on topspin.

Get Katharine to do community service somehow.

Clean gutters or get someone to do them.

Repair hinge on broken shutter. Or else!

Finally hire portrait artist for Whimsy. (She’s 84 in dog years; not much time left.)

Who We Are Now

Formerly Wasp. Failing that, white and heterosexual. One day we became curious or bored and wanted to branch out, and before you knew it, we were all mixed up.

Well, that’s the way we like it, even if Grandmother did disapprove and didn’t go to the wedding ceremony. (Did she ever stop talking about the “barefoot and pregnant bride”? Ever?) And now one of our nieces, MacKenzie, is a researcher at the C.D.C. in Atlanta and is engaged to marry the loveliest man … Rajeem, a pediatrician who went to Duke. And Kelly is at Smith, and you know what that means. And our son Cal is married to Rachel, and her father the cantor married them in a lovely ceremony. Katie, our daughter, is a decorative artist living in Philadelphia with Otis, who is a professor of African-American studies at Swarthmore. And then there’s Bailey, our handsome little nephew. Somehow, all he wants to do is ski, meet girls, and drink bee

Well, there’s one out of five.

Fashion Rules

We know that many of you understand the principles of preppy style. But just to be sure, let’s review them again.

We wear sportswear. This makes it easier to go from sporting events to social events (not that there is much difference) without changing.

We generally underdress. We prefer it to overdressing.

Your underwear must not show. Wear a nude-colored strapless bra. Pull up your pants. Wear a belt. Do something. Use a tie!

We do not display our wit through T-shirt slogans.

Every single one of us—no matter the age or gender or sexual preference—owns a blue blazer.

We take care of our clothes, but we’re not obsessive. A tiny hole in a sweater, a teensy stain on the knee of our trousers, doesn’t throw us. (We are the people who brought you duct-taped Blucher moccasins.)

We do, however, wear a lot of white in the summer, and it must be spotless.

Don’t knock seersucker till you’ve tried it. (Between Memorial Day and Labor Day, unless you live in Palm Beach or Southern California, or the southern Mediterranean, please.)

Bags and shoes need not match.

Jewelry should not match, though metals should.

On the other hand, your watch doesn’t have to be the same metal as your jewelry.

And you can wear gold with a platinum wedding band and/or engagement ring.

Men’s jewelry should be restricted to a handsome watch, a wedding band if he is American and married, and nothing else. If he has a family-crest ring, it may be worn as well. For black-tie, of course, shirt studs and matching cuff links are de rigueur.

Nose rings are never preppy.

Neither (shudder) are belly-button piercings.

Nor are (two shudders) tongue studs.

And that goes for ankle bracelets.

Tattoos: Men who have been in a war have them, and that’s one thing. (Gang wars don’t count.) Anyone else looks like she is trying hard to be cool. Since the body ages, if you must tattoo, find a spot that won’t stretch too much. One day you will want to wear a halter-necked backless gown. Will you want everyone at the party to know you once loved John Krasinski?

Sneakers (a.k.a. tennis shoes, running shoes, trainers) are not worn with skirts.

Men may wear sneakers with linen or cotton trousers to casual summer parties.

Women over the age of 15 may wear a simple black dress. Women over the age of 21 must have several in rotation.

High-heel rule: You must be able to run in them—on cobblestones, on a dock, in case of a spontaneous foot race.

Clothes can cost any amount, but they must fit. Many a preppy has an item from a vintage shop or a lost-and-found bin at the club that was tailored and looks incredibly chic.

Do not fret if cashmere is too pricey. Preppies love cotton and merino-wool sweaters.

We do not wear our cell phones or BlackBerrys suspended from our belts. (That includes you, President Obama.)

Real suspenders are attached with buttons. We do not wear the clip versions.

Learn how to tie your bow tie. Do not invest in clip-ons.

Preppies are considerate about dressing our age. It is for you, not for us.

Men, if you made the mistake of buying Tevas or leather sandals, please give them to Goodwill.

You may, however, wear flip-flops to the beach if your toes are presentable. Be vigilant!

Pareos (sarongs) are for the beach, not for the mall. (Even if it’s near the beach.)

Riding boots may be worn by non-riders; cowboy boots may be worn by those who have never been on a horse. However, cowboy hats may not be worn by anyone who isn’t technically a cowboy or a cowgirl.

You may wear a Harvard sweatshirt if: you attended Harvard, your spouse attended Harvard, or your children attend Harvard. Otherwise, you are inviting an uncomfortable question.

If your best friend is a designer (clothes, accessories, jewelry), you should wear a piece from his or her collection. If his or her taste and yours don’t coincide, buy a piece or two to show your loyal support—but don’t wear them.

Every preppy woman has a friend who is a jewelry designer.

No man bags.

Preppies don’t perm their hair.

Preppy men do not believe that comb-overs disguise anything.

You can never go wrong with a trench coat.

Sweat suits are for sweating. You can try to get away with wearing sweats to carpool, to pick up the newspaper, or to drive to the dump, but last time you were at the dump, the drop-dead-attractive widower from Maple Lane was there, too.

And finally:

The best fashion statement is no fashion statement.

Logology

Sometime in the 1980s the cart began leading the horse. Don’t look at us; preppies were certainly not to blame. Fashion followers mistakenly thought the logo was the point. (This is the place at which we would write “LOL,” except we loathe “LOL.”)

But wearing a logo-laden outfit or accessory points to the wearer’s painful insecurity. If you think you are being ironic, think again.

Here’s the rule of thumb: The first logo that preppies loved was the Lacoste crocodile. It belonged to the French tennis star René Lacoste, whose nickname was Le Crocodile. It was an authentic, since he himself wore la chemise in 1927, after having been the top tennis player in the world in 1926 and 1927. (He won seven grand-slam singles titles in France, Britain, and the U.S. In 1961 he also invented the first metal tennis racket, which was sold in this country as the Wilson T2000.)

The shirts, made by La Société Chemise Lacoste, became an international sensation in 1933. Initially they had long tails, crocodiles of 2.8 centimeters in width, and embroidered labels with the size in French: Patron, Grand Patron, etc. There was no need (not then nor now) to change the size of the beast.

Fred Perry, the British tennis champion of the 1930s, put his laurel-wreath logo in blue on white polo shirts in 1952 (a few years after inventing the sweatband). Fred Perry shirts were successful immediately.

Brooks Brothers introduced its golden-fleece logo as the company symbol in 1850, but, for casual sport shirts, they sold the Chemise Lacoste until the 1960s. Then they stopped selling Lacostes and segued into men’s polo-style shirts with the golden fleece embroidered. Until 1969, the sheep suspended by golden ribbons was made only in men’s sizes.

Ralph Lauren was already making men’s wear when, in 1971, he embroidered a little man astride a polo pony on the cuff of some women’s shirts. The ponies, 1 1/4 inches high, moved onto his many colored cotton polo shirts in 1972. The logo, now one of the world’s best known, somehow grows up to five inches high (“BIG PONY”) though sometimes stays small.

Vineyard Vines’ little pink whale appeared in 1998, and so far the whale has shown admirable restraint in staying 1.05 inches wide by 0.43 inches high (as per the universal style guide).

When labels began to understand the strong appeal their logos offered, they went wild. Gone were the subtle stripes, woven ribbons, tiny metal trademarks, and interior decoration that had been prized. Now the logos took growth hormones, and there seemed nothing too big or too crass to sell. Today’s customer is more discerning and somewhat disgusted. Removing logos has become something of a hobby for purists.

When Juicy Couture arrived, emblazoning bottoms with the word “juicy” on its pricey sweatpants, we were dismayed when our daughters thought they wanted them. We steered them back to sanity. We believe that the Juicy Couture tracksuit phenomenon signals the end of civilization as we know it. Nothing less.

The Biggest Change in 30 Years

If, in 1980, you had whispered to friends that within the next few decades America would elect a thin, black, preppy, basketball-playing lawyer to be president, they would have laughed at you and exhaled in your face, inside the restaurant or club where you were sitting. And, if you predicted that one day all our children would have little portable phones stuck in their pockets so that they could not answer us when we called them from our little phones, we would have again exhaled in your face—indoors—and said you were talking science fiction.

Still, to our minds nothing is more sci-fi than the fact that preppies in the 21st century all wear the unnatural fibers we collectively refer to as “fleece.” We always thought our reliance on natural “guaranteed to wrinkle” fibers was our right and our trademark. If it’s hot or humid, we’d just roll up our all-cotton long-sleeved shirts. But now we wear polyester fleece, and its offspring, recycled water bottles.

The revolution began in 1981, at a company then called Malden Mills in Lawrence, Massachusetts, manufacturers of textiles including the wool for uniforms in World War II. A place like Malden Mills is populated by textile engineers who spitball, “mess around with fabrics,” and then refine, according to spokesman Nate Simmons. They work collaboratively with clothing manufacturers, as they did in this case with Patagonia. What came off the looms in the early 80s was pure synthetic, soft, quick-wicking, quick-drying, and machine-washable. It did not fade, and changed the wardrobes of athletes forever. Its Malden name was Polarfleece; its Patagonia name was Synchilla.

Frugal Dos and Frugal Don’ts

Do keep repairing old appliances to try to extend their lives. Don’t store them on your front porch or driveway. Invest in great-fitting, well-made shoes. (Italian-made shoes are nice.) Your feet will thank you. Keep re-soling them. Subscribe to a concert, opera, or ballet series. Buy season tickets to basketball. Pairs of tickets you can’t use make great no-occasion gifts. Some nonprofit institutions accept them as tax-deductible donations. Buy very cheap plane tickets to Europe on discount Web sites. Stay at your friend’s grand villa for three weeks. Oh, make it four. Buy him a house gift and pay for dinner a couple of times. Let him win one tennis match every now and then. Complain about the heat.

Have your trustee dump an allowance in your checking account every month. Walk seven blocks out of your way (or drive, if necessary) to the A.T.M. of your bank, so you are not charged that extra $1.95–$3.00 withdrawal fee. Leave the office a little early to take the off-peak commuter train. (Even though you live in one of the 10 most affluent Zip Codes in the United States.)

Travel

We travel, and we’re rather good at it. Some of us have traveled from a very early age, even if it’s been just back and forth from Princeton and Newport. We may travel to see relatives, to take a semester away, or to go to rehab. We go to Europe because it’s there, and there is so very much to learn from Europeans.

In Europe, we learn how to kiss people on both cheeks, how to do math when we convert the dollar into the euro, and how to make ourselves understood in adverse conditions. We get to practice the little bits of foreign languages we’ve retained from school, and to see that Italian men can carry off the sweater-around-their-shoulders look easily

  • Thou shalt not fly first-class.
  • Thou shalt use thy frequent-flier miles whenever possible.
  • Thou mayest fly business class if thy destination is more than five hours away.
  • On board, the wine will not be fine; therefore drinkest beer or spirits.
  • Naturellement, thou never wearest shorts, sweatpants, or flip-flops on an airplane, and thou shalt attempt not to sit next to a miscreant in such garments.
  • If thou takest a sleeping pill, thou must try not to snore, Pookie.
  • Thou must not complain about jet lag.
  • Thou must take loads of photographs.
  • Thou art encouraged to rent cars in strange places and get into colorful misunderstandings with local drivers.
  • If there is a Harry’s Bar at thy destination, thou shalt eat there. (Try the carpaccio and the cannelloni.)
  • Exotic locations are to be encouraged.
  • Thou must not try to lose thy passport, but, indeed, it could happen, and will provide dinner-table fodder for many happy years to come.
  • Although thou art traveling in order to “broaden thy horizons” and meet different kinds of people, thou will prefer looking up friends of friends who are also traveling.
  • Thou shalt tryest the tonic water in other lands, as it tastes different from thy domestic tonic water.
  • Thou will always have (had) a wonderful time.

Our private economic code is useful when on the road. As stated before, we do not waste money on first-class travel. Unless McKinsey or Aunt Toot is footing the bill, we fly coach. (On the other hand, it would be rude to turn down a no-expense upgrade.) It is consistent with everything we’ve been talking about. First class lasts several hours but costs a fortune. On the other hand, we have been known to splurge on luxury hotels. Wouldn’t it be better to apply those savings to a wonderful room in a wonderful hotel? (Or, at the very least, a small room facing a wall in a wonderful hotel?)

If you cannot stay at the wonderful hotel with the famous bar, you must at least drink at the famous bar. Lunch is also lovely there. During holiday, we always drink at lunch, and, of course, we “walk it off.” Lunchtime drinking is not an obligation, but, well, yes it is. You’re on vacation, the ultimate in prep experiences!

Prep Careers for the New Millennium

Preppies realize society’s need for enterprise. They go to college with the idea of a career—or, should we say, their parents’ idea of a career—planted firmly in their minds. This is why so many of them attend law school. They also understand their need for income. One gets a bad reputation if one is derelict with one’s club dues. As the 21st century unfurls, herewith a vital list of jobs that help preppies maintain their rightful positions in their world:

Alumni director. For the good of your school.

Development officer. Ditto.

Dog-walker entrepreneur. Accommodates Lake Forest, Rollins, and dropouts.

Party planner/publicist. The perfect job for girls who won’t be working after they get engaged.

Nursery-school assistant teacher. But not over the age of 30.

Contributing editor, Vogue. Consuela’s mother works for Anna.

Senator. For policy wonks.

Entrepreneur (Serial. One day one of your ideas will take off.)

Ne’er-do-well. Uncle Tony.

Caterer. Use Mummy’s recipe for chicken potpies as your signature.

Decorator. Who doesn’t love chintz?

Residential-real-estate broker. Sell Bradford a lovely house; marry Bradford, and decorate your new house.

Golf pro. Self-evident.

Art restorer. Very good for part-time artists.

Divorcée. ‘Nuff said.

Anchorman or -woman. Remember to remove your makeup when you meet friends after work for drinks.

Curator. Requires many trips to EuropeAu pair. How Princess Diana got her start.

President. Good perks, bad hours.

Vineyard owner. Ultimate career move.

Tennis pro. Will keep you fit through your 30s and 40s.

C.I.A. operative. Yalies in particular.

Decorative painter. Learn how to make anything faux bois.

Ski bum. Self-evident.

Former Careers We Won’t Be Seeing Again Soon

Assistant editor. It’s called the recession, Greer.

Media escort. No more book tours; there-fore, no more escorts.

Fund-raising. Should rebound by 2015.

Investment-banker trainee. Might rebound by 2020.

Travel agent. Expedia.

Preps Need Not Apply

Doctor. Presumes caring about strangers. Exception: Orthopedic surgeon.

Research doctor. Atrophies your God-given social skills.

Computer scientist. No.

C.P.A. Really no.

Missionary. See “Doctor.”

Sex worker. See “When pigs fly.”

Any job requiring the question “Fries with that?” Only at the club during the summer before junior year—of high school.

Governor. Possibility of a sex scandal too great.

Engineer. Choo-choo or the other kind.

Fact-checker. Facts, shmacts.

Manny. N.O.K.D.

Meteorologist. Too science-y.

Excerpted fromTrue Prep,by Lisa Birnbach with Chip Kidd, to be published this month by Knopf; © 2010 by Island of Mommy Inc. and Charles Kidd.

Voir par ailleurs:

Dans les années 60, il a transgressé le dress-code masculin, habillé les célébrités, des Stones à Giscard en passant par Dylan. Maurice Renoma taille une bavette dans son Café Gallery des Champs-Elysées. Souvenirs, souvenirs

Eric Loret

Libération
29 mai 2010

Coup de tonnerre au pays de la mode. Les têtes à claques cintrées avec leurs pantalons slims et leur mèche dans la gueule ne datent pas d’hier. Non. On a retrouvé l’australopithèque du fils de bourgeois rebelle. Les chercheurs l’appellent le «minet Renoma» et le font approximativement remonter à 1963. On le reconnaît à son costard en velours pastèque écrasée et ses pulls en shetland remontant sur l’ombilic.

Chiner la veste

Cette découverte ravira sans doute ceux qui sont nés après 1970, car ils apprendront l’existence de Renoma et iront chiner la veste de leur grand-père sur ebay, redevenue trop tendance. Les plus de 40 ans, eux, cacheront difficilement leur joie quand ils sauront que non seulement Renoma n’est pas mort, mais que c’est un monsieur, qu’il va bien et que sa mythique boutique est toujours au même endroit, 129 bis, rue de la Pompe, dans le XVIarrondissement de Paris. Cette éclipse momentanée de l’étoile Renoma doit sans doute un peu à Maurice Renoma lui-même (Cressy de son vrai nom) qui, n’en ayant à peu près rien à fiche de son passé, de la mode, ni du rock, ne vit pas à l’ombre de son propre monument. «C’est la mode qui n’a plus voulu de moi», rigole-t-il, installé dans un des canapés savamment défoncés du 32, avenue George-V, au Café Gallery Renoma, où il tient déjeuners d’affaires et de presse. La salade aux gros pois frais n’est pas mauvaise et l’on a sorti la cuvée «réserve de Maurice Renoma».

Donc, béotiens que vous êtes, vous ne savez rien de Renoma. Il vous aurait pourtant suffi de tapoter dans votre Google books «costume Renoma» pour trouver tout un tas de références belles comme des photos sépia : «… 27 ans, cheveux longs, boots et costume Renoma» (dans un numéro de l’Express de 1973), «Jean-Pierre Soisson, très à l’aise, malgré son notable empâtement, dans ses costumes Renoma» (Politique Hebdo, 1977) ou encore «Il avait les épaules carrées et la mèche noire et raide, et je reconnaissais sur lui les costumes Renoma alors incontournables, à ses pieds les mocassins Weston qui donnaient à son regard noir et cruel son intensité menaçante. Du moins, moi, j’avais le cinéma, Heidegger et les poèmes…» La suite de ce texte manque hélas, car Google books n’affiche que des extraits tronqués, et on ne sait pas de qui il est, sinon qu’il est paru en 2004 dans le collectif Des nouvelles du cinéma tome II, au Seuil.

Cette rapide carotte archéologique nous enseigne qu’il y a toujours un «dernier costume Renoma» après le dernier, que Renoma et Heidegger sont incompatibles, que c’est mieux avec des boots et des cheveux longs, noirs et cruels. Et surtout qu’on le porte jeune en 1973 et notable en 1977, avant d’en perdre définitivement la trace.

Aujourd’hui, de Renoma qui roule, il ne reste en mode que quelques sous-vêtements masculins, dont raffole l’Asie. Renoma a pourtant signé son époque. «Mais je suis loin d’avoir habillé tout le monde, comme on le croit. Dix mille personnes, peut-être», rectifie Maurice Renoma. Il n’a vêtu que les gens qu’il fallait : les fils à papa du lycée Janson de Sailly (nid à fric et à chic en face duquel il a sciemment établi sa boutique) et, côté star, tout le gratin pop : Dutronc, les Beatles, les Stones, Dylan, Gainsbourg, Nino Ferrer… Dans les années 70, ce seront Giscard ou Mitterrand et Peyrefitte qui porteront le costume obligatoire.

Casser du vieux

S’il n’a pas le goût de la chaîne – «j’ai ouvert soixante boutiques, je les ai toutes refermées trois ans plus tard» -, Renoma a un sens très particulier de la com. Très tôt, alors que la maison est encore celle de son père, tailleur traditionnel auprès de qui il travaille avec son frère Michel, à la périphérie du Sentier, le futur styliste passe ses nuits à écrire des lettres pour inviter journalistes et autres faiseurs d’opinion à venir se faire tailler un costume COSTARD. «Le jour où j’ai vu débarquer Léon Zitrone, je me suis dit que le pourcentage de retour était faible, mais que ça valait le coup.» A cette époque, comme à toutes les autres, les jeunes ont envie de casser du vieux, de faire les dandys. Sauf que contrairement à d’autres époques, certains en ont les moyens, idéologiquement et économiquement. C’est la fureur de vivre, la musique électrique et un choix cornélien : les Kinks ou le yéyé.

« Petits minets au Drugstore »

Si l’on en croit l’ouvrage savant de Farid Chenoune, Des modes et des hommes (Flammarion, 1993), le «minet» est un de ces «adolescents entichés de musiques et de vêtements anglais qui les distinguent des yéyés dont ils méprisent les idoles artificielles et les tubes fabriqués. Jeunes gens de bonnes familles parisiennes en costume de velours cintré de chez Renoma ou fils d’employés banlieusards en imperméable de college-boy anglais, les minets seront des mods […], made in France, amateurs, comme leurs modèles, de rythm’n’ blues et du new sound des Rolling Stones, des Kinks, des Animals ou des Who, découverts en Angleterre pendant leurs vacances scolaires de lycéens privilégiés.» Jacques Dutronc, patron-minet et égérie involontaire de Renoma, en chantait une définition plus sexuelle due à Jacques Lanzmann : «J’ai pas peur des petits minets / Qui mangent leur ronron au Drugstore / Ils travaillent tout comme les castors / Ni avec leurs mains, ni avec leurs pieds.» Patrick Modiano, Patrick Eudeline ou François Armanet, les ont romancés. Ce dernier les a filmés dans la Bande du drugstore.

Si Renoma devient leur couturier, Maurice s’en vante à peine et se contente d’expliquer son succès par un coup de bol : avoir été là au bon moment et être dans l’esprit du temps. La mode pour hommes existait à peine en France, il fallait l’inventer et il avait, comme le reste de sa génération, envie de tout fiche par-dessus bord. Les uns et les autres se retrouvèrent dans l’envie d’expérimenter. «On m’a collé l’étiquette rock, mais je ne m’intéressais pas spécialement au rock», déclare l’homme qui expose actuellement un choix de portraits des Rolling Stones dans sa boutique historique (1). «En revanche, je me reconnais dans le discours rock peut-être. Tout ce qui est écrit sur les Stones colle parfaitement à Renoma.» De toute façon, lui, il préférait les Beatles. Il avait eu l’occasion d’entendre les Stones en concert privé dans l’appart d’un pote, pour un anniversaire sélect. Ça lui avait cassé les oreilles.

Agé officiellement de 69 ans, le créateur reste sympathiquement foutraque et revendique son amateurisme, ou le plaisir comme maître d’œuvre. «Quand on crée, on est habité, on ne sait pas ce qu’on fait.»

Dylan se recoiffe

Il n’a donc rien à dire sur le symbole social qu’a pu être Renoma. Ce qui l’intéresse depuis les années 90, c’est la photographie et, à présent, le design. Au Café Gallery, on vend des chaises ornées d’images de sa série Mythologies, on voit ses clichés de Shanghai, façon reportage, les unes prises en 1994 et les autres en 2010, documentant la croissance fulgurante de la ville. «Quand on a appelé l’expo « Chine », personne ne venait, maintenant qu’on a mis « Shanghai », ça marche. Ceci dit, c’est sur Shanghai, donc ça tombe bien.» Les tentatives d’extorsion d’anecdotes sont vouées à l’échec. Bob Dylan ? «Je savais que tous ces musiciens venaient, parce que les gens d’art s’habillaient chez nous, y compris Yves Saint Laurent, mais je ne les voyais souvent jamais. Un jour, j’étais dans mon bureau qui avait une paroi sans tain me permettant de contrôler un peu la fauche – parce que ça faisait partie des sports obligatoires pour les minets – et tout d’un coup, je vois Bob Dylan en train de se recoiffer devant moi, derrière le mur. Mais je n’ai pas osé sortir le saluer.» Et sinon ? «Vince Taylor, je l’ai hébergé trois jours, parce qu’il avait cassé la gueule à sa femme.»

Si Renoma est finalement assez rock, c’est dans sa propension à se tirer des balles dans le pied. A l’époque de Hara-Kiri, Maurice et Michel, qui sont d’origine juive polonaise, demandent une pub à Choron, gratos ou presque, en échange de costumes. Il leur pond une blague nazie avec des photos de Hitler habillé en Renoma. La boutique venait d’ouvrir, et «trois mille» anciens déportés et membres de la Licra sont venus manifester rue de la Pompe. «Je suis sorti pour dire qu’on n’y était pour rien, ça n’a pas trop mal marché.» Pierre Aidenbaum (aujourd’hui maire du IIIe arrondissement), un ancien camarade de classe qui était à la Licra, prend alors sa défense. «N’empêche que ma boutique aux Galeries Lafayette a sauté et que je n’ai plus pu acheter de tissus rue des Francs-Bourgeois pendant dix ans.»

Le caleçon parfumé

Dans un registre moins grave, Maurice est aussi l’auteur d’un concept de génie, moins connu que son blazer remanié : le caleçon parfumé. Quand au bout de six mois, les produits ultra-coûteux arrivent enfin, sous emballage individuel, le parfum a tourné, le sous-vêtement sent la chèvre. «On a été obligés de le prendre avec humour, on disait qu’on avait inventé le caleçon qui pue.» Mais au moins, Renoma n’a jamais rien fait dont il n’avait pas envie.

Au Café Gallery, il fait remarquer qu’il y a deux entrées, de chaque côté du bâtiment. A la belle saison, passe un courant d’air : «Il y a toujours eu deux issues dans tous les endroits que j’ai créés.» Syndrome de fuite, tentation du voleur ou traumatisme de l’enfant juif, cette architecture trouée lui semble comme un bon tour joué au destin. Et ce qui l’occupe le plus désormais, dit-il, c’est de faire du vide pour mieux créer. Il cueille un aphorisme perso dans son bouquet de pensées et l’offre en exclu à Libé : « »La vie est une arme mortelle. » Enfin, je crois que la phrase est de moi. Je ne le jurerai pas, mais je crois bien.» Photo Maurice Renoma

(1) «The Story of». 10 photographes racontent les Rolling Stones (1964-2006). 129 bis rue de la Pompe, jusqu’au 17 juillet. Entrée libre.

Voir encore:

Renoma expose 50 ans de création vintage, à Paris

Le 23 octobre 1963, la boutique White House de Renoma ouvre ses portes rue de la Pompe à Paris et révolutionne le vêtement masculin en créant une mode dédiée à la jeunesse. Le 23 octobre 2013, pour célébrer les 50 ans de sa boutique parisienne, Maurice Renoma expose, pour la première fois, des photographies et archives des 60’s, des vêtements et des accessoires inédits de sa collection vintage.
Corinne Jeammet
France Télévisions Rédaction Culture
Boutique Renoma aujourd'hui (à gauche) et pull jacquard, laine et cachemire, 1974 (à droite).  (Archives Renoma)
Les années 60, les codes vestimentaires bousculés
Michel et Maurice Renoma bousculent les standards vestimentaires du conservatisme avec leurs blazers croisés 4 boutons en métal argenté mat ou en drap militaire, leurs pantalons pattes d’éph de la Marine américaine revisités, leurs costumes ultra cintrés en velours vert, grenat, violine et leurs chemises en tissus d’ameublement.

Maurice Renoma au volant de sa TR3 devant la boutique familiale, 22 rue Notre-Dame de Nazareth, 75003 Paris, 1961. (Archives Maurice Renoma)

Pour les jeunes du lycée Janson de Sailly, de la bande du Drugstore et pour les personnalités artistiques et politiques, la boutique Renoma devient le lieu incontournable d’une mode inédite, sans convention, sans concession.

Ouverture de la "white house" Renoma le 23/10/1963 à Paris (Archives Renoma)

Les créateurs préférés du show-business et d’une jeunesse avide d’innovation
On y croise Dali, Picasso, Bob Dylan, Eric Clapton, John Lennon, Andy Warhol, Jacques Dutronc, Serge Gainsbourg, Karl Lagerfeld, Yves Saint-Laurent, Françoise Hardy, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Jean Seberg.

Les frères Renoma, Maurice et Michel, dans la boutique White House - Renoma, le 23 octobre 1963. (Archives Renoma)

Aujourd’hui, une collection Flashback est présentée comme un clin d’œil aux costumes des années 60 : réalisée dans les tissus d’époque (matières inédites, motifs psychédéliques et optiques inspirés de Vasarely), elle est proposée en édition limitée.

Veste en velours Vasarely, 1968. (Archives Renoma)

Après la mode, l’univers des arts
Maurice Renoma, toujours passionné de mode, étend sa créativité à différents domaines : l’art de vivre, le design, le Renoma Café Gallery et les expositions photographiques.

Renoma : blazer rayé,1964 (Archives Renoma)

De ses campagnes publicitaires avec Birkin et Gainsbourg à ses conceptions graphiques transgressives sur James Dean, Jimi Hendrix, les Rolling Stones ou la Beat Generation, il offre sa vision du monde, excentrique et intemporelle.

Renoma : blouson paysage en patchwork de cuir, 1964 (Vogue, Archives Maurice Renoma)

Exposition « 23 octobre 1963 – 23 octobre 2013. 50 ans de création » du 24 octobre au 23 avril 2014. La boutique. 129 bis, rue de la Pompe. 75116 Paris. Du mardi au samedi de 10h à 19h 01.44.05.38.18. 

L'intérieur de la boutique parisienne Renoma, au RDC (2012) (Archives Renoma)

Et pour célébrer dignement cet anniversaire, un ouvrage sur le créateur qui a inventé le concept de modographie pour définir son propre univers créatif, à la croisée de la mode et de la photographie.

À l’occasion des 50 ans de carrière du créateur, Gabriel Bauret propose un retour chronologique et thématique autour de l’univers créatif de Maurice Renoma, de ses influences, et des personnalités qui l’ont entouré.

Green Book: Comment torpiller la chance de cinq oscars (Behind its African-American art of coded communication, the Green Book subversively promoted an image of affluent African-Americans that white Americans rarely saw and which eventually had a democratizing effect on the country)

26 janvier, 2019

Image result for The Green book Victor hugo Green cover"Colored waiting room" à Durham, Caroline du Nord, en mai 1940.Le pianiste et compositeur Don Shirley à New York, en 1960.

Image result for Green Book film posterOn April 4, 1967, exactly one year before his assassination, the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. stepped up to the lectern at the Riverside Church in Manhattan. The United States had been in active combat in Vietnam for two years and tens of thousands of people had been killed, including some 10,000 American troops. The political establishment — from left to right — backed the war, and more than 400,000 American service members were in Vietnam, their lives on the line. Many of King’s strongest allies urged him to remain silent about the war or at least to soft-pedal any criticism. They knew that if he told the whole truth about the unjust and disastrous war he would be falsely labeled a Communist, suffer retaliation and severe backlash, alienate supporters and threaten the fragile progress of the civil rights movement. King rejected all the well-meaning advice and said, “I come to this magnificent house of worship tonight because my conscience leaves me no other choice.” Quoting a statement by the Clergy and Laymen Concerned About Vietnam, he said, “A time comes when silence is betrayal” and added, “that time has come for us in relation to Vietnam.” It was a lonely, moral stance. And it cost him. But it set an example of what is required of us if we are to honor our deepest values in times of crisis, even when silence would better serve our personal interests or the communities and causes we hold most dear. It’s what I think about when I go over the excuses and rationalizations that have kept me largely silent on one of the great moral challenges of our time: the crisis in Israel-Palestine. I have not been alone. Until very recently, the entire Congress has remained mostly silent on the human rights nightmare that has unfolded in the occupied territories. Our elected representatives, who operate in a political environment where Israel’s political lobby holds well-documented power, have consistently minimized and deflected criticism of the State of Israel, even as it has grown more emboldened in its occupation of Palestinian territory and adopted some practices reminiscent of apartheid in South Africa and Jim Crow segregation in the United States. Many civil rights activists and organizations have remained silent as well, not because they lack concern or sympathy for the Palestinian people, but because they fear loss of funding from foundations, and false charges of anti-Semitism. They worry, as I once did, that their important social justice work will be compromised or discredited by smear campaigns. Similarly, many students are fearful of expressing support for Palestinian rights because of the McCarthyite tactics of secret organizations like Canary Mission, which blacklists those who publicly dare to support boycotts against Israel, jeopardizing their employment prospects and future careers. Reading King’s speech at Riverside more than 50 years later, I am left with little doubt that his teachings and message require us to speak out passionately against the human rights crisis in Israel-Palestine, despite the risks and despite the complexity of the issues. King argued, when speaking of Vietnam, that even “when the issues at hand seem as perplexing as they often do in the case of this dreadful conflict,” we must not be mesmerized by uncertainty. “We must speak with all the humility that is appropriate to our limited vision, but we must speak.” And so, if we are to honor King’s message and not merely the man, we must condemn Israel’s actions: unrelenting violations of international law, continued occupation of the West Bank, East Jerusalem, and Gaza, home demolitions and land confiscations. We must cry out at the treatment of Palestinians at checkpoints, the routine searches of their homes and restrictions on their movements, and the severely limited access to decent housing, schools, food, hospitals and water that many of them face. We must not tolerate Israel’s refusal even to discuss the right of Palestinian refugees to return to their homes, as prescribed by United Nations resolutions, and we ought to question the U.S. government funds that have supported multiple hostilities and thousands of civilian casualties in Gaza, as well as the $38 billion the U.S. government has pledged in military support to Israel. And finally, we must, with as much courage and conviction as we can muster, speak out against the system of legal discrimination that exists inside Israel, a system complete with, according to Adalah, the Legal Center for Arab Minority Rights in Israel, more than 50 laws that discriminate against Palestinians — such as the new nation-state law that says explicitly that only Jewish Israelis have the right of self-determination in Israel, ignoring the rights of the Arab minority that makes up 21 percent of the population. Of course, there will be those who say that we can’t know for sure what King would do or think regarding Israel-Palestine today. That is true. The evidence regarding King’s views on Israel is complicated and contradictory. Although the Student Nonviolent Coordinating Committee denounced Israel’s actions against Palestinians, King found himself conflicted. Like many black leaders of the time, he recognized European Jewry as a persecuted, oppressed and homeless people striving to build a nation of their own, and he wanted to show solidarity with the Jewish community, which had been a critically important ally in the civil rights movement. Ultimately, King canceled a pilgrimage to Israel in 1967 after Israel captured the West Bank. During a phone call about the visit with his advisers, he said, “I just think that if I go, the Arab world, and of course Africa and Asia for that matter, would interpret this as endorsing everything that Israel has done, and I do have questions of doubt.” He continued to support Israel’s right to exist but also said on national television that it would be necessary for Israel to return parts of its conquered territory to achieve true peace and security and to avoid exacerbating the conflict. There was no way King could publicly reconcile his commitment to nonviolence and justice for all people, everywhere, with what had transpired after the 1967 war. Today, we can only speculate about where King would stand. Yet I find myself in agreement with the historian Robin D.G. Kelley, who concluded that, if King had the opportunity to study the current situation in the same way he had studied Vietnam, “his unequivocal opposition to violence, colonialism, racism and militarism would have made him an incisive critic of Israel’s current policies.” Indeed, King’s views may have evolved alongside many other spiritually grounded thinkers, like Rabbi Brian Walt, who has spoken publicly about the reasons that he abandoned his faith in what he viewed as political Zionism. (…) During more than 20 visits to the West Bank and Gaza, he saw horrific human rights abuses, including Palestinian homes being bulldozed while people cried — children’s toys strewn over one demolished site — and saw Palestinian lands being confiscated to make way for new illegal settlements subsidized by the Israeli government. He was forced to reckon with the reality that these demolitions, settlements and acts of violent dispossession were not rogue moves, but fully supported and enabled by the Israeli military. For him, the turning point was witnessing legalized discrimination against Palestinians — including streets for Jews only — which, he said, was worse in some ways than what he had witnessed as a boy in South Africa. (…) Jewish Voice for Peace, for example, aims to educate the American public about “the forced displacement of approximately 750,000 Palestinians that began with Israel’s establishment and that continues to this day.” (…) In view of these developments, it seems the days when critiques of Zionism and the actions of the State of Israel can be written off as anti-Semitism are coming to an end. There seems to be increased understanding that criticism of the policies and practices of the Israeli government is not, in itself, anti-Semitic. (…) the Rev. Dr. William J. Barber II (…) declared in a riveting speech last year that we cannot talk about justice without addressing the displacement of native peoples, the systemic racism of colonialism and the injustice of government repression. In the same breath he said: “I want to say, as clearly as I know how, that the humanity and the dignity of any person or people cannot in any way diminish the humanity and dignity of another person or another people. To hold fast to the image of God in every person is to insist that the Palestinian child is as precious as the Jewish child.” Guided by this kind of moral clarity, faith groups are taking action. In 2016, the pension board of the United Methodist Church excluded from its multibillion-dollar pension fund Israeli banks whose loans for settlement construction violate international law. Similarly, the United Church of Christ the year before passed a resolution calling for divestments and boycotts of companies that profit from Israel’s occupation of Palestinian territories. Even in Congress, change is on the horizon. For the first time, two sitting members, Representatives Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, and Rashida Tlaib, Democrat of Michigan, publicly support the Boycott, Divestment and Sanctions movement. In 2017, Representative Betty McCollum, Democrat of Minnesota, introduced a resolution to ensure that no U.S. military aid went to support Israel’s juvenile military detention system. Israel regularly prosecutes Palestinian children detainees in the occupied territories in military court. None of this is to say that the tide has turned entirely or that retaliation has ceased against those who express strong support for Palestinian rights. To the contrary, just as King received fierce, overwhelming criticism for his speech condemning the Vietnam War — 168 major newspapers, including The Times, denounced the address the following day — those who speak publicly in support of the liberation of the Palestinian people still risk condemnation and backlash. Bahia Amawi, an American speech pathologist of Palestinian descent, was recently terminated for refusing to sign a contract that contains an anti-boycott pledge stating that she does not, and will not, participate in boycotting the State of Israel. In November, Marc Lamont Hill was fired from CNN for giving a speech in support of Palestinian rights that was grossly misinterpreted as expressing support for violence. Canary Mission continues to pose a serious threat to student activists. And just over a week ago, the Birmingham Civil Rights Institute in Alabama, apparently under pressure mainly from segments of the Jewish community and others, rescinded an honor it bestowed upon the civil rights icon Angela Davis, who has been a vocal critic of Israel’s treatment of Palestinians and supports B.D.S. But that attack backfired. Within 48 hours, academics and activists had mobilized in response. The mayor of Birmingham, Randall Woodfin, as well as the Birmingham School Board and the City Council, expressed outrage at the institute’s decision. The council unanimously passed a resolution in Davis’ honor, and an alternative event is being organized to celebrate her decades-long commitment to liberation for all. I cannot say for certain that King would applaud Birmingham for its zealous defense of Angela Davis’s solidarity with Palestinian people. But I do. In this new year, I aim to speak with greater courage and conviction about injustices beyond our borders, particularly those that are funded by our government, and stand in solidarity with struggles for democracy and freedom. My conscience leaves me no other choice. Michelle Alexander
“I think it’s a trope that has certainly been seen in Hollywood films for decades. Think about the white teacher in the inner city school. The Michelle Pfeiffer one [in Dangerous Minds]. The Principal. Music of the Heart, where Meryl Streep was a music teacher. Wildcats. I think these stories probably read well in a pitch meeting: ‘Goldie Hawn coaching an inner city football team.’“They make it look like Japan would not have made it out of the feudal period without Tom Cruise.” And the west wouldn’t have been tamed and we’d have no civilization if Kevin Costner didn’t ride into town. Laurence Lerman
Belle becomes empowered to challenge the white characters that view themselves as her savior on their veiled racism, which marks a welcome departure from one of Hollywood’s most enduring cinematic tropes: the white savior. When it comes to race-relations dramas—and slavery narratives, in particular—the white savior has become one of Hollywood’s most reliably offensive clichés. The black servants of The Help needed a perky, progressive Emma Stone to shed light on their plight; the football bruiser in The Blind Side couldn’t have done it without fiery Sandra Bullock; the black athletes in Cool Runnings and The Air Up There needed the guidance of their white coach; and in 12 Years A Slave, Solomon Northup, played by Chiwetel Ejiofor, is liberated at the eleventh hour by a Jesus-looking Brad Pitt (in a classic Deus Ex Machina). The issue, according to Lerman, is more complex given the nature of Hollywood and the various power structures at play. While there are plenty of important stories to tell featuring people of color, there are only a small number of people of color in Hollywood with the clout to get a film green-lit—especially since we’re living in an age where international box office trumps domestic. This troubling disparity often results in a white star needing to be featured in a film with a predominantly minority cast to secure the necessary financing—as was the case with Pitt’s appearance in 12 Years A Slave, a film produced by his company, Plan B. And who can forget the controversy over the outrageous Italian movie posters for 12 Years A Slave, which prominently featured the film’s white movie stars—Pitt and Michael Fassbender—in favor of the movie’s real star, Chiwetel Ejiofor. Without ruining the film for you, part of what makes Belle so refreshing is that its portrayal of black characters, namely Belle, is one of dignity. They aren’t the typical uneducated blacks you see in films that need to be shown the light by a white knight, for they’re blessed with more intellect and class than many of their white subjugators, who soon come to realize that Belle, through her grace and wisdom, is their savior. “Her family thought they were giving her great love, but until she’s able to take that freedom for herself and find self-love and feel comfortable in her own skin, that’s when she’s ready to challenge them,” says Mbatha-Raw. “It just felt like a story that needed to be told.” The Daily Beast
“Driving Miss Daisy” (…) “The Upside” (…)  “Green Book” (…) symbolize a style of American storytelling in which the wheels of interracial friendship are greased by employment, in which prolonged exposure to the black half of the duo enhances the humanity of his white, frequently racist counterpart. All the optimism of racial progress — from desegregation to integration to equality to something like true companionship — is stipulated by terms of service. Thirty years separate “Driving Miss Daisy” from these two new films, but how much time has passed, really? The bond in all three is conditionally transactional, possible only if it’s mediated by money. “The Upside” has the rich, quadriplegic author Phillip Lacasse (Cranston) hire an ex-con named Dell Scott (Hart) to be his “life auxiliary.” “Green Book” reverses the races so that some white muscle (Mortensen) drives the black pianist Don Shirley (Ali) to gigs throughout the Deep South in the 1960s. It’s “The Upside Down.” These pay-for-playmate transactions are a modern pastime, different from an entire history of popular culture that simply required black actors to serve white stars without even the illusion of friendship. It was really only possible in a post-integration America, possible after Sidney Poitier made black stardom loosely feasible for the white studios, possible after the moral and legal adjustments won during the civil rights movements, possible after the political recriminations of the black power and blaxploitation eras let black people regularly frolic among themselves for the first time since the invention of the Hollywood movie. Possible, basically, only in the 1980s, after the movements had more or less subsided and capitalism and jokey white paternalism ran wild. On television in this era, rich white sitcom families vacuumed up little black boys, on “Diff’rent Strokes,” on “Webster.” On “Diff’rent Strokes,” the adopted boys are the orphaned Harlem sons of Phillip Drummond’s maid. Not only was money supposed to lubricate racial integration; it was perhaps supposed to mitigate a history of keeping black people apart and oppressed. (…) The sitcoms weren’t officially social experiments, but they were light advertisements for the civilizing (and alienating) benefits of white wealth on black life. (…) Any time a white person comes anywhere close to the rescue of a black person the academy is primed to say, “Good for you!,” whether it’s “To Kill a Mockingbird,” “Mississippi Burning,” “The Blind Side,” or “The Help.” The year “Driving Miss Daisy” won those Oscars, Morgan Freeman also had a supporting role in a drama (“Glory”) that placed a white Union colonel at its center and was very much in the mix that night. (…) And Spike Lee lost the original screenplay award for “Do the Right Thing,” his masterpiece about a boiled-over pot of racial animus in Brooklyn. (…) Lee’s movie dramatized a starker truth — we couldn’t all just get along. For what it’s worth, Lee is now up for more Oscars. His film “BlacKkKlansman” has six nominations. Given the five for “Green Book,” basically so is “Driving Miss Daisy.” Which is to say that 2019 might just be 1990 all over again. (…) One headache with these movies, even one as well done as “Driving Miss Daisy,” is that they romanticize their workplaces and treat their black characters as the ideal crowbar for closed white minds and insulated lives. Who knows why, in “The Upside,” Phillip picks the uncouth, underqualified Dell to drive him around, change his catheter and share his palatial apartment. But by the time the movie’s over, they’re paragliding together to Aretha Franklin. We’re told that this is based on a true story. It’s not. It’s a remake of a far more nauseating French megahit — “Les Intouchables” — and that claimed to be based on a true story. “The Upside” seems based on one of those paternalistic ’80s movies, “Disorderlies,” the one where the Fat Boys wheel an ailing Ralph Bellamy around his mansion. (…) Most of these black-white-friendship adventures were foretold by Mark Twain. Somebody is white Huck and somebody else is his amusingly dim black sidekick, Jim. This movie is just a little more flagrant about it. There’s a way of looking at the role reversal in “Green Book” as an upgrade. Through his record company, Don hires a white nightclub bouncer named Tony Vallelonga. (Most people call him Tony Lip.) We don’t meet Don for about 15 minutes, because the movie needs us to know that Tony is a sweet, Eye-talian tough guy who also throws out perfectly good glassware because his wife let black repairmen drink from it. By this point, you might have heard about the fried chicken scene in “Green Book.” It comes early in their road trip. Tony is shocked to discover that Don has never had fried chicken. He also appears never to have seen anybody eat fried chicken, either. (“What do we do about the bones?”) So, with all the greasy alacrity and exuberant crassness that Mortensen can conjure, Tony demonstrates how to eat it while driving. As comedy, it’s masterful — there’s tension, irony and, when the car stops and reverses to retrieve some litter, a punch line that brings down the house. But the comedy works only if the black, classical-pop fusion pianist is from outer space (and not in a Sun Ra sort of way). You’re meant to laugh because how could this racist be better at being black than this black man who’s supposed to be better than him? (…) The movie’s tagline is “based on a true friendship.” But the transactional nature of it makes the friendship seem less true than sponsored. So what does the money do, exactly? The white characters — the biological ones and somebody supposedly not black enough, like fictional Don — are lonely people in these pay-a-pal movies. The money is ostensibly for legitimate assistance, but it also seems to paper over all that’s potentially fraught about race. The relationship is entirely conscripted as service and bound by capitalism and the fantastically presumptive leap is, The money doesn’t matter because I like working for you. And if you’re the racist in the relationship: I can’t be horrible because we’re friends now. That’s why the hug Sandra Bullock gives Yomi Perry, the actor playing her maid, Maria, at the end of “Crash,” remains the single most disturbing gesture of its kind. It’s not friendship. Friendship is mutual. That hug is cannibalism. Money buys Don a chauffeur and, apparently, an education in black folkways and culture. (Little Richard? He’s never heard him play.) Shirley’s real-life family has objected to the portrait. Their complaints include that he was estranged from neither black people nor blackness. Even without that thumbs-down, you can sense what a particularly perverse fantasy this is: that absolution resides in a neutered black man needing a white guy not only to protect and serve him, but to love him, too. Even if that guy and his Italian-American family and mob associates refer to Don and other black people as eggplant and coal. In the movie’s estimation, their racism is preferable to its nasty, blunter southern cousin because their racism is often spoken in Italian. And, hey, at least Tony never asks Don to eat his fancy dinner in a supply closet. Mahershala Ali is acting Shirley’s isolation and glumness, but the movie determines that dining with racists is better than dining alone. The money buys Don relative safety, friendship, transportation and a walking-talking black college. What the money can’t buy him is more of the plot in his own movie. It can’t allow him to bask in his own unique, uniquely dreamy artistry. It can’t free him from a movie that sits him where Miss Daisy sat, yet treats him worse than Hoke. He’s a literal passenger on this white man’s trip. Tony learns he really likes black people. And thanks to Tony, now so does Don. Wesley Morris (NYT)
Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip. Victor Hugo Green
Victor Hugo Green remains a mysterious figure about whom we know very little. He rarely spoke directly to Green Book readers, instead publishing testimonial letters in what the historian Cotten Seiler describes as an act of promotional “ventriloquism.” The debut edition did not exhort black travelers to boycotts or include demands for equal rights. Instead, Green represented the guide as a benign compilation of “facts and information connected with motoring, which the Negro Motorist can use and depend upon.” The coolly reasoned language put white readers at ease and allowed the Green Book to attract generous corporate and government sponsorship. Green nevertheless practiced the African-American art of coded communication, addressing black readers in messages that went over white peoples’ heads. Consider the passage: “Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip.” White readers viewed this as a common-sense statement about vacation planning. For African-Americans who read in black newspapers about the fates that befell people like Ms. Derricotte, the notion of “arming” oneself with the guide referred to taking precautions against racism on the road. The Green Book was subversive in another way as well. It promoted an image of African-Americans that white Americans rarely saw — and that Hollywood deliberately avoided in films for fear of offending racist Southerners. The guide’s signature image, shown on the cover of the 1948 edition — and used as stationery logo for Victor Green, Inc. — consisted of a smiling, well-dressed couple striding toward their car carrying expensive suitcases. Green believed exposing white Americans to the black elite might persuade white business owners that black consumer spending was significant enough to make racial discrimination imprudent. Like the black elite itself, he subscribed to the view that affluent travelers of color could change white minds about racism simply by venturing to places where black people had been unseen. As it turned out, black travelers had a democratizing effect on the country. Like many African-American institutions that thrived during the age of extreme segregation, the Green Book faded in influence as racial barriers began to fall. It ceased publication not long after the Supreme Court ruled that the Civil Rights Act of 1964 outlawed racial discrimination in public accommodations. Nevertheless, the guide’s three decades of listings offer an important vantage point on black business ownership and travel mobility in the age of Jim Crow. In other words, the Green Book has a lot more to say about the time when it was the Negro traveler’s bible. Grant Staples
Green Book, Sur les routes du Sud, c’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste de jazz afro-américain Don Shirley et le videur italo-américain Tony Lip – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celle, ségrégationniste, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts. Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps alors que le bourru Tony Lip a besoin d’argent. Les deux hommes, respectivement incarnés par Mahershala Ali et Viggo Mortensen, tous deux impériaux, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, tendance raciste, sur les Noirs ; l’autre, tendance snob, sur les prolos.) (…) Le Negro Motorist Green Book était un guide indispensable quand on était un voyageur noir dans l’Amérique ségrégationniste. L’ouvrage, du nom de son auteur, le postier noir Victor H. Green, est publié tous les ans entre 1936 et 1966, et recense les motels, hôtels, bars, restaurants et stations-service où la clientèle de couleur est admise. Dans le film, Tony est contraint d’en faire usage pour trouver des endroits acceptant Don Shirley. (…) Green Book, qui vient de remporter trois Golden Globes (meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali), se rendra aux Oscars, le 24 février prochain, fort de cinq nominations. Si la concurrence risque d’être rude face à Roma pour le meilleur film, ou à Christian Bale pour la statuette du meilleur acteur (il est époustouflant dans le rôle de Dick Cheney dans le film Vice, d’Adam McKay, en salle le 13 février), le film peut permettre à Mahershala Ali de rafler son deuxième oscar du meilleur second rôle, deux ans après celui qu’il a déjà obtenu pour Moonlight, de Barry Jenkins. (…) La famille de Don Shirley reproche aux scénariste d’avoir enjolivé, voire inventé la réalité, parlant d’une « symphonie de mensonges » : selon elle, les deux hommes ne sont pas devenus aussi amis que le film le laisse entendre, et Don Shirley n’était pas brouillé avec son frère. Les auteurs se défendent en affirmant avoir travaillé l’histoire avec Don Shirley lui-même. Certains critiques américains reprochent aussi au film de ne pas être « suffisamment noir » et de positionner le film depuis un point de vue blanc, comme Hollywood a tendance à le faire, sur le mode du white savior (« sauveur blanc »). Autre polémique, celle causée par diverses frasques de l’équipe : l’exhumation d’un tweet de Nick Vallelonga dans lequel il affirmait avoir vu des musulmans célébrer la chute des Twin Towers le 11 septembre 2001, confirmant ainsi des propos de Donald Trump, alors candidat à la présidence des Etats-Unis ; l’usage du « N word » (nigger) par Viggo Mortensen lors d’une interview, ou les excuse de Peter Farrelly qui a, dans le passé, montré son pénis « dans une tentative d’être drôle », notamment devant l’actrice Cameron Diaz. Autant de taches dans la cour aux Oscars… Télérama

Attention: une subversion peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un Martin Luther King Day …

Où plus de 50 ans après sa mort l’on utilise son anniversaire pour appeler au boycott d’un Etat dont il avait défendu l’existence …

Et où sous prétexte de droits d’auteur et de protection de la vie privée, ses quatre enfants continuent à bloquer non seulement la libre circulation de ses discours historiques …

Mais, contraignant l’unique long-métrage Selma à la paraphrase et à la dissimulation des différends familiaux du Dr. King, la production de tout film sur l’ensemble de sa vie

Et à la veille d’un triomphe annoncé (trois Golden Globes, cinq nominations aux Oscars, dont un 2e pour l’acteur principal) d’un film célébrant la mémoire d’un véritable génie de la musique noir …

Qui à l’instar du fameux petit Michelin noir de l’époque (le Green book du titre et du nom de son auteur, un certain Victor Hugo Green) et de sa petite élite noire d’utilsateurs …

Avait tant fait, via un courageux périple de 18 mois à travers un sud alors livré aux affres de la discrimination, pour en subvertir les bases …

Devinez qui, sous prétexte d’une amitié jugée exagérément présentée avec son chauffeur-garde du corps blanc et d’un climat historique jugé pas assez noir, est en train de torpiller la possibilité de pas moins de cinq oscars …

Pour une communauté afro-américaine qui par ailleurs ne manque pas de rappeler sa sous-représentation dans le cinéma américain ?

“Green Book” à livre ouvert : tout ce qu’il faut savoir sur ce favori des Oscars
Caroline Besse
Télérama
25/01/2019

Après avoir remporté trois Golden Globes, le film de Peter Farrelly est nominé cinq fois aux Oscars. Si vous avez aimé le duo formé par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, voici l’occasion d’approfondir le sujet…

De quoi parle le film ?

Green Book, Sur les routes du Sud, c’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste de jazz afro-américain Don Shirley et le videur italo-américain Tony Lip – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celle, ségrégationniste, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts.

Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps alors que le bourru Tony Lip a besoin d’argent. Les deux hommes, respectivement incarnés par Mahershala Ali et Viggo Mortensen, tous deux impériaux, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, tendance raciste, sur les Noirs ; l’autre, tendance snob, sur les prolos.)

Qui le réalise ?

Le réalisateur, Peter Farrelly, commet ici son premier film sans son frère Bobby. Après la série, dans les années 90, de comédies foutraques tendance scato et aujourd’hui cultes, Dumb et Dumber, Fous d’Irène ou Mary à tout prix, le cadet de la fratrie se lance dans la réalisation en solitaire de cette « dramédie » tendance buddy movie, en adaptant un scénario coécrit par Nick Vallelonga, le fils de Tony.

Qui est le vrai Tony Lip ?

C’est le genre d’homme qui a connu mille vies grâce à un bagout et à une tchatche hors du commun, qui lui ont d’ailleurs valu le surnom de « Lip » (« la lèvre » – de là où naît son talent de persuasion.) Son travail de videur dans le célèbre club new-yorkais The Copacabana, dans les années 60, lui a permis de rencontrer tout un tas de célébrités, dont Frank Sinatra ou Francis Ford Coppola. Ce dernier lui offre un rôle dans Le Parrain, en tant qu’invité du mariage. On le voit aussi dans Donnie Brasco, mais surtout dans la série Les Soprano, dans le rôle du mafieux à lunettes Carmine Lupertazzi. Il est mort en janvier 2013, trois mois avant Don Shirley.

Qu’est-ce qu’un « Green Book » ?

Le Negro Motorist Green Book était un guide indispensable quand on était un voyageur noir dans l’Amérique ségrégationniste. L’ouvrage, du nom de son auteur, le postier noir Victor H. Green, est publié tous les ans entre 1936 et 1966, et recense les motels, hôtels, bars, restaurants et stations-service où la clientèle de couleur est admise. Dans le film, Tony est contraint d’en faire usage pour trouver des endroits acceptant Don Shirley.

Quelles sont les chances du film aux Oscars ?

Green Book, qui vient de remporter trois Golden Globes (meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali), se rendra aux Oscars, le 24 février prochain, fort de cinq nominations. Si la concurrence risque d’être rude face à Roma pour le meilleur film, ou à Christian Bale pour la statuette du meilleur acteur (il est époustouflant dans le rôle de Dick Cheney dans le film Vice, d’Adam McKay, en salle le 13 février), le film peut permettre à Mahershala Ali de rafler son deuxième oscar du meilleur second rôle, deux ans après celui qu’il a déjà obtenu pour Moonlight, de Barry Jenkins.

Quelle(s) polémiqu(e)s  entourent le film ?

La famille de Don Shirley reproche aux scénariste d’avoir enjolivé, voire inventé la réalité, parlant d’une « symphonie de mensonges » : selon elle, les deux hommes ne sont pas devenus aussi amis que le film le laisse entendre, et Don Shirley n’était pas brouillé avec son frère. Les auteurs se défendent en affirmant avoir travaillé l’histoire avec Don Shirley lui-même.

Certains critiques américains reprochent aussi au film de ne pas être « suffisamment noir » et de positionner le film depuis un point de vue blanc, comme Hollywood a tendance à le faire, sur le mode du white savior (« sauveur blanc »).

Autre polémique, celle causée par diverses frasques de l’équipe : l’exhumation d’un tweet de Nick Vallelonga dans lequel il affirmait avoir vu des musulmans célébrer la chute des Twin Towers le 11 septembre 2001, confirmant ainsi des propos de Donald Trump, alors candidat à la présidence des Etats-Unis ; l’usage du « N word » (nigger) par Viggo Mortensen lors d’une interview, ou les excuse de Peter Farrelly qui a, dans le passé, montré son pénis « dans une tentative d’être drôle », notamment devant l’actrice Cameron Diaz. Autant de taches dans la cour aux Oscars…

Voir aussi:

The Green Book’s Black History
Lessons from the Jim Crow-era travel guide for African-American elites.
Brent Staples
NYT
Jan. 25, 2019

[The New York Times and Oculus are presenting a virtual-reality film, “Traveling While Black,” related to this Opinion essay. To view it, you can watch on the Oculus platform or download the NYT VR app on your mobile device.]

Imagine trudging into a hotel with your family at midnight — after a long, grueling drive — and being turned away by a clerk who “loses” your reservation when he sees your black face.

This was a common hazard for members of the African-American elite in 1932, the year Dr. B. Price Hurst of Washington, D.C., was shut out of New York City’s Prince George Hotel despite having confirmed his reservation by telegraph.

Hurst would have planned his trip differently had he been headed to the South, where “whites only” signs were ubiquitous and well-to-do black travelers lodged in homes owned by others in the black elite. Hurst was a member of Washington’s “Colored Four Hundred” — as the capital’s black upper crust once was known — and was familiar with having to plan his life around hotels, restaurants and theaters in the city, and throughout the Jim Crow South, that screened out people of color.

Hurst expected better of New York City. He did not let the matter rest after the Prince George turned his travel-weary family into the streets. He wrote an anguished letter to Walter White, then executive secretary of the N.A.A.C.P., explaining how he had been rejected by four hotels before shifting his search to the black district of Harlem. He then sued the Prince George for violating New York State’s civil rights laws, winning a settlement that put the city’s hotels on notice that discrimination could carry a financial cost.

African-Americans who embraced automobile travel to escape filthy, “colored-only” train cars learned quickly that the geography of Jim Crow was far more extensive than they had imagined. The motels and rest stops that deprived them of places to sleep were just the beginning.

While driving, these families were often forced to relieve themselves in roadside ditches because the filling stations that sold them gas barred them from using “whites only” bathrooms.

White motorists who drove clunkers deliberately damaged expensive cars driven by black people — to put Negroes “in their places.”

“Sundown Towns” across the country banned African-Americans from the streets after dark, a constant reminder that the reach of white supremacy was vast indeed.

As still happens today, police officers who pulled over motorists of color for “driving while black” raised the threat that black passengers would be arrested, battered or even killed during the encounter.

The Negro Traveler’s Bible

The Hurst case was a cause célèbre in 1936 when a Harlem resident and postal worker named Victor Hugo Green began soliciting material for a national travel guide that would steer black motorists around the humiliations of the not-so-open road and point them to businesses that were more than happy to accept colored dollars. As the historian Gretchen Sullivan Sorin writes in her revelatory study of “The Negro Motorist Green Book,” the guide became “the bible of every Negro highway traveler in the 1950s and early 1960s.”

Green, who died in 1960, is experiencing a renaissance thanks to heightened interest from filmmakers: The 2018 feature film “Green Book” won three Golden Globes earlier this month, and the documentary “Driving While Black” is scheduled for broadcast by PBS next year.

Then there is The New York Times opinion section’s Op-Doc film “Traveling While Black,” which debuts this Friday at the Sundance Film Festival. The brief film offers a revealing view of the Green Book era as told through Ben’s Chili Bowl, a black-owned restaurant in Washington, and reminds us that the humiliations heaped upon African-Americans during that time period extended well beyond the one Hurst suffered in New York City.

Sandra Butler-Truesdale, born in the capital in the 1930s, references an often-forgotten trauma — and one of the conceptual underpinnings of the Jim Crow era — when she recalls that Negroes who shopped in major stores were not allowed to try on clothing before they bought it. Store owners at the time offered a variety of racist rationales, including that Negroes were insufficiently clean. At bottom, the practice reflected the irrational belief that anything coming in contact with African-American skin — including clothing, silverware or bed linens — was contaminated by blackness, rendering it unfit for use by whites.

This had deadly implications in places where emergency medical services were assigned on the basis of race. Of all the afflictions devised in the Jim Crow era, medical racism was the most lethal. African-American accident victims could easily be left to die because no “black” ambulance was available. Black patients taken to segregated hospitals, where they sometimes languished in basements or even boiler rooms, suffered inferior treatment.

In a particularly telling case in 1931, the light-skinned father of Mr. White, the N.A.A.C.P. leader, was struck by a car and mistakenly admitted to the beautifully equipped “white” wing of Grady Memorial Hospital in Atlanta. When relatives who were recognizably black came looking for him, hospital employees dragged the victim from the examination table to the decrepit Negro ward across the street, where he later died.

That same year, Juliette Derricotte, the celebrated African-American educator and dean of women at Fisk University, succumbed to injuries suffered in a car accident near Dalton, Ga., after a white hospital refused her treatment.

Advertising to the Black Elite

Victor Hugo Green remains a mysterious figure about whom we know very little. He rarely spoke directly to Green Book readers, instead publishing testimonial letters in what the historian Cotten Seiler describes as an act of promotional “ventriloquism.” The debut edition did not exhort black travelers to boycotts or include demands for equal rights. Instead, Green represented the guide as a benign compilation of “facts and information connected with motoring, which the Negro Motorist can use and depend upon.”

The coolly reasoned language put white readers at ease and allowed the Green Book to attract generous corporate and government sponsorship. Green nevertheless practiced the African-American art of coded communication, addressing black readers in messages that went over white peoples’ heads. Consider the passage: “Today, our thousands of travelers, if they be thoughtful enough to arm themselves with a Green Book, may free themselves of a lot of worry and inconvenience as they plan a trip.”

White readers viewed this as a common-sense statement about vacation planning. For African-Americans who read in black newspapers about the fates that befell people like Ms. Derricotte, the notion of “arming” oneself with the guide referred to taking precautions against racism on the road.

The Green Book was subversive in another way as well. It promoted an image of African-Americans that white Americans rarely saw — and that Hollywood deliberately avoided in films for fear of offending racist Southerners. The guide’s signature image, shown on the cover of the 1948 edition — and used as stationery logo for Victor Green, Inc. — consisted of a smiling, well-dressed couple striding toward their car carrying expensive suitcases.

Green believed exposing white Americans to the black elite might persuade white business owners that black consumer spending was significant enough to make racial discrimination imprudent. Like the black elite itself, he subscribed to the view that affluent travelers of color could change white minds about racism simply by venturing to places where black people had been unseen. As it turned out, black travelers had a democratizing effect on the country.

Like many African-American institutions that thrived during the age of extreme segregation, the Green Book faded in influence as racial barriers began to fall. It ceased publication not long after the Supreme Court ruled that the Civil Rights Act of 1964 outlawed racial discrimination in public accommodations. Nevertheless, the guide’s three decades of listings offer an important vantage point on black business ownership and travel mobility in the age of Jim Crow.

In other words, the Green Book has a lot more to say about the time when it was the Negro traveler’s bible.

Voir enfin:

In many Oscar bait movies, interracial friendships come with a paycheck, and follow the white character’s journey to enlightenment.

CreditCreditPhoto illustration by Delphine Diallo for The New York Times; Universal Pictures, STX Films, Warner Bros. DreamWorks Pictures (Film stills)

Wesley Morris

NYT

 

“Driving Miss Daisy” is the sort of movie you know before you see it. The whole thing is right there in the poster. White Jessica Tandy is giving black Morgan Freeman a stern look, and he looks amused by her sternness. They’re framed in a rearview mirror, which occupies only about 20 percent of the space. You can make out his chauffeur’s cap and that she’s in the back seat. The rest is three actors’ names, a tag line, a title, tiny credits, and white space.

That rearview-mirror image isn’t a still from the movie but a warmly painted rendering of one, this vague nuzzling of Norman Rockwell Americana. And its warmth evokes a very particular past. If you’ve ever seen the packaging for Cream of Wheat or a certain brand of rice, if you’ve even seen some Shirley Temple movies, you knew how Miss Daisy would be driven: gladly.

As movie posters go, it’s ingeniously concise. But whoever designed it knew the concision was possible because we’d know the shorthand of an eternal racial dynamic. I got off the subway last month and saw a billboard of black Kevin Hart riding on the back of white Bryan Cranston’s motorized wheelchair. They’re both ecstatic. And maybe they’re obligated to be. Their movie is called “The Upside.” A few months before that, I was out getting a coffee when I saw a long, sexy billboard of white Viggo Mortensen driving black Mahershala Ali in a minty blue car for a movie called “Green Book.”

Not knowing what these movies were “about” didn’t mean it wasn’t clear what they were about. They symbolize a style of American storytelling in which the wheels of interracial friendship are greased by employment, in which prolonged exposure to the black half of the duo enhances the humanity of his white, frequently racist counterpart. All the optimism of racial progress — from desegregation to integration to equality to something like true companionship — is stipulated by terms of service. Thirty years separate “Driving Miss Daisy” from these two new films, but how much time has passed, really? The bond in all three is conditionally transactional, possible only if it’s mediated by money. “The Upside” has the rich, quadriplegic author Phillip Lacasse (Cranston) hire an ex-con named Dell Scott (Hart) to be his “life auxiliary.” “Green Book” reverses the races so that some white muscle (Mortensen) drives the black pianist Don Shirley (Ali) to gigs throughout the Deep South in the 1960s. It’s “The Upside Down.”

These pay-for-playmate transactions are a modern pastime, different from an entire history of popular culture that simply required black actors to serve white stars without even the illusion of friendship. It was really only possible in a post-integration America, possible after Sidney Poitier made black stardom loosely feasible for the white studios, possible after the moral and legal adjustments won during the civil rights movements, possible after the political recriminations of the black power and blaxploitation eras let black people regularly frolic among themselves for the first time since the invention of the Hollywood movie. Possible, basically, only in the 1980s, after the movements had more or less subsided and capitalism and jokey white paternalism ran wild.

On television in this era, rich white sitcom families vacuumed up little black boys, on “Diff’rent Strokes,” on “Webster.” On “Diff’rent Strokes,” the adopted boys are the orphaned Harlem sons of Phillip Drummond’s maid. Not only was money supposed to lubricate racial integration; it was perhaps supposed to mitigate a history of keeping black people apart and oppressed.

The sitcoms weren’t officially social experiments, but they were light advertisements for the civilizing (and alienating) benefits of white wealth on black life. The plot of “Trading Places,” from 1983, actually was an experiment, a pungent, complicated one, in which conniving white moneybags install a broke and hustling Eddie Murphy in disgraced Dan Aykroyd’s banking job. The scheme creates an accidental friendship between the duped pair and they both wind up rich.

But that Daddy Warbucks paternalism was how, in 1982, the owner of the country’s most ferocious comedic imagination — Richard Pryor — went from desperate janitor to live-in amusement for the bratty son of a rotten businessman (Jackie Gleason). You have to respect the bluntness of that one. The movie was called “The Toy,” and it’s simultaneously dumb, wild and appalling. I was younger than its little white protagonist (he’s “Master” Eric Bates) when I saw it, but I can still remember the look of embarrassed panic on Pryor’s face while he’s trapped in something called the Wonder Wheel. It’s a look that never quite goes away as he’s made to dress in drag, navigate the Ku Klux Klan and make Gleason feel good about his racism and terrible parenting.

These were relationships that continued the rules of the past, one in which Poitier was frequently hired to turn bigots into buddies. The rules didn’t need to be disguised by yesterday. These arrangements could flourish in the present. So maybe that was the alarming appeal of “Driving Miss Daisy.” It went there. It went back there. And people went for it. The movie came out at the end of 1989, won four Oscars (best picture, actress, adapted screenplay, makeup), got besotted reviews and made a pile of money. Why wasn’t a mystery.

Any time a white person comes anywhere close to the rescue of a black person the academy is primed to say, “Good for you!,” whether it’s “To Kill a Mockingbird,” “Mississippi Burning,” “The Blind Side,” or “The Help.” The year “Driving Miss Daisy” won those Oscars, Morgan Freeman also had a supporting role in a drama (“Glory”) that placed a white Union colonel at its center and was very much in the mix that night. (Denzel Washington won his first Oscar for playing a slave-turned-Union soldier in that movie.) And Spike Lee lost the original screenplay award for “Do the Right Thing,” his masterpiece about a boiled-over pot of racial animus in Brooklyn. I was 14 then, and the political incongruity that night was impossible not to feel. “Driving Miss Daisy” and “Glory” were set in the past and the people who loved them seemed stuck there. The giddy reception for “Miss Daisy” seemed earnest. But Lee’s movie dramatized a starker truth — we couldn’t all just get along.

For what it’s worth, Lee is now up for more Oscars. His film “BlacKkKlansman” has six nominations. Given the five for “Green Book,” basically so is “Driving Miss Daisy.” Which is to say that 2019 might just be 1990 all over again. And yet viewed separately from the cold shower of “Do the Right Thing,” “Driving Miss Daisy” does operate with more finesse, elegance and awareness than my teenage self wanted to see. It’s still not the best movie of 1989. But it does know the southern caste system and the premium that system placed on propriety.

The movie turns the 25-year relationship between Daisy, an elderly Jewish white widow from Atlanta, and Hoke, her elderly, widowed black driver, into both this delicate, modest, tasteful thing — a love letter, a corsage — and something amusingly perverse. Proud old prejudiced Daisy says she doesn’t want to be driven anywhere. But doesn’t she? Hoke treats her pride like a costume. He stalks her with her own new car until she succumbs and lets him drive her to the market. What passes between them feels weirdly kinky: southern-etiquette S&M.

Bruce Beresford directed the movie and Alfred Uhry based it on his Pulitzer Prize-winning play, which he said was inspired by his grandmother and her chauffeur, and it does powder over the era’s upheavals, uprisings and blowups. But it doesn’t sugarcoat the history fueling the regional and national climes, either. Daisy’s fortune comes from cotton, and Hoke, with ruthless affability, keeps reminding her that she’s rich. When she says things are a-changing, he tells her not that much.

Platonic love blossoms, obviously. But the movie’s one emotional gaffe would seem to come near the end when Daisy grabs Hoke’s hand and tells him so. “You’re my best friend,” she creaks. But her admission arises not from one of their little S&M drives but after a bout of dementia. And in a wide shot, he stands above her, a little stooped, halfway in, halfway out, moved yet confused. And in his posture resides an entire history of national racial awkwardness: He has to mind his composure even as she’s losing her mind.

One headache with these movies, even one as well done as “Driving Miss Daisy,” is that they romanticize their workplaces and treat their black characters as the ideal crowbar for closed white minds and insulated lives.

Who knows why, in “The Upside,” Phillip picks the uncouth, underqualified Dell to drive him around, change his catheter and share his palatial apartment. But by the time the movie’s over, they’re paragliding together to Aretha Franklin. We’re told that this is based on a true story. It’s not. It’s a remake of a far more nauseating French megahit — “Les Intouchables” — and that claimed to be based on a true story. “The Upside” seems based on one of those paternalistic ’80s movies, “Disorderlies,” the one where the Fat Boys wheel an ailing Ralph Bellamy around his mansion.

Phillip’s largess and tolerance take Dell from opera-phobic to opera-curious to opera queen, leading to Dell’s being able to afford to transport his ex and their son out of the projects, and permitting Dell to take his boss’s luxury cars for a spin whether or not he’s riding shotgun. And Dell provides entertainment (and drugs) that ease Phillip’s sense of isolation and self-consciousness. But this is also a movie that needs Dell to steal one of Phillip’s antique first-editions as a surprise gift to his estranged son, and not a copy of some Judith Krantz or Sidney Sheldon novel, either. He swipes “Adventures of Huckleberry Finn” (and to reach it, his hand has to skip past a few Horatio Alger books, too). Most of these black-white-friendship adventures were foretold by Mark Twain. Somebody is white Huck and somebody else is his amusingly dim black sidekick, Jim. This movie is just a little more flagrant about it.

There’s a way of looking at the role reversal in “Green Book” as an upgrade. Through his record company, Don hires a white nightclub bouncer named Tony Vallelonga. (Most people call him Tony Lip.) We don’t meet Don for about 15 minutes, because the movie needs us to know that Tony is a sweet, Eye-talian tough guy who also throws out perfectly good glassware because his wife let black repairmen drink from it.

By this point, you might have heard about the fried chicken scene in “Green Book.” It comes early in their road trip. Tony is shocked to discover that Don has never had fried chicken. He also appears never to have seen anybody eat fried chicken, either. (“What do we do about the bones?”) So, with all the greasy alacrity and exuberant crassness that Mortensen can conjure, Tony demonstrates how to eat it while driving. As comedy, it’s masterful — there’s tension, irony and, when the car stops and reverses to retrieve some litter, a punch line that brings down the house. But the comedy works only if the black, classical-pop fusion pianist is from outer space (and not in a Sun Ra sort of way). You’re meant to laugh because how could this racist be better at being black than this black man who’s supposed to be better than him?

The movie Peter Farrelly directed and wrote, with Brian Currie and Tony’s son Nick, is suspiciously like “Driving Miss Daisy,” but same-sex, with Don as Daisy and Tony as Hoke. Indeed, “Miss Daisy” features a fried chicken scene, too, a delicate one, in which Hoke tells her the flame is too high on the skillet and she waves him off. Once he’s left the kitchen, she furtively, begrudgingly adjusts the burner. It’s like Farrelly watched that scene and thought it needed a stick of cartoon dynamite.

Before they head out, a white character from Don’s record company gives Tony a listing of black-friendly places to house Don: The Green Book. The idea for “The Negro Motorist Green Book” belongs to Victor Hugo Green, a postal worker, who introduced it in 1936. It guided black road trippers to stress-free gas, food and lodging in the segregated South. The story of its invention, distribution and updating is an amusing, invigorating, poignant and suspenseful story of an astonishing social network, and warrants a movie in itself. In the meantime, what does Tony need a Green Book for? He is the Green Book.

The movie’s tagline is “based on a true friendship.” But the transactional nature of it makes the friendship seem less true than sponsored. So what does the money do, exactly? The white characters — the biological ones and somebody supposedly not black enough, like fictional Don — are lonely people in these pay-a-pal movies. The money is ostensibly for legitimate assistance, but it also seems to paper over all that’s potentially fraught about race. The relationship is entirely conscripted as service and bound by capitalism and the fantastically presumptive leap is, The money doesn’t matter because I like working for you. And if you’re the racist in the relationship: I can’t be horrible because we’re friends now. That’s why the hug Sandra Bullock gives Yomi Perry, the actor playing her maid, Maria, at the end of “Crash,” remains the single most disturbing gesture of its kind. It’s not friendship. Friendship is mutual. That hug is cannibalism.

Money buys Don a chauffeur and, apparently, an education in black folkways and culture. (Little Richard? He’s never heard him play.) Shirley’s real-life family has objected to the portrait. Their complaints include that he was estranged from neither black people nor blackness. Even without that thumbs-down, you can sense what a particularly perverse fantasy this is: that absolution resides in a neutered black man needing a white guy not only to protect and serve him, but to love him, too. Even if that guy and his Italian-American family and mob associates refer to Don and other black people as eggplant and coal. In the movie’s estimation, their racism is preferable to its nasty, blunter southern cousin because their racism is often spoken in Italian. And, hey, at least Tony never asks Don to eat his fancy dinner in a supply closet.

Mahershala Ali is acting Shirley’s isolation and glumness, but the movie determines that dining with racists is better than dining alone. The money buys Don relative safety, friendship, transportation and a walking-talking black college. What the money can’t buy him is more of the plot in his own movie. It can’t allow him to bask in his own unique, uniquely dreamy artistry. It can’t free him from a movie that sits him where Miss Daisy sat, yet treats him worse than Hoke. He’s a literal passenger on this white man’s trip. Tony learns he really likes black people. And thanks to Tony, now so does Don.

Lately, the black version of these interracial relationships tends to head in the opposite direction. In the black version, for one thing, they’re not about money or a job but about the actual emotional, psychological work of being black among white people. Here, the proximity to whiteness is toxic, a danger, a threat. That’s the thrust of Jeremy O. Harris’s stage drama “Slave Play,” in which the traumatic legacy of plantation life pollutes the black half of the show’s interracial relationships. That’s a particularly explicit, ingenious example. But scarcely any of the work I’ve seen in the last year by black artists — not Jackie Sibblies Drury’s equally audacious play “Fairview,” not Boots Riley’s “Sorry to Bother You,” not “Blindspotting,” which Daveed Diggs co-wrote and stars in, not Barry Jenkins’s “If Beale Street Could Talk” or Ryan Coogler’s “Black Panther” — emphasizes the smoothness and joys of interracial friendship and certainly not through employment. The health of these connections is iffy, at best.

In 1989, Lee was pretty much on his own as a voice of black racial reality. His rankled pragmatism now has company and, at the Academy Awards, it’s also got stiff competition. He helped plant the seeds for an environment in which black artists can look askance at race. But a lot of us still need the sense of fantastical racial contentment that movies like “The Upside” and “Green Book” are slinging. I’ve seen “Green Book” with paying audiences, and it cracks people up the way any of Farrelly’s comedies do. The kind of closure it offers is like a drug that Lee’s never dealt. The Charlottesville-riot footage that he includes as an epilogue in “BlacKkKlansman” might bury the loose, essentially comedic movie it’s attached to in furious lava. Lee knows the past too well to ever let the present off the hook. The volcanoes in this country have never been dormant.

The academy’s embrace of Lee at this stage of his career (this is his first best director nomination) suggests that it’s come around to what rankles him. Of course, “BlacKkKlansman” is taking on the unmistakable villainy of the KKK in the 1970s. But what put Lee on the map 30 years ago was his fearlessness about calling out the universal casual bigotry of the moment, like Daisy’s and Tony’s. It’s hot as hell in “Do the Right Thing,” and in the heat, almost everybody has a problem with who somebody is. The pizzeria owned by Sal (Danny Aiello) comes to resemble a house of hate. Eventually Sal’s delivery guy, Mookie (played by Lee), incites a melee by hurling a trash can through the store window. He’d already endured a conversation with Pino (John Turturro), Sal’s racist son, in which he tells Mookie that famous black people are “more than black.”

Closure is impossible because the blood is too bad, too historically American. Lee had conjured a social environment that’s the opposite of what “The Upside,” “Green Book,” and “Driving Miss Daisy” believe. In one of the very last scenes, after Sal’s place is destroyed, Mookie still demands to be paid. To this day, Sal’s tossing balled-up bills at Mookie, one by one, shocks me. He’s mortally offended. Mookie’s unmoved. They’re at a harsh, anti-romantic impasse. We’d all been reared on racial-reconciliation fantasies. Why can’t Mookie and Sal be friends? The answer’s too long and too raw. Sal can pay Mookie to deliver pizzas ‘til kingdom come. But he could never pay him enough to be his friend.

A version of this article appears in print on , on Page AR1 of the New York edition with the headline: Friendship Or Fantasy ?
Voir par ailleurs:

A New Hope

Can ‘Belle’ End Hollywood’s Obsession with the White Savior?

The black characters in films like ‘The Help’ and ’12 Years A Slave’ always seem to need a white knight. But the black protagonist in ‘Belle,’ a new film about racism and slavery in England, takes matters into her own hands.

The film Belle, which opens this weekend in limited release stateside, is inspired by a true story, deals with the horrors of the African slave trade, and its director is black and British. For these reasons, comparisons to the recent recipient of the Best Picture Oscar, 12 Years a Slave, are inevitable.

But there are some notable differences.

Among them, Belle is set in England, while 12 Years a Slave is set in America. 12 Years a Slave depicts—in unflinching detail—the brutalities of slavery, while Belle merely hints at its physical and psychological toll. But the most significant deviation is this: whereas 12 Years a Slave faced criticism for being yet another film to perpetuate the “white savior” cliché in cinema, in Belle, the beleaguered black protagonist does something novel: she saves herself.

Belle marks the first film I’ve seen in which a black woman with agency stands at the center of the plot as a full, eloquent human being who is neither adoring foil nor moral touchstone for her better spoken white counterparts,” the novelist and TV producer Susan Fales-Hill told The Daily Beast.

Directed by the Amma Asante, the film is inspired by the 1779 painting of Dido Elizabeth Belle, a mixed race woman in a turban hauling fruit, and her white cousin, Lady Elizabeth Murray. The artwork was commissioned by William Murray, acting Lord Chief Justice of England, and depicts the two nieces smiling with Murray’s hand resting on Belle’s waist—a gesture suggesting equality, not subservience. While its artist is unknown, the portrait hung in England’s Kenwood House, alongside works by Vermeer and Rembrandt, until 1922.

The painting’s mysterious subject, Belle, was the daughter of an African slave known as Maria Belle and Admiral Sir John Lindsay, an English aristocrat. She was ultimately raised by Lindsay’s uncle, William Murray, the aforementioned Lord Chief Justice and 1st Earl of Mansfield, with many of the privileges befitting a woman of her family’s high standing. Since not much is known of Belle’s life inside the Mansfield estate, Asante and screenwriter Misan Sagay took some artistic license in dramatizing the dehumanizing racial prejudice their protagonist endured that even her social standing and wealth could not erase.

For instance, while not permitted to dine with the servants of her home since they were considered beneath her, she was also not permitted to dine with her family when guests were present since she was considered beneath them. This racial balancing act makes Belle one of the most genteel yet uncomfortable depictions of racism ever to grace the screen. Here, the racism isn’t as black-and-white—those providing Belle with her luxury attire, emotional affection, and protection from the racial brutality of the outside world also see her as a lesser being.

“For me, this point of view is so refreshing,” Gugu Mbatha-Raw, who plays Belle, told The Daily Beast. “I’d never seen a period drama like this with a woman of color as the lead who wasn’t being brutalized, wasn’t being raped, was going through this personal evolution but was also in a privileged world and articulate and educated. I just hadn’t seen that on film before.”

Indeed, Belle becomes empowered to challenge the white characters that view themselves as her savior on their veiled racism, which marks a welcome departure from one of Hollywood’s most enduring cinematic tropes: the white savior.

When it comes to race-relations dramas—and slavery narratives, in particular—the white savior has become one of Hollywood’s most reliably offensive clichés. The black servants of The Help needed a perky, progressive Emma Stone to shed light on their plight; the football bruiser in The Blind Side couldn’t have done it without fiery Sandra Bullock; the black athletes in Cool Runnings and The Air Up There needed the guidance of their white coach; and in 12 Years A Slave, Solomon Northup, played by Chiwetel Ejiofor, is liberated at the eleventh hour by a Jesus-looking Brad Pitt (in a classic Deus Ex Machina).

“I think it’s a trope that has certainly been seen in Hollywood films for decades,” longtime film critic Laurence Lerman, formerly of Variety, says. “Think about the white teacher in the inner city school. The Michelle Pfeiffer one [in Dangerous Minds]. The Principal. Music of the Heart, where Meryl Streep was a music teacher. Wildcats. I think these stories probably read well in a pitch meeting: ‘Goldie Hawn coaching an inner city football team.’”

But, as he went on to explain, the execution often leaves something to be desired and doesn’t always reflect well on the communities it depicts—ones rooted in chaos that need a white savior to restore order. Lerman further noted that this cinematic trope is not limited to the depiction of inner cities or black people. Of the Last Samurai he said, “They make it look like Japan would not have made it out of the feudal period without Tom Cruise.” And the worst offender, in his opinion, is Dances with Wolves. “The west wouldn’t have been tamed and we’d have no civilization if Kevin Costner didn’t ride into town,” he says sarcastically.

The issue, according to Lerman, is more complex given the nature of Hollywood and the various power structures at play. While there are plenty of important stories to tell featuring people of color, there are only a small number of people of color in Hollywood with the clout to get a film green-lit—especially since we’re living in an age where international box office trumps domestic. This troubling disparity often results in a white star needing to be featured in a film with a predominantly minority cast to secure the necessary financing—as was the case with Pitt’s appearance in 12 Years A Slave, a film produced by his company, Plan B. And who can forget the controversy over the outrageous Italian movie posters for 12 Years A Slave, which prominently featured the film’s white movie stars—Pitt and Michael Fassbender—in favor of the movie’s real star, Chiwetel Ejiofor.

Without ruining the film for you, part of what makes Belle so refreshing is that its portrayal of black characters, namely Belle, is one of dignity. They aren’t the typical uneducated blacks you see in films that need to be shown the light by a white knight, for they’re blessed with more intellect and class than many of their white subjugators, who soon come to realize that Belle, through her grace and wisdom, is their savior.

“Her family thought they were giving her great love, but until she’s able to take that freedom for herself and find self-love and feel comfortable in her own skin, that’s when she’s ready to challenge them,” says Mbatha-Raw. “It just felt like a story that needed to be told.”

Voir enfin:

Historian at the Movies: Belle reviewed

As part of our Historian at the Movies series, James Walvin OBE, professor emeritus of the University of York, reviews Belle, a true story film about Dido Elizabeth Belle, the illegitimate mixed-race daughter of Admiral Sir John Lindsay (Matthew Goode) and an African slave woman.

**Please be aware that this review contains spoilers**

 

 

Q: Did you enjoy the film?

A: I ought to have enjoyed this film, but watched it, twice, with mounting dissatisfaction.

Belle hit the screens in the UK on 13 June amid a massive publicity campaign. The main star’s face (Gugu Mbatha-Raw) adorned the London underground, ads festooned the newspapers, and the media in general fell over themselves to provide free, and largely adulatory publicity.

Here, it seemed, is a film for our times. It is the story of slavery and the law, of beauty and the beast, and of Britain at a late 18th-century major turning point. It also speaks one of my special interests: the history of black people in Britain, and slavery.

It tells the dramatic true story of the daughter of an African slave woman and an English sailor, raised in the company of the Lord Chief Justice Mansfield (at the time when he was adjudicating major slave cases – Somerset and the Zong. [In the 1783 Zong case, the owners of the Zong slave ship made a claim to their insurers for the loss of the hundreds of slaves thrown overboard by the crew as disease and malnutrition ravaged the ship. Insurers refused to pay, but the case was taken to court and they lost. Lord Mansfield, the Lord Chief Justice for the case, compared the loss of the ‘slave cargo’ to the loss of horses, viewing the enslaved as property.]

The film is also the story of a beautiful woman celebrated in a major portrait. It is sumptuous, eye-watering and glossy: think Downton Abbey meets the slave trade. Yet for all the hype, for all the overblown praise and self-promotion of those involved, I disliked it.

There are some fine performances by a number of prominent actors, but even their skills and efforts can’t deflect the film’s basic flaws.

Q: Is the film historically accurate?

A: It is always hard for an historian to assess a film that is based on real events. After all, the makers need to weave a compelling story and a visual treat from evidence that is often sparse and unyielding.

In this case, much of the historical evidence is there – though festooned in the film with imaginary relishes and fictional tricks. Partly accurate, the whole thing reminded me of the classic Morecombe and Wise sketch with Andre Previn (Eric bashing away on the piano): all the right notes – but not necessarily in the right order.

Q: What did the film get right?

A: The film was a bold statement about the black presence in British history, and was good at revealing the social and racial tensions of Belle’s presence in the wider world of Mansfield’s Kenwood House. Here was a world, thousands of miles away from slavery, but enmeshed in its consequences.

The message, however, was delivered with thunderous and didactic simplicity: Belle is often given lines that sound as if they’ve been nicked from an abolitionist’s sermon. Her suitor (later her husband), Mr Davinier, offers a wincing portrayal of outraged humanity.

Q: What did it miss?

A: The real difficulty is that we know very little about Belle. To overcome that problem, the filmmakers had available a major event to bulk out a fading story: they hitch the fragments known about Belle onto the story of the massacre on the Zong slave ship.

The second half of the film is the story of Belle’s fictional involvement in that case. It portrays her growing outrage (following the simpering lead of her would-be suitor), and her activity as abolitionist mole in the Mansfield house. The aim is to illustrate Belle wooing Mansfield over to the abolitionist cause. To do this, the filmmakers make free with recently published material on the Zong. In truth, Belle is nowhere to be found in the Zong affair – except that is, in the film.

Tom Wilkinson’s Mansfield finds his cold legal commercial heart softened, and edged towards abolition by the eyelash-fluttering efforts of his stunning great niece. And lo! It works! In an expectant crowded courtroom scene (which could have been called 112 Angry Men), Mansfield’s adjudication becomes, not a point of law, but the first bold assertion towards the end of slavery. In reality, he merely stated that there should be another hearing of the Zong case – this time with evidence not known at the earlier hearing.

With freedom (for three quarters of a million slaves) beckoning over the horizon, Belle and her suitor step outside, find love, and Mansfield’s blessing – in the form of a knowing smile from Tom Wilkinson.

The film has all the ingredients for success. Lachrymose sentimentality, delivered to the screen by bucket-loads of opulent abundance. It has beauty at every turn (the brute ugliness of slavery remains a mere noise off-stage). Humanity and justice finally win out – all aided and propelled forward by female beauty.

I left the cinema asking myself: who would be spinning faster in their respective graves: Lord Mansfield or Dido Elizabeth Belle?

How many stars (out of 5) would you award the film?

For enjoyment: *
For historical accuracy: **


Mur de Trump: Les bonnes clôtures font les bons voisins (Why can’t the misguided left see that building a wall makes Donald Trump the rule, not the exception, among world leaders ?)

2 janvier, 2019
pope
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Divided : Why We're Living in an Age of Walls, Hardback Book
Toi qui as fixé les frontières, dressé les bornes de la terre, tu as créé l’été, l’hiver !  Psaumes 74: 17
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
Les bonnes clôtures font les bons voisins. Proverbe anglais
Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés. proverbe français
Aimez votre voisin mais n’abattez pas la haie. Autre proverbe français
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
Condamner le nationalisme parce qu’il peut mener à la guerre, c’est comme condamner l’amour parce qu’il peut conduire au meurtre. C.K. Chesterton
C’est le combat de notre époque. Les forces de la liberté, de l’ouverture d’esprit et de la collaboration internationale contre les forces de l’autoritarisme, de l’isolationnisme et du nationalisme. Les forces du flux d’information, de l’échange et de l’immigration contre ceux qui leur font obstacle. Mark Zuckerberg
La Silicon Valley avait beaucoup d’intérêts en jeu dans cette présidentielle, notamment du fait de sa très forte dépendance vis-à-vis des travailleurs immigrants et par rapport au travail déporté dans des pays à faibles salaires. Cette seule situation est intolérable pour la « middle class » américaine, très touchée par le chômage, surtout les seniors, qui sont marginalisés et débarqués dans cette économie numérique basée sur un jeunisme brutal, qui exclut les plus âgés et qui se répand rapidement. Avec près de cinquante ans de stagnation de leurs revenus et de difficultés économiques, les prolétaires ruminaient en silence leur colère en espérant qu’Obama allait faire des miracles. Au final, ils se sentent les victimes du progrès numérique. Ils voulaient leur revanche de façon vraiment tranchée et à n’importe quel prix… Leur raisonnement : ces entreprises de la high-tech éliminent des emplois, en créent en dehors, génèrent d’énormes richesses, dont une très grosse partie hors des Etats-Unis, ne paient pas d’impôts sur ces richesses, qui ne profitent donc pas à la « middle class ». On estime à 58 % la part du chiffre d’affaires de la Silicon Valley en dehors des Etats-Unis, l’an dernier. La « Valley » ne se gêne pas pour faire un lobbying substantiel auprès des politiciens de Washington afin de servir ses intérêts. Et elle est donneuse de leçons. « Changer le monde » pour en faire un monde meilleur, mais pour qui ? Pour les centres de la high-tech et du showbiz de Californie, et c’est une bonne partie du 1 % de la population américaine le plus riche qui profite des progrès. Les thèmes qui ont occupé la Silicon Valley n’ont pas résonné avec le prolétariat. (…) la précarisation des emplois par les nouvelles plates-formes numériques, comme Uber, a provoqué des débats amers. L’avènement de l’intelligence artificielle a davantage crispé les esprits du fait de sa capacité à supprimer beaucoup d’emplois sans perspective d’en créer au moins autant de nouveaux. La high-tech de l’ère Obama n’a fait qu’inquiéter ou marginaliser le prolétariat américain. On voit qu’elle ne peut et ne pourra pas être « la » voie unique de salut pour les économies et les sociétés en difficulté. Georges Nahon
La frontière a mauvaise presse : elle défend les contre-pouvoirs. N’attendons pas des pouvoirs établis, en position de force, qu’il fassent sa promo. Ni que que ces passe-muraille que sont évadés fiscaux, membres de la jet-set, stars du ballon rond, trafiquants de main-d’oeuvre, conférenciers à 50 000 dollars, multinationales adeptes des prix de transfert déclarent leur amour à ce qui leur fait barrage. […] Là est d’ailleurs le bouclier des humbles, contre l’ultra-rapide, l’insaisissable et l’omniprésent. Ce sont les dépossédés qui ont intérêt à la démarcation franche et nette. Leur seul actif est leur territoire, et la frontière, leur principale source de revenus (plus pauvre un pays, plus dépendant est-il de ses taxes douanières). La frontière rend égales (tant soit peu) des puissances inégales. Les riches vont où ils veulent, à tire-d’aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant. Ceux qui ont la maîtrise des stocks (de têtes nucléaires, d’or et de devises, de savoirs et de brevets) peuvent jouer avec les flux, en devenant encore plus riches. Ceux qui n’ont rien en stock sont les jouets des flux. Le fort est fluide. Le faible n’a pour lui que son bercail, une religion imprenable, un dédale inoccupable, rizières, montagnes, delta. Guerre asymétrique. Le prédateur déteste le rempart ; la proie aime bien. Régis Debray (Eloge des frontières, 2010)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
The gospel revelation gradually destroys the ability to sacralize and valorize violence of any kind, even for Americans in pursuit of the good. (…) At the heart of the cultural world in which we live, and into whose orbit the whole world is being gradually drawn, is a surreal confusion. The impossible Mother Teresa-John Wayne antinomy Times correspondent (Lance) Morrow discerned in America’s humanitarian 1992 Somali operation is simply a contemporary manifestation of the tension that for centuries has hounded those cultures under biblical influence. Gil Bailie
La Raison sera remplacée par la Révélation. À la place de la Loi rationnelle et des vérités objectives perceptibles par quiconque prendra les mesures nécessaires de discipline intellectuelle, et la même pour tous, la Connaissance dégénérera en une pagaille de visions subjectives (…) Des cosmogonies complètes seront créées à partir d’un quelconque ressentiment personnel refoulé, des épopées entières écrites dans des langues privées, les barbouillages d’écoliers placés plus haut que les plus grands chefs-d’œuvre. L’Idéalisme sera remplacé par Matérialisme. La vie après la mort sera un repas de fête éternelle où tous les invités auront 20 ans … La Justice sera remplacée par la Pitié comme vertu cardinale humaine, et toute crainte de représailles disparaîtra … La Nouvelle Aristocratie sera composée exclusivement d’ermites, clochards et invalides permanents. Le Diamant brut, la Prostituée Phtisique, le bandit qui est bon pour sa mère, la jeune fille épileptique qui a le chic avec les animaux seront les héros et héroïnes du Nouvel Age, quand le général, l’homme d’État, et le philosophe seront devenus la cible de chaque farce et satire. Hérode (Pour le temps présent, oratorio de Noël, W. H. Auden, 1944)
Just over 50 years ago, the poet W.H. Auden achieved what all writers envy: making a prophecy that would come true. It is embedded in a long work called For the Time Being, where Herod muses about the distasteful task of massacring the Innocents. He doesn’t want to, because he is at heart a liberal. But still, he predicts, if that Child is allowed to get away, « Reason will be replaced by Revelation. Instead of Rational Law, objective truths perceptible to any who will undergo the necessary intellectual discipline, Knowledge will degenerate into a riot of subjective visions . . . Whole cosmogonies will be created out of some forgotten personal resentment, complete epics written in private languages, the daubs of schoolchildren ranked above the greatest masterpieces. Idealism will be replaced by Materialism. Life after death will be an eternal dinner party where all the guests are 20 years old . . . Justice will be replaced by Pity as the cardinal human virtue, and all fear of retribution will vanish . . . The New Aristocracy will consist exclusively of hermits, bums and permanent invalids. The Rough Diamond, the Consumptive Whore, the bandit who is good to his mother, the epileptic girl who has a way with animals will be the heroes and heroines of the New Age, when the general, the statesman, and the philosopher have become the butt of every farce and satire. »What Herod saw was America in the late 1980s and early ’90s, right down to that dire phrase « New Age. » (…) Americans are obsessed with the recognition, praise and, when necessary, the manufacture of victims, whose one common feature is that they have been denied parity with that Blond Beast of the sentimental imagination, the heterosexual, middle-class white male. The range of victims available 10 years ago — blacks, Chicanos, Indians, women, homosexuals — has now expanded to include every permutation of the halt, the blind and the short, or, to put it correctly, the vertically challenged. (…) Since our newfound sensitivity decrees that only the victim shall be the hero, the white American male starts bawling for victim status too. (…) European man, once the hero of the conquest of the Americas, now becomes its demon; and the victims, who cannot be brought back to life, are sanctified. On either side of the divide between Euro and native, historians stand ready with tarbrush and gold leaf, and instead of the wicked old stereotypes, we have a whole outfit of equally misleading new ones. Our predecessors made a hero of Christopher Columbus. To Europeans and white Americans in 1892, he was Manifest Destiny in tights, whereas a current PC book like Kirkpatrick Sale’s The Conquest of Paradise makes him more like Hitler in a caravel, landing like a virus among the innocent people of the New World. Robert Hughes (24.06.2001)
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Bien avant qu’un intellectuel nazi ait annoncé ‘quand j’entends le mot culture je sors mon revolver’, les poètes avaient proclamé leur dégoût pour cette saleté de culture et politiquement invité Barbares, Scythes, Nègres, Indiens, ô vous tous, à la piétiner. Hannah Arendt (1949)
L’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.  Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. […] À la différence des nôtres, vos démolitions s’effectuent en toute illégalité et s’attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c’est dans l’enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation.  Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. Philippe Muray
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
Aujourd’hui, on ne cesse de nous répéter que le nationalisme a provoqué les deux guerres mondiales, et on lui impute même la responsabilité de la Shoah. Mais cette lecture historique n’est pas satisfaisante. J’appelle ‘nationaliste’ quelqu’un qui souhaite vivre dans un monde constitué de nations indépendantes. De sorte qu’à mes yeux, Hitler n’était pas le moins du monde nationaliste. Il était même tout le contraire: Hitler méprisait la vision nationaliste, et il appelle dans Mein Kampf à détruire les autres Etats-nations européens pour que les Allemands soient les maîtres du monde. Dès son origine, le nazisme est une entreprise impérialiste, pas nationaliste. Quant à la Première Guerre mondiale, le nationalisme est loin de l’avoir déclenchée à lui seul! Le nationalisme serbe a fourni un prétexte, mais en réalité c’est la visée impérialiste des grandes puissances européennes (l’Allemagne, la France, l’Angleterre) qui a transformé ce conflit régional en une guerre planétaire. Ainsi, le principal moteur des deux guerres mondiales était l’impérialisme, pas le nationalisme. (…) Depuis plusieurs décennies, les principaux partis politiques aux Etats-Unis et en Europe, de droite comme de gauche, ont souscrit à ce que l’on pourrait appeler ‘l’impérialisme libéral’, c’est-à-dire l’idée selon laquelle le monde entier devrait être régi par une seule et même législation, imposée si besoin par la contrainte. Mais aujourd’hui, une génération plus tard, une demande de souveraineté nationale émerge et s’est exprimée avec force aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Europe de l’Est et ailleurs encore. Avec un peu de chance et beaucoup d’efforts, cet élan nationaliste peut aboutir à un nouvel ordre politique, fondé sur la cohabitation de nations indépendantes et souveraines. Mais nous devons aussi être lucides: les élites ‘impérialistes libérales’ n’ont pas disparu, elles sont seulement affaiblies. Si, en face d’eux, le camp nationaliste ne parvient pas à faire ses preuves, elles ne tarderont pas à revenir dans le jeu. (…) Historiquement, le ‘nationalisme’ décrit une vision du monde où le meilleur système de gouvernement serait la coexistence de nations indépendantes, et libres de tracer leur propre route comme elles l’entendent. On l’oppose à ‘l’impérialisme’, qui cherche à apporter au monde la paix et la prospérité en unifiant l’humanité, autant que possible, sous un seul et même régime politique. Les dirigeants de l’Union européenne, de même que la plupart des élites américaines, croient dur comme fer en l’impérialisme. Ils pensent que la démocratie libérale est la seule forme admissible de gouvernement, et qu’il faut l’imposer progressivement au monde entier. C’est ce que l’on appelle souvent le ‘mondialisme’, et c’est précisément ce que j’entends par ‘nouvel empire libéral’. (…) En Europe, on se désolidarise du militarisme américain: les impérialistes allemands ou bruxellois préfèrent d’autres formes de coercition… mais leur objectif est le même. Regardez comment l’Allemagne cherche à imposer son programme économique à la Grèce ou à l’Italie, ou sa vision immigrationniste à la République tchèque, la Hongrie ou la Pologne. En Italie, le budget a même été rejeté par la Commission européenne! (…) Le conflit entre nationalisme et impérialisme est aussi vieux que l’Occident lui-même. La vision nationaliste est l’un des enseignements politiques fondamentaux de la Bible hébraïque: le Dieu d’Israël fut le premier qui donna à son peuple des frontières, et Moïse avertit les Hébreux qu’ils seraient punis s’ils tentaient de conquérir les terres de leurs voisins, car Yahvé a donné aussi aux autres nations leur territoire et leur liberté. Ainsi, la Bible propose le nationalisme comme alternative aux visées impérialistes des pharaons, mais aussi des Assyriens, des Perses ou, bien sûr, des Babyloniens. Et l’histoire du Moyen Âge ou de l’époque moderne montre que la plupart des grandes nations européennes – la France, l’Angleterre, les Pays-Bas… – se sont inspirées de l’exemple d’Israël. Mais le nationalisme de l’Ancien Testament ne fut pas tout de suite imité par l’Occident. La majeure partie de l’histoire occidentale est dominée par un modèle politique inverse: celui de l’impérialisme romain. C’est de là qu’est né le Saint Empire romain germanique, qui a toujours cherché à étendre sa domination, tout comme le califat musulman. Les Français aussi ont par moments été tentés par l’impérialisme et ont cherché à conquérir le monde: Napoléon, par exemple, était un fervent admirateur de l’Empire romain et n’avait pour seul but que d’imposer son modèle de gouvernement ‘éclairé’ à tous les pays qu’il avait conquis. Ainsi a-t-il rédigé de nouvelles constitutions pour nombre d’entre eux: les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Son projet, en somme, était le même que celui de l’Union européenne aujourd’hui : réunir tous les peuples sous une seule et même législation. (…) [le modèle nationaliste] permet à chaque nation de décider ses propres lois en vertu de ses traditions particulières. Un tel modèle assure une vraie diversité politique, et permet à tous les pays de déployer leur génie à montrer que leurs institutions et leurs valeurs sont les meilleures. Un tel équilibre international ressemblerait à celui qui s’est établi en Europe après les traités de Westphalie signés en 1648, et qui ont permis l’existence d’une grande diversité de points de vue politiques, institutionnels et religieux. Ces traités ont donné aux nations européennes un dynamisme nouveau: grâce à cette diversité, les nations sont devenues autant de laboratoires d’idées dans lesquels ont été expérimentés, développés et éprouvés les théories philosophiques et les systèmes politiques que l’on associe aujourd’hui au monde occidental. À l’évidence, toutes ces expériences ne se valent pas et certaines n’ont bien sûr pas été de grands succès. Mais la réussite de l’une seule d’entre elles – la France, par exemple – suffit pour que les autres l’imitent et apprennent grâce à son exemple. Tandis que, par contraste, un gouvernement impérialiste comme celui de l’Union européenne tue toute forme de diversité dans l’œuf. Les élites bruxelloises sont persuadées de savoir déjà avec exactitude la façon dont le monde entier doit vivre. Il est pourtant manifeste que ce n’est pas le cas… (…) La diversité des points de vue, et, partant, chacun de ces désaccords, sont une conséquence nécessaire de la liberté humaine, qui fait que chaque nation a ses propres valeurs et ses propres intérêts. La seule manière d’éviter ces désaccords est de faire régner une absolue tyrannie – et c’est du reste ce dont l’Union européenne se rend peu à peu compte: seules les mesures coercitives permettent d’instaurer une relative uniformité entre les États membres. (…) Cette détestation du particulier, qui est une constante dans tous les grands universalismes, est flagrante aujourd’hui dès lors qu’un pays sort du rang: regardez le torrent de mépris et d’insultes qui s’est répandu contre les Britanniques qui ont opté pour le Brexit, contre Trump, contre Salvini, contre la Hongrie, l’Autriche et la Pologne, contre Israël… Les nouveaux universalistes vouent aux gémonies l’indépendance nationale. (…) un nationaliste ne prétend pas savoir ce qui est bon pour n’importe qui, n’importe où dans le monde. Il fait preuve d’une grande humilité, lui, au moins. N’est-ce pas incroyable de vouloir dicter à tous les pays qui ils doivent choisir pour ministre, quel budget ils doivent voter, et qui sera en droit de traverser leurs frontières? Face à cette arrogance vicieuse, je considère en effet le nationalisme comme une vertu. (…) le nationaliste est vertueux, car il limite sa propre arrogance et laisse les autres conduire leur vie à leur guise. » Yoram Hazony
Une nation sans frontières n’est pas une nation. Donald Trump
Les démocrates radicaux veulent remonter le temps, rendre de nouveau le pouvoir aux mondialistes corrompus et avides de pouvoir. Vous savez qui sont les mondialistes? Le mondialiste est un homme qui veut qu’il soit bon de vivre dans le monde entier sans, pour dire le vrai, se soucier de notre pays. Cela ne nous convient pas. (…) Vous savez, il y a un terme devenu démodé dans un certain sens, ce terme est « nationaliste ». Mais vous savez qui je suis? Je suis un nationaliste. OK? Je suis nationaliste. Saisissez-vous de ce terme! Donald Trump
Vous les voyez monter comme une lèpre un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de la voir réapparaître et des amis voisins. Ils disent le pire et nous nous y habituons. Ils font les pires provocations et personne ne se scandalise de cela ! (…) Mais regarder ailleurs lorsque d’autres trahissent, même l’asile, font les pires provocations humanitaires, c’est cela contre quoi il faut se battre et dénoncer, pas en nous divisant nous-mêmes ! C’est contre cela qu’il faut se scandaliser, contre le nationalisme qui renaît, contre la frontière fermée que certains proposent ! Alors je vous le dis aujourd’hui avec, vous le voyez, beaucoup d’ardeur chevillée au corps, j’ai besoin de ces terres qui croient dans l’Europe, j’ai besoin des Françaises et Français qui croient dans ce projet parce qu’ils savent notre Histoire, parce qu’ils savent le prix du nationalisme, parce qu’ils savent le coût de la bêtise, parce qu’ils savent qu’on peut voir les peurs en face, essayer de les traiter dans un chemin qui est toujours plus difficultueux, parce que personne n’est jamais content, mais qui est plus responsable que celui qui joue avec les peurs. Emmanuel Macron (Discours aux lépreux, Quimper, 21.06.2018)
Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts d’abord et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales. Emmanuel Macron (Paris, 11.11. 2018)
Aux États-Unis comme en Europe, nous vivons une ère de colère et de peur à cause de ces menaces mondiales. Ces sentiments ne sont pas constructifs. On peut jouer un moment avec les peurs et la colère, mais cela n’aboutit à rien. La colère ne fait que nous figer et nous affaiblir. (…) Deux voies s’offrent donc à nous. L’isolationnisme, le retrait, le nationalisme. C’est la première option. Elle peut nous tenter comme remède temporaire à nos peurs. Mais ce n’est pas en fermant la porte au monde que nous arrêterons l’évolution du monde. Cela n’apaisera pas les craintes de nos concitoyens. Cela ne fera au contraire que les renforcer. Nous devons garder les yeux grands ouverts face aux nouveaux risques auxquels nous sommes confrontés. Je suis convaincu qu’en ouvrant les yeux encore plus grands, nous serons plus forts. Nous vaincrons les dangers. Nous ne laisserons pas l’œuvre destructrice du nationalisme extrême ébranler un monde aspirant à une prospérité accrue. (…) En ce qui me concerne, je ne partage pas la fascination pour ses nouvelles puissances, le renoncement à la liberté et l’illusion du nationalisme. (…) La seule option pour cela est de renforcer notre coopération. Nous pouvons bâtir l’ordre mondial du XXIe siècle sur une nouvelle forme de multilatéralisme. Sur un multilatéralisme plus efficace, plus responsable et axé sur les résultats. Sur un multilatéralisme fort. Cela nécessite plus que jamais la participation des États-Unis, car votre rôle a été déterminant dans la création et la sauvegarde du monde libre d’aujourd’hui. Ce sont les États-Unis qui ont inventé le multilatéralisme. Ce sont eux qui doivent maintenant contribuer à le préserver et à le réinventer. Ce multilatéralisme fort n’éclipsera pas nos cultures et nos identités nationales. Bien au contraire. Grâce à un multilatéralisme fort, nos cultures et nos identités seront respectées et protégées, elles pourront s’épanouir librement ensemble. Pourquoi ? Précisément parce que notre culture repose, des deux côtés de l’Atlantique, sur ce goût unique pour la liberté, cet attachement à la liberté et à la paix. Ce multilatéralisme fort est la seule option compatible avec nos nations, nos cultures et nos identités. (…) Les États-Unis et l’Europe ont un rôle historique à jouer à cet égard. C’est le seul moyen de défendre ce en quoi nous croyons, de promouvoir nos valeurs universelles, d’affirmer avec force que les droits de l’Homme, les droits des minorités et la liberté partagée sont la véritable réponse aux troubles de notre monde. Je crois en ces droits et ces valeurs. Je crois que pour lutter contre l’ignorance, nous avons l’éducation. Pour lutter contre les inégalités, nous avons le développement. Pour lutter contre le cynisme, la confiance et la bonne volonté. Pour lutter contre le fanatisme, la culture. Contre les maladies et les épidémies, la médecine. Contre les menaces pour la planète, la science. (…) Je crois en la libération de l’individu et dans la liberté et la responsabilité de chacun de construire sa propre vie et de rechercher le bonheur. (…) Je crois que, pour relever ces défis, c’est le contraire de la dérégulation massive et du nationalisme extrême qu’il nous faut. La guerre commerciale n’est pas la bonne réponse à ces évolutions. Une chose est sûre, nous avons besoin d’un commerce libre et équitable. Une guerre commerciale opposant des alliés n’est pas compatible avec notre mission, notre histoire, nos engagements actuels en faveur de la sécurité mondiale. Au bout du compte, cela détruirait des emplois, entraînerait une augmentation des prix et c’est la classe moyenne qui en paierait le prix. (…) Pour protéger nos démocraties, nous devons combattre le virus des fake news, des informations fallacieuses, qui se propage et expose nos populations à des craintes irrationnelles et à des risques imaginaires. Et permettez-moi d’employer ce terme de « fake news », dont je reconnais l’origine, particulièrement ici. Là où la raison et la confiance sont absentes, il ne peut y avoir de vraie démocratie, car la démocratie est faite de choix éclairés et de décisions rationnelles. La corruption de l’information est une tentative de nuire à l’esprit même de nos démocraties. (…) Face à tous ces défis, à toutes ces craintes, à toute cette colère, je crois que notre devoir, que notre destinée est d’œuvrer ensemble pour construire ce multilatéralisme nouveau et solide. Emmanuel Macron (Washington, Congrès américain, 27.04.2018)
N’oublions donc pas cette réalité fondamentale, avant de chercher les fausses bonnes réponses dans le repli et l’isolement. (…) On ne répond pas aux dysfonctionnements contemporains par le repli, le protectionnisme, le rejet des réponses multilatérales, hier comme aujourd’hui, et nous le savons. Car toutes ces réponses aggravent la crise et les déséquilibres du monde, au lieu d’y répondre. Nous devons, dès lors, combattre trois écueils, dans ce monde qui craque : le confort de la prospérité isolée, sans comprendre que le succès économique ne se construit jamais durablement au détriment des autres pays ; on peut parfois être riche à un moment donné ; cette richesse se fait toujours parce qu’on est meilleur que l’autre, ou parce que le monde fonctionne ainsi ; ceux qui cèdent à ce mirage d’une prospérité isolée, l’Histoire les rappellera à l’ordre, mais ils auront leur responsabilité. Emmanuel Macron (OCDE, 30.05.2018)
N’en déplaise à certains, le virus ne connaît pas ces limites administratives. Emmanuel Macron (Naples, 27.02.2020)
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
Ce n’est pas une proposition que je formule mais une initiative qui a été prise par la Grèce il y a déjà un an. Non pas sur 130 kilomètres comme l’a rapporté la dépêche mal rédigée de l’AFP mais sur les 12,5 kilomètres qui séparent les deux pays, la majorité de la frontière entre la Grèce et la Turquie étant fluviale. Le ministre grec chargé de l’immigration a lancé un projet de barrière, de clôture, de mur, on peut l’appeler comme on veut, sur la partie terrestre de la frontière. Les Grecs mettent ainsi l’accent sur la réalité de la migration clandestine. Chaque jour, près de 300 personnes passent la frontière à cet endroit précis. A l’endroit où le fleuve Maritsa joue le rôle de séparation naturelle entre les deux pays. Pourtant, l’arrivée de clandestins en provenance de la Turquie a augmenté de 400% en un an. D’où l’idée de construire une clôture sur les 12,5 kilomètres de frontière terrestre qu’il reste. C’est une initiative grecque : la clôture se trouverait sur le territoire grec. C’est une décision prise par la Grèce souverainement. (…) La France s’est déclarée favorable à cette initiative. Certains, à la Commission européenne, sont contre. Mais la plupart des Etats de l’Union européenne sont pour. Il y a une porte qui est entrebâillée, il est donc normal de vouloir la fermer. Cette démarche n’a rien à voir avec le mur de Berlin : là où ce dernier empêchait les gens de sortir, la clôture grecque empêchera les gens de rentrer. Le Front national s’est d’ailleurs déclaré contre. Cela montre bien que le Front est dans la gesticulation et pas dans la recherche de solutions au problème. Le FN continue de vouloir expulser de France des gens qui ont toutes leurs attaches ici alors que le problème est en réalité d’empêcher d’autres gens de rentrer en Europe. (…) La proposition est parfaitement raisonnable. Il n’y a rien de méchant ou de mauvais là-dedans. Il y a une espèce de cabale bien-pensante de gauche, un regard très parisien qui crie au fascisme. La Grèce a entamé cette démarche parce qu’il y a chaque année entre 60 000 et 70 000 personnes qui passent illégalement vers l’Europe chaque année. Ces gens sont en situation irrégulière. Les mêmes qui crient aujourd’hui au fascisme sont les mêmes qui construisent de grandes barrières pour protéger leur maison de vacances de leurs propres voisins. Arno Klarsfeld (Office français de l’immigration, 2012)
Il est remarquable de voir se perpétuer cette même folie que je décris dans mon livre. Sur notre continent, personne ne semble vouloir apprendre quelque leçon que ce soit ou penser autrement que dans les termes les plus courts. Quelqu’un pense-t-il vraiment qu’une fois que l’Espagne aura accueilli les quelque 600 personnes de l’Aquarius, le problème sera résolu? Qu’il n’y aura personne pour observer ce qui se passe et décider d’en faire autant en suivant le même chemin que l’Aquarius? En réalité, quelle est notre politique? Que quelqu’un qui monte sur un bateau peut faire route vers l’Europe? Que quelqu’un qui arrive ainsi en Europe a le droit d’y rester? Manifestement, c’est là notre politique actuelle. Et elle est intenable. (…) le président Macron devrait donner l’exemple. Il devrait insister sur le fait que le prochain Aquarius, et celui qui suivra, et celui qui suivra encore, pourront tous accoster dans le sud de la France. Je séjourne à Nice en ce moment et il me semble que ce serait une solution très raisonnable. Je suis sûr que la population locale accueillera avec plaisir un grand nombre de personnes d’Afrique subsaharienne. Après tout, le sud de la France est très vaste et tous les nouveaux arrivants pourraient ne pas s’installer définitivement à Nice. En réalité, si quelqu’un est cynique, c’est le président Macron. Il dit une chose et en fait une autre. Il réprimande le nouveau gouvernement italien pour avoir refusé de permettre à l’Aquarius d’accoster en Italie. Pourtant, depuis la crise de 2015, le gouvernement français a rétabli les contrôles à la frontière franco-italienne. Si le président français est si partisan de l’arrivée des migrants en Italie, pourquoi oblige-t-il l’Italie à en supporter le poids et à conserver les migrants chez elle? Pourquoi n’ouvre-t-il pas les frontières de la France et ne permet-il aux milliers de migrants illégaux de pénétrer en France? Il devrait le faire s’il déteste à ce point le cynisme. En fait, on pourrait dire que Macron est simplement cynique et responsable. (…) L’Italie est évidemment dans une situation très sérieuse. Le parti de M. Salvini a promis d’expulser 500 000 personnes qui seraient arrivées illégalement dans le pays. J’aime l’Italie, mais je me demande s’il y a un pays dans le monde qui soit en mesure d’expulser rapidement un demi-million de personnes de manière ordonnée et humaine. En outre, l’Italie n’a qu’une version plus extrême d’un problème que nous avons tous. Où expulsons-nous les gens une fois qu’ils sont arrivés chez nous? Comment les contraignons-nous? Je pense que personne ne fera cela, même si c’est pourtant ce qui devait être fait. Parce que la distinction entre immigration légale et illégale doit tenir. Certaines personnes, qui prônent l’ouverture des frontières, demandent «quelle est la différence?» La réponse est «la loi». Ce qui n’est pas rien. M. Salvini ne réussira probablement pas. Il est probable que son parti imputera cet échec au parti 5 étoiles, et à un moment donné (peut-être l’année prochaine) les Italiens devront aller à nouveau aux urnes. Et à ce moment-là, c’est la Ligue qui profitera le plus de la situation. (…) Pendant des années, ils – l’Italie et la Grèce – ont porté le poids d’une politique non seulement décidée mais aussi encouragée par Berlin et Bruxelles. Bien sûr, il était prévu un «partage de la charge» en ce qui concerne les frontières extérieures de l’Europe, mais les Italiens et les Grecs étaient seuls à supporter le fardeau. Ainsi, le nord de l’Europe réprimande le Sud pour des politiques dont le Nord est largement responsable. (…) Les Italiens et les Grecs ont été extrêmement généreux et gentils. Il n’y a pas eu de troubles civils à grande échelle et, de façon générale, ils ont essayé d’accueillir les gens qui ont débarqué sur leurs rives. Mais êtes-vous allé en Italie récemment? Les gares et les parkings du pays sont devenus des camps de migrants. Pourquoi cela serait-il positif? Pourquoi cela serait-il souhaitable? Ce phénomène a augmenté pendant de nombreuses années, mais récemment, cela s’est encore accéléré. Et les politiciens ont délibérément laissé à leurs successeurs le soin de s’occuper de cela, parce que le problème est devenu trop complexe pour eux. C’est la même chose en Grande-Bretagne et partout ailleurs en Europe occidentale. Mais ce dont les gens doivent prendre conscience, c’est que toutes les prévisions démographiques en Afrique suggèrent que le nombre de personnes qui essaieront de pénétrer en Europe dans les années à venir sera beaucoup plus important qu’aujourd’hui. C’est pourquoi je dis que si nous ne parvenons pas à maintenir nos lois et nos frontières maintenant, alors nous n’avons aucune chance de résister. (…) L’objectif était de répondre aux naufrages tragiques de navires hors d’âge, chargés de gens par des gangs de trafiquants désireux de maximiser leurs profits. L’Europe a vu les conséquences horribles et a voulu aider. Mais à la fin, nous avons aggravé le problème. Personne n’est prêt à l’admettre, mais envoyer des navires dans la Méditerranée pour amener les gens en toute sécurité en Europe a créé un «facteur d’attraction». Tout le monde le nie, mais c’est vrai. Les trafiquants mettaient de moins en moins de carburant dans leurs bateaux parce qu’ils savaient que les Européens intercepteraient les bateaux de plus en plus tôt et qu’ils feraient l’essentiel du travail de contrebande pour eux. Ce qui est un excellent modèle d’affaires pour les contrebandiers, mais un système terrible pour l’Europe. Entre autres choses que nous aurions dû faire (une mesure suggérée dans mon livre, et je suis heureux d’entendre que le président Macron commence à y songer), ce serait d’ouvrir des centres de traitement en Afrique du Nord. Cela empêcherait aussi les bateaux de quitter la côte nord-africaine et nous éviterait d’agir comme des partenaires des gangs de contrebande. (…) Tous ces phénomènes sont largement favorisés par les ONG «open borders», organisations dirigées par des gens qui sont de véritables extrémistes. Ils distribuent des informations aux migrants et aux migrants potentiels pour les aider à contourner les règles existantes et en leur expliquant comment rester définitivement en Europe. Ces ONG pensent que le monde ne devrait pas avoir de frontières. Que les frontières sont racistes. Que les frontières causent tous les problèmes du monde. Ils ont pris sur eux d’affaiblir les frontières de l’Europe. Les autorités italiennes ont pris un certain nombre d’ONG en flagrant délit de coopération actrive avec les réseaux de contrebande. Ces ONG ont été surprises au téléphone avec des contrebandiers, arrangeant les points de rencontre et retournant même les bateaux aux gangs. Qui a donné à ces groupes le droit de dicter l’avenir de notre continent? Qui leur a permis d’être nos arbitres de moralité? Ou de décider de notre avenir sociétal à court et à long terme? (…) [les fixeurs des frontières] sont des barbares. Ils prennent de l’argent à des personnes nécessiteuses et souvent désespérées. Ils les plongent dans la misère et la crise, les torturant souvent afin d’extorquer plus d’argent à leurs familles. Et ce sont souvent ces personnes que nos dirigeants politiques ont jugé bon d’encourager et avec lesquelles les ONG se sont contentées de collaborer. Encore une fois, tout le monde ne pense qu’au plus court terme possible. (…) On utilise souvent le terme «migrant» et «réfugié» de façon interchangeable. J’ai voyagé partout dans le monde et j’ai vu beaucoup d’endroits terribles. Je ne nie pas qu’il y ait des gens qui fuient la guerre. Particulièrement la guerre en Syrie. Mais la solution la moins traumatisante est le plus souvent de les garder dans le voisinage du pays qu’ils fuient. La plupart des experts de l’aide internationale admettent, comme je l’ai dit dans mon livre, que le coût d’hébergement d’un demandeur d’asile en Europe du Nord est environ 100 fois supérieur à ce qu’il est dans un pays limitrophe du pays fui. C’est déjà là une première raison évidente qui fait du transfert vers l’Europe un déplacement illogique. Avec de tels coûts, nous pouvons aider beaucoup moins de gens. Peut-être faut-il soigner certaines personnes en Europe, mais l’Europe ne peut pas être l’endroit où tous ceux qui fuient la guerre dans le monde se sentent chez eux. La situation des migrants économiques est encore pire. Parce qu’il ne faut pas oublier que la majorité des personnes arrivant en Europe ces dernières années – y compris en 2015 – ont été des migrants économiques. Encore une fois, les ONG soutiennent qu’il n’y a pas beaucoup de différence entre les migrants économiques et les demandeurs d’asile. Mais si nous tombons dans ce mensonge (comme c’est souvent le cas), cela signifie que presque tous les habitants de l’Afrique et du Moyen-Orient (sans parler de la majeure partie de l’Extrême-Orient) ont le droit de s’installer en Europe. Ou ne seront pas arrêtés s’ils viennent. Ou ne seront pas renvoyés une fois qu’ils seront ici. Dans ce cas, observez bien les premiers millions. Car il y aura des centaines de millions de plus. (…) Les personnes qui ont menti sur leur pays d’origine, ou qui viennent d’un pays sûr ou qui n’ont pas fait de demande d’asile légale devraient être renvoyées rapidement. On ne devrait pas permettre que le processus d’appel traîne pendant des années. (…) Les efforts de stabilisation déployés en Irak et en Libye après la guerre se sont avérés totalement insuffisants. Mais qu’avons-nous fait pour déstabiliser la Syrie? Les principaux acteurs impliqués dans la déstabilisation de ce pays ont été l’Iran, la Russie, certains États du Golfe et la Turquie. Pour n’en nommer que quelques-uns. Je montre dans mon livre pourquoi ces pays sont très heureux que l’Europe tombe dans le piège en s’accusant une fois de plus de tous les maux du monde. C’est très confortable pour le reste du monde de nous encourager dans ce travers d’auto-culpabilisation. Lors de mes voyages à travers l’Europe pour les recherches nécessaires à mon livre, j’ai rencontré des migrants originaires de la plupart des pays en développement. Si vous croyez que nous sommes responsables des flux de réfugiés en provenance d’Irak et de Libye, qu’en est-il des flux du Pakistan, du Bangladesh, du Myanmar, de l’Erythrée, du Nigeria et de dizaines de pays à travers le monde? Sommes-nous responsables de la situation dans tous ces pays? Est-ce vraiment la bonne solution de permettre à tous ces gens de s’installer en Europe? Ou bien s’agit-il d’un problème auquel personne ne veut sérieusement penser? (…) Cela prouve que pour le moment, rien ne va changer. C’est une chose positive que le gouvernement italien ait finalement dit «assez». Mais la réponse cynique des autres pays européens montre que, pour le moment, tout le monde espère éviter les conséquences de cette poussée migratoire historique vers notre continent. Peut-être que certains pays seront en mesure de se tenir éloignés encore un certain temps. Peut-être que la France évitera le pire cette année. Mais ça ne pourra pas durer éternellement. Pour aucun pays. C’est pourquoi, au lieu de faire du bruit ou de jouer les uns contre les autres, nous tous en Europe devons reconnaître honnêtement ce qui se passe et y faire face de front. Ce n’est qu’en agissant ainsi que nous avons toutes les chances de trouver des réponses humaines et décentes. Et de garder peut-être notre continent reconnaissable pour la prochaine génération. Douglas Murray
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
The Secure Fence Act of 2006, which was passed by a Republican Congress and signed by President George W. Bush, authorized about 700 miles of fencing along certain stretches of land between the border of the United States and Mexico. (…) At the time the act was being considered, Barack Obama, Hillary Clinton and Chuck Schumer were all members of the Senate. (…) Obama, Clinton, Schumer and 23 other Democratic senators voted in favor of the act when it passed in the Senate by a vote of 80 to 19. (…) Currently, 702 miles of fencing separates the United States from Mexico, according to U.S. Customs and Border Protection. Trump plans for the wall are vague, but here’s what we know. He said the wall doesn’t need to run the nearly 2,000 miles of the border, but about 1,000 miles because of natural barriers. He said it could cost between $8 billion and $12 billion, be made of precast concrete, and rise 35 to 40 feet, or 50 feet, or higher. Experts have repeatedly told PolitiFact that the differences in semantics between a wall and a fence are not too significant because both block people. (…) A 2016 Associated Press report from the border described « rust-colored thick bars » that form « teeth-like slats » 18 feet high. « There are miles of gaps between segments and openings in the fence itself, » the report said. Trump criticized the 2006 fence as too modest during the 2016 campaign. (…) It’s also worth noting that the political context surrounding the 2006 vote was different, too. Democrats normally in favor of looser immigration laws saw the Secure Fence Act of 2006 as the lesser of two evils, according to a Boston Globe report that detailed the legislative process. Around that same time, the House passed legislation that would make any undocumented immigrant a felon. « It didn’t have anywhere near the gravity of harm, » Angela Kelley, who in 2006 was the legislative director for the National Immigration Forum, told the Boston Globe. « It was hard to vote against it because who is going to vote against a secure fence? And it was benign compared with what was out there. » Politifact
No country can exist without borders. Hillary and Obama have all but destroyed them; Trump must remind us how he will restore them. Walls throughout history have been part of the solution, from Hadrian’s Wall to Israel’s fence with the Palestinians. “Making Mexico pay for the wall” is not empty rhetoric, when $26 billion in remittances go back to Mexico without taxes or fees, largely sent from those here illegally, and it could serve as a source of funding revenue.Trump can supersede “comprehensive immigration” with a simple program: Secure and fortify the borders first; begin deporting those with a criminal record, and without a work history. Fine employers who hire illegal aliens. Any illegal aliens who choose to stay, must be working, crime-free, and have two years of residence. They can pay a fine for having entered the U.S. illegally, learn English, and stay while applying for a green card — that effort, like all individual applications, may or may not be approved. He should point out that illegal immigrants have cut in line in front of legal applicants, delaying for years any consideration of entry. That is not an act of love. Sanctuary cities are a neo-Confederate idea, and should have their federal funds cut off for undermining U.S. law. The time-tried melting pot of assimilation and integration, not the bankrupt salad bowl of identity politics, hyphenated nomenclature, and newly accented names should be our model of teaching new legal immigrants how to become citizens. Victor Davis Hanson
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
There was likely never going to be “comprehensive immigration reform” or any deal amnestying the DACA recipients in exchange for building the wall. Democrats in the present political landscape will not consent to a wall. For them, a successful border wall is now considered bad politics in almost every manner imaginable. Yet 12 years ago, Congress, with broad bipartisan support, passed the Secure Fence of Act of 2006. The bill was signed into law by then-President George W. Bush to overwhelming public applause. The stopgap legislation led to some 650 miles of a mostly inexpensive steel fence while still leaving about two-thirds of the 1,950-mile border unfenced. In those days there were not, as now, nearly 50 million foreign-born immigrants living in the United States, perhaps nearly 15 million of them illegally. Sheer numbers have radically changed electoral politics. Take California. One out of every four residents in California is foreign-born. Not since 2006 has any California Republican been elected to statewide office. The solidly blue states of the American Southwest, including Colorado, Nevada and New Mexico, voted red as recently as 2004 for George W. Bush. Progressives understandably conclude that de facto open borders are good long-term politics. Once upon a time, Democrats such as Hillary and Bill Clinton and Barack Obama talked tough about illegal immigration. They even ruled out amnesty while talking up a new border wall. In those days, progressives saw illegal immigration as illiberal — or at least not as a winning proposition among union households and the working poor. Democratic constituencies opposed importing inexpensive foreign labor for corporate bosses. Welfare rights groups believed that massive illegal immigration would swamp social services and curtail government help to American poor of the barrios and the inner city. So, what happened? Again, numbers. Hundreds of thousands of undocumented immigrants have flocked into the United States over the last decade. In addition, the Obama administration discouraged the melting-pot assimilationist model of integrating only legal immigrants. Salad-bowl multiculturalism, growing tribalism and large numbers of unassimilated immigrants added up to politically advantageous demography for Democrats in the long run. In contrast, a wall would likely reduce illegal immigration dramatically and with it future Democratic constituents. Legal, meritocratic, measured and diverse immigration in its place would likely end up being politically neutral. And without fresh waves of undocumented immigrants from south of the border, identity politics would wane. A wall also would radically change the optics of illegal immigration. Currently, in unsecured border areas, armed border patrol guards sometimes stand behind barbed wire. Without a wall, they are forced to rely on dogs and tear gas when rushed by would-be border crossers. They are easy targets for stone-throwers on the Mexican side of the border. A high wall would end that. Border guards would be mostly invisible from the Mexican side of the wall. Barbed wire, dogs and tear gas astride the border — the ingredients for media sensationalism — would be unnecessary. Instead, footage of would-be border crossers trying to climb 30-foot walls would emphasize the degree to which some are callously breaking the law. Such imagery would remind the world that undocumented immigrants are not always noble victims but often selfish young adult males who have little regard for the millions of aspiring immigrants who wait patiently in line and follow the rules to enter the United State lawfully. More importantly, thousands of undocumented immigrants cross miles of dangerous, unguarded borderlands each year to walk for days in the desert. Often, they fall prey to dangers ranging from cartel gangs to dehydration. Usually, the United States is somehow blamed for their plight, even though a few years ago the Mexican government issued a comic book with instructions on how citizens could most effectively break U.S. law and cross the border. The wall would make illegal crossings almost impossible, saving lives. Latin American governments and Democratic operatives assume that lax border enforcement facilitates the outflow of billions of dollars in remittances sent south of the border and helps flip red states blue. All prior efforts to ensure border security — sanctions against employers, threats to cut off foreign aid to Mexico and Central America, and talk of tamper-proof identity cards — have failed. Instead, amnesties, expanded entitlements and hundreds of sanctuary jurisdictions offer incentives for waves of undocumented immigrants. The reason a secure border wall has not been — and may not be — built is not apprehension that it would not work, but rather real fear that it would work only too well. Victor Davis Hanson
New House majority leader Nancy Pelosi reportedly spent the holidays at the Fairmont Orchid on Kona, contemplating future climate-change legislation and still adamant in opposing the supposed vanity border wall. But in a very different real world from the Fairmont Orchid or Pacific Heights, other people each day deal with the results of open borders and sanctuary jurisdictions. The results are often nihilistic and horrific. (…)These incidents, and less violent ones like them, are not all that rare in rural California. The narratives are tragically similar and hinge on our society’s assumptions of tolerance and its belief that entering and residing illegally in the United States are not really crimes. Fraudulent identification and fake names are not really felonious behaviors. Driving under the influence is no reason for deportation — all crimes that can ruin careers and have expensive consequences for citizens. Statisticians argue that immigrants commit fewer crimes than the native born, but never quite calibrate illegal immigrants into the equation (in part because no one has any idea who, where, or how many they are, as estimates range from 11 to 20 million) or note that second-generation native-born children of immigrants have much higher violent-crime rates than do their immigrant parents, and in circular fashion add to the general pool of violent Americans who then are used to contrast immigrants as less violent. Immorality is undermining, in Confederate fashion, federal law, and normalizing exemptions that allow felons such as Garcia and Arriaga to wreak havoc on the innocent and defenseless. Too often the architects of open borders and sanctuary jurisdictions are not on the front lines where the vulnerable suffer the all-too-real consequences of distant others, who can rely on their own far greater safety nets when their grand abstractions become all too concrete. And, finally, we forget that so often the victims of illegal aliens are (in California where one in four residents was not born in the U.S.) legal immigrants like officer Singh, and members of the Hispanic community like the late Mr. Soto. Polls show that support for open borders is not popular and most Americans want an end to illegal immigration and catch and release, as well as stricter enforcement of current federal immigration laws. Victor Davis Hanson
Donald Trump n’en finit plus de s’agacer à propos de la construction de son mur à la frontière mexicaine. Ce vendredi, il a menacé de fermer la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique si les démocrates du Congrès n’acceptaient pas de financer la construction d’un mur. (…) Un sujet qui a déjà provoqué un « shutdown » depuis une semaine, soit la paralysie partielle des administrations fédérales et qui a mis des centaines de milliers de fonctionnaires au chômage forcé. Tant que républicains et démocrates ne trouveront pas d’accord au Congrès, les financements de 25% des ministères et administrations fédérales resteront suspendus. Jeudi, les négociations ont encore échoué. Le président républicain exige cinq milliards de dollars pour construire le mur tandis que les démocrates refusent de le financer, mais ont proposé une enveloppe de plus d’un milliard pour d’autres mesures de sécurité à la frontière. Les républicains sont majoritaires au Congrès, mais avec 51 sièges au Sénat, ils ont besoin de soutiens démocrates pour atteindre les 60 voix sur 100 nécessaires afin d’approuver le Budget. Mais si la question cristallise autant, c’est que la mesure est symbolique de la présidence de Donald Trump. Lors la campagne, le milliardaire a construit sa popularité à coup de propositions chocs et fait de la lutte contre l’immigration l’une de ses priorités. « Je vais construire un grand mur sur notre frontière sud, et le Mexique paiera pour le construire. Prenez-en bien note », avait-il alors promis. Une promesse déjà bien entamée par le refus mexicain de financer la construction du mur. Le président américain a été contraint d’admettre que les Etats-Unis allaient lancer le projet avant même d’avoir l’assurance du financement mexicain. Selon un sondage de Politico, la base électorale du président américain est, en effet, très attachée à cette proposition. 78% des électeurs de Trump en 2016 considèrent qu’il s’agit d’un projet important (25%) voire prioritaire (53%) au cours de son mandat. (…) Mais en attendant, Donald Trump doit trouver des financements. En totalité, l’ouvrage devrait coûter entre 22 à 25 milliards de dollars. Faute d’accord de compromis et dans un hémicycle quasi désert, le Sénat a décidé jeudi à l’unanimité d’ajourner la séance jusqu’à lundi 10h et de ne reprendre l’examen d’une loi budgétaire que mercredi 2 janvier, à partir de 16h. Or, à chaque jour qui passe, la position des démocrates se renforce. Ils prendront le contrôle de la Chambre des représentants dès le 3 janvier, tandis que les républicains auront une majorité renforcée au Sénat (53). Il est donc fort probable que Donald Trump soit obligé de faire des concessions, ce que le président américain ne semble pour l’instant pas prêt à faire. Le gouvernement restera paralysé jusqu’à « ce que nous ayons un mur, une barrière, peu importe comment ils veulent l’appeler », avait ainsi déclaré Donald Trump le 25 décembre. JDD
Why is our age of walls also the most open age in humanity’s history? Why is the march of globalisation now being kept company by re-activated nationalisms? Samanth Subramanian
I learnt early on in Bosnia, to understand the terrain in order to understand the story. There’s two things often, even in conflict zones, that some journalists don’t do. One is understanding religion, I mean really understand it. When all this started [the Arab uprisings] there was a whole generation of journalists who because they come from a secular society, thought religion was not a major factor. I think they found it hard to believe that these people actually do believe what they say, whereas I always knew to take them at their word. They believe this stuff, which is their right. I think some people just couldn’t bring themselves to believe people believe this in the 21st century. The other one is terrain. I was also influenced (and I acknowledge it) by Robert Kaplan’s Revenge of Geography. So I took all these ideas that have been swirling around for so long and packed in work to write. Then we start talking about identity, about national symbols and the emotional buttons they press [see Worth Dying For: The Power and Politics of Flags, 2016]. In all my travels, I would always ask, “Who is that statue of? Why is your flag the colour it is?”. You would learn the emotional buttons that are pushed in populations. I do see my latest three books as a trilogy because it all comes together. This last one I wanted to call Us and Them, but that’s been done, so Divided is the title. It’s realistic but depressing stuff, but I do think it’s a fair reflection of where we are, and I think slowly dawning on the Western peoples is the realisation that advancement is not a given. Progression is not a given. (…) It is somewhat deterministic in that yes, these things do, partially determine what happens, but that’s the key word, partially. I’ve had a great response to it, half a million sales, and some very nice reviews. Where it has been criticised, is that it is “too deterministic”. I think that ignores the six or seven times I say in the book, ‘this is a determining factor, not the determining factor’. There is obviously ideas, technology, politics, great leaders. All this stuff goes into make up [international politics], but the one that is overlooked is [physical] geography. That is precisely because intellectuals have a problem with anything deterministic because it is something beyond their control. The new book features a lot on borders. The ‘Open Borders’ theory is right in its idea of oneness, which I happen to agree with, we are one. However, for a whole bunch of reasons, including geography, we are divided from each other. That includes rivers, oceans and mountains, which have divided us from each other and made us different from each other, to the extent I would argue that I cannot see, in the foreseeable future us actually being one. Nor do I think dropping borders would make us one people; I think it would make us kill even more of each other than we already do. I’m reasonably utilitarian on this – the fewest people get killed, that’s good with me. I think their way [‘open border’ scholars] would get a lot more people killed than there already are, and there’s a lot. It’s a utopian idea that I like the idea of, but I’m not convinced it works. These divisions appear to be endemic. This might be a bit trite -and an academic would find it trite- but go up to someone you know and like, and who knows and likes you, and put your nose closer and closer [to their face]. At a certain point, that person is uncomfortable with it, with you in their space. That to me is a starting point, extrapolate from that. We need space, and self-identifying groups require space. Religions have tried to make us one, but it hasn’t quite worked, maybe it’s impossible precisely because we’re human. I suppose I am [pro-borders]. I dislike borders, however I think the way humanity is, and always has been structured, they are inevitable. If you try to get rid of that you’re going to open up a horrible can of worms. This is very unfashionable: I think the nation-state is probably the best unit for organising peoples. Without nation-states, of course there wouldn’t be interstate wars, but we’d be back to fiefdoms before you know it. (…) Divided is (…) about walls and divisions and fences going up all over the place. There’s a chapter on the Indian subcontinent, the walls, barriers and internal divisions in Pakistan, Bangladesh, Myanmar and India. Then a chapter on the USA, starting on walls and moving to racial divisions. Chapters on Europe, Israel, the Middle East, the UK – Brexit is part of it. That little strip of water called the Channel I think has a huge physical and psychological effect on the British. Without it, we wouldn’t have voted for Brexit, for two reasons. One, psychologically, we would feel less distinct, and secondly because of that our history would be very different: we might well have suffered the shock and trauma of the Second World War to the extent that continental Europe did. I read something just yesterday which struck a chord; the British experience of Hitler was such that we could make him a figure of fun, but the Russian experience was such that they don’t do that, it’s too traumatic. I’m interested in something that I completely disagree with: the open borders movement, which in academia is a ‘thing’. I’ve got a problem with ‘no borders’. There’s a very nice guy who helped me on the book called Professor Reece Jones from the University of Hawaii (author of Violent Borders, 2016). He gave me a few quotes for the book and I really like him, but some of his colleagues in this spectrum argue completely to bring borders down, almost overnight. They don’t factor in what will happen to the politics of the countries. We’ve seen with the movement we’ve had already, what’s happening to the politics of Europe, Austria as an example, Germany, France, Sweden, the Netherlands. Magnify that several times if you have no borders – it’s a utopian view. Tim Marshall
This is a mammoth subject and not just because Donald Trump based much of his success in the US electoral college (if not the US popular vote) by claiming at every opportunity that he would “build that wall”. So Marshall explores how different societies have responded to the changes wrought by our globalised world and how they rise to the challenge of maintaining national identity. Trump’s America, he argues, is “the only major power that can absorb the potential losses of withdrawing from globalisation without seriously endangering itself in the short term”. But Trump’s border wall is a rhetorical device that plays on a fear of other peoples. It is unlikely ever to be built, not least because about two-thirds of southern borderland property and land is in private ownership, but it reassures his core voters. Next Marshall turns his attentions to China, home of the Great Wall, where the state has responded to global upheaval by restricting its citizens’ access to the internet. This is his cue to explore cyber security and “the Great Firewall of China”. As Marshall argues, “internet censorship does restrict China’s economic potential” but that is a price that the Chinese Communist Party is willing to pay to maintain both its power and national unity. Subsequent chapters examine Israel and Palestine where walls are a necessity but they are “containing the violence – for now”. In the wider Middle East, Marshall argues that “ironically, another wall is needed… between religion and politics” if the region is to escape its troubled past. The Indian subcontinent contains the longest border fence in the world which runs for 2,500 miles between India and Bangladesh. But the area is still struggling to cope with mass migration as well as climate change. Seven out of 10 of the world’s most unequal countries are to be found in Africa. Marshall focuses on the legacy of colonialism and influences of globalisation which, he argues, “has lifted hundreds of millions of people out of poverty” while widening the gap “between the rich and not rich”. The final two chapters focus on Europe and the UK with Marshall exploring “the new realities of mass immigration and the moral necessities to take in refugees”. He shows how population pressures have led to the rise of nationalism and the Far-Right. Nonetheless he argues that we still need our nation states because “communities need to be bound together in shared experience”. Walls, Marshall concedes, have their place and we need not necessarily “decry the trend of wall-building… they can also provide temporary and partial alleviation of problems, even as countries work towards more lasting solutions, especially in areas of conflict”. Huston Gilmore
According to Tim Marshall, the fall of the Berlin Wall was the exception rather than the rule. ‘We are seeing walls being built along borders everywhere,’ he writes. The numbers support his argument. Fortified borders have increased from almost zero at the end of WWII to around 70 today, with the vast majority having been built since 2000. The divides continue to steer geopolitics and national identities, and countries appear to be goading each other into more wall building. ‘These are the fault lines that will shape our world for years to come,’ says Marshall. In that sense, President Trump’s campaign border wall seems less a shocking new policy than a repeating pattern. As one of the most high-profile border issues, Marshall devotes an early chapter to the Mexico/US divide and uses it to lay the foundations for what makes hard borders persuasive in popular politics – even if they are ineffective at preventing illegal immigration. Marshall puts it bluntly: ‘they make people who want something to be done feel that something is being done… Ultimately, very few barriers are impenetrable. People are resourceful, and those desperate enough will find a way around.’ Marshall takes us on a tour of some of the most relevant border divides in the world: India’s borders with Pakistan and Bangladesh, the Israel and Palestine border in the West Bank, the new borders across the Middle East and those running across Europe. (…) Where Divided is in its most revelatory, however, is where it looks at borders on an internal level, such as gated communities in South Africa and the US. Here Marshall shows how levels of exclusivity can spiral inward from the international to the regional to the local. ‘The new model of urban and suburban living is designed to be exclusionary: you can only get to the town square if you can get through the security surrounding the town. This lack of interaction may shrink the sense of civic engagement, encourage group-think among those on the inside and lead to a psychological division, with poorer people left feeling like “outsiders”, as though they have been walled off.’ In China, he argues, it is the entire population who are excluded. The ‘Great Firewall’ of China keeps the country’s 700 million users (roughly one-quarter of the world’s online population) excluded from the foreign media, meanwhile, internal firewalls and censorship keep the users from connecting too much with each other. ‘The party particularly fears social media being used to organise like-minded groups who might then gather in public places to demonstrate, which in turn could lead to rioting,’ he writes. Laura Cole
There is now a loose consortium of influential academics, pundits and businesspeople known as “New Optimists” dedicated to promoting the proposition that we are living in the best of times. If they are all correct, how do we explain what looks and feels like the world’s collective descent into chaos over the past decade-and-a-half? The optimists overlook the experience of a substantial mass of humanity for whom the world – even after being purged of the ills of the past centuries and endowed with modern technology – remains a forbidding place. The optimists’ exaltation of modernity is accompanied by the myth that modernity has created benefits for all. (…) The majority are “more divided than ever”, as Tim Marshall, who is a contributor to The National, notes in his new book. (…) Everywhere there is evidence of people retreating into narrow identities. Marshall, unlike the western commentators who rushed to pronounce this the Chinese century, is not sed­uced by the glitz of Shanghai’s skyscrapers. His eye is trained on the human cost of China’s progress: the disparities generated by it, the exodus from village to city, the loss of individual dignity. Beijing is altering the demographics of Buddhist Tibet, which it violently subsumed in the 1950s, and Muslim Xinjiang by flooding them with Han Chinese. It is in Beijing’s ethnic engineering that Marshall espies “the greatest threat to the prospects of long-term prosperity and unity in China”. Looking at India, Marshall contends that the subcontinent has not fully recovered from the invasions of the past millennium. The people on the peripheries continue to be haunted by the division of India to create Pakistan and the subsequent partition of Pakistan to birth Bangladesh. Bengalis in India resent the influx of migrants from Bangladesh because they are mostly Muslim. India has erected state-of-the-art fences on its eastern border. But as vast swathes of Bangladesh are poised to sink into the waters as sea levels rise, where will the climate refugees of the future go? Marshall’s chapter on the European Union is the most powerful. Ever since Britain voted to leave Europe, extraordinary claims have been made for the EU. But if the EU is the nec plus ultra of political co-operation, why did so many people choose to turn away from it? “The EU,” Marshall writes, “has never really succeeded in replacing the nation state in the hearts of most Europeans.” The EU hierarchs’ revulsion for nationalism doesn’t negate the importance many attach to national identity. As Marshall warns in his chapter on Britain, to “dismiss people who enjoyed their relatively homogeneous cultures and who are now unsure of their place in the world merely drives them into the arms of those who would exploit their anxieties – the real bigots”. By magnifying religion and culture as the causes of division, Marshall exposes himself to the charge of advancing a deterministic view of the world. Yet this is where Divided draws its strength from. As Raymond Aron said in response to French intellectuals who sought to blunt Algerian demands for independence with talk of progress under French rule, “it is a denial of the experience of our century to suppose that men will sacrifice their passions to their interests”. Marshall can’t be faulted for identifying the sources of those passions. He has written frankly about the world. We deny this at our own peril. Kapil Komireddi
What kind of a president would build a wall to keep out families dreaming of a better life? It’s a question that has been asked world over, especially after the outrage last week over migrant children at the American border. Donald Trump’s argument, one which his supporters agree with, is that the need to split parents from children at the border strengthens his case for a hardline immigration policy. Failure to patrol the border, he says, encourages tens of thousands to cross it illegally — with heartbreaking results. His opponents think he is guilty, and that his wall is a symbol of America closing in on itself… In fact, building a wall would make Trump the norm, not the exception. Those who denounced as crazy Trump’s campaign promise to build a wall did not appreciate how popular such a policy would be, nor how common. Nation states have started to matter again, and people care about borders — not just on the Texan side of the Rio Grande. Today more than 65 countries now wall or fence themselves off from their neighbours — a third of all nation states. And this is no historical legacy. Of all the border walls and fences constructed since the second world war, more than half have been built this century. It wasn’t supposed to be this way. Thirty years ago a wall came down, ushering in what looked like a new era of openness. In 1987 Ronald Reagan went to Berlin and called out to his opposite number in the Soviet Union, ‘Mr. Gorbachev — tear down this wall!’ Two years later it fell. In those heady times some intellectuals predicted an end of history. History had other ideas. (…) At the turn of the century migration sped up and that began to tear down hopes of a borderless world. We’ve grown used to the new barriers that European nations have erected — between Greece and Turkey, for instance, or Serbia and Hungary, or Slovenia and Croatia — but many more are being built. To the east, Estonia, Latvia and Lithuania are working on defensive fortifications on their borders with Russia. These measures are more to do with a perceived Russian military threat than with mass migration, but they are part of the overall trend — reinforcing the physical boundaries of the nation state — and contribute to the hard border which runs from the Baltic to the Black Sea. Saudi Arabia has fenced off its border with Iraq. Turkey has constructed a 700-mile concrete wall to separate it from Syria. The Iranian/Pakistan border, all 435 miles of it, is now fenced. In Central Asia, Uzbekistan, despite being landlocked, has closed itself off from its five neighbours. On the story goes, through the barriers separating Brunei and Malaysia, Pakistan and India, India and Bangladesh and so on around the world. The India/Bangladesh fence is instructive in showing us how the era of wall-building is not just about people in the developing world moving to the industrialised nations. The barrier runs the entire length of the 2,500-mile frontier and is New Delhi’s response to 15 million Bangladeshis moving into the Indian border states this century. This has led to ethnic clashes and many deaths. Wherever this mass movement of peoples happens at pace it seems to assist a retreat into identity. Almost all recent election results in Europe bear this out. Concurrent is the rise of extremes. Following the Dutch and French elections in 2016, there was an assumption in the media that Europe had halted the rise of the right. This was a complacent attitude at odds with the evidence. In the Netherlands, Geert Wilders increased both vote share and parliamentary seats. The French election in particular was used to show that President Emmanuel Macron’s ‘open society’ model was triumphing against the ‘closed society’ model of his opponent Marine Le Pen. However, what Le Pen achieved as to almost double the far-right vote to 34 per cent, compared with when her father (Jean-Marie) stood against President Jacques Chirac in 2002. He won 5.25 million votes; last year 10.6 million voters supported the Front National. Austria’s choice of president, the entry of the AfD into the Bundestag, Hungary’s right-wing landslide and Italy’s new government all point to a rightward direction of travel in European politics. In all cases, concern about mass migration is among the driving forces. Voters are worried and tend to support parties which voice their concerns. This is true of Trump’s presidential victory and public support for his wall. To an extent we are dealing with psychology here. It is not true to say that ‘walls don’t work’ — some do, some don’t — but they do give the psychological impression, via their physicality, that ‘something is being done’. They address concerns about migrant invasions in a way that rhetoric about ‘getting tough’ on immigration does not. (…) The headlines afforded Trump’s ‘anti-immigrant’ stance detract from the bigger picture. It is easier to have the big bad wolf to huff and puff against than it is to see him as part of a global phenomenon. Concentrating on the Donald’s evils allows the Mexican government to quietly get on with deporting far more Central Americans from its country each year than does the United States. Granted, the US assists Mexico in this, but last year Mexico deported 165,000 central Americans, while the US expelled 75,000. The tales of hardship crossings, exploitation and human rights violations on the almost ignored Mexican/Guatemala border are, if anything, more harrowing than those on the border 900 miles to the north. (…) The new wall-building is driven by recent events. The cry ‘tear down this wall’ is losing the argument against ‘fortress mentality’. It is struggling to be heard, unable to compete with the frightening heights of mass migration, the backlash against globalisation, the resurgence of nationalism, the collapse of communism and the 2008 financial crash. On the other hand, our ability to cooperate, to think, and to build, also gives us the capacity to fill the spaces between the walls with hope and to build bridges. However, first must come an acceptance of the situation, and a very open and honest discussion of how we got here. Key to that is the debate on migration and identity and that requires a reaching out across the divides on all sides. Tim Marshall

Pourquoi la gauche irénique ne voit-elle pas que la construction d’un mur fait de Donald Trump la règle plutôt que l’exception parmi les dirigeants du monde ?

A l’heure où de l’électoralisme bien compris des Démocrates américains à l’irénisme intéressé des belles âmes des beaux quartiers du reste du monde …

L’hystérie anti-Trump concernant sa volonté d’un autre âge de terminer, sur la frontière sud de son pays, un mur voté à une large majorité démocrates compris il y a douze ans …
Prend des proportions proprement hystériques …
Refusant de voir à la fois l’origine de l’ouverture effectivement inouïe de notre monde dans l’histoire humaine (le travail de sape d’une révélation biblique nous privant progressivement de nos béquilles sacrificielles)…
Et les conséquences, potentiellement apocalyptiques, d’une telle dissolution des barrières et des interdits (que des traditions millénaires avaient savamment bâtis pour empêcher les humains que nous sommes de s’entretuer) …
Autrement dit, comme nous l’avait enseigné René Girard, que ce ne sont pas les différences mais leur disparition qui génère la pire violence …
D’où la fonction fondamentalement protectrice et l’actuelle demande populaire d’un certain retour, physique ou dentitaire, à certaines formes de barrières …
Petit retour à la réalité avec Tim Marshall …
Qui dans son dernier livre montre en fait …
Que loin d’être la bizarre exception que ses opposants nous présentent …
Le président américain est en réalité la règle parmi les dirigeants mondiaux !

Mass immigration has destroyed hopes of a borderless society

Building a wall makes Donald Trump the rule, not the exception, among world leaders

Tim Marshall
The Spectator
30 June 2018
What kind of a president would build a wall to keep out families dreaming of a better life? It’s a question that has been asked world over, especially after the outrage last week over migrant children at the American border. Donald Trump’s argument, one which his supporters agree with, is that the need to split parents from children at the border strengthens his case for a hardline immigration policy. Failure to patrol the border, he says, encourages tens of thousands to cross it illegally — with heartbreaking results. His opponents think he is guilty, and that his wall is a symbol of America closing in on itself…

In fact, building a wall would make Trump the norm, not the exception. Those who denounced as crazy Trump’s campaign promise to build a wall did not appreciate how popular such a policy would be, nor how common. Nation states have started to matter again, and people care about borders — not just on the Texan side of the Rio Grande. Today more than 65 countries now wall or fence themselves off from their neighbours — a third of all nation states. And this is no historical legacy. Of all the border walls and fences constructed since the second world war, more than half have been built this century.

It wasn’t supposed to be this way. Thirty years ago a wall came down, ushering in what looked like a new era of openness. In 1987 Ronald Reagan went to Berlin and called out to his opposite number in the Soviet Union, ‘Mr. Gorbachev — tear down this wall!’ Two years later it fell. In those heady times some intellectuals predicted an end of history. History had other ideas.

This does not mean Hillary Clinton was wrong when in 2012 she predicted that in the 21st century ‘nations will be divided not between east and west, or along religious lines, but between open and closed societies’. Still, so far she is not right either.

At the turn of the century migration sped up and that began to tear down hopes of a borderless world. We’ve grown used to the new barriers that European nations have erected — between Greece and Turkey, for instance, or Serbia and Hungary, or Slovenia and Croatia — but many more are being built. To the east, Estonia, Latvia and Lithuania are working on defensive fortifications on their borders with Russia. These measures are more to do with a perceived Russian military threat than with mass migration, but they are part of the overall trend — reinforcing the physical boundaries of the nation state — and contribute to the hard border which runs from the Baltic to the Black Sea.

Saudi Arabia has fenced off its border with Iraq. Turkey has constructed a 700-mile concrete wall to separate it from Syria. The Iranian/Pakistan border, all 435 miles of it, is now fenced. In Central Asia, Uzbekistan, despite being landlocked, has closed itself off from its five neighbours.

On the story goes, through the barriers separating Brunei and Malaysia, Pakistan and India, India and Bangladesh and so on around the world. The India/Bangladesh fence is instructive in showing us how the era of wall-building is not just about people in the developing world moving to the industrialised nations. The barrier runs the entire length of the 2,500-mile frontier and is New Delhi’s response to 15 million Bangladeshis moving into the Indian border states this century. This has led to ethnic clashes and many deaths.

Wherever this mass movement of peoples happens at pace it seems to assist a retreat into identity. Almost all recent election results in Europe bear this out. Concurrent is the rise of extremes.

Following the Dutch and French elections in 2016, there was an assumption in the media that Europe had halted the rise of the right. This was a complacent attitude at odds with the evidence. In the Netherlands, Geert Wilders increased both vote share and parliamentary seats. The French election in particular was used to show that President Emmanuel Macron’s ‘open society’ model was triumphing against the ‘closed society’ model of his opponent Marine Le Pen. However, what Le Pen achieved as to almost double the far-right vote to 34 per cent, compared with when her father (Jean-Marie) stood against President Jacques Chirac in 2002. He won 5.25 million votes; last year 10.6 million voters supported the Front National. Austria’s choice of president, the entry of the AfD into the Bundestag, Hungary’s right-wing landslide and Italy’s new government all point to a rightward direction of travel in European politics. In all cases, concern about mass migration is among the driving forces. Voters are worried and tend to support parties which voice their concerns.

This is true of Trump’s presidential victory and public support for his wall. To an extent we are dealing with psychology here. It is not true to say that ‘walls don’t work’ — some do, some don’t — but they do give the psychological impression, via their physicality, that ‘something is being done’. They address concerns about migrant invasions in a way that rhetoric about ‘getting tough’ on immigration does not. Hence, despite the evidence, many Americans appear to believe still that the wall with Mexico will be built and that it will work. This belief ignores the fact that there is a treaty between the two countries in which both agree they will not build on the Rio Grande flood plain, and that despite (somewhat half-hearted) efforts by the President, Congress has not agreed to fund his plan.

The headlines afforded Trump’s ‘anti-immigrant’ stance detract from the bigger picture. It is easier to have the big bad wolf to huff and puff against than it is to see him as part of a global phenomenon. Concentrating on the Donald’s evils allows the Mexican government to quietly get on with deporting far more Central Americans from its country each year than does the United States. Granted, the US assists Mexico in this, but last year Mexico deported 165,000 central Americans, while the US expelled 75,000. The tales of hardship crossings, exploitation and human rights violations on the almost ignored Mexican/Guatemala border are, if anything, more harrowing than those on the border 900 miles to the north.

The walls and fences built this century mirror the divides which have also grown in political discourse and especially on social media. A decade ago Mark Zuckerberg believed social media would unite us all. He now says ‘the world is today more divided than I would have expected for the level of openness and connection that we have’. In some ways he was right — we are more connected and there are many positive aspects to this, but what surprised him is how many of us use that connectedness to abuse the ‘other’. The internet has allowed us to divide into social media tribes howling into a void, an echo chamber or across the divides at each other. This level of abuse has crawled out of the worldwide web and into worldwide politics — Mr Trump being the best-known beneficiary.

The Chinese led the way in great wall- building and are becoming world leaders in using the internet as a wall. We all know of the ‘great firewall of China’, which they call the ‘golden shield’. This is intended to block the outside world from infecting the Middle Kingdom with harmful ideas such as democracy. Less well known are the internal firewalls within China.

Beijing likes to ensure that people in the restless province of Xinjiang, a Turkic-speaking Muslim state, cannot easily converse with those in Tibet. Both have independence movements, and allowing them to form cybernetworks might be detrimental to the unity of the People’s Republic, so they have extra firewalls around them. China is probably the world’s leader in using new technology to build virtual walls. The Russians are the leaders in working inside other countries’ social media to sow division and use disinformation to muddy debate. It used to be argued that the internet would undermine the nation state as citizens of the world simply bypassed governments in a free-flow exchange of ideas and information. Again, this may come true, but it might also be that as the years pass more legislation will be enacted allowing the state to control the net.

We seem to have always divided ourselves one way or another. From the moment we stopped being hunter-gathers about 12,000 years ago, we began to build walls. We ploughed the fields and didn’t scatter. Instead we waited around for the results. More and more of us needed to build barriers: walls and roofs to house ourselves and our livestock, fences to mark our territory, fortresses to retreat to if the territory was overrun. The age of walls was upon us and has gripped our imagination ever since. We still tell stories of the walls of Troy, Constantinople, the Inca in Peru and many others.

The new wall-building is driven by recent events. The cry ‘tear down this wall’ is losing the argument against ‘fortress mentality’. It is struggling to be heard, unable to compete with the frightening heights of mass migration, the backlash against globalisation, the resurgence of nationalism, the collapse of communism and the 2008 financial crash.

On the other hand, our ability to cooperate, to think, and to build, also gives us the capacity to fill the spaces between the walls with hope and to build bridges.

However, first must come an acceptance of the situation, and a very open and honest discussion of how we got here. Key to that is the debate on migration and identity and that requires a reaching out across the divides on all sides.

Tim Marshall is the author of Divided: Why We’re Living In An Age Of Walls, Elliott and Thompson £16.99.

Voir aussi:

Review: ‘Divided: Why We’re Living in an Age of Walls’ by Tim Marshall

While Barack Obama once claimed that we are living in ‘the best of times’, many across the world would beg to differ. A perceptive new book unravels the consequences of this pessimistic mood

Kapil Komireddi

The National

March 25, 2018

“If you had to choose a moment in history to be born,” Barack Obama told an audi­ence in Athens during his final overseas visits as president of the United States in November 2016, “you’d choose now”. Obama’s optimism was out of step with his surroundings. Riot police were busy restraining thousands of Greek protesters as Obama proclaimed confidently that the world had never “been wealthier, better educated, healthier, less violent than it is today”.

It is a message amplified by the Harvard psychologist Steven Pinker in his books The Better Angels of Our Nature (2015) and Enlightenment Now (2018), and there is now a loose consortium of influential academics, pundits and businesspeople known as “New Optimists” dedicated to promoting the proposition that we are living in the best of times. If they are all correct, how do we explain what looks and feels like the world’s collective descent into chaos over the past decade-and-a-half?

The optimists overlook the experience of a substantial mass of humanity for whom the world – even after being purged of the ills of the past centuries and endowed with modern technology – remains a forbidding place. The optimists’ exaltation of modernity is accompanied by the myth that modernity has created benefits for all. Consider, for instance, the frequently repeated claim by the optimists that we live in the most open age in human history: it presupposes that all humans have access to this open world, when only a relatively small portion do.

The majority are “more divided than ever”, as Tim Marshall, who is a contributor to The National, notes in his new book. The pessimism that leaps from the pages of Divided shouldn’t be mistaken for the author’s attitude. It is, rather, the mood of the world as it stands. In eight chapters on China, the United States, Israel and Palestine, West Asia, India, Africa, Europe and the United Kingdom, Marshall examines the walls – physical, religious, ethnic, psychological – that fence people off or, at times, pen them in.

Everywhere there is evidence of people retreating into narrow identities. Marshall, unlike the western commentators who rushed to pronounce this the Chinese century, is not sed­uced by the glitz of Shanghai’s skyscrapers. His eye is trained on the human cost of China’s progress: the disparities generated by it, the exodus from village to city, the loss of individual dignity. Beijing is altering the demographics of Buddhist Tibet, which it violently subsumed in the 1950s, and Muslim Xinjiang by flooding them with Han Chinese. It is in Beijing’s ethnic engineering that Marshall espies “the greatest threat to the prospects of long-term prosperity and unity in China”.

Looking at India, Marshall contends that the subcontinent has not fully recovered from the invasions of the past millennium. The people on the peripheries continue to be haunted by the division of India to create Pakistan and the subsequent partition of Pakistan to birth Bangladesh. Bengalis in India resent the influx of migrants from Bangladesh because they are mostly Muslim. India has erected state-of-the-art fences on its eastern border. But as vast swathes of Bangladesh are poised to sink into the waters as sea levels rise, where will the climate refugees of the future go?

Marshall’s chapter on the European Union is the most powerful. Ever since Britain voted to leave Europe, extraordinary claims have been made for the EU. But if the EU is the ne plus ultra of political co-operation, why did so many people choose to turn away from it? “The EU,” Marshall writes, “has never really succeeded in replacing the nation state in the hearts of most Europeans.”

The EU hierarchs’ revulsion for nationalism doesn’t negate the importance many attach to national identity. As Marshall warns in his chapter on Britain, to “dismiss people who enjoyed their relatively homogeneous cultures and who are now unsure of their place in the world merely drives them into the arms of those who would exploit their anxieties – the real bigots”.

By magnifying religion and culture as the causes of division, Marshall exposes himself to the charge of advancing a deterministic view of the world. Yet this is where Divided draws its strength from. As Raymond Aron said in response to French intellectuals who sought to blunt Algerian demands for independence with talk of progress under French rule, “it is a denial of the experience of our century to suppose that men will sacrifice their passions to their interests”. Marshall can’t be faulted for identifying the sources of those passions. He has written frankly about the world. We deny this at our own peril.

Voir également:

  • Laura Cole
  • Geographical
16 May 2018
by Tim Marshall • Elliott & Thompson • £16.99 (hardback)

According to Tim Marshall, the fall of the Berlin Wall was the exception rather than the rule. ‘We are seeing walls being built along borders everywhere,’ he writes.

The numbers support his argument. Fortified borders have increased from almost zero at the end of WWII to around 70 today, with the vast majority having been built since 2000. The divides continue to steer geopolitics and national identities, and countries appear to be goading each other into more wall building. ‘These are the fault lines that will shape our world for years to come,’ says Marshall.

In that sense, President Trump’s campaign border wall seems less a shocking new policy than a repeating pattern. As one of the most high-profile border issues, Marshall devotes an early chapter to the Mexico/US divide and uses it to lay the foundations for what makes hard borders persuasive in popular politics – even if they are ineffective at preventing illegal immigration. Marshall puts it bluntly: ‘they make people who want something to be done feel that something is being done… Ultimately, very few barriers are impenetrable. People are resourceful, and those desperate enough will find a way around.’

Marshall takes us on a tour of some of the most relevant border divides in the world: India’s borders with Pakistan and Bangladesh, the Israel and Palestine border in the West Bank, the new borders across the Middle East and those running across Europe. The effectiveness of barriers are explored but more important to the author is the desire for divide – ‘us and them thinking’ – and where it gets us in the 21st century.

Readers of Prisoners of Geography, Marshall’s previous work, will be familiar with his global sweep explained through history and geography. Occasionally, his strokes are too broad. For example, only a single chapter is given to the whole continent of Africa, which suffers for it.

Where Divided is in its most revelatory, however, is where it looks at borders on an internal level, such as gated communities in South Africa and the US. Here Marshall shows how levels of exclusivity can spiral inward from the international to the regional to the local. ‘The new model of urban and suburban living is designed to be exclusionary: you can only get to the town square if you can get through the security surrounding the town. This lack of interaction may shrink the sense of civic engagement, encourage group-think among those on the inside and lead to a psychological division, with poorer people left feeling like “outsiders”, as though they have been walled off.’

In China, he argues, it is the entire population who are excluded. The ‘Great Firewall’ of China keeps the country’s 700 million users (roughly one-quarter of the world’s online population) excluded from the foreign media, meanwhile, internal firewalls and censorship keep the users from connecting too much with each other. ‘The party particularly fears social media being used to organise like-minded groups who might then gather in public places to demonstrate, which in turn could lead to rioting,’ he writes.

Divided also shines a light on the future of borders. ‘The technology becomes more sophisticated each year,’ Marshall warns. ‘The barriers along the majority of the thousands of miles of frontiers are now being built higher and wider and are becoming more technologically sophisticated… such barriers don’t stop people from attempting to cross anyway – many don’t have any other choice but to try – and increasingly violent policing of borders can lead to terrible human consequences.’ With border deaths at the highest numbers in history, it begs the question, what will more efficient borders – utilising drones, motion sensors and higher walls – mean to the people near to them?

Answers are where Divided leaves us hanging. Perhaps this is because of the global scope of the book – there is probably no one-size-fits-all solution to the wall-building spree – but also because of the tricky nature of barriers themselves. Walls can prevent violence, but they can cause it too. Having heard, however, about some of the most entrenched borders in the world, the reader has a natural appetite for solutions to remove them, or at least to stem the rate of barriers rising elsewhere. Something Marshall is surprisingly on the fence about.

Voir de même:

Divided by Tim Marshall — to the barricades

Samanth Subramanian

The Financial Times

March 16, 2018

We live in a time of openness, globalisation — and walls. A study of the world’s fraught borderlands seeks to explain why

Of all the walls ever raised, my favourite remains the Indian Salt Hedge, built not of stone — or indeed of salt — but of the thorniest vegetation India could provide. The British, always avid about their gardening, tended to the hedge from the 1840s to 1879, using it to cramp the smuggling of untaxed salt. At its most prosperous, the hedge was 12 feet high and 14 feet thick, jagging for 2,500 miles from India’s left hipbone to right shoulder. It was, like all such barriers, a geopolitical form of Freudian repression. The salt tax was both unfair and unwise, and the British had little moral right to impose it, but they ignored these troublesome truths by walling them away.

Time sheared down the Indian Salt Hedge. Most of the walls we’ve built have crumbled, yet we keep putting up new ones, as if panicked that the planet will run out. By early February, the Berlin Wall had been down longer than it was up, and Europe might have commended itself if so many of its countries hadn’t been busily fencing each other off. We inhabit an age of walls, the journalist Tim Marshall observes in Divided. Half of all border barriers erected around the world since 1945 have appeared in this century. “Within a few years, the European nations could have more miles of walls, fences and barriers on their borders than there were at the height of the Cold War.” We seem to loathe each other more than at any point in living memory — a rebuke both to the evangelists for unfettered globalisation and to the techno-optimists who find so much to cheer in our time.

Any reader of Prisoners of Geography, Marshall’s 2015 bestseller, will recognise his approach here. He first lights upon an indisputable thesis: that the destiny of nations is hewn by their geography, or that humans are dividing themselves from each other. Then he tours the map with that thesis, describing how it applies in as many countries as possible. The tour in Divided is, unfortunately, figurative. Marshall has reported from dozens of countries, often when they were passing through moments of howling drama, but few of those tales filter in. Instead, the case studies seem to draw more on dry policy journals and faraway newspapers than his own first-hand observation.

Marshall opens each of his eight geographically demarcated chapters by discussing a barrier: the Great Wall of China; the Moroccan Wall, a berm of sand slaloming though Western Sahara; the double-layered fence separating India from Bangladesh; the slices of concrete between Israel and the West Bank. These barriers are only physical manifestations of deeper disunities, though, and our world is rife with these.

In China, invisible fissures set apart rural people from urban, the Han from other ethnicities, and older generations from younger. These are new tears in the fabric, wrought by the way China has changed over the past half-century. Elsewhere, Marshall subscribes to the much-derided notion of ancient hatreds, animosities that have boiled forever. The theory suggests that people — usually in the developing world — cleave to a one-dimensional identity, defending it with atavistic violence. Marshall decides that in Africa, the faultlines are tribal, and in the Middle East, they’re religious. He will yield only a minor role for poverty and poor education: “Neither factor can be ignored; however, too much importance is attached to them.” He limits the pernicious effects of colonialism merely to thoughtlessly drawn borders, a final act of haste before the European powers vacated the premises.

The most-deliberated wall over the past year is one that doesn’t yet exist. Donald Trump’s proposed blockade of the US-Mexico border is a ruse, a kneading of white anxieties about the economic and demographic transitions eddying around the country. The older rupture of racism has yet to be sealed. “In this febrile atmosphere Trump’s rhetoric about the wall plays on historical and new divisions within the nation, speaking of a narrow definition of ‘American’,” Marshall writes.

A giant paradox undergirds Marshall’s book, but he never quite looks it in the eye. Why is our age of walls also the most open age in humanity’s history? Why is the march of globalisation now being kept company by re-activated nationalisms? Divided exhibits a deterministic streak that feels wearying and shallow in the face of such questions. The world being what it is, states have no choice but to act in certain ways. To draw borders and defend them is simply “human nature”, he writes in his conclusion. That must mean that every age — and not just this one — is an age of walls. It must also mean, unhappily, that as long as we’re human, this is what we will be: wall-builders, fence-erectors, architects of schisms between ourselves and the rest of our species.

Divided: Why We’re Living in an Age of Walls, by Tim Marshall, Elliott & Thompson, RRP£16.99, 272 pages Samanth Subramanian is author of ‘This Divided Island: Stories from the Sri Lankan War’ (Atlantic)

Voir de plus:

Divided review: A readable primer on the world’s biggest problems
The world is divided by more physical walls than at any time since the Second World War. And, according to this informative and timely account of division in the 21st century, written by the author of the bestselling Prisoners Of Geography, these “physical divisions are mirrored by those in the mind”.
Huston Gilmore
The Express
Mar 9, 2018This is a mammoth subject and not just because Donald Trump based much of his success in the US electoral college (if not the US popular vote) by claiming at every opportunity that he would “build that wall”.So Marshall explores how different societies have responded to the changes wrought by our globalised world and how they rise to the challenge of maintaining national identity.Trump’s America, he argues, is “the only major power that can absorb the potential losses of withdrawing from globalisation without seriously endangering itself in the short term”.But Trump’s border wall is a rhetorical device that plays on a fear of other peoples. It is unlikely ever to be built, not least because about two-thirds of southern borderland property and land is in private ownership, but it reassures his core voters.Next Marshall turns his attentions to China, home of the Great Wall, where the state has responded to global upheaval by restricting its citizens’ access to the internet.This is his cue to explore cyber security and “the Great Firewall of China”. As Marshall argues, “internet censorship does restrict China’s economic potential” but that is a price that the Chinese Communist Party is willing to pay to maintain both its power and national unity.Subsequent chapters examine Israel and Palestine where walls are a necessity but they are “containing the violence – for now”.In the wider Middle East, Marshall argues that “ironically, another wall is needed… between religion and politics” if the region is to escape its troubled past.The Indian subcontinent contains the longest border fence in the world which runs for 2,500 miles between India and Bangladesh.

But the area is still struggling to cope with mass migration as well as climate change.

Seven out of 10 of the world’s most unequal countries are to be found in Africa. Marshall focuses on the legacy of colonialism and influences of globalisation which, he argues, “has lifted hundreds of millions of people out of poverty” while widening the gap “between the rich and not rich”.

The final two chapters focus on Europe and the UK with Marshall exploring “the new realities of mass immigration and the moral necessities to take in refugees”.

He shows how population pressures have led to the rise of nationalism and the Far-Right. Nonetheless he argues that we still need our nation states because “communities need to be bound together in shared experience”.

Walls, Marshall concedes, have their place and we need not necessarily “decry the trend of wall-building… they can also provide temporary and partial alleviation of problems, even as countries work towards more lasting solutions, especially in areas of conflict”.

The book closes with suggested solutions to the world’s problems, including “a 21st-century Marshall Plan for the developing world to harness the riches of the G20 group of nations in a global redistribution of wealth”.

Some of these ideas are intriguing but Marshall barely gives them room to breathe and his conclusion feels rushed.

However he has delivered a readable primer to many of the biggest problems facing the world.

Voir encore:

INTERVIEW: Tim Marshall

Geopolitics, territory and security

19th December 2017

Tim Marshall is the author of Prisoners of Geography (2015), a New York Times and Sunday Times bestseller. Originally from Yorkshire, Marshall started his career in journalism in London at LBC and the BBC, and then spent three years as IRN’s correspondent in Paris. Marshall then joined Sky News, as a Middle East correspondent based in Jerusalem and later as Diplomatic Editor, covering twelve wars and three US presidential elections. He has written for several national newspapers, including the Times, the Guardian, the Daily Telegraph and the Sunday Times, and frequently appears as a guest commentator on global events for the BBC and Sky News. In 2016, Marshall published Worth Dying For: The Power and Politics of Flags. The next title in Marshall’s geographical trilogy, Divided: Why We’re Living in an Age of Walls, is due to be released in March 2018.

As you mentioned in a recent talk organised by the Diplomacy Society at King’s College London, you left school at 16 and went straight into the world of work. How did you start your career as a journalist?

Tim Marshall: “I’d wanted to be a journalist since I was about 11, but it just wasn’t on the radar. I left school at 16, I was a painter and decorator. I always read a lot, and had always been interested in history, [but] it just wasn’t on the cards. So I joined up and when I was in the Forces, I went to night school and got myself a couple of O-levels. On the strength of two O-levels, I then got into a college of higher education and did a degree in American Politics and History. And then I was unemployed in London, and took a French conversation course at night school in the Ken Livingstone era  -when things were free- and I met the newsdesk assistant at IRN and LBC. I gave her a very badly typed CV, probably full of mistakes, which would have gone in the bin if I’d sent it in the post. But because it was by hand, to the woman in charge of the research department at LBC, she gave me a chance. She got me in for an interview and gave me three days’ work which turned into 30 years.”

Did your military experience affect how you reported from the war zone? What is it like to report on conflicts at the frontline?

TM: “I was a telegraphist in the RAF, a radio operator. I thought, ‘I’ve seen that in the films, I’ll do that’. And I did for four years, at Strike Command and later in what was then West Germany. It got me out of my environment. It definitely gave me a discipline I didn’t have – if you want to get something done, do it. It gave me an understanding of military life, which became very useful down the line when I had to work a lot in military situations in Northern Ireland, Gaza/West Bank, Iraq, Afghanistan, Croatia, Bosnia, Kosovo, Macedonia, Libya, Tunisia, Syria…

I don’t really tell war stories because I would go for a couple of weeks and then go home. But people there would live it. However, there were several extremely close situations, one of which, following the death of a colleague, persuaded me I was going to pack it in and not do it any more. I thought, ‘I’m running out of luck here’. I know about twelve colleagues that have been killed over the years, and the last one was a friend, Micky Deane, and shortly after that (he was killed in Cairo), I had a narrow escape in Syria, and I thought, ‘I’ve had enough of this’.”

What inspired you to write Prisoners of Geography, and to produce a trilogy of ‘popular geography’ books?

TM: “I learnt early on in Bosnia, to understand the terrain in order to understand the story. There’s two things often, even in conflict zones, that some journalists don’t do. One is understanding religion, I mean really understand it. When all this started [the Arab uprisings] there was a whole generation of journalists who because they come from a secular society, thought religion was not a major factor. I think they found it hard to believe that these people actually do believe what they say, whereas I always knew to take them at their word. They believe this stuff, which is their right. I think some people just couldn’t bring themselves to believe people believe this in the 21st century. The other one is terrain. I was also influenced (and I acknowledge it) by Robert Kaplan’s Revenge of Geography. So I took all these ideas that have been swirling around for so long and packed in work to write.

Then we start talking about identity, about national symbols and the emotional buttons they press [see Worth Dying For: The Power and Politics of Flags, 2016]. In all my travels, I would always ask, “Who is that statue of? Why is your flag the colour it is?”. You would learn the emotional buttons that are pushed in populations. I do see my latest three books as a trilogy because it all comes together. This last one I wanted to call Us and Them, but that’s been done, so Divided is the title. It’s realistic but depressing stuff, but I do think it’s a fair reflection of where we are, and I think slowly dawning on the Western peoples is the realisation that advancement is not a given. Progression is not a given.”

The theory behind Prisoners of Geography is deterministic, would you agree?

TM: “It is somewhat deterministic in that yes, these things do, partially determine what happens, but that’s the key word, partially. I’ve had a great response to it, half a million sales, and some very nice reviews. Where it has been criticised, is that it is “too deterministic”. I think that ignores the six or seven times I say in the book, ‘this is a determining factor, not the determining factor’. There is obviously ideas, technology, politics, great leaders. All this stuff goes into make up [international politics], but the one that is overlooked is [physical] geography. That is precisely because intellectuals have a problem with anything deterministic because it is something beyond their control.

The new book features a lot on borders. The ‘Open Borders’ theory is right in its idea of oneness, which I happen to agree with, we are one. However, for a whole bunch of reasons, including geography, we are divided from each other. That includes rivers, oceans and mountains, which have divided us from each other and made us different from each other, to the extent I would argue that I cannot see, in the foreseeable future us actually being one. Nor do I think dropping borders would make us one people; I think it would make us kill even more of each other than we already do. I’m reasonably utilitarian on this – the fewest people get killed, that’s good with me. I think their way [‘open border’ scholars] would get a lot more people killed than there already are, and there’s a lot. It’s a utopian idea that I like the idea of, but I’m not convinced it works.

These divisions appear to be endemic. This might be a bit trite -and an academic would find it trite- but go up to someone you know and like, and who knows and likes you, and put your nose closer and closer [to their face]. At a certain point, that person is uncomfortable with it, with you in their space. That to me is a starting point, extrapolate from that. We need space, and self-identifying groups require space. Religions have tried to make us one, but it hasn’t quite worked, maybe it’s impossible precisely because we’re human. I suppose I am [pro-borders]. I dislike borders, however I think the way humanity is, and always has been structured, they are inevitable. If you try to get rid of that you’re going to open up a horrible can of worms. This is very unfashionable: I think the nation-state is probably the best unit for organising peoples. Without nation-states, of course there wouldn’t be interstate wars, but we’d be back to fiefdoms before you know it.”

Have you got any particularly memorable border experiences?

TM: “Going through to Gaza is quite an intense experience. You go past a massive wall, and through two or threecheckpoints. You’re all by yourself in this empty echoing steel and concrete corridor, and there’s cameras everywhere. Suddenly you hear a click, and the door swings open. It’s like a dystopian sci-fi film. The door swings open and you’re now in Gaza. You walk down another 200 yards of corridor and then out into the open but its scrubland, no-mans-land. Another 600 yards and then you meet a Hamas checkpoint. It’s just this weird, cold experience.

Crossing from Tajikistan into Afghanistan, was pretty interesting. A Russian soldier aimed his rifle through our truck window because we were getting impatient to go through the border fence. Then, when we got across, there was a river. It was pitch-black and we went across on a raft with all our kit, with an exchange of mortars going on around us. Then the Northern Alliance were on the other side of the Tajikistan river to greet us. That was intense. Crossing borders is always fun.

Iraq – when we used to go during the Saddam years, they hit upon this great money-making thing at the border with Jordan. You had a choice. They [Iraqi border patrol] would get out this huge rusty knitting needle with a syringe on the end of it and say, “You can have your AIDS test”, and we would say, “Ah, maybe there’s a facility fee, a special tax we can pay?”. So you’d pay $50 and not get jabbed in the backside with this thing. It’s just a money-making thing. Another one, you can leave a bottle of whiskey on the dashboard while they check the car. Then when you come back it wasn’t there anymore. Ok, it’s corruption, but you weren’t getting into Iraq without it – and that was more important.”

What is your next book about?

TM: “Divided is coming out in March; it’s about walls and divisions and fences going up all over the place. There’s a chapter on the Indian subcontinent, the walls, barriers and internal divisions in Pakistan, Bangladesh, Myanmar and India. Then a chapter on the USA, starting on walls and moving to racial divisions. Chapters on Europe, Israel, the Middle East, the UK – Brexit is part of it. That little strip of water called the Channel I think has a huge physical and psychological effect on the British. Without it, we wouldn’t have voted for Brexit, for two reasons. One, psychologically, we would feel less distinct, and secondly because of that our history would be very different: we might well have suffered the shock and trauma of the Second World War to the extent that continental Europe did. I read something just yesterday which struck a chord; the British experience of Hitler was such that we could make him a figure of fun, but the Russian experience was such that they don’t do that, it’s too traumatic.

I’m interested in something that I completely disagree with: the open borders movement, which in academia is a ‘thing’. I’ve got a problem with ‘no borders’. There’s a very nice guy who helped me on the book called Professor Reece Jones from the University of Hawaii (author of Violent Borders, 2016). He gave me a few quotes for the book and I really like him, but some of his colleagues in this spectrumargue completely to bring borders down, almost overnight. They don’t factor in what will happen to the politics of the countries. We’ve seen with the movement we’ve had already, what’s happening to the politics of Europe, Austria as an example, Germany, France, Sweden, the Netherlands. Magnify that several times if you have no borders – it’s a utopian view.”

Prisoners of Geography and Worth Dying For: The Power and Politics of Flags are available here. Marshall’s next book, Divided: Why We’re Living in an Age of Walls, is due to be published by Elliott & Thompson in March 2018. Check out Marshall’s foreign affairs website The What and the Why for more information and geopolitical analysis.

Voir par ailleurs:

It Was Always about the Wall
Victor Davis Hanson
National Review
December 20, 2018

A high wall would end the border patrol’s reliance on dogs and tear gas when rushed by would-be border crossers throwing stones. There was likely never going to be “comprehensive immigration reform” or any deal amnestying the DACA recipients in exchange for building the wall. Democrats in the present political landscape will not consent to a wall. For them, a successful border wall is now considered bad politics in almost every manner imaginable.

Yet 12 years ago, Congress, with broad bipartisan support, passed the Secure Fence of Act of 2006. The bill was signed into law by then-President George W. Bush to overwhelming public applause. The stopgap legislation led to some 650 miles of a mostly inexpensive steel fence while still leaving about two-thirds of the 1,950-mile border unfenced.

In those days there were not, as now, nearly 50 million foreign-born immigrants living in the United States, perhaps nearly 15 million of them illegally.

Sheer numbers have radically changed electoral politics. Take California. One out of every four residents in California is foreign-born. Not since 2006 has any California Republican been elected to statewide office.

The solidly blue states of the American Southwest, including Colorado, Nevada and New Mexico, voted red as recently as 2004 for George W. Bush. Progressives understandably conclude that de facto open borders are good long-term politics.

Once upon a time, Democrats such as Hillary and Bill Clinton and Barack Obama talked tough about illegal immigration. They even ruled out amnesty while talking up a new border wall.

In those days, progressives saw illegal immigration as illiberal — or at least not as a winning proposition among union households and the working poor.

Democratic constituencies opposed importing inexpensive foreign labor for corporate bosses. Welfare rights groups believed that massive illegal immigration would swamp social services and curtail government help to American poor of the barrios and the inner city.

So, what happened? Again, numbers.

Hundreds of thousands of undocumented immigrants have flocked into the United States over the last decade. In addition, the Obama administration discouraged the melting-pot assimilationist model of integrating only legal immigrants.

Salad-bowl multiculturalism, growing tribalism and large numbers of unassimilated immigrants added up to politically advantageous demography for Democrats in the long run.

In contrast, a wall would likely reduce illegal immigration dramatically and with it future Democratic constituents. Legal, meritocratic, measured and diverse immigration in its place would likely end up being politically neutral. And without fresh waves of undocumented immigrants from south of the border, identity politics would wane.

A wall also would radically change the optics of illegal immigration. Currently, in unsecured border areas, armed border patrol guards sometimes stand behind barbed wire. Without a wall, they are forced to rely on dogs and tear gas when rushed by would-be border crossers. They are easy targets for stone-throwers on the Mexican side of the border.

A high wall would end that. Border guards would be mostly invisible from the Mexican side of the wall. Barbed wire, dogs and tear gas astride the border — the ingredients for media sensationalism — would be unnecessary. Instead, footage of would-be border crossers trying to climb 30-foot walls would emphasize the degree to which some are callously breaking the law.

Such imagery would remind the world that undocumented immigrants are not always noble victims but often selfish young adult males who have little regard for the millions of aspiring immigrants who wait patiently in line and follow the rules to enter the United State lawfully.

More importantly, thousands of undocumented immigrants cross miles of dangerous, unguarded borderlands each year to walk for days in the desert. Often, they fall prey to dangers ranging from cartel gangs to dehydration.

Usually, the United States is somehow blamed for their plight, even though a few years ago the Mexican government issued a comic book with instructions on how citizens could most effectively break U.S. law and cross the border.

The wall would make illegal crossings almost impossible, saving lives.

Latin American governments and Democratic operatives assume that lax border enforcement facilitates the outflow of billions of dollars in remittances sent south of the border and helps flip red states blue.

All prior efforts to ensure border security — sanctions against employers, threats to cut off foreign aid to Mexico and Central America, and talk of tamper-proof identity cards — have failed.

Instead, amnesties, expanded entitlements and hundreds of sanctuary jurisdictions offer incentives for waves of undocumented immigrants.

The reason a secure border wall has not been — and may not be — built is not apprehension that it would not work, but rather real fear that it would work only too well.

Voir encore:

The Immorality of Illegal Immigration
Victor Davis Hanson
National Review
December 31, 2018

New House majority leader Nancy Pelosi reportedly spent the holidays at the Fairmont Orchid on Kona, contemplating future climate-change legislation and still adamant in opposing the supposed vanity border wall.

But in a very different real world from the Fairmont Orchid or Pacific Heights, other people each day deal with the results of open borders and sanctuary jurisdictions. The results are often nihilistic and horrific. Here in California’s Central Valley over the holidays we were reminded of the wages of illegal immigration in general — and of California’s sanctuary-city laws in particular, which restrict formal cooperation between local and state law enforcement with federal immigration authorities in matters of deporting illegal aliens under detention.

In the first case, one Gustavo Garcia, a previously deported 36-year-old illegal alien, murdered a 51-year-old Visalia resident on December 17, gratuitously shooting his random victim, Rocky Jones, at a gas station. He apparently had been arrested two days prior and released.

Garcia entered the U.S. illegally in 1998 and was deported for a second time in 2014. He has been charged with at least three immigration violations since illegally returning to the U.S., and has been a convicted felon since at least 2002 for assaults with a deadly weapon, contributing to the delinquency of a minor, possession of a controlled substance, etc. In addition to the murder of Jones, Garcia shot a farmworker who was on a ladder working, and followed a woman to her car at a Motel 6 and shot her too. At the beginning of his violent spree, he seems also to have murdered Rolando Soto, 38, of nearby Lindsay.

Indeed, Garcia was a suspect in a number of prior shootings and thefts. During his final rampage, inter alia, Garcia tried to shoot his ex-girlfriend, then stole a truck from farmworkers and led police on a chase, deliberately veering into opposing traffic, and by intent injuring four more innocents, one critically. During the chase, he fired on police, who returned fire, before Garcia finally wrecked the stolen vehicle and perished in the crash.

The local sheriff of Tulare County, in understated fashion, labeled Garcia’s violent spasm of shootings and car wrecks a “reign of terror.” Garcia had an accomplice who is still at large.

Local law enforcement blamed state sanctuary restrictions on their inability to notify ICE that the felonious illegal alien Garcia was about to be released among the general public. Or as the sheriff put it, “Gustavo Garcia would have been turned over to ICE officials. That’s how we’ve always done it, day in and day out. But after SB 54, we no longer have the power to do that. Under the new state law, we must have a ‘federally signed warrant’ in order to do that. We didn’t honor the detainer because state law doesn’t allow us to.”

Less than two weeks later, there was yet another example of Central Valley illegal-immigration mayhem. To the north in Newman, another twice-deported illegal alien, Gustavo Perez Arriaga (he apparently had a number of aliases), stands accused of shooting and killing Newman policeman Ronil Singh, who pulled him over on suspicion of drunk driving (Arriaga also had two prior DUIs).

Arriaga fled after murdering Officer Singh and evaded law enforcement for a few days thanks to at least seven enablers (brothers, girlfriend, friends, etc.), some of them confirmed also to be illegal aliens.  They either gave police officials false information about Arriaga’s whereabouts or helped him on his planned flight to Mexico, finally aborted 200 miles to the south near Bakersfield.

The suspect’s brother, 25-year-old Adrian Virgen, and a co-worker, 32-year-old Erik Razo Quiroz, were arrested on “accessory after the fact” charges for attempting to protect Arriaga. Authorities report both men are also in the country illegally. Arriaga was at large for five days, also in part because he had so many fake identities and aliases that no one knew really who he was.

Stanislaus County sheriff Adam Christianson noted that SB54 prevents departments “from sharing any information with ICE about this criminal gang member.” He added, “this is a criminal illegal alien with prior criminal activity that should have been reported to ICE.” Christianson finished, “Law enforcement was prohibited because of sanctuary laws and that led to the encounter with Officer Singh. I’m suggesting that the outcome could have been different if law enforcement wasn’t restricted, prohibited or had their hands tied because of political interference.”

These incidents, and less violent ones like them, are not all that rare in rural California. The narratives are tragically similar and hinge on our society’s assumptions of tolerance and its belief that entering and residing illegally in the United States are not really crimes. Fraudulent identification and fake names are not really felonious behaviors. Driving under the influence is no reason for deportation — all crimes that can ruin careers and have expensive consequences for citizens. Statisticians argue that immigrants commit fewer crimes than the native born, but never quite calibrate illegal immigrants into the equation (in part because no one has any idea who, where, or how many they are, as estimates range from 11 to 20 million) or note that second-generation native-born children of immigrants have much higher violent-crime rates than do their immigrant parents, and in circular fashion add to the general pool of violent Americans who then are used to contrast immigrants as less violent.

We should redefine the entire morality of multifaceted illegal immigration.

Immorality is undermining, in Confederate fashion, federal law, and normalizing exemptions that allow felons such as Garcia and Arriaga to wreak havoc on the innocent and defenseless. Too often the architects of open borders and sanctuary jurisdictions are not on the front lines where the vulnerable suffer the all-too-real consequences of distant others, who can rely on their own far greater safety nets when their grand abstractions become all too concrete.

And, finally, we forget that so often the victims of illegal aliens are (in California where one in four residents was not born in the U.S.) legal immigrants like officer Singh, and members of the Hispanic community like the late Mr. Soto. Polls show that support for open borders is not popular and most Americans want an end to illegal immigration and catch and release, as well as stricter enforcement of current federal immigration laws.

(I took a break from writing this on a Sunday afternoon to talk about the volatile Central Valley landscape with an immigrant from India, whose stolen and stripped spray rig I discovered last night in our orchard.)

Voir enfin:

Etats-Unis : pourquoi Donald Trump tient tant à son mur

Le président américain Donald Trump a menacé de fermer la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique si les démocrates du Congrès n’acceptaient pas de financer la construction d’un mur.

  • Alexis Boisselier

Donald Trump n’en finit plus de s’agacer à propos de la construction de son mur à la frontière mexicaine. Ce vendredi, il a menacé de fermer la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique si les démocrates du Congrès n’acceptaient pas de financer la construction d’un mur. « Nous allons être contraints de fermer la Frontière Sud complètement si les Démocrates Obstructionnistes ne nous donnent pas l’argent pour terminer le mur », a tweeté le président américain en leur demandant également de « changer les ridicules lois sur l’immigration dont notre pays est affublé ».

Le milliardaire a ensuite dit qu’il considérerait une telle fermeture comme une « opération rentable », arguant du fait que « les Etats-Unis perdent tellement d’argent en faisant du commerce avec le Mexique avec l’Aléna ». Poursuivant une série de tweets, il a réitéré sa menace plusieurs fois : « Nous construisons un mur ou fermons la Frontière Sud. »

« Shutdown » prolongé

Un sujet qui a déjà provoqué un « shutdown » depuis une semaine, soit la paralysie partielle des administrations fédérales et qui a mis des centaines de milliers de fonctionnaires au chômage forcé. Tant que républicains et démocrates ne trouveront pas d’accord au Congrès, les financements de 25% des ministères et administrations fédérales resteront suspendus.

Jeudi, les négociations ont encore échoué. Le président républicain exige cinq milliards de dollars pour construire le mur tandis que les démocrates refusent de le financer, mais ont proposé une enveloppe de plus d’un milliard pour d’autres mesures de sécurité à la frontière. Les républicains sont majoritaires au Congrès, mais avec 51 sièges au Sénat, ils ont besoin de soutiens démocrates pour atteindre les 60 voix sur 100 nécessaires afin d’approuver le Budget.

Mesure symbolique

Mais si la question cristallise autant, c’est que la mesure est symbolique de la présidence de Donald Trump. Lors la campagne, le milliardaire a construit sa popularité à coup de propositions chocs et fait de la lutte contre l’immigration l’une de ses priorités. « Je vais construire un grand mur sur notre frontière sud, et le Mexique paiera pour le construire. Prenez-en bien note », avait-il alors promis.

Une promesse déjà bien entamée par le refus mexicain de financer la construction du mur. Le président américain a été contraint d’admettre que les Etats-Unis allaient lancer le projet avant même d’avoir l’assurance du financement mexicain. En août 2017, la publication d’une retranscription d’une conversation téléphonique entre les présidents américain et mexicain révélait que Donald Trump considérait le mur comme un coup politique. « C’est la chose la plus futile dont nous parlons, mais politiquement, c’est la plus importante », aurait-il dit à son homologue.

Selon un sondage de Politico, la base électorale du président américain est, en effet, très attachée à cette proposition. 78% des électeurs de Trump en 2016 considèrent qu’il s’agit d’un projet important (25%) voire prioritaire (53%) au cours de son mandat.

Le Mexique ne veut pas payer

Fin mai, le président de l’époque, Enrique Peña Nieto, a pourtant conclu le débat sur Twitter en promettant que « le Mexique ne paiera jamais pour un mur. Pas aujourd’hui, jamais ». Une position de laquelle n’a pas dévié son successeur Andres Manuel Lopez Obrador et qui a poussé Donald Trump à évoluer légèrement sur la question.

« Le Mexique devra payer pour cela, en remboursant ou de toute autre manière », a-t-il déclaré fin août. Par cette déclaration, Donald Trump mettait la pression sur le Mexique pour renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) qui lie les Etats-Unis au Canada et au Mexique. Un traité que le président américain critique régulièrement. Si un nouvel accord a été signé en novembre, il n’a pas encore été ratifié.

Le temps court pour les démocrates

Mais en attendant, Donald Trump doit trouver des financements. En totalité, l’ouvrage devrait coûter entre 22 à 25 milliards de dollars. Faute d’accord de compromis et dans un hémicycle quasi désert, le Sénat a décidé jeudi à l’unanimité d’ajourner la séance jusqu’à lundi 10h et de ne reprendre l’examen d’une loi budgétaire que mercredi 2 janvier, à partir de 16h. Or, à chaque jour qui passe, la position des démocrates se renforce. Ils prendront le contrôle de la Chambre des représentants dès le 3 janvier, tandis que les républicains auront une majorité renforcée au Sénat (53).

Il est donc fort probable que Donald Trump soit obligé de faire des concessions, ce que le président américain ne semble pour l’instant pas prêt à faire. Le gouvernement restera paralysé jusqu’à « ce que nous ayons un mur, une barrière, peu importe comment ils veulent l’appeler », avait ainsi déclaré Donald Trump le 25 décembre.

Voir par ailleurs:

« They voted for (a border wall) in 2006. Then-Senator Obama voted for it. Sen. Schumer voted for it. Sen. Clinton voted for it. »

Mick Mulvaney on Sunday, April 23rd, 2017 in a segment on « Fox News Sunday »

Fact-check: Did top Democrats vote for a border wall in 2006?

White House budget director Mick Mulvaney said he doesn’t understand Democratic opposition to funding the border wall because top Democrats voted for it just over 10 years ago.

During an April 23 segment on Fox News Sunday, Mulvaney talked down concerns about a government shutdown, but scolded Democrats for obstructing action on Trump’s border wall. Mulvaney pointed to the voting record of top Democrats in 2006 to explain his confusion.

« We want our priorities funded and one of the biggest priorities during the campaign was border security, keeping Americans safe, and part of that was a border wall, » he said.

« We still don’t understand why the Democrats are so wholeheartedly against it. They voted for it in 2006. Then-Sen. Obama voted for it. Sen. Schumer voted for it. Sen. Clinton voted for it. So we don’t understand why Democrats are now playing politics just because Donald Trump is in office. »

Mulvaney is referencing their votes on an act that authorized a fence, but as we’ve noted several times in the past, the 2006 fence was less ambitious than the wall Trump is proposing.

The Secure Fence Act of 2006

The Secure Fence Act of 2006, which was passed by a Republican Congress and signed by President George W. Bush, authorized about 700 miles of fencing along certain stretches of land between the border of the United States and Mexico.

The act also authorized the use of more vehicle barriers, checkpoints and lighting to curb illegal immigration, and the use of advanced technology such as satellites and unmanned aerial vehicles.

At the time the act was being considered, Barack Obama, Hillary Clinton and Chuck Schumer were all members of the Senate. (Schumer of New York is now the Senate minority leader.)

Obama, Clinton, Schumer and 23 other Democratic senators voted in favor of the act when it passed in the Senate by a vote of 80 to 19.

Originally, the act called on the Department of Homeland Security to install at least two layers of reinforced fencing along some stretches of the border. That was amended later, however, through the Consolidated Appropriations Act of 2008, which got rid of the double-layer requirement.

Currently, 702 miles of fencing separates the United States from Mexico, according to U.S. Customs and Border Protection.

So how does that compare to Trump’s wall?

Trump plans for the wall are vague, but here’s what we know.

He said the wall doesn’t need to run the nearly 2,000 miles of the border, but about 1,000 miles because of natural barriers. He said it could cost between $8 billion and $12 billion, be made of precast concrete, and rise 35 to 40 feet, or 50 feet, or higher.

Experts have repeatedly told PolitiFact that the differences in semantics between a wall and a fence are not too significant because both block people.

Still, there are obvious differences between the fence and Trump’s wall proposal.

A 2016 Associated Press report from the border described « rust-colored thick bars » that form « teeth-like slats » 18 feet high. « There are miles of gaps between segments and openings in the fence itself, » the report said.

Trump criticized the 2006 fence as too modest during the 2016 campaign.

« Now we got lucky because it was such a little wall, it was such a nothing wall, no, they couldn’t get their environmental — probably a snake was in the way or a toad, » Trump said. (Actually, the project didn’t face environmental hurdles; we rated that part of the claim Mostly False.)

It’s also worth noting that the political context surrounding the 2006 vote was different, too.

Democrats normally in favor of looser immigration laws saw the Secure Fence Act of 2006 as the lesser of two evils, according to a Boston Globe report that detailed the legislative process. Around that same time, the House passed legislation that would make any undocumented immigrant a felon.

« It didn’t have anywhere near the gravity of harm, » Angela Kelley, who in 2006 was the legislative director for the National Immigration Forum, told the Boston Globe. « It was hard to vote against it because who is going to vote against a secure fence? And it was benign compared with what was out there. »

Democrats have described Trump’s wall proposal as overkill and too expensive. Recently, Democrats penned a letter to Senate GOP saying border funding should not be included in the latest budget agreement to keep the government open.

Our ruling

Mulvaney said that Obama, Schumer and Clinton voted for a border wall in 2006.

They did vote for the Secure Fence Act of 2006, which authorized building a fence along about 700 miles of the border between the United States and Mexico.

Still, the fence they voted for is not as substantial as the wall Trump is proposing. Trump himself called the 2006 fence a « nothing wall. »

Mulvaney’s statement is partially accurate, but ignores important context. We rate it Half True.


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